Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

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Florale

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Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Florale »

Salut à tous !!

Nous voilà repartis pour le mois de juin avec un nouveau thème : Liberté

Voilà quelques règles :


♦ Tous les types de textes sont acceptés (fiction, histoire vraie, nouvelle, essai, en vers, en prose) du moment qu'ils collent au thème !
♦ Il n'y a pas de limites minimum de caractères. En terme de taille, le format d'une nouvelle de 15 000 signes (environ 7 pages) est le maximum qui sera accepté.
♦ Faites attention à votre expression et à votre orthographe, il est toujours plus agréable de lire des textes écrits dans un français correct ;)
♦ Les textes écrits avant le concours ne seront pas acceptés. Vos textes doivent avoir été écrits spécifiquement dans le cadre du concours.
♦ Attention : Seuls les membres de Booknode dont le profit sera un minimum complété (quelques livres en biblio et infos sur le profil) pourront participer, peu importe votre date d'inscription. Vous pouvez très bien vous être inscrits la veille, il n'y a aucun soucis, tant qu'il est clair que vous ne vous êtes pas inscrits sur le site juste pour participer et ne jamais y revenir ;)

Voilà, en espérant vous voir nombreux à participer, je vous souhaite beaucoup d'inspiration, et à vos plumes !
Vanget

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Vanget »

De nos prisons invisibles

S'évader,
En chevauchant la liberté,
Un coursier de feu,
Au galop d'étoiles,
Aux éclats d'émeraude,
Aérien sur le fil du temps.

S'évader,
En déchirant la brume océane
Habillée d'embruns éclatés
Par les lumières parfumées
D'essences tropicales colorées
Qu'exhalent les contrées lointaines.

S'évader,
Avec dans nos limbes bagages,
L'indicible mystère Vénitien,
La folie échevelée de Van Gogh,
Les voyages de Vasco de Gama,
L'imaginaire des contes de fées.

s'évader,
Avec dans le cœur et l'esprit,
Toutes les couleurs invisibles,
Dans les yeux, les promesses
Des horizons voilés d'infini,
Et sur les lèvres, un goût d'éternité.

Comme tous ces marins immortels,
Qui sillonnent les mers sans rivages.

Gérard Taverne 06/06/2022. ( Vanget)
Florale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Florale »

Ça alors !
Vanget, j'aime beaucoup ton poème ! C'est un plaisir de lire ta participation !
Merci à toi !
Shawneenat

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Shawneenat »

J'ai beaucoup aimé ton poème Vanget. Il est très imagé et c'est facile de s'imaginer les sensations que tu décris. C'est fluide à lire.
Merci d'avoir participé à cette session ^^
Larme_Fatale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Larme_Fatale »

Vanget.
Un poème très rèussi.
Il m'a emmenée vers les horizons de la liberté volée pour retrouver la légéreté de vivre , soulagé du poids écrasant du quotidien.
Vanget

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Vanget »

Merci les amies, d'exprimer si bien votre ressenti. J'écris pour ces moments de partage qui nous relient par le pouvoir magique des mots au-delà des murs de la distance et du temps.
Shawneenat

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Shawneenat »

Bonjour! Voici ma participation pour le mois de juin. J'espère que ça vous plaira ^^

Liberté



La chute avait été lourde. Je m'en rappelais comme si c'était hier. Maman m'avait incité à sauter. Alors tout tremblant sur le bord j'avais regardé le vide qui s'étendait tout en dessous de moi. Maman continuait de me pousser verbalement. Mes frères et sœurs étaient déjà passés par là , alors il n'y avait pas de raison que je ne le fasse pas. La vérité c'est que j'avais eu peur et que cette peur m'avait paralysé. Mais je ne pouvais pas reculer, c'était ça ou la mort. Alors j'avais sauté et je m'étais écrasé.

Je ne me souvenais pas de ce qui s'était passé ensuite. Je m'étais réveillé, seul, dans un endroit que je ne connaissais pas. Bien moins confortable que la maison. Le sol était jonché de sable et tout autour des barreaux me séparaient du monde extérieur. Quelques bouts de plastiques, semblables à des branches étaient disposés ici et là. Je ne pouvais pas sortir, j'étais enfermé. La première fois que j'émis un bruit, quatre gros yeux s'approchèrent des barreaux. J'étais horrifié par ces monstres géants qui me scrutaient. Leur voix était très désagréable. Je compris vite à qui j'avais à faire. Maman nous avaient plusieurs fois raconté des histoires, à mes frères mes sœurs et moi, sur des géants, parfois bon parfois mauvais qui peuplaient ce monde. Elle nous avait toujours dit de nous méfier et de garder nos distances avec ces créatures. Il ne faisait aucun doute que j'étais en présence de ce que l'on appelait des humains. L'un d'eux ouvrit une porte dissimulée dans les barreaux. Je pris peur et me reculai autant que possible mais je fus vite arrêté par ma petite prison. L'humain déposa dans un coin ce qui ressemblait à des graines et un peu plus loin un récipient avec de l'eau. Je ne voulais pas l'admettre mais j'avais terriblement faim. J'attendis que mes ravisseurs soient partis pour m'approcher de la nourriture et j'y plongeai le bec avec un plaisir non dissimulé. Mon esprit était plus clair désormais. Peut être que si je volais jusqu'en haut de la cage, je pourrais trouver une issue. Alors j'essayai. Mais c'était sans compter sur la douleur vive qui traversa mon aile droite. Je ne pus même pas voler de quelques centimètres. Je compris que j'avais probablement du me faire mal en tombant du nid. Le désespoir s'abattit soudainement sur moi. Jamais je ne pourrais sortir de cette cage, estropié comme je l'étais. Et si par chance, j'étais de nouveau libre, je finirais sûrement dévoré par un chat ou un autre de mes prédateurs.

Ainsi passèrent plusieurs jours qui me parurent des années. On venait m'apporter à manger et à boire. Des fois on me parlait, même si je ne comprenait pas l'humain. La nuit, on recouvrait ma cage d'un tissus pour mimer la pénombre. Mais alors que je commençais à m'habituer à ma nouvelle vie, par un après midi d'été, ma cage se mis subitement à bouger. Que se passait-il ? Un des humains la tenait par le haut. Je piaillais de toutes mes forces pour demander ce qui se tramait, mais bien entendu personne ne répondit. Alors l'humain posa la cage sur une table à l'extérieur et ouvrit la porte. Il baragouina quelques mots que je compris pas. Qu'est ce que j'étais censé faire ? Je m'approchai délicatement de la sortie, guettant le moindre danger. Je sautillai sur le rebord de l'ouverture. Rien ne se passa. Alors plus confiant, je sortis complètement, franchissant d'un bond les derniers millimètres qui me séparaient du monde extérieur. A côté de moi, l'humain faisait de grands gestes. Je ne comprenais pas ce que cela voulait dire. Il ne me restait plus qu'à m'envoler. Même si la douleur s'était largement dissipée ces derniers temps, je n'étais pas certain de pouvoir accomplir un tel exploit. Cependant, je ne pensais pas avoir le choix. Alors, d'abord avec appréhension puis avec assurance, je battis des ailes et l'impossible se produisit. Je volais. Enfin, pour de vrai et sans m'écraser. Je fis un tour rapide puis porté par le vent je m'éloignai. Un sentiment de toute puissance et de liberté s'empara de moi. Parce qu'il s'agissait bien de cela, de liberté. Je venais non seulement de retrouver mon indépendance mais également mon identité. Aujourd'hui je pouvais pleinement dire que j'étais un oiseau. Un véritable oiseau qui vole. Je fis demi- tour pour regarder d'où je venais, mais l'humain avait déjà disparu.
Florale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Florale »

Bonjour Shawneenat !
J'aime beaucoup ta participation, c'est tout mignon, ça me plaît beaucoup !
Merci à toi !
Vanget

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Vanget »

Un joli conte, Shawneenat !
Le point de vue à hauteur de l'oisillon touche nos émotions. nous le suivons pas à pas dans ses doutes, ses peurs… et au final on s'envole avec lui vers la liberté.
Shawneenat

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Shawneenat »

Merci! Je suis contente que cela vous ait plut ^^
evan_jmt

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par evan_jmt »

Bonjour, ça fait longtemps que je souhaite participer à ce genre de petit concours littéraire et j'ai eu la grande surprise de voir que c'était possible d'y participer sur BookNode !
Voici ma micronouvelle sur le thème de la liberté !


Plumes sanguinaires
Il cracha de son bec d’oiseau pourpré, la nourriture qu’il avait trouvée pour ses petits oisillons. Il repartit de son nid pour, à nouveau, trouver de quoi manger. Pendant que ses bébés chantaient, il survolait les routes de campagne. Qu’est-ce qu’elle est belle cette liberté infinie que personne ne pouvait retirer. Il vit enfin quelque chose d’enthousiasmant qui pourrait ravir ses enfants. Il fonça dessus, puis il prit dans son bec, le ver – délaissé et oublié.
Il sortit du champ et remarqua une chenille sur la route, il s’avança et avala le ver pour le remplacer par celle-ci ; il fut trop gourmand. Cependant, l’oiseau rouge n’était plus naturellement pourpré, mais coloré grâce à son sang quand il fut écrasé par une voiture. En effet, ses oisillons, seuls, continueront de chanter en chœur. Leur père, aux cieux, rejoignit leur mère.
Shawneenat

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Shawneenat »

Bien que j'apprécie ton texte j'ai envie de te dire: Quoi? Mais pourquoi? Pauvre petit oiseau et pauvres petits oisillons...
Comme quoi, la liberté ne tien qu'à un fil...
En tout cas merci d'avoir participé evan_jmt ^^
evan_jmt

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par evan_jmt »

Shawneenat a écrit : dim. 12 juin, 2022 7:37 pm Bien que j'apprécie ton texte j'ai envie de te dire: Quoi? Mais pourquoi? Pauvre petit oiseau et pauvres petits oisillons...
Comme quoi, la liberté ne tien qu'à un fil...
En tout cas merci d'avoir participé evan_jmt ^^
Oui :lol: Je voulais symboliser le fête que quiconque peut nous retirer notre liberté, à tout moment. C'est vrai que l'oiseau à mal fini mais j'aime bien écrire de manière direct voir "choquante", merci d'avoir lu en tout cas !!!
Florale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Florale »

Salut à tous !
Merci à tous pour vos participations !
Juste pour vous dire que la mienne arrive, mais... elle est assez longue (Pardon d'avance pour le pavé)
Bonne journée, à bientôt !
Micum

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Micum »

Bonsoir !
Voici ma maigre participation express ! Merci à tous ceux qui font vivre les concours.

La liberté, notre rêve commun


La liberté est comme le latin,
Elle se décline.
La liberté est comme le latin,
Elle est en déclin.

C’est l’espérance de l’athée,
La marotte des philosophes,
Le prétexte des fauteurs de trouble,
La cible de jolis esprits
Qui ne sont pourtant beaux.

La liberté en un corps verbal
Pour une constellation de sens.
La liberté de se déprendre de la règle,
D’être Geisterfahrer, négationniste
Ou de bien-penser, un mal pour un bien.

La liberté est comme un soleil,
Elle est lointaine.
La liberté est comme un soleil,
Elle s’éclipse.
evan_jmt

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par evan_jmt »

J'aime beaucoup la comparaison au Latin ! 8-)
Florale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Florale »

Bonjour Micum!
Merci pour ta participation, je l'aime beaucoup !
La répétition de deux comparaisons au début et à la fin est vraiment très intéressante !
J'aime beaucoup !
Micum

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Micum »

evan_jmt et Florale, merci pour votre retour respectif ! :)
Larme_Fatale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Larme_Fatale »

Très beau texte , Micum.
De la délicatesse et des mots puissants.
Micum

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Micum »

Encore merci ! :)
Je lirai tous vos textes fin juin !
Larme_Fatale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Larme_Fatale »

Voici mon texte.
C'est très long, excusez moi si trop ne lisez pas.
Pour les intéressés bonne lecture à vous!

LIBERTÉ VIRTUELLE

Chapitre 1

La circulation est bloquée, plus rien ne bouge, il fait chaud, le thermomètre de la Mini Cooper affiche 35 degrés à l’extérieur.
La galère ! Coincée devant, derrière
et sur les côtés. J’en ai marre de cette passerelle, genre pour fluidifier le trafic.
Tu parles !

Mila peste mais elle patiente, le temps que cette interminable file de véhicules se remette en mouvement comme une lente chenille à anneaux. L’image de l’insecte lui donne la nausée.
Le bouchon s’étale sur des kilomètres, On voit très loin les toutes petites voitures de tête. C’est affolant.
On va tous cuire à la vapeur. Oh My God !.
Bon ne pas perdre mon temps, consulter l’agenda d’aujourd’hui.
Une fois sorti de son magnifique sac en cuir grainé brun, elle ouvre son agenda.
Pages simples, doubles pages se déploient à toute allure autour de la reliure du carnet. Et l’on n’entrevoit, dans cette suite de feuilles qui défilent en éventail, aucune micro partie de papier blanc ou vierge.
Chaque page est une constellation de graffitis foncés, comme on en voit sur les murs silencieux et sinistres des banlieues tristes.
Elle annonce une journée sans aucune pause. Les lignes noires sont collées les unes aux autres, les lettres étroites se pressent en largeur les unes sur les autres, dans cet espace exigu, pour y faire entrer, écrites en noir foncé, un maximum d’activités.
Le temps millimétré d’une hyperactive angoissée s’affiche sous ses yeux.
Mila lit et relit la multitude de tâches du jour, qu’elle s’est donnée pour éviter la peur du moment de vide.
Coincée dans l’habitacle sans air de sa voiture, elle rapatrie dans sa mémoire tout ce qui est à faire. Il y en a tant qu’elle est rassurée .
Toutefois elle transpire à grosses gouttes, il fait trop chaud. La sueur goutte sur son visage. Elle rabat alors du plafond le miroir de courtoisie et elle y aperçoit sa mine défaite. Une mèche de cheveux humide et frisottée est plaquée sur le front. C'est très laid. Parfaitement lissée du matin, la mèche ne ressemble plus à rien.
Au secours mon brush ! J’ai l’air d’une danseuse de cabaret avec accroche-cœur démodés.
Mila est en colère, tendue, et commence à ressentir un certain malaise, enfermée dans ce petit espace étouffant.
Dehors elle ne voit que ce ciel bleu, de ce bleu pur qu’on apercevait pendant ces jours de confinement, il y a six mois. Un ciel azur que plus aucune trace de pollution ne teintait de ce ton gris-beige inquiétant.
Un franc soleil chauffe à blanc la carrosserie de chaque voiture, et il s’en dégage une chaleur intense. Mila supporte cette ambiance de fournaise avec difficulté. Elle presse immédiatement le petit bouton noir gravé d’une flèche blanche orientée vers le bas et la vitre avant passager glisse lentement et verticalement pour s’ouvrir.
Dehors, l'air est à peine frais, juste revigorant comme il faut. Si l’on incline la tête hors de l’habitacle brûlant de son véhicule, on retrouve une sensation de sérénité.
Aussi, au bord du malaise, Mila n’hésite-t-elle pas et se penche. Elle se penche et se repenche. Elle étire de plus en plus haut son corps hors de sa petite voiture, pour sentir sur sa peau, le plus possible, la petite brise marine qui répare.
Elle se pousse, se pousse encore et encore vers l’extérieur et la liberté.
Si bien que la voilà bientôt, la moitié du corps affalée, collée le long de sa portière avant, le tronc pendant vers le sol granuleux de l’asphalte. Prête à tomber, tête la première, molle comme une poupée de chiffon..
Elle est à la recherche d’air comme un poisson rouge à fleur d’eau.
Elle se laisse aller façon mollement, désarticulée, pliée en deux, tête vers la chaussée. «Penchée en avant, bien vers le sol, on relâche bien tout, bien détendue», comme son coach le lui dit à la fin de ses furieuses séances de body pump.
La moitié haut de Mila glisse au dehors sans aucune énergie musculaire. Tête, cou, épaules, bras, mains. Comme une poupée ancienne en tissu mou.
Que c’est bon ! Je me laisse aller, libre.
La petite brise s’insinue dans chacune de ses narines, Mila retrouve du souffle.
Ouf !

Chapitre 2
Elle est détendue, libérée de cette chaleur torride. Elle revit et se met à sourire. Elle est si bien que le rire succède au sourire. Elle rit toute seule, étendant les bras à l’horizontale. C’est une renaissance !
Le conducteur de la voiture à sa droite l’observe, il ne la lâche pas des yeux.
Il semble à la fois ahuri et inquiet. Comme s’il se demandait ce que cette espèce de gymnaste désarticulée est en train de faire au beau milieu de ce gigantesque embouteillage.
Un embouteillage où, selon lui peut-être, existe une posture «normale» à adopter. Ce serait celle d’un conducteur parfaitement immobile, les yeux figés sur son pare-brise, à l’affût du moindre petit mouvement vers l’avant de cette file qui n’en finit plus ?
Mila rit en même temps qu’elle s’interroge. Aurait-elle attiré l’attention de ce pauvre monsieur atterré par son attitude ? Probablement, vu sa mine.
Ferait-elle partie des gens «normaux», selon cet homme ratatiné d’impatience retenue ?
Elle serait donc «anormale» aux yeux de son voisin d’embouteillage ?
La question l’amuse.
Elle regarde ce voisin perturbé, fixement sans qu’il s’en aperçoive. Il est banal replet, morose et pensif, vêtu du costume d’un cadre moyen usé par le temps. Sa banalité est triste et désolante pour Mila la pétillante.
Mais au sommet de son crâne rasé, Le monsieur est coiffé d’une grosse mèche noir de geai, gominée à la brillantine d’antan, et aplatie comme un soufflet sur l’avant de la tête. Ça donne à ce conducteur coincé l’air ridicule d’un senior dépassé qui court après les modes capillaires actuelles.
Mila le fixe encore et encore. Et soudain éclate d’un rire incontrôlable face à ce personnage si comique pour elle.
Le «vieux beau», aux ambitions de jeune, tourne alors la tête et ne la regarde plus. Aussitôt, presque pris de panique face à une folle hilare qui le dévisage, il passe la première en faisant grincer sa machine d’un bruit strident. Pour gagner un tout petit mètre, coller la voiture qui le précède au plus près, il ferait n’importe quoi et il le fait.
Au point que les bips anti collision de son beau SUV dernier cri retentissent dans un son sur aigu..
Pourvu qu’il ne la voie plus ! Tant pis si son pare-chocs avant flirte avec le pare-chocs arrière du voisin de devant.
Il avance et change de tête. Le voilà apaisé de ne plus voir Mila, il a gagné sa liberté.
La conductrice étrange et farfelue n’est plus dans son champ de vision, et il va mieux.
Mais le rire convulsif et méprisant de Mila rebondit de portière avant en portière avant, dans le silence lourd de cette journée qui commence bizarrement.

Chapitre 3
Tout le monde a coupé son moteur. Le silence est étrangement pesant, presque assourdissant. Aucun signe ne permet d’imaginer ce qui se passe.
Mila guette les lampes en guirlandes orangées de la flèche inclinée et lumineuse d’un véhicule de service qui indique qu’il faut se rabattre à gauche.
Rien.
Elle scrute l’horizon loin, très loin, mais aucune lumière bleue clignotante ne témoigne de la présence de véhicules de police.
Pas de sirène hurlante, pas de sifflets de policiers hargneux régulant la circulation.
Rien de tout ça.
Pas de camion de pompiers rouges et fluo jaune zébré.
Il n’y a personne, sauf les centaines de conducteurs coincés ici.
Le monde est muet, pas un bruit, et l’embouteillage est noyé au beau milieu d’une étendue vide, comme un îlot surpeuplé au beau milieu d’un océan figé, sans vague ni houle.
Mince! C’est plutôt flippant.
Mila a beau s’aérer, toujours penchée à demi hors de sa Mini, l’inquiétude reste. Elle est là, coincée au creux de l’estomac, elle la rend nerveuse, angoissée.
Elle perçoit une anomalie, comme l’immobilité dangereuse de quelque chose de tragique qui se trame.
Elle et ces centaines de conducteurs et passagers écrasés de chaleur sont prisonniers. Pris dans la souricière de cet embouteillage monstre, ils imaginent tous ne plus jamais être libres.
Bon arrête de délirer, reprends toi et attends.

Chapitre 4
15h30.
Mila est là depuis 10h du matin. Elle n’a pas avancé du moindre petit mètre et la chaleur transforme sa Mini en piège d’acier brûlant. Sa bouteille d’eau plate est vide.
Des enfants pleurent, des conducteurs inquiets se hissent sur le rebord de leur véhicule pour y voir d’un peu plus haut et comprendre ce qui se passe devant.
D’autres gesticulent comme des hystériques en hurlant qu’on les sorte de cet enfer. Ils appellent au secours.
Deux hommes se battent un peu plus loin parce que l’un d’eux s’est faufilé devant le véhicule de l’autre.
C’est flippant! Mais je rêve ??!
Aucun de ces deux connards n’hésiterait à dézinguer l’autre pour 4 petits mètres de chaussée.
Mila n’en revient pas. Elle ressent un malaise oppressant, une peur glaçante malgré l’ambiance et la température caniculaires.
Elle pense que le soleil plombant lui fait perdre la raison et que ces deux boxeurs enragés sont une hallucination. Désorientée sur cette large voie de circulation bloquée, elle a envie de s’échapper, presque prise de folie.
Mais non elle n’a pas perdu la raison. Tout ça est bien réel.
La radio vite la radio !!
Oui la radio va lui donner des informations, elle va enfin savoir ce qui se passe dans ce silence morbide.
Le bouton tune tourne. Mila attend un son.
Aucune station n’émet, seule Radio Turquoise donne quelques nouvelles étranges et évasives.
«Depuis 10h ce matin, environ 1500 véhicules sont à l’arrêt de la passerelle accédant à l’autoroute A40 jusqu’au kilomètre 25 de celle-ci. La panique gagne les occupants piégés dans leurs véhicules.
Pour l’heure on n’en sait pas davantage. »
…..?

Chapitre 5
20h30. La température n’a baissé que de 3 degrés, il fait encore 31 degrés. La voie de circulation ressemble à une plage bétonnée où des centaines de personnes sont allongées au soleil sans le moindre mouvement.
La plupart des occupants des véhicules sont sortis se coucher au sol. Étendus, les yeux fermés, ils ne font rien. Ils économisent leurs forces.
Des portables sonnent, on répond qu’on est pris au piège et qu’il fait chaud, très chaud. Les bips des sms, ceux des mails viennent briser le silence et font grincer des dents. On ne veut plus rien voir ni entendre. Seuls l’immobilité et le silence semblent pouvoir sauver les naufragés de la route.
Les enfants se sont endormis à l’ombre de parasols improvisés avec n’importe quel tissu, protégés par les corps offerts de leurs mères terrifiées.
D’autres plus âgés ont fait connaissance et s’éclatent sur leurs portables à des jeux stupides, ils commentent leurs scores.
Des plus raisonnables ont laissé leurs téléphones et lisent leurs romans, Bd, mangas ou revues préférés.
Au loin un petit groupe de jeunes danse dans un mouvement des corps sensuel et calme. L’un d’eux a dû envoyer sa playlist dans son enceinte connectée et ça danse là- bas. Les silhouettes se déhanchent, les corps ondulent au son qui groove. Mais ils sont loin et la musique ne trouble pas le silence de l’espace où se trouve Mila. Elle observe donc ces danseurs sur fond muet et se délecte de cette vision planante.
Sur le point de plonger dans un sommeil lourd et chaud, Mila perçoit à travers ses paupières closes que la lumière a changé. Il doit faire plus sombre. Lorsqu’elle entrouvre les yeux, le soleil a disparu sous un ciel obscur dont la couleur est indéfinissable. Ni gris, ni beige, ni encre, ni blanc flou. C’est un ciel jamais vu pour elle. Comme un ciel qui s’invite chez les terriens, un ciel venu de nulle part. Ce plafond lugubre l’effraie et elle se demande si elle est encore sur cette passerelle encombrée ou si elle se réveille transportée ailleurs. Où ? Elle ne sait pas.
Réfléchis Mila ! Arrête tes délires ! Il faut que tu te sauves d’ici.
Écrasée de fatigue, déshydratée incapable de soulever ses 46 kilos, apeurée, Mila marche à quatre pattes comme un petit chien haletant. Elle cherche une issue.Au passage â côté de chaque prisonnier allongé, elle glisse ces mêmes mots : « Allez merde ! Bougez-vous ! Suivez moi, il faut trouver une sortie de cette putain de voie rapide !! »
Aucun ne répond ni ne bouge. Tant pis, ce sera elle si elle seule doit s’échapper.
Elle poursuit sa route d’animal à quatre pattes sans s’occuper de la fatigue intense. Surtout ne pas s’arrêter !

Chapitre 6
23h00.
La nuit n’est pas tombée, et il fait encore jour sous ce ciel étrange. Il fait toujours 31 degrés. Mila est épuisée, elle rampe presque au sol et ses habits légers se déchirent au contact rugueux du revêtement d’asphalte.
Sa lente progression a changé. Depuis un moment, elle sent qu’elle est sur une pente descendante.
Je suis peut-être en bas de cette maudite voie rapide !
Elle jette un regard à 360 degrés autour d’elle. Là où elle se trouve c’est le monde « normal » sous cette passerelle qui croule sous le poids des véhicules et des gens restés là-haut.
On ne les voit plus, on ne les entend plus mais elle est sortie de cet enfer.
…..?
La lumière de cette fin de jour d’été revient. C’est un bleu pâle et dilué, illuminé d’un soleil qui amorce son coucher dans une lueur orangée vif. C’est splendide.
Mila ne comprend plus. Elle reste là, interdite. On va vers le soir et le ciel sombre laisse place à la lumière.
C’est quoi ce truc ?
Soudain une voix grave résonne de loin. Elle lève les yeux mais ne voit personne.
«Bonjour Mila. Le faux ciel de votre journée vient de disparaître, Vous voilà revenue dans la vraie vie. Vous avez gagné à un nouveau jeu que lance aujourd’hui notre grande chaîne, Réalité. Bravo ! »
Sonnée sur place, Mila ne réagit plus. C’est comme si une voix puissante s’adressait à elle d’un au-delà.
Tu deviens dingue Mila. C’est affolant !
Rapide nouveau coup d’œil sur le monde d’en bas.
Progressivement tous les véhicules bougent pour débloquer très lentement cette file qui s’étend sur des kilomètres devant elle. La voie de circulation inclinée débite une à une les voitures comme une machine à débiter des objets à la chaîne. Dans une cadence rythmée et régulière.
Lorsque le trafic reprend avec fluidité sur la passerelle, une centaine de voitures se gare sur un grand parking un peu plus loin.
Il en sort une foule de gens totalement réjouis.
Comme une déferlante humaine, Mila les voit arriver sur elle. C’est la foule des occupants des voitures, tout à l’heure collées à elle dans le gigantesque embouteillage. Elle en reconnaît certains.
….. ?
Tous affichent une mine réjouie. Ils sont en pleine forme et bavardent dans un éclat de bonne humeur collective.
« Bravo Mila, vous avez gagné !! »
Ils se bousculent pour la féliciter en lui serrant la main ou en l’embrassant.
….. ?
Elle ne connaît aucune de ces personnes qui l’entourent.
C’est un cauchemar !
« Qui ma parle ? Mais enfin qui êtes-vous, tous ? »
La voix puissante qui couvre tout bruit retentit à nouveau de loin, comme venant du ciel. Un écho divin effrayant Mila qui ne croit en rien de non rationnel.
« Je suis le producteur de l’émission-jeu Liberté que la chaîne Réalité lance aujourd’hui.
Vous avez été choisie sans le savoir pour en être la première candidate..
Il s’agissait pour vous, dans le pilote de cette nouvelle émission de Télé Réalité, de sortir libre de cet enfer que nous avons organisé pour vous.
Tout a été implanté dans le décor de la voie rapide. Les véhicules ont été loués par la production, et les occupants les plus proches de vous sont des acteurs.
Tous ont eu de quoi boire et se rafraîchir durant toute la journée sauf vous. Le but était de vous pousser à fuir."
Mila sent monter en elle une bouffée de fureur. Lorsque son voisin, le triste cadre sérieux à la mèche folle s’approche d’elle pour la féliciter, elle le gifle violemment
Il chute au sol et se blesse.
Elle remonte la rue maintenant éclairée par de puissants projecteurs braqués sur elle car il fait nuit.Les caméras la suivent sans la lâcher une seconde.
Au bout de la rue encombrée de spectateurs voyeurs, elle aperçoit assis dans leurs nacelles élevées au-dessus de tout, le producteur et le réalisateur qui affichent une mine de rois du monde.
« Mila, aujourd’hui vous être notre héroïne. La France entière vous a regardée toute la journée relever le défi. Vous avez retrouvé votre liberté !! »
Mila regarde autour d’elle ce monde de fous qui l’observe comme une bête curieuse. Elle baisse les yeux, n’en pouvant plus de les voir aussi stupides.
Dans ce mouvement de rejet furieux, elle aperçoit au sol une arme.
Probablement un accessoire de cette émission débile et pourrie, pense-t-elle.
Elle se baisse lentement et, avec froideur, ramasse l’arme. Avec froideur, elle vise les deux hommes. Elle ne bouge plus. Elle va tirer à blanc pour le plaisir imaginaire d’avoir le pouvoir sur ces deux grands malades. Juste pour le plaisir.
Le doigt appuie très lentement sur la gâchette pour libérer la balle à blanc.
La première sur le premier connard, puis ce sera sur l’autre connard, se dit Mila.
Elle tire.
Au même moment un homme très massif sort de la foule délirante, en poussant un cri strident.
« Non ! Ne tirez pas C’est mon arme de service, je suis un vigile. Dans la bousculade mon arme m’a été arrachée et je la cherche. Elle est chargée et pas à blanc. »
Du haut de la nacelle, un corps chute et s’écrase au sol.
-C’est le producteur !! Appelez les secours, hurle le vigile.
Mila est sidérée elle regarde la tache de sang rouge vif s’étendre comme une fuite de la tête détraquée de cet homme.
Sans hésiter, sans rien ressentir, elle prend la rue à sa droite pour rentrer chez elle.
Elle ne connaît pas cette rue sombre et pose le regard sur la plaque de celle-ci pour programmer son itinéraire sur son téléphone portable.
Derrière elle, la terreur a chassé les passants curieux et avides d’émotions fortes. Le gyrophare du SAMU éclaire les façades par intermittence.
Mila ne se retourne pas.
Sans aucun état d’âme, elle suit cette rue pour rejoindre son appartement.
La rue s’appelle Rue de La Liberté.
Florale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Florale »

Bonjour Larme_Fatale!
Heureuse de lire ta participation !
C'est un texte original et énigmatique, bien travaillé. J'aime beaucoup, comme à chaque fois, les passages descriptifs. Comme avec l'agenda de Mila.
Merci à toi, bonne soirée !
Larme_Fatale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Larme_Fatale »

Merci Florale.
Maintenant que j'ai écrit, à moi de lire.
Bonne soirée.
Amitiés.
Shawneenat

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Shawneenat »

J'aime bien ton poème Micum! Tu as utilisé des images auxquelles je n'aurais pas pensé. C'est surprenant ^^
Larme_Fatale, je lis ton texte bientôt! ^^
Larme_Fatale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Larme_Fatale »

Il est très long. Prends ton temps
Larme_Fatale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Larme_Fatale »

Très belle évasion vers des horizons lointains, ivre des senteurs d'un été et de contrées inconnues.
De belles métaphores et une sensibilité poétique très aboutie .
Plaisir de lire ton texte, Vaget
Shawneenat

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Shawneenat »

Larme_ Fatale, ton texte est très original et surprenant. Il m'a vraiment beaucoup plut! J'arrive très bien à imaginer l'ambiance lourde et pesante que tu veux donner ainsi que le paysage que tu décris. Je n'aurais jamais pensé à ça, que ce soit la chute ou bien cette histoire pour le thème de liberté.
Vanget

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Vanget »

Merci Larme_ Fatale,
pour tes très beaux commentaires. l'imaginaire, la sensibilité, nous libèrent et nous rendent meilleurs pour affronter la noirceur de ce monde… L'étendard de notre résistance.
Florale

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Re: Thème d'écriture Juin 2022 : Liberté

Message par Florale »

Bonjour à tous!
Voici ma participation!

Il se glissait le long des murs du château, tentant de se faire le plus discret possible. Il allait y arriver. Même si tout indiquait qu'il allait échouer. Même si presque tout le monde n'avait pas cru en lui. En son plan.
C'est vrai, il était simple, hasardeux, incertain. Mais c'était un vrai plan. Un vrai espoir : lui révéler la vérité. La pousser à agir. Cela pouvait paraître stupide, mais c'était son seul espoir. Pour son peuple. Pour lui.
Leur ancien roi, Afkor, était juste et bon : tout le monde l'aimait. Mais depuis sa mort, la vie était devenue une prison. Ceux qui était au pouvoir actuellement étaient cupides et cruels. Ils faisaient de la vie du peuple un cauchemar en les soumettant à un travail pénible et dangereux dans les mines d'or. Les hommes, les femmes, les enfants. Tous s'enfermaient petit à petit dans un désespoir plus lourd et noir que la mélasse. On enfermait, on frappait des gens pour un rien. Il fallait que cela cesse. Et pour que cela cesse, leur seul espoir se trouvait dans une des chambres du château.
Il s'arrêta sous la fenêtre par laquelle il pourrait entrer. Elle se trouvait à l'ombre, dans l'aile est, celle des domestiques. Il fixa la fenêtre, prit son courage à deux mains et, agrippant les pierres du mur, commença à escalader. Heureusement, il était plutôt agile. Arrivé au niveau de la fenêtre, il enroula le foulard qu'il avait au cou autour de son poignet et brisa la vitre. Il n'y aurait personne dans la pièce. Olive, son amie qui travaillait au château, le lui avait promis.
Il passa la main par la fenêtre, actionna la poignée de l'intérieur et s'engagea pour entrer. Soudain, son pied glissa et il se sentit partir en arrière. Paniquant, il réussit à attraper le bord de la fenêtre et se redressa in extremis. Il souffla : il avait eu chaud. Enfin, il pénétra dans le château. Il se trouvait dans un placard à balais propre et bien rangé. La porte n'était pas fermée. Il s'assura que le couloir était bien désert, puis s'y engagea. James, le fiancé d'Olive, lui avait fournit un plan du château. Il savait où aller. Il entendit des bruits de pas, et se colla contre le mur pour laisser passer deux gardes en patrouille. Il traversa l'aile sans encombre, et arriva à l'aile ouest, où se trouvait la chambre de la princesse Eppa. Il attendit que les gardes s'en aillent pour la relève, puis entra rapidement dans la chambre.
Celle-ci était éclairée par quelques bougies, ce qui donnait à la pièce un aspect assez lugubre. Un très grand lit à baldaquin était adossé au mur droit. En face de lui, il y avait une immense fenêtre qui donnait sur le balcon. A gauche se trouvait une gigantesque coiffeuse chargée de produits de beauté. Et, assise à cette coiffeuse, le regard perdu dans son reflet, il y avait la princesse Eppa.
Elle avait la peau très pâle, des yeux bleus délavés de larmes et de longs cheveux blonds qu'elle laissait tomber dans son dos. Elle avait presque l'air malade. C'était une jeune femme qui aurait pu être très belle si elle souriait. Le bonheur l'embellissait autrefois. Ayant entendu la porte s'ouvrir et se refermer, elle se tourna doucement vers l'intrus. Elle semblait à peine étonnée. Elle le regarda de haut en bas et demanda, d'une toute petite voix :

- Qui êtes-vous? Qu'est-ce-que vous faîtes ici?
- Votre Altesse, je m'appelle Mickaël. Je suis venu pour vous prévenir de ce qui se passe vraiment dans votre royaume.
- Quoi?
- Nous pensions tous que vous et les conseillers travailliez ensemble, que vous étiez au courant de tout ce qui se passait. Mais il y a quelques semaines, une amie à moi, Olive, et son fiancé, ont découvert que vous passiez tout votre temps enfermée dans votre chambre. Olive a surprit une conversation où il était dit que cet état de fait devait rester secret, et que vous deviez continuer de rester à l'écart. Alors j'ai décidé de venir vous révéler la vérité.
- C'est...c'est normal que je sois à l'écart. Je ne peux pas m'occuper de mon peuple.
- Pardon?!
- Je...je ne peux pas, gémit-elle, les larmes aux yeux. Je...je suis coupable du meurtre de mon père.
- Pardon?!
- Vous savez comment il est mort?
- Oui. Il a été attaqué par des brigands lors d'une promenade à cheval.
- C'est moi qui est proposé cette balade. Je voulais voir un endroit qu'on m'avait décrit comme très joli. Alors nous y sommes allés...Et...Mon père s'est interposé pour me protéger. J'ai hurlé, et des gardes sont arrivés, alors ils se sont enfuis. Mais mon père était déjà...
Après cela, je ne me sentais plus capable de régner. Je ne pouvais pas me tenir devant mon peuple, alors qu'ils avaient perdu leur roi, leur merveilleux roi, à cause de moi!

Mickaël s'approcha doucement d'elle, prenant une voix rassurante :

- Mais, votre Altesse, ça n'était pas de votre faute! Vous ne pouviez pas savoir ce qui allait se passer! Vous ne pouvez pas rester prisonnière de cette culpabilité! Votre peuple à besoin de vous!
- Non. Regardez-moi. La mort de mon père m'a brisée. Je ne peux pas.
- Si, vous le pouvez!
- Non, je ne peux pas !C'est pour cela que j'ai confié ma voix au conseil au chancelier Tarkey. Cette voix ne compte que pour une personne jusqu'à ma majorité. Le chancelier m'a beaucoup soutenue et m'a donné le temps dont j'ai besoin. Il m'a promis qu'il prendrait soin de mon peuple.
- Votre Altesse, il vous a mentit.
- Quoi?
- Les conseillers ont rouvert les mines d'or. Ils maltraitent vos sujets. Ils soumettent les hommes, les femmes et les enfants à un travail horrible. Les gens souffrent.
- Mais...Mon père avait fait fermer ces mines. Elles étaient dangereuses, instables. Des gens y mourraient.
- Ça n'a pas changé.

Il était à présent juste à côté d'elle. Elle plongea les yeux dans son grand regard vert si plein de vie et de force et, se levant, cria :
- Non, vous mentez! Mon père avait confiance en eux, j'ai confiance en eux! Ils n'auraient jamais fait ça!
- Taisez-vous, dit-il en lui tenant les épaules, les gardes vont vous entendre! Altesse, réfléchissez : pourquoi me serais-je introduit ici, pourquoi aurais-je risqué ce qu'il me reste de liberté, pour vous mentir?!

Elle resta sans voix. Il avait raison. S'il était prêt à tout risquer, peut-être était-ce parce que...

- Regardez mes mains, reprit-il.

Elle le fit, et poussa un cri de surprise : ses mains étaient pleines de cicatrices et de croûtes. Elle se souvenait, petite, avoir vu les mains d'un vieil homme qui avait travaillé dans une mine avant que son père ne les fassent fermer : elles étaient dans cet état-là. Elle releva les yeux vers Mickaël :
- Ils m'ont mentit. Ils vous ont fait du mal.
- Oui.

Alors Mickaël vit quelque chose changer en elle : une flamme se ralluma dans son regard, une détermination nouvelle se lisait sur son visage. Elle annonça d'une voix forte :

- Tarkey m'a dit ce matin que le conseil avait une réunion jusque tard ce soir. Ils doivent encore y être. Bon, tournez-vous.
- Pardon?!
- Je vais aller leur faire face, mais en chemise de nuit je ne risque pas de faire forte impression. Je vais me changer. Tournez-vous.

Mickaël s'exécuta, rouge comme une pivoine. Quelques minutes plus tard, Eppa annonça :

- Je suis prête, c'est bon.

Mickaël la regarda. Elle portait une robe d'un vert émeraude très distinguée et avait relevé ses cheveux en un chignon complexe. Elle ouvrit la porte da sa chambre et s'exclama :

- Suivez-moi.

Ils sortirent tout les deux. Les gardes qui les virent passer écarquillèrent les yeux en voyant Mickaël. Eppa intervint :

- Tout va bien. Il est avec moi.

Mickaël la suivit dans différents couloirs, sans savoir du tout où ils se rendaient. Eppa marchait d'un pas décidé. Le jeune homme devait accélérer le pas pour ne pas se faire distancer. Ils arrivèrent bientôt devant une immense porte à deux battants, gardée. Eppa ordonna aux gardes :

- Laissez-nous entrer.

Ils hésitèrent, mais finirent par obéir. Alors la princesse entra, Mickaël à sa suite. Les conseillers se levèrent tous en la voyant. Ils parlaient tous en même temps :

- Votre Altesse?!
- Mais qu'est-ce que vous faîtes ici?!
- Vous vous êtes perdue?!

Eppa se contenta de sourire, puis annonça d'une voix très douce :

- Je suis venue assister à votre réunion.
- Je..Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée, dit un conseiller d'une voix condescendante, vous devriez aller vous reposer.
- Vous avez rouvert les mines d'or. Vous maltraitez le peuple.

Il n'y eu plus aucun bruit. Alors, un homme aux cheveux blancs et aux yeux bruns rassurants se leva :

- Princesse. Il y a trois ans, vous m'avez demandé de prendre ce royaume en charge. Malheureusement, votre père nous a laissé des dettes, que nous avons dû couvrir. Nous avons dû prendre des décisions difficiles, mais c'était pour le bien de tous.
- Pour le bien de tous de mettre des hommes, des femmes et des enfants en danger, chancelier Tarkey? Pour le bien de tous de tout faire pour me mettre à l'écart des affaires de mon royaume? Car même si je ne suis pas encore majeure, il s'agit de mon royaume.
- Princesse, la douleur de la mort de votre père vous égare.
- Non, ça n'est pas le cas.
- Si, je sais que c'est le cas. Ma pauvre princesse, au fond de vous, vous êtes toujours sentie coupable.
- Oui, mais ça n'était pas ma faute.
- Non, bien sûr que non. Ces brigands sont les seuls coupables. Oh, vous avez dû avoir tellement peur, en tombant de Qaltaï. Pauvre enfant.
- Qu'est-ce que vous avez dit???
- Que les brigands sont les seuls...
- Non...

Elle recula vivement, elle avait besoin d'air. Mickaël s'approcha et posa doucement la main sur son bras. Eppa posa un regard horrifié sur le chancelier Tarkey :
- Qaltaï était le cheval de mon père. Je rêvais de le monter. Pendant la balade, il a proposé que nous échangions nos montures, et nous l'avons fait. Je suis tombée pendant l'attaque, et personne n'a su que je l'avais monté. Les seuls qui m'ont vue dessus étaient mon père et... Les brigands. Et... c'est vous qui m'aviez parlé de cet endroit que je voulais voir. Ce qui veut dire...
- Non, tenta-t-il de se défendre, c'est...c'est faux...
- Je ne l'ai jamais dit à personne. Ce qui veut dire, que vous faisiez partie de ses assassins! Vous étiez là! Vous avez tué mon père!!!

Le visage du chancelier resta de marbre :
- Votre père était faible. Il allait ruiner ce royaume! J'ai simplement voulu le sauver, petite sotte!
- GARDES!! Emmenez cet homme!!!

Deux soldats qui se trouvaient dans la pièce s'approchèrent, et emmenèrent l'assassin. Celui-ci se tourna une dernière fois vers Eppa :

- Je pensais que je n'avais pas besoin de vous tuer, que vous étiez assez naïve et inoffensive. Mais j'aurais dû vous supprimer vous aussi!!
- Oui, vous auriez dû.

Les gardes l'emmenèrent. Alors, Eppa laissa couler une unique larme. La mort de son père n'était pas sa faute. C'était celle de Tarkey. Enfin, elle pouvait se libérer de ce poids.
Elle se tourna ensuite vers le reste du conseil :
- Quand à vous, vous avez maltraiter le peuple, et l'avez mit en danger en toute connaissance de cause. De telles actions sont contre notre constitution!
- Et alors, la défia un conseiller, qu'est-ce que ça change? Vous seriez perdue sans nous, nous gérons ce royaume depuis bien longtemps!. Vous ne tenterez rien contre nous.
- Cher conseiller Roblet, si vous le voulez bien, nous allons réviser la constitution ensemble. Quel pouvoir a un héritier du trône, même mineur, face à une action anticonstitutionnelle d'un ou de plusieurs membres du gouvernement?
- Les.. les relever de leurs fonctions, mais vous n'oseriez pas...
- Oh que si. Messieurs, vous êtes renvoyés, à effet immédiat. Malheureusement, je n'ai pas le droit de faire plus contre vous. Je changerai cela une fois reine.
- Et qu'allez-vous faire sans nous? Il vous faudra un nouveau conseil, et vous ne connaissez personne!
- Mais si. Mickaël, mon cher Mickaël, vous, votre amie Olive et son fiancé, êtes-vous majeurs?
- Pardon?!
- Êtes-vous majeurs?
- Oui.
- Parfait, donc vous pouvez être conseillers. Eh bien, voilà les premiers membres de mon nouveau conseil.
- Vous n'avez pas le droit!, s'insurgea Roblet.
- Bien sûr que si. Rien ne me l'interdit. Maintenant, messieurs, disparaissez, et que je revois jamais vos mines infâmes dans ce château.

Personne ne bougea.

- Vous préférez peut-être que les gardes vous escortent?

Finalement, lentement, ils se levèrent, scandalisés, et partirent en grognant. Eppa se pencha vers un garde :

- Veillez à ce qu'ils quittent le château dans les plus brefs délais.

Celui-ci hocha la tête. Il y veillerait. Quelques heures plus tard, les anciens conseillers quitteraient tous le château.

Eppa souffla et se laissa tomber sur une des chaises. Mickaël s'approcha et lui demanda d'une petite voix :

- Pourquoi voulez-vous que nous soyons vos conseillers?
- Mickaël, vous m'avez sauvée. Vous avez osé venir me trouver pour me dire la vérité. Vous avez sauvé notre peuple. Vous, et vos amis, vous nous avez tous libérés. Moi de ma culpabilité, votre peuple de l'oppression. Vous êtes des héros. Vous faîtes partie du peuple, vous savez ce dont il a besoin, ce qu'il lui faut. Nous ferons face aux défis politiques et économiques qui nous attendent. Je voulais vous dire...Merci. Merci Mickaël. Du fond du cœur.
- Merci à vous de vous être battue pour nous en découvrant la vérité.

Eppa sourit, puis eu un petit rire :

- Et votre infiltration au château était impressionnante! Mes pauvres gardes ne vont pas s'en remettre!

Alors tout les deux partirent dans un grand rire. Un grand rire empreint de soulagement et d'une liberté retrouvée.
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