Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Postez ici tous vos écrits qui se découpent en plusieurs parties !

Question banale AF : quel est votre perso préféré ?

Alice
1
14%
Achalmy
1
14%
Mars
2
29%
Soraya
1
14%
Ace
0
Aucun vote
Zane
1
14%
Connor
0
Aucun vote
Vanä
1
14%
Wilwarin
0
Aucun vote
 
Nombre total de votes : 7
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

DanielPagés a écrit : lun. 15 févr., 2021 10:12 pm J'étais sûr que je n'avais pas lu le dernier chapitre... C'est fait !
Mais j'ai été obligé de relire l'avant avant dernier pour retrouver qui était Victor.
Evidemment ce gamin est plutôt mignon et, à la place d'Alice, avec ses étincelles, j'aurais fait quelques dégâts dans les pantalons de ces messieurs jusqu'à ce qu'il ne leur reste qu'un morceau de charbon... :evil: J'aime pas qu'on fasse du mal aux persos qui sont sympas... (je sais, je pourrais être barbare ! en oubliant mon humanisme légendaire)

Quelques bricoles qui restent !
Deux semaines que nous voguions dans l’estomac du deux-mâts occidental qui nous ramenait à Oneiris. J'aime bien l'idée de l'estomac qui malaxe et digère... mais on ne dit pas en principe un deux-mâts (contrairement au trois-mâts qui a un qualificatif après (genre trois-mâts barque, trois-mâts carré, ...) On a un nom pour chaque type de bateau à deux mâts Goélette, brick, brigantin, ...

Nous pratiquions tous une forme de barbarisme. - le barbarisme est une faute de langage, un mot qui n'existe pas. Ne pas
confondre avec "barbarie"


Allez ! Continue ! :D
Bizoux
Hello !

Viktor est un personnage récent, oui, c'est pas très étonnant si tu l'as oublié ^^
Oui ça aurait pu être intéressant c'est sûr... :twisted:

Ah zut, tu fais bien de me le dire pour le "deux-mâts" !
Idem pour barbarisme ;) Merci

Bizouz !
Sephcchi

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par Sephcchi »

Hello ~
Je t'ai vue sur insta et j'ai juste été impressionnée par tout ce que tu écris, vraiment je suis en admiration :cry:
Du coup j'ai été intriguée par Oneiris et j'ai commencé à lire.
J'ai jamais été fan des récits à la première personne mais là je suis facilement entrée dans l'histoire, c'est vraiment bien écrit je trouve et sympa à lire.
Juste, au chapitre 2 du pdv Alice, je crois, avant le combat contre le Compte (ou au début, je sais plus trop 😅) Alice décrit Al en l'appelant Alchalmy alors "qu'officielement" elle connait pas encore son nom (si j'ai bien compris).
Voilà voilà. J'en suis qu'au chapitre 3 (Alice) mais j'aime déjà. J'espère vite trouver le temps de lire la suite :)
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Sephcchi a écrit : lun. 22 févr., 2021 10:23 pm Hello ~
Je t'ai vue sur insta et j'ai juste été impressionnée par tout ce que tu écris, vraiment je suis en admiration :cry:
Du coup j'ai été intriguée par Oneiris et j'ai commencé à lire.
J'ai jamais été fan des récits à la première personne mais là je suis facilement entrée dans l'histoire, c'est vraiment bien écrit je trouve et sympa à lire.
Juste, au chapitre 2 du pdv Alice, je crois, avant le combat contre le Compte (ou au début, je sais plus trop 😅) Alice décrit Al en l'appelant Alchalmy alors "qu'officielement" elle connait pas encore son nom (si j'ai bien compris).
Voilà voilà. J'en suis qu'au chapitre 3 (Alice) mais j'aime déjà. J'espère vite trouver le temps de lire la suite :)
Heyo !
C'est gentil, merci beaucoup :oops: Pour ma part, je suis impressionnée par tes dessins, ils sont superbes ! Ça doit être génial de pouvoir représenter son univers et ses personnages :mrgreen: (et ça donne encore plus envie de lire !)
Bon, je te cache pas que je suis un peu embarrassée de savoir que tu lis Oneiris, car avec le temps qui s'est écoulé j'ai un peu honte de mon tome 1 :lol: Mais c'est comme ça...
Effectivement, j'avais modifié 2-3 trucs à la réécriture et j'ai fait glisser un prénom complet par erreur... Merci ;)
(Et franchement ne t'oblige surtout pas à lire, j'suis pas bien fiérote de cette histoire mdr)
Mais merci beaucoup pour ton intérêt et ton entrain, ça fait évidemment super plaisir =)

A bientôt sur le forum !
vampiredelivres

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par vampiredelivres »

louji a écrit : mar. 23 févr., 2021 8:07 am (Et franchement ne t'oblige surtout pas à lire, j'suis pas bien fiérote de cette histoire mdr)
Mais arrête de décourager les gens qui te complimentent… :evil: (Surtout quand tu fais du très bon taf nanmaisholà)
DanielPagés

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par DanielPagés »

vampiredelivres a écrit : mar. 23 févr., 2021 2:45 pm
louji a écrit : mar. 23 févr., 2021 8:07 am (Et franchement ne t'oblige surtout pas à lire, j'suis pas bien fiérote de cette histoire mdr)
Mais arrête de décourager les gens qui te complimentent… :evil: (Surtout quand tu fais du très bon taf nanmaisholà)
Ouais, arrêtez, les filles, vous valez bien mieux que ce que vous pensez. Oui, toutes les trois ! :roll:
❤❤❤
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

vampiredelivres a écrit : mar. 23 févr., 2021 2:45 pm Mais arrête de décourager les gens qui te complimentent… :evil: (Surtout quand tu fais du très bon taf nanmaisholà)
:o

:x

:roll:

:P
Sephcchi

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par Sephcchi »

louji a écrit : mar. 23 févr., 2021 8:07 am
Bon, je te cache pas que je suis un peu embarrassée de savoir que tu lis Oneiris, car avec le temps qui s'est écoulé j'ai un peu honte de mon tome 1 :lol: Mais c'est comme ça...

(Et franchement ne t'oblige surtout pas à lire, j'suis pas bien fiérote de cette histoire mdr)
Mdrrr franchement je comprends parfaitement, je ressens exactement la même chose (que ce soit en dessin ou en écriture), mais je trouve quand-même que le début est bien haha!

(De rien et merci pour les dessins :')

vampiredelivres a écrit : mar. 23 févr., 2021 2:45 pm
louji a écrit : mar. 23 févr., 2021 8:07 am (Et franchement ne t'oblige surtout pas à lire, j'suis pas bien fiérote de cette histoire mdr)
Mais arrête de décourager les gens qui te complimentent… :evil: (Surtout quand tu fais du très bon taf nanmaisholà)
Absolument :P

DanielPagés a écrit : mar. 23 févr., 2021 3:42 pm
vampiredelivres a écrit : mar. 23 févr., 2021 2:45 pm
louji a écrit : mar. 23 févr., 2021 8:07 am (Et franchement ne t'oblige surtout pas à lire, j'suis pas bien fiérote de cette histoire mdr)
Mais arrête de décourager les gens qui te complimentent… :evil: (Surtout quand tu fais du très bon taf nanmaisholà)
Ouais, arrêtez, les filles, vous valez bien mieux que ce que vous pensez. Oui, toutes les trois ! :roll:
❤❤❤
:cry: :cry: :cry:
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Sephcchi a écrit : mar. 23 févr., 2021 5:04 pm
Mdrrr franchement je comprends parfaitement, je ressens exactement la même chose (que ce soit en dessin ou en écriture), mais je trouve quand-même que le début est bien haha!

(De rien et merci pour les dessins :')
En écriture et en dessin, c'est à propos de tes productions plus anciennes ou même sur les récentes ? :(
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Message par Sephcchi »

louji a écrit : mar. 23 févr., 2021 9:50 pm En écriture et en dessin, c'est à propos de tes productions plus anciennes ou même sur les récentes ? :(
En écriture c'est plus les anciennes mais en dessin... anciens ou même récents, des fois (souvent :lol: ) j'ai honte de moi :lol: :lol: Mais ça doit vouloir dire qu'on se rend compte de nos erreurs... et qu'on progresse... donc c'est bien 😅(?)
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Sephcchi a écrit : mer. 24 févr., 2021 8:41 am
En écriture c'est plus les anciennes mais en dessin... anciens ou même récents, des fois (souvent :lol: ) j'ai honte de moi :lol: :lol: Mais ça doit vouloir dire qu'on se rend compte de nos erreurs... et qu'on progresse... donc c'est bien 😅(?)
Ah oui ? :o C'est parce que tu dessines depuis moins longtemps peut-être ? Tu as l'impression d'avoir moins progressé ? En tout cas, j'aime beaucoup tes dessins pour ma part ^^
Sephcchi

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Message par Sephcchi »

louji a écrit : jeu. 25 févr., 2021 8:28 pm
Ah oui ? :o C'est parce que tu dessines depuis moins longtemps peut-être ? Tu as l'impression d'avoir moins progressé ? En tout cas, j'aime beaucoup tes dessins pour ma part ^^
Hm non je dessine depuis bien plus longtemps que je n'écris, mais justement je dois sûrement être plus "exigeante"...😅
Merci :oops: :oops: :D !
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Sephcchi a écrit : ven. 26 févr., 2021 9:23 am

Hm non je dessine depuis bien plus longtemps que je n'écris, mais justement je dois sûrement être plus "exigeante"...😅
Merci :oops: :oops: :D !
Ah je comprends ! Ça paraît logique du coup... :?
DanielPagés

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Message par DanielPagés »

Sephcchi a écrit : ven. 26 févr., 2021 9:23 am
louji a écrit : jeu. 25 févr., 2021 8:28 pm
Ah oui ? :o C'est parce que tu dessines depuis moins longtemps peut-être ? Tu as l'impression d'avoir moins progressé ? En tout cas, j'aime beaucoup tes dessins pour ma part ^^
Hm non je dessine depuis bien plus longtemps que je n'écris, mais justement je dois sûrement être plus "exigeante"...😅
Merci :oops: :oops: :D !
Séph, tu as fait beaucoup de progrès dans tes dessins... (les yeux, les mains...) Et certainement aussi dans l'écriture, même si c'était déjà super bien, il y a quelques années... Et une médaille pour la mise en page ! :lol:
Quant à Coline, des progrès aussi. Ca coule beaucoup mieux. Il y a des morceaux de chapitre qu'on avale avec délices, comme une glace rhum-raisin ! :lol:
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Waw, il s'est écoulé qu'un mois depuis le dernier chapitre, je suis la première choquée.
Et c'est le dernier chapitre de la partie 3, tant qu'on y est.



Chapitre 14
Achalmy



An 500 après le Grand Désastre, 3e mois de l’automne, Mont Valkovjen, Terres du Nord.



Ma respiration formait un nuage de vapeur devant moi. La neige crissait sous nos pas, des oiseaux et des rongeurs déguerpissaient en nous sentant arriver. Les rares conifères jetaient les ombres de leurs épines sur notre chemin et égayaient de vert sombre le paysage. La vue était à la fois fascinante et accablante depuis deux semaines. La neige, blanche, pure, impitoyable, qui s’étendait à l’horizon. La pierre, les flancs abrupts, les crevasses piégeuses et les éboulis de rochers qui se dressaient soudainement. Le bleu cinglant du ciel et le vert entêté des résineux coriaces qui poussaient si haut en altitude.
— On arrivera bientôt aux premières cavernes.
La voix de ma tante, si humaine et si étrange dans le silence imposant de la montagne, me fit lever le nez. Depuis le départ du clan, Silja s’était naturellement imposée en guide. Elle connaissait le Mont Valkovjen bien mieux que nous. Sans elle, nous aurions bêtement emprunté les chemins qui nous semblaient les plus praticables – pour finir dans un vallon en cul-de-sac. Nous aurions raté les grottes cachées qui nous avaient protégés des brises glacées de la nuit. Peut-être même que Mars et moi aurions fini par nous séparer à force de nous disputer pour des broutilles. Silja était notre guide depuis deux semaines, mais aussi une sorte de mère de remplacement. Comme Mars et moi n’avions pas connu les nôtres, sa présence ferme et soucieuse de la bonne entente nous plongeait parfois dans un mutisme perplexe. Sa nature de cheffe de clan devait aussi ressortir dans son comportement volontiers diplomate.
Dans tous les cas, j’étais satisfait de l’avoir à mes côtés. Soulagé qu’elle n’essayât plus de me planter avec ses flèches et reconnaissant de ses conseils au quotidien.

Mars, qui progressait quelques pas derrière nous, lança d’une voix lasse :
— Et « bientôt » c’est quand ?
— Quand on arrivera, éluda Silja d’un air indifférent.
J’entendis Mars grommeler tout bas dans mon dos. Je retins un sourire et jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule. Avec ses vêtements de Nordiste et son sabre à la ceinture, il ressemblait à un Chasseur. Il n’y avaient que sa peau mate – encore plus halée par notre exposition au soleil – et ses yeux ambrés pour me faire démentir.
— Courage, mon ami. Silja nous a jamais fait marcher dans le noir et le soleil se couchera dans deux heures maximum. On passera sûrement la nuit dans une grotte à Saphirs des Glaces.
Car, lorsque ma tante avait mentionné les cavernes, elle pensait évidemment à celles qui abritaient les fameuses pierres précieuses de mes Terres. Les Saphirs des Glaces étaient produits sur une grande partie du Nord, dans les grottes et souterrains. Toutefois, les joyaux de la meilleure finition étaient ceux qui naissaient au creux des stalagmites du Mont Valkovjen.
— Si je survis d’ici là, répliqua mollement mon ami en traînant exagérément les pieds.
Amusé, je secouai la tête. J’avais prévenu Mars que le voyage serait rude – plus encore que celui qui nous avait amenés jusqu’au clan Valkov. Fidèle à lui-même – et à son engagement envers moi – mon ami avait assuré qu’il m’accompagnerait jusqu’au bout, quitte à en perdre des orteils. Je lui avais affirmé qu’on ferait tout pour lui éviter les engelures – tout en étant inévitablement inquiet pour lui. Même si Mars s’était endurci depuis notre rencontre, il restait un homme des plaines sans la moindre goutte de sang nordiste. Il se plaignait à moitié pour rire, mais je savais qu’il souffrait véritablement de notre quête. Eon avait plutôt intérêt à s’être exilé sur le Mont Valkovjen et pas ailleurs.

L’avantage d’avoir un guérisseur cracheur de flammes avec nous, c’était l’assurance d’un repas chaud et de petites pommades apaisantes sur nos ampoules le soir. Silja et moi rapportions la chair et l’eau puis laissions notre compagnon assurer la suite. Depuis le début du voyage, nous n’avions pas eu à nous plaindre de repas chiches ou froids.
Quand Silja nous informa que nous approchions pour de bon des cavernes, elle nous indiqua la direction puis s’éloigna à la recherche de gibier. Mars et moi progressâmes pendant une demi-lieue avant de repérer la bouche sombre d’une grotte. Aussitôt, nous remplîmes les tâches que nous nous étions réparties dès le début. Mars rassembla du petit bois pour lancer son feu tandis que je m’installais au calme pour remplir nos gourdes d’eau tirée de la glace autour de moi.
Les stalagmites et stalactites où se formaient traditionnellement les Saphirs de Glace devaient se trouver plus en profondeur dans la grotte. Une fois les gourdes remplies, je déposai ma besace et le fourreau d’Eon près de la paroi humide. Je ne pus pas progresser très loin sans lumière pour éclairer mon chemin. En plissant les yeux, je pouvais voir quelques amas sombres au loin.
— Al ! s’exclama la voix de Mars près de l’entrée.
Je me hâtai de faire demi-tour avant que mon ami ne se mît à hurler à ma mort. Il avait les bras chargés de brindilles et de branches cassées encore humides de neige. Je les ferais sécher avant de les jeter aux flammes.
— J’étais juste parti voir au fond, le rassurai-je en récupérant mon épaisse couverture.
D’une simple pensée, j’asséchai un périmètre autour de notre tas de bois puis y étalai mes affaires. Mars s’appliquait à disposer ses trouvailles pour construire un petit tas, son béret de travers. En attendant Silja et le repas, j’attrapai dans ma besace un morceau de viande séchée.
— Ta tante va bientôt faire demi-tour pour rentrer au village Valkov ? souffla mon compagnon après quelques minutes de silence reposant.
— Bientôt, oui. Elle m’a promis de nous accompagner jusqu’aux premières grottes à Saphirs. Elle peut pas de permettre de s’absenter trop longtemps avec les nouvelles décisions que le clan a prises.
— J’espère qu’on s’en sortira sans elle, murmura Mars en jetant une flammèche au tas de brindilles qui nous séparait.
— Si tu continues à me faire du feu, ça devrait aller, le raillai-je en retirant mes bottes pour approcher mes orteils des flammes.
Il roula des yeux, sourit, puis tendit ses propres jambes vers la flambée.
— Dis, Mars, le relançai-je d’un ton plus sérieux, toi qui es à moitié Sudiste, tu devrais être plus proche que moi d’Eon, comme c’est votre divinité protectrice. Tu… le sens ?
Un air désolé se peignit sur les traits avenants de mon ami. Malgré la lueur des flammes dans l’ambre de ses yeux, il avait le regard sombre.
— Rien, Al. Sincèrement, j’aimerais. J’essaie de relativiser… peut-être qu’on est pas encore assez proches ? (Il haussa mollement les épaules.) Et toi, tu as déjà senti Lefk ? Peut-être qu’on se fait des idées sur nos Dieux protecteurs. Peut-être qu’on est pas aussi proches d’eux qu’on le pense.
— Possible, reconnus-je au bout de quelques secondes. Je veux dire, j’ai combattu des Dieux. , je les ai sentis passer, crois-moi.
Nous lâchâmes des rires nerveux de concert. Mars ne s’était pas directement confronté à des Divinités, mais il connaissait mes mésaventures. Et combien elles m’avaient coûté.
— Eh bien, soupirai-je d’une voix lasse, reste plus qu’à prier, hein.
— Je te pensais pas dévot, lança Silja d’un ton narquois en pénétrant dans la grotte d’un pas souple.
Elle balança négligemment deux lièvres près du feu. Je marmonnai un remerciement puis récupérai le gros couteau à ma ceinture. J’étais chargé du dépeçage.

J’étais assis à l’entrée de la grotte, emmitouflé dans ma couverture, dos au feu. Nez levé vers les étoiles. Des pas firent rouler des petites pierres sur ma droite. Mars lâcha un gros soupir en se laissant choir à côté de moi. Son béret était enfoncé jusqu’à ses sourcils.
— Mars, lâchai-je rapidement avant de changer d’avis, tu peux retourner au village avec Silja, tu sais. (Comme il tournait un regard stupéfait dans ma direction, je soufflai : ) La partie la plus rude du voyage se trouve devant nous. On se retrouva chez les Valkov plus tard.
Je savais avant de lui poser la question qu’il refuserait. Mais, par principe, j’avais tenu à le faire.
Je dus reconnaître que je ne vis pas arriver le coup. Le poing de Mars s’écrasa dans ma mâchoire et me fit basculer sur le côté. Ahuri, je ne trouvai même pas le réflexe de dégainer Kan ou de lever ma garde. Désemparé, je me contentai de le dévisager la bouche entrouverte. Il était à moitié debout, son béret de nouveau de travers. Les dents aussi serrées que ses poings. L’air furieux.
— Achalmy, siffla-t-il en se redressant, ça suffit. Ça fait des mois maintenant qu’on voyage côte à côte. Je sais que je suis moins fort que toi. Que je n’aurai jamais ta résistance ou ton endurance. Mais je suis pas… fa-faible pour autant. (Il posa les mains sur sa taille, les narines dilatées, sûrement aussi flippé que je l’étais au fond.) Je vais t’accompagner jusqu’au bout de ce foutu voyage. Alors, par les Dieux, arrête de me décourager au moindre obstacle. C’est insupportable et insultant.
Ne sachant quoi dire face à sa détermination hargneuse et sa fierté blessée, je préférai garder bouche close. Un choix que Silja salua d’un hochement de tête approbateur.
— Je suis désolé, Mars, soupirai-je en me redressant, ma couverture à la main.
— Ça commence à faire pas mal d’excuses pour un seul voyage, grommela mon ami en retour, bougon.
Une remarque qu’accueillit Silja avec un rire moqueur. Vexé, je la fusillai du regard, mais elle répliqua avec un sourire suffisant :
— S’il acceptait les remarques qu’on lui fait et était capable de les intégrer, il aurait pas à s’excuser toutes les décades.
Mars s’esclaffa en retour, rassénéré par le soutien de ma tante. Les lèvres pincées, je retournai m’asseoir près du feu. Ils m’avaient rendu maussade. Et coupable. Mes doigts s’agitaient nerveusement sur le manche de Kan.
— Al, m’appela Mars qui observait encore les étoiles. Je t’accompagne jusqu’au bout, c’est tout ce qui compte, d’accord ?
Perplexe, je l’observai en silence. Son béret de travers, son bouc mal taillé, ses vêtements grossiers. Son assurance aussi fragile qu’une fine couche de glace. J’avais tendance à frapper puérilement dessus pour voir apparaître des fissures. Je m’étonnais ensuite que la glace se reformât, qu’elle emprisonnât mes doigts en son sein. Qu’elle me soutînt plutôt que de me repousser. Ce n’était définitivement pas le genre de relations auxquelles j’étais habitué. Sur ce point, Mars ressemblait à Zane, à Alice, à mon père. Je frappais à l’aveuglette pour savoir s’ils partiraient au premier coup.
Et ils ne partaient pas.

Silja partit le lendemain, quand le soleil fût assez brillant pour éclairer le chemin du retour. Mars la serra brièvement dans ses bras, la prenant de surprise alors qu’elle ramassait ses armes. Avec un borborygme indigné, elle lui adressa un regard interloqué puis serra les dents.
— Merci pour votre aide, déclara Mars après avoir relâché son étreinte. Sans vous, Al et moi nous serions sûrement étripés mutuellement.
Il le déclarait d’un ton si enjoué…
— J’ai vu ça hier soir, soupira ma tante en me lorgnant du coin de l’œil. Te laisse pas faire par cet abruti. Et surveille-le, qu’il se perde pas derrière un sapin.
— J’ai un meilleur sens de l’orientation que lui, marmonnai-je en les suivant près de l’entrée.
Silja ignora ma remarque pour nous saluer d’un dernier hochement de tête. Puis, sans plus de formalités, elle s’engagea dans la pente enneigée. Sa silhouette sombre et élancée ne tarda pas à disparaître dans l’horizon immaculé.
— Ça va faire bizarre, sans elle, fit remarquer Mars avec un petit sourire peiné.
— C’est vrai, acquiesçai-je après quelques secondes. Avant de partir, tu m’accompagnes faire un tour dans la grotte ? J’aurais bien besoin de tes flammes pour m’éclairer.
Du feu au bout des doigts, Mars prit les devants pour s’enfoncer dans la caverne. Je le suivis jusqu’à atteindre une première cavité qui s’élevait quelques mètres au-dessus de nos têtes. Les flammes jetaient des ombres folles sur les parois humides.
— Par la barbe d’Eon, souffla mon ami en tournant sur lui-même, éclairant çà et là des stalagmites de tailles diverses.
La plus petite devait faire une trentaine de centimètres. La plus grande m’arrivait aux épaules.
— Alors il y a des pierres précieuses là-dedans ? s’étonna Mars en tendant les doigts vers un pic gelé à sa gauche.
— Eh oui. Des Saphirs des Glaces. (Je pressai ma paume contre la stalagmite géante qui me touchait les épaules et la fit doucement fondre.) Faut faire gaffe en les récupérant. Comme ils poussent au cœur de la glace, ils récupèrent une partie de sa composition. Si on manipule l’eau trop brusquement à proximité, ils s’abîment.
Curieux, Mars hocha avidement la tête et se pencha plus près sur mon travail. Le liquide que je tirais de la fonte de la glace tournait immédiatement à la brume pour ne pas me gêner.
— Il fallait vraiment que tu choisisses la plus grosse stalagmite ? réalisa mon ami après coup.
Je me tournai vers lui avec un large sourire. Puis, de ma main libre, j’agrippai la pierre bleutée qui retenait ma tresse.
— Je veux un Saphir au moins aussi gros que celui-là. Pour rendre honneur à ma mère. Si je vise les plus petites stalagmites, les pierres feront à peine deux ou trois centimètres.
Mars soupira puis approcha ses flammes de la stalagmite pour m’aider à y voir.

Quand, une quinzaine de minutes plus tard, ses doigts cessèrent brusquement de nous éclairer, je stoppai ma tâche et tâtonnai l’obscurité à la recherche de son bras. Cet imbécile avait…
Un bruit sourd de corps qui s’affaissât m’arracha un juron.
— Mars ! T’es où ?
J’attendis que mes yeux se fissent au peu de lumière qui provenait de l’entrée. Puis j’avisai la forme sombre étalée à ma gauche. Je trouvai la hanche de mon ami puis le fis rouler sur le dos. Sa respiration était rauque.
— Pauvre abruti de guérisseur d’Occidento-Sudiste écervelé, marmonnai-je en lui claquant les joues. Tu te rappelles notre discussion sur la limite des pouvoirs ? Que si on veut vraiment savoir jusqu’où on peut aller, il faut en mourir ?
J’agrippai les épaules de sa veste et le traînai du mieux possible en direction de l’entrée de la caverne. Quand il y eut suffisamment de lumière à mon goût, je formai une bulle d’eau et la projetai sur le visage de mon ami. Il sursauta, poussa un râle puis cligna faiblement des yeux.
Je ne tardai pas à lui balancer une deuxième vague, qui acheva de le réveiller. Des gouttelettes ruisselantes dans sa barbe, Mars me dévisagea pendant quelques secondes.
— Al ?
Mon inquiétude à présent envolée, restait une colère exaspérée. Je me redressai en asséchant sa peau et ses vêtements mouillés puis allai m’asseoir sur ma couverture.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? grommela mon ami en se massant le crâne. J’ai un de ces mal de tête.
Il essaya de se redresser avec une grimace de douleur. Moins de trois secondes plus tard, il retomba sur ses fesses.
— Il s’est passé que tu as abusé de tes pouvoirs. Tu aurais pu me dire que tu fatiguais, que tu te sentais pas de continuer, mais tu t’es entêté. T’as perdu connaissance et ça aurait pu être bien pire qu’un mal de crâne comme conséquence.
Mars fit grise mine. Mon ton froid avait dû achever de le convaincre de la gravité de la situation.
— Essaie de pas recommencer, tu veux ? soupirai-je en en lui adressant un regard accusateur.
Penaud, il hocha doucement la tête avant de se rallonger.
— Je vais dormir un peu avant qu’on reparte.
Je soupirai bruyamment puis tournai le menton vers l’entrée de la grotte. La lumière du soleil sur la neige me brûlait les yeux.
— On partira demain, l’informai-je d’une voix lasse. Hors-de-question de te faire voyager dans cet état.
Mars se redressa avec une moue indignée. Je lui rendis un sourire narquois en retour avant de me lever. Je rassemblai quelques branches, le briquet et le bout de silex que je trimballais depuis toujours, puis me dirigeai vers le fond de la grotte.
— Reste couché, lui intimai-je en m’arrêtant près de lui. Je vais voir si je peux récupérer mon Saphir des Glaces. On repartira demain.
Pas assez en forme pour s’opposer à ma décision, Mars pinça amèrement les lèvres et se rallongea. Roulant des yeux amusés, je m’enfonçai dans la grotte pour terminer mon travail.


Dernière modification par louji le ven. 09 avr., 2021 11:17 am, modifié 2 fois.
DanielPagés

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par DanielPagés »

Bien, bien... on avance doucement, mais la balade est belle... :D

Juste deux petits détails :

de me planter avec ses flèches - soit c'est volontaire et c'est de l'argot, soit c'est une tournure bizarre :D Je suis pas fan... je dirais plutôt "percer"

Il n’y avaient que sa peau mate – encore plus halée par notre exposition au soleil – et ses yeux ambrés - Je ne crois pas que "avaient" puisse s'accorder dans ce cas, tu dis pas "il y avaient des grands et des petits". C'est une expression invariable.

Souvent on dirait que tu as du mal à démarrer, après ça coule mieux !!
Et tu vas terminer la 2e partie là ? On n'est pas tout à fait au bord de la falaise... même si on pressent qu'il va arriver quelque chose...
Allez, continue !
Tiens bon, mamzelle !
Bisoux
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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

DanielPagés a écrit : dim. 07 mars, 2021 11:39 am Bien, bien... on avance doucement, mais la balade est belle... :D

Juste deux petits détails :

de me planter avec ses flèches - soit c'est volontaire et c'est de l'argot, soit c'est une tournure bizarre :D Je suis pas fan... je dirais plutôt "percer"

Il n’y avaient que sa peau mate – encore plus halée par notre exposition au soleil – et ses yeux ambrés - Je ne crois pas que "avaient" puisse s'accorder dans ce cas, tu dis pas "il y avaient des grands et des petits". C'est une expression invariable.

Souvent on dirait que tu as du mal à démarrer, après ça coule mieux !!
Et tu vas terminer la 2e partie là ? On n'est pas tout à fait au bord de la falaise... même si on pressent qu'il va arriver quelque chose...
Allez, continue !
Tiens bon, mamzelle !
Bisoux
Coucou Danou !

Merci pour les erreurs, je corrige tout ça ;)

Pour Oneiris, oui, j'ai souvent une difficulté au début... mais là j'étais contente de mon début de chapitre pour une fois, dommage :lol:
Héhé, tu as choisi une image particulièrement juste 8-) Il reste peu de chapitres en définitive !
Merci encore, zoubi !
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Hola ! Me revoilà avec un nouveau chapitre. On attaque la 3e et dernière partie du T2 (dernière ligne droite 8-) ). J'ai l'espoir de mieux avancer dans Oneiris, puisque je participe au Camp Nano en avril. C'est un peu comme le Nano de novembre, mais là on choisit son nombre mots ! Je me suis donné un objectif de 15k pour Oneiris et de 8k pour S.U.I. Pour l'instant, ça avance sans trop de problèmes ^^



***

Partie 3
Dieux Primordiaux

***




Chapitre 15
Alice



An 500 après le Grand Désastre, 1e mois de l’hiver, Vasilias, Terres de l’Ouest.



Le soleil nous avait accueillis quelques lieues avant les côtes occidentales. Une fois les nuages écartés, les cris des mouettes et la proximité de mes Terres m’avaient semblé plus distincts. Tout comme mon impatience mêlée d’appréhension.
Je fis à peine attention au débarquement. Nous étions à l’aube de l’hiver et, si le port avait diminué en activités, il était encore effervescent. Matelots, dockers, marchands, passagers, mendiants et bandits se mélangeaient sur les jetées et les quais. Le vent charriait les effluves du marché qui surplombait le port. Les viandes grillées purifiaient mes narines des relents iodés de poisson. Les épices en provenance du Sud adoucissaient l’odeur âcre de la sueur et des déjections humaines.
En remontant la jetée aux côtés de Soraya et Viktor, l’oneirian aux quatre accents qui se criait çà et là me ramena plus que jamais chez moi. Même si le langage était plus grossier, âpre, que celui qui se soufflait au Château du Crépuscule, il n’en restait pas moins ma langue maternelle. Moi qui n’appréciais guère en temps normal les interjections des marchands et les ordres féroces des marins, je ne pouvais m’empêcher de tendre l’oreille. C’était la capitale de mes Terres, la langue de mon peuple.
Accéder à la ville nécessitait de passer par quelques volées de marches. Nous aurions pu prendre les routes qui louvoyaient en pente douce jusqu’à la cité, mais nous aurions perdu du temps. C’étaient les voies réservées aux chariots de marchandises et autres transports. Pourtant, avec nos jambes tremblantes, encore persuadées d’être dans la cale d’un navire, les escaliers se transformèrent en voyage ardu.
Les étals multicolores du marché furent une récompense. Au milieu de son souffle court, Soraya émit un sifflement appréciateur. Joues chaudes et genoux tremblotants, je me glissai près d’une fontaine à eau pour remplir ma gourde. L’eau était glacée, mais vivifiante. Viktor, dont le visage portait encore des traces légères de son agression, s’approcha lentement d’un étal. Soraya le suivit sans attendre, aussi attirée que lui par l’odeur de friture et d’oignons grillés. Une femme aux cheveux coincés sous un voile occidental – trois pièces de tissu léger assemblées à l’aide de fines boucles en métal – tenait le stand. Elle nous accueillit avec un sourire aussi généreux que la garniture qui gonflait ses petits pains et beignets.
Avant d’être trop proche de l’étal, je rabattis ma capuche sur ma tête. Avec les souffles glacés qui couraient entre nos jambes, ce n’était pas un geste surprenant. Masquer mon visage me permettait avant tout d’être anonyme. Je ne souhaitais pas que l’on me reconnût. Pas avant que j’eusse annoncé officiellement mon retour.
— Mesdames, monsieur, nous salua la marchande avant de nous adresser un clin d’œil entendu. Un beignet de bœuf à l’oignon offert pour deux achetés.
Alors que Soraya fouillait déjà sa bourse, sûrement aussi affamée que moi, la vendeuse nous brandit sous le nez un beignet parsemé de graines de pavot.
— Et je vous fais moitié prix ma spécialité locale, la Vassilette.
— Aux fleurs de Vas, je présume ? souris-je en notant la teinte bleutée de la pâte frite.
— Une connaisseuse, je vois !
Nous repartîmes avec six beignets, trois à la viande et trois Vassilettes. Pour déjeuner à l’écart du bruit et des courants d’air glacé, nous nous éloignâmes vers les rues plus serrées de l’est de la ville. Après s’être mis d’accord pour manger debout et éviter de prendre froid, je fis visiter la capitale à mes compagnons. Ce n’était pas une ville immense – pas autant que l’était Lissa, la plus grande cité du Sud, où convergeaient des milliers de marchands et voyageurs. Vasilias restait pourtant bien plus importante que n’importe quel village nordiste ou oriental.
Soraya s’intéressait aux commerces qui occupaient les rez-de-chaussée des maisons à colombages et Viktor nous suivait sans rechigner. Il était éteint depuis son agression. Les hommes qui s’en étaient pris à lui avaient soufflé la flamme d’enthousiasme qui s’était éveillé en lui pendant le voyage. Sans maison où rentrer, avec un corps bafoué et un esprit coincé entre deux continents, mon compagnon paraissait vidé de son essence.
Nous ne tardâmes pas plus à Vasilias. Une fois notre déjeuner avalé, nous nous réapprovisionnâmes en vivres puis nous rendîmes aux sorties de la ville. Une boule de mélancolie me serra la gorge alors que nous approchions des écuries. Achalmy et moi étions passés par là pour fuir Ace Wessex Bastelborn, des mois plus tôt.
Soraya me sortit de mes pensées en me halant à propos des cheveux que nous allions emprunter. Le relai entre Vasilias et le Château du Crépuscule était souvent demandé et les montures ne manquaient pas. Une fois les chevaux sellés et nos effets rangés dans les sacoches, nous prîmes la direction du sud-est. Mon foyer et ma famille se trouvaient à trois jours de voyage. Je n’avais jamais été aussi près de les retrouver depuis des mois. Pourtant, le trajet me semblait déjà interminable.

Nous essuyâmes une pluie glaciale en cours de route qui nous fit écourter la deuxième nuit et accélérer la cadence. Viktor avait pris froid et tenait tout juste en selle. Soraya l’installait parfois devant elle sur sa monture pour le réchauffer. La température corporelle des Souffleurs pouvait monter de quelques degrés grâce à leurs capacités.
À l’aube du troisième jour, les vergers qui entouraient le Château apparurent entre deux rayons de soleil. À cette époque de l’année, il n’y avait guère de fruits aux branches, mais revoir les champs ponctués des chemins de terre me réchauffa la poitrine. Bientôt, les fermes laissèrent place aux habitations puis aux échoppes. Certains Nobles vivaient ici, mais ils étaient rares. La plupart d’entre eux possédaient leurs propres terres réparties dans l’Ouest. Le bourg qui encerclait la colline du Crépuscule accueillait essentiellement des artistes et artisans de renom. On trouvait aussi dans les masures de bois et de pierre les diplomates des autres Terres, des courtisans à la recherche des faveurs de Nobles de passage, les familles des valets, domestiques et soldats qui travaillaient à la forteresse.
Un chemin sinuait jusqu’aux murailles du Château du Crépuscule. Les voir au loin fit descendre une chape de plomb sur mon estomac. Comment se portait ma mère ? Mon frère ? Soraya m’adressa un coup d’œil complice alors que nous menions nos montures sur les pavés encore humides de pluie. J’étais soulagée de l’avoir à mes côtés. La peur qui m’engourdissait les membres depuis quelques jours à la perspective de revoir ma famille s’apaisait en sa présence. Soraya était résolument confiante et son assurance me donnait de la force.
Des corbeaux croassèrent à notre passage et nous suivirent de leurs petits yeux noirs. Je n’aimais pas ces oiseaux, mais, l’hiver, les murailles du château et les arbres nues constituaient leurs postes d’observation préférés. Une partie des baraquements de la Garde Royale se trouvait à l’extérieur de l’enceinte. Des soldats en plein entraînement nous adressèrent un regard furtif avant de retourner à leur affrontement. Nous n’étions que trois voyageurs de passage. Les portes de la forteresse étaient évidemment surveillées et il était impossible d’y entrer sans l’autorisation d’un habitant du Château. Il n’y avait donc rien à craindre. Sans compter que les murailles, hautes de quatre hommes, étaient crénelées de postes d’observation. Il y avait bien eu des intrusions au cours des décennies passées, mais elles n’avaient jamais été fructueuses pour les malfrats.
Les deux gardes royaux en poste nous hélèrent à une dizaine de mètres de l’entrée. Les lourds battants en bois renforcés par des barres de fer laissaient entrevoir la cour du Château.
— Halte ! s’exclama l’un des deux soldats. Veuillez décliner votre identité et celle de votre hôte au Château.
Soraya m’adressa un coup d’œil, mais ne pipa mot. Si elle avait eu le monopole de la discussion la majeure partie de notre voyage, c’était à présent mon tour. Je déglutis, pressai légèrement les flancs de ma monture et rabattis mon capuchon. L’air frais et humide me picota le front en même temps que mes cheveux libérés.
— Alice Tharros, princesse de l’Ouest et héritière du trône.
La soldate qui avait fait un pas en avant resta coite quelques secondes. Stupéfaite, elle réquisitionna son camarade du regard, qui haussa les épaules d’impuissance.
— Vous… reprit la garde en approchant d’un pas mesuré, vous avez choisi le mauvais stratagème pour pénétrer le Château. La princesse Alice – paix à son âme – nous a quittés il y a des mois.
Je soupirai et entrepris de descendre de cheval. Ce n’était pas en observant de haut les gardes que j’allais les convaincre de mon identité. Une fois le pied à terre, j’inspirai un bon coup, carrai les épaules et me dirigea vers les soldats. Celui qui était resté près de la porte banda son arc.
— N’avancez pas plus, m’ordonna-t-il d’une voix sèche.
— Je suis bel et bien Alice Tharros. Vous pouvez appeler ma mère ou mon frère, ils confirmeront mon identité.
La soldate à quelques mètres de moi avait la main sur le pommeau de son épée. Quelques mèches de cheveux blonds fouettaient son visage sérieux. J’étais embarrassée par l’inspection appuyée de son regard, mais je me savais obligée de m’y soumettre.
— Vous ressemblez effectivement à feu notre princesse, reconnut-elle après quelques secondes. Mais vous pouvez très bien profiter de cette ressemblance pour usurper son identité.
Même si elle retardait mes retrouvailles avec ma famille, je saluais sa méfiance et sa mesure.
— Et si j’ajoute cette preuve ?
La soldate recula instinctivement d’un pas quand les étincelles parcoururent mes doigts pâles. Son visage se creusa de rides tendues lorsque des bourrasques se mirent à danser autour d’elle.
— Hanna, lança son coéquipier dans son dos. Peut-être que… que c’est bien…
— Je sais, le coupa la dénommée Hanna en me dévisageant.
Mâchoire serrée, j’encaissai son regard acéré. À présent que je connaissais son nom, je me rappelais m’être entraînée en sa compagnie. Elle faisait partie des quelques soldats qui avaient eu assez de patience pour entraîner à la lame leur princesse maladroite.
— Vous avez changé.
Je ne pus retenir un sourire. Je calmai les vents autour de moi et les étincelles sur mes bras puis hochai la tête. Je n’allais dénier ce que j’étais devenue depuis ces quelques mois.
— Merci pour votre prévenance et votre sérieux, soldate.
Hanna lâcha le pommeau de son épée, se redressa.
— C’est un honneur, princesse. (Elle se tourna vers le deuxième garde, qui avait abaissé son arc.) Elar, trouve un messager pour prévenir Dame Trianna du retour de Dame Alice.
L’intéressé passa son arme à son épaule et partit en courant. Hanna interpela un garde qui patrouillait et lui ordonna de trouver deux autres gardes pour surveiller l’entrée.
— Vous commandez la Garde Royale ? m’enquis-je en faisant signe à Soraya de descendre de sa monture.
Hanna considéra mon amie avant de se tourner vers moi.
— Non, ma Dame. Mais j’ai bel et bien monté en grade depuis la disparition du capitaine Rend lors de sa mission d’expédition dans le Nord. Je l’ai remplacé à son poste.
Comme elle se tournait vers les baraquements de la Garde Royale, elle ne me vit pas ciller à la mention du capitaine Rend. Le souvenir d’Errick, qui m’avait accompagnée et soutenue alors que nous souffrions du joug d’Aion, me crispa le visage.
— C’est toujours le commandant Wilson qui nous mène tous.
Je m’arrachai aux souvenirs de notre tentative de fuite qui avait fini en bain de sang. Même si je n’étais pas directement responsable de sa mort, le regard sans vie d’Errick peuplait encore mes cauchemars.
— Pardonnez mon indiscrétion, Dame Alice, mais pourriez-vous me décliner l’identité de vos compagnons ?
Je suivis son regard perçant. Soraya était descendue de cheval et tenait Viktor contre elle. Notre compagnon était plus pâle encore que la pierre des murailles. La seule touche de couleur venait du rouge de ses joues et des gants ocres que lui avait prêtés Soraya.
— Soraya, une marchande Sudiste que j’ai croisée au cours de mon voyage et Viktor, un apprenti scribe.
S’ils désiraient révéler qui ils étaient réellement, ils le feraient plus tard, auprès des personnes qu’ils auraient choisies. Hanna acquiesça du menton avant de nous faire signe de la suivre. Deux gardes plantés sur le chemin de ronde de la muraille extérieure ne nous quittèrent pas des yeux tandis que nous franchissions l’entrée. Une odeur de fumée, de terre retournée et de cuisines avait envahi la cour. L’entrée principale du Château se trouvait sur la gauche, éloignée du passage des soldats, des chevaux et des charrettes. La cour donnait sur les cuisines, le réfectoire des gardes royaux et les chambres des domestiques. Plus loin à droite étaient installées les écuries et la volière.
Le Château se ramassait en épais murs de pierre d’un gris anthracite. S’il étendait ses ailes à gauche et à droite, son sommet attirait bien plus le regard. À l’étage se trouvait la zone de vie réservée à la famille royale et à leurs invités. Les fenêtres, plus larges, y étaient en verre.
Un garçon d’écurie surgit d’un angle pour récupérer les brides de nos montures. Soraya lui glissa à l’oreille de les rendre au relai du Château après les avoir pansées et nourries.
— Oui, m’Dame, s’exclama le garçon avec une admiration non-feinte pour mon amie Sudiste. J’fais monter vos ‘fets personnels ?
— Avec plaisir.
Hanna entreprit de nous guider jusqu’à l’entrée. Nous croisâmes en route des domestiques de corvée de lessive. Elles me dévisagèrent la bouche entrouverte. Je leur adressai un mince sourire en retour, auquel elles ne surent répondre. D’autres soldats nous considérèrent avec surprise près de l’entrée du Château. Pendant la bonne saison, la lourde porte d’un rouge orangé restait ouverte pour laisser entrer aussi bien les brises fraîches que les badauds occupés. Avec l’arrivée de l’hiver, le battant était solidement fermé. Les soldats et les domestiques empruntaient les sorties moins officielles pour transiter entre l’intérieur et l’extérieur.
Hanna posa la main sur la poignée en bois ouvragé. Son visage avait perdu en dureté. Quelque chose d’autre froissait ses traits. L’impatience ? L’appréhension ? L’espoir ?
— Dame Alice, après vous.
Le hall d’entrée était plus lumineux et fleuri que dans mon souvenir. Un âtre chauffait la pièce et le couloir qui menait à l’antichambre de la Gran’Salle. Des roses d’hiver étaient placées sur des consoles réparties le long du couloir. Des rideaux d’un blanc écru emmêlés aux poutres apparentes du plafond cassaient la rigidité des lieux. Des encens aux odeurs du Sud brûlaient à côté des lampes à huile. Les relents de poussière et d’humidité en étaient moins prégnants.
Je menai le groupe. Hanna s’était placée entre mes compagnons et moi. Elar, le soldat à l’arc, était de retour et ferma derrière nous.
— J’imagine que ma mère gouverne, à présent.
J’effleurai le pot d’une rose d’hiver. La terre était encore humide d’un arrosage récent. La console en bois qui la soutenait n’avait pas une trace de poussière.
— Jamais mon père n’aurait mis des fleurs ici, expliquai-je après coup en me tournant vers Soraya.
Même si je souriais, il y avait un poids dans ma poitrine. Je ne savais pas comment me préparer aux retrouvailles avec ma famille. Comment était ma mère, à présent que le Royaume pesait pleinement sur ses épaules ? Qu’était-il advenu de Milash quand il avait appris que le trône lui revenait après ma prétendue mort ?

Hanna et Elar nous accompagnèrent jusqu’à l’antichambre. Là aussi, ma mère avait posé sa marque : moins de causeuses larges et confortables, plus de chaises étroites et pratiques. La pièce servait régulièrement à recevoir des Occidentaux pour écouter leurs doléances.
— Un messager vous préviendra lorsque Dame Trianna sera en mesure de vous recevoir, nous informa Elar en inclinant le cou.
Il se plaça à l’entrée de l’antichambre en compagnie de Hanna. Ils étaient là autant pour nous protéger que pour nous surveiller. Viktor s’était laissé choir sur une chaise, tremblant. J’espérais qu’un guérisseur pourrait rapidement le voir.
J’étais encore en train de faire les cent pas lorsque des échos de voix et pas résonnèrent depuis le couloir adjacent. Je fronçai les sourcils et m’y dirigeai. Cette partie du couloir menait vers les salons de réception et les escaliers qui donnaient sur les appartements royaux.
La domestique en cheffe surgit en premier. C’était une grande femme à la peau halée – un héritage sudiste manifeste – et aux yeux d’un gris orageux. Si l’âge avait affaissé ses épaules et mangé les contours de son visage, Jenna avait la droiture et la grâce d’une jeune fille de famille noble. Elle perdit pourtant tout air conventionnel en m’apercevant. Le voile occidental qui retenait son chignon de cheveux poivre et sel s’affaissa en même temps que son expression.
— Prin… princesse Alice.
Plantée face à moi, elle barra le passage aux deux autres femmes qui l’accompagnaient. L’une d’elle ne tarda pas à la dépasser pour m’empoigner par le bras. Les doigts pâles et fins s’enfoncèrent dans ma peau dans un étau sévère.
Détournée de la domestique en cheffe, je jetai un regard désemparé à la femme qui m’agrippait. Des iris d’un argent scintillant me happèrent. J’eus l’impression de sentir cinq mois de détresse, de solitude et de tristesse glisser dans ma gorge.
Les mots qui s’échappèrent de mes lèvres étaient ceux d’une enfant.
— Maman.
Si un doute avait persisté dans ses traits élégants, il se dissipa aussitôt. Ma mère hoqueta, plissa les paupières et attira mon visage contre le sien. Front contre front, elle chuchota :
— Ma petite étincelle.
Ses mains posées sous ma mâchoire, elle se mit à embrasser mes joues, mon nez, mes tempes et jusqu’à la racine de mes cheveux. Ma peau devait avoir un goût de pluie et de sel, ma tresse n’était pas propre depuis des jours, mais elle s’en fichait. Et moi aussi. Je sombrais dans l’étreinte de ses bras, aspirai à grandes goulées son parfum de rose et d’étoiles, absorbai l’amour de ses gestes et la délicatesse de sa voix.
— Alice, Alice, gémit ma mère en baisant une nouvelle fois mon crâne.
Nous faisions la même taille, étions aussi menue l’une que l’autre, mais elle me paraissait immense à cet instant. Peut-être la robe longue occidentale aux couleurs de la royauté – turquoise et blanc – et la couronne posée sur ses cheveux noirs striés de gris y étaient pour quelque chose.
Je ne l’avais jamais vue aussi vieillie. En même temps, je ne l’avais non plus jamais vue aussi majestueuse. Épouse d’un héritier de la couronne, ma mère n’avait jamais été sur le devant du trône. À présent, la gérance était de son fait. Même si quelques mois seulement nous séparaient, je ne pouvais que comprendre les changements qui s’étaient opérés.
— Alice.
Même si ses mains agrippaient mes épaules, elle n’avait toujours pas l’air de croire en ma présence. Je souris, au milieu de mes larmes, et touchai ses bras.
— Maman.
J’étais de retour chez moi.


Dernière modification par louji le sam. 24 avr., 2021 1:35 pm, modifié 1 fois.
DanielPagés

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par DanielPagés »

Chouette chapitre !
Bien sûr, j'ai particulièrement aimé la fin... :D

Et soulagé... je sais que c'est seulement le début de la partie, mais un instant de repos, ça fait du bien !! :lol:

[...] y aún mas allá, la allegra canción de un alba pura.
(Machado, Horizonte, en Soledades)
Bizoux

Quelque bizarreries :

je me glissai près d’une fontaine à eau - une fontaine, à la base... ça pisse pas du vin ! :lol:

Soraya me sortit de mes pensées en me halant à propos des cheveux que nous allions emprunter - en me halant à propos ??? (c'est peut-être du lyonnais antique ? :lol: Haler, ça veut dire soit tirer sur un cordage pour faire bouger vers soi un objet ou une embarcation, soit avec un accent circonflexe (hâler) brunir la peau quand il s'agit du soleil.

lorsque des échos de voix et pas résonnèrent - je crois que pour la musique de la phrase, il ne faut pas économiser le "de" avant "pas"

À présent, la gérance était de son fait. - étrange phrase, bien tordue... :lol: je crois qu'il va falloir modifier ça complètement... au fait c'est pas "régence", le mot que tu voulais utiliser ?
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

DanielPagés a écrit : lun. 12 avr., 2021 12:07 pm Chouette chapitre !
Bien sûr, j'ai particulièrement aimé la fin... :D

Et soulagé... je sais que c'est seulement le début de la partie, mais un instant de repos, ça fait du bien !! :lol:

[...] y aún mas allá, la allegra canción de un alba pura.
(Machado, Horizonte, en Soledades)
Bizoux

Quelque bizarreries :

je me glissai près d’une fontaine à eau - une fontaine, à la base... ça pisse pas du vin ! :lol:

Soraya me sortit de mes pensées en me halant à propos des cheveux que nous allions emprunter - en me halant à propos ??? (c'est peut-être du lyonnais antique ? :lol: Haler, ça veut dire soit tirer sur un cordage pour faire bouger vers soi un objet ou une embarcation, soit avec un accent circonflexe (hâler) brunir la peau quand il s'agit du soleil.

lorsque des échos de voix et pas résonnèrent - je crois que pour la musique de la phrase, il ne faut pas économiser le "de" avant "pas"

À présent, la gérance était de son fait. - étrange phrase, bien tordue... :lol: je crois qu'il va falloir modifier ça complètement... au fait c'est pas "régence", le mot que tu voulais utiliser ?
Hello !
Merci beaucoup :D Oui, ça fait du bien des chapitres plus calmes !

Pour les bizarreries :
- Effectivement... :roll:
- Oula, alors il y a rien qui va dans cette phrase :lol: La relecture a pas été très efficace... Je voulais dire "chevaux" dans un premier temps et utiliser le verbe "héler" dans un second temps :?
- Ah oui, sûrement un oubli, merci !
- Je voulais dire "régence" bien sûr... :roll:

Comme quoi, je devais pas avoir les yeux en face des trous au moment de la relecture avant publication...

Merci pour tout !
TcmA

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par TcmA »

Heyo~

Yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas. Voilà.

Chapitre 14:
J'étais vraiment contente de voir que non pas un, mais deux chapitres attendaient d'être lus ! Et puis quel plaisir de replonger dans Oneiris, ahlala, ces descriptions... YAS.
Ce chap, c'est Machalmy central ma parole :lol: T'imagine pas le nombre de sourires que j'ai eu. Juste pour le fun : j'ai lu "Courage mon amour" au lieu de "Courage mon ami" o u p s, et BON SANG LE POTENTIEL DE FLIRT DANS LEURS INTERACTIONS. Oh oui, Mars, continue à faire du FEU POUR AL. If u know what I mean C:
"Je t’accompagne jusqu’au bout, c’est tout ce qui compte, d’accord ?" Je HULULE, Coline.
(Par contre, Monsieur Al, va falloir qu'on parle de vos modes d'attachement, parce que c'est pas très sain tout ça).

Chapitre 15:
Oyé, Partie 8 c:
Okay, Viktor et Soraya sur le cheval : adorable. Faites des câlins à cet enfant. (Et lowkey je shippe Soraya et Alice. Elles iraient tellement bien ensemble ;w; )
Mholala la réunion entre Alice et sa mère ;w; Adorable et touchant. "Ma petite étincelle" je ;w;
J'ai juste remarqué : "en me halant à propos des cheveux que nous allions emprunter" -> owi, rentrons à dos de cheveux :lol:

Toujours très plaisant de retrouver ton univers :) J'ai hâte de lire la suite (en croisant les doigts pour que le Nano t'aide bien dans l'écriture) !

PAR CONTRE KOLÏN. Je pars un moment et qu'est-ce que je vois quand je reviens? TU DENIGRES TES ECRITS. CA NE VA PAS.
"Mais arrête de décourager les gens qui te complimentent… :evil: (Surtout quand tu fais du très bon taf nanmaisholà)"
"Ouais, arrêtez, les filles, vous valez bien mieux que ce que vous pensez. Oui, toutes les trois ! :roll:
❤❤❤"
Ecoute donc notre chère Lokinette et Daniel, qui ne disent que la vérité et avec qui je suis complètement d'accord ;w; Esh. Oneiris, c'est très cool, un point c'est tout.
La bise~
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

TcmA a écrit : mer. 14 avr., 2021 7:34 pm Heyo~

Yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas. Voilà.

Chapitre 14:
J'étais vraiment contente de voir que non pas un, mais deux chapitres attendaient d'être lus ! Et puis quel plaisir de replonger dans Oneiris, ahlala, ces descriptions... YAS.
Ce chap, c'est Machalmy central ma parole :lol: T'imagine pas le nombre de sourires que j'ai eu. Juste pour le fun : j'ai lu "Courage mon amour" au lieu de "Courage mon ami" o u p s, et BON SANG LE POTENTIEL DE FLIRT DANS LEURS INTERACTIONS. Oh oui, Mars, continue à faire du FEU POUR AL. If u know what I mean C:
"Je t’accompagne jusqu’au bout, c’est tout ce qui compte, d’accord ?" Je HULULE, Coline.
(Par contre, Monsieur Al, va falloir qu'on parle de vos modes d'attachement, parce que c'est pas très sain tout ça).

Chapitre 15:
Oyé, Partie 8 c:
Okay, Viktor et Soraya sur le cheval : adorable. Faites des câlins à cet enfant. (Et lowkey je shippe Soraya et Alice. Elles iraient tellement bien ensemble ;w; )
Mholala la réunion entre Alice et sa mère ;w; Adorable et touchant. "Ma petite étincelle" je ;w;
J'ai juste remarqué : "en me halant à propos des cheveux que nous allions emprunter" -> owi, rentrons à dos de cheveux :lol:

Toujours très plaisant de retrouver ton univers :) J'ai hâte de lire la suite (en croisant les doigts pour que le Nano t'aide bien dans l'écriture) !

PAR CONTRE KOLÏN. Je pars un moment et qu'est-ce que je vois quand je reviens? TU DENIGRES TES ECRITS. CA NE VA PAS.
"Mais arrête de décourager les gens qui te complimentent… :evil: (Surtout quand tu fais du très bon taf nanmaisholà)"
"Ouais, arrêtez, les filles, vous valez bien mieux que ce que vous pensez. Oui, toutes les trois ! :roll:
❤❤❤"
Ecoute donc notre chère Lokinette et Daniel, qui ne disent que la vérité et avec qui je suis complètement d'accord ;w; Esh. Oneiris, c'est très cool, un point c'est tout.
La bise~
Yooo

Oui, moi aussi j'étais surprise qu'il s'écoule qu'un mois entre 2 parutions :lol: Et avec le Camp NaNo, j'avance vite maintenant yé souis choquède

Certes, j'ai pas fait en sorte de contenir tes désirs de ship, je reconnais :roll: MDR continue de HULULER, j'aime beaucoup te voir faire.
(Al est pas du tout sain dans ses relations :| )

Partie 8 ? J'aimerais bien être aussi efficace :lol:
Ouais, j'ai beaucoup aimé écrire la scène entre Alice et sa mère ! Elles sont adorables :'c

Merci beaucoup pour ton com, il m'a fait bien rire :mrgreen:

Comment ça, je dénigre mes écrits ? Je me rappelle même plus :lol: Mais bon, je te crois, j'aime bien le faire

La bise !
TcmA

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par TcmA »

louji a écrit : ven. 16 avr., 2021 11:19 am Yooo

Oui, moi aussi j'étais surprise qu'il s'écoule qu'un mois entre 2 parutions :lol: Et avec le Camp NaNo, j'avance vite maintenant yé souis choquède

Certes, j'ai pas fait en sorte de contenir tes désirs de ship, je reconnais :roll: MDR continue de HULULER, j'aime beaucoup te voir faire.
(Al est pas du tout sain dans ses relations :| )

Partie 8 ? J'aimerais bien être aussi efficace :lol:
Ouais, j'ai beaucoup aimé écrire la scène entre Alice et sa mère ! Elles sont adorables :'c

Merci beaucoup pour ton com, il m'a fait bien rire :mrgreen:

Comment ça, je dénigre mes écrits ? Je me rappelle même plus :lol: Mais bon, je te crois, j'aime bien le faire

La bise !

Yaaasss, merci le Camp Nano !
PTDR je sais bien
MDR clairement je me suis pas relue :lol: Pourquoi 8, après, je sais pas (la forme est similaire, je suppose :') )
Hehehehehehe avec plaisir ! Hâte d'écrire le prochain :lol:

KOLÏN NON.
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Heyooss les zamis.
Comme j'avance beaucoup mieux dans l'écriture grâce au camp Nano, je peux retrouver mon rythme de publication d'avant (il y a longtemps) d'un chapitre toutes les deux semaines ^^
Concernant le chapitre et d'aujourd'hui et ceux qui arriveront prochainement, je vais les relire évidemment, mais je vous promets pas une méga qualité comme ils ont été écrits à la suite sans relecture/réécriture au fur et à mesure comme j'en ai l'habitude. Brefouille, si c'est pas très quali, désolée :lol:




Chapitre 15
Achalmy



An 500 après le Grand Désastre, 1e mois de l’hiver, Mont Valkovjen, Terres du Nord.



Je tendis le Saphir des Glaces vers les flammes. Elles éclipsèrent les reflets argentés de la lune et des étoiles pour les remplacer par des dorés. Les joues chauffées par le feu, je me permis un sourire. Il m’avait fallu des heures pour extirper la pierre précieuse de sa stalagmite. Au risque de finir aussi mal en point que Mars, j’avais dû prendre plusieurs pauses. Mais c’était un travail dont j’étais fier du résultat. La forme oblongue conférait au Saphir des Glaces un aspect moins ciselé que celui qui retenait ma tresse. Ma trouvaille gagnait toutefois en taille.
— T’es amoureux de cette pierre, avoue.
La remarque narquoise de Mars m’arracha un soupir. Assis de l’autre côté du feu, mon ami contemplait l’horizon d’un air lointain. Sa boutade avait jeté une étincelle amusée dans ses pupilles, mais ne masquait pas la fatigue qui lui rongeait les traits. Ses joues s’étaient creusées, ses yeux enfoncés. Ses lèvres gercées tremblotaient plus par habitude que nécessité.
— J’admire le fruit de mes efforts, c’est tout.
Mars roula des yeux en grommelant. Depuis deux semaines que Silja nous avait quittés, nous n’avions pas grand-chose à faire. Nos jeux d’esprit, de cartes et nos défis ne nous divertissaient plus. C’était vrai, je passais des heures à apprécier la finesse et le camaïeu de bleus de mon Saphir des Glaces. Il fallait reconnaître que nous avions du temps à perdre.
Nous n’avions pas progressé aussi rapidement que prévu. Deux jours après avoir quitté la caverne dans laquelle j’avais trouvé mon Saphir, nous avions été interrompus par une tempête de neige. L’hiver était complètement descendu de la montagne pour s’abattre avec rudesse sur ses flancs. Éboulis, avalanches, animaux fuyants et vent glacé avaient limité nos déplacements. Quand des bourrasques furieuses s’étaient mises à ébranler les montagnes, Mars et moi avions jugé opportun de s’abriter.
Nous étions restés une semaine coincés dans la grotte, à nous nourrir chichement et à dormir dos contre dos pour lutter contre les courants d’air gelés qui chuintaient jusqu’à nous. Le froid et la faim constants m’étaient familiers, mais Mars en avait pris un coup. Ses réserves d’énergie s’étaient amenuisées au fil des jours et les feux qu’il nous fournissait s’étaient fait plus faibles.
Quand, enfin, les bourrasques s’étaient calmées, Mars et moi étions plus découragés que jamais. Nous n’avions toujours pas d’indices concernant Eon et nos vivres s’étaient drastiquement réduits à cause de l’isolement forcé. Inquiet à l’idée de poursuivre notre route sans de quoi nous nourrir, j’avais imposé à Mars deux autres jours de repos pour chasser.
Depuis, une demi-décade s’était écoulée. Nous avions progressé plus loin, plus haut, pour n’avoir toujours aucune piste d’un Dieu exilé. Pour être honnête, je n’avais pas non plus la moindre idée du genre de pistes que pouvait laisser une divinité en mal d’existence.

Exténué, Mars ne tarda pas à s’allonger près du feu pour la nuit. J’observais mon Saphir des Glaces encore quelques secondes avant de le ranger dans une bourse en peau. Comme la lassitude ma gagnait, je rejoignis mon propre couchage et laissai les crépitements me bercer.
Le sommeil ne vint pas. Ou peut-être qu’il vint. J’eus brutalement chaud puis soudainement froid. Mes joues encore tiédies par les flammes furent cinglées par une bourrasque enneigée. Ma tresse me fouetta le visage tandis que mes vêtements claquaient furieusement.
J’ouvris les yeux puis les clignai. J’étais dehors, debout, dans le noir. Non, pas complètement. La lune et les étoiles luisaient derrière des amas de nuages sombres poussés par le vent. Je serrai les bras sur ma poitrine. Mon manteau était dans la grotte. Tourner sur moi-même m’apprit que je me trouvais au bord d’un précipice au gouffre insondable dans l’obscurité. Les courants sifflaient en hululements inquiétants. Sonné, je fis quelques pas. Pour me rendre compte que je portais seulement mes chaussettes.
Repartez.
Je dressai le nez, yeux écarquillés. Avais-je rêvé ? Étais-je en train de rêver ?
Je tâtonnai les emplacements habituels de mes fourreaux pour n’y trouver que du vide. Kan et Eon reposaient à mes côtés lorsque je dormais. Pourquoi étais-je sorti sans eux ? Quelle urgence m’avait tiré du lit et précipité à l’extérieur en vêtements de nuit ?
Repartez.
Quelque chose m’aspira. Ou me projeta. J’inspirai une grande goulée d’air, crispai les muscles des jambes, agrippai le vide avec mes mains. Rien ne se produisit. J’étais aveuglé, assourdi, désemparé.
On me colla une gifle. Je réintégrai mon corps, haletai comme un chien assoiffé puis me calmai. Mars était penché au-dessus de moi, les yeux agrandis d’effroi.
— Al ! s’exclama-t-il en agrippant mon épaule. Ça va ?
Je hochai la tête tant bien que mal, observai les environs. Nous étions toujours dans la grotte. Le feu ne s’était pas encore éteint.
— Tu t’es mis à faire des bruits bizarres, m’informa Mars en m’aidant à me redresser.
Il me tendait une gourde. Je l’acceptai sans rechigner, soulageai ma gorge piquante puis me passai un peau d’eau sur le visage. J’avais encore la sensation de la neige sur mes cils et du froid dans mes orteils.
— Et puis tu as arrêté de respirer, ajouta mon ami d’une voix rendue crispée par l’inquiétude. Ou, plutôt, tu respirais bruyamment, mais sans avaler d’air.
Je restai silencieux. Mâchoires serrées, j’observai mes paumes. Elles étaient rougies. J’avais essayé d’agripper mes sabres dans mon cauchemar. Peut-être les avais-je frottées contre le sol. Un froid m’envahit la poitrine. J’avais soudain un doute. Je rejetai ma couverture en arrière. Mes chaussettes étaient mouillées.
Comme si j’avais marché dans la neige avec.

Je gardai pour moi l’étrange rêve de la nuit précédente. Je ne voulais pas que Mars s’imaginât que je perdais la tête. En dehors de mes chaussettes mouillées, je n’avais aucune preuve d’une éventuelle balade nocturne inconsciente.
Après un frugal petit-déjeuner composé d’une infusion de feuilles séchées et d’un quignon de pain rassis, nous reprîmes la route. Un brouillard dense s’était enroulé autour du Mont Valkovjen et masquait la pâle lumière du soleil. Mars fit grise mine, mais il sortit de la grotte en hissant son sac sur ses épaules. Il tenait encore debout. Pour combien de temps ?
Je me rendais compte de sa faiblesse. De son exténuation.
— Il aurait dû rentrer avec Silja, grommelai-je dans ma barbe.
— Tu as dit quelque chose ?
Je secouai la tête sans oser le regarder dans les yeux. Je me rappelais bien le savon qu’il m’avait passé lorsque j’avais suggéré qu’il raccompagnât ma tante jusqu’au village Valkov. En même temps, je ne pouvais pas ignorer ses yeux hagards et sa silhouette fébrile.
Mâchoire serrées, je me détournai de mon ami pour observer le brouillard qui nous entourait.
— Je vais essayer de dissiper un peu tout ça, annonçai-je en levant les mains.
Je tournai les paumes vers l’extérieur, comme si la brume était faite de murs solides que je pouvais repousser. Mars émit un sifflement appréciateur quand l’atmosphère s’éclaircit autour de nous dans un périmètre de quelques mètres.
— Je pense pas pouvoir tenir toute la journée, le prévins-je avec une grimace. Surtout avec le rationnement qu’on s’impose.
— C’est déjà bien si tu peux tenir quelques heures, me rassura Mars en s’approchant de moi.
Après un hochement de tête commun, nous attaquâmes la route. À vrai dire, il n’y avait pas de piste toute tracée, pas ici. Grâce au temps passé avec Silja, Mars et moi détections mieux les voies à emprunter et les pièges à éviter. Nous restions prudents et attentifs à l’environnement. Le froid qui griffait notre peau et figeait nos vêtements n’était pas l’unique danger. Des congères pouvaient se désagréger au-dessus de nos têtes, les avalanches guettaient depuis les sommets, les précipices étaient masqués par un voile blanc.
Nous progressâmes lentement et difficilement jusqu’à atteindre un plateau giflé par le vent. Combien d’heures s’étaient écoulées ? Assez pour mon corps se fût transformé en automatismes : inspirer, pas, expirer, pas, bras, pas, souffle, clignement des yeux. Je levai le nez, observai les alentours. Les bourrasques poussaient la brume en contrebas et laissaient place à la pointe du Mont Valkovjen. Le plus haut sommet d’Oneiris, la légende de mon peuple. Son pic abrupt et cruel de blancheur laissa un vide dans ma poitrine.
Que faisais-je ici ?

Le silence m’entoura. Les yeux toujours rivés au sommet de la montagne, je tombai à genoux. Mon corps ne fonctionnait plus qu’à coups de souffles et d’entêtement. Mes lèvres craquelées gouttèrent à l’air humide, électrique. S’ils n’avaient pas été si engourdis, mes doigts auraient sûrement cherché les manches de mes sabres.
Humain.
Je fermai les yeux, serrai les dents. La pression sur mon crâne s’intensifiait. La présence m’était familière sans vraiment l’être.
Humain, je t’avais dit de partir.
Quelqu’un trouva la force de s’esclaffer au fond de moi. Ma langue frémit de douleur quand l’air gelé rencontra mon rire. À quand remontait mon dernier repas ? Ma gourde était-elle remplie ?
Un nouveau rire. J’étais Élémentaliste de l’eau, je n’avais pas besoin de gourde remplie.
Il est bientôt trop tard pour toi. Déjà ton compagnon…
Mon compagnon…
Je tournai la tête, ne vis rien que du vide, du gris, de la brume. Le blanc, la neige, la lumière. Pas de vie. Pas ici.
Je ne sais pas quelle folie vous a poussés jusqu’ici. Les derniers Nordistes à avoir grimpés aussi haut voulaient prouver quelque chose. Toi, tu ne veux rien prouver.
Oh que si. Je voulais prouver ça.
Eon.

Mes bras se refermèrent sur ma poitrine, j’enfonçai la tête dans les épaules, me recroquevillai dans la neige. J’allai au fond de moi, dans mes tripes, dans mon essence. Dans les résidus qu’Aion, Dieu déchu, avait parsemé en perdant son entité des siècles plus tôt. Dans le sang semi-divin qui gonflait mes veines.
Et j’éclatai. Je hurlai à la montagne, au Dieu, aux Dieux.
Les brumes qui s’accrochaient au flanc de la montagne disparurent, comme intimidées. La neige frémit sur le plateau, se tassa, s’écarta. L’air s’effrita, se condensa, retint son souffle.
Les avalanches grondèrent, Eon frissonna.
Enfant d’Aion.
Je rouvris les yeux. Le sang me coulait du nez, de la bouche. Gouttait dans la neige. Je ne pus retenir ma bile quand mes intestins en vrac me plièrent en deux.
Un rire simple s’enfuit de mes lèvres. Ha-ha-ha.
Eon était là.
— Montre-toi.
Mon ordre était impérieux. J’avais fait trembler la montagne, frémir Eon.
Il ne se montra pas.
Il m’attira à lui.
Je me retrouvai à genoux sur un sol aussi froid qu’inégal. De nouvelles gouttelettes de sang parsemèrent la roche quand je me redressai de surprise. Le plateau enneigé, désolé, avait disparu. Je me trouvais dans une cavité rocheuse profonde de deux mètres à peine. Jambes tremblantes, je me relevai et tournai sur moi-même. Une brise froide couplée d’une luminosité brûlante me fit plisser les paupières. La grotte donnait sur un promontoire enneigé. Une silhouette se tenait au bord.
Eon.

Il était nu, d’un blanc plus blanc que neige. Fin, grand – plus grand qu’Aion, plus grand que Calamity. Un corps sans attributs génitaux qui déboussola mes repères humains. Des hanches, des épaules saillantes, dont les arêtes semblaient interminables. Un cou gracile, un menton carré, un visage long et…
L’infini.
Eon disparut.
Je sombrai en avant, m’étalai le long du sol rocheux, m’étouffai avec ma vision. L’infini.
Les champs, les collines, le désert, les rivières, les montagnes, les forêts, la mer, l’océan, le ciel et les étoiles, plus loin, encore plus loin, et…
Une pression légère sur mon crâne. Tout disparut.
Il est rarement bon pour un Humain de croiser le regard d’un Dieu.
Eon semblait se tenir dans mon dos. Ou devant moi ? Aucune importance, il était partout.
Je croassai, geignis, grognai. Le sang s’était mis à me couler des yeux. Je voyais trouble, respirais mal. L’oxygène… mes oreilles bourdonnantes. J’avais encore gagné en altitude. À quatre pattes, essoufflé, je dressai le cou pour observer le promontoire. Il faisait jour, le soleil resplendissait dans le ciel dégagé. Pourtant, je savais. C’était le promontoire de cette nuit. Je n’avais pas rêvé. Eon m’avait attiré à lui pendant mon sommeil. Pour me mettre en garde.
Avec lenteur, je me levai. Tournai les talons. Déglutis.
Eon se tenait face à moi, assis en tailleur. Son crâne chauve était lisse, trop lisse pour être naturel. Par égard pour ma conscience déjà bien meurtrie, il garda les paupières closes. Il n’avait ni cils ni sourcils. Juste ses deux yeux d’infini, un nez taillé pour la fonctionnalité, deux lèvres sculptées pour la conformité.
Eon me faisait un honneur en donnant forme à son esprit. Il aurait très bien pu se contenter de me parler, de me repousser. Il souhaitait donc discuter.
Enfant d’Aion.
— Je suis pas son enfant.
Ma voix était désagréable, rêche. Je portai les mains en coupe à ma bouche, avalai de grandes lampées d’eau. Cet appel supplémentaire de pouvoir raviva mon saignement de nez. J’avais le ventre si noué que je ne sentais même plus les dégâts occasionnés par mon utilisation trop importante des éléments.
Oh, bien sûr que tu l’es. Chaque Élémentaliste est un enfant d’Aion. C’est encore plus ton cas, le sang de Sereanda coule en toi.
— Je sais déjà, grognai-je en retour, passablement irrité. Je suis pas là pour retracer ma généalogie.
L’avantage d’un Dieu exilé depuis cinq cents ans, c’était qu’il ne s’offusquait pas de l’irritation nerveuse d’un jeune Humain. Je ravalai ma colère, inspirai un bon coup malgré le sang qui s’accumulait dans ma gorge et déclarai :
— Je suis ici pour vous ramener à Oneiris.
C’est impossible.
— Si. Aion, Lefk et Galadriel attendent votre retour.
Le corps temporaire d’Eon n’était pas fait pour exprimer des émotions. Son visage ne cilla d’ailleurs pas lorsqu’il reprit :
Comment est-ce possible ?
— On a combattu et vaincu Calamity. Vous vous rappelez ? l’humain qui a trahi Aion et lui a volé en partie son essence ? Aion a récupéré l’intégralité de ses pouvoirs, mais il a pas pu redevenir un Dieu.
Eon hocha du menton comme si c’était une évidence.
Il faut que nous soyons tous là pour le ramener. Lefk, Galadriel et… ma sœur, Kan.
Je grimaçai. Cette partie ne dépendait pas de moi.
— Kan… Kan est de retour.
Je n’en savais rien. Je ne pouvais qu’espérer, croire en Alice et Soraya. Bluffer.
Je ne peux pas revenir à Oneiris sans elle, m’apprit Eon d’un ton qui ne souffrait d’aucune réplique. Nous sommes jumeaux, complémentaires. Comme Lefk et Galadriel. Si je reviens seul, le monde sera déséquilibré.
— Je comprends, soufflai-je en essuyant une coulée de sang au-dessus de ma lèvre. Mais vous devez me croire. Kan est de retour. Elle a besoin de vous. Vous devez vous assurer qu’elle est là, qu’elle… va bien.
J’ignorais si une Déesse exilée depuis cinq siècles pouvait bien aller. Dans tous les cas, j’avais besoin qu’Eon vérifiât pour moi si Alice avait réussi sa propre quête. Je devais mettre fin à tout ça. Avant de devenir cinglé pour de bon.
— Vérifiez par vous-mêmes, je vous en prie.
Les épaules d’Eon descendirent légèrement.
Je prends le risque de m’exposer à la fourberie humaine si je descends sur Oneiris.
Une grimace involontaire me plissa le visage. Si Alice et Soraya n’avaient pas encore accompli leur quête, je risquais la fureur divine. En même temps, je n’avais guère d’autres choix. Ma vie était déjà dans la balance à l’instant où j’avais rouvert les yeux sous le ciel du Noyau, des mois plus tôt.
Quelles preuves peux-tu m’apporter ?
Je restai un instant silencieux, le cœur écrabouillé d’angoisse pure. Un Dieu me demandait des preuves. Je ravalai le rire incrédule qui démangeait mes gencives.
— Mes amies… Alice Tharros et Soraya Samay sont parties à la recherche de Kan, à Mor Avi. Elles pourront vous confirmer que Kan est là.
Désolé, Alice, si c’est pas le cas.
Eon se leva, avec des mouvements sans aucune grâce ni sauvagerie.
Je ne peux pas me rendre à Mor Avi. C’est… hors de mon existence. Vos amies sont-elles là-bas ?
— Peut-être qu’elles sont rentrées. Elles devraient être dans l’Ouest si c’est le cas.
La tête d’Eon était tournée vers moi, mais avec ses paupières fermées, difficile de dire s’il me regardait. Il s’écoula quelques secondes pendant lesquelles mon sang continua de couler et le vent de souffler. Le monde tournait encore. Il tournait toujours.
Je vais vérifier vos dires, enfant d’Aion. Si vous m’avez menti…
Le Dieu de l’Espace ne prit pas la peine de terminer sa phrase avant de disparaître. Que ce fût lui qui me tuât dans un élan de colère ou Lefk qui vînt reprendre mon âme, ça ne changerait pas grand-chose. J’étais condamné à mourir de la main d’un Dieu si la quête échouait.
Le départ d’Eon me laissa seul dans la cavité rocheuse. Le goût de fer dans ma gorge était de plus en plus prégnant. Des larmes de sang dévalaient mes joues. Je les essuyai tant bien que mal, les doigts engourdis. Mon corps avait laissé place à mon esprit le temps de discuter avec Eon. Petit à petit, il se rappelait à moi.
La faim écrasante, le manque d’air, la migraine au fond de mon crâne. Paupières plissées, je m’efforçai de respirer profondément. J’allais devoir me reposer un moment après tout ça. J’avais trop tiré sur la corde et mon corps me le faisait déjà payer.
Puis l’évidence vint. Elle fleurit dans mon cerveau avec une simplicité qui me déconcerta quelques secondes.
Mars n’était pas là.

Je bondis hors de la caverne. Mes jambes faibles me firent déraper, mais je me redressai aussitôt. Je le cherchai des yeux furieusement, honteusement, désespérément. Quand l’avais-je perdu ? Ou, plutôt, à partir de quand n’avais-je plus été assez attentif ? À quel moment l’avais-je abandonné derrière moi, embourbé dans mon désir d’avancer ?
Mars.
Le promontoire surplombait un gouffre bien trop profond. Si j’avais été capable de maîtriser les vents, je me serais laissé tomber. Si j’avais pu sculpter la roche, je me serais créer un escalier… Un escalier, oui ! Comme ma tante en avait façonné un lors de nos sessions d’entraînement au village.
J’apposai la main sur la paroi rocheuse, me concentrai. La première marche de glace se forma, luisante, imparfaite, mais bien assez utile. J’en créai une deuxième avant d’avancer plus. Un liquide chaud me coulait dans le cou. Troisième, quatrième. Mes muscles frémissaient. Cinquième, sixième, septième, huitième. Mes tripes ne nouèrent, formèrent un nœud douloureux. Je devais avancer.
L’escalier se formait et se détruisait en même temp. Je dérapais sur la glace, parvenais toujours à me rattraper. La brume s’enroula autour de moi alors que je redescendais vers le plateau. Concentré sur les marches qui apparaissaient sous mes pieds, je ne pris pas la peine de chasser le brouillard. Aveuglé, mortifié, je dévalai les escaliers à toute allure.
Puis une marche manqua. Je glissai, sombrai. Me raccrochai in extremis à la dernière marche que j’avais façonnée. J’étais vide. Le sang gelait sur mon visage, dans mon cou. L’eau avait déserté mes sens. Mes doigts n’avaient plus une miette de force.
Je lâchai.


Dernière modification par louji le ven. 07 mai, 2021 10:04 pm, modifié 1 fois.
TcmA

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par TcmA »

Bonzoir~

Nyohoh, on continue avec les péripéties de Machalmy, et ils ne sont pas au bout de leurs peines, les pauvres... (Evidemment, je me dois de faire quelques commentaires (qui sont tout de même moins nombreux que le chapitre précédent :c) : "T'es amoureux de cette pierre" -> Non, de toi bébé 8-) / dormir dos contre dos : oh, ce serait bête que ça se finisse en câlin le matin suivant... c'était absolument involontaire... c: C'est tout pour moi, merci d'avoir écouté mon TED talk.)
Puis Al, stupide idiot, je veux bien que tu te fasses du souci pour Mars

Enfin, on rencontre Eon ! Il est... particulier. J'ai bien aimé la description que tu as faite, il est très étrange. Si je me souviens bien, Lefk, Galadriel et compagnie avaient des formes plutôt "normales"... (Après, je peux me tromper. Il faut donc que je relise le T1 8-) ) Est-ce qu'il a toujours eu cette forme, ou est-ce qu'avec le temps et son exil, il s'est un peu "oublié" (type "je m'enfonce dans mon essence parce qu'il me reste pas grand-chose d'autre à faire") ? En tout cas, il a pas l'air commode (et il est pas très poli, il dit pas s'il te plaît, cf. "Humain, je t'avais dit de partir") et quand même vachement puissant pour un dieu en exil :v (Bon, tu vas me dire, si son essence même est l'espace, il a pas besoin de ne pas être en exil pour être puissant.)

J'ai bien aimé ce chap, mais je l'ai parfois trouvé un peu rapide ! Ca allait avec le récit parce que Al est complètement désorienté, mais certains passages étaient parfois un peu courts et m'ont laissée sur ma faim x) (genre le rêve, ou la rencontre avec Eon)
En tout cas, contente que le NaNo camp t'ai aidé à retrouver un rythme !! J'ai bien hâte de lire la suite, avec Eon qui se pointe chez Alice...
Courage pour tout !
La bise~
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

TcmA a écrit : sam. 24 avr., 2021 9:14 pm Bonzoir~

Nyohoh, on continue avec les péripéties de Machalmy, et ils ne sont pas au bout de leurs peines, les pauvres... (Evidemment, je me dois de faire quelques commentaires (qui sont tout de même moins nombreux que le chapitre précédent :c) : "T'es amoureux de cette pierre" -> Non, de toi bébé 8-) / dormir dos contre dos : oh, ce serait bête que ça se finisse en câlin le matin suivant... c'était absolument involontaire... c: C'est tout pour moi, merci d'avoir écouté mon TED talk.)
Puis Al, stupide idiot, je veux bien que tu te fasses du souci pour Mars

Enfin, on rencontre Eon ! Il est... particulier. J'ai bien aimé la description que tu as faite, il est très étrange. Si je me souviens bien, Lefk, Galadriel et compagnie avaient des formes plutôt "normales"... (Après, je peux me tromper. Il faut donc que je relise le T1 8-) ) Est-ce qu'il a toujours eu cette forme, ou est-ce qu'avec le temps et son exil, il s'est un peu "oublié" (type "je m'enfonce dans mon essence parce qu'il me reste pas grand-chose d'autre à faire") ? En tout cas, il a pas l'air commode (et il est pas très poli, il dit pas s'il te plaît, cf. "Humain, je t'avais dit de partir") et quand même vachement puissant pour un dieu en exil :v (Bon, tu vas me dire, si son essence même est l'espace, il a pas besoin de ne pas être en exil pour être puissant.)

J'ai bien aimé ce chap, mais je l'ai parfois trouvé un peu rapide ! Ca allait avec le récit parce que Al est complètement désorienté, mais certains passages étaient parfois un peu courts et m'ont laissée sur ma faim x) (genre le rêve, ou la rencontre avec Eon)
En tout cas, contente que le NaNo camp t'ai aidé à retrouver un rythme !! J'ai bien hâte de lire la suite, avec Eon qui se pointe chez Alice...
Courage pour tout !
La bise~
Hey !

Je compte sur toi pour faire du Machalmy for ever :lol:

Eon est carrément space ouais (j'ai osé la blague) ! Je suis contente, je voulais que ça ressorte ! Et effectivement lui il a un pris un corps parce qu'il s'est dit que ce serait plus sympa pour parler, mais dans l'absolu il s'en bat les steaks. Galadriel et Aion ont plus de considération pour ça effectivement. Autrement, pour ce qui est de leur corps, ils en ont pas besoin dans l'idée. Ils prennent des corps uniquement pour échanger avec les humains (parce que leur forme éthérée serait trop violente pour les pauvres humains). Et pour Aion, il est coincé dans son corps comme c'est un loser, alors c'est une exception :roll:

Yep, la rapidité et la confusion de ces 2 scènes en particulier sont voulues, parce qu'Al est complètement à la ramasse. Mais je rajouterai quelques phrases d'ambiance pour le rêve et du dialogue avec Eon !

La bise, merci !
TcmA

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par TcmA »

louji a écrit : mer. 28 avr., 2021 10:33 pm Hey !

Je compte sur toi pour faire du Machalmy for ever :lol:

Eon est carrément space ouais (j'ai osé la blague) ! Je suis contente, je voulais que ça ressorte ! Et effectivement lui il a un pris un corps parce qu'il s'est dit que ce serait plus sympa pour parler, mais dans l'absolu il s'en bat les steaks. Galadriel et Aion ont plus de considération pour ça effectivement. Autrement, pour ce qui est de leur corps, ils en ont pas besoin dans l'idée. Ils prennent des corps uniquement pour échanger avec les humains (parce que leur forme éthérée serait trop violente pour les pauvres humains). Et pour Aion, il est coincé dans son corps comme c'est un loser, alors c'est une exception :roll:

Yep, la rapidité et la confusion de ces 2 scènes en particulier sont voulues, parce qu'Al est complètement à la ramasse. Mais je rajouterai quelques phrases d'ambiance pour le rêve et du dialogue avec Eon !

La bise, merci !

Héhéhéhéhéhéhé, je serai toujours au rendez-vous 8-)

J'AIME LA BLAGUE, J'Y AVAIS PAS PENSE. Omg. Mais ouais, complètement space. "Dans l'absolu il s'en bat les steaks", je pleure :lol: Yes, c'est sûr que se prendre de l'énergie pure dans la tronche, ça doit pas faire méga du bien :v Ah oui, Aion, je l'avais oublié, le pauvre (un loser, MDRRRR).

Yes, c'est bien l'impression que ça donne ! Okay !

La bise~
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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par DanielPagés »

Hello !
Bien aimé ce chapitre et en particulier le passage à partir de "Le silence m'entoura...", la description d'Eon, etc... question de rythme je crois, les phrases courtes, les mots isolés, les morceaux de phrase, ça parle bien...

juste quelques remarques, trois fois rien :
Mars et moi avions jugé opportun de s’abriter. - de nous abriter

Comme la lassitude ma gagnait - ma qué ! :lol:

Assez pour mon corps se fût transformé en automatismes : - assez pour que les fonctions de mon corps se fussent transformées...

Mars n’était pas là. - j'aurais écrit "Mars n'était plus là"


Retour du soleil et de la chaleur, on respire ! et la liberté : je vais revoir la meeeeer !
Bosse bien, toi ! T'as des exams, là ?
Gros bisous
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

DanielPagés a écrit : lun. 03 mai, 2021 5:53 pm Hello !
Bien aimé ce chapitre et en particulier le passage à partir de "Le silence m'entoura...", la description d'Eon, etc... question de rythme je crois, les phrases courtes, les mots isolés, les morceaux de phrase, ça parle bien...

juste quelques remarques, trois fois rien :
Mars et moi avions jugé opportun de s’abriter. - de nous abriter

Comme la lassitude ma gagnait - ma qué ! :lol:

Assez pour mon corps se fût transformé en automatismes : - assez pour que les fonctions de mon corps se fussent transformées...

Mars n’était pas là. - j'aurais écrit "Mars n'était plus là"


Retour du soleil et de la chaleur, on respire ! et la liberté : je vais revoir la meeeeer !
Bosse bien, toi ! T'as des exams, là ?
Gros bisous
Hello !
Oh, merci Danou, moi aussi j'ai bien aimé écrire ce passage, ça changeait :D

Merci pour les remarques, je corrige ;)

Oui, ça fait du bien ce printemps (et le début de déconfinement). Profite-bien de la mer =)
Je suis en stage jusqu'à fin juillet là, j'ai un mémoire à faire autrement mes exams sont terminés.
La bise !
louji

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par louji »

Heyo ! On attaque quelques chapitres qui vont se dérouler au Château, j'espère qu'ils vous plairont.
Et déso, tout n'est pas forcément jojo 0/



Chapitre 16
Alice



An 500 après le Grand Désastre, 1e mois de l’hiver, Château du Crépuscule, Terres de l’Ouest.



Trois âtres aussi larges qu’un homme chauffaient la Gran’Salle. Comme pour le reste du château, ma mère avait fait installer des pots de fleurs vivaces et d’arbustes à intervalles réguliers. J’avais toujours connu la pièce des doléances comme un endroit froid et inhospitalier. L’estrade des trônes surplombait le reste des lieux à l’aide de trois marches taillées dans une pierre d’un blanc vaporeux. Les sièges royaux étant eux-mêmes façonnés dans un bois sombre, la Gran’Salle avait été pendant des années un monochrome de gris et blanc.
À présent, des tapis colorés marchandés avec nos voisins du sud adoucissaient la pierre glacée sous nos pieds. Des tentures à l’effigie de la nature, importées depuis l’Est, décoraient les murs. Quant aux peaux de bêtes jetées sur les trônes pour casser leur rigidité, elles devaient provenir du Nord. Non seulement ma mère avait rendu les lieux plus chaleureux, mais elle avait aussi volontairement créé un pont entre nos Terres et nos voisins.
Encore chamboulée par nos retrouvailles, ma mère s’était laissée choir sur le siège royal. Plantée en bas des marches, j’embrassai la scène d’un regard interdit. Les quelques fois où mon père m’avait autorisé à participer aux doléances, j’étais restée plantée debout sur le côté de l’estrade.
— Alice, lança-t-elle avec un sourire encourageant, viens t’asseoir.
Je glissai les yeux vers le deuxième trône, légèrement en retrait. Plus petit, il était destiné au compagnon ou à l’héritier du dirigeant. Ma mère l’occupait autrefois.
Gorge nouée, je grimpai les marches. Une fois à hauteur de la reine, j’inclinai le menton et me dirigeai vers le deuxième siège. Ma mère me retint par le bras. Son sourire était doux et triste. Coupable.
— Ma petite étincelle. Ta place n’est pas dans l’ombre du souverain. Tu es la souveraine.
Comme je restai silencieuse face à son expression mélancolique, elle soupira puis se leva. Les traînes blanches et turquoise de sa robe glissèrent sur le sol de pierre.
— Cette place te revient de droit de sang, Alice. Tu es la première-née de feu le roi Silvester.
— Mère, tu es reine, murmurai-je avec stupeur.
— Par dérogation. Seulement parce que Milash a refusé son droit.
Je déglutis péniblement, fermai les yeux puis les rouvris. Ma mère me tenait toujours le bras. C’était plus une invitation qu’une obligation.
— Où est-il ? Ash ?
Comme les iris pailletés d’argent de ma mère s’assombrissaient, j’ajoutai vivement :
— Pourquoi n’a-t-il pas récupéré le trône après la mort de notre père ?
— Il a été frappé très durement par la nouvelle. Il ne s’attendait pas à devoir monter sur le trône. D’ailleurs, Milash n’a pas pu s’y résoudre. Il s’enferme dans sa chambre et ne sort plus depuis des semaines.
— Comment ?
J’étais médusée. J’agrippai le poignet de ma mère, la forçai à me regarder. Ses traits s’étaient enfoncés un peu plus. La culpabilité qui suintait de son visage m’irritait autant qu’elle me peinait.
— Je ne comprends pas, mère. Je sais qu’Ash était plus proche de père que moi, mais…
Ma mère me considéra avec une expression désolée. Elle prit mes mains dans les siennes, caressa de ses doigts fins les cals que mes paumes avaient développés au cours de mes aventures.
— S’il n’y avait eu que la mort de votre père, peut-être que Milash l’aurait vécu différemment. Mais pour nous, tu avais péri aussi, Alice. Tu étais l’étoile directrice de ton frère et, sans toi… Il n’a pas pu se relever.
Lèvres pincées, je hochai la tête. Je ne devais pas oublier que mon royaume et ma famille me croyaient disparue depuis des mois. Pauvre Milash, apprendre le décès simultané de son père et de sa sœur… Je ne savais pas moi-même comment j’aurais réagi.
— Je vais aller voir Milash, assurai-je à la reine d’un ton ferme. Je ne veux pas qu’il reste cloîtré dans sa chambre. Il doit savoir que je suis vivante. Et il doit savoir pour… notre père.
— J’ai envoyé la gouvernante en cheffe s’en charger, expliqua ma mère. Elle devait aussi aller chercher le guérisseur pour le jeune scribe.
Reconnaissante, je hochai la tête. Il y avait toujours un savant du corps au Château. Soraya s’était proposée pour accompagner Viktor, nous accordant à ma mère et à moi un moment d’intimité. Comme souvent, mon amie avait su déceler avant moi ce dont j’avais besoin.
Avant que je pusse reprendre la conversation, ma mère lâcha mes mains et souffla :
— Que veux-tu dire à Milash concernant votre père ? Il est parti si brusquement quelques jours après que tu aies quitté le Château sans un mot. Que s’est-il passé ?
Les souvenirs qui surgirent aussi bien dans mon esprit que mon cœur me sonnèrent un moment. Même après des mois, j’étais pétrie de rancœur, de colère et d’incompréhension. Certains actes étaient difficilement pardonnables.
— Père avait des plans pour moi. Il n’a jamais considéré l’idée de me laisser hériter. C’est pour ça qu’il… était si distant avec moi ces dernières années. Il savait que sa fille ne vivrait pas longtemps.
Le visage de ma mère se crispa. Une ombre méfiante couvait dans sa voix quand elle s’enquit :
— Qu’est-ce que tu veux dire, Alice ?
Déterminée à expliquer la douloureuse vérité à propos de l’ambition égoïste de mon père, j’inspirai profondément. Quelque part, j’avais encore de l’affection pour l’homme qui m’avait portée sur ses épaules, appris à manier les éclairs et à jouer aux échecs. Il n’en restait pas moins l’individu qui avait accepté de me condamner à mort pour obtenir de potentiels pouvoirs divins.
J’ouvrais la bouche pour expliquer toute la vérité à ma mère quand une présence emplit la pièce. Après avoir côtoyé plusieurs divinités, j’étais en mesure de reconnaître l’aura écrasante, indéfinissable, qui caractérisait leur venue. L’ayant sentie elle aussi, ma mère se tourna pour observer la Gran’Salle. Les flammes des âtres dansaient avec la même régularité, les rideaux ne s’agitaient d’aucun souffle. Il y avait pourtant quelque chose.
Alice Tharros.
Je sursautai, reculai d’un pas. La voix m’était inconnue. Elle n’était pas genrée comme celle de Galadriel ou d’Aion. C’était une voix fonctionnelle, instrument dérisoire pour s’adresser aux Humains.
Tu étais donc bien là. Ton compagnon n’a pas menti.
Je devais être la seule à percevoir la voix, car ma mère m’observait avec des yeux ronds. Je ne lui jetai pas la pierre, car je considérais les environs avec frénésie.
— Alice ?
Je dois m’assurer que Kan a bien laissé sa promesse en toi, ajouta la voix d’un air implacable. Si ce n’est pas le cas, je repartirai.
Je ne comprenais pas grand-chose aux paroles. Qui s’adressait à moi ? Aion ? Non, il devait toujours se trouver au Noyau, où il nous attendait.
Je n’eus pas le temps de m’interroger plus longtemps. Une silhouette se matérialisa à côté de moi. Simplement, sans un bruit, sans un souffle de vie. Ma mère hurla, mais le son resta bloqué dans ma gorge. Un être se tenait face à moi, peau d’albâtre et membres lisses. Pas de pilosité, pas de sourire ou de regard.
Sa main se leva, arracha un autre cri de frayeur à ma mère. Hypnotisée par cette présence immense, silencieuse, inhumaine, je ne bougeai pas d’un cheveu lorsqu’elle tendit le doigt vers mon front. Le contact créa une pointe de feu glacé sur ma peau. J’ouvris la bouche, mais pas un son en sortit. Que se passait-il exactem…
Kan surgit. Le fragment d’essence qu’elle avait distillé en moi avant mon départ du Kol Sak éclata dans l’air. Une pluie de fragments temporels ondula autour de nous. Aucune image ne resta assez longtemps sur ma pupille pour s’imprimer.
Ainsi c’est vrai…
La silhouette disparut. Ma mère était parvenue à garder ses appuis, mais son visage avait viré à la cendre. La couronne penchait dangereusement sur un côté de sa tête.
— Qu’est-ce que…
La silhouette réapparut. Pas seule, cette fois-ci. Deux corps sombrèrent à ses pieds, couverts de neige et entourés d’un voile de vapeur. Médusée par la situation, je ne reconnus pas immédiatement les deux masses recroquevillées aux pieds de la silhouette blanche.
Occupez-vous d’eux sans tarder, intima la voix. L’un d’eux a déjà en partie rejoint Lefk.
Puis la divinité disparut, nous laissant seules ma mère et moi avec un millier de questions.

Comme la reine se tournait vers moi en ouvrant la bouche, je secouai la tête puis bondis au bas des marches. Mes pas résonnèrent étrangement dans le silence de la Grand’Salle. Le souffle coincé contre la glotte, je me laissai tomber à genoux près de la silhouette qui m’était familière.
— Al…
Je plantai deux doigts dans son cou, retins de justesse un glapissement en constatant le froid de sa peau. Visage tourné vers le sol, je ne distinguais rien de ses traits, mais son corps recroquevillé me donnait une idée de son état. Sous son épais manteau, je ne discernais rien d’une éventuelle respiration. Paniquée, je faillis manquer la pulsation ridicule sous mes doigts.
— Al… croassai-je en me décalant vers l’autre silhouette pour réitérer mon geste. Mars ?
Je ne l’avais pas revu depuis que nos deux compagnons nous avaient quittés des mois plus tôt, avant notre embarquement pour Mor Avi. S’il n’avait pas été en présence d’Achalmy, je ne l’aurais peut-être pas reconnu. Il avait maigri et l’éclat doré de sa peau avait viré à la cendre.
Dans mon dos, ma mère avait quitté l’estrade pour sortir de la Gran’Salle. Je l’entendis donner distribuer des ordres pressés et impérieux, mais je ne pus comprendre ses paroles. J’étais trop concentrée sur le bout de mes doigts, pressés dans le cou de la deuxième silhouette.
Au bout d’une demi-minute, je dus m’y résoudre : pas de pulsations.
— M-Mars, bredouillai-je en tirant sur le col du concerné.
Après avoir glissé ma main sous les couches de vêtements, j’appuyai ma paume sur sa poitrine glacée. La décharge électrique que j’envoyai dans son corps le fit tressauter. La tête blême du guérisseur pesait trop lourd et pas assez sur mes cuisses. Ses lèvres avaient bleui, ses paupières ne bougeaient pas d’un cil.
Une nouvelle décharge l’agita de soubresauts.
— Alice !
Ma mère était de retour. D’autres pas l’accompagnaient.
— D’abord un scribe et maintenant deux inconnus ? grommela une voix.
Je jetai à peine un coup d’œil au savant qui secondait ma mère. L’air irrité, il toisa les deux silhouettes avant de soupirer.
— Pourquoi sont-ils entourés de vapeur ?
— Choc thermique, m’entendis-je répondre alors que j’envoyais une nouvelle vague électrique dans le corps du jeune homme. Ils viennent du Mont Valkovjen.
Il me cingla d’un regard ahuri avant de claquer la langue.
— Sauf mon respect, princesse Alice, vous devriez reculer et me laisser… m’occuper des dépouilles.
Mon bras tremblait à force d’envoyer des pulsions électriques dans la poitrine de Mars. Mais mon autre main ne frémit pas lorsque je la dressai vers le guérisseur. Il s’arrêta net en apercevant mon visage.
— Princesse Alice, vous devriez vous reposer…
— Je suis reine, Sire Tarwell, et mes amis ne sont pas morts. Ils ont besoin de soins.
Le savant pinça des lèvres résignées en reculant d’un pas. Je remarquai alors que je l’avais menacé d’une main parcourue de petites étincelles.
— Alice, murmura ma mère en approchant d’un pas prudent. Tu sais qui sont ces jeunes gens ?
— Mars et Achalmy, répondis-je sans détour en posant une main sur le front de l’Occidento-Sudiste. C’est grâce à eux que nous venons de retrouver Eon. Mais ils… ils ont dû…
Un goût de fer dans la gorge, je contemplai la silhouette glacée et figée de Mars. Celle cassée d’Achalmy : son visage à présent tourné vers moi me laissait voir les traînées rougeâtres qui recouvraient ses traits, sans compter l’angle improbable dans lequel son bras gauche était tourné.
— Il faut les soigner.
Mon ton impérieux jeta une ombre sur le visage de ma mère. J’étais à deux doigts de hurler lorsqu’elle se tourna vers le savant.
— Sire Tarwell, faites venir toutes vos aides. Je vais appeler la gouvernante en cheffe, nous allons avoir besoin de main d’œuvre.
L’intéressé fronça les sourcils, gonfla les joues puis roula des yeux.
— Reine Trianna, sauf votre respect, deux étrangers ne méritent pas les soins des guérisseurs les plus éminents du Châte…
— Vous avez entendu ma fille, le coupa ma mère d’une voix sèche. C’est elle, la reine. Et la dirigeante de l’Ouest se fait obéir. Quant aux étrangers… ce sont les amis de la reine. Ce sont donc les amis de la Couronne.
Sire Tarwell s’empourpra si fort que ça en masqua presque son imposant nez rouge. Il fit demi-tour d’un pas précipité, encouragé par l’électricité qui crépitait dans l’air. Majestueuse et implacable, ma mère se tourna vers moi avant de sortir de la Gran’Salle.
— Nous ferons tout pour sauver tes amis, Alice.
Après avoir échangé un regard avec elle, je hochai la tête. Une fois seule dans la Gran’Salle, je me penchai sur le corps de Mars, agrippai la main froide d’Achalmy.
— Je suis désolée.
Aucun des deux ne réagit. Je réprimai les sanglots qui hurlaient dans ma poitrine et appelai deux brises chaudes pour qu’elles réchauffassent leurs corps. Mais y’avait-il encore une vie à ranimer ?

Engoncée dans l’un des fauteuils capitonnés du salon privé de ma mère, j’observai le feu mourir. La tasse de thé entre mes mains était froide depuis longtemps. Il devait être le milieu de la nuit, plus un bruit n’agitait le château assoupi.
Je ne sentais plus le chaud ni le froid. Un engourdissement résigné m’habitait de la tête aux pieds. L’impuissance m’avait foudroyée lorsque les aides du savant étaient venues récupérer les corps de mes deux amis. Ma mère s’était efforcée de me rassurer, de me promettre que la couronne ferait tout pour les sauver. Al respirait encore quand ils l’avaient emmené, mais peut-être avait-il cessé depuis. Quant à Mars…
Je geignis entre mes dents serrées, crispai les doigts autour de la tasse. Elle finit par s’échapper de ma grippe, renversa son contenu sur le plancher avant de rebondir sur le tapis sudiste. Je n’avais pas la force de la ramasser.
Quelques pas feutrés chuchotèrent dans mon dos. Je me raidis, dans l’attente des mots qui me briseraient le cœur. Pourtant, je ne sentis que la caresse des doigts tièdes de ma mère sur ma nuque.
— Ma petite étincelle, murmura-t-elle en se penchant vers moi.
Elle m’embrassa la tempe, mais je ne pouvais pas quitter le feu mourant des yeux. Sans un mot, ma mère se pencha pour ramasser la tasse et la déposer sur la table basse. Dans le coin de mon champ de vision, je pus voir qu’elle n’avait pas encore enfilé une tenue de nuit. La couronne avait disparu de sa tête.
— Tu devrais aller dormir, Alice. Ton amie Soraya a veillé toute la soirée auprès de Viktor, mais elle a fini par tomber de sommeil à son chevet. Tu pourras lui expliquer ce qui s’est passé demain.
— Nous sommes déjà demain, lui fis-je remarquer d’une voix rauque.
Ma mère ne réfuta pas. Il s’écoula plusieurs secondes avant qu’elle ne finît par soupirer et traverser la pièce. Toujours focalisée sur l’âtre, je l’entendis à peine revenir vers moi. Elle déposa un châle sur mes épaules puis me caressa les cheveux.
— Dors ici si tu le souhaites. Tu seras informée en priorité de la moindre évolution concernant tes compagnons.
Je quittai enfin des yeux les braises pour la saluer d’un mouvement du menton. Son visage plongé dans la pénombre me serra le cœur. En une soirée, je l’avais fait vieillir de quelques années.
— Bonne nuit, maman.
Quand elle fut sortie de la pièce, je m’enfonçai plus profondément sous la couverture que j’avais récupérée des heures plus tôt. Je n’espérais guère dormir avant le lever du soleil.
vampiredelivres

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Re: Oneiris - Tomes I (terminé) et II (en cours) [Heroic fantasy]

Message par vampiredelivres »

louji a écrit : ven. 07 mai, 2021 10:04 pm Heyo ! On attaque quelques chapitres qui vont se dérouler au Château, j'espère qu'ils vous plairont.
Et déso, tout n'est pas forcément jojo 0/

Heyo !
Je me rends compte que je n'étais pas si en retard que ça en fait ! Du coup pour rattraper les quatre derniers chapitres sur lesquels je n'ai pas commenté :
1) Ça fait du bien de voir Alice de retour chez elle, après tout ce qu'elle a enduré. Par contre le pauvre petit Viktor, il m'a l'air totalement en PLS le chaton… J'espère vraiment que ça va finir par aller mieux.
2) Eon est carrément space, oui, mais je l'adore :lol: Ça fait du bien de voir des Dieux déconnectés de la réalité, enfermés dans leur puissance. Les miens sont parfois un peu trop humains pour pouvoir faire ça, donc bon, avoir une entité totalement absurde, c'est cool. D'autant plus que, justement, tu gères super bien ses transitions spatiales, il y a un bon rythme dans l'ensemble du passage, même si Al en pâtit parce qu'il est paumé.
3) Machalmy ! ❤️ :lol:
Bref, on est repartis !



Chapitre 16
Alice



An 500 après le Grand Désastre, 1e mois de l’hiver, Château du Crépuscule, Terres de l’Ouest.



Trois âtres aussi larges qu’un homme chauffaient la Gran’Salle. Comme pour le reste du château, ma mère avait fait installer des pots de fleurs vivaces et d’arbustes à intervalles réguliers. J’avais toujours connu la pièce des doléances comme un endroit froid et inhospitalier. L’estrade des trônes surplombait le reste des lieux à l’aide de trois marches taillées dans une pierre d’un blanc vaporeux. Les sièges royaux étant eux-mêmes façonnés dans un bois sombre, la Gran’Salle avait été pendant des années un monochrome de gris et blanc.
À présent, des tapis colorés marchandés avec nos voisins du sud adoucissaient la pierre glacée sous nos pieds. Des tentures à l’effigie de la nature, importées depuis l’Est, décoraient les murs. Quant aux peaux de bêtes jetées sur les trônes pour casser leur rigidité, elles devaient provenir du Nord. Non seulement ma mère avait rendu les lieux plus chaleureux, mais elle avait aussi volontairement créé un pont entre nos Terres et nos voisins. C'est cool ça !
Encore chamboulée par nos retrouvailles, ma mère s’était laissée choir sur le siège royal. Plantée en bas des marches, j’embrassai la scène d’un regard interdit. Les quelques fois où mon père m’avait autorisé à participer aux doléances, j’étais restée plantée debout sur le côté de l’estrade.
— Alice, lança-t-elle avec un sourire encourageant, viens t’asseoir.
Je glissai les yeux vers le deuxième trône, légèrement en retrait. Plus petit, il était destiné au compagnon ou à l’héritier du dirigeant. Ma mère l’occupait autrefois.
Gorge nouée, je grimpai les marches. Une fois à hauteur de la reine, j’inclinai le menton et me dirigeai vers le deuxième siège. Ma mère me retint par le bras. Son sourire était doux et triste. Coupable.
— Ma petite étincelle. Ta place n’est pas dans l’ombre du souverain. Tu es la souveraine.Du coup sa mère n'a absolument aucun droit au trône, même après la mort du roi ?
Comme je restai silencieuse face à son expression mélancolique, elle soupira puis se leva. Les traînes blanches et turquoise de sa robe glissèrent sur le sol de pierre.
— Cette place te revient de droit de sang, Alice. Tu es la première-née de feu le roi Silvester.
— Mère, tu es reine, murmurai-je avec stupeur.
— Par dérogation. Seulement parce que Milash a refusé son droit.
Je déglutis péniblement, fermai les yeux puis les rouvris. Ma mère me tenait toujours le bras. C’était plus une invitation qu’une obligation.
— Où est-il ? Ash ?
Comme les iris pailletés d’argent de ma mère s’assombrissaient, j’ajoutai vivement :
— Pourquoi n’a-t-il pas récupéré le trône après la mort de notre père ? Excellente question !
— Il a été frappé très durement par la nouvelle. Il ne s’attendait pas à devoir monter sur le trône. D’ailleurs, Milash n’a pas pu s’y résoudre. Il s’enferme dans sa chambre et ne sort plus depuis des semaines.
— Comment ?
J’étais médusée. J’agrippai le poignet de ma mère, la forçai à me regarder. Ses traits s’étaient enfoncés un peu plus. La culpabilité qui suintait de son visage m’irritait autant qu’elle me peinait.
— Je ne comprends pas, mère. Je sais qu’Ash était plus proche de père que moi, mais…
Ma mère me considéra avec une expression désolée. Elle prit mes mains dans les siennes, caressa de ses doigts fins les cals que mes paumes avaient développés au cours de mes aventures.
— S’il n’y avait eu que la mort de votre père, peut-être que Milash l’aurait vécu différemment. Mais pour nous, tu avais péri aussi, Alice. Tu étais l’étoile directrice de ton frère et, sans toi… Il n’a pas pu se relever.
Lèvres pincées, je hochai la tête. Je ne devais pas oublier que mon royaume et ma famille me croyaient disparue depuis des mois. Pauvre Milash, apprendre le décès simultané de son père et de sa sœur… Je ne savais pas moi-même comment j’aurais réagi.
— Je vais aller voir Milash, assurai-je à la reine d’un ton ferme. Je ne veux pas qu’il reste cloîtré dans sa chambre. Il doit savoir que je suis vivante. Et il doit savoir pour… notre père.
— J’ai envoyé la gouvernante en cheffe s’en charger, expliqua ma mère. Elle devait aussi aller chercher le guérisseur pour le jeune scribe.
Reconnaissante, je hochai la tête. Il y avait toujours un savant du corps au Château. Soraya s’était proposée pour accompagner Viktor, nous accordant à ma mère et à moi un moment d’intimité. Comme souvent, mon amie avait su déceler avant moi ce dont j’avais besoin.
Avant que je pusse reprendre la conversation, ma mère lâcha mes mains et souffla :
— Que veux-tu dire à Milash concernant votre père ? Il est parti si brusquement quelques jours après que tu aies quitté le Château sans un mot. Que s’est-il passé ? ALORS. EN FAIT. Comment t'expliquer.
Les souvenirs qui surgirent aussi bien dans mon esprit que mon cœur me sonnèrent un moment. Même après des mois, j’étais pétrie de rancœur, de colère et d’incompréhension. Certains actes étaient difficilement pardonnables.
— Père avait des plans pour moi. Il n’a jamais considéré l’idée de me laisser hériter. C’est pour ça qu’il… était si distant avec moi ces dernières années. Il savait que sa fille ne vivrait pas longtemps. Yé, j'avais presque oublié ce passage de l'histoire. :roll:
Le visage de ma mère se crispa. Une ombre méfiante couvait dans sa voix quand elle s’enquit :
— Qu’est-ce que tu veux dire, Alice ? Qu'il y avait un Dieu qui s'était invité à la cour de l'Ouest et qu'il avait de sales envies de vengeance envers la famille Tharros, et que ce cher Silvester avait décidé de sacrifier sa fille pour réparer les fautes commises il y a 500 ans. J'ai oublié quelque chose ?
Déterminée à expliquer la douloureuse vérité à propos de l’ambition égoïste de mon père, j’inspirai profondément. Quelque part, j’avais encore de l’affection pour l’homme qui m’avait portée sur ses épaules, appris à manier les éclairs et à jouer aux échecs. Il n’en restait pas moins l’individu qui avait accepté de me condamner à mort pour obtenir de potentiels pouvoirs divins.
J’ouvrais la bouche pour expliquer toute la vérité à ma mère quand une présence emplit la pièce. Après avoir côtoyé plusieurs divinités, j’étais en mesure de reconnaître l’aura écrasante, indéfinissable, qui caractérisait leur venue. L’ayant sentie elle aussi, ma mère se tourna pour observer la Gran’Salle. Les flammes des âtres dansaient avec la même régularité, les rideaux ne s’agitaient d’aucun souffle. Il y avait pourtant quelque chose.
Alice Tharros.
Je sursautai, reculai d’un pas. La voix m’était inconnue. Elle n’était pas genrée comme celle de Galadriel ou d’Aion. C’était une voix fonctionnelle, instrument dérisoire pour s’adresser aux Humains.
Tu étais donc bien là. Ton compagnon n’a pas menti. Encore heureux qu'Alice et Achalmy aient le sens du timing ! À deux semaines près, on était dans la mouise :lol:
Je devais être la seule à percevoir la voix, car ma mère m’observait avec des yeux ronds. Je ne lui jetai pas la pierre, car je considérais les environs avec frénésie.
— Alice ?
Je dois m’assurer que Kan a bien laissé sa promesse en toi, ajouta la voix d’un air implacable. Si ce n’est pas le cas, je repartirai.
Je ne comprenais pas grand-chose aux paroles. Qui s’adressait à moi ? Aion ? Non, il devait toujours se trouver au Noyau, où il nous attendait.
Je n’eus pas le temps de m’interroger plus longtemps. Une silhouette se matérialisa à côté de moi. Simplement, sans un bruit, sans un souffle de vie. Ma mère hurla, mais le son resta bloqué dans ma gorge. Un être se tenait face à moi, peau d’albâtre et membres lisses. Pas de pilosité, pas de sourire ou de regard. Kikou ! :mrgreen:
Sa main se leva, arracha un autre cri de frayeur à ma mère. Hypnotisée par cette présence immense, silencieuse, inhumaine, je ne bougeai pas d’un cheveu lorsqu’elle tendit le doigt vers mon front. Le contact créa une pointe de feu glacé sur ma peau. J’ouvris la bouche, mais pas un son en sortit. Que se passait-il exactem…
Kan surgit. Le fragment d’essence qu’elle avait distillé en moi avant mon départ du Kol Sak éclata dans l’air. Une pluie de fragments temporels ondula autour de nous. Aucune image ne resta assez longtemps sur ma pupille pour s’imprimer. Rhah c'est dommage pour le coup…
Ainsi c’est vrai…
La silhouette disparut. Ma mère était parvenue à garder ses appuis, mais son visage avait viré à la cendre. La couronne penchait dangereusement sur un côté de sa tête. Elle vient de voir que les derniers mois d'existence de sa fille ont été entre autres consacrés à fréquenter des Dieux. Tout va bien.
— Qu’est-ce que…
La silhouette réapparut. Pas seule, cette fois-ci. Deux corps sombrèrent à ses pieds, couverts de neige et entourés d’un voile de vapeur. Médusée par la situation, je ne reconnus pas immédiatement les deux masses recroquevillées aux pieds de la silhouette blanche.
Occupez-vous d’eux sans tarder, intima la voix. L’un d’eux a déjà en partie rejoint Lefk.
Puis la divinité disparut, nous laissant seules ma mère et moi avec un millier de questions.

Comme la reine se tournait vers moi en ouvrant la bouche, je secouai la tête puis bondis au bas des marches. Mes pas résonnèrent étrangement dans le silence de la Grand’Salle. Le souffle coincé contre la glotte, je me laissai tomber à genoux près de la silhouette qui m’était familière.
— Al…
Je plantai deux doigts dans son cou, retins de justesse un glapissement en constatant le froid de sa peau. Visage tourné vers le sol, je ne distinguais rien de ses traits, mais son corps recroquevillé me donnait une idée de son état. Sous son épais manteau, je ne discernais rien d’une éventuelle respiration. Paniquée, je faillis manquer la pulsation ridicule sous mes doigts.
— Al… croassai-je en me décalant vers l’autre silhouette pour réitérer mon geste. Mars ?
Je ne l’avais pas revu depuis que nos deux compagnons nous avaient quittés des mois plus tôt, avant notre embarquement pour Mor Avi. S’il n’avait pas été en présence d’Achalmy, je ne l’aurais peut-être pas reconnu. Il avait maigri et l’éclat doré de sa peau avait viré à la cendre.
Dans mon dos, ma mère avait quitté l’estrade pour sortir de la Gran’Salle. Je l’entendis donner distribuer des ordres pressés et impérieux, mais je ne pus comprendre ses paroles. J’étais trop concentrée sur le bout de mes doigts, pressés dans le cou de la deuxième silhouette.
Au bout d’une demi-minute, je dus m’y résoudre : pas de pulsations. Yé. :cry:
— M-Mars, bredouillai-je en tirant sur le col du concerné.
Après avoir glissé ma main sous les couches de vêtements, j’appuyai ma paume sur sa poitrine glacée. La décharge électrique que j’envoyai dans son corps le fit tressauter. La tête blême du guérisseur pesait trop lourd et pas assez sur mes cuisses. Ses lèvres avaient bleui, ses paupières ne bougeaient pas d’un cil.
Une nouvelle décharge l’agita de soubresauts.
— Alice !
Ma mère était de retour. D’autres pas l’accompagnaient.
— D’abord un scribe et maintenant deux inconnus ? grommela une voix. Toi je ne te connais pas encore mais je ne t'aime déjà pas. :lol:
Je jetai à peine un coup d’œil au savant qui secondait ma mère. L’air irrité, il toisa les deux silhouettes avant de soupirer.
— Pourquoi sont-ils entourés de vapeur ?
— Choc thermique, m’entendis-je répondre alors que j’envoyais une nouvelle vague électrique dans le corps du jeune homme. Ils viennent du Mont Valkovjen.
Il me cingla d’un regard ahuri avant de claquer la langue.
— Sauf mon respect, princesse Alice, vous devriez reculer et me laisser… m’occuper des dépouilles. Tsss. Tais-toi et obéis. x)
Mon bras tremblait à force d’envoyer des pulsions électriques dans la poitrine de Mars. Mais mon autre main ne frémit pas lorsque je la dressai vers le guérisseur. Il s’arrêta net en apercevant mon visage.
— Princesse Alice, vous devriez vous reposer…
— Je suis reine, Sire Tarwell, et mes amis ne sont pas morts. Ils ont besoin de soins.
Le savant pinça des lèvres résignées en reculant d’un pas. Je remarquai alors que je l’avais menacé d’une main parcourue de petites étincelles.
— Alice, murmura ma mère en approchant d’un pas prudent. Tu sais qui sont ces jeunes gens ?
— Mars et Achalmy, répondis-je sans détour en posant une main sur le front de l’Occidento-Sudiste. C’est grâce à eux que nous venons de retrouver Eon. Mais ils… ils ont dû…
Un goût de fer dans la gorge, je contemplai la silhouette glacée et figée de Mars. Celle cassée d’Achalmy : son visage à présent tourné vers moi me laissait voir les traînées rougeâtres qui recouvraient ses traits, sans compter l’angle improbable dans lequel son bras gauche était tourné. Des détails tout ça.
— Il faut les soigner.
Mon ton impérieux jeta une ombre sur le visage de ma mère. J’étais à deux doigts de hurler lorsqu’elle se tourna vers le savant.
— Sire Tarwell, faites venir toutes vos aides. Je vais appeler la gouvernante en cheffe, nous allons avoir besoin de main d’œuvre.
L’intéressé fronça les sourcils, gonfla les joues puis roula des yeux.
— Reine Trianna, sauf votre respect, deux étrangers ne méritent pas les soins des guérisseurs les plus éminents du Châte… On a dit quoi ? Tais-toi et obéis.
— Vous avez entendu ma fille, le coupa ma mère d’une voix sèche. C’est elle, la reine. Et la dirigeante de l’Ouest se fait obéir. Quant aux étrangers… ce sont les amis de la reine. Ce sont donc les amis de la Couronne.
Sire Tarwell s’empourpra si fort que ça en masqua presque son imposant nez rouge. Il fit demi-tour d’un pas précipité, encouragé par l’électricité qui crépitait dans l’air. Majestueuse et implacable, ma mère se tourna vers moi avant de sortir de la Gran’Salle.
— Nous ferons tout pour sauver tes amis, Alice.
Après avoir échangé un regard avec elle, je hochai la tête. Une fois seule dans la Gran’Salle, je me penchai sur le corps de Mars, agrippai la main froide d’Achalmy.
— Je suis désolée.
Aucun des deux ne réagit. Je réprimai les sanglots qui hurlaient dans ma poitrine et appelai deux brises chaudes pour qu’elles réchauffassent leurs corps. Mais y’avait-il encore une vie à ranimer ?

Engoncée dans l’un des fauteuils capitonnés du salon privé de ma mère, j’observai le feu mourir. La tasse de thé entre mes mains était froide depuis longtemps. Il devait être le milieu de la nuit, plus un bruit n’agitait le château assoupi.
Je ne sentais plus le chaud ni le froid. Un engourdissement résigné m’habitait de la tête aux pieds. L’impuissance m’avait foudroyée lorsque les aides du savant étaient venues récupérer les corps de mes deux amis. Ma mère s’était efforcée de me rassurer, de me promettre que la couronne ferait tout pour les sauver. Al respirait encore quand ils l’avaient emmené, mais peut-être avait-il cessé depuis. Quant à Mars…
Je geignis entre mes dents serrées, crispai les doigts autour de la tasse. Elle finit par s’échapper de ma grippe, renversa son contenu sur le plancher avant de rebondir sur le tapis sudiste. Je n’avais pas la force de la ramasser.
Quelques pas feutrés chuchotèrent dans mon dos. Je me raidis, dans l’attente des mots qui me briseraient le cœur. Pourtant, je ne sentis que la caresse des doigts tièdes de ma mère sur ma nuque.
— Ma petite étincelle, murmura-t-elle en se penchant vers moi.
Elle m’embrassa la tempe, mais je ne pouvais pas quitter le feu mourant des yeux. Sans un mot, ma mère se pencha pour ramasser la tasse et la déposer sur la table basse. Dans le coin de mon champ de vision, je pus voir qu’elle n’avait pas encore enfilé une tenue de nuit. La couronne avait disparu de sa tête.
— Tu devrais aller dormir, Alice. Ton amie Soraya a veillé toute la soirée auprès de Viktor, mais elle a fini par tomber de sommeil à son chevet. Tu pourras lui expliquer ce qui s’est passé demain.
— Nous sommes déjà demain, lui fis-je remarquer d’une voix rauque.
Ma mère ne réfuta pas. Il s’écoula plusieurs secondes avant qu’elle ne finît par soupirer et traverser la pièce. Toujours focalisée sur l’âtre, je l’entendis à peine revenir vers moi. Elle déposa un châle sur mes épaules puis me caressa les cheveux.
— Dors ici si tu le souhaites. Tu seras informée en priorité de la moindre évolution concernant tes compagnons.
Je quittai enfin des yeux les braises pour la saluer d’un mouvement du menton. Son visage plongé dans la pénombre me serra le cœur. En une soirée, je l’avais fait vieillir de quelques années.
— Bonne nuit, maman.
Quand elle fut sortie de la pièce, je m’enfonçai plus profondément sous la couverture que j’avais récupérée des heures plus tôt. Je n’espérais guère dormir avant le lever du soleil. Lilice :cry:
Bon bah c'est joyeux tout ça. Arf.
En même temps, j'étais prévenue, mais je t'avoue que je le sens mal pour Mars… même si je sais qu'on n'est pas à l'abri d'une feinte où tu nous descends Al à la fin (ou en tout cas c'est ce que j'aurais éventuellement anticipé de faire :mrgreen: ).
J'avais grignoté les chapitres précédents dans le métro, entre deux cours, et franchement, c'était super ! Je sais qu'Oneiris te prend du temps, mais crois-moi, ça en vaut la peine, je suis super fan de ce que tu nous produis. Alors prends ton temps, il n'y a pas d'urgence. En plus, j'ai cru comprendre que tu avais pu plutôt bien avancer avec le Nano, donc c'est cool :)

Bon courage dans la suite !
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