Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 14)

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lacrystal

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 6)

Message par lacrystal »

Hello !
Mon petit cœur fond devant Lyn et Dean <3
Chloé, dis moi qu'elle va se souvenir de lui ou retomber amoureuse ??? *-* Parce que sinon je vais pas être contente xDD
Sinon, j'ai adoré la description de la maison de Dean et des environs. On imagine parfaitement les lieux et ça a tout simplement l'air magique *-*
ça va être dur dur dur d'attendre la semaine prochaine :lol:
Encore un super chapitre *-*
melaivy

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 6)

Message par melaivy »

Oh la la, que d'émotions dans ce chapitre^^ Alors Lyn et Dean étaient plus que des amis. C'est bien triste ce que les chasseurs leur ont fait. J'espère qu'ils le paieront très cher.
Le rythme est bon Chloé, continue comme ça.
Vivement la semaine prochaine.
JaneSerpentard

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 6)

Message par JaneSerpentard »

Alors... j’avais pris un retard considérable !! Mais ça y est, j’ai tout rattraper. Le chapitre 4 est génial, le chapitre 5 l’est encontre plus et ce chapitre 6... c’est une bombe !!!! Je suis extrêmement fan de ton histoire, les personnages, leurs relations, tout. C’est magnifique, j’adore. Je n’ai pas vraiment de mots pour dire ce que je ressens... mais tu peux être certaine que si tu tentes un jour de publier ton livre, il le sera, et je l’achèterai direct ;) Il est tellement bien qu’il fera parti (comme aujourd’hui) de mes livres préférés ! Vivement le chapitre 7 !!!
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 6)

Message par Chloe38200 »

Pendergast a écrit : ven. 23 avr., 2021 11:14 am Bonjour, j'aime les vendredis, car cela signifie un nouveau chapitre !! Je prends de plus en plus de plaisir à lire cette histoire, les personnages prennent de plus en plus d'épaisseur, le voile commence à se lever sur le passé, en un mot, plus on découvre le monde d'avant, plus on a envie de savoir et comprendre. Excellent, plus qu'à attendre vendredi prochain ! :mrgreen: Bonne journée
Hello ! :D
Merci beaucoup ça me fait vraiment plaisir ! Je suis contente que ça te plaise !
Bonne journée à toi aussi !
lacrystal a écrit : ven. 23 avr., 2021 11:36 am Hello !
Mon petit cœur fond devant Lyn et Dean <3
Chloé, dis moi qu'elle va se souvenir de lui ou retomber amoureuse ??? *-* Parce que sinon je vais pas être contente xDD
Sinon, j'ai adoré la description de la maison de Dean et des environs. On imagine parfaitement les lieux et ça a tout simplement l'air magique *-*
ça va être dur dur dur d'attendre la semaine prochaine :lol:
Encore un super chapitre *-*
Haaaaaaanw ! <3 Je suis contente !
Ah ben ça je peux rien dire. 8-) Je fais durer le suspens.
xDDDD Je m'en doute ! 8-) Mais on sait pas, on sait pas...
Merci ! *-* Je voulais vraiment que cet endroit soit bien décrit alors je suis contente !
Encore merci ! <3
melaivy a écrit : ven. 23 avr., 2021 11:43 am Oh la la, que d'émotions dans ce chapitre^^ Alors Lyn et Dean étaient plus que des amis. C'est bien triste ce que les chasseurs leur ont fait. J'espère qu'ils le paieront très cher.
Le rythme est bon Chloé, continue comme ça.
Vivement la semaine prochaine.
Oui ! :D
J'avoue c'est horrible ce qu'ils ont fait... Oui je vais faire comme si c'était pas moi qui avais écris le livre... :lol: L'auteure est méchante, j'y crois pas.
Merci beaucoup ! :D
JaneSerpentard a écrit : ven. 23 avr., 2021 11:55 am Alors... j’avais pris un retard considérable !! Mais ça y est, j’ai tout rattraper. Le chapitre 4 est génial, le chapitre 5 l’est encontre plus et ce chapitre 6... c’est une bombe !!!! Je suis extrêmement fan de ton histoire, les personnages, leurs relations, tout. C’est magnifique, j’adore. Je n’ai pas vraiment de mots pour dire ce que je ressens... mais tu peux être certaine que si tu tentes un jour de publier ton livre, il le sera, et je l’achèterai direct ;) Il est tellement bien qu’il fera parti (comme aujourd’hui) de mes livres préférés ! Vivement le chapitre 7 !!!
Merci beaucoup ! :D Je suis ravie que ça t'ait plu !
Ton commentaire m'a beaucoup touchée, vraiment. :( Vraiment, merci. <3 J'espère que tu aimeras toujours autant par la suite !
paulette42

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 6)

Message par paulette42 »

j'ai enfin pu lire le tome 4 j'aime beaucoup
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 6)

Message par Chloe38200 »

paulette42 a écrit : ven. 30 avr., 2021 9:50 am j'ai enfin pu lire le tome 4 j'aime beaucoup
Merci ! :D
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par Chloe38200 »

Bonjour ! :D Voici le chapitre 7 !
J'espère qu'il vous plaira ! :)

Chapitre 7

J’avais froid et horriblement chaud à la fois. Je tremblais au point que mes dents claquaient, offrant un concert dont nous nous serions bien passés, Dean et moi. Il m’avait recouvert de l’immense plaid et j’avais l’impression que la moindre parcelle de ma peau se retrouvant en dehors serait glacée. Alors que de la lave semblait courir dans mes veines.

Je ne pouvais pas dormir. Ou très peu. Et dès que je fermais les yeux, je revoyais les visages des gardes, au domaine des chasseurs. Je les imaginais se relever après être tombé au sol à cause du produit contenu dans les seringues, et foncer vers moi, les yeux ruisselant de sang. J’entendais des hurlements résonner dans mon crâne. Parfois ceux de personnes que je ne pouvais même pas voir, dans ces brefs cauchemars, d’autres fois, ceux provenant de ma propre gorge.

Je me réveillai en sursaut à plusieurs reprises. Et à chaque fois, Dean était là pour me rassurer. Il était attentif au moindre changement dans mes tremblements, ma fièvre ou mon sommeil. Je ne savais pas comment j’aurais traversé ça toute seule.
Je finis par m’interdire de fermer les yeux. Malgré moi, j’en vins à souhaiter de toutes mes forces qu’on me donne encore un peu de ces foutus médicaments. Tout, même ça, valait mieux que de continuer à ressentir et à voir ces choses.

Cessant de lutter pour trouver le repos, j’ouvris les paupières de moitié, ma migraine m’empêchant de le faire complètement. J’étais allongée en travers du canapé rond, face à la cheminée. Pendant un instant, les mouvements des flammes m’hypnotisèrent. Je fus fascinée par leur silhouette et leur manière de bouger. Je voulus incliner légèrement mon visage pour mieux voir, et je me rendis compte qu’elle était posée sur quelque chose d’autre que le matelas.

Ou plutôt sur quelqu’un.

Dean avait allongé ses jambes et avait mis un oreiller dessus afin que je puisse y poser ma tête. Je sentais également sa main dans la mienne. Son pouce formait des cercles à l’intérieur de ma paume. J’étais trop souffrante pour être vraiment déstabilisée mais je me demandais tout de même comment j’en étais arrivée à être dans cette position.
La réponse me vint presque immédiatement, dans un flash : entre deux somnolences, alors que je devais tout juste sortir d’un cauchemar, j’avais réclamé sa présence. Non, j’avais supplié qu’il ne me lâche pas. Si la fièvre ne s’en occupait pas déjà, j’aurais rougi. Je ne me souvenais plus du songe qui m’avait mené à formuler cette requête, mais il était inutile de chercher trop loin : alors que je cherchais seulement à me le remémorer, mon instinct me hurlait de rester dans l’ignorance. J’avais déjà le cerveau plein d’images horribles, si je pouvais en oublier quelques-unes, c’était une bonne chose.

Je me forçai à me tourner légèrement pour être sur le dos et non plus sur le côté. Dean avait entassé plusieurs coussins pour se faire un dossier et semblait endormi. Des cernes soulignaient ses yeux. Je retins ma respiration. À travers la brume de la douleur, je remarquai à quel point il avait l’air vulnérable, ainsi, et cette vision me fendit le cœur. Cela le rendait encore plus beau, à mes yeux.
Mais s’il dormait, pourquoi son pouce continuait de décrire des cercles sur ma peau ?

J’en eus la réponse instantanément. Il devait tout de même être sur ses gardes et m’avait senti bouger, car ses paupières se soulevèrent. Son regard tomba dans le mien. J’esquissai un pauvre sourire, tandis que j’étais prise d’une sueur froide que je tentais d’ignorer.

— T-tu… dor-dormirais… mieux dans… ton… l-lit… non… ? bégayai-je, mes dents claquant.

Il secoua doucement la tête et je sentis une de ses mains dans mes cheveux. Il les caressa lentement, ce qui me provoqua un frisson agréable. Ce geste était le bienvenu pour contrer, au moins un peu, le reste.

— Je reste ici, chuchota-t-il.
Je voulus serrer un peu plus le plaid autour de moi, puis je me fis la réflexion qu’il faisait froid et je lui en tendis un morceau.
— Tiens…
— Ça va, refusa-t-il en reposant mon bras délicatement et en arrangeant la couverture autour de moi, je n’ai pas froid.
— Pour-pourtant…
— C’est toi qui es gelée…

Son autre main lâcha la mienne pour la poser sur mon front. J’eus un peu plus froid au niveau de la paume qu’il venait de lâcher. Son contact me manquait déjà. Il eut une grimace reflétant son inquiétude. Je ne savais pas si c’était parce que la fièvre ne s’était pas améliorée ou si c’était parce qu’elle avait empiré.

Je ne savais pas comment je pouvais avoir aussi froid tout en me sentant brûlante. Peut-être qu’une part de mon âme vivait au pôle Nord et l’autre dans un désert ?
Et je commençais à penser n’importe quoi. J’étais incapable d’empêcher mes idées de partir dans tous les sens, incontrôlables.

— Tu restes… pour entendre… le concert de mes… dents ? lançai-je en essayant de détendre l’atmosphère.

J’avais dit ça pour rire, et pourtant, je me surpris à vraiment être curieuse de connaître la réponse.
Je parvins à le faire sourire légèrement.

— Je n’aurais raté ça pour rien au monde, railla-t-il.
— Je le… savais. Si un jour elles deviennent… célèbres… pitié ne les laisse pas… dépenser tout l’argent dans… de l’or et des paillettes. Je ne veux pas avoir… un sourire de feu d’artifice…

Putain mais ça ne veut rien dire ! Si ?
Un petit rire secoua les épaules de Dean. Puis il prit un air solennel.

— Je te promets de ne jamais laisser ça arriver.
— Cool… Je sais que tu es un homme… de confiance.
— Toujours.
— Est-ce que… tu peux… me parler de moi… ? Comment j’étais… avant… ? Qu’est-ce que… j’aimais faire ?

Je n’étais pas sûre d’être prête à entendre tout ça, mais cela me permettrait de me concentrer sur autre chose. De plus, je ne m’en souviendrais peut-être même pas lorsque j’irais mieux.

Si je vais mieux un jour ! Il faudrait que la lave ne m’ait pas consumée.

Il y eut un petit silence, puis il se redressa, se mettant dans une position plus confortable contre les oreillers pour me parler sérieusement.

— Eh bien… Tu adorais les pâtisseries. Et tu passais ton temps libre à confectionner des desserts. Tu étais très douée.

Cela ne m’étonnait même pas. Je repensai au magazine sur lequel j’avais louché, au motel, présentant des profiteroles. J’aurais pu en baver, à ce moment-là.

— Tu venais d’arrêter tes études de commerce et tu voulais prendre la vie comme elle viendrait.
Sûrement parce que tant que Dean serait à mes côtés, je n’avais rien à craindre. J’avais eu tort.
— Tu étais douce, même si tu pouvais mordre, parfois. (Un souvenir dut l’amuser, car il eut un sourire en coin.) Tu ne te laissais pas faire et en même temps, l’idée de faire de la peine ou du mal à qui que ce soit te répugnait. Tu étais drôle, aimante, généreuse. Tu adorais taquiner tes proches et tu aurais déplacé des montagnes pour eux.

Je serrai les lèvres en entendant cette description. D’après la lueur dans ses yeux, cette femme devait l’avoir comblé. Un morceau de mon cœur s’arracha.

— Oh et tu avais un esprit assez compétitif, s’amusa-t-il.
J’eus un sourire triste.
— Elle avait l’air… super, commentai-je.
Il leva un sourcil.
— « Elle » ? (Il mit un doigt sous mon menton et me regarda droit dans les yeux.) Toi.
Je fermai les paupières, refusant de supporter ses iris dorés plus longtemps.
— Mais je ne… suis plus elle
Je sentis ses longs doigts caresser ma joue.
— Si. Je le sais, affirma-t-il.
Je secouai la tête, ce qui me déclencha une impression de vertige, même les yeux fermés.
— Lyn, regarde-moi.
Je résistai.
— Lyn…

Je finis par ouvrir un œil, timidement. La certitude que je lisais dans son regard fit naître une boule dans ma gorge.

— Que tu aies tes souvenirs d’avant ou non, tu es toujours cette personne. J’ai pu en être témoin ces derniers jours. Je n’ai pas tout vu, mais tu n’as pas non plus eu l’occasion d’être pleinement toi-même, après notre fuite. Ça viendra.
Je n’en étais pas aussi sûre.
— Et si ce… n’est pas le cas ? Regarde-moi… Je ne suis plus qu’une… petite chose fragile complètement… inutile…

Je ne savais pas si c’était la fièvre qui me faisait parler, ou si j’en étais convaincue et que ça devait sortir à un moment ou un autre.
Il se pencha en avant pour poser son front contre le mien.

— Tu n’es pas inutile. Et tu as de très bonnes raisons d’être fragile en ce moment. Et quand bien même tu le resterais, eh bien je n’en ai rien à faire. Je serai là quand même. Toujours.

Sa réponse réchauffa mon cœur malmené par mes précédentes réflexions.
Je hochai la tête lentement, puis le silence nous enveloppa de nouveau. Bercée par ses caresses dans mes cheveux et à nouveau de son pouce sur ma paume, je m’autorisai à m’endormir encore une fois.

~


Je passai le reste de la semaine dans une sorte de brouillard enfiévré. Certains jours étaient pires que d’autres et Dean m’avait vu dans mes pires états. Heureusement, je n’avais pas eu la force d’en être gênée et j’étais la plupart du temps inconsciente. Mais arriva un moment où je pus être plus éveillée qu’endormie, et petit à petit, mon état de manque et mes tremblements s’atténuaient.
Cela faisait désormais deux jours que je pouvais à nouveau me lever normalement sans avoir peur de chuter à tout moment. Je parvenais même à manger un peu, malgré les nausées que cela me provoquait encore.

Après avoir fait un petit tour dans ma salle de bain afin de ne pas avoir trop l’air d’un zombie, je descendis, guidée par l’odeur du bacon en train de griller. Mon estomac se mit à gronder et je trouvai Dean aux fourneaux. Il se retourna et je lui fis un petit signe de la main. Il avait passé ses nuits à veiller sur moi, alors je l’avais déjà vu à mon réveil en sortant du canapé, mais tant pis.
Je grimpai sur une chaise et croisai mes bras sur la table de la cuisine, avant d’y poser mon menton. J’allais bien mieux que les jours précédents, mais rien que le trajet salon-salle-de-bain-cuisine venait de me coûter de l’énergie.

— Tu as faim ?

Je hochai la tête et il poussa une assiette dans ma direction. Des œufs et du bacon. Et cette fois, j’allais essayer de manger plus. J’en avais fait la tentative, mais ça m’avait rendu encore plus malade : je n’avais pas l’habitude. Un élan de culpabilité me prit en songeant que je n’avais pas bougé le petit doigt pour l’aider. Chez les chasseurs, ils me sollicitaient souvent pour à peu près tout et n’importe quoi, et je devais obéir. Alors, en sachant qu’il m’accueillait aussi chaleureusement, je me sentais coupable d’être dans cet état et de ne rien faire.

— Je te promets de cuisiner quand ça ira mieux, déclarai-je en prenant une bouchée.

C’était délicieux.
Il s’installa en face de moi avec une assiette pleine à ras-bord. À force de voir ça, j’avais cessé d’écarquiller les yeux, mais cela m’avait bien surprise, au début. Il m’avait dit que les métamorphes devaient manger plus, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. Et dire qu’il allait falloir que je m’y mette… À cette idée, mon estomac se souleva.
Il eut un sourire en coin.

— Ne t’en fais pas, ça ne me dérange pas, me rassura-t-il.
— Mais je suis sûre que je peux être une très bonne cuisinière, m’amusai-je.
Il leva les deux mains.
— D’accord, d’accord. Alors on verra ça, répondit-il.
Satisfaite, je pris une nouvelle bouchée, me forçant à tout manger.
— Au fait…, commença-t-il.

Je vis à son expression qu’il ne savait pas comment m’annoncer ce qu’il s’apprêtait à dire.
Ho, ho.

— La pleine lune arrive, lâcha-t-il.
Je ne répondis pas, appréhendant la suite.
— Nous allons nous transformer, demain.
Je déglutis. Seigneur ! Alors le coup de la pleine lune, c’était vrai aussi ?
— Je n’ai… jamais ressenti le besoin de me transformer pendant une pleine lune…, tentai-je de nous convaincre.

Cette idée me terrifiait.
Nos regards se croisèrent et nous hochâmes la tête au même moment.

— Les médicaments, devinai-je. Ils devaient m’en donner plus dans ces moments-là.
Je regrettais vraiment de ne pas réussir à grogner. Ce qu’ils m’avaient fait me faisait enrager.
— Et… il y aura tous les membres du clan dans la forêt, alors ? m’enquis-je, inquiète de me métamorphoser devant les autres.
— Je leur ai demandé de nous laisser un coin où nous ne serons pas dérangés.
Je soupirai de soulagement. Puis je grimaçai.
— Est-ce que… ça va être douloureux ? appréhendai-je.
— Je ne sais pas, répondit-il avec franchise.

Bon. Au moins il était honnête.

— Les premières transformations sont douloureuses, mais tu avais dépassé ce stade, m’apprit-il. Je ne sais pas si ça sera comme… revenir à zéro.
— D’accord…
Nerveuse, mes doigts se mirent à serrer ma fourchette avec force, jusqu’à m’en blanchir les jointures.
— Ça va bien se passer, grommelai-je pour me convaincre.

Je me retirai dans mes pensées tout en jouant avec ma nourriture, réussissant à l’avaler de temps à autre. Je n’avais plus d’appétit. Je n’arrêtais pas de me demander comme ma métamorphose se passerait. Et surtout, cela concrétisait un peu plus… tout le reste. Après ça, plus aucun doute sur ma nature ne serait permis. J’avais confiance en Dean – et Tony avait dit aussi qu’il sentait ma nature de loup –, mais le déni pouvait être très tentant.
Je finis par me gifler mentalement pour me ressaisir. Cela ne servait à rien de paniquer maintenant.

Oui. Tu auras tout le temps de le faire cette nuit, quand t’arriveras pas à dormir.
Si seulement je pouvais faire taire ma conscience, parfois…

Malgré ma peur, je dus réprimer un sourire victorieux lorsque je parvins à vider mon assiette. J’aidai Dean à débarrasser la table malgré ses protestations, puis une série de frappements sur la porte d’entrée nous fit relever la tête.
Mon cœur se mit à battre à toute vitesse. Je savais qu’il fallait que je contrôle un peu plus ma méfiance, mais c’était en vain.
Le loup alla ouvrir et je sortis de la cuisine avec prudence, me postant au bout du couloir de l’entrée. La porte s’ouvrit et une femme entra en trombe.

— Qu’est-ce que vous faites là ? s’agaça Dean.
— Ça y est ? le héla-t-elle sans détour. Ta quarantaine est finie ?
C’était dit sur un ton cinglant, pourtant, je pouvais voir un sourire étirer ses lèvres.
— Ravie de te voir, grogna mon compagnon.
Elle lui asséna une tape sur le bras.
— Oh ça va, je plaisante ! soupira-t-elle de manière exagérée.

Elle fit quelques pas puis s’arrêta en me voyant. Elle me fixa pendant un long moment, puis me détailla des pieds à la tête. Je fis de même. J’étais subjuguée.

Elle avait une coupe asymétrique. Ses cheveux noirs étaient courts dans sa nuque, mais plus longs sur le dessus de sa tête. Elle arborait également une longue mèche partant sur le côté, sur son front. Les autres semblaient partir dans tous les sens, mais cela paraissait calculé pour produire un joli effet. Sans même les toucher, je pouvais être certaine que ses cheveux étaient doux. Parfaits. Elle avait des yeux d’un vert si vif, qui tirait sur le jaune, qu’ils parurent transpercer mon corps. Sa beauté latino-américaine était à se damner. Elle devait avoir mon âge, mais quelque chose chez elle lui donnait un air supérieur, impressionnant. Voire même menaçant. D’ailleurs, pour être honnête, je devais avouer qu’elle me faisait froid dans le dos, alors même qu’elle semblait plus petite que moi. Elle était un prédateur.

Je parvins à m’arracher à sa contemplation et reportai mon attention sur une deuxième personne qui était entrée. Un homme. Il me jaugeait aussi, mais il donnait plus l’impression d’avoir vu un fantôme. Il était blême.
Je déglutis. Encore quelqu’un que j’avais connu ?

Il devait avoir dans les cinquante ans et il avait un visage si doux que j’eus envie de lui faire confiance. Pourtant, je savais par expérience – à cause de Mike et Gina – qu’il ne fallait pas se fier aux âges plus élevés que le mien, ou aux expressions bienveillantes. Ses courts cheveux bruns étaient clairsemés par endroits, signe du temps qui passait, et ses grands yeux gris étaient très expressifs.

Ces deux paires d’yeux faisaient l’effet de rayons laser. Je ne savais plus où me mettre. Je me mis à dandiner d’un pied sur l’autre. Dean devait leur avoir bien parlé de moi et ils avaient du mal à y croire, comme avec Tony.

— Euh… Salut ? fis-je dans une tentative pour briser le silence pesant.
Cela fit réagir la femme. Elle s’avança vers moi d’un pas confiant et afficha un sourire qui se voulait rassurant sur son visage.
— Lyn, c’est bien ça ? Je m’appelle Celeste.
Elle me tendit la main et je la serrai timidement. Son contact me fit frissonner. J’avais la désagréable sensation d’être une proie.
— Enchantée, soufflai-je.
— De même. (Elle parût remarquer mon trouble et me fit un clin d’œil.) Je me métamorphose en serpent. C’est normal si ton instinct te crie que je suis dangereuse.

Ah !
C’était bon à savoir. Même si cette information me paraissait surréaliste. Notre contact se rompit et je respirai un peu mieux. Il allait falloir que je m’y habitue.

— Waouh… Quel serpent ? ne pus-je m’empêcher de demander.
— Cobra, répondit-elle.
Je sifflai d’admiration.
— Eh ben…
— Toujours mieux que zombie, non ? ricana-t-elle.

Je haussai les sourcils, cette pique m’étant destinée. J’entendis un grognement venant de l’entrée, sûrement Dean. Elle grimaça, ayant l’air de s’en vouloir pour ce qu’elle venait de dire.
Mais je me mis à rire, les surprenant.

— Tout le monde ne peut pas être aussi classe qu’un cobra, raillai-je.
Je pris une mèche de mes cheveux dans ma main et fis mine de les examiner.
— Quoique j’aurais plutôt dit que je suis à moitié paillasson, renchéris-je.
Ce fut à son tour d’être amusée.
— Faut me pardonner, reprit-elle, j’ai un humour bizarre et qui ne plaît pas à tout le monde.
— Oh. Mais tu t’en fiche de leur avis, non ? rétorquai-je.
Elle approuva d’un signe de tête.
— Je t’aime bien, conclut-elle en entrant dans le salon.

J’eus un petit sourire. Bon. On pouvait dire que j’avais fait une bonne première impression, non ?
Ce n’était pas aussi sûr avec l’autre homme, qui était toujours figé…
Dean se racla la gorge.

— Lyn, je te présente Griffin.

J’ouvris de grands yeux ronds. Le Griffin ?
Un grand sourire étira mes lèvres et je m’approchai, tendant la main.

— Ravie de faire votre connaissance ! m’enthousiasmai-je. Dean m’a parlé de vous.

Il ne bougea pas pendant encore quelques secondes, puis répondit à ma poignée de main, mollement. Il était sous le choc.
Embraye, Lyn. Trouve quelque chose à dire.

Il dégageait une odeur mêlée à d’autres fragrances, qui ressemblait à l’une de celles de Dean. Mon odorat paraissait s’être un peu plus développé ces derniers jours, et rester aussi proche du métamorphe jour et nuit m’avait fait mémoriser son parfum.

— Vous êtes un loup ? m’enquis-je.

En réalité je connaissais déjà la réponse, rien que parce que Dean m’avait déjà parlé de lui.
Il fronça les sourcils.

— C’est bien ça…, confirma Griffin.
Au moins, ça créerait de la conversation, afin d’apaiser les tensions.
— Tu t’en souviens ? me demanda-t-il.
Mon sourire s’effaça et je me sentis mal à l’aise.
— Hum… Non, avouai-je. Alors comme ça… on se connaissait ?

Il hocha la tête. Eh merde.
Je serrai les lèvres et sentis que mes mains commençaient à devenir moites.

— Et… avec Celeste aussi ?
— Non, me répondit l’intéressée, derrière moi. Mais il n’est jamais trop tard, comme on dit.

~


Nous étions assis autour de la table de la salle à manger. Dean était à côté de moi, et en face de nous, les invités gardaient la tête baissée. Personne ne savait vraiment quoi dire. Je savais qu’ils mouraient d’envie de nous questionner à propos des chasseurs ou même sur mon amnésie, mais qu’ils n’osaient pas. Celeste avait parût sur le point de dire quelque chose plusieurs fois, mais s’était finalement retenue, prenant à la place des gorgées de café dans la tasse disposée devant elle.

Je n’arrivais pas à faire abstraction des regards lancés par Griffin, même si, lorsque je tournais la tête vers lui, il reportait son attention sur le mur en face de lui.

L’ambiance était pesante, et cela ne s’arrangeait pas, même lorsque Dean demandait des nouvelles du clan, sur ce qui s’était passé en son absence. Cela ne donnait pas suffisamment le change.
Je pris une grande inspiration et finis par lancer :

— Allez-y. Ne vous retenez pas de dire ce que vous avez à dire.
Le cobra poussa un long soupir de soulagement et ses épaules se détendirent.
— Super ! s’exclama-t-elle.
Sans attendre, elle se tourna vers Dean et le fusilla du regard.
— Qu’est-ce qui t’a pris de te barrer comme ça ? lui reprocha-t-elle.
Je me mordis la lèvre. La prochaine fois, je la fermerais. Je pensais qu’elle s’adresserait à moi, pas qu’elle s’en prendrait à lui.
— Tu le sais déjà, répliqua-t-il en soutenant fermement son regard, la mâchoire serrée. Griffin m’a déjà passé un savon, ça ira merci.
— Je voulais que tu me le redises en face, grogna-t-elle.
— Qu’est-ce que ça changera ?
— Ça suffit, intervint Griffin.

Mais ça n’eut aucun effet. D’ailleurs, il ne semblait pas croire lui-même que ça les calmerait. Tout Bêta qu’il puisse être, j’avais l’impression qu’il serait vain d’essayer de se mêler à leur dispute. Ça devait arriver souvent.

Elle se leva et frappa la table du plat de ses deux mains, l’air énervé. Son aura de dangerosité augmentait, ainsi. Mais le loup ne se laissa pas intimider. Il ne semblait pas du tout la craindre. Je ne savais pas si cette histoire d’Alpha ne concernait que les loups, mais dans tous les cas, il était le chef du clan. Mais je doutais que Celeste ait vraiment peur de lui non plus.

— Ça changera que tu pourras me dire dans les yeux que tu as fait une connerie ! Tu étais seul !
— Ce n’était pas une connerie puisque je l’ai retrouvée !
— Tu t’es fait enlever !
Je me sentais de trop. Griffin me coula un regard compatissant.
— Tu penses vraiment que je l’avais prévu ? rétorqua Dean.
Le visage du reptile se referma.
— L’un de nous aurait pu t’accompagner, continua-t-elle d’argumenter. Nous sommes là pour t’épauler, au cas-où tu l’aurais oublié.
— Si l’un d’entre vous était venu, tout aurait été différent, argua-t-il. Et ça ne se serait pas terminé de la même manière.
Il riva son regard dans le mien un instant, avant de se tourner à nouveau vers elle.
— Je ne regrette rien.

Celeste me regarda quelques secondes et je me mis à prier pour que le sol s’ouvre subitement sous mes pieds afin de me faire disparaître. Elle finit par capituler et se rassit. La tempête passée, je pus souffler. Elle termina sa tasse de café d’une traite.

— Ok, reprit-elle par la suite, d’un ton plus calme. Excuse-moi. Il est clair que ça a permis ton retour, Lyn, et c’est génial. Mais, Dean, tu nous as fait peur.
Il se passa une main sur le visage puis hocha la tête.
— J’en ai conscience. Je suis navré de vous avoir inquiété, s’excusa-t-il à son tour.
Pfiou ! La tension retomba petit à petit, était moins palpable.
— Tu ne te souviens vraiment de rien ? m’interpella soudainement le serpent.
Je haussai une épaule et me retins d’avoir un air fautif.
— Rien, admis-je. J’ai quelques… vagues impressions qui me reviennent, mais c’est tout.
— D’après ce que j’ai compris, Dean te semblait familier ? poursuivit-elle.

Bon. En même temps je leur avais dit qu’ils pouvaient parler librement. Et au moins, nous ne tournerions pas autour du pot.

— Tu n’es pas obligée de répondre à tout ça, fit l’intéressé avec douceur.
— Non, ça va, le rassurai-je. Et oui, en effet, il me semblait familier.
— Et Griffin ? questionna-t-elle.
Le Bêta eut un air désapprobateur en la regardant.
— Quoi ? Au moins on met les choses au clair, se défendit Celeste.

Il secoua la tête puis darda ses yeux gris sur moi, attendant une réponse. Je me mis à le fixer, concentrée. Il était vrai que j’avais la sensation que je pouvais lui faire confiance, mais j’ignorais si c’était grâce à de vieux souvenirs ou grâce à ce qu’avait dit Dean sur lui.

— Eh bien… Je sens que vous êtes bienveillant, Griffin, mais je ne sais pas si c’est une sensation de familiarité ou non, répondis-je avec honnêteté.
Il esquissa un sourire qui se voulait rassurant.
— Ne t’en fais pas.
— Mais vous…
— Tu peux me tutoyer.
De plus en plus sympathique !
— Mais tu pourrais peut-être me parler de comment nous nous sommes connus ? proposai-je. Si tu le veux bien.
Son regard s’éclaira et il se redressa. Il semblait ravi à cette idée, ce qui fit naître un sourire sur mon visage.
— À vrai dire je te connais depuis que tu es enfant, m’informa-t-il.
Ma mâchoire aurait pu se décrocher. Je ne m’attendais pas à ça.
— J’étais un ami proche de… (Il se stoppa, hésitant à poursuivre. Mais c’était inévitable.) De tes parents.

Un éclair chargé de peine traversa ses yeux.
Je déglutis mais me forçai à me ressaisir immédiatement. Je tentai de garder un air assuré.

— D’accord. Ok. Je vois.
T’en fais trop, Lyn.
— C’est… super, continuai-je avec un sourire forcé.
Je finis néanmoins par me calmer et cette fois, je n’eus pas besoin de faire semblant. Cela m’avait juste pris par surprise.
— Merci pour ta réponse, le remerciai-je.
— N’hésite pas, si tu as la moindre question, ma grande, m’offrit Griffin.

J’opinai.
Sous la table, Dean mit sa main sur mon bras, en signe de soutien. Je lui en fus reconnaissante.

~


C’était la première fois que j’allais dormir dans ma chambre. Du moins… dormir. Comme je l’avais prédit, je ne parvenais pas à trouver le sommeil malgré ma fatigue. Tout mon être était tendu. Était-ce la venue prochaine de la pleine lune qui me mettait dans cet état ? Mon loup était-il suffisamment réveillé, pour ça, avant le moment fatidique ? Ou bien était-ce aussi à cause de ces derniers jours ?

Il fallait dire que depuis notre fugue, je n’avais pas eu l’occasion de me libérer de tout ce que je pouvais ressentir. Je n’avais pas eu l’opportunité de craquer. Le sevrage m’avait empêché de juste me laisser aller et j’étais toujours avec Dean.

Désormais, j’étais seule. Allongée dans mon lit, les yeux rivés sur le ciel étoilé que je discernais par la lucarne, j’avais conscience de la présence du loup dans la chambre d’à côté. Ce fut pour cette raison que, lorsque les larmes se mirent à couler sur mes joues, je mis ma main devant ma bouche pour prévenir les bruits des sanglots, qui ne tardèrent pas à secouer mes épaules.

Avec ces larmes, c’étaient tous ces jours passés en captivité et ces sévices, qui partaient. Chaque sanglot était pour un blessé que j’avais fait. Chaque tremblement était dédié à Dean, que j’avais retrouvé. Chacun de mes cris étouffés étaient pour toutes ces émotions que je ressentais, pour le loup, pour ceux que j’étais censé connaître mais dont je n’avais plus le souvenir.

Tout se mélangeait, dans mon esprit. Mais plus j’évacuais, plus mes pensées se faisaient dégagées. Je restai là, à pleurer, jusqu’à ce que je n’aie plus de larmes en stock. J’avais fini par fermer les yeux, mais quand mes sanglots prirent fin, je rouvris les paupières, plus apaisée.

J’observai les étoiles jusqu’à ce que le jour commence à se lever. Ce ne fut qu’à ce moment-là que je parvins à trouver le sommeil.

~


J’avais passé la journée à me promener dehors, en restant à proximité de la maison. Je n’arrivais pas à rester assise quelque part trop longtemps, j’avais besoin de marcher, en prenant l’air. Dean avait confirmé mes soupçons : la pleine lune n’était pas étrangère à mon comportement. Je ne ressentais même pas la fatigue, j’étais trop excitée. Et peut-être qu’après ma transformation, une page serait tournée et que je ne sentirais plus les effets du sevrage ?
Je croisais les doigts pour ce que ce soit le cas.

Et le moment était venu. Le soleil était en train de se coucher. Si j’avais trouvé un semblant de confiance durant la journée, celle-ci venait de retomber comme un soufflé, maintenant que ça arrivait vraiment.
Je suivis Dean dans le jardin de derrière, qui menait à la lisière de la forêt. Nous commençâmes à nous enfoncer entre les arbres et je sus que sans lui, je me perdrais.

Je trébuchais et me prenais les pieds dans des racines, ce qui me faisais bien râler, intérieurement. Mais pour justifier ma maladresse, il fallait dire que je ne voyais pas grand-chose avec toutes les ombres de ces arbres et les maigres rais de lumière qui passaient à travers leurs feuillages.

Au bout d’un moment, le loup s’arrêta et je fis de même. Il se tourna vers moi et mis ses mains sur mes épaules. Ma gorge se noua quand je croisai son regard. Ça allait commencer, je le sentais. La peur de souffrir me serra l’estomac.

— N’oublie pas : je serai avec toi du début à la fin. Tout va bien se passer, voulut-il me rassurer.

Alors que je n’étais pas convaincue que tout se déroulerait à merveille, je lui faisais confiance pour le reste. Je hochai la tête.
Il leva la tête vers le ciel et je l’imitai. La nuit tombait.

Je pris une grande inspiration en sentant une drôle de sensation me parcourir, tandis que les premiers rayons de la lune nous éclairaient.

---


Chapitre 6
Chapitre 8
Dernière modification par Chloe38200 le ven. 07 mai, 2021 10:36 am, modifié 1 fois.
lacrystal

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par lacrystal »

Hello !
Me voici avec mon avis sur ce chapitre ;)
Alors déjà Lyn ça me brise le cœur de la voir dans cet état de manque :( ça doit être tellement difficile pour elle ... heureusement qu'il y a Dean <3
Par contre j'adore qu'elle garde cet humour en toute circonstances, elle m'a bien fait rire avec le concert de ses dents :lol: :lol:
Je sens que Céleste va me faire bien rire avec sa façon franche de dire les choses et son humour décalé ! Et Griffin je sens je vais l'adorer aussi, c'est tellement truste que Lyn ne se souvienne pas de lui :(
Et enfin COMMENT TU PEUX ARRETER LE CHAPITRE COMME ÇA :o :o
Je veux bien Lyn se transformer *-*
Ça va être une torture d'attendre la semaine prochaine !
En conclusion, j'ai adoré ce chapitre *-*
JaneSerpentard

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par JaneSerpentard »

Alors là !!!!!! J’ADORE DEAN :lol: bah sérieux, il est génial ! Ça y est, c’est adopté : Dean = mon perso préféré :roll: :D Mais j’adore Lyn aussi bien sur. Ça doit être dur pour elle d’apprendre sa vie d’avant. Mais ça doit être super dur pour Dean aussi.
En tout cas, ce chapitre est super, je l’ai lu direct après que tu l’ai posté mais j’avais du y aller donc mon commentaire vient après malheureusement ;)
J’ai suuuuper hâte d’être la semaine prochaine pour le prochain chapitre (le truc, c’est que je pense pas pouvoir le lire aussi vite avec la reprise en presentiel et tout :?)
Continue comme ça en tout cas, c’est génial !!!!!!!!!
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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par melaivy »

lacrystal a écrit : ven. 30 avr., 2021 11:37 am Hello !
Me voici avec mon avis sur ce chapitre ;)
Alors déjà Lyn ça me brise le cœur de la voir dans cet état de manque :( ça doit être tellement difficile pour elle ... heureusement qu'il y a Dean <3
Par contre j'adore qu'elle garde cet humour en toute circonstances, elle m'a bien fait rire avec le concert de ses dents :lol: :lol:
Je sens que Céleste va me faire bien rire avec sa façon franche de dire les choses et son humour décalé ! Et Griffin je sens je vais l'adorer aussi, c'est tellement truste que Lyn ne se souvienne pas de lui :(
Et enfin COMMENT TU PEUX ARRETER LE CHAPITRE COMME ÇA :o :o
Je veux bien Lyn se transformer *-*
Ça va être une torture d'attendre la semaine prochaine !
En conclusion, j'ai adoré ce chapitre *-*
je n'aurais pas mieux dit.
Yumeko

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par Yumeko »

Je suis contente d'avoir lu ce dernier chapitre dont l'histoire se révèle de plus en plus intéressante au fur et à mesure et qui me plait de plus en plus. J'aime tes personnages et j'ai hâte d'en découvrir plus sur eux. :)
MGT_

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par MGT_ »

Hello ! Je viens tout juste de découvrir ton histoire et j'ai accroché !
Les personnages sont attachants et on a envie de connaitre la suite. Peut-être que les faits se passent un peu trop vite sur certains points pour moi, notamment cette journée du dernier chapitre où tu aurais pu décrire un peu plus précisément le lieu où Lyn se trouve. Mais peut-être a-tu prévu cela par la suite.

Peux-tu me prévenir quand la suite sera postée s'il te plaît ? Merci d'avance et continue sur cette lancée !
Pendergast

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par Pendergast »

Bonsoir, je rejoins les autres sur leurs commentaires, excellent et qu'est-ce que c'est cette fin brutale au moment où il ne faut pas ! :mrgreen: Va falloir patienter...Bonne soirée
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 7)

Message par Chloe38200 »

lacrystal a écrit : ven. 30 avr., 2021 11:37 am Hello !
Me voici avec mon avis sur ce chapitre ;)
Alors déjà Lyn ça me brise le cœur de la voir dans cet état de manque :( ça doit être tellement difficile pour elle ... heureusement qu'il y a Dean <3
Par contre j'adore qu'elle garde cet humour en toute circonstances, elle m'a bien fait rire avec le concert de ses dents :lol: :lol:
Je sens que Céleste va me faire bien rire avec sa façon franche de dire les choses et son humour décalé ! Et Griffin je sens je vais l'adorer aussi, c'est tellement truste que Lyn ne se souvienne pas de lui :(
Et enfin COMMENT TU PEUX ARRETER LE CHAPITRE COMME ÇA :o :o
Je veux bien Lyn se transformer *-*
Ça va être une torture d'attendre la semaine prochaine !
En conclusion, j'ai adoré ce chapitre *-*
Ah mais Dean... <3 Toujours là, lui !
:lol: :lol: Ah je suis contente que ça t'ait fait rire ! Quand je l'ai relu je me suis demandée si je laissais ce passage, puis je me suis dis "Oh allez, au pire ça me fait rire moi", donc je suis contente !
Alors je pense que Celeste te plaira beaucoup, du coup ! :mrgreen: Parce que c'est pas fini !
Oui pauvre Griffin... Tu verras, tu vas apprendre pleins de choses. 8-)
SI JE LE PEUX ! :twisted: JE LE FAIS SOUVENT !
Merci beaucoup ! *-*
JaneSerpentard a écrit : ven. 30 avr., 2021 11:43 am Alors là !!!!!! J’ADORE DEAN :lol: bah sérieux, il est génial ! Ça y est, c’est adopté : Dean = mon perso préféré :roll: :D Mais j’adore Lyn aussi bien sur. Ça doit être dur pour elle d’apprendre sa vie d’avant. Mais ça doit être super dur pour Dean aussi.
En tout cas, ce chapitre est super, je l’ai lu direct après que tu l’ai posté mais j’avais du y aller donc mon commentaire vient après malheureusement ;)
J’ai suuuuper hâte d’être la semaine prochaine pour le prochain chapitre (le truc, c’est que je pense pas pouvoir le lire aussi vite avec la reprise en presentiel et tout :?)
Continue comme ça en tout cas, c’est génial !!!!!!!!!
Dean te remercie ! 8-) Et sinon moi aussi je te dis merci ! :oops:
:lol: Ah ben écoute tu peux l'adopter et en faire un loup de compagnie ! Pourquoi pas, après tout ?
Oui, c'est dur pour les deux, mais pas de la même manière ! :D C'est compliqué, je suis méchante avec eux. :mrgreen:
Ne t'en fais pas, prends ton temps pour lire ! Et bonne reprise alors ! Courage ! :D
Merci beaucoup !! :D
melaivy a écrit : ven. 30 avr., 2021 5:57 pm je n'aurais pas mieux dit.
Merci ! :D
Yumeko a écrit : sam. 01 mai, 2021 2:56 pm Je suis contente d'avoir lu ce dernier chapitre dont l'histoire se révèle de plus en plus intéressante au fur et à mesure et qui me plait de plus en plus. J'aime tes personnages et j'ai hâte d'en découvrir plus sur eux. :)
Merci beaucoup ! :) Je suis vraiment contente que ça te plaise !
Tu en découvriras plus, rassure-toi. 8-)
MGT_ a écrit : sam. 01 mai, 2021 4:48 pm Hello ! Je viens tout juste de découvrir ton histoire et j'ai accroché !
Les personnages sont attachants et on a envie de connaitre la suite. Peut-être que les faits se passent un peu trop vite sur certains points pour moi, notamment cette journée du dernier chapitre où tu aurais pu décrire un peu plus précisément le lieu où Lyn se trouve. Mais peut-être a-tu prévu cela par la suite.

Peux-tu me prévenir quand la suite sera postée s'il te plaît ? Merci d'avance et continue sur cette lancée !
Hello ! Merci beaucoup d'être venue ! :oops: Et bienvenue à toi ! Ici on a tout ce qu'il faut : à boire, à manger, des chapitres... 8-)
Oui c'est vrai que j'aurais pu développer un peu plus ! :D J'en prends note ! Et oui tu en sauras plus par la suite ! ;)
Je te préviendrai avec plaisir ! :D Merci encore !
Pendergast a écrit : sam. 01 mai, 2021 8:26 pm Bonsoir, je rejoins les autres sur leurs commentaires, excellent et qu'est-ce que c'est cette fin brutale au moment où il ne faut pas ! :mrgreen: Va falloir patienter...Bonne soirée
Merci ! :oops:
J'aime bien faire ça ! :twisted:
Bonne soirée/journée !! :D
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par Chloe38200 »

Bonjour à tous ! :D Voici le chapitre 8 ! J'espère qu'il vous plaira !
Et qu'il répondra à vos attentes ! :lol: :lol: Vous aviez l'air très emballés à l'idée que Lyn se transforme alors... :mrgreen:
Bonne lecture ! ;)

Chapitre 8


Je n’arrivais pas à comprendre ce que je ressentais. Des vagues d’adrénaline et de chaleur me parcouraient de la tête aux pieds, complétées par des pics de douleur aiguë. Ma respiration se faisait haletante et j’avais parfois du mal à inspirer une simple goulée d’air. Je ressentais des picotements sur chaque parcelle de ma peau et les sensations du tissu sur mon corps m’étaient soudainement insupportables.

Un gémissement s’échappa de mes lèvres et je tombai à genoux, incapable de rester debout. Je m’entourai de mes bras et mes ongles se plantèrent dans ma chair. Je brûlais. J’avais mal. J’avais la sensation que ce qui grandissait en moi était bien trop immense pour mon être. La louve voulait littéralement en sortir.

Dean se rapprocha de moi. Je le voyais déjà commencer à changer de forme. Alors qu’il levait une main pour m’enjoindre à ne pas m’affoler, il fut forcé à son tour de se mettre à genoux. Sa silhouette s’agrandit et s’allongea. Son visage se modifia et je vis ses vêtements se déchirer. De longs poils noirs apparaissaient un peu partout sur lui.

Je ne pus voir le reste du changement, car un brusque craquement dans mon dos me força à me cambrer en arrière, le visage levé vers le ciel étoilé, les yeux fermés, la bouche ouverte dans un cri étranglé. La seconde d’après, je retombai vers l’avant, me réceptionnant de justesse sur mes mains. Mais alors que j’essayais de reprendre ma respiration, une douleur plus forte que les autres fit trembler tous mes membres et mes paumes glissèrent sur la terre. Je me retrouvai sur le ventre.
D’effroyables sons emplirent mes oreilles, tandis que je sentais mes os se disloquer et mes muscles s’étirer. Je n’aurais pas cru ressentir une telle douleur un jour. Mes yeux se chargèrent de larmes. Bientôt, mes cris se firent plus plaintifs, plus… bestiaux. C’était un mélange de ma voix d’humaine et du timbre d’un animal couinant et grognant.

Je voyais des lambeaux de mes habits tomber sur le parterre de la forêt. Dean m’avait demandé de mettre des vêtements auxquels je ne tenais pas spécialement. Il fallait dire que je n’avais pas encore beaucoup de choix mais surtout, que je m’en fichais un peu, pour le moment. Et maintenant je voyais vraiment pourquoi : ils étaient fichus. Peut-être n’avait-il pas voulu en rajouter en me demandant de les enlever avant la transformation ? Mais peu importe : la prochaine fois, si je survivais à cette transformation – ce qui me semblait fortement compromis –, je les enlèverais plus tôt. Leur contact m’avait été hautement désagréable.
Un couinement venant de devant moi me fit relever les yeux. J’en oubliai presque ma souffrance. Un grand loup au pelage noir me faisait face, l’air inquiet. Il avait la tête baissée dans ma direction et ses grands yeux dorés étaient expressifs. Ses oreilles étaient repliées vers l’arrière.

Dean ?
Il s’était métamorphosé si vite…

Et il était sacrément impressionnant. Même si mon angle de vision me faisait tout paraître plus grand, puisque j’étais étalée au sol, je voyais bien qu’il était plus imposant qu’un loup normal.
En le voyant, j’aurais pu avoir peur. Il dût d’ailleurs s’attendre à cela, car, alors que je le fixais, il recula d’un pas, pour me laisser de l’espace. Il s’était mépris sur ce que je ressentais.

Je parvins à tendre une main vers lui, qui retomba lourdement sur le sol. Aussitôt, il comprit et revint près de moi. Un nouveau hurlement mêlé à une plainte tout sauf humaine s’échappa de ma gorge et Dean approcha son museau de ma paume, en signe de soutien.

Des poils blancs se mirent à pousser sur mes bras. Je sentis mon visage s’allonger. Toute ma tête me faisait mal et la souffrance dans mes gencives me donnait envie de me cogner jusqu’à ce que ça passe.
Heureusement, je perdis conscience peu de temps après cela. La douleur était reléguée en arrière-plan.

Je ne devais pas être restée longtemps dans les vapes, car Dean n’avait pas bougé, lorsque je rouvris à moitié les paupières. Il faisait toujours nuit. Cela avait sûrement duré le temps de…
… la transformation.
Cette pensée me fit me réveiller complètement. J’écarquillai les yeux et voulus me redresser. Je ne parvins qu’à être déséquilibrée, surprise par le fait de ne plus pouvoir me tenir à genoux.

Tout autour de moi paraissait plus lumineux. Je voyais plus de choses, même des détails que je n’aurais pas décelé sous forme humaine. Mon odorat s’était accrût également. Je percevais beaucoup mieux l’odeur de Dean et je sentais tellement de parfums différents ! De même pour mon ouïe, qui venait de se développer au point que j’entendais nettement certains infimes bruits de la faune. Je ne sentais presque plus le froid, avec mon épais pelage.

Oh mon Dieu. Je suis une louve !

J’étais partagée entre l’envie de piquer une sacré crise de panique et celle de me réjouir. J’avais réussi. J’avais survécu à cette transformation ! Et j’étais enfin certaine de qui j’étais. De ce que j’étais. Je devais être heureuse.
Mais c’était plus facile à dire qu’à faire.

Je laissai passer un long gémissement de loup et dus m’y reprendre à deux fois pour pouvoir rester sur quatre pattes. J’eus envie de courir me cacher quelque part, mais je savais que ça ne servirait à rien. Et si je restais bloquée sous cette forme ?
Un couinement m’échappa encore. Je sentis des oreilles de canidés bouger sur mes tempes. Mes yeux s’écarquillèrent un peu plus. Je les faisais bouger ? Je me concentrai sur elles pendant une seconde et pus constater que j’en avais le contrôle. Aussitôt, reflétant ma peur, elles furent plaquées vers l’arrière. Je vis également que je possédais désormais une longue queue blanche. Celle-ci resta tombante. Tremblante, je m’aplatis sur le sol, la tête entre mes deux pattes avant, les yeux baissés.

Le loup noir se mit à ma hauteur et me poussa doucement de son museau. J’osai enfin le toiser à nouveau. Il soutint mon regard pendant un long moment, puis prit la même position que moi à mes côtés. Il colla son flanc au mien et mit sa joue contre la mienne. Je fus touchée par ses gestes. Son comportement voulait dire « Je suis là, tu n’as rien à craindre ».

Il me laissa le temps de me faire à ma nouvelle forme, de lutter contre ma peur. Je me laissai bercer par son odeur et les bruits de la forêt qui m’assaillaient. Je finis par me détendre un peu et frottai ma tête contre la sienne, en signe de remerciement. Je ne savais pas si c’était vraiment comme ça qu’un loup faisait pour communiquer ce sentiment, mais je n’avais pas trouvé mieux.
Je trouvai le courage de me relever et me mis en position assise. C’était assez étrange, mais finalement, je me levai et trouvai vite mon équilibre. Le choc m’avait rendu maladroite dans un premier temps, mais désormais, cela me venait naturellement. C’était comme si je l’avais toujours fait.
Et apparemment, c’était bien le cas.

Dean se remit sur ses pattes à son tour. Et cela me revint soudainement : il était l’Alpha. Je ressentais pleinement sa puissance, sous ma forme de louve. Son aura était presque palpable.
Comment on fait, pour montrer son respect envers son Alpha ?

Je penchai la gueule en avant et courbai l’échine, ma queue pendant entre mes jambes, en signe de soumission. Si je faisais partie du clan, alors…
J’eus une surprise lorsqu’un jappement lui échappa et qu’il mit son museau sous ma tête pour que je la relève. Je croisai son regard, le mien montrant ma confusion. Le sien était sévère, ne souffrant aucune objection. Quoi ? Qu’est-ce que j’avais fait de mal ? Je ne m’y prenais pas bien ?

Achevant de me surprendre, il me lécha la joue brièvement, avant de me faire signe de le suivre, commençant à avancer dans la forêt.
Je clignai plusieurs fois des yeux, ne sachant toujours pas ce qui venait de se passer.
Je fis quelques pas un peu hasardeux, mais fus vite à l’aise sur mes pattes. Je me rendis compte que mes réflexes étaient bien meilleurs, m’empêchant de trébucher comme à l’aller, sous ma forme humaine.

Je le suivis à travers la forêt et bientôt, je vis la silhouette du chalet. Dean avait laissé la porte du garage grande ouverte. Nous y entrâmes et je le vis attraper des vêtements dans sa gueule. Il me fit comprendre d’un regard de rester ici, avant de sortir. Je restai assise près de la voiture, attendant patiemment qu’il revienne.
Je dressai les oreilles et inclinai la tête sur le côté lorsqu’il fit à nouveau son apparition. Mais sous forme humaine, vêtu d’un large pull gris et d’un jean.

Déjà ?
Pourquoi est-ce que j’étais toujours un loup ?

Ma réaction devait être très parlante, car, comme s’il avait lu dans mes pensées, il lâcha :

— Je contrôle mieux mes transformations que toi et tu dois repasser par la case départ, en quelque sorte. Il va te falloir du temps.

Pas drôle.
Je me renfrognai. Je me demandais ce que ça donnait, comme expression, sur un tel animal. Sur moi.
Il ferma la porte du garage menant sur l’extérieur puis s’approcha de moi.

— Tu as eu mal, constata-t-il.

Je tentai de hocher la tête. Cela devait être assez marrant à voir.
Il se baissa et caressa mon crâne, sa main se perdant dans mon pelage. C’était très agréable. J’en oubliai ce qu’il venait de dire pendant un instant, fermant les yeux pour mieux apprécier.

S’il continuait, j’allais finir par rouler sur le dos. Oh, non. Je fis de mon mieux pour me ressaisir avant de me laisser aller à mes réflexes canins.

— Je suis navré que tu aies ressenti cela. Normalement, cela n’arrive qu’aux enfants, les premières fois. Tu mettras aussi du temps à reprendre forme humaine.
Chouette. J’étais redevenue l’équivalent d’une enfant dans le milieu des métamorphes.
— J’espère que ça ira mieux la prochaine fois…, murmura-t-il pour lui-même, l’air inquiet.

Devant son expression, je poussai son menton de mon museau, afin de le rassurer. Je n’aimais pas le voir dans cet état.
Cela lui arracha un faible sourire. Puis celui-ci s’effaça.

— Ne te soumets plus, m’ordonna-t-il.
Si j’avais pu froncer les sourcils, je l’aurais fait.
— Tu n’as pas à te soumettre à moi. Jamais. Peu importe que je sois l’Alpha. Pas toi. D’accord ?

Si j’avais pu parler, je lui aurais fait remarquer qu’il me donnait l’ordre de ne pas écouter ses ordres. Malgré moi, une sorte d’exclamation joyeuse m’échappa. Dean haussa un sourcil.

— Qu’est-ce qu’il y a ? m’interrogea-t-il.

Je le regardai droit dans les yeux sans bouger, essayant de lui faire comprendre que je ne pouvais pas lui fournir de réponse sous cette forme. Il finit par soupirer.

— Tu m’étonneras toujours, grommela-t-il.

Il m’ébouriffa la tête une dernière fois, puis alla ouvrir la porte qui menait du garage au couloir du rez-de-chaussée. Je m’engouffrai à l’intérieur et eus un soupir d’aise en sentant plus de chaleur.

Mon attention fut soudainement attirée par le miroir accroché à un des murs. Je me ruai vers cet objet tant convoité et me plantai devant. Dean disparut dans la cuisine mais je fis à peine attention à lui.

Waouh.

J’étais une grande louve d’un blanc immaculé. Du moins, il l’aurait été si je n’avais pas traîné dans la boue. Et avec mes yeux argentés, l’effet était saisissant. Je restai un moment immobile, à me fixer.

Bonjour, louve !

Et voilà que je délirais. Je me parlais à moi-même. Mais j’avais réellement l’impression de m’adresser à un animal qui n’était pas vraiment moi. À un être ayant sa propre conscience et avec qui je cohabitais.
En tout cas, j’étais finalement heureuse de rencontrer cette part de moi.

Je finis par réagir et me mis à bouger dans tous les sens, essayant de m’observer sous toutes mes coutures. J’étais impressionnante, moi aussi !

Je passai de debout, à allongée, puis finis par m’asseoir. Je fis bouger mes oreilles pour tester les limites de ce geste. Je pris même l’expression typique des chiens, en ouvrant la gueule et en laissant pendre ma langue en prenant un air heureux. Puis, curieuse, je retroussai mes babines afin de voir mes crocs. Incroyable. Je comprenais mieux pourquoi j’avais eu aussi mal aux gencives et aux dents. Cela fit frétiller mes moustaches et j’en fus très amusée. Je reproduisis ces mouvements plusieurs fois, me délectant de ces nouvelles sensations. Je me sentais également plus forte.

Plus forte.

Je me tins à nouveau sur mes pattes et me tendis, tentant de prendre une posture effrayante. Je baissai mes oreilles en signe d’agressivité et me mis à pousser des grognements. Maintenant, je n’avais plus qu’à apprendre à grogner sous mon autre forme.
Que quelqu’un m’assomme, par pitié ! Je ne contrôle plus rien.
Je me laissais emporter par mes découvertes et cette impression grisante d’être invincible.

Je me stoppai en entendant un rire derrière moi. Je sursautai et tournai la tête vers Dean, qui était hilare. Je ne l’avais pas entendu se rapprocher malgré mon ouïe plus développée. Il fallait dire que j’étais tellement obnubilée par… moi-même.
Si j’avais été humaine à ce moment-là, j’aurais probablement rougi. Depuis combien de temps m’observait-il ?

— Tu t’amuses bien ? se moqua-t-il.

Je grognai dans sa direction pour la forme, m’assis et me redressai assez pour prendre un air fier et hautain. Puis je me mis à bâiller afin de lui faire comprendre que je n’avais que faire de ses moqueries.
En vérité, j’aimais le voir ainsi. Détendu. Alors si je pouvais continuer à le faire se sentir ainsi, d’accord.
Enfin bon, je devais bien avouer que j’étais un peu vexée quand même.

Mais tout cela passa au second plan lorsqu’un délicieux fumet parvint à mes narines et que j’entendis quelque chose grésiller. De la viande en train de cuire… Je me rendis compte que j’étais affamée. Je me léchai les babines juste avant de courir dans la cuisine. J’étais prête à tout dévorer.

Je me postai devant la cuisinière, sur laquelle reposait plusieurs poêles. J’attendis, le nez levé vers la nourriture, que ça cuise. Quoique manger cette viande crue ne m’aurait pas dérangé.
Par contre, l’idée que ça ne me dérangerait pas me dérangea.
Manger un steak cru ? Berk.

J’essayais de me convaincre. Apparemment, ma louve n’en avait rien à faire, de l’état de cuisson de la viande, tant qu’elle finissait dans son ventre.

— Je sais que tu as faim, lança Dean, le sourire transparaissant dans sa voix. Je prépare plusieurs plats que tu apprécieras sûrement plus sous forme humaine.

Je le regardai. Il avait un rictus en coin et il me fit un clin d’œil.
Plusieurs plats ? Argh ! J’avais hâte.
Mais il restait un petit problème : comment me retransformer ?
Je baissai les yeux.

— Ça va venir, me rassura-t-il.

Mmhh… S’il le disait. Parce que j’avais vraiment faim et…
Oh ! Ces crépitements… Cette odeur…

Impatiente, je fis bouger ma queue inconsciemment. Je vis son mouvement dans le reflet de la vitre du four. Cela capta immédiatement mon attention.

Ça bouge !

— Je vais t’aider à reprendre ta forme humai… Lyn ? se coupa-t-il.

J’étais en train de tourner en rond pour essayer d’attraper cette foutue queue. À nouveau, Dean perdit son sérieux. Je l’ignorai et continuai mon activité hautement ludique.

---


Chapitre 7
Chapitre 9
Dernière modification par Chloe38200 le ven. 14 mai, 2021 11:03 am, modifié 1 fois.
lacrystal

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par lacrystal »

Hello !
Alors alors
Je suis déjà méga contente que Lyn se soit transformée ! Ils sont troooop mignons tous les deux en loups, je fonds
Par contre Lyn elle m'a trop fait rire en louve :lol: :lol: :lol:
Surtout quand elle se regarde dans le miroir c'était juste hilarant :lol:
J'ai hâte de lire la suite !!!! *-*
melaivy

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par melaivy »

oooohhh, super chapitre, drôle et émouvant aussi. j'aime l'interaction entre dean et lyn.
Pendergast

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par Pendergast »

Bonjour, excellent chapitre, la transformation est top, c'est léger et drôle, j'adore ! Bon week-end
MGT_

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par MGT_ »

Hello !
Bon alors je commente seulement maintenant mais j'ai lu le chapitre vendredi soir.
J'ai bien aimé, drôle et léger malgré une transformation douloureuse. Vivement la suite parce que le chapitre était court.
JaneSerpentard

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par JaneSerpentard »

Olala !!! Quel chapitre :lol: Il m’a bien fait rire celui-là :lol: Franchement, on voit que la transformation n’est pas facile... mais sincèrement, cette fin est juste super ! J’adore, vraiment. J’ai tellement hâte de lire la suite ;)
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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par Charmimnachirachiva »

Coucou !
Je suis folle amoureuse de ce chapitre, c'est officiel !
Lyn est extraordinaire sous sa forme de louve ! Elle m'a bien fait rire, j'imagine trop un grand loup blanc avec des graaaaandes canines courir après sa queue ! Et grogner en face de son reflet ! :lol: :lol: C'est super bien écrit !
Mais la pauvre, elle est obligée de redécouvrir chacun des aspects de sa vie, comme sa transformation où elle redevient l'équivalent d'un enfant...
Vraiment, j'ai beaucoup aimé ce chapitre !!

ps : je vais aller voir Neeve (l'histoire à l'air super) bientôt !!
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 8)

Message par Chloe38200 »

lacrystal a écrit : ven. 07 mai, 2021 10:51 am Hello !
Alors alors
Je suis déjà méga contente que Lyn se soit transformée ! Ils sont troooop mignons tous les deux en loups, je fonds
Par contre Lyn elle m'a trop fait rire en louve :lol: :lol: :lol:
Surtout quand elle se regarde dans le miroir c'était juste hilarant :lol:
J'ai hâte de lire la suite !!!! *-*
Oui t'as vu ! :D ça y est elle l'a fait !!
:lol: :lol: Merci !
Encore merci ! *-* Je suis contente que ça te plaise !
melaivy a écrit : ven. 07 mai, 2021 12:15 pm oooohhh, super chapitre, drôle et émouvant aussi. j'aime l'interaction entre dean et lyn.
Merci beaucoup ! :D
Pendergast a écrit : sam. 08 mai, 2021 5:32 pm Bonjour, excellent chapitre, la transformation est top, c'est léger et drôle, j'adore ! Bon week-end
Merci ! :D Bon week-end à toi aussi ! Contente que ça t'ait plu !
MGT_ a écrit : mar. 11 mai, 2021 7:51 am Hello !
Bon alors je commente seulement maintenant mais j'ai lu le chapitre vendredi soir.
J'ai bien aimé, drôle et léger malgré une transformation douloureuse. Vivement la suite parce que le chapitre était court.
Hey !
T'en fais pas ! :)
Merci beaucoup ! Oui c'est vrai qu'il était court ! :lol: Mais le prochain est plus long ! :mrgreen:
JaneSerpentard a écrit : mar. 11 mai, 2021 12:27 pm Olala !!! Quel chapitre :lol: Il m’a bien fait rire celui-là :lol: Franchement, on voit que la transformation n’est pas facile... mais sincèrement, cette fin est juste super ! J’adore, vraiment. J’ai tellement hâte de lire la suite ;)
Merci ! :lol: :lol: J'espère que la suite te plaira aussi ! :D
Charmimnachirachiva a écrit : jeu. 13 mai, 2021 10:47 pm Coucou !
Je suis folle amoureuse de ce chapitre, c'est officiel !
Lyn est extraordinaire sous sa forme de louve ! Elle m'a bien fait rire, j'imagine trop un grand loup blanc avec des graaaaandes canines courir après sa queue ! Et grogner en face de son reflet ! :lol: :lol: C'est super bien écrit !
Mais la pauvre, elle est obligée de redécouvrir chacun des aspects de sa vie, comme sa transformation où elle redevient l'équivalent d'un enfant...
Vraiment, j'ai beaucoup aimé ce chapitre !!

ps : je vais aller voir Neeve (l'histoire à l'air super) bientôt !!
Coucou !
Merci ! *-*
Yes ! Contente que ça t'ait fait rire ! :lol: Mais oui pareil quand je l'ai imaginé je trouvais ça drôle ! :lol:
Ah ben c'est sûr que ça va pas être simple au début, mais elle a de la ressource. 8-)
Encore merci !

Oh oui ! *-*
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 9)

Message par Chloe38200 »

Hello ! :D Voici le chapitre 9 ! Il est un peu plus long que le 8 mais j'espère que ça ne dérangera pas !
Bonne lecture ! :)

Chapitre 9


Reprendre forme humaine n’était pas chose aisée. Dean était assis en tailleur sur le sol de ma chambre, en face de moi, à me donner des instructions et des conseils. Il fallait que je me concentre sur mes souvenirs de moi-même lorsque je n’étais pas un animal à quatre pattes, que je respire profondément et surtout, que je sois déterminée. Je devais rester calme, mais plus le temps passait, plus je m’inquiétais de ne pas y parvenir, alors cela m’immergeait dans une boucle infernale.

La détermination, je l’avais. La respiration profonde aussi. Néanmoins, il me manquait la concentration. Je n’arrêtais pas de me focaliser sur l’odeur de la viande, puis sur les bruits provenant de l’extérieur. C’était d’ailleurs pour cela que nous nous étions repliés dans cette pièce : nous espérions que j’aurais moins de distractions. Cela ne fonctionnait pas énormément. Mes sens plus aiguisés m’offraient une myriade de choses à découvrir.

Il fallait que je me replie en moi-même, et j’avais du mal. Ou alors que je me repasse un souvenir qui m’apaisait. Je n’en avais pas une tonne.
Voyant que je pataugeais toujours autant dans la semoule, Dean soupira et passa une main dans ses longues boucles noires. Je lui jetai un regard désolé.

— Peut-être que les déclencheurs ne sont pas les mêmes pour toi, fit-il d’un air pensif. Certains se concentrent sur une chose qui les apaise, et non sur le souvenir d’eux-mêmes. Ça peut être un son, une odeur, une impression…

J’inclinai la tête sur le côté, l’espoir me revenant. Lui, m’apaisait. Mais les souvenirs récents que j’avais partagé avec lui étaient tous un peu ternis par leur contexte. Soit c’était pendant notre fugue, soit lorsque j’étais malade, soit quand nous étions avec d’autres personnes, mais la discussion n’était pas forcément joyeuse non plus.
Alors j’allais faire autrement.
Je décidai de me concentrer uniquement sur lui, et non sur ma mémoire. Seulement sur ce que je ressentais en le voyant, là, maintenant.

Je me mis à écouter ses battements de cœur, je respirai son parfum naturel, mêlé à une fragrance rappelant les sapins de la forêt. Ainsi que la pointe d’odeur typique des loups-garous.
Voyant que mon expression changeait et que je paraissais me concentrer à nouveau, il m’encouragea sur un ton bas. Je fermai les yeux pour être enveloppée par sa présence. Je me laissai bercer par sa voix, son timbre grave, profond et suave qui me faisait l’effet d’une caresse.

Je restai ainsi pendant un moment, encore. Cela faisait déjà bien une demi-heure que nous étions dans cette chambre, et il me fallut quinze minutes de plus pour que le processus s’enclenche.
Je finis par me détendre complètement en me passant le visage de Dean derrière mes paupières closes. Des frissons commencèrent à me parcourir et je ressentis des picotements partout sur mon corps. Je me forçai à rester calme et à ne pas m’inquiéter. Je redoutais la douleur qui surviendrait sûrement encore une fois, mais ce serait nécessaire.

Sans que je ne puisse le contrôler, mon dos se courba et je mis ma tête entre mes pattes. La gêne se transforma petit à petit en douleur, et je serrai les dents pour ne pas laisser sortir de gémissements. Mais des couinements finirent par m’échapper malgré moi.
Pendant de longues minutes, je luttai, alors que ma silhouette se faisait de plus en plus petite, que mes os et mes muscles changeaient à nouveau, que mes crocs redevenaient des dents, mes griffes, des ongles, et que les poils laissaient la place à ma peau. Mes plaintes devenaient plus humaines, le loup laissant la place au bipède.

Je me retrouvai roulée en boule sur le sol, tremblante à cause des sensations ou du froid. Peut-être des deux. Cela faisait une drôle d’impression de ne plus avoir une épaisse fourrure pour se tenir au chaud.
Je sentis un tissu me recouvrir. Je relevai finalement la tête pour voir que Dean m’avait entourée d’une couverture. J’en saisis les bords pour la refermer sur moi et le remerciai d’un signe de tête. Il m’aida à me relever et je parvins à me ressaisir, afin d’éviter que mes jambes ne continuent à s’entrechoquer.

— Tu l’as fait, fit Dean en me regardant dans les yeux.

Un sourire emplit de tendresse étirait ses lèvres. Je hochai la tête. J’avais réussi. Grâce à lui, à ses conseils et au fait qu’il m’apaisait, mais aussi grâce à moi, dans le fond. J’étais plutôt fière. Et émue.

— Je l’ai fait, répétai-je, en confirmant.

Ne pouvant me retenir, je me rapprochai de lui et l’étreignis d’un bras, mon autre main retenant la couverture. Il entoura mes épaules et je le remerciai pour son aide. En réalité, intérieurement, je le remerciais pour tout.

~


J’avais retrouvé mon appétit.

Après avoir mangé deux gros steaks et une bonne portion de riz, j’avais écarquillé les yeux, arrivant à peine à croire que tout avait fini dans mon estomac. Et pourtant, mon ventre gargouillait encore. Alors – puisque Dean avait cuisiné pour un régiment – j’avais enchaîné avec un plat de spaghettis accompagnés d’une escalope de poulet cuite au four. Et encore une fois, je n’étais pas rassasiée. Et le loup en face de moi suivait le même rythme. Il m’avait expliqué qu’après une transformation, et surtout pendant la pleine lune, nous étions beaucoup plus voraces. Et apparemment, je le serais quand même pas mal le reste du temps. Il nous fallait de l’énergie pour nourrir la bête en nous. Il avait aussi ajouté que ma transformation m’avait permis de récupérer mes anciennes habitudes en ce qui concernait la nourriture, d’un coup, comme si cela m’avait permis de tourner une page pour mieux reprendre ma vie là où elle s’était arrêtée trois ans plus tôt.

J’avais aidé Dean à cuisiner et à réchauffer les steaks que nous avions abandonnés pour que je redevienne humaine, pendant un petit moment, salivant en sentant tous ces effluves. Néanmoins, j’avais l’impression que mon odorat était moins exacerbé, soudainement. Toujours plus qu’à l’ordinaire, mais c’était moins intense que lorsque j’étais métamorphosée. Je lui avais demandé pourquoi.

— Même si tu as plus de facultés maintenant que tu t’es transformée une fois, tu en as toujours moins sous forme humaine. C’est tout à fait normal, m’avait-il informé.
Alors que je faisais attention à ce que l’omelette ne brûle pas, j’avais suspendu ma spa-tule pour me tourner vers lui.
— Oh… alors ça ne reste pas ? fis-je avec une moue déçue.
Il eut un petit rire.
— Plus tu te transformeras, plus tes sens se développeront. Tu pourras ressentir plus de choses, sur de plus grandes distances. Et même sans être sous forme de loup. Cela sera moins intense, certes, mais ça fera quand même une sacré différence.

Cette idée m’avait plût.
J’avais d’ailleurs appris que si Dean et moi faisions plusieurs plats, c’était pour que je profite de toutes ces saveurs différentes pleinement, pour la première fois depuis trois ans.
Eh bien c’était réussi ! Mais après l’omelette, je décidai qu’il était temps pour moi d’arrêter de tout dévorer. Je redoutais un peu d’être malade, aussi. Je n’avais vraiment pas l’habitude de manger autant.

Cette nuit-là, allongée dans mon lit et regardant les étoiles, je me sentis soulagée. Soulagée d’avoir enfin libéré ma louve, enfermée depuis plusieurs années et maltraitée. Ravie, même. Je n’étais pas pleinement moi, mais je me découvrais, petit à petit.
Pour la première fois, je m’endormis avec le sourire.

~


Je sortis les deux plaques du four. Je transpirais un peu à cause de la chaleur régnant dans la cuisine, mais cela en valait la peine : j’allais rencontrer les autres membres du clan Sparks. J’étais très nerveuse, alors je m’étais plongée dans la confection de cookies aux pépites de chocolat. Cette envie m’était venue d’un coup et je m’étais rendue compte que j’aimais beaucoup faire des gâteaux.

La table de la cuisine devenait petite, à force d’enchaîner les fournées. Plusieurs assiettes pleines trônaient dessus et j’avais encore mes dernières gourmandises à ajouter. Une fois cela fait, je mis mes poings sur mes hanches, satisfaite du résultat et contente de moi.

J’entendis la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer. Dean était rentré. Il m’avait annoncé, en début d’après-midi, qu’il devait faire quelques vérifications à son travail mais qu’il n’en aurait pas pour longtemps. Consciente qu’il s’en était absenté pendant des jours pour veiller sur moi, je lui avais répondu qu’il pouvait prendre tout son temps. J’avais su qu’il travaillait avec Celeste, qu’ils étaient associés et étaient les propriétaires d’une boîte de nuit et d’un hôtel. Mais la cobra avait déclaré qu’elle s’en sortait très bien toute seule et qu’il pouvait revenir quand il le voulait. Mais apparemment, il y avait une urgence. Ce que je comprenais parfaitement, et d’ailleurs, cela me gênait d’être la cause de son absence à son boulot. Il fallait que je lui montre que je pouvais me débrouiller.

Dean me salua puis haussa un sourcil en voyant tous les biscuits sur la table. Ses yeux pétillaient. Il m’avait confié que la Lyn d’avant aimait la cuisine sucrée, cela devait lui rappeler des souvenirs. Cette idée m’apaisa. Peut-être que je finirais par retrouver celle que j’étais, tout en étant à la fois… la nouvelle moi.

— Je me suis dit qu’ils seraient sûrement aussi voraces que nous, déclarai-je pour justifier les énormes tas de cookies.
Il lâcha un petit rire.
— Il n’y a pas de doute, approuva-t-il. Ils vont être contents.
Je souris.
— Super ! J’ai envie de faire bonne impression, arguai-je. Tiens, dis-moi ce que t’en penses !

Je lui tendis une assiette et il saisit un biscuit avant de mordre dedans. Certes, j’en avais déjà mangé quelques-uns moi-même, mais il me fallait un avis extérieur. J’attendais le verdict en me dandinant d’un pied sur l’autre, comme une enfant. Je devais me retenir de m’exclamer « Alors ? Alors ? ».
Il hocha la tête avec un regard approbateur.

— Ils sont très réussis, assura-t-il.
Je serrai le poing en un geste victorieux.
— Et donc, tu comptes les acheter avec des cookies ? me nargua-t-il.
— Totalement, raillai-je. Enfin, j’ai aussi mon charme naturel, cela va sans dire.
J’étais de bonne humeur, aujourd’hui.
— Évidemment.
— Est-ce qu’il y a des choses que je devrais savoir sur eux, avant qu’ils n’arrivent ? demandai-je soudainement. Est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre… que je connaissais, avant ?

Je m’étais posée cette question une bonne centaine de fois pendant que je préparais les gâteaux. Au moins, je le saurais en avance et pourrais me préparer psychologiquement.
Il opina. Je croisai les bras.

— Tu connaissais la fille de Griffin. Eden, m’apprit-il.

Eden… Eden…
Même en me forçant à avoir au moins une impression en entendant ce nom, rien ne me venait.

— On s’entendait bien ? m’enquis-je, curieuse.
— Très bien. Quand elle est née, tu l’as pris sous ton aile. Tu as quatre ans de plus qu’elle et tu étais un peu comme sa grande-sœur.

Mon visage se rembrunit. Oh… Je serrai les lèvres, mal à l’aise et un peu peinée de ne pas me souvenir d’elle. Qu’est-ce que ça allait lui faire, en me voyant ainsi ?

— Je suis désolé de te dire ça comme ça, mais je me suis dit qu’il valait mieux être totalement honnête, fit-il avec une expression navrée.
Je secouai la tête.
— Tu as raison, le rassurai-je. De toute façon, j’aurais bien fini par le savoir en voyant sa réaction.

Ce serait la première fois qu’elle me reverrait depuis ma disparition. Elle devait savoir que j’étais amnésique, pour autant, cela lui ferait sûrement un choc quand même.

— Quelqu’un d’autre ? demandai-je, même si j’avais un peu peur de la réponse.
— Non. En revanche, il y autre chose que tu dois savoir : Ezekiel, le plus jeune d’entre nous, a été adopté il y a deux ans par Griffin. Il vaut mieux éviter de mentionner ses parents, grimaça-t-il.

Je mis une main sur mon cœur. Le pauvre bout de chou. Je comprenais parfaitement que ça puisse être un sujet sensible. Je fis signe que j’avais compris.

— Et la mère d’Eden est décédée, ajouta-t-il. Tu… le savais, avant, alors au cas-où…

Je lui fis signe que j’avais compris. Cela ferait mal si j’en parlais, mais doublement en ayant oublié. Cela en rajouterait encore une couche.

— Ok. Ne t’en fais pas, dis-je. J’en prends bonne note. Ça va bien se passer.

Je ferais tout pour que ça se déroule bien. Et puis, j’avais hâte de les rencontrer, même si j’étais nerveuse. Celeste et Griffin ne seraient pas là, étant retenus par leur travail respectif, mais apparemment, il y aurait tout de même un sacré monde. Mais le Bêta ferait peut-être une apparition, plus tard.

Nous emportâmes les assiettes dans la salle à manger et à peine furent-elles posées, que nous entendîmes la sonnette retentir. Nous n’eûmes pas le temps de faire un pas, que la porte s’ouvrit à la volée. Nous vîmes entrer une petite silhouette dans la maison. Un petit garçon qui ne devait pas avoir plus de dix ans et qui reniflait l’air exagérément, qui entrait comme si c’était chez lui.

— J’ai senti du chocolat ! s’exclama-t-il, sans gêne.
Je me mordis la lèvre pour me retenir de rire. Dean leva les yeux au ciel mais ses lèvres frémirent.
— Lyn, je te présente Ezekiel. Il a l’habitude de débarquer un peu quand bon lui semble pour voler des bonbons. Ezekiel, je te présente Lyn.

L’intéressé me salua de sa petite main et avec un sourire timide, avant de s’approcher de la table et de lever la tête afin de toiser les biscuits avec envie, de ses yeux bleu. Ses boucles d’un châtain clair étaient en bataille et semblaient s’emmêler un peu plus à chacun de ses pas.

— Je sais que les bonbons sont pour moi, rétorqua le garçon avec désinvolture. Tu les achètes exprès.
Dean eut un sourire en coin.
— Que tu crois, répliqua-t-il.
L’enfant lui tira la langue. Je masquai un rire en voyant l’Alpha prendre un air faussement outré.
— Hé ho, n’oublie pas à qui tu tires la langue, le prévint-il.
— Un jour je serai plus fort que toi ! s’amusa le garçon.
— On en reparlera quand tu auras une crinière.
Une crinière ? Il était vrai qu’Ezekiel ne sentait pas le loup. Un cheval ?
— Pas besoin d’une crinière pour te battre, se vanta le petit en piquant un cookie.
— Tu n’es qu’un lionceau.

Ah. J’y étais presque.
Le garçon piqua un fard et prit un air boudeur, des miettes aux coins de sa bouche. Il était à croquer.

— Je ne suis pas un lionceau, protesta-t-il.

Dean lui ébouriffa les cheveux et le félin fit mine de trouver ça agaçant. C’était assez drôle de les regarder, ils devaient avoir l’habitude de se taquiner ainsi. C’était même touchant.

— Ez ! Je t’avais dit de m’attend…

Cette voix féminine, provenant de l’entrée, attira notre attention. Je me retournai. Une toute jeune femme se tenait là. Vu son âge et sa façon de parler au lionceau, elle devait être Eden. Ma gorge se serra.
Elle s’était coupée en pleine phrase et arborait un air choqué, ses yeux d’un violet épatant, écarquillés. Ses cheveux bruns lui arrivant aux épaules qui étaient désordonnés et quelques gouttes de transpiration sur son front montraient qu’elle venait de courir. De plus, elle semblait avoir du mal à reprendre sa respiration. Je sus – d’après son odeur – qu’elle était une louve.
Elle laissa voir une fragilité soudaine et un kaléidoscope d’émotions traversa son regard. Elle était si mignonne, et en même temps, sa peine apparente me serrait le cœur.

— Lyn…

Elle fit quelques pas dans ma direction. Pour ma part, mes pieds paraissaient ancrés au sol, refusant de bouger. J’avais beau la regarder, rien ne me venait. C’était terrible. En la voyant ainsi, j’aurais aimé me souvenir d’elle afin de la rassurer. Mais rien.
En un éclair, elle fondit sur moi pour me prendre dans ses bras. L’élan me fit reculer d’un pas mais je retrouvai mon équilibre. Elle était maintenant secouée de gros sanglots. J’étais figée.

— Je ne pouvais pas y croire quand on m’a dit que tu étais revenue ! Tu étais morte… Tu…, déclara-t-elle en reniflant. J’ai eu envie de venir te voir mais il te fallait du temps et… Quand on m’a dit qu’aujourd’hui… Tu es là !

Ses paroles étaient embrouillées et entrecoupées par ses pleurs. Mes yeux se mirent à me piquer. J’étais émue par Eden, et si désolée pour elle, aussi. Ceux qui m’avaient connu avaient traversé une période horrible et je ne me souvenais même pas d’eux.
Je finis par parvenir à bouger, et l’enlaçai timidement à mon tour, ne sachant pas trop comment m’y prendre. Je lui tapotai le dos, maladroitement.

— Je suis vivante…, lui chuchotai-je. Je suis bien vivante.

Je croisai le regard de Dean et il soutint le mien, avec une expression qui se voulait réconfortante. Ezekiel, lui, avait l’air perdu. Il avait laissé son deuxième ou troisième cookie de côté pour observer la scène, inquiet. Il devait se demander pourquoi sa sœur était dans cet état. Ses yeux eurent un éclat réprobateur en me regardant, l’espace d’un instant. Pour lui, je lui avais fait du mal. C’était d’ailleurs le cas.

Moi qui voulais faire une bonne première impression…
Eden finit par se dépêtrer de notre étreinte et par reculer.

— Je suis désolée…, s’excusa-t-elle, le regard fuyant et l’air gêné.
— Ce n’est rien, je t’assure, tentai-je de la rassurer.

Elle sécha ses larmes du dos de la main puis entrecroisa ses doigts, aussi nerveuse et mal à l’aise que moi. Elle finit par aller s’asseoir à côté de son petit frère.
Ça commençait bien…

Je me mordis la lèvre inférieure en réfléchissant à toute vitesse à ce que je pourrais dire afin de détendre l’atmosphère. Dean paraissait faire de même, mais ni lui ni moi ne semblions doués pour ça.
Heureusement, d’autres personnes apparurent dans l’encadrement de la porte, qui était restée ouverte.

— Bonjour à tous ! s’exclama une femme qui portait deux grands paquets dans ses bras, qui lui cachaient presque le visage.

Elle dégageait une telle énergie, une telle aura de jovialité, que j’eus l’impression de mieux respirer. L’ambiance parût se détendre d’un seul coup, grâce à sa présence. Je retroussai le nez. Je sentis la présence de plusieurs métamorphes félins. La femme qui venait d’entrer et l’homme juste derrière elle avaient le même parfum animal, et d’ailleurs, ils se ressemblaient beaucoup. Ils devaient être frères et sœurs. Ils étaient typés, venant sûrement d’Inde. Ils avaient un joli teint hâlé. Tous deux possédaient des cheveux bruns, mais ceux de la fille étaient ondulés et lui arrivaient jusqu’au milieu du dos. Ceux de son frère étaient courts sur les côtés et plus longs sur le dessus de son crâne. Ils étaient assez grands. Elle était mince mais avec des formes généreuses là où il le fallait, perchée sur des jambes interminables. Lui, était large d’épaules et semblait très robuste. Les deux ensemble faisaient sûrement décrocher quelques mâchoires.

— J’ai pris deux grands gâteaux mais je ne sais pas si ça suffira ! annonça-t-elle avant de se délester de son fardeau en le déposant sur la grande table.

Ses yeux noisette se mirent à pétiller en voyant mes confections. Son accent m’indiqua que je ne me trompais pas concernant ses origines. Sa voix était chantante, mélodieuse. Ses vêtements étaient de couleurs vives, qui juraient un peu, ensemble, mais je devais avouer qu’à elle, ça lui allait bien.

— Je retire ce que j’ai dit ! déclara-t-elle avec un sourire que je trouvais renversant. Qui a cuisiné ces merveilles ?

Je me rendis compte que je la fixais encore. Peut-être aussi parce que je cherchais à deviner quel animal elle était. Je me rendis compte qu’elle nous regardait maintenant avec un air interrogateur. Je me ressaisis et eus tout juste le temps de voir Dean réprimer un sourire en coin devant ma réaction.

— Euh… Moi, finis-je par me manifester, timidement.

Je fis un petit signe de la main.
Elle ouvrit grand les bras et vint m’étreindre. Décidément, c’était le jour des câlins ! Tout ça pour des cookies ?

— C’est vraiment gentil à toi ! Et j’avais hâte de te rencontrer, m’informa-t-elle avec enthousiasme. (Son excitation était si contagieuse que je me mis à sourire à mon tour. Elle s’éloigna un peu, ses mains sur mes épaules, pour me regarder.) Je m’appelle Anjali. Je suis enchantée de faire ta connaissance !
— Enchantée…, eu-je à peine le temps de répondre.
Elle désigna l’homme qui lui ressemblait.
— Voici mon frère, Nabarun. Les deux gnomes, derrière, c’est Sage et Sadie.
— Hé ! protesta un des deux intéressés, un homme.
— Et ensuite, c’est Swann, termina de nous présenter l’indienne.

Les gnomes, comme elle les appelait, étaient des jumeaux. Ils devaient avoir dans les dix-sept ou dix-huit ans et étaient plutôt petits. Moins d’un mètre soixante pour la fille et moins d’un mètre soixante-dix pour son frère. Ils s’étaient accordés sur leur coupe de cheveux, les possédant jusqu’aux épaules, et ils étaient d’un blond très clair, au point qu’ils n’étaient pas loin de la teinte des miens. Leur peau était pâle et leurs grands yeux étaient d’un bleu nuit, et me fixaient avec curiosité.

— Ravie de vous rencontrer, souris-je. (Je me focalisai sur les jumeaux et inclinai la tête sur le côté.) Vous êtes aussi… des lions ?
Cela m’aurait étonné, parce qu’ils n’avaient pas la même odeur qu’Ezekiel.
— Non, me répondit Sage, le garçon. Nous sommes de simples chats.
Sa sœur lui mit un coup de coude dans les côtes.
— Nous ne sommes pas de « simples » chats, le réprimanda-t-elle.
— Et nous, nous sommes des lynx, m’informa Nabarun.

Waouh… Immédiatement, mes instincts de louve se réveillèrent. J’avais envie de chahuter avec eux. Des canidés et des félidés dans la même pièce.

— Et Swann est un singe hurleur, expliqua Anjali.

Je me tournai vers l’intéressée. Il était vrai que je n’avais pas du tout reconnu le parfum de la dernière à être rentrée. D’ailleurs, elle semblait embarrassée, mal à l’aise. Elle ne me regardait pas dans les yeux et ses bras étaient croisés. Ses cheveux d’un roux flamboyant et raides me cachaient une partie de son visage. Je pus déceler un œil vert et des taches de rousseur sur un teint rosé, de là où j’étais, car je n’osais pas l’approcher. Sans être vraiment hostile, elle paraissait vouloir être n’importe où sauf ici. Sa frêle silhouette donnait l’impression qu’elle pouvait être balayée à tout moment par un courant d’air un peu fort, et elle n’était pas très grande. Pendant un instant, j’eus l’impression de me voir à travers elle. Le même air un peu inquiet, la même maigreur. Et finalement, quand elle releva enfin la tête vers moi, je pus voir qu’elle avait le même regard hanté. Celui que je croisais souvent dans mon miroir.

— Salut…, lui soufflai-je.
Elle serra ses lèvres pleines et ne me répondit pas, mais m’adressa un signe de tête.
— Je vous en prie, asseyez-vous, les invita Dean, pour ne pas laisser le silence s’installer.

Je soupirai intérieurement de soulagement et nous prîmes tous place autour de la table. Eden allait un peu mieux. Ezekiel avait repris son ingurgitation intensive de cookies. Anjali parlait de tout et de rien sur un ton enjoué et ne manquait pas de me questionner sur différents sujets afin de me connaître un peu mieux. Je devais avouer que ça m’aidait, parce que j’en appris plus sur moi-même également. Je parvins à dire qu’elle était ma couleur préférée, entre autres, alors que je ne m’étais pas posée la question une seule fois. Apparemment, j’adorais le violet. Cela pouvait paraître futile, mais l’ambiance était plus détendue.

J’étais assise à côté de l’indienne et sa bonne humeur me ravissait. Sadie était à ma droite. Dean se trouvait en face de moi. Cela me faisait presque bizarre de ne pas être près de lui et je devais me retenir de lever les yeux vers lui constamment.

Eden, qui s’était ressaisie, parlait avec les autres sur un ton qui se voulait léger. Ce n’était peut-être qu’une façade, mais si c’était le cas, elle jouait bien la comédie. Elle entreprit de découper le gâteau au chocolat. Mais le couteau ripa et elle se blessa au doigt. Aussitôt, je bondis sur mes pieds pour lui venir en aide, tendant la main dans l’optique de la guérir, sans me poser de questions. Je savais juste que je devais le faire très rapidement, même si ça me ferait mal.

Swann agit avant moi. D’un regard, elle m’enjoignit à me rassoir, elle prenait les choses en main. Elle enroula la blessure de sa paume et la louve grimaça une seconde, avant de se détendre. Lorsque la singe la lâcha, la plaie avait disparu. Il ne restait plus que le sang.
Une guérisseuse.

— Moi aussi j’aurais pu le faire, d’abord, fit Ezekiel avec une expression vantarde.

Je levai les sourcils. Nous étions trois guérisseurs, dans cette pièce.
Et les paroles de Dean concernant une métamorphe qui avait vécu la même chose que moi, qui était guérisseuse, me revinrent.
C’était elle. Swann. Elle avait été torturée par les chasseurs, elle aussi. C’était pour cela qu’elle était réticente à me voir, me parler. Je comprenais mieux, maintenant.

Elle soutint enfin mon regard. Ses yeux verts me transpercèrent, puis elle les riva sur Dean, avant de les faire revenir à moi. Elle avait compris que je savais. Qu’il m’avait expliqué. Mais elle ne dit rien. Ma gorge s’assécha.

Lorsque nous cessâmes de nous dévisager, nous remarquâmes que certains nous regardaient, quand d’autres gardaient la tête baissée, soudainement fascinés par les desserts.

— Je vais chercher des serviettes, annonça Sage.
Pressée d’échapper à cette tension, je le devançai :
— J’y vais.

Le chat hocha la tête et resta à sa place, tandis que je me levais pour me rendre dans la cuisine. Je revins avec tout un rouleau de sopalins pour essuyer le sang. Oui, c’était beaucoup, mais sur le coup, je m’étais juste dis qu’il fallait de quoi effacer ces traces.
Mon cœur battant à tout rompre, je repris ma place. Je pris une bouchée du fraisier, même si je n’avais plus d’appétit.

~


— Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir de pire qu’une personne ayant le même comportement que Betty ? s’enquit Anjali, qui semblait outrée rien qu’à la pensée de cette femme.

J’ignorais qui était cette Betty, mais elle ne l’appréciait pas du tout. Je suivais la conversation, heureuse que l’atmosphère se soit allégée depuis l’incident d’Eden avec le couteau, même si j’avais parfois du mal à suivre.

— Euh… deux personnes comme Betty ? hasarda Sadie avec un air malicieux.

Mentalement, je me représentai l’image d’un chat dont les moustaches frétillaient. Ce fut vraiment ce à quoi elle me fit penser à ce moment-là.

— Très juste, lui concéda la brune.
— Je peux avoir du sirop ? s’enquit Ezekiel.
— J’ai oublié d’apporter les verres, soupira Dean en faisant mine de se lever.
Je lui fis signe de ne pas bouger.
— Je vais les chercher, assurai-je tout en souriant en écoutant la conversation des filles.

Munies de la bouteille de sirop et de verres, je regagnai la table. Je retournai chercher d’autres boissons. Après avoir refermé le frigo, je faillis me heurter à Dean.

— Oups ! m’exclamai-je.
Je lui souris.
— Je t’ai dit que je m’en occupais, lui rappelai-je.
Il prit deux bouteilles dans ses mains, ne m’en laissant plus qu’une.
— Et moi je suis venu t’aider, répliqua-t-il avec un rictus en coin.

Je secouai la tête.
Il ne fallut que deux minutes avant qu’Ezekiel ne renverse tout le contenu de son verre sur la table.

— Pardon, je vais nettoyer, dit-il en prenant une mine désolée.

Mais j’étais déjà en train d’essuyer les dégâts tout en suivant la discussion d’Eden et Sage à propos d’une série qui passait à la télé et qu’ils suivaient tous les deux. Finalement, cela ne se passait pas si mal que ça. Mis à part quelques malaises au début, cela se passait mieux, désormais. Eden me décrochait même des sourires de temps à autre. Le fait de me voir bel et bien vivante devait primer sur le fait que je ne me souvienne pas d’elle. Il était toujours difficile d’arracher plusieurs phrases d’affilé à Swann, mais elle faisait mine de s’intéresser à ce que disaient les autres.
Je mis les serviettes pleines de sirop d’un côté, après avoir débarrassé la table de cette substance collante.

— Je rêve d’une bière, s’éleva la voix de Nabarun. T’en as au frigo ?
— Toujours, répondit Dean.

À peine entendis-je ces mots que je voulus me lever, par réflexe, alors que je vis le lynx commencer à faire de même, du coin de l’œil. Mais Anjali me retint en mettant son bras devant moi, me gardant plaquée contre le dossier de ma chaise.

— Euh… Merci, Lyn. C’est très gentil, me remercia le lynx, mais j’y vais, ne t’en fais pas.

Il se leva et alla chercher sa bière.
Je me rendis compte que tout le monde me regardait un peu bizarrement. Qu’est-ce que j’avais fait ?
Anjali désigna Nabarun du pouce, dans un geste nonchalant.

— On n’est plus au siècle dernier, lâcha-t-elle. S’il veut quelque chose, il va le chercher. Il a des jambes.
— Mais il voulait…
— Tu n’as pas à t’occuper de tout dès qu’il se passe quelque chose, fit Sadie d’une voix douce.

Je fronçai les sourcils et croisai le regard de Dean. Sa mine était grave.
Je baissai les yeux. J’allais protester, mais me retins de justesse. Qu’est-ce que j’allais dire ? Qu’il voulait absolument cette bière ? Et alors ? Je l’avais vu se lever pour aller la chercher lui-même, et pourtant je voulais me dépêcher de la lui apporter.

Et je me rendis compte que je l’avais fait plusieurs fois : j’étais allée chercher les serviettes quand Sage avait dit qu’il allait le faire, les verres pour Dean alors qu’il était sur le point de se rendre à la cuisine. J’avais essuyé les bêtises d’Ezekiel après l’incident du sirop de framboise alors qu’il voulait nettoyer. J’étais sur le point de servir Nabarun alors qu’il se levait.

J’avais littéralement bondi pour soigner Eden. J’aurais voulu le faire de toute façon, mais j’avais carrément décollé de ma chaise en me disant qu’il fallait que je fasse vite. Que je la soigne immédiatement.
Comme avec Mike.
J’avais eu peur des représailles. Alors que ces gens n’avaient rien à voir avec lui.

La vérité, c’était que la vieille habitude de me plier en quatre pour les chasseurs et d’obéir au moindre de leur désir était bien ancrée en moi. Inconsciemment, je cherchai le regard de Swann, qui détourna la tête, les lèvres serrées et les bras croisés. Elle avait compris, comme les autres. Mais pour elle, c’était un douloureux rappel.

— Je suis désolée…
Un silence reflétant un malaise s’installa dans la pièce. Puis Anjali le rompit :
— Tu sais, ici, personne n’obéit à personne. Il n’y a pas de hiérarchie.
Dean haussa un sourcil.
— Je suis quand même l’Alpha, lui rappela-t-il, même s’il n’y avait aucun agacement dans sa voix.
— Oh j’oublie tout le temps, rétorqua-t-elle sur un ton léger.

Je voyais bien qu’ils essayaient de détendre l’atmosphère. Je soufflai un bon coup. J’eus soudainement chaud. Le rouge devait m’être monté aux joues.

— À ce qu’il paraît, il est « le chef », poursuivit-elle en mimant des guillemets avec ses doigts et en levant les yeux au ciel dans ma direction. Ce qu’il ne faut pas entendre !
Je leur souris, essayant de leur montrer que j’allais mieux. Que cela m’amusait.
— Bientôt, ça sera moi le chef, nous assura Ezekiel en tentant de prendre un air supérieur, du chocolat venant jusque sur son menton.
Eden frotta sa cuillère sur le nez de son frère, qui émit un cri de protestation.
— Tu n’en avais pas assez sur le visage, se moqua-t-elle.

Les membres du clan Sparks restèrent pendant encore une bonne heure. J’étais parvenue à me détendre. Il fallait dire qu’ils se donnaient tous - mis à part Swann - à fond pour que les conversations soient joyeuses.
Nous les raccompagnâmes à la porte lorsqu’ils furent prêts à partir.

Sans que je ne m’y attende, Swann s’approcha de moi, alors que les autres étaient en train de sortir. Elle me regarda droit dans les yeux, et je me figeai, attendant ce qu’elle allait dire, ou faire. Il s’était passé plusieurs choses lui rappelant son douloureux passé, pendant cette rencontre. Puis, sans rien dire, elle mit une main sur mon épaule, qu’elle serra brièvement. J’avalai difficilement ma salive, puis je lui fis un signe de tête en guise de remerciement. Je fis de même avec elle.
Elle rompit rapidement le contact, mais cela n’effaçait en rien l’importance de son geste.

En la regardant partir, mon cœur se serra. Elle voulait me soutenir mais n’osait pas parler de ce que nous avions vécu, avec moi. Et elle serait sûrement distante un moment. Mais je lui en étais reconnaissante de me montrer que nous n’avions pas besoin de parler pour nous comprendre.

Je pensais encore à elle alors que nous débarrassions la table, avec Dean. Je restais silencieuse, plongée dans mes pensées. Puis je sentis une main sur mon bras. Je relevai la tête, alors que j’essuyais une assiette que le loup venait de laver, croisant son regard doré.

— Tu n’as pas à baisser les yeux devant nous, lâcha-t-il.

Je ne bougeai pas pendant quelques secondes, comprenant qu’il faisait référence à ma réaction quand Anjali m’avait dit de ne pas me lever pour aller chercher la bière de Nabarun.

— Et tu n’as surtout pas à exaucer le moindre de nos désirs. Tu es libre, poursuivit-il en insistant bien sur le dernier mot. Ici, tu es chez toi. Tu peux même nous envoyer nous faire voir sans crainte, quand on va trop loin. N’aie pas peur de nous.
Je finis par hocher la tête et me remis à la tâche.
— Je sais…, fis-je d’un ton bas. Il faut que je me débarrasse de cette sale habitude…
Il s’essuya les mains sur un torchon, puis mit un doigt sous mon menton.
— Si jamais tu te sens mal, peu importe l’heure et l’endroit, n’hésite pas à me le dire, me pria-t-il. Même si ça concerne autre chose. D’ailleurs, même si tu vas bien. Dès que tu en ressentiras le besoin, tu peux venir me parler.
Ses paroles me touchèrent. J’opinai.
— Et c’est réciproque, répondis-je. N’hésite pas non plus.
Il me sourit et je lui rendis son sourire.
— Et euh… ça tombe bien, parce que j’ai quelque chose à dire, improvisai-je.

Il prit un air sérieux et attendit. J’ouvris le robinet et mis ma main sous l’eau froide, avant de l’asperger des gouttelettes coulant sur mes doigts. Il ferma les yeux et pris une profonde inspiration, comme s’il avait affaire à une enfant.

— Ok, j’admets que ce n’était pas ma meilleure blague, cédai-je.
— Vraiment ? ironisa-t-il.
— On dirait que ça ne t’amuse pas, remarquai-je en me retenant de rire.
— Je m’éclate, pourtant, rétorqua-t-il d’un ton faussement cynique.
Je pris le torchon et, dans un geste très mature, le lui mis sur la tête. Je l’arrangeai de façon à ce que je ne voie plus son visage.
— Toujours aussi sérieux là-dessous ? demandai-je.
— Ouais.
— Ben au moins je ne le vois pas.
Ne pouvant résister, je soulevai un pan du tissu, juste pour discerner une partie de son visage. Il n’avait pas bougé.
— Tu fais super bien la statue, commentai-je.
Il leva les yeux au ciel mais le coin de ses lèvres se releva. Puis il plongea ses yeux dans les miens.
— Ça fait du bien de te voir plaisanter, avoua-t-il.

Attendrie, j’esquissai un sourire, sans le lâcher du regard. Puis il s’effaça petit à petit en voyant une lueur dangereuse s’allumer dans son regard. L’intensité me coupa le souffle. J’aurais dû bouger, mais j’en étais incapable. Je ne pouvais plus me détourner de lui, ce fut d’ailleurs comme s’il emplissait tout mon champ de vision.

Alors que je venais tout juste de parvenir à prendre une inspiration, j’eus du mal à expirer. Lentement, je me mis sur la pointe des pieds et je le vis se pencher vers moi.
On frappa à la porte.

Ce bruit nous ramena à la réalité et je sursautai. Je détachai mon regard de Dean. Mes joues devaient être écarlates. J’étais à la fois soulagée et frustrée. Surtout frustrée, en fait.
La personne derrière la porte parût s’impatienter.

— Dean ? appela une voix familière.

Griffin.
L’Alpha ôta le torchon de sa tête et le reposa, lentement, sans me quitter des yeux. J’avais presque oublié cet accessoire insolite. J’avalai difficilement ma salive et le regardai à nouveau dans les yeux. Mais le moment était rompu.
Un léger grognement s’échappa de Dean, avant qu’il réponde :

— J’arrive !

Il sortit de la cuisine et j’empêchai un rire nerveux de franchir la barrière de mes lèvres. J’étais prête à l’embrasser. Et en même temps… Cette nouvelle version de moi-même lui plaisait-il ou bien était-ce encore ses anciens souvenirs qui étaient omniprésents ?

Le fait de ne pas le savoir retarderait le moment où je pourrais m’abandonner à mes désirs. Et moi… est-ce que j’étais attirée par lui aussi bien émotionnellement que physiquement ? N’était-ce pas un peu tôt pour que ce soit le cas ?
Je soupirai intérieurement. Ce n’était pas « tôt ». Au fond de moi, des sentiments restaient bien ancrés, amnésie ou non. Et même sans cela, avec ce que nous venions de vivre, cela aurait pu être compréhensible.

Je connaissais la réponse. Même si je n’étais pas encore prête à l’avouer.
Je les rejoignis, alors qu’ils entraient dans le salon. Griffin me salua chaleureusement et je le lui rendis.

— J’ai avec moi tes nouveaux papiers d’identité, m’annonça-t-il. Et un portable pour toi.

Mon cœur s’affola. Cela me paraissait étrange, mais c’était nécessaire. J’appréhendais un peu, néanmoins. Serait-ce un énorme changement ?
Il me les tendit et je dus lire plusieurs fois le nom. Puis un poids s’ôta de mes épaules. « Lyna Snyder ». Ce n’était pas éloigné de « Lyn » du tout, donc on pourrait toujours m’appeler comme ça. Ça passerait pour un surnom.

— Merci beaucoup, lui souris-je.

Je me fis la réflexion que le nom « Jones » me manquerait. Mais lui non plus, n’était pas le mien, à la base. Cela m’avait déjà fait quelque chose en sachant que mon vrai nom était « Miller ». Comme si j’étais déçue.

— On s’est dit que tu ne voudrais pas un prénom trop différent mais qui serait quand même courant, ajouta-t-il.
Je hochai la tête.
— C’est parfait, approuvai-je.
Je remerciai également Dean. Je n’osais pas soutenir son regard.
— Désolé d’être arrivé aussi tard, s’excusa le Bêta. Depuis qu’un de nos serveurs est parti, c’est un peu la panique au restaurant.
Ma curiosité fut piquée.
— Personne n’a postulé ? l’interrogea Dean avec compassion.
— Non. Pas encore, soupira son second.
Je pris mon courage à deux mains.
— Je peux le remplacer, intervins-je.

Ils tournèrent leur tête vers moi. Je devais me retenir pour ne pas sautiller d’un pied sur l’autre.
Griffin fronça les sourcils. Dean parût surpris.

— Cela t’intéresserait de travailler en tant que serveuse dans un restaurant tout juste passable ? s’étonna-t-il.
— Si tu veux savoir, je ne savais pas que c’était « tout juste passable » avant que tu le dises, raillai-je.
Son sourire était plus exaspéré qu’amusé. Je repris mon sérieux.
— Oui, affirmai-je. Il faut que je fasse quelque chose de mes journées et que je gagne de l’argent.

Dean m’avait demandé, quand j’arrivais à la fin de mon sevrage et que j’allais mieux, de choisir des vêtements en ligne, arguant que je ne pouvais pas rester qu’avec deux tenues achetées près d’un motel au hasard. Je m’étais promise de le rembourser un jour. Et puis, je ne pouvais pas vivre à ses crochets éternellement.

Et puis il fallait aussi que je donne de l’argent au Bêta pour le portable qu’il venait d’acquérir pour moi.
Je pris un air confiant, sûr de moi.

— Tu en es sûre ? insista l’Alpha.
— Certaine.

Il hocha la tête mais je perçus une lueur d’inquiétude scintiller dans le fond doré de ses yeux. Après tout ce qui s’était passé, il aurait du mal à ne plus avoir peur en me voyant partir, ne serait-ce que quelques heures. Mais ce que nous avaient infligé les chasseurs ne devait plus nous empêcher de vivre. Ce serait le meilleur doigt d’honneur que nous pourrions leur faire.
Je lui adressai un regard rassurant, osant, cette fois, soutenir le sien.
Griffin tapa une fois dans ses mains, l’air soulagé.

— Super ! Tu m’enlèves une sacré épine du pied, Lyn. Enfin, il faudra que tu fasses tes preuves, mais je suis sûr que ça va aller.
J’opinai. J’avais besoin, et envie, d’avoir ce travail.
— Tu peux compter sur moi.
— Je t’appellerai sur ton nouveau portable pour te donner les détails, dit-il avec un clin d’œil. Mon numéro est déjà dedans, si besoin.

Griffin ne resta pas longtemps et nous nous retrouvâmes à nouveau seuls, Dean et moi. Un silence gêné s’était installé, et j’avais lâchement fui le salon en prétextant que j’étais exténuée. Même si ce n’était pas réellement un mensonge.

~


Le lendemain, en fin d’après-midi, Dean m’appela, depuis la terrasse à l’arrière du chalet. Les sourcils froncés, je m’y rendis, sentant qu’il y avait un certain empressement dans sa voix.

— Qu’est-ce qui se passe ? m’enquis-je en enfilant mon manteau et en passant la baie vitrée.

Je refermai la fenêtre derrière moi puis fis face au loup. Il paraissait à la fois nerveux et impatient. Je ne l’avais encore jamais vu ainsi.

— Quoi ? Je vais me transformer à nouveau ? essayai-je de deviner. (Il secoua la tête. Ouf. Je n’étais pas pressée de refaire cette expérience.) L’urgence à ton travail est réglée ? On va faire un barbecue géant ?
Oui, bon, ce n’était pas très pertinent, mais moi aussi, je perdais patience. Et plus ça allait, plus ça le faisait sourire.
— Tu as gagné au loto ?! retentai-je en levant les bras au ciel, avec un air exaspéré.
Il pouffa de rire.
— Je dois te présenter quelqu’un d’autre, m’apprit-il.
— Oh. (Je plissai les yeux.) Tu ne pouvais pas commencer par ça ?
— C’est assez drôle de te voir galérer à deviner.

Je lui tirai la langue.
Bon, en attendant, j’allais voir une nouvelle personne. Sûrement un métamorphe.
Mesdames et messieurs, à vos paris ! Est-ce que je le connaissais ? Oui ? Non ?
Je me fis la réflexion que si c’était un inconnu pour moi, il n’y aurait peut-être pas autant de mystère autour de cette rencontre.

— Où… ? commençai-je.
— Il arrive, annonça-t-il. Il n’a rien voulu que je dise sur lui, préférant le faire lui-même.
Je fus perplexe.
— Pourquoi est-ce si important pour cet homme que je ne sache rien de lui avant de le voir ? m’enquis-je.
— La surprise serait gâchée, retentit une voix derrière moi.

Je bondis et fis volte-face à la vitesse de l’éclair. J’avais visiblement encore perdu un peu de mes sens surnaturels, pour ne pas avoir senti cette personne arriver. Ou bien il s’était montré extrêmement discret.

Des yeux rieurs d’un noir d’encre me toisèrent. De longues mèches blanches en pagaille entouraient un visage ovale, qui aurait pu paraître sévère, mais qui devenait plus doux grâce à ses fines lèvres s’étirant en un sourire taquin.

Son apparence me parût impressionnante. Il paraissait même plus grand que Dean. À l’instar de l’Alpha, la puissance émanait de lui en flots continus. Probablement un chef de clan.

— Salut, Lyn.
— Salut… toi.

Je n’avais absolument aucune idée de qui il s’agissait. Mais apparemment, il me connaissait.

— Je suis ravi de te revoir, fit-il, sa voix douce empreinte de sincérité.

---


Chapitre 8
Chapitre 10
Dernière modification par Chloe38200 le ven. 21 mai, 2021 2:22 pm, modifié 1 fois.
Pendergast

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 9)

Message par Pendergast »

Bonjour, excellent, et qu'importe s'il est plus long, c'est même mieux, on a ainsi plus de temps pour s'imprégner de l'histoire et des sentiments des uns et des autres. C'est bien retranscrit et toujours aussi passionnant ! Bonne journée
lacrystal

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 9)

Message par lacrystal »

Je pense que tu sais ce que je vais dire, puisque je le dis à chaque chapitre xD Mais je le redis : Ce chapitre était génial !

Bon tout d'abord, Dean et Lyn sont juste trop trop trop chou, mon coeur fond !
Ensuite, le clan est vraiment adorable je suis fan *-* Par contre Lyn elle me fait trop de la peine, être restée enfermées avec de véritables monstres lui a laissé des séquelles :( :(
Mais heureusement Dean est là pour elle ;)
Par contre le coup du presque-baiser, j'ai moyennement apprécié :( Je voulais qu'ils s'embrasse moi !!! :lol: :lol: :lol:
Et encore une fois tu finis ton chapitre sur un suspens qui va probablement me tuer d'ici la semaine pro :lol: :lol: :lol:

Un super chapitre en tout cas *-*

J'ai hâte de lire la suite !
Yumeko

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 9)

Message par Yumeko »

J'ai beaucoup aimé la transformation de Lyn en loup et je dois dire que je suis comme Dean, c'est assez drôle de découvrir ses réactions. Il y a de quoi rire et en même temps, c'est la rend vraiment mignonne.
Et ce dernier chapitre avec la rencontre des membres de la meute, c'est intéressant d'en découvrir plus à leur sujet. J'ai hâte de la voir interagir davantage avec ces nouveaux perso et de la voir tisser des liens, les uns avec les autres. Mais tu nous laisses trop sur notre fin ! Vivement la suite pour découvrir ce personnage mystère.
MGT_

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 9)

Message par MGT_ »

Ah ! J'aime les chapitres un peu long parce qu'ils permettent de se plonger carrément dans l'histoire.
Et celui-ci est particulièrement intéressant. De part la transformation de Lyv maisbaussi de cette rencontre avec le clan et de sa manière d'agir à chaque besoin.
J'espère qu'elle aura une conversation avec Swan (si je ne me trompe pas de prénom).
Bref, vivement vendredi pour la suite !
melaivy

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 9)

Message par melaivy »

un bon chapitre, l'histoire et les personnages s'installent un peu plus.

la galère de lyn et la façon dont le clan la met à l'aise, les interactions, le personnage de Swan, les petits métamorphes malicieux, j'ai tout aimé.

le nouveau suspense qui s'annonce... c'est qui, mais c'est qui ?
lucybarasson

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 9)

Message par lucybarasson »

bonjour,
je viens juste de voir ton message (dsl je n'ai pas l'habitude de consulter les messages!) et je viens donc de découvrir ton histoire. j'ai vraiment bcp aimé et ai eu de la chance d'avoir 9 chapitres d'un coup mais maintenant j'attends la suite avec impatience!
Chloe38200

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Re: Métamorphes, Tome 1 : La mémoire du loup [Fantastique, romance] (Chapitre 10)

Message par Chloe38200 »

Bonjour à tous ! :D Voici le chapitre 10 ! J'espère qu'il vous plaira !

Chapitre 10

Je me dandinais d’un pied sur l’autre, faisant face à l’homme aux longs cheveux blancs et aux yeux noirs saisissants, ne sachant pas quoi répondre. Je décidai d’opter pour la politesse :

— Ravie de te rencontrer…

Je ne pouvais décemment pas lui dire que j’étais heureuse de le revoir. Ce serait mentir. Mais encore une fois, j’étais prête à parier que Dean l’avait mis au courant de mon amnésie. C’était toujours mieux de s’y préparer mentalement, avant de me voir.

— Je suis également content de te revoir, Dean. Cela faisait un moment, ajouta l’homme en avisant l’Alpha.
Une ombre passa sur son visage. Mon chef de clan se raidit légèrement, avant de hocher la tête.
— Moi aussi.

Que se passait-il ?
Ils se dévisagèrent quelques secondes, puis détournèrent le regard, mal à l’aise. L’inconnu posa à nouveau ses yeux d’un noir profond sur moi et son sourire se forma de nouveau, accentué. Je fronçai les sourcils. Mes instincts de loups s’excitèrent. J’avais envie de jouer avec cet homme, de le poursuivre. Le chasser. Pourtant, il ne semblait pas être un félin.

Entourée de nature ainsi que de sa faune, je ne mis que quelques secondes à faire le lien entre son parfum et celui d’un animal volant, dont nous étions entourés régulièrement. Mon odorat était plus émoussé qu’après ma transformation, mais je sentais son odeur et elle me rappelait celle des volatiles.

— Tu es un oiseau ? devinai-je.
— Je me demandais pourquoi tu me fixais ainsi, s’esclaffa-t-il. C’est exact. Un corbeau, plus précisément.

Je fis de grands yeux ronds. Oh ? Intéressant.
Intérieurement, je sentis que ma louve était prête à bondir, amusée d’avance à l’idée de l’attraper.

— Je constate que tu me considères toujours comme une proie, commenta-t-il.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, mentis-je.
Je vis Dean cacher un sourire. Puis le nouveau venu lui adressa un regard en biais. L’Alpha eut un air entendu.
— Je vais vous laisser, annonça-t-il.
— Merci, répondit le corbeau alors que je m’apprêtais à lui dire qu’il pouvait rester, parce que je ne connaissais pas cet homme.
L’homme aux longs cheveux blancs et raides tourna sa tête vers moi.
— Si tu le veux bien, Lyn, j’aimerais qu’on aille faire un tour afin qu’on puisse discuter tranquillement, m’invita-t-il.

Je retins de justesse un mouvement de recul et l’anxiété me comprima la gorge pendant un instant. Je sentis la main de Dean dans mon dos.

— Tu ne risques rien, avec lui, me rassura-t-il. Sinon il sait qu’il y laissera ses plumes.
L’intéressé s’esclaffa.
— Je n’en doute pas une seconde, fit le corbeau, hilare.

Je le jaugeai pendant une minute, indécise. Il ne paraissait pas si méchant. Dangereux, oui, en revanche. Je sentais sa puissance de là où je me trouvais comme si j’étais collée à lui. Ce n’était pas aussi intense qu’avec Dean, mais ça n’en était pas loin.
Mais si le loup m’assurait sans l’ombre d’un doute que je pouvais lui faire confiance… J’avais cherché une trace de méfiance dans son regard, mais n’en avais trouvé aucune. Et je savais qu’il était toujours sur ses gardes lorsqu’il s’agissait de moi.

— D’accord, acceptai-je finalement. Mais pas longtemps. Et on ne va pas loin.
Cela me donnait une impression de maîtrise, si je posais des conditions.
— Comme il te plaira, affirma-t-il.

Il me fit signe de le suivre et je jetai un dernier regard à Dean, qui me fit un clin d’œil pour m’encourager. Puis il entra dans le chalet.
Je m’armai de courage et m’aventurai dans les pas du corbeau. Même si cela semblait sans risque, j’avais toujours peur, quelque part.
Nous approchâmes de la forêt. Le silence me mettait un peu mal à l’aise.

— Tu n’es pas un psychopathe qui cache des corps dans les bois, au moins ? plaisantai-je.
Cela eut le mérite de le faire rire.
— À moins que je sois atteint de somnambulisme et que je le fasse parfois sans m’en rendre compte, non, je ne crois pas, répliqua-t-il.
Je plissai les yeux.
— C’est peut-être ce qu’un psychopathe dirait, arguai-je.
— Un innocent aussi, renchérit-il.

J’eus un petit sourire. Touchée.
Nous nous frayâmes un chemin entre les grands pins, nous éloignant du sentier. Néanmoins, je ne pensais pas avoir de mal à retrouver le chalet. Il me faudrait me fier à mes sens plus développés.

— De toute façon, je n’aurais pas de mal à me défendre, m’avançai-je.
Pas sûr.
— Loin de moi l’idée de me vanter, mais je suis certain que j’aurais le dessus.
— C’est censé me rassurer ? ricanai-je.
— Je me montre honnête.
— Dean t’arracherait la tête.
— Il pourrait toujours essayer, répondit-il, pince-sans-rire.
Je secouai la tête.
— Puis-je mettre un nom sur cette arrogance ? ironisai-je.
— Ashyrel, m'apprit-il en me tournant toujours le dos. Mais tu peux m’appeler Ash.
Je haussai les sourcils. Ashyrel ? C’était atypique. Mais charmant.
— Il est peut-être faux, ceci dit, ajouta-t-il.
Je levai les yeux au ciel.
— Pourquoi est-ce que tu me donnerais un faux nom ?
— Pour le plaisir de t’embêter.

Je soupirai. Je le trouvais amusant, même si ses réponses paraissaient agaçantes. Se méprenant sur mon silence, il prit une expression contrite.

— Désolé. On avait l’habitude de se chamailler tout le temps et cela me revient en te voyant. Comme si rien n’avait changé.

Il se passa une main dans les cheveux, qui retombaient souplement sur ses hanches. Ils étaient brillants et devaient être incroyablement soyeux. J’en étais un peu jalouse.
Je retrouvai tout mon sérieux à son aveu. Je croisai mes bras pour me donner une contenance, emmitouflée dans mon long manteau noir et fis mine de regarder la neige, qui craquait sous mes pas.

— Raconte-moi, le priai-je. Du moins, si tu le souhaites.

Mais n’était-ce pas là le but de sa visite ?
Un sourire triste souleva le coin de ses lèvres. Il s’arrêta et je fis de même. Il s’adossa contre le tronc d’un arbre et j’allai m’asseoir sur une épaisse branche, en face de lui, mes mains entre mes cuisses serrées afin de leur éviter de s’agiter de nervosité.

— La première fois que nous nous sommes vus, nous avions deux ans, débuta-t-il. (J’inclinai la tête sur le côté, attentive.) On m’a tellement raconté cet épisode que c’est comme si je m’en souvenais moi-même. Il y avait un endroit, un peu à l’écart, où des métamorphes avaient l’habitude de se rendre l’après-midi, avec leurs enfants, afin qu’ils puissent s’amuser en étant eux-mêmes. Les parents veillaient à ce qu’aucun humain n’approche de trop près. Ma famille était nouvelle dans les environs et c’était la première fois que nous venions. J’avais un peu de mal à m’intégrer, puisque les enfants avaient tendance à se rapprocher de ceux qui étaient de la même espèce. L’odeur familière devait être rassurante. Et à cet âge-là, c’est assez crucial.
Je l’imaginais bien, oui.
— Mais tu es venue me voir. Et tu m’as jeté une poignée de terre dans la figure, enchaîna-t-il.
Il y eut un petit silence. Je fus interloquée l’espace d’une seconde, puis j’éclatai de rire.
— Pourquoi est-ce que j’ai fait ça ? m’étonnai-je.
— Ça, je n’en sais rien. Tu étais déjà une sacré chieuse, à l’époque.

Même si je ne le connaissais pas, cette familiarité avec moi ne me choqua pas plus que ça. Je me répétais qu’il avait l’habitude. Chassez le naturel, il revient au galop.

— Personne n’a compris pourquoi, d’un coup, alors que tu jouais avec tout un groupe de louveteaux, tu t’es levée pour t’en prendre à moi, fit-il avec un rictus amusé et le regard perçant. (Il croisa les bras.) Apparemment, tu as vu que ça m’avait fait de la peine et pour te rattraper, tu m’as donné une partie de ton goûter. Je l’ai jeté dans le bac à sable.
De mieux en mieux.
— On a commencé à se battre et nos parents ont dû nous séparer, m’apprit-il.
— On était des sales gosses, grommelai-je.
— Ouais. Pourtant, quand d’autres enfants ont voulu m’embêter en suivant ton exemple, et parce que j’étais le seul oiseau, tu t’es empressée de les remettre à leur place. Et on a formé un duo contre eux.
Je pris un air perplexe.
— Le tout en un après-midi ? fis-je avec surprise.
— En une heure, rectifia-t-il.

Mes épaules furent secouées d’un rire.

— Je n’ai jamais compris comment ça s’était produit, mais on est devenus inséparables, poursuivit-il. Dès qu’on allait dans ce parc, on se cherchait immédiatement du regard. Et on piquait des crises quand l’un de nous était absent. Notre attachement ne s’est pas atténué en grandissant.
Son regard était empreint de nostalgie.
— J’adorais te rappeler que je suis plus vieux que toi. Même de trois mois seulement. On a grandi ensemble. On passait des heures dans la forêt, transformés, à se poursuivre. Mes parents avaient un peu peur, au début, que tes instincts de chasse ne te poussent à me blesser, même involontairement, mais ça n’a jamais été le cas. Tout comme j’ai veillé à ne pas te donner de violents coups de bec.

Je fus envahie par une vague d’émotions lorsqu’il mentionna ses souvenirs. J’aurais tant aimé les posséder, moi aussi.

— On a tout partagé. Tu as été la sœur que je n’ai jamais eu, et tu avais l’habitude de me dire que j’étais ton frère. D’ailleurs, ça nous amusait de faire croire à certaines personnes que nous étions jumeaux. Je dois bien avouer que les résultats n’étaient pas très concluants.

En effet. À moins que les deux parents soient des métamorphes différents, mais des jumeaux auraient hérité du même animal, non ?

— Et puis il faut dire qu’on ne se ressemble pas du tout, pouffai-je.
— Oh, tu sais… À l’époque, il suffisait de montrer nos cheveux clairs pour semer le doute. Même si ce n’est pas la même teinte, ça pouvait être suffisant.

Mes joues devenaient douloureuses à force de sourire. Mes yeux se mirent à me piquer. J’étais si bien entourée. Des gens m’aimaient. Ashyrel était comme un frère, et Eden, une petite sœur. Griffin, un peu comme un oncle. Et Dean…
Je serrai les poings.

— Je vais tout faire pour me souvenir, lâchai-je.
Le regard d’Ash se mit à briller.
— Lyn, je sais que c’est difficile. Et il se peut que ça n’arrive pas. Mais personne ne t’en voudra pour ça.
— Je n’en doute pas. Alors si je ne parviens pas à me rappeler, sache qu’on peut tout recommencer à zéro, promis-je.

Ses yeux de ciel nocturne me sondèrent avec sérieux. Je ne remarquai pas tout de suite qu’il écartait la neige avec son pied. Ce ne fut que quand je le vis se baisser pour ramasser une poignée de terre, que je compris ce qui m’attendait.
Je lâchai un cri de surprise lorsqu’il me l’envoya en pleine face. Je pris un air outré.

— J’aurais préféré de la neige ! fis-je mine de m’emporter.
— C’est de la neige que tu veux ?

Je fus exaucée.
Après m’être essuyée le visage, je laissai un sourire menaçant envahir mon visage.

— Tu ne sais pas qui tu viens de défier, le prévins-je.
— Quoi ? Tu voulais qu’on reprenne les bases de notre amitié ! Ça a commencé de la même façon. Et puis il fallait bien que je prenne ma revanche un jour ! railla-t-il.

Décidant de ne pas me laisser faire, je me mis à enchaîner les boules de neige, que j’envoyai avec toute ma force, dans sa direction. Bientôt, nous nous réfugiâmes chacun derrière un tronc d’arbre afin de préparer des munitions en se protégeant des attaques de l’autre. Comme de vrais gamins.
Mais bon sang, ce que ça faisait du bien.

Au bout d’un moment, nous finîmes allongés par terre, nous octroyant une trêve pour reprendre notre souffle. Les batailles de boules de neige étaient enfantines, d’ordinaire, mais pas celles-ci. C’était même plutôt violent. Nous étions beaucoup trop compétitifs.
Nos cheveux étaient dans un sale état et trempés à cause de la neige, et de la terre maculait nos visages.

Nous finîmes par nous relever et reprendre le chemin du retour. Ashyrel continua de m’abreuver d’anecdotes sur notre enfance, que je me plaisais à découvrir. Mais vint un moment où je vis un changement se produire sur son visage, au fur et à mesure que nous grandissions, dans son récit. Il finit même par se stopper, la mine peinée. Et même… coupable.

— Dis-moi, l’encourageai-je.
— J’ai arrêté…, lâcha-t-il d’une petite voix, les yeux perdus dans le vide.
Je m’arrêtai et le forçai à faire de même.
— Arrêté quoi ? le poussai-je à poursuivre.
— J’ai cessé d’y croire, Lyn. J’ai abandonné les recherches…
Je compris où il voulait en venir. Je déglutis et me mordis la lèvre inférieure, gênée.
— Ash…
— Quand j’ai su ce qui était arrivé j’ai… J’ai essayé. J’ai vraiment essayé, je te jure. Mais je ne trouvais pas ta piste. Personne n’y arrivait… Alors j’ai laissé tomber. Un jour, je me suis résigné à accepter l’inacceptable.

Sa culpabilité semblait m’atteindre de plein fouet. Il avait essayé de se montrer joyeux pendant un bon bout de temps, mais la réalité venait de le rattraper. En me voyant, cela aurait forcément fini par arriver. Il fallait qu’il se débarrasse de ce qu’il avait sur le cœur. Il avait dû lutter contre toutes ces émotions pendant des années.
Je mis ma main sur la sienne.

— Tout le monde pensait que j’étais morte, tu sais… Tu n’y es pour rien.
Son regard se fit dur. Mais sa colère était rivée contre lui-même.
— Pourtant tu es vivante. Je n’arrive pas à me faire à l’idée que tu bataillais toute seule alors qu’on ne faisait plus rien. Quand Dean a réussi à me contacter pour me dire…
Il se coupa. Je fis pression sur sa main pour le réconforter.
— Je n’y ai pas cru. Et puis j’ai fait aussi vite que possible pour venir. Dire que ça faisait déjà plusieurs jours ! Mais j’étais absent de mon clan et j’avais laissé mon téléphone personnel là-bas. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas parlé à Dean, je ne m’attendais pas à ce qu’il me contacte.
Ses poings se serrèrent et il se libéra de mon emprise, pour les enfouir dans ses poches.
— Ash. Tu as fait aussi vite que tu as pu quand tu as su. Pour moi, c’est déjà beaucoup. Ne te fustige pas.

Il était vrai que Dean et Ashyrel devaient se connaître avant tout ça, par mon biais. Et ils s’étaient montrés un peu distants l’un envers l’autre. Le poids de leur chagrin avait fini par les éloigner, je le devinais sans mal.

— Nous n’étions pas aussi proches que toi et moi avons pu l’être, reprit-il, mais on s’entendait bien. Quand… tout a dérapé, nous nous sommes liés pour te retrouver. Il n’a jamais accepté l’idée que je finisse par abandonner. Il s’y refusait. Mais il aurait pu être suspecté par des chasseurs traînant dans le secteur, à force, alors nous avons tenté de le raisonner, Griffin et moi. Cela n’a pas été un franc succès. On a dû l’obliger à se ressaisir, et même après ça n’était pas… (Il se racla la gorge, les yeux fuyants.) J’ai dit à Dean qu’il pouvait me contacter n’importe quand, à n’importe quelle heure, s’il avait besoin d’aide, de quelqu’un à qui parler. Mais si j’ai eu quelques nouvelles au début, elles se sont espacées de plus en plus jusqu’à ce qu’il s’écoule plusieurs années sans que je ne lui parle.

Je me mordais tellement la lèvre que je finis par sentir un goût métallique dans ma bouche. Je tentai de calmer ma plaie du bout de ma langue, alors que quelques larmes s’échappaient de mes yeux, silencieuses. Mon cœur se tordait quand je songeais à ce qu’ils avaient pu endurer, tous. Et savoir que Dean s’était battu jusqu’à ce qu’on l’oblige à cesser, afin de me récupérer…
J’avais envie d’être près de lui et de le serrer contre moi pour ne plus le lâcher. Même après m’avoir retrouvé, il avait dû se forcer pour ne pas montrer à quel point il m’aimait et était soulagé, après toutes ces années, afin de ne pas me brusquer. Il pensait sans cesse à ce dont moi j’avais besoin, laissant ce qui était important pour lui, de côté.

Je n’osais imaginer comment je réagirais, s’il venait à disparaître. J’en serais anéantie, je le savais, le connaissant à la fois depuis longtemps et en même temps depuis peu. Mais mon âme savait ce qui était vrai.
Je ne pouvais pas envisager un monde dans lequel il me serait arraché.

J’entourai son bras des miens et mis ma tête contre lui, alors que nous reprenions notre marche. Il me laissa faire. Il me frotta même l’épaule de sa main libre, en voyant que je pleurais.

— Ne vous en voulez pas…, chuchotai-je. Vous avez fait ce que vous pouviez et personne n’était en mesure de savoir ce qui se passait réellement.

Il hocha lentement la tête, guère convaincu, cependant.
Nous n’étions plus très loin du chalet, quand je décidai de lui redonner le sourire. Mes larmes s’étaient taries. Comme l’auraient fait deux amis voulant se chamailler, je mis une main sur son épaule pour le pousser sur le côté. Mais ça n’avait pas été si fort que ça et il ne réagissait pas. Je retentai le coup, plus fort, cette fois. Il cilla à peine.
Il haussa un sourcil et tourna son visage vers moi.

— Qu’est-ce que tu essayes de faire ?
Ah ! Je décelais un peu de moquerie dans son ton. Au moins, je l’avais tiré de son mutisme.
— Je te prouve ma supériorité, le narguai-je.
— Pff, souffla-t-il avec mépris.

Cette fois, je mis mes deux mains pour espérer le faire bouger ne serait-ce que de quelques pas sur le côté ou le déséquilibrer. J’eus un sentiment de victoire en le voyant vaciller un peu. Il se ressaisit bien trop vite, en revanche.

— Petite joueuse.

Je n’eus pas le temps de le voir venir. Je me retrouvai par terre, la tête dans la neige. Grr ! J’avais aussi perdu de mes réflexes ? Ou bien étais-je encore trop bouleversée pour être vraiment concentrée ?

— Hé ! fis-je, indignée.

Il fit mine de ne pas m’avoir entendu et continua à marcher, en prenant un air fier, un sourire en coin plaqué sur les lèvres. Mission accomplie.
En réponse, il se prit une nouvelle salve de terre et de neige dans la tête.

Dean, qui nous avait entendu arriver et avait sûrement dû assister à ma chute également, paraissait amusé, adossé à la baie vitrée séparant le salon de la terrasse. Il haussa un sourcil en nous voyant de plus près, pleins de terre.

— Surtout ne pose pas de questions, ça vaut mieux, lui conseilla Ashyrel.
— Il ne veut pas admettre que je l’ai battu, me vantai-je avec immaturité, du haut de mes vingt-trois ans.
— Si c’est ce dont tu es persuadée, qui suis-je pour briser tes rêves ? ironisa-t-il en levant les mains au ciel en un geste d’innocence.

Ouais. Je le connaissais à peine, et au final, j’avais l’impression d’avoir le comportement que la Lyn d’avant aurait eu avec lui. Tout comme j’étais venue vers lui la première fois pour lui jeter de la terre dans les yeux, ces chamailleries semblaient sceller à nouveau notre amitié.

Nous parvînmes à la terrasse et je souris à Dean, qui me le rendit bien. Une nuée de papillons s’envola dans mon ventre. Je me retins de me ruer sur lui, mais vins me poster à ses côtés.
Nous regardâmes tous les deux Ashyrel, qui nous adressa un signe de tête.

— Madame, monsieur, fit-il d’un ton théâtral. J’ai été ravi de m’entretenir avec vous, mais je dois me retirer.
Je levai les yeux au ciel en secouant la tête, esquissant un rictus.
— Au revoir, Ashyrel, répondit Dean, qui semblait un peu moins distant avec lui.

La tension s’était atténuée. Pas totalement, mais c’était un début. Le fait qu’il se dise que ça s’était bien passé jouait là-dedans.
L’oiseau s’inclina légèrement devant nous avec un air espiègle, puis descendit les marches de la terrasse. Nous le vîmes se diriger vers la cabane à outils et se planquer derrière. Je fronçai les sourcils.

Un instant plus tard, un corbeau surgit de ce recoin-là, noir comme la nuit et bien plus grand que ses congénères. Il avait assez de forces pour tenir des pans de ses vêtements dans son long bec, le reste s’agitant au gré du vent, en dehors. Il était vraiment impressionnant.

Ses longues ailes se mirent à battre l’air, et il décolla. Il sembla nous adresser un dernier regard, avant de voler au loin, au-dessus de la forêt.

— Il a des manières assez étranges, parfois, non ? souris-je en regardant toujours devant moi, fixant le point où il avait disparu quelques instants plus tôt.
Dean se mit à rire.
— C’est ce que je te disais souvent. Tu ne voulais pas l’admettre, m’informa-t-il.
— Eh bien profite, parce que je suis d’accord avec toi.

Alors qu’il allait répondre, je ne pus plus résister, en le regardant. Je le pris dans mes bras, posant ma tête contre sa poitrine.
Un peu surpris au début, il ne bougea pas tout de suite. Puis il m’étreignit à son tour.

— Qu’est-ce qu’il y a ? chuchota-t-il, ses lèvres sur mon front.
J’inspirai son parfum et en fus apaisée.
— Merci de l’avoir appelé, finis-je par dire. Et pour tout le reste.

Je ne mentionnai pas ce que je savais. Et peut-être qu’il le devinerait, qu’il se douterait qu’Ash m’en avait parlé.
Il mit une main dans mes cheveux. Ce geste me fit agréablement frissonner.

— Je ferais tout pour toi, Lyn.

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Chapitre 9
Chapitre 11
Dernière modification par Chloe38200 le ven. 28 mai, 2021 10:58 am, modifié 1 fois.
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