L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

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annabethfan

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Long chapitre aujourd'hui et un de mes préférés je pense parce qu'il a une vibe noël qui fait du bien en octobre haha !

Vous le verrez, mais lors du passage entre Théa et Julian dans la nurserie, je vous invite à écouter la chanson "Loin du froid de décembre" de Anastasia parce que je trouve qu'elle colle parfaitement et c'est juste mon dessin-animé préféré avec de superbes chansons ! (Je ne vous raconte pas notre duo avec Perri sur "La rumeur de Saint-Petersbourg" accapela, vraiment on est prêtes pour The Voice haha).


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https://www.youtube.com/watch?v=SkZdH0d02Zk&t=73s

"Je me souviens il me semble

Des jeux qu'on inventait ensemble

Je retrouve dans un sourire

La flamme de mes souvenirs

Et au loin, un écho

Comme une braise sous la cendre

Un murmure à mi-mots

Que mon coeur veut comprendre

Une ancienne ritournelle

Loin du froid de décembre"
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Chapitre 26 : Rallumer les étoiles

« C'est Noël : Il est grand temps de rallumer les étoiles... »

-Guillaume Apollinaire -



// 24 décembre 1979 //


Julian devait avouer qu'il ne s'était pas attendu à grand-chose de ce premier noël avec les Grims. Il n'y avait même pas trop réfléchi, évitant de s'attarder sur la pensée que ça serait surtout le premier noël sans sa mère. C'est sans doute pour cela qu'il ne s'était pas attendu à l'immense sapin qui trônait dans le salon ce matin du 24 décembre quand il descendit et il s'arrêta dans l'embrasure, surpris.

Il avait été placé dans un coin de la pièce mais était si énorme qu'il en prenait quand même un espace conséquent, vert et triomphant. Et certainement très lourd au vu de la grimace de Théa qui s'efforçait de l'installer, ployant sous le poids de l'arbre avec Charlotte perchée sur un escabeau qui tentait de le tirer.

- Mais qu'est-ce que vous fabriquez ? s'exclama-t-il.

- Elles installent le sapin, ça ne se voit pas ? répondit Leonidas qu'il n'avait pas vu, tranquillement assis dans un fauteuil en train de fumer sa cigarette.

- Si, je le vois. Mais pourquoi toutes les deux ?

- Tu dormais, espèce de fainéant ! lui lança Théa.

- Non mais je pensais à Tikky ou Archer ou n'importe qui d'autres ! A toi, par exemple, ajouta-t-il en direction de son parrain.

Leonidas sourit.

- Ah mais moi je suis l'adulte qui supervise, voyons. Et c'est une sorte de tradition familiale : les enfants installent toujours le sapin. Bon, Archer est encore enfermé dans sa chambre donc les filles sont toutes seules pour l'instant, je le reconnais.

- On a qu'à mettre le portrait d'Elizabeth à la place de l'étoile, ça le ferait peut-être venir...

- Théa, sois compatissante.

- Je le suis ! Je trouve ça vraiment injuste qu'il ne puisse plus la voir. Mais il s'en sert comme excuse pour ne pas nous aider !

- Et bien heureusement que Julian est là maintenant !

Trahi, il fusilla Leonidas du regard. Il venait de se réveiller, il n'avait pas envie de se faire piquer par les branches d'un sapin.

- On ne peut pas utiliser la magie ? suggéra-t-il. Le MACUSA ne remarquerait rien dans une maison de sorciers !

- Et où serait le sens de l'effort dans tout ça ? opposa Lysandra en arrivant soudain, deux tasses de café dans les mains.

Elle en passa une à Leonidas et s'assit dans le fauteuil près de lui.

- Merci, ma chérie, dit-il. Elle a raison, un sapin ça se mérite ! Celui de 1945 est tombé sur la tête de Robert par exemple. Bien que je ne sois pas encore totalement certain que Cordelia ne l'ait pas poussé sur lui, il l'a d'autant plus apprécié quand il a terminé.

- Le premier qui pousse ce sapin sur ma tête reçoit un sort, menaça Charlotte, tanguant sur son escabeau.

Julian décida qu'il n'avait pas envie de passer son noël à l'hôpital à cause d'une cheville cassée et il se précipita pour l'aider. Il retint un juron en sentant les épines du sapin lui piquer la peau, mais il continua à tirer avec sa sœur pendant que Théa poussait de toutes ses forces de l'autre côté. Dans un dernier effort, le sapin se hissa ainsi à la verticale, ballotant quelques secondes avant de se stabiliser. Leonidas et Lysandra applaudirent.

- Pas mal, apprécia son parrain. Vous pouvez êtes fiers de vous !

- On sera fiers quand il sera décoré, corrigea Charlotte en tirant deux grands cartons vers eux. Tout est là-dedans !

- Je m'occupe des guirlandes ! dit Théa.

Elle se mit à genoux devant le premier carton et en sorti une grande guirlande rouge parcourue de traits lumineux. Elle était visiblement enchantée pour scintiller sans arrêt et Théa l'enroula autour de son cou comme un boa de carnaval.

- Alors ? fit-elle en redressant le menton. De quoi j'ai l'air ?

- D'une aristocrate ruinée qui prend des guirlandes de noël pour s'habiller, jugea Lysandra d'un ton neutre.

Julian éclata de rire en même temps que les autres et Théa se contenta de rouler des yeux avant de mettre la guirlande à sa place, à savoir sur le sapin. A eux trois, ils se mirent donc à fouiller dans les cartons pour trouver les meilleurs décorations. Les Grims en avaient accumulé une bonne collection : il trouva des fées en cristal, des petites baguettes magiques ouvragées, des boules peintes à la main, des véritables flocons figés par magie pour ne pas fondre... La moitié des guirlandes scintillaient de toutes les couleurs et même si l'ensemble formait un tout fantasque, c'était étrangement bien assortis. A un moment, Leonidas se leva de son fauteuil pour mettre un disque sur le gramophone qui trônait sur un guéridon près de la fenêtre. Des notes de gospel retentirent et Lysandra se mit à battre la mesure sur sa tasse de café.

- Oh non, pas encore The Soul Magic, râla Théa.

- Meilleur groupe américain des années 50, un peu de respect, lui rétorqua Leonidas avant de tendre la main à Lysandra.

Cette dernière soupira, mais accepta. Tout en continuant à accrocher les boules de noël, Julian sourit devant le spectacle qu'offraient son parrain et sa femme : il la faisait tournoyer au milieu des meubles du salon au rythme de la musique cadencée et entraînante alors qu'elle essayait de se retenir de sourire. Charlotte poussa un cri d'encouragement, souriant si fort que son visage s'éclaira. Elle se mit à se déhancher sur place et lui glissa un regard évocateur. Il secoua la tête immédiatement.

- Non, Lottie !

- Allez !

- Non... J'ai dit non...

- S'il te plaît, plaida-t-elle avant de lui prendre les mains pour le tirer loin du sapin.

Théa se mit à se moquer de lui.

- Allez, Julian ! lui lança-t-elle.

- Je ne sais pas...

- Mais si tu sais, coupa Charlotte. C'est noël !

- Et les miracles ont des limites.

Mais sa sœur ne l'écouta pas. Elle continua à le tirer et ils se retrouvèrent à côté de Leonidas et Lysandra. Il tenta de copier leur mouvement du mieux qu'il put, mais ni lui ni Lottie n'avait leur talent. Ils se contentèrent de danser au hasard et il la fit tourner sous son bras tendu pendant qu'elle riait à gorge déployée. Il n'arriva pas à refreiner son sourire. Il revoyait son visage baigné de larmes chez leur grand-mère Jeanne le soir où il était venu la réconforter à cause du déménagement. Elle était complètement transformée et il voulait la voir comme ça tous les jours : heureuse, souriante, amusée.

- Ne me marche pas sur les pieds ! cria-t-elle en riant.

- C'est toi qui marche sur les miens !

- Oh Morgane, s'amusa Théa. C'est un désastre.

- T'as qu'à venir pour voir, lui rétorqua-t-il.

Elle sourit d'un air malicieux et leva sa guirlande.

- Je m'occupe du sapin, désolée.

Il allait lui répondre qu'elle prenait un peu trop ce fichu sapin comme excuse lorsque Leonidas fit tourner Lysandra trois fois avant qu'elle ne revienne vers lui et qu'il la soulève quelques secondes dans une chorégraphie parfaite. Il resta bouche-bée.

- Ok, j'abandonne ! déclara-t-il.

Charlotte le laissa s'échapper de leur piste de danse improvisée de bonne grâce et il retourna fouiller dans les cartons. La première boule qu'il tira était différente des autres : la peinture dessus était mois maîtrisée et un nom s'inscrivait sur sa surface.

- Robert... lut-il. Eh pourquoi il y a le nom d'oncle Robert sur celle-ci ?

Son parrain, qui pouvait apparemment parler et danser en même temps, releva la tête tout en continuant à tourner sur place, une main enroulée autour de la taille de Lysandra.

- Oh, ça, dit-il, surpris. Je ne savais même qu'on les avait encore ! C'est une des boules qu'on avait faites nous-mêmes en noël. Chacun avait fait la sienne et signé de son nom.

- J'ai la tienne ! annonça Théa en leur présentant une boule entièrement peinte en rouge et bordée de motifs indigo. Elle est jolie !

- Je crois qu'on a cassé celle de Cordelia quelques années plus tard...

- C'est moi qui l'ai cassé, intervint Lysandra. Sans faire exprès, bien sûr.

Leonidas lui jeta un regard dubitatif.

- Bien sûr, répéta-t-il.

Elle se contenta de lui adresser un sourire innocent qui ne lui allait pas du tout. Julian réalisa qu'elle avait un peu le même que Matthew quand il tentait de mentir à des professeurs : ça tenait plus du rictus qu'autre chose et ça les trahissait directement.

- Oh Ju', regarde ! s'exclama soudain Charlotte. J'ai trouvé celle de maman !

Il se retourna. Assise en tailleur devant le second carton, sa sœur tenait entre ses mains une boule verte avec un corbeau et un rouge-gorge peints dessus. Il reconnut le style de sa mère en un coup d'œil : il était certes moins élaboré que ce qu'il avait été une fois adulte, mais sa touche était là. Une boule se forma dans sa gorge.

Instinctivement, il tendit la main et Charlotte lui céda la boule. Du bout du doigt, il traça les lettres noires qui formaient son prénom : Aurélia. Il tenta de se l'imaginer plus jeune, assise à la table du salon avec un air concentré sous son rideau de cheveux blonds et un pinceau à la main entourée de Robert, Cordelia et Leonidas. La boule aux creux de sa gorge se serra.

- Elle était plus douée que nous tous pour la peinture, commenta Leonidas en s'approchant.

- Oui, elle était douée pour tout ce qui était artistique... Mais elle préférait l'aquarelle.

- Elle faisait des tableaux ? interrogea Lysandra qui s'était rassise dans son fauteuil.

- Pas souvent... dit-il. Elle disait toujours qu'elle n'avait pas le temps.

- Ah la vie de mère. Un travail à plein temps.

- Qu'est-ce que t'en sais ? fit Théa, perchée sur l'escabeau à enrouler une énième guirlande. (Elle se figea en plein mouvement et parut réaliser la dureté de sa question). Pardon, je ne voulais pas le dire dans ce sens-là...

Lysandra balaya ses excuses de la main.

- Oh crois-moi j'ai l'habitude. Et je le sais parce que j'ai vu ma sœur avec ses trois enfants.

Julian tiqua. Il ne voulait pas causer de disputes et se retint de commenter, mais il savait que Cassiopée Bones, tout honorable qu'elle soit, ne pouvait pas être appelée une mère présente. Pas plus que son mari. Il avait assez écouté Matthew s'en plaindre à mots couverts pour le savoir. Il savait que c'était un sujet douloureux pour son meilleur ami et que son orgueil l'empêchait de s'étendre dessus. Il avait simplement deviné, au cours des années, que Matthew en voulait surtout à son père de pas avoir été assez présent pour lui quand il était petit, lui le premier enfant arrivé par surprise. Ce n'était pas un hasard si les Bones avaient ensuite attendu presque dix ans pour ravoir des enfants.

Il n'eut de toute façon pas à répondre car grand-mère Isadora entra à cet instant. Ses yeux perçants se posèrent immédiatement sur leur sapin.

- Et bien, beau travail ! Il n'avait pas été aussi beau depuis longtemps.

- C'est parce qu'Archer a un sens de la décoration proche du niveau d'un strangulot, rétorqua Théa. Cette année, j'avais de meilleurs coéquipiers.

Du pouce, elle le désigna lui et Charlotte et il lui jeta un regard indigné.

- « Coéquipier » ? répéta-t-il.

- Déjà t'es arrivé en retard, Julian, t'as rien à dire.

Il se retint de la pousser dans le sapin.

- Bon allons les enfants, rappela à l'ordre grand-mère Isadora. C'est une journée chargée, je dois aider Tikky à préparer le repas de ce soir et à installer les décorations. (Elle pivota, sa canne fermement à la main). Leo ! Ne pense pas partir comme ça, tu vas m'aider. Ça te maintiendra occupé en ce noël difficile. Lysandra, bien entendu, tu es la bienvenue pour te joindre aux préparations.

- C'est aimable à vous, Mrs Grims.

Lysandra inclina la tête poliment même si ses lèvres pincées indiquaient clairement qu'elle aurait préféré ne pas être convié à une telle tâche. Julian faillit lui rappeler sa formule du « sens de l'effort », mais il s'attarda sur le visage de son parrain qui s'était fermé. Il se demanda ce que sa grand-mère entendait par « noël difficile ». Il faillit poser la question, mais Théa le tira par la main.

- On va vous laisser à l'organisation, dit-elle en se dirigeant vers la porte. A plus tard !

Ils sortirent donc tous les trois de la pièce au son des dernières notes de gospel que laissaient échapper le gramophone. Dès que la porte se referma sur eux, sa sœur se mit à bondir sur place.

- Je vais aller chercher papa et tante Cordelia, on doit aller faire une balade pour voir New York à noël ! Ils m'ont promis ! Vous voulez venir ?

- Avec cette neige ? s'exclama-t-il en même temps que Théa.

Charlotte éclata de rire.

- Surtout avec cette neige ! Mais c'est pas grave, restez-là, je pourrais vous trouver des cadeaux.

- Charly, tu n'as pas besoin de...

- Arrête Lottie, tu ne vas pas...

Mais avant d'entendre leurs protestations, Charlotte était parti avec un signe de la main vers le petit salon où Julian entendait son père et sa tante terminer leur petit déjeuner. Il soupira.

- Laisse-la, conseilla-t-il à Théa tandis qu'ils commençaient à remonter les escaliers, elle n'écoute jamais rien.

- Et pourtant, c'est pas faute d'avoir essayé, je me trompe ?

Il grimaça.

- Lottie a gagné une certaine... indépendance depuis deux ou trois ans, admit-il.

- Elle n'a plus quatre ans, c'est tout.

Sans bien réussir à déterminer pourquoi, la remarque de sa cousine – qui n'était pas plus méchante que celles de d'habitude sur l'échelle de Théa Grims – le piqua d'agacement et il crispa sa mâchoire avant de répondre :

- Je sais, merci. Tout le monde n'arrête pas de me le rappeler.

- Parce que tu as l'air de souvent l'oublier, c'est tout, dit-elle en passant le premier pallier. Ça aussi on te l'a déjà dit. Je ne suis pas souvent d'accord avec Liam et pourtant je...

- C'est bon, Théa, s'exaspéra-t-il. J'ai compris ! Tu vas continuer à me dire comment je dois être avec ma sœur longtemps ?

Surprise, Théa ralentit et il la dépassa de plusieurs marches avant de s'en rendre compte. Il se retourna. Le visage impassible – ce masque si déroutant qu'il l'avait abordé tant de fois les premières semaines aux Etats-Unis –, elle le fixa plusieurs secondes avant de se reprendre.

- Eh, ne t'en prends pas à moi juste parce que quelqu'un ose enfin te dire la vérité ! Charly a peut-être explosé une fois, mais clairement t'as besoin de rappels plus constants.

- Mais qu'est-ce que t'en sais même ? Tu la connais depuis deux mois !

- Julian, il faut être aveugle pour ne pas voir qu'elle demande à ne plus être couvée par la mère poule que tu es avec elle !

A nouveau, il se crispa. Ils s'étaient tous les deux arrêtés en plein milieu de l'escalier désormais et il s'en voulut presque d'avoir laisser transparaître son agacement. Théa était le genre de personne à s'échauffer en une seconde, comme le montrait parfaitement cette conversation. Pourtant, pour une fois, il n'eut pas envie de la laisser gagner en balayant sa remarque de côté. Il voulait qu'elle comprenne.

C'était bien beau pour les autres : ils ne voyaient Charlotte que comme Charly, la nouvelle personnalité joyeuse et fonceuse de sa sœur. Ils ne connaissaient pas la petite fille qui s'était accrochée à lui le jour de sa rentrée à Poudlard, celle qui venait le voir les larmes aux yeux parce qu'une fille de son dortoir n'arrêtait pas de l'exclure des conversations, ou encore celle qui s'était éreintée à faire du sport tout un été parce qu'un garçon de sa classe lui avait dit qu'elle était trop grosse. Lui, il avait été là pour chacune des étapes. Et même s'il savait que Lottie avait gagné en assurance, il savait aussi que ses insécurités n'étaient pas loin sous la surface.

Avant, leur mère aidait souvent Charlotte à surmonter ses peurs et à l'apaiser. Elle lui faisait aussi garder les pieds sur terre en lui rappelant l'importance de sa réussite scolaire. Aujourd'hui, comme le rappelait Théa, il n'y avait plus que lui pour endosser ce rôle et il eut l'impression de sentir une corde se rompre dans sa poitrine.

- Qu'elle demande à ne plus être couvée par la mère poule, hum ? répéta-t-il en haussant la voix sûrement trop fort. Mais Théa, si je ne le fais pas, qui le fera ? Au cas où si t'as échappé, on n'a plus de mère ! Et notre père commence tout juste à remonter la pente ! Alors Lottie peut faire ce qu'elle veut, mais elle ne s'en plaignait pas cet été quand je répondais à chacune des lettres de condoléances qu'on recevait au nom de toute la famille ; elle ne se plaignait pas non plus quand je gérais la plus grande partie du déménagement alors qu'elle passait ses journées avec ses amies ! Je n'ai rien dit, je l'ai laissé faire ! Je voyais qu'elle en avait besoin pour aller mieux et je l'ai laissé faire. Mais ça ne veut pas dire qu'elle peut faire tout ce qu'elle veut ici. Si personne n'est là pour lui rappeler, elle se concentrait seulement sur le Quodpot ou les acrobaties sur balai alors qu'elle a un examen à rattraper en janvier ! C'est bon, vous comprenez maintenant ?

Et dans un accès d'irritation, il donna un coup sur la rampe d'escalier pour ponctuer sa tirade avant de se remettre à monter les marches. Il se sentit brusquement plus léger, comme si un poids avait été levé de sa poitrine. Il aurait sans doute encore pu continuer pendant de longues minutes sur cette lancée, mais sa colère était apaisée pour le moment. Il avait pu l'extérioriser, au moins dans une infime partie, et il espéra que Théa comprenait mieux. Malgré tout, il laissa les mots de sa cousine tourner dans sa tête : il devait mettre sa mauvaise foi de côté et reconnaître qu'elle avait raison. C'est juste qu'il avait du mal à s'adapter à l'évolution de sa sœur...

- Julian ! Attends !

Il se retourna. Deux par deux, Théa montait les marches au pas de course pour le rattraper. Elle le rejoignit en quelques enjambées, ses cheveux bruns se balançant en rythme.

- Quoi ? fit-il un peu trop sèchement.

- Désolée, d'accord ? Marque-le bien, je ne le répéterai pas, mais je suis désolée. Je n'avais pas à te dire ça, surtout pour si peu... C'était plus une remarque générale mais ce n'était clairement pas le moment et... je n'avais même pas à le faire. Donc désolée.

Pris au dépourvu par ce changement radical, il dévisagea sa cousine. Elle garda ses yeux bleu cobalt plantés dans les siens.

- Il est où ? lâcha-t-il.

- Il est où quoi ? rétorqua-t-elle, sourcils froncés.

- Le polynectar que vous avez pris pour imiter Théodora Grims.

Ce fut à son tour de le dévisager, puis un sourire étira son masque froid, révélant la Théa qu'il avait appris à connaître. Elle éclata de rire.

- T'es un idiot, Julian. Vraiment.

Il lui fit un simulacre de révérence.

- Ravi de vous divertir, Votre Altesse.

- Mais arrête avec ça ! Je vais tuer Liam Cooper !

Elle roula des yeux. Puis, aussi vite qu'il était arrivé, son sourire se réduisit avant de s'évanouir et elle resta songeuse face à lui. Il se fit la remarque qu'elle avait les traits étonnements expressifs. Elle ne les tenait certainement pas de sa mère, toujours si composée, même si elle partageait ensemble leurs yeux et la forme de leur nez retroussé. Soucieux de ne pas relancer une dispute, il la laissa chercher ses mots alors qu'elle hésitait visiblement à lui dire quelque chose.

- Tu sais ce que tu disais... commença-t-elle, le regard dans le vague. Sur le fait que ta mère n'était plus là maintenant...

- Oui... ?

- Ca ne t'a pas fait... bizarre de quitter votre apparemment à Londres ? De quitter l'endroit où vous viviez avec elle ?

Il ne s'était pas attendu à cette question. Avec un coup au cœur, l'image de leur salon à Londres s'imposa à lui dans une image presque déformée. Ce n'était pas la dernière vision qu'il en avait eu, c'était celle que son esprit conservait où toute la famille y était réunie pour fêter noël. Il déglutit pour essayer de ravaler la boule familière dans sa gorge.

- Si, évidemment... répondit-il. Pour l'instant, l'appartement est loué à un couple sorcier donc je sais qu'on pourra le récupérer en rentrant mais ça fait quand même bizarre. Pourquoi ?

- Parce que ça m'a fait penser à quelque chose... Au fait que les gens ne sont plus là, mais que leur souvenir est partout dans un lieu.

Incertain, il commençait malgré tout à avoir une petite idée de ce dont elle parlait. Il retourna les mots plusieurs fois dans sa tête avant d'avancer prudemment :

- Et tu le sais à cause de Théo ?

Théa tressaillit.

- En quelque sorte... Je pensais aussi à grand-père Gerbert. En fait, je pensais surtout à une pièce dans la maison... (Elle hésita encore une seconde avant de se remettre en marche). Viens avec moi.

Sans l'attendre, elle continua à monter l'escalier, le dépassant d'un pas volontaire. Il lui emboîta le pas sans protester, curieux. Arrivés au troisième étage, ils s'engouffrèrent dans le couloir qui donnait sur les chambres de Théa et de tante Cordelia. Il ne s'y était jamais aventuré, se contentant de regarder depuis le pallier pour ne pas empiéter sur leur espace personnel. Cette partie de la maison n'était de toute façon pas bien différente de la sienne : même boiseries, même tapis qui recouvrait le parquet ancien, même lustre en cristal pour éclairer... Ils dépassèrent plusieurs portes avant de s'arrêter devant celle au fond du couloir. Il la contempla, perplexe.

- Pourquoi tu... ?

- Attends, coupa-t-elle d'une voix tremblante. Laisse-moi deux minutes. Je ne suis plus rentrée ici depuis des années.

Il se tut. Il comprenait le besoin de Théa de s'armer pour faire face à ce qui se cachait derrière ce battant, peu importe ce dont il s'agissait. Il se mit à compter dans sa tête. Il était presque arrivé à cinquante quand elle hocha finalement la tête.

- On peut entrer, déclara-t-elle.

Et sans attendre, comme pour s'empêcher de partir en courant, elle ouvrit la porte. Le ruban rouge qu'elle portait au poignet accrocha un rayon de soleil venu de la fenêtre à leur gauche et il se concentra sur la nuance vermeille avant de lever les yeux vers la pièce nouvellement dévoilée. Il passa le seuil, le souffle coupé. Il ne s'était pas attendu à ça.

Plongée dans l'obscurité, il distingua d'abord la silhouette d'un berceau en plein milieu de la pièce qui était visiblement une chambre d'enfant. Des cubes avec des petits sorciers gravés dans le bois s'alignaient sur un grand tapis et un cheval à bascule, presque fantomatique, se découpait juste derrière. Il avança un peu plus. Contre le mur, une grande armoire en bois s'élevait presque jusqu'au plafond et il plissa les yeux pour tenter de lire l'inscription latine qui recouvrait les portes. Théa se chargea de traduire :

- « Il faut être enfant dans l'enfance pour être raisonnable dans l'âge de la raison », murmura-t-elle d'une voix atone.

Julian déglutit. Il remarqua soudain les dessins sur le papier peint délavé : des fées dans un jardin qui voletaient autour de gnomes, des géants autour d'un feu, un chaudron qui explosait en milles couleurs... Au début, il crut que l'obscurité lui jouait des tours mais il se rendit compte que les dessins se mouvaient lentement, comme au ralenti. Le sortilège à l'œuvre devait s'être estompé au fil du temps et personne n'était venu le relancer.

- C'était...

- La nurserie, oui, dit Théa en confirmant son intuition. La chambre pour jouer... Tous les enfants de la famille commencent leur vie ici. Théo ne l'a jamais quitté.

Du bout des doigts, elle traça un sillon de poussière sur une petite table où reposait une dînette complète, figée dans une mise en scène presque angoissante.

- Je ne voulais plus revenir ici après... après l'enterrement. Ma mère a essayé, mais je me mettais à pleurer. Grand-père a eu pitié. A ce qu'il parait, il m'a sorti en m'arrachant au bras de ma mère et la nurserie a été fermée à clé pendant des années. Même Tikky avait interdiction d'y entrer.

- Théa...

- Je ne sais pas pourquoi je voulais te montrer ça... Je me suis dis que tu comprendrais, même si c'est différent...

Elle avait raison. Leur situation était différente. Elle avait perdu un frère il y a plus de dix ans, il venait de perdre une mère. Et pourtant, il comprenait la douleur qu'elle ressentait : elle était universelle, transcendait le temps et dépassait les liens familiaux.

- Je comprends, Théa, souffla-t-il. Vous étiez souvent ensemble ici ?

- Tout le temps. Je m'en souviens à peine, mais j'ai des flash parfois... Tu vois le cheval juste-là ? dit-elle en le désignant d'un geste de la main. Il adorait monter dessus et je me mettais derrière pour le faire bouger, comme s'il galopait. Enfin, je ne sais même plus si je m'en souviens ou si on me l'a raconté...

Il hocha la tête. C'était souvent le problème avec l'enfance. Les souvenirs finissaient par se brouiller avec les récits racontés. Prudemment, il s'approcha du cheval et toucha les poignées sur le côté. Le jouet se mit à se balancer doucement d'avant en arrière.

- De quoi tu te souviens ? De Théo, je veux dire ? osa-t-il demander.

- Hum... Je ne sais pas, c'est assez flou comme je te dis... Je me souviens surtout de l'enterrement et de Leonidas qui me tient la main. Je me souviens d'entendre ma mère hurler quand le cercueil descend en terre.

Julian grimaça. Pas étonnant que le souvenir de Théo reste si douloureux pour Théa si elle n'avait que le traumatisme de sa disparition en tête. Lui au moins pouvait penser aux bons moments avec sa mère. Il s'accrochait à ça même. Sur une idée soudain, il s'assit sur le tapis en tailleur et il fit signe à sa cousine de le rejoindre.

- Viens, on va essayer quelque chose, suggéra-t-il.

- Quoi ?

- Tu vas regarder tous les objets ici : les cubes, la dinette, le cheval, l'armoire, les poupées... Peu importe. Et tu vas essayer de te souvenir d'un moment avec Théo.

- Mais je t'ai dit, je ne m'en souviens pas...

- Pas grave : invente.

Elle haussa un sourcil.

- A quoi ça sert ?

- A tenter de le retrouver... A tenter de te souvenir de lui pour autre chose que sa mort.

- Mais...

- Allez, essaye.

Théa soupira. Peut-être que le ton de défi de sa voix la fit plier, mais elle s'exécuta. Elle promena ses yeux sur l'ensemble de la pièce avant de s'arrêter sur la dinette.

- Je crois... je crois qu'il détestait y jouer avec moi. Il disait que c'était un jeu de filles. Archer et lui ont rempli toutes les tasses de terre un jour et j'étais furieuse.

- Archer venait souvent ?

- Oui. Il avait juste un an de plus que nous donc il était aussi beaucoup dans la nurserie. Il pouvait passer des heures là-bas à jouer avec des figurines de sorciers et à inventer des combats magiques. Il piquait une crise si Théo ou moi on y touchait.

Julian sourit. Il arrivait parfaitement à se l'imaginer.

- Quoi d'autre ? pressa-t-il.

- En fait, il y a une chose dont je me souviens... avoua-t-elle avec prudence. Je suis pratiquement sûre que je ne l'ai pas inventé au moins. (Elle leva son bras et désigna son ruban rouge). C'est Théo qui me l'a offert, révéla-t-elle après quelques secondes. C'était sur une de mes tenues pour un mariage d'un ami de la famille. Nos parents nous avaient demandé d'être sages, mais on avait quatre ans... Ma robe s'est prise dans les ronces du jardin où avait lieu la réception et je me suis mise à pleurer quand mon ruban s'est déchiré parce que j'étais sûre que j'allais être grondée. Théo a dit qu'il était joli même comme ça et il l'a noué à mon poignet.

- Et alors ? Ta mère a dit quelque chose ?

- Oh oui, elle a crié dès qu'on est rentrés. Mais j'aimais bien le ruban comme ça alors je le remettais souvent. (Soudain, elle eut les larmes aux yeux et il lui laissa le temps de se reprendre avant qu'elle ne poursuive). Quand Théo a été hospitalisé, il portait un bracelet d'identification. Il le détestait, il n'arrêtait pas de vouloir l'enlever... Alors je lui ai mis mon ruban à l'autre poignet pour faire plus joli.

Avant même qu'elle ne termine son histoire, Julian comprit où elle voulait en venir. Ce ruban avait représenté son lien avec son jumeau malade avant que la maladie ne l'emporte et elle l'avait récupéré à sa mort. Son estomac se contracta en songeant que c'était encore un objet qui la rattachait au destin tragique de Théo.

- Théa...

- Je suis désolée, murmura-t-elle en battant furieusement des cils pour retenir ses larmes. Je sais que ce n'est pas vraiment ce que tu veux entendre. Je suis sûre qu'on t'a dit que la douleur finit par s'estomper avec le temps, que ça finira par aller mieux... C'est vrai en un sens. Il y a des jours où tout va bien. (Elle serra les poings sur ses genoux). Mais Théo... C'était la moitié de moi. Sur les photos de nous bébés, on n'arrive même pas à nous distinguer avant que mes cheveux commencent à pousser. Et j'ai l'impression que... qu'on m'a volé la moitié de ma vie depuis dix ans. Mon frère, mon père...

- Je sais... Moi aussi, j'ai l'impression que c'est toute ma vie qui a été arrachée. Mais... j'ai aussi gagné autre chose en échange.

Théa émit un ricanement étranglé.

- Quoi ? Un vieux manoir et une famille timbrée ?

- Un patrimoine immobilier et une cousine sur laquelle me défouler, corrigea-t-il avec pragmatisme.

Cette fois, l'éclat de rire de Théa vint du fond de sa gorge et elle rejeta la tête en arrière en riant. Il l'imita. C'était étrange de rire dans un endroit pareil qui portait tout le poids du deuil d'une famille, mais il eut l'impression que les couleurs du papier peint en étaient déjà plus vives. Dans un geste spontané, Théa lui attrapa soudain la main et la serra avec force.

- Merci Julian...

- Je n'ai vraiment rien fait.

- Non, c'est vrai, reconnu-t-elle. Mais tu es le premier à comprendre que j'ai peut-être juste besoin d'en parler sans qu'on me dise grand-chose en retour.

Il hocha la tête, touché.

- Enfin, ne t'inquiète pas, reprit-elle avec son assurance plus coutumière. Ça ne veut pas dire que je vais te faire des faveurs au Club de Duels. Tu vas continuer à mordre la poussière.

- C'est ça, n'y compte pas, je vais finir par comprendre ton style. Et ce jour-là, tu n'auras même plus le temps d'attraper ta baguette avant d'être désarmée.

Théa roula des yeux en faisant une moue dubitative. L'air plus léger, elle se releva finalement et l'imita avant de se diriger vers la porte. Elle fit bouger une dernière fois le cheval à bascule avec un air nostalgie, puis elle le rejoignit avant de refermer le battant sur la nurserie de son enfance. Il espéra qu'elle arriverait à y entrer à nouveau le cœur plus léger.

Ils retraversèrent le couloir en silence, encore habités par l'étrange atmosphère de la chambre d'enfants, et aperçurent au dernier moment Leonidas qui montait les escaliers.

- Ah vous êtes là, s'exclama-t-il. Je vous cherchais. Ethan, Charly et Cordelia sont partis faire des courses de dernière minute. Ça vous dérange de nous aider à terminer d'installer les décorations ?

- Je croyais que vous n'aviez justement pas besoin de nous ?

- Isadora a sous-estimé la charge de travail. Surtout que nous aurons... des invités en plus.

Julian sentit une once d'espoir s'allumer en lui.

- Quoi ? Qui ?

- Pas d'Angleterre, s'empressa de préciser son parrain d'un ton désolé. Mais il faut aménager un peu le salon pour accueillir tout le monde. Théa, tu peux aller chercher la couverture rangée dans l'armoire de la chambre de ta mère ?

- La couverture ? Mais pourquoi ?

- Je vous explique après.

Théa soupira, mais obtempéra. Elle repartit en arrière dans le couloir et il attendit qu'elle s'engouffre dans la chambre de sa mère avant de poser la question qui était restée dans un coin de sa tête à son parrain :

- Eh Leo ? Pourquoi grand-mère a parlé d'un noël difficile ?

- Oh... Hum... D'habitude, je ne fête pas noël avec les Grims, avoua-t-il, l'air soudain triste. Je viens autour des fêtes bien sûr, mais je le passais le réveillon dans ma maison d'enfance à Boston. Cette année est un peu différente... Je voulais être là pour toi et Charly, bien sûr, mais surtout... Ma mère est malheureusement décédée le mois dernier. Ça n'aurait pas eu de sens de rester seul avec Lysa à Boston dans une grande maison vide.

Choqué, Julian garda le silence. Il n'avait eu aucune idée que la mère de Leonidas était morte récemment et personne ne l'avait prévenu. Il se sentit mal pour son parrain. Même adulte, perde une mère restait une épreuve et il eut l'impression que le lien entre eux se renforçait étrangement. Il songea une seconde à lui adresser ses condoléances, puis il se rappela qu'il avait lui-même détesté ce genre de paroles vide de sens. Il se contenta d'être sincère.

- Je suis désolé...

- Merci... Tu sais, elle était malade depuis longtemps. Ses poumons n'arrivaient plus à suivre. Elle s'est endormie et ne s'est pas réveillée. Finalement, c'est peut-être ce que je lui souhaitais. Mais allons, c'est noël et il vaut mieux tenter de penser à autre chose. Je ne voulais pas vous le dire tout de suite pour justement éviter de vous rappeler des sentiments douloureux pour ces vacances.

- Ouais... Ca fait bizarre de fêter noël sans elle.

Leonidas sourit à nouveau tristement et il passa un bras autour de ses épaules.

- Je sais... Crois-moi, je sais. Mais ça va bien se passer. Allez, viens. Le sapin attend toujours en bas, Isadora veut le déplacer.

- Oh non...

- Le sens de l'effort, Julian ! Le sens de l'effort ! lui rappela son parrain d'un dramatique.

**

*

Julian devait le reconnaître : leurs efforts avaient payé. Le salon était métamorphosé. Les meubles avaient été poussés contre les murs et le sapin trônait maintenant en bonne place à côté de la cheminée. Un sort avait été jeté pour le rendre inflammable juste au cas où. La table était aussi somptueusement dressée. Elle faisait presque la moitié de la longueur de la pièce et une grande nappe blanche la recouvrait. Plusieurs chandeliers en cuivre jetaient des lueurs et des ombres sur les assiettes en porcelaine décorées de fils d'or et même l'argenterie avait été sorti des tiroirs. Mais le plus impressionnant restait le plafond. Isadora et Lysandra avaient accroché une cinquantaine de petites étoiles scintillantes qui flottaient dans l'air en se déplaçant doucement. Le tout donnait un air de fête chaleureux et ils se retrouvèrent tous à observer avec émerveillement dans leur tenue de soirée que grand-mère Isadora avait exigé. Inutile de préciser que Julian avait dû demander de l'aide à Leonidas pour son nœud de cravate.

- C'est remarquable, complimenta son père en détaillant le salon du regard. Isadora, vous vous êtes surpassée !

- Merci Ethan, mais j'ai été aidée.

- Le sapin, c'est nous ! revendiqua Théa. Nous sauf Archer.

Elle lui lança un regard entendu. Accoudé au buffet, l'air renfrogné, il la toisa avec froideur.

- Je m'en fiche de ton sapin, Théa, grommela-t-il.

- Archer, voyons, réprimanda oncle Robert. Ne parle pas à ta cousine sur ce ton et arrête de te comporter ainsi. C'est Noël par Morgane !

- Justement, intervint grand-mère avant qu'Archer ait pu répondre. C'est Noël et tout le monde devrait le passer en famille ou avec des proches autour d'un repas chaud. C'est pour cela que j'ai pris une décision.

- Une décision ?

- Oui, Robert, tout à fait. Ce n'est que pour ce soir et demain, puis les choses retourneront à la normale. Mais nous nous devons d'être humains. Rester fermement sur mes positions m'a un jour coûté une fille, ça ne me coûtera pas un petit-fils. (Elle leva sa canne). Tikky, faites-les entrer.

- Bien, ma Dame.

Perplexe, toute la famille se tourna vers la porte. Julian écarquilla alors les yeux en découvrant Elizabeth Yaxley dans une magnifique robe verte, les cheveux soigneusement relevés, tenant dans ses bras son bébé avec un sourire. Le visage d'Archer s'éclaira.

- Elizabeth !

- Mère, protesta immédiatement oncle Robert, vous ne pouvez pas...

- Je le peux parfaitement, je suis chez moi, coupa-t-elle, catégorique. Cette jeune femme est notre invité, vous l'accueillerez avec égard. Nous avons convenu elle et moi que cet arrangement n'était que temporaire, le temps de fêter Noël ensemble. Cet enfant a le droit à un vrai soir de fête, vous ne croyez pas ?

Vu la tête de l'oncle Robert de la tante Dilysa, ils n'étaient pas ravis – même avec les meilleures intentions – de voir leur fils encourager dans son idylle avec une fugitive accusée de magie noire. Archer, lui, les ignora et guida Elizabeth jusqu'à la table avant de prendre le petit Archibald dans ses bras pour le déposer sur la couverture que Théa avait ramené tout à l'heure.

- Est-ce que c'est la couverture qui me sert de couvre-lit ? s'indigna tante Cordelia.

Personne ne daigna lui répondre. Ils étaient tous occupés à regarder le bébé se mettre à rouler sur lui-même en babillant joyeusement.

- Il fait son intéressant, déplora Elizabeth. Il arrive tout juste à se mettre debout maintenant, il pourrait faire un effort.

- Il le fera quand personne ne le regardera, prédit Lysandra en allumant une cigarette. Matthew faisait ça, ce chenapan.

- Il nous faisait surtout trébucher tout le temps en voulant s'accrocher à nos jambes...

Et juste comme ça, la tension se brisa un peu et les conversations emplirent l'espace. Leonidas se chargea à nouveau de la musique, comme ce matin, et Théa se fit un devoir de râler quand il remit du gospel américain. Julian sourit en voyant sa sœur s'agenouiller près du bébé pour jouer avec lui tandis que son père – qui avait retrouvé leur vieil appareil – prenait des photos. Il s'approcha de lui.

- Il fonctionne encore ? s'enquit-il en désignant l'objet.

- Oh ce truc ? Oui, il faut croire. Cordelia a trouvé une pellicule sorcière cette après-midi quand on a été se promener. Elle m'a dit que ça serait mon cadeau en avance et je dois dire que c'est une bonne idée.

- Est-ce que tu peux prendre en photo la tête d'oncle Robert ? chuchota-t-il. Pour la postérité ?

Son père lui jeta un regard d'avertissement, mais pivota malgré tout pour avoir son beau-frère dans l'angle de l'appareil.

- Je vais voir ce que je peux faire, dit-il d'un ton neutre.

- Merci. Et dit, j'ai oublié de te demander, mais tes recherches ? Ça avance ?

- Oh oui, oui. J'arrive beaucoup mieux à me concentrer ici. J'ai décidé d'en faire un livre pour tout te dire. Ça fait longtemps que je n'avais pas publié et j'ai passé un coup de cheminette à mon éditeur à Londres. La période est compliquée, mais il m'a assuré qu'il serait ravi de voir mes nouveaux travaux.

- C'est génial !

- N'est-ce pas ? Ca me permettra de rembourser en partie Isadora pour son hospitalité.

- Elle refusera ton argent, Ethan, je te l'ai déjà dit, intervient soudain Leonidas en s'approchant.

Julian se tourna vers lui. Il avait un verre de champagne dans une main et une cigarette dans l'autre. Il fit signe à Lysandra d'approcher à l'autre bout de la pièce.

- Tu en veux un peu ? proposa-t-il en lui tendant le verre.

- J'ai seize ans.

- Bonne réponse, c'est ce que je voulais entendre. Ah Lysa, merci. (Il passa sa cigarette à sa femme qui en échange lui donna un paquet emballé maladroitement). Tiens, je dois te donner ça.

Etonné, il prit le paquet par réflexe. Il était mou et malléable sous ses doigts.

- A moi ? Mais Noël, c'est demain.

- Pas à Londres, corrigea Lysandra avec un sourire énigmatique. On est déjà le 25 décembre là-bas et nous avons été missionnés par un garçon embêtant qui a de la chance que les envoies transatlantiques continuent à fonctionner alors qu'il s'y prend à la dernière minute pour envoyer ses cadeaux.

Matthew, comprit-il avec excitation. Sans attendre, il se mit à déchirer le papier. Il faillit éclater de rire en constatant que le paquet en contenait trois autres plus petits, comme des poupées russes. Patiemment, il déballa le premier : c'était un carnet spiral aux pages épaisses à grain. Un carnet parfait pour dessiner au fusain, sa nouvelle obsession. Il n'arrivait pas à croire que Matthew l'ait retenu.

- Ouvre la première page, conseilla son parrain.

Il s'exécuta. Immédiatement, il reconnut l'écriture de son meilleur ami : « Ce carnet est la propriété de Matthew Leo Bones. Il me reviendra quand Julian Shelton aura eu l'obligeance de le couvrir de dessins qui se vendront des millions dans quelques années : je pourrais alors le revendre et devenir riche, ce qui était mon plan de carrière depuis notre rencontre. Joyeux Noël, Ju' ». Il éclata de rire à nouveau.

- Quel idiot... Comme s'il n'était pas déjà plus riche que nous tous...

- Ça reste à débattre, nuança Lysandra en tirant une bouffée de sa cigarette, à moins que ça ne soit celle de son mari. Leo, appelle ta banque demain pour voir qui gagne entre les Bones et les Grims.

- Je pense qu'on connait la réponse à cette question.

Laissant Leonidas et Lysandra se chamailler, il continua à déballer ses cadeaux en avance. Le deuxième paquet était un peu plus grand et il découvrit une jolie boîte ouvragée dont il souleva le couvercle : elle contenait des bonbons anglais, des feuilles de thé, et des gâteaux. Un mot était glissé à l'intérieur, mais ce n'était plus l'écriture de Matthew. C'était celle de Hanna. « Pour compenser ton mal du pays, autant remplir ton estomac ! J'avoue, je profite honteusement du fait que Matthew paye le voyage outre-Atlantique pour te donner mon cadeau. J'espère qu'il te plaira. Tu me manques, Hanna ».

Touché, il fixa le mot quelques secondes. Il réalisa que sa dernière lettre à Hanna datait maintenant de deux semaines. Heureusement, il avait prévu un cadeau pour elle. Jusqu'à présent, il n'était pas sûr de la façon dont il allait le lui remettre, mais il décida qu'il ferait comme elle : il le glisserait avec son cadeau pour Matthew qui se chargerait de faire le message.

- C'est gentil de la part de Hanna, commenta son père en se permettant de piocher dans un bonbon. Ça fait une éternité que je l'ai pas vu, je ne savais pas que tu étais encore son ami.

- Ah... Hum, si...

Il se rendit brusquement compte qu'il n'avait jamais mis son père au courant de sa relation avec Hanna. Ils s'étaient mis ensemble en début d'année et les mois avaient défilé sans qu'il ne prévienne ses parents, voulant d'abord voir si Hanna et lui arrivaient à passer la transition difficile d'amis à couple. Puis, l'attentat des Archives avait eu lieu et annoncer quelque chose d'aussi trivial lui avait paru ridicule, surtout dans l'état dans lequel avait été plongé son père.

A sa gauche, Leonidas haussa un sourcil. Lui connaissait la vérité sur Hanna puisqu'il lui avait dit lors de leurs retrouvailles au Village à Halloween. Gêné, il sentit le regard de son parrain pesé sur lui et il soupira.

- En fait, papa...

- Oui ?

- Je vois encore Hanna... Elle... Enfin, elle et moi on...

Il fit un geste de la main qui ne voulait absolument rien dire et se retint de faire volte-face pour aller rejoindre Charlotte dans une échappée misérable. Lysandra étouffa un rire dans son verre de champagne.

- On sort ensemble, lâcha-t-il finalement avec toute la conviction dont il était capable.

Son père cligna des yeux, surpris.

- Toi ? Avec Hanna Faucett ?

- Quoi ? C'est si surprenant ?

- Oh non, non ! C'est juste que... je ne m'en étais pas douté. Mais je ne suis pas le plus perspicace pour ces choses-là. (Il fronça les sourcils). Mais tu es avec elle depuis longtemps ?

- Presque un an...

Cette fois, son père écarquilla les yeux.

- Un an ? répéta-t-il, étonné. Mais... Charly le sait ?

- Tout se sait à Poudlard.

- Et Aurélia ?

Pendant une seconde, il eut l'air blessé que sa femme ait su sans qu'il ne soit au courant et Julian s'empressa de secouer la tête, les mains crispés sur la boîte en fer d'Hanna.

- Non, elle ne savait pas... Je n'ai pas eu le temps...

- Oh...

Il se trouva à court de mots pendant quelques secondes, puis parut se rendre compte qu'on attendait une réaction de sa part et il se râcla la gorge.

- Bien. C'est bien, dit-il avec ferveur. Je suis content pour toi. Et désolé de nous avoir fait déménager si précipitamment, je sais que ça n'a pas dû être facile. Encore plus maintenant que je sais que... que tu as dû laisser Hanna. (Il se racla la gorge à nouveau et joua avec le bord de l'appareil photo). Je suppose que j'ai beaucoup à rattraper. Par Merlin, toi et moi on n'a jamais eu la conversation sur... Si ça fait un an que tu fréquentes cette amie, je veux dire, on devrait...

Il mit une seconde à comprendre ce que son père insinuait et encore une avant qu'un sentiment d'horreur ne le frappe. Lysandra et Leonidas durent se détourner pour cacher leur rire.

- Papa, non, c'est bon ! assura-t-il d'une voix soudain trop aigue. Sérieusement, elle est littéralement de l'autre côté de l'océan !

Tout aussi mal à l'aise que lui, son père parut ravi de saisir cette excuse et il opina du chef.

- Oui, oui, tu as sans doute raison, acquiesça-t-il avant de désigner grand-mère Isadora. Bon, je vais... je vais remercier encore une fois ta grand-mère. Je reviens, d'accord ?

Et sur ce mensonge éhonté, il fuit presque jusqu'à la cheminée où se trouvait la matriarche de la famille. Julian fusilla son parrain qui était en train de rire sans aucune subtilité avec sa femme.

- C'est bon, marmonna-t-il. Vous pouvez arrêter !

- Je pensais que rien ne surpasserait le jour où Edgar a compris qu'il devait avoir la conversation avec tous ses enfants quand Simon est né et s'est avéré être un autre garçon, mais j'avoue que ce moment était proche de le détrôner, s'exclama Lysandra.

- Très amusant...

En vérité, il devait bien avouer que l'idée de voir Edgar Bones – si impressionnant et stoïque – paniquer en réalisant ce qu'il attendait avait quelque chose de drôle et il sourit. Puis, il se souvint brusquement qu'il lui restait un cadeau à ouvrir. Il se remit à déchirer le papier.

- C'est le deuxième cadeau de Matthew, l'informa Lysandra. Il a insisté.

Une seconde plus tard, Julian comprit pourquoi Matthew avait insisté. Il retint un juron.

- C'est officiel, c'est un crétin, déclara-t-il. Je vais le tuer.

- Pourquoi ? héla Charlotte depuis la couverture où elle était assise. Il t'a offert quoi ?

Pour toute réponse, il leva le pull qu'il venait de déballer. Sa sœur éclata de rire tandis que Lysandra levait les yeux au ciel. Même Elizabeth laissa échapper une exclamation et son père se permit de prendre une photo pile à cet instant, sûrement pour immortaliser son air outré.

- Quoi ? Je ne comprends pas ! protesta Théa qui s'était visiblement aussi intéressée à la conversation en entendant tout le monde y prendre part. Il est très bien ce pull !

- Un peu criard, commenta Archer, mais ça pourrait être pire.

- Il est aux couleurs de Gryffondor, voilà ce qu'il a ! expliqua Charlotte en riant. Merlin, il a osé !

- Et cet affront sera vengé, crois-moi. Gryffondor, non mais vraiment...

Avec une grimace, il replia le pull qui devait être d'origine moldu mais qui présentait une similitude troublante avec l'esthétique de ceux de la maison des rouge et or.

- Il aurait été mieux en jaune et noir, affirma Charlotte.

- Ou en vert et argent, glissa Elizabeth.

- Certainement pas.

- Ca y est, grommela Théa, ils reparlent en britannique, je ne comprends plus rien !

- Vive la mère patrie !

- Les enfants, calmons-nous, enjoignit leur grand-mère. Venez, passons plutôt à table. Le dîner vous fera un peu taire.

Ils éclatèrent de rire devant la remarque revêche et obtempérèrent. Julian s'installa entre sa sœur et Théa qui fit mine de le menacer de sa fourchette. Il se contenta de donner un coup dans le pied de sa chaise. Derrière eux, Archibald babillait toujours, étendu sur le dos en agitant ses petites mains vers le plafond.

- Ah oui, j'allais presque oublié, dit grand-mère Isadora. Heureusement que ce petit est observateur.

Elle sortit alors sa baguette, longue et gravée à la base, avant de la pointer vers le haut. Et soudain, les étoiles scintillantes suspendues dans l'air au-dessus d'eux se mirent à briller de mille feux, les éclairant avec chaleur. Il y eu des exclamations ravies tout autour de la table.

La tête renversée pour observer le spectacle, Julian songea qu'il suffisait parfois de rallumer les étoiles pour se remettre à rêver...

*******************************

Verdict ?

J'ai vraiment adoré écrire de chapitre, j'étais tour à tour mélancolique et joyeuse, et je pense que ça se ressent. J'espère que vous l'avez aimé autant que moi !

Prochain post : 11 octobre - Chapitre 27
PtiteCitrouille

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par PtiteCitrouille »

Chapitre 25 ET OUI MOI JE SUIS COMME CA ON CONTINUUUUUE YOUHOU

Hum
- Et donc je le verrai quand tu l'auras complètement terminé, assura Matthew en enfilant sa veste. Mais là, j'ai une amie qui m'attend.
girls before Spence à ce que je vois
- Charity ? répéta-t-elle. Qu'est-ce qui est arrivé à Hanna Faucett ?
Hanna elle s'est faite nexter par Julian au profit de Noah, puis par Matt au profit de Charity
Il fait pas bon de s'appeler Hanna moi je dis... Hanna et tous ses dérivés
Ça serait contreproductif.
utilise pas des mots savants pour noyer Charity dans la conv
elle avait eu l'air triste et déterminé
elle a souvent l'air triste et déterminée, je me demande quelle tronche ça doit lui donner.. Sûrement une tête de quasi-dopée (Cassiopée ptdrrrrrr)
C'est bon, j'irai du côté moldu. Je peux y aller maintenant ?
ne va clairement pas aller du côté moldu et va clairement subir une attaque de mangemorts comme prévu
S'il devait arriver quelque chose, tu te sers de ta baguette, tu m'entends ? Je me fiche que tu ne sois pas majeur ou du secret magique, je t'en donne le droit, d'accord ?
"je t'autorise à désarmer ton adversaire si jamais il te lance un avada kedavra d'accord mon chou chou ?"
En voyant la petite Victoria dans les bras de sa mère, Simon avait caché sa tête dans son cou et il avait rigolé.
Vic a montré ses gros bras
Elle portait ses longs cheveux blonds détachés et ils lui tombaient jusqu'à la taille à part une simple mèche qu'elle avait tressé et accroché sur le côté de sa tête avec une épingle dorée.
cette coupe fait so années 70 hippie

Purée j'ai été médisante, il reste du côté moldu
- Une passion ? répéta-t-il, étonné. Pour les moldus ?
veuillez ici lire "Pour les fourmis ?"
- Passionnée, rectifia Charity.
oh. Quel ange
Parfait. T'as déjà pris le métro ?

- Le truc sous-terrain pour se déplacer, là ?
conversation entre un parisien et quelqu'un qui vient "de province" selon Marion
Pris de court, il ne put s'empêcher d'éclater de rire.
on en parle de Lapina la Babille et sa queue qui caquetait ?
Je dois encore me renseigner. Mais je peux te dire une chose : les Beatles sont le plus grand groupe de tous les temps, les Bee Gees sont parfaits pour danser, mais j'ai un coup de cœur éternel pour Queen.
alerte, nous avons une auteur qui gambade dans le livre
Elle est vraiment cool Charity dis donc

Tain t'as cassé tous mes paris, il est pas allé dans le côté sorcier et il s'est pas fait attaqué haha
- Eh salut, Bones ! Je passais juste dire quelque chose à ton père, je vais repartir. Comment tu vas ?
"eh salut Bones fais pas gaffe à moi, je parlais juste de voldy que j'ai combattu hier héhé, c'est ma 2ème fois déjà, comme on dit jamais 2 sas 3 lolilol saluuuut"
- Tiens, James, je t'ai dit que Matthew était capitaine de Quidditch cette année ?
zé-ro subtilité dis donc
non mais ils ont pas un mensonge tout prêt à servir bien chaud en cas de question comme ça ? :lol:
Matthew les suivit, toujours estomaqué d'apprendre la nouvelle du mariage de James et Lily
ahhh ça m'a mis du baume au coeur de voir les prénoms de Lily et James
- Si tu veux une bague avec un dimant, augmente mon argent de poche !
tain il est malin
Moi j'avais pas d'argent de poche à 16 ans, sale gosse

Ah mais il a effacé "future belle soeur" je pensais qu'il allait garder :lol: :lol:
Je commenterai le suivant plus tard, mais j'ai beaucoup aimé ce chapitre !! Très sympa cette balade moldue et j'aime beaucoup Charity!!
PtiteCitrouille

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par PtiteCitrouille »

J'ai la daaaalle
Bonjour

Mais j'ai vu "vibe de Noël" et je veux me débarrasser de cette sensation de novembre pluvieux
- Elles installent le sapin, ça ne se voit pas ?
exactement ma réaction merci Léo de dire les vérités
Il venait de se réveiller, il n'avait pas envie de se faire piquer par les branches d'un sapin.
mais quel précieux celui-là

Ca me pertube beaucoup de voir la reine des glaces se ruer sur les guirlandes pour décorer un sapin hahaha
Les Grims en avaient accumulé une bonne collection
et beaucoup de vieilles merdes j'imagine, comme toute bonne famille qui se respecte, à savoir des semblants d'étoiles en pâte à sel qui pèsent trop lourd pour des branches de sapin
- Mais si tu sais, coupa Charlotte. C'est noël !
c'ets quoi cette excuse à la con ? Je la déteste mais d'une puissance
- Oh, ça, dit-il, surpris. Je ne savais même qu'on les avait encore ! C'est une des boules qu'on avait faites nous-mêmes en noël. Chacun avait fait la sienne et signé de son nom.
je sens la boule d'Aurélia arriver à genre 200km
Mais elle préférait l'aquarelle.
Ooooh TIENS DONC
Il se retint de la pousser dans le sapin.
oh zut.. ça aurait fait une jolie pièce de théa (tre)
- Charly, tu n'as pas besoin de...

- Arrête Lottie, tu ne vas pas...
en voilà deux qui n'ont pas prévu de cadeaux mdrrrr

QUI fait ses achats de Noël le 24 décembre vous m'expliquez
terminer leur petit déjeuner
maaaangeeeer..
- C'est bon, Théa, s'exaspéra-t-il. J'ai compris ! Tu vas continuer à me dire comment je dois être avec ma sœur longtemps ?
non mais là il est relou désolée, je sais pas pourquoi il est comme ça, si c'est un trauma parce que enfoui dans ses souvenirs y a un moment Charlotte a failli avoir un accident sous la surveillance de Julian et du coup ça reste dans un coin de son esprit, ou si juste il est méga relou
Lui, il avait été là pour chacune des étapes
non mais elle a grandi justement, c'est ce qu'on arrête pas de te répéter
Et même s'il savait que Lottie avait gagné en assurance, il savait aussi que ses insécurités n'étaient pas loin sous la surface.
SORRY excuse à 2 balles, parce que c'est pas en la couvant comme ça et en la surprotégeant qu'elle va vaincre ses insécurités
Il est très mal placé pour ça
Au cas où si t'as échappé, on n'a plus de mère !
eh je te jure je vais l'étrangler, c'est quoi ce comportement de malheureux ? Ok leur mère est morte d'accord pas de souci. Mais là c'est vraiment trop Julian
C'est bon, vous comprenez maintenant ?
nop, toujours pas. Je te rappelle que tu voulais vérifier lui dire que le train partait à 15h, t'es dans l'excès
il devait mettre sa mauvaise foi de côté et reconnaître qu'elle avait raison. C'est juste qu'il avait du mal à s'adapter à l'évolution de sa sœur...
AH BAH PUREE
Elle éclata de rire.

- T'es un idiot, Julian. Vraiment.
ptdrrrr ils arrivent à rire moi je suis vener j'aurais balancé un "écoute tu me soules fais ce que tu veux, viens pas te plaindre le jour où Charlotte ira t'engueuler parce qu'elle en a marre que tu l'étouffes" :lol:

Argh, la nurserie elle est glauque maintenant

Argh x2, le ruban bordel
déso mon esprit pratique se demande comment le ruban en 10 ans n'a pas changé de couleur mais tu vas me dire que c'est la magie j'imagine
Surtout que nous aurons... des invités en plus.
les DOUZEBRANCHES ???? (oui j'ai de l'espoir)
Pas d'Angleterre, s'empressa de préciser son parrain d'un ton désolé
ça fait 2 fois qu'il lui casse salement ses espoirs sans remords :lol: :lol:
- Je suis désolé...
c'eeeest à peu près la même chose que "mes condoléances" mais soit
Elle faisait presque la moitié de la longueur de la pièce et une grande nappe blanche la recouvrait.
je viens de songer à la montagne de vaisselles qu'il y aura à faire après... "oui mais y a la magiiiie" "oui et le sens de l'effort alors ?"

Ah Elizabeth va débarquer non?
- J'ai seize ans.
........ qui a respecté cette règle en famille, exactement ?

Literally
not
a
single
soul
elle contenait des bonbons anglais, des feuilles de thé, et des gâteaux.
oh j'ai si faim sérieux (non vraiment je me sens limite mal pouahahaha)
- En fait, papa...
ah mais il lui dit :lol: :lol: franchement vu l'état de leur relation je le ferais pas :lol:
Il est aux couleurs de Gryffondor
ou aux couleurs préférées de la Chine. On sait pas, p'têt que Matthew adore la culture chinoise
Le dîner vous fera un peu taire.
currently en train de me dessécher de faim

Très sympa ce chapitre effectivement, quoi que clairement déçue que t'aies pas trouvé une excuse pour que les Douzebranches débarquent à Noël, t'aurais pu faire un effort

Je suis à JOUUUUUUR hahahhaha c'est fou
mythik

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par mythik »

Deux chapitres, trop bien !!
Bon, j'ai adoré. J'adorerais passer Noël chez les Grimms. Leur sapin a l'air tellement beau !!
Beaucoup de souvenirs dans ce dernier chapitre. Ça aurait pu alourdir l'ambiance mais tu as réussi à placer des moment drôles et légers donc c'était parfait.
Hâte de lire la suite ! ;)
Quetzalbleu

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

Quetzalbleu mais trop contente de te revoir, merci pour ton commentaire ça me fait trop plaisir ! mes yeux t'envoient littéralement des coeurs là, je suis trop contente de redevenir active niveau lecture après tout ce temps (et Snape qui ne quitte pas mon cerveau dès que je dis ces mots RAH) BREF JE SUIS CONTENTE AAAAA


Et donc désolée j'ai oublié de poster la semaine dernière la vie d'adulte c'est chiant. voilà. déclaration du jour (l'innocence de mes années collège sur ce forum me manque) sooo le voici et vous allez même avoir un 2e dans la foulée parce que j'avais posté en avance sur wattpad WAAAIIIIT TU POSTES SUR WATTPAD pour célébrer mon admissibilité à un concours haha ! omg congrats Donc vous n'aurez qu'une semaine à attendre pour la suite ^^ Bonne lecture !

- Non, sérieusement Spence, je dois y aller là ! AH. j'avais commencé ta ff avant de lire Ombre et Poussière, j'étais po prête psychologiquement mais je suis conne aussi à trop aimer le désordre (genre comme le fait d'avoir lu des fanfics HP AVANT MÊME DE LIRE HP, ce qui fait que je savais déjà quasiment tout. haha. je suis maso)
- Mais attends... Regarde ! Regarde ! J'ai presque fini le puzzle et...

- Et donc je le verrai quand tu l'auras complètement terminé, assura Matthew BB en enfilant sa veste. Mais là, j'ai une amie qui m'attend.

D'un pas pressé, il dépassa Spencer et dévala l'escalier ;;. Le tapis cramoisi qui recouvrait les marches étouffèrent ses pas jusqu'à ce qu'il saute la dernière marche, atterrissant lourdement sur le parquet du hall qui grinça sous lui. Il le regretta une seconde plus tard lorsque sa mère sortit du salon à l'affut. Il maudit son sixième sens d'Auror.

Simon BEBOU AAAAAAAAA , lui, se contenta de babiller joyeusement dans les bras de sa mère. Matthew le regarda, à nouveau perturbé de voir qu'il avait autant grandi depuis septembre dernier quand il était reparti à Poudlard. C'était presque étrange.

- Mais tu y vas tout seul ? reprit sa mère, sourcils froncés.

- Hum... Pourquoi ?

- Pourquoi tu réponds à ma question par une question ? détective bonjour (c'est bon maintenant je pense à Lucifer et je suis horny bye)
- Non, non, d'accord. J'y vais avec une amie. Avec... Charity. j'aime cette femme, voilou

- Charity ? répéta-t-elle. Qu'est-ce qui est arrivé à Hanna Faucett ?

- Elle est occupée, dit-il en passant sciemment sous silence qu'il ne lui avait pas proposé de venir. En plus, l'un des cadeaux que je vais acheter est pour elle. Ça serait contreproductif. Il faut aussi que j'en trouve un pour Julian. et moi pls, aide une boursière en détresse stp Tu crois que tante Lysandra pourra lui faire passer ?

- Mais maman ! protesta-t-il. Je viens te de le dire, je ne serai pas tout seul, Charity sera avec moi. Et puis allez, y'a peu de chance que les mangemorts débarquent pendant les achats de noël. Sois pas dramatique. ça se voit qu'il a pas lu HP lui

Matthew serra les mâchoires, frustré boy on est dans HP fais gaffe, idiot de Gryffondor va (hors sujet mais j'aimerais juste dire que le mélange Serpentard-Poufsouffle >>>>>>>>>>>>>>>) (donc moi >>>>>>>). Dans sa tête, il songea au nécessaire d'astronomie qu'il avait repéré pour Hanna dans une vitrine fin août et il renversa la tête en arrière une seconde, songeant déjà à une idée de remplacement qui pourrait faire l'affaire. Malgré tout, il décida de tenter une dernière fois.
- Parce que tu agis comme tel ! Ou tu veux que je te rappelles que pas plus tard que juin dernier un attentat a eu lieu en pleine journée à quelques mètres du Ministère aux Archives Magiques ? Tu veux que je te rappelles le nombre de victime et qu'Aurélia Shelton DAMN YOU DIDN'T HAVE TO HURT US LIKE THAT en faisait partie ?
- Et Matthew ?

- Oui ?

- Elle s'appelle Charity alors ? dit-elle, amusée. BAHAHAH

Les joues rouges, il sortit de la maison sous le rire amusé de sa mère. Il pressa le pas et dépassa leur jardin, s'élançant dans les rues de Terre-en-Lande JE M'EVEILLE comme si elle allait revenir sur sa décision et venir le traîner par le col pour le faire rentrer. Sous ses pieds, la neige tombée la veille crissa et il s'amusa à en ramasser le long d'un muret avant de lancer sa boule devant lui. Quand il passa devant l'église, il vit le révérend Bennett INSPIRATION SOUDAINE en train de dégager l'entrée et il lui adressa un signe de tête poli. Il avait une petite fille de l'âge de Simon AHFCITDCKBGKXIKLCV BREF. qu'il avait vu la semaine dernière lorsqu'il avait gardé ses frères et avaient dû les trainer avec lui au marché pour faire les courses. En voyant la petite Victoria dans les bras de sa mère, Simon avait caché sa tête dans son cou et il avait rigolé.

C'était comme la réapparition d'Elizabeth Yaxley de manière inattendue chez les Grims. Il avait failli s'étouffer en recevant la lettre de Julian deux jours plus tôt les sorciers devraient vraiment innover niveau technologies, pour les ragots c'est pas pratique, on veut tout savoir illico nous. Pendant un instant, il avait même envisagé de descendre en parler à sa mère. Après tout, même si le dossier avait été classé et le mandat d'arrêt levé, les Aurors avaient à un moment voulu mettre la main sur la fugitive du Tournoi de Poudlard toujours un mystère ce tournoi d'ailleurs. Et pourtant, il s'était ravisé et était resté dans sa chambre. D'après ce que disait Julian – tout aussi incrédule que lui visiblement – Elizabeth Yaxley avait trouvé, ou était en train de trouver, une sorte de rédemption aux Etats-Unis même si sa rencontre avec la famille Grims avait été une véritable débâcle. Il avait calculé dans sa tête que son bébé, un petit garçon apparemment, devait avoir à peu près l'âge de Simon WAIT. Il n'avait juste pas eu le cœur à lâcher les Aurors sur eux.

Plongé dans ses pensées, il ne s'aperçut qu'il était arrivé à destination que lorsqu'une vieille sorcière agita la main devant ses yeux. Il sursauta.

- Eh petit, dit-elle, je crois que c'est ton arrêt. trop choupiiii, un ptit ange

- Oh... euh pardon... Merci, madame.

- Si, c'était le plan. Je vais improviser, je pense. J'avoue que je ne connais pratiquement pas Londres et encore moins le Londres moldu... mince alors, mais ne serait-ce pas une occasion de faire un ptit date dans Londres en se promenant tranquillement avec ton crush

Le visage de Charity s'éclaira. Elle redressa le menton, un sourire mutin aux lèvres et se désigna avec théâtralité.

- Tu as de la chance, monsieur Bones ! Il se trouve que je connais très bien le Londres moldu.

Encore plus surpris, il dévisagea Charity comme s'il la découvrait soudain sous un nouveau jour. Depuis leur baiser échangé dans les vestiaire de Quidditch un mois plus tôt, leur relation était demeurée ambigüe. Ils ne s'étaient jamais posés tous les deux pour en discuter roh, ni mettre des mots sur ce qu'ils étaient double roh, mais il aimait l'idée de ne pas se mettre la pression et de se laisser porter. Ça lui permettait aussi de découvrir des aspects de Charity qu'il ne connaissait pas ou n'avait fait que soupçonner. Le premier d'entre eux : son esprit aventureux. Alors qu'il faisait attention à ne pas la brusquer de peur de faire éclater le fragile équilibre sur lequel il évoluait ensemble, elle était presque toujours celle qui initiait les contacts physiques. Et Merlin ce qu'elle lui faisait perde la tête. Ses joueurs n'étaient pas dupes et lui lançaient d'ailleurs des regards suggestifs à chaque fois qu'il s'attardait dans le vestiaire. Avant les vacances, Adrian Connelly s'était même fendu d'un commentaire, moqueur : « tu passeras le bonjour à Burbage si t'es pas trop occupé, capitaine ». i need love


- Parfait. T'as déjà pris le métro ?

- Le truc sous-terrain pour se déplacer, là ?

- Cela même.

Il secoua la tête.

- Non, jamais... = mon derrière de campagnarde avant de vivre en Ville pour la 1ère fois

- Ravie d'être ta première fois alors ! lança-t-elle. Allez viens.

S'étranglant à moitié pour une fois que ce n'est pas juste moi qui ait les idées mal placées, il resta figé une seconde alors qu'elle s'éloignait vers une bouche de métro en faisant virevolter ses longs cheveux blonds. Elle savait très bien ce qu'elle faisait avec ce jeu de mot et il sentit ses joues s'embraser avant de lui emboîter le pas.

Concernant le métro, il découvrit qu'il détestait ça fais-moi un check bg parce que same, c'est horrible. Déjà, il resta perplexe avec son ticket devant les portiques, se prenant des remarques agacées des londoniens pressés à qui il bloquait le passage. Charity lui montra comment faire avec patience, quoiqu'avec un sourire amusé aussi. Puis, le trajet fut une horreur : c'était bruyant, instable et mal odorant. Il regretta au moins dix fois son balai en voyant les arrêts défiler.
- Non, j'ai été biberonné au Conte des Trois Frères si tu veux tout savoir acts surprised. Mais toi, comment tu le connais ? Je croyais... Enfin, tes parents sont... ?

Momentanément distrait par son exposé sur la musique moldue, il baissa la garde. Littéralement. Charity se hissa sur la pointe des pieds et lui vola deux choses : le livre et un baiser. Surpris, il savoura ses lèvres contre les siennes, brûlantes par rapport à l'air glacial de décembre, avant de comprendre qu'il s'était fait avoir. c'est si mimi, je me répète sûrement mais j'adore cette femme, je suis super contente de la découvrir dans cette ff, je pense que c'est la 1ère que je lis où elle a un rôle aussi "important"
Mais elle ne lui répondit pas. D'un coup de dent, elle débouchonna son stylo et se mit à écrire sur la page de garde du livre MALEDICTION ELLE ECRIT SUR UN LIVRE JE SOUFFRE PHYSIQUEMENT posé en équilibre précaire sur son genou. A l'envers, il n'arrivait pas à déchiffrer et il se mit à loucher.
Avec toute ma sympathie, ta peut-être future belle-sœur, Charity. MAIS QUELLE FEMME LES AMIS, QUELLE FEMME

Matthew haussa un sourcil. Son père était donc rentré. Il reprit ses sacs et se dirigea dans la salon où il trouva effectivement son père, debout face à un homme qui lui tournait le dos. En l'entendant arriver, il se retourna et Matthew reconnut avec stupeur James Potter en personne. je sais pas si c'est la nostalgie ou mon crush d'adolescente qui est remonté en premier - anyway JE L'AIME OK. C'est fou comme j'ai toujours ce ressenti qu'il me manque (avec Sirius & Remus) alors qu'en plus d'être un personnage fictif j'ai toujours su qu'il était décédé. La fandom HP m'a retourné le cerveau (et je la remercie)

Ce n'est pas brillant, mais j'espère que ça fera l'affaire... On a gagné contre Serpentard en octobre. Maintenant que Regulus Black est plus là, ça va nous faciliter la vie. c'est triste parce que Regulus est peut-être déjà mort ou alors en chemin vers sa fin
- Parfait, merci. Bon je vais y aller, Lily va m'attendre et on a encore au moins trente-six choses à faire pour les préparatifs du mariage MA VIE. Vous saviez vous qu'il existait quarante deux goûts de gâteau à tester ?

- Bordel parce qu'il y a un mariage aussi ? moi quand je me rappelle que dans ma famille mariage rime avec beaucoup trop d'heures à l'église et que je les évite donc comme la peste, je suis trop hyperactive pour ça
- La fille du révérend, la petite Victoria ! C'EST CE MOMENT OU TOUT A COMMENCEElle était au parc avec nous et elle s'est mise à prendre les cubes de Simon.

- Faut toujours qu'elle lui vole ses jouets, marmonna Matthew.

- Oh mais elle ne les a pas volés n'importe comment. Elle les a fait léviter !une badass depuis sa naissance
- La fille du révérend... Ouh ça va être quelque chose haha, commenta Matthew, choqué.

Matthew hocha la tête. Reprenant encore une fois tous ses paquets, il monta les escaliers tant bien que mal en essayant de ne pas se prendre les pieds dans le foutu tapis qui recouvrait les marches. La première chose qu'il fit dès qu'il referma la porte de sa chambre fut de tenir sa promesse envers Charity et d'effacer la fin de son mot avec le « future belle-sœur » tout en gardant le reste. Et pendant tout le processus, il n'arrêta pas de sourire. ça fait mal de lire ça, le souvenir était trop précieux
***************************
Et voilà !

Comme vous avez pu le voir, ce chapitre est entièrement consacré à Matthew et on y retrouve plusieurs références, notamment à ATDM et O&P à travers les personnages de James et Victoria. J'ai adoré écrire tout ça, franchement je m'amuse énormément à tisser les fils de cet univers étendu et vous retrouverez plus de détails dans chacune des histoires (par exemple la demande en mariage de James à Lily dans le tome 3 de ATDM).
une masterpiece mélangée à 2 autres masterpieces = perfection. C'était un super chapitre, j'adore découvrir la personnalité de Matthew et sa vie durant la 1ère guerre, en Angleterre :3 J'essaie de lire & commenter la suite demain!
Cazolie

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Et là WOOOOOOOOOOOOOOOOOOSH TOUS LES FANTOMES QUI ARRIVENT ET QUAND ELLE DANSE AVEC SON PERE ET QU ELLE SINCLINE DEVANT LUI CA ME DONNE TOUJOURS ENVIE DE PLEURER
- Non mais je pensais à Tikky ou Archer ou n'importe qui d'autres ! A toi, par exemple, ajouta-t-il en direction de son parrain.
Tu crois pas en la force des femmes Julian C EST CA ? (désolée je sais pas ce qu'il se passe avec les majuscules ce soir :lol: )
il n'avait pas envie de se faire piquer par les branches d'un sapin.
Mais quelle petite natuuuure ça pique à peine un sapin

Etant donné que je viens de regarder mon premier film de Noel Netflix, tout ça me paraît très approprié :lol:
- D'une aristocrate ruinée qui prend des guirlandes de noël pour s'habiller, jugea Lysandra d'un ton neutre.
Bien envoyé :lol:
- Mais si tu sais, coupa Charlotte. C'est noël !

- Et les miracles ont des limites.
Ce manque de confiance en lui :lol:
Leonidas fit tourner Lysandra trois fois avant qu'elle ne revienne vers lui et qu'il la soulève quelques secondes dans une chorégraphie parfaite. Il resta bouche-bée.
# moi à mon mariage (non)
sa sœur tenait entre ses mains une boule verte avec un corbeau et un rouge-gorge peints dessus
Ooooh mais c'est stylé ça

J'ai trouvé ça mignon qu'ils parlent d'Aurelia un peu en famille, et de façon apaisée, j'ai l'impression qu'à chaque fois qu'on a parlé d'elle pour le moment c'"tait le drame
- Je vais aller chercher papa et tante Cordelia, on doit aller faire une balade pour voir New York à noël ! Ils m'ont promis ! Vous voulez venir ?
Okay, au début j'ai cru que c'était Thea qui avait dit ça et j'étais un peu sidérée haha

Okay je vais arrêter là parce que je m'endors et du coup je commente pas bien, c'est nul, je finirai demain ! Désoléééée

I'm back c'est parti
- Mais qu'est-ce que t'en sais même ? Tu la connais depuis deux mois !
C'est pas faux, et en même temps une personne extérieure a peut-être plus de recul
Et même s'il savait que Lottie avait gagné en assurance, il savait aussi que ses insécurités n'étaient pas loin sous la surface.
Ouais mais dans ce cas-là est-ce qu'il faut pas l'aider quand elle demande ?
C'est bon, vous comprenez maintenant ?
C'était adressé aux lecteurs ça ? :lol:
- Désolée, d'accord ?
WOOOOH
je réalise seulement mais Théa me fait grave penser à Sirius
- Le polynectar que vous avez pris pour imiter Théodora Grims.
Pouahahahah il se détend vite ce garçon
- Ca ne t'a pas fait... bizarre de quitter votre apparemment à Londres ? De quitter l'endroit où vous viviez avec elle ?

Il ne s'était pas attendu à cette question.
Surtout, bonjour la conversation qui a 2 mois de retard :lol: Non plus sérieusement c'est chouette qu'elle s'intéresse vraiment à lui maintenant qu'ils s'entendent mieux
- Et tu le sais à cause de Théo ?

Théa tressaillit.
Alors c'est pas censé être drôle mais ça m'a fait penser à Friends, un des persos va avoir un bébé et sa pote Phoebe veut qu'ils appellent le béb Phoebe. Sa pote répond "et si c'est un garçon ?" donc Phoebe répondu tac au tac : "Phoebo !"
Voilà, Théa et Théo, Phoebe et Phoebo :lol:
Le ruban rouge qu'elle portait au poignet accrocha un rayon de soleil venu de la fenêtre à leur gauche et il se concentra sur la nuance vermeille
Ooooh j'aime trop cette phrase, son rythme et le choix des mots !
Tous les enfants de la famille commencent leur vie ici. Théo ne l'a jamais quitté.
C'est si triiiiste
- Tu vas regarder tous les objets ici : les cubes, la dinette, le cheval, l'armoire, les poupées... Peu importe. Et tu vas essayer de te souvenir d'un moment avec Théo.
J'aime trop cette idée !
Désolée je vais peut-être pas commenter beaucoup là
Mais Théo... C'était la moitié de moi.
Ouais c'est ça qui est hyper chaud, perdre un frère c'est une chose mais son jumeau s'en est une auter
- Quoi ? Un vieux manoir et une famille timbrée ?

- Un patrimoine immobilier et une cousine sur laquelle me défouler, corrigea-t-il avec pragmatisme.
:lol: :lol: :lol:
Ils sont mignons un peu
Ma mère est malheureusement décédée le mois dernier. Ça n'aurait pas eu de sens de rester seul avec Lysa à Boston dans une grande maison vide.
Oh nooon
je les trouve trop mignons, Leonidas et Lysandra, ils ont l'air super soudé
Un sort avait été jeté pour le rendre inflammable juste au cas où.
C'est pas plutôt ignifugé le bon mot ? :lol:
Elle lui lança un regard entendu. Accoudé au buffet, l'air renfrogné, il la toisa avec froideur.
Ah donc il est sorti de sa chambre !
Elizabeth Yaxley dans une magnifique robe verte, les cheveux soigneusement relevés, tenant dans ses bras son bébé avec un sourire.
WELL HELLO THERE
Comme ils ont dit que c'éait pas des gens d'Angleterre, j'y croyais plus vraiment
Archer, lui, les ignora et guida Elizabeth jusqu'à la table avant de prendre le petit Archibald dans ses bras pour le déposer sur la couverture
17 ans et déjà prêt à prendre en charge unbébé ? :lol:
Oh oui, oui. J'arrive beaucoup mieux à me concentrer ici. J'ai décidé d'en faire un livre pour tout te dire. Ça fait longtemps que je n'avais pas publié et j'ai passé un coup de cheminette à mon éditeur à Londres.
Oooh trop bien ça !
« Ce carnet est la propriété de Matthew Leo Bones. Il me reviendra quand Julian Shelton aura eu l'obligeance de le couvrir de dessins qui se vendront des millions dans quelques années : je pourrais alors le revendre et devenir riche, ce qui était mon plan de carrière depuis notre rencontre. Joyeux Noël, Ju' ». Il éclata de rire à nouveau.
Nan mais il me tue Matthew :lol:
J'espère qu'il te plaira. Tu me manques, Hanna ».
Je dis sans doute ça à chaque fois qu'on parle d'elle mais elle me fait vraiment trop de peine
Par Merlin, toi et moi on n'a jamais eu la conversation sur... Si ça fait un an que tu fréquentes cette amie, je veux dire, on devrait...
HAHAHAHAHA
Je pensais que rien ne surpasserait le jour où Edgar a compris qu'il devait avoir la conversation avec tous ses enfants quand Simon est né
Il a qu'à faire un package, il pourra toujours dire à Simon qu'il avait qu'à comprendre même s'il avait que 3 ans
il replia le pull qui devait être d'origine moldu mais qui présentait une similitude troublante avec l'esthétique de ceux de la maison des rouge et or.
Il vient de la boutique 9 3/4
- Vive la mère patrie !
Qui a dit ça ? :lol:

C'était trop chouette ce chapitre ! Je suis contente de m'être interrompue dans ma lecture pour le reprendre dans un état d'éveil plus avancé :lol:
J'aime trop la relation de Théa et Julian, trop contente qu'ils soient amis maintenant. Le point sur Charly était intéressant mais je reste persuadée qu'il en fait trop, sorry Ju :lol:
Et cette fin avec la gêne d'Ethan c'était hilarant :lol: C'est vraiment chouette de les voir être une famille normale, malgré la mémorable salutation de Théa quand les Shelton sont arrivés pour la première fois haha
Dernière modification par Cazolie le dim. 10 oct., 2021 10:00 pm, modifié 1 fois.
Alanna2

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Alanna2 »

Contente de retrouver ton histoire. Tu recommences fort !
Un chapitre entier sur Matthew, un petit coucou à James et un très bon chapitre qui sent bon Noël.
En parlant de James je suis tombé sur ta suite de ATM, c'est vraiment pas bien de nous faire attendre presque trois mois alors qu'on veut une suite depuis déjà trèèèès longtemps XD hâte de voir ce que ça peut donner.
Bref j'ai prit beaucoup de plaisir à lire ces trois chapitres d'un coup ce côté d'allégresse avec en fond des sujets graves, c'était très bien dosé. Je prend plaisir à voir tes personnages évoluer, ils ont déjà beaucoup changé depuis le mois d'août.
annabethfan

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Ohhh merci pour vos commentaires !!! :D

Chapitre 27 : L'espoir d'une nouvelle année

« Source encore glacée, miroirs gelés, Rois sortant tout raidis d'or des ténèbres de décembre, c'est janvier, en marche vers la Chandeleur, qui détient l'indiscernable futur »

- Colette-


// 1 janvier 1980 //

L'année 1980 débutait comme 1979 s'était achevée : avec tension.

- Liam, attends, tu es sûr que tu veux sortir ?

- Maman, sérieux, je t'ai déjà dit que oui !

- Mais il a neigé hier et...

- Et je suis parfaitement capable de résister à dix centimètres de neige, coupa-t-il, exaspéré. J'avais prévu d'aller à la brocante d'hiver comme chaque année.

Habité d'une énergie nerveuse, Liam regarda la porte d'entrée de leur maison devant laquelle se tenait sa mère. Elle lui barrait littéralement le passage de son corps et il jeta un regard d'appel à l'aide vers son père, assis à la table du salon en train d'écouter la radio en faisant ses mots croisés.

- Papa, dis-lui !

- Barbara, il a raison. C'est à dix minutes à pied. Laisse-le y aller, il revient pour le déjeuner.

- Mais j'ai encore le ménage à faire, je ne peux pas l'accompagner.

- J'ai seize ans, je peux y aller seul, maman.

Il tenta vraiment de mettre tout le bon sens dont il était capable dans sa voix et pas sa frustration, mais sa mère resta plantée devant la porte, nerveuse. Il retint un grognement d'impatience et il sentit soudain le besoin de sortir son paquet de cigarette caché dans la poche intérieure de son manteau.

- Et toi, Russel, tu ne peux pas aller avec lui ? demanda-t-elle en tordant l'ourlet de sa blouse entre ses doigts. Ça me rassurerait.

- Chérie, on est dimanche et il doit faire -10 degrés. Laisse-le aller à la brocante, ça lui fera du bien de sortir un peu. Il étouffe là.

- Etouffer ? Mais il a tout ce qu'il veut ici. On a racheté une télé le mois dernier !

- Je l'ai regardé au moins dix heures d'affilé hier, maman ! s'écria Liam. J'ai juste besoin de prendre l'air.

Le visage de sa mère se contracta.

- Oui et bien... dit-elle d'une voix sourde. Emilia aussi devait juste sortir une soirée. Et elle n'est pas rentrée.

Une chappe de plomb s'abattit sur eux tous. Son père suspendit même son crayon à papier au-dessus de sa grille noire et blanche, sa bouche déformée par une douleur inimaginable tandis que sa mère retenait un sanglot. Et il resta juste là, les bras ballants. Depuis qu'il était rentrée il y a une dizaine de jours, il avait à peine le droit de sortir de la maison. Ses amis d'enfance, qui savaient qu'il rentrait toujours pour les vacances, étaient venus toquer à leur porte avant de repartir devant le refus catégorique de Barbara Cooper. Il l'avait laissé faire. Il comprenait. Ne pas voir un enfant revenir à la maison était une terrible épreuve et elle était traumatisée à l'idée qu'on lui arrache le second.

Mais il ne pouvait pas continuer comme ça. Il allait devenir fou, enfermé dans sa chambre ou à tourner en rond dans leur petit jardin clôturé, comme un poisson dans son bocal. Sa seule distraction était de recevoir et d'écrire des lettres tous les jours. La chouette d'Aileen allait finir par perdre ses ailes si elle continuait à faire des allers-retours entre le Canada et l'Oregon. Heureusement, Julian et Théa pouvaient grouper leurs lettres puisqu'ils habitaient ensemble. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il recevait des lettres de la reine des glaces en personne. Bien sûr, les siennes restaient toujours brèves et sarcastiques, même si elle l'avait surpris dans sa dernière en glissant dans l'enveloppe des pages de stratégie d'échecs pour qu'il puisse s'entraîner pendant les vacances. Il avait aussi eu des nouvelles d'Othilia qui le tenait au courant des achats qu'elle faisait pour les potions qu'ils auraient à préparer en revenant à Ilvermorny. Sans surprise en revanche, il n'avait rien reçu de la part de Noah. Pas qu'il s'en plaignait.

Malheureusement, sa correspondance ne suffisait pas à l'occuper toute la journée. Il fallait qu'il sorte et la brocante d'hiver organisée par sa ville chaque année avant noël était une parfaite distraction. D'habitude, il s'y rendait avec Emilia. Elle adorait y déambuler pendant des heures, ses cheveux pâles et ses yeux bleus délavés assortis au paysage blanc. Il ressentit une pointe de douleur au ventre en songeant que ça serait la première fois depuis l'arrivée d'Emilia dans la famille qu'il irait à la brocante sans elle.

Le silence commençait véritablement à devenir pesant – à tel point qu'il envisageait de faire le mur en sortant par la fenêtre de sa chambre – lorsque des coups résonnèrent contre la porte devant laquelle se tenait toujours sa mère. Elle sursauta.

- On attendait quelqu'un ? demanda-t-elle, surprise.

- C'est peut-être le voisin... Ou un des amis de Liam ?

- Ouvre, maman !

- Oui, oui...

Se recomposant un visage de femme d'intérieur respectable, elle ouvrit le battant avec un sourire avenant. Liam se pencha pour découvrir la personne qui venait leur rendre visite.

- Oh agent Fischer, s'exclama sa mère. Quelle surprise de vous voir !

- Mrs Cooper, je vous prie d'excuser ma visite à l'improviste. J'étais dans les alentours pour une enquête et je me suis dit que j'allais passer.

- Bien sûr... Hum, entrez, entrez.

Elle s'effaça pour le laisser passer et Liam avisa alors Hercules Fischer, le chef des Bureau des Aurors. C'était un homme large d'épaules et de haute stature qui paraissait encore plus grand à côté de Barbara Cooper et sa petite taille. Vêtu d'un long manteau certainement supposé à le faire passer inaperçu au milieu des Non-Maj', il avait surtout l'air mal à l'aise sans son uniforme réglementaire. D'après ce que Liam avait pu récolter comme information, Fischer descendait d'une famille prestigieuse d'Aurors puisque son ancêtre, Wilhelm Fischer, avait fait partie des douze premiers Aurors du MACUSA à la fin du XVIIe siècle. Il avait donc été en quelque sorte prédestiné à ce métier et avait réussi son intégration avec brio avant de monter les échelons jusqu'à devenir le chef du Bureau en début d'été. Pile au moment de la disparition d'Emilia. Autant dire que l'opinion publique lui avait mis la pression et que son manque de résultat n'arrangeait rien.

- Mr Cooper, Liam, salua-t-il en entrant dans le salon.

Son père se leva.

- Agent Fischer, ravi de vous revoir. Vous avez de nouvelles informations ?

- Un nouveau témoin potentiel, oui. C'est pour ça que je viens vous voir.

- Dites-nous, s'empressa de dire sa mère en tirant une chaise vers lui. Nous vous écoutons.

Il la remercia d'un hochement de tête.

- Comme vous le savez, c'est assez difficile de retracer les évènements du 4 juillet dernier une fois que votre fille a quitté ses amis pour rentrer. Nous avons essayé de retrouver les personnes présentes aux fêtes en plein air organisées ce soir-là, mais il est certain qu'il nous manque des noms. Cependant une des amies d'Emilia que nous avons réinterrogées se souvient avoir vu plusieurs personnes au cours de la soirée. Des voisins pour la plupart ou des habitants de la ville.

- Et vous pensez qu'ils auraient pu voir quelque chose ? devina son père.

- C'est une possibilité. Il est difficile de savoir si la disparition d'Emilia est d'origine magique ou Non-Maj' donc nous aimerions quand même interroger ces personnes. J'ai apporté la liste. Si vous les connaissez, cela pourra nous faire gagner du temps.

- Bien sûr, nous pouvons vous aider.

Fischer parut reconnaissant et plongea la main dans sa veste pour en sortir un morceau de parchemin. Ses parents haussèrent un sourcil devant ce papier étrange auquel ils n'étaient pas habitués avant de se pencher pour lire ensemble. Liam se positionna derrière eux. Sur la liste, il repéra essentiellement des noms de gens du quartier qu'il connaissait plus ou moins de façon proche depuis l'enfance. Rien d'étonnant à ce qu'ils aient été présents à la fête du 4 juillet.

- Vous voudriez aller les interroger quand ? demanda-t-il brusquement.

- Le plus tôt possible.

- Si vous voulez, Mrs Callister tient un stand à la brocante d'hiver chaque année. J'allais y aller. Je peux vous emmener ?

- Liam...

- Quoi ? Si j'y vais avec le chef du Bureau des Aurors c'est pas encore assez pour toi ?

Sa mère lui jeta un regard de reproche, gênée, mais Fischer ne s'en formalisa pas.

- Ca rentabilisera ma matinée, avoua-t-il. Ça me va. En attendant, vous pourriez me noter les adresses ou les contacts des personnes que vous connaissez sur cette liste ?

- On vous fait ça tout de suite, assura son père. Aucun problème.

- Merci beaucoup. Je reviendrai la prendre avant de repartir.

Sur ces mots, Fischer se releva et Liam s'empressa d'enfiler ses baskets avant que sa mère ne change d'avis. De toute façon, elle était déjà plongée dans la liste, l'air concentré. Il ne put s'empêcher d'être soulagé : se rendre utile était la meilleure chose qui pouvait lui arriver et peut-être qu'elle irait un peu mieux après.

Accompagné de l'Auror, il sortit donc enfin de la maison et inspira une grande goulée d'air frais, presque brûlante tant elle était froide. Il pressa le pas presque immédiatement pour mettre le plus de distance possible entre lui et sa maison. Hercules Fischer le héla dans son dos :

- Eh gamin, ralentis ! Tu vas finir par glisser sur le verglas.

- Je ralentirai quand on sera à la brocante. Avant ça, ma mère peut toujours nous rattraper et m'enfermer dans ma chambre. Je ne prends pas le risque !

- Et bien fais-le quand même pour mes jambes de senior qui n'arrivent pas à suivre.

Liam jeta un regard par-dessus son épaule.

- Vous êtes pas censé être un agent surentraîné ?

- Tu as toujours réponse à tout ?

- La plupart du temps. Les gens ont tendance à me dire que c'est agaçant.

- Les gens ont raison, grommela Fischer en revenant à sa hauteur.

Il haussa les épaules. Ça faisait longtemps qu'il avait appris à ignorer ce genre de commentaires : trop bavard, trop extravagant, trop flamboyant. En junior, quand il était arrivé à Ilvermorny, Enjolras ne pouvait pas le voir et ça avait causé des tensions dans le dortoir. Ses professeurs le trouvaient dissipé et ses camarades oscillaient entre agacement et amusement à son égard. Il venait juste de se découvrir une passion pour la photo et avait peut-être tendance à mettre son objectif sous le nez de tout le monde. Wilde avait piqué une crise quand il l'avait pris en photo à la sortie de la douche sans faire exprès, même s'ils avaient fini par en rire. Le fait qu'il entre au club de journalisme et qu'il rencontre Aileen avaient de toute façon eu un effet apaisant, puis son amitié avec Noah, qui avait un an de plus que lui, s'était traduit par un certain respect de la part de ses camarades. Ça ne les empêchait pas de se moquer de lui pour son attitude un peu trop enthousiaste ni de le traiter de plusieurs noms. Certains avaient même commencé à dire qu'il était pédé et c'était à ce moment là que Liam avait décidé de changer ou plutôt de retourner les insultes en avantage. Il était hors de question que des rumeurs de ce genre commencent à circuler sur lui et il avait même manquer d'en venir aux mains avec Noah quand il avait osé aborder le sujet. A partir de là, il avait retourné la situation vis-à-vis des autres : ils ne subiraient plus les moqueries, ils s'en empareraient pour rebondir. Il avait fait de l'humour son arme, sa façade, son rapport aux autres. Et ça avait fonctionné. Petit à petit, ses camarades avaient vite oublié les rumeurs qui le disaient pédé – il grimaça rien qu'en y repensant par Morgane – et avaient commencé à le trouver simplement sympa et drôle. Le gars cool. Sa dispute avec Noah avait fait le tour d'Ilvermorny et d'un coup ils avaient été nommés ennemis, renforçant son aura de gars capable de tenir tête à quelqu'un comme Noah Douzebranches. La seule constance dans ce changement d'image à mesure qu'il grandissait avait été Aileen, infaillible à ses côtés. Elle semblait ne jamais être trompée par ses blagues ou ses remarques spirituelles. Aileen restait fidèle à elle-même.

Déjà tendu à cause de sa mère, il s'agita en repensant à cette époque et plongea sa main dans la poche de sa veste pour en sortir son paquet de cigarette. Fischer lui lança un regard réprobateur.

- Sérieusement gamin ?

- Quoi ?

- T'as quoi ? Seize ans ? C'est illégal chez les Non-Maj' je suis sûr.

- Allez dire ça au buraliste là-bas, répliqua-t-il en désignant le petit tabac de la ville qu'il avait toujours connu. Il me les vend sans problème.

Fischer secoua la tête, exaspéré.

- T'as conscience d'être avec un Auror, pas vrai ? dit-il avec une touche de menace.

- Et alors ? Vous êtes passé d'arrestation de mage noir à répréhension pour tabagisme chez les jeunes ? (Par pure provocation, il tira une bouffée avant de se tourner vers l'Auror). Vous avez vraiment rien de mieux à faire ? Genre, retrouver ma sœur ?

Le coup était facile, mais mordant. Il fit son effet. Mâchoire contractée, Fischer se passa une main sur le visage.

- Crois-moi, gamin, j'essaye depuis des mois...

- Et bah essayez mieux ! Elle doit bien être quelque part, on ne se volatilise pas comme ça un soir de 4 juillet alors que toute la putain de ville était dehors ! Les voisines sont pires que des caméra de surveillance ici !

Sa colère ne parut même pas atteindre Fisher qui devait avoir l'habitude de gérer des choses bien plus impressionnantes qu'un adolescent de seize ans et il se contenta de froncer les sourcils.

- Des caméras ? répéta-t-il, perplexe.

- Une invention Non-Maj', laissez tomber... Y'en a même pas ici, c'est juste à New York.

- Ah je vois.

En vérité, Fischer avait l'air de ne pas voir du tout, mais Liam n'insista pas. Il n'était pas d'humeur. Il reprit une bouffée de sa cigarette et rejeta la fumée devant lui. Elle se mêla à son souffle chaud dans l'air glacé.

- A vrai dire, reprit Fischer d'un ton faussement dégagé, je suis content de pouvoir reparler avec toi, Liam. On s'est vus que deux fois après la disparition d'Emilia, mais je me disais que peut-être tu avais appris des choses depuis ton retour à Ilvermorny ?

- Des choses ? Comme quoi ?

- Je ne sais pas, peut-être que certains élèves ont laissé échappé quelque chose ou seraient venus te parler.

- Vous avez déjà interrogé les amies d'Emilia.

- C'est pour cela que je parle des « gens » en général. Je me souviens assez d'Ilvermorny pour savoir que tout le monde connait tout le monde. Et Emilia avait peu d'amis à part les filles de son dortoir. Ma question est légitime, tu ne trouves pas ?

Fischer lui envoya un regard équivoque et Liam tenta de pas avoir l'air autant sur la défensif. Il n'arrivait pas à arrêter de penser à leur salle de classe vide dans laquelle mijotait une potion pour un contre-rituel d'une complexité rare. Et ce n'était que la première d'une longue série qui impliquait aussi des sortilèges et des sorts que seuls un génie en la matière, comme Julian Shelton, pouvait comprendre. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il ait réussi à embarquer – souvent malgré lui – autant de ses camarades dans toute cette histoire de maître-chanteur. Aileen, ce n'était pas surprenant. Elle était infaillible, il l'avait déjà dit. Julian, c'était déjà plus étonnant. Il ne connaissait ce gars que depuis quelques mois et pourtant il s'était intégré dans leur groupe avec une facilité et un naturel déconcertants. Julian et son accent anglais, son goût obsessionnel pour le thé, sa capacité à déchiffrer des sortilèges complexes, ses crayons qu'il laissait traîner partout dans le dortoir... Liam devait l'avouer, il en était venu à le considérer comme son ami et découvrir ce qui était arrivé à sa mère n'avait fait que renforcer ce sentiment. Pour le reste du groupe... Leur présence était vraiment surprenante à tous les égards. Il n'aurait jamais cru être impliqué dans quoique ce soit avec Noah Douzebranches à nouveau, ni faire équipe avec les deux autres membres de la Clique Royale, à savoir Othilia et Théa. C'était surréaliste. Et pourtant, là encore, ils s'étaient tous révélés d'une aide précieuse. Il avait surtout travaillé avec Othilia qui, grâce à son père, avait de solides connaissances en Potions. Liam l'admirait pour ça. Rien ne l'avait prédestiné à être doué en cette matière. Tout le monde s'était même attendu au contraire : il fallait être précis, minutieux, concentré et un peu enfermé dans son monde pour être doué en Potions. Liam n'avait clairement pas le profil, mais il avait trouvé dans cette discipline un ancrage, comme une manière de canaliser son énergie et de montrer qu'il était capable de bien faire. Les Potions, c'étaient ce qui ressemblaient le plus à de la science et de l'environnement Non-Maj' dans lequel il avait grandi. Il n'avait jamais brillé par sa puissance magique et les Potions lui offraient la possibilité de se démarquer grâce au sens de l'effort et à la débrouillardise. Cet instinct, Othilia l'avait aussi : elle travaillait intelligemment et c'est ce qui faisait d'eux une bonne équipe.

Avec un temps de retard, il réalisa soudain qu'il avait dû rester silencieux trop longtemps et Fischer se râcla la gorge pour le lui indiquer.

- Désolé, marmonna-t-il. Hum, non rien de nouveau. Les gens évitent de venir me parler d'Emilia si vous voulez tout savoir.

- Si tu es autant sur la défensive en même temps...

- Quoi ? Vous allez aussi me dicter comment réagir à la disparition de ma sœur ? C'est à vous de faire votre boulot !

- Et pour ça j'ai besoin de tous les témoins possibles. (Il releva les yeux vers les stands qui commençaient à apparaître). Bon, Mrs Callister ? Tu sais où elle est ?

Tendu, Liam donna un coup de pied dans le vent puis indiqua le grand hall en fer qui abritait d'ordinaire le marché du dimanche.

- Sûrement par là. Elle tient le même stand chaque année. Venez.

Le bruit de la neige crissant sous lui, il s'engouffra dans le hall ouvert où les gens de la ville déambulaient entre les tables installées de façon précaire, englouties sous des montagnes de choses aussi inutiles que pittoresques. Ça et là, il repéra un vieux téléphone – du genre celui que ses grands-parents avaient encore – et un peu plus loin son ancienne voisine, qui avait déménagé en périphérie de la ville, vendait tous les vêtements de bébé de sa fille. Il se rappelait vaguement d'elle parce qu'elle avait l'âge d'Emilia et étaient amies avant Ilvermorny. Pour le reste de la ville, les Cooper envoyaient leurs enfants dans un internat privé du Massachussetts, ce qui leur avait valu le surnom des « nobles » dans leur dos. C'était surtout d'une ironie criante puisqu'ils n'avaient en réalité pas beaucoup de moyens... Son père travaillait à l'usine d'une compagnie de chemin de fer pas très loin et sa mère avait arrêté de travailler lorsqu'il était né avant de prendre un poste de secrétaire quand il était lui aussi parti pour Ilvermorny.

Soudain, il repéra enfin le brushing et la teinture de Mrs Callister un peu plus loin. Elle se tenait derrière un énorme canapé à fleurs sur lequel elle venait de mettre une étiquette pour indiquer un prix de 30 dollars. Il fit signe à Fisher.

- Elle est juste là, dit-il. Vous... vous allez lui parler ?

- C'est le principe, oui. Reste derrière moi, ne te fais pas remarquer, d'accord ?

Cette fois, ce fut l'Auror qui passa devant. Avec sa large carrure et son long manteau, il détonnait dans la brocante d'hiver d'une petite ville de l'Oregon, mais les gens étaient trop occupés à faire des affaires pour s'en soucier vraiment.

- Mrs Callister ? appela-t-il.

- Oui ?

Surprise, elle se retourna et Fisher inclina la tête poliment.

- Bonjour, Hercules Fischer, se présenta-t-il d'une voix ferme. Je vous prie de bien vouloir m'excuser de vous déranger en pleine brocante, mais je suis l'enquête en charge de l'affaire Emilia Cooper. J'aimerais vous poser quelques questions si ça ne vous dérange pas.

- Oh la petite Cooper ? Vous êtes de la police ?

- C'est cela.

Liam devait lui accorder : Fischer mentait bien. Mais après tout, Auror et policier n'étaient pas si éloignés. La nuance ne résidait que dans la frontière entre deux mondes.

- Bien sûr, je serais ravie de vous aider, accepta Mrs Callister en jetant un coup d'œil autour d'elle comme pour s'assurer que ses voisines la voyaient bien en train de prêter main forte dans une affaire si importante. Je vous écoute, inspecteur.

- Merci à vous, apprécia Fischer en sortant un calepin et un stylo. Tout d'abord, je peux vous demander où est-ce que vous étiez dans la nuit du 4 au 5 juillet ?

- Comme tout le monde ! J'étais dehors bien sûr. La ville organisait un banquet sur la place principale et puis il y avait les feux d'artifice. Je ne les manque jamais, c'est si beau ! Et je suis patriote vous savez, le 4 juillet c'est important.

Tout en faisant mine d'observer une collection de vieux vase sur la droite, Liam roula des yeux. Fischer, pour sa part, notait quelques mots mais il voyait bien qu'il n'avait pas l'habitude d'écrire sans plume et il retint l'impulsion de lui arracher des mains pour écrire lui-même.

- Et lors de cette soirée, vous avez vu Emilia Cooper ?

- Oh bien sûr ! Vous savez, on la voit si peu ici... Elle est toute l'année dans un internat quelque part, pauvre petite. Si j'étais sa mère, je n'arriverais pas à me séparer de mon enfant comme ça. Mais il faut croire que les Cooper ont l'argent pour le faire, ça change une famille je pense. (Elle plissa les yeux). Ils ont reçu une demande de rançon ?

A nouveau, Liam sentit l'agacement l'envahir. Il serra les poings le long de son corps.

- Je ne peux pas vous le dire, madame, répondit Fischer avec professionnalisme. Mais vous dites donc que vous avez aperçu Emilia ?

- Oui, c'est ça. Elle était avec des amies. Des filles d'ici. Comme je vous disais, elle n'est pas souvent là alors elles étaient contentes de se retrouver, je les entendais rire ! Et Emilia était très jolie ! Elle a toujours eu ses beaux cheveux blonds clairs, on ne voyait qu'elle. Je dois avouer que j'ai failli ne pas la reconnaître sans ça.

- Vraiment ? Pourquoi ?

- Oh et bien elle avait grandi, c'est certain. Mais elle avait aussi changé... de manière plus générale.

Devant cette observation, Liam redressa la tête en même temps que Fischer. Ce n'était pas la première fois qu'il avait entendu ce genre de choses. Les quelques témoignages des élèves de la promotion d'Emilia avaient ressortir la même observation. Winona Qaletaga, Zack Ledwell, Archer Grims... Ils avaient tous dit la même chose. Et ça agaçait Liam. Parce que lui n'avait rien vu. Emilia avait continué à être sa sœur, rien de plus. Alors certes ils se parlaient un peu moins mais il avait été occupé par le journal, ça ne voulait rien dire. Emilia n'avait de toute façon jamais été très proches de ses camarades faute de points communs. Et il ne savait pas s'il pouvait vraiment faire confiance aux jugements des autres. Winona était souvent lointaine, occupée à gérer les élèves de la réserve indienne dont elle venait elle-même ; Archer Grims se souciait plus de lui-même que de quiconque en bon sang-pur qu'il était ; et Zack Ledwell était trop occupé à penser Quidditch pour s'intéresser à autre chose en plus d'avoir des penchants bizarres pour d'autres gars. Il doutait qu'aucun d'eux ait vraiment connu sa sœur.

Pourtant, son changement de personnalité semblait revenir constamment dans les conversations. Si même Mrs Callister s'y mettait... Il ne savait pas quoi penser.

- Vous pourriez préciser ? pressa Fischer, l'air intéressé.

- Et bien je veux dire... Je le connais depuis qu'elle est petite. Depuis qu'elle est arrivée ici après que les Cooper l'aient adopté. Une enfant sage, réservée, polie. Elle avait de grands yeux clairs, c'était presque perturbant. (Mrs Callister secoua la tête). Enfin une jeune fille effacée en somme, même si des choses un peu bizarres lui arrivaient toujours à son frère et à elle. C'est l'institutrice qui me l'a raconté.

Liam grimaça. Les choses bizarres, ça, il voyait. Mais ça n'avait pas été de sa faute, ni celle d'Emilia, s'ils avaient eu du mal à contrôler leurs pouvoirs magiques plus jeunes. Il se souvenait encore de la fois où un de ses camarades avait fini dans la fontaine de la ville... comme par magie.

- Mais en dehors de ces... incidents... Vous avez dit qu'Emilia avait changé ?

- Oui, c'est cela. Ce soir-là, elle m'a paru différente, moins renfermée. Elle parlait aussi fort que ses amies et elle m'a même bousculé sans s'excuser pour avoir une place au premier rang du feu d'artifice !

- Je vois... Rien d'autre ?

- Non, je ne lui ai pas parlé. Mais elle est partie un peu plus tôt que ses amies, je crois.

- Oui, ses parents lui avaient demandé de rentrer chez elle à minuit.

Mrs Callister hocha la tête.

- Il devait être cette heure-là, oui... Elle est repartie à pied vers la mairie.

La main suspendue au-dessus d'une montre à gousset rouillée qu'il examinait distraitement, Liam se figea. Sans pouvoir s'en empêcher, il s'adressa directement à Mrs Callister.

- Vers la mairie ? répéta-t-il.

- Oh Liam ! sursauta-t-elle. Je n'avais pas vu que...

- On habite à l'opposé de la mairie. Pourquoi elle serait partie par-là ? Vous êtes sûre de vous ?

Elle jeta un regard nerveux vers Fischer qui lui fit signe de répondre, impatient.

- Et bien... oui, oui, je crois, balbutia-t-elle. Je croyais qu'elle était repartie avec toi parce que j'ai vu un homme l'attendre, mais j'ai dû me tromper, il ne devait pas...

- Un homme ? coupa Fischer. Quel homme ?

- Je ne sais pas. Je ne l'avais jamais vu et je n'ai pas pu bien le voir de toute façon. Il était grand et brun je crois, mais je ne pourrais pas vous en dire plus.

- Essayez de vous souvenir ! s'agaça Liam.

- Je suis désolée, je ne sais vraiment pas. Il est resté à l'écart. Quand Emilia l'a aperçu, elle est partie. Je vous dis, j'étais persuadé que c'était toi qui était venu chercher ta sœur pour la raccompagner. Maintenant que je te vois c'est idiot, tu ne lui ressembles pas mais comme je disais on vous voit si peu toi et ta sœur que j'avais oublié...

- Ce n'est pas grave, rassura Fischer. Vous nous avez beaucoup aidé, Mrs Callister. Je vous remercie.

Elle inclina la tête.

- Avec plaisir, dit-elle. Je vous l'ai dit, je suis patriote !

- Bien sûr.

- J'espère que vous la retrouverez, inspecteur.

- Moi aussi. Bonne journée, madame.

Liam aurait voulu rester là et interroger Mrs Callister pendant des heures, mais Fischer l'attrapa par l'épaule pour le forcer à s'éloigner. Il grogna.

- Attendez, vous ne voulez pas continuer à l'interroger... On peut...

- Non. Elle ne se souvient de rien de plus, on perdrait du temps. Par contre, je vais pouvoir interroger les autres témoins sur cet homme.

- Mais vous ne pourriez pas... Vous savez, voir dans sa mémoire...

Les épaules de Fischer se tendirent.

- Il me faudrait l'autorisation du MACUSA pour ça, murmura-t-il en veillant à ce que personne ne les écoute. Et c'est une pratique interdite sauf cas de force majeure. En fait, il faudrait qu'elle se souvienne plus précisément.

- Mais...

- Liam, c'est déjà une grande avancée. Ne t'inquiète pas, d'accord ? (Il soupira). Allez viens, je te ramène chez toi pour récupérer la liste de tes parents.

Liam serra les dents. Il aurait voulu protester davantage, mais il reconnaissait l'expression de l'Auror. C'était la même que sa mère ou ses professeurs quand ils avaient décidé de quelque chose. C'était l'expression des adultes qui disait clairement qu'ils savaient mieux que lui. Irrité, il jeta un dernier coup d'œil à Mrs Callister et il eut soudain une idée.

- Eh Fischer ? appela-t-il. Je laisse tomber si vous faites quelque chose pour moi.

- Quoi ?

- Vous voyez ce canapé à 30 dollars ? Si je l'achète, vous pouvez me le réduire par magie pour qu'il soit transportable ?

**

*

Assis sur les marches de sa maison, poing contre la joue, Matthew surveillait Spencer et Simon qui jouaient dans la neige à quelques mètres. Ou plutôt il surveillait l'avancée de Spencer à construire un bonhomme de neige avec application pendant que Simon restait assis sur sa couverture chauffante en essayant d'attraper les flocons qui tombaient autour de lui avec ses petites mains. Du haut de ses dix-huit mois, il avait déjà un air déterminé avec son petit nez froncé et Matthew sourit. Il n'avait pas eu l'occasion de beaucoup voir son petit frère depuis sa naissance et il devait avoué qu'il aimait l'observer pendant les vacances, toujours surpris par les changements qu'il constatait. Cet été encore, Simon ne marchait même pas.

Il s'apprêtait à héler Spencer pour lui suggérer d'aller chercher des boutons pour mettre des yeux à son bonhomme quand il repéra deux personnes qui remontaient l'allée. Il se leva d'un bond.

- Tante Lysa ! Tonton !

- Par Morgane, je repars tout de suite, menaça faussement Leonidas devant le surnom.

Matthew eut un rictus. Jusqu'au dernier moment, il n'avait pas été certain que sa tante pourrait venir les voir pour le nouvel an à cause de la fermeture des frontières côté américain, mais il fallait croire qu'être mariée à un ambassadeur avait ses avantages. Elle n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu : même cheveux noirs de jais, héritage des Black, et même traits altiers qu'elle partageait avec sa mère. Leonidas, lui, était fidèle à lui-même dans son long manteau marine. Ses yeux bleu colbat se posèrent sur lui et Matthew dévala finalement les marches pour venir les accueillir.

- Bonne année, lui dit sa tante en passant un bras autour de ses épaules. Désolée pour le retard, on a été arrêtés plus longtemps que prévu à la frontière à cause de mon visa.

- Mais ça a été ? Vous pourrez repartir ?

- Normalement oui. Et puis si on reste coincé ici, on aura qu'à venir habiter avec vous, plaisanta Leonidas. Je suis sûr que tu seras ravi de nous laisser ta chambre, pas vrai ?

- Je serais ravi de vous laisser la remise avec un peu de chance, rétorqua-t-il.

Tante Lysandra lui donna une tape sur la tête.

- C'est comme ça que tes parents t'ont élevé ? réprimanda-t-elle avec un sourire. (Elle enleva son bras de ses épaules et ne lui laissa pas le temps de répondre). De toute façon, ce n'est pas toi que je venais voir. Où est mon neveu et filleul préféré ?

- Eh !

Mais elle ouvrait déjà les bras à Spencer qui se précipita vers elle. Elle déposa un baiser sur son front avant de l'observer en reculant d'un pas.

- T'as encore grandi, toi, observa-t-elle.

- C'est généralement ce que font les enfants, commenta Matthew derrière elle.

Elle soupira.

- Tu sais que tu n'es pas encore trop vieux pour te prendre un sort, hum ? Allez, va chercher Simon et rentrons. Le pauvre va finir par ressembler au bonhomme de neige.

- C'est moi qui l'ait fait ! annonça fièrement Spencer.

- On n'en doutait pas, dit Leonidas en prenant la main de sa femme. Matthew n'aurait jamais réussi un bonhomme de neige si parfait.

Matthew ne lui fit même pas le plaisir de répondre. Sûrement parce qu'il avait raison. Petit, il n'avait jamais eu la patience de construire ses bonhommes de neige et ses premières manifestations de magie avaient généralement été de faire voler la neige pour aller plus vite. Sa mère lui avait passé un savon, inquiète qu'un voisin ait pu l'apercevoir, mais personne n'était jamais venu se plaindre d'un gamin étrange qui faisait léviter la neige.

Se contentant de rouler des yeux, il attrapa Simon dans ses bras et emboîta le pas à sa tante et son oncle dans la maison. Son petit frère émit un son de protestation et tenta une ultime fois d'attraper les flocons, mais Matthew réajusta sa prise avant de rentrer au chaud.

- Allez mini botruc, dit-il, t'as passé assez de temps dehors. Ton nez ressemble à un glaçon rouge.

- Gaçon !

- Glaçon. Répète : glaçon.

- Gaçon !

Matthew secoua la tête en riant.

- Tu seras pas le plus intelligent de nous trois, écoute, c'est pas grave.

- Est-ce que t'es en train de te comparer à un bébé d'un an ? lui lança Leonidas, sourcil dressé alors qu'il enlevait son manteau pour révéler un costume gris anthracite parfaitement coupé.

Pour toute réponse, Matthew lui adressa un signe grossier de la main. Malheureusement pour lui, ses parents venaient juste d'entrer dans le hall en entendant le bruit et sa mère le fusilla immédiatement du regard.

- Matthew Leo Bones ! réprimanda-t-elle. Avec tes frères à côté !

- Désolé...

- Maman, ça veut dire quoi ? demanda Spencer en reproduisant le geste.

Horrifié, il se précipita vers son frère et lui attrapa la main pour le faire cesser pendant que Lysandra éclatait de rire. Sa mère soupira, exaspérée, et s'avança à leur hauteur.

- Lysa, je t'en prie, ne l'encourage pas.

- Quoi ? Ce sont tes fils, c'est toi qui les a élevé. Le blâme te revient.

- Ils ont un père aussi.

- Je me dédouane complètement.

- Papa ! Tu me renies ? lança Matthew, une main sur la poitrine.

Son père sourit. Il tenait sa pipe à la main et la pointa sur lui dans un geste familier.

- Tu ferais mieux de te faire oublier, toi. Et donne moi Simon, il a l'air frigorifié.

- Gaçon ! babilla-t-il joyeusement.

Avec plaisir, il se débarrassa de Simon et commença à enlever ses lourds vêtements d'hiver pendant que tout le monde passait au salon. Il allait suivre le mouvement lorsqu'il remarqua une lettre sur la commode de l'entrée avec son nom dessus. Intrigué, il l'attrapa et l'ouvrit en déchirant le papier sur sa longueur. Il reconnut l'écriture de Charity en une seconde. Un sourire certainement idiot aux lèvres, il se mit à lire.

Matt,

Tout d'abord, bonne année. J'espère que tu vas bien depuis la dernière fois qu'on s'est vus et que tes frères ont apprécié leurs cadeaux. En tout cas, j'ai bien reçu le tien et je voulais juste t'écrire pour te remercier. Je ne pensais pas que tu aurais retenu que j'aimais Queen et encore moins que tu arriverais à acheter leur dernier album sans te tromper. Tu m'impressionnes !

Ne crois pas que je t'ai oublié pour autant. Je pensais simplement te donner ton cadeau à la rentrée : ça te fera une raison d'attendre la fin des vacances pour une fois. Et il est possible que ton cadeau soit livré avec un baiser si je suis d'humeur généreuse.

A bientôt,

Charity.

La lettre était courte mais efficace dans le pur style de Charity et Matthew sourit un peu plus. D'après l'intensité du trait d'encre sur la dernière phrase, il voyait bien qu'elle avait hésité à l'écrire et il se l'imagina en train de se demander si leur joute verbale sur l'aspect plus...physique de leur relation passerait bien à l'écrit. En tout cas, elle avait réussi son coup : il avait effectivement hâte de la revoir, aussi bien pour le baiser que pour ce fameux cadeau surprise.

En vitesse, il monta dans sa chambre pour ranger la lettre. Il allait redescendre les escaliers quand il s'aperçut que plusieurs personnes étaient revenues dans le hall. Par instinct, il s'immobilisa près de la rambarde en reconnaissant ses parents et une femme blonde qui venait tout juste d'arriver.

- Edgar sérieusement... Maintenant ? était en train de dire sa mère, visiblement contrariée. C'est le nouvel an, Leonidas et Lysandra viennent d'arriver.

- Je sais, je sais. J'en ai pour une seconde, va avec eux et j'arrive.

- Ca ne peut pas attendre ?

- Je ferai vite, Mrs Bones, assura la femme blonde avec un ton d'excuse. Je suis désolée, c'est juste... urgent.

- Comme d'habitude.

- Cassie, s'il te plait.

Vaincue, sa mère leva les mains, non sans se départir de son air agacé. D'expérience, Matthew n'aurait pas aimé être à la place de son père et de la femme. Il veilla à se baisser derrière la rambarde alors que sa mère repartait dans le salon et se mit à écouter, poussé par la curiosité.

- Désolée, si ça avait pu attendre demain, je ne serai pas venue, s'excusa à nouveau la femme. Mais il fallait que je vous vois.

- Ce n'est rien, McKinnon, je comprends. Dis-moi tout.

Surpris, Matthew se décala pour jeter un œil dans le hall. Il n'avait pas bien vu avant, mais c'était pourtant évident. Avec stupeur, il reconnut soudain Marlène McKinnon, une ancienne camarade de Gryffondor qui avait été diplômée il y a quelques années. En même temps que James Potter s'il se souvenait bien... A sa décharge, McKinnon avait changé. Il se souvenait vaguement d'une fille timide à la frange blonde et au corps rond. L'entrée dans l'âge adulte l'avait transformé : même si ses cheveux avaient poussé, elle avait le visage dégagé et se tenait droite ; elle avait perdu du poids ; et surtout elle arborait aujourd'hui une impressionnante coupure sur le front.

- C'est au sujet d'hier soir... Maugrey m'a demandé de venir vous faire un rapport pour vous tenir au courant si jamais la Gazette, les Aurors ou le Ministère venaient vous demander d'étudier le dossier.

- Ils ne feront rien avant demain, tout le monde est en famille.

- C'est ce que je me disais, mais vous connaissez Maugrey.

Son père soupira.

- Je vois... Et pourquoi il t'envoie toi ? Où est passé Potter ?

McKinnon grimaça. D'un geste mécanique, elle toucha la coupure qui lui barrait le front et tressaillit. Matthew se colla un peu plus à la rambarde pour écouter.

- Il n'était pas en état de venir, avoua-t-elle finalement. Cheville cassée et plusieurs sorts au niveau du torse. Lily s'occupe de lui.

- Merlin... Et les autres ?

- Ca aurait pu être pire. Fabian est à Ste-Mangouste, Peter aussi... Alexia a fait une crise assez sérieuse, elle est en soin intensif mais elle devrait se remettre.

- Elle n'aurait jamais dû se retrouver là-dedans, grommela son père. Mais je suppose qu'elle n'a pas voulu rester en arrière ?

- Non. Et pour tout dire, elle a été utile. On n'était pas assez nombreux sans vous ni Emmeline ou Benjy. Même Caradoc n'était pas là.

- Ils savaient quand frapper... Tout le monde était occupé à fêter le nouvel an et ils en ont profité ! (D'un geste rageur, son père tira sur sa pipe). Et Cassidy ? C'est toi qui l'a ressorti des tunnels ?

McKinnon se raidit une seconde. Matthew, lui, se demanda bien de quels tunnels il pouvait bien parler. Toute cette conversation était étrange, mais une image se formait dans son esprit grâce aux éléments qu'il avait déjà recueilli depuis presque un an. Ils devaient parler d'un affrontement avec les mangemorts. Un affrontement entre les mangemorts et le fameux Ordre du Phénix dont personne ne pouvait vraiment parler, mais dont la rumeur commençait à prendre de l'ampleur. Et si Potter en faisait partie, ce n'était peut-être pas si étonnant que McKinnon en soi également.

- Oui, c'est moi qui l'ai sorti, répondit-elle d'une voix que Matthew jugea étrange. Sirius l'a fait transplaner à Ste-Mangouste une fois que Carrow ait rappelé les autres... Je pense qu'ils ont eu pas mal de dommages eux aussi. Les tunnels étaient tellement étroits, c'était le chaos complet là-dedans.

- C'est ce qu'ils voulaient. Ils ne vous ont pas attiré dans le métro pour rien. Ces idiots n'avaient juste pas prévu que ça se retournerait contre eux.

- Non, je crois qu'ils n'avaient plutôt pas prévu qu'on soit si nombreux. On fêtait le nouvel an ensemble, c'est pour ça. Ils pensaient sûrement qu'on serait au moins deux fois moins là-dessous.

Matthew écarquilla les yeux. Le métro ? Les tunnels ? Merlin, s'ils avaient dû se battre contre des mangemorts dans le labyrinthe des souterrains londonien, ce n'était pas étonnant que ça soit si grave.

- Sûrement, acquiesça son père, songeur. Bon à part ça, d'autres choses à signaler ?

- Pas grand-chose de plus, non. Tout est dans le rapport. Maugrey a bien dit de...

-... de le détruire après lecture, je sais. Merci McKinnon. Je passerai au QG demain pour évaluer les dégâts. En attendant, fais profil bas. Il ne faudrait pas que ça prenne trop d'ampleur, pas après le fiasco des Archives Magiques.

- Ca devrait aller. Le Ministère ne veut pas répandre la panique, je ne pense pas que la Gazette s'étende dessus. Et contrairement aux Archives, ils n'ont aucune preuve de notre implication cette fois. Ils ne pourront rien dire.

- Que Merlin t'entende. Allez, file. Tu as une famille à retrouver.

Matthew retint un rire incrédule. C'était riche venant de lui. Pourtant McKinnon obtempéra et il entendit la porte se refermer, puis les pas de son père qui s'éloignaient dans le salon. Il resta prostré quelques secondes, le temps d'assimiler tout ce qu'il venait d'entendre. S'il avait encore eu besoin d'une confirmation, il venait de l'avoir. Son père faisait bien partie de l'Ordre du Phénix et collaborait avec plusieurs personnes dont Alastor Maugrey, le patron de sa mère, James Potter et Marlène McKinnon. Il avait entendu d'autres noms à la volée, comme Alexia Cassidy, Sirius Black, Lily Evans, les frères Prewett... Il s'en était de toute façon douté. Apparemment, ils avaient dû se battre dans le métro de Londres contre des mangemorts, même si la Gazette n'en avait pas parlé. La bataille n'avait pas du sortir de terre. Matthew s'en rappelait mal – il n'avait pas beaucoup lu les journaux à ce moment, trop occupé à soutenir Julian – mais l'Ordre avait commencé à faire parler de lui publiquement avec l'attentat des Archives Magiques. Jusque-là, la communauté sorcière avait vaguement eu conscience qu'un groupe de résistance s'opposait à la montée des mangemorts, mais cet évènement avait été le premier où la presse avait détaillé leurs actions de manière frontale. Sa mère ne s'était pas étendue sur le sujet, mais il se souvenait qu'elle en avait parlé à demi-mot avec son père : des personnes avaient aidé les Aurors sur les lieux à sortir des victimes et des employés coincés sous les décombres. Il n'avait pas voulu écouter pour ne pas imaginer le corps d'Aurelia Shelton enseveli sous les gravats et l'incendie qui avait suivi.

Perturbé, il redescendit les escaliers avec lenteur. Il décida de garder les informations dans un coin de sa tête pour en parler à son père un autre jour. Ce n'était pas le moment. En entrant dans le salon, il découvrit ses parents assis sur le canapé en face de Lysandra qui fumait en discutant et Spencer en train de jouer avec Simon sur le tapis. Dès qu'il le vit, Leonidas s'approcha.

- Tiens Matthew, viens voir, dit-il en lui faisant signe. J'ai quelque chose pour toi.

- Pour moi ?

- Oui, je prends mon rôle de hibou très à cœur.

- Ton rôle de... Oh !

Il s'interrompit lui-même en avisant le paquet que Leonidas lui tendait et il le lui arracha presque des mains avec avidité.

- C'est de Julian ?

- Non, c'est d'Isadora, se moqua sa tante. Evidemment que c'est de Julian.

- Il a aimé le pull ?

- Le pull Gryffondor tu veux dire ? Espèce d'idiot.

Matthew éclata de rire.

- Oh j'aurais aimé voir sa tête ! Au moins, je suis sûr qu'il a apprécié le carnet à dessin.

- Oui, ça il a aimé. Ouvre ton cadeau, tu vas voir.

Impatient, il s'exécuta sans attendre. La première chose qu'il découvrit fut une masse de laine informe d'une couleur orange criarde et il la leva devant ses yeux pour mieux l'examiner avant de se rendre compte qu'il s'agissait d'un bonnet. Un bonnet orange.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Pour que tout le monde voit bien, il le présenta devant lui.

- Je pensais que Julian aurait meilleur goût, commenta sa mère après quelques secondes, comme si elle voulait éviter de le froisser.

- Oh non, comprit-il soudain. Il l'a fait exprès. C'est sa revanche pour le pull.

- Tu le mérites un peu, s'amusa Leonidas. Vas-y, essaye-le.

Sous l'œil amusé des adultes, Matthew accepta de bonne grâce. Il enfila l'affreux bonnet qui devait sûrement jurer avec ses cheveux et écarta les bras en tournant sur lui-même pour que tout le monde puisse à nouveau profiter du spectacle. Ses parents rirent et tante Lysandra applaudit même.

- Magnifique ! s'exclama Leonidas.

Au sol, Simon émit un petit rire, amusé par l'agitation et Matthew le saisit à bout de bras pour le hisser contre lui.

- Tu te moques de moi, mini botruc ? fit-il avec une voix idiote. Hum ?

- Ah !

Les yeux fixés sur le bonnet, Simon tendit la main pour attraper le pompon qui pendait au-dessus de sa tête et Matthew le maintint à bonne distance.

- Non, non, c'est le mien. C'est le cadeau de Julian. Tu te souviens de Ju' hum ? Tu sais, il te faisait des dessins ?

- Ju'... babilla Simon.

- Ouais, Julian le traître.

- Tu as ouvert les hostilités, lui rappela tante Lysandra. A la limite, tu aurais pu lui offrir un pull aux couleurs de Serpentard.

- Serpentard ? Jamais !

Sa mère pointa un doigt strict vers lui.

- Eh, pas de préjugés dans cette maison, ordonna-t-elle. Et enlève ce bonnet, tu as l'air ridicule.

- Quoi ? Tu te moques aussi de moi ? Toi, ma propre mère ?

Elle roula des yeux alors qu'il enlevait le bonnet. Pendant une seconde, il contempla la laine orange et décida qu'il tenterait de le porter pour la rentrée. Finalement, il n'était pas si mal. Son jugement devait sans doute être lié au fait qu'il venait de Julian, mais il fallait croire qu'il était sentimental. Alors qu'il reposait Simon près de lui, il remarqua une feuille pliée dans le paquet et il s'en empara, curieux. Apparemment, le bonnet n'était pas le seul cadeau de Julian. Avec précaution, il déplia le bout de papier – celui à grain du carnet qu'il lui avait lui-même offert – et découvrit un dessin au fusain représentant Poudlard en fond avec deux silhouettes devant. Son cerveau mit une seconde à comprendre que c'étaient eux. Julian les avait représentés, un brin plus jeunes, comme s'il s'était inspiré d'une photo. Matthew se rappela qu'ils en avaient effectivement pris une à la fin de la deuxième année et que Julian l'avait gardé.

Derrière lui, Leonidas se pencha par-dessus son épaule.

- Tu avais demandé un dessin à revendre pour quand il serait célèbre, non ? Le voilà.

- Oui, c'est vrai... Cet idiot est devenu encore plus doué qu'avant. Je sais à peine faire un bonhomme en bâton par Merlin et il arrive à faire ça !

- Je crois qu'il s'entraîne pas mal, effectivement. Il me le dit dans ses lettres.

Matthew hocha la tête, toujours obnubilé par son cadeau. Il se demanda si Julian se plongeait davantage dans le dessin pour faire face à la mort de sa mère et son ventre serra en songeant qu'il se trouvait à un océan d'écart, sans qu'il puisse être là pour lui.

- Il est génial... murmura-t-il finalement. Je vais l'encadrer je crois.

- Content que ça te plaise, dit Leonidas. Et bonne année, mon grand.

- Merci tonton.

L'effet fut instantané : Leonidas grogna et s'éloigna.

- Lysa, on repart ! lança-t-il.

Et Matthew se contenta d'éclater de rire, son bonnet dans une main et son dessin dans l'autre.

*******************

Chapitre sans Julian pour une fois donc, mais essentiel tout de même ! J'ai beaucoup aimé l'écrire !

Je pense que vous reconnaitrez une référence à ATDM et à O&P évidente... Well j'avais promis de vous briser le coeur non ? (Perri, on est des génies ^^)

A dans deux semaines !

Prochain post : chapitre 28 - 25 octobre
Quetzalbleu

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

J'ai lu le chapitre beaucoup trop tard hier soir, mais il fallait absolument que je laisse un commentaire donc me voilaaaa :3
Spoiler
Tout d'abord LE BONNET ORANGE BON SANG, on a enfin découvert comment et grâce à qui Matthew l'a eu en sa possession, je suis sensible là ok. J'ai tellement hâte que Julian se rende compte dans le futur que Simon est le petit frère de Matthew et inversement, ils sont si proches en plus... Je sens que je vais bien chialer quand la vérité sera révélée pour tout le monde - et encore plus quand on aura le point de vue de Julian sur la disparition de Matthew. Je vais juste aller pleurer dans un coin, je reviens.
Et OUI, vous êtes des génies ! J'ai l'impression de totalement redécouvrir l'univers d'HP avec vous, avec de nouvelles bases et personnages logiques, réalistes, comme si tout ça avait véritablement existé dans l'histoire du monde magique. Bref pour moi cette histoire/univers partagé est canon (à la fois dans sa définition française et anglaise :p).
Sinon j'aime vraiment beaucoup ces chapitres où on suit les autres personnages principaux. Je vais me répéter, mais ça permet de rendre encore plus réaliste l'histoire puisque de nombreux liens sont établis entre divers personnages et divers points du monde magique, tout en restant fidèle à la timeline officielle.

Oh et j'ai envie de faire un gros câlin de maman ours à Liam (même s'il le repousserait sûrement bahaha)

BISOUUUUUS
mythik

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par mythik »

Super chapitre (même si je n'ai pas les références :lol: ) ! Ju' me manque un peu, j'ai hâte de le revoir. Je me demande si Noah va lui offrir un cadeau de Noël... :roll: Vivement la rentrée de janvier !
Cazolie

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Chapitre 27 : L'espoir d'une nouvelle année
Espoir vain je n'en doute pas
(je suis en cours mais le rétro marche pas alors il ne se passe rien pouahahha)
- Liam, attends, tu es sûr que tu veux sortir ?
J'avais oublié qu'on changeait de narrateur, j'ai cru qu'ils éaient déjà rentrés à Ilvermorny donc je comprenais pas haha
- Mais j'ai encore le ménage à faire, je ne peux pas l'accompagner.

- J'ai seize ans, je peux y aller seul, maman.
Mmmmh ça sent la bonne angoisse de mère dont la fille a été enlevée
il sentit soudain le besoin de sortir son paquet de cigarette caché dans la poche intérieure de son manteau.
Pas sûre que ça améliore ton cas Liamou :lol:
On a racheté une télé le mois dernier !
Bah oui lobotomiser ton fils c'est vachement mieux :lol: Elle devrait se réjouir d'avoir un gamin qui veut sortir tiens.
- Oui et bien... dit-elle d'une voix sourde. Emilia aussi devait juste sortir une soirée. Et elle n'est pas rentrée.
Naaaan c'est horrible
Ses amis d'enfance, qui savaient qu'il rentrait toujours pour les vacances, étaient venus toquer à leur porte avant de repartir devant le refus catégorique de Barbara Cooper.
Ils pouvaient pas entrer et regarder la tv avec lui ?
Il allait devenir fou, enfermé dans sa chambre ou à tourner en rond dans leur petit jardin clôturé, comme un poisson dans son bocal.
Ce qui est dramatique c'est que c'est l'année où James va se retrouver enfermer à Godric's Hollow
Il ressentit une pointe de douleur au ventre en songeant que ça serait la première fois depuis l'arrivée d'Emilia dans la famille qu'il irait à la brocante sans elle.
* Qu'il n'irait pas
Hercules Fischer, le chef des Bureau des Aurors.
Un hommage à Poirot ? :lol:
- Si vous voulez, Mrs Callister tient un stand à la brocante d'hiver chaque année. J'allais y aller. Je peux vous emmener ?

- Liam...
Hahahaha quel fourbe
En junior, quand il était arrivé à Ilvermorny, Enjolras ne pouvait pas le voir et ça avait causé des tensions dans le dortoir.
Parce qu'il est pas flamboyant peut-être Enjolras :lol:
Il venait juste de se découvrir une passion pour la photo et avait peut-être tendance à mettre son objectif sous le nez de tout le monde.
Hello Colin Crivey

Okay commentaire général sur ce paragraphe sur Liam mais c'est tristoune un peu
Enfin non, c'est pas si terrible et il a pas l'air malheureux (à part l'affaire Emilia), mais c'est mooooche l'adolescence quand on se cherche beurk
- Et bah essayez mieux ! Elle doit bien être quelque part, on ne se volatilise pas comme ça un soir de 4 juillet alors que toute la putain de ville était dehors ! Les voisines sont pires que des caméra de surveillance ici !
Il me fait de la peiiiiine c'est terrible
Fischer lui envoya un regard équivoque et Liam tenta de pas avoir l'air autant sur la défensif.
J'aimerais tellement qu'il lui dise mais je sais que sans ça y aurait pas d'histoire T.T
Liam devait l'avouer, il en était venu à le considérer comme son ami et découvrir ce qui était arrivé à sa mère n'avait fait que renforcer ce sentiment.
Moooow ! Enfin quand même, ça fait longtemps qu'on sait qu'ils sont amis :lol:
Il n'avait jamais brillé par sa puissance magique et les Potions lui offraient la possibilité de se démarquer grâce au sens de l'effort et à la débrouillardise.
Aaaaaaw je suis contente pour lui
Cet instinct, Othilia l'avait aussi : elle travaillait intelligemment et c'est ce qui faisait d'eux une bonne équipe.
Je me rends compte que je confonds Othilia avec ... du coup je retrouve pas son nom, l'ex de Simon
Voilà :lol:
Le bruit de la neige crissant sous lui, il s'engouffra dans le hall ouvert où les gens de la ville déambulaient entre les tables installées de façon précaire, englouties sous des montagnes de choses aussi inutiles que pittoresques.
Vas y ça me donne envie d'être à Noel
Soudain, il repéra enfin le brushing et la teinture de Mrs Callister un peu plus loin
J'adore ce repère :lol:
Mais il faut croire que les Cooper ont l'argent pour le faire, ça change une famille je pense. (Elle plissa les yeux).
Olala ça juuuuuuuuuuuuuuge
Zack Ledwell était trop occupé à penser Quidditch pour s'intéresser à autre chose en plus d'avoir des penchants bizarres pour d'autres gars.
Toutes ces réflexions, ça va donner une réaction intéressante face à Julian
- On habite à l'opposé de la mairie. Pourquoi elle serait partie par-là ? Vous êtes sûre de vous ?
OUUUUUH UN NOUVEL ELEMENT
(on parle neurosciences et la prof nous explique qu'il faut tenir compte des adolescents pleins d'hormones qui se dragouille, ça m'éclate)
Je croyais qu'elle était repartie avec toi parce que j'ai vu un homme l'attendre
un HOOOOOMME
- Liam, c'est déjà une grande avancée. Ne t'inquiète pas, d'accord ? (Il soupira). Allez viens, je te ramène chez toi pour récupérer la liste de tes parents.
Bon, c'était sympa cette sortie, au moins il a pris l'air
- Vous voyez ce canapé à 30 dollars ? Si je l'achète, vous pouvez me le réduire par magie pour qu'il soit transportable ?
OOOh pour mettre dans la salle avec Albert ?
Simon restait assis sur sa couverture chauffante en essayant d'attraper les flocons qui tombaient autour de lui avec ses petites mains
C'est vraiment PALPITANT un bébé
- Tante Lysa ! Tonton !

- Par Morgane, je repars tout de suite, menaça faussement Leonidas devant le surnom.
Je m'apprêtais à dire que ce tonton détonnait :lol:
Je suis sûr que tu seras ravi de nous laisser ta chambre, pas vrai ?
Il vit pas là on s'en fout :lol:
Petit, il n'avait jamais eu la patience de construire ses bonhommes de neige et ses premières manifestations de magie avaient généralement été de faire voler la neige pour aller plus vite
Quel sale Gryffondor jsuqu'au bout des ongles celui-là.
- Tu seras pas le plus intelligent de nous trois, écoute, c'est pas grave.

- Est-ce que t'es en train de te comparer à un bébé d'un an ?
Je meuuuuuuuuuuuuuurs hahahha
- Désolé...

- Maman, ça veut dire quoi ? demanda Spencer en reproduisant le geste.
Hahahahahahahha mais j'en peux plus
Et il est possible que ton cadeau soit livré avec un baiser si je suis d'humeur généreuse.

A bientôt,

Charity.
Kinkyyy

Hmm qui est la blonde ? Dorcas ? AH Marlène !
- Ils savaient quand frapper... Tout le monde était occupé à fêter le nouvel an et ils en ont profité ! (D'un geste rageur, son père tira sur sa pipe). Et Cassidy ? C'est toi qui l'a ressorti des tunnels ?
Rooooh je sais pas ce qu'il s'est passé mais ça a l'air inteeeeeeeeeeeense
J'avoue du coup j'ai en tête mon nouvel an
Matthew écarquilla les yeux. Le métro ? Les tunnels ? Merlin, s'ils avaient dû se battre contre des mangemorts dans le labyrinthe des souterrains londonien, ce n'était pas étonnant que ça soit si grave.
Rolala mais quel bordel ça a dû être
- Que Merlin t'entende. Allez, file. Tu as une famille à retrouver.
Pauuuuvre famille
Il décida de garder les informations dans un coin de sa tête pour en parler à son père un autre jour. Ce n'était pas le moment.
Aaaah, c'est pas TOUJOURS une sale tête brûlée alors
Un bonnet orange.
NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN T.T T.T T.T

Le "mini-botruc" ça me fend le coeur je vous déteste
Avec précaution, il déplia le bout de papier – celui à grain du carnet qu'il lui avait lui-même offert – et découvrit un dessin au fusain représentant Poudlard en fond avec deux silhouettes devant.
Moooooow c'est chou
Est-ce que Simon va le retrouver un jour ? T.T

ALOOORS c'était super la partie sur Liam, pour son introspection et puis pour l'enquête qui avance un peu ! Bébé Liam m'a fait trop de peine. Je me demande bien qui est l'homme aargh (le corbeau ?)
C'était trop chou ce passage à Terre en Landes, et le bonnet noooooooooooooooooooooooooooon
Ah et j'aime trop comment tu as raconté l'Ordre d'un pdv extérieur, ça devait pas être évident d enous fiare comprendre un peu ce qu'il se passe sans aller dans tous les détails. Tu raconteras ça dans ATDM 3 ? :mrgreen:
annabethfan

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Salut tout le monde ! J'espère que vous allez bien ! Perso j'ai passé un superbe week-end en retrouvant Perri et Cazo samedi, c'était super chouette (et Clem était évidemment avec nous par le coeur haha).

Sinon point sportif : la saison du Grand Prix de patinage commence et god c'est l'année Olympique donc ça donne déjà une tendance. Et je suis choquée parce que Nathan Chen n'a pas gagné le Skate America. Chez les filles, Alexandra Trusova est incroyable sachez-le. Voilà je me contenterai de ça, même si je pourrais continuer longtemps.

Mais breeeef... Chapitre du jour donc entièrement consacré à Noah pour changer. J'espère que vous allez aimer !

Bonne lecture ;)


**************************************************

Chapitre 28 : Heather Douzebranches

« Enfant sans mère, c'est comme un nid sans plumes, sans chaleur »

- Arthur Rimbaud -


// 4 janvier 1980 //

Habiter au-dessus d'un café fréquenté par tout un village revenait à toujours vivre dans le bruit. Noah avait fini par s'y habituer et même par apprécier. Il aimait l'agitation, le son des conversations étouffées, les éclats de rire et le tintements des verres ou des couverts contre les tables qui parvenaient jusque dans leur appartement. Ça lui permettait de se concentrer sur quelque chose plutôt que sur ses propres pensées et il en avait besoin pour des jours comme aujourd'hui. Agité, il pianotait du bout des doigts contre la table de la cuisine depuis plusieurs minutes pour essayer de s'occuper, sans grand succès. En face de lui, Raphaël lui envoya un regard agacé.

- Noah, arrête, ça me rend dingue, s'exaspéra-t-il soudain.

Il suspendit son geste une seconde.

- Quoi ? dit-il en se remettant à faire courir ses doigts sur la surface en bois, provocateur. Tu veux dire ça ?

- Tu sais très bien. Arrête.

- Pourquoi ? Ca ne fait pas de mal.

- T'as juste décidé d'être chiant ?

- Ouh Hilda, t'as entendu ? Raph' est de mauvaise humeur, je crois.

A leur droite, occupée à préparer du thé et du café, tante Hilda leur jeta un regard d'avertissement.

- Arrêtez tous les deux, sermonna-t-elle d'un ton sec. Vous n'avez plus cinq ans, non ? Raphaël, je ne veux plus entendre un langage pareil. Et toi Noah si tu pouvais être un peu moins insupportable, ça nous ferait à tous des vacances.

- Moi ?

- Oui toi, lança son frère avec un regard entendu. T'es insupportable depuis ce matin, comme toujours quand elle vient.

- Peut-être parce que moi je m'en soucie.

- Et pourquoi ? Elle vient quelques heures, elle va nous refaire son numéro de mère aimante et repartir jusqu'aux prochaines vacances. Comme à chaque fois.

Noah serra les mâchoires. Ce débat, ils l'avaient eu des dizaines de fois. Et ils n'étaient jamais d'accord. De toute façon, il ne comprenait pas Raphaël. Ils n'avaient que deux ans d'écart tous les deux, ce n'était pas si éloigné et son frère devait bien avoir des souvenirs de leur vie avec leur mère. Quand Hilda les avait pris chez elle, ils avaient six et quatre ans. Jeunes, mais pas assez pour effacer le souvenir de sa mère qui était restée en filagramme de sa vie, lointaine et omniprésente à la fois. A chacune de ses visites, Noah entendait la même promesse : elle les reprendrait bientôt, ils formeraient une vraie famille et tout irait bien. Raphaël n'y avait jamais cru, il ne l'avait même jamais voulu. Noah, lui, s'accrochait à cette promesse. Même s'il savait qu'elle avait peu de chance de se réaliser, il ne voulait pas se résoudre à la lâcher parce que sinon ça signifiait que sa mère n'avait plus aucune place dans sa vie. Ou en tout cas, elle n'en aurait plus en tant que mère...

- Bon, tous les deux, qu'est-ce que je viens de dire ? intervint Hilda en haussant la voix. C'est mon seul jour de congé, je n'ai pas envie de le passer à vous entendre vous chamailler. Raphaël, je ne veux entendre aucun commentaires sur ta mère, c'est clair ? Elle fait l'effort de venir.

- Grand effort... marmonna-t-il.

- Tu veux passer le reste des vacances dans ta chambre sans balai ?

Raphaël n'eut pas à répondre à la menace, sauvé par la porte de l'appartement qui s'ouvrit brusquement. Noah se retourna. Dans l'encadrement, sa mère apparut alors, un grand sourire sur le visage. C'était toujours perturbant de la voir après tant de temps. Physiquement, elle n'avait pourtant pas changé, mais sa ressemblance avec Hilda semblait s'accentuer avec l'âge. Elles avaient les mêmes yeux bleu, la même forme de visage et les mêmes cheveux noirs bouclés, bien que Hilda les portait beaucoup plus courts. Ceux de sa mère cascadaient autour de son visage, mal définies dans une masse sombre qui lui arrivait à la poitrine dans un esprit de liberté revendiqué. Ces boucles noires, c'était un peu le symbole de la famille Douzebranches. Noah tenait du côté maternel, là où Raphaël avait hérité davantage de leur père.

- Mes garçons ! s'exclama-t-elle en ouvrant grand les bras. Vous m'avez manqué !

Avec réticence, Noah se leva en même temps que son frère et, ensemble, ils se laissèrent entraîner dans une étreinte empressée. Il réalisa, pris au dépourvu, qu'ils dépassaient tous les deux leur mère désormais et il sentit son ventre se contracter. Quand elle s'écarta, elle déposa un baiser sur chacune de leur joue, habitée par une énergie nerveuse.

- Vous avez encore grandi, c'est impressionnant. (Elle enleva son manteau et le déposa sans cérémonie sur le dossier d'une chaise avant de se tourner vers sa sœur). Hilda...

- Heather, répondit-elle avec un hochement tête ferme. Ravie de te voir.

- Moi aussi. Je suis désolée de ne pas avoir pu venir pour noël, j'ai été retenue...

- Par quoi ? voulut savoir Raphaël.

Noah reconnut son ton. D'ordinaire, Raphaël était un garçon poli, joyeux, enthousiasme. Il n'y avait qu'en présence de leur mère qu'il pouvait devenir... comme lui s'il devait être honnête. A cet instant, il savait pertinemment que tout ce que Raphaël voulait faire, c'était mettre leur mère au pied du mur pour son absence à noël. Il le savait parce qu'il n'aurait pas agi autrement s'il avait voulu faire la même chose.

- Oh hum... J'étais en Californie, dit sa mère, mal à l'aise. Ça aurait été compliqué de revenir et...

- Qu'est-ce que tu faisais en Californie ?

- Rien de particulier, j'allais voir quelqu'un.

- Quelqu'un ? Encore un de tes « amis » ?

Face à l'insinuation, Hilda posa avec brusquerie plusieurs tasses sur la table. Ses yeux s'étaient soudain obscurcis et Noah avait assez vu sa colère se tourner vers lui pour savoir que Raphaël venait d'arriver à la limite de sa patience. Et si lui-même n'avait aucun problème pour la franchir, ce n'était pas le cas de son frère. Celui-ci rentra la tête dans les épaules.

- Désolé, marmonna-t-il avant même qu'Hila ait pu lui faire une réflexion.

- Je préfère ça. Allez, asseyez-vous tous. Thé ou café ?

Sa mère et Raphaël s'essayèrent côte à côte et répondirent d'une même voix :

- Café.

- Thé, dit-il.

Hilda lui jeta un regard surpris.

- Tu bois du thé, toi ? s'étonna-t-elle en le servant.

- Et alors ?

- Et alors rien, c'était une simple question. Pas besoin d'être sur la défensive par Morgane.

Il se mordit l'intérieur de la joue pour éviter de répliquer. Il avait conscience d'avoir utilisé un ton peut-être un peu trop sec, mais contrairement à Raphaël il ne prit pas la peine de s'excuser. Sans attendre, il porta sa tasse à ses lèvres et se brûla la langue au passage. Il retint une grimace pour ne pas se prendre une réflexion d'Hilda, même si sa mère lui envoya un regard équivoque, amusée. Il ne savait même pas pourquoi il avait décidé de prendre du thé. Il ne détestait pas ça, mais ce n'était pas non plus sa boisson de prédilection contrairement à un Anglais de sa connaissance légèrement obsédé. C'était bien simple, les matins où ils dessinaient ensemble Julian ne pouvait pas tracer un seul trait sans avoir avalé au moins une tasse de thé et il pouvait râler des heures dans le cas contraire.

Après avoir servie tout le monde, Hilda finit par s'assoir à son tour. Ils devaient offrir une parodie de réunion de famille : tous les quatre autour de la table, tendus et mal à l'aise à se regarder dans le blanc des yeux.

- Alors, qu'est-ce que vous avez à me raconter ? demanda finalement sa mère, un brin trop enthousiaste. Je veux tout savoir !

Au vue de l'expression de son frère, Noah devina que le « tu saurais tout si tu avais été là » était sur le bord de ses lèvres, mais qu'il avait bien trop peur d'Hilda pour le sortir. Il le fit à sa place.

- Si tu avais été, tu le saurais...

Sa mère tressaillit.

- Les garçons, je sais, soupira-t-elle. Je suis désolée, vraiment. Mais je savais que vous étiez avec Hilda et que vous alliez bien... (Elle sourit piteusement). Allez, racontez-moi. Raph', les recruteurs sont venus te voir ?

Elle avait prononcé les mots magiques. A la mention de recruteurs, le visage de Raphaël s'éclaira, toute rancœur oubliée.

- Oui, ils sont venus ! Pas pour une vraie course, mais ils m'ont vu voler. Ils m'ont dit que je devais continuer à m'entraîner et que j'étais vraiment doué. L'année prochaine, si j'arrive à battre mon chrono, ils envisagent de me proposer un stage d'été !

- C'est vrai ? C'est fantastique !

- Proposer est un bien grand mot, intervint Hilda, crispée. Le stage coûte cher.

L'enthousiasme de sa mère se fana.

- Oh...

- Je sais que tu ne penses pas souvent à l'argent, Heather, mais c'est à prendre en compte. (Elle secoua la tête). Dans tous les cas, les encouragements des recruteurs sont un bon signe. Raphaël m'aide un peu au Café pour compenser et je devrais réussir à lui payer.

- Ca serait vraiment une bonne opportunité. Merci... Et je te promets d'essayer de t'envoyer de l'argent dès que je peux. J'ai peut-être trouvé du travail à New York.

- Vraiment ? Un travail que tu comptes garder cette fois ?

Noah aurait dû voir la remarque venir. Depuis qu'elle les avait laissé vivre avec Hilda, sa mère n'avait jamais eu d'emploi stable. Son record devait être les huit mois durant lesquels elle avait travaillé dans une galerie d'art moderne juste avant son entrée à Ilvermorny. Il n'avait jamais autant aimé lui rendre visite qu'à cette époque. A côté de lui, sa mère redressa le menton avec dignité et avala une gorgée de café avant de répondre.

- Oui, je pense qu'il peut me convenir. C'est un travail de serveuse.

- De serveuse ? Heather, le nombre de fois où je t'ai proposé de travailler ici...

- Ce n'est pas la même chose. Ici, c'est ton Café. On se serait hurlées dessus au moindre verre cassé. Et puis le Village, c'est toujours les mêmes têtes.

- Une clientèle fidèle, corrigea Hilda. Ce qui veut dire un revenu assuré pour élever tes fils.

L'accent sur le « tes » n'échappa à personne, tout comme son regard entendu. Raphaël hocha la tête pour marquer son accord et Noah serra les dents. Il ne voyait pas en quoi c'était un argument raisonné. Pour lui, c'était encore un rappel qu'Hilda consentait à les garder sous son toit par obligation et son ventre se serra en repensant pour la énième fois à son expression le jour où elle avait refermé la porte après avoir obtenu leur garde quand il avait douze ans. Solennelle et déterminée. Puis, elle s'était décomposée quand il s'était mis à vouloir retourner auprès de sa mère pendant que Raphaël allait déjà explorer sa nouvelle chambre.

En face de lui, sa mère ne laissa pas atteindre et elle se redressa, comme pour se donner un air important.

- C'est vrai, consentit-elle après quelques secondes sans relever la pique. Mais je te le promets, ce travail paye bien et le patron a besoin de moi pour toute l'année minimum. C'est dans un bar gay de Brooklyn, la clientèle est fidèle aussi et...

- Pardon ?

La voix d'Hilda s'étrangla tandis que Raphaël plongeait son nez dans sa tasse de café pour étouffer une exclamation. Noah, lui, redressa la tête si brusquement que ses cervicales protestèrent.

- Heather, dit-elle d'une voix sourde. Je t'en prie, ne me dis pas que tu vas travailler dans ce genre d'endroit !

- Quoi ? C'est juste un bar comme un autre. Tu as dit toi-même que je devais trouver du travail !

- Un travail respectable !

- Je vais être serveuse, ce n'est pas si éloigné de ce que tu fais ici...

Immédiatement, Hilda leva un doigt sévère pour l'interrompre.

- S'il te plait, ne compare pas mon Café à ce genre... d'établissement.

- D'accord, d'accord... Mais avoue que ça sera l'occasion d'avoir une certaine stabilité et un bon salaire. Tu disais que le stage de Raphaël coûtait cher, ça sera parfait pour le soutenir.

- Je suis prête à lui payer entièrement pour qu'il réussisse et s'épanouisse dans ce qu'il aime faire, argua Hilda. Ne me remets pas en cause. Mais je préférerais que tu trouves un travail... plus convenable avant d'envisager autre chose.

- Pourquoi ? C'est exactement la même chose qu'un bar classique à New York.

- Ne joues pas à l'idiote, Heather. Ces gens sont différents et tu le sais.

A ces mots, Noah sentit son corps entier se crisper. Il avait toujours détesté ce mot. Différent. Toute sa vie, il avait été classé comme différent. Il venait d'une famille éclatée au père absent et à la mère instable ; il avait été élevé par sa tante contrairement aux autres enfants ; il avait toujours préféré les arts au Quodpot ; et Hilda lui avait répété des dizaines de fois qu'il était trop impertinent pour son bien et qu'il ne savait pas se taire quand il le fallait. Comme si quelque chose clochait chez lui. Et aujourd'hui, il se demandait si l'impulsion qui l'avait saisi en prenant la main de Julian Shelton pendant le dernier match de Quodpot avant les vacances le rangeait à nouveau dans cette case. Différent.

Nerveux, il avala la fin de sa tasse de thé pendant que sa mère rejetait sa lousse masse de boucles informes dans son dos.

- Oui, ils sont un peu spéciaux, reconnut-elle avec une nonchalance étudiée qui sonnait fausse. Et alors ? S'ils laissent des pourboires, je ne demande rien plus. Je ne suis pas du Conseil des Guérimages. Chez les Non-Maj', ce n'est même plus pénalisé.

- Magnifique, prenons les Non-Maj' comme exemple maintenant.

- Hilda, s'il te plait... Laisse-moi essayer au moins. (Elle lui envoya un regard suppliant). Pour les garçons...

- Ne mêle pas les garçons à ça. Je te l'ai dit, je m'occupe du stage de Raphaël. Il le mérite, c'est une fierté que les recruteurs s'intéressent déjà à lui et il a progressé en vol sans négliger son travail scolaire.

Les compliments d'Hilda parurent illuminer Raphaël qui eut un grand sourire. Noah roula des yeux. Malheureusement pour lui, sa tante intercepta son geste.

- Je te déconseille de faire le moindre commentaire, toi, prévint-elle. Ou est-ce que tu veux qu'on reparle de tes notes ce semestre ? De ton projet d'orientation qui n'avance pas ?

- Hilda...

- Non Heather, ce n'est pas parce que tu es là qu'on doit éviter ce genre de sujet. C'est même l'inverse. Peut-être que tu devrais commencer à t'en soucier. (D'un geste sec, elle fit léviter leur tasse vers l'évier et Noah se retint de protester qu'il n'avait pas terminé la sienne). Tu as réfléchi depuis la dernière fois ? demanda-t-elle en s'adressant cette fois à lui. Tu as revu ta directrice de maison ?

- Everard est toujours occupée.

- Professeur Everard, Noah. Un peu de respect. Et je suis sûre que Miranda Fleming pourrait t'aider si ta directrice n'est pas disponible. Elle me l'avait dit.

A nouveau, il roula des yeux. Ce n'était peut-être la chose la plus intelligente à faire, mais ça traduisait assez bien son sentiment pour qu'il ose le faire. Il ne se voyait pas aller demander des conseils d'orientation à sa professeure de sortilèges qui ne ferait que répéter encore le même discours : s'il travaillait un peu, il aurait les capacités de choisir sa voie après son diplôme. Il n'était pas mauvais en sortilèges, ni en histoire... Mais à la simple idée de devoir continuer à suivre ce genre de matière l'ennuyait déjà.

- Il n'est pas obligé de poursuivre dans des études, suggéra sa mère avec prudence. Il pourrait avoir une place d'apprentie quelque part pour faire quelque chose de concret ? Chez un apothicaire ou un fabricant de balai ?

- Tu m'as pris pour Raphaël ?

- Oh hum... Je ne sais pas... Qu'est-ce que tu voudrais, toi ?

Elle le regarda, l'air sincèrement intéressé, et il se fit la réflexion que ça changeait d'Hilda et de ses attentes préconçues. Sans sa tasse pour s'occuper les mains, il se remit à pianoter du bout des doigts sur la table, hésitant. Raphaël se tendit, mais il n'arrêta pas avant de répondre :

- Une école d'art, lâcha-t-il.

La réaction fut immédiate. Hilda émit un claquement de langue réprobateur.

- Et encore cette idée, grommela-t-elle. Vous ne m'épargnerez rien tous les deux...

- Quoi ? Tu trouves que l'école d'art est pire que le bar gay ? provoqua-t-il.

- Non, mais c'est irréaliste. On en a déjà parlé. Qu'est-ce que tu veux faire avec une école d'art ?

- Hum de l'art ? C'est dans le titre, je crois.

- Ne joues pas au plus malin avec moi, Noah. Un diplôme d'art, très bien, mais après ? Qu'est-ce que tu feras après ? Ce n'est pas une carrière simple ni sûre, il vaudrait mieux...

- A quoi ça sert de me demander si tu te fous de ce que je veux ?

Hilda pinça les lèvres.

- Un autre vocabulaire, s'il te plait, sermonna-t-elle. Et je ne m'en fiche pas, j'essaye d'en discuter mais... Noah ! Noah reviens !

- Non, c'est bon, j'en ai assez entendu.

Brusquement, il se leva, le corps tendu et traversa la cuisine avant même qu'Hilda ait pu faire un geste pour le retenir. Il avait envie de sortir d'ici le plus vite possible. Il n'avait pas attendu de revoir sa mère depuis des mois pour se retrouver coincer autour d'une table dans une parodie de conseil de famille où il n'avait pas voix au chapitre. Pendant une seconde pourtant, il vit l'éclat blessé qui traversa le visage de sa tante et il songea à revenir en arrière avant de renoncer. Il ne voulait pas avoir l'air de céder.

Deux par deux, il monta l'escalier étroit qui menait aux chambres en ignorant les appels dans son dos. Pour faire bonne mesure, il referma la porte un peu plus fort que nécessaire, même s'il se retint de la claquer par égard pour le loyer qu'Hilda s'acharnait à payer. Les mains tremblantes, il chercha son paquet de cigarette sur son bureau recouvert de parchemin, de plumes cassées et de matériel à dessin en tout genre sans le trouver et il poussa un grognement frustré. Il aurait dû tout ranger depuis le début des vacances, mais il avait évidemment laissé les jours passer. Agacé, il finit par attraper un cahier et un crayon avant de s'assoir à même le sol, dos contre son lit. Il laissa sa main courir sur la première page blanche qui se présenta sans réellement réfléchir, traçant des traits au hasard juste pour se défouler.

Ses doigts étaient si crispés autour du crayon qu'il en avait mal, mais il se refusa à céder, même face à la douleur. Il sentait sa colère obstruer sa poitrine et c'était la seule façon de la canaliser un tant soit peu. De toute façon, son cerveau n'arrivait même plus à comprendre contre quoi il était en colère. Raphaël pour être tout ce qu'il n'arrivait jamais à être ? Sa mère pour entrer et sortir de sa vie tous les trois mois ? Hilda pour toujours vouloir tout contrôler ? Avec ironie, il se souvint de ce qu'il avait dit à Julian lors de leur première conversation : « je ne sais pas contre quoi tu es en colère, mais je plains sincèrement ton crayon ». Le karma avait un drôle d'humour.

Rageur, il continua à maculer la page blanche de lignes noires et faillit manquer le moment où la porte se rouvrit. Il leva les yeux.

- Tu te souviens encore du chemin jusqu'à ma chambre ? lança-t-il d'emblée.

Dans l'encadrement, sa mère soupira, las.

- Noah... Je viens en paix, allez.

Il garda le silence. Elle parut prendre ça comme une acceptation et entra franchement dans la chambre en refermant la porte derrière elle. D'une démarche qui n'était décontractée qu'en apparence, elle se mit à faire le tour, observatrice. Il garda un œil sur elle, curieux de voir ses expressions alors qu'elle découvrait certains détails de sa vie. En vérité, il n'avait pas beaucoup d'affaires ici puisque la plupart était dans son dortoir à Ilvermorny, mais il supposait qu'il y en avait assez pour entrapercevoir la personne qu'il était. Au mur, sa mère contempla plusieurs photos qu'il avait accroché plus jeune : lui et Othilia posant devant le mur d'enceinte d'Ilvermorny l'année dernière ; Liam et Aileen s'envoyant des boules de neige en deuxième année juste avant qu'ils arrêtent de se parler ; son dortoir avec Enjolras, Wilde et lui debout sur leur lit respectif pour fêter les vacances en quatrième année ; Raphaël et lui assis sur le comptoir du café à sept et neuf ans en faisant des grimaces pendant que Hilda tentait – presque hors cadre mais pas complètement – de les faire se tenir tranquille. Mais sa mère s'arrêta particulièrement sur la plus ancienne des photos. Elle était plus petite par rapport aux autres et de mauvaise qualité, mais elle occupait une place centrale : elle y était représentée, âgée d'une trentaine d'année, allongée dans un lit d'hôpital. Sa tête était à moitié baissée et cachée par sa lourde masse de boucles indisciplinées, mais on pouvait quand même discerner l'expression de joie presque transcendantale sur son visage. Dans ses bras se tenait un nourrisson enveloppé dans une couverture et elle lui souriait en passant doucement le bout de son doigt contre sa joue.

- Je ne savais pas... je ne savais pas que tu avais encore cette photo...

- C'est Hilda qui l'avait. Elle me l'a donné.

- Oh...

Avec une retenue qu'il n'avait jamais vu chez sa mère, elle traça le bord de la photo, comme un miroir du geste qu'elle avait effectué dix-sept ans plus tôt.

- 4 juillet 1962, murmura-t-elle d'une voix enrouée. Tout le monde fêtait la fête nationale et moi je hurlais de douleur dans une salle d'accouchement. (Elle émit un rire étouffé en secouant la tête). Ton père n'arrivait pas alors j'ai fini par demander Hilda... Elle t'a tenu dans ses bras avant moi...

Noah sentit une boule se glisser dans sa gorge tant la symbolique de cette anecdote était forte. A bien y regarder, il n'avait jamais tout à fait quitté les bras d'Hilda... Sa mère continua d'observer la photo un long moment et finit par se détourner avant de reprendre :

- Mais quand elle t'a enfin déposé dans les miens... dit-elle. Morgane, les autres pouvaient bien s'extasier devant des feux d'artifice, moi je t'avais toi.

- Je n'étais pas aussi brillant.

- Et pourtant je ne voyais que toi. (Elle sourit, soudain plus familière, et sortit une cigarette de la poche de sa veste pour la porter à ses lèvres). Tu sais, quand tu étais petit tu me demandais toujours pourquoi les voisins décoraient leur maison pour ton anniversaire. Ça me faisait rire.

- Tu me disais que c'était tout le monde voulait le fêter avec moi mais ne pouvait pas venir à ma fête.

- Il fallait bien que je trouve quelque chose pour te faire plaisir.

Il roula des yeux, trahissant seulement son amusement par le coin de ses lèvres qui tressaillit malgré tout. Sa mère reprit son tour et alluma sa cigarette. Elle avisa la pile de papiers et de livres sur son bureau avant de le désigner d'un coup de menton.

- C'est quoi tout ça ?

- Des trucs pour les cours... Mon matériel à dessin aussi...

- Hum... Tu dessines toujours alors ?

Elle avait beau avoir posé sa question d'un ton neutre, il perçut sa prudence. Vu sa réaction tout à l'heure à la mention de l'école d'art, il ne l'en blâmait pas, mais il se crispa tout de même et se remit à tracer ses lignes noires mécaniquement sans la regarder.

- Faut croire, marmonna-t-il.

- Je peux voir ?

- Voir quoi ?

- Ce que tu dessines. Je peux... regarder là-dedans ?

D'un geste vague, elle désigna son bazar et il hésita une seconde, anxieux, avant d'hausser les épaules en espérant avoir l'air détaché.

- Vas-y, accepta-t-il, mais c'est juste des brouillons ou des croquis comme ça.

- Hum...

Elle ne parut pas vraiment entendre ce qu'il disait, trop occupée à fouiller parmi toutes les feuilles. Sa cigarette pendait entre ses lèvres et elle prit le temps d'en tirer une bouffée une seconde. Il la regarda avec envie. Peut-être qu'elle arriverait à retrouver son paquet là-dedans. Il faudrait juste qu'il trouve une excuse pour justifier sa présence si Hilda venait lui demander des comptes.

- Tu veux ? demanda-t-elle soudain en interceptant son regard.

Surpris, il arrêta même de dessiner pour la dévisager. Il s'attendait presque à ce qu'elle se mette à rire, mais elle avait l'air sérieuse et il tendit la main.

- Ouais...

Sans cérémonie, elle lui passa donc sa cigarette et se remit à chercher dans ses dessins. Il ravala un rire incrédule. Parfois, il oubliait à quel point sa mère pouvait être différente de Hilda ou de toutes les mères ordinaires. Elle avait un esprit libre depuis toujours – peut-être un peu trop – et elle n'avait jamais bien compris les responsabilités qu'impliquaient d'avoir des enfants. Il en avait encore la preuve à cet instant, mais il tenta de faire taire son esprit en tirant sur la cigarette.

- C'est plutôt réussi, jugea-t-elle alors en faisant défiler plusieurs feuilles à la suite. Enfin je ne m'y connais pas mais j'aime bien les caricatures. Celles de Hilda ou de Hicks sont drôles. (Elle sourit). Cette série là aussi est pas mal...

Noah plissa les yeux pour voir celles dont elle parlait et se figea. C'étaient des dessins qu'il avait ramenés d'Ilvermorny et qu'il avait dessiné tout le semestre lors de ses séances matinales avec Julian. Il y avait un peu de tout dedans : des esquisses du dortoir, du parc en contrebas, d'objets en tout genre. Mais le principal sujet de cette série était Julian lui-même. Il l'avait représenté sous plusieurs angles. Assis sur son lit en train de dessiner ou de boire du thé, simplement ses yeux ou ses mains, et parfois sa silhouette pour s'entraîner. Il ne trouva rien à répondre et sa mère garda un visage neutre en contemplant avec attention chaque dessin.

- C'est un de tes camarades de dortoir ? interrogea-t-elle finalement.

- Jules ? Hum je veux dire Julian ? Ouais... Il est nouveau.

- Oh ?

- Il vient d'Angleterre.

Un éclair de compréhension traversa le visage de sa mère.

- A cause de la guerre ? devina-t-elle. Ça doit être dur pour lui le pauvre.

- Plutôt. Il a perdu sa mère dans un attentat. Les mangemorts ont fait explosé le bâtiment où elle travaillait. Tu sais, les Archives Historiques de Londres ? Ils en ont parlé dans le journal.

- Les Archives... (elle s'interrompit et baissa brusquement les feuilles qu'elle tenait encore à la main). Attends comment tu as dit qu'il s'appelait ? Ton camarade ?

- Julian.

- Non, son nom de famille.

- Oh... Shelton. Il s'appelle Julian Shelton. C'est le cousin de Théa Grims.

Perplexe, il se demanda pourquoi sa mère s'intéressait soudain à Julian et il scruta les changements d'expression sur son visage. Elle gardait les sourcils froncés, l'air concentré, avant que le choc ne prenne le dessus.

- Grims... Archives Historiques... Londres... se mit-elle à murmurer comme si elle énumérait les pièces d'un puzzle.

- Maman ?

Le mot lui fit presque étrange à prononcer tant il le disait peu, mais il s'inquiéta soudain en la voyant blêmir. Il amorça un geste pour se lever. Une autre chose qu'il avait compris avec l'âge sur sa mère : elle n'était pas ce qu'il pouvait appeler « stable ». Quand il était tout petit – pendant sa deuxième grossesse – elle avait fait un séjour en psychiatrie à l'Hôpital Sorcier de New York pour dépression. Son état s'était amélioré, mais Hilda lui avait un jour expliqué qu'elle avait toujours été comme ça, entre haut et bas selon les périodes. Ça s'était accentué à l'adolescence. Quand elle les avait pris sans rien dire à personne en deuxième année, les emmenant en cavale pendant des semaines, les juges avaient exigé qu'elle soit réinternée quelque temps. A chaque fois qu'il la voyait, c'était comme jouer à pile ou face. Elle pouvait être excitée et heureuse ou apathique et habitée par une tristesse mélancolique selon ses humeurs. Raphaël détestait être pris au dépourvu à ce sujet, à tel point qu'il en était venu à ne plus vouloir la voir un moment. Noah, lui, avait persévéré. Les guérimages n'avaient de toute façon pas d'explication. Elle n'était pas bipolaire : elle ne correspondait pas à tous les critères médicaux. Mais elle en avait certains aspects dû à sa personnalité et sa vie chaotique. Et si aujourd'hui elle avait eu l'air d'aller bien jusqu'ici, il savait qu'un rien pouvait la faire basculer parfois.

- Maman ? répéta-t-il.

- Sa mère... C'est Aurélia Grims ? Elle est morte dans l'attentat ?

Il fronça les sourcils.

- Oui mais... Tu la connaissais ?

- Un peu. Il y a longtemps... On était à Ilvermorny ensemble, elle avait deux ans de moins que moi. Je ne pensais pas... je n'aurais pas pu imaginer qu'elle était morte. Surtout comme ça.

- Je pense que personne ne peut imaginer ce genre de choses. C'est tordu.

- Oui, oui bien sûr mais... Elle m'avait toujours paru si forte. Tu sais c'était le genre de fille qui captait l'attention. Morgane, mourir comme ça...

L'air perturbé, elle baissa à nouveau les yeux vers les feuilles qu'elle tenait et vint s'assoir à côté de lui. Il lui repassa la cigarette sans réfléchir.

- Il lui ressemble, commenta-t-elle soudain en la portant à ses lèvres comme si elle voulait changer de sujet. (Elle déposa la série à leur pied, étalée à la suite). Enfin, je veux dire que si tu dessines bien, je dirais que son fils lui ressemble en tout cas.

- « Si » ? Eh, je dessines très bien je te ferais dire. Mes dessins ressemblent plus à Julian que Julian lui-même.

Sa mère rit, amusée.

- Ca ne veut rien dire, ça !

- Bien sûr que si, maintint-il, buté.

- Si tu le dis... Je comprends pourquoi Hilda a du mal avec toi parfois. T'as la tête dure, mon fils.

La remarque, prononcée sur le ton de l'humour, effaça malgré tout son sourire et il se tendit. Elle le remarqua immédiatement. D'une main ferme, elle lui attrapa le menton pour le forcer à se tourner vers elle et il émit une protestation sourde, en vain. Elle planta ses yeux bleus dans les siens, si semblables.

- Oh Noah... souffla-t-elle. Il va falloir que tu arrêtes de lui en vouloir pour quelque chose qu'elle n'a pas fait. Ne lui pas payer mes erreurs.

- A cause d'elle, t'as perdu la garde...

- Non. Hilda n'a rien fait à part vous protéger et tu le sais. J'ai perdu la garde à cause de moi. Je n'étais pas bien ce jour-là, je n'aurais jamais dû vous prendre comme ça sans rien dire à personne... Tout ça pour retrouver un homme qui n'a jamais assumé son rôle de père. C'était complètement irréfléchi.

- Tu voulais qu'on soit une famille...

- Mais on l'est. A notre façon. Et je promets qu'un jour vous pourrez revenir avec moi.

Il déglutit, les yeux brûlants. Il se refusa de laisser sa voix trembler en demandant :

- Quand ?

- Bientôt, répondit-elle sans hésiter. Je te le promets.

Malgré la ferveur qu'elle mettait dans ses mots, il ne put s'empêcher de douter. D'un coup sec, il se dégagea et se remit à griffonner furieusement. Sa main formait maintenant des boucles répétées sans qu'il fasse vraiment attention.

- Ca ne change rien au fait qu'Hilda ne m'aime pas...

- Qu'est-ce que tu racontes ? Evidemment qu'elle t'aime. Elle a juste du mal à le montrer, un peu comme toi.

Il secoua la tête.

- Elle n'arrête pas de crier, protesta-t-il. Tout ce que je fais, ce n'est jamais assez... J'ai l'impression de la décevoir dix fois par jour.

- Comme je disais, tu as juste la tête dure. Il faut que tu l'écoutes un peu et vous arriverez déjà à mieux communiquer.

- C'est le gobelin qui se fout du nifleur. Tu n'écoutes jamais Hilda.

Elle considéra le point et grimaça. Lentement, elle pris une nouvelle bouffée de sa cigarette puis rejeta la fumée vers le plafond. Il la lui reprit des mains sans demander.

- C'est vrai, concéda-t-elle finalement. Mais ça a toujours été comme ça, même quand on était petites. Tu as de la chance d'avoir presque le même âge que Raphaël. Quatre ans de différence entre deux filles, c'était infernal. Ça l'est toujours d'ailleurs, ajouta-t-elle après quelques secondes de réflexion. Elle est une sorte d'hybride entre une grande sœur et une mère toujours sur mon dos. Ou sur le tien. C'est une déformation professionnelle je pense à ce stade. Mais garde en tête qu'elle le fait parce qu'elle tient à nous, d'accord ?

- Hum...

- Ce n'est pas une réponse ça.

- Si elle acceptait pour l'école d'art...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que sa mère soupira.

- Noah, ça ne va pas être simple ça...

- Pas grave. J'aurais dix huit ans cette année. Elle ne pourra pas contrôler ma vie après Ilvermorny.

- Déjà, je te rappelle que tu as encore une année à faire. Et je suis sérieuse, mon fils. Tu vas terminer tes études. Si je l'ai fait, tu peux le faire crois-moi. Ensuite, elle ne pourra peut-être pas contrôler ta vie, mais une école d'art va coûter cher. Comment tu veux faire sans elle, hum ?

- Je sais pas... Je trouverai bien.

Elle émit un rire étouffée.

- Ca c'est un plan, se moqua-t-elle.

- Tu pourras me la payer, non ? Avec ton nouveau job ?

Son sourire disparut.

- Tout miser sur moi, c'est un risque important... Certains te diraient que tu es inconscient.

- Ou que je crois en toi.

Elle se figea. Pendant de longues secondes, ils se regardaient et une forme de compréhension passa entre eux. Elle sourit alors tristement et passa une main douce dans ses cheveux, comme lorsqu'il était petit. Il se laissa aller contre elle.

- Parfois je me dis que tu es bien le seul, souffla-t-elle, mélancolique.

Sa main retomba entre eux. Elle regarda dans le vide un moment et il tenta de chasser le poids qui était revenu peser sur sa poitrine. Il détesta ce sentiment. Il avait l'impression d'être coincé dans son propre corps... ou peut-être dans sa propre tête. Plus que tout, il détestait savoir que sa mère devait ressentir cette sensation encore plus intensément que lui. Il baissa les yeux sur le dessin qu'il griffonnait depuis tout à l'heure et découvrit alors ce qu'il avait fait : un amas noir sur tous les contours de la feuille, comme une manifestation de son humeur, et au centre une masse de boucles informes encadrant deux yeux féminins. Il supposa avec ironie que pour un portrait de sa mère, il était plutôt symbolique.

- Bon on a assez parlé de choses déprimantes, décida-t-elle soudain en secouant la tête comme pour s'éclaircir l'esprit. Parlons de quelque chose de mieux, d'accord ?

- Comme quoi ?

- Je ne sais pas. Tout ! Raconte-moi ta vie. Tu es toujours avec... comment elle s'appelle déjà ?

- Othilia. Mais sérieux...

- Ah ah ! Allez, juste pour satisfaire ma curiosité. Ça va faire combien de temps que vous êtes ensemble ?

- Deux ans...

Il supposait que c'était une réponse en partie vraie. Il s'était rapproché d'Othilia en troisième année, juste après tout le fiasco avec Aileen et Liam. Ils avaient partagé plusieurs cours et s'étaient juste bien entendus. A l'époque, son amitié avec Wilde – fils de Gouverneur – et son nom de famille ancestral lui avaient valu d'être parmi les élèves populaires. Il avait commencé à développer ses réparties aussi, ce qui avait aidé. Très vite, son amitié avec Othilia Fontaine, la fille parfaite, avait été l'objet de rumeur dans toute l'école. Les gens les disaient ensemble, spéculaient, faisaient circuler des rumeurs... Il était à peu près certain que la plupart de ses camarades pensaient qu'il était déjà en couple avec Othilia à ce moment-là. En vérité, ils n'avaient commencé à sortir ensemble officiellement qu'en milieu de quatrième année. Et encore, ça avait plus été une injonction sociale qu'autre chose. Mais les sentiments avaient été là au moins. Il aimait sincèrement Othilia qui avait été là pour lui, sans condition, même si elle avait une affreuse tendance à vouloir jouer les Hilda 2.0 quand elle s'y mettait. Ils avaient déjà eu la conversation sur leur orientation plus tôt cette année et elle s'était par exemple rangée du côté de sa tante, arguant que l'art n'allait pas le mener loin et qu'il avait les capacités de faire plus... Il était parti en claquant la porte. En y repensant, il songea qu'il n'aurait peut-être pas dû réagir si excessivement, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Même maintenant, des mois après, il sentit l'agacement monter en lui rien qu'en y repensant.

- Deux ans, répéta sa mère, songeuse. C'est bien... Tu crois que je pourrais la rencontrer un jour ?

- Pourquoi est-ce que tu voudrais la rencontrer ?

- Parce que ta vie m'intéresse ? (Elle haussa un sourcil). Quoi ? Tu as honte de mère ?

- Non, dit-il un peu trop vite, incertain lui-même quant à la véracité de sa réponse. De toute façon, elle a déjà affronté Hilda. Tu ne fais pas le poids.

- Vraiment ? Et elle a survécu ?

- On peut dire ça. Hilda dit qu'elle me distrait et que je devrais arrêter de me préoccuper des filles au lieu de penser à mon avenir. Elle l'a plutôt bien fait sentir pendant tout le dîner et Othilia a déclaré en repartant qu'elle ne voulait plus jamais revenir. Au moins, elle n'a pas pleuré.

- Une fille forte, apprécia-t-elle. Hilda exagère sur ce point. Je lui parlerai si tu veux.

Il haussa les épaules.

- Ne t'inquiète pas, ça ne me dérange pas.

- Quoi ? Qu'elle n'aime pas ta copine ? s'étonna-t-elle avant de plisser les yeux, suspicieuse. Pitié, ne me dis pas que tu sors avec elle juste pour énerver Hilda ?

- Non, rassura-t-il avec un rictus. Si je voulais vraiment l'énerver, il y aurait des moyens plus efficaces.

- Comme ?

- Sortir avec une Non-Maj'. Ou une femme mariée ! Un mec même !

- Noah !

L'air indigné, elle lui donna une tape sur le bras et il éclata de rire. Pourtant, il n'arriva pas à ignorer le léger malaise qui se diffusa au fond de son esprit, comme un grain de sable impossible à ignorer. Il se demanda si sa mère le soutiendrait vraiment s'il lui annonçait avoir une relation avec une Non-Maj' ou un homme. Il pouvait au moins rayer une femme mariée de la liste pour le moment. Ce n'était même pas de la provocation pour une fois, juste une véritable curiosité. Il ne comprenait pas vraiment les limites que les gens s'imposaient. Il avait toujours aimé les faire exploser de toute façon, les dépasser... Mais il supposait que ce n'étaient pas réellement des limites dont il était question ici. C'étaient des lois. Même si la loi Rappaport qui interdisait une époque le mariage entre sorciers et Non-Maj' avait été abrogée, son poids continuait à peser sur les consciences. Celle sur les Bonnes Mœurs continuait quant à elle d'exister.

Il ne dut pas aussi bien maitriser son expression qu'il l'aurait voulu car sa mère cessa soudain de sourire, sérieuse.

- Eh, tu sais que ça ne changerait rien pour moi, pas vrai ? murmura-t-elle avec gravité.

- Quoi ?

- Si c'était une Non-Maj'.

Il sentit son cœur lui remonter dans la gorge. Il n'était pas sûr que ça soit la réponse qu'il aurait voulu entendre.

- Tout ce truc de garder la famille pure que mes parents m'ont inculqué... je n'y ai jamais cru. De toute façon, ils ont déjà de la chance. Avec deux filles, le nom des Douzebranches aurait dû s'éteindre. Finalement, ils devraient être reconnaissant du fait que je vous ai eu hors mariage toi et ton frère.

Il se força à afficher un sourire crispé.

- Ouais sûrement... Mais non t'inquiète pas, je compte rester avec Othilia encore un peu normalement.

Au moins, elle est sang-pure, songea-t-il. Il débattit tout de même avec lui-même pour savoir s'il osait pousser la limite à lui demander ce qu'elle penserait si c'était un gars qu'il ramenait un jour, juste pour voir sa réaction. Il songea à Julian et à leurs mains qui s'étaient rejointes pendant le match... Mais les mots restèrent coincés en lui. Il aimait peut-être jouer avec les limites, mais pas avec les lois. Parce que si sa mère pouvait finir en psychiatrie, lui aussi. Vu les antécédents de sa famille, la communauté magique et les guérimages seraient même ravis de l'y mettre.

Ramassant les feuilles et le carnet éparpillés à ses pieds, il se releva brusquement pour éviter de s'attarder sur la question et se retourna vers sa mère.

- On devrait redescendre, suggéra-t-il. Raph' va m'en vouloir sinon de te monopoliser.

- Il n'avait qu'à monter.

- Je suis sûr qu'Hilda le retient prisonnier.

Elle sourit et inclina la tête en accord.

- T'as raison, dit-elle en se relevant à son tour. Allons le délivrer.

Alors qu'elle ouvrait la porte, il déposa tout sur son bureau toujours aussi mal rangé. Son regard s'attarda une dernière fois sur l'esquisse du portrait de Julian qu'il avait réalisé et son ventre se tordit en réponse avant qu'il ne suive sa mère. Il claqua la porte avec un peu trop de force derrière lui.

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Verdict ?

ATTENTION : La semaine prochaine, ne loupez pas le retour de ATDM avec le début de publication régulière du tome 3. Il sera publié en alternance avec LHDI.

Prochain chapitre : 8 novembre - chapitre 29
mythik

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par mythik »

Trooooop bien ce chapitre !!!! Je ne sais pas si je l'ai déjà dit mais j'adore Noah !
J'ai beaucoup aimé que tu mettes en balance les sentiments de Noah (sur l'art, sur Julian) avec ce que la communauté sorcière de l'époque pense être bien. C'est vrai qu'il n'y a pas d'écoles d'art pour sorciers, et que si Noah persiste dans cette direction, il devra vivre / travailler avec des Non-Maj... J'adorerais qu'il créée une nouvelle forme d'art sorcière avec Julian, ça serait tellement cool !!
En tout cas, j'ai remarqué qu'il commençait à se poser des questions sur sa relation avec Julian :D Et qu'il buvait du thé maintenant :o
J'ai hâte que ce soit la rentrée en tout cas (ils vont se faire des cadeaux ? :D )
Bff47

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Oh la la quel excellent chapitre !! Franchement, je me fais pas de souci pour la réaction de la mère de Noah quand elle apprendra pour lui et Julian, d'ici quelques jours de plus en tant que serveuse au bar gay et elle deviendra la meilleure des alliés LGBT, mdr ! Les interactions entre Jules et Noah me manquent beaucoup d'ailleurs, c'est moi où ça fait une étéernité qu'on en a pas eu ? Sans doutes moi qui suis trop impatiente ceci dit !
Cazolie

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Cazolie »

WELL HELLO THERE
T'as vu je suis à l'heure !

Aaaaw moi aussi j'ai passé un super week-end :mrgreen:
Chapitre du jour donc entièrement consacré à Noah pour changer.
OUUUH
Il aimait l'agitation, le son des conversations étouffées, les éclats de rire et le tintements des verres ou des couverts contre les tables qui parvenaient jusque dans leur appartement.
J'avoue, quand j'ai lu la première phrase j'ai surtout pensé 'L ODEUR DU BON CAFE DES RESTOS"
Agité, il pianotait du bout des doigts contre la table de la cuisine depuis plusieurs minutes pour essayer de s'occuper, sans grand succès.
En même temps c'est quoi cette occupation moisie :lol:
Et toi Noah si tu pouvais être un peu moins insupportable, ça nous ferait à tous des vacances.
C'est violeeeeeeeeent
eunes, mais pas assez pour effacer le souvenir de sa mère qui était restée en filagramme de sa vie,
Je dirais surtout assez jeune pour savoir qu'elle t'a abandonné
Noah, lui, s'accrochait à cette promesse
Il va bientôt être majeur, faut peut-être lâcher l'affaire
Elle fait l'effort de venir.
On peut pas vraiment dire qu'elle est sympa enveers Heather mais je pensais pas l'entendre la défendre tiens
Il n'y avait qu'en présence de leur mère qu'il pouvait devenir... comme lui s'il devait être honnête.
On appelle ça un petit merdeux Noah
- Thé, dit-il.

Hilda lui jeta un regard surpris.

- Tu bois du thé, toi ? s'étonna-t-elle en le servant.
Il veut plaire à Djouuuuuliaaaaaaaaaaaaaanne
- Alors, qu'est-ce que vous avez à me raconter ? demanda finalement sa mère, un brin trop enthousiaste. Je veux tout savoir !
Ce début de conversation extrêmement awkward
Il le fit à sa place.

- Si tu avais été, tu le saurais...
Drôle de soutien fraternel mais okay
- Je sais que tu ne penses pas souvent à l'argent, Heather, mais c'est à prendre en compte. (Elle secoua la tête). Dans tous les cas, les encouragements des recruteurs sont un bon signe. Raphaël m'aide un peu au Café pour compenser et je devrais réussir à lui payer.
Ca m'énerve que Noah soit tellement critique envers sa tante vu tout ce qu'elle fait pour eux T.T
C'est dans un bar gay de Brooklyn, la clientèle est fidèle aussi et...

- Pardon ?
Pouahahahahahaha
Et aujourd'hui, il se demandait si l'impulsion qui l'avait saisi en prenant la main de Julian Shelton pendant le dernier match de Quodpot avant les vacances le rangeait à nouveau dans cette case. Différent.
*
J'ai réussi à oublier cette épisode d'une façon ou d'une autre mais AH le pauvre cette conversation doit être terrible
A nouveau, il roula des yeux.
Ca va Anna' ? :lol:
- Une école d'art, lâcha-t-il.
Yayyyy suis tes rêves !
- Ne joues pas au plus malin avec moi, Noah. Un diplôme d'art, très bien, mais après ? Qu'est-ce que tu feras après ? Ce n'est pas une carrière simple ni sûre, il vaudrait mieux...
Mais est-ce que ça existe les écoles d'art sorcières ? Puisqu'on a établi qu'ils étaient pas tellement portés sur l'art pour l'art
Liam et Aileen s'envoyant des boules de neige en deuxième année juste avant qu'ils arrêtent de se parler
Il a quand même gardé la photo !
C'est marrant qu'il ait toutes ces photos, il a toujours l'air tellement détaché
Ton père n'arrivait pas alors j'ai fini par demander Hilda... Elle t'a tenu dans ses bras avant moi...
Ah ! Voilà, Hilda mérite plus d'amour
Tu sais, quand tu étais petit tu me demandais toujours pourquoi les voisins décoraient leur maison pour ton anniversaire
C'est trop mignon :lol: :lol: Par contre, coïncidence qu'il soit né le jour de la disparition d'Emilia ?
- Hum... Tu dessines toujours alors ?
Non, c'est pour ça qu'il veut faire une école d'art
A TON AVIS
Mais le principal sujet de cette série était Julian lui-même.
Wooopsiiiie
- Grims... Archives Historiques... Londres... se mit-elle à murmurer comme si elle énumérait les pièces d'un puzzle.
Une révélation ?????
Noah et Julian sont cousins c'est ça ? :lol:

Bon, ils sont pas cousins :lol:
- « Si » ? Eh, je dessines très bien je te ferais dire. Mes dessins ressemblent plus à Julian que Julian lui-même.
Qu'il est bête :lol:
- Non. Hilda n'a rien fait à part vous protéger et tu le sais. J'ai perdu la garde à cause de moi.
AH c'est bien de l'admettre
- Noah, ça ne va pas être simple ça...
Elle dit ça comme si elle avait pas son mot à dire sur la question (tu me diras, c'est Hilda qui a la garde)
- Tout miser sur moi, c'est un risque important... Certains te diraient que tu es inconscient.

- Ou que je crois en toi.

Elle se figea. Pendant de longues secondes, ils se regardaient et une forme de compréhension passa entre eux.
Naaaaaaaaaan ils sont choux T.T
Mais les sentiments avaient été là au moins. Il aimait sincèrement Othilia
Bon, je suis contente de savoir qu'il se fout pas de sa gueule
Othilia a déclaré en repartant qu'elle ne voulait plus jamais revenir. Au moins, elle n'a pas pleuré.
Ah, à ce point là T.T BON okay Hilda mérite plus d'amour mais elle puorrait faire un peu plus d'efforts :lol:
- Sortir avec une Non-Maj'. Ou une femme mariée ! Un mec même !

- Noah !
:lol: :lol: :lol:
Il sentit son cœur lui remonter dans la gorge. Il n'était pas sûr que ça soit la réponse qu'il aurait voulu entendre.
aaaargh
Vu les antécédents de sa famille, la communauté magique et les guérimages seraient même ravis de l'y mettre.
C'est moooooche
ATTENTION : La semaine prochaine, ne loupez pas le retour de ATDM avec le début de publication régulière du tome 3. Il sera publié en alternance avec LHDI.
MAIS NON ???
Ola tenir le rythme va devenir compliqué :lol:


ET DONC
Je suis contente d'avoir rencontré Heather "en vrai" parce qu'on l'avait pas eue en direct depuis le début, non ? Bref,elle était pas si terrible. Elle me fait de la peine, elle a l'air de se rendre parfaitement compte de ses propres faiblesses et de se débattre pour essayer de les dépasser, mais en vain
Et c'est triste
Puis bon, Noah est un peu coincé à 6 dans sa tête vis à vis de sa mère, c'est tristoune aussi :'(
Mais c'était chouette cette conversation entre eux (malgré tout le malaise et les non dits LOL)
Quetzalbleu

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

Chapitre du jour donc entièrement consacré à Noah pour changer AICBEISECBQLEKCQBC DSLCBQCQKCB YES. J'espère que vous allez aimer ! EVIDEMMENT, ça va être mon petit moment lecture chill de la semaine, j'ai hâte (au passage j'aimerais vraiment que les universités comprennent que ça ne sert à rien d'appeler des vacances "vacances" si elles ne servent qu'à préparer 321 examens et exposés - je suis fatiguée)
Il aimait l'agitation, le son des conversations étouffées, les éclats de rire et le tintements des verres ou des couverts contre les tables qui parvenaient jusque dans leur appartement. Ça lui permettait de se concentrer sur quelque chose plutôt que sur ses propres pensées je me sens viséeeeeeeeee et il en avait besoin pour des jours comme aujourd'hui.

- Quoi ? dit-il en se remettant à faire courir ses doigts sur la surface en bois, provocateur. Tu veux dire ça ? pourquoi est-ce que je trouve sexy le simple fait qu'il respire, send help
Elle vient quelques heures, elle va nous refaire son numéro de mère aimante et repartir jusqu'aux prochaines vacances. Comme à chaque fois. envie de leur donner un gros câlin d'ours à tous les deux
- Mes garçons ! s'exclama-t-elle en ouvrant grand les bras. Vous m'avez manqué ! lol
- Rien de particulier, j'allais voir quelqu'un. "quelqu'un" youhou tant de détails et quelles belles excuses surtout (vous m'excuserez, je suis d'humeur sarcastique aujourd'hui bahaha)
- Je préfère ça. Allez, asseyez-vous tous. Thé ou café ?OKAY mais question suuuper importante en fait : thé ou café? parce que je suis à deux doigts de commencer un parti pour la suprématie du café, je ne sais vraiment pas comment tout le monde fait autour de moi pour supporter le thé, beuh

Sa mère et Raphaël s'essayèrent côte à côte et répondirent d'une même voix :

- Café.

- Thé, dit-il. BAHAHAH DJULIAN TON INFLUENCE EST REELLE

Hilda lui jeta un regard surpris.

- Tu bois du thé, toi ? s'étonna-t-elle en le servant.
C'était bien simple, les matins où ils dessinaient ensemble Julian ne pouvait pas tracer un seul trait sans avoir avalé au moins une tasse de thé et il pouvait râler des heures dans le cas contraire. il prend du thé pour se sentir proche de Julian par procuration, j'ai une poussière dans les yeux skdjskd c'esttropchoupi
- C'est vrai, consentit-elle après quelques secondes sans relever la pique. Mais je te le promets, ce travail paye bien et le patron a besoin de moi pour toute l'année minimum. C'est dans un bar gay de Brooklyn, la clientèle est fidèle aussi et... je sens le drama arriver et connaissant Hilda ça me fatigue dejaaaaaa - par contre si ça peut montrer à Noah que sa mère biologique n'a pas de préjugés négatifs envers la communauté LGBT et donc l'aider indirectement à s'accepter soi-même, je serais trop trop contente
- Quoi ? C'est juste un bar comme un autre. ok c'est une mauvaise mère mais je ressens de l'amour pour elle là tout de suite, yes biiitch speak up Tu as dit toi-même que je devais trouver du travail !
- Oh hum... Je ne sais pas... Qu'est-ce que tu voudrais, toi ? elle se rattrape, elle se rattrape (involontairement), je pense que Noah a bien besoin qu'on s'intéresse à son opinion et à ses propres envies
- Une école d'art, lâcha-t-il. YES BB DIS-LE, j'espère tellement qu'il finira par pouvoir y aller, il le mérite tellement ;;
Dans ses bras se tenait un nourrisson enveloppé dans une couverture et elle lui souriait en passant doucement le bout de son doigt contre sa joue. team manque d'amour maternel yay
- Hum... Tu dessines toujours alors ? yep yep, pose-lui des question sur ses passions & légitime-les, yep yep
- Tu veux ? demanda-t-elle soudain en interceptant son regard.

Surpris, il arrêta même de dessiner pour la dévisager. Il s'attendait presque à ce qu'elle se mette à rire, mais elle avait l'air sérieuse et il tendit la main. le stéréotype du rapprochement entre deux personnes éloignées par le chaos de la vie (& un certain instinct maternel faiblard oups), j'adore
Parfois, il oubliait à quel point sa mère pouvait être différente de Hilda ou de toutes les mères ordinaires. Elle avait un esprit libre depuis toujours – peut-être un peu trop – et elle n'avait jamais bien compris les responsabilités qu'impliquaient d'avoir des enfants. je pense qu'elle est, au fond, une femme incroyablement intéressante, mais qu'elle n'est tout simplement pas du tout faite pour avoir & élever des enfants... et Noah en est la victime directe. Mais je me vois un peu en elle et en son envie de liberté et d'indépendance, donc je n'arrive pas à la trouver totalement coupable. Je n'arrive pas à dire qu'elle n'aurait pas dû avoir de 2e enfant (même si elle aurait dû assumer le fait qu'elle n'est pas faite pour en élever), parce que c'est un peu insensible envers le cadet. Bref, une situation compliquée
Mais le principal sujet de cette série était Julian lui-même. Il l'avait représenté sous plusieurs angles. Assis sur son lit en train de dessiner ou de boire du thé, simplement ses yeux ou ses mains, et parfois sa silhouette pour s'entraîner. BAHAHAH personne n'est surpris
- Grims... Archives Historiques... Londres... se mit-elle à murmurer comme si elle énumérait les pièces d'un puzzle. oulà attendez, qu'est-ce qu'elle sait
- Un peu. Il y a longtemps... On était à Ilvermorny ensemble, elle avait deux ans de moins que moi. Je ne pensais pas... je n'aurais pas pu imaginer qu'elle était morte. Surtout comme ça. Merlin, Aurélia a vraiment marqué les esprits, ça serait super d'avoir un petit aperçu de sa vie à Ilvermorny
- Non. Hilda n'a rien fait à part vous protéger et tu le sais. J'ai perdu la garde à cause de moi. Je n'étais pas bien ce jour-là, je n'aurais jamais dû vous prendre comme ça sans rien dire à personne... Tout ça pour retrouver un homme qui n'a jamais assumé son rôle de père. C'était complètement irréfléchi.YES COMMUNICATION HOURRA
pas contre son insistance sur le fait qu'ils pourront "bientôt" revenir avec elle réveille mon instinct de méfiance, sans raison véritablement valable
- Ca ne change rien au fait qu'Hilda ne m'aime pas... AH NON BB NE COMMENCE PAS AVEC CA, C'EST UN PEU CULOTE DE MA PART DE LE DIRE MAIS ELLE EST UN PEU DURE AVEC TOI PARCE QU'ELLE T'AIME ET QU'ELLE VEUT FAIRE LES CHOSES BIEN ET QUE TU AIES UN BEL AVENIR OK - elle se sent juste responsable et veut absolument que tu aies une vie stable et tout (contrairement à sa soeur...), et oui, elle s'y prend mal, mais les bonnes intentions sont là
- Eh, tu sais que ça ne changerait rien pour moi, pas vrai ? murmura-t-elle avec gravité.

- Quoi ?

- Si c'était une Non-Maj'.

Il sentit son cœur lui remonter dans la gorge. Il n'était pas sûr que ça soit la réponse qu'il aurait voulu entendre. MAIS, mais est-ce que son commentaire a un double sens?

- Tout ce truc de garder la famille pure que mes parents m'ont inculqué... je n'y ai jamais cru. De toute façon, ils ont déjà de la chance. Avec deux filles, le nom des Douzebranches aurait dû s'éteindre. Finalement, ils devraient être reconnaissant du fait que je vous ai eu hors mariage toi et ton frère. une queen, vraiment
Verdict ? super contente d'avoir eu le pdv de Noah, j'adore son personnage, sa manière d'être et son caractère révolté. J'ai tellement envie qu'il soit heureux plus tard - non, ça devient même un besoin :lol: (mais je commence à me poser des questions, surtout en lisant O&P)

ATTENTION : La semaine prochaine, ne loupez pas le retour de ATDM avec le début de publication régulière du tome 3. Il sera publié en alternance avec LHDI. MAIS TU DORS PARFOIS??? C'EST INCROYABLE MERCIIII

Perripuce

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Perripuce »

annabethfan a écrit : jeu. 14 oct., 2021 7:19 pm Ohhh merci pour vos commentaires !!! :D

Chapitre 27 : L'espoir d'une nouvelle année

« Source encore glacée, miroirs gelés, Rois sortant tout raidis d'or des ténèbres de décembre, c'est janvier, en marche vers la Chandeleur, qui détient l'indiscernable futur »

- Colette-


// 1 janvier 1980 //

L'année 1980 débutait comme 1979 s'était achevée : avec tension.

- Liam, attends, tu es sûr que tu veux sortir ? Ouh premier pdv Liaaam

- Maman, sérieux, je t'ai déjà dit que oui !

- Mais il a neigé hier et...

- Et je suis parfaitement capable de résister à dix centimètres de neige, coupa-t-il, exaspéré. J'avais prévu d'aller à la brocante d'hiver comme chaque année. Je suis positivement sûre que c'est pas la neige le big deal.

Habité d'une énergie nerveuse, Liam regarda la porte d'entrée de leur maison devant laquelle se tenait sa mère. Elle lui barrait littéralement le passage de son corps et il jeta un regard d'appel à l'aide vers son père, assis à la table du salon en train d'écouter la radio en faisant ses mots croisés.

- Papa, dis-lui !

- Barbara, il a raison. C'est à dix minutes à pied. Laisse-le y aller, il revient pour le déjeuner.

- Mais j'ai encore le ménage à faire, je ne peux pas l'accompagner.

- J'ai seize ans, je peux y aller seul, maman.

Il tenta vraiment de mettre tout le bon sens dont il était capable dans sa voix et pas sa frustration, mais sa mère resta plantée devant la porte, nerveuse. Il retint un grognement d'impatience et il sentit soudain le besoin de sortir son paquet de cigarette caché dans la poche intérieure de son manteau. Oui mais si tu fais ça devant ta maman elle va te tirer les oreilles mon lapin.

- Et toi, Russel, tu ne peux pas aller avec lui ? demanda-t-elle en tordant l'ourlet de sa blouse entre ses doigts. Ça me rassurerait.

- Chérie, on est dimanche et il doit faire -10 degrés Chérie, j'ai très clairement la flemme. Laisse-le aller à la brocante, ça lui fera du bien de sortir un peu. Il étouffe là.

- Etouffer ? Mais il a tout ce qu'il veut ici. On a racheté une télé le mois dernier ! Oui enfin les gens en prison aussi ont la télé :lol: :lol:

- Je l'ai regardé au moins dix heures d'affilé hier, maman ! s'écria Liam. J'ai juste besoin de prendre l'air.

Le visage de sa mère se contracta.

- Oui et bien... dit-elle d'une voix sourde. Emilia aussi devait juste sortir une soirée. Et elle n'est pas rentrée. Oui on a bien compris que c'était ça le problème.

Une chappe de plomb s'abattit sur eux tous. Son père suspendit même son crayon à papier au-dessus de sa grille noire et blanche, sa bouche déformée par une douleur inimaginable tandis que sa mère retenait un sanglot. Et il resta juste là, les bras ballants. Depuis qu'il était rentrée il y a une dizaine de jours, il avait à peine le droit de sortir de la maison. Ses amis d'enfance, qui savaient qu'il rentrait toujours pour les vacances, étaient venus toquer à leur porte avant de repartir devant le refus catégorique de Barbara Cooper. Il l'avait laissé faire. Il comprenait. Ne pas voir un enfant revenir à la maison était une terrible épreuve et elle était traumatisée à l'idée qu'on lui arrache le second. Oui mais le second va finir par saccager la maison s'il y reste enfermer, je le crains.

Mais il ne pouvait pas continuer comme ça. Il allait devenir fou, enfermé dans sa chambre ou à tourner en rond dans leur petit jardin clôturé, comme un poisson dans son bocal James à Godric's Hollow. Sa seule distraction était de recevoir et d'écrire des lettres tous les jours. La chouette d'Aileen allait finir par perdre ses ailes si elle continuait à faire des allers-retours entre le Canada et l'Oregon ça fait une sacrée trotte indeed. Heureusement, Julian et Théa pouvaient grouper leurs lettres puisqu'ils habitaient ensemble. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il recevait des lettres de la reine des glaces en personne Et j'avoue être tout aussi surprise. Bien sûr, les siennes restaient toujours brèves et sarcastiques, même si elle l'avait surpris dans sa dernière en glissant dans l'enveloppe des pages de stratégie d'échecs pour qu'il puisse s'entraîner pendant les vacances. Il avait aussi eu des nouvelles d'Othilia qui le tenait au courant des achats qu'elle faisait pour les potions qu'ils auraient à préparer en revenant à Ilvermorny. Sans surprise en revanche, il n'avait rien reçu de la part de Noah. Pas qu'il s'en plaignait. Mais tu le remarques quand même, trésor

Malheureusement, sa correspondance ne suffisait pas à l'occuper toute la journée. Il fallait qu'il sorte et la brocante d'hiver organisée par sa ville chaque année avant noël était une parfaite distraction. D'habitude, il s'y rendait avec Emilia. Elle adorait y déambuler pendant des heures, ses cheveux pâles et ses yeux bleus délavés assortis au paysage blanc sa description me fascine toujours. Il ressentit une pointe de douleur au ventre en songeant que ça serait la première fois depuis l'arrivée d'Emilia dans la famille qu'il irait à la brocante sans elle.

Le silence commençait véritablement à devenir pesant – à tel point qu'il envisageait de faire le mur en sortant par la fenêtre de sa chambre – lorsque des coups résonnèrent contre la porte devant laquelle se tenait toujours sa mère. Elle sursauta.

- On attendait quelqu'un ? demanda-t-elle, surprise.

- C'est peut-être le voisin... Ou un des amis de Liam ?

- Ouvre, maman !

- Oui, oui...

Se recomposant un visage de femme d'intérieur respectable, elle ouvrit le battant avec un sourire avenant. Liam se pencha pour découvrir la personne qui venait leur rendre visite.

- Oh agent Fischer, s'exclama sa mère. Quelle surprise de vous voir !

- Mrs Cooper, je vous prie d'excuser ma visite à l'improviste. J'étais dans les alentours pour une enquête et je me suis dit que j'allais passer.

- Bien sûr... Hum, entrez, entrez.

Elle s'effaça pour le laisser passer et Liam avisa alors Hercules Fischer, le chef des Bureau des Aurors rien que ça ! . C'était un homme large d'épaules et de haute stature qui paraissait encore plus grand à côté de Barbara Cooper et sa petite taille. Vêtu d'un long manteau certainement supposé à le faire passer inaperçu au milieu des Non-Maj', il avait surtout l'air mal à l'aise sans son uniforme réglementaire. D'après ce que Liam avait pu récolter comme information, Fischer descendait d'une famille prestigieuse d'Aurors puisque son ancêtre, Wilhelm Fischer, avait fait partie des douze premiers Aurors du MACUSA à la fin du XVIIe siècle. Il avait donc été en quelque sorte prédestiné à ce métier et avait réussi son intégration avec brio avant de monter les échelons jusqu'à devenir le chef du Bureau en début d'été. Pile au moment de la disparition d'Emilia. Autant dire que l'opinion publique lui avait mis la pression et que son manque de résultat n'arrangeait rien.

- Mr Cooper, Liam, salua-t-il en entrant dans le salon.

Son père se leva.

- Agent Fischer, ravi de vous revoir. Vous avez de nouvelles informations ?

- Un nouveau témoin potentiel, oui. C'est pour ça que je viens vous voir.

- Dites-nous, s'empressa de dire sa mère en tirant une chaise vers lui. Nous vous écoutons.

Il la remercia d'un hochement de tête.

- Comme vous le savez, c'est assez difficile de retracer les évènements du 4 juillet dernier une fois que votre fille a quitté ses amis pour rentrer. Nous avons essayé de retrouver les personnes présentes aux fêtes en plein air organisées ce soir-là, mais il est certain qu'il nous manque des noms. Cependant une des amies d'Emilia que nous avons réinterrogées se souvient avoir vu plusieurs personnes au cours de la soirée. Des voisins pour la plupart ou des habitants de la ville.

- Et vous pensez qu'ils auraient pu voir quelque chose ? devina son père.

- C'est une possibilité. Il est difficile de savoir si la disparition d'Emilia est d'origine magique ou Non-Maj' donc nous aimerions quand même interroger ces personnes. J'ai apporté la liste. Si vous les connaissez, cela pourra nous faire gagner du temps.

- Bien sûr, nous pouvons vous aider.

Fischer parut reconnaissant et plongea la main dans sa veste pour en sortir un morceau de parchemin. Ses parents haussèrent un sourcil devant ce papier étrange auquel ils n'étaient pas habitués avant de se pencher pour lire ensemble. Liam se positionna derrière eux. Sur la liste, il repéra essentiellement des noms de gens du quartier qu'il connaissait plus ou moins de façon proche depuis l'enfance. Rien d'étonnant à ce qu'ils aient été présents à la fête du 4 juillet.

- Vous voudriez aller les interroger quand ? demanda-t-il brusquement.

- Le plus tôt possible.

- Si vous voulez, Mrs Callister tient un stand à la brocante d'hiver chaque année. J'allais y aller. Je peux vous emmener ?

- Liam...

- Quoi ? Si j'y vais avec le chef du Bureau des Aurors c'est pas encore assez pour toi ? J'avoue, une pierre deux coups.

Sa mère lui jeta un regard de reproche, gênée, mais Fischer ne s'en formalisa pas.

- Ca rentabilisera ma matinée, avoua-t-il. Ça me va. En attendant, vous pourriez me noter les adresses ou les contacts des personnes que vous connaissez sur cette liste ?

- On vous fait ça tout de suite, assura son père. Aucun problème.

- Merci beaucoup. Je reviendrai la prendre avant de repartir.

Sur ces mots, Fischer se releva et Liam s'empressa d'enfiler ses baskets avant que sa mère ne change d'avis. De toute façon, elle était déjà plongée dans la liste, l'air concentré. Il ne put s'empêcher d'être soulagé : se rendre utile était la meilleure chose qui pouvait lui arriver et peut-être qu'elle irait un peu mieux après. L'incertitude, c'est vraiment ce qui doit de pire. Les enfants disparus. Tu ne peux pas faire ton deuil ... Tu as toujours de l'espoir. Vraiment, ils douloureux à regarder

Accompagné de l'Auror, il sortit donc enfin de la maison et inspira une grande goulée d'air frais, presque brûlante tant elle était froide. Il pressa le pas presque immédiatement pour mettre le plus de distance possible entre lui et sa maison. Hercules Fischer le héla dans son dos :

- Eh gamin, ralentis ! Tu vas finir par glisser sur le verglas. "et moi aussi en te rattrapant !"

- Je ralentirai quand on sera à la brocante. Avant ça, ma mère peut toujours nous rattraper et m'enfermer dans ma chambre. Je ne prends pas le risque !

- Et bien fais-le quand même pour mes jambes de senior qui n'arrivent pas à suivre.

Liam jeta un regard par-dessus son épaule.

- Vous êtes pas censé être un agent surentraîné ?

- Tu as toujours réponse à tout ?

- La plupart du temps. Les gens ont tendance à me dire que c'est agaçant.

- Les gens ont raison, grommela Fischer en revenant à sa hauteur. Ce dialogue est beaucoup trop drôle :lol: :lol: :lol: :lol:

Il haussa les épaules. Ça faisait longtemps qu'il avait appris à ignorer ce genre de commentaires : trop bavard, trop extravagant, trop flamboyant. En junior, quand il était arrivé à Ilvermorny, Enjolras ne pouvait pas le voir et ça avait causé des tensions dans le dortoir. Ses professeurs le trouvaient dissipé et ses camarades oscillaient entre agacement et amusement à son égard. Il venait juste de se découvrir une passion pour la photo et avait peut-être tendance à mettre son objectif sous le nez de tout le monde. Non mon cher Liam, ce n'est pas "peut-être" Wilde avait piqué une crise quand il l'avait pris en photo à la sortie de la douche sans faire exprès, même s'ils avaient fini par en rire :lol: :lol: :lol: Des choses à cacher sur ton corps cher Wilde? . Le fait qu'il entre au club de journalisme et qu'il rencontre Aileen avaient de toute façon eu un effet apaisant, puis son amitié avec Noah, qui avait un an de plus que lui, s'était traduit par un certain respect de la part de ses camarades. Ça ne les empêchait pas de se moquer de lui pour son attitude un peu trop enthousiaste ni de le traiter de plusieurs noms. Certains avaient même commencé à dire qu'il était pédé et c'était à ce moment là que Liam avait décidé de changer ou plutôt de retourner les insultes en avantage. Il était hors de question que des rumeurs de ce genre commencent à circuler sur lui et il avait même manquer d'en venir aux mains avec Noah quand il avait osé aborder le sujet. A partir de là, il avait retourné la situation vis-à-vis des autres : ils ne subiraient plus les moqueries, ils s'en empareraient pour rebondir. Il avait fait de l'humour son arme, sa façade, son rapport aux autres. Et ça avait fonctionné. J'adore cette analyse de Liam. C'est terrible de voir d'où ça part, mais c'est complètement cohérent avec qui et ce qu'est Liam. Petit à petit, ses camarades avaient vite oublié les rumeurs qui le disaient pédé – il grimaça rien qu'en y repensant par Morgane – et avaient commencé à le trouver simplement sympa et drôle. Le gars cool. Sa dispute avec Noah avait fait le tour d'Ilvermorny et d'un coup ils avaient été nommés ennemis, renforçant son aura de gars capable de tenir tête à quelqu'un comme Noah Douzebranches et donc très clairement sa virilité, on a compris. . La seule constance dans ce changement d'image à mesure qu'il grandissait avait été Aileen, infaillible à ses côtés. Elle semblait ne jamais être trompée par ses blagues ou ses remarques spirituelles. Aileen restait fidèle à elle-même.

Déjà tendu à cause de sa mère, il s'agita en repensant à cette époque et plongea sa main dans la poche de sa veste pour en sortir son paquet de cigarette. Fischer lui lança un regard réprobateur.

- Sérieusement gamin ?

- Quoi ?

- T'as quoi ? Seize ans ? C'est illégal chez les Non-Maj' je suis sûr.

- Allez dire ça au buraliste là-bas, répliqua-t-il en désignant le petit tabac de la ville qu'il avait toujours connu. Il me les vend sans problème.

Fischer secoua la tête, exaspéré.

- T'as conscience d'être avec un Auror, pas vrai ? dit-il avec une touche de menace. Y'a vraiment une loi sorcière anti-tabac?

- Et alors ? Vous êtes passé d'arrestation de mage noir à répréhension pour tabagisme chez les jeunes ? (Par pure provocation, il tira une bouffée avant de se tourner vers l'Auror). Vous avez vraiment rien de mieux à faire ? Genre, retrouver ma sœur ? BIM BAM BAM

Le coup était facile, mais mordant. Il fit son effet. Mâchoire contractée, Fischer se passa une main sur le visage.

- Crois-moi, gamin, j'essaye depuis des mois...

- Et bah essayez mieux ! Elle doit bien être quelque part, on ne se volatilise pas comme ça un soir de 4 juillet alors que toute la putain de ville était dehors ! Les voisines sont pires que des caméra de surveillance ici ! ça fait très petite ville américaine :lol: :lol:

Sa colère ne parut même pas atteindre Fisher qui devait avoir l'habitude de gérer des choses bien plus impressionnantes qu'un adolescent de seize ans et il se contenta de froncer les sourcils.

- Des caméras ? répéta-t-il, perplexe.

- Une invention Non-Maj', laissez tomber... Y'en a même pas ici, c'est juste à New York.

- Ah je vois.

En vérité, Fischer avait l'air de ne pas voir du tout, mais Liam n'insista pas. Il n'était pas d'humeur. Il reprit une bouffée de sa cigarette et rejeta la fumée devant lui. Elle se mêla à son souffle chaud dans l'air glacé.

- A vrai dire, reprit Fischer d'un ton faussement dégagé, je suis content de pouvoir reparler avec toi, Liam. On s'est vus que deux fois après la disparition d'Emilia, mais je me disais que peut-être tu avais appris des choses depuis ton retour à Ilvermorny ?

- Des choses ? Comme quoi ?

- Je ne sais pas, peut-être que certains élèves ont laissé échappé quelque chose ou seraient venus te parler.

- Vous avez déjà interrogé les amies d'Emilia.

- C'est pour cela que je parle des « gens » en général. Je me souviens assez d'Ilvermorny pour savoir que tout le monde connait tout le monde. Et Emilia avait peu d'amis à part les filles de son dortoir. Ma question est légitime, tu ne trouves pas ?

Fischer lui envoya un regard équivoque et Liam tenta de pas avoir l'air autant sur la défensif. Il n'arrivait pas à arrêter de penser à leur salle de classe vide dans laquelle mijotait une potion pour un contre-rituel d'une complexité rare. Et ce n'était que la première d'une longue série qui impliquait aussi des sortilèges et des sorts que seuls un génie en la matière, comme Julian Shelton, pouvait comprendre. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il ait réussi à embarquer – souvent malgré lui – autant de ses camarades dans toute cette histoire de maître-chanteur J'avoue le pauvre, ça le concerne de plein gréé et il n'a jamais eu son mot à dire, il a toujours été mis devant le fait accompli. Aileen, ce n'était pas surprenant. Elle était infaillible, il l'avait déjà dit. Julian, c'était déjà plus étonnant. Il ne connaissait ce gars que depuis quelques mois et pourtant il s'était intégré dans leur groupe avec une facilité et un naturel déconcertants. Julian et son accent anglais, son goût obsessionnel pour le thé, sa capacité à déchiffrer des sortilèges complexes, ses crayons qu'il laissait traîner partout dans le dortoir... IL LAISSE TRAINER SES CRAYONS. SCANDAAALE Liam devait l'avouer, il en était venu à le considérer comme son ami et découvrir ce qui était arrivé à sa mère n'avait fait que renforcer ce sentiment. Pour le reste du groupe... Leur présence était vraiment surprenante à tous les égards. Il n'aurait jamais cru être impliqué dans quoique ce soit avec Noah Douzebranches à nouveau, ni faire équipe avec les deux autres membres de la Clique Royale, à savoir Othilia et Théa. C'était surréaliste. Et pourtant, là encore, ils s'étaient tous révélés d'une aide précieuse. Il avait surtout travaillé avec Othilia qui, grâce à son père, avait de solides connaissances en Potions. Liam l'admirait pour ça. Rien ne l'avait prédestiné à être doué en cette matière. Tout le monde s'était même attendu au contraire : il fallait être précis, minutieux, concentré et un peu enfermé dans son monde pour être doué en Potions. Liam n'avait clairement pas le profil, mais il avait trouvé dans cette discipline un ancrage, comme une manière de canaliser son énergie et de montrer qu'il était capable de bien faire. Les Potions, c'étaient ce qui ressemblaient le plus à de la science et de l'environnement Non-Maj' dans lequel il avait grandi. Il n'avait jamais brillé par sa puissance magique et les Potions lui offraient la possibilité de se démarquer grâce au sens de l'effort et à la débrouillardise. Cet instinct, Othilia l'avait aussi : elle travaillait intelligemment et c'est ce qui faisait d'eux une bonne équipe.

Avec un temps de retard, il réalisa soudain qu'il avait dû rester silencieux trop longtemps et Fischer se râcla la gorge pour le lui indiquer.

- Désolé, marmonna-t-il. Hum, non rien de nouveau. Les gens évitent de venir me parler d'Emilia si vous voulez tout savoir.

- Si tu es autant sur la défensive en même temps...

- Quoi ? Vous allez aussi me dicter comment réagir à la disparition de ma sœur ? C'est à vous de faire votre boulot ! Il fait très "adolescent en colère". Heureusement qu'il ya Julian entre lui et Noah pour faire baisser un peu le taux de testostérone et ramener de la courtoisie dans la gente masculine.

- Et pour ça j'ai besoin de tous les témoins possibles. (Il releva les yeux vers les stands qui commençaient à apparaître). Bon, Mrs Callister ? Tu sais où elle est ?

Tendu, Liam donna un coup de pied dans le vent puis indiqua le grand hall en fer qui abritait d'ordinaire le marché du dimanche.

- Sûrement par là. Elle tient le même stand chaque année. Venez.

Le bruit de la neige crissant sous lui, il s'engouffra dans le hall ouvert où les gens de la ville déambulaient entre les tables installées de façon précaire, englouties sous des montagnes de choses aussi inutiles que pittoresques. Ça et là, il repéra un vieux téléphone – du genre celui que ses grands-parents avaient encore – et un peu plus loin son ancienne voisine, qui avait déménagé en périphérie de la ville, vendait tous les vêtements de bébé de sa fille. Il se rappelait vaguement d'elle parce qu'elle avait l'âge d'Emilia et étaient amies avant Ilvermorny. Pour le reste de la ville, les Cooper envoyaient leurs enfants dans un internat privé du Massachussetts, ce qui leur avait valu le surnom des « nobles » dans leur dos. C'était surtout d'une ironie criante puisqu'ils n'avaient en réalité pas beaucoup de moyens... Son père travaillait à l'usine d'une compagnie de chemin de fer pas très loin et sa mère avait arrêté de travailler lorsqu'il était né avant de prendre un poste de secrétaire quand il était lui aussi parti pour Ilvermorny.

Soudain, il repéra enfin le brushing et la teinture de Mrs Callister un peu plus loin. Elle se tenait derrière un énorme canapé à fleurs sur lequel elle venait de mettre une étiquette pour indiquer un prix de 30 dollars. Il fit signe à Fisher.

- Elle est juste là, dit-il. Vous... vous allez lui parler ?

- C'est le principe, oui. Reste derrière moi, ne te fais pas remarquer, d'accord ?

Cette fois, ce fut l'Auror qui passa devant. Avec sa large carrure et son long manteau, il détonnait dans la brocante d'hiver d'une petite ville de l'Oregon, mais les gens étaient trop occupés à faire des affaires pour s'en soucier vraiment.

- Mrs Callister ? appela-t-il.

- Oui ?

Surprise, elle se retourna et Fisher inclina la tête poliment.

- Bonjour, Hercules Fischer, se présenta-t-il d'une voix ferme. Je vous prie de bien vouloir m'excuser de vous déranger en pleine brocante, mais je suis l'enquête en charge de l'affaire Emilia Cooper. J'aimerais vous poser quelques questions si ça ne vous dérange pas.

- Oh la petite Cooper ? Vous êtes de la police ?

- C'est cela.

Liam devait lui accorder : Fischer mentait bien. Mais après tout, Auror et policier n'étaient pas si éloignés. La nuance ne résidait que dans la frontière entre deux mondes. Ouh très belle phrase

- Bien sûr, je serais ravie de vous aider, accepta Mrs Callister en jetant un coup d'œil autour d'elle comme pour s'assurer que ses voisines la voyaient bien en train de prêter main forte dans une affaire si importante POUAHAHAH je meuurs. Je vous écoute, inspecteur.

- Merci à vous, apprécia Fischer en sortant un calepin et un stylo. Tout d'abord, je peux vous demander où est-ce que vous étiez dans la nuit du 4 au 5 juillet ?

- Comme tout le monde ! J'étais dehors bien sûr. La ville organisait un banquet sur la place principale et puis il y avait les feux d'artifice. Je ne les manque jamais, c'est si beau ! Et je suis patriote vous savez, le 4 juillet c'est important. So american

Tout en faisant mine d'observer une collection de vieux vase sur la droite, Liam roula des yeux. Fischer, pour sa part, notait quelques mots mais il voyait bien qu'il n'avait pas l'habitude d'écrire sans plume et il retint l'impulsion de lui arracher des mains pour écrire lui-même.

- Et lors de cette soirée, vous avez vu Emilia Cooper ?

- Oh bien sûr ! Vous savez, on la voit si peu ici... Elle est toute l'année dans un internat quelque part, pauvre petite. Si j'étais sa mère, je n'arriverais pas à me séparer de mon enfant comme ça. Mais comment ça juge à travers tout, again soooo american Mais il faut croire que les Cooper ont l'argent pour le faire, ça change une famille je pense. (Elle plissa les yeux). Ils ont reçu une demande de rançon ?

A nouveau, Liam sentit l'agacement l'envahir. Il serra les poings le long de son corps.

- Je ne peux pas vous le dire, madame, répondit Fischer avec professionnalisme. Mais vous dites donc que vous avez aperçu Emilia ?

- Oui, c'est ça. Elle était avec des amies. Des filles d'ici. Comme je vous disais, elle n'est pas souvent là alors elles étaient contentes de se retrouver, je les entendais rire ! Et Emilia était très jolie ! Elle a toujours eu ses beaux cheveux blonds clairs, on ne voyait qu'elle. Je dois avouer que j'ai failli ne pas la reconnaître sans ça.

- Vraiment ? Pourquoi ?

- Oh et bien elle avait grandi, c'est certain. Mais elle avait aussi changé... de manière plus générale.

Devant cette observation, Liam redressa la tête en même temps que Fischer J'ai une image très canine en tête . Ce n'était pas la première fois qu'il avait entendu ce genre de choses. Les quelques témoignages des élèves de la promotion d'Emilia avaient ressortir la même observation. Winona Qaletaga, Zack Ledwell, Archer Grims... Ils avaient tous dit la même chose. Et ça agaçait Liam. Parce que lui n'avait rien vu. Emilia avait continué à être sa sœur, rien de plus. Alors certes ils se parlaient un peu moins mais il avait été occupé par le journal, ça ne voulait rien dire. Emilia n'avait de toute façon jamais été très proches de ses camarades faute de points communs. Et il ne savait pas s'il pouvait vraiment faire confiance aux jugements des autres. Winona était souvent lointaine, occupée à gérer les élèves de la réserve indienne dont elle venait elle-même ; Archer Grims se souciait plus de lui-même que de quiconque en bon sang-pur qu'il était ; et Zack Ledwell était trop occupé à penser Quidditch pour s'intéresser à autre chose en plus d'avoir des penchants bizarres pour d'autres gars. Il doutait qu'aucun d'eux ait vraiment connu sa sœur.

Pourtant, son changement de personnalité semblait revenir constamment dans les conversations. Si même Mrs Callister s'y mettait... Il ne savait pas quoi penser.

- Vous pourriez préciser ? pressa Fischer, l'air intéressé.

- Et bien je veux dire... Je le connais depuis qu'elle est petite. Depuis qu'elle est arrivée ici après que les Cooper l'aient adopté. Une enfant sage, réservée, polie. Elle avait de grands yeux clairs, c'était presque perturbant. (Mrs Callister secoua la tête). Enfin une jeune fille effacée en somme, même si des choses un peu bizarres lui arrivaient toujours à son frère et à elle. C'est l'institutrice qui me l'a raconté.

Liam grimaça. Les choses bizarres, ça, il voyait. Mais ça n'avait pas été de sa faute, ni celle d'Emilia, s'ils avaient eu du mal à contrôler leurs pouvoirs magiques plus jeunes. Il se souvenait encore de la fois où un de ses camarades avait fini dans la fontaine de la ville... comme par magie.

- Mais en dehors de ces... incidents... Vous avez dit qu'Emilia avait changé ?

- Oui, c'est cela. Ce soir-là, elle m'a paru différente, moins renfermée. Elle parlait aussi fort que ses amies et elle m'a même bousculé sans s'excuser pour avoir une place au premier rang du feu d'artifice ! OH CHOCKING

- Je vois... Rien d'autre ?

- Non, je ne lui ai pas parlé. Mais elle est partie un peu plus tôt que ses amies, je crois.

- Oui, ses parents lui avaient demandé de rentrer chez elle à minuit.

Mrs Callister hocha la tête.

- Il devait être cette heure-là, oui... Elle est repartie à pied vers la mairie.

La main suspendue au-dessus d'une montre à gousset rouillée qu'il examinait distraitement, Liam se figea. Sans pouvoir s'en empêcher, il s'adressa directement à Mrs Callister.

- Vers la mairie ? répéta-t-il.

- Oh Liam ! sursauta-t-elle. Je n'avais pas vu que...

- On habite à l'opposé de la mairie. Pourquoi elle serait partie par-là ? Vous êtes sûre de vous ? On ne t'a pas demandé de faire profile bas?

Elle jeta un regard nerveux vers Fischer qui lui fit signe de répondre, impatient.

- Et bien... oui, oui, je crois, balbutia-t-elle. Je croyais qu'elle était repartie avec toi parce que j'ai vu un homme l'attendre, mais j'ai dû me tromper, il ne devait pas...

- Un homme ? coupa Fischer. Quel homme ?

- Je ne sais pas. Je ne l'avais jamais vu et je n'ai pas pu bien le voir de toute façon. Il était grand et brun je crois, mais je ne pourrais pas vous en dire plus.

- Essayez de vous souvenir ! s'agaça Liam.

- Je suis désolée, je ne sais vraiment pas. Il est resté à l'écart. Quand Emilia l'a aperçu, elle est partie. Je vous dis, j'étais persuadé que c'était toi qui était venu chercher ta sœur pour la raccompagner. Maintenant que je te vois c'est idiot, tu ne lui ressembles pas mais comme je disais on vous voit si peu toi et ta sœur que j'avais oublié...

- Ce n'est pas grave, rassura Fischer. Vous nous avez beaucoup aidé, Mrs Callister. Je vous remercie.

Elle inclina la tête.

- Avec plaisir, dit-elle. Je vous l'ai dit, je suis patriote ! ON A COMPRIS

- Bien sûr.

- J'espère que vous la retrouverez, inspecteur.

- Moi aussi. Bonne journée, madame.

Liam aurait voulu rester là et interroger Mrs Callister pendant des heures, mais Fischer l'attrapa par l'épaule pour le forcer à s'éloigner. Il grogna.

- Attendez, vous ne voulez pas continuer à l'interroger... On peut...

- Non. Elle ne se souvient de rien de plus, on perdrait du temps. Par contre, je vais pouvoir interroger les autres témoins sur cet homme.

- Mais vous ne pourriez pas... Vous savez, voir dans sa mémoire...

Les épaules de Fischer se tendirent.

- Il me faudrait l'autorisation du MACUSA pour ça, murmura-t-il en veillant à ce que personne ne les écoute. Et c'est une pratique interdite sauf cas de force majeure. En fait, il faudrait qu'elle se souvienne plus précisément.

- Mais...

- Liam, c'est déjà une grande avancée. Ne t'inquiète pas, d'accord ? (Il soupira). Allez viens, je te ramène chez toi pour récupérer la liste de tes parents.

Liam serra les dents. Il aurait voulu protester davantage, mais il reconnaissait l'expression de l'Auror. C'était la même que sa mère ou ses professeurs quand ils avaient décidé de quelque chose. C'était l'expression des adultes qui disait clairement qu'ils savaient mieux que lui. Irrité, il jeta un dernier coup d'œil à Mrs Callister et il eut soudain une idée.

- Eh Fischer ? appela-t-il. Je laisse tomber si vous faites quelque chose pour moi.

- Quoi ?

- Vous voyez ce canapé à 30 dollars ? Si je l'achète, vous pouvez me le réduire par magie pour qu'il soit transportable ? :lol: :lol: :lol: :lol:

Parfaite cette partie ! J'étais contente de retrouver Liam, de le voir dans le cadre (très douloureux) familial et d'avoir des avancées concernant l'affaire d'Emilia !

**

*

Assis sur les marches de sa maison, poing contre la joue, Matthew OUI <3 surveillait Spencer et Simon qui jouaient dans la neige à quelques mètres. Ou plutôt il surveillait l'avancée de Spencer à construire un bonhomme de neige avec application pendant que Simon restait assis sur sa couverture chauffante en essayant d'attraper les flocons qui tombaient autour de lui avec ses petites mains Mon choupinou <3 . Du haut de ses dix-huit mois, il avait déjà un air déterminé avec son petit nez froncé et Matthew sourit. Il n'avait pas eu l'occasion de beaucoup voir son petit frère depuis sa naissance et il devait avoué qu'il aimait l'observer pendant les vacances, toujours surpris par les changements qu'il constatait. Cet été encore, Simon ne marchait même pas.

Il s'apprêtait à héler Spencer pour lui suggérer d'aller chercher des boutons pour mettre des yeux à son bonhomme quand il repéra deux personnes qui remontaient l'allée. Il se leva d'un bond.

- Tante Lysa ! Tonton !

- Par Morgane, je repars tout de suite, menaça faussement Leonidas devant le surnom. Toujours un immense plaisir :lol: :lol:

Matthew eut un rictus. Jusqu'au dernier moment, il n'avait pas été certain que sa tante pourrait venir les voir pour le nouvel an à cause de la fermeture des frontières côté américain, mais il fallait croire qu'être mariée à un ambassadeur avait ses avantages. Elle n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu : même cheveux noirs de jais, héritage des Black, et même traits altiers qu'elle partageait avec sa mère. Leonidas, lui, était fidèle à lui-même dans son long manteau marine. Ses yeux bleu colbat se posèrent sur lui et Matthew dévala finalement les marches pour venir les accueillir.

- Bonne année, lui dit sa tante en passant un bras autour de ses épaules. Désolée pour le retard, on a été arrêtés plus longtemps que prévu à la frontière à cause de mon visa.

- Mais ça a été ? Vous pourrez repartir ?

- Normalement oui. Et puis si on reste coincé ici, on aura qu'à venir habiter avec vous, plaisanta Leonidas. Je suis sûr que tu seras ravi de nous laisser ta chambre, pas vrai ?

- Je serais ravi de vous laisser la remise avec un peu de chance, rétorqua-t-il.

Tante Lysandra lui donna une tape sur la tête.

- C'est comme ça que tes parents t'ont élevé ? réprimanda-t-elle avec un sourire. (Elle enleva son bras de ses épaules et ne lui laissa pas le temps de répondre). De toute façon, ce n'est pas toi que je venais voir. Où est mon neveu et filleul préféré ? Tu écris parfaitement Lysandra, ça fait très plaisir de la voir sous ta plume !

- Eh !

Mais elle ouvrait déjà les bras à Spencer qui se précipita vers elle. Elle déposa un baiser sur son front avant de l'observer en reculant d'un pas.

- T'as encore grandi, toi, observa-t-elle.

- C'est généralement ce que font les enfants, commenta Matthew derrière elle.

Elle soupira.

- Tu sais que tu n'es pas encore trop vieux pour te prendre un sort, hum ? Allez, va chercher Simon et rentrons. Le pauvre va finir par ressembler au bonhomme de neige.

- C'est moi qui l'ait fait ! annonça fièrement Spencer.

- On n'en doutait pas, dit Leonidas en prenant la main de sa femme. Matthew n'aurait jamais réussi un bonhomme de neige si parfait.

Matthew ne lui fit même pas le plaisir de répondre. Sûrement parce qu'il avait raison. Petit, il n'avait jamais eu la patience de construire ses bonhommes de neige et ses premières manifestations de magie avaient généralement été de faire voler la neige pour aller plus vite. Sa mère lui avait passé un savon, inquiète qu'un voisin ait pu l'apercevoir, mais personne n'était jamais venu se plaindre d'un gamin étrange qui faisait léviter la neige. Et pourtant à Terre-en-Landes, ils sont presque aussi pénibles que dans le village de l'Oregon de Liam

Se contentant de rouler des yeux, il attrapa Simon dans ses bras et emboîta le pas à sa tante et son oncle dans la maison. Son petit frère émit un son de protestation et tenta une ultime fois d'attraper les flocons, mais Matthew réajusta sa prise avant de rentrer au chaud.

- Allez mini botruc, dit-il, t'as passé assez de temps dehors. Ton nez ressemble à un glaçon rouge.

- Gaçon !

- Glaçon. Répète : glaçon.

- Gaçon ! Non mais je fonds à chacune de ses apparitions, c'est pas possible. Il est trop mignon mon petit amour en bébé.

Matthew secoua la tête en riant.

- Tu seras pas le plus intelligent de nous trois, écoute, c'est pas grave. Well my dear ...

- Est-ce que t'es en train de te comparer à un bébé d'un an ? lui lança Leonidas, sourcil dressé alors qu'il enlevait son manteau pour révéler un costume gris anthracite parfaitement coupé. Il a toujours une classe incroyable ce Leonidas.

Pour toute réponse, Matthew lui adressa un signe grossier de la main. Malheureusement pour lui, ses parents venaient juste d'entrer dans le hall en entendant le bruit et sa mère le fusilla immédiatement du regard.

- Matthew Leo Bones ! réprimanda-t-elle. Avec tes frères à côté !

- Désolé...

- Maman, ça veut dire quoi ? demanda Spencer en reproduisant le geste. CETTE SCENE JE SUIS ECROULE DE RIRE

Horrifié, il se précipita vers son frère et lui attrapa la main pour le faire cesser pendant que Lysandra éclatait de rire ET DOUBLEMENT :D :D :D . Sa mère soupira, exaspérée, et s'avança à leur hauteur.

- Lysa, je t'en prie, ne l'encourage pas.

- Quoi ? Ce sont tes fils, c'est toi qui les a élevé. Le blâme te revient.

- Ils ont un père aussi. A temps partiel

- Je me dédouane complètement.

- Papa ! Tu me renies ? lança Matthew, une main sur la poitrine.

Son père sourit. Il tenait sa pipe à la main et la pointa sur lui dans un geste familier.

- Tu ferais mieux de te faire oublier, toi. Et donne moi Simon, il a l'air frigorifié.

- Gaçon ! babilla-t-il joyeusement.

Avec plaisir, il se débarrassa de Simon et commença à enlever ses lourds vêtements d'hiver pendant que tout le monde passait au salon. Il allait suivre le mouvement lorsqu'il remarqua une lettre sur la commode de l'entrée avec son nom dessus. Intrigué, il l'attrapa et l'ouvrit en déchirant le papier sur sa longueur. Il reconnut l'écriture de Charity en une seconde. Un sourire certainement idiot aux lèvres, il se mit à lire.

Matt,

Tout d'abord, bonne année. J'espère que tu vas bien depuis la dernière fois qu'on s'est vus et que tes frères ont apprécié leurs cadeaux. En tout cas, j'ai bien reçu le tien et je voulais juste t'écrire pour te remercier. Je ne pensais pas que tu aurais retenu que j'aimais Queen et encore moins que tu arriverais à acheter leur dernier album sans te tromper. Tu m'impressionnes !

Ne crois pas que je t'ai oublié pour autant. Je pensais simplement te donner ton cadeau à la rentrée : ça te fera une raison d'attendre la fin des vacances pour une fois. Et il est possible que ton cadeau soit livré avec un baiser si je suis d'humeur généreuse. Elle aussi je l'aime beaucoup trop sous ta plume. Genre elle est choue. C'est ça, elle est choue, adorable.

A bientôt,

Charity.

La lettre était courte mais efficace dans le pur style de Charity et Matthew sourit un peu plus. D'après l'intensité du trait d'encre sur la dernière phrase, il voyait bien qu'elle avait hésité à l'écrire et il se l'imagina en train de se demander si leur joute verbale sur l'aspect plus...physique de leur relation passerait bien à l'écrit. En tout cas, elle avait réussi son coup : il avait effectivement hâte de la revoir, aussi bien pour le baiser que pour ce fameux cadeau surprise. WINK WINK

En vitesse, il monta dans sa chambre pour ranger la lettre. Il allait redescendre les escaliers quand il s'aperçut que plusieurs personnes étaient revenues dans le hall. Par instinct, il s'immobilisa près de la rambarde en reconnaissant ses parents et une femme blonde qui venait tout juste d'arriver.

- Edgar sérieusement... Maintenant ? était en train de dire sa mère, visiblement contrariée. C'est le nouvel an, Leonidas et Lysandra viennent d'arriver.

- Je sais, je sais. J'en ai pour une seconde, va avec eux et j'arrive.

- Ca ne peut pas attendre ?

- Je ferai vite, Mrs Bones, assura la femme blonde avec un ton d'excuse. Je suis désolée, c'est juste... urgent.

- Comme d'habitude.

- Cassie, s'il te plait.

Vaincue, sa mère leva les mains, non sans se départir de son air agacé. D'expérience, Matthew n'aurait pas aimé être à la place de son père et de la femme. Il veilla à se baisser derrière la rambarde alors que sa mère repartait dans le salon et se mit à écouter, poussé par la curiosité.

- Désolée, si ça avait pu attendre demain, je ne serai pas venue, s'excusa à nouveau la femme. Mais il fallait que je vous vois.

- Ce n'est rien, McKinnon, je comprends. Dis-moi tout. MARLENE <3

Surpris, Matthew se décala pour jeter un œil dans le hall. Il n'avait pas bien vu avant, mais c'était pourtant évident. Avec stupeur, il reconnut soudain Marlène McKinnon, une ancienne camarade de Gryffondor qui avait été diplômée il y a quelques années. En même temps que James Potter s'il se souvenait bien... A sa décharge, McKinnon avait changé. Il se souvenait vaguement d'une fille timide à la frange blonde et au corps rond. L'entrée dans l'âge adulte l'avait transformé : même si ses cheveux avaient poussé, elle avait le visage dégagé et se tenait droite ; elle avait perdu du poids ; et surtout elle arborait aujourd'hui une impressionnante coupure sur le front.

- C'est au sujet d'hier soir... Maugrey m'a demandé de venir vous faire un rapport pour vous tenir au courant si jamais la Gazette, les Aurors ou le Ministère venaient vous demander d'étudier le dossier.

- Ils ne feront rien avant demain, tout le monde est en famille.

- C'est ce que je me disais, mais vous connaissez Maugrey.

Son père soupira.

- Je vois... Et pourquoi il t'envoie toi ? Où est passé Potter ?

McKinnon grimaça. D'un geste mécanique, elle toucha la coupure qui lui barrait le front et tressaillit. Matthew se colla un peu plus à la rambarde pour écouter.

- Il n'était pas en état de venir, avoua-t-elle finalement. Cheville cassée et plusieurs sorts au niveau du torse. Lily s'occupe de lui. Hâte de savoir et de lire dans ATDM

- Merlin... Et les autres ?

- Ca aurait pu être pire. Fabian est à Ste-Mangouste, Peter aussi... Alexia a fait une crise assez sérieuse, elle est en soin intensif mais elle devrait se remettre. Ah ouais des dégâts en ce nouvel an

- Elle n'aurait jamais dû se retrouver là-dedans, grommela son père. Mais je suppose qu'elle n'a pas voulu rester en arrière ?

- Non. Et pour tout dire, elle a été utile. On n'était pas assez nombreux sans vous ni Emmeline ou Benjy. Même Caradoc n'était pas là.

- Ils savaient quand frapper... Tout le monde était occupé à fêter le nouvel an et ils en ont profité ! (D'un geste rageur, son père tira sur sa pipe). Et Cassidy ? C'est toi qui l'a ressorti des tunnels ?

McKinnon se raidit une seconde. Matthew, lui, se demanda bien de quels tunnels il pouvait bien parler. Toute cette conversation était étrange, mais une image se formait dans son esprit grâce aux éléments qu'il avait déjà recueilli depuis presque un an. Ils devaient parler d'un affrontement avec les mangemorts. Un affrontement entre les mangemorts et le fameux Ordre du Phénix dont personne ne pouvait vraiment parler, mais dont la rumeur commençait à prendre de l'ampleur. Et si Potter en faisait partie, ce n'était peut-être pas si étonnant que McKinnon en soi également.

- Oui, c'est moi qui l'ai sorti, répondit-elle d'une voix que Matthew jugea étrange N'y aurait-il pas ce cher Reg derrière ça? . Sirius l'a fait transplaner à Ste-Mangouste une fois que Carrow ait rappelé les autres... Je pense qu'ils ont eu pas mal de dommages eux aussi. Les tunnels étaient tellement étroits, c'était le chaos complet là-dedans.

- C'est ce qu'ils voulaient. Ils ne vous ont pas attiré dans le métro pour rien. Ces idiots n'avaient juste pas prévu que ça se retournerait contre eux.

- Non, je crois qu'ils n'avaient plutôt pas prévu qu'on soit si nombreux. On fêtait le nouvel an ensemble, c'est pour ça. Ils pensaient sûrement qu'on serait au moins deux fois moins là-dessous.

Matthew écarquilla les yeux. Le métro ? Les tunnels ? Merlin, s'ils avaient dû se battre contre des mangemorts dans le labyrinthe des souterrains londonien, ce n'était pas étonnant que ça soit si grave. Et ça promet d'être EPIQUE

- Sûrement, acquiesça son père, songeur. Bon à part ça, d'autres choses à signaler ?

- Pas grand-chose de plus, non. Tout est dans le rapport. Maugrey a bien dit de...

-... de le détruire après lecture, je sais. Merci McKinnon VIGILENCE CONSTANTE . Je passerai au QG demain pour évaluer les dégâts. En attendant, fais profil bas. Il ne faudrait pas que ça prenne trop d'ampleur, pas après le fiasco des Archives Magiques.

- Ca devrait aller. Le Ministère ne veut pas répandre la panique, je ne pense pas que la Gazette s'étende dessus. Et contrairement aux Archives, ils n'ont aucune preuve de notre implication cette fois. Ils ne pourront rien dire.

- Que Merlin t'entende. Allez, file. Tu as une famille à retrouver.

Matthew retint un rire incrédule. C'était riche venant de lui. Pourtant McKinnon obtempéra et il entendit la porte se refermer, puis les pas de son père qui s'éloignaient dans le salon. Il resta prostré quelques secondes, le temps d'assimiler tout ce qu'il venait d'entendre. S'il avait encore eu besoin d'une confirmation, il venait de l'avoir. Son père faisait bien partie de l'Ordre du Phénix et collaborait avec plusieurs personnes dont Alastor Maugrey, le patron de sa mère, James Potter et Marlène McKinnon. Il avait entendu d'autres noms à la volée, comme Alexia Cassidy, Sirius Black, Lily Evans, les frères Prewett... Il s'en était de toute façon douté. Apparemment, ils avaient dû se battre dans le métro de Londres contre des mangemorts, même si la Gazette n'en avait pas parlé. La bataille n'avait pas du sortir de terre. Matthew s'en rappelait mal – il n'avait pas beaucoup lu les journaux à ce moment, trop occupé à soutenir Julian – mais l'Ordre avait commencé à faire parler de lui publiquement avec l'attentat des Archives Magiques. Jusque-là, la communauté sorcière avait vaguement eu conscience qu'un groupe de résistance s'opposait à la montée des mangemorts, mais cet évènement avait été le premier où la presse avait détaillé leurs actions de manière frontale. Sa mère ne s'était pas étendue sur le sujet, mais il se souvenait qu'elle en avait parlé à demi-mot avec son père : des personnes avaient aidé les Aurors sur les lieux à sortir des victimes et des employés coincés sous les décombres. Il n'avait pas voulu écouter pour ne pas imaginer le corps d'Aurelia Shelton enseveli sous les gravats et l'incendie qui avait suivi. C'est toujours pire quand les victimes ont des visages, oui ...

Perturbé, il redescendit les escaliers avec lenteur. Il décida de garder les informations dans un coin de sa tête pour en parler à son père un autre jour. Ce n'était pas le moment. En entrant dans le salon, il découvrit ses parents assis sur le canapé en face de Lysandra qui fumait en discutant et Spencer en train de jouer avec Simon sur le tapis. Dès qu'il le vit, Leonidas s'approcha.

- Tiens Matthew, viens voir, dit-il en lui faisant signe. J'ai quelque chose pour toi.

- Pour moi ?

- Oui, je prends mon rôle de hibou très à cœur. "Je ne suis PAS un hibou !"

- Ton rôle de... Oh !

Il s'interrompit lui-même en avisant le paquet que Leonidas lui tendait et il le lui arracha presque des mains avec avidité.

- C'est de Julian ?

- Non, c'est d'Isadora, se moqua sa tante. Evidemment que c'est de Julian.

- Il a aimé le pull ?

- Le pull Gryffondor tu veux dire ? Espèce d'idiot. Moitié idiot, moitié génie :lol: :lol: :lol:

Matthew éclata de rire.

- Oh j'aurais aimé voir sa tête ! Au moins, je suis sûr qu'il a apprécié le carnet à dessin.

- Oui, ça il a aimé. Ouvre ton cadeau, tu vas voir.

Impatient, il s'exécuta sans attendre. La première chose qu'il découvrit fut une masse de laine informe d'une couleur orange criarde et il la leva devant ses yeux pour mieux l'examiner avant de se rendre compte qu'il s'agissait d'un bonnet. Un bonnet orange. Je suis tellement fière de nous. TELLEMENT FIERE MARION.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Pour que tout le monde voit bien, il le présenta devant lui.

- Je pensais que Julian aurait meilleur goût, commenta sa mère après quelques secondes, comme si elle voulait éviter de le froisser.

- Oh non, comprit-il soudain. Il l'a fait exprès. C'est sa revanche pour le pull.

- Tu le mérites un peu, s'amusa Leonidas. Vas-y, essaye-le.

Sous l'œil amusé des adultes, Matthew accepta de bonne grâce. Il enfila l'affreux bonnet qui devait sûrement jurer avec ses cheveux et écarta les bras en tournant sur lui-même pour que tout le monde puisse à nouveau profiter du spectacle. Ses parents rirent et tante Lysandra applaudit même.

- Magnifique ! s'exclama Leonidas.

Au sol, Simon émit un petit rire, amusé par l'agitation et Matthew le saisit à bout de bras pour le hisser contre lui.

- Tu te moques de moi, mini botruc ? fit-il avec une voix idiote. Hum ? Je vais pleurer. J'ai des petites larmes dans mes yeux. Je veux le faire revivre pour qu'il puisse traiter Simon de Mini Botruc.

- Ah !

Les yeux fixés sur le bonnet, Simon tendit la main pour attraper le pompon qui pendait au-dessus de sa tête et Matthew le maintint à bonne distance.

- Non, non, c'est le mien. C'est le cadeau de Julian. Tu te souviens de Ju' hum ? Tu sais, il te faisait des dessins ?

- Ju'... babilla Simon.

- Ouais, Julian le traître.

- Tu as ouvert les hostilités, lui rappela tante Lysandra. A la limite, tu aurais pu lui offrir un pull aux couleurs de Serpentard.

- Serpentard ? Jamais ! Il a sa petite fierté :lol: :lol: :lol:

Sa mère pointa un doigt strict vers lui.

- Eh, pas de préjugés dans cette maison surtout quand elle-même vient d'une famille de Serpentard :lol: , ordonna-t-elle. Et enlève ce bonnet, tu as l'air ridicule.

- Quoi ? Tu te moques aussi de moi ? Toi, ma propre mère ?

Elle roula des yeux alors qu'il enlevait le bonnet. Pendant une seconde, il contempla la laine orange et décida qu'il tenterait de le porter pour la rentrée. Finalement, il n'était pas si mal. Son jugement devait sans doute être lié au fait qu'il venait de Julian, mais il fallait croire qu'il était sentimental. Alors qu'il reposait Simon près de lui, il remarqua une feuille pliée dans le paquet et il s'en empara, curieux. Apparemment, le bonnet n'était pas le seul cadeau de Julian. Avec précaution, il déplia le bout de papier – celui à grain du carnet qu'il lui avait lui-même offert – et découvrit un dessin au fusain représentant Poudlard en fond avec deux silhouettes devant. Son cerveau mit une seconde à comprendre que c'étaient eux. Julian les avait représentés, un brin plus jeunes, comme s'il s'était inspiré d'une photo. Matthew se rappela qu'ils en avaient effectivement pris une à la fin de la deuxième année et que Julian l'avait gardé. Oh la la mais c'est tellement mims. Ils ont une très belle amitié.

Derrière lui, Leonidas se pencha par-dessus son épaule.

- Tu avais demandé un dessin à revendre pour quand il serait célèbre, non ? Le voilà.

- Oui, c'est vrai... Cet idiot est devenu encore plus doué qu'avant. Je sais à peine faire un bonhomme en bâton par Merlin et il arrive à faire ça ! Mais toi tu sais voler alors que Julian ... se laisse tomber.

- Je crois qu'il s'entraîne pas mal, effectivement. Il me le dit dans ses lettres.

Matthew hocha la tête, toujours obnubilé par son cadeau. Il se demanda si Julian se plongeait davantage dans le dessin pour faire face à la mort de sa mère et son ventre serra en songeant qu'il se trouvait à un océan d'écart, sans qu'il puisse être là pour lui.

- Il est génial... murmura-t-il finalement. Je vais l'encadrer je crois.

- Content que ça te plaise, dit Leonidas. Et bonne année, mon grand.

- Merci tonton.

L'effet fut instantané : Leonidas grogna et s'éloigna.

- Lysa, on repart ! lança-t-il. 'rhabille les enfants ! - On n'a pas d'enfant - C'est pas grave, on prend Spencer !"

Et Matthew se contenta d'éclater de rire, son bonnet dans une main et son dessin dans l'autre.

*******************

Chapitre sans Julian pour une fois donc, mais essentiel tout de même ! J'ai beaucoup aimé l'écrire !

Je pense que vous reconnaitrez une référence à ATDM et à O&P évidente... Well j'avais promis de vous briser le coeur non ? (Perri, on est des génies ^^)

A dans deux semaines !

Prochain post : chapitre 28 - 25 octobre
Il était tellement bien ce chapitre ! Je ne suis pas DU TOUT biaisée par le fait qu'il s'agisse de Matthew et que j'ai vu mon bébé dans le lot ... Mais il était vraiment génial, frai, drôle et il fait PLAISIR
annabethfan

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Chapitre 29 : Savoir où l'on va

« Les échanges, les retrouvailles, les souvenirs nous rappellent d'où l'on vient et sont indispensables pour savoir où l'on va »

- Guillaume Musso -


// 7 janvier 1980 //

S'il y avait une chose à laquelle Noah ne s'habituerait jamais, c'était Ilvermorny vidée de ses élèves. Comme chaque vacances de noël, il avait eu une dérogation spéciale pour ne pas avoir à retourner jusqu'à New York et prendre le train alors même qu'il habitait au pied du château. La directrice Hicks consentait à faire un écart pour les petites vacances contrairement à la rentrée scolaire de septembre et il ne pouvait qu'apprécier son bon sens pour une fois. Ce matin, il avait donc fait son sac sous l'œil consciencieux d'Hilda qui l'avait embrassé sur le front avant de partir. Il voyait bien qu'elle se sentait coupable à cause de la visite de sa mère et il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir. Il s'était détourné d'un mouvement sec, ignorant son expression blessée. Raphaël était resté un peu plus longtemps. Techniquement, ils pouvaient revenir au château à n'importe quel moment de la journée : il avait juste choisi le plus tôt possible. Le train qui ramenait les autres n'arriverait pas avant ce soir pour le dîner et en attendant il avait presque Ilvermorny pour lui tout seul. Depuis son retour, il n'avait croisé que quelques professeurs – Perrot et Fleming – et William le concierge puckwoodgenie. Le reste des couloirs était littéralement désert. Il pouvait presque entendre ses pas résonner en échos. Ça lui rappelait le bal des fantômes lorsqu'il était monté sur le toit d'Ilvermorny avec Julian pendant que tout le monde était rassemblé dans le parc. Comme si le château leur appartenait et que personne ne pouvait les juger.

D'un coup d'épaule, il ouvrit la porte de son dortoir. Il était lui aussi étrangement figé dans un silence inhabituel, vidé de ses occupants. Pourtant, quelques indices montraient que ses camarades allaient revenir : un tract du Comité des Elèves sur la table de chevet d'Enjolras, la tenue de Quodpot mal pliée de Wilde, des pellicules photos de Liam près de son lit, et des crayons oubliés qui traînaient près du bureau de Julian. Par réflexe, il en ramassa un, puis le fit tourner entre ses doigts. D'après l'usure de la mine, il était facile de voir que Julian était gaucher. Il trouvait ça toujours impressionnant la façon dont il tenait ses crayons pour dessiner, comme s'il contorsionnait son poignet pour avoir un bon angle, et il enviait le style que ça donnait parfois à ses œuvres.

Distraitement, il attrapa une feuille sur le bureau et se mit à dessiner avec le crayon. Son trait était déséquilibré, le côté de la mine qu'il utilisait ayant été moins éprouvé par la main gauche de Julian, mais il ne trouva pas ça trop gênant. Sans motivation, il se décida à esquisser une caricature. Il n'en avait pas fait depuis longtemps, mais repenser à Julian en train de dessiner, toujours l'air si concentré, l'inspira. Il traça un crayon surdimensionné et prit soin de le faire loucher pour faire bonne mesure, accentuant les angles de son visage et la rondeurs de ses pommettes tout en voûtant sa silhouette pour donner l'illusion qu'il dessinait comme une personne âgée. Il termina en moins de cinq minutes.

Il repensa alors à ce que sa mère lui avait dit. Il dessinait bien. En même temps, elle était sûrement tenue de lui dire ça en tant que mère et elle n'y connaissait pas grand-chose. Il ne pouvait pas se fier à son jugement. Julian en revanche... C'était une chose de s'entendre dire par des gens qui savaient à peine tenir un crayon qu'il avait du talent, mais de la part de Julian... C'était différent. Parce que Julian savait de quoi il parlait. Il savait même mieux que lui, ce qu'il avait du mal à admettre. En réalité, il abordait le dessin avec le même esprit d'analyse que les sortilèges et se révélait donc de la même manière un prodige agaçant. A croire que tout lui venait naturellement. Il comprenait les jeux de lumière, de couleurs et de perspective avec facilité, et Noah avait vite senti ses sentiments passer de la curiosité à l'admiration. Et peut-être quelque chose d'autre...

Ce quelque chose d'autre aussi était dur à admettre. Il était même dur à nommer tant le sentiment était informe, nouveau, déstabilisant. Il ne connaissait pas Julian depuis longtemps. Il ne le connaissait même pas vraiment. Quelques mois à partager un dortoir ne suffisaient pas à connaître une personne, mais il s'était quand même retrouvé pris au dépourvu par la façon dont Julian et lui s'étaient mis à évoluer en orbite l'un de l'autre. Il y avait quelque chose qui le fascinait chez Julian Shelton. Il pouvait se targuer d'avoir toujours réussi à bien lire les gens qui l'entouraient – c'était ce qui lui permettait d'appuyer là où ça faisait mal quand il le voulait comme avec Hilda, Liam ou Théa – et il avait fini par entrapercevoir l'illusion que Julian présentait au monde : derrière son apparence calme et réfléchie, il bouillonnait d'émotions intenses qu'il tentait de refouler. La colère, la tristesse, l'incompréhension. Perdre sa mère avait dû être un catalyseur à tout ça et pourtant il essayait quand même de ne rien laisser paraître. Et il ne comprenait pas comment les autres pouvaient se laisser berner. Liam encore, il s'y attendait. Ce gars prenait toute la place et était trop occupé à jouer son numéro de comique dans le but d'oublier la disparition de sa sœur pour remarquer quoique ce soit. Théa était trop centrée sur elle-même, trop égoïste... Aileen, c'était déjà plus surprenant. Elle avait une perception des autres qui frôlait le surnaturel parfois. Peut-être qu'elle laissait simplement faire Julian pour lui laisser du temps et de l'espace. Après tout, il avait mal réagi la dernière qu'ils l'avaient tous acculé au sujet de sa mère décédée.

Mais Noah n'était pas comme ça. C'était peut-être un défaut, mais il n'arrivait pas à laisser les gens prétendre être ce qu'ils n'étaient pas. Et il voulait voir Julian Shelton exploser. Il voulait qu'il arrête de se cacher derrière sa façade de grand frère responsable qui ne pensait qu'aux autres.

Encore une fois, il avait conscience d'être hypocrite. Doublement hypocrite même. S'il voulait que Julian explose et arrête de se concentrer sur les autres, c'était sans doute aussi pour qu'il commence à se concentrer sur le « sentiment informe, nouveau et déstabilisant » qu'il avait senti naître entre eux depuis le bal des fantômes. Parce qu'il ne voulait pas être le seul à ressentir ça. S'il était seul, il était différent. Il était étrange au même titre que Zack Ledwell. En repensant au visage en sang de son camarade avant les vacances, son estomac se souleva. L'année dernière, il avait passé un peu de temps avec Zack. Il venait parfois regarder les entraînements de Raphaël au stade pour voir ses progrès et Zack était juste venu lui parler. Il l'avait trouvé intéressant. Apparemment, Zack aimait la peinture contemporaine. En tant que sang-mêlé, il connaissait bien le monde Non-Maj' et allait souvent voir des expositions avec des amis à lui à Washington. Noah avait trouvé ça aussi étrange que déstabilisant. A cause de la loi Rappaport, les sang-mêlés étaient encore rare, particulièrement ceux qui vivaient entre les deux mondes. Pour lui, qui n'avait connu que la petite bourgeoisie sorcière, les expositions d'art dont parlaient Zack avaient paru incroyables. Au fil des semaines, ils s'étaient ainsi retrouvés plusieurs fois, au point où Zack l'avait même invité pendant les vacances chez lui pour qu'ils puissent aller voir la galerie d'art américain du Smithsonian. Noah avait failli accepter. Mais il avait entendu les rumeurs. Avec le recul, il se disait qu'il aurait dû le prévoir. Zack ne cachait pas réellement ce qu'il était. Par Morgane, il appelait la moitié de son équipe de Quidditch « mon chou » constamment, garçons compris. Mais Noah avait toujours bien aimé les gens originaux, il avait tenté de se persuader que ça ne voulait rien dire. Il s'en était mordu les doigts.

Il ne mentait pas à Julian quand il lui avait dit qu'être associé à Zack revenait à provoquer les rumeurs sur soi. Avant qu'il ne comprenne bien comment, plusieurs personnes s'étaient mises à le dévisager, voire à refuser de s'assoir à côté de lui en cours. Othilia, mal à l'aise, lui avait demandé si c'était vrai qu'il connaissait Zack. Et il avait alors compris qu'il ne pouvait pas continuer ainsi. Les Douzebranches étaient assez connus comme ça pour être instables. Il n'avait pas besoin d'être catalogué comme détraqué mental en plus.

Du jour au lendemain, il avait donc arrêté de parler à Zack. Il avait même arrêté de se rendre au stade pour voir Raphaël et son frère lui en avait voulu. Il supposait que c'était le prix à payer pour faire taire les voix multiples et anonymes qui chuchotaient derrière son dos. Il le savait pertinemment : il valait mieux étouffer la rumeur avant qu'elle n'embrase le château. Ilvermorny n'était que le reflet – le microcosme – du monde magique et la rumeur incarnait une communauté sorcière toujours prompte à juger. Ce « on » à la voix désincarnée et sans visage, Noah avait appris à s'en méfier. Il était pire qu'un tribunal. Pire que le conseil des guérimages. Il avait refoulé la connexion qu'il avait commencé à ressentir avec Zack et, progressivement, les voix s'étaient tues. Liam avait arrêté de fermer la salle de bain à double tour, ses professeurs avaient cessé de lui parler sèchement – mis à part Fleming qui n'avait jamais changé d'attitude à son égard – et même Othilia s'était remis à se comporter normalement. Plus personne n'avait posé de questions.

Il se demanda si la même chose allait se reproduire avec Julian. Manfred Sullitzer l'avait déjà dans son collimateur, ce qui n'était pas bon signe.

- T'es déjà là et tu ne prends même pas la peine de me le dire ? fit soudain une voix.

Il ne sursauta pas, mais son cœur manqua un battement.

- Bordel, Othilia... jura-t-il.

- Désolée, je pensais que tu m'avais entendu arriver. J'oublie que je pourrais faire explorer un chaudron près de toi quand tu dessines et que tu n'entendrais rien. (Elle passa le seuil du dortoir). T'es là depuis longtemps ?

- Une heure, même pas... je venais déposer mes affaires. Et toi ?

- Je viens d'arriver. Mon père voulait revenir tôt au château pour corriger des copies, je me suis dis qu'il y avait des chances pour que tu sois déjà là alors je suis venue avec lui.

Alors qu'elle s'approchait, il s'empressa de poser sa caricature de Julian sur le bureau en reposant un livre dessus. Il se retourna juste au moment où elle arrivait devant lui.

- Qu'est-ce que tu faisais ? demanda-t-elle en essayant de jeter un œil par-dessus son épaule.

- Un dessin comme ça. Pas grand-chose d'intéressant.

- Hum... T'as été voir la potion ?

- Tu veux dire Albert le chaudron ?

Othilia eut un sourire amusé.

- Techniquement, ce n'est plus Albert. On l'a remplacé. Et puis, tu ne l'a même pas connu.

- Pas en état de marche, non, mais il est dans le coin de la pièce à chaque fois que je viens. J'ai l'impression qu'il me suit du regard. Un peu comme une Joconde version chaudron.

- Noah, il n'a même pas d'yeux...

- Tu dis ça parce que tu as peu d'imagination.

Elle roula des yeux. Il se demanda s'il ne s'était pas coupé les cheveux pendant les vacances : son carré blond ne lui frôlait plus les épaules. Dans le doute, il ne dit rien.

- Non, je n'ai pas été voir la potion, finit-il par répondre. Je me disais que tu serais plus douée que moi de toute façon pour voir si tout allait bien.

- Tu sais, tu pourrais t'améliorer en potion si...

- Non ! coupa-t-il. On ne va pas commencer. J'ai déjà eu Hilda sur le dos pendant deux semaines, je n'ai pas besoin de toi en plus.

- Arrête, ce n'était pas ce que je voulais dire... Commence pas. Je posais juste une question sur la potion, c'est tout.

Il se retint de rétorquer. Le ton ferme d'Othilia lui rappelait avec agacement celui d'Hilda, mais il ne voulait pas en plus se disputer avec elle à peine dix minutes après être revenu. Elle le scruta de ses yeux clairs, perçants, et hésita une seconde avant de demander prudemment :

- Comment ça s'est passé avec ta mère ?

- Lia...

- Ah à ce point... lâcha-t-elle.

Il sourit, ironique. Il avait tendance à l'appeler Lia quand il ne voulait justement pas parler, ce dont elle s'était parfaitement rendu compte.

- Rien de nouveau, avoua-t-il avec un soupir. Elle va peut-être trouver un travail, mais tu la connais... Elle n'a pas pu venir à noël parce qu'elle était en Californie avec un de ses mecs et c'est toujours tendu avec Hilda qui refuse de nous laisser seuls avec elle.

- On ne peut pas lui en vouloir après la dernière fois.

- Quoi ? Tu crois qu'elle tenterait encore de nous enlever ? Elle n'est pas idiote. En plus, j'ai presque dix-huit ans, ça ne servirait à rien.

- Je n'ai pas dit qu'elle était idiote. Elle peut juste être... impulsive. Comme toi. (Elle lui prit la main et joua avec entre eux dans un geste mécanique. Il la laissa faire). T'as décidé d'ailleurs ? Ce que tu ferais quand tu seras majeur ?

Il déglutit. Techniquement, il serait majeur en juillet cette année. Il aurait enfin dix-huit, âge de la majorité américaine chez les sorciers, et la justice ne pourrait plus empêcher sa mère de le voir. Il pourrait partir de chez Hilda pour aller vivre chez elle, mais ça signifiait laisser Raphaël derrière, voire prendre le risque de se brouiller avec lui. Ça voulait aussi dire prendre le risque de quitter Hilda définitivement. Dès qu'elle ne serait plus responsable de lui légalement, il n'était de toute façon même pas sûr qu'elle accepte de le garder. Son incertitude dû se lire sur son visage car Othilia le força à croiser son regard.

- Eh, on en a déjà parlé, rappela-t-elle. Même si tu crois qu'Hilda ne voudra plus de toi, je reste persuadée que c'est faux.

- T'en sais rien...

- Noah, par l'amour de Morgane, cette femme t'a littéralement élevé. Arrête de croire qu'elle ne l'a fait que par obligation ! Et parle-lui. Si ça se trouve elle a aussi peur que tu partes à tes dix-huit ans que toi qu'elle te mette à la porte.

Immédiatement, il secoua la tête. Il refusait de demander à Hilda. Ça aurait été avouer qu'il avait effectivement peur de sa réaction le jour où plus rien ne les relierait d'autre que les liens du sang. Où elle se rendrait peut-être enfin compte qu'elle ne n'avait pas à user son énergie avec lui.

- Réfléchis bien, plaida Othilia. Même si tu seras majeur, il te restera une année à faire à Ilvermorny. Tu ne peux pas juste partir de chez elle.

- Je pourrais quand même faire mon année senior en habitant chez ma mère.

- C'est vrai, mais ça serait plus compliqué. Là tu vis au pied du château, c'est plus simple. Ta mère n'arrête pas de voyager, elle change d'état sur un coup de tête !

- Et alors ? Justement, ça me fera voir autre chose que cette fichue vallée.

Othilia pinça les lèvres. Elle hésita à nouveau avant d'objecter :

- J'habite aussi dans cette fichue vallée. On ne se verrait plus pendant les vacances... On ne pourrait pas se retrouver en avance comme aujourd'hui en ayant le château pour nous tout seuls.

Une pointe de culpabilité mêlé d'égoïsme le traversa. Il n'avait pas songé à ce détail. A vrai dire, il avait totalement occulté Othilia de ses plans, trop concentré sur lui-même et sa relation aussi bien avec sa mère qu'avec Hilda. Mais elle avait raison. Habiter tous les deux au Village avait contribué à forger leur couple. C'était même peut-être aussi à cause de ça qu'il avait accepté de sortir avec Othilia au milieu de leur quatrième année : elle était là, tout le temps, comme une échappatoire dès qu'il le voulait. Ces moments volés avaient cimenté leur relation. Mais aujourd'hui, les choses étaient différentes. Il n'était plus sûr de regarder dans la même direction qu'elle.

- Ca serait juste pour un an, argua-t-il après avoir gardé le silence quelques secondes. Tu vas pas en faire tout un chaudron.

- Je n'en fait pas tout un chaudron, j'aurais juste voulu qu'on en discute avant tous les deux, mais t'as déjà tout décidé.

- Lia, sérieux, ce n'est même pas sûr. Il faut que j'en parle avec ma mère.

- Avec ta mère, mais pas avec moi donc ?

Agacé, il se passa une main dans les cheveux pour contenir sa frustration.

- Par Morgane, on n'est pas mariés, non ? Alors arrête de me prendre la tête sur ça, on verra l'année prochaine. Si t'es revenue en avance pour qu'on s'engueule, c'est pas la peine. T'es pire qu'Hilda quand tu veux et ça te concerne même pas. Arrête de vouloir t'impliquer, c'est clairement pas le sujet !

Chaque mot, plus cruel que le dernier, semblait piquer Othilia dont le visage se contractait un peu plus à chaque seconde. Elle ne répondit rien un moment et Noah fut persuadé qu'elle allait l'envoyer balader avant de partir. Il ne savait même pas si c'est ce qu'il espérait en vérité. Finalement, elle parut prendre sur elle et reprit d'une voix posée :

- Pas besoin de te défouler sur moi, tu sais. J'essayais juste d'être rationnelle, chose que tu n'es jamais dès que ça concerne ta mère ou ta tante. Maintenant, si tu n'as pas envie d'en parler, très bien. Mais il faudra bien le faire à un moment, tout comme ton orientation. Parce que Hilda a raison, une école d'art ça va être compliqué et tu...

- Je croyais que tu venais de dire qu'on n'avait pas à en parler ?

- J'ai dit que toi tu n'avais pas envie d'en parler.

Son ton de fille de bonne famille l'énerva encore plus. Il reprit son crayon en main et le serra avec force à tel point que le bois commença à craqueler. Il s'empressa de le relâcher avant de le briser ou Julian aurait sa tête. Pendant une seconde, il se demanda ce que Julian penserait son idée d'école d'art. Est-ce qu'il le trouverait assez doué pour s'engager dans cette voie ou est-ce qu'il lui dirait ce que tout le monde affirmait ?

- Laisse tomber, finit-il par marmonner pour mettre fin à la conversation.

Othilia soupira. Il fit exprès de ne plus la regarder en face, faisant mine de l'ignorer, et elle réagit comme d'habitude : elle abandonna. Au début, ça n'avait pas été le cas. Seule la lassitude avait fini par l'emporter et il s'étonnait encore parfois de cette évolution qu'il semblait être le seul à déclencher chez elle. C'était une attitude d'abandon assez semblable à celle de ses professeurs, d'Aileen à une époque, et même de son frère. Seule Hilda résistait toujours, mais elle n'était pas le genre de femme à ployer et encore moins à céder.

- C'est bon ? dit-il d'un ton mordant. On peut parler d'autre chose ?

- Comme tu veux...

Elle avait peut-être abandonnée, mais elle était contrariée. Conscient d'avoir sans doute poussé un peu loin, il s'approcha et fit courir ses mains le long de ses bras avant de descendre vers sa taille. Elle plissa les yeux dans une sorte de mise en garde et il s'immobilisa.

- T'as vraiment aucune morale, dit-elle froidement. Quoi ? Tu veux m'amadouer maintenant ? Après avoir fait le Noah Douzebranches que tout le monde déteste ?

- Parce qu'il y en a deux ?

- Tu le sais très bien. Parfois, je me demande si tu ne t'amuses pas à être cruel juste pour voir jusqu'au les autres vont encaisser.

- Avec Théa seulement peut-être...

Elle lui donna une tape sur le bras.

- Je ne rigole pas.

- Désolé, d'accord ? C'est juste que tu me forces à parler des fois alors que j'en ai juste pas envie... Je sais que tu penses à moi, mais tu ne peux pas comprendre, Lia, c'est tout.

- C'est faux.

- C'est vrai. Ton père a toujours été présent pour toi et même s'il est exigeant, il te laisse faire tes choix, il t'accompagne, et Colleen est la belle-mère la plus gentille sur terre : elle m'aime bien, c'est dire. (Il leva le bras pour l'empêcher de l'interrompre, resserrant sa prise sur sa taille de l'autre main). Donc non, tu ne sais pas ce que c'est d'avoir une mère comme la mienne ni d'avoir Hilda comme gardien. Alors arrête, ok ?

Il avait bien conscience de ne pas être juste avec elle, mais il n'arrivait juste plus à supporter tous les gens qui avaient une opinion sur sa situation et particulièrement sur sa mère. Il l'avait dit à Julian : tout le monde jugeait sa mère. L'enlèvement en deuxième année avait marqué les mémoires dont celle d'Othilia. Il ne voulait plus entendre de jugement de personne, ni sur sa famille, ni sur lui, ni sur les personnes qu'il fréquentait.

Pour tenter de détourner l'attention d'Othilia, il l'attira un peu plus contre lui. Elle se laissa faire. Prenant ça pour un bon signe, il se pencha légèrement pour venir déposer des baisers rapides le long de sa mâchoire encore crispée, puis il remonta vers le côté de son visage en accentuant la pression de ses lèvres contre sa peau. Elle se détendit imperceptiblement.

- Si tu veux que je reste, ferme cette porte, murmura-t-elle. Je refuse que William vienne me chasser du dortoir pour conduite inappropriée.

Il étouffa un sourire et s'exécuta en attrapant sa baguette avant de la pointer sur la porte du dortoir. Le battant se referma dans un grincement sec.

- Et voilà, pas de risque de puckwoodgenie en colère...

- Mieux. Maintenant je te préviens, t'as intérêt à faire tout le boulot pour faire pardonner.

A nouveau, il manqua d'éclater de rire. C'était dans ces moments-là qu'il se rappelait pourquoi Othilia et lui s'entendaient si bien : il aimait son esprit d'initiative et son franc parler. D'un geste, il la poussa doucement vers son lit et reposa ses lèvres contre cou.

- Ca peut s'arranger, dit-il en songeant qu'il le méritait. En fait c'est ce que tu voulais depuis le début ?

- Les femmes sont inventives, se contenta-t-elle de répondre, énigmatique.

Il roula des yeux. Et alors qu'ils basculaient tous les deux sur le lit, il plaqua ses lèvres aux siennes avec avidité en se faisant la réflexion que celles d'Othilia étaient familières, rassurantes, bien loin de celles de Zack Ledwell et d'un certain baiser dont il ne voulait plus jamais entendre parler... Dont il ne voulait même pas se souvenir.

**

*

C'était étrange la façon dont un baiser pouvait paraître familier et étrange à la fois après presque dix jours de séparation. En tout cas, Matthew se faisait cette réflexion alors que Charity l'embrassait, alternant entre une des pressions timides et plus aventureuses, et qu'il se sentait perdre le sens des réalités à mesure qu'ils se rapprochaient.

- Ah Matt, je te cherchais part... Oh Merlin !

Avec un sursaut, Matthew s'écarta si brusquement que son dos heurta la fenêtre derrière lui et il faillit tomber de la banquette. Charity le retint par sa cravate au dernier moment et il émit un bruit étranglé, les lèvres encore douloureuses de leur séance de bécotage. Dans l'embrasure du compartiment, Hanna plaquait une main devant ses yeux, les joues rouge.

- Désolée, s'excusa-t-elle précipitamment. Je t'attendais depuis 30min, je commençais à me dire que t'avais loupé le train... Je n'avais pas pensé que tu... enfin...

Elle buta sur ses mots, mal à l'aise, et Charity lissa les plis de sa jupe, le souffle court. Ce fut elle qui arriva à former une phrase cohérente avant lui.

- Pardon Hanna, c'est de ma faute. Je l'ai... intercepté sur le quai de la gare. J'aurais dû me douter que tu l'attendrais...

- Non, non, pas de problème. Je... je peux repartir...

Gênée, Hanna avait rabaissé sa main et pointait désormais le couleur derrière elle. Un élan de culpabilité s'empara de Matthew et il s'empressa de secouer la tête.

- T'inquiète, entre, entre ! (Il désigna la banquette en face d'eux). J'allais venir te chercher de toute façon.

Les deux filles le regardèrent d'un même air dubitatif.

- Enfin, je comptais le faire après... corrigea-t-il en se râclant la gorge. Allez viens Faucett. Un trajet de plus en ta compagnie !

- Trop d'honneur. Mais merci.

Hanna entra donc dans le compartiment, visiblement encore déstabilisée par la présence de Charity, et Matthew ne pouvait pas vraiment l'en blâmer. La plupart du temps, elle passait voir ses amies de Serdaigle, mais faisait le trajet jusqu'à Poudlard avec lui et Julian. Au départ des vacances, ils s'étaient tous les deux rendus compte à quel point c'était étrange de ne plus avoir ce dernier avec eux. Il espérait secrètement qu'en ramenant Charity dans le groupe, les silences seraient peut-être un peu moins étirés.

Conscient d'être toujours de travers dans une position étrange, il se remit à sa place et repoussa ses affaires qu'il n'avait même pas pris le temps de mettre dans le filet au-dessus de leur tête au bout de la banquette. Hanna haussa un sourcil.

- Par la garde-robe de Merlin, qu'est-ce que c'est que ce truc ? s'exclama-t-elle.

Il baissa les yeux sur ce qu'elle désignait. En l'occurrence, une boule de laine orange.

- Oh ça ? C'est le cadeau de Julian ! Regarde !

Fièrement, il attrapa son bonnet et le remit sur sa tête. Le pompon se balança devant son visage. Si Charity tenta de faire passer un rire pour une quinte de toux, Hanna afficha son incrédulité plus franchement.

- Matthew, hum, comment te dire ça... ?

- Il est affreux ! lâcha Charity.

- Eh je te permets pas !

- Mais Matt, elle a raison, soutint Hanna. Déjà, le orange c'est dur à porter, mais alors celui-ci... Et puis il ne va pas du tout avec tes cheveux. Pourquoi Julian t'a offert ça ?

Il prit un air embarrassé.

- Ah c'est peut-être parce que... Bon, c'était une blague, mais je lui ai offert un pull aux couleurs de Gryffondor pour noël. Je pense que c'est sa façon de se venger.

- Non ? Tu crois ? fit Charity, moqueuse.

- Je sais, je sais, ce n'est pas le bonnet le plus à la mode de la terre. Mais je l'aime bien ! Simon l'adore, il a pas arrêté de vouloir me le piquer pendant les vacances. J'ai fini par lui mettre sur la tête mais évidemment c'était trop grand pour lui. Il s'est trimballé avec pendant dix minutes dans le salon à l'aveugle avant que tante Lysandra le libère. (Il grimaça). Elle m'a peut-être un peu engueulé, mais ça valait le coup. Regardez ce mini-botruc.

Il fouilla dans son sac une seconde et retrouva la photo qu'il cherchait. Les deux filles se penchèrent pour mieux voir. Sur le cliché qu'il avait lui-même pris, Simon tanguait sur ses deux jambes, le fameux bonnet orange enfoncé jusqu'au cou sur la tête, l'air perdu. Il manquait même de se prendre la table de la salle à manger.

- Oh le pauvre, roucoula Charity en riant. Je dirais presque le bonnet lui va mieux qu'à toi.

- Pourquoi ? Parce qu'il lui cache sa vilaine tête à lui ?

- Eh ! Ton frère est trop mignon ! objecta Hanna. C'est toi le grand frère indigne.

- Possible.

Sans remord, il haussa les épaules et rangea la photo dans son sac. Il était content d'avoir réussi à la prendre. Au moins, dès que la maison lui manquerait, il pourrait la regarder pour se remonter le morale. Trop amusé par la vision de Simon et du bonnet, il mit une seconde à se rendre compte qu'en face de lui Hanna avait perdu son sourire d'un coup. Il fronça les sourcils.

- Quoi ?

- Rien... Mais du coup, Julian t'a envoyé un cadeau de noël à toi ?

Il voyait bien qu'elle essayait de contrôler son expression, mais le ton de sa voix était équivoque. Charity fit mine de regarder ses ongles.

- Il ne me l'a pas vraiment envoyé. Il l'a donné à Leonidas pour qu'il me le donne, c'était plus pratique. Mais il ne t'a pas oublié !

- Je n'ai rien reçu moi...

- Parce qu'il l'a aussi donné à Leonidas. Tiens.

Sans cérémonie, il sortit une petite boîte de son sac qu'il avait pris soin de ne pas oublier et la lança à Hanna. Elle la rattrapa par réflexe.

- Il... Il t'a envoyé mon cadeau ? Matt ! Pourquoi tu m'as pas prévenu ?

- Je voulais te faire une surprise !

- J'ai passé les vacances à croire qu'il m'avait oublié !

- Oh arrête, c'est Julian. Il avait sûrement un calendrier épinglé au-dessus de son lit pour pas oublier.

Hanna lui fit une grimace pour toute réponse et il s'avoua qu'il aurait peut-être pu la prévenir. Depuis le départ de Julian, elle s'inquiétait à chaque fois qu'elle n'avait plus de nouvelles de lui et il aurait dû anticiper son malaise. Heureusement pour lui, l'agacement d'Hanna se transforma en ravissement dès qu'elle ouvrit la boîte. Elle poussa même une exclamation.

- Qu'est-ce que c'est ? dit-il, curieux. Des moufles violettes fluo ?

- Non parce que moi je lui ai offert un vrai cadeau pour noël. Regarde !

Avec un grand sourire, elle leva alors une chaîne en argent bordée de breloques devant eux. Il mit une seconde à comprendre qu'elles étaient en forme d'étoiles, de soleil et de lunes miniatures. Un cadeau parfait pour Hanna et sa passion de l'astronomie.

- Il est jolie, complimenta Charity du ton de la fille qui n'était pas intéressée par les bijoux. Tu veux que je te le mette ?

La proposition parut faire plaisir à Hanna qui accepta avant de tendre son poignet. Matthew fut reconnaissant à Charity de faire un effort avec sa meilleure amie et il admira l'effet du bracelet contre la peau d'Hanna.

- Y'a pas à dire, il sait faire des cadeaux, commenta-t-il. Même si ça ne vaut pas mon bonnet !

- Garde ton bonnet, je garde mon bracelet.

Heureuse, Hanna joua avec les breloques, un grand sourire accroché aux lèvres. Matthew songea que Julian avait effectivement taper dans le mille, mais un malaise étrange s'installa au fond de sa conscience. Le bracelet lui faisait penser au dessin qu'il avait envoyé à Hanna en début d'année pour s'excuser de ne pas lui avoir écrit plus tôt et il ne put s'empêcher de se demander si Julian compensait son manque d'implication dans leur relation maintenant qu'il était parti aux Etats-Unis par des cadeaux. Comme si ces derniers étaient là pour combler un vide.

Brusquement, Charity lui donna un coup de coude pour avoir son attention. Il se tourna vers elle.

- Puisque c'est le moment des cadeaux, tu veux le tiens ? demanda-t-elle.

- Ah oui, le fameux cadeau ! J'ai eu le baiser, maintenant voyons voir ce que t'as trouvé.

Il lui fit un sourire effronté alors qu'elle rougissait, glissant un coup d'œil vers Hanna qui eu l'obligeance d'ignorer sa remarquer. Elle se leva malgré tout et attrapa un long paquet rectangulaire et plat emballé sans grand soin avant de lui mettre sur les genoux, l'air incertaine. Piqué par la curiosité, il passa les mains dessus, comme s'il pouvait deviné ce qui se trouvait à l'intérieur par la force de son esprit.

- Ouvre-le, allez, intima Hanna, impatiente.

- Oui, oui...

Il entreprit de déchirer le papier sans cérémonie. Il sourit dès qu'il découvrit la boîte en-dessous.

- Un scrabble, s'esclaffa-t-il.

- Je me suis dis que ce n'est pas parce que tu n'avais plus ton partenaire de scrabble que tu ne pouvais plus y jouer, expliqua Charity en souriant à son tour. Alors certes je ne remplacerai pas Julian et « son esprit de Serdaigle », mais on pourra toujours faire quelques parties si tu veux...

- Miss Burbage, c'est une excellente idée !

Sous le coup d'une impulsion, il se pencha pour lui voler un baiser. Il le fit même durer un peu plus longtemps que nécessaire et Charity finit par le repousser en posant ses mains sur son torse.

- Merci... souffla-t-il.

- Avec plaisir.

Il essaya de faire passer dans son regard ce que ce cadeau signifiait pour lui. Elle avait raison : elle ne remplacerait pas Julian, mais il appréciait son attention. Le scrabble, ça faisait parti de lui. Il avait appris à y jouer avec son père quand celui-ci avait encore eu du temps pour ses enfants au lieu de travailler d'arrache-pied ; il s'était pris des défaites cuisantes contre Spencer alors que son frère n'avait que six ans avant de déclarer qu'il n'y jouerait plus jamais contre lui ; et surtout il avait passé d'innombrables soirées à parler avec Julian et à refaire le monde avec lui autour d'un plateau de scrabble. Il était prêt à inclure Charity dans ses souvenirs.

- C'est parfait, intervint alors Hanna, je vais pouvoir reprendre mon rôle d'arbitre. Vous faites une partie ?

- Pourquoi pas...

Il interrogea Charity du regard. Elle hocha la tête.

- C'est parti. Mais n'invente pas des mots, Bones, prévint-elle, ou je te jette un sort !

- Noté miss Burbage.

**

*

- Si t'avances pas, Cooper, je te jette un sort !

- Deux secondes votre Altesse, je veux juste m'assurer qu'on ne va pas tous exploser en passant cette porte.

- Je ne vois pas pourquoi la potion aurait explosé pendant les vacances, rétorqua Théa. Par contre, si on attend dans le couloir en la laissant surchauffer, là tu peux être sûr qu'on va la retrouver au plafond et on devra la refaire. Encore.

L'argument décida Liam. Sans attendre davantage, il ouvrit la porte d'Alberta, leur salle de travail, et Julian s'y engouffra avec les autres, mains dans les poches. Il avait encore du mal à s'habituer à son retour au château, surtout au fait d'être à nouveau entourer de ce groupe hétéroclite. S'il devait être honnête, leurs retrouvailles avaient été pour le moins étranges : Liam et Aileen étaient venus le retrouver dans son compartiment à la seconde où Charly l'avait planté pour aller retrouver ses amies de Oiseau Tonnerre et étonnement Théa était restée avec eux. Elle était quand même restée sur le bord de sa banquette contre la fenêtre, isolée, mais il supposait que c'était déjà un progrès. La conversation avait de toute façon tourné autour de leurs vacances respectives pour ne pas alourdir l'ambiance déjà pesante. Puis, ils avaient retrouvé Noah et Othilia, déjà arrivés à Ilvermorny depuis ce matin. Julian n'avait pas pu s'empêcher de remarquer la marque rouge sur le cou d'Othilia, bien visible à cause de ses cheveux blonds coupés plus courts qu'avant noël. Son estomac s'était contracté et il avait passé le dîner à parler avec Aileen pour éviter de se concentrer sur le couple à sa droite.

Fatigué, il aurait aimé retourner directement au dortoir, mais ils devaient aller vérifier que la potion principale pour le contre-rituel se présentait bien. Il laissa Liam et Othilia s'approcher en premiers.

- Elle est plutôt bien, jugea-t-elle en se penchant au-dessus du chaudron. Peut-être un peu trop pâle, il faudrait rajouter un crochet de serpent et baisser le feu pendant quelques heures, mais sinon ça avance bien.

- Elle sera bientôt prête ?

- D'ici deux à trois semaines, dit Liam. Et elle devra être utiliser dans les deux mois qui suivent.

Julian fit pianoter ses doigts le long de sa jambe.

- Et aucune nouvelle du corbeau ? demanda-t-il.

- Non... Mais Hercules Fischer, le chef des Aurors, est venu nous voir pendant les vacances. On a interrogé des voisins qui étaient là le 4 juillet. Plusieurs personnes se souviennent brusquement avoir vu Emilia partir dans la direction opposée de la maison et certains ont même vu un homme qui l'attendait...

- Tu crois que ça serait lui ? Le corbeau et le kidnappeur ? dit Théa.

Liam haussa les épaules. Il avait l'air tendu et inquiet, mais personne n'aurait pu lui reprocher.

- C'est probable, mais Fischer n'a pas voulu élaborer devant moi... Il a surtout parlé avec mes parents.

- Et tu ne lui a rien dit pour... tout ça ? demanda Aileen en désignant l'ensemble de la pièce où se déployaient leurs recherches diverses pour traduire les runes, comprendre les couches de sortilèges, et réaliser les différentes potions.

- Non, non, évidemment. Ça pourrait mettre Emilia en danger.

- Incroyable, il est capable de ne pas balancer aux Aurors alors... marmonna Noah, bras croisés.

Heureusement, Liam était trop loin pour l'entendre et Julian lui envoya un regard de mise en garde. Noah se contenta de l'ignorer, mais au moins il n'insista pas.

- On a plus qu'à percer le contre-rituel au plus vite alors, asséna Aileen avec détermination. Mais en attendant pour ce soir, je voulais vous offrir quelque chose. Histoire de fêter quand même noël avec vous et de souder le groupe.

Julian ne s'y trompa pas, elle regarda précisément Noah, Liam et Théa sur la fin de sa phrase. Surpris, il s'approcha quand même. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle leur fasse un cadeau et il sourit alors qu'elle se mettait à distribuer un sachet coloré à chacun d'entre eux.

- Ce sont des bonbons canadiens, expliqua-t-elle en lui remettant le sien. Il y en a au sirop d'érable bien sûr, mais plein d'autres. J'ai été les chercher dans une confiserie sorcière. Faites juste attention Guimauves Pétillantes, elles explosent vraiment en bouche donc mangez-les doucement.

- Merci Aileen, c'est vraiment gentil, remercia Othilia, l'air touché.

- Avec plaisir. On se plaint toujours de n'avoir rien à manger ici alors voilà...

- Faudrait ramener à boire aussi ! Eh Julian ? Tu peux pas nous avoir du thé en contrebande ?

Il dévisagea Liam, amusé.

- Pourquoi en contrebande ? Tu peux pas en acheter comme tout le monde ?

- Ca serait moins marrant !

- C'est ça... Bon, j'ai peut-être pas de thé en contrebande, mais j'ai ramené ça. On a qu'à dire que c'est aussi un cadeau de noël.

Il attrapa son sac qu'il avait dû agrandit par magie et en sortit ce qu'il avait été acheter à New York : une collection dépareillée de tasses, de verres, de mugs et de gobelets en tout genre. Il déposa le tout au sol. En les voyant, il s'était dit que ça servirait pour leurs longues heures de travail, mais Aileen avait raison : ça pouvait très bien servir de cadeaux et il fut heureux en voyant les autres sourire.

- Bonne idée, apprécia Théa. Ça nous évitera de boire de l'eau dans des fioles à potions !

- Des fioles à potions neuves alors, lança Othilia. Prenez ça comme mon cadeau à moi, mais regardez un peu.

Elle fit un geste vers le matériel à potions qu'ils avaient entreposé sur le côté et Julian se rendit compte seulement maintenant qu'il avait l'air étrangement brillant et neuf contrairement aux vieilleries qu'ils avaient sorti des réserves en début d'année.

- Du matériel digne de ce nom, je crois que je vais pleurer, fit semblant de s'émouvoir Liam. Tu l'as piqué à ton père ?

- Pas vraiment. J'ai juste prétexté vouloir m'entraîner en potions et il m'a acheté un nouveau nécessaire.

- C'est génial. Rien de remplacera Albert bien sûr, mais c'est génial.

D'un même mouvement, ils se tournèrent tous vers Albert qui profitait de sa retraite dans un coin et Julian éclata de rire en voyant que quelqu'un lui avait dessiné une bouche et deux yeux.

- Qui a fait ça ?

- Je plaide coupable, se dénonça Liam.

- T'aurais au moins pu laisser faire Julian ou Noah, rit Aileen. Ils auraient fait des vrais yeux, pas juste des points.

- On peut toujours le faire, dit-il. Je ramènerai un feutre demain.

Il réalisa avec un temps de retard qu'il n'avait même pas demander à Noah s'il était d'accord, mais celui-ci acquiesçait déjà et il fut soulagé.

- Et alors ? s'exclama Aileen. Quelqu'un d'autre à un cadeau improvisé ?

- Il se trouve que oui ! Son Altesse la reine des glaces me faisait de la peine avant les vacances à presque s'endormir par terre alors j'ai acheté ça à la brocante de ma ville. L'intello, va falloir que tu m'aides à défaire le sort de rétrécissement, j'arrive jamais à le lancer...

Julian mit une seconde à comprendre que Liam lui parlait. Ça faisait longtemps qu'il ne l'avait plus appelé « l'intello » et il soupira avant de s'exécuter. De son sac, Liam venait de sortir un canapé en cuir miniature et Théa émit un sifflement appréciateur dès qu'il lui fit retrouver sa taille normale d'un coup de baguette.

- Pas mal, Cooper !

- Ah ne dis pas que je ne fais rien pour toi. Julian, t'es sûr d'avoir bien jeté le sort ? On peut s'assoir dessus sans qu'il rétrécisse d'un coup ?

- Certain.

Il se retint de rouler des yeux pour ne pas paraître arrogant, mais il maîtrisait ce sort depuis sa quatrième année. Liam ne poussa pas plus loin et se laissa tomber dans les coussins moelleux du canapé.

- Ca commence à se meubler un peu, c'est bien, s'enthousiasma Aileen.

- Et Théa et Noah ? Ils ont pas de cadeaux ? On les vire du groupe sinon !

- Liam...

Mais Théa les surprit tous en allant chercher à son tour son sac. Elle aussi avait dû réduire un objet car elle garda le dos tourné le temps de lui rendre sa taille d'origine et Julian resta sans voix en voyant ce qu'elle avait apporté.

- Un cheval à bascule ? s'étonna Othilia.

Sauf que ce n'était pas n'importe quel cheval à bascule. Il le reconnut en une seconde, c'était celui de la chambre d'enfant que Théa lui avait montré pendant les vacances, celui sur lequel Théophilius jouait avant sa mort.

- Je sais que ça peut paraître bizarre, convint Théa, l'air soudain mal à l'aise, mais je tenais à le ramener ici pour donner un peu de vie à la pièce. Pour rappeler aussi que les personnes qui ne sont plus avec nous le sont peut-être plus qu'on ne le pense.

En prononçant ces mots, elle le regarda une seconde et il sentit l'émotion lui étreindre la poitrine en repensant aux larmes de sa cousine dans la nurserie. Puis, les yeux de Théa glissèrent vers Liam et une certaine entente parut passer entre eux. Julian se fit la réflexion que les mots de Théa pouvaient tout autant s'appliquer à la disparition d'Emilia, comme une sorte de réconfort.

- C'est une bonne idée, articula finalement Liam d'une voix enrouée, toujours assis dans le canapé. (Il retrouva son air amusé en une seconde). On pourra aussi s'assoir dessus pour réfléchir en se balançant. Peut-être qu'on brisera le rituel plus vite grâce à ça.

- Et alors tu me devras toute ta réussite.

- Bien sûr votre Altesse !

Durant l'échange, Noah s'était décalé vers un pan de mur et s'était mis à afficher des feuilles de papiers, parfois froissées ou à moitié déchirées, et Julian s'approcha par curiosité. Il comprit en arrivant près de lui.

- C'est tes caricatures... souffla-t-il.

- Elles traînaient là, autant en faire quelque chose, répondit-il. Comme ça, j'aurais un cadeau pour le groupe aussi.

Julian traça du bout des doigts les différentes feuilles au grain différent. Noah avait saisi plusieurs scènes au cours des derniers jours avant les vacances : Othilia et Liam, perchés sur des échelles immenses à 40m au-dessus d'un chaudron qu'ils observaient au télescope ; Théa effectivement à moitié endormie à même le sol avec un réveil matin posé à côté d'elle qui présentait une ressemblance troublante avec Aileen puisqu'il avait des cheveux roux et une feuille d'érable entre ses aiguilles ; ou encore lui-même englouti sous une pile de livres de sortilèges. Il y avait même une caricature d'Albert le chaudron avec une vieille barbe et des rides dans un hamac sur une île déserte, comme s'il profitait vraiment de sa retraite.

Il se retourna et promena à nouveau son regard le long de la salle. Elle lui parut beaucoup plus chaleureuse que lorsqu'il y était entré.

********************************

Voilà ! Plusieurs choses sur ce chapitre : il a trois points de vue, ce qui peut paraître beaucoup, mais j'avais besoin de caser chacune de ses scènes pour montrer différentes choses.

En ce qui concerne Noah, j'ai bien conscience que sa conduite envers Othilia est à la limite du toxique (et si vous n'aviez pas cette impression, je l'affirme: ne vous laissez jamais traiter comme ça par quelqu'un). Donc pas d'inquiétude, j'ai conscience de l'attitude de Noah et c'est fait exprès. Pour moi, on assiste à un couple qui se délite petit à petit et ça passe par ces moments.

Ensuite, pour la scène avec Matthew, je n'ai pas pu m'empêcher de faire une ref à Perri avec bébé Simon parce qu'il me fait fondre haha !

Et enfin la dernière scène était vraiment là pour acter le fait que le groupe se solidifie. Je suis désolée si elle faisait un peu catalogue avec tous les cadeaux mais voilà !

Prochain post : chapitre 30 - 22 novembre
mythik

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par mythik »

Encore un super chapitre ! En vrai, j'ai de la peine pour Noah. d'accord, il traitre Othilia super mal mais c'est en grande partie parce que personne ne le laisse être lui-même. Il doit refouler ses sentiments pour paraitre "normal" et je trouve ça affreux. En par dessus ça, personne ne le soutient dans ses projets, pas même Othilia...
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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Perripuce »

annabethfan a écrit : lun. 25 oct., 2021 10:36 am Salut tout le monde ! J'espère que vous allez bien ! Perso j'ai passé un superbe week-end en retrouvant Perri et Cazo samedi, c'était super chouette (et Clem était évidemment avec nous par le coeur haha). Well sur ce débaut très passionnant qui nous tient en haleine, je tiens ma promesse !

Sinon point sportif : la saison du Grand Prix de patinage commence et god c'est l'année Olympique donc ça donne déjà une tendance. Et je suis choquée parce que Nathan Chen n'a pas gagné le Skate America. Chez les filles, Alexandra Trusova est incroyable sachez-le. Voilà je me contenterai de ça, même si je pourrais continuer longtemps.

Mais breeeef... Chapitre du jour donc entièrement consacré à Noah pour changer. J'espère que vous allez aimer !

Bonne lecture ;)


**************************************************

Chapitre 28 : Heather Douzebranches

« Enfant sans mère, c'est comme un nid sans plumes, sans chaleur »

- Arthur Rimbaud -


// 4 janvier 1980 //

Habiter au-dessus d'un café fréquenté par tout un village revenait à toujours vivre dans le bruit. Noah avait fini par s'y habituer et même par apprécier. Il aimait l'agitation, le son des conversations étouffées, les éclats de rire et le tintements des verres ou des couverts contre les tables qui parvenaient jusque dans leur appartement. Ça lui permettait de se concentrer sur quelque chose plutôt que sur ses propres pensées et il en avait besoin pour des jours comme aujourd'hui. Agité, il pianotait du bout des doigts contre la table de la cuisine depuis plusieurs minutes pour essayer de s'occuper, sans grand succès. En face de lui, Raphaël lui envoya un regard agacé.

- Noah, arrête, ça me rend dingue, s'exaspéra-t-il soudain.

Il suspendit son geste une seconde.

- Quoi ? dit-il en se remettant à faire courir ses doigts sur la surface en bois, provocateur. Tu veux dire ça ? Mais quel insupportable petit con

- Tu sais très bien. Arrête.

- Pourquoi ? Ca ne fait pas de mal.

- T'as juste décidé d'être chiant ? Je pense que tu as mis le doigt dessus mon cher petit Raphaël.

- Ouh Hilda, t'as entendu ? Raph' est de mauvaise humeur, je crois.

A leur droite, occupée à préparer du thé et du café, tante Hilda leur jeta un regard d'avertissement.

- Arrêtez tous les deux, sermonna-t-elle d'un ton sec. Vous n'avez plus cinq ans, non ? Raphaël, je ne veux plus entendre un langage pareil. Et toi Noah si tu pouvais être un peu moins insupportable, ça nous ferait à tous des vacances.

- Moi ? *yeux doux et innocents*

- Oui toi, lança son frère avec un regard entendu. T'es insupportable depuis ce matin, comme toujours quand elle vient. "elle". On sent un brin d'amertume, me tromperai-je?

- Peut-être parce que moi je m'en soucie.

- Et pourquoi ? Elle vient quelques heures, elle va nous refaire son numéro de mère aimante et repartir jusqu'aux prochaines vacances. Comme à chaque fois. Et les lecteurs de Wattpad sont tombés sous le charme de son numéro de mère aimante *secoue la tête avec désespoir*

Noah serra les mâchoires. Ce débat, ils l'avaient eu des dizaines de fois. Et ils n'étaient jamais d'accord. De toute façon, il ne comprenait pas Raphaël. Ils n'avaient que deux ans d'écart tous les deux, ce n'était pas si éloigné et son frère devait bien avoir des souvenirs de leur vie avec leur mère. Quand Hilda les avait pris chez elle, ils avaient six et quatre ans. Jeunes, mais pas assez pour effacer le souvenir de sa mère qui était restée en filagramme de sa vie, lointaine et omniprésente à la fois. A chacune de ses visites, Noah entendait la même promesse : elle les reprendrait bientôt, ils formeraient une vraie famille et tout irait bien. Raphaël n'y avait jamais cru, il ne l'avait même jamais voulu. Il est lucide et je le comprends Noah, lui, s'accrochait à cette promesse. ... Tu es étrangement naïf mon petit Noah ... Même s'il savait qu'elle avait peu de chance de se réaliser, il ne voulait pas se résoudre à la lâcher parce que sinon ça signifiait que sa mère n'avait plus aucune place dans sa vie. Ou en tout cas, elle n'en aurait plus en tant que mère...

- Bon, tous les deux, qu'est-ce que je viens de dire ? intervint Hilda en haussant la voix. C'est mon seul jour de congé, je n'ai pas envie de le passer à vous entendre vous chamailler. Raphaël, je ne veux entendre aucun commentaires sur ta mère, c'est clair ? Elle fait l'effort de venir.

- Grand effort... marmonna-t-il.

- Tu veux passer le reste des vacances dans ta chambre sans balai ? Pouahaha argument imparable

Raphaël n'eut pas à répondre à la menace, sauvé par la porte de l'appartement qui s'ouvrit brusquement. Noah se retourna. Dans l'encadrement, sa mère apparut alors, un grand sourire sur le visage. C'était toujours perturbant de la voir après tant de temps. Physiquement, elle n'avait pourtant pas changé, mais sa ressemblance avec Hilda semblait s'accentuer avec l'âge. Elles avaient les mêmes yeux bleu, la même forme de visage et les mêmes cheveux noirs bouclés Noah ressemble beaucoup à maman dis donc, bien que Hilda les portait beaucoup plus courts. Ceux de sa mère cascadaient autour de son visage, mal définies dans une masse sombre qui lui arrivait à la poitrine dans un esprit de liberté revendiqué. Ces boucles noires, c'était un peu le symbole de la famille Douzebranches. Noah tenait du côté maternel, là où Raphaël avait hérité davantage de leur père.

- Mes garçons ! s'exclama-t-elle en ouvrant grand les bras. Vous m'avez manqué ! Je te jure elle arrive, elle me crispe. J'y arrive pas.

Avec réticence, Noah se leva en même temps que son frère et, ensemble, ils se laissèrent entraîner dans une étreinte empressée. Il réalisa, pris au dépourvu, qu'ils dépassaient tous les deux leur mère désormais et il sentit son ventre se contracter. Quand elle s'écarta, elle déposa un baiser sur chacune de leur joue, habitée par une énergie nerveuse.

- Vous avez encore grandi, c'est impressionnant. (Elle enleva son manteau et le déposa sans cérémonie sur le dossier d'une chaise avant de se tourner vers sa sœur). Hilda...

- Heather, répondit-elle avec un hochement tête ferme. Ravie de te voir.

- Moi aussi. Je suis désolée de ne pas avoir pu venir pour noël, j'ai été retenue...

- Par quoi ? voulut savoir Raphaël. Ouais par quoi? Qu'est-ce qui t'a empêché de vivre noël avec tes fils?

Noah reconnut son ton. D'ordinaire, Raphaël était un garçon poli, joyeux, enthousiasme. Il n'y avait qu'en présence de leur mère qu'il pouvait devenir... comme lui s'il devait être honnête Et c'est dingue parce qu'en fait ils inverses complètement leurs rôles face à leur mère. A cet instant, il savait pertinemment que tout ce que Raphaël voulait faire, c'était mettre leur mère au pied du mur pour son absence à noël. Il le savait parce qu'il n'aurait pas agi autrement s'il avait voulu faire la même chose.

- Oh hum... J'étais en Californie, dit sa mère, mal à l'aise. Ça aurait été compliqué de revenir et...

- Qu'est-ce que tu faisais en Californie ?

- Rien de particulier, j'allais voir quelqu'un.

- Quelqu'un ? Encore un de tes « amis » ? Oui oui chérie t'a préféré vivre noël avec un des amis plutôt qu'avec tes fils, c'est ça qu'on comprend tous. Oui oui je te juge.

Face à l'insinuation, Hilda posa avec brusquerie plusieurs tasses sur la table. Ses yeux s'étaient soudain obscurcis et Noah avait assez vu sa colère se tourner vers lui pour savoir que Raphaël venait d'arriver à la limite de sa patience. Et si lui-même n'avait aucun problème pour la franchir, ce n'était pas le cas de son frère. Celui-ci rentra la tête dans les épaules.

- Désolé, marmonna-t-il avant même qu'Hila ait pu lui faire une réflexion.

- Je préfère ça. Allez, asseyez-vous tous. Thé ou café ?

Sa mère et Raphaël s'essayèrent côte à côte et répondirent d'une même voix :

- Café.

- Thé, dit-il.

Hilda lui jeta un regard surpris.

- Tu bois du thé, toi ? s'étonna-t-elle en le servant.

- Et alors ? Pas DU TOUT influencé par Julian ce garçon. DU TOUT.

- Et alors rien, c'était une simple question. Pas besoin d'être sur la défensive par Morgane.

Il se mordit l'intérieur de la joue pour éviter de répliquer. Il avait conscience d'avoir utilisé un ton peut-être un peu trop sec, mais contrairement à Raphaël il ne prit pas la peine de s'excuser. Sans attendre, il porta sa tasse à ses lèvres et se brûla la langue au passage Pouhahah t'a pas encore la science anglaise sur l'art de boire du thé. Demande à Jules, il te donnera des cours. . Il retint une grimace pour ne pas se prendre une réflexion d'Hilda, même si sa mère lui envoya un regard équivoque, amusée. Il ne savait même pas pourquoi il avait décidé de prendre du thé. Il ne détestait pas ça, mais ce n'était pas non plus sa boisson de prédilection contrairement à un Anglais de sa connaissance légèrement obsédé. C'était bien simple, les matins où ils dessinaient ensemble Julian ne pouvait pas tracer un seul trait sans avoir avalé au moins une tasse de thé et il pouvait râler des heures dans le cas contraire. Et justement il te manque et tu as besoin de te rappeler sa présence par les arômes doux du thé ... COMME C'EST BÔ

Après avoir servie tout le monde, Hilda finit par s'assoir à son tour. Ils devaient offrir une parodie de réunion de famille : tous les quatre autour de la table, tendus et mal à l'aise à se regarder dans le blanc des yeux. Et en chien de faïence. J'adore cette expression, pardon.

- Alors, qu'est-ce que vous avez à me raconter ? demanda finalement sa mère, un brin trop enthousiaste. Je veux tout savoir !

Au vue de l'expression de son frère, Noah devina que le « tu saurais tout si tu avais été là » était sur le bord de ses lèvres, mais qu'il avait bien trop peur d'Hilda pour le sortir. Il le fit à sa place.

- Si tu avais été, tu le saurais... MAIS OUI mettez-lui en plein la figure, elle le mérite !

Sa mère tressaillit.

- Les garçons, je sais, soupira-t-elle. Je suis désolée, vraiment. Mais je savais que vous étiez avec Hilda et que vous alliez bien... Mais Hilda ce n'est pas leur mère. ça le sera jamais. Tu as laissé à tout jamais un trou dans leur coeur. (Elle sourit piteusement). Allez, racontez-moi. Raph', les recruteurs sont venus te voir ?

Elle avait prononcé les mots magiques. A la mention de recruteurs, le visage de Raphaël s'éclaira, toute rancœur oubliée.

- Oui, ils sont venus ! Pas pour une vraie course, mais ils m'ont vu voler. Ils m'ont dit que je devais continuer à m'entraîner et que j'étais vraiment doué. L'année prochaine, si j'arrive à battre mon chrono, ils envisagent de me proposer un stage d'été !

- C'est vrai ? C'est fantastique !

- Proposer est un bien grand mot, intervint Hilda, crispée. Le stage coûte cher. Elle est douée pour ramener tout le monde sur terre - et vraiment tout le monde, peu importe les sujets.

L'enthousiasme de sa mère se fana.

- Oh...

- Je sais que tu ne penses pas souvent à l'argent, Heather, mais c'est à prendre en compte. (Elle secoua la tête). Dans tous les cas, les encouragements des recruteurs sont un bon signe. Raphaël m'aide un peu au Café pour compenser et je devrais réussir à lui payer. Je trouve ça beau comment elle va quand même tenter de se défoncer pour lui trouver un avenir stable.

- Ca serait vraiment une bonne opportunité. Merci... Et je te promets d'essayer de t'envoyer de l'argent dès que je peux. J'ai peut-être trouvé du travail à New York.

- Vraiment ? Un travail que tu comptes garder cette fois ? BAM BAM BAM

Noah aurait dû voir la remarque venir. Depuis qu'elle les avait laissé vivre avec Hilda, sa mère n'avait jamais eu d'emploi stable. Son record devait être les huit mois durant lesquels elle avait travaillé dans une galerie d'art moderne juste avant son entrée à Ilvermorny. Il n'avait jamais autant aimé lui rendre visite qu'à cette époque. A côté de lui, sa mère redressa le menton avec dignité et avala une gorgée de café avant de répondre.

- Oui, je pense qu'il peut me convenir. C'est un travail de serveuse.

- De serveuse ? Heather, le nombre de fois où je t'ai proposé de travailler ici... On sent la vexation :lol: :lol:

- Ce n'est pas la même chose. Ici, c'est ton Café. On se serait hurlées dessus au moindre verre cassé. C'est un argument qui s'entend. Et puis le Village, c'est toujours les mêmes têtes.

- Une clientèle fidèle, corrigea Hilda. Ce qui veut dire un revenu assuré pour élever tes fils.

L'accent sur le « tes » n'échappa à personne, tout comme son regard entendu. Raphaël hocha la tête pour marquer son accord et Noah serra les dents. Il ne voyait pas en quoi c'était un argument raisonné. Pour lui, c'était encore un rappel qu'Hilda consentait à les garder sous son toit par obligation et son ventre se serra en repensant pour la énième fois à son expression le jour où elle avait refermé la porte après avoir obtenu leur garde quand il avait douze ans. Solennelle et déterminée. Puis, elle s'était décomposée quand il s'était mis à vouloir retourner auprès de sa mère pendant que Raphaël allait déjà explorer sa nouvelle chambre. J'ai le coeur brisé face à cette image ... Vraiment, il n'y aucun gagnant dans cette famille, juste des vies brisées. Et même si elle les a pris "par obligation", je trouve Noah dur avec sa tante - mais en même temps, elle doit représenter absolument tout ce qu'il déteste.

En face de lui, sa mère ne laissa pas atteindre et elle se redressa, comme pour se donner un air important.

- C'est vrai, consentit-elle après quelques secondes sans relever la pique. Mais je te le promets, ce travail paye bien et le patron a besoin de moi pour toute l'année minimum. C'est dans un bar gay de Brooklyn, la clientèle est fidèle aussi et...

- Pardon ? Je pense qu'elle aurait dû s'abstenir sur le "gay" :lol:

La voix d'Hilda s'étrangla tandis que Raphaël plongeait son nez dans sa tasse de café pour étouffer une exclamation. Noah, lui, redressa la tête si brusquement que ses cervicales protestèrent.

- Heather, dit-elle d'une voix sourde. Je t'en prie, ne me dis pas que tu vas travailler dans ce genre d'endroit !

- Quoi ? C'est juste un bar comme un autre. Tu as dit toi-même que je devais trouver du travail !

- Un travail respectable !

- Je vais être serveuse, ce n'est pas si éloigné de ce que tu fais ici...

Immédiatement, Hilda leva un doigt sévère pour l'interrompre.

- S'il te plait, ne compare pas mon Café à ce genre... d'établissement. Je meurs, c'est si visuel comme scène, je me représente si bien Hilda !

- D'accord, d'accord... Mais avoue que ça sera l'occasion d'avoir une certaine stabilité et un bon salaire. Tu disais que le stage de Raphaël coûtait cher, ça sera parfait pour le soutenir.

- Je suis prête à lui payer entièrement pour qu'il réussisse et s'épanouisse dans ce qu'il aime faire, argua Hilda. Ne me remets pas en cause. Mais je préférerais que tu trouves un travail... plus convenable avant d'envisager autre chose.

- Pourquoi ? C'est exactement la même chose qu'un bar classique à New York.

- Ne joues pas à l'idiote, Heather. Ces gens sont différents et tu le sais.

A ces mots, Noah sentit son corps entier se crisper. Il avait toujours détesté ce mot. Différent. Toute sa vie, il avait été classé comme différent. Il venait d'une famille éclatée au père absent et à la mère instable ; il avait été élevé par sa tante contrairement aux autres enfants ; il avait toujours préféré les arts au Quodpot ; et Hilda lui avait répété des dizaines de fois qu'il était trop impertinent pour son bien et qu'il ne savait pas se taire quand il le fallait. Comme si quelque chose clochait chez lui. Oh choupinou. Et aujourd'hui, il se demandait si l'impulsion qui l'avait saisi en prenant la main de Julian Shelton pendant le dernier match de Quodpot avant les vacances le rangeait à nouveau dans cette case. Différent. Une tare. Quelque chose que tu ne devrais pas être. C'est ce qu'on t'a répété toute ta vie, c'est ce qui t'a rendu si sur la défensive ...
(Et définitivement, les ponts avec Joséphine sont innombrables)


Nerveux, il avala la fin de sa tasse de thé pendant que sa mère rejetait sa lousse masse de boucles informes dans son dos.

- Oui, ils sont un peu spéciaux, reconnut-elle avec une nonchalance étudiée qui sonnait fausse. Et alors ? S'ils laissent des pourboires, je ne demande rien plus. Je ne suis pas du Conseil des Guérimages. Chez les Non-Maj', ce n'est même plus pénalisé.

- Magnifique, prenons les Non-Maj' comme exemple maintenant. Euh ... bah oui?

- Hilda, s'il te plait... Laisse-moi essayer au moins. (Elle lui envoya un regard suppliant). Pour les garçons...

- Ne mêle pas les garçons à ça. Je te l'ai dit, je m'occupe du stage de Raphaël. Il le mérite, c'est une fierté que les recruteurs s'intéressent déjà à lui et il a progressé en vol sans négliger son travail scolaire.

Les compliments d'Hilda parurent illuminer Raphaël qui eut un grand sourire. Noah roula des yeux. Malheureusement pour lui, sa tante intercepta son geste.

- Je te déconseille de faire le moindre commentaire, toi, prévint-elle. Ou est-ce que tu veux qu'on reparle de tes notes ce semestre ? De ton projet d'orientation qui n'avance pas ? Elle est parfaite pour Raphaël. Trop dure pour Noah. Littéralement à double tranchants.

- Hilda...

- Non Heather, ce n'est pas parce que tu es là qu'on doit éviter ce genre de sujet. C'est même l'inverse. Peut-être que tu devrais commencer à t'en soucier. (D'un geste sec, elle fit léviter leur tasse vers l'évier et Noah se retint de protester qu'il n'avait pas terminé la sienne). Tu as réfléchi depuis la dernière fois ? demanda-t-elle en s'adressant cette fois à lui. Tu as revu ta directrice de maison ? Je te jure là elle me rappelle mes parents. J'en ai la boule au ventre.

- Everard est toujours occupée.

- Professeur Everard, Noah. Un peu de respect. Et je suis sûre que Miranda Fleming pourrait t'aider si ta directrice n'est pas disponible. Elle me l'avait dit.

A nouveau, il roula des yeux. Ce n'était peut-être la chose la plus intelligente à faire, mais ça traduisait assez bien son sentiment pour qu'il ose le faire. Il ne se voyait pas aller demander des conseils d'orientation à sa professeure de sortilèges qui ne ferait que répéter encore le même discours : s'il travaillait un peu, il aurait les capacités de choisir sa voie après son diplôme. Il n'était pas mauvais en sortilèges, ni en histoire... Mais à la simple idée de devoir continuer à suivre ce genre de matière l'ennuyait déjà.

- Il n'est pas obligé de poursuivre dans des études, suggéra sa mère avec prudence. Il pourrait avoir une place d'apprentie quelque part pour faire quelque chose de concret ? Chez un apothicaire ou un fabricant de balai ?

- Tu m'as pris pour Raphaël ? Pauvre Raphaël :lol: :lol:

- Oh hum... Je ne sais pas... Qu'est-ce que tu voudrais, toi ?

Elle le regarda, l'air sincèrement intéressé, et il se fit la réflexion que ça changeait d'Hilda et de ses attentes préconçues. Sans sa tasse pour s'occuper les mains, il se remit à pianoter du bout des doigts sur la table, hésitant. Raphaël se tendit, mais il n'arrêta pas avant de répondre :

- Une école d'art, lâcha-t-il. et la bomble est lâchée

La réaction fut immédiate. Hilda émit un claquement de langue réprobateur.

- Et encore cette idée, grommela-t-elle. Vous ne m'épargnerez rien tous les deux...

- Quoi ? Tu trouves que l'école d'art est pire que le bar gay ? provoqua-t-il.

- Non, mais c'est irréaliste. On en a déjà parlé. Qu'est-ce que tu veux faire avec une école d'art ? Apprendre à dessiner? S'épanouir? Ne pas subir les diktats de la société?

- Hum de l'art ? C'est dans le titre, je crois.

- Ne joues pas au plus malin avec moi, Noah. Un diplôme d'art, très bien, mais après ? Qu'est-ce que tu feras après ? Ce n'est pas une carrière simple ni sûre, il vaudrait mieux...

- A quoi ça sert de me demander si tu te fous de ce que je veux ?

Hilda pinça les lèvres.

- Un autre vocabulaire, s'il te plait, sermonna-t-elle. Et je ne m'en fiche pas, j'essaye d'en discuter mais... Noah ! Noah reviens !

- Non, c'est bon, j'en ai assez entendu.

Brusquement, il se leva, le corps tendu et traversa la cuisine avant même qu'Hilda ait pu faire un geste pour le retenir. Il avait envie de sortir d'ici le plus vite possible. Il n'avait pas attendu de revoir sa mère depuis des mois pour se retrouver coincer autour d'une table dans une parodie de conseil de famille où il n'avait pas voix au chapitre. Pendant une seconde pourtant, il vit l'éclat blessé qui traversa le visage de sa tante et il songea à revenir en arrière avant de renoncer. Il ne voulait pas avoir l'air de céder.

Deux par deux, il monta l'escalier étroit qui menait aux chambres en ignorant les appels dans son dos. Pour faire bonne mesure, il referma la porte un peu plus fort que nécessaire, même s'il se retint de la claquer par égard pour le loyer qu'Hilda s'acharnait à payer.Deux mentions d'un certain égard pour Hilda, c'est cool à constater : ça montre qu'il sait quand même ce qu'il lui doit. Les mains tremblantes, il chercha son paquet de cigarette sur son bureau recouvert de parchemin, de plumes cassées et de matériel à dessin en tout genre sans le trouver et il poussa un grognement frustré. Il aurait dû tout ranger depuis le début des vacances, mais il avait évidemment laissé les jours passer. Agacé, il finit par attraper un cahier et un crayon avant de s'assoir à même le sol, dos contre son lit. Il laissa sa main courir sur la première page blanche qui se présenta sans réellement réfléchir, traçant des traits au hasard juste pour se défouler.

Ses doigts étaient si crispés autour du crayon qu'il en avait mal, mais il se refusa à céder, même face à la douleur Mais quelle sacrée tête de mule ce garçon. Il sentait sa colère obstruer sa poitrine et c'était la seule façon de la canaliser un tant soit peu. De toute façon, son cerveau n'arrivait même plus à comprendre contre quoi il était en colère. Raphaël pour être tout ce qu'il n'arrivait jamais à être ? Sa mère pour entrer et sortir de sa vie tous les trois mois ? Hilda pour toujours vouloir tout contrôler ? Avec ironie, il se souvint de ce qu'il avait dit à Julian lors de leur première conversation : « je ne sais pas contre quoi tu es en colère, mais je plains sincèrement ton crayon ». Le karma avait un drôle d'humour. J'y ai pensé aussi :lol: :lol: :lol:

Rageur, il continua à maculer la page blanche de lignes noires et faillit manquer le moment où la porte se rouvrit. Il leva les yeux.

- Tu te souviens encore du chemin jusqu'à ma chambre ? lança-t-il d'emblée.

Dans l'encadrement, sa mère soupira, las.

- Noah... Je viens en paix, allez.

Il garda le silence. Elle parut prendre ça comme une acceptation et entra franchement dans la chambre en refermant la porte derrière elle. D'une démarche qui n'était décontractée qu'en apparence, elle se mit à faire le tour, observatrice. Il garda un œil sur elle, curieux de voir ses expressions alors qu'elle découvrait certains détails de sa vie. En vérité, il n'avait pas beaucoup d'affaires ici puisque la plupart était dans son dortoir à Ilvermorny, mais il supposait qu'il y en avait assez pour entrapercevoir la personne qu'il était. Au mur, sa mère contempla plusieurs photos qu'il avait accroché plus jeune : lui et Othilia posant devant le mur d'enceinte d'Ilvermorny l'année dernière ; Liam et Aileen s'envoyant des boules de neige en deuxième année juste avant qu'ils arrêtent de se parler Si tu l'as gardé, c'est que ça signifie quelque chose ... ; son dortoir avec Enjolras, Wilde et lui debout sur leur lit respectif pour fêter les vacances en quatrième année ; Raphaël et lui assis sur le comptoir du café à sept et neuf ans en faisant des grimaces pendant que Hilda tentait – presque hors cadre mais pas complètement – de les faire se tenir tranquille. Mais sa mère s'arrêta particulièrement sur la plus ancienne des photos. Elle était plus petite par rapport aux autres et de mauvaise qualité, mais elle occupait une place centrale : elle y était représentée, âgée d'une trentaine d'année, allongée dans un lit d'hôpital. Sa tête était à moitié baissée et cachée par sa lourde masse de boucles indisciplinées, mais on pouvait quand même discerner l'expression de joie presque transcendantale sur son visage. Dans ses bras se tenait un nourrisson enveloppé dans une couverture et elle lui souriait en passant doucement le bout de son doigt contre sa joue.

- Je ne savais pas... je ne savais pas que tu avais encore cette photo...

- C'est Hilda qui l'avait. Elle me l'a donné.

- Oh...

Avec une retenue qu'il n'avait jamais vu chez sa mère, elle traça le bord de la photo, comme un miroir du geste qu'elle avait effectué dix-sept ans plus tôt.

- 4 juillet 1962, murmura-t-elle d'une voix enrouée. Tout le monde fêtait la fête nationale et moi je hurlais de douleur dans une salle d'accouchement. (Elle émit un rire étouffé en secouant la tête). Ton père n'arrivait pas alors j'ai fini par demander Hilda... Elle t'a tenu dans ses bras avant moi... Très symbolique comme anecdote.

Noah sentit une boule se glisser dans sa gorge tant la symbolique de cette anecdote était forte Oh bah voilà :lol: :lol: J'anticipe. A bien y regarder, il n'avait jamais tout à fait quitté les bras d'Hilda... Sa mère continua d'observer la photo un long moment et finit par se détourner avant de reprendre :

- Mais quand elle t'a enfin déposé dans les miens... dit-elle. Morgane, les autres pouvaient bien s'extasier devant des feux d'artifice, moi je t'avais toi. ... Cette phrase me laisse un goût amer dans la bouche. Vraiment, elle est ambivalente, elle joue les mères aimantes et parfaites mais ... Non, tu peux pas être comme ça. Ce n'est pas ça être une mère, ce n'est pas juste s'extasier devant la beauté et fuir les responsabilités ...

- Je n'étais pas aussi brillant. :lol: :lol: :lol:

- Et pourtant je ne voyais que toi. (Elle sourit, soudain plus familière, et sortit une cigarette de la poche de sa veste pour la porter à ses lèvres). Tu sais, quand tu étais petit tu me demandais toujours pourquoi les voisins décoraient leur maison pour ton anniversaire. Ma mère est du 18 juin, elle demandait toujours pourquoi on sortait les drapeaux pour son anniversaire :lol: :lol: :lol: Ça me faisait rire.

- Tu me disais que c'était tout le monde voulait le fêter avec moi mais ne pouvait pas venir à ma fête.

- Il fallait bien que je trouve quelque chose pour te faire plaisir.

Il roula des yeux, trahissant seulement son amusement par le coin de ses lèvres qui tressaillit malgré tout. Sa mère reprit son tour et alluma sa cigarette. Elle avisa la pile de papiers et de livres sur son bureau avant de le désigner d'un coup de menton.

- C'est quoi tout ça ?

- Des trucs pour les cours... Mon matériel à dessin aussi...

- Hum... Tu dessines toujours alors ? Le fait qu'il veuille faire une école d'art ne t'a pas mis la puce à l'oreille?

Elle avait beau avoir posé sa question d'un ton neutre, il perçut sa prudence. Vu sa réaction tout à l'heure à la mention de l'école d'art, il ne l'en blâmait pas, mais il se crispa tout de même et se remit à tracer ses lignes noires mécaniquement sans la regarder.

- Faut croire, marmonna-t-il.

- Je peux voir ?

- Voir quoi ?

- Ce que tu dessines. Je peux... regarder là-dedans ?

D'un geste vague, elle désigna son bazar et il hésita une seconde, anxieux, avant d'hausser les épaules en espérant avoir l'air détaché.

- Vas-y, accepta-t-il, mais c'est juste des brouillons ou des croquis comme ça.

- Hum...

Elle ne parut pas vraiment entendre ce qu'il disait, trop occupée à fouiller parmi toutes les feuilles. Sa cigarette pendait entre ses lèvres et elle prit le temps d'en tirer une bouffée une seconde. Il la regarda avec envie. Peut-être qu'elle arriverait à retrouver son paquet là-dedans. Il faudrait juste qu'il trouve une excuse pour justifier sa présence si Hilda venait lui demander des comptes.

- Tu veux ? demanda-t-elle soudain en interceptant son regard.

Surpris, il arrêta même de dessiner pour la dévisager. Il s'attendait presque à ce qu'elle se mette à rire, mais elle avait l'air sérieuse et il tendit la main.

- Ouais...

Sans cérémonie, elle lui passa donc sa cigarette et se remit à chercher dans ses dessins. Il ravala un rire incrédule. Parfois, il oubliait à quel point sa mère pouvait être différente de Hilda ou de toutes les mères ordinaires. Elle avait un esprit libre depuis toujours – peut-être un peu trop – et elle n'avait jamais bien compris les responsabilités qu'impliquaient d'avoir des enfants. Il en avait encore la preuve à cet instant, mais il tenta de faire taire son esprit en tirant sur la cigarette. Non et puis elle a répondit à une envie secrète. Bon c'est clairement pas responsable, mais tu n'as besoin de responsabilité, là, tu as besoin de tendresse maternelle.

- C'est plutôt réussi, jugea-t-elle alors en faisant défiler plusieurs feuilles à la suite. Enfin je ne m'y connais pas mais j'aime bien les caricatures. Celles de Hilda ou de Hicks sont drôles. (Elle sourit). Cette série là aussi est pas mal...

Noah plissa les yeux pour voir celles dont elle parlait et se figea. C'étaient des dessins qu'il avait ramenés d'Ilvermorny et qu'il avait dessiné tout le semestre lors de ses séances matinales avec Julian. Il y avait un peu de tout dedans : des esquisses du dortoir, du parc en contrebas, d'objets en tout genre. Mais le principal sujet de cette série était Julian lui-même. Il l'avait représenté sous plusieurs angles. Assis sur son lit en train de dessiner ou de boire du thé, simplement ses yeux ou ses mains, et parfois sa silhouette pour s'entraîner. Il ne trouva rien à répondre et sa mère garda un visage neutre en contemplant avec attention chaque dessin.

- C'est un de tes camarades de dortoir ? interrogea-t-elle finalement.

- Jules ? Hum je veux dire Julian ? Ouais... Il est nouveau.

- Oh ?

- Il vient d'Angleterre. Et on sait combien les anglais sont sexy pour les américains ...

Un éclair de compréhension traversa le visage de sa mère.

- A cause de la guerre ? devina-t-elle. Ça doit être dur pour lui le pauvre.

- Plutôt. Il a perdu sa mère dans un attentat. Les mangemorts ont fait explosé le bâtiment où elle travaillait. Tu sais, les Archives Historiques de Londres ? Ils en ont parlé dans le journal.

- Les Archives... (elle s'interrompit et baissa brusquement les feuilles qu'elle tenait encore à la main). Attends comment tu as dit qu'il s'appelait ? Ton camarade ?

- Julian.

- Non, son nom de famille.

- Oh... Shelton. Il s'appelle Julian Shelton. C'est le cousin de Théa Grims.

Perplexe, il se demanda pourquoi sa mère s'intéressait soudain à Julian et il scruta les changements d'expression sur son visage. Elle gardait les sourcils froncés, l'air concentré, avant que le choc ne prenne le dessus.

- Grims... Archives Historiques... Londres... se mit-elle à murmurer comme si elle énumérait les pièces d'un puzzle. ... Heather?

- Maman ?

Le mot lui fit presque étrange à prononcer tant il le disait peu, mais il s'inquiéta soudain en la voyant blêmir. Il amorça un geste pour se lever. Une autre chose qu'il avait compris avec l'âge sur sa mère : elle n'était pas ce qu'il pouvait appeler « stable ». Quand il était tout petit – pendant sa deuxième grossesse – elle avait fait un séjour en psychiatrie à l'Hôpital Sorcier de New York pour dépression pendant la grossesse c'est ... chaud quand même. Son état s'était amélioré, mais Hilda lui avait un jour expliqué qu'elle avait toujours été comme ça, entre haut et bas selon les périodes. Ça s'était accentué à l'adolescence. Quand elle les avait pris sans rien dire à personne en deuxième année, les emmenant en cavale pendant des semaines, les juges avaient exigé qu'elle soit réinternée quelque temps. A chaque fois qu'il la voyait, c'était comme jouer à pile ou face. Elle pouvait être excitée et heureuse ou apathique et habitée par une tristesse mélancolique selon ses humeurs. Raphaël détestait être pris au dépourvu à ce sujet, à tel point qu'il en était venu à ne plus vouloir la voir un moment. Noah, lui, avait persévéré. Les guérimages n'avaient de toute façon pas d'explication. Elle n'était pas bipolaire : elle ne correspondait pas à tous les critères médicaux. Mais elle en avait certains aspects dû à sa personnalité et sa vie chaotique. Et si aujourd'hui elle avait eu l'air d'aller bien jusqu'ici, il savait qu'un rien pouvait la faire basculer parfois. C'est véritablement ... terrible.

- Maman ? répéta-t-il.

- Sa mère... C'est Aurélia Grims ? Elle est morte dans l'attentat ? Interresting *chausse ses lunettes d'inspectrice*

Il fronça les sourcils.

- Oui mais... Tu la connaissais ?

- Un peu. Il y a longtemps... On était à Ilvermorny ensemble, elle avait deux ans de moins que moi. Je ne pensais pas... je n'aurais pas pu imaginer qu'elle était morte. Surtout comme ça.

- Je pense que personne ne peut imaginer ce genre de choses. C'est tordu.

- Oui, oui bien sûr mais... Elle m'avait toujours paru si forte. Tu sais c'était le genre de fille qui captait l'attention. Morgane, mourir comme ça...

L'air perturbé, elle baissa à nouveau les yeux vers les feuilles qu'elle tenait et vint s'assoir à côté de lui. Il lui repassa la cigarette sans réfléchir.

- Il lui ressemble, commenta-t-elle soudain en la portant à ses lèvres comme si elle voulait changer de sujet. (Elle déposa la série à leur pied, étalée à la suite). Enfin, je veux dire que si tu dessines bien, je dirais que son fils lui ressemble en tout cas.

- « Si » ? Eh, je dessines très bien je te ferais dire. Mes dessins ressemblent plus à Julian que Julian lui-même. :lol: :lol: :lol: :lol:

Sa mère rit, amusée.

- Ca ne veut rien dire, ça !

- Bien sûr que si, maintint-il, buté.

- Si tu le dis... Je comprends pourquoi Hilda a du mal avec toi parfois. T'as la tête dure, mon fils.

La remarque, prononcée sur le ton de l'humour, effaça malgré tout son sourire et il se tendit. Elle le remarqua immédiatement. D'une main ferme, elle lui attrapa le menton pour le forcer à se tourner vers elle et il émit une protestation sourde, en vain. Elle planta ses yeux bleus dans les siens, si semblables.

- Oh Noah... souffla-t-elle. Il va falloir que tu arrêtes de lui en vouloir pour quelque chose qu'elle n'a pas fait. Ne lui pas payer mes erreurs.

- A cause d'elle, t'as perdu la garde... *mords son poings avec frustration* NOAH putain ce que tu es naif avec ta mère.

- Non. Hilda n'a rien fait à part vous protéger et tu le sais. J'ai perdu la garde à cause de moi. Je n'étais pas bien ce jour-là, je n'aurais jamais dû vous prendre comme ça sans rien dire à personne... Tout ça pour retrouver un homme qui n'a jamais assumé son rôle de père. C'était complètement irréfléchi.

- Tu voulais qu'on soit une famille...

- Mais on l'est. A notre façon. Et je promets qu'un jour vous pourrez revenir avec moi. C'est ça qui me crispe chez elle en fait. Cette promesse constante qu'elle ne fait même pas l'effort de tenir. Elle entrentient l'espoir chez Noah, sachant parfaitement qu'elle ne pourra pas tenir sa promesse et ça me tue pour Noah en fait parce qui'l la croit. Il la croit, il espère, c'est celui qui croit le plus en elle et clairement elle ne fait pas grand chose pour le mériter.

Il déglutit, les yeux brûlants. Il se refusa de laisser sa voix trembler en demandant :

- Quand ?

- Bientôt, répondit-elle sans hésiter. Je te le promets.

Malgré la ferveur qu'elle mettait dans ses mots, il ne put s'empêcher de douter Mais tu peux. C'est la combien de centième fois qu'elle te le dit ? . D'un coup sec, il se dégagea et se remit à griffonner furieusement. Sa main formait maintenant des boucles répétées sans qu'il fasse vraiment attention.

- Ca ne change rien au fait qu'Hilda ne m'aime pas... Des raccourcis d'adolescent en colère ...

- Qu'est-ce que tu racontes ? Evidemment qu'elle t'aime. Elle a juste du mal à le montrer, un peu comme toi.

Il secoua la tête.

- Elle n'arrête pas de crier, protesta-t-il. Tout ce que je fais, ce n'est jamais assez... J'ai l'impression de la décevoir dix fois par jour.

- Comme je disais, tu as juste la tête dure. Il faut que tu l'écoutes un peu et vous arriverez déjà à mieux communiquer.

- C'est le gobelin qui se fout du nifleur. Tu n'écoutes jamais Hilda. Oui la pomme ne tombe pas loin de l'arbre...

Elle considéra le point et grimaça. Lentement, elle pris une nouvelle bouffée de sa cigarette puis rejeta la fumée vers le plafond. Il la lui reprit des mains sans demander.

- C'est vrai, concéda-t-elle finalement. Mais ça a toujours été comme ça, même quand on était petites. Tu as de la chance d'avoir presque le même âge que Raphaël. Quatre ans de différence entre deux filles, c'était infernal. Ça l'est toujours d'ailleurs, ajouta-t-elle après quelques secondes de réflexion. Elle est une sorte d'hybride entre une grande sœur et une mère toujours sur mon dos C'est horrible comme rôle. HORRIBLE. . Ou sur le tien. C'est une déformation professionnelle je pense à ce stade. Mais garde en tête qu'elle le fait parce qu'elle tient à nous, d'accord ?

- Hum...

- Ce n'est pas une réponse ça.

- Si elle acceptait pour l'école d'art...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que sa mère soupira.

- Noah, ça ne va pas être simple ça...

- Pas grave. J'aurais dix huit ans cette année. Elle ne pourra pas contrôler ma vie après Ilvermorny.

- Déjà, je te rappelle que tu as encore une année à faire. Et je suis sérieuse, mon fils. Tu vas terminer tes études. Si je l'ai fait, tu peux le faire crois-moi. Ensuite, elle ne pourra peut-être pas contrôler ta vie, mais une école d'art va coûter cher. Comment tu veux faire sans elle, hum ?

- Je sais pas... Je trouverai bien.

Elle émit un rire étouffée.

- Ca c'est un plan, se moqua-t-elle.

- Tu pourras me la payer, non ? Avec ton nouveau job ?

Son sourire disparut.

- Tout miser sur moi, c'est un risque important... Certains te diraient que tu es inconscient.

- Ou que je crois en toi. Voilà, ça me brise le coeur. Heather, c'est son alternative et son alter-ego, mais ... je ne sais pas s'il l'idéalise ou s'il refuse de voir la vérité. Il a beau croire en elle, ça ne réglera jamais ses problèmes psychologiques.

Elle se figea. Pendant de longues secondes, ils se regardaient et une forme de compréhension passa entre eux. Elle sourit alors tristement et passa une main douce dans ses cheveux, comme lorsqu'il était petit. Il se laissa aller contre elle.

- Parfois je me dis que tu es bien le seul, souffla-t-elle, mélancolique.

Sa main retomba entre eux. Elle regarda dans le vide un moment et il tenta de chasser le poids qui était revenu peser sur sa poitrine. Il détesta ce sentiment. Il avait l'impression d'être coincé dans son propre corps... ou peut-être dans sa propre tête. Plus que tout, il détestait savoir que sa mère devait ressentir cette sensation encore plus intensément que lui. Il baissa les yeux sur le dessin qu'il griffonnait depuis tout à l'heure et découvrit alors ce qu'il avait fait : un amas noir sur tous les contours de la feuille, comme une manifestation de son humeur, et au centre une masse de boucles informes encadrant deux yeux féminins. Il supposa avec ironie que pour un portrait de sa mère, il était plutôt symbolique.

- Bon on a assez parlé de choses déprimantes, décida-t-elle soudain en secouant la tête comme pour s'éclaircir l'esprit. Parlons de quelque chose de mieux, d'accord ?

- Comme quoi ?

- Je ne sais pas. Tout ! Raconte-moi ta vie. Tu es toujours avec... comment elle s'appelle déjà ?

- Othilia. Mais sérieux... Voilà, elle retient pas le nom de sa copine, on continue ...

- Ah ah ! Allez, juste pour satisfaire ma curiosité. Ça va faire combien de temps que vous êtes ensemble ?

- Deux ans...

Il supposait que c'était une réponse en partie vraie. Il s'était rapproché d'Othilia en troisième année, juste après tout le fiasco avec Aileen et Liam. Ils avaient partagé plusieurs cours et s'étaient juste bien entendus. A l'époque, son amitié avec Wilde – fils de Gouverneur – et son nom de famille ancestral lui avaient valu d'être parmi les élèves populaires. Il avait commencé à développer ses réparties aussi, ce qui avait aidé. Très vite, son amitié avec Othilia Fontaine, la fille parfaite, avait été l'objet de rumeur dans toute l'école. Les gens les disaient ensemble, spéculaient, faisaient circuler des rumeurs... Il était à peu près certain que la plupart de ses camarades pensaient qu'il était déjà en couple avec Othilia à ce moment-là. En vérité, ils n'avaient commencé à sortir ensemble officiellement qu'en milieu de quatrième année Ouah. 14 ans et rester jusque 16 ans ensemble c'est .... une sacrée longévité. . Et encore, ça avait plus été une injonction sociale qu'autre chose. Mais les sentiments avaient été là au moins. Il aimait sincèrement Othilia qui avait été là pour lui, sans condition, même si elle avait une affreuse tendance à vouloir jouer les Hilda 2.0 quand elle s'y mettait. Ils avaient déjà eu la conversation sur leur orientation plus tôt cette année et elle s'était par exemple rangée du côté de sa tante, arguant que l'art n'allait pas le mener loin et qu'il avait les capacités de faire plus... Il était parti en claquant la porte. En y repensant, il songea qu'il n'aurait peut-être pas dû réagir si excessivement, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Même maintenant, des mois après, il sentit l'agacement monter en lui rien qu'en y repensant.

- Deux ans, répéta sa mère, songeuse. C'est bien... Tu crois que je pourrais la rencontrer un jour ?

- Pourquoi est-ce que tu voudrais la rencontrer ?

- Parce que ta vie m'intéresse ? (Elle haussa un sourcil). Quoi ? Tu as honte de mère ?

- Non, dit-il un peu trop vite, incertain lui-même quant à la véracité de sa réponse. De toute façon, elle a déjà affronté Hilda. Tu ne fais pas le poids.

- Vraiment ? Et elle a survécu ?

- On peut dire ça. Hilda dit qu'elle me distrait et que je devrais arrêter de me préoccuper des filles au lieu de penser à mon avenir. Elle l'a plutôt bien fait sentir pendant tout le dîner et Othilia a déclaré en repartant qu'elle ne voulait plus jamais revenir. Au moins, elle n'a pas pleuré. C'est complètement ironique quand on sait combien Othilia est droite et sérieuse :lol: :lol:

- Une fille forte, apprécia-t-elle. Hilda exagère sur ce point. Je lui parlerai si tu veux.

Il haussa les épaules.

- Ne t'inquiète pas, ça ne me dérange pas.

- Quoi ? Qu'elle n'aime pas ta copine ? s'étonna-t-elle avant de plisser les yeux, suspicieuse. Pitié, ne me dis pas que tu sors avec elle juste pour énerver Hilda ?

- Non, rassura-t-il avec un rictus. Si je voulais vraiment l'énerver, il y aurait des moyens plus efficaces.

- Comme ?

- Sortir avec une Non-Maj'. Ou une femme mariée ! Un mec même ! POUAHAHAHAHAHAHAH

- Noah !

L'air indigné, elle lui donna une tape sur le bras Meuf. Tu vas taffer dans un BAR GAY et il éclata de rire. Pourtant, il n'arriva pas à ignorer le léger malaise qui se diffusa au fond de son esprit, comme un grain de sable impossible à ignorer. Il se demanda si sa mère le soutiendrait vraiment s'il lui annonçait avoir une relation avec une Non-Maj' ou un homme. Il pouvait au moins rayer une femme mariée de la liste pour le moment. Ce n'était même pas de la provocation pour une fois, juste une véritable curiosité. Il ne comprenait pas vraiment les limites que les gens s'imposaient. Il avait toujours aimé les faire exploser de toute façon, les dépasser... Mais il supposait que ce n'étaient pas réellement des limites dont il était question ici. C'étaient des lois. Même si la loi Rappaport qui interdisait une époque le mariage entre sorciers et Non-Maj' avait été abrogée, son poids continuait à peser sur les consciences. Celle sur les Bonnes Mœurs continuait quant à elle d'exister.

Il ne dut pas aussi bien maitriser son expression qu'il l'aurait voulu car sa mère cessa soudain de sourire, sérieuse.

- Eh, tu sais que ça ne changerait rien pour moi, pas vrai ? murmura-t-elle avec gravité.

- Quoi ?

- Si c'était une Non-Maj'. J'ai un rire nerveux

Il sentit son cœur lui remonter dans la gorge. Il n'était pas sûr que ça soit la réponse qu'il aurait voulu entendre. On se doute Noah, on se doute :lol: :lol: :lol:

- Tout ce truc de garder la famille pure que mes parents m'ont inculqué... je n'y ai jamais cru. De toute façon, ils ont déjà de la chance. Avec deux filles, le nom des Douzebranches aurait dû s'éteindre. Finalement, ils devraient être reconnaissant du fait que je vous ai eu hors mariage toi et ton frère.

Il se força à afficher un sourire crispé.

- Ouais sûrement... Mais non t'inquiète pas, je compte rester avec Othilia encore un peu normalement."normalement". J'aime pas DU TOUT la façon dont il le dit ...

Au moins, elle est sang-pure, songea-t-il. Il débattit tout de même avec lui-même pour savoir s'il osait pousser la limite à lui demander ce qu'elle penserait si c'était un gars qu'il ramenait un jour, juste pour voir sa réaction. Il songea à Julian et à leurs mains qui s'étaient rejointes pendant le match... Mais les mots restèrent coincés en lui. Il aimait peut-être jouer avec les limites, mais pas avec les lois. Parce que si sa mère pouvait finir en psychiatrie, lui aussi. Vu les antécédents de sa famille, la communauté magique et les guérimages seraient même ravis de l'y mettre. Oh non, ce sont des considérations qui brisent le coeur et ... Je finirais ça dans un vocal

Ramassant les feuilles et le carnet éparpillés à ses pieds, il se releva brusquement pour éviter de s'attarder sur la question et se retourna vers sa mère.

- On devrait redescendre, suggéra-t-il. Raph' va m'en vouloir sinon de te monopoliser.

- Il n'avait qu'à monter.

- Je suis sûr qu'Hilda le retient prisonnier.

Elle sourit et inclina la tête en accord.

- T'as raison, dit-elle en se relevant à son tour. Allons le délivrer.

Alors qu'elle ouvrait la porte, il déposa tout sur son bureau toujours aussi mal rangé. Son regard s'attarda une dernière fois sur l'esquisse du portrait de Julian qu'il avait réalisé et son ventre se tordit en réponse avant qu'il ne suive sa mère. Il claqua la porte avec un peu trop de force derrière lui.

**************

Verdict ?

ATTENTION : La semaine prochaine, ne loupez pas le retour de ATDM avec le début de publication régulière du tome 3. Il sera publié en alternance avec LHDI.

Prochain chapitre : 8 novembre - chapitre 29
ALORS
J'ai beaucoup craché sur Heather mais comme je l'ai expliqué c'est plus sur sa promesse que sur elle. Je ne peux pas lui en vouloir de ne pas être une mère parfaite, tout le monde n'est pas là pour l'être : mais le fait qu'elle joue les mères parfaites quand elle vient, qu'elle continue de promettre le paradis à Noah qui a foi en elle, ça me brise le coeur.
Et clairement, Hilda devrait faire un meeting avec mes parents sur la pression de l'orientation.

Bref, premier point de vue Noah et il a été très touchant, vraiment. Entre ses débats intérieurs, ses considérations ambivalente sur sa mère, cette discussion aussi crispante que mignonne ... Une grande réussite, bravo !
Cazolie

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Cazolie »

annabethfan a écrit : dim. 07 nov., 2021 1:35 pm Chapitre 29 : Savoir où l'on va Mais non on est déjà au chapitre 29 ??? Je m'ennuie comme un rat mort à l'inspe c'est affreux, puis je suis moins HS après ma sieste alors c'est pire :lol: Bref, merci d'être là :lol:

« Les échanges, les retrouvailles, les souvenirs nous rappellent d'où l'on vient et sont indispensables pour savoir où l'on va »

- Guillaume Musso -


// 7 janvier 1980 //

S'il y avait une chose à laquelle Noah ne s'habituerait jamais, c'était Ilvermorny vidée de ses élèves. Comme chaque vacances de noël, il avait eu une dérogation spéciale pour ne pas avoir à retourner jusqu'à New York et prendre le train alors même qu'il habitait au pied du château C'est vraiment absurde cette histoire (mais pareil pour Poudlard hein - une question de voyage iniatique et d'entrée dans l'univers parallèle c'est ça haha ?). La directrice Hicks consentait à faire un écart pour les petites vacances contrairement à la rentrée scolaire de septembre et il ne pouvait qu'apprécier son bon sens pour une fois. Ce matin, il avait donc fait son sac sous l'œil consciencieux d'Hilda qui l'avait embrassé sur le front avant de partir. Il voyait bien qu'elle se sentait coupable à cause de la visite de sa mère et il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir. Il s'était détourné d'un mouvement sec, ignorant son expression blessée Mais Noaaaah elle essaie d'être sympa !. Raphaël était resté un peu plus longtemps. Techniquement, ils pouvaient revenir au château à n'importe quel moment de la journée : il avait juste choisi le plus tôt possible. Le train qui ramenait les autres n'arriverait pas avant ce soir pour le dîner et en attendant il avait presque Ilvermorny pour lui tout seul ça doit être marrant. Depuis son retour, il n'avait croisé que quelques professeurs – Perrot et Fleming – et William le concierge puckwoodgenie. Le reste des couloirs était littéralement désert. Il pouvait presque entendre ses pas résonner en échos. Ça lui rappelait le bal des fantômes lorsqu'il était monté sur le toit d'Ilvermorny avec Julian pendant que tout le monde était rassemblé dans le parc. Comme si le château leur appartenait et que personne ne pouvait les juger. :cry: :cry: :cry:

D'un coup d'épaule, il ouvrit la porte de son dortoir. Il était lui aussi étrangement figé dans un silence inhabituel, vidé de ses occupants. Pourtant, quelques indices montraient que ses camarades allaient revenir : un tract du Comité des Elèves sur la table de chevet d'Enjolras, la tenue de Quodpot mal pliée de Wilde, des pellicules photos de Liam près de son lit, et des crayons oubliés qui traînaient près du bureau de Julian Et comment tu dessines sans ton crayon rouge?. Par réflexe, il en ramassa un, puis le fit tourner entre ses doigts. D'après l'usure de la mine, il était facile de voir que Julian était gaucher. Il trouvait ça toujours impressionnant la façon dont il tenait ses crayons pour dessiner, comme s'il contorsionnait son poignet pour avoir un bon angle, et il enviait le style que ça donnait parfois à ses œuvres. est-ce que t'as tapé "tenir son stylo main gauche" sur google ?

Distraitement, il attrapa une feuille sur le bureau et se mit à dessiner avec le crayon. Son trait était déséquilibré, le côté de la mine qu'il utilisait ayant été moins éprouvé par la main gauche de Julian, mais il ne trouva pas ça trop gênant. Sans motivation, il se décida à esquisser une caricature. Il n'en avait pas fait depuis longtemps, mais repenser à Julian en train de dessiner, toujours l'air si concentré, l'inspira. Il traça un crayon surdimensionné et prit soin de le faire loucher pour faire bonne mesure, accentuant les angles de son visage et la rondeurs de ses pommettes tout en voûtant sa silhouette pour donner l'illusion qu'il dessinait comme une personne âgée. Il termina en moins de cinq minutes.

Il repensa alors à ce que sa mère lui avait dit. Il dessinait bien. En même temps, elle était sûrement tenue de lui dire ça en tant que mère et elle n'y connaissait pas grand-chose. Il ne pouvait pas se fier à son jugement. Julian en revanche... C'était une chose de s'entendre dire par des gens qui savaient à peine tenir un crayon qu'il avait du talent, mais de la part de Julian... C'était différent. Parce que Julian savait de quoi il parlait. Il savait même mieux que lui, ce qu'il avait du mal à admettre. En réalité, il abordait le dessin avec le même esprit d'analyse que les sortilèges et se révélait donc de la même manière un prodige agaçant. A croire que tout lui venait naturellement. Il comprenait les jeux de lumière, de couleurs et de perspective avec facilité, et Noah avait vite senti ses sentiments passer de la curiosité à l'admiration. Et peut-être quelque chose d'autre... Je trouve ça fascinant chez les gens qui savent dessiner, une amie me fait souvent remarquer qu'un nuage que je trouve gris est en fait plein de jaune, par exemple. Et pour moi c'est vraiment un truc d'artiste ça (t'es allée lire des trucs sur la technique artistique aussi ? :lol: )

Ce quelque chose d'autre aussi était dur à admettreAAAAAH. Il était même dur à nommer tant le sentiment était informe, nouveau, déstabilisant. Il ne connaissait pas Julian depuis longtemps. Il ne le connaissait même pas vraiment. Quelques mois à partager un dortoir ne suffisaient pas à connaître une personne, mais il s'était quand même retrouvé pris au dépourvu par la façon dont Julian et lui s'étaient mis à évoluer en orbite l'un de l'autre. Il y avait quelque chose qui le fascinait chez Julian Shelton. Il pouvait se targuer d'avoir toujours réussi à bien lire les gens qui l'entouraient – c'était ce qui lui permettait d'appuyer là où ça faisait mal quand il le voulait comme avec Hilda, Liam ou Théa – et il avait fini par entrapercevoir l'illusion que Julian présentait au monde : derrière son apparence calme et réfléchie, il bouillonnait d'émotions intenses qu'il tentait de refouler. La colère, la tristesse, l'incompréhension mais pauvre Bichoooon. Perdre sa mère avait dû être un catalyseur à tout ça et pourtant il essayait quand même de ne rien laisser paraître et un jour il va EXPLOSEEEER. Et il ne comprenait pas comment les autres pouvaient se laisser berner. Liam encore, il s'y attendait. Ce gars prenait toute la place et était trop occupé à jouer son numéro de comique dans le but d'oublier la disparition de sa sœur pour remarquer quoique ce soit. Théa était trop centrée sur elle-même, trop égoïste... Aileen, c'était déjà plus surprenant. Elle avait une perception des autres qui frôlait le surnaturel parfois. Peut-être qu'elle laissait simplement faire Julian pour lui laisser du temps et de l'espace. Après tout, il avait mal réagi la dernière qu'ils l'avaient tous acculé au sujet de sa mère décédée.

Mais Noah n'était pas comme ça. C'était peut-être un défaut, mais il n'arrivait pas à laisser les gens prétendre être ce qu'ils n'étaient pas. Et il voulait voir Julian Shelton exploser ah bah super c'est pas très sympa. Il voulait qu'il arrête de se cacher derrière sa façade de grand frère responsable qui ne pensait qu'aux autres. Mais pourquoi il a pas le droit d'être les deux ?

Encore une fois, il avait conscience d'être hypocrite. Doublement hypocrite même. S'il voulait que Julian explose et arrête de se concentrer sur les autres, c'était sans doute aussi pour qu'il commence à se concentrer sur le « sentiment informe, nouveau et déstabilisant » qu'il avait senti naître entre eux depuis le bal des fantômes. Parce qu'il ne voulait pas être le seul à ressentir ça. S'il était seul, il était différent. Il était étrange au même titre que Zack Ledwell. En repensant au visage en sang de son camarade avant les vacances, son estomac se souleva. L'année dernière, il avait passé un peu de temps avec Zack. Il venait parfois regarder les entraînements de Raphaël au stade pour voir ses progrès et Zack était juste venu lui parler alors, est-ce que Zack a tenté une approche ou juste il avait envie de parler avec qqn qui a les mêmes centres d'intérêt ? . Il l'avait trouvé intéressant. Apparemment, Zack aimait la peinture contemporaine. En tant que sang-mêlé, il connaissait bien le monde Non-Maj' et allait souvent voir des expositions avec des amis à lui à Washington. Noah avait trouvé ça aussi étrange que déstabilisant. A cause de la loi Rappaport, les sang-mêlés étaient encore rare c'est trop bizarre ça, ils ont l'air quand même très courant en Grande-Bretagne, particulièrement ceux qui vivaient entre les deux mondes. Pour lui, qui n'avait connu que la petite bourgeoisie sorcière, les expositions d'art dont parlaient Zack avaient paru incroyables. Au fil des semaines, ils s'étaient ainsi retrouvés plusieurs fois, au point où Zack l'avait même invité pendant les vacances chez lui pour qu'ils puissent aller voir la galerie d'art américain du Smithsonian. Noah avait failli accepter. Mais il avait entendu les rumeurs. Avec le recul, il se disait qu'il aurait dû le prévoir. Zack ne cachait pas réellement ce qu'il était. Par Morgane, il appelait la moitié de son équipe de Quidditch « mon chou » ah j'aurais pas cru :lol: constamment, garçons compris. Mais Noah avait toujours bien aimé les gens originaux, il avait tenté de se persuader que ça ne voulait rien dire. Il s'en était mordu les doigts.

Il ne mentait pas à Julian quand il lui avait dit qu'être associé à Zack revenait à provoquer les rumeurs sur soi. Avant qu'il ne comprenne bien comment, plusieurs personnes s'étaient mises à le dévisager, voire à refuser de s'assoir à côté de lui en cours. Othilia, mal à l'aise, lui avait demandé si c'était vrai qu'il connaissait Zack. Et il avait alors compris qu'il ne pouvait pas continuer ainsi. Les Douzebranches étaient assez connus comme ça pour être instables. Il n'avait pas besoin d'être catalogué comme détraqué mental en plus. uuurgh c'est affreux

Du jour au lendemain, il avait donc arrêté de parler à Zack Pauvre Zack il me fait de la peine. Il avait même arrêté de se rendre au stade pour voir Raphaël et son frère lui en avait voulu. Il supposait que c'était le prix à payer pour faire taire les voix multiples et anonymes qui chuchotaient derrière son dos. Il le savait pertinemment : il valait mieux étouffer la rumeur avant qu'elle n'embrase le château. Ilvermorny n'était que le reflet – le microcosme – du monde magique et la rumeur incarnait une communauté sorcière toujours prompte à juger. Ce « on » à la voix désincarnée et sans visage, Noah avait appris à s'en méfier. Il était pire qu'un tribunal. Pire que le conseil des guérimages. Il avait refoulé la connexion qu'il avait commencé à ressentir avec Zack et, progressivement, les voix s'étaient tues. Liam avait arrêté de fermer la salle de bain à double tour, ses professeurs avaient cessé de lui parler sèchement – mis à part Fleming qui n'avait jamais changé d'attitude à son égard – et même Othilia s'était remis à se comporter normalement. Plus personne n'avait posé de questions.

Il se demanda si la même chose allait se reproduire avec Julian. Manfred Sullitzer l'avait déjà dans son collimateur, ce qui n'était pas bon signe.

- T'es déjà là et tu ne prends même pas la peine de me le dire ? fit soudain une voix.

Il ne sursauta pas, mais son cœur manqua un battement.

- Bordel, Othilia... jura-t-il.

- Désolée, je pensais que tu m'avais entendu arriver. J'oublie que je pourrais faire explorer un chaudron près de toi quand tu dessines et que tu n'entendrais rien. (Elle passa le seuil du dortoir). T'es là depuis longtemps ?

- Une heure, même pas... je venais déposer mes affaires. Et toi ? J'avoue qu'est-ce qu'elle fait là ?

- Je viens d'arriver. Mon père voulait revenir tôt au château pour corriger des copies, je me suis dis qu'il y avait des chances pour que tu sois déjà là alors je suis venue avec lui. Ah bah oui gâteau son père est prof haha

Alors qu'elle s'approchait, il s'empressa de poser sa caricature de Julian sur le bureau en reposant un livre dessus. Il se retourna juste au moment où elle arrivait devant lui.

- Qu'est-ce que tu faisais ? demanda-t-elle en essayant de jeter un œil par-dessus son épaule.

- Un dessin comme ça. Pas grand-chose d'intéressant.

- Hum... T'as été voir la potion ?

- Tu veux dire Albert le chaudron ?

Othilia eut un sourire amusé.

- Techniquement, ce n'est plus Albert. On l'a remplacé. Et puis, tu ne l'a même pas connu.

- Pas en état de marche, non, mais il est dans le coin de la pièce à chaque fois que je viens. J'ai l'impression qu'il me suit du regard. Un peu comme une Joconde version chaudron. N'importe quoi hahaha

- Noah, il n'a même pas d'yeux... Elle connaît la Joconde quand même ?

- Tu dis ça parce que tu as peu d'imagination.

Elle roula des yeux. Il se demanda s'il ne s'était pas coupé les cheveux pendant les vacances : son carré blond ne lui frôlait plus les épaules. Dans le doute, il ne dit rien.

- Non, je n'ai pas été voir la potion, finit-il par répondre. Je me disais que tu serais plus douée que moi de toute façon pour voir si tout allait bien.

- Tu sais, tu pourrais t'améliorer en potion si...

- Non ! coupa-t-il. On ne va pas commencer. J'ai déjà eu Hilda sur le dos pendant deux semaines, je n'ai pas besoin de toi en plus.

- Arrête, ce n'était pas ce que je voulais dire... Commence pas. Je posais juste une question sur la potion, c'est tout.

Il se retint de rétorquer. Le ton ferme d'Othilia lui rappelait avec agacement celui d'Hilda, mais il ne voulait pas en plus se disputer avec elle à peine dix minutes après être revenu Un petit syndrôme d'Oedipe ? :lol: . Elle le scruta de ses yeux clairs, perçants, et hésita une seconde avant de demander prudemment :

- Comment ça s'est passé avec ta mère ?

- Lia... AH sérieux c'est son surnom ?

- Ah à ce point... lâcha-t-elle.

Il sourit, ironique. Il avait tendance à l'appeler Lia quand il ne voulait justement pas parler, ce dont elle s'était parfaitement rendu compte. hiiin

- Rien de nouveau, avoua-t-il avec un soupir. Elle va peut-être trouver un travail, mais tu la connais... Elle n'a pas pu venir à noël parce qu'elle était en Californie avec un de ses mecs et c'est toujours tendu avec Hilda qui refuse de nous laisser seuls avec elle.

- On ne peut pas lui en vouloir après la dernière fois.

- Quoi ? Tu crois qu'elle tenterait encore de nous enlever ? Elle n'est pas idiote. En plus, j'ai presque dix-huit ans, ça ne servirait à rien. J'avoue ce serait chelou :lol:

- Je n'ai pas dit qu'elle était idiote. Elle peut juste être... impulsive. Comme toi. (Elle lui prit la main et joua avec entre eux dans un geste mécanique. Il la laissa faire). T'as décidé d'ailleurs ? Ce que tu ferais quand tu seras majeur ?

Il déglutit. Techniquement, il serait majeur en juillet cette année. Il aurait enfin dix-huit, âge de la majorité américaine chez les sorciers, et la justice ne pourrait plus empêcher sa mère de le voir. Il pourrait partir de chez Hilda pour aller vivre chez elle, mais ça signifiait laisser Raphaël derrière, voire prendre le risque de se brouiller avec lui. Ça voulait aussi dire prendre le risque de quitter Hilda définitivement. Dès qu'elle ne serait plus responsable de lui légalement, il n'était de toute façon même pas sûr qu'elle accepte de le garder. Son incertitude dû se lire sur son visage car Othilia le força à croiser son regard. AU PIRE il va vivre tout seul

- Eh, on en a déjà parlé, rappela-t-elle. Même si tu crois qu'Hilda ne voudra plus de toi, je reste persuadée que c'est faux.

- T'en sais rien...

- Noah, par l'amour de Morgane, cette femme t'a littéralement élevé. Arrête de croire qu'elle ne l'a fait que par obligation ! Et parle-lui. Si ça se trouve elle a aussi peur que tu partes à tes dix-huit ans que toi qu'elle te mette à la porte.

Immédiatement, il secoua la tête. Il refusait de demander à Hilda. Ça aurait été avouer qu'il avait effectivement peur de sa réaction le jour où plus rien ne les relierait d'autre que les liens du sang. Où elle se rendrait peut-être enfin compte qu'elle ne n'avait pas à user son énergie avec lui.

- Réfléchis bien, plaida Othilia. Même si tu seras majeur, il te restera une année à faire à Ilvermorny. Tu ne peux pas juste partir de chez elle. Ah mais oui j'avais oublié qu'il avait redoublé

- Je pourrais quand même faire mon année senior en habitant chez ma mère.

- C'est vrai, mais ça serait plus compliqué Boarf, pas vraiment, ils sont internes de toute façon. Là tu vis au pied du château, c'est plus simple. Ta mère n'arrête pas de voyager, elle change d'état sur un coup de tête !

- Et alors ? Justement, ça me fera voir autre chose que cette fichue vallée.

Othilia pinça les lèvres. Elle hésita à nouveau avant d'objecter :

- J'habite aussi dans cette fichue vallée. On ne se verrait plus pendant les vacances... On ne pourrait pas se retrouver en avance comme aujourd'hui en ayant le château pour nous tout seuls.

Une pointe de culpabilité mêlé d'égoïsme le traversa. Il n'avait pas songé à ce détail. A vrai dire, il avait totalement occulté Othilia de ses plans, trop concentré sur lui-même et sa relation aussi bien avec sa mère qu'avec Hilda et avec Julian HEHE. Mais elle avait raison. Habiter tous les deux au Village avait contribué à forger leur couple. C'était même peut-être aussi à cause de ça qu'il avait accepté de sortir avec Othilia au milieu de leur quatrième année : elle était là, tout le temps, comme une échappatoire dès qu'il le voulait. Ces moments volés avaient cimenté leur relation. Mais aujourd'hui, les choses étaient différentes. Il n'était plus sûr de regarder dans la même direction qu'elle. tu vas te faire laaaargueeeer Othilia

- Ca serait juste pour un an, argua-t-il après avoir gardé le silence quelques secondes. Tu vas pas en faire tout un chaudron.

- Je n'en fait pas tout un chaudron, j'aurais juste voulu qu'on en discute avant tous les deux, mais t'as déjà tout décidé.

- Lia, sérieux, ce n'est même pas sûr. Il faut que j'en parle avec ma mère.

- Avec ta mère, mais pas avec moi donc ?

Agacé, il se passa une main dans les cheveux pour contenir sa frustration.

- Par Morgane, on n'est pas mariés, non ? Alors arrête de me prendre la tête sur ça, on verra l'année prochaine. Si t'es revenue en avance pour qu'on s'engueule, c'est pas la peine. T'es pire qu'Hilda quand tu veux et ça te concerne même pas Baaaaaaah un peu quand même. Arrête de vouloir t'impliquer, c'est clairement pas le sujet !

Chaque mot, plus cruel que le dernier, semblait piquer Othilia dont le visage se contractait un peu plus à chaque seconde. Elle ne répondit rien un moment et Noah fut persuadé qu'elle allait l'envoyer balader avant de partir. Il ne savait même pas si c'est ce qu'il espérait en vérité. Finalement, elle parut prendre sur elle et reprit d'une voix posée :

- Pas besoin de te défouler sur moi, tu sais. J'essayais juste d'être rationnelle, chose que tu n'es jamais dès que ça concerne ta mère ou ta tante. Maintenant, si tu n'as pas envie d'en parler, très bien. Mais il faudra bien le faire à un moment, tout comme ton orientation. Parce que Hilda a raison, une école d'art ça va être compliqué et tu...

- Je croyais que tu venais de dire qu'on n'avait pas à en parler ?

- J'ai dit que toi tu n'avais pas envie d'en parler.

Son ton de fille de bonne famille l'énerva encore plus euuuurgh. Il reprit son crayon en main et le serra avec force à tel point que le bois commença à craqueler. Il s'empressa de le relâcher avant de le briser ou Julian aurait sa tête. Pendant une seconde, il se demanda ce que Julian penserait son idée d'école d'art. Est-ce qu'il le trouverait assez doué pour s'engager dans cette voie ou est-ce qu'il lui dirait ce que tout le monde affirmait ? Il aurait des questions très pragmatiques je pense mais il serait pas opposé haha

- Laisse tomber, finit-il par marmonner pour mettre fin à la conversation.

Othilia soupira. Il fit exprès de ne plus la regarder en face, faisant mine de l'ignorer, et elle réagit comme d'habitude : elle abandonna. Au début, ça n'avait pas été le cas. Seule la lassitude avait fini par l'emporter et il s'étonnait encore parfois de cette évolution qu'il semblait être le seul à déclencher chez elle. C'était une attitude d'abandon c'est tristoune assez semblable à celle de ses professeurs, d'Aileen à une époque, et même de son frère. Seule Hilda résistait toujours, mais elle n'était pas le genre de femme à ployer et encore moins à céder.

- C'est bon ? dit-il d'un ton mordant. On peut parler d'autre chose ?

- Comme tu veux...

Elle avait peut-être abandonnée, mais elle était contrariée. Conscient d'avoir sans doute poussé un peu loin, il s'approcha et fit courir ses mains le long de ses bras avant de descendre vers sa taille. Elle plissa les yeux dans une sorte de mise en garde et il s'immobilisa.

- T'as vraiment aucune morale, dit-elle froidement. Quoi ? Tu veux m'amadouer maintenant ? Après avoir fait le Noah Douzebranches que tout le monde déteste ? J'avoue il a rien compris aux filles, c'est bien connu que les contacts physiques sans accord émotionnel c'est un NO GO

- Parce qu'il y en a deux ?

- Tu le sais très bien. Parfois, je me demande si tu ne t'amuses pas à être cruel juste pour voir jusqu'au les autres vont encaisser.

- Avec Théa seulement peut-être...

Elle lui donna une tape sur le bras.

- Je ne rigole pas.

- Désolé, d'accord ? C'est juste que tu me forces à parler des fois alors que j'en ai juste pas envie Bon du coup Othilia a pas tout compris aux mecs non plus, faut pas toujours les forcer à parler haha... Je sais que tu penses à moi, mais tu ne peux pas comprendre, Lia, c'est tout.

- C'est faux.

- C'est vrai. Ton père a toujours été présent pour toi et même s'il est exigeant, il te laisse faire tes choix, il t'accompagne, et Colleen est la belle-mère la plus gentille sur terre : elle m'aime bien, c'est dire. (Il leva le bras pour l'empêcher de l'interrompre, resserrant sa prise sur sa taille de l'autre main). Donc non, tu ne sais pas ce que c'est d'avoir une mère comme la mienne ni d'avoir Hilda comme gardien. Alors arrête, ok ?

Il avait bien conscience de ne pas être juste avec elle, mais il n'arrivait juste plus à supporter tous les gens qui avaient une opinion sur sa situation et particulièrement sur sa mère. Il l'avait dit à Julian : tout le monde jugeait sa mère. L'enlèvement en deuxième année avait marqué les mémoires dont celle d'Othilia. Il ne voulait plus entendre de jugement de personne, ni sur sa famille, ni sur lui, ni sur les personnes qu'il fréquentait.

Pour tenter de détourner l'attention d'Othilia, il l'attira un peu plus contre lui. Elle se laissa faire. Prenant ça pour un bon signe, il se pencha légèrement pour venir déposer des baisers rapides le long de sa mâchoire encore crispée, puis il remonta vers le côté de son visage en accentuant la pression de ses lèvres contre sa peau. Elle se détendit imperceptiblement.

- Si tu veux que je reste, ferme cette porte, murmura-t-elle. Je refuse que William vienne me chasser du dortoir pour conduite inappropriée.

Il étouffa un sourire et s'exécuta en attrapant sa baguette avant de la pointer sur la porte du dortoir. Le battant se referma dans un grincement sec.

- Et voilà, pas de risque de puckwoodgenie en colère...

- Mieux. Maintenant je te préviens, t'as intérêt à faire tout le boulot pour faire pardonner. AH OUAIS ils sont comme ça

A nouveau, il manqua d'éclater de rire. C'était dans ces moments-là qu'il se rappelait pourquoi Othilia et lui s'entendaient si bien : il aimait son esprit d'initiative et son franc parler. D'un geste, il la poussa doucement vers son lit et reposa ses lèvres contre cou.

- Ca peut s'arranger, dit-il en songeant qu'il le méritait. En fait c'est ce que tu voulais depuis le début ?

- Les femmes sont inventives, se contenta-t-elle de répondre, énigmatique.

Il roula des yeux. Et alors qu'ils basculaient tous les deux sur le lit, il plaqua ses lèvres aux siennes avec avidité en se faisant la réflexion que celles d'Othilia étaient familières, rassurantes, bien loin de celles de Zack Ledwell et d'un certain baiser dont il ne voulait plus jamais entendre parler OUUUUUUUUUUUH REVELATIOOOOON... Dont il ne voulait même pas se souvenir.

**

*

Transition sans effort :lol: C'était étrange la façon dont un baiser pouvait paraître familier et étrange à la fois après presque dix jours de séparation. En tout cas, Matthew se faisait cette réflexion alors que Charity l'embrassait, alternant entre une des pressions timides et plus aventureuses, et qu'il se sentait perdre le sens des réalités à mesure qu'ils se rapprochaient.

- Ah Matt, je te cherchais part... Oh Merlin !

Avec un sursaut, Matthew s'écarta si brusquement que son dos heurta la fenêtre derrière lui et il faillit tomber de la banquette. Charity le retint par sa cravate c'est quoi ce rattrapage :lol: au dernier moment et il émit un bruit étranglé, les lèvres encore douloureuses de leur séance de bécotage. Dans l'embrasure du compartiment, Hanna plaquait une main devant ses yeux, les joues rouge.

- Désolée, s'excusa-t-elle précipitamment. Je t'attendais depuis 30min, je commençais à me dire que t'avais loupé le train... Je n'avais pas pensé que tu... enfin... roulais des patins à une fille ?

Elle buta sur ses mots, mal à l'aise, et Charity lissa les plis de sa jupe, le souffle court. Ce fut elle qui arriva à former une phrase cohérente avant lui.

- Pardon Hanna, c'est de ma faute. Je l'ai... intercepté sur le quai de la gare Pouahahahah. J'aurais dû me douter que tu l'attendrais...

- Non, non, pas de problème. Je... je peux repartir...

Gênée, Hanna avait rabaissé sa main et pointait désormais le couleur derrière elle. Un élan de culpabilité s'empara de Matthew et il s'empressa de secouer la tête.

- T'inquiète, entre, entre ! (Il désigna la banquette en face d'eux). J'allais venir te chercher de toute façon. C'est tellement gênant :lol:

Les deux filles le regardèrent d'un même air dubitatif.

- Enfin, je comptais le faire après... corrigea-t-il en se râclant la gorge. Allez viens Faucett. Un trajet de plus en ta compagnie !

- Trop d'honneur. Mais merci.

Hanna entra donc dans le compartiment, visiblement encore déstabilisée par la présence de Charity, et Matthew ne pouvait pas vraiment l'en blâmer. La plupart du temps, elle passait voir ses amies de Serdaigle, mais faisait le trajet jusqu'à Poudlard avec lui et Julian. Au départ des vacances, ils s'étaient tous les deux rendus compte à quel point c'était étrange de ne plus avoir ce dernier avec eux. Il espérait secrètement qu'en ramenant Charity dans le groupe, les silences seraient peut-être un peu moins étirés.

Conscient d'être toujours de travers dans une position étrange, il se remit à sa place et repoussa ses affaires qu'il n'avait même pas pris le temps de mettre dans le filet au-dessus de leur tête au bout de la banquette. Hanna haussa un sourcil.

- Par la garde-robe de Merlin, qu'est-ce que c'est que ce truc ? s'exclama-t-elle.

Il baissa les yeux sur ce qu'elle désignait. En l'occurrence, une boule de laine orange.

- Oh ça ? C'est le cadeau de Julian ! Regarde ! Pas le bonnet T.T T.T T.T

Fièrement, il attrapa son bonnet et le remit sur sa tête. Le pompon se balança devant son visage. Si Charity tenta de faire passer un rire pour une quinte de toux, Hanna afficha son incrédulité plus franchement.

- Matthew, hum, comment te dire ça... ?

- Il est affreux ! lâcha Charity.

- Eh je te permets pas !

- Mais Matt, elle a raison, soutint Hanna. Déjà, le orange c'est dur à porter, mais alors celui-ci... Et puis il ne va pas du tout avec tes cheveux. Pourquoi Julian t'a offert ça ?

Il prit un air embarrassé.

- Ah c'est peut-être parce que... Bon, c'était une blague, mais je lui ai offert un pull aux couleurs de Gryffondor pour noël. Je pense que c'est sa façon de se venger.

- Non ? Tu crois ? fit Charity, moqueuse.

- Je sais, je sais, ce n'est pas le bonnet le plus à la mode de la terre. Mais je l'aime bien ! Simon l'adore, il a pas arrêté de vouloir me le piquer pendant les vacances Bébé T.T. J'ai fini par lui mettre sur la tête mais évidemment c'était trop grand pour lui. Il s'est trimballé avec pendant dix minutes dans le salon à l'aveugle avant que tante Lysandra le libère. (Il grimaça). Elle m'a peut-être un peu engueulé, mais ça valait le coup. Regardez ce mini-botruc. Il est trop mignon à être fan de son petit frère

Il fouilla dans son sac une seconde et retrouva la photo qu'il cherchait. Les deux filles se penchèrent pour mieux voir. Sur le cliché qu'il avait lui-même pris, Simon tanguait sur ses deux jambes, le fameux bonnet orange enfoncé jusqu'au cou sur la tête, l'air perdu. Il manquait même de se prendre la table de la salle à manger.

- Oh le pauvre, roucoula Charity en riant. Je dirais presque le bonnet lui va mieux qu'à toi.

- Pourquoi ? Parce qu'il lui cache sa vilaine tête à lui ?

- Eh ! Ton frère est trop mignon ! objecta Hanna. C'est toi le grand frère indigne.

- Possible.

Sans remord, il haussa les épaules et rangea la photo dans son sac. Il était content d'avoir réussi à la prendre. Au moins, dès que la maison lui manquerait, il pourrait la regarder pour se remonter le morale. Trop amusé par la vision de Simon et du bonnet, il mit une seconde à se rendre compte qu'en face de lui Hanna avait perdu son sourire d'un coup. Il fronça les sourcils.

- Quoi ?

- Rien... Mais du coup, Julian t'a envoyé un cadeau de noël à toi ? Oh nooooooooooooooooooon mais quel boloooosse

Il voyait bien qu'elle essayait de contrôler son expression, mais le ton de sa voix était équivoque. Charity fit mine de regarder ses ongles.

- Il ne me l'a pas vraiment envoyé. Il l'a donné à Leonidas pour qu'il me le donne, c'était plus pratique. Mais il ne t'a pas oublié !

- Je n'ai rien reçu moi...

- Parce qu'il l'a aussi donné à Leonidas. Tiens. AH j'avais oublié haha

Sans cérémonie, il sortit une petite boîte de son sac qu'il avait pris soin de ne pas oublier et la lança à Hanna. Elle la rattrapa par réflexe.

- Il... Il t'a envoyé mon cadeau ? Matt ! Pourquoi tu m'as pas prévenu ?

- Je voulais te faire une surprise !

- J'ai passé les vacances à croire qu'il m'avait oublié !

- Oh arrête, c'est Julian. Il avait sûrement un calendrier épinglé au-dessus de son lit pour pas oublier. euuuh sans doute pas

Hanna lui fit une grimace pour toute réponse et il s'avoua qu'il aurait peut-être pu la prévenir. Depuis le départ de Julian, elle s'inquiétait à chaque fois qu'elle n'avait plus de nouvelles de lui et il aurait dû anticiper son malaise. Heureusement pour lui, l'agacement d'Hanna se transforma en ravissement dès qu'elle ouvrit la boîte. Elle poussa même une exclamation.

- Qu'est-ce que c'est ? dit-il, curieux. Des moufles violettes fluo ?

- Non parce que moi je lui ai offert un vrai cadeau pour noël. Regarde !

Avec un grand sourire, elle leva alors une chaîne en argent bordée de breloques devant eux. Il mit une seconde à comprendre qu'elles étaient en forme d'étoiles, de soleil et de lunes miniatures. Un cadeau parfait pour Hanna et sa passion de l'astronomie. Joliiiii

- Il est jolie, complimenta Charity du ton de la fille qui n'était pas intéressée par les bijoux. Tu veux que je te le mette ?

La proposition parut faire plaisir à Hanna qui accepta avant de tendre son poignet. Matthew fut reconnaissant à Charity de faire un effort avec sa meilleure amie et il admira l'effet du bracelet contre la peau d'Hanna.

- Y'a pas à dire, il sait faire des cadeaux, commenta-t-il. Même si ça ne vaut pas mon bonnet !

- Garde ton bonnet, je garde mon bracelet.

Heureuse, Hanna joua avec les breloques, un grand sourire accroché aux lèvres. Matthew songea que Julian avait effectivement taper dans le mille, mais un malaise étrange s'installa au fond de sa conscience. Le bracelet lui faisait penser au dessin qu'il avait envoyé à Hanna en début d'année pour s'excuser de ne pas lui avoir écrit plus tôt et il ne put s'empêcher de se demander si Julian compensait son manque d'implication dans leur relation maintenant qu'il était parti aux Etats-Unis par des cadeaux. Comme si ces derniers étaient là pour combler un vide.

Brusquement, Charity lui donna un coup de coude pour avoir son attention. Il se tourna vers elle.

- Puisque c'est le moment des cadeaux, tu veux le tiens ? demanda-t-elle.

- Ah oui, le fameux cadeau ! J'ai eu le baiser, maintenant voyons voir ce que t'as trouvé.

Il lui fit un sourire effronté alors qu'elle rougissait, glissant un coup d'œil vers Hanna qui eu l'obligeance d'ignorer sa remarquer. Elle se leva malgré tout et attrapa un long paquet rectangulaire et plat emballé sans grand soin avant de lui mettre sur les genoux, l'air incertaine. Piqué par la curiosité, il passa les mains dessus, comme s'il pouvait deviné ce qui se trouvait à l'intérieur par la force de son esprit.

- Ouvre-le, allez, intima Hanna, impatiente.

- Oui, oui...

Il entreprit de déchirer le papier sans cérémonie. Il sourit dès qu'il découvrit la boîte en-dessous.

- Un scrabble, s'esclaffa-t-il. AH je m'y attendais tellement pas :lol:

- Je me suis dis que ce n'est pas parce que tu n'avais plus ton partenaire de scrabble que tu ne pouvais plus y jouer, expliqua Charity en souriant à son tour. Alors certes je ne remplacerai pas Julian et « son esprit de Serdaigle », mais on pourra toujours faire quelques parties si tu veux...

- Miss Burbage, c'est une excellente idée !

Sous le coup d'une impulsion, il se pencha pour lui voler un baiser. Il le fit même durer un peu plus longtemps que nécessaire et Charity finit par le repousser en posant ses mains sur son torse. spotted Hanna bien gênée sur l'autre banquette

- Merci... souffla-t-il.

- Avec plaisir.

Il essaya de faire passer dans son regard ce que ce cadeau signifiait pour lui. Elle avait raison : elle ne remplacerait pas Julian, mais il appréciait son attention. Le scrabble, ça faisait parti de lui. Il avait appris à y jouer avec son père quand celui-ci avait encore eu du temps pour ses enfants au lieu de travailler d'arrache-pied ; il s'était pris des défaites cuisantes contre Spencer alors que son frère n'avait que six ans avant de déclarer qu'il n'y jouerait plus jamais contre lui ; et surtout il avait passé d'innombrables soirées à parler avec Julian et à refaire le monde avec lui autour d'un plateau de scrabble. Il était prêt à inclure Charity dans ses souvenirs. Plus il s'investit plus je me sens mal pour Charity qui va se retrouver sans lui dans 2 ou 3 ans

- C'est parfait, intervint alors Hanna, je vais pouvoir reprendre mon rôle d'arbitre. Vous faites une partie ?

- Pourquoi pas...

Il interrogea Charity du regard. Elle hocha la tête.

- C'est parti. Mais n'invente pas des mots, Bones, prévint-elle, ou je te jette un sort !

- Noté miss Burbage.

**

*

- Si t'avances pas, Cooper, je te jette un sort ! Je reprends plus tard !

- Deux secondes votre Altesse, je veux juste m'assurer qu'on ne va pas tous exploser en passant cette porte.

- Je ne vois pas pourquoi la potion aurait explosé pendant les vacances, rétorqua Théa. Par contre, si on attend dans le couloir en la laissant surchauffer, là tu peux être sûr qu'on va la retrouver au plafond et on devra la refaire. Encore.

L'argument décida Liam Quel relou Okay je reprends, le moment où j'ai disparu c'est donc quand le délégué a bravement déclaré qu'on voulait partir :lol: . Sans attendre davantage, il ouvrit la porte d'Alberta, leur salle de travail, et Julian s'y engouffra avec les autres comment tu nous balances leurs retrouvailles comme ça là, mains dans les poches. Il avait encore du mal à s'habituer à son retour au château, surtout au fait d'être à nouveau entourer de ce groupe hétéroclite. S'il devait être honnête, leurs retrouvailles avaient été pour le moins étranges : Liam et Aileen étaient venus le retrouver dans son compartiment à la seconde où Charly l'avait planté pour aller retrouver ses amies de Oiseau Tonnerre et étonnement Théa était restée avec eux. Elle était quand même restée sur le bord de sa banquette contre la fenêtre, isolée, mais il supposait que c'était déjà un progrès. La conversation avait de toute façon tourné autour de leurs vacances respectives pour ne pas alourdir l'ambiance déjà pesante. Puis, ils avaient retrouvé Noah et Othilia, déjà arrivés à Ilvermorny depuis ce matin. Julian n'avait pas pu s'empêcher de remarquer la marque rouge sur le cou d'Othilia, bien visible à cause de ses cheveux blonds coupés plus courts qu'avant noël MAIS DIS DONC OULALA ça me rappelle quelque chose. Son estomac s'était contracté et il avait passé le dîner à parler avec Aileen pour éviter de se concentrer sur le couple à sa droite.

Fatigué, il aurait aimé retourner directement au dortoir, mais ils devaient aller vérifier que la potion principale pour le contre-rituel se présentait bien. Il laissa Liam et Othilia s'approcher en premiers.

- Elle est plutôt bien, jugea-t-elle en se penchant au-dessus du chaudron. Peut-être un peu trop pâle, il faudrait rajouter un crochet de serpent et baisser le feu pendant quelques heures, mais sinon ça avance bien.

- Elle sera bientôt prête ?

- D'ici deux à trois semaines, dit Liam. Et elle devra être utiliser dans les deux mois qui suivent.

Julian fit pianoter ses doigts le long de sa jambe.

- Et aucune nouvelle du corbeau ? demanda-t-il.

- Non... Mais Hercules Fischer, le chef des Aurors, est venu nous voir pendant les vacances. On a interrogé des voisins qui étaient là le 4 juillet. Plusieurs personnes se souviennent brusquement avoir vu Emilia partir dans la direction opposée de la maison et certains ont même vu un homme qui l'attendait...

- Tu crois que ça serait lui ? Le corbeau et le kidnappeur ? dit Théa. Heureusement que tu nous rappelles l'enquête de temps en temps, au milieu de tous ces hormones j'ai tendance à oublier

Liam haussa les épaules. Il avait l'air tendu et inquiet, mais personne n'aurait pu lui reprocher.

- C'est probable, mais Fischer n'a pas voulu élaborer devant moi... Il a surtout parlé avec mes parents.

- Et tu ne lui a rien dit pour... tout ça ? demanda Aileen en désignant l'ensemble de la pièce où se déployaient leurs recherches diverses pour traduire les runes, comprendre les couches de sortilèges, et réaliser les différentes potions.

- Non, non, évidemment. Ça pourrait mettre Emilia en danger.

- Incroyable, il est capable de ne pas balancer aux Aurors alors... marmonna Noah, bras croisés. aaawkwaaaard

Heureusement, Liam était trop loin pour l'entendre et Julian lui envoya un regard de mise en garde. Noah se contenta de l'ignorer, mais au moins il n'insista pas.

- On a plus qu'à percer le contre-rituel au plus vite alors, asséna Aileen avec détermination. Mais en attendant pour ce soir, je voulais vous offrir quelque chose. Histoire de fêter quand même noël avec vous et de souder le groupe.

Julian ne s'y trompa pas, elle regarda précisément Noah, Liam et Théa sur la fin de sa phrase. Surpris, il s'approcha quand même. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle leur fasse un cadeau et il sourit alors qu'elle se mettait à distribuer un sachet coloré à chacun d'entre eux.

- Ce sont des bonbons canadiens, expliqua-t-elle en lui remettant le sien. Il y en a au sirop d'érable bien sûr, mais plein d'autres. J'ai été les chercher dans une confiserie sorcière. Faites juste attention Guimauves Pétillantes, elles explosent vraiment en bouche donc mangez-les doucement. Ca a l'air fun !

- Merci Aileen, c'est vraiment gentil, remercia Othilia, l'air touché.

- Avec plaisir. On se plaint toujours de n'avoir rien à manger ici alors voilà...

- Faudrait ramener à boire aussi ! Eh Julian ? Tu peux pas nous avoir du thé en contrebande ?

Il dévisagea Liam, amusé.

- Pourquoi en contrebande ? Tu peux pas en acheter comme tout le monde ?

- Ca serait moins marrant ! J'approuve :lol:

- C'est ça... Bon, j'ai peut-être pas de thé en contrebande, mais j'ai ramené ça. On a qu'à dire que c'est aussi un cadeau de noël.

Il attrapa son sac qu'il avait dû agrandit par magie et en sortit ce qu'il avait été acheter à New York : une collection dépareillée de tasses, de verres, de mugs et de gobelets en tout genre. Il déposa le tout au sol. En les voyant, il s'était dit que ça servirait pour leurs longues heures de travail, mais Aileen avait raison : ça pouvait très bien servir de cadeaux et il fut heureux en voyant les autres sourire. Aaaaaw il est trop chou !

- Bonne idée, apprécia Théa. Ça nous évitera de boire de l'eau dans des fioles à potions !

- Des fioles à potions neuves alors, lança Othilia. Prenez ça comme mon cadeau à moi, mais regardez un peu.

Elle fit un geste vers le matériel à potions qu'ils avaient entreposé sur le côté et Julian se rendit compte seulement maintenant qu'il avait l'air étrangement brillant et neuf contrairement aux vieilleries qu'ils avaient sorti des réserves en début d'année.

- Du matériel digne de ce nom, je crois que je vais pleurer, fit semblant de s'émouvoir Liam. Tu l'as piqué à ton père ?

- Pas vraiment. J'ai juste prétexté vouloir m'entraîner en potions et il m'a acheté un nouveau nécessaire.

- C'est génial. Rien de remplacera Albert bien sûr, mais c'est génial.

D'un même mouvement, ils se tournèrent tous vers Albert qui profitait de sa retraite dans un coin et Julian éclata de rire en voyant que quelqu'un lui avait dessiné une bouche et deux yeux.

- Qui a fait ça ?

- Je plaide coupable, se dénonça Liam.

- T'aurais au moins pu laisser faire Julian ou Noah, rit Aileen. Ils auraient fait des vrais yeux, pas juste des points.

- On peut toujours le faire, dit-il. Je ramènerai un feutre demain.

Il réalisa avec un temps de retard qu'il n'avait même pas demander à Noah s'il était d'accord, mais celui-ci acquiesçait déjà et il fut soulagé.

- Et alors ? s'exclama Aileen. Quelqu'un d'autre à un cadeau improvisé ?

- Il se trouve que oui ! Son Altesse la reine des glaces me faisait de la peine avant les vacances à presque s'endormir par terre alors j'ai acheté ça à la brocante de ma ville. L'intello, va falloir que tu m'aides à défaire le sort de rétrécissement, j'arrive jamais à le lancer... Oh mais oui j'avais oublié !

Julian mit une seconde à comprendre que Liam lui parlait. Ça faisait longtemps qu'il ne l'avait plus appelé « l'intello » et il soupira avant de s'exécuter. De son sac, Liam venait de sortir un canapé en cuir miniature et Théa émit un sifflement appréciateur dès qu'il lui fit retrouver sa taille normale d'un coup de baguette.

- Pas mal, Cooper !

- Ah ne dis pas que je ne fais rien pour toi. Julian, t'es sûr d'avoir bien jeté le sort ? On peut s'assoir dessus sans qu'il rétrécisse d'un coup ?

- Certain.

Il se retint de rouler des yeux pour ne pas paraître arrogant, mais il maîtrisait ce sort depuis sa quatrième année. Liam ne poussa pas plus loin et se laissa tomber dans les coussins moelleux du canapé.

- Ca commence à se meubler un peu, c'est bien, s'enthousiasma Aileen.

- Et Théa et Noah ? Ils ont pas de cadeaux ? On les vire du groupe sinon ! Pouahahah Leur présence est un cadeau voyons

- Liam...

Mais Théa les surprit tous en allant chercher à son tour son sac. Elle aussi avait dû réduire un objet car elle garda le dos tourné le temps de lui rendre sa taille d'origine et Julian resta sans voix en voyant ce qu'elle avait apporté.

- Un cheval à bascule ? s'étonna Othilia.

Sauf que ce n'était pas n'importe quel cheval à bascule. Il le reconnut en une seconde, c'était celui de la chambre d'enfant que Théa lui avait montré pendant les vacances, celui sur lequel Théophilius jouait avant sa mort.Mais non ???

- Je sais que ça peut paraître bizarre, convint Théa, l'air soudain mal à l'aise, mais je tenais à le ramener ici pour donner un peu de vie à la pièce. Pour rappeler aussi que les personnes qui ne sont plus avec nous le sont peut-être plus qu'on ne le pense. Mais c'est triiiste

En prononçant ces mots, elle le regarda une seconde et il sentit l'émotion lui étreindre la poitrine en repensant aux larmes de sa cousine dans la nurserie. Puis, les yeux de Théa glissèrent vers Liam et une certaine entente parut passer entre eux. Julian se fit la réflexion que les mots de Théa pouvaient tout autant s'appliquer à la disparition d'Emilia, comme une sorte de réconfort.

- C'est une bonne idée, articula finalement Liam d'une voix enrouée, toujours assis dans le canapé. (Il retrouva son air amusé en une seconde). On pourra aussi s'assoir dessus pour réfléchir en se balançant. Peut-être qu'on brisera le rituel plus vite grâce à ça.

- Et alors tu me devras toute ta réussite.

- Bien sûr votre Altesse !

Durant l'échange, Noah s'était décalé vers un pan de mur et s'était mis à afficher des feuilles de papiers, parfois froissées ou à moitié déchirées, et Julian s'approcha par curiosité. Il comprit en arrivant près de lui.

- C'est tes caricatures... souffla-t-il.

- Elles traînaient là, autant en faire quelque chose, répondit-il. Comme ça, j'aurais un cadeau pour le groupe aussi.

Julian traça du bout des doigts les différentes feuilles au grain différent. Noah avait saisi plusieurs scènes au cours des derniers jours avant les vacances : Othilia et Liam, perchés sur des échelles immenses à 40m au-dessus d'un chaudron qu'ils observaient au télescope J'adore cette image :lol: ; Théa effectivement à moitié endormie à même le sol avec un réveil matin posé à côté d'elle qui présentait une ressemblance troublante avec Aileen puisqu'il avait des cheveux roux et une feuille d'érable entre ses aiguilles ; ou encore lui-même englouti sous une pile de livres de sortilèges. Il y avait même une caricature d'Albert le chaudron avec une vieille barbe et des rides dans un hamac sur une île déserte, comme s'il profitait vraiment de sa retraite.

Il se retourna et promena à nouveau son regard le long de la salle. Elle lui parut beaucoup plus chaleureuse que lorsqu'il y était entré. Ils sont tellement mignons !

********************************

Voilà ! Plusieurs choses sur ce chapitre : il a trois points de vue, ce qui peut paraître beaucoup, mais j'avais besoin de caser chacune de ses scènes pour montrer différentes choses.

En ce qui concerne Noah, j'ai bien conscience que sa conduite envers Othilia est à la limite du toxique (et si vous n'aviez pas cette impression, je l'affirme: ne vous laissez jamais traiter comme ça par quelqu'un). Donc pas d'inquiétude, j'ai conscience de l'attitude de Noah et c'est fait exprès. Pour moi, on assiste à un couple qui se délite petit à petit et ça passe par ces moments.

Ensuite, pour la scène avec Matthew, je n'ai pas pu m'empêcher de faire une ref à Perri avec bébé Simon parce qu'il me fait fondre haha !

Et enfin la dernière scène était vraiment là pour acter le fait que le groupe se solidifie. Je suis désolée si elle faisait un peu catalogue avec tous les cadeaux mais voilà !

Prochain post : chapitre 30 - 22 novembre
C'est vrai qu'il craint avec Othilia
non c'était très chouette comme chapitre, ça fait plaisir de les voir créer des liens un peu plus importants ! Par contre ça va tellement être le bazar quand il va se passer un truc entre Noah et Julian olala :?

Merci d'avoir agrémenté mon après-midi, chère Anna :lol:
annabethfan

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Eh mais on est déjà lundi ! C'est donc l'heure du chapitre. Encore merci pour vos commentaires sur le dernier chapitre, franchement j'adore lire vos réactions, c'est le soleil de ma semaine en ce mois de novembre haha !

Bonne lecture !


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Chapitre 30 : A l'ombre de nos désirs

« If I fell in love with you

Would you promise to be true

And help me understand

'Cause I've been in love before

And I found that love was more

Than just holding hands »


- The Beatles -


// 18 janvier 1980 //

- JOYEUX ANNIVERSAIRE !

L'acclamation figea Julian sur place, la poignée de la porte encore dans la main. Il ne pouvait pas dire qu'il ne s'y attendait pas, mais il fut quand même pris par surprise et il cligna des yeux une seconde, le temps que sa vision s'ajuste à la lumière brusque. Toute la matinée, il avait entendu Liam et Aileen chuchoter entre eux pendant que Théa prenait la peine d'aller parler à Noah : il ne fallait pas être un génie comme Dumbledore pour comprendre que ses amis préparaient quelque chose le jour de son anniversaire. Son instinct ne l'avait visiblement pas trahi puisqu'ils étaient tous devant lui dans la salle Alberta. Othilia tenait un gâteau dans ses bras et il s'approcha pour mieux voir. Le glaçage prenait la forme de l'Union Jack.

- Comment... où est-ce que vous avez eu ça ? s'exclama-t-il, sonné.

- On a nos combines, répondit Liam d'un air mystérieux sans pourvoir retenir un sourire.

Aileen roula des yeux.

- Disons qu'on sait où sont les cuisines et que les puckwoodgenie qui y travaillent sont sensibles aux élèves dont la maison les représente. (Elle désigna l'emblème de sa maison sur le devant de sa robe). Ils ont accepté de nous faire le gâteau !

- Tu nous excuseras, il est à la fraise, il n'y avait plus goût « thé », lança Théa, goguenarde.

Il s'empressa de secouer la tête, étrangement ému.

- Il est génial ! Merci...

- Attends ! Il faut qu'il souffle ses bougies ! dit Othilia. Noah, allume-les !

A côté d'elle, Noah s'exécuta et donna un coup de baguette sur les bougies. Les mèches s'enflammèrent immédiatement.

- N'oublies pas de faire un vœu, lui rappela-t-il avec un regard entendu.

La lumière des bougies jetaient des petits éclats de lumières sur son visage avant qu'il ne recule pour lui céder la place et Julian mit quelques secondes à détourner les yeux pour se reconcentrer sur le gâteau. Il ne savait pas vraiment ce qu'il pouvait souhaiter... Retrouver Emilia Cooper ? Arriver à percer le contre-rituel ? La fin de la guerre en Angleterre et la chute de Vous-Savez-Qui ? Revoir Matthew ? Il y avait trop de choses. Une pensée insidieuse se glissa même dans son esprit pour souhaiter que Noah et lui évoquent ensemble ce qui s'était passé avant les vacances lorsqu'il lui avait pris la main pendant le match de Quodpot, mais il la rejeta bien vite.

- Allez souffle ! encouragea Liam. Je veux le manger ce gâteau !

Il renonça à arrêter son esprit sur un vœu précis et gonfla ses poumons d'air avant de souffler de toutes ses forces. Les flammes vacillèrent au sommet des bougies, puis s'évanouirent dans un panache de fumée à l'odeur caractéristique. Ses amis applaudirent.

- Joyeux anniversaire Julian ! clama Aileen à nouveau.

- Merci...

- Qui veut découper le gâteau ?

Théa leva la main.

- On est sûr qu'on veut lui confier un couteau ? s'alarma Liam.

- Le gâteau, je le découpe avec un sort coupant, rétorqua-t-elle. Mais donne-moi un couteau et je m'en sers contre toi.

- Julian, ta cousine redeviens flippante !

- Alors laisse-lui la plus grosse part du gâteau, se contenta-t-il de répondre.

Théa parut apprécier sa réponse car elle lui adressa un sourire malicieux qui anima ses traits, notamment son nez retroussé et ses tâches de rousseurs. Il la trouva soudain plus détendue depuis leur retour des vacances de Noël. Sans son éternel air renfrogné, elle se métamorphosait.

Pendant que Liam et Théa se battaient pour couper le gâteau, il se laissa tomber dans le canapé que Liam avait ramené de sa brocante d'hiver et faillit se faire engloutit entre les coussins. Aileen arriva vers lui, enthousiaste, comme si elle absorbait littéralement la bonne humeur ambiante.

- On a un cadeau pour toi, annonça-t-elle d'emblée.

- Un cadeau ? Mais vous n'avez pas besoin... On a déjà eu les cadeaux de noël !

- Noël et ton anniversaire sont deux choses différentes, non ? répliqua Noah en venant s'assoir à côté de lui mais en se perchant sur le dossier du canapé pour le surplomber. Je croyais que t'étais assez intelligent pour le savoir.

Il ignora la pique. Ses vrais amis – comme Matthew et Hanna – se faisaient toujours un devoir de lui offrir deux cadeaux pour distinguer noël et son anniversaire même si les deux dates étaient rapprochées, mais beaucoup de personnes ne prenaient pas cette peine et il avait fini par s'y habituer. Il ne s'attendait pas à ce que le groupe d'Ilvermorny rentre dans la première catégorie.

- C'est Noah qui a eu l'idée, avoua Aileen en sortant un petit paquet de sa poche. On cherchait ce qu'on pouvait t'offrir et il s'est renseigné...

- S'il s'est trompé, toute la faute lui revient ! lança Liam, occupé à répartir les parts de gâteau dans des assiettes en carton.

- Et si j'ai visé juste, tout le mérite est pour moi aussi, répliqua l'intéressé.

Curieux, Julian se saisit du paquet. Il n'était pas bien gros, à peine plus gros qu'un nid de pixies, et il dénoua le ruban avec précaution. Il découvrit une boîte toute simple dont il souleva le couvercle sans attendre. A l'intérieur, dans un socle en velours, reposait une montre au bracelet en cuir marron et au cadran bordé d'étoiles. Entre les aiguilles, une paire d'ailes noires avec un véritable mini sablier étaient peints et se mouvaient dans un geste mécanique pour marquer le passage du temps. Julian reconnut le symbole de Chronos, le dieu romain du temps. Il en resta muet, incapable d'articuler les remerciements coincés dans sa gorge, fasciné par l'objet.

Noah s'agita, impatient, et se mit à expliquer pour combler le silence :

- Apparemment, la majorité sorcière en Angleterre est à dix-sept ans, pas dix-huit, et c'est une coutume d'offrir une montre pour marquer le coup. Alors je me suis dit que même si tu étais aux Etats-Unis, on pouvait appliquer la tradition.

Julian acquiesça. En vérité, c'était une coutume de sang-pur qui s'était répandue et démocratisée, mais avec un père né-moldu et une mère américaine, il ne s'était jamais attendu à la respecter. Matthew lui en avait juste parler parce qu'il avait hâte de récupérer la montre de son grand-père Nicholas, mais sa connaissance sur cette tradition s'arrêtait là. Il n'arrivait pas à croire que Noah ait pris la peine de se renseigner.

- Elle est magnifique, souffla-t-il en traçant le bord de la montre du bout du doigt avant de relever la tête vers Noah. Comment t'as su ?

- Un peu par hasard. Aileen venait de m'écrire pour me demander si j'avais une idée pour ton cadeau pendant les vacances et j'étais en train d'aider Hilda au café. Fleming est passée pendant que Raphaël me balançait des idées à la volée et elle m'a demandé pour qui je cherchais un cadeau, tu sais juste pour faire la conversation en attendant sa commande. C'est elle qui m'a parlé de la coutume. Apparemment, elle a passé l'été en Angleterre, elle accompagnait Hicks en voyage en tant que directrice adjointe. Elle m'a dit qu'elle y avait vécu quand elle était jeune aussi dans les années 50 pour ses études... Donc en vérité, l'idée est plus de celle de Fleming.

Visiblement, ça coûtait à Noah de l'avouer, mais il préférait être honnête et Julian s'imagina la scène : Noah discutant de son cadeau d'anniversaire avec leur professeur de sortilèges qu'il ne portait pas plus que ça dans son cœur. Personnellement, il aimait plutôt bien Miranda Fleming et son impression se renforça devant cette anecdote. Il se demanda s'il l'avait croisé cet été à Londres sans savoir qui elle était. Maintenant qu'il y repensait, la directrice Hicks lui avait effectivement dit qu'elle était en Angleterre pour traiter d'affaires relatives à l'école, comme s'entretenir avec Dumbledore, et ce ne n'était pas étonnant que son adjointe l'ait accompagnée.

- L'information vient peut-être de Fleming, nuança Othilia, mais c'est toi qui a été acheté la montre. Le choix te revient.

- Mais c'était mon argent, toussota Théa sans essayer d'être discrète.

Liam lui envoya un jet de crème pâtissière.

- Eh ! s'offusqua-t-il. Ces choses-là ne se disent pas, votre Altesse. C'est un cadeau commun ! (Il passa son appareil photo autour de son cou avant de le vriller vers lui). Eh l'intello ! Fais-moi un sourire avec ton super cadeau !

Julian sourit d'instinct. Il tenta d'enfiler la montre, mais le bracelet lui glissait des doigts et Noah intervint après sa troisième tentative.

- Laisse, donne-la-moi.

Sans attendre de réponse, il attrapa la montre et lui passa au poignet droit pour l'attacher. Julian se rendit compte seulement à cet instant d'un détail.

- Elle est pour un gaucher, observa-t-il. Tu t'es souvenu que...

- Que tu me donnais des coups de coudes dès que je dessine à côté de toi ? Morgane, ça serait dur à oublier, Shelton.

La remarque n'était pas dite sur un ton méchant, mais elle était assez teintée de l'ironie mordante et familière de Noah pour qu'il sente ses joues s'empourprer. Plus que tout, il n'arriva pas à ignorer le « Shelton », comme un écho à leur conversation dans les gradins du stade où il lui avait fait remarquer que c'était presque étrange qu'il l'appelle Jules devant tout le monde. Noah n'avait plus employé le surnom depuis.

- Et voilà, déclara-t-il finalement après avoir attaché correctement la montre. Cooper, tu peux prendre ta photo.

Dès qu'il s'écarta, Julian ressentit l'absence de son toucher contre sa peau. Il le regretta même. Heureusement pour lui, son attention fut détournée par Liam qui leva son appareil et le flash l'aveugla quelques secondes, comme d'habitude.

- Maintenant le gâteau ! clama Théa.

Elle arriva à leur hauteur, les assiettes ensorcelées lévitant dans son dos. Tout le monde en attrapa une avec bonne humeur. Sa cousine n'avait pas menti : le goût fraise était bien présent et il savoura chaque bouchée en discutant surtout avec Aileen au sujet de son exposé sur Isolt Sayre, la fondatrice d'Ilvermorny. Le professeur Perrot lui avait demandé de le terminer pour la semaine prochaine.

- Et t'as réussi à trouver d'autres sources que sa biographie officielle ? demandait-elle.

- Hum ? Oh oui, dit-il entre deux bouchés de gâteau. J'ai été chercher la retranscription des carnets intimes de sa fille. Il y a plusieurs informations dedans.

- Laquelle ? Rionach ou Martha ?

En plus de ses deux fils adoptifs, Webster et Chadwick, Isolt Sayre avait en effet eu des jumelles du nom de Rionach et Martha issues de son mariage avec James Steward, le co-fondateur d'Ilvermorny, et Julian fouilla dans son sac à ses pieds pour en sortir le livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque. Son marque page dépassait au milieu.

- Martha. Je sais, c'est un choix un peu étrange, les historiens s'intéressent très peu à elle, se justifia-t-il en voyant le haussement de sourcil d'Aileen. Mais ma mère m'a toujours dit que c'étaient justement les sources les plus rares les plus intéressantes.

- Mais Martha... Elle était Cracmol, non ?

La protestation d'Aileen, si typique de la mentalité sang-pur même s'il savait qu'elle ne pensait pas à mal, le fit grimacer. Il lui tendit le livre.

- Je sais, mais regarde par toi-même. Ce n'est pas parce qu'elle était Cracmol qu'elle n'apporte pas un témoignage éclairant sur son époque. Je dirais même que ses réflexions sont presque plus intéressantes que celles de sa sœur. Elle observait tout de l'extérieur, un peu en décalage, et elle était proche de sa mère.

Aileen, l'air sincèrement intéressé, se mit à feuilleter le livre, son assiette de gâteau en équilibre précaire sur son genou. Il la laissa se plonger dans le récit de Martha Steward. A sa gauche, Othilia était perchée sur l'accoudoir du canapé et s'appuyait lourdement sur Noah pour ne pas tomber. Celui-ci dessinait sur son bras d'un air distrait au crayon. Il aurait aimé se pencher pour voir ce qu'il faisait, mais il avait conscience que ça reviendrait à s'immiscer entre eux, et il se détourna, frustré, pour observer la partie d'échecs que se disputaient Théa et Liam.

Apparemment, il n'était pas le seul à se faire battre à plat de couture par sa cousine. Liam manqua d'envoyer valser les pièces en constatant qu'il était échec et mat.

- A chaque fois, grommela-t-il. A chaque fois que j'ai l'impression que je vais enfin y arriver...

- Le fou ne pas bat pas la reine comme ça, commenta Théa d'une voix chantante.

La métaphore était bien trouvée et Julian éclata de rire.

- C'est ça... Je vais aller vérifier que la potion chauffe bien.

Drapé dans son ego blessé, Liam se releva et se dirigea vers le chaudron qui bouillonnait au milieu de la pièce et qui n'avait pas vraiment besoin de lui. Théa eu assez de tact pour ne pas lui faire remarquer et Julian s'approcha d'elle. Elle avisa la nouvelle montre à son poignet.

- Elle te plaît alors ?

- Je l'adore, approuva-t-il. Je ne pensais pas en avoir une, mes parents ne sont pas... n'étaient pas vraiment portés sur les vieilles traditions comme ça. Merci.

- Oh tu sais, je n'ai pas fait grand-chose, se déroba Théa dans un rare accès de modestie. Noah et Aileen s'en sont surtout occupés.

- Mais c'est toi qui a payé...

- En partie. Et c'est l'argent des Grims techniquement. Si on y réfléchit, ton argent.

Le raisonnement était un peu tiré par la baguette, mais il ne releva pas. Elle se mit à jouer avec son ruban rouge, puis demanda :

- Des nouvelles de Leonidas au fait ?

- Une lettre. Il est bien arrivé en Angleterre avec Lysandra et ils vont y rester jusqu'en février normalement.

- Ce n'est pas dangereux ? Avec les mordremorts ?

- Mangemorts, corrigea-t-il en laissant percer une pointe d'irritation dans sa voix. Si, sans doute... Il m'a dit qu'il évitait les lieux à risque comme le Chemin de Traverse ou les abords du Ministère. Il doit gérer les grèves de la British Steel en tant qu'Ambassadeur sorcier... Les rassemblements des ouvriers moldus pourraient devenir une cible pour les mangemorts, mais Thatcher ne veut rien entendre et elle n'est pas prête de plier. C'est stressant pour lui.

Théa cligna des yeux, l'air de ne comprendre à moitié ce dont il parlait, et il retint un soupir. Il supposait qu'il ne pouvait pas lui en vouloir : elle connaissait beaucoup plus la situation politique entre Belva Laker, la Ministre américaine, et Celestina Rappapport, sa principale rivale, mais elle n'avait aucune raison de s'intéresser plus précisément à la situation en Angleterre.

Pourtant, de là où il était, Noah semblait avoir entendu leur conversation car il arrêta de dessiner sur le bras d'Othilia et intervint.

- J'ai lu que le Ministère anglais voulait créer un poste exprès pour gérer les négociations et les échanges entre le cabinet de Margaret Thatcher et celui de Minchum. En plus des Ambassadeurs, je veux dire. Pour que les autres pays ne s'impliquent pas et que ça reste au niveau de l'Angleterre.

Etonné, Julian le dévisagea. Depuis qu'il le connaissait, Noah ne lui avait pas paru être quelqu'un de très intéressé par la politique étrangère et sa soudaine connaissance parut surprendre les autres également. Penché au-dessus de son chaudron, Liam haussa un sourcil.

- Comment est-ce que tu sais ça ?

- Parce que contrairement à toi, je sais lire Cooper.

- Noah, soupira Othilia.

Elle dégagea son bras et le crayon que son petit ami tenait roula par terre, faute de support. Julian le ramassa par réflexe alors qu'il arrivait jusqu'à lui. Il se mit à griffonner distraitement sur le sol avant de répondre :

- Un poste qui ferait le lien entre les deux mondes n'est pas une mauvaise idée, jugea-t-il. Reste à voir si la personne sera compétente. Mais je doute que Minchum reste en place encore longtemps de toute façon. Sa tête va finir par tomber.

Théa lui jeta un regard inquiet et il s'empressa de préciser.

- Pas littéralement ! Enfin quoique... J'espère pour lui que...

- Julian ! appela soudain Aileen d'une voix sourde.

Tout le monde se tourna vers elle. Ses cheveux roux lui cachaient une partie du visage et elle tenait toujours le carnet de Martha Steward entre les mains, penchée en avant alors qu'elle regardait la page sur laquelle elle s'était arrêtée avec intensité.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Julian, viens voir ! Je crois... Je ne suis pas sûre, mais peut-être que toi tu comprendras mieux...

Le ton de sa voix, entre excitation et perplexité, le poussa à se lever pour venir lire par-dessus son épaule. Elle pointa un passage en bas de la page 394 auquel il n'était pas encore arrivé lui-même au cours de sa lecture.

- Là, dit-elle alors que les autres approchaient, poussés par la curiosité. Ça fait des semaines que je cherche dans tous les livres de sortilèges possibles une mention de notre rituel à contrer et je n'avais rien trouvé. Mais là, regarde ce qu'elle décrit... Tu ne trouves pas que... ça y ressemble ?

Le cœur battant plus vite, il se mit à lire avant même qu'elle ait terminée sa phrase.

« Aujourd'hui il pleut et je dois encore rester à l'intérieur alors même que tout le monde est dehors. Je sais ce qu'ils font... Comme d'habitude, je ne peux pas y participer. Le don magique ne m'a pas été attribuée à la naissance et je dois en porter le poids chaque jour, mais certains sont plus difficiles que d'autres. Ceux où Lilith jette son emprise sur la maison sont sans doute les pires. A travers la fenêtre, je ne peux que regarder Mère et Père partirent avec Rionach, Chadwick et Webster pour jeter à nouveau le sortilège. Je sais que le Rituel ne doit jamais être brisé. Il a besoin d'eux pour rester fort, mais moi aussi j'aurais besoin d'eux... Je pourrais au moins aider à écraser les crochets de serpents et la poudre de rose pour la Goutte du Mort vivant. Ou tenir son grimoire à Webster lorsqu'il jette son sortilège Incassable pendant que Chadwick réalise son Charme de Fortification. Ils se battent toujours pour lire les instructions et manquent de se mettre la baguette dans l'œil. Rionach, elle, n'en a évidemment jamais besoin pour venir clore le Rituel avec son Enchantement de Scellement. Elle pourrait au moins donner son sang et ne pas laisser Mère le faire, mais je suppose qu'elle refuse de lui céder la place. Je me demande si je pourrais le faire, moi... Sûrement pas. Tout est question de magie et c'est bien la seule chose qu'il me manque, comme les élèves aiment tant me le rappeler. Je me demande si Rionach sera en charge toute seule du Rituel plus tard. Je suppose que oui, la relique de la langue de serpent doit être protégée. Mais est-ce que je devrais encore la regarder par la fenêtre ? Je ne sais pas si j'en aurais la force... »

Le paragraphe suivant continuait sur le sentiment de solitude de Martha et Julian arrêta de lire. Quand il releva la tête, Aileen l'observait avec espoir et il sentit le même sentiment se répandre en lui. Il attrapa immédiatement un parchemin qui traînait, le crayon que Noah avait fait tomber toujours en main.

- Ok, laisse-moi réfléchir... marmonna-t-il.

- Toi aussi tu trouves que ce qu'elle décrit est proche de ce qu'on est en train de faire ?

- La ressemblance est troublante. Si je comprends tout correctement, elle est en train de décrire un Rituel d'Ancrage.

- Un quoi ? fit Liam, perplexe.

Il releva à nouveau la tête, la pointe de son crayon suspendu au-dessus de feuille, et avisa les expressions de ses amis. Ils attendaient tous patiemment ses explications, une touche d'impatience dans les yeux, et Noah semblait même prêt à le secouer pour qu'il se mette à parler. Il décida de se lever, puis leur présenta son parchemin.

- Un Rituel d'Ancrage, répéta-t-il. C'est assez rare et surtout très compliqué à faire par rapport à d'autres sortilèges de protection. Ça permet de lier quelque chose à un endroit : impossible de le retirer sans avoir effectué le contre rituel.

- Ce qu'on est en train de faire donc ?

- Exactement. Sauf qu'un contre rituel est par essence un rituel à l'envers. Or, le Rituel d'Ancrage est vraiment complexe puisque c'est un des rares à mélanger plusieurs éléments magiques : potion, sortilège, botanique, astronomie, métamorphose... Et surtout, il dépend de celui ou celle qui le jette.

- Comment ça ? Il est aléatoire ? demanda Théa.

- Non, pas complètement non plus. Ça n'existe pas de la magie aléatoire. Disons que le Rituel d'Ancrage a une base commune, mais le sorcier ou la sorcière qui le met en place peut ajouter un détail en plus, comme une sorte de signature.

Une lueur de compréhension s'alluma dans les yeux d'Aileen.

- Une signature comme le sang... ?

- C'est ça ! Ce que Martha décrit, c'est un Rituel d'Ancrage, c'est pratiquement certain. On retrouve plusieurs étapes : le charme de Fortification pour renforcer les défenses magiques autour de l'objet qu'on veut protéger ou garder, un sortilège Incassable pour rendre ces défenses encore plus solides, et un enchantement de Scellement pour « verrouiller » le tout. C'est ce qu'on essaye de défaire avec Théa depuis des mois, mais les trois couches ensemble sont dures à démêler. On n'était pas sûrs des sorts sur lesquels on travaillait, là ça va nous aider à aller plus vite.

- Complètement ! s'extasia Théa. Si on arrive déjà à les isoler théoriquement pour comprendre comment les défaire, ça sera déjà plus simple en pratique !

Liam leva la main comme pour mesurer son enthousiasme.

- Attends, attends ! Personne n'a parlé de pratique pour l'instant. Le corbeau nous demandait juste de déterminer le contre rituel, pas de le réaliser.

- Et si c'était la prochaine étape avant de libérer Emilia ?

Immédiatement, le visage de Liam se ferma. Julian fut à nouveau pris de pitié pour lui. Il savait à quel point Liam espérait retrouver sa sœur au plus vite, mais il lui semblait peu probable que le corbeau se contente de leur demander d'étudier théoriquement le contre rituel. S'il les avait mis sur la piste, c'était pour le réaliser. Et il commençait à avoir une idée de pourquoi la tâche leur revenait à eux, simples étudiants.

Pour éviter toutefois de se laisser distraire par ses pensées qui se bousculaient, il claqua des doigts, réclamant l'attention des autres. Noah eut l'audace de sourire, amusé devant son éclat d'autorité, et il reprit avant qu'il ne puisse lui lancer une pique dont il avait le secret.

- Un Rituel d'Ancrage repose aussi sur plusieurs potions. Elle ne parle pas de la principale dans ce passage, mais c'est généralement un élixir d'Enfermement et c'est précisément ce que Liam et Othilia sont en train de préparer. (Il désigna leur chaudron qui bouillonnait toujours). Notre traduction des runes étaient bonnes !

- Et la Goutte de Mort vivant dont Martha parle ? intervint à nouveau Aileen. Qu'est-ce que c'est ?

Cette fois, ce fut Othilia qui se chargea de lui répondre :

- Un autre nom assez ancien pour désigner un philtre de Mort Vivante. C'est la même chose.

- Mais je croyais que c'était un philtre de sommeil puissant ? Quel rapport avec un Rituel d'Ancrage ?

- Je ne sais pas, ça doit être lié aux sortilèges... ?

Elle l'interrogea du regard en formulant son hypothèse et il s'empressa d'hocher la tête avant d'ajouter l'information sur son parchemin.

- C'est le plus probable, approuva-t-il. Un philtre de sommeil doit aider à dissimuler la présence magique de l'objet que le rituel enferme, ce n'est pas seulement pour les humains selon sa préparation. (Il tenta de visualiser le contre rituel pour mieux l'expliquer et se mit à faire des gestes avec ses mains). Si vous voulez, il faut voir le Rituel d'Ancrage comme une sorte de coffre-fort immatériel pour contrôler quelque chose de puissant et surtout empêcher quelqu'un d'autre de s'en emparer. Les barrières magiques mises en place grâce au Rituel doivent servir à le protéger.

- Et alors c'est quoi ce « quelque chose » ? lança Liam. Elle dit quoi déjà ? Une relique de langue de serpent ? Lilith ?

- La mention à Lilith doit désigner une superstition de l'époque pour parler de l'emprise de la magie noire, supposa Aileen, le nez plongé dans le carnet de Martha. Par contre, la relique de la langue de serpent... Aucune idée.

Noah se pencha pour lui arracher le livre des mains et se mit à tourner les pages.

- C'est peut-être littéral, suggéra-t-il. Peut-être que le Rituel sert à protéger une vraie langue de serpent.

- Et pourquoi ? lui rétorqua Théa avec condescendance. Ça n'aurait aucun intérêt.

- Qu'est-ce que j'en sais moi ? Elle a peut-être des propriétés magiques celle-ci !

- N'importe quoi. Donne-moi ça.

Elle tenta d'attraper à son tour le livre, mais Noah sembla se faire un malin plaisir à le mettre hors de sa portée.

- Douzebranches, grogna-t-elle. File-moi ce livre !

- Je n'ai pas fini de le lire !

- Oh bon sang, arrêtez tous les deux, soupira Othilia. Pour une fois qu'on avance, il faut que...

Julian n'eut pas sa diplomatie. Sans chercher à parlementer avec Noah ou sa cousine, il s'avança jusqu'au canapé et attrapa le livre fermement. La main de Noah se referma sur du vide avec un temps de retard. Il se redressa en repoussant Théa, surpris.

- Jules ! s'exclama-t-il avec colère.

Les sourcils d'Othilia se haussèrent de surprise. Julian, lui, se figea une seconde, partagé entre l'embarras de se voir appeler ainsi devant tout le monde et le ravissement d'entendre Noah utiliser son surnom à nouveau. Pourtant, il ne flancha pas et reprit ses explications comme si de rien était.

- On s'en fiche de ce que garde le Rituel d'Ancrage. Enfin pour le moment, nuança-t-il en devançant la protestation d'Aileen. Ce qui compte, c'est que je crois savoir pourquoi le corbeau nous a demandé de travailler sur le contre rituel.

- Sérieux ? dit Liam. Pourquoi ?

- Parce que si ce Rituel d'Ancrage est le même que celui dont parle Martha – et ça ne serait pas une si grande coïncidence que ça vu leur ressemblance et la rareté de ce genre de protections magiques – alors ça veut dire que le contre rituel sera à réaliser à Ilvermorny. Or, une personne de l'extérieur ne peut pas le faire. Il faut y travailler ou y être élèves. Comme nous.

Il marqua une pause, le temps que ses mots fassent effet, et tous ses amis se redressèrent, soudain plus alertes.

- Mais oui ! s'écria Aileen si fort que Liam tressaillit. Martha habitait Ilvermorny avec sa famille, l'école commençait tout juste à prendre forme puisqu'elle parle des autres élèves. Le château ne devait pas encore être entièrement construit donc ça veut dire que l'objet que protège le Rituel d'Ancrage doit être situé dans la partie ancienne, celle qui était déjà construite l'époque !

Julian voulut objecter, mais Noah fut étonnamment plus rapide :

- Non, ce n'est pas à l'intérieur du château, dit-il en secouant la tête. Martha écrit qu'elle regardait sa famille renforcer le Rituel comme d'habitude « par la fenêtre ». C'était dans le parc.

- Il a raison.

Son approbation parut prendre Noah pars surprise car il tourna à nouveau les yeux vers lui après l'avoir évité à cause du vol du livre. Julian mit un point d'honneur à soutenir son regard.

- Il ne devait pas y avoir grand-chose au XVIIe siècle dans le parc, supposa Othilia. Si on trouve une carte de l'époque et qu'on compare à aujourd'hui, on pourrait déterminer l'endroit...

- On va voir à la bibliothèque, l'interrompit Noah, déjà sur ses pieds. Julian, tu viens avec moi. (Il lui reprit le livre des mains avec vivacité). Vous avez qu'à regarder si Martha dit autre chose sur le Rituel d'Ancrage.

- Mais...

Noah ne laissa pas la possibilité à Othilia de protester : il était déjà à la porte de la salle. Julian ne chercha pas à réfléchir, il lui emboîta le pas et le battant se referma sur le « lâcheurs ! » de Théa. Ils restèrent immobiles quelques secondes.

- Tu voulais vraiment aller à la bibliothèque... ? osa-t-il demander, mal à l'aise.

Un rictus amusé se dessina sur les lèvres de Noah, visiblement fier qu'il ait compris si vite.

- Pas vraiment, on peut sauter cette étape. Il y avait une carte d'Ilvermorny en 1715 au début du livre, j'ai regardé.

- Et alors ? Quel endroit du parc existait déjà ?

Mentalement, il raya de la liste le stade, les écuries et les serres, trop récents pour avoir été là à l'époque de Martha Steward. Il ne restait plus grand-chose. Même si le parc était vaste, il était surtout constitué d'étendus arborées comme à Poudlard et Noah se mit à marcher vers les escaliers qui descendaient vers le hall.

- Un seul élément était déjà là, dit-il par-dessus son épaule. Le rocher.

- Le... ? Oh celui sous lequel se jette le court d'eau ?

- C'est ça.

Dans les pas de Noah, Julian percevait la même énergie nerveuse qui l'habitait à l'instant. Ils stagnaient sur le mystère du contre rituel depuis des semaines et c'était leur première grande avancée, trouvée sur un coup de chance, mais ils voulaient tous les deux en découvrir plus. Ils traversèrent le hall sans s'arrêter, même lorsque Charly et Raphaël les dépassèrent en sens inverse, leur balai sur l'épaule, et il manqua de renverser Clémence Laveau dans sa précipitation.

Le rocher se trouvait au milieu du parc. Julian se retourna pour observer la façade du château quand ils arrivèrent près de lui et il distingua avec précision la partie la plus ancienne de l'édifice, celle qui n'avait dû être qu'une maison en pierre de grès au départ et dont les fenêtres donnaient sur le parc. Martha avait dû se tenir derrière l'une d'entre elles lorsqu'elle observait sa famille renforcer le Rituel d'Ancrage au fil des ans.

Ils longèrent le cours d'eau, à peine un ruisseau, qui serpentait paresseusement en coupant presque le parc en deux. D'après ce qu'il voyait, il devait prendre sa source plus haut dans la montage, près de la réserve indienne, et il terminait donc sa course sous terre, sous le fameux rocher creux. Il fut pris d'un doute en voyant Noah commencer à s'y engouffrer.

- T'es sûr qu'on peut aller là-dessous ? dit-il, yeux plissés pour distinguer le fond sans parvenir à percer l'obscurité. Quelqu'un a déjà essayé d'y aller ?

- On est dans une école remplis de jeunes. A ton avis ?

- Tu veux dire que les gens ont déjà exploré l'intérieur ?

- A peu près tout le monde, oui. Ce n'est pas profond, à peine quelques mètres. Viens, tu vas voir, ça se termine par une source d'eau chaude et une espèce de grotte.

Julian hésita encore une seconde, avisant les parois du rocher, puis se décida. Il s'engouffra à son tour à l'intérieur. L'air y était plus humide, moins glaçant que le vent d'hiver, et il sentit ses muscles se détendre en réponse. Devant lui, Noah avançait comme s'il connaissait le chemin par cœur et il supposait que c'était le cas si tout le monde venait ici régulièrement. Il veilla à accélérer pour ne pas le perdre de vue.

- Mais les profs ne disent rien ? s'étonna-t-il en sentant le sol glissant sous ses pieds. Ce n'est pas dangereux ?

Un court silence suivit sa question et il comprit avant que Noah ne réponde :

- Techniquement, on n'a pas vraiment l'autorisation.

- Un peu comme la sortie à Thanksgiving ? se moqua-t-il.

- Tu commences à comprendre la vie de délinquant, Shelton.

Immédiatement, il retint un grognement agacé, autant face au terme de « délinquant » que l'utilisation de son nom de famille.

- Tu peux arrêter avec ça... grommela-t-il.

- Avec quoi ?

Au ton de la voix de Noah, il sut très bien qu'il avait compris ce qu'il voulait dire mais ne voulait pas le reconnaître. Il donna un coup de pied dans un caillou, frustré.

- Avec « Shelton », précisa-t-il avec agacement. C'est bon, j'ai compris, je t'ai vexé. Mais t'as bien vu la réaction d'Othilia tout à l'heure quand tu m'as appelé « Jules »... C'est bizarre...

- Bizarre pour qui ? Toi ou les autres ?

Le défi sous-jacent qu'il percevait cette fois dans les paroles de Noah, toujours de dos devant de lui, le fit hésiter avant de répondre.

- Je ne sais pas... Les autres, je suppose... marmonna-t-il.

Noah émit un « hum » qui ne voulait rien dire. Il aurait aimé voir son expression, mais le chemin était trop étroit pour qu'ils marchent côte à côte, et il posa sa main à plat contre la paroi rocheuse pour ne pas perdre l'équilibre. S'il basculait sur sa gauche, il tomberait dans le ruisseau qui continuait sa course toujours plus profondément sous terre. Le pente avait beau être douce, il n'aimait pas la sensation d'être sous la surface et le plafond bas n'aidait pas. Noah, qui était un plus grand que lui, devait presque courber la tête pour ne pas frôler la pierre.

- On est encore loin ?

- A peine une minute. Ne me dis pas que t'es claustrophobe en plus d'avoir le vertige ?

- Non, non, pas vraiment...

Il ne mentait pas. Les endroits clos ne l'avaient jamais dérangé outre mesure, mais il ne pouvait pas dire qu'il les appréciait non plus. Il ne dût de toute façon pas vraiment être convaincant car Noah s'arrêta brusquement et il manqua de lui rentrer dedans à cause du peu de lumière qui les entourait. Avant qu'il ne puisse s'excuser, il sentit quelque chose lui frôler la main. Il sursauta.

- Qu'est-ce que tu... ?

- Laisse-moi faire, je vais te guider.

Sa protestation mourut sur ses lèvres alors que Noah entrelaçait leurs mains ensemble, exactement comme le jour du match sous leur cape d'hiver. Aujourd'hui, la sensation n'était pas si différente : l'obscurité se chargeait de les cacher cette fois-ci, comme s'ils franchissaient une limite interdite qui ne devaient être vue par personne à part eux. Il avait l'impression que sa main le brûlait tant ses perceptions se réduisaient à la peau de Noah contre la sienne et à sa prise ferme.

L'un derrière l'autre, ils se remirent à marcher, liés par leurs mains jointes. Julian avait l'impression que son cœur avait doublé de volume et qu'il prenait trop de place dans sa poitrine... A moins que ça ne soit celle-ci qui ait rétrécie sous le coup de l'émotion. Il ne savait même plus s'il voulait lâcher la main de Noah ou s'y agripper plus fermement, coincé dans un entre deux étourdissant.

Finalement, au bout d'une minute qui s'étira horriblement, ils arrivèrent au bout du chemin. Le rocher se terminait par une grotte au plafond en forme de coupole. Le sol, en inversé, avait la même forme mais contenait une sorte de petit lac qui devait faire la moitié du hall d'entrée d'Ilvermorny, assez large pour qu'il ait du mal à voir l'autre rive de là où il se trouvait. Tout autour de l'eau, un rebord en pierre était préservé et il devait être possible d'en faire le tour facilement.

Julian scruta les murs, tentant de repérer un indice ou un quelconque signe qui rappelle le Rituel d'Ancrage, mais il faisait trop sombre pour qu'il distingue quoique ce soit. Et surtout, il n'arrivait pas à se concentrer sur autre chose que Noah qui lui tenait la main par Merlin...

- T'arrives à voir quelque chose ? demanda-t-il, la voix enrouée.

Il aurait voulu disparaître sous terre tant il devait paraître ridicule, mais il supposait qu'il y était déjà d'une certaine façon.

- Pas vraiment... Attends, on peut... Lumos !

La lumière de sort surgit, brusque et crue, et Julian ferma les yeux par réflexe le temps de s'habituer. Quand il les rouvrit, il put distinguer Noah comme en plein jour, si proche de lui qu'il recula instinctivement. Leurs mains se détachèrent et il laissa retomber son bras le long de son corps.

Ils se contentèrent de se faire face, silencieux. L'atmosphère était étrange ici, presque éthérée. Ils étaient coupés du monde et du reste d'Ilvermorny, personne ne pouvait les atteindre, et Julian eut l'impression de ressentir la fascination qu'il éprouvait depuis sa rencontre avec Noah exploser. La gorge sèche, il déglutit.

- Qu'est-ce qu'on fait là... ? souffla-t-il.

La question englobait tant de choses. Qu'est-ce qu'ils faisaient sous ce rocher, juste tous les deux, alors que tout le groupe aurait pu les accompagner ? Est-ce qu'ils allaient réussir à trouver quelque chose en rapport avec le Rituel d'Ancrage que décrivait Martha et sur lequel ils s'acharnaient depuis des semaines ? Qu'est-ce qui se jouait entre eux chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls ?

Parce qu'elle était là l'ambiguïté. Pour Noah, rien ne semblait être sérieux : tout était un jeu, un défi à relever, une limite à dépasser. Il ne doutait de rien, à part peut-être qu'il y laisserait sa peau en essayant, et Julian ne s'était jamais reconnu dans le rôle de suiveur, mais il découvrait que pour ce genre de personnes, il était prêt à braver les interdits lui aussi.

- On ne fait rien, objecta Noah, les épaules tendues. On n'a rien fait.

Le « pas encore » implicite était si prégnant qu'il aurait pu le prononcer. Julian se mit à pianoter du bout des doigts contre sa jambe dans un geste nerveux.

- L'autre jour, avant les vacances... Pendant le match... ?

- Je pensais que tu ne voudrais pas en parler.

- Tu ne m'as pas demandé.

Noah le dévisagea. Une émotion indéchiffrable passa sur ses traits et il se mit à marcher, examinant les murs avec un intérêt feint. Julian le regarda faire, toujours figé sur place. A un moment, il se baissa et déposa sa baguette à terre de manière à éclairer toute la grotte, puis il se pencha vers le lac pour y tremper sa main.

- Viens voir, dit-il avec un mouvement de tête. L'eau est chaude. Je t'ai dit, elle prend sa source dans les montagnes et elle est glacée pendant tout son parcours, mais il y a une source de chaleur ici, encore plus profondément, et elle se réchauffe.

- Ca n'a rien à voir avec le match...

- Viens, allez.

Agacé, Julian obtempéra. Il se baissa à son tour et plongea sa main dans l'eau. Il faillit la retirer immédiatement : il ne s'était pas attendu à ce qu'elle soit si chaude, presque comme l'eau d'un bain. Noah sourit, amusé.

- Tu vois, dit-il, l'air fier de lui.

- C'est pas mal, admit Julian. Pas étonnant que les élèves viennent aussi.

- Oh ils viennent pour autre chose. (Cette fois son sourire se fit plus équivoque). Et ça fait tout autant monter la température tu me diras.

Le sous-entendu le frappa avec force et il sentit ses joues s'embraser. Il aurait dû s'en douter. Un endroit comme ça était aussi idéal que les placards de Poudlard. Priant pour que la lueur de sort ne soit pas assez forte pour que Noah distingue la rougeur de son visage, il répliqua sans prendre la peine de réfléchir :

- Et c'est pour ça que tu m'as emmené ici ?

- Ça dépend, riposta Noah, est-ce que c'est ce que tu voudrais ?

Merlin, le jeu prenait une pente glissante... Julian avait l'impression d'étouffer désormais.

- T'as vraiment aucune subtilité, lâcha-t-il, incrédule.

- Quoi ? Tu voudrais de la subtilité ? Je me suis trompé sur... ce qui se passe ?

Pendant une seconde, Noah eut l'air presque prêt à reculer, pris en faute, et il savait qu'il n'avait qu'à faire cesser l'ambiguïté entre eux et à mettre les choses au clair pour que le jeu cesse. Pourtant, il savait que s'il faisait ça, il perdrait Noah. C'était certain. Le début de relation fragile qu'il avait noué autour du dessin et de leur mère absente se fracturait et Noah se mettrait à agir avec lui comme il agissait avec tout le monde.

- Je ne sais pas... murmura-t-il. Je ne suis pas sûr de tout comprendre. Pendant le match, tu... tu m'as pris la main, pas vrai ?

- C'est toi qui le dit.

Il contracta la mâchoire de frustration. Rationnellement, il comprenait pourquoi Noah préférait rester vague. Ce n'était pas un sujet sur lequel on pouvait parler ouvertement et son cours de Droit magique lui brûla la mémoire : « L'homosexualité est désormais considérée comme un trouble mental par le Conseil National des Guérimages ». Il devait effectivement être détraqué avec le genre de pensées qui lui tournaient dans la tête à cet instant, face à face avec Noah. Il aurait voulu ignorer la force dans sa poitrine qui le poussait vers lui, qui faisait dévier ses yeux vers ses lèvres...

- Oui, je t'ai pris la main, reconnut soudain Noah et il s'empressa de redresser son regard, le cœur battant. Mais tu ne me l'as pris en retour... non ?

- Si...

L'aveu était sorti en une seconde, impossible à retenir. Noah parut soulagé.

- Alors ? insista-t-il en voyant qu'il n'ajoutait rien. Ça voulait dire quoi ?

- Honnêtement... ? Je ne sais pas si tu veux le savoir. Morgane, Jules, c'est interdit...

Le fait qu'il reconnaisse l'interdiction de ce qui était en train de se jouer entre eux lui fit l'effet d'un coup de poing. Il déglutit à nouveau avec difficulté.

- Je croyais que c'était parce que c'était interdit que t'aimais briser les règles ?

- En partie... admit Noah en passant une main dans ses boucles noires, agité. Mais ça a peut-être aussi un rapport avec toi.

- Moi ?

- Tu veux vraiment me le faire dire, hum ?

Oui ! voulut-il crier. Il voulait que Noah pose les mots qu'il était lui-même incapable de trouver pour désigner ce qui se passait, là, maintenant. Ses jambes commençaient à protester à force de rester baisser près de l'eau si longtemps, mais il n'osait pas bouger. Il ne voulait pas que Noah se dérobe, ni se donner la possibilité à lui aussi de le faire. Autour d'eux, les lueurs en clair-obscur plongeaient la grotte dans un univers en dégradé qui suspendait le temps et découpait le profil de Noah en deux. Ses boucles noires prenaient des reflets presque gris à cause de la lumière crue. Sur le sol dansaient des tâches et des ombres qui se mêlaient à chacun de leur mouvement et, le souffle bloqué par l'attente, il se concentra sur le lac rendu brillant par endroits, comme s'il scintillait, perlé de centaines de cristaux de lumière.

- Jules, sérieux, soupira Noah après quelques secondes. Si tu ne te barres pas maintenant, je vais faire quelque chose qu'on va regretter...

- Quelque chose comme quoi ?

C'était une provocation. Il savait très bien ce dont Noah parlait et il baissa encore une fois les yeux vers ses lèvres entrouvertes, paralysé. Il aurait voulu que Noah se décide à combler la distance entre eux, juste pour connaître la sensation qu'un baiser avec lui aurait. Il en mourrait d'envie par Merlin. C'était comme si son cerveau n'arrivait plus à lui rappeler les raisons de refuser.

- Arrête de poser des questions stupides, Jules, s'exaspéra-t-il. Si tu veux dire un truc, dis-le toi-même.

- Mais c'est justement le problème ! Je... je ne sais pas... Ca fait des semaines que ça dure... Tu...

Les mots s'emmêlèrent, se bousculèrent, trébuchèrent... Il inspira un souffle haché, déboussolé, et tenta de réajuster sa position, la jambe douloureuse. En un instant, il sentit le sol se dérober sous lui et il battit des bras avec déséquilibre. Un éclair de surprise passa sur le visage de Noah. Il tendit le bras et sa main se referma sur son poignet au moment même où Julian sentit l'eau lui mordre la jambe et il laissa échapper une exclamation de surprise.

- Merlin, jura-t-il.

- Bon sang, qu'est-ce que tu fous ?

- Je prends un bain de minuit, ça se voit pas ? répliqua-t-il, acide, toujours incapable de retrouver son équilibre, une jambe dans l'eau et l'autre encore posée de façon étrange sur le rebord.

- Il est même pas quinze heures.

La réponse de Noah, goguenarde, alluma une étincelle de rébellion en lui. Il plongea sa main libre dans l'eau et lui envoya une éclaboussure en pleine figure. Noah recula instinctivement.

- Bordel Jules !

Dans son mouvement, il l'avait évidemment lâché. Julian aurait dû le prévoir. Sans ancrage, il perdit complètement l'équilibre et, en une fraction de seconde, il bascula en arrière avec horreur. L'eau se referma sur lui. Le lac sous-terrain devait être profond car il ne sentit aucun fond sous ses pieds et il battit des jambes pour crever la surface, avalant une goulée d'eau au passage. Il se mit à tousser en même temps que Noah éclatait de rire.

- Tais-toi, gronda-t-il, mort d'embarras en rejoignant le bord à la nage.

- Oh Morgane, je n'ai jamais autant voulu que Liam et son appareil photo soit là !

- C'est ça... Aide-moi à sortir de là !

Mortifié, il s'agrippa au bord et la pierre s'enfonça douloureusement sous ses paumes. Au moins, l'eau n'était pas désagréable. Elle était même tiède et l'enveloppait dans une chaleur réconfortante qui lui collait à la peau tout autant que son uniforme trempé. Le surplombant depuis la berge, Noah continuait à rire.

- Y'a pas à dire, Shelton, tu sais briser une ambiance, s'amusa-t-il.

- Noah...

- Elle est bonne au moins ?

Dans un coin de son esprit, Julian se dit que Matthew aurait trouvé une remarque de mauvais goût à sortir dans ce genre de situation, comme « moins bonne que ta mère », mais il n'était pas prêt à faire pareil.

- T'as qu'à venir, tu le sauras, répliqua-t-il avec ironie en battant des bras pour se maintenir à la surface. Sérieusement, ce n'est pas drôle, aide-moi à...

Il s'étrangla tout seul. Noah avait visiblement pris la plaisanterie acerbe pour un vrai conseil et se débarrassait de sa cape, une lueur triomphante dans le regard. Il n'eut pas le temps de protester que Noah s'était déjà replacé au bord du lac avant de se laisser glisser dans l'eau avec un légère pression des jambes. Il disparut sous la surface une seconde. Julian le regarda faire, incrédule, et se débattit un peu plus à cause des vagues que son entrée dans l'eau avait entraîné.

Il se mit à lui crier dessus dès que Noah émergea à nouveau, ses boucles noires plaqués contre son front.

- Mais qu'est-ce que tu fous toi ? invectiva-t-il, à moitié sonné. T'es complètement fou ! On devait chercher des indices du Rituel et toi tu...

- Milles gorgones, Jules, arrête de penser deux minutes ! Profites !

- Profites ? De quoi ? D'être tombé dans un lac tout habillé ?

- Si tu ne veux pas de tes vêtements, ça peut s'arranger.

Il manqua d'avaler une nouvelle goulée d'eau sous le coup de la surprise. Les yeux écarquillés, il mit trois battements de cœur affolé à comprendre que Noah ne faisait que se moquer de lui alors qu'il éclatait de rire. Julian sentit son embarras remonter en flèche. Plus que tout, leur conversation avant leur baignade improvisée lui revint brutalement en pleine face et il se retrouva sans voix. Noah parut percevoir son changement d'attitude car son sourire s'effaça lentement.

L'atmosphère se chargea d'ambiguïté à nouveau, encore plus forte que tout à l'heure. Julian ne voulait même plus mettre le rythme erratique de son cœur sur le compte de l'adrénaline qui l'avait envahie à cause de sa chute. L'envie était revenue : elle courrait dans ses veines, lui hérissait la peau et pulsait au creux de sa poitrine. Il en avait la tête qui tournait.

Incapable de se retenir, il se laissa dériver vers Noah qui le rejoint dans une brasse empressée. Ils s'accrochèrent l'un à l'autre pour se maintenir à flot. Littéralement.

- Jules...

Son nom sembla résonner en écho, comme un secret chuchoté, contre les parois de la grotte. Noah était partout, pareil à l'eau qui l'entourait : il lui tenait les épaules et entremêlaient leurs jambes sous la surface, là où personne ne pouvait voir leur proximité, ni leur corps portés par le courant, si proches l'un de l'autre qu'il pouvait sentir chacun de ses mouvements. La pression qui lui oppressait la poitrine était devenue douloureuse... Il avait envie de quelque chose dont il n'avait jamais eu envie auparavant.

Il ne devait plus réussir à maîtriser son expression, ni le désir qui l'habitait, car Noah le dévora soudain du regard et un long frisson lui remonta la colonne vertébral. Et alors enfin...

Noah combla la distance qui les séparait, à peine un souffle moite entre eux. Ses lèvres se posèrent sur les siennes, hésitantes et fermes, presque brûlantes à cause de la chaleur qui ne cessait de l'envahir par vagues littérales, ballotant son corps et ses émotions dans tous les sens. Il avait l'impression que l'apesanteur n'avait plus aucune prise sur lui... C'était le cas dans un sens. Il ne pesait plus rien dans l'eau et Noah n'eut qu'à descendre sa main autour de sa taille pour les rapprocher un peu plus, leurs hanches s'entrechoquant ensemble.

Ils perdirent le rythme une seconde, incapable de se maintenir au-dessus de la surface en s'embrassant, et Julian ressortit à regret une main de l'eau pour se tenir au bord, les ancrant dans une étreinte plus stable. Noah fondit à nouveau sur ses lèvres.

La sensation était grisante. Elle lui volait son souffle et ses pensées. Ses perceptions se réduisaient à Noah qui était partout autour de lui, dont les lèvres se mouvaient contre les siennes, réclamant l'accès à sa bouche dans un désir mêlé d'envie. Il émit un bruit de gorge et la prise de Noah se resserra contre sa hanche alors qu'il penchait un peu plus la tête, accentuant la ferveur de ses lèvres. A cause de leur instabilité, ils faillirent repasser sous l'eau, mais Julian força sur son bras pour les ancrer au bord. Ils reprirent leur souffle une seconde, puis il réclama à nouveau la bouche de Noah, humide et chaude, peu familière mais si enivrante.

Julian n'avait jamais brisé aucune règle de sa vie... Mais si transgresser la loi faisait cet effet-là, alors il voulait bien finir emprisonné pour le restant de ses jours. C'était impossible que des gens aient décidé que ce qu'il était en train de vivre n'était pas moral.

Et il savait qu'il faudrait un jour retourner à la surface : pas celle de l'eau, celle au-dessus de la terre, au-dessus du rocher, là où l'attendaient la réalité prête à le juger pour le crime qu'il venait de commettre. Mais pour l'instant, il embrassait Noah Douzebranches et il ne voulait penser à rien d'autre.

**********************************

Alors ? Vous l'aviez vu venir ça ? *rire diabolique*

Bon plusieurs choses sur ce chapitre :

- Le début avec l'histoire familiale de Isolt Sayre est canon : elle avait bien deux fils adoptifs et deux filles biologiques avec son mari. L'une d'elle, Martha, était Cracmol.

- Le Nolian maintenant ! Le premier baiser peut paraître prématuré, mais j'ai plusieurs justifications à cela. Le Nolian n'est pas le Simoria déjà, je ne pouvais pas attendre 3 tomes pour entamer la relation mouahaha. Julian et Noah, avant d'avoir une connexion plus sentimentale/mentale, ont une attirance physique indéniable. C'est une sorte de fascination qui s'exerce depuis des mois et qui se concrétise aujourd'hui. Ca ne veut pas dire que le chemin n'est pas encore long pour eux... Croyez-moi ! Ce baiser n'est pas une mise en couple, mais la mise en branle d'un processus entre eux. Après, ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas fangirler haha !

- J'espère que ce chapitre n'aura pas été trop confus pour vous... ? Les explications du début sur le Rituel d'Ancrage peuvent un peu embrouillés, j'en ai conscience, mais j'ai essayé d'être le plus claire possible. Quant aux dialogues entre Julian et Noah, je suis restée volontairement floue : aucun n'arrive à poser les mots ou ne veut être celui qui arrêtera de tourner autour de la vérité, d'où l'aspect un peu décousu peut-être. Est-ce que ça a été quand même pour vous niveau compréhension ?

- Et enfin je vous jure que le coup du "ils plongent dans l'eau" a été écrit avant le fameux chapitre de Perri sur le Simoria, genre quand on a découvert qu'on avait fait un peu la même chose on étai morte de rire. L'Hydre en action haha !

Prochain post : chapitre 31 - lundi 6 décembre
mythik

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par mythik »

Salut !!

J'ai lu l'extrait de chanson au début et je me suis dit "c'est bon, ça va ENFIN arriver, ils vont se rendre compte qu'ils sont amoureux". Et c'était TRROOOOOP bien !!!! Bon sang, Ju' est trop doué pour casser l'ambiance, mais c'est tellement drôle et mignon à la fois (oui, je fangril là :lol: ). Ils sont trop chou tous les deux dans le petit lac, tout le monde lâche son petit sous-entendu (vraiment Noah ? Tu veux voir Ju' sans vêtements ? Je suis sure qu'on peut arranger ça :twisted: ). Et la fin :mrgreen: Oh joie, oh bonheur !! ENFIIIIIIN !!!! J'ai hâte de savoir comment ça va avancer dans la suite (vous les voyez les moments gênants dans le dortoir ? :lol: :lol: ). Et j'ai un peu de peine pour Othilia, la pauvre quand elle va apprendre ça...

Bon sinon, sur le reste du chapitre :
- La montre a l'air trop trop belle !! Je veux la même ! En tout cas, c'était une super idée et une super attention de la part des amis de Ju'. Et Noah s'est même donné la peine d'en trouver une pour gaucher :o

- J'ai adoré comment tu mélanges les événements de la société sorcière (la guerre contre Voldemort) avec ceux de la société Moldue (Thatcher). C'est vraiment bien pensé !

- La partie sur le Rituel d'Ancrage était trop bien, j'ai adoré le lien avec Martha et els sous-entendus à la baguette de Salazar Serpentard


Hâte d'être le 6 décembre !! :D
Quetzalbleu

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAALKDFNVKLDSJBVEQUIVKBEVI KBE VESIKVJ BEIUVMKESJBVE VIQKJFBDS IVLDCBDS VILDS/VDB VDFHLVBDS VIUDSMEBF IUESJVKMDBV IUDSF JE DECEDE JE MEURE DE VIS JE REPSIRE PLUUUUUUUUUUS J'AI TELLEMENT ATTENDU AAAAA OH MON DIEU

j'ai retenu ma respiration pendant trop longtemps j'ai limite des vertiges là, et - wait AEDFQOVNLKDFUVCESNVI MFKV EZNMVF NSQUIVMJ/DFN FILVSNVIMS/ NFVMLKEZNV IUM/.HGENZODI¨VMLESNV ILJKDVBQZE ISVKJLH IUVL

caaaaaaalme.

zen.

(non) (mais gardons les apparences)

J'ai envie de quote la moitié du chapitre pour juste... hurler, mais ça ne serait pas très constructif donc je vais te l'épargner haha :mrgreen: :mrgreen: BREF la tension était en train de me tuer, et je ne savais pas si tu allais enfin nous donner LA scène ou si j'allais encore devoir souffrir quelques chapitres de plus. Et bon sang. J'ai l'impression d'avoir accompli le but de ma vie alors que c'est une fiction bahaha
Le slow burn me TUAIT littéralement, les jeux de regard BRRRRRRR je dépérissais.
par exemple ça:
Pour éviter toutefois de se laisser distraire par ses pensées qui se bousculaient, il claqua des doigts, réclamant l'attention des autres. Noah eut l'audace de sourire, amusé devant son éclat d'autorité, et il reprit avant qu'il ne puisse lui lancer une pique dont il avait le secret.
Julian n'eut pas sa diplomatie. Sans chercher à parlementer avec Noah ou sa cousine, il s'avança jusqu'au canapé et attrapa le livre fermement. La main de Noah se referma sur du vide avec un temps de retard. Il se redressa en repoussant Théa, surpris.

- Jules ! s'exclama-t-il avec colère.

Les sourcils d'Othilia se haussèrent de surprise. Julian, lui, se figea une seconde, partagé entre l'embarras de se voir appeler ainsi devant tout le monde et le ravissement d'entendre Noah utiliser son surnom à nouveau. Pourtant, il ne flancha pas et reprit ses explications comme si de rien était.
la tension était trop importante, je devais presque me rappeler de cligner des yeux.

Et puis après toutes les provocs et les sous-entendues et ENFIN la Discussion puis la Scène AAAAAAAAAAAAAAAAAA help me
bref t'es la meilleure, maintenant il faut que j'aille prendre une tisane pour me calmer les (hormones) neurones
Bff47

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Oh je m y attendais pas du tout ! Mdr, le premier baiser dans l'eau, c est la base !! J ai adoré ! Et j ai trouvé la conversation avant super bien faite et realiste. J ai bien aimé que ce soit Julian qui "insiste" alors qu il a jamais transgresse de règles avant et que Noah qui a l habitude soit plus réticent (même si c est Noah qui l à embrassé en premier, c est comme ça que je l ai ressenti en tout cas). Vraiment c était bien fait, bravo à toi, j ai vraiment hâte de lire la suite. J aime beaucoup ce couplé, ils ont une belle alchimie, complémentarité. Beaucoup de tendresse pour l autre, vraiment je suis fan !
Cazolie

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Chapitre 30 : A l'ombre de nos désirs
Ilverhorny le retour
- JOYEUX ANNIVERSAIRE !
OUUUUUUUUUH
il ne fallait pas être un génie comme Dumbledore pour comprendre que ses amis préparaient quelque chose le jour de son anniversaire
1) cette référence pouahhaha
2) Ils sont trop cute !
Il s'empressa de secouer la tête, étrangement ému.
En même temps c'est hyper mignon !
, mais il la rejeta bien vite.
J'avoue que c'est un peu nul comme voeu MAIS ce serait bien qu'ils en parlent 8-) 8-) 8-)
- Alors laisse-lui la plus grosse part du gâteau, se contenta-t-il de répondre
On avait dit trois parts Obélix
- C'est Noah qui a eu l'idée, avoua Aileen en sortant un petit paquet de sa poche. On cherchait ce qu'on pouvait t'offrir et il s'est renseigné...
Tellement attentionné ce garçon :')))
à peine plus gros qu'un nid de pixies,
C'est peut-être ça
A l'intérieur, dans un socle en velours, reposait une montre au bracelet en cuir marron et au cadran bordé d'étoiles. Entre les aiguilles, une paire d'ailes noires avec un véritable mini sablier étaient peints
WOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOH
Naaan mais c'est trop chouuuuuu qu'il y ait pensé et puis cette montre a l'air tellement belle
- Mais c'était mon argent, toussota Théa sans essayer d'être discrète.
Ah c'est juste elle qui a payé ? :lol:
Sans attendre de réponse, il attrapa la montre et lui passa au poignet droit pour l'attacher.
Ouloulou contaaact
où il lui avait fait remarquer que c'était presque étrange qu'il l'appelle Jules devant tout le monde. Noah n'avait plus employé le surnom depuis.
Oups
Mais sinon je suis impressionnée par l'attention de Noah aux choses
Dès qu'il s'écarta, Julian ressentit l'absence de son toucher contre sa peau. Il le regretta même.
OULOULOU
Mais ma mère m'a toujours dit que c'étaient justement les sources les plus rares les plus intéressantes.
True story
Mais Martha... Elle était Cracmol, non ?
Ah dur, des jumelles dont une socière et une Cracmol ? Pas facile à vivre
Il aurait aimé se pencher pour voir ce qu'il faisait, mais il avait conscience que ça reviendrait à s'immiscer entre eux
J'avoue ce serait chelou :lol:
Liam manqua d'envoyer valser les pièces en constatant qu'il était échec et mat.
Faut se calmer :lol:
Avec les mordremorts ?
C'est la formule magique ça Théa :lol:
Celestina Rappapport
Aujourd'hui je suis tombée sur le nom d'une dame dont le nom était rapoport, ça m'a fait rire
Il se mit à griffonner distraitement sur le sol avant de répondre :
Normal :lol:
Il se mit à griffonner distraitement sur le sol avant de répondre :
Je vous retiens
Tu ne trouves pas que... ça y ressemble ?
OUUUH ça avance !
la relique de la langue de serpent doit être protégée.
La relique de la langue de serpent ????
impossible de le retirer sans avoir effectué le contre rituel.
Ooh... OOOOOH donc la relique est liée à Ilvermorny et le corbeau cherche à la récupérer ??
Si vous voulez, il faut voir le Rituel d'Ancrage comme une sorte de coffre-fort immatériel pour contrôler quelque chose de puissant et surtout empêcher quelqu'un d'autre de s'en emparer. Les barrières magiques mises en place grâce au Rituel doivent servir à le protéger.
C'est trop styléééé
Julian, lui, se figea une seconde, partagé entre l'embarras de se voir appeler ainsi devant tout le monde et le ravissement d'entendre Noah utiliser son surnom à nouveau.
Ce garçon ne sait pas ce qu'il veut
C'est quoi son problème avec Jules, il trouve ça trop intime ?
Un rictus amusé se dessina sur les lèvres de Noah, visiblement fier qu'il ait compris si vite.

- Pas vraiment, on peut sauter cette étape. Il y avait une carte d'Ilvermorny en 1715 au début du livre, j'ai regardé.
Ouuuh une escapade à deux !
- T'es sûr qu'on peut aller là-dessous ? dit-il, yeux plissés pour distinguer le fond sans parvenir à percer l'obscurité. Quelqu'un a déjà essayé d'y aller ?
Olala je pourrais tellement pas, rien que l'idée ça m'angoisse
Viens, tu vas voir, ça se termine par une source d'eau chaude et une espèce de grotte.
Ca m'a l'air très intime tout ça 8-) 8-)
Sa protestation mourut sur ses lèvres alors que Noah entrelaçait leurs mains ensemble, exactement comme le jour du match sous leur cape d'hiver.
OULOULOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU
(j'ai beaucoup trop commenté ça pour ce chapitre)
mais contenait une sorte de petit lac qui devait faire la moitié du hall d'entrée d'Ilvermorny,
Ah oui quand même
Ils se contentèrent de se faire face, silencieux.
Héhéhéhé
Une émotion indéchiffrable passa sur ses traits et il se mit à marcher
Tu voulais pas rester face à lui ?
Il aurait dû s'en douter. Un endroit comme ça était aussi idéal que les placards de Poudlard.
Excuse moi c'est BEAUCOUP MIEUX que les placards de Poudlard
- Ça dépend, riposta Noah, est-ce que c'est ce que tu voudrais ?
Olala mais ça flirte SEVERE
- Jules, sérieux, soupira Noah après quelques secondes. Si tu ne te barres pas maintenant, je vais faire quelque chose qu'on va regretter...

- Quelque chose comme quoi ?
hzejrghljkmlzkgbukzjrbjlrh
- Y'a pas à dire, Shelton, tu sais briser une ambiance, s'amusa-t-il.
MAIS TELLEMENT, MARION !!!
- Si tu ne veux pas de tes vêtements, ça peut s'arranger.
AH
entremêlaient leurs jambes sous la surface, là où personne ne pouvait voir leur proximité
Comment ils font pour continuer à flotter ? :lol:
Et alors enfin...
J'ai envie de dire que je pensais pas que ça arriverait si vite et en même temps on est déjà au chapitre 30 :lol:
Julian ressortit à regret une main de l'eau pour se tenir au bord, les ancrant dans une étreinte plus stable.
Ah bah voilà je savais bien qu'ils devaient être en train de se noyer :lol:

Bon du coup tu me réponds un peu de ton bilan de fin de chapitre !

T'inquiète j'ai trouvé ça clair les explications sur le rituel, et la conversation des garçons me paraissait normale (enfin, j'ai trouvé normal qu'ils ne sachent pas ou ne souhaitent pas définir ce qu'il sse passait, et ça n'apas rendu les choses difficiles à comprendre)

Le retour dans le groupe va être GENAAAAAAAAAAAAAAAANT

Ah et au tout début de mon commentaire j'ai failli dire "l'anniversaire c'est toujours là qu'il se passe des choses... intéressantes 8-)" j'avais raison :lol:
Bff47

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Hey !

Je voulais juste dire que ce dernier chapitre m'a donné envie de relire toutes la fic, ce que j'ai fait ces jours-ci (bon je lisais en diagonale un peu j'avoue, je lisais surtout tous les passages entre Julian et Noah et un peu l'intrigue principale. D'ailleurs j'ai bien fait, il y avait plein de trucs qui m'étaient sortis de la tête, notamment qu'il y avait un lien entre la mère de Noah, celle de Julian et l'accident qui a fait fuir Aurelia en Angleterre. Puis les bails du père de Théa comme quoi il était sorti de prison, la disparition d'Emilia qui est mélée à tout ça ... très étrange).

Je me suis fait la réfléxion que Liam ressemblait énormément à Louis Tomlinson (suis-je la seule à avoir un passé trouble de fan de One Direction ? Quoique j'ai même pas honte ^^ ). Non mais vraiment, le côté hyper insolent, insupportable mais attachant, le comique de la bande mais avec le coeur sur la main, le côté famille aussi, fumeur, tout le monde le prend pour un abruti mais il gère dans un domaine, une immense fierté, puis il a aussi perdu une soeur ... Je sais pas, c'est sans doutes une coincidence mais je me suis vraiment demandé si tu t'étais inspirée de lui. En tout cas tant mieux, perso je l'adore.

Mais bref, ce que je voulais dire à la base, c'est qu'en relisant tout je me suis rendue compe que j'avais loupé un chapitre sans faire exprès ! Un chapitre très important et intéréssant en plus ! C'était l'avant-dernier, celui où on apprend que Noah a vécu un petit truc avec Zack, que le groupe est plus soudé en s'offrant des cadeaux, et qu'on a un aperçu de l'état actuel de la relation Othilia/Noah (et Julian qui est jaloux quand il voit la marque sur son cou mdr). D'ailleurs j'ai trouvé ça super bien pensé que Julian remarque au premier coup d'oeil qu'elle avait coupé ses cheveux mais que Noah avait un doute, c'est un petit détail mais c'est vraiment révélateur, c'était vraiment bien trouvé !
D'ailleurs, je dois être aveugle mais j'ai pas vu en quoi leur relation était toxique ! Pour moi elle est juste tristement réaliste. Genre ils ont des engueulades, des désaccords comme tous les gens en couple et ils ont chacun leur tort. Bon certes, surtout Noah qui pense qu'à lui et plus du tout à ce qu'Othilia a besoin. Mais en même temps j'ai envie de prendre sa défense, je m'identifie bien à lui, je supporte pas qu'on me force à parler de trucs que je veux pas et j'aimerai pas avoir une copine qui se conduise comme ma mère et qui me dit quoi faire et comment me comporter (même si c'est pour mon bien), si tu veux mon bien laisse moi faire ce que je veux non ? Mais enfin bref, leur relation est pas saine, y a pas photo, t'as raison. Enfin bref, c'était très bien écrit ce passage, très réaliste ! J'ai adoré !

Et j'ai encore plus adoré savoir qu'il y avait eu un petit truc entre Noah et Zack ! Comme je l'avais dit plus tôt, j'avais l'impression que l'attirance de Noah et de Jules l'un envers l'autre tombait un peu comme un cheveu sur la soupe, qu'ils avaient eu toujours une trajectoire de vies de bons hétéros parfaits et que ça changeait subitement sans trop de raison. Mais là, j'ai complètement changé d'avis !

Dans les chapitres du PDV de Noah, on comprend bien qu'il s'est toujours senti différent depuis qu'il était petit. Et qu'on lui a toujours fait ressentir qu'il était différent, bizarre (surtout avec le frère monsieur parfait qui a des bons résultats et qui fait du sport). Et puis son obessession de flirter avec les limites, braver les interdits, détester qu'on juge les gens tout ça, je trouve ça s'inscrit bien dans son parcours pour complètement comprendre et assumer son orientation sexuelle. Bref, même la raison pour laquelle il s'est mis en couple avec Othilia est louche finalement. Il l'a fait pk tout le monde avait l'air de penser qu'ils étaient ensemble, que c'était la solution de facilité pk elle habitait à côté, il avait l'air de lui plaire et personne allait leur tomber dessus comme ça aurait pu arriver si il avait continuer à fréquenter Zack, donc bon voila on est pas sur des raisons archi romantiques. En plus elle n'est pas du tout son type, il dit qu'il préfère les gens bizarres et originaux et dsl pour Othilia que j'aime bcp, c'est pas du tout son cas. C'est juste la fille adorable, gentille et attentionée qui vient combler son manque d'affection, c'est pas sa personnalité en-elle même qui l'intéresse j'ai l'impression, juste le fait qu'elle soit là pour lui. Bref, on a vu mieux comme type de relation (quoique tous les couples que je connais ressemble à ça ! C'est pour ça que je disais que c'était réaliste tout à l'heure, mdr. Non mais vraiment je m'interroge, est ce que la majorité des gens en couple sont heureux ? )

Bref, en tout cas c'est cool que Noah ait déjà un petit passif avec un mec. Si j'ai bien compris, ils se sont embrassés en plus non ? Et il a arrêté de le fréquenter juste parce que les gens commençaient à parler sur lui. Donc ça venait pas de lui personnellement, d'ailleurs lui-même dit que personellement il n'avait jamais eu de problèmes avec Zack, bien qu'il ne cache pas son penchant pour les gars, il le trouvait intéréssant et cool. Franchement, un date lors d'une expo d'art contemporaine, ça aurait pu être le feu, c'est dommage. Mais bon, sa réaction était compréhensible. Et ça explique aussi d'autant plus sa réaction face à l'aggresion de Zack quelques chapitres avant.
Et Julian, bon c'est pas aussi évident que Noah mais je trouve son parcours hyper réaliste aussi. Perso je l'imagine pas spécialement intéréssé par l'amour à la base parce que trop sérieux et un peu coincé sur les bords, puis il a vécu un petit truc avec Hanna, c'était sympa mais pas incroyable non plus puis là avec Noah c'est vraiment la découverte de ce qu'est l'amour, le vrai, la passion :D :D :D. bref je l'adore ! J'ai un peu de peine pour Hanna par contre. Les relations à distance c'est compliqué donc déjà si ton mec te parle quasi jamais, et que le seul truc qui fait c'est des beaux cadeaux pour se faire pardonner, bon ça sent pas très bon pour la suite...

Ce Manfred je sais pas quoi là, qui a déjà une dent contre Julian, je sens qu'il va pas se gener pour le tabasser quand il découvrira ce qui se passe entre eux deux ! (parce que évidemment que toute l'école finira par le savoir ! Il nous faut du drame putain ! Life is a bitch ! ). Mais comme Noah sait bien se battre (cf le nez cassé de Wide), il va le démolir ensuite ! Tiens j'ai envie de continuer avec mes théories pour la suite de l'histoire :
Bon déjà, évidemment ils vont cacher tout ça aux autres, parce que on a bien vu qu'Othilia, Liam, Hilda et les autres avaient pas l'air très ouverts sur le sujet (bon ce qui est compréhensible pour l'époque. Mais il n'y avait pas non plus 100% de la population qui était homophobe, faut pas exagéré. Je pense qu'ils peuvent se confier sans craintes à Heather ou Aileen. Peut-être Théa aussi, je sais pas pourquoi, je la sens bien la dessus. Même si les gens comprennent pas que c'est possible d'être attiré par qqun du même sexe, ça veut pas dire qu'ils vont être méprisants avec les gens qui le sont).
Ensuite à mon avis Noah va continuer à être avec Othilia (pk c'est sa couverture, et qu'il trouvera pas de raison de la plaquer) et je pense que Julian va vite culpabiliser d'avoir trompé Hanna et qu'il va la larguer en jouant sur l'excuse de la distance. Bref, ça va être tendu entre eux en tout cas. Quoi que, j'ai l'impression que parfois Noah est brutalement honnête, peut-être qu'il dira la vérité à Othilia ... Ou bien ils se feront surprendre ensemble ...
Bref, en tout cas quand ils vont remonter à la surface, ça m'étonnerait qu'ils continuent à explorer ce qu'ils ressentent ensemble, on va encore avoir une bonne période de déni, non ? Oh punaise, ça va être horrible. J'espèrre tellement qu'ils serront heureux ensemble à moment donné mais j'ai du mal à y croire, honnêtement.
Je n'ai aucune théorie sur l'intrigue, c'est trop compliqué pour moi ! Je dirais juste que je pense que le sortilège d'ancrage, ils veulent le briser pour récupéré la baguette de Serpentard (vu que c'est le titre mdr). Je pense savoir qui c'est et pour quelle raison par contre je comprends pas du tout le rapport avec Emilia Cooper, ni la relation entre Heather et Aurelia (Peut-être qu'elles étées amoureuses avant et qu'Aurelia a fui quand on a découvert leur relation mdr. Et aujourd'hui Julian et Noah perpétuent l'héritage de leur amour :lol: :lol: )

Oh la la, il était long mon comm, j'ai pas l'habitude ! Bref, j'en profite pour te dire que ton histoire est super et c'est vraiment un plaisir de te lire ! Vraiment bravo et merci beaucoup ! A bientôt !
annabethfan

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Re: L'héritage d'Ilvermorny [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Hello !

Avant de poster, je tenais à te répondre Bff47 (parce qu'en plus j'ai oublié de le faire la dernière fois sur ton long message où j'avais pourtant promis, je suis une flemmarde sorry). Donc cette fois je laisse pas trainer et je réponds !
Déjà pour Louis Tomlinson. Mais damn, je te jure que j'y avais pas pensé du tout... Pourtant j'avoue que Noah, par exemple, est largement inspiré de John Lennon et certains éléments de sa vie/enfance. Mais alors Liam et Louis c'était pas voulu, mais c'est vrai que maintenant que tu le dis y'a quelque chose. Et oui du coup je me dénonce, j'aime les One Direction bon.... :lol: (En même temps, la personnalité de Louis quoi ! Keur sur lui ! et Harry aussi parce que je sus fière de Harry haha !)
Merci d'avoir relevé le coup de Julian qui remarque que Othilia s'est coupée les cheveux et Noah pas vraiment, j'aime ton attention aux détails :lol:
Alors la relation de Noah et Othilia est peut-être pas totalement toxique, mais disons qu'elle n'est ni bien pour lui ou pour elle, c'est vraiment ce genre de couple qui se fait du mal alors même qu'il y a quelque chose de fort entre eux, mais l'amour n'est pas la forme qui leur correspond.
Pour le truc entre Zack et Noah... Et bien je dois te remercier. J'ai décidé de l'ajouter après ton premier commentaire détaillé sur le fait que Julian et Noah faisaient peut-être un peu trop hétéro qui se cherchent et ce n'était pas entièrement mon but, donc j'ai pris en compte ta remarque et j'ai décidé d'accentuer certains aspects de leur vécu/personnalité. Je continuerai à le faire d'ailleurs donc merci parce que ce sont ce genre de retour qui aide vraiment à améliorer une histoire !
Et sinon, merci pour tes impressions et analyses sur Noah et Julian, j'ai adoré lire tout ça, c'est vraiment hyper intéressant d'avoir le point de vue des lecteurs *keur sur toi* !
Quant à tes hypothèses.... Mouhahaha je ne dis rien, mais disons que tu as de très bonnes intuitions et d'autres moins 8-) ;)
Encore merci en tout cas !

Bonne lecture !

******************


Chapitre 31 : Le tourment des sentiments

« J'ai l'amour à fleur de cœur

Qui me fait souffrir sans trêve

[...]

Toi mon tourment

Toi ma douleur »

- Charles Aznavour -


// 19 Janvier 1980 //

Julian ne savait pas depuis combien de temps il fixait le vide en face de lui. Il aurait dû étudier et continuer son exposé sur Isolt Sayre, mais il n'arrivait simplement pas à se concentrer. Il n'y arrivait plus depuis hier... Parce que son esprit était bloqué sur une seule chose : son baiser avec Noah. C'était comme s'il n'avait plus la place de penser à rien d'autre. Dès qu'il tentait de remettre son cerveau sur les rails, celui-ci déraillait et il voyait tour à tour Noah, le visage plongé dans un clair-obscur à cause de la lumière de sort ; Noah avec ses boucles plaquées contre son front, nageant dans l'eau autour de lui, amusé ; Noah si proche qu'il pouvait sentir leurs jambes se cogner sous la surface. Plus que tout, il se revoyait l'embrasser à pleine bouche, perdu dans les sensations. Il avait l'impression de revivre la scène d'un point de vue extérieur, comme s'il avait été observateur de la scène. Il ne voulait de toute façon pas repenser à ce qui s'était passé après, mal à l'aise. S'il avait cru qu'embrasser Noah aurait apaisé le feu qui lui brûlait les entrailles, il avait eu tort. Le baiser n'avait été qu'un instant volé, un interdit franchi, et ils avaient dû ressortir de l'eau sans que les non-dits entre eux aient été éclaircies. Julian leur avait jeté à tous les deux un sort de séchage parfaitement maîtrisé, puis ils avaient cherché un indice – n'importe quoi – en lien avec le Rituel d'Ancrage. Rien. Pas une trace. Et alors... ils avait fallu qu'ils remontent à la surface dans un silence plus lourd que le ciel porté par Atlas.

C'était comme si le rocher avait constitué une frontière verticale : il y avait le monde de la surface, celui de la lumière et des regards, et le monde souterrain de la grotte, caché aux yeux de tous et où les ombres avaient enveloppé leur moment interdit. Julian ressentait la dichotomie jusqu'au plus profond de son esprit. Il se revoyait s'enfoncer sous terre en suivant la course du ruisseau sous le rocher... Dès que l'entrée avait disparu et que l'obscurité les avait cachés, Noah lui avait pris la main. Ce lieu, étroit et détaché du reste d'Ilvermorny, était devenu l'espace d'un instant le lieu de leur crime et il sentit les larmes pressées derrière ses paupières.

Parce que malgré toute sa volonté, il savait que si c'était à refaire, il le referait. Il n'arrivait pas à regretter.

Noah en revanche... Il n'en avait aucune idée. Ils ne s'étaient pas parlé seul à seul depuis hier. Ils s'étaient contentés de rejoindre les autres et de prétendre que rien ne s'était passé. Aileen avait été déçue qu'ils ne trouvent rien en rapport avec le Rituel d'Ancrage, mais ça n'avait pas suffi à entamer la bonne humeur des autres, heureux de cette avancée inespérée. Liam avait même été piocher dans sa réserve clandestine de bièreaubeurre pour fêter ça. Sur son visage, l'espoir de revoir sa sœur irradiait plus brillamment que jamais.

Aujourd'hui, assis tout seul à la bibliothèque pour être un peu au calme, Julian aurait finalement aimé retrouver l'agitation d'hier soir pour arrêter de penser. Frustré, il se prit la tête entre les mains et tira sur ses cheveux. La douleur, fugace, l'ancra au moment présent un instant avant que Noah ne revienne au premier plan. Il tenta d'avaler la boule qui lui obstruait la gorge. Plus il y repensait, moins il comprenait comment ce baiser avait pu avoir lieu. Certes, la grotte leur avait offert un refuge, une parenthèse loin des yeux indiscrets de leurs camarades, mais il avait dû mal à se reconnaître. Parce qu'il ne pouvait pas le nier, il avait voulu ce baiser. Il l'avait voulu bien avant que Noah ne prenne la décision de combler la distance entre eux dans l'eau. Tout le long de leur conversation, il l'avait poussé à parler, à mettre des mots sur ce qui se passait entre eux. Noah – étonnamment – avait été celui qui avait tenté de les freiner. De résister. Et encore, l'ambiguïté avait entouré chacune de ses paroles et de ses actions, comme d'habitude. Ça aussi, il commençait à en être agacé. Noah avait le don de le piquer et de le provoquer pour ensuite reculer. Même si Julian l'avait poussé à admettre qu'il lui avait pris la main pendant le match, c'était lui qui avait initié le baiser. Et c'était lui aussi qui avait remis de la distance entre eux dès qu'ils étaient ressortis du rocher. Julian ne savait pas comment interpréter ces signaux contradictoires. Il ne savait pas ce qu'il voulait lui-même, si en plus il devait le comprendre pour Noah...

Il retint un cri étranglé, lèvres serrées. Se mettre à paniquer – ou pire à pleurer – en plein milieu de la bibliothèque n'était vraiment pas ce dont il avait besoin maintenant. Il aurait sûrement pu continuer à se torturer comme ça longtemps si son regard n'était pas brusquement tombé sur Archer, assis à une table un peu plus loin. Il tenait une lettre entre ses mains et ses sourcils étaient si froncés qu'ils ne formaient plus qu'une ligne courbée. Julian y vit une opportunité. D'un geste empressé, il referma son livre et le glissa dans son sac avant de traverser les quelques mètres qui le séparaient de son cousin. Il se laissa tomber sur la chaise en face de lui.

Surpris, Archer redressa la tête et le dévisagea.

- Julian... ? Qu'est-ce que... ?

- Je travaillais juste là et j'ai vu que tu avais l'air contrarié, dit-il sans mentir avant de désigner la lettre entre les mains de son cousin d'un coup de menton. Qu'est-ce qui se passe ?

La question était terriblement intrusive, il en avait conscience, mais il était désespéré. Archer, pris au dépourvu, se mit à faire tourner la lettre entre ses mains et soupira :

- C'est Elizabeth, avoua-t-il, l'air préoccupé. On se donne des nouvelles tous les deux jours et je ne sens qu'elle ne va pas bien...

- Pourquoi ? Archibald est malade ?

Au moins son inquiétude pour le bébé était sincère. Il revoyait encore ses grands yeux noirs à Noël et son sourire qui éclairait son visage rond de bambin joyeux. Même s'il n'avait pas décidé ce qu'il ressentait vis-à-vis d'Elizabeth – il restait mal à l'aise en sachant tout ce qu'elle avait laissé derrière elle en Angleterre – il ne pouvait pas en vouloir à son fils, ressemblance avec Evan Rosier ou non.

- Non, non, il va bien, rassura Archer. Enfin, c'est dur de le gérer toute seule, mais elle y arrive. C'est une bonne mère.

La conviction qu'Archer mit dans sa voix, protecteur, n'échappa pas à Julian. Il se demanda si Elizabeth avait dû subir des remarques à ce sujet et il supposa que c'était le cas.

- Alors qu'est-ce qu'elle a ?

- Je crois qu'elle a le mal du pays entre autres. Elle ne connait pas grand monde après tout et elle a emménagé seule depuis quelques semaines grâce à une aide financière du MACUSA. (Archer déglutit). Et puis surtout... D'après ce que j'ai compris, elle a un ami qui est porté disparu en Angleterre... Mais elle a peur que « porté disparu » veuille dire pire, si tu vois ce que je veux.

Julian se tendit. Il voyait totalement ce que Archer voulait dire pour la simple et bonne raison que son quotidien avait été marqué par des disparitions de ce genre pendant des mois avant qu'il ne vienne aux Etats-Unis. Chaque matin, la liste des personnes disparues s'allongeaient dans la Gazette. Le Ministère tentait bien de trouver des explications rationnelles – des sorciers étourdis qui se seraient perdus ou des moldus qui seraient simplement partis en voyage sans rien dire – mais la véritable explication n'avait pas tardé à être évidente pour tout le monde. Et à partir du moment où la fameuse Marque des Ténèbres avait commencé à flotter dans le ciel anglais vers l'été 1978, il n'y avait plus eu de doute. Vous-Savez-Qui n'avait plus craint de revendiquer ses actes.

- Quel ami ? demanda-t-il après quelques secondes avec appréhension.

Il ne connaissait pas les amis d'Elizabeth Yaxley, pas réellement, mais il avait vu son cercle de loin à Poudlard et il se demanda soudain lequel d'entre eux aurait pu subir une « disparition ».

- Oh hum attends, elle me l'a dit...

Les yeux d'Archer reparcoururent la lettre en vitesse, survolant les mots, puis il annonça :

- Regulus Black. Le nom me dit quelque chose, ce n'est pas une famille sang-pur assez connu ? Tu le connais ?

Les paroles de son cousin ne formèrent qu'un bruit indistinct sur la fin. Julian s'était figé, incrédule. De tous les noms qu'il s'était attendu à entendre, Regulus Black était peut-être bien le dernier. Dans un souvenir venu de loin, il revit l'hériter des Black assis à la table de Serpentard, le dos droit et son masque désintéressé sur le visage alors que Livia Fawley et Antonin Dolohov l'encadraient. Il ne lui avait jamais parlé, bien entendu. Quelqu'un comme lui ne parlait pas avec quelqu'un comme Regulus Black. Personne ne parlait avec les étoiles. Il n'aurait de toute façon aucun intérêt à le faire. Black avait eu deux ans de plus que lui, ce qui faisait qu'il avait quitté Poudlard en juin dernier et Julian n'avait plus entendu parler de lui. Que s'était-il passé en quelques mois pour que l'héritier des Black fasse partie de la fameuse liste des disparus ?

Il dût rester silencieux un peu trop longtemps car Archer passa sa main devant de ses yeux, le ramenant sur terre.

- Eh Julian ? Alors tu le connais ce Black ?

- Quoi ? Oh... Hum oui, oui. Enfin non. (Il secoua la tête pour s'éclaircir les idées). On était à Poudlard ensemble mais il était plus vieux que moi. Il était à Serpentard aussi. Vieille famille sang-pur, noblesse, attrapeur de Quidditch... je crois que c'est à peu près tout. Je ne savais même pas qu'Elizabeth le connaissait vraiment, il a un an de moins qu'elle.

- Oh....

Pendant une seconde, l'expression d'Archer s'assombrit, minée par une émotion que Julian eu du mal à identifier, mais il n'était pas difficile de deviner à quoi il songeait.

- Enfin, je ne veux pas insinuer... je veux dire toutes ces familles se connaissent, se rattrapa-t-il. Ce n'est pas surprenant. Les familles nobles comme ça, ils font des fêtes ou des bals... Elle doit le connaître de là. (Il réalisa avec un temps de retard que son explication n'aidait pas vraiment lorsqu'il visualisa Elizabeth et Regulus Black en train de danser une valse imaginaire et il ajouta précipitamment). De loin je veux dire. Ils devaient se connaître de loin.

Il avait conscience qu'il s'enfonçait et il se mordit la joue pour ne pas mentionner que de toute façon Elizabeth avait eu Evan Rosier attachée à chacun de ses pas à l'époque. Il n'était pas sûr que l'anecdote plaise vraiment à Archer. Avec un raclement de gorge gêné, il désigna à nouveau la lettre :

- Et elle ne dit rien de plus ? demanda-t-il pour détourner la conversation. Sur la disparition de Regulus ?

- Non, pas grand-chose. Elle n'a gardé contacte avec personne en Angleterre, même pas sa propre famille. (Un rire sans amusement échappa à Archer). Surtout pas sa propre famille en vérité, se corrigea-t-il. D'après ce qu'elle a lu dans votre journal national... euh... ?

- La Gazette du sorcier.

- Oui, c'est ça. D'après ce journal, la famille a signalé la disparition de Regulus la semaine dernière après plus de trois semaines d'absence. Il n'a plus été vu depuis le nouvel an visiblement et c'est assez inhabituel pour lui. Je... je ne comprends pas tout, mais apparemment le simple fait que sa famille signale la disparition est inquiétant. Elizabeth n'a pas été très explicite mais si j'ai bien lu entre les lignes, ce gars est... enfin il fait partie du même groupe... tu vois.... Celui auquel Elizabeth a échappé.

Le malaise d'Archer était palpable Julian, lui ressentit un frisson glacé et familier le parcourir avant que ce froid intérieur ne vienne lui tordre le ventre. Il ne savait pas si Archer était gêné d'évoquer le passé trouble d'Elizabeth devant lui – surtout après la crise de famille pendant les vacances de noël au sujet de la magie noire – ou si il avait conscience qu'il parlait du même groupe responsable de la mort de sa mère.

- Les mangemorts, dit-il, le nom résonnant d'un air sinistre entre eux. Oui, ça ne m'étonne même pas que Regulus Black ait pu en faire partie. Et si c'est étonnant que la famille ait signalé sa disparition, c'est parce que ça ne serait pas étonnant non plus que d'autres membres soient eux-mêmes des mangemorts. L'un d'eux doit bien savoir ce qui s'est passé...

- Mais si ce Regulus en était un... pourquoi est-ce qu'il aurait été attaqué ?

Julian haussa les épaules.

- Aucune idée... Il a peut-être fait quelque chose qui a déplu à Tu-Sais-Qui.

- A qui ?

- A... Laisse tomber, c'est vrai que tu... (il roula des yeux, agacé par la méconnaissance toute américaine d'Archer). Disons à celui qui dirige les mangemorts. En tout cas, si eux-mêmes peuvent devenir des cibles, c'est que la situation empire...

Nerveux, il pianota des doigts contre sa jambe. Ce tic le prenait autant lorsqu'il avait envie de dessiner que quand il était stressé et, à cet instant, c'était la deuxième option qui lui dévorait les nerfs. Parce que si les mangemorts eux-mêmes pouvaient être attaqués et disparaître, ça voulait dire que personne n'était en sécurité. Il songea à Matthew, à sa grand-mère Jeanne, à Hanna...

Merlin, Hanna.

A nouveau, il se figea. La discussion autour de la disparition de Regulus Black l'avait distrait un temps, mais le nom d'Hanna le replongea dans la spirale infernale de ses pensées. A aucun moment hier il n'avait pris la peine de songer à elle. Noah avait occupé chaque recoin de son esprit, chaque fibre de son être, et il n'avait pensé à rien d'autre qu'à lui et à son désir d'enfin briser l'ambiguïté qui les entourait. Seulement, aujourd'hui, il se heurtait au monde extérieur. Il n'était plus dans la grotte. Il ne savait même pas comment il avait pu agir comme ça, comment il avait pu le vouloir avec autant de force. C'était comme s'il revoyait toute la scène de l'extérieur. Ça ne pouvait pas être lui. Il n'était pas censé être ce genre de personne. Il n'était même pas sûr de vouloir le refaire maintenant que son cerveau s'était remis à fonctionner : c'était interdit, il avait Hanna, et quoiqu'il se passe avec Noah ça ne pourrait mener à rien.

Inconscient de son trouble intérieur, Archer reprit.

- C'est tellement compliqué ce qui se passe... Je sais qu'Elizabeth s'inquiète, ça m'énerve pour elle mais je ne peux rien faire d'ici et... Julian ?

Il venait d'amorcer un mouvement pour se lever et adressa un signe de compassion à son cousin, peu concentré.

- Hum, oui, oui je comprends. Passe le bonjour pour moi à Elizabeth, j'espère que ça ira...

Archer parut tout de même touché, mais il fallait dire que le reste de la famille Grims n'avait pas été très accueillant avec la jeune femme, et Julian repartit avec un dernier signe de la main. Il traversa la bibliothèque, puis passa les portes sans un regard en arrière. Tant pis pour son exposé sur Isolt Sayre.

Sa conversation avec Archer lui avait offert une courte parenthèse de répit, mais celle-ci venait de se refermer et la tempête dans son esprit se remit à souffler, plus forte que jamais. Il se demanda s'il devait parler à Hanna de ce qui s'était passé. Il en eu la nausée rien que de l'imaginer. Il ne pouvait pas. Il ne s'en sentait pas capable. Comment est-ce qu'il pourrait justifier ce baiser ? Ce baiser avec un autre garçon ? C'était impensable. Hanna avait beau être sa meilleure amie, être compréhensive, elle le trouverait... détraqué. Parce que c'était le cas, il y avait forcément quelque chose qui n'allait pas chez lui pour qu'il ait eu envie de ce baiser.

Le ventre tordu dans une douleur anxieuse, il remonta vers le Foyer, espérant trouver Noah. Il fallait qu'il le voit. Il fallait qu'ils parlent. Noah avait toujours réponse à tout, peut-être qu'il en aurait eu pour ce qui était arrivé. Peut-être que Julian avait juste mal compris.

Dès qu'il déboucha en haut des escaliers, il parcourut la pièce du regard. La décoration hétéroclite de la pièce ne cesserait jamais de l'étonner. Assise à même sur le sol sur un tapis au style oriental, Winona Qaletaga, la fille du chef indien, jouait à un jeu de cartes avec sa sœur Sora ; Wilde Wilkinson et Elicia Jauncey tentaient de rentrer tous les deux dans le fauteuil violet en forme d'œuf en se poussant mutuellement ; et Clémence Laveau, Enjolras, et Zack Ledwell, eux, étaient penchés au-dessus d'une pile de tract sûrement destiné au Comité des Elèves. En voyant le capitaine de Quidditch, habillé de son éternel col roulé noir, Julian retint un mouvement de recul. Les vacances lui avaient presque fait oublier la scène à laquelle il avait assisté dans les vestiaires, mais maintenant il revoyait parfaitement le visage ensanglanté de son camarade. Les bleus sur la peau de Zack n'étaient désormais plus très visibles, même si des traces colorées continuaient à lui border l'œil et Julian dû le fixer un peu trop longtemps car il ne vit pas sa sœur arriver près de lui.

- Eh Ju' ? fit-elle soudain. Ça va ? T'as une drôle de tête.

Il se tourna vers elle avec un sursaut. Elle haussa un sourcil.

- Quoi ? Oh, rien désolé... Je... je pensais, c'est tout.

- Oh rien de nouveau alors ! se moqua-t-elle. J'ai eu peur une seconde.

- Très drôle. Qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que t'assistais toujours aux entraînements de Raphaël pour voler un peu ?

Il avait remarqué cette habitude de Charlotte avant les vacances. Elle accompagnait souvent Raphaël pour avoir des heures de vol en plus alors même que le stade était réservé pour la course sur balais. Il n'avait rien dit. Du moment que ses devoirs étaient faits, il supposait que ça ne lui faisait pas de mal et il lui avait promis de ne plus être constamment sur son dos. Pourtant, elle se tenait devant lui non pas en tenue de sport mais en uniforme, ses cheveux blond foncé et fins détachés sur ses épaules.

- Oh j'avais juste pas envie aujourd'hui, c'est tout, dit-elle en passant son poids d'une jambe à l'autre, l'air mal à l'aise.

Ce fut à son tour d'hausser un sourcil.

- Toi ? Pas envie de monter sur un balai ?

- Ca peut m'arriver.

- Non, jamais, objecta-t-il sur le ton de l'évidence. Tu t'es blessée ?

Il la détailla du regard, cherchant une quelconque trace d'égratignure, mais elle avait l'air comme d'habitude. Charlotte soupira.

- Je vais bien, Ju', sérieux. Juste... ce n'était pas le bon jour pour monter sur un balai, si tu vois ce que je veux dire...

- Pas le bon... ? Oh !

Elle lui jeta un regard éloquent, sourcil dressé et joues rouges, et il sentit les siennes s'empourprer également. « Problème de fille », comme finissait par dire Hanna lorsque lui et Matthew se ne comprenaient pas pourquoi elle avait besoin d'aller autant aux toilettes pendant une sortie à Pré-au-Lard ou qu'elle mangeait moins que d'habitude à cause de maux de ventre. Ils se sentaient stupides à chaque fois d'oublier et il ressentit le même sentiment à cet instant face à sa petite sœur.

Charlotte, définitivement mal à l'aise, balaya l'information d'un geste de la main et reprit :

- Et puis au-delà de ça, Raphaël voulait voler un peu seul je crois... La journée d'hier a été un peu compliquée à cause du cours d'Histoire.

- Pourquoi ? dit-il, perplexe. Perrot est plutôt sympa, non ?

- Oh rien à voir avec le prof. Mais on a étudié la loi Rappaport.

D'après le ton de sa sœur, sa réponse aurait dû être explicite pour comprendre la contrariété de Raphaël, mais Julian cilla sans comprendre. La loi Rappaport avait instauré une ségrégation stricte entre sorciers et Non-Maj' jusqu'en 1965, année de son abrogation, et il se creusa la tête avant de se rappeler que le père de Raphaël et Noah était effectivement Non-Maj'. Or, vu leur date de naissance, la relation entre cet homme et Heather Douzebranches avait dû être illégale à l'époque.

- Oh... à cause de son père ?

- Entre autres, oui, acquiesça Charlotte. Et puis à cause de Dorcus et de la malédiction.

- Qui et quoi ?

Sa sœur lui envoya cette fois un regard surpris.

- Tu n'as pas étudié la loi Rappaport ? s'étonna-t-elle.

- Pas vraiment. Enfin, on l'a évoqué en cours de Droit, mais plus d'un point de vue juridique. Il y a une histoire derrière ?

- Une grosse histoire même ! Merlin Ju', ça a été l'affaire et le scandale du siècle, littéralement !

- Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Visiblement, Charlotte était ravie de savoir quelque chose qu'il ignorait pour une fois et elle s'assied en tailleur dans le canapé près d'eux avant de lui faire signe d'en faire d'eux-mêmes. Il obtempéra, curieux. Sa sœur se pencha vers lui et se mit à raconter d'une voix passionnée, preuve malgré tout ce qu'elle disait qu'elle restait la fille d'une historienne.

- Je ne sais pas ce que t'as vu en cours de Droit, mais du coup la loi Rappaport a été mise en place par Emily Rappaport, elle était Présidente du MACUSA à l'époque. Et si elle a été obligée de la faire voter, c'est à cause d'une des plus grandes violations du secret magique que le monde sorcier ait connu !

- A ce point ?

- Oh oui ! Et c'est à cause d'une femme : Dorcus Douzebranches.

Les sourcils de Julian s'envolèrent.

- Une ancêtre de Noah et Raphaël ? supposa-t-il.

- C'est ça. Elle a vécu au XVIIIe siècle, elle était assez frivole, et en 1790 elle est tombée amoureuse d'un Non-Maj'... Mais le problème c'est que ce n'était pas n'importe quel Non-Maj'. Il descendait d'une famille de Ratisseurs, il s'appelait Bartholomé Bellebosse. Oh je ne sais pas si tu sais pour les Ratisseurs...

- Si, si. Des sorciers qui chassaient des sorciers pour de l'argent et qui torturaient même des Non-Maj' en échange de récompenses de la part des puritains, se souvint-il en repensant au cors du professeur Perrot. Et certains ont échappé à la justice en se fondant dans la société Non-Maj' jusqu'à devenir des anti-magie notoires.

- Voilà ! Les Bellebosse sont une des familles les plus connues pour ça. Et Bartholomé ne faisait pas exception. Le problème, c'est que Dorcus était très amoureuse et pas très maligne.

- Mauvaise combinaison.

- Tu l'as dit. Et elle était la fille du Gouverneur des Finances et des Dragots en plus ! Aristote Douzebranches !

Julian retint une grimace. D'après ce qu'il avait compris, le Gouverneur des Finances et des Dragots – aujourd'hui le père de Wilde – était un des postes les plus importants du MACUSA.

- Un jour, Bartholomé a emmené Dorcus faire un pique-nique, reprit Charlotte en faisant des mouvements de mains pour rythmer son récit. Il l'a interrogé, lui a fait des compliments, bref il l'a charmé... Et Dorcus a tout avoué !

- Tout ?

- Tout ! Le monde sorcier, l'existence de la magie, du MACUSA, l'emplacement d'Ilvermorny ! Elle a même jeter des sorts devant lui : des petits tours pour l'impressioner tu vois ? Bartholomé n'a pas pris la peine de jouer la comédie plus longtemps : il lui a volé sa baguette et a disparu en laissant Dorcus désespérée. Il s'est mis ensuite à montrer la baguette à tous les reporters qui croisaient son chemin pour alerter le monde Non-Maj'. (A ce stade, Charlotte avait les yeux écarquillés, comme si elle lui racontait le scénario d'un livre catastrophe et Julian se dit que c'en était pas loin). Il a aussi envoyé des lettres à des Non-Maj importants et fait imprimer des prospectus. Ensuite, Bartholomé a rassemblé ses amis et s'est mis en tête de persécuter et même de tuer la communauté des sorciers.

- Par Merlin...

- Je sais ! Le groupe a attaqué le MACUSA en pensant toucher des sorciers mais en fait ils s'en sont pris à des Non-Maj qui avaient eu le malheur de quitter l'immeuble au mauvais moment.

Julian déglutit, horrifié. Une attaque pareille lui rappelait douloureusement la situation actuelle en Angleterre et il serra les poings contre ses genoux.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il avec réticence.

- Bartholomé a été arrêté et mis en prison sans même l'intervention du MACUSA. Emily Rappaport, la Présidente, a eu beaucoup de mal à réparer les dégâts causés par Dorcus parce que Bartholomé avait diffusé ses prospectus à grandes échelles et le siège du MACUSA était devenu le centre d'intérêt de la population. De nombreux sorciers ont apparemment demandé à ce que Dorcus soit emprisonnée à vie, mais elle n'a finalement été condamnée qu'à un an. Emily Rappaport a ensuite crée la loi Rappaport qui interdit évidemment le contact entre les sorciers et les Non-Maj pour éviter que ça se reproduise.

- Et Dorcus ? Qu'est-ce qu'elle est devenue ?

Charlotte eut un sourire triste, presque compatissant.

- Ses contemporains ont dit qu'elle n'avait plus jamais été la même après son année de prison, elle en est ressortie traumatisée et un peu... instable. Avant, elle aimait la mode, organiser des fêtes, participer à des bals, mais finalement... Disons qu'elle a fini ses jours isolée avec pour seule compagnie un miroir et un perroquet.

Sa sœur conclut son récit en laissant retomber ses mains sur ses cuisses avec fatalité. Julian encaissa ce qu'il venait d'apprendre. Il tenta d'imaginer Dorcus Douzebranches, jeune femme naïve et amoureuse, regarder impuissante les évènements s'enchaîner à cause de la confiance qu'elle avait accordé à la mauvaise personne. Sans pourvoir s'en empêcher, il se la représenta avec une masse de boucles noires et de grands yeux bleu terrifiés. Il n'arrivait pas à croire que la crédulité un peu idiote d'une jeune fille avait pu entraîner autant de dégâts... Des générations de sorciers avaient dû subir une ségrégation horrible à cause d'elle.

Ses sentiments devaient se lire sur son visage car Charlotte hocha la tête, comme si elle marquait son accord. Elle s'était mise à jouer du bout des doigts avec son collier horloge, celui de leur mère, et le bijou accrocha un rayon de lumière.

- Je sais, c'est terrifiant de se dire qu'elle a tout déclenché pour si peu...

- Oui, c'est sûr... (il repensa soudain à ce qu'elle avait dit au début de leur conversation). Et la malédiction dont tu parlais alors ? C'est quoi ?

- Oh ça ! C'est moins « historique » on va dire. C'est juste des rumeurs entre les sorciers américains si j'ai bien compris ce que Raph' m'a dit. On va dire que certains pensent que Dorcus a en quelque sorte... maudit sa famille. Comme je te disais, elle est devenue instable, elle pouvait rester des heures à parler à son perroquet ou à son miroir. Et elle n'est pas la seule Douzebranches à être devenue un peu...

Charlotte laissa sa phrase en suspens, mais fit un geste au niveau de sa tempe en tournant son doigt d'un air entendu. « Folle », compléta-t-il.

- Le père de Dorcus, Aristote, par exemple... Il a évidemment démissionné et il s'est retiré de la vie public. Il est mort dix ans plus tard avec pour seul compagnie son elfe de maison. Il n'avait plus osé parlé à quelqu'un d'autre à cause du scandale. Et puis il y a eu Abe Douzebranches dans les années 1880. Il croyait voir l'avenir dans le vieux miroir de Dorcus, mais aucune de ses prophétie ne s'est jamais révélée vraie. Les gens l'ont surnommé « l'Illuminé ». Deux de ses petits enfants se sont suicidés et ensuite il y a évidemment Heather Douzebranches, la mère de Raph'... Hum... Noah t'en a parlé ?

Mal à l'aise, sa sœur parut réaliser qu'elle en avait peut-être trop dit car elle tira sur son collier horloge avec nervosité et il s'empressa d'hocher la tête.

- Oui, je suis au courant des grandes lignes. Elle est instable aussi et puis l'histoire d'enlèvement...

Il revit Noah lui avouer, sur le toit d'Ilvermorny puis en haut du mont des Errants, que sa mère avait perdu la garde de ses fils après les avoir pris avec elle sans prévenir personne pour les emmener à Chicago. Son opinion sur Heather Douzebranches restait en demi-teinte, trop influencée par la vision de Noah qui persistait à la défendre.

- Enfin voilà, tu sais tout ! déclara Charlotte après quelques secondes. Raphaël était donc un peu perturbé parce que tout le monde lui jetait des regards pendant le cours dès que le nom de Dorcus était évoqué. Personne n'a fait de remarque, mais apparemment il s'en est pris plus jeune. Il m'a raconté qu'un élève lui avait un jour demandé si les psychomages allaient venir le chercher bientôt à cause de la malédiction de sa famille. Plus personne n'a ensuite osé quand Noah lui a jeté un sort et a cassé le nez de Wilde Wilkinson parce qu'il avait fait une remarque sur l'enlèvement.

Julian grimaça. Il n'osa pas corriger sa sœur en lui disant que, techniquement, Wilde ne parlait pas de l'enlèvement en tant que tel mais avait simplement défendu Liam. Il avait jugé que ce dernier avait eu raison d'alerter Hilda, la tante des deux frères, et que ce qu'Heather avait fait était mal.

Pris de nausée, Julian se demanda brusquement si Noah l'avait embrassé à cause de la malédiction... Est-ce que lui aussi était atteint du mal qui rongeait sa famille et était aussi instable que ses ancêtres ? Après tout, les médicomages parlaient bien de « maladie mentale » pour le genre de pensées qui le hantaient dernièrement. Mais si Noah était vraiment comme ça à cause de sa famille, quelle excuse avait-il, lui ?

Juste comme ça, son esprit se remit à le dévorer. Est-ce que Archer ressentait la même chose alors qu'il s'inquiétait pour Elizabeth depuis la bibliothèque ? Est-ce que Dorcus avait ressenti ce sentiment, recluse chez elle lorsque la Loi Rappaport avait été mise en place à cause de son amour trahi ? Est-ce que le tourment des sentiments faisait toujours cet effet-là ? Ou est-ce que quelque chosait n'allait véritablement pas chez lui ?

Merlin, il fallait vraiment qu'il parle à Noah...

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Voilà ! Verdict ?

Je suis assez contente de ce chapitre, genre j'avais trop aimé me plonger dans la tête embrouillée de Julian post baiser mouahaha !

Sinon, toute l'histoire des Douzebranches est tirée de Pottermore. J'extrapole ensuite sur la malédiction qui touche la famille, mais la base vient de JK Rowling !

Prochain post : chapitre 32 - 20 décembre
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