Ombres et Poussières [Harry Potter]

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Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Oh my god ! La tension dans l'air ! Comment tu peux nous arrêter ici ?? ARGH

Mdr, tout le monde est en mode "Mais oui c'était évident entre vous, surtout du côté de Simon, pour toi Vic c'était plus confus" et Vic est là "Oh mon Dieu, qu'est ce que je fais, je vais le faire fuir avec mes histoires de couple", MDR Victoria ! Vas y fonce !! J'ai trop hâte de cette fameuse discussion !! Je suis beaucoup trop investie dans leur relation, si la discussion foire je vais être véner je sens ! :D :D


J'avoue Miles est un ex de qualité, qui l'eut cru, bien joué à lui ! Simon qui s'inquiete pour les dragons !

Super chapitre, bravo à toi !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

BONJOUR TOUT LE MONDE
ça s'est bien passé votre rentrée les gens?

Info sport ... peu de choses. Ligue 1 en stand-by le temps de la trêve internationale, moisson de médailles aux jeux paralympiques, Tsitsipas éliminé à l'US Open, et ... well c'est à peu près tout.

Pouahah je regarde Desparate Housewives et Bree vient de lâcher une punchline merveilleuse. Plus je grandis, plus c'est ma préférée des quatre je crois.
BREF ON S'EN FICHE !
Bonne lecture !



***


Chérissez l'amour, Marcus. Faites-en votre plus belle conquête, votre seule ambition. Après les hommes il y aura d'autres hommes. Après les livres, il y a d'autres livres. Après la gloire, il y a d'autres gloires. Après l'argent, il y a encore de l'argent. Mais après l'amour, Marcus, après l'amour il n'y a plus que le sel des larmes.

- Harry Quebert
La vérité sur l'affaire Harry Quebert
Joël Dicker.
***


Chapitre 24 : Doute que les étoiles ne soient que flammes...

Il avait accepté. Il avait accepté ce stupide verre.

Pourquoi ? Il n'en avait pas donné la raison quand j'étais passée dans la matinée pour lui proposer de venir avec moi au centre Plumpton. Leonidas Grims revenait d'un voyage aux Etats-Unis et j'avais vu en son retour l'occasion d'attirer Simon autant que de découvrir ses attentions envers Adrianne. Elles avaient été claires, et je n'eus pas le temps de déployer toutes les techniques que j'avais mise au point pour lui arracher cette information. Il avait levé son livre et seule sa voix étouffée m'était parvenue : « je ne peux pas, je vais voir Adrianne ».

J'avais envie de hurler. De donner un grand coup de poings dans le grimoire pour qu'il s'écrase sur son visage. Mais j'avais dû quitter la place en vitesse : Rose et George étaient sur le point de partir pour leurs premières vacances en couple depuis la naissance de Caroline et prodiguaient à Simon nombre de conseils, d'inquiétudes qui semblait l'exaspérer au plus haut point. Et quand Rose proposa que Caroline vienne passer quelques jours dans la maison familial pour être certaine que le cadet ne meure pas de faim, Simon parut sur le point de mettre ses parents à la porte. Déjà en retard, je n'eus pas le temps de voir le déploiement de la dispute qui semblait germer et repartit avec mon balai et mon sac, complétement fulminante. L'entraînement arrivait à point nommé : j'étais d'une efficacité redoutable quand j'étais en colère. Le match contre Gryffondor l'année dernière, arrivé en pleine tourmente, l'avait prouvé. C'était ce jour-là que Gwladys Sayer m'avait repéré et ce jour-là, chaque souafle avait été doublé du visage de Simon.

Ça ne se démentit pas, ni pendant la séance physique du matin où mes statistiques furent excellentes, ni pendant l'entrainement de l'après-midi où j'envoyais d'un poing rageur le souafle dans le visage d'Eden. Son nez craqua sous le choc et nous fûmes obligés d'interrompre brièvement la séance pour lui permettre de se soigner. J'atterris près du poursuiveur, soigné par Emma Spielman, affolée.

-Bon sang je suis désolée Eden ! Je n'ai absolument pas calculé la trajectoire ...

-Pas grave, bredouilla-t-il pendant qu'Emma nettoyait le sang qui s'échappait abondement de son nez.

-Au contraire, continue comme ça, lança la guérisseuse avec un sourire. Tu as mangé du lion aujourd'hui !

-Oui enfin, si elle peut éviter nous blesser ..., marmonna Cameron.

Swan lui jeta un regard noir et il s'éloigna de quelques pas, sa batte sur l'épaule. J'attendis qu'Emma finisse de soigner Eden pour être pleinement rassurée et risquer un coup d'œil en direction de Dalia. Elle était plongée dans son calepin et je voyais d'ici sa plume donner des coups rageurs sur le papier. Sûr qu'elle devait apprécier ma séance : je doutais avoir été un jour aussi bonne. Mais si le prix à payer était que je casse le nez des poursuiveurs ... je doutais qu'elle doit prête à concéder cela. Je décidai de l'affronter avant que ce ne soit elle qui me lance une pique au pire moment : elle faisait parfois cela pour nous déstabiliser. Et ça marchait à chaque fois.

-Je suis désolée, assurai-je en arrivant à sa hauteur. Je ferais plus attention à l'avenir.

Dalia me jeta un bref regard avant de se replonger dans ses notes. L'esquisse d'un terrain de Quidditch y était dessinée, gribouillé de flèches et de lettres illisibles.

-Dans un match officiel, ce type de coup peut nous coûter un coup franc. Mais c'est assez rare parce qu'il faut prouver la volonté du gardien de faire mal et souvent ce n'est pas ton cas. Et c'est ça qui m'inquiète, si tu veux savoir. Oui, tu es très bonne aujourd'hui. Tu sais pourquoi tu es bonne ? Parce que tu ne contrôles rien. Un véritable feu follet. Tu as le diable au corps aujourd'hui ma petite. Ça attise le meilleur et le pire de toi. Et c'est exactement ce qu'on voit dans ton jeu : le meilleur et le pire. Essaie de filtrer ta rage pour ne laisser passer que le meilleur. Parce que c'est de ça dont il s'agit : tu es en colère.

Je me dandinai d'un pied à l'autre sans chercher à nier. C'était incroyable ce que le sport pouvait vous apprendre sur les gens, comment Dalia avait analysé mon état d'une traite et de façon si juste ... « ça attise le meilleur et le pire de toi ». C'était exactement ce que faisait Simon dans la vie de tous les jours. Et c'était exactement la source de ma colère. Dalia se leva et coinça ses carnets sous son bras.

-Pourquoi, je ne veux pas le savoir. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. La colère est un moteur comme un autre. Apprends simplement à la canaliser et je considérerais la séance comme réussie. (Elle porta le sifflet à ses lèvres et souffla un grand coup qui résonna dans le stade). Allez, si Eden est remis on y retourne ! Les Batteurs, en séance individuelle, Joana tu peux aller faire un peu de cardio si tu veux. Et tous les poursuiveurs contre Bennett !

Elle m'adressa un sourire sarcastique sur ses lèvres décharnés et je faillis le lui rendre. Dalia était sèche, poussait à l'excellence à l'absurde, ne montrait aucun sentiment mais c'était sa façon de faire ressortir le meilleur de nous, de nous faire progresser. La méthode à la McGonagall quand j'avais été maternée toute ma vie par Chourave. C'était difficile pour moi de m'y adapter mais je ne pouvais que lui donner raison : je progressais. Preuve s'il en fallait une, son conseil me fut d'une grande aide pour la suite de la séance. J'avais toujours cette fureur sourde au creux de mon ventre, qui s'attisa quand je songeais que Simon devant être à l'instant même avec Adriana, assis sur une table du Chaudron Baveur ... Peut-être même que la jeune fille avait proposé d'aller plus loin, de dîner un soir, ou d'aller boire un autre verre chez elle ... Puis je clignai les yeux et j'étais éblouie par le soleil et Swan volait droit sur moi en armant une frappe. Dès lors, je prenais une profonde inspiration pour calmer les nerfs, chassait l'image tout en gardant l'énergie et tentai une parade. L'exercice fut fastidieux et je ne parvins pas toujours à gommer Simon de mon esprit mais à la fin Dalia m'adressa un hochement de tête satisfait qui signifiait que j'avais assuré l'essentiel. Elle ne s'attarda pas et nous laissa regagner les vestiaires complétement éreintés.

-Preums pour la douche ! exigea Cameron en se l'appropriant sans vergogne

-En toute simplicité, ironisa Arnold avant de me donner une grande tape dans le dos. Bon, Barbapapa, tu fais quelque chose ce soir ? Ou c'est parce que tu ne fais rien que tu as cassé le nez d'Eden ?

-Oh, laisse-la, le rabroua Swan, déjà nue sous sa serviette. Parle, toi : tu fais quelque chose avec Kate ?

Arnold éclata d'un grand rire et passa la main dans sa barbe aux reflets roux.

-Elle accouche dans quelques semaines alors je pense que ça va être soirée plaid et télévision !

Swan et Eden échangèrent un regard chargé d'incompréhension. Je savais que la femme d'Arnold attendait leur premier enfant et je doutais que c'était cela qui provoquait leur foncement de sourcil. Simplement, les sorciers ne connaissaient pas le plaisir simple de la télévision et je sortis Arnold de l'embarras en embrayant :

-Je pense que ce sera pareil pour moi. Le chocolat en plus.

-Je savais que je pouvais compter sur toi, Mini-pouce, me sourit-t-il en s'installant sur le banc à côté de moi. Tu habites toujours chez tes parents ?

-Oui, mais il est hors de question que j'emménage sans télé. Ta femme l'a accepté ?

Arnold eut un sourire malicieux.

-C'est une moldue, elle. Pas de pouvoir magique donc obligation d'avoir un foyer relié à l'électricité.

-Une moldue ? s'étonna Eden. Comment tu l'as rencontrée ?

La question sonna étrangement à mes oreilles. Pourquoi cette surprise ? Puis je me souvins que les interactions entre sorciers et moldus étaient nulles, si nulles qu'effectivement, une rencontre voire une liaison semblait improbable. Seuls les nés-moldus ou les familles de sorciers qui avaient acceptés que leurs enfants grandissent dans le monde non-magique en fréquentait, mais nous étions loin d'être la majorité. Arnold parut indisposé par le questionnement et répondit d'un ton sec qui avait perdu de sa bonhommie :

-Une longue histoire, je te raconterais quand tu serais plus grand. Bon, au revoir les gosses, j'ai ma femme et mon enfant qui m'attendent à la maison ...

-Qu'il ne se plaigne pas, j'ai trois enfants qui m'attendent, grimaça Swan alors qu'il s'en allait, son balai sur l'épaule. Bon, miss, tu nous racontes maintenant que Barberousse est parti ?

-Raconter quoi ? prétendis-je innocemment.

Swan me gratifia d'un regard perçant, le genre de regard qu'une mère pouvait lancer à son enfant pour lui faire comprendre qu'elle savait parfaitement que c'était lui qui avait cassé le vase de grand-mère sur la commode et que toute tentative pour prétendre le contraire aggraverait son cas. Je poussai un soupir et tentai de la rassurer d'un sourire.

-Ça va. Je suis juste un peu contrariée, ce n'est pas grave ...

-Beaucoup contrariée, rectifia Eden en tâtant son nez. J'ai littéralement senti toute la puissance de ta colère.

-Encore désolée pour ça ...

-Ce n'est pas grave. Mais je mérite de savoir pourquoi j'ai eu le nez cassé, non ?

Je levai les yeux au ciel, refusant de me laisser attendrir.

-Laisse tomber, c'est compliqué.

-Ah, comprit Swan avec un semblant de sourire. Donc ça concerne le neveu de Grims ? Le blond qui était là la dernière fois ?

-Avec qui tu as clairement un comportement de couple même si tu prétends le contraire ? compléta Eden.

-Oh, la douche s'est libérée ...

Je bondis à l'intérieur sans attendre mon reste, provoquant l'éclat de rire de Swan et Eden et l'œil désarçonné de Cameron quand je refermais la porte sur lui. Mes acolytes tambourinèrent à ma porte pour me prévenir qu'ils seraient toujours là quand je sortirais, que je m'étais trahie et tentèrent de m'arracher des informations toute la durée de ma douche qui fut donc tout, sauf reposant. Car à chaque question, les images oniriques de Simon avec Adrianne – forcément dans mon imaginaire plus jolie et plus épanouie que moi – dansaient dans mon esprit et provoquait un mélange désagréable de colère et d'abattement.

C'est idiot, Vic'. C'est juste un verre. Simon te l'a dit : ça n'a pas d'importance. C'est qu'une amie.

Mais il l'avait accepté. Malgré la Saint-Valentin. Il était en ce moment même avec elle, parfaitement conscient que la rencontre avait des allures de rendez-vous galant et qu'Adrianne attendait vraisemblablement de lui un peu plus que de l'amitié. Et il avait accepté.

Fulminante, je me revêtus de mon débardeur et mon sweat informe sur un jean dont la couleur était passée depuis longtemps. Il faudrait que je songe à me racheter des vêtements : sept ans à ne porter que les uniformes de Poudlard avaient sérieusement appauvri ma garde-robe. Peut-être que j'y irais avec Emily et la laisserai faire les choix à ma place, elle avait plus de goût que moi. Je fus soulagée de constater que Swan et Eden avaient renoncé à m'attendre – mon silence avait dû leur faire comprendre que l'affaire me mortifiait plus qu'autre chose – qu'ils avaient quitté le vestiaire. J'adressai un vague salut à ceux qui restaient et m'en fus. Je remontai les marches quatre à quatre jusqu'au bureau du sorcier-vigile-réceptionniste Philibert et sortis de la gare pour transplaner.

Je choisis d'atterrir assez loin de chez moi. Le soleil brillait sur Terre-en-Lande avec de pâle rayon qui irisait le ruisseau qui découpait le village. Les berges étaient souvent vides et je m'y attardais, suivant le cours de l'eau en espérant qu'elle m'apporterait la sérénité qui me manquait. Et pourtant face à son reflet, les points dorés provoquait le soleil m'évoquait une autre image, la couleur que prenait les cheveux de Simon en plein été quand les rayons les blondissaient le plus. Ma gorge se ferma. Je n'en pouvais littéralement plus de ce doute constant. J'avais besoin d'être fixée. Ce n'était pas difficile, non ? J'avais prononcé ces mots un nombre incalculable de fois dans ma vie. « Simon, il faut que je te parle d'un truc ». J'avais pu lui cracher que je m'étais faite agressée, je pouvais y arriver, non ? Mais chaque fois que j'ouvrais la bouche, les mots m'obstruaient désagréablement la gorge et se refusait à s'échapper.

Je poussai un gros soupir et nichai le nez dans l'écharpe que j'avais enroulé autour de mon cou. Je n'avais pas pris le soin de mettre une cape ou un manteau : mes muscles étaient encore chauds de l'entrainement. Et j'avais besoin de ce froid, ce froid glacial de février qui me semblait à l'instant le plus efficace pour contrôler le feu qui brûlait dans mes entrailles. Il avait même neigé la semaine dernière pour la première fois de l'année : les températures n'étaient pas remontées depuis et certains arbres et toits gardaient leur ornement immaculé. Cela donnait au vieux village des aspects de Pré-au-Lard un soir d'hiver et l'idée m'arracha un sourire.

Des berges, je pus entendre parfaitement les cloches de l'église Saint-Edward sonner les dix-neuf heures et je me résolus à reprendre le chemin de chez moi, d'autant que la lumière déclinait. La promenade m'avait fait du bien et avait complétement aéré mon esprit : mes entrailles s'étaient dénouées et je traversai le village d'un pas plus tranquille, moins nerveux. Je cachai mon balai sous mon bras chaque fois que je croisais un villageois mais personne ne me posa de question jusqu'à mon arrivée chez moi. Je pris mes clefs pour ouvrir mon portail – mes parents devaient être sortis pour leur repas romantique – et le refermai derrière moi du plat du talon. Puis mes yeux se levèrent sur la maison et je me figeai totalement. L'espace d'un instant, les battements affolés de mon cœur parurent devenir ma seule réalité

-Qu'est-ce que tu fiches là ?

Simon était assis en travers de ma balancelle, Cyrano de Bergerac entre les mains et un bocal de flammes bleues pressée contre sa poitrine et sa cape couvrant ses jambes comme une couverture. Il ferma le livre sur son pouce et m'adressa un petit sourire.

-Je ne sais pas, tu ne m'as pas vendu Rasta Rockett avec du chocolat ?

-C'était Le cercle des poètes disparus et tout le chocolat est pour moi, précisai-je en avançant prudemment vers lui. Mais tu n'étais pas ... occupé ?

Simon haussa les épaules et se redressa pour poser les pieds sur le sol. Il se leva, sa cape sous le bras et le livre dans la main et me rejoignit en quelques enjambée sous mon porche.

-Ce n'était pas censé durer une éternité ... Tu sais, c'était juste un verre.

-Et ça s'est bien passé ? demandai-je en introduisant ma clef dans ma serrure.

J'espérais avoir garder le ton le plus neutre possible et me forçai à garder mes yeux rivés sur la porte que j'étais en train d'ouvrir. Je devais paraître presque froide, mais froide était moins problématique que furieuse. Je secouai rapidement la tête pour me remettre les idées en place. Je devrais être heureuse qu'il soit là, qu'il ait choisi de passer avec moi alors qu'il avait l'occasion d'être avec elle. C'était censé signifier quelque chose ... Non ?

Il s'adossa à l'embrassure de ma porte, tourné de trois-quart vers moi. Je ne sentais pas la pression de son regard donc je supposais qu'il devait se promener sur le paysage glacé baigné par la lumière du soleil couchant. Je la voyais qui jouait sur le visage de Simon, sa lueur orangée effaçant ses tâches de rousseurs et assombrissant ses yeux par complémentarité. Je me reconcentrais sur ma tâche, agacée par moi-même et par la lenteur de mon action. Finalement, je réussis à tourner la clef et m'engouffrai chez moi avec un soupir de soulagement. J'allumai les lumières et me rendis immédiatement dans la cuisine où Archimède reposait sur son piédestal improvisé par Alexandre au-dessus du buffet. Il nettoyait ses plumes et une lettre était toujours attachée sa patte. Simon caressa l'oiseau du dos de l'index.

-Je trouve que j'ai bien choisi, fanfaronna-t-il.

-Il n'est pas tout marron, rétorquai-je pour la centième fois en dépliant la lettre.

L'écriture d'Emily s'y étalait, belle et furieuse :

Salut Vic' ! Désolée d'avoir tardé à répondre, on est surbooké en ce moment à Ste-Mangouste – tu as entendu de l'immeuble qui avait explosé à Newcastle ? C'était une résidence sorcière, tous les blessés ont atterri chez nous et on doit refaire tout le stock de potion ... Bref. Ça devient presque la routine, c'est horrifiant.

UN VERRE LE JOUR DE LA SAINT-VALENTIN ?! Elle est douée, cette fille parce que pour attirer Simon dans un rencard il faut y aller en finesse ! Non, sérieusement, ça m'étonnerait qu'il accepte, Octavia a dû le travailler au corps pendant des semaines pour qu'il daigne lui accorder de l'attention ... Et vraiment, quand il nous en a parlé, ça avait juste l'air d'être une amie et même moins que ça. J'ai essayé de te faire peur pour te tester mais je pense honnêtement que tu n'as rien à craindre de ce côté de là.

Je pense surtout que tu as toutes les cartes en main. Vic', je sais que Roger t'a dit qu'il trouvait Simon plus évident, mais ça reste Simon : même si c'est vrai, jamais il n'ouvrira la bouche. Je sais que c'est difficile mais c'est comme ça. Il va falloir que ça vienne de toi. Continue d'observer de voir comment il réagit si ça peut te rassurer mais à un moment ... il va falloir te jeter à l'eau. Je sais que c'est compliqué et que c'est nul comme conseil et que tu dois être certainement tétanisée en lisant ces lignes, mais c'est le meilleur que j'ai à te donner.

Bon, je vais me préparer pour ma Saint-Valentin – oh attends, je suis privée de Saint-Valentin parce que mon copain travaille ... Tu me tiens au courant ? Bon sang s'il se passe quelque chose et que je ne suis pas la première au courant, je te jure que je t'en voudrais toute ma vie, Victoria Bennett, tu m'entends ? Sur la tombe de Cédric je le jure !

Bon courage, je t'envoie toute mes forces !

(Ecris-moi, même si je mets un mois à répondre).

Em'.


Je soupirai devant la lettre et jeta un bref coup d'œil à Simon qui s'occupait à goinfrer mon hibou, un léger sourire aux lèvres. Ça faisait des semaines que j'étais en phase d'observation mais chaque fois j'avais l'impression que ça ne faisait que renouer la pelote de laine. Chaque petit geste ne faisait qu'empoisonner mon existence, chaque intention me mettait le doute. Que venait-il faire ici ? Pourquoi était-il venu me voir : pour passer la soirée avec moi ? Ou étais-je une excuse pour abréger son rendez-vous avec Adrianne ? Je relus la lettre, tiraillée. « Ça m'étonnerait qu'il l'accepte » Et pourtant, il était bien allé voir ce verre... « Il n'ouvrira pas la bouche. Il va falloir que ça vienne de toi ».

Oui. Oui, ça je voulais bien le croire. C'était l'immense problème de Simon Bones : chaque part inconnue de lui devait lui être arrachée. De nouveau, je glissai un petit regard sur lui et le petit sourire qu'il abordait face à Archimède. J'avais réussi à lui arracher le pire de lui : son identité. Lui faire admettre que notre relation était tout sauf normale devrait être facile après ça ?

Mon estomac était un véritable chaudron en ébullition et cette agitation rendait mes pensées confuses et lentes. Je fermai les yeux, pris une grande inspiration et finit par me tourner résolument vers Simon. Il me contempla, déboussolé.

-Quoi ?

-Changement de plan. Ça te dit un ciné ? Ça fait une éternité que je n'y ai pas été. Au moins deux ou trois ans.

Simon parut surpris par la proposition. Je ne savais pas d'où m'étais venue cette idée. Sans doute l'idée de me retrouver seule dans mon canapé avec lui à souffle de moi m'angoissait trop : j'avais besoin d'air avant. Mais maintenant qu'elle était jetée, je craignais qu'il me la renvoie à la figure. Ma main se resserra sur la lettre d'Emily et la froissa dans mon poing. Ça doit venir de toi. Fort heureusement, ce fut un petit sourire qui fendit le visage de Simon.

-Et moi plus de dix ans. Ça marche.

***


L'univers avait un drôle d'humour. Car lorsque je passai la porte du cinéma de Gloucester avec Simon, la première affiche qui nous fit à tous les deux envies fut une adaptation du texte complet d'Hamlet. Son fou rire quand il le découvrit nous valut le regard désarçonné de certains couples venus passés une soirée devant des comédies romantiques. Je trouvai au fond de mes poches de manteau de l'argent moldu pour payer les places et le pop-corn et nous pûmes nous installer ensemble dans ce qui devait être la plus petite salle du complexe, occupée uniquement par un couple d'une trentaine d'année qui nous jeta un regard surpris. Ce fut Simon qui nous plaça plutôt au fond de la salle – loin de nos camarades de salles – et qui piqua immédiatement dans le pop-corn dès qu'il fut assis. Je lui pris vertement le paquet.

-Ne mange pas tout alors que les bandes d'annonce n'ont même pas commencées.

-Je n'ai pas mangé ce midi, protesta-t-il en m'arrachant le paquet des mains.

Je levai un sourcil surpris et un sourire moqueur s'étala sur mes lèvres.

-Et pourquoi ? Maman n'était pas là pour te faire à manger ?

J'en fus quitte pour qu'il me lance un pop-corn à la figure. Il avait pris ses aises sur le siège rouge de la salle, s'installant en tailleurs en posant sans la moindre vergogne ses baskets sur le velours. Il avait pris soin de sa tenue : des vêtements moldus, certes avec un sweat à zip et un tee-shirt mais parmi les plus beaux de sa garde-robe. Le sweat de couleur pourpre était même neuf si je n'abusais. J'avais toujours aimé cette couleur sur lui, elle mettait ses yeux en valeur par complémentarité. Mon cœur se serra. Bon sang, il avait réellement fait des efforts ... Je fus tentée de me recroqueviller sur mon fauteuil comme une bête blessée mais me forçai plutôt à demander :

-Bon. Tu me racontes du coup ?

-Te raconter quoi ? interrogea-t-il en engloutissant un nouveau pop-corn.

-Ton verre avec Adrianne. Ça a été ... concluant ?

Je devais savoir. Je devais savoir très vite sinon j'allais lui faire payer la colère qui lacérait mes entrailles depuis ce matin. La bouche de Simon fut agitée d'un tic nerveux. La lumière commençait à lentement se tamiser et l'écran s'alluma pour jeter une lumière crue sur son visage. Il prit le temps de mastiquer quelques pop-corn avant de répondre d'un ton neutre :

-Bah ... Bien. Je veux dire, ça a été, elle est gentille. Mais ça je le savais.

Et bien moi tu ne m'apprends rien Bones ! Je passai mes nerfs en déchiquetant l'étiquette de ma bouteille d'eau. Dans la pénombre qui s'installait, Simon ne pourrait pas capter ce geste d'énervement.

-Et elle est jolie ?

-Euh ... Oui, plutôt mignonne, pourquoi ?

Un bref sourire s'étala sur mes lèvres. Bon sang ce qu'il pouvait avoir des réactions d'enfant. En un sens, ça me rassurait. En un sens, ça m'angoissait. Moi je n'étais plus une enfant. J'avais grandi, j'avais vécu, j'avais appris. C'était l'évidence même que Simon n'avait pas la même expérience que moi en terme de relation. Que le fait même d'être en couple était quelque chose d'incongru pour lui. Fort heureusement, l'idée d'être en couple avec lui l'était tout autant pour moi alors nous étions sur la même longueur d'onde. Je m'affaissai contre mon dossier et un pauvre sourire ourla mes lèvres.

-Tu vas tourner autour du chaudron longtemps ? Tu sais très bien ce que j'essaie de te faire dire. Est-ce que pour une fois, tu peux éviter de faire lutter et juste ... parler ?

Simon me contempla longuement au moment où les premiers mots de la pièce fendaient l'air (« Qui est là ? »). Je l'avouais : j'avais lu la pièce tant de fois que me désintéresser de la toile et de la projection n'était pas difficile. L'air indécis de Simon l'était bien plus. Il abaissa le pop-corn sur ses genoux et j'y vis un signe qu'il cesserait de se cacher derrière sa faim pour refuser de me répondre.

-Elle est mignonne, elle est gentille. C'est vraiment une fille adorable, très intelligente.

Les mots étaient chuchotés et je les entendais à peine à travers le fracas de Marcellus et d'Horatio. Cela me força à m'incliner un peu plus vers lui, à poser le bras sur son accoudoir et à devoir supporter le fait que sa main se retrouva à quelques épouvantables centimètres de la mienne. Les doigts de Simon pianotèrent sur le paquet de pop-corn.

-Mais je n'en sais rien ... C'est comme avec Octavia. Ça pourrait marcher, ça pourrait même me plaire quelques temps. Mais ça resterait creux, sans but, juste ... « comme ça ». C'est ça en fait, je ne vois pas beaucoup d'avenir. Quoiqu'il arrive, ce sera une relation de passage et si ça ne me dérangeait avec Octavia à l'adolescence, là j'ai un peu plus de scrupules.

C'était difficile à juger dans la semi-obscurité, mais il me semblait que les joues de Simon s'étaient colorées durant ses aveux. Je ne savais pas réellement quoi en penser. Du soulagement peut-être en constatant qu'il n'envisageait rien de sérieux avec elle. Une déchirure au cœur parce qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que ça devienne envisageable. Et les doutes, les doutes affreux qui m'assaillaient toujours et qui se demandaient toujours quelle place j'avais dans cette situation, dans ces paroles.

Et moi ? Je serais de passage ?

Je tentai de ne rien laisser paraitre de mes troubles et passai ma frustration sur l'étiquette de ma bouteille. Les yeux de Simon s'était rivé sur l'écran où le spectre du roi apparaissait à Hamlet pour le mettre au courant de son assassinat par Claudius.

-Et tu ne te dis pas ... qu'avec le temps ...

-Non, me coupa immédiatement Simon. Non, vraiment je ne crois pas. Et elle, j'ai eu l'impression que ce qu'elle recherchait, c'était précisément cette longue relation dans laquelle tu t'investies pour la vie.

-Ah, je vois ... Tu lui as dit au revoir avant de prendre les jambes à ton cou ?

J'eus le droit à un nouveau pop-corn qui cette fois heurta mon front et m'arracha un cri de surprise. Le couple devant se tourna brusquement sur nous avec un « Chuuut ! » insistant et je levai une main pour m'excuser pendant que Simon cachait son hilarité dans son paquet de pop-corn. Je n'eus aucun scrupule à le gratifier d'un coup de coude.

-Tais-toi ! Et je rappelle au passage que tout ça est de ta faute ! Et arrête de cracher dans le pop-corn, comment tu veux que j'en mange après ?

-Toi tais-toi ! On arrive à l'acte II ...

-L'acte II ... Oh la la ...

Comprenant parfaitement où il voulait en venir, je remontais mon manteau jusque ma tête pour m'en couvrir et Simon pouffa à côté de moi. Je l'entendis farfouiller dans le pop-corn et attendis avec une boule au creux de la gorge les fameuses répliques qui ne devraient plus tarder maintenant qu'Ophélie parlait de la folie feinte d'Hamlet à son père Polinius. Quand la reine entra en scène, Simon se mit à taper mon épaule de façon insistante, ce à quoi je répondis en secouant frénétiquement la tête sous mon manteau.

-Quoi ? Ceci est adressé d'Hamlet à Ophélie ?

-Attendez ma bonne dame, je lis ... « Doute que les étoiles ne soient que flammes, doute que le soleil n'accomplisse son tour, doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour... ».


-Arrête de rire, marmonnai-je alors que Simon s'esclaffait de plus belle.

-Comment tu veux que j'arrête avec ça, sérieux ?

Sa main glissa au sommet de mon crâne pour attraper un pan de mon manteau et je n'en crispai que plus les miennes pour rester cachée dans noir. Mon visage s'était violement empourpré à la récitation des vers, ces fameux vers qui m'avait fait comprendre que je n'avais jamais aimé Miles. Je revoyais encore Simon les lire sur cette table à la bibliothèque et je regrettai brusquement de ne pas pouvoir faire machine arrière, de l'observer les déclamer, d'analyser ce que je ressentirais à l'idée. Mon cœur se gonfla de beaucoup trop de chose : espoir, panique ... sérénité. A l'abri sous mon manteau, je poussai un soupir. C'était peut-être le pire dans cette affaire, cette sérénité que je ressentais chaque fois que je posais des mots sur ce que je ressentais pour Simon. De l'amour, de façon si absolu qu'il m'effrayait presque. Faute de pouvoir remonter le temps, je récitai les vers dans ma tête tout en ayant conscience de la proximité de Simon, de son souffle régulier à côté de moi, de sa main qui ne s'était pas ôté de mon manteau et dont je sentais la chaleur.

Doute que les étoiles ne soient que flammes

Doute que le soleil n'accomplisse son tour

Doute que la vérité soit menteuse infâme

Mais ne doute jamais de mon amour.


Heureusement que j'étais invisible sous mon manteau : mes lèvres, emportées par mon cœur sur le point d'exploser, s'étaient risquées à esquisser le dernier vers. Ça m'avait aidé dans la visualisation, rendu l'instant plus réel et ce qui en découlait plus prégnant. Simon avait parlé d'Adrianne, de son angoisse quant à ses attentes car elle espérait une relation à long terme. Ma gorge se serra et mes mains remontèrent mécaniquement sur ma poitrine qui s'était mise à battre à un rythme affolé, erratique, irrégulier.

C'était là depuis l'enfance. Ça grossissait depuis l'enfance, ça s'amplifiait chaque jour à chaque geste, à chaque mot. Ça ne disparaîtrait pas comme ça. C'était là pour la vie. Et c'était sans doute ce qui m'effrayait le plus dans cette histoire.

Et si ça m'effrayait moi, ça terrifierait Simon. C'était certain.

-Hé.

La main de Simon sur mon manteau se fit plus hésitante. Lentement, après être certaine d'apparaître avec un visage montrable, je décrispais mes doigts et le laissai me découvrir. La lumière agressive de la toile m'agressa la rétine et me fit plisser les yeux : la scène avait défilé et à présent Hamlet parlaient aux comédiens censés jouer devant la cour le meurtre de son père. Une mise en abyme, une mise à distance ... J'avais besoin d'une mise à distance mais Simon posa une main sur mon épaule.

-Tu es sûre que ça va ? Tu es restée beaucoup trop temps là-dessous ...

Je sentais la sincère inquiétude dans sa voix, aussi m'efforçai-je de le rassurer d'un sourire qui me sembla affreusement forcé.

-Ça va ... j'ai juste eu ... une journée épuisante.

-Ça n'a pas été l'entrainement ?

-Si, très bien. Juste épuisant.

-Tu ne préférais pas qu'on reste chez toi ... ? Ou même que je te laisse d'ailleurs, si tu veux aller dormir ...

Je fus presque suffoquée de l'immense « non » qui monta en moi. Je ne voulais pas aller dormir, je ne voulais pas quitter cette salle de cinéma, malgré mon estomac réduit à une bouillie de sentiments indistincts, malgré les doutes, malgré toutes mes réactions fortes et insensées à chaque mot. Mais c'était justement pour mettre fin à tout cela qu'il fallait que je me fasse violence et cesse de fuir.

Mais sa prévenance me toucha. Cela évoqua pour moi ce que Roger avait laissé entendre sur l'instinct de protection que Simon semblait avoir avec moi, instinct qui l'avait poussé à s'égosiller contre Ombrage, ou contre moi quand j'étais revenue de Londres après l'attaque des Détraqueurs.

« Si tu oses m'abandonner pour jouer à l'héroïne, alors je me ferais un plaisir d'aller cracher sur ta tombe ».

Ça signifie quelque chose. Ça signifie quelque chose.

Comme cette main qui restait sur mon épaule et qui la pressa devant mon mutisme.

-Vicky ...

Vicky. Ça aussi ça signifiait quelque chose. Je n'étais Vicky que pour lui.

-Non ça va t'inquiète. Je peux avoir le pop-corn ?

Simon paraissait toujours dubitatif lorsqu'il me tendit le paquet dans lequel je picorais, plus pour m'occuper les mains que par réelle envie. Il me fixait toujours, les sourcils froncés, son visage animé des différentes lumières que la projection jetait sur nous. Elle lui donnait différentes colorations, différents jeux d'ombres qui rendait difficile la lecture de son expression.

-C'est à cause d'Adrianne ?

-Quoi ?

Mon cri devait tenir du couinement qui fit s'envoler les sourcils de Simon sous ses mèches folles. Au moins, il n'avait pas pris le temps de se coiffer.

-Ton attitude. J'ai l'impression que tu es hyper détachée depuis qu'on est ici ... Tu es encore en colère contre moi parce que je t'ai caché quelque chose, c'est ça ?

Non. Oui. Presque.

-Est-ce que j'ai dit quoique ce soit ? préférai-je opposer d'un ton calme.

-Tu n'as pas besoin.

Le sourire désabusé qui s'étira sur mes lèvres accentua le froncement de sourcil de Simon. Il détourna le regard et s'enfonça dans son fauteuil, la tempe appuyée contre son poing.

-Mais je rêve, tu essaies de faire semblant avec moi ...

-Faire semblant de quoi ?

-Et bien tu sais quoi ? Je ne sais même pas ! Mais je sais que ça ne date pas d'aujourd'hui, ça fait au moins quelques semaines que je te sens distante et que je n'arrive pas à mettre le doigt sur la raison. La seule chose que je vois c'est cette histoire de choses que je te cache : mon deuxième prénom, Adrianne ...

-Donc ... tu cachais Adrianne ?

Simon poussa un grognement de frustration en tournant la tête et mon cœur manqua un battement. Ce n'était pas qu'il ne m'en avait pas parlé : il me l'avait caché. Et ça changeait beaucoup de choses et ravivait les braises de la colère qui m'avait animée toute la journée.

-Mais pourquoi ? Si ce n'est pas important, pourquoi tu me l'as cachée ?

Un sourire férocement satisfait s'étira sur les lèvres de Simon.

-Donc, ça te dérange.

-Pourquoi, Simon ?

-Mais admets-le !

-Il me semble que je t'en ai déjà parlé, non ? répliquai-je, exaspérée. Que je t'ai dit que ça me mettait hors de moi que tu n'aies pas confiance en moi comme j'avais confiance en toi et que j'étais fatiguée de devoir lutter pour découvrir chaque parcelle de toi ! Maintenant à toi de me dire pourquoi tu me caches des détails sans importances !

-Parce que c'est sans importance justement ! Je ne te demande pas de me parler de tes coéquipiers, à ce que je sache ? Ce que tu fais, avec qui, avec toi, pourquoi tu restes chaque fois un peu plus avec Eden, il me semble que je ne te le demande jamais, non ?

Je clignai des yeux, prise de court par l'argumentaire qui se retournait contre moi sans que je ne l'aie vu venir. Et pire que tout, je n'avais pas du tout conscience que Simon avait connaissance des informations qui venaient de franchir ses lèvres.

-Comment tu sais que je me prolonge toujours mes entrainements avec Eden ?

-Parce que Leonidas me l'a dit la fois où je suis venu !

-Oh les gosses ! s'écria l'homme devant nous. Bécotez-vous au lieu de crier !

Ce fut difficile de déterminer qui rougit le plus fort entre Simon et moi. Je plaquai une main sur mon visage et m'enfonçai dans mon fauteuil de tel sorte à ce que je voyais même plus l'écran où la pièce voulue par Hamlet était enfin jouée. C'était le milieu de l'acte III ... Nous étions à peine au milieu du film et je me sentais déjà étouffer. C'était sans doute l'une des pires idées que je n'avais jamais eue ...

-Tu crois qu'il pense qu'on a quel âge pour nous appeler « les gosses » ? me souffla Simon.

Il s'était avachi aussi sur son fauteuil, les pieds callés contre celui d'en face et ses jambes repliées. Ses joues gardaient des traces de rougeur crument révélées par la projection. Je le toisai du coin de l'œil, incrédule.

-Tu es sérieux ?

-Tu as raison, on fait tous les deux moins de dix-huit ans, c'est évident.

-Bones, je vais t'arracher les yeux !

-Change de disque, Bennett.

-Je rêve ... Tu veux vraiment plaisanter alors que ça fait dix minutes que tu t'énerves contre moi ?

Simon se trouva une nouvelle passion pour la contemplation du plafond. Peu lui importait que devant nous, Hamlet tuait par erreur Polinius, le père de son aimée Ophélie qu'il pensait être son oncle Claudius. Ses doigts pianotaient l'accoudoir avec une certaine frénésie et trahissait à la fois sa nervosité et la chanson qu'il avait dans la tête.

-Ce n'est pas ... je ne suis pas énervé. C'est juste que j'en ai assez que tu me fasses payer des choses auxquelles je ne peux rien. Tu me fais la tête parce que tu penses que je ne t'ai pas dit pour ma tante, parce que tu ne sais pas tu ...

Il fronça les sourcils de plus belle et ferma la bouche pour s'éviter de bafouiller. Il jeta un regard noir à la femme qui s'était retournée pour nous lorgner de façon suspicieuse.

-En fait j'ai l'impression que tu me fais payer le fait que je ne t'ai jamais dit la vérité, avoua-t-il finalement dans un murmure rageur. Qu'au début tu acceptais parce qu'il était évident que j'allais mal et que tu es Sainte-Victoria, toujours là pour porter les autres au détriment de toi-même. Mais au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais.

J'aurais préféré qu'il n'aborde jamais le sujet. Parce qu'il avait raison et que c'était la raison qui rendait ses cachotteries si sensibles, si blessantes. En un sens, j'étais toujours blessée d'avoir dû lui arracher envers et contre tout cette information. Mais c'était mettre du sel sur la plaie : j'avais déjà beaucoup trop de chose capable de me faire exploser, pourquoi fallait-il qu'il y ajoute cet aspect ? Je refermai mon poing contre ma bouche, muette et il finit par renifler avec dépit.

-Tu ne nies pas. J'ai raison ?

-Je t'en veux toujours un peu, admis-je dans un filet de voix. Mais je ne te le fais pas payer.

Simon essuya un petit rire incrédule qui me mit les nerfs à vif. Je dardai sur lui un regard flamboyant.

-Et tu ne me rends pas les choses faciles, Bones ! Le mystère sur ton deuxième prénom ... Bon sang, c'est comme si ça t'amusait ! Comme si c'était drôle pour toi de te voir galérer, comme si tu languissais de cette situation et vu tous les efforts que j'ai dû faire pour toi, oui ça me met hors de moi.

Je croisai mes bras et mes jambes dans une position de repli.

-Je te l'ai déjà dit, je ne vois pas pourquoi on y revient.

-Parce que c'est un peu hypocrite de ta part de me reprocher des choses que tu fais toi-même ?

-Tu sais mon nom complet et tu te fais un plaisir de me le faire savoir, persifflai-je, furieuse. T'es sadique.

-Je ne parlais pas des noms, Vicky.

Mes sourcils se froncèrent seuls et mon esprit remonta jusqu'à la source de cette conversation. De nouveau, j'eus l'impression qu'on injectait un liquide glacial dans mes veines et une lumière venue de nulle part jaillit en moi.

-Tu voulais me parler d'Eden, réalisai-je.

-Pas exactement, rétorqua-t-il sèchement. Juste te démontrer que tu n'avais pas à me reprocher de ne pas t'avoir parlé d'Adrianne.

-Mais il ne se passe rien avec Eden ... Pourquoi je t'en aurais parlé ? C'est juste ...

-Un collègue ? ironisa-t-il. Comme Adrianne.

-Mais je ne t'ai jamais rien dit ! Simon, à quel moment je t'ai reproché quoique ce soit ? D'accord, j'ai été surprise que tu avais un rencard avec une fille mais je ne t'ai pas dit que ...

-Pas avec des mots, mais tu t'es vue depuis qu'on est entré ici ? Et puis même je te l'ai dit, ça date de plusieurs semaines au moins, tu ... Vicky !

Je venais de me lever d'un bond et le pop-corn s'était déversé à terre en un fracas qui se fit retourner le couple. Je pris mon manteau, le lançai sur mon épaule et descendis les marches lumineuses de la pièce au moment où Ophélie devenait folle à la découverte de la mort de son père. On arrivait dans le pire d'Hamlet : je n'avais pas envie de voir la fin.

Je n'avais forcément envie de voir la fin de cette conversation.

J'occultai Simon qui m'appelait et me suivait dans la salle et passer rapidement la porte qui m'amena directement dehors. La nuit était tombée et ce ne fut qu'en sentant l'air frai sur ma peau que je me rendis compte que je pleurais. J'essuyais ma larme d'un revers de manche, le cœur au bord des lèvres.

Il fallait qu'on parle. Mais pas comme ça.

Alors sans lui laisser le temps de me rattraper, sans même vérifier qu'aucun passant ne pourrait me découvrir, je transplanai.

***


Et très clairement, ce chapitre n'était pas un cadeau. .

Pour la petite histoire, j'ai bien été voir les films qui étaient sorti en février 1997 et quand j'ai vu qu'une version complète d'Hamlet était dans les salles, j'ai éclaté de rire. C'était le destin.
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Perripuce a écrit : sam. 04 sept., 2021 3:35 pm BONJOUR TOUT LE MONDE
ça s'est bien passé votre rentrée les gens?

Info sport ... peu de choses. Ligue 1 en stand-by le temps de la trêve internationale, moisson de médailles aux jeux paralympiques, Tsitsipas éliminé à l'US Open, et ... well c'est à peu près tout. Oh bha non Tsitsipas !

Pouahah je regarde Desparate Housewives et Bree vient de lâcher une punchline merveilleuse. Plus je grandis, plus c'est ma préférée des quatre je crois.
BREF ON S'EN FICHE !
Bonne lecture !

OUI PARCE QUE C EST L HEURE DE LIRE ET DE COMMENTER EN MEME TEMPS PARCE QUE CA LE VAUT BIEN

***


Chérissez l'amour, Marcus. Faites-en votre plus belle conquête, votre seule ambition. Après les hommes il y aura d'autres hommes. Après les livres, il y a d'autres livres. Après la gloire, il y a d'autres gloires. Après l'argent, il y a encore de l'argent. Mais après l'amour, Marcus, après l'amour il n'y a plus que le sel des larmes.

- Harry Quebert
La vérité sur l'affaire Harry Quebert
Joël Dicker.
Meilleur livre du moooooooooonde

***


Chapitre 24 : Doute que les étoiles ne soient que flammes... Héhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéh

Il avait accepté. Il avait accepté ce stupide verre.

Pourquoi ? Il n'en avait pas donné la raison quand j'étais passée dans la matinée pour lui proposer de venir avec moi au centre Plumpton. Leonidas Grims revenait d'un voyage aux Etats-Unis et j'avais vu en son retour l'occasion d'attirer Simon autant que de découvrir ses attentions envers Adrianne. Elles avaient été claires, et je n'eus pas le temps de déployer toutes les techniques que j'avais mise au point pour lui arracher cette information. Il avait levé son livre et seule sa voix étouffée m'était parvenue : « je ne peux pas, je vais voir Adrianne ». MAIS SIMOOOOOOOOOOOOOOOOOON

J'avais envie de hurler. Moi aussi ! De donner un grand coup de poings dans le grimoire pour qu'il s'écrase sur son visage. Mais j'avais dû quitter la place en vitesse : Rose et George étaient sur le point de partir pour leurs premières vacances en couple depuis la naissance de Caroline Ola, ça remonte ça, faut pas faire ça, hein les lecteurs,ON PREND SOIN DE SON COUPLE MEME QUAND ON A DES ENFANTS et prodiguaient à Simon nombre de conseils, d'inquiétudes qui semblait l'exaspérer au plus haut point. Et quand Rose proposa que Caroline vienne passer quelques jours dans la maison familial pour être certaine que le cadet ne meure pas de faim, Simon parut sur le point de mettre ses parents à la porte. Déjà en retard, je n'eus pas le temps de voir le déploiement de la dispute qui semblait germer et repartit avec mon balai et mon sac, complétement fulminante. L'entraînement arrivait à point nommé : j'étais d'une efficacité redoutable quand j'étais en colère. Le match contre Gryffondor l'année dernière, arrivé en pleine tourmente, l'avait prouvé. C'était ce jour-là que Gwladys Sayer m'avait repéré et ce jour-là, chaque souafle avait été doublé du visage de Simon. hahahaha et bien REBELOTE

Ça ne se démentit pas, ni pendant la séance physique du matin où mes statistiques furent excellentes, ni pendant l'entrainement de l'après-midi où j'envoyais d'un poing rageur le souafle dans le visage d'Eden. Son nez craqua sous le choc Aïîîîîe et nous fûmes obligés d'interrompre brièvement la séance pour lui permettre de se soigner. J'atterris près du poursuiveur, soigné par Emma Spielman, affolée.

-Bon sang je suis désolée Eden ! Je n'ai absolument pas calculé la trajectoire ...

-Pas grave, bredouilla-t-il pendant qu'Emma nettoyait le sang qui s'échappait abondement de son nez.

-Au contraire, continue comme ça, lança la guérisseuse avec un sourire. Tu as mangé du lion aujourd'hui !

-Oui enfin, si elle peut éviter nous blesser ..., marmonna Cameron.

Swan lui jeta un regard noir et il s'éloigna de quelques pas, sa batte sur l'épaule. J'attendis qu'Emma finisse de soigner Eden pour être pleinement rassurée et risquer un coup d'œil en direction de Dalia. Elle était plongée dans son calepin et je voyais d'ici sa plume donner des coups rageurs sur le papier. Sûr qu'elle devait apprécier ma séance : je doutais avoir été un jour aussi bonne. Mais si le prix à payer était que je casse le nez des poursuiveurs Ouais nan c'est bof :lol: ... je doutais qu'elle doit prête à concéder cela. Je décidai de l'affronter avant que ce ne soit elle qui me lance une pique au pire moment : elle faisait parfois cela pour nous déstabiliser. Et ça marchait à chaque fois.

-Je suis désolée, assurai-je en arrivant à sa hauteur. Je ferais plus attention à l'avenir.

Dalia me jeta un bref regard avant de se replonger dans ses notes. L'esquisse d'un terrain de Quidditch y était dessinée, gribouillé de flèches et de lettres illisibles.

-Dans un match officiel, ce type de coup peut nous coûter un coup franc. Mais c'est assez rare parce qu'il faut prouver la volonté du gardien de faire mal et souvent ce n'est pas ton cas. Et c'est ça qui m'inquiète, si tu veux savoir. Oui, tu es très bonne aujourd'hui. Tu sais pourquoi tu es bonne ? Parce que tu ne contrôles rien. Un véritable feu follet. Tu as le diable au corps aujourd'hui ma petite. Ça attise le meilleur et le pire de toi. Et c'est exactement ce qu'on voit dans ton jeu : le meilleur et le pire. Essaie de filtrer ta rage pour ne laisser passer que le meilleur. Parce que c'est de ça dont il s'agit : tu es en colère.

Je me dandinai d'un pied à l'autre sans chercher à nier. C'était incroyable ce que le sport pouvait vous apprendre sur les gens, comment Dalia avait analysé mon état d'une traite et de façon si juste ... « ça attise le meilleur et le pire de toi ». C'était exactement ce que faisait Simon dans la vie de tous les jours Poueheheheh. Et c'était exactement la source de ma colère. Dalia se leva et coinça ses carnets sous son bras.

-Pourquoi, je ne veux pas le savoir. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. La colère est un moteur comme un autre. Apprends simplement à la canaliser et je considérerais la séance comme réussie. (Elle porta le sifflet à ses lèvres et souffla un grand coup qui résonna dans le stade). Allez, si Eden est remis on y retourne ! Les Batteurs, en séance individuelle, Joana tu peux aller faire un peu de cardio si tu veux. Et tous les poursuiveurs contre Bennett ! Ca a l'air flippant un peu

Elle m'adressa un sourire sarcastique sur ses lèvres décharnés et je faillis le lui rendre. Dalia était sèche, poussait à l'excellence à l'absurde, ne montrait aucun sentiment mais c'était sa façon de faire ressortir le meilleur de nous, de nous faire progresser. La méthode à la McGonagall quand j'avais été maternée toute ma vie par Chourave. C'était difficile pour moi de m'y adapter mais je ne pouvais que lui donner raison : je progressais. Preuve s'il en fallait une, son conseil me fut d'une grande aide pour la suite de la séance. J'avais toujours cette fureur sourde au creux de mon ventre, qui s'attisa quand je songeais que Simon devant être à l'instant même avec Adriana, assis sur une table du Chaudron Baveur ... Peut-être même que la jeune fille avait proposé d'aller plus loin, de dîner un soir, ou d'aller boire un autre verre chez elle Mdr le pire c'est que Simon est capable de dire oui, pour se retrouver la bouche d'Adriana sur la sienne sans avoir ce qui se passe ... Puis je clignai les yeux et j'étais éblouie par le soleil et Swan volait droit sur moi en armant une frappe. Dès lors, je prenais une profonde inspiration pour calmer les nerfs, chassait l'image tout en gardant l'énergie et tentai une parade. L'exercice fut fastidieux et je ne parvins pas toujours à gommer Simon de mon esprit mais à la fin Dalia m'adressa un hochement de tête satisfait qui signifiait que j'avais assuré l'essentiel. Elle ne s'attarda pas et nous laissa regagner les vestiaires complétement éreintés.

-Preums pour la douche ! exigea Cameron en se l'appropriant sans vergogne

-En toute simplicité, ironisa Arnold avant de me donner une grande tape dans le dos. Bon, Barbapapa, tu fais quelque chose ce soir ? Ou c'est parce que tu ne fais rien que tu as cassé le nez d'Eden ?

-Oh, laisse-la, le rabroua Swan, déjà nue sous sa serviette. Parle, toi : tu fais quelque chose avec Kate ?

Arnold éclata d'un grand rire et passa la main dans sa barbe aux reflets roux.

-Elle accouche dans quelques semaines alors je pense que ça va être soirée plaid et télévision ! OOOOH un bébé !

Swan et Eden échangèrent un regard chargé d'incompréhension. Je savais que la femme d'Arnold attendait leur premier enfant et je doutais que c'était cela qui provoquait leur foncement de sourcil. Simplement, les sorciers ne connaissaient pas le plaisir simple de la télévision et je sortis Arnold de l'embarras en embrayant :

-Je pense que ce sera pareil pour moi. Le chocolat en plus.

-Je savais que je pouvais compter sur toi, Mini-pouce, me sourit-t-il en s'installant sur le banc à côté de moi. Tu habites toujours chez tes parents ?

-Oui, mais il est hors de question que j'emménage sans télé. Ta femme l'a accepté ?

Arnold eut un sourire malicieux.

-C'est une moldue, elle. Pas de pouvoir magique donc obligation d'avoir un foyer relié à l'électricité.

-Une moldue ? s'étonna Eden. Comment tu l'as rencontrée ?

La question sonna étrangement à mes oreilles. Pourquoi cette surprise ? Puis je me souvins que les interactions entre sorciers et moldus étaient nulles, si nulles qu'effectivement, une rencontre voire une liaison semblait improbable. Seuls les nés-moldus ou les familles de sorciers qui avaient acceptés que leurs enfants grandissent dans le monde non-magique en fréquentait, mais nous étions loin d'être la majorité. Arnold parut indisposé par le questionnement et répondit d'un ton sec qui avait perdu de sa bonhommie : J'avoue ça sonne un peu malpoli comme question

-Une longue histoire, je te raconterais quand tu serais plus grand. Bon, au revoir les gosses, j'ai ma femme et mon enfant qui m'attendent à la maison ...

-Qu'il ne se plaigne pas, j'ai trois enfants qui m'attendent, grimaça Swan alors qu'il s'en allait, son balai sur l'épaule. Bon, miss, tu nous racontes maintenant que Barberousse est parti ?

-Raconter quoi ? prétendis-je innocemment.

Swan me gratifia d'un regard perçant, le genre de regard qu'une mère pouvait lancer à son enfant pour lui faire comprendre qu'elle savait parfaitement que c'était lui qui avait cassé le vase de grand-mère sur la commode et que toute tentative pour prétendre le contraire aggraverait son cas. Je poussai un soupir et tentai de la rassurer d'un sourire.

-Ça va. Je suis juste un peu contrariée, ce n'est pas grave ...

-Beaucoup contrariée, rectifia Eden en tâtant son nez. J'ai littéralement senti toute la puissance de ta colère.

-Encore désolée pour ça ...

-Ce n'est pas grave. Mais je mérite de savoir pourquoi j'ai eu le nez cassé, non ? C'est pas faux !

Je levai les yeux au ciel, refusant de me laisser attendrir.

-Laisse tomber, c'est compliqué.

-Ah, comprit Swan avec un semblant de sourire. Donc ça concerne le neveu de Grims ? Le blond qui était là la dernière fois ?

-Avec qui tu as clairement un comportement de couple même si tu prétends le contraire ? compléta Eden.Hahahaha ils me tuent

-Oh, la douche s'est libérée ...

Je bondis à l'intérieur sans attendre mon reste Quelle lâche :lol: , provoquant l'éclat de rire de Swan et Eden et l'œil désarçonné de Cameron quand je refermais la porte sur lui. Mes acolytes tambourinèrent à ma porte pour me prévenir qu'ils seraient toujours là quand je sortirais, que je m'étais trahie et tentèrent de m'arracher des informations toute la durée de ma douche qui fut donc tout, sauf reposant. Car à chaque question, les images oniriques de Simon avec Adrianne – forcément dans mon imaginaire plus jolie et plus épanouie que moi – dansaient dans mon esprit et provoquait un mélange désagréable de colère et d'abattement.

C'est idiot, Vic'. C'est juste un verre. Simon te l'a dit : ça n'a pas d'importance. C'est qu'une amie.

Mais il l'avait accepté. Malgré la Saint-Valentin. Il était en ce moment même avec elle, parfaitement conscient que la rencontre avait des allures de rendez-vous galant Oui parce que les filles l'ont forcé à l'admettre mais il aurait pas trouvé tout seul :lol: et qu'Adrianne attendait vraisemblablement de lui un peu plus que de l'amitié. Et il avait accepté.

Fulminante, je me revêtus de mon débardeur et mon sweat informe sur un jean dont la couleur était passée depuis longtemps. Il faudrait que je songe à me racheter des vêtements : sept ans à ne porter que les uniformes de Poudlard avaient sérieusement appauvri ma garde-robe. Peut-être que j'y irais avec Emily et la laisserai faire les choix à ma place, elle avait plus de goût que moi. Je fus soulagée de constater que Swan et Eden avaient renoncé à m'attendre – mon silence avait dû leur faire comprendre que l'affaire me mortifiait plus qu'autre chose – qu'ils avaient quitté le vestiaire. J'adressai un vague salut à ceux qui restaient et m'en fus. Je remontai les marches quatre à quatre jusqu'au bureau du sorcier-vigile-réceptionniste Philibert et sortis de la gare pour transplaner.

Je choisis d'atterrir assez loin de chez moi. Le soleil brillait sur Terre-en-Lande avec de pâle rayon qui irisait le ruisseau qui découpait le village. Les berges étaient souvent vides et je m'y attardais, suivant le cours de l'eau en espérant qu'elle m'apporterait la sérénité qui me manquait. Et pourtant face à son reflet, les points dorés provoquait le soleil m'évoquait une autre image, la couleur que prenait les cheveux de Simon en plein été quand les rayons les blondissaient le plus Elle est tellement accro :lol: :lol: :lol: . Ma gorge se ferma. Je n'en pouvais littéralement plus de ce doute constant. J'avais besoin d'être fixée. Ce n'était pas difficile, non ? J'avais prononcé ces mots un nombre incalculable de fois dans ma vie. « Simon, il faut que je te parle d'un truc ». J'avais pu lui cracher que je m'étais faite agressée, je pouvais y arriver, non ? Mais chaque fois que j'ouvrais la bouche, les mots m'obstruaient désagréablement la gorge et se refusait à s'échapper. Envoie un sms pour lui dire, après t'es obligée de parler AHEM AHEM

Je poussai un gros soupir et nichai le nez dans l'écharpe que j'avais enroulé autour de mon cou. Je n'avais pas pris le soin de mettre une cape ou un manteau : mes muscles étaient encore chauds de l'entrainement. Et j'avais besoin de ce froid, ce froid glacial de février qui me semblait à l'instant le plus efficace pour contrôler le feu qui brûlait dans mes entrailles. Il avait même neigé la semaine dernière pour la première fois de l'année : les températures n'étaient pas remontées depuis et certains arbres et toits gardaient leur ornement immaculé. Cela donnait au vieux village des aspects de Pré-au-Lard un soir d'hiver et l'idée m'arracha un sourire.

Des berges, je pus entendre parfaitement les cloches de l'église Saint-Edward sonner les dix-neuf heures et je me résolus à reprendre le chemin de chez moi, d'autant que la lumière déclinait. La promenade m'avait fait du bien et avait complétement aéré mon esprit : mes entrailles s'étaient dénouées et je traversai le village d'un pas plus tranquille, moins nerveux. Je cachai mon balai sous mon bras Ca rentre pas trop sous un bras, non ? :lol: chaque fois que je croisais un villageois mais personne ne me posa de question jusqu'à mon arrivée chez moi. Je pris mes clefs pour ouvrir mon portail – mes parents devaient être sortis pour leur repas romantique – et le refermai derrière moi du plat du talon. Puis mes yeux se levèrent sur la maison et je me figeai totalement. L'espace d'un instant, les battements affolés de mon cœur parurent devenir ma seule réalité

-Qu'est-ce que tu fiches là ?

Simon était assis en travers de ma balancelle AAAAAAAAAAAAAAAHHFZRILGJIETJGUJRHGIZJGUOHIPTBJHJUHB, Cyrano de Bergerac entre les mains et un bocal de flammes bleues pressée contre sa poitrine et sa cape couvrant ses jambes comme une couverture. Il ferma le livre sur son pouce et m'adressa un petit sourire.

-Je ne sais pas, tu ne m'as pas vendu Rasta Rockett avec du chocolat ?

-C'était Le cercle des poètes disparus et tout le chocolat est pour moi, précisai-je en avançant prudemment vers lui. Mais tu n'étais pas ... occupé ?

Simon haussa les épaules et se redressa pour poser les pieds sur le sol. Il se leva, sa cape sous le bras et le livre dans la main et me rejoignit en quelques enjambée sous mon porche.

-Ce n'était pas censé durer une éternité ... Tu sais, c'était juste un verre.

-Et ça s'est bien passé ? demandai-je en introduisant ma clef dans ma serrure.

J'espérais avoir garder le ton le plus neutre possible et me forçai à garder mes yeux rivés sur la porte que j'étais en train d'ouvrir. Je devais paraître presque froide, mais froide était moins problématique que furieuse Welp, c'est sûr que ça susciterait des questions. Je secouai rapidement la tête pour me remettre les idées en place. Je devrais être heureuse qu'il soit là, qu'il ait choisi de passer avec moi alors qu'il avait l'occasion d'être avec elle. C'était censé signifier quelque chose ... Non ?

Il s'adossa à l'embrassure de ma porte, tourné de trois-quart vers moi. Je ne sentais pas la pression de son regard donc je supposais qu'il devait se promener sur le paysage glacé baigné par la lumière du soleil couchant. Je la voyais qui jouait sur le visage de Simon, sa lueur orangée effaçant ses tâches de rousseurs et assombrissant ses yeux par complémentarité. Je me reconcentrais sur ma tâche, agacée par moi-même et par la lenteur de mon action. Finalement, je réussis à tourner la clef et m'engouffrai chez moi avec un soupir de soulagement. J'allumai les lumières et me rendis immédiatement dans la cuisine où Archimède reposait sur son piédestal improvisé par Alexandre au-dessus du buffet. Il nettoyait ses plumes et une lettre était toujours attachée sa patte. Simon caressa l'oiseau du dos de l'index.

-Je trouve que j'ai bien choisi, fanfaronna-t-il.

-Il n'est pas tout marron, rétorquai-je pour la centième fois en dépliant la lettre.

L'écriture d'Emily s'y étalait, belle et furieuse :

Salut Vic' ! Désolée d'avoir tardé à répondre, on est surbooké en ce moment à Ste-Mangouste – tu as entendu de l'immeuble qui avait explosé à Newcastle ? C'était une résidence sorcière, tous les blessés ont atterri chez nous et on doit refaire tout le stock de potion ... Bref. Ça devient presque la routine, c'est horrifiant.

UN VERRE LE JOUR DE LA SAINT-VALENTIN ?! Hahahaha oh non lire ça avec Simon juste derrière :lol: Elle est douée, cette fille parce que pour attirer Simon dans un rencard il faut y aller en finesse ! Non, sérieusement, ça m'étonnerait qu'il accepte, Octavia a dû le travailler au corps pendant des semaines pour qu'il daigne lui accorder de l'attention ... Et vraiment, quand il nous en a parlé, ça avait juste l'air d'être une amie et même moins que ça. J'ai essayé de te faire peur pour te tester mais je pense honnêtement que tu n'as rien à craindre de ce côté de là.

Je pense surtout que tu as toutes les cartes en main. Vic', je sais que Roger t'a dit qu'il trouvait Simon plus évident, mais ça reste Simon : même si c'est vrai, jamais il n'ouvrira la bouche. Je sais que c'est difficile mais c'est comme ça. Il va falloir que ça vienne de toi. Continue d'observer de voir comment il réagit si ça peut te rassurer mais à un moment ... il va falloir te jeter à l'eau. Je sais que c'est compliqué et que c'est nul comme conseil et que tu dois être certainement tétanisée en lisant ces lignes SURTOUT AVEC SIMON A COTE, mais c'est le meilleur que j'ai à te donner.

Bon, je vais me préparer pour ma Saint-Valentin – oh attends, je suis privée de Saint-Valentin parce que mon copain travaille ... Tu me tiens au courant ? Bon sang s'il se passe quelque chose et que je ne suis pas la première au courant, je te jure que je t'en voudrais toute ma vie, Victoria Bennett, tu m'entends ? Sur la tombe de Cédric je le jure !

Bon courage, je t'envoie toute mes forces !

(Ecris-moi, même si je mets un mois à répondre).

Em'.


Je soupirai devant la lettre et jeta un bref coup d'œil à Simon qui s'occupait à goinfrer mon hibou, un léger sourire aux lèvres. Ça faisait des semaines que j'étais en phase d'observation mais chaque fois j'avais l'impression que ça ne faisait que renouer la pelote de laine. Chaque petit geste ne faisait qu'empoisonner mon existence, chaque intention me mettait le doute. Que venait-il faire ici ? Pourquoi était-il venu me voir : pour passer la soirée avec moi ? Ou étais-je une excuse pour abréger son rendez-vous avec Adrianne ? Je relus la lettre, tiraillée. « Ça m'étonnerait qu'il l'accepte » Et pourtant, il était bien allé voir ce verre... « Il n'ouvrira pas la bouche. Il va falloir que ça vienne de toi ».

Oui. Oui, ça je voulais bien le croire. C'était l'immense problème de Simon Bones : chaque part inconnue de lui devait lui être arrachée. De nouveau, je glissai un petit regard sur lui et le petit sourire qu'il abordait face à Archimède. J'avais réussi à lui arracher le pire de lui : son identité. Lui faire admettre que notre relation était tout sauf normale devrait être facile après ça ?

Mon estomac était un véritable chaudron en ébullition et cette agitation rendait mes pensées confuses et lentes. Je fermai les yeux, pris une grande inspiration et finit par me tourner résolument vers Simon. Il me contempla, déboussolé.

-Quoi ?

-Changement de plan. Ça te dit un ciné ? Ça fait une éternité que je n'y ai pas été. Au moins deux ou trois ans.

Simon parut surpris par la proposition. Je ne savais pas d'où m'étais venue cette idée. Sans doute l'idée de me retrouver seule dans mon canapé avec lui à souffle de moi m'angoissait trop : j'avais besoin d'air avant. Mais maintenant qu'elle était jetée, je craignais qu'il me la renvoie à la figure. Ma main se resserra sur la lettre d'Emily et la froissa dans mon poing. Ça doit venir de toi. Fort heureusement, ce fut un petit sourire qui fendit le visage de Simon.

-Et moi plus de dix ans. Ça marche.

***


L'univers avait un drôle d'humour. Car lorsque je passai la porte du cinéma de Gloucester avec Simon, la première affiche qui nous fit à tous les deux envies fut une adaptation du texte complet d'Hamlet. Son fou rire quand il le découvrit nous valut le regard désarçonné de certains couples venus passés une soirée devant des comédies romantiques. Je trouvai au fond de mes poches de manteau de l'argent moldu pour payer les places et le pop-corn et nous pûmes nous installer ensemble dans ce qui devait être la plus petite salle du complexe, occupée uniquement par un couple d'une trentaine d'année qui nous jeta un regard surpris. Ce fut Simon qui nous plaça plutôt au fond de la salle wink wink – loin de nos camarades de salles – et qui piqua immédiatement dans le pop-corn dès qu'il fut assis. Je lui pris vertement le paquet.

-Ne mange pas tout alors que les bandes d'annonce n'ont même pas commencées.

-Je n'ai pas mangé ce midi, protesta-t-il en m'arrachant le paquet des mains.

Je levai un sourcil surpris et un sourire moqueur s'étala sur mes lèvres.

-Et pourquoi ? Maman n'était pas là pour te faire à manger ?

J'en fus quitte pour qu'il me lance un pop-corn à la figure. Il avait pris ses aises sur le siège rouge de la salle, s'installant en tailleurs en posant sans la moindre vergogne ses baskets sur le velours. Il avait pris soin de sa tenue : des vêtements moldus, certes avec un sweat à zip et un tee-shirt mais parmi les plus beaux de sa garde-robe. Le sweat de couleur pourpre était même neuf si je n'abusais. J'avais toujours aimé cette couleur sur lui, elle mettait ses yeux en valeur par complémentarité. Mon cœur se serra. Bon sang, il avait réellement fait des efforts ... Je fus tentée de me recroqueviller sur mon fauteuil comme une bête blessée mais me forçai plutôt à demander : Qui dit que c'est pas pour elle et non pour Adriana ?

-Bon. Tu me racontes du coup ?

-Te raconter quoi ? interrogea-t-il en engloutissant un nouveau pop-corn.

-Ton verre avec Adrianne. Ça a été ... concluant ?

Je devais savoir. Je devais savoir très vite sinon j'allais lui faire payer la colère qui lacérait mes entrailles depuis ce matin. La bouche de Simon fut agitée d'un tic nerveux. La lumière commençait à lentement se tamiser et l'écran s'alluma pour jeter une lumière crue sur son visage. Il prit le temps de mastiquer quelques pop-corn avant de répondre d'un ton neutre :

-Bah ... Bien. Je veux dire, ça a été, elle est gentille. Mais ça je le savais.

Et bien moi tu ne m'apprends rien Bones ! Je passai mes nerfs en déchiquetant l'étiquette de ma bouteille d'eau. Dans la pénombre qui s'installait, Simon ne pourrait pas capter ce geste d'énervement.

-Et elle est jolie ?

-Euh ... Oui, plutôt mignonne, pourquoi ? Mdr :lol:

Un bref sourire s'étala sur mes lèvres. Bon sang ce qu'il pouvait avoir des réactions d'enfant. En un sens, ça me rassurait. En un sens, ça m'angoissait. Moi je n'étais plus une enfant. J'avais grandi, j'avais vécu, j'avais appris. C'était l'évidence même que Simon n'avait pas la même expérience que moi en terme de relation. Que le fait même d'être en couple était quelque chose d'incongru pour lui. Fort heureusement, l'idée d'être en couple avec lui l'était tout autant pour moi alors nous étions sur la même longueur d'onde Dit-elle alors qu'elle est au cinéma avec lui le soir de la St Valentin, si c'est pas un rencard ça . Je m'affaissai contre mon dossier et un pauvre sourire ourla mes lèvres.

-Tu vas tourner autour du chaudron longtemps ? Tu sais très bien ce que j'essaie de te faire dire. Est-ce que pour une fois, tu peux éviter de faire lutter et juste ... parler ?

Simon me contempla longuement au moment où les premiers mots de la pièce fendaient l'air (« Qui est là ? »). Je l'avouais : j'avais lu la pièce tant de fois que me désintéresser de la toile et de la projection n'était pas difficile. L'air indécis de Simon l'était bien plus. Il abaissa le pop-corn sur ses genoux et j'y vis un signe qu'il cesserait de se cacher derrière sa faim pour refuser de me répondre.

-Elle est mignonne, elle est gentille. C'est vraiment une fille adorable, très intelligente.

Les mots étaient chuchotés et je les entendais à peine à travers le fracas de Marcellus et d'Horatio. Cela me força à m'incliner un peu plus vers lui, à poser le bras sur son accoudoir et à devoir supporter le fait que sa main se retrouva à quelques épouvantables centimètres de la mienne. Les doigts de Simon pianotèrent sur le paquet de pop-corn.

-Mais je n'en sais rien ... C'est comme avec Octavia. Ça pourrait marcher, ça pourrait même me plaire quelques temps. Mais ça resterait creux, sans but, juste ... « comme ça ». C'est ça en fait, je ne vois pas beaucoup d'avenir. Quoiqu'il arrive, ce sera une relation de passage et si ça ne me dérangeait avec Octavia à l'adolescence, là j'ai un peu plus de scrupules. UUUUURGH C EST SEULEMENT POUR CA TES SCRUPULES ??? J'ai envie de le TARTER

C'était difficile à juger dans la semi-obscurité, mais il me semblait que les joues de Simon s'étaient colorées durant ses aveux. Je ne savais pas réellement quoi en penser. Du soulagement peut-être en constatant qu'il n'envisageait rien de sérieux avec elle. Une déchirure au cœur parce qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que ça devienne envisageable. Et les doutes, les doutes affreux qui m'assaillaient toujours et qui se demandaient toujours quelle place j'avais dans cette situation, dans ces paroles.

Et moi ? Je serais de passage ?

Je tentai de ne rien laisser paraitre de mes troubles et passai ma frustration sur l'étiquette de ma bouteille. Les yeux de Simon s'était rivé sur l'écran où le spectre du roi apparaissait à Hamlet pour le mettre au courant de son assassinat par Claudius.

-Et tu ne te dis pas ... qu'avec le temps ...

-Non, me coupa immédiatement Simon. Non, vraiment je ne crois pas. Et elle, j'ai eu l'impression que ce qu'elle recherchait, c'était précisément cette longue relation dans laquelle tu t'investies pour la vie.

-Ah, je vois ... Tu lui as dit au revoir avant de prendre les jambes à ton cou ?

J'eus le droit à un nouveau pop-corn qui cette fois heurta mon front et m'arracha un cri de surprise. Le couple devant se tourna brusquement sur nous avec un « Chuuut ! » insistant et je levai une main pour m'excuser pendant que Simon cachait son hilarité dans son paquet de pop-corn. Je n'eus aucun scrupule à le gratifier d'un coup de coude.

-Tais-toi ! Et je rappelle au passage que tout ça est de ta faute ! Et arrête de cracher dans le pop-corn, comment tu veux que j'en mange après ?

-Toi tais-toi ! On arrive à l'acte II ... Déjà :lol:

-L'acte II ... Oh la la ...

Comprenant parfaitement où il voulait en venir, je remontais mon manteau jusque ma tête pour m'en couvrir et Simon pouffa à côté de moi. Je l'entendis farfouiller dans le pop-corn et attendis avec une boule au creux de la gorge les fameuses répliques qui ne devraient plus tarder maintenant qu'Ophélie parlait de la folie feinte d'Hamlet à son père Polinius. Quand la reine entra en scène, Simon se mit à taper mon épaule de façon insistante, ce à quoi je répondis en secouant frénétiquement la tête sous mon manteau.

-Quoi ? Ceci est adressé d'Hamlet à Ophélie ?

-Attendez ma bonne dame, je lis ... « Doute que les étoiles ne soient que flammes, doute que le soleil n'accomplisse son tour, doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour... ».


-Arrête de rire, marmonnai-je alors que Simon s'esclaffait de plus belle.

-Comment tu veux que j'arrête avec ça, sérieux ?

Sa main glissa au sommet de mon crâne pour attraper un pan de mon manteau et je n'en crispai que plus les miennes pour rester cachée dans noir. Mon visage s'était violement empourpré à la récitation des vers, ces fameux vers qui m'avait fait comprendre que je n'avais jamais aimé Miles. Je revoyais encore Simon les lire sur cette table à la bibliothèque et je regrettai brusquement de ne pas pouvoir faire machine arrière, de l'observer les déclamer, d'analyser ce que je ressentirais à l'idée. Mon cœur se gonfla de beaucoup trop de chose : espoir, panique ... sérénité. A l'abri sous mon manteau, je poussai un soupir. C'était peut-être le pire dans cette affaire, cette sérénité que je ressentais chaque fois que je posais des mots sur ce que je ressentais pour Simon. De l'amour, de façon si absolu qu'il m'effrayait presque. Faute de pouvoir remonter le temps, je récitai les vers dans ma tête tout en ayant conscience de la proximité de Simon, de son souffle régulier à côté de moi, de sa main qui ne s'était pas ôté de mon manteau et dont je sentais la chaleur.

Doute que les étoiles ne soient que flammes

Doute que le soleil n'accomplisse son tour

Doute que la vérité soit menteuse infâme

Mais ne doute jamais de mon amour.


Heureusement que j'étais invisible sous mon manteau : mes lèvres, emportées par mon cœur sur le point d'exploser, s'étaient risquées à esquisser le dernier vers Elle est si chouuu et elle me fait de la peine à lutter comme ça . Ça m'avait aidé dans la visualisation, rendu l'instant plus réel et ce qui en découlait plus prégnant. Simon avait parlé d'Adrianne, de son angoisse quant à ses attentes car elle espérait une relation à long terme. Ma gorge se serra et mes mains remontèrent mécaniquement sur ma poitrine qui s'était mise à battre à un rythme affolé, erratique, irrégulier.

C'était là depuis l'enfance. Ça grossissait depuis l'enfance, ça s'amplifiait chaque jour à chaque geste, à chaque mot. Ça ne disparaîtrait pas comme ça. C'était là pour la vie. Et c'était sans doute ce qui m'effrayait le plus dans cette histoire.

Et si ça m'effrayait moi, ça terrifierait Simon. C'était certain.

-Hé.

La main de Simon sur mon manteau se fit plus hésitante. Lentement, après être certaine d'apparaître avec un visage montrable, je décrispais mes doigts et le laissai me découvrir. La lumière agressive de la toile m'agressa la rétine et me fit plisser les yeux : la scène avait défilé et à présent Hamlet parlaient aux comédiens censés jouer devant la cour le meurtre de son père. Une mise en abyme, une mise à distance ... J'avais besoin d'une mise à distance mais Simon posa une main sur mon épaule.

-Tu es sûre que ça va ? Tu es restée beaucoup trop temps là-dessous ...

Je sentais la sincère inquiétude dans sa voix, aussi m'efforçai-je de le rassurer d'un sourire qui me sembla affreusement forcé.

-Ça va ... j'ai juste eu ... une journée épuisante.

-Ça n'a pas été l'entrainement ?

-Si, très bien. Juste épuisant.

-Tu ne préférais pas qu'on reste chez toi ... ? Ou même que je te laisse d'ailleurs, si tu veux aller dormir ...

Je fus presque suffoquée de l'immense « non » qui monta en moi. Je ne voulais pas aller dormir, je ne voulais pas quitter cette salle de cinéma, malgré mon estomac réduit à une bouillie de sentiments indistincts, malgré les doutes, malgré toutes mes réactions fortes et insensées à chaque mot. Mais c'était justement pour mettre fin à tout cela qu'il fallait que je me fasse violence et cesse de fuir.

Mais sa prévenance me toucha. Cela évoqua pour moi ce que Roger avait laissé entendre sur l'instinct de protection que Simon semblait avoir avec moi, instinct qui l'avait poussé à s'égosiller contre Ombrage, ou contre moi quand j'étais revenue de Londres après l'attaque des Détraqueurs.

« Si tu oses m'abandonner pour jouer à l'héroïne, alors je me ferais un plaisir d'aller cracher sur ta tombe ».

Ça signifie quelque chose. Ça signifie quelque chose.

Comme cette main qui restait sur mon épaule et qui la pressa devant mon mutisme.

-Vicky ...Il est chouuu

Vicky. Ça aussi ça signifiait quelque chose. Je n'étais Vicky que pour lui.

-Non ça va t'inquiète. Je peux avoir le pop-corn ?

Simon paraissait toujours dubitatif lorsqu'il me tendit le paquet dans lequel je picorais, plus pour m'occuper les mains que par réelle envie. Il me fixait toujours, les sourcils froncés, son visage animé des différentes lumières que la projection jetait sur nous. Elle lui donnait différentes colorations, différents jeux d'ombres qui rendait difficile la lecture de son expression.

-C'est à cause d'Adrianne ? QUAND MEME ZJKGHJERH

-Quoi ?

Mon cri devait tenir du couinement qui fit s'envoler les sourcils de Simon sous ses mèches folles. Au moins, il n'avait pas pris le temps de se coiffer.

-Ton attitude. J'ai l'impression que tu es hyper détachée depuis qu'on est ici ... Tu es encore en colère contre moi parce que je t'ai caché quelque chose, c'est ça ?

Non. Oui. Presque.

-Est-ce que j'ai dit quoique ce soit ? préférai-je opposer d'un ton calme.

-Tu n'as pas besoin.

Le sourire désabusé qui s'étira sur mes lèvres accentua le froncement de sourcil de Simon. Il détourna le regard et s'enfonça dans son fauteuil, la tempe appuyée contre son poing.

-Mais je rêve, tu essaies de faire semblant avec moi ...

-Faire semblant de quoi ?

-Et bien tu sais quoi ? Je ne sais même pas ! Mais je sais que ça ne date pas d'aujourd'hui, ça fait au moins quelques semaines que je te sens distante et que je n'arrive pas à mettre le doigt sur la raison. La seule chose que je vois c'est cette histoire de choses que je te cache : mon deuxième prénom, Adrianne ...

-Donc ... tu cachais Adrianne ?

Simon poussa un grognement de frustration en tournant la tête et mon cœur manqua un battement. Ce n'était pas qu'il ne m'en avait pas parlé : il me l'avait caché. Et ça changeait beaucoup de choses et ravivait les braises de la colère qui m'avait animée toute la journée.

-Mais pourquoi ? Si ce n'est pas important, pourquoi tu me l'as cachée ?

Un sourire férocement satisfait s'étira sur les lèvres de Simon.

-Donc, ça te dérange.

-Pourquoi, Simon ?

-Mais admets-le !

-Il me semble que je t'en ai déjà parlé, non ? répliquai-je, exaspérée Ils vont finir par saouler leurs camardes de projection haha. Que je t'ai dit que ça me mettait hors de moi que tu n'aies pas confiance en moi comme j'avais confiance en toi et que j'étais fatiguée de devoir lutter pour découvrir chaque parcelle de toi ! Maintenant à toi de me dire pourquoi tu me caches des détails sans importances !

-Parce que c'est sans importance justement ! Je ne te demande pas de me parler de tes coéquipiers, à ce que je sache ? Ce que tu fais, avec qui, avec toi, pourquoi tu restes chaque fois un peu plus avec Eden, il me semble que je ne te le demande jamais, non ?

Je clignai des yeux, prise de court par l'argumentaire qui se retournait contre moi sans que je ne l'aie vu venir. Et pire que tout, je n'avais pas du tout conscience que Simon avait connaissance des informations qui venaient de franchir ses lèvres.

-Comment tu sais que je me prolonge toujours mes entrainements avec Eden ?

-Parce que Leonidas me l'a dit la fois où je suis venu !

-Oh les gosses ! s'écria l'homme devant nous. Bécotez-vous au lieu de crier ! :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:

Ce fut difficile de déterminer qui rougit le plus fort entre Simon et moi. Je plaquai une main sur mon visage et m'enfonçai dans mon fauteuil de tel sorte à ce que je voyais même plus l'écran où la pièce voulue par Hamlet était enfin jouée. C'était le milieu de l'acte III ... Nous étions à peine au milieu du film et je me sentais déjà étouffer. C'était sans doute l'une des pires idées que je n'avais jamais eue ...

-Tu crois qu'il pense qu'on a quel âge pour nous appeler « les gosses » ? me souffla Simon.

Il s'était avachi aussi sur son fauteuil, les pieds callés contre celui d'en face et ses jambes repliées. Ses joues gardaient des traces de rougeur crument révélées par la projection. Je le toisai du coin de l'œil, incrédule.

-Tu es sérieux ?

-Tu as raison, on fait tous les deux moins de dix-huit ans, c'est évident.

-Bones, je vais t'arracher les yeux !

-Change de disque, Bennett.

-Je rêve ... Tu veux vraiment plaisanter alors que ça fait dix minutes que tu t'énerves contre moi ?

Simon se trouva une nouvelle passion pour la contemplation du plafond. Peu lui importait que devant nous, Hamlet tuait par erreur Polinius, le père de son aimée Ophélie qu'il pensait être son oncle Claudius. Ses doigts pianotaient l'accoudoir avec une certaine frénésie et trahissait à la fois sa nervosité et la chanson qu'il avait dans la tête.

-Ce n'est pas ... je ne suis pas énervé. C'est juste que j'en ai assez que tu me fasses payer des choses auxquelles je ne peux rien. Tu me fais la tête parce que tu penses que je ne t'ai pas dit pour ma tante, parce que tu ne sais pas tu ...

Il fronça les sourcils de plus belle et ferma la bouche pour s'éviter de bafouiller. Il jeta un regard noir à la femme qui s'était retournée pour nous lorgner de façon suspicieuse.

-En fait j'ai l'impression que tu me fais payer le fait que je ne t'ai jamais dit la vérité, avoua-t-il finalement dans un murmure rageur. Qu'au début tu acceptais parce qu'il était évident que j'allais mal et que tu es Sainte-Victoria, toujours là pour porter les autres au détriment de toi-même. Mais au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais. C'est cool qu'ils règlent ça

J'aurais préféré qu'il n'aborde jamais le sujet. Parce qu'il avait raison et que c'était la raison qui rendait ses cachotteries si sensibles, si blessantes. En un sens, j'étais toujours blessée d'avoir dû lui arracher envers et contre tout cette information. Mais c'était mettre du sel sur la plaie : j'avais déjà beaucoup trop de chose capable de me faire exploser, pourquoi fallait-il qu'il y ajoute cet aspect ? Je refermai mon poing contre ma bouche, muette et il finit par renifler avec dépit.

-Tu ne nies pas. J'ai raison ?

-Je t'en veux toujours un peu, admis-je dans un filet de voix. Mais je ne te le fais pas payer.

Simon essuya un petit rire incrédule qui me mit les nerfs à vif. Je dardai sur lui un regard flamboyant.

-Et tu ne me rends pas les choses faciles, Bones ! Le mystère sur ton deuxième prénom ... Bon sang, c'est comme si ça t'amusait ! Comme si c'était drôle pour toi de te voir galérer, comme si tu languissais de cette situation et vu tous les efforts que j'ai dû faire pour toi, oui ça me met hors de moi.

Je croisai mes bras et mes jambes dans une position de repli.

-Je te l'ai déjà dit, je ne vois pas pourquoi on y revient.

-Parce que c'est un peu hypocrite de ta part de me reprocher des choses que tu fais toi-même ?

-Tu sais mon nom complet et tu te fais un plaisir de me le faire savoir, persifflai-je, furieuse. T'es sadique.

-Je ne parlais pas des noms, Vicky.

Mes sourcils se froncèrent seuls et mon esprit remonta jusqu'à la source de cette conversation. De nouveau, j'eus l'impression qu'on injectait un liquide glacial dans mes veines et une lumière venue de nulle part jaillit en moi.

-Tu voulais me parler d'Eden, réalisai-je.

-Pas exactement, rétorqua-t-il sèchement. Juste te démontrer que tu n'avais pas à me reprocher de ne pas t'avoir parlé d'Adrianne.

-Mais il ne se passe rien avec Eden ... Pourquoi je t'en aurais parlé ? C'est juste ...

-Un collègue ? ironisa-t-il. Comme Adrianne.

-Mais je ne t'ai jamais rien dit ! Simon, à quel moment je t'ai reproché quoique ce soit ? D'accord, j'ai été surprise que tu avais un rencard avec une fille mais je ne t'ai pas dit que ... En vrai c'est juste TROP BIEN de les voir se parler à coeurs ouverts alors que Vic évite un peu toute vraie conversation depuis des mois AHAHAHA

-Pas avec des mots, mais tu t'es vue depuis qu'on est entré ici ? Et puis même je te l'ai dit, ça date de plusieurs semaines au moins, tu ... Vicky !

Je venais de me lever d'un bond et le pop-corn s'était déversé à terre en un fracas qui se fit retourner le couple. Je pris mon manteau, le lançai sur mon épaule et descendis les marches lumineuses de la pièce au moment où Ophélie devenait folle à la découverte de la mort de son père. On arrivait dans le pire d'Hamlet : je n'avais pas envie de voir la fin.

Je n'avais forcément envie de voir la fin de cette conversation.

J'occultai Simon qui m'appelait et me suivait dans la salle et passer rapidement la porte qui m'amena directement dehors. La nuit était tombée et ce ne fut qu'en sentant l'air frai sur ma peau que je me rendis compte que je pleurais. J'essuyais ma larme d'un revers de manche, le cœur au bord des lèvres.

Il fallait qu'on parle. Mais pas comme ça.

Alors sans lui laisser le temps de me rattraper, sans même vérifier qu'aucun passant ne pourrait me découvrir, je transplanai.

***


Et très clairement, ce chapitre n'était pas un cadeau. .

Pour la petite histoire, j'ai bien été voir les films qui étaient sorti en février 1997 et quand j'ai vu qu'une version complète d'Hamlet était dans les salles, j'ai éclaté de rire. C'était le destin.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH
la suite ?

Non comme je le disais au-dessus, c'est cool qu'ils essaient de régler cette rancoeur qu'elle garde toujours un peu parce que ben c'est pas sain, et ensuite cette discussion à coeurs ouverts je VIS POUR CA
Voilà
j'ai hâte de lire la suite
AAAAAAAAAH !!!!
annabethfan

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Je suis au boulot mais y'a personne aloooors allez !!
La vérité sur l'affaire Harry Quebert
Joël Dicker.
Vraiment ce livre est plein de citations magnifiques, il m'a tellement marqué !
Il avait levé son livre et seule sa voix étouffée m'était parvenue : « je ne peux pas, je vais voir Adrianne ».
Quel blaireau
Et je dis pas ça parce que c'est un Poufsouffle
J'avais envie de hurler. De donner un grand coup de poings dans le grimoire pour qu'il s'écrase sur son visage.
Ah la rage de la jalousie
Et c'est exactement ce qu'on voit dans ton jeu : le meilleur et le pire. Essaie de filtrer ta rage pour ne laisser passer que le meilleur.
Je trouva ça vraiment bien écrit voilà je voulais le souligner !
(Elle porta le sifflet à ses lèvres et souffla un grand coup qui résonna dans le stade).
RIP les tympans de Vic juste à côté
Peut-être même que la jeune fille avait proposé d'aller plus loin, de dîner un soir, ou d'aller boire un autre verre chez elle ...
Si c'était ça, Simon paniquerait plus que Vic :lol:
Bon, miss, tu nous racontes maintenant que Barberousse est parti ?
Les commères de première :lol:
-Oh, la douche s'est libérée ...
"Je vais aller compter les carreaux et les gouttes qui sortent du pommeau, m'attendez surtout pas, allez ciao! "
Je n'en pouvais littéralement plus de ce doute constant. J'avais besoin d'être fixée. Ce n'était pas difficile, non ?
Je crois que le doute et l'incertitude c'est le pire, surtout pour quelqu'un comme Vic qui aime savoir les choses !
Mais chaque fois que j'ouvrais la bouche, les mots m'obstruaient désagréablement la gorge et se refusait à s'échapper.
Cette sensation est tellement lourde en vrai, on l'a tous ressenti un jour
Mais tu n'étais pas ... occupé ?
Hahaha la question tellement pas innocente en mode "t'étais pas occupé à bécoter ton assistance archiviste" ?
mais ça reste Simon : même si c'est vrai, jamais il n'ouvrira la bouche. Je sais que c'est difficile mais c'est comme ça. Il va falloir que ça vienne de toi.
Je te dis pas comment je trépigne, heureusement que y'a le masque !
(Ecris-moi, même si je mets un mois à répondre).
Emily représente toutes les personnes qui mettent trois plombes à répondre :lol:
a première affiche qui nous fit à tous les deux envies fut une adaptation du texte complet d'Hamlet
LE DESTIN
EL DESTINO
THE DESTINY
-Et pourquoi ? Maman n'était pas là pour te faire à manger ?
J'en fus quitte pour qu'il me lance un pop-corn à la figure.
Ils me fatiguent :lol:
-Bah ... Bien. Je veux dire, ça a été, elle est gentille. Mais ça je le savais.
Des détails Simon, des détails !
On dirait Clem là quand on attend des comptes rendus croustillants !
-Elle est mignonne, elle est gentille. C'est vraiment une fille adorable, très intelligente.
Il se répète là
On te demande pas de nous faire le CV d'Adrianne, on veut savoir si t'as des sentiments pour elle blaireau !
Ça pourrait marcher, ça pourrait même me plaire quelques temps. Mais ça resterait creux, sans but, juste ... « comme ça ». C'est ça en fait, je ne vois pas beaucoup d'avenir.
Simon vient de d'écrire toutes mes conversations Tinder :lol: :lol:
Quand la reine entra en scène, Simon se mit à taper mon épaule de façon insistante, ce à quoi je répondis en secouant frénétiquement la tête sous mon manteau.
Mais je me marre trop ils sont infernaux :lol: :lol: Cette image d'eux au ciné là :lol:
-Attendez ma bonne dame, je lis ... « Doute que les étoiles ne soient que flammes, doute que le soleil n'accomplisse son tour, doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour... ».
-Arrête de rire, marmonnai-je alors que Simon s'esclaffait de plus belle.
-Comment tu veux que j'arrête avec ça, sérieux ?
Je m'attendais presque à ce qu'il les déclame en même temps !
C'était là depuis l'enfance. Ça grossissait depuis l'enfance, ça s'amplifiait chaque jour à chaque geste, à chaque mot. Ça ne disparaîtrait pas comme ça. C'était là pour la vie. Et c'était sans doute ce qui m'effrayait le plus dans cette histoire.
OH MON DIEU
Je respire plus
Mais j'aime cette idée que ça a grandi en elle depuis tellement longtemps qu'elle sait que maintenant elle ne pourra plus s'en défaire, c'est effrayant et si beau !
-Non ça va t'inquiète. Je peux avoir le pop-corn ?
Le contraste entre l'intensité de ses réflexions et sentiments avec la banalité de ses paroles... Mais quelle blaireau aussi Vic!
-Parce que c'est sans importance justement ! Je ne te demande pas de me parler de tes coéquipiers, à ce que je sache ? Ce que tu fais, avec qui, avec toi, pourquoi tu restes chaque fois un peu plus avec Eden, il me semble que je ne te le demande jamais, non ?
Je te jure j'ai le souffle bloqué j'avais pas anticipé la dispute et oh la la chaque mots c'est tellement intense...
(Il est jaloux d'Eden d'ailleurs mouhaha)
-Oh les gosses ! s'écria l'homme devant nous. Bécotez-vous au lieu de crier !
Un lecteur infiltré sans aucun doute :lol:
-En fait j'ai l'impression que tu me fais payer le fait que je ne t'ai jamais dit la vérité, avoua-t-il finalement dans un murmure rageur. Qu'au début tu acceptais parce qu'il était évident que j'allais mal et que tu es Sainte-Victoria, toujours là pour porter les autres au détriment de toi-même. Mais au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais.
Mais c'est tellement profond je trouve comme analyse, vraiment c'est magistral
Je venais de me lever d'un bond et le pop-corn s'était déversé à terre en un fracas qui se fit retourner le couple.
Je m'y attendais pas à la fuite
Pour la petite histoire, j'ai bien été voir les films qui étaient sorti en février 1997 et quand j'ai vu qu'une version complète d'Hamlet était dans les salles, j'ai éclaté de rire. C'était le destin.
Je l'ai dit !

JE VEUX LA SUITE
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Victoria qui déchire tout à l'entrainement, quelle boss ! En vrai, je trouve sa réaction archi réaliste, ça me rappelle mon crush du collège, après s'être disputé avec sa copine, il avait tout niqué en EPS en handball, il avait marqué de ses buts, tout seul, pouah, j'ai cru qu'il allait faire des trous dans les murs tellement il lançait fort ! ça avait décupler mon attrait pour lui ! Mais je disgresse, pardon, pardon !

En vrai on voit bien le manque de confiance en elle de Victoria, elle remarque bien que Simon rougit,que ses mains sont "hésitantes" mais après elle se dit "mais j'en suis pas sure", par exemple j'ai "cru voir une rougeur suspecte" patati patata mais est ce qu'il m'aime aussi vraiment et ... VICTORIA, COMMENT TE DIRE QUE TOUS LES SIGNES SONT LA !! Ptdr, moi il suffit qu'une copine m'appelle "princesse" dans un message pour que je sois persuadée que j'ai une touche :lol: :lol: :lol:

Oh mon Dieu, c'est quel niveau de flirt, là !! Même les inconnus ont capté l'alchimie !! Je suis frustrée qu'ils aient pas conclu, à la fin du chapitre par contre ! Mais ce n'est que partie remise j'espère !
Mdr, Simon qui met le sujet "Eden" sur la table, il a parfaitement contré la carte "Adrianne" de Victoria, c'était incroyable !

PS : J'ai un doute sur l'Affaire Harry Québert, je l'ai lu y a longtemps ... Est ce que l'auteur donnait une image positive de Harry Quebert ou pas ? Parce que c'était quand même un pédophile, quoi ! Je me rappelle j'ai beaucoup aimé le livre quand j'étais au lycée mais faut que je le relise, je me rappelle plus des détails...
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

TROIS FOIS QUE J'ESSAIE DE POSTER ALLER LA

Maintenant, installez-vous confortablement, préparez-vous un petit grignotage, prévoyez un sac en papier ou un coussin pour prévenir le fangirlage ... Et enjoy !

La citation est très longue. Mais ça me peinait de la couper, je la trouve tellement intense. Elle est bien entière.


***


CYRANO
Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquet : je vous aime, j'étouffe,
Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop ;
Ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot,
Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j'ai tout aimé :
Je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai,
Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J'ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que comme lorsqu'on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Sur tout, quand j'ai quitté les feux dont tu m'inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !

ROXANE, d'une voix troublée.
Oui, c'est bien de l'amour...

CYRANO
Certes, ce sentiment
Qui m'envahit, terrible et jaloux, c'est vraiment
De l'amour, il en a toute la fureur triste !
De l'amour, - et pourtant il n'est pas égoïste !
Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n'en savoir jamais rien,
S'il ne pouvait, parfois, que de loin j'entendisse
Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !
- Chaque regard de toi suscite une vertu
Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu
À comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?
Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?...
Oh ! mais vraiment, ce soir, c'est trop beau, c'est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m'écoutez, moi, vous !
C'est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n'ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu'à mourir maintenant ! C'est à cause des mots
Que je dis qu'elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez, comme une feuille entre les feuilles !
Car tu trembles ! car j'ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !

Il baise éperdument l'extrémité d'une branche pendante.

- Cyrano de Bergerac, Acte III scène 7
Edmond Rostrand
***


Chapitre 25 : « ... Doute que le soleil n'accomplisse son tour ... ».

J'atterris sur les berges du ruisseau de Terre-en-Landes, la poitrine complétement compressée sans que cela n'ait à voir avec le transplanage. Je donnai un coup de pied furieux dans un cailloux qui alla heurter avec fracas la surface de l'eau, puis en ramassai un autre que je lançai dans le vide. Mon manteau entrava mon mouvement et il se perdit à peine à quelques mettre alors je m'en débarrassai pour prendre une autre pierre et la jetai de toutes mes forces avec un cri de rage. Je l'entendis atterrir sur la berge opposée et ricocher jusque la route déserte à cette heure.

Je ne serais même pas dire ce qui s'était mal passé. Le cinéma m'avait paru une bonne idée : un moment à deux, hors du temps dans une salle où les esprits auraient pu s'apaiser. Un moyen de me laisser le temps de rassembler mes esprits, de trouver un moyen de lui dire ce qui me rongeait depuis des semaines et enfin extraire ce qui nous empoissonnait.

Mais c'était justement ce qui avait dérapé, réalisai-je, désemparée. Simon l'avait vu. Il avait vu le changement dans mon attitude, ma raideur dès qu'il s'agissait de lui. Et face au moment où j'aurais dû me justifier, enfin dévoiler mes véritables sentiments, j'avais paniqué. Je m'étais enfuie.

-Bennett, tu es stupide, me fustigeai-je en essuyant mes larmes. Vraiment d'une stupidité folle, c'est incroyable. Reprends-toi.

Et évidemment, il avait fallu qu'il ravive le pire : son identité, cette plaie qui refusait de se refermer. La pire erreur de la soirée, celle qui avait obstruée ma gorge et fait remontrer le ressentiment. A la réflexion, c'était peut-être lui qui était stupide. En même temps, comment pouvait-il savoir que c'était le pire moment pour l'évoquer ?

Je laissai mon manteau sur le banc et fis quelques pas-chassé, quelques bonds dans le vide. M'activer était un bon moyen de chasser la rage : l'entrainement de Quidditch me l'avait prouvé. De plus l'air glacial de cette nuit de février me brûlait la peau. J'aurais pu simplement rentrer chez moi et m'en tenir au plan initial : regarder un film en me gavant de chocolat. Quand je me retrouvai essoufflée et réchauffée, mon souffle se répandant en un panache de fumée blanc tout autour de moi, je m'allongeai sur le banc, les mains dans les poches de mon sweat. J'essuyais un petit rire. Je n'avais même pris le temps de me changer pour le cinéma : la tenue laissait plus qu'à désirer. Mais je m'en fichais. Quand Simon m'avait vu dans une belle robe, il avait éclaté de rire. Et bon sang ce que je l'aimais pour ça.

Toujours haletante, je nouai mes doigts à l'arrière de ma nuque et levai mon regard vers les étoiles. La lune était à son premier quartier et son éclat laiteux éclipsait toutes les étoiles à proximité, de même que les réverbères qui luisaient le long de la berge. J'arrivais à peine à distinguer la Grande Ourse, seule constellation que j'étais capable de discerner dans la myriade de point lumineux qui composait le ciel. Le second prénom de Simon se trouvait parmi l'une d'entre elle, brillante à me narguer alors qu'elle était inaccessible. Il fallait que je me résigne : ce ne serait jamais simple avec lui. Ça ne pouvait pas l'être avec quelqu'un qui avait subi un tel traumatisme à un âge si jeune et qui l'avait aggravé par des années de déni. Peut-être que son second prénom était encore ancré dans cette illusion qu'il s'était créé. Il était trop relié à Cassiopée, aux Black. Le nier, c'était nier la vérité. Pourquoi n'avais-je pas songé à cela plus tôt ? Simon faisait tant de progrès que j'en oubliais que la route était encore longue et que la mort de ses parents avait laissé des griffes refermées en lui.

Je poussai un long gémissement en me prenant la tête entre les mains. Je me repassai le film des dernières minutes et ma plainte d'éternisa à mesure que les images me revenaient à l'esprit.

-Bon sang ce que je suis ridicule ... Tu l'as laissé seul dans une salle de ciné ... Bon sang, il va me tuer ...

CRAC !

Je me redressai d'un bond et mes mains trouvèrent seules la baguette dissimulée dans ma poche intérieure de manteau. Les réverbères étaient rares sur dans ce coin des berges, aussi allumai-je la pointe de ma baguette d'un sort à peine murmuré. Le faisceau lumineux découpa les contours d'une maigre silhouette qui leva une main pour se protéger.

-Oh ! ça va, c'est moi, baisse ce truc ! Et si tu veux une preuve, tiens.

Simon me tendit mon écharpe que j'avais vraisemblablement oublié dans le cinéma. Mais de façon très honnête, j'aurais pu oublier ma baguette que je ne m'en serais pas rendue compte.

-Nox, soufflai-je avant de prendre mon écharpe. Merci ...

Simon ne daigna pas m'adresser un sourire et s'assit sur le banc sans un mot, le visage fermé. Ça ne m'étonnait même pas qu'il m'ait trouvé : il n'allait pas me laisser m'envoler dans la nature comme ça. Et même si je m'étais enfuie pour les cacher, il devait avoir remarqué les larmes qui avaient commencé à piquer mes yeux. Il était évident que j'allais mal. Et j'avais été assez là pour Simon, même contre son gré, pour qu'il me rende la pareille. Je me laissai aller sur le dossier en poussant un gros soupir.

-Je ne me débarrasserai jamais de toi, c'est ça ?

Simon me jeta un regard oblique.

-Il faut vraiment que je te répète tout ce que tu m'as dit l'année dernière et que ça s'applique à toi ?

-L'année dernière ?

-Que c'était ton rôle. Donc par miroir, c'est aussi le mien. Parce que je suis la personne dont tu acceptes le pire et que j'accepte le pire de toi. Parce que j'étais là au début et que je le serais à la fin pour t'enterrer d'un « on se reverra en enfer, minus ». Parce depuis toujours je suis là pour te piquer, t'électriser un peu et que sans ça tu serais restée une gamine craintive incapable de faire entendre sa voix alors que bon sang, Vic', tu en a une de voix – et une sacrée. Tu as quelque chose à offrir au monde et si je n'avais pas été là tu n'aurais pas été capable de le voir, tu serais restée renfermée à considérer que tu n'en valais pas la peine. Et j'ai oublié la suite que tu as dit parce que mon cerveau avait complétement grillé à ce moment-là. Mais l'essentiel est là : non, je ne te lâcherais pas. Parce que tu as besoin de moi, Victoria Bennett. Alors que tu le veuilles ou non, je suis là. Mais s'il faut que je te frappe pour faire passer le message ce sera avec plaisir.

Mon souffle se bloqua dans ma gorge quand je reconnus la structure de la tirade, en miroir de celle que je lui avais asséné lorsque j'avais appris sa véritable identité. Il me contemplait calmement, un coude posé sur le dossier du banc et à moitié tourné vers moi. Il secoua longuement la tête et exhala un soupir.

-Vicky, ça fait des semaines qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Et au début j'ai respecté ton droit à le garder pour toi, je me suis dit que ça avait peut-être un rapport avec l'attaque des Détraqueurs, que tu avais du mal à t'en remettre. Que si c'était ça tu viendrais me voir à un moment ou à un autre mais tu n'es jamais venue. Et chaque fois qu'on se voyait, c'était soi en coup de vent, soit quelqu'un était avec nous : je n'ai jamais trouvé l'occasion de te tirer les vers du nez. C'est pour ça que je suis venu ce soir. Je veux savoir ce qui se passe. Maintenant plusieurs choix s'ouvrent à toi : soit tu le dis docilement de ton plein gré, soit on se dispute comme au cinéma, soit je choisis de passer cette étape et je te jette dans le ruisseau et te tortures par noyade jusqu'à ce que tu avoues.

Un rire me secoua malgré la boule chauffée à blanc qui s'était formée dans ma gorge. Les larmes m'étaient de nouveau montées aux yeux et je savais que la lumière des réverbères les rendait parfaitement visibles aux yeux de Simon. Je levai le visage pour les refouler.

-Tu n'arriverais pas à me jeter dans le ruisseau, prétendis-je plutôt avec les frémissements d'un sourire.

-Ce que tu oublies souvent, c'est que je suis un sorcier.

-Ce que tu as oublié, c'est que je suis une sorcière aussi.

Simon dressa un sourcil et une étrange chaleur se diffusa dans ma poitrine quand une étincelle de fierté embrassa ses prunelles vertes. Ça avait toujours été établi entre nous que sans magie, j'avais l'avantage : j'étais plus sportive, plus vive. Mais Simon était l'élève le plus douée de sa génération la baguette à la main. Ce que j'avais découvert au fil du temps, c'était que je n'avais rien à lui envier dans certains domaines et notamment dans les duels. C'était quelque chose dont je n'avais pas conscience il y avait encore quelques mois, ou si je l'avais je ne l'avais pas revendiqué. Je n'aurais jamais osé le défier sur ce terrain-là. Mais c'était avant de découvrir qu'il y avait une force en moi. En partie grâce à lui, portée par lui.

Simon sortit sa baguette et la fit tourner entre ses doigts avec un sourire cynique.

-Bon. Du coup, quelle option tu choisis ?

Je grimaçai et tamponnai discrètement le coin de mes yeux. Je pris une grande inspiration et décidai de faire une tentative. J'entrouvris les lèvres dans l'espoir que la fameuse phrase s'y glisse enfin. « Il faut qu'on parle ». Elle était courte, évidente, facile. Je la sentis se former dans mes cordes vocales, montée dans ma gorge comme une bulle chaude, presque brûlante au moment où elle jaillissait dans ma bouche. Mais tout resta bloquer au fond de ma gorge qui se noua douloureusement. J'avais les nerfs à fleurs de peau : je ne voulais pas commencer à fondre en larme alors que je lui avouerais que j'avais fini au bout de dix-huit ans, des coups, des insultes mais aussi des moments incroyables de soutiens, de tendresse, de communions que j'avais fini par tomber amoureuse de lui. Mon pied battit impatiemment dans le vide et je finis par agripper ma baguette et à me lever pour lui faire face.

-La troisième option. Si tu arrives à me jeter dans le ruisseau, je te dis tout. Mais il n'était noté nulle part que je me laisserais faire.

Les lèvres de Simon se pincèrent et je compris qu'il était frustré de ne pas avoir le droit à la première option. Il était habitué à ce que je me livre facilement, à ne jamais devoir lutter pour avoir accès à mes pensées, mes sentiments, ce que j'étais. J'étais transparente. Mais lui m'avait toujours vu alors que j'étais transparente. Cette fois il allait devoir le faire et de la plus littérale des manières.

Un sourire effronté retroussa mes lèvres et j'exécutai une révérence moqueuse puisqu'on m'avait appris qu'il fallait toujours saluer avant un duel. Simon leva les yeux au ciel et finit par s'extirper du banc, la baguette à la main. Pour l'avoir observé lors de ses duels avec Lupin, je savais qu'il ne se mettait jamais en garde : il avait toujours une attitude nonchalante qui présupposait une confiance certaine en ses talents. Je savais aussi qu'il attaquait fort et vite et une stratégie se mit en place dans ma tête alors qu'il entonnait à mi-voix :

-Très bien ... un ... deux ... trois !

Comme ça pouvait être anticipé, il attaqua le premier, sans un mot, d'un mouvement vif de baguette et je parai d'un bouclier que j'avais préparé. C'était ce que j'allais devoir faire pendant quelques minutes : parer, l'épuiser, jusqu'à ce que son manque d'endurance lui fasse perdre sa lucidité. Il tenta de m'envoyer un sortilège de désarmement mais cette fois je l'évitai en faisant un bond sur le côté puis déployai un bouclier quand un nouveau maléfice avec une trainée de couleur mauve fonça sur moi. Mon charme faillit ne pas tenir face à la violence du choc et de nouveau je m'écartai et trébuchai sur la berge. Elle n'était pas large et si j'avais fait un pas en plus en arrière je serais tombée dans le ruisseau. Et quand je vis le sourire satisfait de Simon m'indiqua qu'il avait parfaitement vu que j'étais en mauvaise posture géographique.

La voix de l'imposteur qui avait pris la place de Maugrey Fol Œil pendant ma sixième année résonna dans mon esprit au moment où Simon levait de nouveau la baguette. Parer, c'est bien Bennett ... mais un jour il faudra songer à attaquer.

Ce n'était pas dans ma nature profonde d'attaquer. Sauf quand je me retrouvais face à Simon prénom-ridicule Bones.

Je fis un large mouvement de baguette et un éclair rouge de stupéfixion fusa vers lui. Occupée à formuler son maléfice, Simon eut à peine le temps de parer et recula sur le choc. J'en profitai pour me replacer au centre de la berge et embrayai avec un sortilège de désarmement qu'il évita de nouveau in extremis. La frustration se lisait sur ses traits et il tenta d'attaquer de nouveau mais je louvoyais entre les traits de lumière en bondissant, ce qui me laissait le temps de mobiliser la magie pour l'attaque. C'était quelque chose que Simon ne pouvait pas faire : il n'avait aucune souplesse et si ses réflexes magiques étaient excellents, ses réflexes moteurs laissaient à désirer. S'il ne parait pas magiquement, il ne pouvait pas le faire physiquement. Sauf que s'il mobilisait sa magie défensive, ça lui laissait moins de lucidité pour l'attaque. Le changement commençait d'ailleurs à se faire sentir : il commençait à prononcer les sortilèges, ce qui lui prenait trop de temps et me laissait le temps d'à la fois lever des boucliers puis de me remobiliser pour attaquer dans la foulée. Il reculait à chaque sort : son bouclier se levait de moins en moins haut, était de plus en plus fin parce qu'il avait à peine le temps de le déployer. Il ne vit pas un sortilège de désarmement arriver et se baissa précipitamment la tête pour le voir raser ses cheveux. J'eus un méchant sourire.

-Je t'avais dit de faire des balles au prisonnier, Bones !

Il ne prit pas la peine de me répondre et attaqua, à moitié ployé après son esquive mais une pirouette un peu crâneuse me permit d'éviter le maléfice. Dalia t'aurait tué : ça équivaut à un sauvetage dangereux, ça ! Tu perds du temps ! Et Simon me fit effectivement payer ma crânerie : quand je fus stabilisée, un éclair rouge s'avançait vers moi, à une vitesse affolante, beaucoup trop proche pour que j'ai le temps de parer. Je tentai alors d'esquiver mais là encore il était trop tard : le trait de lumière frappa ma baguette qui sauta de ma main et alla rouler quelques mètres derrière moi sur la berge. Je me retournai vers Simon, dont les lèvres s'étaient retroussées en un sourire sauvagement satisfait. Sa baguette était toujours tendue devant lui et il m'observait avec une délectation palpable, fier de ce qu'il semblait être sa victoire. J'observai sa position : le combat l'avait mené au bord de la berge, à moins d'un mètre de l'eau. Simon fit tourner la baguette entre ses doigts.

-Je ne pensais pas que ce serait si facile, tu me déçois ...

Je le fusillai du regard. Il avait encore oublié un facteur, quelque chose que chaque sorcier oubliait nécessairement, obnubilé par la magie. Lui aurait dû le savoir. Lui me connaissait depuis l'enfance.

Je n'étais pas qu'une sorcière.

Sans attendre qu'il se reprenne ou qu'il mobilise un sort, je pris mon élan et courus vers lui. Simon fit pris de court par mon geste et abaissa la baguette pour reculer : une attaque frontale amenait instinctivement une défense frontale. Emportée par ma course, j'arrivais avec de l'élan et de la force sur lui : j'arrivais à lui arracher sa baguette des mains et le poussai de toute mes forces sur la poitrine. Simon battit des bras avec un cri de surprise et bascula dans le ruisseau. Je poussai un cri de triomphe, éclaboussée par l'eau qui jaillissait de la chute et quand sa tête blonde creva la surface en crachotant, il me retrouva en train de sautiller sur la berge, sa baguette dans la main, absolument extatique.

-Un combat n'est jamais fini, Bones, même sans baguette ça continue ! jubilai-je sans pouvoir m'en empêcher. Faux-Maugrey ne te l'a dit, Lupin te l'a dit et tu m'as toujours vu faire, comment tu as pu faire une telle erreur !

Simon toussa et repoussa en arrière les mèches que l'eau avait plaqué contre son front. Ses dents claquaient : la température flirtait avec le zéro, le ruisseau devait être glacial. Sans attendre, il se mit en mouvement et commença à nager vers un petit ponton qui s'avançait sur l'eau et qui servait ordinairement aux rares pêcheurs. Je le suivis d'un pas bondissant, ramassai ma baguette et fanfaronnai joyeusement :

-J'ai gagné ... !

-Match nul, protesta Simon d'une voix haletante. Je t'avais désarmé...

-Mais les termes, c'était qu'il fallait que je finisse dans le ruisseau, rappelai-je avec un immense sourire. Qui est dans le ruisseau, Simon ?

Il atteint enfin le ponton et le regard assassin qu'il me jeta indiquait clairement qu'il n'avait pas renoncé à m'y jeter, ne serait-ce que pour venger l'humiliation qu'il avait subi. Et s'il y mettait toutes ses capacités, je n'avais aucun doute qu'il y arriverait. Simon avait un côté fourbe, il n'hésiterait pas à m'attaquer dans le dos. J'évaluai mes possibilités, toujours grisée par ma victoire – car oui, ça en était une – et finis par hausser les épaules.

-Bon. Si ça peut te faire plaisir ...

-Qu'est-ce que tu fais ?

Je venais d'enlever mes chaussures et mon pull et prenais à présent quelques mètres d'élan. Sans risquer d'être paralyser par le froid qui brûlait mes bras nus, je m'élançai vers le ruisseau et poussai un cri en y sautant. Le choc à la surface fut brutal et je me recroquevillai en hurlant dans l'eau : elle était si glaciale que j'avais la sensation qu'on plantait les lames acérées dans chaque pore de ma peau. Je battis des pieds pour émerger mais c'était pire à l'air libre : chaque brise ne faisait que renforçait le froid qui s'éprenait de moi.

-Oh mon Dieu !

-Mais tu es complétement folle !

L'exclamation sidérée de Simon m'arracha un éclat de rire et je basculai mon visage vers l'arrière pour me débarrasser de mes cheveux. L'eau glacial paralysait mes membres et je trouvai à peine la force de faire quelques battements de jambe pour rester en position stationnaire.

-Vicky ! Vicky, allez, nage, viens !

Je tournai le visage vers Simon, qui me tendait le bras depuis le ponton où il était agrippé. Ses lèvres commençaient à être bleuies et ses tâches de rousseurs ressortaient comme du sang de sa peau pâle. Je m'ébrouai et réussis à faire quelques mouvements de brasse pour enfin saisir sa main. Je n'avais plus de sensation au bout des doigts. Il me ramena vers lui et je me laissai faire, même quand il passa un bras autour de ma taille. Sans réfléchir, je m'agrippai à ses épaules comme lui était agrippé au ponton d'une main, incapable de bouger la moindre partie de mon corps pour me maintenir à flot. Ma seule source de chaleur, c'était le souffle tremblant de Simon qui effleurait ma joue à intervalle irrégulier.

-Mais bon sang, pourquoi tu as fait ça ? haleta-t-il, sa voix réduite à un souffle.

Un sourire absurde s'étira sur mes lèvres. Mes jambes cognaient contre les siennes et je résistai à la tentation de les accrocher à ses hanches pour avoir plus de stabilité – mais aussi plus de proximité ... plus de chaleur. Faute de mieux, je passai un bras derrière sa nuque et me retrouvai mécaniquement collée à lui, presque dans une étreinte. Ça aurait pu me gêner, mais je sentais sa prise au niveau de ma taille : il me soutenait. Quoi qu'il arrive.

-Je ... je ne voulais pas que ce ... ce soit toi qui me mettes à l'eau.

L'aveu provoqua l'écarquillement des yeux de Simon avant qu'il n'éclate d'un rire incrédule, la tête basculée vers l'arrière. Sa voix était un peu éraillée par le froid mais cela ne semblait pas estomper son hilarité qui finit par m'atteindre et me faire m'esclaffer également.

-Bon sang j'avais oublié à quel point on était capable de se faire faire des choses stupides ! pouffa Simon.

Dans le fou-rire qui me prit, mon front alla se poser sur l'épaule de Simon et cette proximité faillit bloquer mon souffle. Il y avait une éternité que je n'avais pas été proche de lui à ce point. Dans ses bras, presque à me blottir contre lui. J'avais oublié la sensation de force, de sérénité, de stabilité que ça m'apportait. Cette impression qu'il ne pourrait rien m'arriver tant que j'étais nichée dans ses bras. Alors sans songer aux conséquences et même une fois mon hilarité envolée, je restai dans cette position, savourai cette étreinte qui en était à peine une mais qui me confortait définitivement dans toutes mes préoccupations. Le rire de Simon finit par s'éteindre et je craignis l'espace d'un instant qu'il me repousse, qu'il ne fasse éclater ma bulle de paix. Puis je l'entendis, ce petit soupir à peine exhaler et sa joue vint se poser contre mon crâne. Je fermai les yeux, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine. Avec un peu de chance, paralysé et rendu insensible par le froid, il ne l'entendrait pas. Je tremblai de tous mes membres et j'entendais ses dents claquées de temps à autre mais je n'avais aucune envie de desserrer mon étreinte. J'aurais pu rester des heures dans l'eau glaciale, protégée dans les bras de Simon, jusqu'à ce que le gèle ait raison de moi. Sa main remonta dans mon dos pour me presser un peu plus contre lui et il souffla doucement :

-Vraiment, vraiment très stupides ...

**
*

Le claquement intensif des dents de Simon avait fini par m'inquiéter et je m'étais résolue à m'écarter pour qu'on puisse s'extraire du ruisseau. Nous récupérâmes nos vêtements et nos baguettes – et je me sentis incroyablement idiote d'avoir abandonné ainsi la mienne par les temps qui courraient. Nous aurions pu transplaner mais ni lui, ni moi n'en avions la force. Il devait bien exister un sortilège mais Simon refusa d'un signe de tête. « J'ai fini dans le ruisseau, mais c'est ta pénitence ». La remarque lui avait value un coup de pied aux fesses.

J'accueillis la chaleur de la maison des Bones comme une véritable délivrance et avec le soupir de contentement qui allait avec. J'avais renoncé à mettre mon pull et mes chaussures et je tremblais tous mes membres. Simon fit naître un feu d'un simple mouvement de baguette et l'alimenta de nombre de bûche pour être certain qu'il garderait une intensité digne de nous réchauffer.

-Je vais prendre une douche je pense, annonça-t-il une fois que les flammes eurent atteintes les hauteurs de l'âtre. Bon sang, mes chaussures ont trempées dans la vase ... Tu veux prendre celle de mes parents ?

-Non, ça va aller. Mais je veux bien que tu sèches mes vêtements !

Simon leva les yeux au ciel mais s'exécuta : un souffle chaud jaillit de sa baguette et fit s'évaporer toute l'humidité. Mon débardeur avait la même chaleur et l'aridité qu'après son passage au sèche-linge. Je pus remettre mon pull qui avait gardé dans ses fibres l'air glacial de février et Simon me lança un plaid alors que ma tête était encore coincée dans mon col. Je vacillai en le recevant et trébuchai sur la table basse.

-Bones, je vais t'arracher les yeux ! Et c'est dommage c'est la seule belle chose chez toi !

-Ravi que tu l'admettes enfin. Bon, si tu veux du chocolat tu sais où c'est !

Je le fusillai du regard alors qu'il grimpait quatre à quatre les marches qui le séparaient de l'étage et tirai d'un coup sec sur mon pull pour enfin l'enfiler. Je passai les mains dans mes cheveux, encore humide et même figé par la glace pour certaines mèches alors que les pointes avaient subies l'influences du sortilège de Simon mais étaient aussi sèches que de la paille. La mention de la vase me revint à l'esprit et occasionna une vague panique en moi. Je portai une mèche à mon nez et poussai un soupir de soulagement en constatant qu'aucune odeur nauséabonde ne subsistaient.

Rassurée, encore gelée et vidée, je m'enroulai dans le plaid et me pelotonnai dans mon fauteuil préféré près du feu. Lentement, la paralysie quitta mes membres et mon esprit. J'avais l'impression que mon cerveau s'était éteint dans le ruisseau et ça m'avait permis d'être naturelle et sans calcul ni crainte pour la première fois depuis des semaines avec Simon. Je sentais que ça l'avait rassuré : peu importe ce que je lui cachais, ce n'était pas contre lui. Mais j'avais aussi perçu quelques regards sur notre chemin du retour, suspicieux, déçus, interrogateurs. Il n'en avait pas fini avec moi.

Je rejetai ma tête en arrière en expirant profondément pour dénouer ma gorge. La pression remontait lentement après le duel et la baignade purgatrice. M'attaquer à Simon, le jeter dans l'eau, ça m'avait permis d'expier toutes les émotions négatives qui m'avait assaillie toute la journée. Ne restait que la certitude et l'appréhension mais je doutais que celle-ci reste à ce stade. Je n'étais pas encore certaine d'être capable de lui parler ce soir : la soirée avait déjà été assez difficile comme ça. Mais quand ? Simon avait raison, on s'était à peine vu ces derniers temps. Et allais-je prendre le risque que la rancœur qui demeurait contre moi grandisse ? J'étais encore en train de débattre sur la question, le regard plongé dans les flammes, quand Simon revint de la douche. Il avait repassé son sweat pourpre sur un autre tee-shirt et ses mèches blondes pointaient dans tous les sens. Il me jeta un regard surpris et repoussa les quelques cheveux détrempés qui tombaient devant ses yeux.

-Pas de chocolat ?

-Non ça va, assurai-je avec un sourire.

-Mais tu ne veux pas manger quelque chose ? On n'a pas dîné et il est ... (Il se tordit le cou pour voir l'horloge et grimaça). Outch, vingt-trois heures trente.

-Merci, je n'ai pas très faim. Mais mange, toi si tu veux !

Simon s'installa en tailleur sur le canapé pour me jeter un long regard pénétrant qui m'indiquait clairement que ma réponse était suspecte et ne faisait qu'alimenter le fait que j'avais décidemment un comportement étrange. Je ne pouvais pas le blâmer : je venais de m'enfuir sans raison d'un cinéma, le provoquer en duel puis me jeter dans un ruisseau à l'eau gelée. Seigneur il avait raison : on se poussait réellement à faire des choses stupides. Je lus la question secrète derrière ses prunelles vertes et me forçai à esquisser un sourire d'avertissement.

-Tu as fini dans le ruisseau, Bones. Tu sais ce que ça veut dire.

-Je continue de penser que c'était un match nul, rétorqua-t-il en plissant les yeux. Je t'ai désarmé.

-Et tu as décidé de savourer alors que le combat n'était pas fini. Je n'y peux rien si tu n'apprends jamais de tes erreurs, la crevette. Demain je viens à neuf heures et on fait une balle aux prisonniers.

Il étendit la jambe pour me donner un coup du bout du pied et je laissai échapper un petit rire. Mes doigts se tordirent sur ma couverture et finirent par trouver les breloques qui pendaient sur mon sternum. Mon combat et ma force. Et c'était de force dont j'avais besoin aujourd'hui.

-Simon ?

-Hum ?

Il avait à moitié clos les yeux, les jambes étendues sur la table basse et une main sur la tempe. Mon ventre se contracta violement et j'hésitai quelques secondes avant de me décider.

-Si ça avait été envisageable avec Adrianne ...

-Vicky ...

-Laisse-moi finir. Si ça avait été envisageable, est-ce qu'elle aurait pu composer avec moi ?

Les sourcils de Simon se froncèrent et il finit par ouvrir les yeux sur l'âtre au sein duquel brûlait toujours un feu intense. Après quelques secondes d'incompréhension, il finit par tourner le regard vers moi.

-C'est ça qui t'inquiétait ?

-En partie, éludai-je en haussant les épaules. Je pense que cette soirée prouve définitivement qu'on n'a pas une relation normale. Si tu as une copine, elle va devoir composer avec moi, elle n'aura pas le choix. Et tout le monde n'est pas prêt à accepter ça ...

Simon me fixait toujours, un peu perplexe et je pris une profonde inspiration pour expliciter :

-J'ai une place prédominante dans ta vie et tu as une place prédominante dans la mienne. Tout le monde n'est pas prêt à partager, voire à passer derrière dans le sens des priorités. Regarde Miles par exemple : ça l'a blessé de comprendre que tu étais plus important que lui pour moi.

-Oh attends, me coupa Simon en levant une main. C'était le cas ?

Je le considérai, médusée.

-Bien ... oui. Enfin, je n'y avais pas réfléchi sur le coup mais en y repensant ... (Je coinçai nerveusement une mèche derrière mon oreille et détournai le regard). C'est pour ça que je suis allée le voir, à Londres. Il venait de dire à Emily qu'il te considérait en parti responsable de l'échec de notre couple et ça m'a mise en colère parce qu'il n'en avait jamais parlé. Mais quand j'y ai réfléchi, j'ai été forcée de lui donner raison ... Il était mon copain et pourtant je te donnais infiniment plus d'attention.

C'était la bonne méthode, me rassurai-je en constatant que ma gorge ne se bloquait pas, que mes mots restaient fluides malgré le malaise évident. Je disais des vérités, revenais à la source de mes réflexions, traçais lentement le chemin de notre relation. Et au moment où je sentais la confiance venir, Simon brisa tout : il explosa de rire, un rire plus incontrôlable encore que celui du ruisseau. Ses yeux se voilèrent d'un film de larme et il plaqua ses deux mains contre sa bouche pour tenter de le réprimer, sans pour autant y parvenir. Les éclats lui filaient littéralement entre les doigts. Je ramenai le plaid jusque mon nez pour étouffer un gémissement, mortifiée par sa réaction alors que j'avais enfin rassemblé tout mon courage. N'y tenant plus, je finis par extraire un coussin et lui jetai à la figure pour le faire cesser.

-Tu vas arrêter oui ? J'essaie de te parler sérieusement !

-Oui pardon, haleta-t-il en essuyant ses larmes de rire. Pardon, c'est vrai je me calme. Donc Miles m'en a voulu, c'est ça ?

-Ouaip, maugréai-je, toujours vexée.

-Et du coup tu as peur qu'Adrianne soit comme lui et ne supporte pas ton ingérence dans ma vie ?

-On va dire ça.

Simon avait pressé son poing contre ses lèvres et j'avais l'impression désagréable que c'était pour cacher les restes d'amusement. Dynamisés par la lueur dansante des flammes, ses yeux étincelaient. Après un silence qui me parut s'éterniser, il finit par lâcher un dernier ricanement et se leva pour s'étirer.

-Ne t'en fais pas pour ça, Vicky. Jamais personne ne te prendra ta place, ça je peux te le promettre.

Malgré le rire, il y avait de la douceur dans sa voix, de la sincérité et le sourire qu'il m'adressa était à peine esquissé sur ses lèvres et complétement dépourvu de moquerie. Le soulagement fut vite suivi d'une vague d'interrogation qui commençait à m'être familière. Quelle était ma place ?

-J'espère bien. Je te rappelle quand même que je suis la femme de ta vie.

Je voulus rattraper mes mots à l'instant même où ils sortirent de ma bouche. Les droits derniers particulièrement avaient peiné à passer ma gorge et une fois qu'ils avaient franchis mes lèvres et que je les avais découvert, mon souffle s'y était bloqué, enflammé par l'embarras. Simon, qui s'était retourné pour se diriger vers la cuisine, s'immobilisa et tourna légèrement le visage vers moi. Le mien était à moitié couvert par le plaid et je feintais la neutralité en observant les flammes qui léchaient les pierres de l'âtre et il ne renchérit pas pour s'en retrouver vers la cuisine. J'attendis que la porte se soit refermée sur lui pour me taper le front du plat de la paume, complétement mortifiée.

-Bon sang, Vic', ton cerveau est encore gelé ? gémis-je tout bas.

Je tentai de me calmer et de dédramatiser la portée de mes mots en me rappelant qu'il les avait déjà prononcés, qu'il avait déjà revendiqué ce statut pour moi et sans complexe. Dès l'adolescence il avait été évident qu'on passerait notre vie ensemble et il m'avait chaque fois décrit comme « la fille qui partageait sa vie ». De là à être la femme sa vie, j'espérais qu'il n'avait qu'un pas ...

Je ne m'étais toujours pas remise quand Simon revint, un pichet de jus de citrouille et une pile de sandwich qu'il déposa sur la table basse. Je fus soulagée de voir qu'un léger sourire persistait sur ses lèvres et qu'il était loin de son habituel sourire ironique. Il en saisit un qu'il croqua immédiatement avant de s'enfoncer dans son canapé de nouveau.

-Tu sais, je te retourne la remarque, lança-t-il après avoir avalé la première bouchée. Je veux dire, Miles je l'ai bien supporté parce que comme tu le dis, je sentais que j'avais la bonne place. Que ça n'allait pas durer – et pour tout te dire, ça a duré plus longtemps que je ne l'aurais cru ...

-Ah bon ?

Simon hocha la tête et arracha un autre morceau de son sandwich.

-Je pensais que tu ne supporterais pas qu'il soutienne le Ministère. J'ai sous-estimé ta patience légendaire ...

-Mais tu ne l'as jamais dit, ça !

Il haussa les épaules et engloutit le morceau de sandwich qu'il avait déchiré.

-Pourquoi je l'aurais fait ? Je ne voulais pas t'influencer. Tu es assez grande pour prendre tes décisions. Et puis je te dis, je savais que ça n'allait pas tenir. Qu'un jour tu en aurais assez de l'inertie de Miles, ou que lui retomberait dans ses travers. Au final, ça a été un mélange des deux, non ?

Je hochai la tête, sonnée qu'il ait analysé ainsi ma relation avec Miles sans que jamais rien ne filtre. Et pourtant Dieu que j'avais cherché cette analyse dans les dernières semaines, Dieu que j'avais tenté d'arracher l'avis de Simon mais il était toujours resté coi. Et il alla encore plus loin quand un sourire fier s'étira sur ses lèvres.

-Ça et quand Roger t'a demandé si tu rêvais que Miles te déclame tes vers, c'est ça ?

Cette fois mon visage s'empourpra et une nouvelle fois je fus réduite à acquiescer en silence. Et la flambée s'étendit à mes oreilles quand Simon fut une nouvelle fois secoué par un rire qui méritait que je le batte avec le coussin qui me restait.

-Pardon, ce n'est pas drôle, tu n'avais l'air vraiment pas bien, s'excusa-t-il en s'efforçant de se calmer. Mais ... Oh la la, je pense que je ne t'avais jamais vu rougir si fort, une sacrée fierté personnelle.

-Ferme-la, sinon je te lance un coussin à la figure.

-Je viens de sortir d'un ruisseau gelé, Vicky. Ce ne sera pas la pire douleur que je subirais aujourd'hui. Ah ! Quoiqu'il est minuit, je me ravise : garde ton coussin.

Je secouai la tête avec un petit rire et effleura l'horloge du regard. La petite aiguille pointait en effet le douze ans la grande s'était inclinée vers le cinq. Son sandwich fini, Simon allongea de nouveau ses jambes sur la table basse et s'essuya les mains

-Mais en un sens, c'est un bon test pour toi. Les vers, précisa-t-il quand je le fixai, perplexe. Quand tu veux savoir si c'est sérieux avec quelqu'un, demande-lui de te les réciter. Si tu ne paniques pas, c'est que c'est le bon. Parce qu'honnêtement dans la bibliothèque, on sentait ta panique – promis je me garde de dire que c'était drôle. Tu es sûre que tu ne veux rien manger ?

-Ce n'est pas idiot, soufflai-je, perdue dans mes pensées.

-De manger ? En effet, c'est même plutôt conseiller, surtout quand on est sportive.

-Non. Ce que tu dis sur les vers. Ce n'est ... vraiment pas idiot.

-C'est normal, je suis quelqu'un de plutôt intelligent.

Je profitai qu'il soit débarrassé de son assiette pour armer mon bras et lançai le coussin. Mais Simon avait anticipé la chose et sortit sa baguette : le coussin de transforma alors en un oiseau en papier qui poursuivit son vol gracieusement dans la pièce et évita Simon d'un ample arc de cercle.

-Frimeur.

-Frimeuse toi-même. C'est à cause de ça que j'ai réussi à te désarmer.

Pour éviter d'avoir à répondre à cette pique, j'observai le vol de l'oiseau en cercle concentrique au-dessus du salon. Différentes espèces étaient associées à Simon : le faucon de son patronus, le phénix de l'Ordre mais également de l'espoir, celui qu'il avait évoqué le soir de son dix-septième anniversaire pour se donner de la force. Mais j'étais incapable d'identifier celui qui volait à présent. A dire vrai, je n'essayais pas réellement. Mon esprit surchauffait.

-Mais tu les connais par cœur, au fait.

-Quoi donc ? s'étonna Simon.

-Les vers. Si tu sais dans quelle scène exacte ils sont joués ... Tu dois les connaître par cœur.

-Evidemment. Tu penses que j'allais renoncer à une arme si redoutable contre toi ? Franchement, la couleur de tes joues, c'était exceptionnel, je suis dégoûtée d'avoir raté ça au cinéma ...

-Par cœur ? insistai-je, le cœur battant à tout rompre. Doute que les étoiles ...

-...Ne soient que flammes, acheva tranquillement Simon.

Mais son regard s'était détourné et dardé sur la cheminée. Le feu brûlait de façon moins intense, plus contrôlée et diffusait une belle lumière orangée dans la pièce. Elle effaçait les tâches de rousseurs sur le visage de Simon et faisait ressortir le cuivre dans sa chevelure. Mon regard se bloqua dans ma gorge et j'eus l'espace d'un instant peur qu'il ne poursuive pas. Il marqua un arrête et sembla hésiter avant de finalement continuer :

-Doute que le soleil n'accomplisse son tour. Doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour.

C'était déclamé d'une voix fluide qui trahissait sa connaissance de chaque mot, chaque intonation. Plus je le contemplai, lui, la courbe de ses lèvres, le cuivre que les flammes faisaient ressortir dans ses cheveux, ses longs doigts qui tapotaient négligemment l'accoudoir, moins j'avais envie de détacher mon regard de lui. Ma gorge se retrouva obstruée par diverse sensations et j'eus l'impression de vivre avec plus d'intensité ce que j'avais ressenti sous mon mentaux, dans le cinéma. Espoir. Panique. Mais en fin de compte, la sérénité reprenait le dessus et apaiser tous les maux. Mes mains se crispèrent sur ma poitrine. C'est là. C'est là depuis l'enfance. Ça ne fait que grossir. Jamais ça ne disparaitra ...

Plus de doute. Il n'y avait que de lui que j'étais capable d'accepter ces mots. Et si je les gardais pour moi, ils risquaient de me consumer.

-Tu ne vérifies pas si j'ai rougi ? murmurai-je.

Simon s'arracha à la contemplation des flammes et m'observa. Son expression était neutre et le sourire s'était lentement effacé sur ses lèvres : je l'avais vu mourir à mesure que les mots s'envolaient de sa bouche. A s'en demander s'il avait voulu m'embarrasser ... ou se libérer. L'idée affola mon cœur et je pris une discrète inspiration pour calmer mes nerfs. Les yeux de Simon me détaillèrent et il finit par évoquer l'évidence :

-Tu n'as pas rougi.

-C'est parce que je n'ai pas paniqué.

Je pris une tremblante inspiration. Soudainement, le sport, le duel, le saut dans le ruisseau : tout ça semblait avoir été vain. Sans que je ne le comprenne, les larmes me montèrent de nouveau aux yeux et j'assénai avant de perdre mes brides de courage :

-Simon ... Simon, je n'ai pas peur.

Oh mon Dieu, je l'ai dit.

La portée de mes mots me sembla immense, destructrice et j'eus envie de détourner les yeux, ne pas voir ce que j'avais provoqué. Les yeux de Simon s'étaient écarquillés et il s'était complétement figé, comme une statue de sel. Les vers semblaient presque présents entre nous, physiques, tangibles comme cet oiseau de papier qui continuait de voler au-dessus de nous, et rendait lourd le silence qui s'éternisait. Puis je me souvins de toutes mes réflexions concernant Simon : si ça m'effrayait, lui ça le terrifierait. Ce n'était pas moi la plus susceptible de paniquer dans cette histoire : c'était lui.

J'abaissai enfin mon plaid et m'avançai sur mon fauteuil. Il fallait que je le rassure ... Mais j'ignorais comment faire. J'ignorais complétement quoi attendre, ce qui suivait mes aveux étaient restés un immense trou noir dans ma tête. J'avais atteint les bords de ce trou noir et ça m'angoissait.

-Ecoute, je ne serais pas vraiment t'expliquer ... C'est juste ... Ne panique pas, d'accord ? Laisse-moi panique d'abord ... Je n'attends rien, je ne veux rien, je veux juste ... Je voulais juste que tu saches.

-Que je sache quoi exactement ?

C'était les premiers mots qu'ils prononçaient et ils me semblaient affreusement rauque, comme si sa propre gorge était obstruée. Il semblait complétement sonné, les yeux toujours agrandis et me contemplait d'un regard fixe. Tout cela fit monter le stress en moi et je me levai, dédaignant le plaid. Je me mis à faire les cent pas de la cheminée : m'activer, avoir l'air au bord de la crise de nerf : tout plutôt que laisser couler les larmes.

-Que ce n'est pas normal ! Que la relation qu'on a, que ce qu'on vit depuis des mois, ce n'est pas normal ! Regarde ce qui s'est passé ce soir : une dispute qui vient de nulle part, moi qui quitte le cinéma, nous qui finissons dans le ruisseau pour ensuite se faire un câlin alors qu'on était en train de mourir de froid ! Bon sang, ce soir c'est l'histoire de notre vie, ça prouve tout ! J'ai retourné ça dans tous les sens Simon ! Tu dis que ça fait des semaines que je suis distante ? C'est ça ! Ça fait des semaines que je m'interroge, que je me demande qui tu es pour moi, que je tente de trouver un sens à tout ce que je ressens, à ce qu'on est, sans en trouver aucun. Parce que ça n'en a pas ! ça n'en a pas, j'ai ... Bon sang, je t'ai cassé la cheville à neuf ans, à quel moment ça aurait pu avoir du sens ?

Simon avait refermé le poing devant sa bouche et cela rendait son expression difficilement lisible. J'étais incapable de traduire cet éclat qui luisant dans ses yeux, cette tension au niveau de son front, ce mutisme obstiné : je n'interprétai plus rien alors que j'avais toujours tout connu de lui. C'était déstabilisant. Et c'était précisément pour cela qu'il fallait que je poursuivre : retrouver le naturel. A tout prix. Je passai une main dans mes cheveux et évitai son regard.

-Puis je me suis rendue compte que ... l'amour n'avait pas à en avoir. Là-dedans, il n'y avait pas à avoir de rationalité : dans ce cadre-là, j'avais le droit de péter des câbles quand tu me cachais quelque chose ou de me sentir abandonnée dès que tu lâchais ma main. Qu'il n'y avait que dans ce cadre que ce qu'on vivait pourrait être qualifié de « normal ». Je te jure, j'ai littéralement retourné ça dans tous les sens ... Mais au final, j'en revenais toujours à toi. A ça. La même conclusion.

Je poussai un soupir dans l'espoir de dénouer ma gorge et d'éclaircir mes idées. En vain : c'était comme si toutes mes réflexions des derniers mois me paralysaient totalement le cerveau.

-Je ne veux pas d'Adrianne. Ni d'aucune autre. Simon, ce n'est pas elles qui ne me supporteraient pas, c'est moi. Je suis incapable de leur laisser de la place. Je ne peux pas ... Cette place, c'est aussi la mienne ...

J'aurais pu dire les choses plus simplement. Trois petits mots auraient suffi à lui faire comprendre. Mais je n'étais pas encore prête à les prononcer. C'était trop frontal, trop absolu. Comme ce que je vivais, mais je voulais éviter que cela devienne trop réel, trop sérieux. Je voulais juste poser les choses alors ce fut pour ça que j'achevai après un profond soupir :

-Je n'attends vraiment rien. Vraiment. Je ne sais même pas quoi en penser moi-même ... je voulais juste ... que tu saches. Parce que c'était en train de littéralement me bouffer le cerveau et que si ça ne sortait pas, ça sortirait un jour mais de façon plus violente et je ne voulais pas. Je voulais contrôler ce que je ressentais. (Je pris une profonde inspiration). Tu es la seule personne dont je peux accepter les vers sans paniquer, Simon Bones.

J'arrêtai enfin mes pas infernaux et pivotai vers lui. Mon cœur battait si fort dans ma cage thoracique que j'avais l'impression qu'il briserait mes côtes pour pouvoir en sortir. C'était affreux cette sensation de plus avoir son destin entre ses mains, de dépendre de quelqu'un, d'être à ce tournant de sa vie en ayant l'impression d'en être spectatrice. Simon n'avait pas bougé d'un iota et restait figé dans le canapé, le poing pressé contre sa bouche, le visage si peu expressif que j'en avais envie de hurler. Le silence s'éternisa, seulement coupé par le « tic-tac » de la grande aiguille qui avançait vers le temps. Pourtant, je serrai les lèvres. Je me refusais à être celle qui reprendrait la parole. J'en avais assez dit : c'était à son tour.

Ça finit par être insoutenable, même pour lui. Il écarta sa main de sa bouche et je pus enfin discerner les prémisses d'un sourire qui frémissaient sur le coin de ses lèvres fines.

-Je pensais justement que tu paniquais.

Je haussai les sourcils, interdite. Puis le naturel reprit le dessus et je ramassai le plaid que j'avais laissé tomber pour lui jeter à la figure. Puis les coussins du fauteuil à côté, puis ceux que j'avais déjà lancé dans la soirée : la pièce aurait pu y passer si je n'avais pas eu de respect pour la vieille demeure. Simon n'essayait même pas de parer : il acceptait cette forme passive de violence, les bras croisés devant son visage qui s'étaient enfin animé pour laisser échapper un éclat de rire qui me rendit encore plus furieuse. Je finis par m'avancer avec un coussin que je ramassai et le frappai avec avant de m'éloigner avec un cri de rage.

-Bon sang, pourquoi j'ai ouvert la bouche ? Tu es atroce, Bones !

-Je pensais que tu disais justement le contraire ...

-Je vais t'arracher les yeux !

-Ce n'est pas la plus belle chose chez moi, pourtant ?

-Argh !

Je me détournai, fulminante et prête à me jeter à sa gorge comme lorsque j'étais enfant et qu'il m'assénait pique sur pique pour me faire sortir de mes gongs. La fameuse allumette qui avait embrasé le brasier. L'idée provoqua un soupir et enfin je réussis à décrypter des brides de son attitude. Retrouver un terrain familier. Et ça, c'était bien plus familier que tout ce que j'avais pu déclamer depuis les vers. Je pivotai de moitié et observai du coin de l'œil Simon émerger de la tonne de coussin que j'avais déversé sur lui et se défaire du plaid qui s'était emmêlé dans ses jambes. Son hilarité s'était calmée mais un léger sourire persistait sur ses lèvres et ses yeux étincelaient. Son regard glissa ostensiblement vers moi et quand il remarqua que je le fixai, il se détourna et remit les coussins sur le canapé. Son sourire s'était agrandi. Légèrement. Significativement. Et soudainement, cela me frappa. Comme la vérité, comme frappée par foudre, comme le Saint-Esprit qui emplissait nôtre âme pour nous délivrer la divine lumière.

Il ne paniquait pas. Son visage était détendu, ses traits serein, son sourire plus amusé qu'autre chose. Même ses yeux ne trahissaient aucune tourmente. Ils pétillaient et ce n'était pas dû au reflet des flammes.

Oh mon Dieu.

Oh mon Dieu, oh mon Dieu.


-Tu ressens la même chose.

Le geste que Simon était en train d'amorcer s'interrompit et ses doigts se crispèrent sur le coussin qu'il tenait. Je n'avais pas pris de précaution oratoire, même pas pris la peine de donner à mon ton une forme interrogative : c'était d'une telle évidence que je ne comprenais pas pourquoi je ne l'avais pas vue avant. Je savais que Simon avait des sentiments forts à mes égards, égaux aux miens mais pas qu'ils les avaient identifiés. Et c'était clair : il savait précisément de quoi je parlais.

Lentement, je m'avançai vers lui. Il fuyait clairement mon regard et s'activait à rendre à son canapé son état impeccable d'avant que la tempête Victoria ne lui passe dessus. Ce ne fut que lorsque je m'assis à côté de lui qu'il daigna poser les yeux sur moi – sur la main qui s'était posée sur le coussin qu'il remettait. A quelques centimètres de la sienne.

-C'est pour ça que tu m'as parlé d'Eden, réalisai-je dans un souffle. Je ne savais même pas que tu avais retenu son nom ... Mais c'est pour ça, pas vrai ?

Simon resta coi, mais ses lèvres se tordirent. Je me penchai sur lui et un sourire absurde s'étala sur mes lèvres.

-Hé. Tu sais que je sais parfaitement décoder le Simon-Bones ? Et que des lèvres tordues, ça équivaut à un « oui » ?

Sa bouche se pinça, comme pour éviter qu'elles ne le trahissent davantage mais c'était trop tard. J'avais compris. Il fixait toujours ma main. C'était celle à laquelle je portais le bracelet « petit soleil » que Cédric m'avait offert. Celui avec lequel il ne pouvait pas s'empêcher de jouer chaque fois qu'il tenait ma main dans la sienne. Il finit par secouer la tête et par lâcher :

-T'es insupportable ...

-Je pensais que tu étais en train de me faire comprendre le contraire ?

La commissure des lèvres frémit sans que le sourire ne s'épanouisse. J'avançai lentement mes doigts sur le coussin et il suivit leur parcours des yeux sans un mot.

-Simon, tu ne prendrais pas la chose à la légère si tu voulais me renvoyer les vers à la figure. Avoue. Et bon sang, j'ai déjà l'impression d'avoir vécu cette situation.

Cette fois, ce fut un véritable éclat de rire qui franchit ses lèvres. Moi qui lui extorquais une information qu'il tentait par tous les moyens possibles de me cacher, c'était la réplique exacte de ce qui s'était passée sur le pont le jour où il m'avait révélé sa véritable identité. Il se mordilla sa lèvre inférieure, l'air indécis et je me tus, le laissai faire pour ne pas le brusquer. Et soudainement, sa main bougea, glissa sur le coussin pour effleurer mes doigts. Mon cœur parut exploser lorsqu'ils se nouèrent, naturellement, comme l'évidence. Sans attendre, son pouce effleura la breloque qui pendait sur le dos de ma main et un sourire entendu effleura mes lèvres. Nos doigts restaient en mouvement, s'effleuraient, glissaient sur nos peaux. Il passa le pouce sur mon ongle cassé sans s'y attarder, comme si ça n'avait pas d'importance. Et je savais que ça n'en avait pas. Comme ça n'avait aucune importance que j'étais en sweat délavé ou que mes boucles encadraient mon visage de façon complétement désordonné.

-Si tu savais ..., murmura-t-il sans quitter ma main du regard. Ne crois pas, moi aussi je me suis torturé l'esprit ... C'était atroce, je pensais ... j'allais exploser. Tu l'as dit, ça n'a pas de sens ...

-Ça n'a pas à en avoir ...

-Non, avoua-t-il. Non, ça n'a pas.

Il leva enfin la tête et me regarda dans les yeux pour la première fois depuis son long mutisme qui avait suivi ma déclaration. Mais cette fois, j'avais l'impression qu'il me regardait vraiment. Il détaillait mon visage, comme s'il le découvrait et j'avais la sensation de lui renvoyer le même regard. Mes yeux passaient d'un point à un autre, de ses prunelles vertes qui étincelaient, claires comme l'espoir, de son nez que j'avais cassé d'un coup de poing car il avait embrasé l'allumette, ses tâches de rousseurs rendue pâle par l'hiver que je pouvais presque compter pour enfin suivre la courbe de ses lèvres. L'espace d'un étourdissement, j'eus envie de franchir les quelques centimètres qui nous séparaient, d'assouvir ce désir qui montait en moi depuis quelques semaines. Mon visage s'inclina mais je me retins au dernier moment, au moment où mon nez effleurait le sien, où mes cheveux venaient chatouiller sa joue. Il ne s'écarta pas le moins du monde et resta statique face à ce vide insoutenable. Ses paupières s'étaient à moitié closes. J'eus alors conscience de la profondeur de sa respiration, de son souffle qui effleurait ma joue, lourde, laborieuse. Mes paupières se fermèrent et je chuchotai :

-Je te l'ai dit, je n'attends rien ...

-Je sais, assura Simon dans un murmure rauque. C'est pour ça que je t'aime.

Mon cœur n'eut pas le temps de manquer le battement : Simon avait glissé sa main derrière ma nuque et la caressai doucement, ses phalanges s'enfonçant dans la racine de mes cheveux. Les yeux toujours clos, je ne pus m'en tenir qu'à mes autres sens, sentir le souffle de Simon de plus en plus près, son nez qui frôlait le mien jusqu'à ce ses lèvres effleurent les miennes d'une caresse, d'un aveu, d'un tout. C'était léger, à peine plus d'un baiser et pourtant cela fit tout exploser en moi. J'exhalai un soupir libérateur et remontai une main fébrile pour caresser son visage et l'incliner vers moi. Mes lèvres rencontrèrent de nouveau les siennes, plus franchement, plus tangibles. Son souffle qui se rependait dans ma bouche devint ma seule réalité, ma seule raison de vivre, mon seul apport en oxygène. Simon ne me repoussait, bien au contraire : il me cherchait. Son autre main vint se poser sur ma jambe puis remonter jusqu'à mon dos et me pressai un peu plus. Ses lèvres goûtaient les miennes lentement, sans précipitation avec une maîtrise qui m'arracha un sourire absurde – qui aurait cru que Simon Bones savait embrasser comme ça ... ? Et je n'en revenais pas d'être celle qui jouissait de ce baiser, de sa chaleur, de sa confiance.

De son amour.

« C'est pour ça que je t'aime ».

Je sentis les lèvres de Simon sourire contre les miennes, un sourire extatique qui répondait au mien. Dieu que c'était difficile de s'embrasser quand on souriait ... Mais je ne voulais pas m'arrêter. Pas un seul instant. Jamais. C'était là depuis l'enfance et ça ne ferait jamais que grossir. Et maintenant que c'était accompli, ça effaçait tout : les peurs, les semaines de troubles, de questionnement ... les doutes.

Doute de tout mais jamais de mon amour.

***


Toujours avec moi? En vie?

Je ne vais pas mentir : je me fiche de s'il est bien ou pas, bien écrit, réaliste, niais, quoique ce soit. Quand je l'ai écris, j'arrivais à peine à taper tant j'étais excitée : je tournais en rond dans ma chambre pour me calmer en me répétant "Oh mon Dieu oh mon Dieu j'y arrive, c'est incroyable !". C'était un moment tellement magique que j'ai du mal à être objective et peu importe au fond !

Well, donc c'était ici le fameux chapitre, celui qui m'a fait tremblé ahah ! A dire vrai tout le chapitre d'avant j'étais dans le même état, je savais très bien que je n'avais jamais été aussi proche ! C'est juste que je ne sais pas compter et je l'avais évalué à août mais il est arrivé un peu plus tard ahah.

EVIDEMMENT QUE LE SIMORIA EST LE PLAN DEPUIS LE DEBUT ! (Désolée pour les autres ahah). Mais j'avais quatre parties, j'avais décidé d'en faire une sorte de "ennemis to lovers" (en beaucoup plus compliqué hein) donc il me fallait du temps, dès le début j'ai décidé que ça n'arriverait pas avant le milieu de la partie 3, que Vic aurait un copain en attendant (Miles, qui finalement est devenu un personnage à part entière. Et croyez-moi, c'est très difficile d'écrire sur un couple auquel vous n'adhérez pas. Quoique c'est pas tout à fait vrai. Bon j'arrête). ça vous a peut-être paru long, mais ils ont une relation complexe : je devais passer par toutes les étapes et notamment dans les réflexions de Victoria.

J'ai l'impression d'avoir mille choses à dire et pourtant je me retrouve à court. Bon, je vais aller écrire la suite maintenant que je suis lancée.

Déjà un immense merci à ma chère Anna' qui m'a aidé à brainstormer leur mise en couple. J'avais mille scénario différents (et le scénario de base est très différent) et elle m'a aidé à me fixer ! Et c'est pour ça qu'en son honneur, quand Victoria et Simon s'embrassent enfin, nous sommes dans l'histoire le 15 février 1997 soit la date de naissance exacte d'Anna !
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

OH MON DIEU, FINALLY, CA VALAIT LE COUP D'ATTENDRE !!

Tout était parfait ! le "Tu rougis pas/ C'est par ce que je panique pas" le 'C'est pour ça que je t'aime" de Simon,j'ai tellement fangirlé à ces deux moments là ! Argh ! Ils sont trop chous, je les adore !

Moi je dois speeder, j'ai pleinn trucs à faire mais juste ... C ETAIT INCROYABLE OH LA LA JE LES AIME TROP
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

C'est pas mal comme activité du dimanche soir, commenter
Je devrais garder cette routine haha

BREF, me voilà pour le chapitre 25, que j'ai déjà lu au moins 3 fois mais c'est pas grave
Je ne peux pas ne pas commenter LE CHAPITRE
Et face au moment où j'aurais dû me justifier, enfin dévoiler mes véritables sentiments, j'avais paniqué. Je m'étais enfuie.
En même temps, je sais pas si la salle de cinéma était le meilleur endroit pour faire ça haha
A la réflexion, c'était peut-être lui qui était stupide
C'est un garçon Vic, c'est normal :lol:
J'aurais pu simplement rentrer chez moi et m'en tenir au plan initial : regarder un film en me gavant de chocolat.
J'ai l'impression que cette facette de Vic, c'est juste Perri qui essaie de rappeler son existence derrière le personnage :lol:
J'arrivais à peine à distinguer la Grande Ourse, seule constellation que j'étais capable de discerner dans la myriade de point lumineux qui composait le ciel.
Saaaaaaaaaame
Mais de façon très honnête, j'aurais pu oublier ma baguette que je ne m'en serais pas rendue compte.
Welp, elle aurait juste tourné comme une débile sur elle-même sans pouvoir transplaner :lol:
Je levai le visage pour les refouler.
Mais est-ce que cette technique marche vraiment ?
Simon dressa un sourcil et une étrange chaleur se diffusa dans ma poitrine quand une étincelle de fierté embrassa ses prunelles vertes
MOOOOOOOOOOW
J'entrouvris les lèvres dans l'espoir que la fameuse phrase s'y glisse enfin. « Il faut qu'on parle ». Elle était courte, évidente, facile. Je la sentis se former dans mes cordes vocales, montée dans ma gorge comme une bulle chaude, presque brûlante au moment où elle jaillissait dans ma bouche. Mais tout resta bloquer au fond de ma gorge qui se noua douloureusement.
J'ai ADORE cette description parce que c'est vraiment un truc que je vis souvent et tu l'as tellement bien retranscrit, à chaque ois que je relis ce passage je trouve ça fou !
Je savais aussi qu'il attaquait fort et vite et une stratégie se mit en place dans ma tête
On sent telleemnt la joueuse pro ou presque qui sait déjà jauger son adversaire ! Bon d'autant plus qu'elle le connaît bien, celui-ci
il n'avait aucune souplesse et si ses réflexes magiques étaient excellents, ses réflexes moteurs laissaient à désirer.
J'avoue, là je l'imagine un peu tituber de droite à gauche, raide comme un manche à balai
Je n'étais pas qu'une sorcière.
Poueheheheh
Simon battit des bras avec un cri de surprise et bascula dans le ruisseau.
Le pauvre en vrai :lol:
je m'élançai vers le ruisseau et poussai un cri en y sautant
Elle a vraiment un souci :lol:
-Vicky ! Vicky, allez, nage, viens !
On croirait entendre Rose sur sa porte
Puis je l'entendis, ce petit soupir à peine exhaler et sa joue vint se poser contre mon crâne.
Déjà j'aime trop cette construction et AAAAAAAAAAW ILS SONT SI CHOUX
il souffla doucement :

-Vraiment, vraiment très stupides ...
Il est tellement cramé là
Il n'en avait pas fini avec moi.
NOUS NON PLUS YOUNG LADY
-Laisse-moi finir. Si ça avait été envisageable, est-ce qu'elle aurait pu composer avec moi ?
Bel angle d'attaque
Simon brisa tout : il explosa de rire,
MAIS SIMOOOOOOOOOOON
Pardon, ce n'est pas drôle, tu n'avais l'air vraiment pas bien, s'excusa-t-il
Ils ont tellement évolué en vrai, jamais il se serait excusé avant haha
Il marqua un arrête et sembla hésiter avant de finalement continuer :
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH
la sérénité reprenait le dessus et apaiser tous les maux.
:') :') :') :')
-Tu ne vérifies pas si j'ai rougi ? murmurai-je.
HEFHRGKETHGKQKZDMLKAJZGR
-Tu n'as pas rougi.

-C'est parce que je n'ai pas paniqué.
J'imainge tellement leur regard intense et le compréhension qui se fait peu à peu dans l'esprit de Simon AAAAAAAAAAH
Les yeux de Simon s'étaient écarquillés et il s'était complétement figé, comme une statue de sel.
IIIIIIIIIH
-Puis je me suis rendue compte que ... l'amour n'avait pas à en avoir
eh BIM le mot est lâché
Il écarta sa main de sa bouche et je pus enfin discerner les prémisses d'un sourire qui frémissaient sur le coin de ses lèvres fines.
Je me souviens bien qu'à ma première lecture je m'attendais pas du tout à cette réaction, et je me suis dit que c'était vraiment qu'un sale gosse :lol:
-Je vais t'arracher les yeux !

-Ce n'est pas la plus belle chose chez moi, pourtant ?

-Argh !
:lol: :lol: :lol: :lol:
Oh mon Dieu.

Oh mon Dieu, oh mon Dieu.

-Tu ressens la même chose.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH
. Et soudainement, sa main bougea, glissa sur le coussin pour effleurer mes doigts.
ENFIN
-Si tu savais ..., murmura-t-il sans quitter ma main du regard. Ne crois pas, moi aussi je me suis torturé l'esprit ... C'était atroce, je pensais ... j'allais exploser.
le "si tu savais", il m'a vraiment fait péter un câble
-Je sais, assura Simon dans un murmure rauque. C'est pour ça que je t'aime.
*insert le gif avec Kermit qui agite les bras dans tous les sens*
jusqu'à ce ses lèvres effleurent les miennes d'une caresse, d'un aveu, d'un tout.
Olala cette phrase j'adore le rythme à la fin et puis LE CONTENU DE LA PHRASE AUSSI EVIDEMMENT


BREF tu sais comme j'aime ce chapitre, c'est mon nouveau médicament quand j'ai besoin d'amour :lol:
T'es trop forte Perri, et ces personnages que tu as créés ils sont ouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuf et leur histoire, c'est vraiment du génie, keur <3
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

Difficile de résister à une chronique sport avec l'actualité.

PARCE QU'UN FRANCAIS EST CHAMPION DU MONDE mais oui mais oui ! Le génial Julian Alaphilippe fait la passe de deux ! Et pourtant il n'était pas favori dans les Flandres (alors j'adore les Belges ... mais je me rends compte que j'aime surtout les Wallons, parce que les Flandriens je vous retiens. Entre les hués et le jet de bière/liquide à Alaph' à l'arrivée, vous vous êtes officiellement revendiqué comme terre du seum) MAIS IL L'A FAIT, il est champion du monde de cyclisme pour la deuxième année consécutive ! Il faut dire que le maillot arc-en-ciel lui allait si bien ... Mention spéciale au sélectionneur (pour toujours dans mon coeur depuis 2011) Thomas Voeckler qui a fait jouer la partition parfaite à l'équipe de France !

ENSUITE vous savez que j'ai revendiqué haut et fort que je ne m'intéresserais jamais à la F1? Parfois, je devrais me taire. Bref, petite mention à la 100e (!) victoire en GP de Sir Lewis Hamilton, grand parmi les grands. Un peu mal au coeur pour notre ami Lando Noris qui a mené jusqu'à l'arrivée de la pluie ... Maudite pluie.

Et puis un deuxième succès consécutif pour le LOSC qui démarrait TRES MAL sa saison : ça fait plaisir, on prend et gloire éternelle à Jonathan David !


CHAPITRE MAINTENANT ! On va avoir le droit aux quatre vers. De base, ça devait deux chapitres. Puis trois, que j'allais nommer "le Triptyque du Simoria". Puis finalement le dernier chapitre a été coupé en deux et c'est devenu le "Quatuor du Simoria"! Tout a été écrit d'une traite.

Bon, ce coupage explique que ce chapitre soit une sorte de "transition". On va faire redescendre la tension tout doucement ... Bonne lecture <3 Et encore MERCI BEAUCOUP !

Et pour la citation : c'est une de mes chansons préférées de Florent Pagny, voilà ahah. En fait je pense qu'elle vous parlera plus qu'à eux !


***

Savoir attendre
Goûter à ce plein bonheur
Qu'on vous donne comme par erreur
Tant on ne l'attendait plus...

- Savoir Aimer
Florent Pagny
***


Chapitre 26 : ... Doute que la vérité soit menteuse infâme ...

Il fallait que je l'admette : c'était une sensation incroyable d'embrasser quelqu'un qu'on aimait.

J'avais pu être gênée lors de mes premiers baisers : par mon manque d'expérience, les nouvelles sensations, cette impression de vivre une expérience hors du corps où je devenais spectatrice de l'instant. Là toutes les petites choses qui pouvaient rendre un baiser désagréable étaient complétement éclipsées par la beauté du moment. Son sang battait à mes tempes et m'étourdissaient complétement, les lèvres de Simon sous les miennes semblaient être le plus beau des triomphes, sa main qui enserrait ma nuque et dont le pouce caressait les contours de ma mâchoire m'électrisait totalement. J'avais pu craindre que ce soit étrange : nous nous connaissions depuis l'enfance et c'était une posture dont nous n'avions pas l'habitude. La familiarité était allégrement bouleversée. Mais comme chaque fois avec un naturel qui me désarçonnait chaque et qui sonnait comme l'évidence.

C'était normal.

Emportée par la sensation grisante qui m'envahissait, ma main remonta dans son cou et effleura ses mèches soyeuses, souples sous mes doigts, indisciplinées et qui ne demandaient qu'à l'être plus. Mes poumons me brûlaient et réclamaient de l'air mais je ne voulais que Simon. Ma main s'aventura alors plus dans ses cheveux. Alors pour la première fois, je pressentis une raideur, une tension de côté de Simon et je me résolus à m'écarter d'un souffle et baissai ma main qui retourna sagement sur sa nuque. Il était encore si près que je ne savais pas où poser les yeux mais je sentais sa respiration laborieuse, erratique et tremblante.

Nous ne nous écartâmes pas l'un de l'autre et restâmes proches, presque front contre front à chercher désespérément notre souffle. Je n'osais prononcer le moindre mot. Parler, c'était briser l'instant, prendre le risque que la bulle éclate et que ce qui venait de se passer ne se dissolve dans la brume des souvenirs. Je gardais ma main accrochée à l'épaule de Simon, comme pour m'ancrer à la réalité, à du tangible. Et pourtant, maintenant que le baiser refroidissait sur mes lèvres, je peinais à réaliser la teneur du moment. Je peinais à comprendre ce que j'avais provoqué, à lire les sentiments qui faisait absurdement battre mon cœur. Du soulagement, soulagement parce que Simon n'avait pas paniqué et au contraire avait accepté les forces qui nous poussaient l'un contre l'autre. De l'exaltation face cette nouvelle sensation, cette nouvelle facette de notre relation qui s'ouvrait en un gouffre qui m'attirait inexorablement. De la joie. Oui, c'était la joie qui prédominait, mêlée à un soupçon d'appréhension car Simon continuait de se taire, sa main figée quelque part sur ma nuque, les yeux mi-clos.

-Ça va ... ?

-Hum ... Attends, mon cerveau a disjoncté.

J'essuyai un petit rire et repoussai une mèche de cheveux qui m'étais tombée devant les yeux. Cela me permit de prendre un peu plus de distance et d'avoir une vue d'ensemble sur Simon. Dès que je fus écartée, il coupa enfin le fil qui nous unissait et se laissa aller contre le canapé pour enserrer sa tête de ses mains avec un immense soupir. Sa poitrine s'élevait et s'abaissait à un rythme irrégulier et ses lèvres restèrent entrouvertes pour laisser échapper un souffle laborieux.

-Oh la la ...

-Je sais, soufflai-je, moi aussi bouleversée. C'est ... Mon Dieu ...

-Mon cerveau a disjoncté, mais je suis presque persuadé d'encore m'appeler Simon.

-Pff !

Avec un petit rire, je me laissai allée vers l'arrière et laissai mon corps s'enfoncer dans les coussins, haletante, le reste d'un sourire euphorique et incertain sur mes lèvres. Mes doigts passèrent sur mes lèvres avec l'espoir d'y trouver les traces du baiser dont la chaleur commençait à se dissiper. Les sensations incroyables et grisantes se dissipaient dans la brume et ne restaient que les mots et leur portée.

Tu es la seule personne dont je peux accepter ces vers, Simon.

C'est pour ça que je t'aime.

Il y avait un monde entre les deux phrases. Un monde fait de palabre et d'illusion.

-Simon ... ça fait combien de temps ?

-Ah.

L'interjection lui avait complétement échappée, je le sentais. Sans doute n'avait-il pas complétement repris ses esprits. Il se redressa sur un coude et de nouveau son regard me fuit : il préféra fixer ma main et se remettre à jouer avec la breloque de mon bracelet. Je le laissai faire, étrangement rassurée. C'étaient des gestes qui m'avaient manquée.

-Je ... je ne suis pas sûr que tu veuilles savoir.

-Oh mon Dieu, soufflai-je, incrédule. Si longtemps ?

La torsion sur les lèvres de Simon me donna ma réponse et je le contemplai, médusée et même un brin horrifié. Roger, Miles : tous les deux m'avaient dit qu'ils avaient trouvé les sentiments de Simon plus évidents que les miens. J'avais refusé de les croire. Oui les sentiments étaient là, je n'en n'avais jamais douté. Mais en revanche, j'étais persuadée qu'il n'avait pas pris conscience de leur portée, qu'il n'avait jamais mis de mot là-dessus. Que l'idée même le paniquerait, le ferait fuir. Mais ils avaient eu raison. La mention de Miles provoqua un creux glacé dans mon ventre et je me couvris la bouche d'une main.

-Oh non, ne me dis pas que j'étais avec Miles quand ... Oh mon Dieu, gémis-je quand Simon acquiesça, toujours sans me regarder. Oh mon Dieu, oh mon Dieu ...

-Ce n'est pas grave, t'inquiète, assura-t-il avec un petit sourire. C'était presque bénéfique. Ça a servi de déclencheur, si on veut ...

-De déclen ...

Je m'interrompis et un souvenir me revint en un flash, une image tombée dans l'oubli depuis longtemps et qui pourtant avait été un véritable mystère à l'époque. Un œil vert, coincé au bout d'un couloir pendant que j'embrassais Miles ... Imelda dans son tableau qui me confirmait qu'un garçon s'était tenu là ... Sans pouvoir m'en empêcher, je retirai la main de ma prise de Simon, soudainement glacée.

-Tu étais dans le couloir de sortilège. Quand je me suis mise avec Miles.

-Oh Merlin, soupira Simon en s'enfonçant un peu plus dans le canapé.

Ses joues s'embrasèrent, mais cela ne m'attendrit pas. J'avais l'impression que les pièces d'un puzzle que je n'avais jamais deviné se mettait lentement en place.

-Tu étais là ! Bon sang, je le savais que c'était toi, je le savais que je n'avais pas rêvé ! J'ai juste oublié parce que ... Mais qu'est-ce que tu fichais là-bas ? Tu ...

-Non, me coupa-t-il en me pointant du doigt. Non, je ne t'espionnais pas si c'était ta question. S'il te plait, Vicky, accorde-moi un peu de crédit !

Il prit un coussin qu'il plaça sur ventre pour le serrer. Je l'avais assez vu dormir pour avoir compris que c'était une posture qui le rassurait et qu'il y ait recours prouvait bien son insécurité croissante.

-C'était un hasard complet ...

-Et ... c'est à partir de là que ... ?

L'idée me faisait suffoquer. Elle avait même du mal à se frayer un chemin dans mon cerveau encore à moitié paralysé. Si je comprenais bien ... Il y avait plus d'un an que Simon se posait des questions sur nous. Et que pendant qu'il s'interrogeait, il m'avait vu filer ma relation avec Miles ... Mes mains se plaquèrent contre ma bouche, épouvantée et mon geste finit par réveiller Simon. Il me prit les poignets pour les écarter de mon visage, briser ce geste d'horreur qui semblait l'angoisser plus qu'autre chose.

-Vicky ... (Simon écarta une mèche qui lui barrait le front avant de planter son regard dans le mien). Vicky, si je devais t'expliquer toutes les réflexions, les nuits blanches, les incompréhensions et les étapes qui m'ont amené à comprendre que je tenais un peu trop à toi, crois-moi on en aurait pour la nuit. Et peut-être même une partie de la matinée. Je ne dis pas que je ne te raconterais pas, précisa-t-il quand j'ouvris la bouche. Juste ... pas ce soir. S'il te plait. Ce soir ...

Ses yeux se baissèrent ostensiblement sur mes lèvres, les lèvres qu'il embrassait il y avait quelques minutes de cela. Il semblait perdu et cela fit fondre mes résistances.

-C'est juste ... j'ai beau ... j'ai beau avoir compris depuis une éternité que oui, ce n'était pas normal, que oui il se pouvait que tu sois pour moi plus que la fille insupportable qui m'enterreras un jour d'un « on se reverra en Enfer, Minus » ... Bon sang ... Moi non plus, je ne sais toujours pas quoi attendre. Je ne sais pas quoi faire ... de ça.

Ah, nous y voilà ... Le trou-noir, l'après sur lequel visiblement ni lui ni moi n'avions de projection, d'expectations. La voilà la panique que j'avais crainte chez Simon et qui n'avait pas daigné l'envahir alors que je lui avouais mes sentiments ou l'embrassais. Pour autant, un petit sourire retroussa ses lèvres et il leva une main pour repousser une mèche de mon front et la coincer derrière mon oreille. Mon souffle s'obstrua dans ma gorge quand elle s'attarda sur ma tempe, hésita quelques secondes puis que ses doigts caressèrent ma joue. J'avais déjà vu cette tendresse dans les yeux de Simon, plusieurs fois alors qu'il me fixait. Jamais je n'avais réellement compris sa signification. J'avais l'impression d'enfin percevoir la couleur de ses yeux dans leur globalité, avec cette teinte tendre, scintillante, calme qui fit manquer un battement à mon cœur.

-Ne te méprends pas, je ne dis pas que je regrette qu'on se soit embrassé. Au contraire même ... C'est juste que ... Je ne m'y attendais vraiment pas, Vic'.

-Quand j'ai commencé à être distante, tu ne t'es pas dit que c'était à cause de ça ?

-Ça ne m'a même pas effleuré l'esprit.

Je secouai la tête avec un petit rire et finis par emprisonner sa main dans la mienne pour l'appuyer contre ma joue. Simon ne se déroba pas : au contraire, un petit sourire, timide, incrédule, ourla lentement ses lèvres. Nous restâmes quelques instants dans cette position, à nous contempler comme si la réponse à nos questions se trouvaient sur le visage de l'autre. Cette fois c'était un silence songeur, agréable et serein. Bien sûr je voyais la réflexion dans le léger froncement de sourcils de Simon, mais surtout je sentais son index qui traçait des cercles quelque part en dessous de mon oreille et cela m'arrachait chaque fois des frissons sur l'échine. J'étais en train de songer que ses lèvres étaient à ma portée et que je préférais revivre cette expérience plutôt que de trouver une véritable solution quand Simon se pinça le nez de son autre main, visiblement déboussolé.

-Wha.

-Toi tu ne t'en remets pas, m'amusai-je.

-Non, du tout, avoua-t-il sans rougir. C'est ... Wha. On a ouvert une sacrée boite de Pandore.

-Belle expression.

-Merci. Je t'ai déjà dit que j'étais un génie ?

Je levai les yeux au ciel et décidai pour une fois de passer sur son manque criant d'humilité concernant ses capacités intellectuelles. Il n'avait lancé cette pique que pour se retrouver en terrain familier, retrouver des automatismes.

-Est-ce que le génie que tu es nous a trouvé une solution ?

-Disons les prémisses d'un plan.

Je ne m'attendais pas à cela et lui jetai un regard interloqué. Simon continua ses caresses mais son visage était plus sérieux, son regard moins voilé. Il commençait lentement à émerger.

-On ne décide rien ce soir. C'est trop frai, très inattendu pour moi et je suppose encore très confus pour toi. Je pense qu'il faut qu'on se laisse au moins la nuit de réflexion.

Je hochai la tête, convaincue par l'idée de base. C'était l'évidence même que nous n'avions pas la lucidité nécessaire pour prendre des décisions sur les paradigmes qui définiraient à l'avenir notre relation. Est-ce que Simon était en train de devenir ... mon petit-ami ? L'idée faillit m'arracher une grimace que je réussis à contenir. Non, ce mot n'allait pas. Trop restrictif. Trop ciblé. Trop présumant d'une certaine relation et de certaines normes qui ne nous correspondaient pas.

-Donc on réfléchit cette nuit et peut-être même un peu plus et on se retrouve soit demain, soit dans la semaine. Et on met tout à plat. Promis juré, je te raconterais tout. Sans que tu me aies à me l'arracher, sans résister.

-Toi, tu sais me parler.

La remarque provoqua un sourire presque timoré sur les lèvres de Simon et il passa une main dans ses cheveux.

-Oui, bon. Ça te va ?

-Oui, d'accord. Mais je rajoute deux-trois choses. Premièrement : ce n'est pas dans la semaine, c'est demain. Ça fait des semaines que mon cerveau est en ébullition, Simon, je ne suis pas sûre d'avoir la patience ...

-Oui, il faudra que tu me racontes aussi, du coup, enchérit-t-il avec un petit sourire. Un rapport avec les Détraqueurs ?

Je le fis taire d'une pichenette entre les yeux et poursuivis :

-Ensuite : un endroit neutre. Pas chez toi, pas chez moi. Disons, le parc de jeu. C'est bien ça, on connait tous les deux.

-Très bien. C'est là que tu m'as cassé le nez. Très symbolique. Une troisième volonté ?

-Euh ... Je ne crois pas ... Oh ! (Je plaquai une main désespérée contre mon visage). On est le 15 demain ?

-Bien, techniquement, c'est déjà le 15.

Mes lèvres grimacèrent seule et je me pris la tête dans une main, agacée contre moi-même. Décidemment, Simon n'était pas le seul à avoir le cerveau qui avait disjoncté.

-Octavia devait venir ...

-Ah non, refusa immédiatement Simon avec un mouvement de recul. Non, non, non. Je crois que c'est la dernière personne que j'ai envie de voir après ... ça.

Je ne sus que penser de ce « ça » pour désigner le fait que nous venions de nous embrasser – de nous avouer notre amour, de manière à la fois voilée et abrupte. Mais visiblement, Simon ne savait définir ce que cela signifiait. Comment le verbaliser. A sa décharge, j'étais exactement dans le même flou. Mes doigts se crispèrent sur la main de Simon. Seigneur ... J'avais franchi une montagne et j'avais l'impression de tomber à présent dans un gouffre. Fort heureusement, Simon chutait avec moi. Comme à chaque fois.

-Ne t'inquiète pas, je vais décaler, assurai-je, déterminée. Demain, c'est toi et moi.

Toi et moi. Les mots rependaient un nectar sur ma langue et je ne pus m'empêcher de sourire à l'idée qu'ils véhiculaient. Malgré l'appréhension qui m'habitaient et le gouffre qui s'ouvraient entre nous, j'étais heureuse de m'y jeter. Parce que je n'étais pas seule. Je ne l'avais jamais été. Je détaillai le visage de Simon, à la recherche de mouvement, d'un sourire, d'une étincelle qui trahirait qu'il ressentait la même chose que moi, mélange d'impatience et d'angoisse. Un petit sourire s'était dessiné sur ses lèvres, incertain et tremblant. Ses doigts s'étaient figés sur ma joue en un geste presque compulsif et loin de traduire de la panique ils semblaient plutôt vouloir s'ancrer dans l'instant. Être certains que je ne lui échappe pas.

Le sourire de Simon se teinta soudainement d'amusement. Je fronçai les sourcils et il secoua la tête d'un air désabusé.

-Rien. C'est juste ... Les vers. Mille gargouille ... Tu m'as bien piégé avec tes vers ... Bien joué, minus.

J'eus un rire incrédule avant de le gratifier d'un sourire fier qui le fit lever les yeux au ciel. L'effet était gâché mais visiblement il ne pouvait pas s'empêcher de faire illusion. Je faillis lui demander pourquoi il avait fallu qu'il se sente piégé pour enfin se libérer, mais je retins les mots au dernier moment. Ça attendrait demain. Que les esprits s'apaisent, que le baiser s'estompe ... Qu'on réalise enfin. Je savais que je ne tiendrais pas longtemps avant de faire éclater les interrogations qui commençaient à bousculer dans ma tête alors je me fis violence et me penchai sur la joue de Simon pour y déposer un baiser. A la commissure de sa lèvre, comme j'en avais rêvé sous le perron, sans la culpabilité et les doutes qui allaient avec. Un geste naturel.

-Minus toi-même, soufflai-je en m'éloignant. Dors bien.

-Toi aussi, murmura-t-il. Mais honnêtement, je ne suis pas sûr de dormir de la nuit ...

-Ne m'oblige pas à rester pour m'en assurer.

Les joues de Simon rosirent légèrement et je m'en voulus d'avoir laissé échapper cette pique qui après le baiser revêtait une toute autre signification. Désireuse de dissiper le mal entendu, je me forçai à m'arracher du canapé avec un dernier sourire que j'espérais rassurant. Je m'éloignai de quelques pas, incapable de lâcher la main de Simon. Ses doigts restèrent noués aux miens jusqu'à ce nos bras soient tendus de part et d'autres du canapés, jusqu'à ce que ce soit impossible, jusqu'à ce qu'ils se défilent. Je lui adressai un dernier signe et Simon me répondit d'un sourire. Déjà ses jambes s'étaient repliées contre sa poitrine.

-A demain, me lança-t-il quand j'atteignis l'entrée.

Je hochai la tête et il disparut enfin de mon champ de vision quand je tournai dans le vestibule. Je restai une seconde la main sur la porte, indécise, le cœur battant à tout rompre dans ma cage thoracique et les mots tourbillonnant dans mon esprit à n'en plus avoir de sens. Finalement, e retournai rapidement sur mes pas. Simon semblait s'être rallongé sur le canapé mais sa tête émergea vite lorsqu'il m'entendit revenir, déboussolée plongée dans l'ombre qu'apportait la lumière des flammes dans son dos. Il me jeta un regard intrigué mais je ne savais même pas pourquoi j'étais revenue. J'avais crains tout perdre en passant la porte, en quittant la scène et les seuls mots que mon esprit fut capable de former s'envolèrent de ma bouche :

-C'est réel ... pas vrai ?

Les sourcils de Simon s'envolèrent sous ses mèches folles et ses lèvres esquissèrent un sourire amusé.

-Pourquoi ? Tu as besoin que je te pince ?

-Sérieusement, Simon. Quand tu as dit « c'est pour ça que t'aime » ... Tu le pensais ? Vraiment ?

Un instant, Simon sembla se demander de quoi je parlais car il me fixa d'un air absolument déboussolé qui en était presque attendrissant. Puis la lumière se fit dans son esprit et il laissa échapper un « Ahh ... » entre incrédulité et gêne. Seigneur, son cerveau avait vraiment disjoncté ... Il se reprit vite pour railler d'un ton ironique qui lui ressemblait déjà plus :

-Non, je l'ai dit pour plaisanter. Juste pour voir comment tu allais réagir.

Je dardai sur lui un regard exaspéré et il secoua longuement la tête en me contemplant avec une certaine condescendance qui me rappela soudainement pourquoi j'avais pu avoir des envies de meurtre contre lui.

-Sérieusement, Vicky, je suis le genre de personne qui laissent échapper ça pour plaisanter, insista-t-il avec plus de sérieux. Qui parle de façon hyper ouverte de mes sentiments, qui embrassent sur un coup de tête et qui prennent le risque de te faire du mal à toi ...

-Ça va, abandonnai-je avec un soupir. J'ai compris. Je voulais juste ... être sûre ...

Les doigts de Simon pianotèrent sur la tranche du sofa et le sourire qu'il esquissa ensuite fut beaucoup plus doux, presque timide.

-Victoria ... Je pense que tu peux prendre le dernier vers pour acquis. Réellement. Maintenant va dormir sinon on ne va jamais s'en sortir ...

-Le dernier ...

Le reste des mots se bloquèrent dans ma gorge. La strophe défila dans mon esprit jusqu'à que la voix voilée par les souvenirs de Simon me parvienne « ... mais ne doute jamais de mon amour ».

Jamais.

Le sang me monta brusquement à la tête et irrigua de façon trop intense mon cerveau et mon visage jusqu'à la pointe de mes oreilles. Simon semblait presque se délecter de ce spectacle et je compris son but malgré sa sincérité : se dévoiler, oui mais pas sans m'entrainer dans sa chute. Comme à chaque fois.

-Je prends, murmurai-je, incapable de parler plus haut. Bon ... A demain.

Avec un dernier signe de la main, je me détournai définitivement de lui et me précipitai dans le vestibule. Sans attendre, j'ouvris la porte et la refermai derrière moi pour m'y adosser, le souffle court, avec l'impression que le feu qui crépitait dans ma tête et dans mon ventre s'estompait enfin pour ne laisser qu'un silence grisant. La main encore chaude de celle de Simon effleura mes lèvres sur lesquelles grandissaient un immense sourire, extatique, incrédule. Sans réfléchir, je me décollai de la porte et m'élançai sur le perron pour franchir les marches d'un bond, les deux poings lancés vers le ciel avec au bord des lèvres un cri que je n'osais pousser à la face du monde.

Je ne savais pas ce que je venais de vivre, exactement. Quel cataclysme je venais de déclencher. Le ciel venait de me tomber sur ma tête, l'univers de perdre sa polarité et plus jamais le soleil ne se lèverait à l'est. Mais je me sentais plus vivante que jamais.

***


-Victoria ! Victoria, viens déjeuner, papa va le débarrasser ! Victoria !

Je poussai un grognement en ouvrant péniblement un œil. Mes volets laissaient filtrer des traits de lumières verticaux qui découpaient ma chambre et la plongeait dans un clair-obscur hors du temps. Je percevais la clarté du soleil, bas et éclatant entre les interstices. La brûlure de mes yeux signifiait que je n'avais pas assez dormi et j'eus tout le mal du monde de les ouvrir ne serait-ce qu'à moitié. Je me redressai difficilement sur un coude et jetai un coup d'œil sur mon vieux réveil mickey qui datait du temps où j'ignorais que j'étais une sorcière : la main gauche de la souris pointait à peine le dix. Je maudis mes parents anglicans qui prônaient le travail et la labeur et interdisaient la moindre grasse-mâtinée à leurs enfants.

-Victoria ! Bon sang, il est presque dix heures ! Allez, lève-toi ! ça t'apprendra à revenir à une heure du matin de chez les Bones !

Ses pas furieux s'éloignèrent, laissant flotter tels des spectres les derniers mots qu'elle m'avaient jetés. Je restai allongée sur le dos, épuisée, une main sur mon réveil d'enfant et l'autre sur mon ventre. Puis, minute par minute, lettre par lettre, les mots de ma mère finirent par pénétrer mon esprit et je me redressai brusquement, les yeux grands ouverts, les mains plaquées sur chacune de mes tempes. La torpeur et le sommeil s'évaporèrent d'un seul coup qui fut bien plus efficace que tous ceux qu'aurait pu porter ma mère sur ma pauvre porte.

-J'ai embrassé Simon, me souvins-je, incrédule. Oh mon Dieu, j'ai embrassé Simon Bones ...

L'espace d'un instant, je me demandais comment mon cerveau avait pu effacer une pareille information. Mes mains glissèrent jusque mes lèvres rendues gercés et sèche par le froid et la nuit mais ce fut en les parcourant que je pus rappeler à ma mémoire toutes les sensations de la nuit. Mon sourire fleurit seul et mes jambes battirent frénétiquement mon matelas dans un geste compulsif. Seigneur, je peinais à croire ce qui m'arrivait. Sans attendre, je me jetai de mon lit pour me précipiter vers la masse de parchemin qui couvrait mon bureau. J'en avais tant avec mes recherches que j'eus toute la peine du monde à en trouver un vierge et dû arracher la partie vide de mes notes sur l'épisode des sorcières de Salem. Je pris un stylo et griffonnai rapidement :

Salut ! On se voit ce matin ?


Je n'avais pas la lucidité d'en écrire davantage, ni même de signer : je m'élançai, encore en pyjama, dans le couloir, bousculai presque ma mère qui sortait de la salle de bain et dévalai mes marches quatre à quatre de mes pieds nus. Mon père était en effet en train de ranger la table du petit-déjeuner mais je lui adressai à peine un bonjour pour aller droit sur mon hibou. La cuisine était la pièce la plus reculée de la maison et contre toute attente, mes parents avaient adopté Archimède et ses grands yeux orange au point de lui faire une place près du buffet qui accueillait notre vaisselle avec un piédestal digne de l'oiseau du dessin animé.

Archimède tendit immédiatement la patte quand je lui montrai le message que j'avais enroulé sur le chemin et j'entendis mon père commenter pendant que je l'attachai :

-Je pensais que tu ne te lèverais plus ...

-Maman a menacé de priver de déjeuner, marmonnai-je avant présenter mon bras au hibou qui y monta sans crainte. Tu peux ouvrir la fenêtre ?

Mon père s'exécuta et je m'approchai pour laisser s'envoler Archimède et ses belles plumes couleur chocolat qui étincelaient au soleil. Je l'observai prendre de la hauteur puis me tordis le cou pour être certaine qu'il prenait bien la direction de la maison des Bones. Mon père éclata de rire en me voyant à moitié montée sur le montant.

-Tu y tiens à ton hibou !

-On va dire ça, bredouillai-je en descendant, les joues rouges de confusion. Ça a été votre Saint-Valentin ?

-Très bien, oui. On a simplement été à la Petite Frégate dans la ville d'à côté, c'est un restaurant avec pas mal de spécialité de poisson ... Ta mère a toujours eu un faible pour les huîtres même si elle est incapable de les digérer ...

Je l'écoutais à peine, le regard rivé vers la fenêtre comme si Archimède allait y apparaître alors que je venais seulement de le lâcher dans le ciel. Les images de la veille me revenaient par flash et je m'efforçais de réprimer le sourire qui forçaient mes lèvres. J'étais rentrée complétement euphorique, plutôt prête à mettre la musique à fond dans la maison qu'à aller me coucher. Malheureusement, la voiture dans l'allée avait coupé mes envies de danse dans l'œuf : mes parents étaient rentrés et même couchés. J'avais alors plutôt envoyé un hibou à Octavia pour la prévenir que je n'étais pas disponible aujourd'hui – à plus d'une heure du matin, elle avait dû me haïr quand Archimède avait toqué à sa fenêtre – et je découvris sa réponse près du buffet qui confirmait mon intuition : sèche, des lettres brouillonnes qui trahissaient un endormissement, la jeune fille n'avait pas apprécié.

J'espère sincèrement, mais alors sincèrement, que tu es en train de vomir tes trippes, Bennett. On se voit samedi, sans faute. O.


Satisfaite, je pus m'atteler à mon déjeuner, sans cesser de surveiller ma fenêtre sous l'œil amusé de mon père. Il commentait aussi mes cernes mais j'éludais d'un mouvement d'épaule : je ne pouvais pas décemment lui avouer que pour faire baisser mon excitation j'avais été forcée de regarder des dessins animés jusqu'à trois ou quatre heures du matin, ce qui expliquait ma fatigue. J'étais en train de faire la vaisselle et Archimède n'était toujours pas revenu après près d'une demi-heure. Il n'y avait pas autant pour qu'il aille chez les Bones, que Simon griffonne sa réponse et revienne, non ? L'attente commençait à m'inquiéter alors que j'essuyais mon bol tout en observant la fenêtre vide de tout volatile. Mon cœur bondit quand j'entendis un battement d'aile mais ce n'était qu'une tourterelle.

-Tu l'as envoyé à la reine ton hibou ou quoi ? s'étonna mon père alors que je me détournais une fois de plus de la fenêtre, déçue.

Je me contentai de répondre d'un petit rire et rangeai mon bol et le reste de ma vaisselle. Je sentais mon père m'observer par-dessus les mots croisés. Ma mère entra dans la cuisine en furie, en tailleur et pieds nus, les boucles encore trempées de sa douche : à moitié femme fatale, à moitié mère débordée.

-Edward, tu as vu mes escarpins ? Bon sang je déjeune avec mon patron ce midi ...

-Le lendemain de la Saint-Valentin, comme c'est romantique, commenta mon père sans la moindre aigreur.

-Je les ai vu dans le couloir je crois, me souvins-je vaguement.

J'étais en train de ranger mes couverts et mon geste se figea soudainement, paralysé par une idée dérangeante. Ma mère ne laissait jamais trainer ses affaires, que faisaient ses escarpins devant ... ? Un frisson désagréable me parcourut et comme tous les enfants je chassai cette idée de mon esprit. Difficile car quand je me tournais vers mon père, il prenait une gorgée de son thé et la fumée embua ses lunettes, cachant la malice qui avait commencé à briller dans son regard. Ma mère en retour s'était mise à rougir et s'en fut dans le couloir. J'entendis ses pas précipités dans l'escaliers. Je secouai la tête face au silence amusé de mon père. Parfois, je me demandais comment ils avaient fait pour n'avoir que deux enfants. Plusieurs fois, malgré leur discrétion, j'avais saisie quelques scènes d'intimité et j'étais certaine que ma mère ne prenait pas de contraceptif.

-Tu as fait quoi toi hier ? s'enquit tranquillement mon père, mettant fin à ma litanie gênante.

Je fus heureuse d'être face à l'évier. Les images de la veille me traversèrent par flash : mes larmes au cinéma, la tête de Simon crevant la surface du ruisseau, sa main s'abaissant pour découvrir le petit sourire qui ourlait ses lèvres après mes aveux, son nez frôlant le mien alors que je me penchais vers lui ... Mes joues s'échauffèrent et j'y posais une main timorée. Puis elle descendit sur mes lèvres pour y frôler les fantômes du baiser et de nouveau un sourire absurde s'y dessina. Définitivement, heureusement que je tournais le dos à mon père ...

-Pas grand-chose, on est allé au cinéma avec Simon. Ça faisait super longtemps ...

-Petite, tu déboitais les chaises pour pouvoir te grandir, expliqua mon père et j'entendis un froissement de papier qui signalait qu'il tournait une page. Je n'ai jamais compris ... avant, bien sûr, de savoir que tu étais une sorcière. Tu faisais vraiment de la magie bébé ?

-Je ne sais pas. A part quand j'arrivais à faire léviter les bonbons chez Mrs. Fisher et quand j'ai teint les cheveux de Simon à neuf ans, je ne vois rien d'anormal ...

-George disait tu avais été précoce, fit savoir mon père d'un ton prudent. Plus que la moyenne, qu'il t'avait vu faire de la magie à trois ans et que ce n'était pas la première fois ... Apparemment, c'est la mère de Simon qui a compris que tu étais une sorcière.

Cette fois, je fis littéralement volte-face et ouvris sur mon père des yeux choqués. Je savais que mes parents étaient au courant de la véritable ascendance de Simon mais ils l'évoquaient rarement : ils considéraient que ce n'était pas leur rôle. Et plus que cela, ce fut les révélations de mon père qui me troublèrent.

-C'est Cassiopée qui a découvert que j'étais une sorcière ?

Les talons de ma mère claquèrent contre les marches de l'escalier et elle émergea quelques secondes plus tard, grandie de quelques centimètres mais les cheveux toujours sans dessus dessous. Mon père en profita pour la prendre à parti :

-En tout cas, George le tenait d'elle. C'est ce qu'il nous a dit Marian ?

-Quoi ? lança ma mère, déboussolée. Oh Cassie, oui ... J'aurais préféré que ce soit elle qui me le dise, j'ai toujours eu un meilleur rapport avec elle qu'avec Rose. Sa sœur lui ressemble un peu, je l'avais beaucoup aimé à Noël ... Evidemment, moins hargneuse et plus ... respectable mais on sent qu'elles ont les mêmes gènes ... (Elle hésita, une main tripotant la boucle d'oreille qu'elle venait d'enfiler). Ça va mieux Simon ? Par rapport à ses parents ...

Mon père eut un vague sourire et prit avec douceur la main de sa femme.

-Toi aussi ça t'a soulagé qu'il assume comme ça à Noël ?

-Chaque fois que je voyais avec George et Rose, ça me fendait le cœur, avoua ma mère en baissant la main. Je veux dire ... S'il nous était arrivé quelque chose, j'aurais détesté que mes enfants appellent Beata « maman ».

-On aurait confié nos enfants à mes parents, ma chérie, pas à ta sœur.

-Tes parents ? Jamais ! Plutôt cracher dans le bénitier que de laisser ma fille à ta mère !

Je les contemplai tous les deux, complétement estomaquée par cette discussion fluide et entendue – et je compris que ce n'était pas la première fois qu'ils avaient déjà eue cette conversation, qu'ils l'avaient souvent et qu'enfin elle débouchait sur une issue qui leur plaisait.

-Attendez, vous vous inquiétiez pour lui ?

-Evidemment qu'on s'inquiétait, assura mon père avec toujours cette même sérénité. Victoria, on était là il y a quinze ans. J'ai croisé Simon et George, juste après l'enterrement ... Tu ne t'en souviens pas, mais tu étais là aussi – et même toi tu étais inquiète alors que vous vous crêpiez déjà le chignon. Crois-moi, un gamin orphelin comme ça, ça te brise le cœur ...

-Plusieurs fois ton père a proposé à Rose de le prendre avec lui pour l'aider, avec des moyens plus doux, m'expliqua ma mère, un pli entre les sourcils. Une personne neutre, habituée à guider les âmes et qui en plus connaissait l'histoire ...

-Ils ont refusé ?

-Ils préféraient ne pas le brusquer, confirma mon père. Ce n'était pas mon intention, bien sûr mais ... j'estimais que c'était mieux que cette sorte de fausse-histoire dans laquelle ils étaient en train de l'enfermer.

Je m'efforçai de masquer ma surprise face à la virulence inhabituelle de mon père. Je devais très mal m'y prendre car ma mère la lut en un coup d'œil et laissa échapper un petit rire.

-Pourquoi crois-tu qu'on le défendait contre toi ? Que ton père lui ait donné la guitare ? On s'est toujours inquiété pour lui, Victoria. Je suis vraiment contente que ça aille mieux pour lui, il mérite d'être heureux ... A ce soir, vous deux !

Elle embrassa mon père sur la joue et disparut dans le salon. La porte claquée indiqua son départ et mon père suivit en finissant triomphalement ses mots croisés. Il quitta la pièce et me laissa seul avec le sourire attendri que m'inspirait leur tendresse manifeste pour Simon Bones, son histoire, son parcours et ce qu'il était devenu. Cela diffusa une chaleur bienfaisante dans ma poitrine et ma main tordit distraitement ma chaine. J'avais craint de présenter Miles à mes parents, avec pour seul critère la magie qui courrait dans ses veines. Mais s'il y avait bien un sorcier qui n'indisposait pas mes parents, c'était bien celui qui vivait au bout du village.

Et qui mettait un temps fou à répondre à ma lettre qui se réduisait pourtant à une ligne.

Maintenant que mes parents n'occupaient plus mon esprit, je me remis à fixer frénétiquement la fenêtre et à guetter le retour d'Archimède. Incapable de quitter la place sans nouvelle et tiraillée par la boule d'appréhension qui grossissait dans mon ventre, je me résolus à nettoyer l'évier, plus la graisse sur la hotte et enfin les résidus noircis sur les plaques de cuissons quand

soudain je l'entendis, ce petit bruit sourd contre la vitre qui aurait fait hurler ma mère d'horreur quelques mois plus tôt.

-Pas trop tôt, maugréai-je en ouvrant la fenêtre.

Archimède alla docilement se placer sur sa branche et tendit la pate au bout duquel pendait un morceau de parchemin. Je lui arrachai presque et le hibou poussa un cri de protestation qui me rendit penaude : il n'avait pas à être victime de mon impatience.

-Pardon mon grand. Tiens.

Je lui donnai un miam-hibou qu'il emprisonna dans son bec avant de s'envoler vers la branche plus haute de son piédestal. Sans attendre, je déroulai le message, le cœur au bord des lèvres. Simon n'avait même pas pris la peine de prendre un nouveau morceau de parchemin et à ma ligne répondait :

Désolé, Caroline vient d'arriver à l'improviste. Je mange avec elle mais promis on se voit cet après-midi. Vers 14h ? Juste le temps que je la foute dehors mais je crois mes parents lui ont demandé de me surveiller. Bref. A toute à l'heure. Encore désolé.


-Caroline, gémis-je en laissant ma tête aller vers l'arrière.

Je consultai ma montre. Il me restait trois heures. Une éternité. Une éternité qui devait être comblé avec de nouveau dessins animés si je ne voulais pas finir à tourner comme un lion en cage.

***


Les films n'avaient pas suffi. Alors je m'étais activée de mon mieux pour passer le temps : j'avais rangé ma chambre à la main, je m'étais douchée et m'étais lavé deux fois les cheveux – et j'avais même poussé à mettre un soin sur mes pointes. La dernière heure fut la plus longue et celle où mon cerveau finit par disjoncter : en peignoir et une serviette formant un mont précaire au sommet de mon crâne, j'étais incapable de me décider sur ma tenue. Elle n'avait pourtant pas d'importance : malgré le soleil qui nous gratifiait de ses pâles rayons, le thermomètre ne dépassait pas les dix degrés et je doutais enlever mon manteau et mon écharpe. Mais ce fut plus fort que moi, j'essayais au moins trois tenues avant de me fixer sur une tunique que m'avait offerte ma tante Beata à mon anniversaire dans un tissue fluide d'une belle couleur azur sur un jean qui ne contenait ni trou ni tâche d'encre. Pour mes cheveux, je ne pouvais rien faire : plus étaient longs, pire c'était. Ils atteignaient à présent mes omoplates et leur lourdeur détendaient mes boucles qui n'en étaient plus vraiment. Incapable de leur donner une forme, je les attachai en queue-de-cheval et ce fut quand je passai l'élastique que je vis que la main de Mickey s'approchait de plus en plus du « 2 ». Mon cœur manqua un battement et je dévalai les escaliers, pris mon mentaux et mon écharpe aux couleurs de Poufsouffle et m'élançai dans les rues.

Je me rendis à pied au parc de Terre-en-Landes dans une tentative d'éliminer mon énergie nerveuse avant de me retrouver devant Simon. A présent que mon esprit était au repos, les questions que j'avais voulu maintenir à l'écart en m'activant affleuraient à mon esprit et faisait monter l'appréhension. En tête : depuis quand exactement Simon avait-il pris conscience de ce qu'il ressentait ? Et pourquoi n'avait-il jamais cherché à m'en parler, pourquoi attendre que je le « piège » ? L'idée amenait avec elle tout ce que j'avais pu craindre : la peur des relations qu'il avait ou peut-être n'était-il pas sûr de lui ...

Mais il m'avait embrassé. C'était lui qui avait comblé ce vide. Et surtout, il avait laissé échapper qu'il m'aimait. Le souvenir diffusa une douce chaleur de ma poitrine compressée jusqu'à ma gorge où la boule d'angoisse fondit lentement.

Je m'accrochai à ça quand j'entrais dans parc, avec cinq minutes d'avance. Ombragé par quelques frênes aux branches gelées, il était modeste mais abrité par des haies et bien aménagé avec son toboggan, son petit parcours du combattant dans lequel j'étais tant tombée petite et les cheveux sur ressorts sur lequel je m'installai dans un équilibre précaire. Il était désert, à l'abri des regards : c'était l'un des endroits les plus calmes et les plus intimes de Terre-en-Landes. Je me fis subitement la réflexion qu'il ne devait pas servir qu'aux jeunes enfants, mais aussi aux couples d'adolescent qui cherchaient à se soustraire aux regards de leurs parents – ou pire, de l'Ancien. C'était peut-être ça qui avait cassé la plaque tournante deux ans plus tôt ...

J'attendis beaucoup trop longtemps sur la plateforme fragile, mais de laquelle je pouvais parfaitement voir l'entrée du parc. Je consultai régulièrement ma montre, observai les rares passants mais une demi-heure plus tard, Simon n'était toujours pas arrivé. La nervosité commençait à me reprendre, à me faire sentir complétement ridicule et à me mettre en colère contre lui qui osait me faire attendre. Enfin, alors que je songeais sérieusement à sortir du parc pour aller frapper chez lui en furie, il fit enfin son apparition au bout du sentier, les mains dans ses poches du même sweat pourpre que la veille et l'air de fort mauvaise humeur. Plus il avançait, mieux je pouvais observer son visage fermé, ses lèvres pincés et les fréquents regards qu'il jetait derrière lui. Prudente, je finis par sortir ma baguette et il eut un mouvement recule en portant la main à sa poche de jean.

-Quel film on est allé voir hier ? demandai-je immédiatement.

-C'est tout ce que tu as trouvé ? rétorqua Simon avec un rire incrédule. Hamlet. Pas terrible, l'interprétation. Quoique je n'ai pas vu la fin ...

-Hamlet meurt et Fortinbras devient roi. Fin de l'histoire.

-Je sais. J'ai lu la pièce.

J'eus un faible sourire devant son regard entendu, insistant. « Tu m'as bien piégé avec tes vers ». Toutes mes idées n'étaient pas parfaites mais celle-ci j'en étais particulièrement fière. Nous restâmes quelques secondes à nous contempler silencieusement, incertains. Je sentais les mots d'hier flottaient entre nous, indistincts, présents comme des spectres. Il n'avait même pas pris la peine de prendre un manteau, remarquai-je quand il fut parcouru d'un frisson et ses marques sombres marquaient la peau sous ses yeux. Il n'avait pas menti : il avait été parti pour ne pas beaucoup dormir.

-Désolé du retard, finit-il par lâcher. Caroline m'a retenu ...

-Comment ça se fait qu'elle est là ?

Simon poussa un grognement de frustration et se leva, faisant gémir la vieille structure de la balançoire. Il avait sorti sa baguette qui claquait régulièrement contre sa cuisse.

-Parce que visiblement, j'ai dix-huit ans et mes parents ne font pas confiance pour me gérer tout seul. Ou alors ils ont peur de ce que je pourrais faire s'ils ne sont pas là pour avoir un œil sur moi ... Bon sang, je finis par croire que c'est pour ça que ma mère prolonge son arrêt : pour veiller sur moi.

Il posa de nouveau le regard sur moi, remarqua que je le fixai toujours, insensible à ses doléances sur sa sœur et ses parents. Ce n'était pas pour ça que j'étais là, que j'avais daigné l'attendre dans le froid, pas pour ça que mon estomac faisait des nœuds à n'en plus finir en attendant qu'il prenne la parole. Simon comprit parfaitement cela, d'un regard, un regard qui dura une demi-seconde.

-On va se balader ? proposa-t-il finalement, l'air hésitant.

-Pourquoi ?

-Parce je ne sais pas si je vais supporter de te débiter tout ce que je dois avec tes grands yeux plantés sur moi. Je te jure, rien que l'idée m'angoisse.

Je ne sus si je devais en rire ou en pleurer. Moi je l'avais fait. Devant ses yeux écarquillés, devant son silence, sa position figée. Et son « c'est pour ça que je t'aime » qui était sorti avec une telle facilité ... Une facilité trompeuse, visiblement. Ma gorge se noua et faute de trouver une réelle réponse, je hochai la tête. Les épaules de Simon se détendirent et il m'adressa un sourire qui disait tout son soulagement. Il pencha légèrement la tête vers la sortie et je m'ébrouai, les mains dans les poches. Nous marchâmes côtes à côtes en silence, nos bras se frôlant parfois quand le trottoir se rétrécissaient – et chaque fois, ça emballait mon cœur. Le bêton fit vite place aux pavés et aux chemins de terres qui sillonnaient les champs environnants et nous laissâmes et bâtisses couleur miel derrière nous. J'observai Simon à la dérobée, ses traits qui s'étaient détendus à mesure de notre avancé malgré le tic qui agitait régulièrement le coin de sa joue. Il finit par sentir mon regard sur lui car il esquissa un sourire timide avant de demander :

-Bon. Je commence par quoi ?

-Le début, proposai-je avec un semblant de sourire. C'est bien le début.

-Le jour où on est né ?

Je lui donnai une bourrade qui le fit dévier de sa trajectoire avec un petit rire. Je me plaçai alors devant lui, les mains dans mes poches et marchant à reculons devant lui. Je ne voyais absolument pas où j'allais mais ça ne m'angoissait pas. Un petit sourire de défi se dessina aux lèvres. Celui auquel je savais qu'il ne pouvait résister, l'un des moteurs de notre relation. Et si j'en jugeai par l'étincelle qui embrasa le regard de Simon, mon intuition visait encore juste.

-Bon, tu m'as vue embrasser Miles, entonnai-je résolument. Ensuite ?

***


Voilà, petit chapitre de transition tout en douceur avant un chapitre plus dense avec les explications tant attendues, je crois ! J'espère qu'il vous aura plu quand même !

A dans deux semaines <3
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Chapitre de transition qui fait plaiz et qui m'a bien sauvé la mise pendant le pire cours de 4h de ma Life, donc merci, mille fois merci ...


Par contre, c'est un peu flou, comme c'était un chapitre d'attente pour faire monter la sauce, je me rapelle pas de grand chose, oopsy !

SAVOIR DONNE ! DONNE SANS ATTENDRE, NE RIEN FAIRE QU'ATTENDRE, APPRENDRE A SOURIRE !

Ils sont trop mignon ! Ils sont tellement content, ils ont du mal à croire que ce qui se passe est réel ! les "Oh la la", "Mon cerveau a disoncté", "wha" "est-ce que c'est un rêve". Surtout Simon, il s'y attendait tellement pas et il attend depuis si longtemps ! Oh, je fond !

Ah j'ai hâte d'en savoir plus !
Quetzalbleu

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

Okay, OKAY. Inspiration, expiration.

Je viens de tout lire, du prologue jusqu'au dernier chapitre, en 4 jours (tu sais tu en es à combien de pages? parce que j'ai tenté un calcul et damn). J'avais senti le slow burn et je l'ai EU, et bon sang que c'est bon. Et en plus j'arrive pile au moment où la déclaration a lieu?? J'ai vraiment un karma incroyable :lol:

Je suis toujours secouée (et la période de manque commence rudement après avoir passé des jours entiers à lire les centaines de pages délicieuses de ta ff, dont durant mon cours de chinois il y a quelques heures où j'ai du me retenir de hurler en lisant les deux derniers chapitres), donc je voudrais juste dire que cette histoire est magnifique, que je suis drôlement contente de rencontrer tous ces personnages et de les voir évoluer au fil du temps (rip Matthew & co tho, et rip mon coeur au passage. haha. mais j'avais été prévue donc c'est ma faute, j'avais qu'à lire Ombres et Poussières avant), et que j'ai absolument, totalement, viscéralement hâte d'avoir la suite.
Les fanfics HP sont définitivement les meilleures, je pense que ma fascination de l'univers est vraiment incapable de s'éteindre.
Merci de m'avoir fait rêver ! (et passer par toutes les émotions possibles, parce que mince alors, lire une ff sur Cédric et ses proches m'a beaucoup plus touchée émotionnellement que ce à quoi je m'attendais - encore une fois je note que nos Booknautes préférées se renouvellent toujours aussi spectaculairement dans leur art de nous pondre les meilleures fanfics du net).
cochyo

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par cochyo »

Je suis de retour !
Désolé de l’absence !
Franchement plus sympa que ce que j’appréhendais la mise en couple 😁
Hâte de voire l’action reprendre !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

OH MON DIEU COCHYO APPROUVE

Je peux donc poster la suite en paix

(Non en fait j'ai oublié, occupée, travail, une heure de trajet, fatigue)

MAINTENANT suite et fin du "Quatuor du Simoria". Mais oui mais oui, un jour il va bien falloir que ça se termine ... Croyez-moi, j'étais aussi triste que vous. J'ai fini ce chapitre un peu décontenancée en me disant "et qu'est-ce que je vais faire maintenant?"

Bon, finalement j'ai trouvé quoi faire (et j'ai par ailleurs repris dix chapitres d'avance, je suis HEUREUSE). Concernant ce chapitre, c'est peut-être celui sur lequel j'ai le moins de certitude mais j'espère qu'il vous plaira tout de même ! Bonne lecture, profitez bien et on se retrouve en bas :-*


***


C'est que l'amour est comme un arbre, il pousse lui-même, jette profondément ses racines dans notre être, et continue souvent de verdoyer sur un cœur en ruine. Et ce qu'il y a d'inexplicable, c'est que plus cette passion est aveugle, plus elle est tenace. Elle n'est jamais plus solide que lorsqu'elle n'a pas de raison en elle.

- Victor Hugo
Notre-Dame de Paris
***


Chapitre 27 : « ...Mais ne doute jamais de mon amour ».

-Ensuite ?

Je ne lâchai pas Simon du regard, toujours à reculons sur la pente descendante de la colline mais il semblait rassembler ses pensées à quelques mètres de moi, les mains dans les poches de son sweat, la tête basculée vers l'arrière. J'avais presque l'impression de voir les pensées se bousculer dans ses iris vertes et cela se répercutait sur son langage corporel : ses épaules étaient crispées, les traits de son visage tendus.

-Non, pourquoi plutôt, rectifiai-je finalement pour le forcer à parler. Qu'est-ce que tu faisais dans ce couloir ?

Simon pinça des lèvres et riva le regard devant lui. Nous descendions la colline sur laquelle était perchée Terre-en-Landes et seul le ruban de la Rikker river de laquelle découlait le ruisseau tranchait avec les champs. Les pavés devinrent glissants et je dis me résoudre à reprendre une marche normale – et une attitude moins frontale. Il déploya ses bras pour ne pas perdre l'équilibre.

-Alors non, je ne t'espionnais pas, insista-t-il. Emily avait oublié un livre et m'a envoyé ... C'était un hasard total. Mais du coup oui, je suis tombé sur vous...

-Et ...

-Et ... Ce n'était pas agréable, avoua-t-il du bout des lèvres. Je ne pensais pas. Jusque là, l'idée m'amusait. Ça te mettait si mal à l'aise, c'était si facile de t'embêter avec ça ... Je te jure que si tu me frappes j'arrête de parler, me prévint-t-il alors que je levais une main, entre amusement et agacement.

-D'accord, pardon ...

La vérité, c'était que les premiers mots de Simon avaient dénoué le nœud qui s'était fait dans mon estomac et je me surpris à sourire – pas trop pour ne pas être embarrassée, assez pour démontrer ma joie. Plus que ce qu'il racontait, c'était le simple fait de le voir se livrer qui me rendait extatique. C'était à moitié arraché, certes, mais ça venait de lui. Je le sentis me jeter un regard circonspect avant de reprendre lentement :

-Bref. Tout ça pour dire qu'avant de vous surprendre, je me fichais que tu en pinces pour Miles. Mais je ne sais pas ... La réalité était complétement différente. Je vous ai vu vous embrasser et ... je me suis rendu compte que je n'aimais pas ça. Du tout.

C'était indécent de sourire à un tel aveu, aussi laissai-je Simon prendre de l'avance pour qu'il ne le voie pas, qu'il ait l'impression de plus se dévoiler aux champs qu'à moi. Qu'il se libère de ma présence.

-Je te jure, je ne comprenais pas pourquoi. Tu parlais de cerveau en ébullition hier ? C'était exactement ça, pendant quelques jours. Ça n'a rien à voir avec Miles : au fond, je l'appréciais et je savais qu'il prendrait soin de toi ...

-C'était important ?

Simon tourna le visage pour darder sur moi un regard à la fois interdit et exaspéré.

-Vicky, je te rappelle un peu ton palmarès en sixième année ? Le 5 Novembre, la Chambre des Secret, Selwyn qui te casse le nez, les messages ... ? Evidemment que ça importait : ton petit-ami était la personne qui garderait un œil sur toi quand je ne serais pas là.

Il repoussa impatiemment une mèche qui lui tombait dans les yeux et riva de nouveau son regard devant lui. Il semblait parcouru d'énergie nerveuse, comme si les troubles de l'époque s'éprenaient de nouveau de lui. Je fixai sa nuque, bouche bée. Je ne m'étais pas rendue compte d'à quel points mes mésaventures avaient pesé sur Simon, sur sa perception de notre relation. J'étais passée de son ennemie d'enfance à la petite sorcière qu'il fallait protéger ... Même au moment où la seule personne dont je songeais à me protéger, c'était lui. Même là, nous avions été en décalage. Je n'avais senti ma perception de Simon changer qu'en fin de sixième année et je l'avais conclu à Cédric de la façon suivante : j'avais besoin de lui. Il faisait parti de mon équilibre. Ça n'empêchait pas que j'avais envie de lui arracher les yeux chaque jour que Dieu faisait. Simon avait mûri bien plus vite.

Encore sonnée par cette réflexion, j'avais ralenti le pas et Simon avait pris quelques mètres d'avance. Sa voix emportée par le vent me parvenait de façon presque atténuée, voilée, mystique.

-Tout ça pour dire que ce n'était pas Miles qui me dérangeait. C'était ... je ne sais pas, Miles et toi, toi et Miles. Quelque chose ne collait pas, ça me rendait presque en colère. Je te jure les images tournaient en boucle dans mon esprit. J'essayais de me dire que je m'inquiétais juste pour toi, qu'Alex m'avait demandé de veiller sur toi, que même là tu allais réussir à te mettre dans une situation impossible ... Et le pire c'est que pendant quelques semaines j'ai cru à mes conneries !

-C'est pour ça que tu ne m'as jamais parlé, réalisai-je, soufflée. Je t'avais vu, je t'avais reconnu, j'étais presque certaine que c'était toi ... Comme tu ne m'en as pas parlé, je ne t'en ai pas parlé non plus. Je ne voulais pas que tu te moques, tiens ...

Simon laissa échapper un petit rire et étira ses bras vers l'arrière.

-Non, je voulais à tout prix éviter la confrontation. J'avais peur de me mettre en colère et que tu ne comprennes pas. Ou que tu me cries dessus parce que je vous avais surpris ... Ou pire, que tu sentes que j'étais troublé.

-En fait, si mes souvenirs sont bons, j'avais prévu de brûler ton corps à l'acide et d'enterrer tes restes dans la forêt interdite.

Cette fois j'en fus quitte pour un coup d'épaule qui m'arracha un glapissement et je quittai le chemin de pavé pour marcher dans la terre impeccablement creusée des champs. Simon ne daigna pas m'aider à sortir de ce bourbier et poursuivit dès que j'eus atteint sa hauteur :

-Bref. J'ai essayé de faire le mort quelques jours, de te parler le moins possible – et ce n'était pas difficile, Cédric approchait de sa dernière tâche ...

-Ah, compris-je avec une grimace.

J'avais oublié que j'aurais à faire au fantôme de mon meilleur ami dans cette histoire. Que ce que me racontait Simon venait d'un monde où il était encore vivant, que son sourire n'était pas qu'un souvenir et que son éclat de rire ne s'était pas encore fondu dans la brume de l'oubli. Mon cœur se serra affreusement quand Simon leva longuement les yeux au ciel, mouvement universel pour s'adresser aux défunts. Sa bouche s'était pincée en une mince ligne.

-C'était lui, Vicky, murmura-t-il en un souffle. C'est lui qui m'a ouvert les yeux. Après que tu aies failli te faire arracher le bras par la potion ... ça nous a tous sonné et en plus de ça il s'est emporté contre Miles pendant que Chourave te parlait ... Puis elle m'a convoqué moi et quand je suis revenu à la salle commune tout le monde était parti manger mais moi je suis resté dans ma chambre. Cédric y était. Par les chaussettes de Merlin, je crois que je ne l'ai jamais vu si furieux ...

Ma gorge se noua et je resserrais mes bras sur mon ventre où une douleur sourde venait d'apparaître. Je ne m'étais vraiment pas attendue à voir Cédric surgir dans cette conversation mais c'était d'une logique implacable. Avant d'être mon meilleur ami, ça avait été celui de Simon. Son égal. Presque son frère.

-Qu'est-ce qu'il a dit ? m'enquis-je à mi-voix.

Simon quitta enfin les yeux du regard et ses paupières papillonnèrent rapidement, comme pour chasser les larmes. Merlin quelle douleur ça avait été de le perdre pour lui... Je pensais n'avoir jamais réalisé jusque maintenant. Maintenant qu'il se dévoilait dans son entièreté.

-Que j'étais stupide, entonna-t-il avec ricanement de dépit. Qu'il voyait bien depuis quelques mois que j'étais plus attaché à toi que je ne l'avouais. Que je ne veillais pas sur toi parce qu'on me l'avait demandé mais parce qu'au fond je t'aimais. Que ce n'était pas avec Miles que tu devais être mais avec moi.

Mes lèvres s'entrouvrir face à la stupéfaction qui déferlait en moi. Cédric, le grand arbitre de tous nos conflits, Cédric qui nous avait forcé à cohabiter à Poudlard ... Cédric le visionnaire. Seigneur il n'y avait que lui qui avait pu discerner cela à ce moment-là de notre vie ... Simon me le confirma en poursuivant :

-Même lui, je ne voulais pas le croire. Même quand il me l'a crié à la face, je ne voulais pas l'écouter. J'ai une certaine expérience dans le déni, c'est là que ça m'a sauté aux yeux. Parce qu'au final tous ses mots, toutes ses conclusions, elles ne faisaient que faire écho à ce que je ressentais vraiment. Je n'étais juste pas prêt à le voir. (Il passa sa paume sur son front et pressa un point entre ses sourcils, les yeux clos). Il m'a juste dit ... qu'il espérait que je ne le regretterais pas. Et depuis la seule chose que je regrette, c'est de ne pas lui avoir dit qu'il avait raison.

-Oh Simon ...

Je franchis le mètre qui nous séparait, l'espace que je lui avais accordé pour qu'il se sente libre mais cette voix enrouée en fin de phrase avait eu raison de ma résolution. Je passai machinalement une main derrière son dos, juste pour lui assurer que j'étais là et que quoiqu'il arrive je le soutenais. Il laissa échapper un rire étranglé devant mon geste.

-Ne t'en fais pas, ça va ... C'est juste ... Whao, ça fait une éternité que c'était resté bloqué ...

-Tu n'en as jamais parlé à personne ? dis-je en caressant doucement son dos.

-Ça, non ...

-Oh, oh ! (Je crispai une main sur son côté et il grimaça). Comment ça « ça » ? ça veut dire ...

-Pss ! Une chose à la fois, la crevette !

-Crevette toi-même !

Simon éclata de rire face à la réplique rageuse, spontanée et familière et enroula dans l'élan un pas autour de mes épaules. Je me retrouverais à moitié pressé contre lui, un bras passé derrière son dos et sentis mes joues prendre une teinte rosée quand son souffle se répandit dans mes cheveux et effleura ma joue. Nous continuions pourtant de marcher, la brise fraiche de février de souffler et Simon semblait grelotter dans son sweat et pourtant chaque geste de lui mettait le feu à mon âme.

-Donc, repris-je pour reprendre le contrôle de mes pensées. Ensuite ?

-Ensuite ... il y a eu le labyrinthe.

-Oh Seigneur, lâchai-je en me frappant le front du plat de la main. Tu te souviens, une fois tu as dit que toutes les étapes de notre vie étaient malheureuses ? Bien en voilà la preuve concrète !

-J'ai osé dire ça ? douta Simon avec l'ombre d'un sourire.

-Je t'assure. Donc. Le labyrinthe ?

Le léger sourire se fana sur les lèvres de Simon et j'eus l'impression de lire quelque part dans ses traits les traces d'un deuil qu'il portait toujours un peu. Je caressai le côté que ma main atteignait pour lui donner de la force et en retour ses doigts se serrèrent sur mon épaule.

-Ça a complétement rebattu les cartes ... C'était ... c'était horrible. J'avais besoin de toi, j'avais besoin de ton soutien, que tu me dises que tout irait bien ... Je t'avais toujours traité de Sainte, j'avais toujours détesté ce côté angélique toute mignonne qui faisait de moi systématiquement le méchant dans notre affaire ... Et c'est là que j'ai compris à quel point il était précieux, ce côté de toi. A quel point j'y étais malgré tout attaché, accroché même, à quel point tu m'impressionnais à porter les autres avant de porter de toi. Par Merlin, Vicky ... Je ne te l'ai vraiment jamais dit, mais j'avais tellement besoin que tu me portes ce jour-là ...

J'aurais voulu répondre quelque chose à ça. Que c'était réciproque et que je n'avais jamais eu autant besoin de Simon qu'en cet instant, que ce jour-là toute la haine que j'avais cru un jour lui vouer s'était effrité comme de la peinture écaillée. Que j'avais eu conscience de cela et que j'avais fait de mon mieux pour jouer mon rôle de pilier. Mais tout était resté bloqué au fond de ma gorge : je craignais de fondre en larme si jamais je laissais échapper ne serait-ce qu'une syllabe. Alors une boule chauffée à blanc dans la gorge, j'écoutais la suite :

-Mais le problème, c'était ce qui s'était passé. Miles, Cédric. J'étais complétement perdu. Je ne voulais pas penser à toi comme ça, que tu deviennes une source de maux et de troubles alors j'ai ... expédié le problème.

-Tu m'as poussé vers Miles, me souvins-je et le baiser dont il m'avait gratifié me brûla la tempe. Tant que j'étais avec Miles, tu n'avais pas à te demander ce que tu ressentais pour moi ...

Le sourire dépité de Simon m'indiqua que j'avais visé juste. Et ce qu'il signifiait surtout, c'était que cela avait été un cuisant échec et je fis le lien avec ce qu'il m'avait avoué hier pendant qu'il mangeait ses sandwichs. Je tentai de réprimer mon rire mais un bref éclat franchi mes lèvres et Simon me jeta un regard outré.

-C'est pour ça que tu espérais que ça finisse plus vite que ça, songeai-je en tentant de reprendre mon sérieux. Entre Miles et moi. Parce que ta méthode n'a pas été un franc succès ...

-Alors sache que ça a marché le temps de l'été ! protesta-t-il. Loin des yeux, loin du cœur alors heureusement que j'étais en France ... Je me suis dit que j'avais juste eu un moment de panique, de trouble et que je n'étais juste pas habitué à te voir avec un autre gars ... Je pense que je commençais à comprendre le poids que tu avais dans ma vie et que j'avais un peu peur de devoir te partager, aussi. C'était égoïste mais je n'ai jamais brillé par mon altruisme ...

-Qu'est-ce qui t'a fait comprendre, alors ?

Mon impatience fit sourire Simon. Je tentai de tout faire pour la réprimer mais tout finissait par me troubler et je devenais nerveuse. Quelque part, je me sentais coupable de n'avoir rien vu, rien vu des questionnements de Simon, qu'il ait tout porté seul, tout intériorisé. Maintenant que j'avais l'idée d'ensemble, je me sentis indigne. Indigne de lui, indigne de nous. Si Cédric avait pu le voir, pourquoi y avais-je été aveugle ? Moi qui étais censé tout savoir, même ce qu'il me cachait ? Moi qui savais lire chacune de ses expressions, chacun de ses gestes ? Et je n'avais pas vu ça ?

Non, je ne voulais pas qu'il me rappelle encore à quel point j'avais échoué dans mon rôle. Et ce que Simon ajouta par la suite me donna envie de rentrer sous terre :

-Je ne sais pas réellement. Ça s'est fait progressivement, je suppose ... Quand je me suis rendu compte que ça m'agaçait que tu ne quittes pas Miles malgré son manque de soutien, quand je me suis rendue compte que je cherchais plus ta présence que celle d'Emily, quand je t'ai vu pleurer après que tu sois revenue de chez ton grand-père ... Je me souviens juste avoir compris qu'il fallait que j'arrête de faire l'autruche ... Il y a un an, tiens. Aux Trois Balais. Pendant qu'on parlait avec Selwyn et Melania ...

Je ne veux pas que tu meures, Vicky. J'avais eu raison : c'était trop intense. Simon s'en était rendu compte, mais le trouble lui avait laissé échapper ces maques de l'anormalité de ses sentiments. Au pire moment, en pleine tourmente : qui souhaitait s'appesantir sur des sentiments amoureux quand le meurtrier de sa famille s'était échappé ? La mâchoire de Simon s'était contractée et malgré mon émotion j'orientais ses confidences vers une pente plus douce :

-Quand j'ai dormi avec toi ?

Ses joues prirent une teinte rosée mais il inclina la tête pour m'accorder ce point.

-J'avoue ... que ça ne m'a pas laissé indifférent. Que tu sois capable de prendre soin de moi comme ça ... ça m'a touché. Beaucoup trop pour être net.

-Est-ce que tu t'es fait « Oh, oh », dans ta tête ? tentai-je de plaisanter.

Simon éclata de rire en rejetant sa tête en arrière et rien que ce son détendit mes muscles et m'arracha un sourire absurde. Son bras glissa de mes épaules et il s'écarta. Je m'efforçai de masquer ma déception de me retrouver ainsi privée de sa chaleur quand je me rendis compte qu'il cherchait juste ma main et il noua mes doigts aux siens dans un geste fluide, sans accroc. Il contempla nos mains, un sourire incrédule aux lèvres et qui se teinta d'amusement quand ses yeux se posait de nouveau sur moi.

-Pourquoi ? A un moment tu t'es fait « Oh, oh », dans ta tête ?

-Sous le perron, avouai-je en piquant un fard. Hum ... Quand tu m'as offert la machine à écrire. C'était ... vraiment un très beau cadeau ...

-Bon sang !

Le juron me surprit par sa véhémence et je considérai Simon avec surprise. Il semblait moitié satisfait, moitié agacé face à ma révélation et son visage s'était un peu plus coloré.

-J'ai ... Bon sang, si j'avais su ... Je ne pensais pas ... J'ai remarqué tu étais touchée mais pas à ce point ...

Il se passa une main sur sa nuque quand il capta mon regard interrogateur et se détourna pour ajouter d'un ton perplexe, presque déboussolé :

-C'est ... c'est peut-être le seul moment où j'ai senti ... Que peut-être ...

Il secoua la tête et sa main se relâcha dans la mienne : il plia et replia les doigts sur les miens, comme s'il avait des fourmillements. La nervosité montait en lui et je lui jetai un regard inquiet. Je passai le pouce sur le dos de sa main dans un geste que j'espérais apaisant.

-Pourquoi tu n'as pas osé ? le poussai-je doucement en comprenant que c'était de ça qu'il s'agissait. Simon, ça fait ... huit mois que je ne suis plus avec Miles et ça fait presque deux ans que tu cogites sur tout ça ... Pourquoi il a fallu que tu te sentes piégé pour m'en parler ?

Au soupir que poussa Simon, je compris que j'avais posé la question, plus épineuse que tout le reste. Celle devant laquelle il aurait le plus de mal à se justifier. Nous avions atteint un point où la pente de la colline s'était tassée et où les pavés laissaient place à des sentiers indistincts formés au grès des pas des différents passants, agriculteurs ou vagabonds comme nous, avaient tassés. Le gèle rendait la terre dure mais avait figé les marques de boue qui rendaient le sol irrégulier. Je trébuchai sur une pierre saillante et Simon me retint in extremis par la taille.

-Ouh la, on ferait mieux de retourner sur les pavés, proposa-t-il en levant le regard vers les bâtisses qui parsemaient la colline.

-Bonne idée, marmonnai-je, désorientée. Je pense que tu auras besoin au moins du trajet retour pour répondre à ma question ...

-Non, en fait c'est très simple.

-Ah bon ?

Simon parut s'amuser de mon ton interdit et attendit d'être revenu sur le sol plus stable des pavés pour reprendre :

-Bien ... Réfléchis Vic'. Si j'analyse bien ce que tu m'as dit, tu réfléchis depuis quelques semaines. Avec un début de certitude à noël donc ? Et un brin de panique quand j'ai parlé d'Adrianne ...

-En parlant de ça ... Oh espèce de saloperie vicieuse et fourbe, rageai-je quand son sourire s'agrandit. Mais espèce d'enfoiré, tu voulais me tester !

J'arrachai ma main de la sienne et bourrai son épaule de coup de poings sous ses éclats de rire. Je n'étais pas particulièrement virulente malgré les joues rouges de honte et de colère quand je songeais à tous ce qu'Adrianne avait pu provoquer en moi mais il ne cherchait pas à se dérober non plus. Le seul coup un peu plus fort fut quand j'assénai avec aigreur :

-J'aurais dû m'en douter dès qu'Emily l'a dit ! A quel moment tu aurais accepté de lui dire ça sans espérer qu'elle m'en parle ! Tu es sûr que le Choixpeau n'a pas hésité avec Serpentard ?

-Juste un petit peu au début, répondit-t-il avec un grand sourire, l'air assez fier de lui. Oui, je savais que c'était une possibilité pour qu'Emily t'en parle, mais non ce n'était pas le but. Elle est juste beaucoup trop douée pour m'extorquer des informations. Par contre ...

Ses doigts s'agitèrent compulsivement sur les miens et j'emprisonnai son index entre deux des miens pour l'écraser et lui arracher une grimace.

-J'ai vu comment tu as réagi quand Octavia en a parlé. Ce n'était pas forcément significatif mais c'était loin d'être une réaction naturelle pour toi. Pas de moquerie, pas de harcèlement ... Juste une fuite, une bonne fuite Victorienne comme je n'en ai plus vu depuis une éternité. Pas grand-chose mais comme l'avait dit Octavia ... Un verre, ça ne coûtait rien. Je savais que ça ne déboucherait sur rien. Mais ça m'en dirait beaucoup plus sur toi que sur moi.

-Et tu es venu me voir le soir-même pour vérifier que ton plan avant bien l'effet escompté, conclus-je avec une certaine amertume. Et c'est moi qui t'aie piégé ?

-Hé ! J'ai fait ça sans y croire, réellement ! Je voulais juste ... Bon sang Vicky ... Je te l'ai dit hier soir, je ne sais pas du tout quoi attendre de nous, où est-ce que ça va déboucher, ce dont j'ai réellement envie ... C'est aussi pour ça que je ne t'ai pas parlé après ta rupture avec Miles : très honnêtement, je n'y voyais pas plus clair que quand Cédric m'a parlé. Oui j'ai compris que je détestais le fait que tu sois avec Miles, un petit peu parce que j'enviais sa place. Mais ce que j'ai surtout compris, c'est que la mienne était largement préférable sur bien des points. Oui, j'ai compris que ... (Il leva les yeux au ciel et ses doigts se crispèrent sur les miens) que je t'aimais. Mais ...

Mais. Le gouffre – ou la boite de Pandore selon l'expression qu'avait utilisé Simon. On avait ouvert un espace dans lequel les possibilités étaient infinies, s'élevaient les unes les autres pour nous embrouiller, nous déstabiliser. Et Simon commença avec la plus angoissante d'entre elle :

-J'ai déjà été en couple et je ne peux pas dire que l'expérience m'ait plu. Alors loin l'idée de comparer à Octavia, vous n'avez rien à voir et ... ce que je ressens n'a vraiment strictement rien à voir. Octavia, c'était pour voir. Toi ...

Sa voix s'étrangla, comme si les mots étaient trop gros, trop brûlants et étaient incapable de s'échapper de sa gorge.

-C'est là depuis l'enfance, complétai-je dans un murmure. Et ça grandit. Un peu plus chaque jour. Je sais.

Simon me contempla longuement, sans l'ombre d'un sourire. Juste un long regard, sans artifices et je pus facilement y lire l'angoisse que la perspective lui inspirait mais aussi le soulagement à l'idée que mes réflexions semblaient s'être faites en mémoire des siennes. De nouveau, je sentis se tendre ce lien à travers ce regard, ce fil qui s'était tissé dès la première fois que nous nous étions croisés et qui n'en finissaient plus de se renforcer. Il avait été noué ses dernières semaines, réduits à un amas de fibre indistinctes mais de nouveau il nous unissait, simple, solide, linéaire. Aujourd'hui au milieu de la campagne du Gloucestershire, rien ne semblait compter plus que ce fil. L'éteinte de nos doigts s'était détendue et nous n'étions plus liés que par le frôlement de nos index mais cela suffisait à tout matérialiser. Le regard de Simon passa de moi à nos mains et un petit sourire ourla ses lèvres.

-Evidemment que tu sais ...

Il décocheta son index du mien et récupéra sa main pour la plonger dans sa poche de sweat. Je fis de même, déçue malgré moi mais Simon paraissait préoccupé. Et surtout, il semblait avoir froid : il rentra sa tête dans ses épaules avec un frisson. Dans sa précipitation de semer Caroline, il avait sans doute oublié de prendre un manteau. Il fit quelques pas qui l'éloignèrent de moi et pour éviter de sentir le vide que cela occasionnait je sautais sur un muret de pierre qui longeait la départementale que nous venions d'atteindre. J'étais si concentrée sur mon équilibre que je n'angoissais pas quand Simon entonna :

-Ecoute, Vicky ... Je ne mentirais pas : si j'ai tenté d'enfouir que je ressentais ...

-C'est que tu en avais peur, achevai-je d'un ton neutre. Et que tu as une capacité certaine pour le déni, j'ai compris ...

Il leva les yeux au ciel, sans toutefois nier mes dires. Il avait toujours été un grand sceptique des sentiments : je me souvenais encore d'un débat avec Cédric sur le fait qu'il considérait qu'à notre âge, on ignorait totalement ce qu'était l'amour. J'imaginais parfaitement que ça avait dû le déstabiliser de réaliser qu'il en ressentait pour moi ... puis se rendre compte que c'était loin d'être éphémère. Il me lorgnait du coin de l'œil, comme s'il craignait que je trébuche et ne dévale du muret, mais j'avais le pied très sûr.

-Disons cela ... Un sentiment beaucoup trop absolu auxquels je ne croyais même pas et la perspective que la seule chose qui pouvait les assouvir c'était d'être en couple, à savoir une expérience que j'ai détesté ...

-Qui t'a parlé de couple ?

J'avais conscience de reprendre les mots exacts de Miles, mais ils m'étaient revenus à l'instant, quand mon cœur s'était serré au mot qui me déboussolait également. Encore une fois, je n'arrivais pas à mettre d'étiquette sur Simon : « petit-ami » restait impropre, restrictif. De plus, le couple revêtait un statut beaucoup trop officiel, beaucoup trop codifié, des codes qui ne s'appliquaient pas à Simon et moi, à notre relation, à nos tempéraments. J'avais plus apprécié la chose avec Miles que lui avec Octavia, certes. Mais c'était trop tôt. J'avais besoin de prendre mes marques, d'apaiser mon esprit, de comprendre qui m'arrivait. Je n'étais pas prête à ça.

Simon fronça les sourcils.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-On n'est pas obligé de mettre en couple, Simon. C'est vrai que c'est ce que nos ... sentiments appelleraient. La voie logique, ce que tout le monde ferait. Mais depuis quand on est comme tout le monde ?

Mon pied se tordit devant une pierre glissante et mes bras se déployèrent naturellement de chaque côté de moi pour maintenir mon équilibre. Ma position m'évitait à avoir à affronter la réaction de Simon et je compris ce qu'il avait cherché en s'éloignant un peu : un peu de paix pour avoir cette impression que seuls les champs et les fougères étaient témoins de nos mots. Ça me donna la force de renchérir :

-Tu n'aimes pas ça et je ne suis pas prête : on n'en a pas envie tous les deux. On peut ... peut-être juste faire un test ? Accepter ce qui vient de se passer sans vraiment mettre de mots dessus ? Prendre de nouvelles marques, de nouveaux automatisme ... Juste ... vivre ce qu'on a à vivre, sans se prendre la tête.

Simon ne répondit pas rien et se plongea dans un mutisme songeur, quelque part en dessous de moi. De ma position élevée, je commençais à apercevoir la maison des Bones, parmi les premières qu'on atteignait depuis la route car elle était à l'écart de lu village, l'une des plus basses sur la colline, puis plus haut la tour carrée de l'église Saint-Edward. Cette vision, plus les mots que Miles avait prononcé la dernière fois, finirent par injecter du plomb dans mes entrailles. « Vu vos deux tempéraments, Bones et toi vous avez une espérance de vie qui va se réduire à mesure que Tu-Sais-Qui prendra le pouvoir ».

Vivre. Vivre avant que le temps et la guerre ne nous réduisent à l'ombre et la poussière.

J'arrivais sur la fin du muret. Simon avait un peu d'avance sur moi et me tendit une main quand je me trouvais au bord du vide – d'une trentaine de centimètre, le vide. Je le gratifiai d'un petit sourire en saisissant sa main et sautai à terre avec aplomb. Je pensais que Simon allait retirer sa main mais il emprisonna la mienne et je lui jetai un regard interloqué. Un sourire incertain s'étirait sur ses lèvres.

-Tu es sûre que c'est ce que tu veux ?

-Oui, répondis-je sur le ton de l'évidence. Simon, ça fait dix-huit ans qu'on se connait. Sur dix-huit, au moins seize où on ne faisait que s'insulter ou se taper dessus – même si c'était plus compliqué que ça. Ça fait deux ans qu'on est dans une sorte ... de mutation, on va dire. Une mutation qui nous amène ici. Ça me semble logique qu'on se laisse du temps pour continuer.

J'espérais qu'évoquer de la logique, de la rationalité, apaiserait Simon et son esprit pragmatique mais il souriait toujours d'un air indécis, sa main figée sur la mienne. Mon cœur tomba dans ma poitrine et je murmurai :

-Pourquoi ? Toi tu ne veux pas ?

Les yeux de Simon clignèrent et ses lèvres se pincèrent quelque peu.

-Non. Enfin, si je veux dire, ce que tu viens dire c'est ... Tu as complétement raison ... C'est juste ... Bon sang, je ne veux pas que tu fasses ça juste pour moi, parce que je suis « un handicapé des sentiments » et un peureux des relations, que tu finisses frustrée parce que ...

-Simon, le coupai-je en mettant une main sur son torse. Ce n'est pas pour toi que j'ai proposé ça, c'est pour moi aussi. J'ai besoin de temps.

Mes doigts trouvèrent le cordon de sa capuche et jouèrent machinalement avec. Il avait une taille parfaite pour m'embrasser sur le front, remarquai-je en rougissant, et pour la première fois je ne maudissais pas le fait qu'il ait grandi un peu. Ses lèvres m'étaient pour la première fois accessibles : je n'avais qu'à lever la tête ... me hisser à peine d'un centimètre ... Tirer sur le cordon pour l'attirer vers moi ... Je réfrénai ma frustration et poursuivis plutôt :

-C'est pour ça que je voulais te parler ... Parce que mon cerveau était au bord de l'implosion et qu'à cause de ça, j'avais perdu tous mes repères avec toi. Te toucher, pas te toucher, est-ce que cette phrase a une signification, est-ce que ce geste veut dire plus, ne dis pas ça on va penser des choses ... Je voulais mettre les choses à plat. Te faire prendre conscience que ... il ne pouvait y avoir que toi. Et que l'inverse était vrai.

-Quelle prétention, chuchota Simon avec un petit sourire.

-Quelle évidence, rétorquai-je avec aplomb. Tu ne peux pas te passer de moi, Bones. Je le savais. Je pensais juste ... Enfin, je ne pensais pas, mais alors vraiment pas, que tu avais réalisé toi aussi ...

-J'ai toujours été un peu plus perspicace que toi.

J'écarquillai les yeux, ahurie.

-C'est faux et tu le sais ! Tu as simplement eu conscience plus vite que tu pouvais me perdre !

Je ne savais pas d'où je tirais cette conclusion mais c'était une nouvelle preuve de mon intuition exceptionnelle, souvent louée par Simon et qui me rendait clairvoyante et douée dans les duels. Je sus que j'avais raison quand ses lèvres se tordirent de nouveau et cela provoqua un sourire effronté sur mon visage.

-Voilà. Toujours est-il que ... je n'ai jamais douté de tes sentiments, en réalité. Je savais que ce qu'on vivait c'était exceptionnel et que même toi tu devais le voir. Simplement, je ne pensais pas que de ton côté, ils avaient pris une coloration ... romantique.

-Aïe. Ça fait mal à entendre.

-Adorable, commentai-je d'un ton sec. Maintenant peux-tu cesser de faire le cynique et me dire si oui ou non tu approuves mon plan ?

Je repoussai une mèche qui me barrait le front d'un geste impatient. Avec la brise, beaucoup de boucles s'étaient échappées de ma queue-de-cheval et chatouillaient mes joues et mes lèvres. J'étais certaine que c'était ce que Simon suivait du regard, pour me contempler sans avoir l'air de le faire. Il se tut si longtemps que mon estomac avait commencé à se tordre jusqu'à ce qu'enfin Simon souffle :

-Oui. Oui, ça me va.

Un soupir de soulagement se coinça derrière mes dents et je serrai les lèvres pour ne pas le laisser échapper. J'étais soulagée, certes, mais pas encore rassurée. Je baissai le regard sur le cordon avec lequel je jouais depuis quelques minutes. Le dos de main était plaquée contre sa poitrine qui se soulevait et s'abaissait à un rythme lent et régulier.

-Du coup ?

-Du coup quoi ? s'étonna Simon.

-Du coup je peux t'embrasser ou pas ?

La poitrine de Simon se bloqua et son souffle se dérailla quelque peu. Je m'efforçai de garder un visage impassible et fis toujours couler le cordon entre mes doigts pour fixer mon esprit sur quelque chose qui n'était pas le silence de Simon. Je savais que l'intimité était l'une des choses qui le dérangeait dans la notion de couple. Octavia l'avait prouvé en se vantant d'enfin pouvoir avancer avec son petit-ami ... Ce qui signifiait qu'avancer avec Simon était laborieux – et là-dessus, je voulais bien la croire. Pourtant, je n'avais pas eu l'impression qu'il avait détesté l'expérience hier soir ... Mais plus les minutes s'égrainaient, plus je doutais.

-Ce n'est pas grave si c'est non, précisai-je à mi-voix. Je comprends ...

-Normalement, ce n'est pas quelque chose dont je suis fan, avoua Simon en haussant les épaules. Mais hier soir ...

Un sourire fier retroussa mes lèvres et j'arrachai mes yeux du cordon pour lui jeter un regard mutin. Quelques mèches blondes lui tombaient sur le front et tremblait devant la brise et ses yeux s'étaient perdus quelque part sur mon visage – pas très loin de mes lèvres. Hier soir, c'était lui qui avait comblé le centimètre qui nous avait séparé ...

-J'embrasse mieux qu'Octavia McLairds, c'est ça que tu veux me dire ?

-Tu fais un tas de chose infiniment mieux qu'Octavia McLairds, répliqua-t-il en plantant fermement son regard dans le mien. Et ce n'est pas forcément ce que je veux dire. J'ai deux ans de plus, ce n'était pas le même contexte ... Mais c'était mieux, beaucoup mieux que dans mon souvenir ...

-Alors pourquoi tu hésites ?

Les joues de Simon rougirent et je compris en étudiant cette teinte qu'avait pris sa peau, une teinte particulière, écarlate, qui revenait chaque fois que je lui demandais jusqu'où il avait été charnellement avec Octavia McLairds. Ce n'étaient pas les baisers, le problème : c'était la suite. La suite logique, qui allait là encore avec la notion de couple et d'étape que ça imposait. Etapes que j'avais toutes ou presque cochées avec Miles, et Simon devait le soupçonner. Nous n'étions pas égaux sur ce point-là et ça participait à son appréhension.

Je n'avais pas songé à cet aspect-là. A l'idée que je n'étais plus vierge et qu'à ce titre je pouvais me considérée comme expérimentée. En vérité, ce n'était pas du tout la sensation que j'avais. J'avais expérimenté, mais je n'étais pas expérimentée. Après la première fois, je ne m'étais pas sentie différente, plus sûre de moi. Je n'avais jamais été très sûre de ce que je faisais et ce serait toujours le cas maintenant. Surtout avec Simon. Je décrochai la main de mon cordon et écartai une mèche de son front. Il tressaillit à mon contact.

-Un baiser mais à tout prendre, qu'est-ce ? plaisantai-je doucement.

-C'est dans Cyrano, ça ? reconnut Simon avec les frémissements d'un sourire.

-Ouaip.

Je me hissai sur la pointe des pieds et embrassai brièvement sa joue. Une caresse, à peine une brûlure qui espérait le rassurer sur mes intentions. Puis je lui souris et repris ma marche en avant sur la départementale sans l'attendre, ma queue de cheval bondissant joyeusement dans mon dos. Inutile de brusquer les choses. On avait toute l'après-midi pour en discuter.

Simon nous força à prendre un autre chemin pour éviter d'avoir à passer devant chez lui. Caroline y était toujours selon lui et il voulait éviter d'avoir à faire à son œil inquisiteur. Nous avions pénétré dans le village et le regard des quelques passants nous força à nous taire, à éviter les mouvements suspects – surtout quand nous passâmes devant l'épicerie d'Elisabeth Fisher qui répétait aux clients tout ce qui se passait devant sa vitrine. Faute de mieux, nous retrouvâmes le terrain ombragé et abrité du vent du parc de jeu et je me laissai tomber sur la plaque tournante cassée avec un soupir. Frigorifiée, je lâchai mes cheveux pour qu'ils puissent couvrir mon visage et mon cou. Malheureusement, Simon n'avait pas la chance d'avoir une chevelure qui participait à la retenue de la chaleur corporel et le fit comprendre avec un violent frisson.

-Merlin ce qu'il fait froid ! souffla Simon en plongeant sa main dans sa poche.

Il en ressortit sa baguette qu'il porta à son visage et tapota doucement son menton de sa pointe, l'air songeur. Il fit un bref mouvement circulaire vers le haut. Je sentis comme une onde me parcourir et posai la main sur mon cœur, surprise.

-Hé mais qu'est-ce que tu fais ?

-Je teste quelque chose. J'ai oublié de prendre un manteau ... ça allait tant qu'on marchait mais là ... Attends ...

Il fit un geste plus large et cette fois l'atmosphère parut sensiblement changé, comme si l'air s'était réchauffé. Simon eut un grand sourire satisfait et passa sa baguette sur une ligne invisible devant ses yeux : je vis alors un voile apparaître, scintillant et transparent, autour de nous comme dôme puis disparaître face aux rayons du soleil. J'ouvris alors mon manteau, soudainement haletante : ce n'était pas qu'une impression, l'air s'était réchauffé. Et c'était visiblement le but de Simon.

-Un mirco-climat, expliqua-t-il face à mon air interrogatif. C'est quelque chose qu'on n'apprend pas à Poudlard, je suis en train de le faire à l'IRIS ... On n'arrive pas encore à le faire sur de grandes surfaces ou des airs déjà gorgée magiquement – Poudlard, typiquement. Mais sur l'espace du parc ... Je ne pensais quand même pas le réussir du premier coup !

-Pas si vite, monsieur le grand sorcier. Je vais vite te faire dégonfler le ballon de baudruche qui te sert de tête.

Les joues de Simon s'embrasèrent, à ma plus grande satisfaction – et sans que ça n'ait à voir avec la chaleur qu'il avait crée, plus proche de celle du printemps. Il se gratta la nuque de la pointe de la baguette, le regard rivé vers les haies, comme s'il pouvait contempler son sortilège malgré son invisibilité. Cela dit, si j'avais bien écouté les cours de sortilège en ASPIC, certains sorciers plus sensibles que d'autres pouvaient sentir la magie, ses vibrations, sa présence comme une petite onde qui vibrait en nous en touchant les cordes de nos pouvoirs. Nul doute que Simon était de ceux-là. Il avait toujours eu ce petit côté prodige qui pouvait être impressionnant voire fascinant.

La douceur ambiante eut raison de mon manteau et de mon écharpe et je donnai un coup de pied sur le sol pour que la plaque se mette à tourner en un grincement qui me fit grimacer.

-Bon. Je dois savoir d'autres choses ?

J'attendis d'avoir fait un tour complet avant de freiner du talon pour attendre la réponse de Simon. Il s'était installé sur la balançoire, l'air moins crispé – le froid avait dû accentuer son malaise pendant la promenade – et semblait réfléchir sérieusement à la question. Sa baguette pendait toujours dans sa main gauche.

-Non, je pense que je t'ai parlé de l'essentiel ...

-Tu étais jaloux d'Eden ? Tu n'as vraiment jamais rien voulu tenter ? Est-ce que Susan se doute ... ? Hé, ne me regarde pas comme ça ! protestai-je quand il me toisa, l'air agacé. Je t'avais dit que j'allais faire dégonfler ton égo !

Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il agita les jambes pour mettre la balançoire en mouvement, des oscillations lentes et laconiques. Sa joue s'appuya contre la main qui enserrait la chaine et ses yeux verts fixait un point proche de mes pieds. L'univers végétal ambiant leur donnait une teinte proche du feuillage des hêtres, claire et chatoyante.

-Je n'étais pas jaloux, finit-il par lancer. Je te l'ai dit, j'ai toujours su qu'au fond j'étais à la bonne place. Je n'avais simplement pas envie d'un nouveau Miles, c'est vrai ... Un Miles beaucoup moins compréhensif parce que mine de rien il a fait pas mal de concession. Non, je n'ai jamais rien voulu tenter. D'abord parce que tu étais en couple, ensuite parce qu'il fallait que tu te remettes et enfin parce je ne pensais pas que tu me voyais ... comme ça. Le seul moment où j'ai senti les lignes bouger, c'était au moment de noël et je n'ai pas eu le temps de plus me rendre compte parce que c'est le moment où tu es devenue distante. Non, Susan ne se doute de rien, parce que même si c'est ma sœur et qu'elle est sans doute la personne qui me connait le mieux après toi, je ne pense pas qu'elle ait réellement compris à quel point notre relation changeait.

Son visage se figea et son regard se darda brusquement vers moi, circonspect.

-Pourquoi ? Il y a des gens qui se doutaient ?

La moitié des personnes qui nous voyait ensemble sans connaître notre passif ? songeai-je en me souvenant des questions incessantes de mes coéquipiers dès lors qu'ils avaient rencontré Simon. Miles et Roger ? Emily qui doit attendre depuis des semaines un hibou pour que je lui raconte comment ça évolue ? Je doutais que la réponse convienne à Simon. Il lui avait fallu des mois pour qu'il admette avoir des sentiments pour moi, des mois pour qu'ils les intègrent et mettent des mots dessus, et quelques mois supplémentaires pour qu'enfin il les accepte – et même ça ne l'avait pas poussé à venir m'en parler. J'ignorais si c'était parce qu'ils me concernaient ou que c'était son rythme propre, mais sa lenteur m'induisait clairement le culte d'un secret. Je crispai les mains sur mes genoux et trouvai une réponse alternative :

-Les gens qui nous observent se posent des questions, on va dire. Et c'est leurs interrogations qui m'ont donné le doute, d'ailleurs. Tonks avait l'air de carrément considérer comme acquis qu'on sortait ensemble ...

-Leonidas aussi, avoua-t-il après quelques secondes d'hésitation. Quand je suis venu le voir au centre d'entrainement, il m'a demandé si tu étais ma copine ... Oh par Merlin (Il posa sur moi un regard écarquillé, presque épouvanté). On est déjà un couple, c'est ça ?

Je m'esclaffai devant l'allégation, absurde dans l'absolu mais qui sonnait comme une drôle de vérité. Les gestes tendres, les chamailleries : ça n'avait trompé personne, sauf moi. Je m'imaginais raconter toute cette conversation à Emily et mon cœur se serra devant l'impossibilité de la chose. Elle ne comprendrait pas que le mot « couple » ne ressorte pas. Elle ne comprendrait pas notre besoin de temps alors qu'on se connaissait depuis plus de dix-huit ans. Elle ne comprendrait pas notre rythme, nos peurs et surtout elle poserait sur nous ce regard de représentante de la société que je voulais fuir à tout prix. Elle attendrait qu'on prenne nos marques, songeai-je finalement, tiraillée. Comme tout le monde.

Pour pallier au silence, je me refis le fil des deux dernières années, à la recherche d'un détail, d'un geste qui aurait pu m'interpeller sur les sentiments de Simon. Mais au final, tout n'était rien de plus que ce j'aurais pu faire moi-même ... Et finalement, en un flash, je me souvins d'un événement qui m'avait surprise à l'époque, au point de presque faire vaciller mes perceptions sur Simon Bones.

-C'est pour ça que tu m'as offert mes gants de Quidditch ? Tu ne m'avais jamais offert de cadeau avant ça ...

Simon cligna des yeux, l'air surpris par mes mots. Lentement, il se laissa glisser à terre et la balançoire gémit dans un grincement quand elle fut libérée de son poids. Il paraissait toujours réfléchir pendant qu'il plaçait ses jambes en tailleurs.

-Les gants ? Non, je les avais depuis un moment, bien avant de te voir avec Miles ... Quand j'ai vu l'état des tiens au match de Quidditch et que j'ai compris que tu n'avais clairement pas l'intention de t'en racheter ... (Il fronça les sourcils avant de me lorgner avec un certain agacement). Bon sang, Vicky, tu allais finir par te briser les doigts !

Un sourire attendri retroussa mes lèvres. C'était un sourire parfaitement stupide, j'en avais conscience, mais que ce soit la simple peur que je me casse quelque chose ... ça touchait quelque chose en moi. Ça me rappelait que notre relation n'était pas aussi asymétrique que je l'avais crainte. Simon Bones avait toujours pris soin de moi. Pas parce qu'Alexandre lui avait demandé. Pas parce que j'étais trop faible pour le faire seule. Mais simplement parce qu'il tenait à moi.

Parce qu'il m'aimait. Seigneur que c'était toujours vertigineux de songer ça, mais à présent que l'histoire était dévoilée, ça coulait de source.

Mais les souvenirs semblaient avoir ramené des traces d'agacement en Simon. Il leva les yeux au ciel et replia une jambe contre sa poitrine.

-Et je voulais marquer le coup, tu avais dix-sept ans quand même ... Mais quand je vois les cadeaux que j'ai reçu ensuite, j'en viens presque à regretter de te les avoir offerts ...

-Hé ! protestai-je. Hamlet c'était bien comme cadeau !

Un sourire cynique retroussa les lèvres fines de Simon. Une étincelle familière vint embraser son regard et faire pétiller le vert des yeux bien plus efficacement que les rayons pâles de février.

-C'est vrai que c'était un beau cadeau. Même s'il était un peu à retardement ... Mais ça valait le coup, je pense que je me souviendrais toute ma vie de la teinte cramoisie qu'a pris ton visage quand j'ai cité les vers.

Je fronçai les sourcils, perplexe, avant de brusquement comprendre. L'espace d'un instant, tant d'image défilèrent dans mon esprit que je les reconnus par flash : Simon dans la bibliothèque, me fixant intensément en attendant que je confirme la validité des vers, Simon les récitant de tête dans son salon, le regard rivé dans les flammes, Simon se rapprochant de moi, plus près, toujours plus près ... Mes yeux glissèrent brièvement sur ses lèvres fines qui souriaient toujours avec amusement et l'espace d'un étourdissement je me surpris à vouloir franchir l'espace pourtant immense qui nous séparaient. Puis ses mots s'infiltrèrent dans mon esprit et colorèrent son sourire d'une teinte bien moins romantique. Je sentis mon visage devenir aussi écarlate que ce jour-là dans la bibliothèque et le spectacle dût ravir Simon car il éclata de rire.

-Voilà, exactement cette teinte-là ! Exceptionnel que tu sois capable de la reproduire avec exactitude ...

-Oh, la ferme ! rageai-je, frustrée de n'avoir rien à lui lancer pour effacer ce sourire satisfait. Je suis sûre que tu les pensais ces vers en plus quand tu les as trouvés !

Le sourire de Simon s'effaça sur ses lèvres et je compris avec une coupable réjouissance que j'avais vu juste. Mais la fierté fut soufflée par une réalité que je n'avais jusque-là pas soupçonnée et qui me laissait une sensation glacée au creux du ventre. Bon sang, ça faisait plus d'un an ... Plus d'un an qu'il savait sans rien ne dire ... Et moi je n'avais tenu que quelques semaines.

Simon replia sa seconde jambe contre sa poitrine et détourna le regard. Si le feu sur mes joues s'était résorbé, c'était parce qu'il semblait s'être transféré aux siennes : une légère couleur rosée prenait de l'intensité sur ses pommettes à mesure que je le fixais, attendant une réponse claire. J'avais encore besoin de l'entendre pour y croire. Ses doigts frôlèrent l'herbe et commencèrent à en arracher machinalement quelques brins.

-Tu as tout entendu, Vicky, je pense que tu as la réponse ...

-Bon sang ... Donc tu les pensais vraiment ? Tu me faisais une déclaration sans que je le sache ?

J'aurais voulu mettre une trace de moquerie, d'amusement dans ma voix, ne serait-ce que pour dédramatiser et faire oublier ce creux glacé dans mon ventre, mais ce fut un cuisant échec. Au contraire, j'avais plutôt l'impression de m'être enrouée sur les derniers mots. Simon continua de fuir mon regard et garda les yeux rivés sur les brins d'herbe qu'il arrachait précautionneusement. La rougeur avait à présent atteint ses oreilles.

-Je les ai lus une première fois seul, dans mon dortoir, avoua-t-il finalement. Et dès la première lecture, ils m'avaient frappé. Je ne sais pas ... ça sonnait en moi, tu comprends ? Les mots avaient une résonnance particulière mais c'est quand je les ai lus à voix haute que j'ai compris.

Il déchira un brin en plusieurs morceaux. Je l'écoutai, le cœur au bord des lèvres, avec l'impression de ressentir exactement ce qu'il décrivait ... Cette sensation que les mots vous appartenaient, qu'ils étaient écrits pour vous, et devenaient une part de vous. Que chaque syllabe réveillait des sensations qu'on se s'avouait pas, des souvenirs qu'on oubliait, que chaque phrase vous décrivez avec une exactitude déconcertante. Comme par magie, Simon traduisit les pensées qui restaient coincées dans ma gorge, comme un écho de mon propre esprit :

-C'était ... la description presque exacte de ce que je ressentais pour toi.

C'est exactement ce que je ressens pour toi, Simon Bones.

Un petit rire nerveux s'échappa de mes lèvres. La phrase aurait pu être la même. La preuve ultime qu'il ne pouvait y avoir que lui. La preuve ultime qu'il ne pouvait avoir que moi.

J'eus l'impression qu'un barrage craquer et qu'enfin l'eau ressourçante de la vérité éteignait enfin tous les incendies, les doutes, les complexes, les réflexions des dernières semaines et rependait une grande paix en moi. L'étourdissement maintenant familier me reprit et cette fois, guidé par ce flot libérateur, je ne cherchai pas à lui faire barrage. Sans réfléchir, je glissai vers Simon, mis une main sur sa nuque et inclinai son visage vers le mien pour poser ses lèvres sur les miennes.

J'aurais pu craindre qu'il ne me réponde pas. Qu'il me repousse, moi et mes mains couvertes de terre, moi et ma bouche qui cherchait la sienne pour rendre physiques les mots qui flottaient entre nous, pour concrétiser tout ce qui se passait depuis douze heures. Qu'il prenne peur devant mon impatience, devant ma détermination alors que quelques minutes plus tôt j'avais assuré lui laissait le choix sur cet aspect-là. Mais je ne doutais même plus : le flot avait balayé les doutes et la main de Simon vint une seconde plus tard se perdre dans mes cheveux et serrer une poignée de boucle folle – rêches, couverte de nœud, mais à sa façon de les prendre je compris qu'il avait toujours rêvé de pouvoir faire ce geste.

La spontanéité de nos mouvements me fit sourire tout contre ses lèvres. A son tour, ma deuxième fois caressa sa joue lisse, imberbe et remonta jusque dans ses mèches soyeuses alors que j'approfondissais le baiser. Les yeux clos, j'avais pour la première fois la sensation de réellement sentir Simon, la chaleur de ses lèvres sur les miennes, de son souffle erratique qui me brûlait la peau, de son pouls que je sentais battre sur mes doigts. Et jamais je n'aurais pensé que ça me rendrait si vivante, si euphorique ...

Si moi. C'était comme si je me retrouvais. Me trouvais, tout simplement. Nous trouvais, enfin, la parfaite combinaison. L'équilibre dans notre relation qui rendait nos gestes d'un naturel et d'une logique implacable. Finalement, malgré la rationalité que j'essayais de faire entrer, la lenteur et le rythme que je tentai d'instaurer, j'avais la sensation que toutes nos étapes nous amenaient à ce moment. Définitivement, ça n'avait pas à avoir de sens ...

Ce fut finalement Simon qui interrompit le baiser en s'écartant d'un souffle, ses doigts toujours perdus dans mes cheveux. Il ne s'écarta pas pour autant et contempla les parties de mon visage qui lui étaient accessible. Ses doigts lâchèrent mes mèches une par une avant d'effleurer ma nuque et de m'arracher un frisson.

-Finalement, on va peut-être garder ça ...

J'essuyai un petit rire. En équilibre précaire sur mes genoux, je finis par me laisser aller sur le sol et Simon replia l'une de ses jambes en tailleurs sur moi. L'autre était passée sous les miennes et son bras venait se caller dans mon dos. Il m'entourait littéralement de tout son corps et cela fit rougir mes joues de plaisir autant que cela déploya un incroyable sentiment de sérénité en moi. Je jouais avec les cheveux qui se courbaient sur sa nuque.

-T'aurais-je réconcilié avec les baisers ?

-Vicky, soupira Simon avec une pointe de gravité en plus. Tu es celle qui a su me faire dire que j'étais le fils d'Edgar et de Cassiopée Bones. Je pense qu'honnêtement, ça fait de toi la personne qui a le plus de pouvoir sur moi. Que je suis capable de tout accepter ... du moment que ça vient de toi.

Le reste de ses paroles s'était réduite à un souffle, un aveu filé dans un filet de voix rauque mais qui semblait avoir la brûlure de celles qui étaient restées enfermées trop longtemps. Les mots obstruèrent ma gorge. Jusque là, un petit doute, infime, minime, avait persisté sur la profondeur des sentiments de Simon à mon égard, mais il venait de tout balayer d'un murmure. Comme quoi, il ne suffisait pas de grand-chose pour déclencher une tempête. Touchée, j'inclinai le visage vers lui et il se pencha naturellement sur moi pour effleurer mes lèvres d'un baiser beaucoup doux, beaucoup plus court, beaucoup plus simple. Je posai ensuite mon front sur le sien, un sourire comblé sur les lèvres.

-Ça ... c'est un titre que je prends.

***


Voilà ! J'espère que la discussion n'était pas trop lourde et qu'elle vous a apporté quelques réponses sur le parcours de Simon !

Et évidemment, ça ne peut pas être simple. Ils ne peuvent pas simplement se dire "on est en couple". Ils ne sont pas normaux, ce n'est pas intuitif : ça m'a paru tout de suite évident que, quoiqu'il arrive, il devait y avoir un temps d'adaptation. D'où cette prudence.

Je poste la suite dans la foulée comme j'ai du retard !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

OK le titre c'est TRES CLAIREMENT un délire personnel avec les chansons du Donjon de Naheulbeuk (Une de leurs chanson phare, A l'aventure, compagnon !) - ceux.elles qui connaissent, vous êtes des vrais et je vous respecte.

Pour ceux qui l'ignorent, Le Donjon de Naheulbeuk est originellement une BD/saga audio humoristique qui prend les codes de la fantasy et du jeu de rôle. Ils font des chansons associées (le Naheulband) qui sont clairement pour la plupart complètement barj et déjantées mais j'adore c'est entrainant, frai et trop drôle.

Pour la petite histoire, la chanson de la citation, je la chantais avec une amie pour nous motiver pour finir le cross du collège en 3e. On a fini en se prenant la main et en chantant La vie d'aventurier, si ce n'est pas beau !

BONNE LECTURE !

***

Quand j'aurais mon niveau 10,
J'achèterais des pansements
Pour corriger les erreurs du niveau précédent.

C'est surtout ça la vie d'aventurier,
Je rentre chez moi
Ma carrière est terminée ...
- La vie d'aventurier
Le Naheulband
***


Chapitre 28 : A l'aventure, compagnon !

J'aurais pu rester des heures dans le parc, à moitié dans les bras de Simon à retisser le naturel de nos relations et à expérimenter celles qui m'étaient inconnues. Pouvoir prendre sa main et jouer avec ses longs doigts sans risquer qu'il ne la retire, me moquer d'un épis dans ses cheveux tout en tentant de l'aplatir ou d'aggraver sa coiffure. Le laisser effleurer mon bracelet, jouer avec la pointe de mes boucles, apprécier sa main dans mon dos sans m'interroger sur la signification de son geste ... C'était apaisant. C'était tout ce que j'avais toujours voulu avec Simon – et je n'avais même pas besoin de lui arracher les yeux. Un moment hors du temps, coincé entre les hêtres qui arboraient le parc dans lequel nous avions joués petits. C'était presque ici que tout était né : d'un coup de poing, d'une phrase vexante, d'amitié et d'expériences commune qui nous avaient inexorablement liées l'un à l'autre. C'était pour ce parc que je m'étais accroché à lui à Poudlard : il était la seule personne qui connaissait la gamine de Terre-en-Landes. Et ici, il était le seul à connaître la sorcière.

Malheureusement, une famille nombreuse vint casser notre quiétude vers dix-neuf heures et Simon nous fit transplaner in extremis avant qu'ils n'entrent en masse dans le parc. Nous avions atterri hilare dans son jardin et une fois à l'intérieur c'était Caroline qui avait sonné le glas de notre moment privilégié : ça faisait près d'une heure qu'elle attendait Simon, la nuit commençait à tomber et l'inquiétude la rongeait. J'avais été invitée à rester dîner, mais la présence bougonnante de Caroline et les regards noirs que lui jetaient fréquemment Simon m'avaient empêché de pleinement en profiter. J'avais eu l'impression de me prendre la réalité en pleine figure : tout avait changé mais tout restait pareil. Voldemort n'avait pas disparu, Simon restait meurtri par ses traumatismes et Caroline était une mauvaise cuisinière. Je peinais à finir mes œufs brouillés bien trop cuits et Simon avait à peine fait l'effort de toucher à son assiette. J'avais fini par comprendre qu'il attendait que je parte pour s'enfermer dans sa chambre mais l'impression fut compensée par le baiser qu'il posa sur mon front pour me dire au revoir, bref mais plein de spontanéité. Heureusement que seules les étoiles furent témoins du sourire qui ne quitta pas mes lèvres jusqu'au retour.

Mais j'avais besoin de plus. Besoin de plus pour comprendre, besoin de trouver mes nouvelles limites avec lui, besoin de la sérénité qu'il m'apportait. Malheureusement, le reste de la semaine fut peu propice à cela : il retourna en cours tout le vendredi et je fus occupée le soir avec mes grands-parents paternels – et l'Ancien que mon père avait tenu à inviter car il s'entendait bien avec grand-mère Anne. Inutile de préciser que j'aurais largement préféré dîner avec Simon, Caroline ou non. Le lendemain, j'étais arrivée de bonne heure chez les Bones en espérant le voir quelques minutes avant l'arrivée d'Octavia, mais seule Caroline m'ouvrit quand je frappais à la porte. Simon était déjà parti à l'IRIS, m'apprenait-t-elle avec un soupir.

-Ah oui c'est vrai, il expérimente le samedi matin, me souvins-je en masquant ma déception de mon mieux. Octavia va encore râler sur les archives ...

Caroline me jeta un regard circonspect.

-Octavia ? McLairds ? Mais il n'est pas sorti avec ?

Ça me surprenait de la part de Caroline qu'elle sache cela – et qu'elle se souvienne du nom de la fille qu'avait fréquenté son frère. Je me souvins vaguement que Simon avait rendu la chose publique en fin de cinquième année et qu'à ce moment elle achevait sa septième année. Elle leva les yeux au ciel et réprima un bâillement. Elle était installée sur la table de la cuisine, en robe de chambre et une cuillère tournait seule dans le grand bol de café posé devant une tonne de parchemin.

-Je travaille avec elle sur un projet d'histoire sociologique de la magie, expliquai-je succinctement.

-C'est vrai ? s'étonna distraitement Caroline. Je connaissais sa sœur, elle était dans la même année que moi ... Je crois qu'elle vient de se fiancer, j'avais l'impression que c'était l'unique ambition des filles McLairds ... J'étais bien contente que j'ai appris que Simon l'avait quitté, ça aurait trop fait plaisir à leur père de mettre la main sur l'héritier.

Une pointe d'amertume avait percé sa voix et elle la noya dans une gorgée de café qui embua ses lunettes de vue.

-Tu sais, ça me fait plaisir que tu saches, lança-t-elle de façon abrupte. Que tu comprennes tout. J'ai l'impression qu'on peut enfin en parler plus librement, ça fait un bien fou ...

-Ça t'a tant pesé que ça ?

Caroline me gratifia d'un pauvre sourire.

-Si tu savais ... J'ai quelques souvenirs, moi. De Spencer, de Matthew, de tante Cassie qui prenait Simon dans ses bras ...

Elle reprit une gorgée de café et me fixa par-dessus son bol de ses beaux yeux bleus. Elle n'avait vraiment rien des Bones : un beau petit nez retroussé, une belle chevelure brune mordorée, et cette belle couleur azur dans les prunelles, un bleu plus sombre que celui de sa mère.

-Je sais que ça peut paraître horrible, mais je n'ai jamais pu m'enlever ces images de la tête ... Je n'ai jamais oublié, Vic'. Alors ... je n'ai jamais pu être sa sœur. (Elle essuya un petit ricanement). Vraiment, je sais que je suis horrible ... Simon m'en veut toujours de lui avoir fait sentir cette distance.

-Je ne te trouve pas horrible, assurai-je, néanmoins gênée par la discussion. Je pense juste que ... que c'est une situation très compliquée pour tout le monde.

-C'est le cas de le dire, marmonna-t-elle en repoussant sa franche de cheveux. Difficile de trouver sa place quand le dernier arrivé prend toute la place. L'ironie du sort, c'est qu'on m'a martelé toute mon enfance que les Bones étaient une lignée de femme forte et c'est l'héritier qu'on portait aux nues. Enfin bref ...

Elle se munit de sa plume et ratura une ligne sur son parchemin – sans doute « s'épandre sur son complexe d'infériorité vis-à-vis de son frère/cousin à la meilleure-ennemie de celui-ci ». Elle leva vers moi une mine penaude.

-Désolée, on s'est juste un peu disputé avant qu'ils partent, je suis encore un peu énervée. Tu viens travailler du coup ?

-Oui ... Oui, je vais m'y mettre en attendant Octavia ...

-Comme c'est pratique d'être joueuse de Quidditch et d'avoir tout ce temps, soupira-t-elle en griffonnant une note. Tout ce temps que tu as ... J'aimerais bien avoir des journées de plus de vingt-quatre heures, c'est le premier samedi que je prends depuis six mois ... Mrs. Goldstein croule sous les dossiers, elle travaille à la commission de la sécurité, tu imagines quelle tonne de travail on a ...

-Je vois, soufflai-je avant de me diriger vers la porte. Euh ... J'y vais, tu m'envoies Octavia ?

-Pas de problème ...

Elle s'était plongée dans son parchemin, sa plume dans une main et son bol de café dans l'autre. Je me dépêchai de quitter la pièce, gênée comme tout. Pour une sœur qui prétendait peiner à l'être, elle n'hésitait pas à réemménager presque chez elle pour garder un œil sur Simon. Mais je saisissais tous les problèmes de Caroline liés à la situation : être l'aînée, mais savoir que la place d'héritier revenait au fils d'Edgar plus jeune de deux ans. Être une femme dans une lignée forte mais voir le cadet rafler les tableaux d'honneur. Même cette maison, songeai-je en effleurait les boiseries de la bibliothèque. Simon en était plus que l'héritier : il en était le propriétaire légal. Alors que Caroline était officiellement l'aînée de la fratrie. Le statut de Simon brouiller les lignes dans la famille.

Je poussai un soupir de frustration en sortant la machine à écrire de sa boite. Je ne voulais pas songer à Simon, au fait que je ne l'avais pas vu depuis deux jours et que l'évolution de notre relation me semblait depuis aussi brumeuse qu'un rêve. J'avais besoin de le voir, de le toucher, de me rappeler que c'était réel. J'étalai sur la table les feuillets que j'avais tapé depuis une semaine – le début ma partie sur le rejet sociologique et historique des technologies moldues. Octavia avait tenu à ce que ce soit moi qui le rédige : je l'avais conceptualisé de A à Z, sans la moindre documentation et il prenait un chapitre entier. J'avouais en être assez fière et je n'attendis pas l'arrivée d'Octavia pour me remettre à taper. J'aimais beaucoup la sensation des touches qui s'enfonçaient sous mes doigts et du bruit du marteau qui frappait le feuillet pour y imprimer mes pensées. C'était très primaire, très pur et presque enfantin – et ma fascination expliquait que j'avais mis plus de deux heures à taper la première page. Ça et mon manque d'adresse mais mes doigts se déliaient à mesure des mots. J'avais tapé un feuillet supplémentaire et la bande se remettait en place avec un « clic » jouissif quand Octavia passa la porte, son chapeau de sorcière dans la main.

-Désolée du retard, ma sœur est passée ... j'aurais dû lui dire de venir, elle était amie avec Caroline Bones ... Ouh. (Elle pointa la pile de feuillet que j'avais disposé à l'envers). Je peux lire ça ?

-Je t'en prie. Profites-en pour numéroter les pages, je n'ai pas réussi ...

-Formidable, murmura-t-elle en s'installant de l'autre côté de moi. Et quelle trouvaille ingénieuse cette machine, définitivement !

-Tu remercieras Simon. C'est son cadeau de noël.

Je sentis un sourire effleurer mes lèvres et je les tordis pour qu'il disparaisse. Il paraîtrait inexplicable aux yeux d'une Octavia qui venait de darder un regard intrigué sur moi.

-Vraiment ? Il s'est creusé la tête ... Bon sang, Bennett, je ne répèterais jamais à quel point tu es chanceuse ...

Ce fut un véritable supplice de réprimer le rire qui montait dans ma poitrine quand je me rappelais que Simon n'avait jamais aimé embrasser Octavia ... contrairement à moi. Je savais que mon air devait être peu naturel et je fis mine de chercher une référence dans un grimoire pour éviter d'avoir à affronter son regard. La situation était étrange, compte tenu du fait que j'appréciais de plus en plus Octavia qui se trouvait être l'ex-petite-amie de Simon ... Décidément, on ne faisait rien comme tout le monde.

-Mais en parlant de cet imbécile ... Tu as des nouvelles ?

-Des nouvelles ? répétai-je, toujours retranchée derrière mon livre.

-Oui, de son rencard le jour de la Saint-Valentin ... ça a été ? Il m'a enfin remplacé ?

-Oh !

Je m'apprêtai à abattre mon bouclier et le redressai à la dernière seconde pour masquer mon visage que je savais écarlate. Les images du soir de la Saint-Valentin me revinrent par flash jusqu'à ce que le visage de Simon se rapproche, centimètre par centimètre ... La chaleur de mon visage se diffusa jusque dans mon ventre et mon pied se mit à battre nerveusement contre le parquet.

-Je ne suis pas sûre que ça ait été concluant. Demande-lui quand il reviendra.

-Ah ça compte sur moi, se réjouit-elle en battant des mains.

-Et toi ? Ta fameuse Saint-Valentin ?

J'abaissai le livre de quelques centimètres pour laisser apparaître mon regard mutin. Ce fut à son tour de rougir et de se cacher derrière mes feuillets en feignant d'être absorbée par leur contenu.

-Hum, ça s'est bien passé ... Le restaurant était merveilleux, vraiment c'était un délice et Ulysse a été vraiment charmant ...

-Il est venu avec une centaine de roses ? Il t'a tenu toutes les portes et t'a répété à quel point tu étais sublime dans ta magnifique robe de fille parfaite ?

-Toi, il faut que tu arrêtes de trainer avec Simon Bones, chantonna-t-elle tranquillement. On s'y met ?

J'essuyai un petit rire et fermai enfin mon grimoire pour me remettre à taper. Je réussis à ensorceler mes parchemins pour qu'ils flottent devant moi et que je n'aie pas à toujours baisser la tête pour lire mes notes. Chaque feuillet fut scrupuleusement lu et numéroté par Octavia et lorsqu'elle arriva au dernier que j'avais tapé, elle laissa échapper une petite exclamation impressionnée.

-Hé bien ... Bennett, c'est brillant ...

-Vraiment ? doutai-je en levant les yeux de ma machine. J'avais l'impression d'improviser à chaque mot ...

-C'est ça d'écrire une théorie. C'est nouveau, évidemment que tu tâtonnes et c'est un premier jet ... Mais ... Je savais que tu avais une belle capacité d'analyse, mais je trouve que tu t'es affinée depuis l'année dernière. C'est beaucoup plus carré, beaucoup mieux conceptualisé ...

-Ça c'est parce que je te fréquente beaucoup trop, toi et ton travail incroyablement technique. Et aussi parce que tu as glissé tes connexions dans mes notes.

-Tu as raison, heureusement que je suis là pour ramener de la cohérence à ce projet, plaisanta-t-elle avant de reprendre une mine plus sérieuse. Mais vraiment, Bennett, tu as eu une belle idée. On devrait presque en faire une partie ...

-Il nous faudrait plus de documentation pour ça, juste ma théorie c'est assez léger ...

-Je sais. Râh, je déteste Simon ! Qu'il emballe son Adrianne, qu'elle nous laisse la clef des archives !

J'ouvris de grands yeux qui firent rire Octavia de bon cœur. Elle se méprit évidemment sur les causes de mon choc et se mit à annoter ses propres parties. Nous avions convenues de tout taper à la machine pour que les feuillets soient uniformes, faciles à lire et modernes. La forme était en accord avec le fond : nous avions à apprendre des moldus. Ils nous enrichissaient, contrairement à ce que voulait faire croire Voldemort et ses idées sur l'appauvrissement du sang des sorciers. J'avais presque fini la rédaction de mon chapitre quand une chouette frappa sur la fenêtre derrière Octavia. Elle se leva souplement pour lui ouvrir et l'oiseau entra en un froissement d'aile pour me tendre sa patte. Le parchemin, maladroitement plié, était à mon nom. Je le détachai avec un soupir qui se coinça vite dans ma gorge et faillit m'étrangler.

Des nouvelles de notre escroc domestique. Rejoins-moi à la boutique le plus vite que possible. G.

-Octavia ? Tu veux taper un peu ?

Un sourire incertain s'étira sur ses lèvres et elle contempla la machine comme s'il s'agissait d'une relique précieuse.

-Vraiment ?

-Vraiment, assurai-je en me levant. Le hibou vient de la direction du club, ils ont besoin d'un papier d'aptitude pour le prochain match, j'ai complétement zappé ... De toute manière, on ne peut pas être deux sur cette machine.

-Non, c'est sûr, admit-t-elle et elle la tira vers elle lentement, du bout des doigts. Bon bah ... je te raconterais comment s'est passé le rencard de Simon ...

-C'est ça, commentai-je distraitement. Merci, à la semaine prochaine !

Je sentis la brûlure du regard surpris d'Octavia alors que je fuyais vers la porte, abandonnant derrière moi parchemins et sac à dos. Celui de Caroline fut tout aussi déconcertée lorsque je traversais la cuisine pour atteindre la porte qui menait au jardin dans lequel j'avais l'habitude de transplaner. Ce fut ainsi que je heurtais Simon qui venait de poser le pied sur le perron. Les parchemins qu'il tenait sous le bras jonchèrent le sol et il me jeta un regard exaspéré.

-Vicky !

-Désolée, bredouillai-je, déboussolée. Euh ... ça va ?

Les yeux de Simon papillonnèrent et je me maudis intérieurement. Non seulement je devais me hâter mais en plus c'était l'une des phrases les plus stupides qui m'avait été donnée de prononcer devant lui. Ma gêne devait être palpable parce qu'un sourire amusé s'étira sur ses lèvres.

-Tu vas l'avoir souvent cette couleur de joue ? Genre ce rouge-là ?

-Caroline est juste derrière alors arrête, maugréai-je entre mes dents.

-Non parce que c'est magnifique, vraiment très drôle. Proche du vermillon.

-Rôh ... !

Je le dépassai souplement sans même prendre le temps d'esquisser un geste envers lui – mais il fallait dire que j'étais persuadée que Caroline nous épiait depuis la fenêtre. Simon m'arrêta par le bras en s'esclaffant.

-Où tu vas ? Je te fais fuir ?

-Non, j'ai juste ... une urgence.

Quelque chose dans mon ton fit perdre son sourire à Simon et sa prise sur mon bras se raffermit. Il descendit d'une marche pour se pencher vers moi et chuchoter :

-Une urgence ?

-Simon, soupirai-je en jetant un regard anxieux à la fenêtre. Tu as reçu les mêmes consignes que moi, non ?

Ses lèvres se pincèrent mais je sentais qu'il me concédait ce point. Cloisonner l'information, c'était le maître mot dans l'Ordre du phénix, Tonks me l'avait assez martelé – et Podmore encore plus. Je posai une main rassurante sur mon épaule.

-On se voit après. De toute façon, j'ai laissé Octavia seule chez toi, il faudrait sans doute que je repasse.

-Je vais voir Bill après, ça fait une semaine que je ne suis plus passé là-bas, murmura-t-il, contrarié. Avec Caroline qui rôde, c'est une calamité : elle a carrément emménagé ici, c'est insupportable !

-Alors je viendrais te rendre la vie encore plus insupportable ce soir si tu veux. A toute !

Je lui adressai un dernier sourire et retirai me détachai de sa prise avant qu'elle ne devienne trop intense et qu'il ne me retienne chez lui de force – ou que je cède et finisse par rester avec lui, à continuer de le toucher, de parler et d'explorer la nouvelle relation qui s'ouvrait à nous. J'étais déjà rassurée par ce bref échange, sa simplicité, le sourire initial de Simon, à la fois complice, cynique et incertain. Je n'avais rien rêvé et nous évoluions bel et bien. Alors ce fut soulagée que je dévalais le reste des marches tout en sentant son regard derrière moi. Je courus presque jusqu'à ce que je sente que les entraves qui saucissonnaient ma magie s'envole et la laissai m'emporter au loin.

***


George tenait la caisse de son magasin lorsque j'arrivais, essoufflée par ma course et par la lutte que j'avais dû mener pour atteindre le meuble. La queue s'étirait sur plusieurs mètres et je vis plusieurs clients me jeter un regard haineux quand je m'écroulais contre le comptoir.

-Ah mais quelle efficacité ! se réjouit George en retirant immédiatement son chapeau magenta qui jurait affreusement avec le roux de ses cheveux. C'est pour ça que je t'apprécie, Bennett ! Verity ! Verity, viens me remplacer, je dois m'absenter !

-Toi, tu es d'une discrétion toute épreuve, marmonnai-je.

Le visage de George s'empourpra et il jeta un regard de bête traquée autour de lui avant de m'inviter à le suivre dans son arrière-boutique. Il en alluma les lumières d'un coup de baguette et retira la robe de sorcière magenta pour découvrir des vêtements de moldus – un simple jean et un tee-shirt. C'était la première fois que je voyais George Weasley accoutré de la sorte et cela me causa un tel choc que je m'immobilisai brusquement, les yeux écarquillés. Loin de me remarquer, George babillait tranquillement :

-C'est parfait que tu sois venue si vite ! Ce matin j'avais rendez-vous avec mon fournisseur en corne d'éruptif – très dangereux et très difficile à trouver, ça peut servir d'explosif et dans le contexte actuel Scrimegeour en a interdit la vente ... Bref, on est obligé d'en acheter au marché noir pour certains de nos produits et c'est en trainant les oreilles ... Bennett !

Il avait atteint le fond de son arrière-boutique et s'était retourné pour remarquer que j'évoluais au ralenti entre les tonnes de cartons, trois chaudrons dont un diffusait une vapeur d'œuf pourri devant laquelle je m'étranglais. Il poussa un profond soupir quand je le rejoignis enfin au petit trot.

-Pas trop tôt, il faut qu'on se dépêche. Bref, tout ça pour dire que j'ai entendu que Ding se cacherait en ce moment à Swansea.

-Au Pays de Galles, réalisai-je en me souvenant de notre échec dans les prairies vertes. Et ce n'est pas loin de là où on était ... Où ça à Swansea ?

Un sourire satisfait dévoila les dents de George. Sa canine gauche était mal alignée sur le reste de sa dentition et c'était perturbant.

-Le mieux dans tout ça, c'est qu'il devait de l'argent à mon fournisseur qui s'est empressé de demander l'adresse. Prête pour un transplanage d'escorte, Bennett ?

-Attends. On n'attend pas Tonks ? Ou Podmore ?

-On n'a pas le temps, trancha George en ouvrant sa porte. Alors Bennett ?

Il me tendit la main, mais j'hésitais. Mondingus Fletcher échappait à l'Ordre depuis des semaines malgré les commentaires désobligeant que j'entendais à son propos – ça avait l'air d'être un sorcier parfaitement à ma portée. Mais c'était une véritable anguille et j'ignorais ce que vous allions trouver dans cet entrepôt. Cependant, George semblait confiant et nous piétinions dans notre mission alors je hochai la tête et sortis ma baguette pour être prête. George prit alors mon bras, nous fit sortir devant la courée qui bordait l'arrière-boutique et transplana.

Lorsque je mis de nouveau le pied sur terre, nous étions devant un vieux bâtiment industriel battu par la pluie glacée. Je rabattis précipitamment ma capuche sur ma tête mais il était trop tard : elle comme mes cheveux étaient trempés. Incroyable comme le temps variait de part et d'autre du Canal de Bristol. George me tapota l'épaule et s'en fut immédiatement ouvrir la porte. Je prestai contre son impatience et tentai de le rattraper mais il disparut immédiatement dans le couloir sur lequel elle s'ouvrait. Je le suivis sans attendre, paniquée à l'idée qu'il me sème et entrai à mon tour dans un sinistre hall. Je fronçai du nez, dégoûtée par l'odeur d'urine et de tabac qui s'en dégageait.

-George !

-C'est au deuxième étage !

-Est-ce que tu as l'ébauche d'un plan, au moins ?

George partit d'un petit rire. Il n'avait même pas sorti sa baguette.

-Avec Ding ? Inutile. J'ai travaillé avec lui, je le connais. Je saurais gérer.

Alors pourquoi tu m'as demandé de venir ? songeai-je amèrement alors qu'il prenait l'escalier, les mains dans les poches de son jean et sifflotant joyeusement. Son insouciance me déconcertait et je me dépêchai de grimper le vieil escalier en béton nu pour le rattraper et protéger ses arrières. Il s'essouffla vite – difficile de garder la forme quand on ne faisait plus de Quidditch régulièrement – et je pus le dépasser en deux enjambées. Le deuxième étage était tout aussi lugubre que le Hall, l'odeur d'urine en moins et était éclairé par une toute petite fenêtre en bout de couloir.

-Le numéro 3, me souffla George quand j'avançais de quelques pas. Laisse-moi me montrer, à moi il m'ouvrira ...

-Pas s'il pense que tu es un Mangemort, rétorquai-je, exaspérée. Ou pire, Fol Œil !

Mais George secoua tranquillement la tête, un sourire désabusé aux lèvres et frappa avec confiance la porte sous le numéro 3. Je me plaquai contre le mur et attendis qu'une voix grogne de l'autre côté de la paroi :

-Qui est là ?

-Viens ouvrir, vieille canaille.

Il ne se fit pas attendre et la porte s'ouvrir à la volée, apportant avec elle une odeur accrue de tabac, de souffre et de brûlé. Presque suffocante, je nichai mon nez dans le col de ma cape et serrai ma baguette entre mes doigts, invisible aux yeux de l'occupant plaquée comme je l'étais. Très à l'aise, George ouvrit les bras, comme pour accueillir un vieux frère.

-Ding ! Quel plaisir incroyable de revoir ta vieille tête d'alcoolique.

-T'es lequel, toi ? Et il est où ton double ?

-Tu ne vérifies même pas si je peux être l'un desquels ?

Le long silence qui s'en suivit laissa largement entendre que Mondingus réfléchissait à la signification obscure de la question de George. Celui-ci finit par s'en lasser et trancha :

-George, tu nous as vendu des œufs de doxys pourris cet été et je t'ai obligé à me rembourser.

-Les affaires vont mal, petit, je fais de mon mieux pour survivre ...

La voix était lente, prudente et je l'entendais se trémousser d'un pied à l'autre sur le sol grinçant.

-Qui t'envoie, mon gars ? Ton père ? Lupin ? Fol Œil ? Je rentre pas, moi, j'ai prévenu Pod la dernière fois face au dragon. Trop dangereux. Les gars qui sont morts dans l'entrepôt, j'les connaissais.

Le sourire de George s'estompa légèrement face à ce brusque rappel de l'attaque qu'il avait subi en novembre dernier. Dans le trouble, il fit une erreur et glissa un regard vers moi avant de se fixer à nouveau sur Fletcher. C'était bref, mais l'escroc l'avait perçu car il cingla immédiatement :

-Qui est avec toi ?

-Quoi ? sursauta George en reculant d'un pas. Juste ...

-Bon sang, Weasley !

George n'eut pas le temps de tirer sa baguette qu'un bruit d'explosion émanait de l'intérieur de la pièce et le souffla pour le projeter contre le mur d'en face. Il tomba sur le sol comme une marionnette désarticulée et la porte commença à se refermer. Mu par un très stupide instinct, je coinçai mon pied dans l'ouverture et il se retrouva violemment heurter par le battant. Je ne pus retenir un cri et évacuai la douleur en donnant un coup d'épaule sur la porte. Je m'attendais à une résistance mais je fus au contraire emportée par mon élan et faillis m'étaler de tout mon long sur le lino crasseux de l'appartement. Je repris mon équilibre au moment où un éclair rouge fusait vers moi : je l'esquivai d'un vif mouvement de hanche qui me propulsa devant un homme roux et court sur patte, au regard vide et à l'haleine aux effluves d'alcool et de tabac. Il faisait peine à voir mais il tenait sa baguette fermement. Un nouvel éclair de stupéfixion jaillit de sa baguette mais cette fois je pus parer d'un bouclier puis tenter un sortilège de désarmement. Fletcher esquiva d'un mouvement étonnement souple compte tenu de sa corpulence. Il se retrancha derrière une pile de carton. Je n'avais pas pris le temps d'étudier mon environnement mais maintenant que j'avais une seconde, je constatai que ça tenait plus de l'entrepôt clandestin que de l'appartement. Seules les bouteilles vides et le vieux sofa muni d'une couverture trahissait sa fonction d'habitation, mais le reste de l'espace était occupé par des bocaux, tonneaux et cartons de toutes sortes et de toutes senteurs. Au plafond, je reconnus de longs poils de licornes qui séchaient à côté de feuilles de mandragore. Un véritable atelier de clandestin.

Fletcher restait retranché derrière sa pile de carton, son œil vitreux brillant dans un trou planté sur moi. Il n'attaquait pas et attendait sans doute que je vienne le débusquer. Manque de chance, je n'étais pas de celle-là. Moi aussi je faisais le dos rond en attendant. J'abaissai ma baguette d'un demi-centimètre, le souffle court et la douleur se diffusant dans mon pied. Je déportai mon poids sur l'autre en grimaçant.

-Bon, on est dans le même camp, tentai-je sans trop savoir ce que je faisais. Est-ce qu'on pourrait se parler au lieu de se battre ?

-Toi j'te connais pas, rétorqua sèchement Fletcher. Tu pourrais aussi bien être l'un des leurs ...

-Navrée, mais ils n'acceptent pas de nés-moldu dans leurs rangs.

L'œil visible de Fletcher se plissa. Il paraissait réfléchir assez pour que j'abaisse encore ma garde d'un petit centimètre. Un centimètre de trop : très soudainement, la pile carton vacilla et ils me tombèrent dessus avec fracas. Avec un cri de surprise, je m'accroupis, les bras croisés au-dessus de la tête, à peine assez concentrée pour invoquer un bouclier. Je me pris le coin de l'un d'entre eux sur la tempe avant qu'il ne se déploie et repousse les autres pendant que Fletcher filait vers la sortie. Ensevelie sous les cartons dont certains commençaient à dangereusement fumer, je tentai un sortilège de stupéfixion qui alla se fracasser sur le miroir cassé, juste au-dessus de l'épaule de l'escroc. Le cadre déséquilibré lui tomba dessus et Fletcher trébucha avec un cri de surprise, se prit les pieds dans un riche tapis roulé et s'étala de tout son long. Le carton, lourd et malodorant, qui bloquait ma jambe commençait à me la brûler et je dédaignai Fletcher pour lui jeter un regard inquiet. Il était solidement fermé par du scotch mais il s'échappait de ses quatre coins une fumée jaune qui prenait de plus en plus d'épaisseur. Je la fixai, tétanisée avant d'échanger un regard avec Fletcher. Il s'était figé en remarquant la fumée.

-Sauve qui peut ! s'écria-t-il en se relevant précipitamment.

Il ne s'inquiéta pas de moi lorsque la boite se mit à siffler et que la brûlure devint insupportable sur ma jambe. Je tentai de m'en extraire mais le carton était lourd et brûlant. J'y appuyai mon pied douloureux et donnai un grand coup sans qu'il ne daigne bouger, bloqué par d'autres tombés avec lui autour de moi. A côté, Fletcher avait maladroitement atteint la porte mais au moment sa tentative de fuite fut brisée dans l'œuf.

-Incarcerem !

Des centaines de cordelettes jaillirent du couloir pour solidement l'entraver et Fletcher sautilla deux sauts avant de chuter la tête dans ses splendides tapis. George mit alors la main sur l'embrassure, l'air déboussolé mais un sourire triomphant sur le visage.

-Ah ah !

-Merveilleux ! raillai-je, essoufflée. Viens me sortir de là, maintenant !

Le carton sifflait à présent comme une bouilloire prête à exploser et la fumée jaune me faisait suffoquer et perdre en lucidité. J'étais en train de me débattre pour un peu air quand deux bras me saisirent fermement par les aisselles et me tirèrent en arrière. Je poussai un cri de douleur quand le carton fut trainé avec moi et levai maladroitement ma baguette pour crier :

-Expulso !

Le carton fut projeté contre le mur d'en face et George tomba lorsque son poids cessa de me retenir. Nous fixâmes d'un air horrifié sa fumée devenir d'un rouge semblable aux flammes d'un dragon. Je venais de comprendre pourquoi je m'étais échiné à oublier la magie pour me dégager. Parfois, la magie empirait les choses. George me releva précipitamment et passa un bras autour de ma taille. Il me traina presque jusque la porte et je grimaçai de douleur. Ma jambe brûlée refusait de m'obéir et mon pied douloureux peinait à soutenir mon poids.

-Aïe !

-Tiens bon Bennett ! Locomotor corpus !

La silhouette saucissonnée de Fletcher qui s'agitait comme un asticot fut soulevée dans les airs et George donna un vif coup de baguette pour qu'elle passe par la porte. Le bruit sourd qui nous parvint à travers les sifflements de plus en plus sonores du carton nous indiqua qu'il avait probablement heurté le mur d'en face dans son élan. George ne fut pas plus délicat avec moi et me jeta presque à travers l'embrassure avant de fermer la porte derrière lui. J'atterris sur le sol avec un cri de douleur et au moment où le battant claquait, le bruit d'une explosion suivi de vibration et d'une forte odeur de soufre emplirent l'espace. Je me retournai vivement vers George, horrifiée. Il avait toujours les mains sur la poignée et contemplait le battant fumant à moitié sorti de ses gongs avec une stupeur. Je me penchai pour apercevoir l'intérieur. Les rideaux brûlaient devant la fenêtre ainsi que les tapis luxueux et l'ensemble des matériaux inflammables de la pièce. Sur le pallier, des curieux commençaient à ouvrir leur porte – et si j'en jugeais par le hurlement des télévisions qui se diffusait depuis les intérieurs des appartements, ils étaient tous moldus.

Epuisée et meurtrie, je laissai ma tête aller contre la moquette rêche et usé jusque la corde du couloir. Se faisant, je croisai le regard de Fletcher visible par-dessus son bâillon, étrangement triomphant compte tenu du chaos qui régnait. Un regard qui disait très clairement « débrouillez-vous avec ça, maintenant ! »

***


-Vous êtes des imbéciles.

Fol Œil faisait les cent pas devant nous, sa jambe de bois claquant à intervalle réguliers comme une sentence définitive. Assis sur deux chaises devant lui, George et moi le fixions du regard, lui et ses allés-venus, incapable d'ouvrir la bouche. Mon jean avait été déchiré jusque mon genou pour pouvoir appliquer une pâte qui embaumait l'anis mais qui apaisait incroyablement bien la brûlure. C'était Podmore qui me l'avait appliqué avant de venir se planter derrière Maugrey, ses bras musculeux croisés sur sa poitrine. Dans un coin de la pièce, Fletcher continuait de s'agiter comme une anguille hors de l'eau. Personne ne se souciait de le détacher.

-Des imbéciles, répéta Maugrey, fulminant. Vous vous êtes foutus dans de beaux draps ...

-On a géré, on a oublietté tous les moldus, protesta George.

-Seulement ceux de l'étage, murmurai-je, défaitiste. Pas deux de l'immeuble, ni les passants ... -Ni ceux qui découvriront l'appartement calciné, poursuivit Podmore d'un ton sévère. Et encore moins les membres du Ministère qui dépêcheront nécessairement des délégués devant une explosion suspecte. Ils auront trop peur que ça soupçonne une activité de Mangemort.

-Ce qui veut dire que je vais devoir trainer mes fesses jusqu'au bureau des Aurors pour expliquer ça à Robards, s'écria Maugrey en plantant sur nous ses deux yeux furieux. Pour lui dire que mes gamins ne savent pas faire les choses proprement !

-On n'était pas censé savoir qu'il y aurait des explosifs !

-C'est chez Ding, évidemment qu'il y avait des explosifs, crétin ! grogna Podmore.

Je me massai discrètement la tempe devant l'éclat de leurs voix. Ma tête bourdonnait encore de l'explosion. Je n'en revenais pas d'être à l'origine d'un tel chaos, et tout ça pour ramener au bercail un homme qui était censé appartenir à notre camp ... Des efforts qui me paraissaient futiles et ça faisait pulser dans mes veines une colère sourde qui n'atténuait en rien mon mal de tête.

-Donc vous nous grillez aux yeux du Ministère et peut-être même aux yeux des Mangemorts qui surveillent eux aussi ce genre d'événements suspects, vous détruisez le stock aussi couteux qu'utile de Ding mais je vous félicite, vous nous avez ramené la loque, résuma Maugrey d'un ton débordant d'ironie.

Il donna un petit coup de pied dans la jambe de Fletcher qui lui jeta un regard outré en se tortillant de plus belle.

-Vous savez ce qu'il avait dans doute dans ses affaires, la sale petite fouine ? murmura Maugrey, son œil valide planté sur l'escroc. Quelques affaires à moi qu'il a pensé à voler pendant sa razzia au QG. Ma glace à l'ennemi. Ma malle magique. Tu pensais que tout ça appartenait aux Black, c'est ça Ding ? Et que tu avais des droits dessus ?

Fletcher se contenta de le fixer, le souffle court. Difficile de savoir s'il tremblait ou si le manque de souffle le faisait suffoquer. L'œil de Maugrey était impitoyable.

-C'est de moi que tu te cachais. Tu m'as volé, tu as trahi l'Ordre. Tout ça pour que deux gamins te brûlent ton butin. Une belle morale, n'est-ce pas Pod ?

-Le vol ne paie pas, cita laconiquement Podmore. Amen.

Un sourire sinistre s'étira sur les lèvres de Maugrey. Il s'appuya contre l'antique bibliothèque, ses mains refermées sur le pommeau de sa canne, à fixer Fletcher comme s'il allait le transformer en fouine.

-Mais tous les rats ont leur utilité. Et on a besoin de toi, Ding – comme tu as besoin de nous. Tu sais le nombre de personne qui te cherchaient parce que tu leur devais de l'argent ?

-Décidément, tu te cachais de beaucoup de gens, ricana Podmore.

-Ah. Faisons donc cela. On essuie tes dettes, et je vais faire semblant de te pardonner. A condition que tu utilises ton réseau pour me retrouver les objets que tu as volé ou que tu me répares ce qui est réparable. Tu peux faire ça pour moi Ding ?

Fletcher se dépêcha d'acquiescer avec force et s'en cogna la tête contre les plinthes. Podmore s'avança et enchaina :

-Et on a besoin de tes lumières sur une affaire. On veut ta collaboration pleine et entière, sans condition ni restriction. Ça aussi tu peux le faire Ding ?

De nouveau, il hocha la tête et Podmore échangea un regard avec Maugrey. D'un mouvement souple de baguette, celui-ci libéra Fletcher : les liens se coupèrent en une ligne parfaite et s'affaissèrent sur le sol pendant que l'escroc bondissait sur ses genoux, hors d'haleine.

-Enfin ! Bande de pourris ! Sales gosses ! Comme voulez-vous que j'aide ? Ma baguette a brûlé avec le reste.

Maugrey nous jeta un regard agacé et je me recroquevillais sur ma chaise. A côté de moi, George venait de lever les yeux au ciel dans un geste somptueusement exaspéré et bascula la tête en arrière avec un soupir.

-Je me charge des gamins. Toi avec Pod. On a peut-être de quoi dépanner.

-Allez, lève-toi, grogna Podmore en hissant Fletcher d'un bras par le col. Et par Merlin on va passer par la case douche, tu empestes !

-J'te permets pas ! Tu te souviens de ton état quand tu es revenu d'Azkaban ?

Il en fut quitte pour être malencontreusement envoyé contre le mur du bureau. Face à son gémissement, Podmore esquissa un ricanement et ouvrit la porte. Son ricanement se transforma en véritable rire et il tourna la tête vers nous.

-Hé, vous avez un comité d'accueil !

-Oh non, soupirâmes George et moi en chœur.

Je vrillai une main sur mon visage, épuisée d'avance. Il était parfaitement vraisemblable que Simon soit au QG, il y passait régulièrement ses fins de matinée le samedi, voire la journée. Je jetai un coup d'œil à la jambe tendue devant moi, couverte de pâte verte et mal épilée. Cette dernière constatation faillit arracher une belle flambée sur mes joues.

-Si c'est Bones, dis-lui de rester dans le coin, ordonna Maugrey, confirmant ainsi mon intuition. Il faut que je lui dise deux mots après leur avoir réglé leur compte. Après je lui laisse les miettes de Bennett.

-Alors là, marmonnai-je dans ma main.

L'œil mécanique de Maugrey se vrilla sur moi et j'avalai ma langue. Je glissai un regard inquiet sur la porte que Podmore venait de refermer sur lui avant de me concentrer de nouveau sur l'ancien Auror. Il s'était assis derrière l'imposant bureau d'ébène et consultait de son œil valide un rouleau de parchemin sur lequel s'étendait une colonne de chiffre.

-Avec ces conneries, je vais avoir besoin de liquidité ...

-Bones ? devina George, dubitatif. Il est encore étudiant, qu'est-ce que vous voulez qu'il vous donne ?

Maugrey se fendit d'un ricanement cynique.

-Tu penses qu'on l'a pris pour ses beaux yeux ? C'est un héritier, sa chambre de forte est parmi les plus remplies de Gringrotts ...

-Ce n'est pas le propos, le coupai-je sèchement.

Cette allusion ouverte au véritable statut de Simon me hérissait les poils et je lorgnai l'espace d'une seconde l'expression de George pour être sûre qu'il ne soupçonne pas ce qui se cachait derrière le mot « héritier ». Mais ce que je récoltais, ce fut son regard agacé. Je recentrais la discussion sur nous.

-C'est vrai, admit Maugrey sans quitter le parchemin des yeux. Vous avez quoi à dire pour votre défense ?

-Il fallait qu'on trouve Ding, rappela George avec aigreur. Ça fait des semaines qu'on piétine, la seule chose qu'on sait de Barjow et Beurk c'est que leur commis va mourir d'un cancer du poumon ! Il fallait qu'on avance, qu'on fasse quelque chose, il y en a marre de faire le pied-de-grue dans l'allée des Embrumes en espérant que quelque chose se passe !

Maugrey garda son œil valide sur le parchemin mais darda le mécanique sur George. L'effet était si perturbant que je me trouvais une passion soudaine pour le plafond lambrissé.

-Alors c'est pour ça que tu t'es gardé de parler de ta piste à Podmore qui pourtant était présent au QG ?

-J'ai prévenu Bennett.

Je ne quittais pas le plafond des yeux, mais je sentis le silence se tendre et s'épaissir autour de moi. Mes doigts tripotèrent nerveusement ma montre.

-Le principe de vous mettre en binôme, c'est justement d'éviter ça, Weasley. Que vous fassiez vos coups foireux en solitaire.

-Alors c'est ça, ragea George. Vous ne nous faites pas confiance !

-Non, et on a raison ! Tu vois ce que vous avez provoqué ? Sans vous soucier des conséquences ? Juste pour ramener Ding au bercail ? Qu'est-ce que ce sera face aux Mangemorts si pour ramener Mondingus Fletcher vous faites exploser un appartement !

C'était douloureux comme constat, mais je n'avais pas besoin de Maugrey pour le faire. J'avais eu conscience dès que j'avais lancé mon premier sort d'oubli sur un vieil homme qui ressemblait étrangement à mon grand-père Benedict. Je n'avais jamais travaillé cet enchantement et depuis j'étais hantée par mon dosage. Et s'il avait été inefficace ? Ou pire, si j'avais causé des dommages irréversibles ?

Mais visiblement, George n'avait pas la même vision que moi. Il se leva d'un bond et je fus surprise par l'expression de son visage : fermée, les traits tendus par la colère et sans l'ombre d'un sourire sur les lèvres. C'était la première fois que je voyais l'un des jumeaux si furieux – et pourtant je les avais vu enfermer Graham Montague dans une penderie.

-Alors quoi, on aurait dû continuer de surveiller la boutique jusqu'à ce que mort s'en suive ?

-Tu aurais dû parler de ton tuyau à Pod ! Allez le chercher lui, pas Bennett ! Podmore est là à plein temps pour l'Ordre, il n'a que ça à faire ; Bennett est en seconde ligne, là par intermittence ! Ce n'est pas elle sur qui tu dois compter !

Je me sentis hausser brièvement les sourcils devant la phrase un brin dévalorisante pour moi mais restai coite. Je pensais toujours à la mémoire du pauvre homme et à la baguette de Fletcher. Ollivander était toujours porté disparu : comment retrouverait-il une baguette ?

-Elle s'est très bien débrouillée ! me défendit George.

-Je te l'accorde. Ce n'était pas elle le problème dans cette affaire c'était toi. Tu es impulsif, Weasley et tu cherches à te prouver que tu n'as peur de rien. Dis-moi, mon grand : tu as eu peur devant les Détraqueurs ?

Le visage de George se décomposa complétement et Maugrey esquissa un sourire sadique.

-C'est bien ce que je pensais. Tu as découvert la vraie vie là-bas, Weasley. Tu t'es senti vulnérable et tu essaies de prouver que ce n'est pas le cas. Ce n'est pas en jouant à la tête brûlée que tu nous prouveras que tu es un homme.

-Ce n'est pas ça ! s'exclama George, la mâchoire contractée. Mais je me suis pas engagé pour ...

-Pour quoi ? Surveiller les boutiques, faire des heures de surveillance, s'attaquer aux amis ? Et si, c'est notre job !

-Non ! C'est le job que vous nous donnez parce qu'on est jeune ! C'est du bizutage !

Maugrey frappa du poing sur la table et toute la pièce trembla, moi compris. J'avais conscience d'être coupablement silencieuse et je sentais les regards de plus en plus insistants que George glissait vers moi. Il s'attendait sans doute à ce que je prenne sa défense comme lui avait pris la mienne mais la vérité c'était que j'approuvais chacun des mots de Maugrey. Et ça ne m'avait pas empêché de suivre George.

-Pour qui tu te prends, gamin ? persiffla Fol Œil, les deux yeux braqués sur lui. Tu te penses l'étoffe de tes oncles, peut-être ? Cinq Mangemorts pour les abattre mais ils en sont morts, petit, morts ! Si c'est la gloire que tu veux c'est exactement comme ça que tu vas finir : dans un cimetière ! Tu penses que tu m'as donné envie de te faire confiance, de te confier des tâches plus dangereuses, plus grave ? Mais regarde-toi !

Le vieil homme et le jeune adulte se défièrent quelques secondes du regard. Je me sentais engloutie au milieu de toute cette tension et cette électricité.

-Tu étais déjà sur une mission importante, rappela Maugrey avec sévérité. Ce qui se passe dans cette boutique, ce n'est certainement pas un bal de Mangemort : c'était du sérieux. Ton bizutage, comme tu le dis, était absolument essentiel. Si tu prenais la peine de t'intéresser aux recherches, tu apprendrais que Tonks a appris que Barjow reçoit quotidiennement des liquidités – et des menaces. Pas plus tard qu'hier, Bellatrix Lestrange en personne s'est présentée devant sa boutique. Alors, il est comment le bizutage ?

George ne répondit rien et garda les dents serrées. J'avais l'impression que tout son être s'était vidée de l'adolescent facétieux que j'avais connu à Poudlard et l'idée me donnait envie de pleurer. Maugrey se rassit derrière son bureau et se désintéressa de George devant lui. Peu lui importait de remporter le duel visuel.

-Maintenant, dégage. Je dois dire deux mots à Bennett.

Un tic nerveux agita la joue de George et il n'attendit pas pour faire rapidement volte-face, non sans me lancer d'un ton hargneux :

-Merci du coup de main.

Je fermai les yeux, le cœur lourd alors qu'il quittait la pièce à grand-pas et claquait violemment la porte derrière lui. Je savais que mon silence l'avait pesé autant que les mots de Maugrey mais rien ne m'était venu à l'idée pour le défendre. L'ancien Auror ne m'accordait pas le moindre regard et s'était muni d'une plume pour commencer ses calculs.

-Tu as compris, pas vrai ? Et tu n'as pas eu besoin de moi.

-Non, avouai-je du bout des lèvres. Non, ça m'a semblé ... foireux, dès le départ.

-Alors pourquoi tu as suivi George ?

Je tripotai le bouton de ma montre et décrassai les runes encastrées dans le cadran. Je n'avais jamais songé à les traduire. Celle de gauche signifiait « patiente », j'en étais presque certaine.

-Je n'en sais rien. Il a raison : on patine depuis des semaines, notamment parce qu'on avait besoin de Fletcher. Alors quand il m'a demandé de l'aider, je n'ai pas hésité. J'aurais dû faire quoi, le laisser y aller seul ?

-Non, il aurait sans doute fait pire que mieux, marmonna Maugrey sans cesser de gribouiller. Mais tu n'as pas cherché à prévenir Tonks ou Pod ?

-Tonks travaillait, je le savais. Et Podmore ... (Mes lèvres se pincèrent). Je suis désolée, non ... On devait se presser.

Maugrey cessa d'écrire pour me jeter un long regard pensif. La lueur blafarde des torches se reflétait dans ses cheveux gris pour en arracher des éclats argenté dignes de Dumbledore.

-Je ne sais même pas si je dois t'en vouloir, soupira-t-il, amer. C'est le problème lorsqu'on remplit l'Ordre de membre de seconde ligne – ceux qui ont une activité à côté, qui ne peuvent être là que par période, ponctuellement ... Ce n'est pas le cas de Weasley, il se dégage énormément de temps pour l'Ordre, mais toi tu as ta propre vie à gérer – et il faut que tu la gères, un jour elle pourrait nous être utile. Mais compte-tenu de cela, est-ce que je peux vraiment t'en vouloir de ne pas agir quand tu as l'occasion de le faire ?

Il enroula le parchemin devant lui sur lui-même sans me lâcher du regard.

-Ce n'était pas propre, comme intervention. En plus des conséquences que l'on sait, tu finis blessée. Mais ce n'est pas le pire, dans tout ça. Tu le savais que c'était une mauvaise idée de partir seuls à l'aventure, pas vrai ?

Après quelques instants d'hésitation, je hochai la tête. Les intuitions et les capacités d'analyse de Maugrey m'époustouflaient et en un sens je me retrouvais un peu dans cet esprit psychologique. Il soupira.

-Il faut prendre confiance, Bennett. Prendre confiance pour tenir tête à Weasley. Prendre confiance pour pouvoir partir à l'aventure seule. Parce qu'un jour, tu seras seule et il faudra te débrouiller pour rentrer entière ici. Je ne veux pas avoir Bones sur le dos parce qu'il te sera arrivé quelque chose. J'ai déjà donné avec Edgar la fois où Cassie est rentrée de mission avec la jambe cassée alors qu'elle venait de tomber enceinte.

-Il va falloir arrêter avec ça, rétorquai-je immédiatement. Simon n'est pas prêt d'assumer avec tout le monde, ne le forcez pas. Laissez-moi gérer ce dossier.

Maugrey secoua lentement la tête d'un air désabusé.

-Ah, Bennett ... Si seulement tu avais la même assurance avec tout le monde que tu en as avec ce garçon.

Etrangement, la première image qui me vint à l'esprit fut le baiser que vous avions échangé dans le parc et je sentis mon visage s'empourprer. Mon malaise était accentué par la remarque de Maugrey qui nous renvoyait à une image de couple qui m'était toujours inconfortable. Comme si nous étions Cassiopée et Edgar réincarnés à ses yeux, agencés de manière différente. C'était hautement désagréable. Un sombre sourire retroussa les lèvres fines de Maugrey.

-Mais Remus dit qu'il y a du mieux, il y a donc des motifs d'espoir. Range tes griffes, Bennett, je le laisserais tranquille. Tu veux aller le rejoindre et quand il en aura fini avec toi, dis-lui de passer me voir. L'argent des Croupton dort depuis trop longtemps.

-A vos ordres, marmonnai-je en me levant prudemment.

Maugrey daigna à peine sourire et se replongea dans ses comptes sans attendre. En temps ordinaires, ils étaient tenus par un certain Elphias Doge qui avait malheureusement été envoyé à l'étranger. Je sortis en trainant ma jambe derrière moi et débouchai d'un pas prudent dans le salon. Les éclats de voix me firent rapidement reculer dans l'ombre : George et Fred, en robe magenta de la boutique, faisaient face à leur frère aîné Bill qui s'agitait devant eux avec de grands gestes.

-... Vous avez prévenus ! Attendez que maman l'apprenne ...

-Arrête de mettre maman sur la table, on n'est plus des gosses !

-Vous vous comportez comme tel !

-C'est comme ça depuis dix minutes.

Je sursautai en entendant la voix derrière moi et m'appuyai instinctivement sur ma jambe blessée. Je poussai un gémissement de douleur et un bras fut passée autour de ma taille pour me soutenir. Ce fut en m'appuyant contre son torse que je reconnus Simon. Avec un soupir à mi-chemin entre le soulagement et le désespoir, je laissai aller mon front contre son épaule.

-Salut.

Pendant un affreux instant, Simon resta immobile, statique, acceptant la proximité avec une tension palpable. Puis un soupir s'échappa à son tour de ses lèvres et il passa une main dans mon dos.

-Salut. Comment c'était Swansea ?

-Explosif, tentai-je avec un pâle sourire.

Je m'écartai pour appréhender sa réaction. Lui ne souriait pas : il fixait ma jambe couverte de pâte verte et qui diffusait toujours cette forte odeur d'anis. Gênée, je tentai de tirer les restes éliminés de mon jean pour la couvrir.

-Ce n'est rien, Podmore a dit que ce serait guéri dans deux jours. Il ... il faudra juste que je trouve une excuse pour l'entrainement de lundi.

Je sentis une vague de désespoir m'envahir. J'avais un match samedi prochain, Dalia serait furieuse. Et comment justifier une telle brûlure ? Face au regard insistant de Simon qui ne quittait pas ma jambe, je tentai de le rassurer :

-Je pense que je vais dire que tu as fait une erreur dans tes expérimentations et que tu as enflammé mon jean. Tous ceux qui nous connaissent savent qu'on est capable d'en être réduits à ça ...

-Ne me mêle pas à tes conneries, Vicky, me prévint Simon en détachant enfin les yeux de ma jambe pour le planter sur moi. Surtout que pour le coup ce n'est pas crédible pour deux noises.

-Oui pardon tu ne fais jamais d'erreur ... Aïe !

Il venait de me frapper à l'arrière de la tête et j'y portai la main avec un regard outré. Après ce qui s'était passé ces derniers jours, chacun aurait pu espérer que les coups cesseraient mais les mauvaises habitudes perduraient toujours.

-Simon, je vais bien. J'aurais pu rentrer avec bien pire – et peut-être qu'un jour, l'un de nous deux rentra avec bien pire. Et je viens de sortir de chez Maugrey et j'ai mal à la jambe et je me sens déjà minable : est-ce qu'on peut passer sur l'engueulade qui dit que je suis stupide et moi qui te rappelle que tu l'es tout autant et passer directement à l'engloutissement de chocolat en bonne et due forme ?

-T'es insupportable, marmonna-t-il en levant les yeux au ciel.

-Je sais, tu me l'as déjà dit. Oh, rappelle-moi ce qui s'est passé la dernière fois que tu me l'as dit ?

Ses joues s'échauffèrent pour ma plus grande satisfaction. Je souris mais je sentais qu'il avait des difficultés à pleinement s'épanouir. Malgré mes pitreries, je n'arrivais pas à m'arracher de l'esprit le regard vague du vieil homme quand j'avais jeté le sort d'oubli. Simon parut sentir tous mes non-dits, juste avec ce simple sourire qui n'était que façade. Et il était le plus à même de deviner ce qui se cachait derrière le masque. Son regard s'adoucit alors et la main qui venait de me frapper glissa lentement vers la mienne. Je nouai mes doigts aux siens et une chaleur bienfaisante se diffusa dans ma poitrine.

-Très bien, céda-t-il avec un sourire penaud. On va manger du chocolat.

-On ? répétai-je, vaguement amusée. Je ne crois pas t'avoir invité ...

-Je m'invite tout seul.

Un sourire attendri s'étira sur mes lèvres. L'idée était tentante mais mon regard effleura la porte du bureau que je venais de quitter et l'étouffa dans l'œuf.

-Maugrey t'attend. Il veut parler argent, je crois. Bon sang, j'ai intérêt à avoir un cadeau exceptionnel pour mon anniversaire, monsieur le riche héritier !

-Je savais que tu ne t'intéressais à moi que pour mon compte en banque !

Sa mine faussement indignée m'arracha un éclat de rire et je tirai sur sa main pour l'attirer à moi. Il parut hésiter un instant et jeta un regard circulaire avant de céder et s'incliner doucement sa tête sur moi. J'attendis, statique, les yeux mi-clos comme sur le sofa de la maison des Bones jusqu'à ce que ses lèvres se pressent contre mon front, sur le premier morceau de peau qui fut à leur portée, un peu excentré à gauche. La chaleur se diffusa depuis ce point dans tous mes pores et réchauffa mon cœur meurtri et gelé. La pression s'alourdit et je le sentis presque se reposer sur moi dans ce baiser, sobre, même pas sur les lèvres mais dont je sentais toute la force, toute la sincérité. Un sourire absurde m'échappa quand il se détacha doucement pour poser sa joue contre mon crâne et dans un élan naturel je me laissai aller contre lui. Son souffle lourd se répandait douloureusement dans mes cheveux et faisait voler les mèches folles à intervalle irrégulier.

-Je reviens dans cinq minutes, souffla-t-il en serrant mes doigts. Et après, séance films et chocolat chez les Bennett.

***


Voilà ! Alors verdict de ce chapitre?
annabethfan

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Un moment hors du temps, coincé entre les hêtres qui arboraient le parc dans lequel nous avions joués petits.
Coincée entre les jambes de Simon oui *smiley toi même tu sais lequel*
C'était pour ce parc que je m'étais accroché à lui à Poudlard : il était la seule personne qui connaissait la gamine de Terre-en-Landes. Et ici, il était le seul à connaître la sorcière.
Je trouve cette double facette tellement intéressante, vraiment !
Heureusement que seules les étoiles furent témoins du sourire qui ne quitta pas mes lèvres jusqu'au retour.
Perso y'a mon écran qui doit juger mon sourire niais :lol:
-Tu sais, ça me fait plaisir que tu saches, lança-t-elle de façon abrupte. Que tu comprennes tout. J'ai l'impression qu'on peut enfin en parler plus librement, ça fait un bien fou ...
On peut la juger d'être si en colère et amère, mais en vérité ça n'a pas du être si facile, surtout avec les années quand le traumatisme prenait de l'ampleur. Je pense que ça a grignoté littéralement la vie de famille ou du moins la relation que Caroline pouvait avoir avec sa mère.
-Si tu savais ... J'ai quelques souvenirs, moi. De Spencer, de Matthew, de tante Cassie qui prenait Simon dans ses bras ...
Y'a pas, ça fait mal à chaque fois.
L'ironie du sort, c'est qu'on m'a martelé toute mon enfance que les Bones étaient une lignée de femme forte et c'est l'héritier qu'on portait aux nues.
Techniquement elle aurait pu être l'héritière... C'est glaçant.
Ca me fait penser que faudrait que je travaille cette idée d'hériter pour Matthew. Et j'ai presque envie de faire un parallèle avec Sirius, genre qu'il lui en parle à demi-mot un jour. A voir comment je pourrais intégrer ça dans ATDM...
Ce fut un véritable supplice de réprimer le rire qui montait dans ma poitrine quand je me rappelais que Simon n'avait jamais aimé embrasser Octavia ... contrairement à moi.

Allez cette pointe d'orgueil ne fait pas de mal haha
-Je ne suis pas sûre que ça ait été concluant. Demande-lui quand il reviendra.
Comment elle lui refile le truc sans pitié :lol:
-Je sais. Râh, je déteste Simon ! Qu'il emballe son Adrianne, qu'elle nous laisse la clef des archives !
Mes sourcils se sont envolés et j'ai éclaté de rire :lol: :lol:
-Tu vas l'avoir souvent cette couleur de joue ? Genre ce rouge-là ?
Mais quel petit con :lol:
Quelque chose dans mon ton fit perdre son sourire à Simon et sa prise sur mon bras se raffermit. Il descendit d'une marche pour se pencher vers moi et chuchoter :
Je sais pas pourquoi mais je le vois tellement sexy à cet instant. Simon n'est jamais plus sexy que quand il s'inquiète pour Vic ^^
-Avec Ding ? Inutile. J'ai travaillé avec lui, je le connais. Je saurais gérer.
On appelle ça la méthode à la Weasley. Ron aussi le fait (et heureusement il a Hermione haha)
-Pas s'il pense que tu es un Mangemort, rétorquai-je, exaspérée. Ou pire, Fol Œil !
:lol: :lol: :lol:
-Ding ! Quel plaisir incroyable de revoir ta vieille tête d'alcoolique.

-T'es lequel, toi ? Et il est où ton double ?

-Tu ne vérifies même pas si je peux être l'un desquels ?
Ce dialogue :lol: :lol: :lol:
DU GENIE
Mu par un très stupide instinct, je coinçai mon pied dans l'ouverture et il se retrouva violemment heurter par le battant. Je ne pus retenir un cri et évacuai la douleur en donnant un coup d'épaule sur la porte. Je m'attendais à une résistance mais je fus au contraire emportée par mon élan et faillis m'étaler de tout mon long sur le lino crasseux de l'appartement.
Je trouve cette scène hyper visuelle et bien écrite, franchement bravooooo
Ma jambe brûlée refusait de m'obéir et mon pied douloureux peinait à soutenir mon poids.
Je trouve que cette idée de boîte brulante est brillante ! Ca ajoute de l'action et ça marque l'esprit, franchement superbe idée !
-Vous êtes des imbéciles.
Du Maugrey dans le texte assurément !
Pour lui dire que mes gamins ne savent pas faire les choses proprement !
Mes gamins
Je trouve ça chou en vrai
-On n'était pas censé savoir qu'il y aurait des explosifs !

-C'est chez Ding, évidemment qu'il y avait des explosifs, crétin ! grogna Podmore.
:lol: :lol: :lol:
Quelques affaires à moi qu'il a pensé à voler pendant sa razzia au QG. Ma glace à l'ennemi. Ma malle magique. Tu pensais que tout ça appartenait aux Black, c'est ça Ding ? Et que tu avais des droits dessus ?
Déjà je trouve l'idée que Ding a volé des affaires des membres de l'Ordre au QG très bonne, et en plus la malle et la glace ça fait un souvenir du tome 4. Elles auraient pu appartenir aux Black en vrai ça aurait leur style :lol:
Il en fut quitte pour être malencontreusement envoyé contre le mur du bureau.
J'ai pouffé :lol: :lol:
Je jetai un coup d'œil à la jambe tendue devant moi, couverte de pâte verte et mal épilée. Cette dernière constatation faillit arracher une belle flambée sur mes joues.
C'est tellement random mais réaliste, je t'adore Perri :lol:
Podmore est là à plein temps pour l'Ordre, il n'a que ça à faire ; Bennett est en seconde ligne, là par intermittence ! Ce n'est pas elle sur qui tu dois compter !
J'aime nos brainstorming sur la hiérarchie de l'Ordre !
-Pour qui tu te prends, gamin ? persiffla Fol Œil, les deux yeux braqués sur lui. Tu te penses l'étoffe de tes oncles, peut-être ? Cinq Mangemorts pour les abattre mais ils en sont morts, petit, morts ! Si c'est la gloire que tu veux c'est exactement comme ça que tu vas finir : dans un cimetière ! Tu penses que tu m'as donné envie de te faire confiance, de te confier des tâches plus dangereuses, plus grave ? Mais regarde-toi !
Cette réplique !!!
Je suis glacée... Je sais pas, c'est le ton, le "petit", la mention à Fabian et Gideon, le rappel de leur mort par cinq mangemorts... C'est superbement écrit, vraiment.
-Merci du coup de main.
Ca aussi c'est glaçant...
Je crois que je suis pas habituée à voir George si sérieux.
En tout cas, toi qui avais peur de pas assez faire intervenir l'Ordre, je trouve que cette scène compense largement. Elle est d'une justesse et d'une puissance incroyable !
-Ah, Bennett ... Si seulement tu avais la même assurance avec tout le monde que tu en as avec ce garçon.
Elle est belle cette phrase !
e poussai un gémissement de douleur et un bras fut passée autour de ma taille pour me soutenir. Ce fut en m'appuyant contre son torse que je reconnus Simon. Avec un soupir à mi-chemin entre le soulagement et le désespoir, je laissai aller mon front contre son épaule.
I am une flaque
-Je savais que tu ne t'intéressais à moi que pour mon compte en banque !
:lol: :lol: :lol:

Super chapitre !!
Quetzalbleu

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

2 CHAPITRES D'UN COUP AAAAAAA
Je vais faire court mais bref j'adore l'intrigue, les personnages, et évidemment Simon et Vic (je suis en pls ils sont si chou et soft et goals et omg je fonds je les aime djsklfns *s'évapore*) - les scènes sont toutes incroyables et je suis toujours aussi contente de voir autant les jumeaux, je trouve qu'on fait rarement un focus sur eux en général et c'est dommage, mais là je suis servie (cette phrase est beaucoup trop longue). Au passage petit moment d'appréciation de l'existence d'Octavia, juste comme ça (une queen cette femme).
Merci pour ces chapitres et bezouuus
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

HELLOOOOOOOOOOO

Bon je ne commente pas le chapitre 27, je l'ai fait par mail héhé

A L AVENTURE COMPAGNOOOOOON
J'aurais pu rester des heures dans le parc
Et pourquoi tu l'as pas fait ??
Nous avions atterri hilare dans son jardin et une fois à l'intérieur c'était Caroline qui avait sonné le glas de notre moment privilégié
MAIS VAZY CAROLINE

Elles me font trop marrer à squatter chez les Bones comme ça quand même
-Tu sais, ça me fait plaisir que tu saches, lança-t-elle de façon abrupte. Que tu comprennes tout. J'ai l'impression qu'on peut enfin en parler plus librement, ça fait un bien fou ...
Oooooh inattendu ça
-Si tu savais ... J'ai quelques souvenirs, moi. De Spencer, de Matthew, de tante Cassie qui prenait Simon dans ses bras ...
Roh la pauvreT.T
Elle se munit de sa plume et ratura une ligne sur son parchemin – sans doute « s'épandre sur son complexe d'infériorité vis-à-vis de son frère/cousin à la meilleure-ennemie de celui-ci »
Tu m'as bien fait marrer :lol:
J'aimais beaucoup la sensation des touches qui s'enfonçaient sous mes doigts et du bruit du marteau qui frappait le feuillet pour y imprimer mes pensées
Et ça m'intrigue, elle rédige tout d'un jet ?
-Vraiment ? Il s'est creusé la tête ... Bon sang, Bennett, je ne répèterais jamais à quel point tu es chanceuse ...
C'est marrant qu'elle capte pas :lol:
-Je ne suis pas sûre que ça ait été concluant.
poueheheheheh
-Hum, ça s'est bien passé ...
ça sent un peu l'embrouille cette réponse
Ce fut ainsi que je heurtais Simon qui venait de poser le pied sur le perron
WELL HELLO THERE
un simple jean et un tee-shirt. C'était la première fois que je voyais George Weasley accoutré de la sorte et cela me causa un tel choc que je m'immobilisai brusquement, les yeux écarquillés.
C'est tellement évident pour moi que sa réaction m'a fait bizarre :lol:
George me tapota l'épaule et s'en fut immédiatement ouvrir la porte. Je prestai contre son impatience et tentai de le rattraper mais il disparut immédiatement dans le couloir sur lequel elle s'ouvrait.
Ah oui il perd pas de temps ce garçon
Le deuxième étage était tout aussi lugubre que le Hall, l'odeur d'urine en moins
C'est déjà ça j'ai envie de dire
-Bon sang, Weasley !

George n'eut pas le temps de tirer sa baguette qu'un bruit d'explosion émanait de l'intérieur de la pièce et le souffla pour le projeter contre le mur d'en fac
Ah mais attends, elle a été déclenchée par quoi l'explosion alors ?C'est Ding ?
Ah nan mais c'est bon j'ai compris haha, j'avais oublié que Vic ne voyait pas DIng, donc pour elle ça vient juste de l'intérieur
BREF
nsevelie sous les cartons dont certains commençaient à dangereusement fumer,
SYMPA

Ok c'est la 2e fois que je lis ce chapitre et c'est vrai que c'est quand même pas mal leur faute tout ça :lol:
-Vous êtes des imbéciles.
Welp....
Quelques affaires à moi qu'il a pensé à voler pendant sa razzia au QG. Ma glace à l'ennemi. Ma malle magique.
Eh ben ça doit pas être en très bon état :lol:
Il en fut quitte pour être malencontreusement envoyé contre le mur du bureau.
Pouahahahaha
plus sérieusement je ne suis passûre de trouver Podmore très sympathique
-Si c'est Bones, dis-lui de rester dans le coin, ordonna Maugrey
Même lui sait qu'ils sont en couple :lol:
Qu'est-ce que ce sera face aux Mangemorts si pour ramener Mondingus Fletcher vous faites exploser un appartement !
ce qui est mocche c'est qu'il a complètement raison
J'avais l'impression que tout son être s'était vidée de l'adolescent facétieux que j'avais connu à Poudlard et l'idée me donnait envie de pleurer.
Mais tellement T.T T.T
non sans me lancer d'un ton hargneux :

-Merci du coup de main.
mais nooon vous disputez paaaaas
Simon n'est pas prêt d'assumer avec tout le monde, ne le forcez pas. Laissez-moi gérer ce dossier.
je crois que la première fois que je l'ai lu, j'ai cru qu'elle parlait de leur relation et j'ai bien bugué :lol:
Pendant un affreux instant, Simon resta immobile, statique, acceptant la proximité avec une tension palpable.
parce qu'il est gêné par le contact ou parce qu'il est énervé contre elle ?
Oh, rappelle-moi ce qui s'est passé la dernière fois que tu me l'as dit ?

Ses joues s'échauffèrent pour ma plus grande satisfaction.
pouehehehhe bien ouej
-Je m'invite tout seul.

Un sourire attendri s'étira sur mes lèvres. L'idée était tentante mais mon regard effleura la porte du bureau que je venais de quitter et l'étouffa dans l'œuf.

-Maugrey t'attend. Il veut parler argent, je crois.
NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOn je veux qu'ils passent du temps ensemble !
Un sourire absurde m'échappa quand il se détacha doucement pour poser sa joue contre mon crâne et dans un élan naturel je me laissai aller contre lui.
Il est tellement chou quand il pose sa joue sur ses cheveux :( :( :(
-Je reviens dans cinq minutes, souffla-t-il en serrant mes doigts. Et après, séance films et chocolat chez les Bennett.
et les câlins ????

j'ai peut-être pas beaucoup commenté parce que je l'avais déjà lu mais la partie affrontement était top ! Vraiment bien rythmée, avec ce qu'il faut de baston et d'effets spéciaux haha
L'engueulade de Maugrey était moche à lire mais par ailleurs super intéressante vis à vis du développement de tous les persos
et Simoooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon <3
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

I'm LAAATE SORRY

Non mais je suis perdue avec mes postes sur BN, y'a du décalage là. Je vais essayer d'arranger ça.
MAIS EN ATTENDANT CHAPIIIIIITRE ! Bonne lecture <3

(Et la citation est issu d'un film que j'adore, mais qui contient l'une des scènes qui me brise le plus le coeur du monde, voilà. Il est disponible sur Netflix)


***


Je crois que tout se résume à un simple choix, en réalité. Dépêche toi de vivre ... ou dépêche-toi de mourir.
- Andy Dufesne
Les évadés
***




Chapitre 29 : « Dépêche-toi de vivre ... ».

-Est-ce que je suis vraiment obligée de venir ?

Alexandre soupira et reporta son attention sur le piano qu'il accordait. C'était un vieil engin qui avait appartenu aux grands-parents de mon père et qu'il avait récupéré pour son déménagement dans la banlieue de Bristol. Pas d'appartement, mais une petite maison pour Melania et lui, décorée avec goût et dont le jardin était ombragé par un saule pleureur. On sentait que la sorcière avait apporté sa touche : le bric à brac qui avait constitué l'appartement d'Alexandre avait disparu au profit de meubles en bois clair et de sofa d'un vert qui n'était pas sans rappeler celui de Serpentard. Un chaudron trônait au milieu de la cuisine où hurlait le poste radio que mon frère s'était offert à ses dix-huit ans. Dans la penderie dans le hall, les capes se mêlaient aux vestes en cuir et dans le garage la vieille moto d'Alexandre côtoyait le balai de course de Melania dont elle ne parvenait pas à se séparer. Elle n'avait pourtant jamais joué au Quidditch, mais elle adorait voler. Plus j'observais la petite maison qui commençait à prendre des airs de foyer, plus je l'aimais. Un mélange parfait et élégant de culture moldue et sorcière.

Alexandre prit un instrument pour tirer l'une des cordes du piano.

-Oui, ce serait bien Tory. C'est juste un thé et il y aura peut-être la copine d'Ulysse ...

-Et Thalia Selwyn, rappelai-je avec aigreur.

Il me jeta un regard agacé et donna un coup rageur qui permit de tendre la corde.

-Oui, je sais. J'ai passé noël avec elle je te rappelle. Tu peux appuyer sur le « la » ?

-Hein ?

-La première touche à droite des trois touches noires.

Un peu déboussolée, je m'exécutai et la corde vibra d'une note claire. Je n'avais aucun rythme mais j'avais l'oreille assez musicale pour reconnaitre la justesse. Alexandre aussi car il hocha la tête d'un air satisfait.

-Parfait, le « si » maintenant ...

-J'oublie parfois que tu es un musicien dans l'âme, maugréai-je en m'accoudant au piano. Pourquoi ce n'est pas à toi que papa a donné la guitare ?

-Parce que je ne jouais pas de guitare, moi, je me débrouille juste au piano. Tu peux appuyer sur la touche d'à côté ?

Le « si » claironnait moins et Alexandre s'appliqua à raidir la corde pour en tirer le son le plus juste possible. L'intérieur était gorgé de moutons de poussières et d'araignées mortes, aussi me dépêchai-je de nettoyer tout ça d'un coup de baguette pour éviter que mon frère n'en avale une.

-Merci, soupira-t-il après une petite toux. Je voudrais finir ça avant l'arrivée de Mel ...

-C'est pour elle ?

Les joues d'Alexandre prirent une teinte rosée et il s'attaqua à une autre corde.

-C'est son anniversaire demain – c'est pour ça qu'on est invité à boire le thé chez les Selwyn. C'est une grande pianiste, je voulais lui faire plaisir. Bon, ce n'est pas le magnifique piano à queue qu'elle a chez elle ...

-Elle va adorer, le rassurai-je en laissant mes doigts courir le long du clavier. Et il faudra que maman soit là quand on va dire à grand-mère Anne que le piano de sa mère se trouve maintenant chez toi aux mains d'une sorcière.

Cette fois, Alexandre éclata d'un rire franc qui sembla chasser ses doutes quant à son cadeau. Il poursuivit son accordage et moi je m'efforçai de rendre au bois terni son éclat d'antan. C'était un piano droit qui datait de 1908, appris-je en décrassant la plaque d'or près des pédales de cuivre. Je réparai le pupitre de bois chaud incrusté dans le coffre. Pour redonner de l'éclat aux touches d'ivoire, je dus consulter les livres de magie de Melania qu'elle avait rangé dans une bibliothèque à l'étage mais j'y parvins à la troisième tentative – la première avait rendu les touches bleues. Quand Alexandre acheva de l'accorder et referma le coffre, il semblait comme neuf.

-Incroyable, souffla-t-il. Je te revaudrais ça.

-En me dispensant de thé chez les Selwyn ? proposai-je avec un sourire mutin. Allez, je n'aime même pas le thé, en plus !

-Tu vas laisser papa et maman seuls avec Thalia Selwyn, c'est ça que j'entends ?

Ma grimace fit ricaner Alexandre et il ébouriffa mes cheveux avec un sourire triomphant en comprenant qu'il avait trouvé l'argument qui me ferait plier. Puis il ouvrit le clavier et laissa ses doigts effleurer les touches avant de les frapper. Ça manquait de fluidité mais je reconnus parfaitement La lettre à Elise de Beethoven qui sonnait parfaitement et s'élevait avec grâce et mélancolie. Je m'appuyais contre le piano et observai les doigts de mon frère courir contre le clavier sans que ses yeux ne les commandent : il regardait dehors, comme si les notes étaient inscrites dans le ciel.

-Tu n'as pas perdu la main, fis-je remarquer lorsque la dernière totalité s'évanouit dans l'air.

-Arrête, je connais trois morceaux parce que mon prof de musique me les a appris au collège, maugréa-t-il en refermant le clavier. Je ne sais même pas lire une partition.

-Tu pourrais. Tu as l'oreille musicale, plus que moi ...

Ma seule qualité musicale demeurait le chant mais malgré son scepticisme affiché, je savais que ce n'était pas le cas de mon frère. C'était un intuitif et un manuel. Si Alexandre avait choisi la mécanique, c'était qu'il avait de l'or dans ses mains – et son accordage précis et express le prouvait encore. Petit déjà il avait été tactile, toujours à tout toucher, tout ressentir, tout casser mais pour avoir le plaisir de réparer les choses. C'était exactement ce qu'il s'était efforcé de faire avec notre famille : la maltraiter, la briser, l'enflammer mais pour ensuite jouer les traits d'union, la force réunificatrice autour du souvenir et de l'humour. Comme moi il avait un bel esprit d'analyse, mais plus pratique qui lui donnait l'intuition nécessaire pour comprendre les objets et en tirer le meilleur. Il y avait un côté créateur chez lui qui s'était exprimé dès qu'il avait retapé sa moto seul à l'âge de dix-huit ans et qui expliquait qu'un grand benêt incapable du moindre discernement comme lui soit sensible à la musique. Plus qu'une question d'oreille, c'était une question de toucher et ça ne me surprenait pas qu'il ait été attiré par ce long clavier de noir et de blanc.

Il recouvrit le piano d'un grand drap et le poussa à la force des bras contre un mur nu.

-On verra, trancha-t-il en se frottant les mains. Peut-être que Mel voudra bien m'apprendre. On se prend une bière ? Et quand est-ce que le crapaud vient voir ma maison ? J'ai l'impression de ne plus jamais le voir, lui ...

Je haussai les épaules en le suivant dans sa petite cuisine. L'espace avait été quadrillé avec un mur laboratoire dédié au chaudron et à la magie et un autre mur plus pratique avec les plaques de cuisson et l'évier. Il me jeta un regard insistant pour me rappeler sa question et je m'efforçai de ne pas paraître gênée. J'ignorais complétement comment mon frère pourrait réagir face à l'évolution de ma relation avec Simon. Globalement, il n'avait jamais été l'archétype du grand frère protecteur qui regardait de travers chaque garçon qui s'approchait de sa petite sœur, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne s'y intéressait pas. Mais ce n'était pas n'importe quel garçon. C'était Simon et ça rebattait les cartes pour tout le monde. Je savais qu'Alexandre l'adorait, qu'il était presque comme son propre petit frère – et je me fis la réflexion que c'était peut-être le souvenir de ses grands frères et particulièrement du turbulent Matthew que Simon avait pu chercher chez Alexandre. De là à comprendre ce qui se jouait entre nous en ce moment ... ? Je l'ignorais totalement. Je ne préférais pas me poser la question pour l'instant, mais je savais que mon frère serait mon premier test quand je serais enfin en confiance avec Simon.

-Je lui dirais de passer, promis-je à Alexandre qui continuait de me fixer. Mais il est sur plein de projet dans son école c'est peut-être pour ça aussi, même moi je le vois beaucoup moi ... Presque moins que lorsqu'on était à Poudlard.

-Pauvre chérie, tu n'as plus ton souffre-douleur sous la main, railla Alexandre en me tendant une bière. Bah, je vais finir par aller le chercher par la peau du cou.

-Vous n'avez pas fini les cartons ?

Je donnai un coup de pied dans l'un d'entre eux, remplis de bocaux et d'ustensiles de cuisines. Alexandre haussa les épaules.

-Oui, il en reste beaucoup. On n'est pas encore sûr de rester ici, on n'a pris cette maison dans l'urgence ... On envisage même de partir de Bristol.

-Vraiment ? m'étonnai-je. Pourquoi, je pensais que tu adorais la ville ... ?

Mon frère grimaça et prit une longue gorgée de bière. Son regard se perdit dans la fenêtre qui donnait sur le jardin et le saule pleurer.

-Je n'en sais rien. Oui j'étais content de partir en ville et d'enfin quitter la campagne ... Mais je ne sais pas, maintenant que je n'y suis plus, elle me manque.

-Oh ... Tu veux qu'on fasse comme Chloé et qu'on accroche une photo des champs de Terre-en-Landes ici ?

-Très drôle. Mais non, ce n'est même pas Terre-en-Landes qui me manque. C'est gênant pour Mel d'être ici : elle ne peut quasiment pas faire de magie, on vit à côté de trop de moldus, ça la bride. Et ... je ne sais pas, il y a quelque chose qui me manque. L'espace. L'impression de liberté, loin du regard des gens et des flics qui grouillent de partout. Non, je ne fais rien d'illégal, insista-t-il lorsque je recrachais ma gorgée de bière, prise de court. Enfin, presque ...

Il tapota sa bouteille de verre, l'air indécis. De nouveau, ses joues avaient rosies.

-Il y a quelques semaines, on s'est tapé un délire avec Mel. J'ai pris ma moto et elle a pris son balai et on s'est trouvé une route au Pays-de-Galles, complétement isolée qui serpentait dans les collines. Pas loin, juste de l'autre côté du canal de Bristol ... On est parti en fin d'après-midi et c'était extraordinaire. On avait l'impression d'avoir le monde pour nous, de pouvoir nous afficher moi comme moldu et elle comme sorcière sans que ça n'ait aucune importance. Tu la verrais voler, on dirait un oiseau ... J'ai failli louper un virage à la regarder – il est là le côté illégal, il se pouvait que j'étais à cent-cinquante kilomètre-heure.

-Je peux vivre avec ça, hoquetai-je, la gorge toujours obstruée. Mais du coup ... Tu veux vivre dans une maison éloignée de tout pour pouvoir laisser Mel être une sorcière et toi continuer de rouler à cent-cinquante kilomètre-heure sans que personne ne te mette d'amende ou te regarde comme si tu avais perdu la tête ?

-Tu as parfaitement résumé ça. Ah et avoir des poules aussi. Mel veut un chat, il faut que je trouve des arguments contre et les poules ça me semble bien.

Un sourire attendri effleura mes lèvres et je m'appuyais à ses côtés contre le meuble, ma bouteille de bière à la main. Les yeux d'Alexandre s'était mis à étinceler quand il avait raconté leur escapade galloise. Il y avait quelque chose de parfaitement eux dans cette anecdote, dans ce désir de liberté, de s'élever et pour la première fois j'arrivais à voir un dénominateur commun à ce couple des plus atypiques.

-Je suis contente de te voir comme ça. Ça fait du bien.

-C'est clair que je n'étais pas dans le même état l'année dernière, ricana Alexandre sans se départir de son sourire.

Le rappel fana le mien et je pris une gorgée de ma bière pour éviter d'avoir à renchérir. Mais Alexandre parut lire mon malaise et me donna un petit coup d'épaule.

-Allez, je suis désolé, pardon. On n'a dit qu'on en parlait plus. C'est juste que ... je suis content que ça se soit arrangé. Qu'on ait trouvé un équilibre. Même avec toi, moustique.

-Depuis quand je suis un moustique ? m'indignai-je. J'étais un moustique quand j'avais dix ans ! (Je finis ma bière et consultai ma montre). Bon, je vais y aller, je suis crevée ...

-Je vois ça, tu as une tête à faire peur ...

-Dalia m'a collé des entrainements tous les jours pour que je sois prête pour le match dimanche. Dimanche soir, je m'effondre comme une masse.

-Amen sa sœur.

Nous échangeâmes un regard complice, le genre de regard qui m'avait manqué pendant le laps de temps qu'il lui avait fallu pour me pardonner. Définitivement radoucie, je passai mon bras autour de sa nuque et le forçai à l'incliner la tête pour que je puisse plaquer un baiser sur sa joue mal rasée.

-Je te ramène ton crapaud dans la semaine, ça fait un moment qu'il n'a pas sorti le nez ses bouquins, lui promis-je avec un sourire. A plus !

Je lui adressai un dernier sourire et sortit dans son jardin. Il n'était pas grand et la moitié était mangé par une terrasse mais des haies me masquaient des voisins. La dernière fois que j'étais venue, Mel m'avait indiqué que le coin droit n'était pas concerné par le sortilège anti-transplanage et je m'y dirigeais rapidement. En me retournant, je pus voir l'œil gris de mon frère fixer sur moi, une seconde avant que ma magie ne m'emporte. J'atterris près du ruisseau, à l'abri d'une haie avec pour seul témoin un couple d'hirondelle qui me toisèrent l'œil perplexe. J'avais décidé de transplaner assez bas sur la colline mais ça me permettait de marcher un peu.

Mes mains se perdirent dans mes poches et j'en retirais la lettre d'Emily que j'avais reçue ce matin, sans avoir le temps d'y répondre avant mon entrainement. Elle m'avait bouleversée et c'était pour cette raison que j'avais tenu à aller me changer les idées avec mon frère.

Salut Vic',

Je suis encore désolée de ne pas avoir répondu à ta dernière lettre mais on a un petit problème en ce moment ... Mon oncle est mort cette semaine – le père de Gillian ... Quand ma tante est rentrée de chez ses parents, elle a trouvé la marque des ténèbres flottant au-dessus la maison ... C'était un Sang-Pur, tu comprends ? Mon père aussi mais ma mère est de Sang-mêlé, et surtout c'est le cadet de la famille ... Mon oncle, c'était le véritable chef, celui qui avait les clefs de la politique et des finances familiales. On pense que des Mangemorts ont tenté de le recruter mais qu'il a refusé ...

OK, désolée pour la tâche de larme. C'est juste très dur en ce moment, j'ai l'impression de voir la réalité en pleine figure. Roger est revenu hier soir en tremblant : il a eu le cas d'un petit garçon mordu par un loup-garou ... il est arrivé dans un sale état et il a succombé à ses blessures ... J'ai cru que je n'arriverais jamais à le calmer. J'ai voulu qu'il n'aille pas à Ste-Mangouste aujourd'hui mais ils ont besoin de lui : des blessés arrivent tous les jours, plus que d'habitude.

Ça me met en colère, Vic'. Contre moi, contre tout le monde, contre Fudge qui nous a fait perdre du temps l'année dernière et la troupe de mouton qui l'a suivi dans sa connerie. J'ai vu Gillian hier, complétement éteinte et je me suis rappelée toutes les fois où on s'est crêpées le chignon pour rien ... ça remet les choses en perspectives. Miles était là aussi, il a été adorable avec elle. Le pauvre, toutes ses copines subissent un processus de deuil ... Au moins il est habitué.

Bon, je vais aller me reposer je n'ai pas dormi depuis trois jours. Juste ... Je sais que tu préfères prendre ton temps avec Simon, être certaine, observer mais ... Regarde ce qui se passe autour de nous. Regarde ce qui est arrivé à Amelia Bones, regarde ce qui tourne autour de toi avec les Selwyn. La vie est courte, mais elle l'est encore plus aujourd'hui, Vic'. Dépêche-toi de vivre.

Passe quand tu veux, ça nous remontra le moral. Prends soin de toi.

Em'.


***


-Waho.

Simon était accoudé à la table de ma cuisine, les bras posés de chaque côté de la lettre qu'il relisait pour la troisième fois. Dans un autre registre, il m'avait confié une lettre que Susan m'avait adressée.

C'est HORRIBLE de se désartibuler !

Bonjour au fait.

Mais c'est HORRIBLE je te jure j'ai cru que je ne retrouverais jamais de sensation à la jambe ! Et j'ai l'impression que ça me bloque, j'ai tellement peur que ça arrive de nouveau que je n'y mets pas tout mon cœur. Bon sang comme c'est chiant comme cours, je te jure ! Simon m'a dit que vous aussi c'était la demi-portion et ses 3D ! Pourquoi les jumeaux Weasley n'en ont pas fait un bouc émissaire style Ombrage ? On en aurait été débarrassé ! Je pense que je vais attendre les vacances pour prendre des cours avec Simon, ce sera un professeur plus efficace. Quitte à devoir payer plus cher pour avoir mon permis.

Bref. J'espère que tout va bien chez toi, mais ça semble s'être calmé j'ai l'impression de nôtre côté. Est-ce que c'est une bonne nouvelle, je ne sais pas. Ça veut dire qu'ils sont plus actifs ailleurs ... La tante de Judy Summerby a été attaquée, apparemment ... Tu devrais peut-être lui envoyer une lettre, elle ne se sent plus très bien depuis et le match contre Gryffondor est dans trois semaines. D'ailleurs, tu pourrais peut-être carrément venir, non ? Car autre MERVEILLEUSE nouvelle : notre sortie à Pré-au-Lard a été annulée ! Rien que ça, on n'a plus le droit de sortir ! Il parait que quelque chose s'est passé à la Tête de Sanglier, on n'en sait pas plus. Bref, ne t'y pointe pas, tu ne me verras pas. Et comme Slughorn a enfin cessé de faire ces « petits soupers », je n'ai pas d'autres moyens de vous attirer à Poudlard que le Quidditch ! Allez, peut-être que pour toi Dumbledore dira oui ! Tu étais Capitaine, tu es une joueuse des Tornades. Et prends Simon dans ta poche, s'il te plait, je suis sûre qu'il y tient !


-Elle dit que tu tiens dans ma poche, dénonçai-je à Simon avec un sourire.

Il leva les yeux au ciel et se reconcentra sur la lettre d'Emily pendant que j'achevais ma lecture, nostalgique. La voix volontaire de ma petite Susan se superposait aux mots couchés sur le papier :

Bref, voilà mon plan ! Et bien sûr je reviendrais pour les vacances de Pâques, examens ou non. J'ai l'impression qu'on est plus que d'habitude à rentrer cette année : on a tous peur de perdre quelqu'un pendant qu'on est coincé ici ... Et puis certains ont même peur d'être attaqué, même si rien ne se passe depuis Katie Bell. Elle est toujours à Ste Mangouste, on a peu de nouvelle ... Tu crois que Roger en aurait ?

Je te renverrais vite une lettre. Vous me manquez beaucoup. Hannah va un peu mieux et je m'entends de mieux en mieux avec Padma mais ... je ne sais pas. Anthony par exemple, je parle de moins en moins avec lui depuis noël ... Il faut croire que je me faisais des illusions. Ce n'est pas grave, ce sera pour le prochain !

(S'il te plait ne montre pas cette dernière phrase à Simon. Il va flipper. Tu gardes toujours un œil sur lui, pas vrai ?)

Je t'embrasse ! Et viens au match, par pitié !

Susie(-jolie, mais juste pour toi !)


-Ta sœur est d'un adorabilité sans limite.

-Je sais, fit Simon en levant les yeux de la lettre d'Emily. Elle t'a parlé de la sortie annulée ?

Je hochai la tête, peinée. Pour tous les élèves de Poudlard, la sortie trimestrielle à Pré-au-Lard était une véritable bulle d'air et de liberté, l'occasion de toucher du bout des doigts le monde extérieur qui semblait si irréel coincé entre les murs du château. Dans un contexte encore plus pesant, l'annulation de la sortie devait être un véritable coup de massue. Les doigts de Simon jouèrent avec les coins de la lettre d'Emily. Sa lecture m'avait forcé à lui avouer qu'Emily avait été ma confidente, mais il n'avait pas eu le temps de le relever, trop secoué par le début sinistre de la lettre.

-Elle veut qu'on vienne au match contre Gryffondor, lui appris-je d'une voix douce. Dans trois semaines ...

-Les matchs sont un samedi matin, rappela Simon avec un pauvre sourire. Et je suis toujours hyper occupée le samedi, entre l'IRIS et Bill ...

-Pour une matinée, Bones. Une seule. Je pense qu'elle en a besoin.

La bouche de Simon se tordit nerveusement et il passa une main sur sa mâchoire, le regard rivé sur les lignes écrites par Emily. Personnellement, je pensais que lui aussi avait besoin de revoir sa petite sœur, mais cette soudaine raideur m'interloquait. J'ouvris la bouche, prête à l'interroger mais il embraya immédiatement sur les nouvelles apportées par Emily, laissant ma proposition en suspens :

-Je vois qui c'était, son oncle. Je l'ai vu aux banquets du Ministère, il travaillait au Département des Accidents et Catastrophe magiques ... Un homme très fin, ma tante le voyait en prendre la tête dans quelques années ... Et oui, de Sang-Pur, la mère de Gillian est une Greengrass. C'est pour ça qu'elle s'est toujours un peu sentie supérieure et qu'elle ne comprenait pas que le monde préfère Octavia, qui est riche mais dont la famille est plutôt récente. Elle n'arrêtait pas de râler dessus ...

-Elle est en danger ? murmurai-je malgré moi. Gillian ?

-Je ne crois pas. Heureusement pour elle, c'est une femme. Son frère en revanche ...

Je me souvenais vaguement du cousin d'Emily, de trois ans notre aîné et qui avait été préfet de Serdaigle quelques années plus tôt. L'héritier de la famille, maintenant que le père était mort ... Simon effleura le deuxième paragraphe de ses longs doigts.

-Et le petit garçon ... je l'ai lu dans La Gazette, ce midi en déjeunant. J'étais avec le professeur Shelton, ça l'a vraiment choqué. L'œuvre de Greyback, sans doute ...

Pendant la formation de l'Ordre, j'avais dû apprendre tous les noms de Mangemorts connus, présumés et ceux qui gravitaient autour de Voldemort et le nom de Greyback me sautait aux oreilles autant qu'il m'arrachait un frisson d'horreur. Lupin m'avait une fois expliqué que Voldemort le lâchait sur les sorciers qui refusaient de le rallier et particulièrement sur leurs enfants. L'idée de ce qu'il avait pu faire de ce pauvre gamin me donnait le haut le cœur.

Agacée, je repoussai la lettre et me levai d'un bond, prenant Simon au dépourvu. Celle de Susan vint se froisser entre mes doigts crispés comme des serres.

-Et à côté de ça je ne suis pas fichue d'attraper correctement un gars qui est censé être dans notre camp ! m'énervai-je en donnant un coup de pied dans ma chaise. On a perdu un temps de fou avec Fletcher et même si je suis certaine que Pod et Tonks faisaient d'autres choses hyper importantes à côté, nous on a été incroyablement inutiles ! Bon sang, j'ai l'impression qu'on ne pèse pas un gramme !

-Ce n'est pas qu'une impression, grommela Simon. Ils ne font pas confiances aux nouveaux venus, c'est très clair du point de vue de Maugrey. Encore moi ça va, ce que je fais est essentiellement théorique et que mine du rien je jouis du fait d'être le fils d'Edgar Bones ... mais j'ai croisé Renata cette semaine qui me disait qu'il avait refusé qu'elle soit sur une mission alors qu'elle était la seule disponible.

-Mais pourquoi ? Je vais finir par comprendre George ! Ils pensent vraiment qu'on s'est engagé à la légère ?

-Non, mais je pense que pour eux, c'est acquis qu'on ne connait pas la réalité. Et qu'on pourrait facilement prendre peur. Et les gens font des choses très stupides quand ils ont peur.

-Comme trahir, devinai-je en me rasseyant. Comme celui qui a trahi les Potter ... Pettigrow ? Arthur Weasley nous en avait parlé ...

Le regard de Simon se figea sur notre corbeille à fruit. Après quelques secondes où il la fixa, la mâchoire contractée, il avança prudemment la main et piqua une clémentine qu'il entreprit d'éplucher.

-Tu n'es pas chez toi, Simon Bones, plaisantai-je timidement.

-Pour tous les vivres que tu as englouti chez moi, je pense que je peux bien te prendre une pauvre clémentine. Et pour revenir à cette histoire de trahison, je pense que c'est précisément le nœud du problème. Tu sais qu'il y a de grandes réunions auxquelles on n'est pas invitées ? Des missions à succès dont on n'est pas informés ? C'est aussi pour ça qu'on n'a l'impression de ne pas peser : on est au courant de rien. En même temps, Maugrey veut se préserver à la fois des Mangemorts, mais aussi du Ministère. Et le problème à nous tenir à l'écart comme ça, c'est risquer que l'un d'entre nous pète un câble et fasse cavalier seul – et que ça se finisse un peu plus tragiquement que Swansea.

Je plissai les yeux avec suspicion et Simon s'en étrangla avec son quartier de clémentine.

-Mais non, pas moi ! Je passe le nez dans les bouquins, à quel moment tu veux que je sorte faire une bêtise ?

-Attends que Jugson s'évade de nouveau et on en reparle.

Une grimace déforma les lèvres de Simon et je sus que j'avais visé juste. Il acceptait l'inaction et de passer pour un rat de bibliothèque tant que le meurtrier de ses parents et de ses frères était derrière les barreaux. Mais je craignais que tout ne s'embrase de nouveau s'il en ressortait et se trouvait à la portée de la baguette de Simon.

-On fait une fixette sur lui mais il n'était pas le seul, maugréa Simon. Ils étaient quatre ...

-Ah bon ?

Il hocha vaguement la tête et tira un nouveau quartier de sa clémentine.

-Tu penses vraiment qu'il aurait pu venir à bout seul des deux meilleurs sorciers de leur génération ? Jugson, c'était celui qui menait l'attaque. Il y avait un autre Mangemort, Rosier, mais Maugrey l'a tué quelques semaines plus tard. Ma mère en a eu un autre et le dernier était un délinquant notoire qui est mort à Azkaban.

Il prit le temps de mastiquer mon quartier, songeur. Ses doigts s'agitaient et retiraient patiemment les fils blancs qui couvraient la chaire orangée. J'ignorais d'où il tenait toutes ses informations, mais qu'il ait pris la peine de les chercher et qu'il en parle avec une telle fluidité m'impressionnait autant que cela me laissait perplexe.

-Tout ce que je sais, c'est que c'est Jugson qui a tué Spencer. Au final, pour le reste je ne sais et je ne suis pas sûr de vouloir savoir. De toute façon, les autres sont morts ...

-Et ça ne change absolument rien à ce qui s'est passé ..., ajoutai-je avec douceur.

Ma main glissa d'elle-même sur la table et effleura les doigts qui continuaient de décortiquer la clémentine. Le regard de Simon se baissa sur elle et après une seconde d'hésitation, il lâcha le fruit pour prendre ma main. Un sourire dépité s'étendit sur ses lèvres.

-Il faut toujours que tu réagisses dès qu'on parle de ça ...

Ma mine penaude lui arracha un petit rire et je tentai maladroitement de me justifier :

-Elle m'attendrit toujours cette histoire, évidemment que c'est quelque chose qui touche ...

-Ou te mets hors de toi, précisa Simon avec une pointe d'acidité.

Au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais, avait-t-il lâché au cinéma. Et j'avais été forcée de lui répondre par l'affirmative. Oui, c'était quelque chose qui restait dans un coin de ma tête, qui donnait une dimension disproportionnée à chaque petite chose qu'il me cachait. Mais aujourd'hui, je décidai de le rassurer en tapotant sa main avec un sourire malicieux.

-Tu t'es bien rattrapé depuis ...

Les sourcils de Simon se froncèrent avant qu'il ne comprenne ce à quoi je faisais allusion et s'empourpre violemment. Il retira sa main de la mienne et se remit à tripoter la moitié de clémentine qui lui restait. Je contemplai ma main, puis les siennes, un brin vexée par le geste qui ne me rappelait que trop cette fameuse fois à la fête de Slughorn où je m'étais sentie abandonnée. Et sans que je ne comprenne, mon esprit fit un lien avec sa tension quand j'avais évoqué le match, la volonté de Susan qu'on vienne le voir ... Volonté qu'il avait ignorée. Sa petite sœur adorée. Ça ne collait pas ... Pour éviter de m'y attarder, je me levai et me précipitai sur mon frigo pour faire mine d'y chercher une bouteille de jus de fruit. La froideur ambiante souffla le feu sur mon visage et ma contrariété.

-Il n'y a plus de jus de pomme, je vais en chercher dans le cellier, annonçai-je d'un ton que j'espérais neutre en refermant la porte.

-Vicky, soupira Simon.

Mais je m'éloignai vers le fond de la cuisine qui donnait sur la porte du cellier et l'ouvris avec la plus grande délicatesse du monde pour que mon geste ne trahisse pas ma contrariété. Une fois à l'abri des regards, je fis un saut étrange, juste destiné à me détendre et à faire passer cette mauvaise énergie nerveuse qui me prenait d'un coup. Comme après la fête de Slughorn, je me sentais stupide d'éprouver une telle contrariété et ça m'agaçait. C'était justement pour dépasser ça que j'avais parlé à Simon.

-Tu t'attendais à quoi ? murmurai-je, exaspérée. A ce qu'il assume, à ce que tous se passe bien ? Bon sang, c'est Simon, rien ne peut bien se passer !

Je me dirigeai vers le fond du cellier, troublée, mon souffle bloqué dans ma gorge. Les étagères s'étendaient devant moi et je trouvais rapidement le jus de pomme, mais attendis avant de le saisir. Je pris une profonde inspiration et déployai mes bras à la manière d'une danseuse étoile pour les ramener en couronne autour de ma tête, puis tout laisser retomber en soufflant. Retrouver de la sérénité, à tout prix.

-Ah, à ce point-là ...

Je fis un véritable bond qui me fit faire volte-face pour découvrir Simon, un bras appuyé sur l'embrassure de la porte et un sourire penaud aux lèvres. Ma main se perdit sur ma poitrine qui s'était mise à battre à une vitesse affolante puis sur mon visage embrasé par l'embarras.

-Bon sang, Bones !

Simon se contenta de me fixer, ce sourire figé accroché aux lèvres et les doigts battant nerveusement l'embrassure de la porte. Après quelques secondes où ni lui ni moi n'osâmes ouvrir la bouche, il finit par entonner avec douceur :

-Vicky ... tu es sûre que ça te va ?

-C'est plutôt à toi qu'il faut demander ..., marmonnai-je en prenant enfin la bouteille de jus de pomme.

Je la fis sauter d'une main à l'autre en mâchouillant ma lèvre inférieure. Le sourire s'était brusquement effacé sur les lèvres de Simon et son bras glissa de l'embrassure pour venir se croiser sur sa poitrine quand il lâcha un profond soupir. Mon cœur s'alourdit et je crispai les mains sur ma bouteille.

-Oh, lâchai-je, mortifiée. A ce point ...

-Quoi ? Non, non ... Vicky, c'est juste ... Vicky, c'est pour toi que j'ai peur, pas pour moi !

-Mais peur de quoi ?

-De nous ! s'exclama Simon en levant les bras au ciel. De moi, du fait que tu ne saches pas comment réagir, que je ne sache pas comment réagir ! Ce qui s'est passé, ça a brouillé toutes les lignes et je sais que ça te contrarie – n'essaie même pas de le nier, me prévint-t-il quand j'ouvris la bouche. Ou alors tu vas me dire que là tu révisais un ballet !

Mes lèvres se tordirent et je jonglais de nouveau avec ma bouteille en amorçant quelques pas vers lui. Il restait adossé au chambranle, à m'observer m'approcher, l'air déboussolé par l'espace qui se réduisait entre nous. Je m'immobilisai à deux mètres de lui, et jouai encore quelques secondes avec la bouteille, sans le regarder.

-Non, finis-je par admettre du bout des lèvres. Non, je ne révisais pas un ballet et oui je suis un peu contrariée. Mais ...

-Mais ?

Je me trémoussai d'un pied à l'autre, et passai mon ongle sous l'étiquette du jus de pomme. C'était difficile de mettre des mots sur mes sensations, notamment parce que j'avais conscience de leur irrationnalité. Mais Simon parut saisir le problème d'un regard : les dents serrées, il donna un léger coup sur la porte du cellier.

-Mais quoi Vicky ? Je n'agis pas naturellement ? Et ça te vexe même si tu ne veux pas me l'avouer ? Oh bon sang c'est ça, ragea-t-il quand je gardais le silence. Bon sang elle veut encore faire sa Sainte avec moi, je n'y crois pas ...

Son ton agacé me hérissa les poils et je me souvins ce qu'il avait laissé échapper dans la campagne anglaise, comment il avait détesté ce côté angélique de moi, à quel point il avait voulu prouver au monde entier que j'étais un démon. Il détestait que je sois un ange, même avec lui. Je plissai les yeux, épuisée d'avance parce que sous-entendait l'idée.

-Et qu'est-ce que je devrais faire ? Forcer, te pousser ? Encore lutter, comme chaque fois ?

-Ce n'est pas ce que j'ai dit, répondit sèchement Simon. Juste ... Bon sang, Vicky, tu le savais ! Tu le savais, tu l'as dit toi-même : tu n'attendais rien !

-Et c'est vrai !

-Alors pourquoi j'ai l'impression que tu attends quand même quelque chose ?

Je me mordis la lèvre inférieure, rendue muette par mes contradictions. Mon éloquence me fuyait et Simon essuya un rire incrédule en se pinça l'arrête du nez. Quelque chose dans la façon dont ses épaules s'affaissèrent, dont son rire se répercuta tristement dans le cellier, me morcela le cœur, et me força à tenter maladroitement de me justifier :

-Arrête, ce n'est pas que j'attends quelque chose ! Ou si, la seule chose que j'attends c'est que ... ça redevienne normal, Simon, comme avant ! On n'avait aucun mal dans le parc, alors pourquoi soudainement tu te dérobes ?

-Bon sang, soupira Simon avec une pointe d'irritation. J'ai l'impression d'avoir déjà eu cette conversation ...

-On n'a jamais eu cette conversation.

-Non, ce n'était pas avec toi ...

Je fronçai les sourcils, perplexe avant de brusquement comprendre. J'étais tendue depuis quelques minutes, peut-être même vexée mais ce ne fut qu'à ce moment que je passais à la colère.

-Octavia ?!

-Elle râlait toujours que je ne voulais pas lui tenir la main, ou l'embrasser en public, expliqua Simon, une main sur la tempe. Ou, exactement comme tu le dis, qu'il y avait des moments où tout allait bien et d'autres où ...

-Je m'en fiche. Tu me compares sincèrement à Octavia ?

Simon parut enfin réaliser sur quelle pente il nous avait emmené – et qu'elle était sacrément glissante. Son regard s'écarquilla et il leva une main qui se voulait apaisante mais qui me donnait envie d'attraper ses longs doigts pour les tordre jusqu'à ce qu'il s'excuse. En toute mesure, bien sûr.

-Alors, non ! Non, ce n'est pas ce que j'ai dit !

-Mais c'est ce que tu penses, répliquai-je froidement. Que je vais agir comme elle, exiger que tu me tiennes la main et te trainer un peu partout comme si tu étais en laisse. Et oui, d'un point de vue extérieur, c'était exactement à ça que ça ressemblait.

Un sourire confus s'étala sur les lèvres de Simon, mais ça ne m'attendrit pas. Après avoir tout fait pour le rassurer, après m'être arraché les cheveux à trouver une façon de lui faire accepter notre évolution, après avoir passé un après-midi à l'embrasser dans un parc, après dix-huit ans de vie commune, je n'en revenais pas qu'il me force à lui prouver que je n'étais pas Octavia McLairds.

-C'est pas vrai, laissai-je échapper dans un filet de voix furieuse. Franchement, dis quelque chose maintenant pour te défendre ou je te jure que tu vas te retrouver avec la bouteille de jus de fruit dans la tronche !

-On en est là ? OK, d'accord ! s'impatienta-t-il quand j'armais mon bras, la bouteille en verre bien visible dans ma main. D'accord, baisse ça, j'ai laissé ma baguette dans la cuisine !

-Et en plus ça se sépare de sa baguette, ricanai-je méchamment. Que dirait Maugrey ?

-Que la tienne est aussi dans la cuisine.

-Moi je suis prête à t'exploser une bouteille en verre sur le crâne, Bones !

Le regard de Simon glissa ostensiblement vers la cuisine, l'air d'envisager la fuite en bonne et due forme – ou peut-être évaluait-t-il le temps qu'il prendrait à récupérer sa baguette avant que la bouteille ne se fracasse sur sa tête. Pour faire preuve de bonne foi, je croisai les bras sur ma poitrine, la bouteille coincée dans mon coude, mais un regard flamboyant planté sur lui. Après quelques secondes d'hésitation, Simon se laissa tomber sur la pile de seaux retournés. Ce faisant, il déséquilibra le balai dont le manche heurta son crâne. Il lâcha un glapissement qui m'arracha un sourire avant que son regard suspicieux ne se darde sur moi, comme s'il soupçonnait ma magie d'être à l'origine de la chute du balai.

-Par la barbe de Merlin ... ça va être comme ça tout le temps ?

-Premièrement, c'est comme ça depuis dix-huit ans. Secondement : ce sera pire si tu continues de penser que je serais comme Octavia McLairds. Et avant que tu ne poses la question : oui, je suis vexée. Pour plein de raisons différentes.

-Je n'ai jamais dit que tu serais comme Octavia, marmonna-t-il en se frottant le crâne là où le balai l'avait heurté. Juste que tu avais des attentes et que ... peut-être il faudrait envisager le fait que je ne ... puisse pas y répondre.

Je plissai les paupières, incrédule.

-Avoir ta main dans la mienne, ce sont des attentes trop élevées ? C'est étrange, je n'ai pas l'impression qu'on ait attendu cette semaine pour le faire.

Les joues de Simon s'empourprèrent et son regard se perdit sur mon plafond découpé par des poutres saillantes et couvertes de poussières. Devant son embarras manifeste, je choisis d'enfoncer le clou :

-Allez voir Susan au match, ce sont des attentes trop élevées aussi ?

Les yeux de Simon se clorent et je sus que j'avais bien interpréter sa crispation dans la cuisine. Jusque là, nous n'avions pas discuté de si nous tenions les autres au courant. Au contraire, nous avions besoin de garder les choses pour nous, de nous concentrer sur nous et non sur les regards extérieurs. Prendre nos marques sans se soucier des autres. Et en l'espace de cinq minutes, il avait appris qu'Emily attendait justement cette nouvelle et que Susan réclamait notre présence. De quoi faire disjoncter Simon, sa pudeur, sa prudence. Je passai une main dans mes cheveux, agacée qu'il ait pu songer que je le mettais ainsi devant le fait accompli.

-Aller la voir, ça ne signifie pas la mettre au courant. Juste ... aller la voir. Parce que c'est ta sœur, parce que c'est mon amie. Ça n'a rien à avoir avec « nous ». Et je n'ai pas l'intention de te trainer partout pour t'exposer comme le faisait Octavia ...

-Je sais, Vicky ..., soupira-t-il en fermant les yeux. Je sais, je n'ai jamais cru que ...

-Alors je peux savoir ce qui ne va pas ? Qu'il te faille du temps, je sais. Que ce soit nouveau et que tu ne saches pas comment réagir, je comprends aussi. Mais sur des gestes qu'on faisait déjà avant ...

Je clignai des yeux et l'espace d'une seconde, je revis la main de Simon se défaire de la mienne sur une nappe blanche, je sentis à nouveau sa chaleur me quitter et le sentiment d'abandon et de honte qui en avait suivi. Cela décupla ma colère et je grommelai avec hargne entre mes dents :

-C'est comme la dernière fois ...

-La dernière fois ?

Pris par l'étonnement, Simon en avait lâché le plafond du regard pour me contempler, ahuri. Cette fois, ce fut moi qui m'empourprai et je serrai ma bouteille de jus de pomme contre moi, soudainement tentée de l'utiliser contre moi-même.

-Rien !

Mais Simon me jeta un long regard dubitatif qui signifiait clairement que mon ton était tout, sauf crédible et qu'il attendait une réponse de ma part. Avec un gémissement de défaite, je m'avançai vers le sèche-linge et m'y élevai d'un bras, simplement pour ne pas à avoir à affronter le regard de Simon. Je doutais qu'il comprenne l'importance de cette anecdote. J'étais même persuadée qu'il avait déjà oublié son geste.

-A la fête de Slughorn, cédai-je en fixant mes pieds qui jouaient avec la porte du sèche-linge. Franchement, je sais que c'est idiot mais ... A un moment je t'ai pris la main et tu t'es dégagé. Et ... (Je pris une profonde inspiration avant d'enfouir mon visage dans mes mains). Je n'en sais rien, Simon. C'est aussi là que j'ai compris, en un sens. Je ne voulais pas lâcher ta main, même si les gens nous regardaient, même si c'était un geste ambigu aux yeux du monde. Je ne voulais pas que tu me lâches. Jamais. Alors que ça continue, que tu me fuis, que tu aies peur de moi ... Bon sang, depuis quand tu as peur de moi ... ?

Je bougeais mes doigts pour mieux apprécier la chaleur brûlante qui se dégageait de mon visage.

Avec la pénombre ambiante dans le cellier, Simon ne percevrait sans doute pas la couleur de mes joues mais je n'arrivais pas à me résoudre à émerger de mes mains. Le silence commençait à me paraître long quand je me rendis compte que Simon s'était déplacé. J'entendais ses pas sur les dalles du cellier, puis assez brusquement je compris qu'il s'était rapproché quand je sentis son souffle sur mes mains toujours élevées comme un bouclier. Sans attendre que je réalise sa présence, il prit mes poignets et les écarta de mon visage pour que je puisse avoir une vue parfaite sur son petit sourire affreusement satisfait. Il m'arracha un grognement de dépit et je voulus récupérer mes mains, mais Simon resserra ses doigts sur mes poignets avec une fermeté que je lui soupçonnais rarement. Pour couronner le tout, il se retrouvait devant moi, si près, presque à ma taille avec les quelques centimètres de hauteur que me conféraient le sèche-linge. Assez près que mon souffle se bloque dans ma gorge quand mon regard effleura le sien, étincelant.

-C'est à ce point, Victoria Bennett ?

-J'ai toujours la bouteille de jus de fruit à portée de main, menaçai-je d'une voix qui avait perdue toute crédibilité.

-J'attends.

Il n'attendit en revanche pas pour se pencher, incliner son visage pour que son nez n'heurte pas le mien et m'embrasser. J'aurais voulu être plus combattive, plus fière et le repousser, mais la triste vérité fut que je poussai un soupir de contentement tout contre ses lèvres. Ma main lâcha la bouteille de jus de pomme et alla se nicher sur sa nuque pour approfondir le baiser. Je sentis Simon se détendre à mon contact et compris qu'il avait pris sur lui, rassembler son courage pour oser se présenter devant moi et m'embrasser et qu'un rejet l'aurait meurtri bien plus qu'il avait pu le faire en retirant sa main de la mienne.

Rassuré, il posa les mains sur le sèche-linge, de chaque côté de moi et ses lèvres s'entrouvrirent pour accepter le mouvement des miennes. Ses hanches cognèrent contre mes genoux que je finis par espacer pour le rapprocher de moi et nouer mes mains à l'arrière de sa nuque. Simon ne recula pas et m'enlaça à son tour : sa main remonta de mon dos jusque ma nuque où il glissa quelques doigts dans mes cheveux, sans cesser d'explorer mes lèvres. Mes poumons finirent par me brûler, par réclamer de l'oxygène et je leur répondis à moitié en déviant de sa bouche à sa joue, avec beaucoup de douceur pour tester sa réaction. Le souffle de Simon s'était raccourci mais son visage s'inclina un peu plus vers moi, comme pour me donner sa bénédiction. Lentement, mes lèvres suivirent la courbe de sa mâchoire puis atteignirent un point qui bloqua complétement la respiration de Simon, à la jonction de la mâchoire et du cou, juste en dessous de l'oreille. Amusée par la réaction, j'y posais un nouveau baiser en toute douceur et cette fois un râle s'échappa des lèvres de Simon. Je pouvais sentir sa peau s'hérisser contre ma bouche et cela m'apportait une telle jouissance que cela effaçait la colère qui avait pu m'emporter un peu plus tôt. J'aurais pu insister, tester ses limites mais je retournai sagement sur ses lèvres et passai le pouce sur la zone dans son cou pour en apaiser les frissons – ou pour mieux les ressentir. Nous finîmes par nous embrasser sans précipitation, à nous goûter avec lenteur jusqu'à ce que je ne m'écarte de quelques centimètres, un sourire incertain aux lèvres.

-Tu essaies de me prouver que tu n'as pas peur de moi ?

Ma voix était rauque, loin de son timbre naturel mais ça ne parut pas troubler Simon. Ses doigts jouaient avec les longues mèches qui flottaient dans mes omoplates et son regard peinait à se détacher de mes lèvres.

-Ça marche ?

-C'est efficace ...

-Toujours envie de fracasser la bouteille sur ma tête ?

Avec un petit rire, je baissai le regard sur la bouteille de jus de fruit, en équilibre juste à côté de moi et qui menaçait de valser si Simon ou moi faisions le moindre mouvement brusque.

-Non. Non, je pense qu'elle restera intacte.

-A la bonne heure, soupira Simon avant de glisser ses mains de chaque côté de mon cou et de m'obliger mon visage à lui faire face pour planter son regard dans le mien. Alors est-ce que maintenant tu peux me promettre de me parler avant de me menacer avec ?

-Je ne voulais pas ...

-M'effrayer ? Tu t'es regardée, Bennett ? Tu n'as jamais été effrayante.

Même les dernières traces de trouble liées au baiser n'avaient pas réussi à endiguer la moquerie dans sa voix et je me retins de le frapper à l'arrière de la tête. De toute manière, je ne m'en sentais pas la force. J'avais l'impression que mes muscles avaient fondues ces dernières minutes et que je devenais complétement flasque. Les bras de Simon qui me soutenait devenaient ma colonne vertébrale, la seule chose qui me maintenant debout.

-Crétin, soufflai-je pour faire bonne figure.

-Crétine toi-même.

-Tiens, c'est nouveau.

Simon cligna des yeux avant de partir d'un petit rire. De nouveau, ce fut lui qui attira mon visage au sien pour effleurer mes lèvres d'un baiser qui annihila définitivement toute volonté en moi. Je dus me raccrocher à sa nuque pour ne pas complétement m'affaler et m'abandonner à lui. Quand il s'écarta, il fallut que je papillonne plusieurs fois des yeux pour que son visage apparaisse avec netteté, illuminé d'un petit sourire qui n'avait plus rien de moqueur.

-Et oui, c'est nouveau. Alors maintenant, essaie de me promettre de parler et moi je promets de ne plus retirer la main. On fait ça ?

Je connaissais cette douceur dans sa voix, ce ton qui lui venait du peu de sagesse et de stabilité qu'il avait, qu'il invoquait quand il devait jouer les préfets-en-chefs ou me rassurer dans mes pires moments de troubles. Cette dernière constatation détendit définitivement chaque muscle de mon corps. Mes mains se perdirent distraitement sur ses poignets et je finis par acquiescer d'un hochement de tête.

-D'accord ... donc on va voir Susie au match ?

Simon hésita l'espace d'un instant avant de céder :

-On va voir Susie au match. Enfin, si on peut, il faudra envoyer une lettre à Chourave ... Mais non, tu n'envoies pas de lettre à Emily, ajouta-t-il, anticipant mal ma prochaine question. D'ailleurs j'aimerais qu'on reparle de la pertinence de parler de ça à la personne qu'on a appelé « La Tornade » toute notre scolarité.

-Hé ! protestai-je malgré le rire qui montait dans ma poitrine. « La Tornade » m'a vachement aidé à y voir clair ! Sans elle, jamais je n'aurais pu réussir à poser des mots sur ce que je ressentais ... Elle a été un « pré-test », si on veut.

Les lèvres de Simon se pincèrent. Ses mains en revanches, toujours placées de par et d'autre de mon cou, les paumes collées à ma mâchoire, continuait de s'agiter doucement. Je sentais ses doigts effleurer ma peau, ses phalanges s'infiltrer dans mes cheveux et chaque fois cela m'arrachait des frissons incontrôlables.

-Elle a réagi comment ? ne put-t-il s'empêcher de demander. Quand tu lui as dit qu'il y avait une possibilité ... qu'on finisse ensemble ?

C'était rare d'entendre Simon verbaliser ainsi notre « mutation » mais je compris surtout que l'avis d'Emily était également un test pour lui. Notre plus proche amie, sa plus proche amie, la fille avec laquelle il avait passé toute sa scolarité, l'une des rares personnes dont il acceptait tout – les marques d'affections comme les crises de colère. Mes mains qui avait glissés sur son torse s'agrippèrent nerveusement au col de son tee-shirt et je suivis la couture du bout de l'index.

-Comme une tornade, admis-je dans un souffle. Au début surtout. Elle avait compris des choses, mais pas ... à quel point on s'était rapproché. Elle ne s'y attendait pas mais ... tu as lu la lettre. Elle l'a intégré. Elle l'accepte.

-Elle l'attend, grogna Simon.

-Je ne lui ai jamais dit qu'elle serait au courant dans la seconde. Juste qu'elle serait la première. Elle me l'a fait juré sur la tombe de Cédric je n'ai pas le choix, ajoutai-je quand Simon écarquilla les yeux.

-Elle doit être au courant avant Susan ?

-Donc ... tu veux que Susan le sache ?

Simon dressa un sourcil et assez étrangement, un sourire mutin s'étendit sur ses fines lèvres.

-Si tu arrives à mettre des mots sur ce qu'il y a à savoir, on dit que oui. Je t'écoute.

Je restai coite, l'esprit figé. Il m'avait piégé. J'adorais ce qui se déroulait en ce moment, être assise sur ce sèche-linge, les mains de Simon dans mon cou, ses doigts qui ne cessaient de s'agiter sur ma nuque, mes lèvres encore gonflées, brûlantes de notre baiser. Pour autant, je n'avais pas envie de mettre de mots là-dessus. Juste de ressentir, profiter, explorer, tester. Tout cela provoquait chez moi un mélange d'exaltation et d'euphorie et j'avais conscience que ces sensations délicieuses n'étaient là que parce qu'il s'agissait de Simon Bones. C'était à la fois simple et déroutant : j'étais plus électrisée, plus vivante quand j'embrassais Simon Bones que dans n'importe quel autre moment de ma vie. Parce que contrairement à Miles, les baisers se répercutaient partout en moi, de mon corps à mon esprit tout en prenant soin de faire vibrer mon âme et de débrancher mon cerveau. Je n'avais pas envie de mettre de mot là-dessus. Peut-être tout simplement parce qu'il n'y avait pas à en mettre. Notre relation opérait simplement une mue et tout ce que je savais, c'était que je voulais absolument poursuivre le processus. Comme pour le prouver, mes yeux tombèrent sur ses lèvres, minces, toujours étirées en ce fin sourire teinté d'une expression de défi. Un appel auquel je pouvais de moins en moins résister.

-Tu as gagné, cédai-je en arrachant mon regard à ses lèvres pour le planter dans ses yeux. Mais ... j'ai encore le droit de t'embrasser ?

Simon aurait pu s'empourprer. Reculer. Mais il se contenta de me sourire et de secouer la tête avec un air désabusé qui ne me parut absolument pas crédible. Parce qu'au moment même où j'avais parlé d'embrasser, ses yeux s'étaient glissés sur mes lèvres et j'avais senti ses doigts se mouvoir sur ma nuque avec plus d'insistance, comme s'ils étaient impatients de s'agiter de nouveau.

-Victoria, tu es épuisante, chuchota-t-il.

Mais même là il n'était plus crédible.

-Je prends ça pour un oui.

Et sans attendre, je passai de nouveau les mains à l'arrière de sa nuque et m'emparai de ses lèvres. Simon tenta de protester, de se dérober à moi mais comme chaque fois il céda sous la forme d'un petit soupir qui occasionna un rire de ma part. Simon l'étouffa en plaquant sa bouche sur la mienne, ses mains toujours fermement ancrées de chaque côté de mon visage et je sus qu'il n'était pas près de renoncer à cette façon si efficace de me faire taire. Sans attendre, je répondis à son baiser, heureuse d'être certaine d'avoir la maison pour nous pour encore une heure, vivifiée par ces sensations. C'était incroyable de se sentir si vivante, assise sur un sèche-linge, dans l'obscurité rassurante de mon cellier qui rendait nos traits anonymes, brouillait nos identités. Pourtant j'en eus conscience dans chaque instant : c'était bien Simon que je sentais nous mes doigts, sous mes lèvres. Simon dont je découvrais à présent une autre dimension sans avoir à lui arracher. Dépêche-toi de vivre, m'avait enjoint Emily dans sa lettre, et à ses mots je pressai encore plus mon visage contre celui de Simon. Pour l'heure qui demeurait, c'était bien mon intention.

***


Aloooooors?

J'espère que vous êtes des flaques dans votre lit/canapé/chaise/peu importe. Parce que même moi après avoir écrit ça j'étais une flaque de Perri ahah !

C'est après ce chapitre que j'ai décidé que je ne voulais écrire que du Simoria.

Mais j'ai quand même la guerre sur le feu donc je ne vais pas l'oublier ! Mais Franchement ARGH c'est si tentant, j'aime trop les écrire ensemble, trop de chose et dynamique à travailler, trop de moment cute à faire.
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

J'ai jamais le time de commenter shame on me !! J'ai même pas le temps d'avancr su mes projets alors que j'ai plus d'idées ! Oh putain pourquoi je me plain quand j'ai Simon et Victoria qui s'embrassent sous mes yeux ! Je les aime tellement ! Bref, gg Perri pour ton histoire ! Merci beaucoup !!
Quetzalbleu

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

Je suis en retaaaard !!!
C'est après ce chapitre que j'ai décidé que je ne voulais écrire que du Simoria.
OUI, je pense que tout le monde te comprend de ce côté, on les a-dore (je fonds à chaque fois sksks)
Bref ils sont trop CUTE et l'histoire est trop bien je suis accro
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Hello!

Chapitre 29 héhé
La citation en titre de chapitre (pas celle des Evadés), ca vient d'où ?
Pas d'appartement, mais une petite maison pour Melania et lui, décorée avec goût et dont le jardin était ombragé par un saule pleureur.
MOI AUSSI JE VEUX CA
Un chaudron trônait au milieu de la cuisine où hurlait le poste radio que mon frère s'était offert à ses dix-huit ans.
J'adore ce mélange :lol:
Plus j'observais la petite maison qui commençait à prendre des airs de foyer, plus je l'aimais.
Mais moi aussi ça fait trop envie
C'est juste un thé et il y aura peut-être la copine d'Ulysse .
Bah voilà Octavia ça fait de la compagnei
-La première touche à droite des trois touches noires.
Moi qui joue du piano j'ai pas compris :lol:
Cest balaise de savoir accorder un piano
aussi me dépêchai-je de nettoyer tout ça d'un coup de baguette
Tellement pratique T.T
Ooh mais il est trop CHOU cet Alexandre je suis contente que les choses aillent mieux entre eux
-En me dispensant de thé chez les Selwyn ?
Bien tenté Vicky
-Tu vas laisser papa et maman seuls avec Thalia Selwyn, c'est ça que j'entends ?
Ah parce que c'est TOUTE la famille ???
et son accordage précis et express le prouvait encore.
Bien ce que je disais
Et quand est-ce que le crapaud vient voir ma maison ? J'ai l'impression de ne plus jamais le voir, lui ...
Tu le verras bien assez pour le restant de tes jours héhé
Mais je ne sais pas, maintenant que je n'y suis plus, elle me manque.
Mais évidemment ça pue la ville
qu'on accroche une photo des champs de Terre-en-Landes ici ?
Une photo du moulin ?
J'ai failli louper un virage à la regarder – il est là le côté illégal, il se pouvait que j'étais à cent-cinquante kilomètre-heure.
Ca m'a l'air bien dangereux son affaire :lol: Non plus sérieusement c'est trop mignon ce date clandestin :')
-Je te ramène ton crapaud dans la semaine, ça fait un moment qu'il n'a pas sorti le nez ses bouquins, lui promis-je avec un sourire.
WOUHOU DU SIMORIA (ou du Simandre ?)
elle a trouvé la marque des ténèbres flottant au-dessus la maison
Oh non T.T J'appelle pas ça un petit problème T.T
Dépêche-toi de vivre.
C'est affreuuuux
et ça rejoint ce que Miles lui avait dit sur son espérance de vie
C'est HORRIBLE de se désartibuler !

Bonjour au fait.
Trop drôle :lol: :lol: :lol:

(DU SIMORIAAAA)
Bref, ne t'y pointe pas, tu ne me verras pas.
Zut je voulais qu'elle les crame :lol:
Ce n'est pas grave, ce sera pour le prochain !
C'est beau cet optimisme
C'est terrible cette lettre, elle essaie tellement de rester positive malgré tous les trucs qui partent en cacahuète
par contre c'est cool de la voir s'affirmer !
J'étais avec le professeur Shelton
Je me demande où est Noah dans tout ça :lol:
je jouis du fait d'être le fils d'Edgar Bones
Il l'a dit :')
Les sourcils de Simon se froncèrent avant qu'il ne comprenne ce à quoi je faisais allusion et s'empourpre violemment.
Pouehehehehe
-De nous ! s'exclama Simon en levant les bras au ciel. De moi, du fait que tu ne saches pas comment réagir, que je ne sache pas comment réagir !
Il faut bien en passer par là mon pauvre petit pote
Mais contente qu'ils PARLENT au mois
Tu le savais, tu l'as dit toi-même : tu n'attendais rien !

-Et c'est vrai !

-Alors pourquoi j'ai l'impression que tu attends quand même quelque chose ?
C'est marrant j'en parlais à Clem l'autre jour quand on parlait de notre série : faut arrêter avec le "je n'attends rien de toi" j'y crois pas du tout :lol:
-Non, ce n'était pas avec toi ...
C'est vraiment pas le genre de choses à diiiire

C'est terrible mais j'adore cette scène :lol: C'est tellement eux :lol:
-Avoir ta main dans la mienne, ce sont des attentes trop élevées ?
Mais grave il fait pas d'effort

COUCOU SIMORIAAAAAAAA
Alors maintenant, essaie de me promettre de parler et moi je promets de ne plus retirer la main. On fait ça ?
BRAVES PETITS
CA C EST UNE RELATION SAINE
-Si tu arrives à mettre des mots sur ce qu'il y a à savoir, on dit que oui. Je t'écoute.

Je restai coite, l'esprit figé. Il m'avait piégé
Pouahahaha bien joué Simon

"J'aime ton frère et il m'aime" ça marche pas ?
J'espère que vous êtes des flaques dans votre lit/canapé/chaise/peu importe
Mon portable est en train de charger donc je ne peux pas t'envoyer une photo de ma tête mais c'est à peu près ça hahaha

Au-delà du Simoria le moment avec Alex était vraiment sympa, je suis contente que leur relation se soit apaisée, et idem Alex-Melania (par contre le thé chez les Selwyn ça promet)

(et du coup le titre du chpiatre vient juste de la lettre d'Emily j'ai compris haha)

J'ai trop hâte de voir le match de Quidditch !
Et tu écris très bien le couple ma petite Perri
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

I'M LATE

Et pas trop le temps de discuter parce que je dois finir un dossier pour demain - bon il avance bien il sera prêt mais quand même - et voilà c'est le Ballon d'Or ce soir et j'ai peur que ce soit Messi, et LE BIATHLON EST DE RETOUR et le co-leader du général est SIMON DESTHIEUX UN FRANCAIS MAIS OUI MAIS OUI ! Trop de consécration pour lui je suis si heureuse.

ALLEZ CHAPITRE ! Bonne lecture <3


***


Plus un détail apparaît outré plus il mérite de retenir l'attention ! Le détail qui semble compliquer un cas devient, pour peu qu'il soit considéré et manié scientifiquement, celui qui permet au contraire de l'élucider le plus complètement.

- Arthur Conan Doyle
Le Chien de Baskerville
***


Chapitre 30 : Suivre la piste.

Raide comme un piquet sur le magnifique sofa de soie bleue roi, je gardais mes yeux rivés sur la somptueuse horloge astronomique qui occupait tout un pan du mur du salon d'apparat du premier étage de la demeure des Selwyn. Le magnifique manoir dissimulé en plein quartier de Westminster, à Londres. Pour la première fois de ma vie, j'avais eu enfin l'impression de parcourir les rues de la capitale et j'avais passé mon chemin la terre en l'air à tenter d'apercevoir tous les monuments connus de la ville, avant qu'Alexandre ne me tire fermement vers une grille ouvragée dans un style baroque qui se fondait parfaitement dans le décor ambiant. Melania nous avait attendu derrière, un grand sourire aux lèvres, vêtue d'une magnifique robe d'un bleu canard qui chatoyait sous le soleil. Elle avait ouvert la grille sur un chemin de pierres blanches qui serpentait entre les grands bâtiments de l'avenue moldue. Une fois émergé des deux murs étouffants, au lieu de la nouvelle rue moldue attendue en parallèle, nous étions devant le manoir ouvragé des Selwyn, niché dans un écrin de verdure qui ouvrait sur Hyde Park. Loin d'être une demeure lugubre à la gloire des anciens et du Sang-Pur comme pouvait l'être la maison des Black – à l'autre bout de la ville – c'était un endroit plein de charme, de lumière et de bon goût. Ulysse y évoluait comme un duc illuminé, fier de sa bibliothèque et Melania caressait comme un rituel le somptueux piano à queue qui ornait le salon principal. Julius montrait à mes parents avec fierté les portraits animés de ses ancêtres – et je fus certaine de voir ma mère retenir un haut-le-corps – pendant que Thalia donnait plein d'ordre à l'elfe de maison. La pauvre créature avait beau se faire la plus petite et la plus invisible possible, je n'en avais pas moins perçue sa présence – et les marques sur les jointures de ses mains. J'en avais lancé un long regard furieux à Melania qui s'était contentée de hausser les épaules, l'air de me dire « qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? ». Il se pouvait que la fusille encore du regard alors que le thé s'achevait dans une sorte de raideur ambiante qui n'était pas agréable à supporter, malgré le bel environnement.

-Vingt-deux ans, un âge magnifique, disait Julius Selwyn en reposant sa tasse de thé. Nous venions de nous fiancer, ma chère, vous vous en souvenez ?

Thalia se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête poli. Le vouvoiement du couple Selwyn arrachait chaque fois à mes parents un regard incrédule. L'elfe de maison remarqua que la tasse de ma mère était vide et se dépêcha de la servir. Ma mère sursauta, une main sur le cœur et jeta un regard dégoûté à l'étrange créature aux oreilles de chauve-souris. Mon père, lui ne préférait y regarder.

-Si l'elfe vous indispose, nous pouvons la renvoyer dans sa chambre, proposa Melania avec douceur.

Je me retins de pousser un soupir de dédain que parut entrevoir mon frère quand il me jeta un regard d'avertissement. Pour être déjà venu plusieurs fois au manoir, il semblait incroyablement à l'aise dans ce décor fast et parvenait à garder une expression neutre devant la mine revêche et glaciale de Thalia Selwyn.

-Non, non, la rassura immédiatement ma mère, l'air néanmoins déboussolé. C'est juste ... un peu surprenant. Comment s'appelle-t-elle ?

Melania s'apprêtait à répondre mais sa mère la coupa sèchement :

-Son nom importe peu. Elle est censée d'être une invisibilité incontestable. N'est-ce pas ?

Son œil froid se darda sur la pauvre créature, retranchée dans l'ombre du fauteuil de ma mère, la théière entre ses longs doigts barrés de cicatrice. Quelque chose me disait que de nouvelles balafres blanches viendraient les ornait sous peu ...

-Oui, madame, couina l'elfe en s'inclinant. Excusez-moi, madame ...

-Ne t'excuse pas, file.

Ma mère porta une main horrifiée à son cœur devant la sècheresse du ton de Thalia et ne put retenir un cri de surprise quand l'elfe transplana avec un « crac » sonore. Mon père, lui, avait la mâchoire si contractée qu'il me semblait impossible qu'il laisse échapper une seule parole de plus.

-Ecoutez, ce n'était pas la peine, déclara finalement ma mère, remise de sa surprise. De toute manière, il est dix-sept heures, nous devons y aller ...

C'était bien que je lisais sur l'horloge depuis dix minutes, dix longues minutes que j'attendais que mes parents sonnent la retraite de cet inconfortable thé. J'étais si prête à partir que ma tasse encore à moitié remplie me sauta presque des mains et je dus faire un effort surhumain pour ne pas bondir du sofa. Crispée, j'attendis que ma mère se lève et tende une main amicale à Julius. Le père de Melania parut étonné et son regard passa brièvement sur mon père, toujours statique, quand il daigna prendre la main de ma mère.

-Monsieur Selwyn, c'était un plaisir pour nous de fêter l'anniversaire de votre fille avec vous, annonça-t-elle avec un petit sourire.

-Je vais chercher vos capes, comme notre elfe est parti, proposa Ulysse. Bennett, et si tu venais m'aider ?

-Ulysse, gronda sourdement son père.

-Victoria pardon. Un si joli nom, on ne devrait en occulter une seule syllabe !

-Bon sang, étouffe-toi, marmonnai-je en le suivant dans les corridors de la demeure.

Un sourire de coin fendit le visage d'Ulysse et il posa un index sur ses lèvres.

-Sois gentille, Bennett. Souviens-toi qu'on est dans le même camp, maintenant ...

-Difficile à dire, j'ai l'impression que ta mère a passé son après-midi à vouloir me réduire en cendre d'un seul regard !

-Connaissant ma mère, ce serait plutôt en statue de glace, évalua-t-il en me guidant vers une immense penderie dans le vestibule. Bon, comment ça marche, cette chose ...

Il claqua deux fois des mains avec une autorité qui me fit lever les yeux au ciel – vers le splendide lustre suspendu orné de feuilles de bronze et de délicates fleurs d'argent. Les portes aux boiseries raffinées s'ouvrirent alors en grand, révélant trois rangées superposées de capes, manteaux, chapeau et écharpe en tout genre. Un nouveau claquement de main d'Ulysse et les cintres s'envolèrent pour nous descendre élégamment toutes les affaires de ma famille. J'allais attraper ma cape mais Ulysse m'en empêcha d'un geste agacé de la main.

-Mais non enfin, Bennett ! Les cintres vont nous suivre !

-La magie ça rend vraiment fainéant, râlai-je alors que nos tenues s'alignaient parfaitement derrière Ulysse, prêtes à le suivre. Pourquoi tu avais besoin de mon aide si c'était si facile ?

-Ah, ça c'est un autre débat.

Il écarta un pan de son veston et en tira un rouleau de parchemin qu'il me tendit avec une mine immensément plus sombre. Je le saisis, interloquée et prête à le dérouler quand Ulysse claqua de la langue d'un air agacé.

-Enfin Bennett ! Tu verras ça chez toi ! Tiens, cache ça avec ce qui te sert de cape !

Sans délicatesse, il me jeta ma cape à la figure et je me retrouvais aveugle et engloutie sous une masse de tissu. Je la repoussai si maladroitement que ça arracha un soupir de dépit à Ulysse.

-Sincèrement, je me demande ce que Bletchley te trouvais ...

-Je me pose toujours la question pour Octavia ! rétorquai-je dignement.

Les joues rouges de confusion, je ramassai ma cape qui gisait à présent à terre et rangeai le parchemin soigneusement dans l'une des poches intérieures. Le regard d'Ulysse s'y était accroché jusqu'à ce qu'il disparaisse et un fin sourire vint ourler ses lèvres.

-Je pense que la réponse à ta question se trouve justement là-dedans. Au fait, Bones n'est pas venu jouer les chiens de garde ?

Je lui jetai un regard acéré. Pour tout dire, j'avais poussé pour forcer Simon à venir, mais celui-ci refusait l'idée même de se retrouver devant Alexandre en ce moment – et ça m'agaçait fortement – en plus de n'avoir aucune envie de passer l'après-midi avec les Selwyn – ce sont je ne le blâmais pas. Enfin, j'étais presque persuadée qu'il était depuis ce matin au QG avec Bill Weasley : l'un des membres était revenue d'une mission en Irlande avec une blessure magique inquiétante qui demandait leurs compétences.

-Tant mieux, poursuivit Ulysse devant mon mutisme. Je t'avouerais que supporter l'ex-petit-ami d'Octavia, ce n'est pas ce que je préfère.

Je haussai les sourcils et le rejoignis en quelques foulées sur l'immense escalier qui menait à aux étages supérieurs. Il était éclairé par une immense verrière qui donnait sur Hyde Park. Le tout rendait l'endroit extrêmement agréable, mais ce n'était rien comparé à l'air gêné d'Ulysse quand il avait compris que j'étais revenue l'interroger.

-Alors c'est tout ce que tu vois en Simon ? me moquai-je joyeusement, ma cape soigneusement pliée sur mon bras. Pas qu'il est major de notre promo, pas qu'il fait parti de l'une des familles les plus influentes, mais qu'il est l'ex d'Octavia ?

-Tant mieux pour lui s'il est major de notre promo, cingla Ulysse pour se redonner contenance. Et concernant sa famille, son influence est singulièrement réduite depuis la mort d'Amelia : heureusement que leur père continue d'être un pit-bull sinon crois-moi ce serait la fin des Bones.

-Mais tu as peur de lui quand même ...

-Peur de quoi ? cracha-t-il d'un ton presque venimeux. Je dis juste que ce n'est pas agréable le voir accroché à tes basques ou de savoir qu'Octavia passe une partie de son temps chez lui pour votre projet.

Le mépris qui avait transparu dans sa voix doucha mon amusement. Je me doutais qu'Ulysse devait rire devant les pages qui commençaient à s'aligner et qui tendaient à expliquer pourquoi nos cultures s'enrichissaient, mais l'entendre était hautement désagréable.

-Tu devrais être fier d'elle au lieu de dédaigner son travail, répliquai-je vertement. Je ne sais pas ce qu'il y a dans ma cape, Selwyn, mais sache que même avec ça tu n'arrives pas à la cheville d'Octavia McLairds.

-Et je suppose que Bones lui la méritait ?

Je ne sus quoi répondre à cela, d'autant que ces paroles furent accompagnées d'une crispation de sa main au niveau de la poche de son veston. Mon regard suivit le mouvement et Ulysse se détourna, les dents serrées.

-Laisse tomber, Bennett.

-Tu me caches quoi, là ?

-Rien.

-Ça, ça veut dire « quelque chose ». Mais ... ce ne serait pas une bague ?

J'avais lancé ça par hasard, simplement pour embarrasser Ulysse mais l'embrasement de son visage m'indiquait que, contre toute attente, j'avais visé juste. Sans pouvoir m'en empêcher, j'éclatai d'un rire incontrôlable qui nous obligea à nous arrêter sur un pallier face à Hyde Park et que je tentai vainement d'étouffer dans ma cape. Ulysse avait soudainement un regard semblable à celui de sa mère : prêt à me transformer en bloc de glace si le pouvoir lui était conféré.

-Oh mon Dieu ... !

-Je te jure que si ça sort d'ici, Bennett, je te transforme en grenouille ! persiffla Ulysse.

-Vas-y je te laisserais te débrouiller avec Simon, haletai-je en essuyant mes larmes de rire. Oh Seigneur tu vas vraiment la demander en mariage ! Tu sais que mon père est Pasteur, tu veux qu'il officie ?

-Tu vas te taire ? martela-t-il entre ses dents. Mes parents ne sont même pas au courant !

-Oh je suis la première ? Je suis touchée !

-Bennett ! Reprends-toi, par Merlin !

Avec beaucoup de difficulté, je réussis à calmer mon hilarité sans pour autant parvenir à effacer un sourire de mon visage. A moitié satisfait, Ulysse reprit sa marche en avant, suivit des trois cintres qui volait à quelques centimètres des marches et de moi qui tentait toujours de retrouver une expression neutre. Il m'attendit avant d'entrer dans le salon d'apparat et maugréa de nouveau :

-Pas un mot. Même à Bones – surtout à Bones.

Pour ne pas prendre le risque à nouveau m'esclaffer, je préférais faire le signe de verrouiller mes lèvres et de jeter la clef avec un innocent sourire. Ulysse ne parut pas rassuré par la silencieuse promesse, mais ouvrit néanmoins la porte avec la mine affable qu'il réservait toujours à la bonne société – un masque qu'il avait en commun avec Octavia. Mes parents et Alexandre récupérèrent leurs affaires et la famille au complet nous raccompagna jusque la grille qui ouvrait sur le quartier de Westminster. Melania repartait avec nous et Ulysse m'adressa un long regard accusateur de ses yeux bleus glacés jusqu'au moment où je disparus de sa vue en tournant à l'angle de la rue.

-Au fait, lançai-je à Melania. Est-ce que les normes sorcières vous autorise à vivre ensemble sans être mariés ?

Melania parut s'étrangler devant ma question et Alexandre jeta un regard paniqué à mon père qui marchait avec ma mère quelques mètres plus loin.

-Mais ça ne va pas de parler mariage devant papa, toi ! Tu sais combien il rêve de pouvoir nous marier, à défaut qu'on ait attendu le mariage pour avoir des relations sexuelles !

-Alex, par les chaussettes de Merlin, soupira Melania quand je m'étranglais de panique à mon tour. Et pour répondre à ta question : ça dépend des familles, comme les moldus. De manière générale, on reste plus puritain mais la mienne l'est particulièrement. Donc non, on n'est pas censé ni vivre ensemble ni avoir des relations sexuelles, puisqu'Alex en parle de façon si élégante ...

Elle fusilla son petit-ami du regard, qui ouvrit les bras avec une mine indignée.

-En fait je parlais surtout de Tory !

-Dis-le plus fort, papa n'a pas encore entendu !

-Néanmoins, reprit Melania, comme pour faire cesser nos chamailleries, j'ai décidé que je m'en fichais, comme mon jumeau se fiche de l'honneur de la famille ou ma petite sœur de la notion d'éthique. Laisse tomber : Ulysse sera le seul enfant parfait des Selwyn et c'est très bien comme ça parce que maintenant c'est lui l'héritier. Tout le monde se fiche de comment vit la fille.

Et visiblement, elle n'en percevait aucune amertume car ça lui permettait de se promener en plein Londres main dans la main avec un moldu. Un léger sourire effleura mes lèvres quand je les contemplai, aussi insouciant que pouvait l'être un jeune couple malgré les nuages hivernaux. Si Ulysse respectait les mœurs familiales, le mariage était l'unique moyen de passer une étape avec Octavia, de lui prouver à quel point elle importait pour lui. C'était à la fois attendrissant et risible, sans qu'un sentiment ne prenne le pas sur l'autre. Dans un geste compulsif, je plongeais ma main dans ma poche pour en retirer le rouleau de parchemin qu'il m'avait confié. Il n'était pas scellé et se déploya naturellement dans ma main, comme s'il frémissait d'être lu. Ma lecture fut troublée par mon frère qui vint passer un bras autour de mes épaules.

-Mais cela dit, Tory, puisqu'on parle de chose qui ont à voir avec les garçons ...

-Mais ça n'a rien à voir, protesta Melania.

-... Dis-moi tout, rien depuis le petit sorcier ?

Je fus heureuse d'avoir les yeux rivés sur le parchemin pour avoir une excuse de ne pas lever les yeux sur Alexandre. A dire vrai, j'étais si prise par le déchiffrement des colonnes de chiffre qui le noircissait que je ne pris même pas la peine de rougir et que le nom de Simon traversa mon esprit sans s'y attarder.

-Non ... C'est calme ...

Cette fois, je revis clairement le visage de Simon s'imprimer dans mes pensées et je secouais la tête comme pour chasser un insecte. Mon frère ne s'avoua cependant pas vaincu et renchérit :

-Vraiment ? Pas de beaux sorciers au Quidditch ? Pas d'ancien camarade de classe qui déprimerait de ta charmante présence ?

-Arrête de vouloir corrompre ta sœur, intervint soudainement mon père, me faisait sursauter. Laisse-la faire les choses à son rythme !

Au ton de mon père, on devinait sa fierté à ce que mon rythme soit selon lui lent et conforme au sien et cette confiance me tordit le ventre. Je dardai un regard oblique sur mon frère, agacée d'être face à mes omissions par sa faute mais il me désarma d'un immense sourire.

-Je veux juste le bonheur de ma petite sœur, papa, comme nous tous ici ! Bon, qu'est-ce que tu nous lis, Tory ...

-J'en sais rien, admis-je en toute sincérité.

Mais la mention du Quidditch par Alexandre m'avait donné une échappatoire et que je concrétisais en trouvant des yeux une ruelle qui s'enfonçait dans les entrailles de Londres. J'adressai un sourire d'excuse à mes parents et me défis souplement de la prise de mon frère.

-Ça vous dérange si je vous laisse ? Je dois passer au centre ...

-A cette heure ? s'étonna ma mère.

-Eden a dit que je pouvais venir m'entrainer avec lui si je ne finissais pas trop tard ...

-Eden, répéta Alexandre, le regard étincelant. Tiens donc et qui est Eden ?

-Alex !

Le cri de Melania et de ma mère fit rentrer la tête de mon frère dans ses épaules et j'eus un sourire triomphal, d'autant que mon père me donna son accord d'un hochement de tête. Je leur adressai un dernier signe avant de me dépêcher sur le passage piéton le plus proche et de traverser la rue en direction de la ruelle que j'avais repéré. Je n'eus à la parcourir de quelques mètres pour trouver un nouvel embranchement discret où je pus transplaner en toute quiétude, le parchemin d'Ulysse crisper entre mes doigts.

***

-C'est un code vous pensez ?

-C'est donné par un putain de Sang-Pur. Moi, j'y touche pas.

Tonks et moi nous accordâmes pour jeter un regard exaspéré à Podmore, assis au bout de la table de la cuisine à lire un épais traité de magie défensive qu'Arthur Weasley avait déniché dans la bibliothèque des Black. L'unique autre personne présente dans la pièce était une femme que j'avais entraperçu qu'une fois et qui se nommait Hestia. Elle était assez mignonne, dans la trentaine avec des joues constamment rougies et des boucles châtains ébouriffés. Elle était occupée à faire les comptes à la place de Maugrey et ne prêtait absolument pas attention à notre discussion en bout de table.

-Le Sang-Pur en question veut prouver à sa belle qu'il est quelqu'un de bien, rétorqua vertement Tonks, les mains plaquées de chaque côté du parchemin. Peu importe ce que sont les colonnes de chiffres, elles doivent signifier quelque chose ! Qu'est-ce qu'il fait chez les Selwyn ?

-Rien, il est dans une section de commerce au Ministère, pour l'instant, répondis-je. Mais il a promis à Mel qu'il vérifierait les transactions de sa mère, peut-être que ça a un rapport ...

-Merveilleux mais ça ne nous dit pas ce que veulent dire les chiffres. Bon sang, je n'y comprends rien, je n'ai jamais été douée en math !

-Qui l'est ? rétorqua tranquillement Hestia sans quitter son cahier des yeux. Poudlard ne nous apprend pas les maths, elle nous apprend que la magie ...

-Et ça nous appauvrit dans d'autres domaines, confirmai-je avec un sourire.

Hestia me le rendit avant de lécher son doigt et de tourner une page. Elle écrivait au stylo, remarquai-je avec un certain amusement. Cela suggérait certainement une ascendance moldue ...

-On se calme les révolutionnaires, marmonna Podmore avant de tirer la feuille à lui. Pourquoi on s'y intéresse aux Selwyn ? A part les interactions entre la femme et Yaxley ...

-Et le fils qui vit chez Rowle : on a déjà trop de ponts ! rappela Tonks, l'air excité. S'il nous fournit une preuve supplémentaire ...

-On est sur la surveillance de Barjow et Beurk, la coupa brutalement Podmore. Donc la colonne de chiffre, on va la donner à Kingsley.

J'échangeai un regard déchiré avec Tonks. J'avouai avoir un mal fou à me détacher du parchemin qui m'avait été dûment confié, de ce qu'il pouvait nous apporter mais Podmore avait raison. Nous n'étions pas nous occuper de cet aspect-là, mais seulement de ce qui se déroulait chez Barjow et Beurk. Résignée, Tonks finit par repousser le parchemin sur la table au moment même où Fletcher entrait dans la cuisine, un George bougonnant sur ses talons.

-'Lut, nous salua l'escroc en prenant place sur le banc. Hestia, toujours aussi ...

-Bonjour Ding, l'interrompit rapidement la jeune femme sans tourner le regard vers lui.

Fletcher leva les yeux au ciel et gratta sa barbe rousse de trois jours. J'ignorais combien de temps Podmore l'avait laissé sous la douche quand nous l'avions ramené, mais il amenait toujours avec lui des effluves d'alcool et de tabac.

-Ouais, bref. Bon je vous ai ramené un des doubles, là. J'espère que j'ai pris le bon.

-Mille gargouilles Ding, fais un effort ! râla Podmore en jetant un regard oblique à George. T'es le bon ?

-Non, je suis venu jouer aux bavboules, railla George.

Il s'installa en face de moi et évita soigneusement le regard que je tentai d'accrocher. Mon cœur se serra. Oui, c'était le bon et visiblement il m'en voulait encore de ne pas l'avoir soutenu face à Maugrey. Inconsciemment, je passai les doigts sur mon bracelet, comme pour prier les perles noires et or de me rassurer et au petit soleil de m'apporter un peu de chaleur. Podmore contempla longuement George et sa mine morose, le visage fermé.

-Arrête de faire la tête, petit. C'est déjà bien que Maugrey te laisse continuer la mission avec nous vu ce que vous nous avez fait la semaine dernière. C'est comme ça ici, il faut vite passer à autre chose si on ne veut pas sombrer.

Hestia se tendit à ces mots et osa un petit regard vers Podmore.

-Comment elle va ... ?

-On ne sait pas. Toujours en haut.

Comprenant qu'il faisait référence à la personne qui avait été blessée en mission, je restai coite mais sentis mon regard s'orienter vers le plafond. « Elle ». Je n'avais pas vu énormément de fille dans le QG, excepté Tonks et Hestia, et le seul autre visage féminin qui me vint à l'esprit était celui de Renata Morton ... Une éternité que je n'avais plus vu mon ancienne camarade de Poufsouffle. Mes doigts se crispèrent sur le breloque « petit soleil » et j'entendis à peine Podmore reprendre :

-Bref, il va falloir qu'on soit efficace les enfants et pour ça il faut coopérer et agir en équipe – exactement le contraire de ce que vous nous avez fait pour attraper Ding.

Son regard courroucé se planta sur l'escroc qui leva les deux mains en signe de bonne foi.

-Hé, je suis là maintenant. Dettes effacées, opérationnalité maximale. Mais de ce que j'ai pu entendre depuis Swansea, vous avez raison de vous intéresser à Barjow et Beurk.

Je sentis l'atmosphère changer, s'étouffer, et toutes les attentions – même celle de la discrète Hestia – se braquer sur Fletcher. Loin de se délecter d'être ainsi le centre de la pièce, il poussa un grognement de dépit. Ses yeux injectés de sang semblaient singulièrement vides.

-A ce qu'il paraîtrait, Barjow cherche une pièce. Un truc rare, pas mal chargé en magie noire. Il a fait tous les fournisseurs que je connais mais ils ne m'ont jamais dit la pièce en question. Mais tous s'accordaient à dire que le vieux avait l'air terrifié et ça les faisait bien rire.

-Quand on a Yaxley et Lestrange aux fesses, ça se comprend, songea Tonks, l'air sombre.

Elle repoussa la mèche d'un châtain souris qui lui barrait le front. Un pli soucieux était apparu entre ses sourcils et elle ne riait plus du tout, à présent.

-Donc il est sans doute question d'une pièce. Ce serait pas mal qu'on ait la nature de la pièce, à quoi elle sert. Peut-être que ça n'a rien à voir ...

-Tout ce qui est en rapport avec la magie noire a à voir, répliqua Podmore. Trouve la pièce, Ding, nous on va continuer à surveiller.

George essuya un petit rire incrédule et je me trouvai une passion soudaine pour la contemplation du plafond. Sur son bout de table, Podmore s'était raidi.

-Quoi encore, Weasley ?

-Rien. Juste, vous continuez de donner vos ordres sans prendre en compte nos avis ou nos propositions. Mais c'est cool, normal. On est des gosses après tout.

Il n'avait même pas pris la peine de cacher l'ironie dans sa voix et Podmore se leva lentement de la table, d'un air que je sentais menaçant. Les mots de Simon tournèrent l'espace d'un instant dans mon esprit : à trop nous mettre à l'écart, quelqu'un ferait une bêtise. Les jumeaux en tête ...

-Il a raison.

Tonks me lança un regard d'avertissement mais je l'ignorais pour lever les yeux sur Podmore. Il avait dressé un sourcil, dubitatif.

-OK, on a fait une bêtise chez Fletcher, avouai-je, vaguement intimidée. Mais c'était pour aider : on piétine littéralement. Surveiller et faire le pied de grue devant Barjow et Beurk ça reste limité. On ne pourrait pas ... je ne sais pas, utiliser les oreilles à rallonges ?

Je tentai un coup d'œil vers George, guettant son approbation et espérant que l'allusion à sa création le radoucirait. Sans être parfaitement attendri par la tentative, il me désigna néanmoins d'une main d'un air évident.

-Voilà des propositions sensées ! Ou je remets sur la table le polynectar. Je sais que c'est difficile à préparer et que nos ressources sont précieuses, ajouta-t-il avec un ennui palpable quand Tonks ouvrit la bouche. Mais je demande à peine une demi-gorgée : on se faufile derrière Yaxley quand il rentre et hop ! Ou derrière un fournisseur de Ding ! Promis je vous prépare la potion moi-même !

-Toi ? douta Fletcher avec un ricanement.

-Il fait bien un amortentia parfait, le défendis-je.

Cette fois, l'esquisse d'un sourire se dessina sur les lèvres de George et j'ajoutai résolument :

-S'il nous prépare lui-même le prochain stock de polynectar, est-ce qu'on peut envisager d'essayer ? Juste histoire ... de changer un peu de méthode.

Tonks et Podmore échangèrent un long regard. Je sentais la jeune femme sensible à nos propositions, à notre fougue mais le colosse paraissait sceptique. Il finit néanmoins par céder avec un soupir.

-Très bien. Mais je tente, pas la peine que vous nous mettiez en danger, petites canailles. Trouvez-moi des cheveux de moldus, Ding trouve nous la pièce et vous, préparez-vous à prendre des notes et à cacher vos stupides et détectables ficelles.

-Je vais demander à Bones s'il n'a pas un sortilège qui les rendrait moins détectable ...

-Laisse ton frère s'occuper Bones, toi tu as une potion à faire. Fissa Weasley !

-Et Bones est occupé là tout de suite, rappela Tonks avec un regard inquiet pour les plafonds.

Un silence sinistre s'en suivit durant lequel seuls retentirent les gouttes qui s'échappaient du robinet derrière Podmore et s'écrasaient dans l'évier. J'étais encore en train de me demander si Renata était la victime quand la lumière de la cage d'escalier s'alluma brusquement, découpant trois ombres dans la pierre. Une femme émergea vite de la noirceur et j'eus l'impression qu'un soleil entrait dans la pièce et chassait par sa simple lumière la morosité ambiance. Grande et gracieuse, elle exécuta avec enthousiasme une pirouette qui vit de ses longs cheveux blonds argentés un véritable halo autour de son visage de porcelaine.

-Comme neuve ! annonça-t-elle en étendant sa jambe sur le banc.

-Ne t'en vante pas trop, la prévint Bill en arrivant derrière elle.

Il attrapa la jeune femme par la taille et plaqua un baiser dans ses cheveux. Son visage fut illuminé par l'aura qui semblait émanait de la jeune femme qui lui adressa un sourire étincelant. Elle dégagea enfin son visage et je me retrouvais face aux traits d'une perfection insolente de Fleur Delacour, championne de Beauxbâtons. J'en fus si abasourdie que je pris à peine conscience que la troisième ombre appartenait à Simon et qu'il s'était glissé à côté de moi sur le banc. Il laissa sa baguette tomber sur la table et elle roula sur quelques centimètres devant moi. Cet abandon manifeste arracha mes yeux aux traits envoutants de Fleur et je suivis longuement le cours de la baguette des yeux avant de poursuivre jusqu'à la main de Simon affalée sur la table pour le découvrir prostré, la tête niché dans son coude, l'air au bord de l'épuisement. Aussitôt, je passai une main dans son dos et il lâcha un soupir sans pour autant se redresser.

-Ça va. J'ai juste ... fatigué. Chercher le contre-sort toute la nuit.

-Et appliqué avec brillo, apprécia Fleur, toujours souriante. Encore une fois, merci Simon !

Les deux syllabes du prénom de Simon furent déformées par son accent français, le rendant étranger, inidentifiable. Pourtant elle appuya ses dires en se précipitant vers lui : elle prit sa tête entre ses doigts fuselés et plaqua un baiser sur la tempe accessible de Simon qui rendit sa peau rouge pivoine. Malgré moi, mes sourcils s'envolèrent et je perçus du coin de l'œil George cacher son fou rire dans sa main. En se redressant, les yeux bleus de Fleur se posèrent sur moi et son regard s'écarquilla.

-Victoria ?

Quelque chose dans sa voix, dans l'agrandissement stupéfait de ses yeux, dans l'accent français qui écorchait mon prénom, me ramena presque deux ans en arrière où elle m'avait également contemplé avec cette même surprise, ce même cri étonné, couverte de terre sèche et les vêtements déchirés. Et elle poursuivit exactement de la même façon, comme dans un mauvais rêve, une parodie de pièce, en m'attrapant par les épaules.

-Mon dieu oui, c'est toi !

Sans attendre, elle fondit sur moi et plaqua deux baisers brûlants sur mes joues, geste si inattendu et si étrange qu'il claqua la bulle désagréable dans laquelle j'étais emmurée et cassa le fil de mes souvenirs. Sans vergogne, elle se fraya un chemin pour s'assoir entre Simon et moi, les mains toujours crispées sur mes épaules et l'air toujours un peu déboussolée.

-Oh la la ... Tu me reconnais ?

-Oui, bredouillai-je, déroutée. Oui, bien sûr ... juste ...

A présent qu'elle était en face de moi, plusieurs questions se bousculaient dans mon esprit. Que faisait-elle là, elle la française de Beauxbâtons ? En Angleterre et au QG de l'Ordre du phénix ? Pourquoi venait-t-elle s'embrasser Simon ? Comment avait-elle pu reconnaître mon visage noyé dans tant d'autre ? Elle esquissa un pauvre sourire, comme si elle lisait toutes les interrogations dans mes prunelles. Même penaude, elle était d'une beauté à couper le souffle.

-Je suis fiancée à Bill, expliqua-t-elle en arrachant sa main de mon épaule pour agiter ses doigts où brillait une bague. Alors je suis venue m'installer en Angleterre ... donner un coup de main ... Oh mon Dieu, ça fait tellement étrange de te revoir ! J'avais dit au père de Bill de chercher parmi les amis de Cédric, je savais que vous ne voudriez pas rester sans rien faire mais je ne savais pas ... Je viens assez rarement ici, je suis là en appoint ...

-Sauf quand visiblement tu tombes sur Rabastan Lestange en promenade ..., marmonna Podmore.

Bill le fit taire d'un regard incisif et Podmore leva une main pour s'excuser. George masquait toujours son hilarité et les yeux de Tonks allaient alternativement entre Fleur et Bill, la mine assez morose. Avec un coup au cœur, je me souvins de la scène que j'avais perçue, quelque mois plus tôt et où j'avais clairement eu l'impression que la jeune femme enviait la place de la fiancée de Bill. « L'avantage à être quelqu'un comme elle, c'est qu'on est jaloux de personne ». En effet, qui pouvait bien craindre la divine Fleur Delacour ? Celle-ci adressa par ailleurs une moue dédaigneuse à Podmore.

-Et bien je m'en suis sorti, de ma promenade ! C'est insensé ce sort qu'il m'a jeté votre Mangemort, le pauvre Simon a dû rester éveillé toute la nuit pour trouver le contre-maléfice ...

-De rien, marmonna Simon, toujours avachi contre la table. Je peux sombrer dans le coma maintenant ?

-C'est exceptionnel ton niveau ! poursuivit néanmoins Fleur. Pourquoi tu ne t'es pas inscrit au Tournoi il y a deux ans ?

De l'autre côté de la jeune femme, je vis les épaules de Simon se tendre, en écho de ma propre raideur face au rappel de ce qui nous avait pris notre meilleur ami.

-Pas l'âge. Pas l'envie.

-Et la médicomagie ? Tu serais très utile à Sainte Langouste ...

-Pas la patience, répliquai-je pour éviter à Simon de répondre. Magie trop restrictive. Et c'est Ste Mangouste.

Fleur haussa les épaules, l'air indifférente à son erreur et se leva enfin pour repousser son rideau de cheveux blonds-argenté dans son dos. Dans un mouvement dont j'analysais seule la dimension inquiète et presque possessive, je comblais l'espace qu'elle libérait en me rapprochant de nouveau de Simon. Dès qu'il eut conscience de notre proximité, je le sentis bousculer son poids vers moi, comme s'il me cherchait et ma main se glissa sous la table pour venir se placer sur sa cuisse. Ses oreilles couvertes de quelques mèches blondes étaient encore rouges du baiser de Fleur Delacour.

-Victoria tu connais donc ma fiancée, soupira Bill depuis l'autre côté de la table où il s'était servi une tasse de café. Les présentations sont faites donc ... Qui espionne Gringrotts ?

-Hein ? réagit Fletcher.

La main de Bill glissa sur la table et alla trouver la feuille de parchemin confiée par Ulysse et que Tonks avait repoussé quelques minutes plus tôt. Ses yeux d'un marron très doux, très velouté, parcoururent les colonnes de chiffre avec attention.

-Gringrotts ? répéta Tonks, intéressée.

-Ce sont des virements. Les sommes, et le numéro de compte associé dans la dernière colonne.

-Dis-moi pas que c'est pas vrai, marmonna Fletcher.

Il sortit de son pardessus un épais cigare qu'il coinça au bord de sa bouche molle. Simon, très sensible aux odeurs de tabac, en empoigna immédiatement sa baguette pour la pointer vers le responsable de ses désagréments. Un éclair jaune jaillit de sa pointe et frappa le cigare qui se ramollit et se verdit entre les lèvres de Fletcher pour devenir un pissenlit. L'escroc le cracha sur la table, dégoûté alors que l'assemblée était secouée d'un éclat de rire.

-Oh p'tit ! C'était mon dernier !

-Le tabac c'est mauvais pour ta santé, Ding, chantonna tranquillement Hestia.

-Mais c'est bon pour mon moral ! répliqua-t-il en lorgnant méchamment Simon. T'es un rapide, toi ...

Simon avait enfin émergé de ses bras pour caller sa joue contre son poing et n'attendis pas que j'ouvre la bouche pour pointer immédiatement sa baguette d'acacia sur moi. Ses yeux étincelaient d'un avertissement silencieux et dans ses prunelles vertes je me revis le jeter dans le ruisseau de Terre-en-Landes.

-Non, toi, tu te tais.

-Hé !

Je retirai vivement ma main de sa jambe pour passer un doigt sur la baguette de Simon et l'écartai de mon visage. Arrivée à sa pointe, j'y donnai une pichenette pour définitivement dévier de sa trajectoire avec un sourire mutin.

-Tout le monde le sait que je suis plus rapide que toi, inutile de s'épandre là-dessus. (Je me tournai résolument vers Bill, qui étudiait toujours le parchemin). Qu'est-ce que ça dit, donc ?

Bill semblait ébahi parce qu'il découvrait. Il avait sorti sa baguette pour faire quelques vérifications et le parchemin baignait toujours dans une agréable lumière dorée. Ses doigts suivait chaque ligne de chiffre avec la plus grande des attentions et Fleur vint se placer juste au-dessus de lui. Elle pointa un numéro à trois chiffres.

-Je suis certaine que c'est celui des Lestrange. Maugrey m'a demandé de noter tous les numéros de compte des Mangemorts à Gringrotts ... Argh, comme c'était long ...

-Et celui-là je pense que celui-là est en lien avec les Malefoy, j'ai dû y poser un maléfice la semaine dernière, murmura Bill avant de lever les yeux sur Tonks. Quel est le compte de base ?

-Thalia Sewlyn.

C'était ma voix qui avait retenti dans la cuisine de la noble maison des Black et je sentis une dizaine de paire d'yeux se braquer sur moi, incrédule. Je n'en revenais pas d'avoir oublié cette information ... de ne pas avoir fait le lien ... Je pivotai rapidement vers Tonks.

-Elle a un compte, Mel me l'a dit, un compte avec sa dot et Ulysse devait voir ce qui en sortait. Voilà ce qui en sort ! Elle finance ouvertement les Mangemorts !

-Toi, tu t'arrêtes là, me coupa immédiatement Podmore. Ton histoire avec les Selwyn, on la connait, ne va pas plus t'impliquer là-dedans !

-Mais merci pour le tuyau, nuança Hestia en se saisissant du parchemin. Fleur, tu penses que tu peux identifier les comptes ? Si Maugrey te l'a déjà demandé ...

-Tu es toujours en stage à Gringrotts ? s'étonna George.

La poitrine de Fleur se bomba de fierté et elle prit la feuille de virement entre ses longs doigts fuselés.

-J'ai même été embauchée, oui ! Je peux vous trouver ça, je la donnerais à Maugrey ...

-Merci, fit Hestia, soulagée. Ça pourrait nous donner de nouvelles informations sur les activités – et qui est actif. Car qui dit déplacement de fond dit forcément activité malveillante. Bon sang si seulement tous les Mangemorts pouvaient nous donner leurs relevés de comptes !

-On est sûr que ... ? commença à douter Podmore.

-C'est une copie, mais une copie authentique, confirma Bill avec certitude. On sent que dans le gemellement l'enchantement a gardé des traces de la magie de traçage et d'authentification des gobelins ...

-Je ne savais pas que le sortilège de reproduction reproduisait aussi la charge magique, souffla Simon, un lueur intéressée dans les yeux.

-Pas exactement. La copie d'un objet magique ne serait pas magique, mais on peut quand même sentir les échos de l'enchantement de base. C'est fin, pas forcément accessible à tous ... Tiens, regarde par toi-même ...

Bill prit le parchemin et le fit glisser jusque Simon qui le déploya devant lui en prenant soin de garder toute la surface de sa paume au contact. J'avais rarement l'occasion de le voir travailler autrement que dans ses lèvres mais il avait des gestes assurés qui prouvait qu'il s'était entrainé à estimer, même sans baguette, la charge magique des objets. Son front s'était barré d'une ride de concentration mais quelque chose brillait dans ses yeux, mélange d'exaltation et de curiosité qui illuminait ses prunelles d'une façon que je voyais assez peu. Il y avait quelque chose de fascinant, de satisfaisant de voir Simon dans son élément : la magie pure, qu'il pratiquait à la pointe de la baguette qu'il venait de nouveau de saisir pour répandre une lueur dorée autour du parchemin. Un sourire vint effleurer ses lèvres et il leva un regard exalté sur Bill.

-On la sent à peine ... !

-Mais c'est là, acheva Bill avec un doux sourire avant de tourner le regard vers Podmore. Tu as une double vérification. Convaincu ?

-Ça ira, trancha-t-il avec un haussement d'épaule. Bien joué, Bennett. Si le petit Selwyn a encore des relevés qui trainent, qu'il n'hésite pas.

Avec un sourire, Fleur récupéra le parchemin et l'enroula soigneusement pour le glisser dans la poche de sa robe de sorcière d'un élégant mauve. Puis elle étala de nouveau sa jambe découverte devant elle et effleura sa peau lisse et parfaite. Aucune trace d'une quelconque cicatrice et je songeais avec amertume à celle que je n'arrivais pas à faire disparaître dans mon dos suite au sort que j'avais reçu l'année dernière. Elle ressemblait à présent à une vaste tâche de naissance couleur café et ce n'était pas affreux en soit, mais ça restait un rappel constant de mon attaque. Face à l'éclat littéral qui baignait la peau de Fleur, je réussis à me souvenir qu'elle avait du sang de Vélane dans les veines, des créatures connues pour leur beauté envoûtantes. Peut-être que ça lui donnait des capacités de cicatrisation plus développée pour sauvegarder sa perfection ... Elle adressa un sourire éclatant à Simon fit tant rougir le visage de celui-ci que ça en effaça ses tâches de rousseurs.

-Encore merci, tu as fait un travail incroyable !

-Au moins on saura qui appelé si on se prend un maléfice, songea distraitement George en évitant soigneusement le regard de Fleur.

-Non, contra fermement Tonks. On ne vous a pas dit le protocole quand vous vous trouvez blessé dans une joute ?

-Si la blessure est magique il faut éviter de transplaner, le transplanage les aggravent, répondit immédiatement Simon.

-Mais si vous êtes au milieu d'un groupe de Mangemort, vous n'aurez pas le choix, lança Podmore. Alors transplanez sur la plus courte distance possible pour limiter les dégâts, du moment que vous êtes en sûreté. Puis essayez de contacter un membre de l'Ordre. Pas de Ste-Mangouste : le Ministère surveille toutes les blessures suspectes également et c'est infesté de médicomage qui leur sont loyaux. Moins on a affaire au Ministère, mieux on se porte. Evidemment si on n'a pas le choix et que la blessure est trop grave ... Mais on n'a quand même des personnes compétentes. Je ne me déshonore pas en Potion – Bennett peut en témoigner – Tonks a sa formation d'Auror et dans le pire des cas n'oubliez pas que le Big Boss c'est Dumbledore.

-Oh Simon n'a rien à lui envier ! lança Fleur avec un magnifique sourire.

Simon demeura coi, une preuve d'humilité grandement inhabituelle qui me força à couler vers lui un regard entre amusement et suspicion. Pas que j'avais le moindre doute sur lui, sur ses sentiments, sur la place que j'occupais et que personne ne me prendrait, mais ce n'était pas pour cela que j'appréciais qu'on me ramène à ma condition de petite fille sans forme et sans beauté. Fleur Delacour était clairement tout ce que je n'étais pas et je fus secrètement soulagée quand les yeux de Simon se baissèrent et que son pied trouva le mien. Mais je n'étais pas dupe sur ce geste : ce n'était pas de la tendresse, c'était la recherche d'un point d'ancrage pour éviter de sombrer devant les pouvoirs hypnotiques de la jeune femme. De quoi m'arracher un sourire moqueur que je cachais en pinçant des lèvres.

-Fleur, soupira Bill, visiblement conscient de l'effet de sa fiancée. Tu n'en as pas déjà assez avec mes frères ?

Simon, dont les joues pâlissaient enfin, piqua un nouveau fard et échangea un regard avec George qui couvrait le plafond des yeux depuis l'entrée de la Française. Fleur haussa les épaules, rangea sa jambe et attacha ses cheveux en un chignon lâche qui ne la rendait pas moins désirable. Même Podmore s'était trouvé un intérêt certain pour le fond de sa tasse – et cela provoquait un fou rire difficilement réprimé de Tonks.

-Je suis encore pleine d'adrénaline, et quand c'est le cas je maîtrise mal mon pouvoir, râla la jeune femme. En parlant de tes frères, tu as envoyé son cadeau à Ronald ? C'est son anniversaire samedi ?

George reporta brusquement son attention sur Bill, qui hochait la tête d'un air distrait.

-C'est samedi l'anniversaire de Ronnie ?

-Oh George ...

-Quoi ? On est hyper occupé en ce moment ! On cherche à racheter la boutique de Zonko à Pré-au-Lard pour avoir une filiale, tu imagines les ressources que ...

-Zonko a fermé ? s'exclamai-je, horrifiée.

-Et ça ne t'apportera rien si les élèves ne sortent pas, renchérit Simon avec précipitation. Je veux dire, la sortie à Pré-au-Lard de samedi, justement, est annulée et je doute qu'il y en ait d'autres cette année ...

-Dumbledore n'a pas eu le choix, confirma Tonks quand George ouvrit de grands yeux. Au ministère le bureau des alertes a eu quelques menaces, quelques alertes faites sur le village ... Pendant la première guerre déjà il y a eu des raids de Mangemorts qui profitent que les élèves soient dehors pour des enlèvements ou pire ... Et avec ce qui est arrivée à la petite Katie à la première, il ne préfère pas ... tenter le diable.

Un silence sinistre s'abattit sur la table, silence qui étouffa quelque peu l'éclat rayonnait de Fleur et qui permit aux tâches de rousseur de réapparaître sur le visage de Simon. George paraissait contrarié par la nouvelle et je voyais presque les Gallions qu'il perdait avec cette situation défiler dans ses prunelles.

-Bon, on va y aller quand même, voir ce qu'ils nous proposent, décréta-t-il pour faire bonne figure. Et en profiter pour trouver un cadeau pour le petit Ronnie. Qui a une idée ?

-Mais quel frère en carton, murmura Simon à mon adresse.

Il s'était de nouveau avachi sur la table, la tête entre les bras, le visage tourné vers moi. Son pied était resté collé au mien, invisible sous la table. Il étouffa un bâillement en plaquant sa bouche contre son bras et je pouffai discrètement.

-Qu'est-ce qui te fatigue ? La nuit à chercher un contre-sort ou passer du rouge au blanc depuis dix minutes ?

-Oh, Vicky ..., gémit Simon en enfouissant son visage dans son coude.

-Pas que ce ne soit pas un spectacle hautement distrayant ...

Simon se redressa d'un centimètre pour laisser un œil vert émerger, planté sur moi, étincelant. Devant l'éclat dans son regard, ce fut à mon tour de m'empourprer, d'autant que sa jambe se pressa contre la mienne avec plus d'insistance. Je balayai la table d'un regard nerveux : George s'était jeté sur Bill pour dégoter une idée de cadeau pour Ron et Tonks éclipsée avec Hestia pour faire un point avec Maugrey.

-Un problème, Victoria Bennett ? chuchota Simon d'un ton mutin.

-Oh, Tic et Tac, nous lança Podmore en se levant. Si vous restez, vous faites notre vaisselle !

Il désigna les tasses, l'assiette de pâte au fromage que s'était faite Ding en guise de goûter et les pelures de pommes d'Hestia d'un geste du doigt circulaire. Devant l'injonction, George et Ding se dépêchèrent de détaler quand Bill et Fleur ricanèrent d'un air approbateur. Simon se redressa vivement, outré mais je m'empressai de le devancer :

-OK, pas de problème.

-Comment ça « pas de problème » ? protesta Simon. Si, problème justement, je ne suis pas son elfe de maison !

J'écrasai son pied sous mon talon et un petit sourire retroussa mes lèvres quand les siennes furent tordues d'une grimace. Podmore éclata d'un rire aussi bref que surprenant et me donna un grand coup dans le dos qui me projeta contre la table. Bill et Fleur le précédèrent dans l'escalier qui menait à l'étage et je me retrouvai seule avec Simon fulminant qui fixait l'assiette incrustée de fromage de Ding comme s'il pouvait la brûler d'un regard. Je m'étais déjà levée pour donner un coup de baguette sur les tasses qui s'alignèrent docilement pour s'amasser dans l'évier et le regard furieux de Simon finit par glisser sur moi.

-Pourquoi ? s'agaça-t-il sans amorcer un mouvement pour m'aider. Je suis crevé Vicky, comme je l'ai rarement été et pourtant j'en ai passé des mauvaises nuits, et tu ...

Je le fis taire en me glissant de nouveau sur le banc pour m'emparer de ses lèvres. Ses protestations s'étouffèrent dans ma gorge et il parut s'abandonner à moi l'espace d'une seconde avant de reculer précipitamment, les yeux rivés sur les escaliers.

-Euh, Vicky ...

-La vaisselle ça prend deux secondes, tout le monde est parti et l'unique personne restante dans le QG est Maugrey qui ne descend jamais ici à cause de sa jambe, énumérai-je tranquillement en faisant disparaitre les pelures de pommes. Et si tu m'embrasses tout de suite, j'accepte d'oublier que tu viens d'insulter les elfes de maison et de rougir comme un gosse devant la magnifique Fleur Delacour.

-Ah, ah ! laissa échapper triomphalement Simon. Donc, il y avait bien un problème.

-Il n'y aura aucun problème si tu m'embrasses maintenant.

Je le sentais, le petit sourire teinté de défi qui s'était mis à jouer sur mes lèvres dès que la pièce s'était vidée de ses occupants, dès que j'avais entraperçu l'occasion d'effacer cette couleur cramoisie sur les joues de Simon – ou d'en changer la source. Et j'adorais tout ce qui montait en moi alors qu'il me contemplait avec ce regard étincelant, embrasé par mon ton injonctif, par l'occasion, par le baiser qui devait encore lui brûler fugacement les lèvres. Tenté, il inclina le visage vers moi et sa main effleura mon bras, hésitante. Mon sourire s'étira un peu plus à mesure qu'il se rapprochait, avec une lenteur et une indécision aussi attendrissante qu'insupportable.

-Bon sang, où est-ce qu'on va comme ça ? souffla-t-il, ses lèvres à quelques épouvantables centimètres des miennes.

L'interrogation faillit me faire reculer et figea quelque peu mon sourire. Dans mes veines courrait la même exaltation que dans mon cellier, quand Simon et moi avions été plus proches que jamais, quand les mots avaient paru inutiles et que seuls nos lèvres s'étaient exprimées pour faire comprendre à quel point je comptais, à quel point il comptait. C'était comme apprendre un nouveau langage et lui comme moi étions avides d'apprendre. Cela brouillait totalement les lignes de notre relation, délaçait des automatismes pour en tisser d'autres, mais c'était une sensation incroyable. J'avais envie de poursuivre cette exploration, de profiter de chaque moment pour poser mes lèvres sur les siennes et continuer d'apprendre à le connaître comme ça. Ça n'avait pas à avoir de sens. Juste à être partagé et Simon me le confirma en réduisait la distance entre nous jusqu'à ce que nos lèvres se frôlent à peine, juste pour apprécier leur chaleur, nos souffles qui se raccourcissaient et se mélangeaient. Délicatement, il caressa mon nez du sien et répondit à sa propre question dans un murmure :

-Je n'en sais rien ... mais on y va.

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Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Oh la la ! SImon et Vicky, aussi mims que d'habitude !

Chouette, ça va bouger dans l'Ordre ! Il était temps ! Simon ce génie !! Ulysse et Octavia, Alex et Mélania, ces amours ! Je les adore aussi !
Bref, désolée pour ces comms peu qualitatifs, je n'ai pas trop la tête à ça en ce moment mais c'est aussi bien que d'habitude ! J'ai hpate d'avoir la suite comme à chaque fois !
Et moi aussi je suis deg pour Messi
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