Ombres et Poussières [Harry Potter]

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annabethfan

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par annabethfan »

J'arrive j'arrive pour que tu puisses poster la suite :D
Chapitre 22 : Le grand chambardement.
Ca promet déjà ^^
La tête d’Ombrage lorsqu’elle avait vu la créature avait été mémorable
Elle a du faire un arrêt cardiaque :lol: :lol:
cette femme de fer et de rose
Oh belle expression!
il était son principal souci avec Renata, qui ne manquait jamais une remarque toujours sur la limite de la patience de la professeure.
Quand je vous dis que Renata a un esprit rebelle !
Cependant, l’espoir et la révolte était atténué par la pression des cours qui se faisaient de plus en plus pesantes.
T'as inversé toute la conjugaison :lol: :lol: :lol:
Ce qui était surprenant, puisqu’elle était sortie avec lui à un moment où on ne pouvait pas passer dix minutes ensemble sans se mettre à se crier dessus.
Comme si on se laissait berner par ça ^^
Seigneur, que devait donc penser Miles, au fond de lui ? Et comment réagirait-t-il s’il savait tout ?
Je veux que Miles fasse une scène un de ces quatre :lol: Dramaaa
Mes années à Poudlard et l’influence d’Alexandre avaient ruinés l’éducation prodigués par mes parents sur le couple.
Tant d'efforts détruits :lol: :lol:
J’ignorai le regard que Cho posa sur moi, entre surprise et vexation.
C'est tellement en mode "Cho pleure tout le temps à quoi tu t'attendais" :lol: :lol: :lol:
Après y'a pire comme excuse, Victoria aurait pu dire qu'elles étaient en train de se rouler des pelles et c'est pour ça que Cho était essoufflée :lol: Miles aurait eu d'autres raisons de s'inquiéter quand la rumeur aurait gagné tout Poudlard ^^
Sans attendre, je lui lançai brusquement sa baguette. Elle ne sut la rattraper et pendant qu’elle courait après la tige de bois qui roulait à terre

Merci ! Ca fait tellement pas réaliste quand les gens arrivent à rattraper hyper facilement :lol:
Je me stoppai net en remarquant la troupe qui s’était entassée dans la chambre : Hannah Abbot, Ernie McMillan, Justin Flinch-Fletchley et Zacharias Smith s’arrêtèrent net en nous voyant entrer.
La belle brochettes de gagnants :lol:
-On est désolé, s’excusa immédiatement Hannah.
-On voulait juste apprendre …
-On ne pensait pas à mal, on est vraiment désolé Simon …
-Tu vas nous aider, hein ?
*facepalm*
alors Harry nous a donné des cours toute l’année.
-Potter ? vérifia Simon.
Qui d'autre Simon? :lol:
Non mais je rêve, lâchai-je, abasourdie. C’est à cause de ça que j’ai failli perdre mon équipe de Quidditch ?
-Vicky, je pense qu’il y a plus urgent que le Quidditch ! m’admonesta vertement Simon
:lol: :lol: :lol: :lol: :lol:
-Bon, d’accord, Vicky peut rester.
-En voilà une surprise, ricana Smith en s’arrachant du lit sur lequel il était avachi.
MEME SMITH A CAPTE!
Ce n’est pas comme si je n’avais pas pu t’aider, pourquoi tu n’es pas venue me demander au lieu d’aller chercher Potter ?!
-Parce que tu avais le temps pour moi ?
Oh cette phrase...
Du coup c’est à moi que tu vas rendre des comptes, Susie-jolie.
Lily-jolie ^^ On peut faire tant de choses avec les prénoms!
Une nouvelle fois, Susan papillonna des paupières pour chasser les larmes et je fus impressionnée par sa force mentale, car malgré son trouble apparent, elle n’en laissa échapper aucune.
Je trouve ça tellement beau...
Susie a des valeurs. Susie est une lionne comme maman. Ce sera elle la grande sorcière
L'aesthetic!
c’est que Fudge était là avec des Aurors pour arrêter Dumbledore et qu’il leur a échappé à tous.
"Vous devez avouer monsieur le ministre que Dumbledore a du style" :lol: :lol: :lol:
Des tympans neuf au cas où votre mère percerait les vôtres lorsqu’elle verra que vous êtes renvoyés ?
:lol: :lol: :lol:
Mais il faut marquer le coup, ajouta l’autre avec un sourire malicieux. Pour Dumbledore.
Cette loyauté des élèves est belle quand même!
Fred l’envoya dans la gueule béante de l’armoire : son « cinq cents points en moins pour … ! » alla mourir dans un immense fracas
Je meurs :lol:
Mais nous avions prévu de passer la soirée ensemble, pour la première fois depuis ce qui me semblait être une éternité.
Ah ! L'intimacy level arrive ^^
-Mais regardez-moi ça, petite Victoria devient une grande !
-Calme-toi, on n’y est pas, répliquai-je tant bien que mal. Mais je dois conclure de ta connaissance que … les choses se sont faites avec Roger ?
J'adore ce genre de conversation :lol: :lol:
-Mais qu’est-ce qui se passe ? glapit Simon en tentant de s’échapper de la poigne d’Emily.
-Oh, mon petit … je t’expliquerais quand tu seras grand.
Le fait qu'elle fasse des allusions devant Simon est juste trop drôle :lol: :lol:
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine et je me détachai de Miles pour pousser la porte. C’était une salle non utilisée dans laquelle je le fis entrer avant de refermer la porte
Vive les salles vides :lol:
Aujourd’hui, je ne voulais pas avoir peur.
En vrai tout le passage était mignon et sexy, pile ce qu'il fallait !
Perripuce

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Ombres et Poussières II 23 1 [Harry Potter]

Message par Perripuce »

MAIS QU'EST-CE DONC?

La preuve que je suis super faible et que j'ai un manque cruel de volonté MAIS c'est atténué par le fait que je n'offre que la moitié du chapitre (c'est un gros chapitre, il aurait été en deux parties) DONC autant le poster sur deux semaines ! N'est-ce pas fantastique?

Encore un IMMENSE MERCI pour tout vos commentaires (Charm', j'adore tes nouveaux Com'Cit, ça me fait super plaisir !). J'espère que vous avez bien profité du déconfinement et que vos proches et vous-mêmes allaient bien !

Bon, pas grand-chose à dire aujourd'hui ... Alors on va juste dire bonne lecture et à la semaine prochaine pour la deuxième partie !

PS : J'espères que vous connaissez Forrest Gump, il va y avoir beaucoup de référence dans ce chapitre.

Chapitre 23 (1/2) : « La vie, c’est comme une boite de chocolat… »

-Et vous ne l’avez pas fait ?!

Le cri d’Emily embrasa mes joues et je lui fis sèchement le signe de se taire. Sa présence était d’autant plus embarrassante que j’étais en retard : le Poudlard Express n’allait pas m’attendre et j’étais l’une des dernières élèves à quitter le hall.

-Bon sang, Emily, je n’allais pas le faire dans une salle de classe, enfin ! Laisse-moi le temps ! Et lâche-moi un peu, je vais louper le train !
-Bon, d’accord, tu as raison de prendre ton temps, convint-t-elle avant de fouiller ses poches. Il faut le faire quand tu seras prête. Et dans les meilleures conditions possibles … Mais au cas où …

Elle me tendit une potion à la robe mauve et translucide que je pris avec perplexité. Puis je compris ce que c’était et mes joues rougirent de plus belle.

-A prendre dès le début de ton cycle, au cas où ça déraperait pendant les vacances, ajouta-t-elle avec un malicieux sourire. Mais si la robe devient épaisse, ne la boit surtout pas, ça veut dire qu’elle est passée et … bon, bref, tu prendras tes précautions.
-Bon sang, Emily !

Mais mon amie se contenta de se fendre d’un immense sourire et m’envoya un baiser de la main. A la fois agacée et affolée par l’heure qui avançait, je jetai un sort de lévitation à mes bagages et me mis à courir à travers le parc sans me soucier de ce qu’elles pourraient heurter en me suivant. J’arrivai à la dernière diligence à bout de souffle et laissai Kenneth, qui rentrait également, monter ma malle à bord. Simon m’attendait sur le quai de Pré-au-Lard, son pied tapant impatiemment le sol tout en consultant sa montre.

-Pas trop tôt, maugréa-t-il en montant dans le train. J’ai cru qu’on allait le louper … et vu ce qui se trame chez toi, ça aurait été catastrophique.

Le rappel de Simon fut comme une pierre posée dans mon estomac. Je plongeai ma main dans ma poche pour effleurer la lettre que j’avais reçu la veille au matin et dont les mots étaient imprimés dans mon esprit :

Victoria,
J’ai fini par faire ce dont on avait convenu, la dernière fois. Mon frère ne change pas, pas assez pour me rassurer et j’ai fini par conclure que tu avais raison. J’ai préféré le faire avant les vacances, comme ça je sais que tu seras là pour lui pendant au moins deux semaines. Encore une fois, je suis tellement désolée… Mais ne t’en fais pas, ce que je t’ai dit vaut toujours. Je ferais tout ce que je peux.
Prends soin de toi – et soin de lui. Bonne chance pour tes ASPICs.
Mel.


Melania avait été prudente dans une lettre qu’Ombrage avait sans doute lue, mais je n’eus aucun problème à la décrypter. Elle avait fini par quitter Alexandre, pour le protéger – et ferait en sorte que Nestor ne m’atteigne pas. Lorsqu’il avait lu la lettre, Simon avait évoqué la possibilité que Melania empoisonne Nestor et je lui avais envoyé une cuillère de marmelade à la figure. Mais la bonne nouvelle, c’était que ce spectre-là s’éloignait également. J’allais ramasser Alexandre à la petite cuillère pendant les vacances, mais au moins c’était son cœur que je retrouverais en miette … pas son corps.
Je montai dans le train à la suite de Simon qui me mena à une cabine étrangement composée de sa sœur, et de la fratrie Bletchley dans son ensemble, ainsi que de la petite Isabel McDougal qui avait visiblement Cora. Lorsque Simon ouvrit la porte coulissante, les éclats de voix me parvinrent enfin et me donnèrent presque envie de faire demi-tour :

-De toute façon, je vais finir par en parler aux parents, comme ça tu seras bien obligée de l’inviter chez nous !
-Felicity ! On a dit que c’était moi qui le disais !
-Personne ne dira rien à personne !
-Tu nous saoules, Miles ! En plus, papa adorerait Victoria : il n’a rien contre les nés-moldus et il sera très content que tu lui présentes ta copine. Moi je te trouve injuste …
-Et je veux pouvoir inviter Isabel, comme ça Victoria pourra l’amener.
-Cora !

Isabel tira sur la manche de son amie pour me pointer du doigt. Je m’étais figée dans l’encadrement de la porte, à la fois amusée et gênée par le débat des deux jeunes filles face à Miles. Felicity était celle qui lui ressemblait le moins avec ses grands yeux bleus et son visage de porcelaine qui semblait en faire une fille délicate. Cora en revanche avant les yeux et la chevelure brune de Miles, mais également sa vivacité : c’était une gamine qui ne tenait pas en place et c’était peut-être pour cela que Susan la Tranquille la fixait d’un air consterné. Miles se plaqua la main contre le front, l’air dépité, mais Felicity profita de mon apparition pour le pointer du doigt et s’écrier :

-Tu peux lui dire que c’est un idiot et que ça ne te dérangerait pas du tout de venir à la maison, une fois ?

Non, ça ne me dérangerait pas. Mais je savais que ça embarrassait énormément Miles et j’avais fini par conclure que c’était du fait des conditions de vie de sa famille : ils n’étaient ni riches ni prestigieux, et c’était un milieu dont Miles voulait d’extirper. Et j’avais également la net impression depuis le repas avec Alexandre qu’il souffrait d’un sentiment d’infériorité vis-à-vis des Bones qui se confirma lorsqu’il jeta un regard furtif à Simon qui venait de s’installer, un léger sourire aux lèvres. Puis il le planta à nouveau sur Felicity et cingla :

-On reprendra cette discussion plus tard.
-Non, on va en parler maintenant ! exigea sa sœur, impérieuse. Et je ne sortirais pas de cette cabine avant que tu m’aies fait la promesse que papa rencontrera Victoria avant que tu ne quittes Poudlard ! Sinon, je te promets, dès que je saute sur le quai, je vais droit sur lui et je lui dis tout ! Tu veux jouer ? Avec moi ? Je suis plus vicelarde que toi, Miles, fais attention !
-Susan ? appela Simon, l’air de réprimer son rire. Je t’aime, ma sœur, tu le sais ?

Mais Susan ne lui répondit que par un regard réprobateur qu’appuya Miles. Puis il contempla Felicity, puis Cora qui lui adressa un sourire féroce, puis enfin ses yeux se posèrent sur moi. Et je lus dans sa frustration que la menace de Felicity était assez crédible pour qu’il y cède.

-Bon. Ça te dérangerait ?

Tous regards se tournèrent vers moi et je sentis malgré moi mon visage s’empourprer. Simon semblait se délecter de mon embarras et je fis discrètement un signe à Susan qui le frappa à l’arrière de la tête. Je m’efforçai de sourire.

-Bien, j’ai l’impression que si je dis non, j’aurais deux petites diablesses qui me le feront payer, n’est-ce pas ?
-Exactement, confirma Cora en hochant gravement la tête. Donc c’est oui ?

Elles pivotèrent de nouveau vers Miles, attendant la sentence. Il finit par lâcher un immense soupir qui sonnait comme une concession et Felicity et Cora se tournèrent l’une vers l’autre avec un sourire radieux. Elles se tapèrent dans la main, embrassèrent leur frère et se précipitèrent hors de la cabine, extatiques. Je pus enfin me faufiler à l’intérieur et la refermer, un sourire amusé aux lèvres. Miles se passait les mains sur le visage sous le regard moqueur de Simon, mais une nouvelle fois, Susan le rappela à l’ordre d’une tape sur la cuisse. Je m’assis à côté de lui sans me fendre du moindre commentaire et le train s’ébranla dans cette ambiance quelque peu particulière.

Le trajet fut long : Simon lisait Hamlet en face de moi et me jetai parfois au hasard des vers en espérant trouver ceux que je préférais, Miles commençait déjà les devoirs que nous avions à faire avant les vacances et Susan avait fini par rejoindre Hannah dans la cabine voisine. Mais ce ne fut que lorsque Miles se leva en quête de la distributrice que Simon ferma brusquement son livre pour me lâcher :

-Ecoute. J’ai pensé à un truc, récemment.

Je l’écoutai jusqu’au bout, à la fois éberluée et blessée par sa proposition. Blessée parce qu’elle faisait saigner de nouveau une plaie que j’avais en moi et éberluée parce que je n’y attendais absolument pas :

-Tu veux que j’aille voir mon grand-père pour qu’il reprenne la magie ? Mais pourquoi ?
-Parce que tu vas en avoir besoin, Vicky. Plus il y aura de personnes autour de toi capable de se défendre face à un sorcier, mieux ce sera pour toi et ta famille, tu ne penses pas ?

Je gardai le silence, voyant dans ces mots un écho de ceux que Dumbledore avait pu prononcer lors de notre dernier entretien. S’il savait ma famille en danger, mon grand-père ne résisterait pas à l’idée de la défendre. Mais il y avait autre chose qui m’avait gêné dans les propos de Dumbledore et j’avais fini par mettre le doigt dessus. Qu’il reprenne la baguette, c’était exactement ce qu’il espérait. J’en fis part à Simon et ses lèvres se tordirent, hésitantes.

-D’un point de vue stratégique, ton grand-père serait une arme idéale, convint-t-il en passant une main dans ses cheveux. C’était un très bon sorcier, un duelliste de talent … Et c’est un Liszka. Ça pourrait avoir une certaine résonnance à l’étranger de savoir qu’un Liszka se bat contre Tommy.
-Alors Dumbledore ne m’a aidé que pour avoir une arme stratégique dans sa manche ?

J’avouais que l’idée me décevait affreusement mais d’un autre point de vue, elle était parfaitement logique. Quelles raisons avaient un immense sorcier très occupé comme Albus Dumbledore d’aider une élève anonyme comme je l’étais dans une histoire personnelle ? La bouche de Simon se tordit, comme embarrassée.

-Ce n’est pas ce que j’ai dit. Sans doute qu’il a vraiment voulu t’aider mais que … il s’est rendu compte que ça pourrait aussi lui être utile. Et il n’a pas tort, Vicky. Il faut que tu ailles le voir pour lui raconter ce qui se passe – y compris Selwyn, y compris Melania. Il faut mettre toutes nos chances de notre côté.

Je me laissai aller contre le dossier de la banquette, les bras croisés en un geste de repli. Ma discussion avec Dumbledore avait mis en lumière un point : malgré tout, j’étais incapable de détester mon grand-père. L’homme qui avait tué Agata était mort avec elle, et celui qui m’avait élevé était quelqu’un de bien. Mais ça ne voulait pas dire que j’oubliais, ni ne pardonnait. Tout cela continuait de former une boule d’émotion très douloureuse en moi, mais Simon marquait un point. A cause de ce que j’avais fait à Nestor Selwyn, ma famille était en danger. La rupture de Melania avec Alexandre minimisait peut-être le risque mais … elle ne l’effaçait pas totalement.

-Très bien, cédai-je en un souffle. Je comptais y aller, de toute manière … (Je contemplai un moment Simon, prise d’une soudaine idée). Et tu vas venir avec moi.
-Pourquoi ?

Je me mordis la lèvre. La vérité, c’était que je pensais que rencontrer ma grand-mère, une femme qui avait tout perdu puis tout reconstruit pouvait inspirer Simon – dans le bon sens du terme. Mais si je le lui disais en ces mots, c’était certain qu’il fuirait.

-Parce que je n’ai pas envie d’y aller seule.

Je croisai les doigts dans la poche de ma cape alors que les yeux de Simon se levaient vers moi, à la fois surpris et soupçonneux. Les cernes qui marquaient toujours sa peau et rendaient ses prunelles d’un émeraude bien trop sombre me confortèrent dans ma requête et l’argument parut peser car Simon finit par hocher la tête.

-Qu’est-ce que tu ferais sans moi, vraiment …
-Je serais moins experte en fouillage de journaux.

Les yeux de Simon luirent d’un éclat intense l’espace d’une seconde et ses mains nouées se contractèrent l’une sur l’autre. Sa réaction était toujours vive chaque fois que je ne faisais qu’évoquer ses origines et montrait que, malgré ses pleurs sur le pont, il n’acceptait toujours pas son histoire. Et ce fut sans doute pour se soustraire à des insistances de ma part qu’il s’éloigna brusquement pour se plaquer contre la banquette et plongea son regard à travers la fenêtre.

-La ferme, crevette.

Je l’observai fixer obstinément le paysage qui défilait sous ses yeux, comme si cela pouvait effacer les images que j’avais ramené à son esprit. Ce n’était peut-être pas le moment de le troubler … Mais il faudrait que j’en parle avec Rose et George à Terre-en-Lande. Il ne pouvait pas continuer comme ça. Alors je plongeai à mon tour mon regard à travers la fenêtre et soupirai machinalement :

-Crevette toi-même.

***


J’avais été plus qu’heureuse de constater que, une fois encore, mon père m’attendait sur la voie 9¾ aux côtés de George. Simon se fit une joie de l’annoncer à Miles quand nous descendîmes du train et je vis mon petit-ami blêmir, tout en commentant que selon lui, je ne ressemblais absolument pas à mon père, un grand homme aux cheveux châtains et aux yeux gris – l’une des rares choses dont j’avais hérité. A l’abri du train, Miles m’avait embrassé en me prévenant qu’il me tiendrait au courant pour la promesse arrachée par ses sœurs et Cora me fit un immense sourire avec un « on se voit bientôt ! ». De toute manière, j’avais d’autres préoccupations en tête pour être gênée par l’air entendu des sœurs de Miles. Lorsque George aperçut Simon, il l’enveloppa dans une étreinte d’ours qui montrait clairement que l’évasion massive des Mangemorts avait fait basculer quelque chose en lui et je fus rassuré de voir Simon lui rendre son accolade, comme un signe de pardon. Mon père m’avait paru soucieux lorsque je m’étais approché et j’avais compris pourquoi lorsqu’il m’avait avoué à mi-voix que la relation entre Mel et Alexandre avait pris fin et que mon frère était en route pour passer la soirée chez nous. Et effectivement, lorsqu’il arriva le soir même, ses traits étaient tirés et ses cheveux bruns si ébouriffés que je doutais qu’il ait même daigné les coiffer. Il m’adressa un sourire fatigué sans l’énergie qui le caractérisait pourtant et alla très vite s’isoler dans la cuisine avec ma mère. J’avais voulu les suivre, mais mon père m’en avait empêché.
Pour une fois, c’était de ma mère qu’Alexandre avait besoin. C’était à la fois si surprenant et si touchant que j’en eus les larmes aux yeux.

J’avais profité de ce temps pour défaire ma valise dans ma chambre, cet espace si rassurant et familier – un espace rien qu’à moi où je pus jeter mes affaires sur mon lit et mes chaussures sur le sol sans qu’Emily ne me fusille sur du regard. Malgré les yeux veinés de rouge d’Alexandre, l’étreinte d’ours de George Bones lorsqu’il avait serré Simon dans ses bras, et le regard inquiet de mon père qui me suivait depuis que j’étais revenue, le fait de retrouver mon village m’apaisait au-delà des mots. Un téléviseur, la balançoire du parc, le regard acerbe de l’Ancien quand j’étais passée devant le café en trainant ma valise, le profil de l’église Saint-Edward à l’allure si particulière … On ne faisait pas plus bel écrin que l’endroit duquel on venait. Il n’y avait qu’ici que j’avais l’impression d’être pleine et entière et que rien ne pouvait m’arriver. Rien n’arrivait à autant me donner ce sentiment de sécurité, pas même tous les sortilèges de défense et la présence Dumbledore à Poudlard. Je fermais les yeux en m’enfonçant dans mon matelas, m’imprégnant de sa chaleur et de l’odeur familière de jasmin qu’on avait toujours utilisé.
Si vraiment je devais me défendre contre l’impossible, ce serait d’ici. Parce que c’était ici que j’étais entière. Parce que c’était ici que j’étais la plus forte.
Quelques coups frappés à ma porte m’arrachèrent au bien-être qui commençait à m’envahir et au sommeil qui engourdissait mes membres. Je me redressai sur un coude pour voir Alexandre pousser le battant, une plaquette de chocolat et deux bières à la main. Il m’adressa un sourire en coin qui manquait cruellement de conviction, mais qui avait pour mérite d’être là.

-Il parait que tu m’as piqué ma télé. On se matte un petit film en avalant des tonnes de calories ?
-C’est un sacré programme approuvai-je en sortant ma baguette. Attends …

Je tapotai mon menton de sa pointe en cherchant la formule, avant de l’agiter et mes affaires s’entassèrent maladroitement dans ma malle pour dégager mon lit. Alexandre n’attendit pas un instant de plus pour s’y affaler, me laissant le soin de décapsuler les bières avec ma baguette et fouilla les cassettes qui trainaient dans le tiroir de ma table de nuit. Il finit par arrêter son choix sur Forrest Gump avec un sourire entendu qui se teintait quelque peu d’amertume.

-Exactement ce qu’il me faut. Un simple d’esprit dont toute la vie n’est qu’un immense malentendu.

Je sentais pertinemment que c’était lui qu’il décrivait à travers Forest et lui donnai une bourrade sur l’épaule pour masquer mon malaise.

-Arrête. Sa vie n’est pas un immense malentendu. C’est juste … Une boite de chocolat.

Un éclat de rire franchit les lèvres d’Alexandre et je fus rassurée de voir enfin son visage se détendre. Il se leva pour planter la cassette dans le magnétoscope et lança le film avant de se nicher dans mon lit et de me prendre par l’épaule pour que je me love contre lui.

-« On ne sait jamais sur quoi on va tomber », acheva-t-il alors que les premières images défilaient. Et le petit sorcier, il va bien ? Il a fini par croire au grand méchant loup ?

Je grimaçai face à la façon qu’avait Alexandre de coder toujours ses propos, de telle sorte qu’on ait une sorte de langage exclusif compréhensible par le plus petit nombre. Mais je savais que c’était aussi une manière pour lui de dédramatiser la situation. Je lui résumai alors l’essentiel de mon trimestre – l’évasion des Mangemorts, l’article de Harry, le renvoi de Dumbledore. Ça me brisait le cœur de devoir mentir concernant Melania, dissimuler que j’étais la cause de son malheur … Mais avant que la culpabilité ne m’étouffe totalement, Alexandre rebondit sur mes propos, passablement mécontent :

-Tu sais ici, avec un gouvernement aussi incompétent, il y en aurait du monde dans la rue …
-Thatcher a tenu des années avec l’Angleterre entière contre elle, me souvins-je sombrement. J’ai l’impression que ce soit du côté magique ou non magique, le dirigeant anglais a la tête dure.
-Mouais. Mais avec ça, je comprends que Simon ait des envies de meurtre.

Je me figeai, créant un silence qui laissa éclater la voix de Tom Hanks dans la pièce (« le truc le mieux quand on rencontre le président des Etats-Unis, c’est la bouffe ») et arracha un rire à Alexandre, tant les préoccupations de Forrest étaient aux antipodes des nôtres. Alors qu’il craquait un nouveau morceau de chocolat, je me fis la réflexion que s’il avait vécu, Spencer Bones aurait le même âge que lui. Seigneur oui, ils ont le même âge … Et les Bones avait tenu à mettre leurs enfants dans une école élémentaire moldue pour qu’ils soient éduqués aux arts primaires et en contact avec la société non-magique. C’était comme ça que je m’étais liée avec Simon : lorsque notre instituteur nous avait mis l’un à côté de l’autre du fait de l’ordre alphabétique et qu’on s’envoyait nos trousses à la figure au bout d’une semaine de cours.

-Alex ? Est-ce que tu te souviens … qu’il y avait d’autres personnes qui habitaient la maison de Simon, avant lui ? Jusqu’à que tu aies environ sept ans …

Alexandre fronça les sourcils en mastiquant son morceau de chocolat, l’air perplexe. Il laissa Bubba déblatérer sur la crevette avant de répondre prudemment :

-Ouais, je me souviens. Ça devait être de la famille parce qu’ils s’appelaient Bones aussi. Papa m’a dit qu’ils étaient morts, apparemment, une fuite de gaz … J’avais un de leur garçon avec moi à l’école, quand j’étais petit. Un gars étrange, il ne parlait quasiment pas, ne jouait pas, quelqu’un d’assez craintif … Samuel, Steven, quelque chose comme ça …
-Spencer.

Alexandre avait connu le frère de Simon. Ça rendait les liens si réels que je ressentis encore plus durement la mort d’un enfant que je n’avais jamais connu. Alexandre coula sur moi un regard circonspect.

-Si tu sais, pourquoi tu me demandes ?
-Comme ça, pour vérifier. Tu devais connaître le grand aussi, Matthew ?
-Ouaip, un peu. Enfin, c’est loin, mais je me souviens parfaitement de cette tête de citrouille qui faisait le caïd dans la cour de l’école. Et leur mère, aussi, elle venait souvent parler à papa. Mais leurs discussions m’ennuyaient vite – ça tournait souvent autour de Dieu – alors j’allais jouer dehors.

Mon sang se glaça dans mes veines alors qu’Alexandre se replongeait rapidement dans le film. C’était une révélation à laquelle je ne m’attendais absolument pas, mais elle tombait sous le sens. Si les Bones étaient allés à l’école élémentaires avec nous, Cassiopée et Edgar avaient dû croiser mes parents à la sortie …
Ce qui voulait dire que l’un de mes parents – probablement mon père – devait parfaitement avoir conscient des véritables origines de Simon. Ils avaient dû croiser Cassiopée enceinte ou tenant dans ses bras un nourrisson … qu’ils avaient retrouvés enfant dans une autre famille. Bon sang, Susan avait raison. C’était la vérité la mieux oubliée de l’Histoire.
Les minutes du film défilèrent et j’entendis Alexandre renifler avec un certain mépris à chaque scène entre Forrest et son amour de toujours, Jenny. Pourtant, ses yeux se vidaient soudainement et se mettaient à luire et je savais que Melania occupait alors ses pensées. Au moment où Jenny revenait en Alabama et qu’il lâcha carrément un grognement de dépit, je mis la cassette sur pause, les entrailles nouées et demandai sans le regarder :

-Tu veux qu’on en parle ?
-De quoi ? rétorqua durement Alexandre. Elle m’a quitté, point. Remets le film, c’est pile quand elle lui brise le cœur, ça va être drôle.
-Et quoi ? Tu veux te mettre à courir à trois ans pour oublier, comme Forrest ? C’est pour ça que tu voulais regarder ce film, pour faire un parallèle entre lui et toi ? Désolée, mais Tom Hanks a quand même vachement plus la classe.

L’ombre d’un sourire flotta sur les lèvres de mon frère et il m’attira un peu plus contre lui pour ébouriffer mes boucles. Il pressa sa joue contre le sommet de mon crâne, ce qui m’empêcha d’avoir un contact visuel avec lui mais ça m’allait : j’avais peur de craquer, de me mettre à pleurer ou pire, de tout lui avouer si je ne faisais qu’effleurer la douleur dans ses yeux.

-C’est juste … bizarre. A la fois je l’ai vu venir, ça faisait quelques semaines qu’elle était distante, elle parlait beaucoup de sa famille – elle est de la haute, tu sais, je crois que ses parents sont plutôt friqués. On se disputait sur le fait qu’elle ne voulait pas me les présenter depuis cet été et du coup j’avais l’impression … Je ne sais pas, qu’elle avait honte de moi, tu vois ? Le petit mécano qui a abandonné ses études et vivait au fin fond des campagnes du Gloucestershire.

Oh, Seigneur, Alex, non. Elle voulait te protéger … Je pinçai les lèvres pour ne pas laisser échapper ma plainte et serrai la main de mon frère pour l’inciter à continuer. Un souffle tremblant se répandit dans mes cheveux et tomba comme une pierre sur mon estomac, alourdissant la boule de culpabilité.

-Au final, c’était apparemment le nœud du problème. On ne faisait pas parti du même monde, alors … C’est tout, ça c’est fini. Ce qui est étrange, c’était que … pendant un moment, ça allait très bien. On ne parlait plus de nos familles, on faisait des projets … et des projets sur le long terme. Acheter une maison à Bristol … Ouvrir mon propre garage … Je me suis surpris à rêver de choses dont je ne pensais même pas avoir le désir, simplement parce que j’étais avec elle et finalement, ce n’était que ça … un rêve.
-Oh, Alex … (je pressai sa main avec douceur, gardant le regard rivé sur la télé à m’en assécher les yeux). Ce n’était pas qu’un rêve … Elle a réveillé quelque chose de réel en toi … Rien ne t’empêchera de réaliser tout ça avec quelqu’un d’autre …

Alexandre se fendit d’un vague mouvement d’épaule en observant d’un œil vide Jenny et Forrest consommer leur amour pour la première fois. Je fus tentée d’avancer le film quand ensuite Jenny s’enfuyait avant le réveil de son amant pour disparaitre ensuite de sa vie. Non, décidemment, Alexandre n’avait pas choisi ce film au hasard.

-Je n’en sais rien. Tu me connais, je suis pragmatique : je ne crois pas à ces histoires d’âme sœur, d’amour éternel et de Dieu qui te soutient dans toutes tes épreuves. Mais … En nous, j’y croyais. Je nous croyais capable de construire quelque chose, qu’elle était … « la bonne », si on veut. Mais visiblement, je n’étais pas le bon.

« C’est la première personne qui m’a prise pour ce que j’étais et pas pour mon nom de famille ou mon compte en banque » souffla la voix de Melania dans mon esprit. « La seule avec laquelle je me sente parfaitement en sécurité … Je ne retrouverais ça nulle part ailleurs alors quand tu l’as trouvé … Non, tu ne dois pas le lâcher. » Je pris une profonde inspiration et me forçai à contrer d’une voix neutre :

-Si elle n’a pas su voir ça en toi, c’est que c’est une idiote … Laisse la retourner dans son monde, Alex. Ici, on sait très bien que ta vie n’est pas un ensemble de malentendu. Et qu’il y a encore plein de bons chocolats à prendre dans ta boite …

Je m’en voulais de charger ainsi Melania qui avait fait preuve d’une remarquable abnégation … Je me blottis contre Alexandre en constatant qu’il ne répondait pas à ma remarque et qu’il fixait la télévision, la mâchoire contractée. Je préférai ne pas insister et voir Forrest vivre ce dont il rêvait sans doute en ce moment même : que Jenny revienne et qu’ils vivent la vie qu’ils avaient rêvés… jusqu’à ce que la mort les sépare.


Voilààà ! Désolée, c'est la partie la moins intéressante du chapitre ... La suite la semaine prochaine !
cochyo

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par cochyo »

Forest gump. Meilleur film toutes catégories.
Touchant comme petit chapitre.
annabethfan

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Re: Ombres et Poussières II 23 1 [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Perripuce a écrit :MAIS QU'EST-CE DONC?

La preuve que je suis super faible et que j'ai un manque cruel de volonté MAIS c'est atténué par le fait que je n'offre que la moitié du chapitre (c'est un gros chapitre, il aurait été en deux parties) DONC autant le poster sur deux semaines ! N'est-ce pas fantastique?

Encore un IMMENSE MERCI pour tout vos commentaires (Charm', j'adore tes nouveaux Com'Cit, ça me fait super plaisir !). J'espère que vous avez bien profité du déconfinement et que vos proches et vous-mêmes allaient bien !

Bon, pas grand-chose à dire aujourd'hui ... Alors on va juste dire bonne lecture et à la semaine prochaine pour la deuxième partie !

PS : J'espères que vous connaissez Forrest Gump, il va y avoir beaucoup de référence dans ce chapitre.

Chapitre 23 (1/2) : « La vie, c’est comme une boite de chocolat… »

-Et vous ne l’avez pas fait ?! Première phrase je meurs :lol:

Le cri d’Emily embrasa mes joues et je lui fis sèchement le signe de se taire. Sa présence était d’autant plus embarrassante que j’étais en retard : le Poudlard Express n’allait pas m’attendre et j’étais l’une des dernières élèves à quitter le hall. T'imagines elle loupe le Poudlard Express et doit expliquer à ses parents hyper religieux pourquoi :lol:

-Bon sang, Emily, je n’allais pas le faire dans une salle de classe, enfin ! Laisse-moi le temps ! Et lâche-moi un peu, je vais louper le train !
-Bon, d’accord, tu as raison de prendre ton temps, convint-t-elle avant de fouiller ses poches. Il faut le faire quand tu seras prête. Et dans les meilleures conditions possibles … Mais au cas où …

Elle me tendit une potion à la robe mauve et translucide que je pris avec perplexité. Puis je compris ce que c’était et mes joues rougirent de plus belle.

-A prendre dès le début de ton cycle Vic serait-elle un loup-garou ? #privatejoke de notre visionnage d'HP :lol: , au cas où ça déraperait pendant les vacances, ajouta-t-elle avec un malicieux sourire. Mais si la robe devient épaisse, ne la boit surtout pas, ça veut dire qu’elle est passée et … bon, bref, tu prendras tes précautions.
-Bon sang, Emily !

Mais mon amie se contenta de se fendre d’un immense sourire et m’envoya un baiser de la main. A la fois agacée et affolée par l’heure qui avançait, je jetai un sort de lévitation à mes bagages et me mis à courir à travers le parc sans me soucier de ce qu’elles pourraient heurter en me suivant. C'est là elle blesse sérieusement quelqu'un ^^J’arrivai à la dernière diligence à bout de souffle et laissai Kenneth, qui rentrait également, monter ma malle à bord. Simon m’attendait sur le quai de Pré-au-Lard, son pied tapant impatiemment le sol tout en consultant sa montre.

-Pas trop tôt, maugréa-t-il en montant dans le train. J’ai cru qu’on allait le louper … et vu ce qui se trame chez toi, ça aurait été catastrophique.

Le rappel de Simon fut comme une pierre posée dans mon estomac. Je plongeai ma main dans ma poche pour effleurer la lettre que j’avais reçu la veille au matin et dont les mots étaient imprimés dans mon esprit :

Victoria,
J’ai fini par faire ce dont on avait convenu, la dernière fois. Mon frère ne change pas, pas assez pour me rassurer et j’ai fini par conclure que tu avais raison. J’ai préféré le faire avant les vacances, comme ça je sais que tu seras là pour lui pendant au moins deux semaines. Encore une fois, je suis tellement désolée… Mais ne t’en fais pas, ce que je t’ai dit vaut toujours. Je ferais tout ce que je peux. C'est trop injuste et trop triste... Il va être une épave...
Prends soin de toi – et soin de lui. Bonne chance pour tes ASPICs.
Mel.


Melania avait été prudente dans une lettre qu’Ombrage avait sans doute lue, mais je n’eus aucun problème à la décrypter. Elle avait fini par quitter Alexandre, pour le protéger – et ferait en sorte que Nestor ne m’atteigne pas. Lorsqu’il avait lu la lettre, Simon avait évoqué la possibilité que Melania empoisonne Nestor et je lui avais envoyé une cuillère de marmelade à la figure. Je meurs :lol: :lol: Mais la bonne nouvelle, c’était que ce spectre-là s’éloignait également. J’allais ramasser Alexandre à la petite cuillère pendant les vacances, mais au moins c’était son cœur que je retrouverais en miette … pas son corps. Oh cette phrase est si frappante...
Je montai dans le train à la suite de Simon qui me mena à une cabine étrangement composée de sa sœur, et de la fratrie Bletchley dans son ensemble, ainsi que de la petite Isabel McDougal qui avait visiblement Cora. Lorsque Simon ouvrit la porte coulissante, les éclats de voix me parvinrent enfin et me donnèrent presque envie de faire demi-tour :

-De toute façon, je vais finir par en parler aux parents, comme ça tu seras bien obligée de l’inviter chez nous !
-Felicity ! On a dit que c’était moi qui le disais !
-Personne ne dira rien à personne ! Miles au bord de la syncope :lol:
-Tu nous saoules, Miles ! En plus, papa adorerait Victoria : il n’a rien contre les nés-moldus et il sera très content que tu lui présentes ta copine. Moi je te trouve injuste …
-Et je veux pouvoir inviter Isabel, comme ça Victoria pourra l’amener.
-Cora !

Isabel tira sur la manche de son amie pour me pointer du doigt. Je m’étais figée dans l’encadrement de la porte, à la fois amusée et gênée par le débat des deux jeunes filles face à Miles. Felicity était celle qui lui ressemblait le moins avec ses grands yeux bleus et son visage de porcelaine qui semblait en faire une fille délicate. Cora en revanche avant les yeux et la chevelure brune de Miles, mais également sa vivacité : c’était une gamine qui ne tenait pas en place et c’était peut-être pour cela que Susan la Tranquille la fixait d’un air consterné. Miles se plaqua la main contre le front, l’air dépité, mais Felicity profita de mon apparition pour le pointer du doigt et s’écrier :

-Tu peux lui dire que c’est un idiot et que ça ne te dérangerait pas du tout de venir à la maison, une fois ?

Non, ça ne me dérangerait pas. Mais je savais que ça embarrassait énormément Miles et j’avais fini par conclure que c’était du fait des conditions de vie de sa famille : ils n’étaient ni riches ni prestigieux, et c’était un milieu dont Miles voulait d’extirper. Et j’avais également la net impression depuis le repas avec Alexandre qu’il souffrait d’un sentiment d’infériorité vis-à-vis des Bones qui se confirma lorsqu’il jeta un regard furtif à Simon qui venait de s’installer, un léger sourire aux lèvres.Franchement tout ça pour ça... Puis il le planta à nouveau sur Felicity et cingla :

-On reprendra cette discussion plus tard.
-Non, on va en parler maintenant ! exigea sa sœur, impérieuse. Et je ne sortirais pas de cette cabine avant que tu m’aies fait la promesse que papa rencontrera Victoria avant que tu ne quittes Poudlard ! Sinon, je te promets, dès que je saute sur le quai, je vais droit sur lui et je lui dis tout ! Tu veux jouer ? Avec moi ? Je suis plus vicelarde que toi, Miles, fais attention !
-Susan ? appela Simon, l’air de réprimer son rire. Je t’aime, ma sœur, tu le sais ? Attends de commencer de sortir avec Vic et on en reparle mon coco

Mais Susan ne lui répondit que par un regard réprobateur qu’appuya Miles. Puis il contempla Felicity, puis Cora qui lui adressa un sourire féroce, puis enfin ses yeux se posèrent sur moi. Et je lus dans sa frustration que la menace de Felicity était assez crédible pour qu’il y cède.

-Bon. Ça te dérangerait ?

Tous regards se tournèrent vers moi et je sentis malgré moi mon visage s’empourprer. Simon semblait se délecter de mon embarras et je fis discrètement un signe à Susan qui le frappa à l’arrière de la tête. Je m’efforçai de sourire.

-Bien, j’ai l’impression que si je dis non, j’aurais deux petites diablesses qui me le feront payer, n’est-ce pas ?
-Exactement, confirma Cora en hochant gravement la tête. Donc c’est oui ?

Elles pivotèrent de nouveau vers Miles, attendant la sentence. Il finit par lâcher un immense soupir qui sonnait comme une concession et Felicity et Cora se tournèrent l’une vers l’autre avec un sourire radieux. Elles se tapèrent dans la main, embrassèrent leur frère et se précipitèrent hors de la cabine, extatiques. Je pus enfin me faufiler à l’intérieur et la refermer, un sourire amusé aux lèvres. Miles se passait les mains sur le visage sous le regard moqueur de Simon, mais une nouvelle fois, Susan le rappela à l’ordre d’une tape sur la cuisse. Je m’assis à côté de lui sans me fendre du moindre commentaire et le train s’ébranla dans cette ambiance quelque peu particulière.

Le trajet fut long : Simon lisait Hamlet en face de moi et me jetai parfois au hasard des vers en espérant trouver ceux que je préférais trop hâte d'arriver à cette scène ^^, Miles commençait déjà les devoirs que nous avions à faire avant les vacances et Susan avait fini par rejoindre Hannah dans la cabine voisine. Mais ce ne fut que lorsque Miles se leva en quête de la distributrice que Simon ferma brusquement son livre pour me lâcher :

-Ecoute. J’ai pensé à un truc, récemment. Il pense beaucoup cet enfant

Je l’écoutai jusqu’au bout, à la fois éberluée et blessée par sa proposition. Blessée parce qu’elle faisait saigner de nouveau une plaie que j’avais en moi et éberluée parce que je n’y attendais absolument pas :

-Tu veux que j’aille voir mon grand-père pour qu’il reprenne la magie ? Mais pourquoi ?
-Parce que tu vas en avoir besoin, Vicky. Plus il y aura de personnes autour de toi capable de se défendre face à un sorcier, mieux ce sera pour toi et ta famille, tu ne penses pas ?

Je gardai le silence, voyant dans ces mots un écho de ceux que Dumbledore avait pu prononcer lors de notre dernier entretien. S’il savait ma famille en danger, mon grand-père ne résisterait pas à l’idée de la défendre. Mais il y avait autre chose qui m’avait gêné dans les propos de Dumbledore et j’avais fini par mettre le doigt dessus. Qu’il reprenne la baguette, c’était exactement ce qu’il espérait. J’en fis part à Simon et ses lèvres se tordirent, hésitantes.

-D’un point de vue stratégique, ton grand-père serait une arme idéale, convint-t-il en passant une main dans ses cheveux. C’était un très bon sorcier, un duelliste de talent … Et c’est un Liszka. Ça pourrait avoir une certaine résonnance à l’étranger de savoir qu’un Liszka se bat contre Tommy.
-Alors Dumbledore ne m’a aidé que pour avoir une arme stratégique dans sa manche ? On en revient toujours aux motivations de Dumbledore... Je pense qu'il est souvent dans l'intérêt stratégique mais ça ne l'empêche pas de se soucier de Victoria, tout comme avec Harry. C'est cette complexité qui mêle les deux aspects qui est intéressant je pense. Ca montre son esprit brillant, son penchant pour le contrôle et le pouvoir, et sa bienveillance envers ses élèves en même temps. (Je vous ai dis que je l'aimais?)

J’avouais que l’idée me décevait affreusement mais d’un autre point de vue, elle était parfaitement logique. Quelles raisons avaient un immense sorcier très occupé comme Albus Dumbledore d’aider une élève anonyme comme je l’étais dans une histoire personnelle ? La bouche de Simon se tordit, comme embarrassée.

-Ce n’est pas ce que j’ai dit. Sans doute qu’il a vraiment voulu t’aider mais que … il s’est rendu compte que ça pourrait aussi lui être utile. Et il n’a pas tort, Vicky. Il faut que tu ailles le voir pour lui raconter ce qui se passe – y compris Selwyn, y compris Melania. Il faut mettre toutes nos chances de notre côté.

Je me laissai aller contre le dossier de la banquette, les bras croisés en un geste de repli. Ma discussion avec Dumbledore avait mis en lumière un point : malgré tout, j’étais incapable de détester mon grand-père. L’homme qui avait tué Agata était mort avec elle, et celui qui m’avait élevé était quelqu’un de bien. Mais ça ne voulait pas dire que j’oubliais, ni ne pardonnait. Tout cela continuait de former une boule d’émotion très douloureuse en moi, mais Simon marquait un point. A cause de ce que j’avais fait à Nestor Selwyn, ma famille était en danger. La rupture de Melania avec Alexandre minimisait peut-être le risque mais … elle ne l’effaçait pas totalement.

-Très bien, cédai-je en un souffle. Je comptais y aller, de toute manière … (Je contemplai un moment Simon, prise d’une soudaine idée). Et tu vas venir avec moi. Très bonne idée, plus de scènes ensemble allez hop
-Pourquoi ?

Je me mordis la lèvre. La vérité, c’était que je pensais que rencontrer ma grand-mère, une femme qui avait tout perdu puis tout reconstruit pouvait inspirer Simon – dans le bon sens du terme. Mais si je le lui disais en ces mots, c’était certain qu’il fuirait.

-Parce que je n’ai pas envie d’y aller seule.

Je croisai les doigts dans la poche de ma cape alors que les yeux de Simon se levaient vers moi, à la fois surpris et soupçonneux. Les cernes qui marquaient toujours sa peau et rendaient ses prunelles d’un émeraude bien trop sombre me confortèrent dans ma requête et l’argument parut peser car Simon finit par hocher la tête.

-Qu’est-ce que tu ferais sans moi, vraiment …
-Je serais moins experte en fouillage de journaux.

Les yeux de Simon luirent d’un éclat intense l’espace d’une seconde et ses mains nouées se contractèrent l’une sur l’autre. Sa réaction était toujours vive chaque fois que je ne faisais qu’évoquer ses origines et montrait que, malgré ses pleurs sur le pont, il n’acceptait toujours pas son histoire. Et ce fut sans doute pour se soustraire à des insistances de ma part qu’il s’éloigna brusquement pour se plaquer contre la banquette et plongea son regard à travers la fenêtre.

-La ferme, crevette.

Je l’observai fixer obstinément le paysage qui défilait sous ses yeux, comme si cela pouvait effacer les images que j’avais ramené à son esprit. Ce n’était peut-être pas le moment de le troubler … Mais il faudrait que j’en parle avec Rose et George à Terre-en-Lande. Cette conversation promet...Il ne pouvait pas continuer comme ça. Alors je plongeai à mon tour mon regard à travers la fenêtre et soupirai machinalement :

-Crevette toi-même.

***


J’avais été plus qu’heureuse de constater que, une fois encore, mon père m’attendait sur la voie 9¾ aux côtés de George. Simon se fit une joie de l’annoncer à Miles quand nous descendîmes du train et je vis mon petit-ami blêmir, tout en commentant que selon lui, je ne ressemblais absolument pas à mon père, un grand homme aux cheveux châtains et aux yeux gris – l’une des rares choses dont j’avais hérité. A l’abri du train, Miles m’avait embrassé en me prévenant qu’il me tiendrait au courant pour la promesse arrachée par ses sœurs et Cora me fit un immense sourire avec un « on se voit bientôt ! ». De toute manière, j’avais d’autres préoccupations en tête pour être gênée par l’air entendu des sœurs de Miles. Lorsque George aperçut Simon, il l’enveloppa dans une étreinte d’ours qui montrait clairement que l’évasion massive des Mangemorts avait fait basculer quelque chose en lui et je fus rassuré de voir Simon lui rendre son accolade, comme un signe de pardon. Mon père m’avait paru soucieux lorsque je m’étais approché et j’avais compris pourquoi lorsqu’il m’avait avoué à mi-voix que la relation entre Mel et Alexandre avait pris fin et que mon frère était en route pour passer la soirée chez nous. Et effectivement, lorsqu’il arriva le soir même, ses traits étaient tirés et ses cheveux bruns si ébouriffés que je doutais qu’il ait même daigné les coiffer. Il m’adressa un sourire fatigué sans l’énergie qui le caractérisait pourtant et alla très vite s’isoler dans la cuisine avec ma mère. J’avais voulu les suivre, mais mon père m’en avait empêché.
Pour une fois, c’était de ma mère qu’Alexandre avait besoin. C’était à la fois si surprenant et si touchant que j’en eus les larmes aux yeux. On revient toujours à l'amour d'une mère non...

J’avais profité de ce temps pour défaire ma valise dans ma chambre, cet espace si rassurant et familier – un espace rien qu’à moi où je pus jeter mes affaires sur mon lit et mes chaussures sur le sol sans qu’Emily ne me fusille sur du regard. Malgré les yeux veinés de rouge d’Alexandre, l’étreinte d’ours de George Bones lorsqu’il avait serré Simon dans ses bras, et le regard inquiet de mon père qui me suivait depuis que j’étais revenue, le fait de retrouver mon village m’apaisait au-delà des mots. Un téléviseur, la balançoire du parc, le regard acerbe de l’Ancien quand j’étais passée devant le café en trainant ma valise, le profil de l’église Saint-Edward à l’allure si particulière … On ne faisait pas plus bel écrin que l’endroit duquel on venait. Il n’y avait qu’ici que j’avais l’impression d’être pleine et entière et que rien ne pouvait m’arriver. Rien n’arrivait à autant me donner ce sentiment de sécurité, pas même tous les sortilèges de défense et la présence Dumbledore à Poudlard. Je fermais les yeux en m’enfonçant dans mon matelas, m’imprégnant de sa chaleur et de l’odeur familière de jasmin qu’on avait toujours utilisé.
Si vraiment je devais me défendre contre l’impossible, ce serait d’ici. Parce que c’était ici que j’étais entière. Parce que c’était ici que j’étais la plus forte.
Quelques coups frappés à ma porte m’arrachèrent au bien-être qui commençait à m’envahir et au sommeil qui engourdissait mes membres. Je me redressai sur un coude pour voir Alexandre pousser le battant, une plaquette de chocolat et deux bières à la main. Il m’adressa un sourire en coin qui manquait cruellement de conviction, mais qui avait pour mérite d’être là.

-Il parait que tu m’as piqué ma télé. On se matte un petit film en avalant des tonnes de calories ? Film, chocolat, le titre du chapitre.... Oh on se demande ce qu'ils regarder ^^
-C’est un sacré programme approuvai-je en sortant ma baguette. Attends …

Je tapotai mon menton de sa pointe en cherchant la formule, avant de l’agiter et mes affaires s’entassèrent maladroitement dans ma malle pour dégager mon lit. Alexandre n’attendit pas un instant de plus pour s’y affaler, me laissant le soin de décapsuler les bières avec ma baguette et fouilla les cassettes qui trainaient dans le tiroir de ma table de nuit. Il finit par arrêter son choix sur Forrest Gump avec un sourire entendu qui se teintait quelque peu d’amertume.

-Exactement ce qu’il me faut. Un simple d’esprit dont toute la vie n’est qu’un immense malentendu. Oh bébé...

Je sentais pertinemment que c’était lui qu’il décrivait à travers Forest et lui donnai une bourrade sur l’épaule pour masquer mon malaise.

-Arrête. Sa vie n’est pas un immense malentendu. C’est juste … Une boite de chocolat.

Un éclat de rire franchit les lèvres d’Alexandre et je fus rassurée de voir enfin son visage se détendre. Il se leva pour planter la cassette dans le magnétoscope et lança le film avant de se nicher dans mon lit et de me prendre par l’épaule pour que je me love contre lui.

-« On ne sait jamais sur quoi on va tomber », acheva-t-il alors que les premières images défilaient. Et le petit sorcier, il va bien ? Il a fini par croire au grand méchant loup ?

Je grimaçai face à la façon qu’avait Alexandre de coder toujours ses propos, de telle sorte qu’on ait une sorte de langage exclusif compréhensible par le plus petit nombre. Mais je savais que c’était aussi une manière pour lui de dédramatiser la situation. Je lui résumai alors l’essentiel de mon trimestre – l’évasion des Mangemorts, l’article de Harry, le renvoi de Dumbledore. Ça me brisait le cœur de devoir mentir concernant Melania, dissimuler que j’étais la cause de son malheur … Mais avant que la culpabilité ne m’étouffe totalement, Alexandre rebondit sur mes propos, passablement mécontent :

-Tu sais ici, avec un gouvernement aussi incompétent, il y en aurait du monde dans la rue … Les français lui auraient coupé la tête ! To the barricades ! Clem !
-Thatcher a tenu des années avec l’Angleterre entière contre elle, me souvins-je sombrement. J’ai l’impression que ce soit du côté magique ou non magique, le dirigeant anglais a la tête dure.
-Mouais. Mais avec ça, je comprends que Simon ait des envies de meurtre.

Je me figeai, créant un silence qui laissa éclater la voix de Tom Hanks dans la pièce (« le truc le mieux quand on rencontre le président des Etats-Unis, c’est la bouffe ») et arracha un rire à Alexandre, tant les préoccupations de Forrest étaient aux antipodes des nôtres. Alors qu’il craquait un nouveau morceau de chocolat, je me fis la réflexion que s’il avait vécu, Spencer Bones aurait le même âge que lui.J'y avais jamais pensé... Tu y avais pensé depuis le début ou c'est une heureuse coïncidence ? Seigneur oui, ils ont le même âge … Et les Bones avait tenu à mettre leurs enfants dans une école élémentaire moldue pour qu’ils soient éduqués aux arts primaires et en contact avec la société non-magique. C’était comme ça que je m’étais liée avec Simon : lorsque notre instituteur nous avait mis l’un à côté de l’autre du fait de l’ordre alphabétique et qu’on s’envoyait nos trousses à la figure au bout d’une semaine de cours.

-Alex ? Est-ce que tu te souviens … qu’il y avait d’autres personnes qui habitaient la maison de Simon, avant lui ? Jusqu’à que tu aies environ sept ans …

Alexandre fronça les sourcils en mastiquant son morceau de chocolat, l’air perplexe. Il laissa Bubba déblatérer sur la crevette avant de répondre prudemment :

-Ouais, je me souviens. Ça devait être de la famille parce qu’ils s’appelaient Bones aussi. Papa m’a dit qu’ils étaient morts, apparemment, une fuite de gaz … J’avais un de leur garçon avec moi à l’école, quand j’étais petit. Un gars étrange, il ne parlait quasiment pas, ne jouait pas, quelqu’un d’assez craintif … Samuel, Steven, quelque chose comme ça …
-Spencer.

Alexandre avait connu le frère de Simon. Ça rendait les liens si réels que je ressentis encore plus durement la mort d’un enfant que je n’avais jamais connu. Alexandre coula sur moi un regard circonspect.

-Si tu sais, pourquoi tu me demandes ?
-Comme ça, pour vérifier. Tu devais connaître le grand aussi, Matthew ?
-Ouaip, un peu. Enfin, c’est loin, mais je me souviens parfaitement de cette tête de citrouille qui faisait le caïd dans la cour de l’école. Et leur mère, aussi, elle venait souvent parler à papa. Mais leurs discussions m’ennuyaient vite – ça tournait souvent autour de Dieu – alors j’allais jouer dehors.

Mon sang se glaça dans mes veines alors qu’Alexandre se replongeait rapidement dans le film. C’était une révélation à laquelle je ne m’attendais absolument pas, mais elle tombait sous le sens. Si les Bones étaient allés à l’école élémentaires avec nous, Cassiopée et Edgar avaient dû croiser mes parents à la sortie … Ca le rend toute l'histoire tellement plus réel, plus tangible... Mon dieu...
Ce qui voulait dire que l’un de mes parents – probablement mon père – devait parfaitement avoir conscient des véritables origines de Simon. Ils avaient dû croiser Cassiopée enceinte ou tenant dans ses bras un nourrisson … qu’ils avaient retrouvés enfant dans une autre famille. Bon sang, Susan avait raison. C’était la vérité la mieux oubliée de l’Histoire. Mais oui c'est quand même dingue !!
Les minutes du film défilèrent et j’entendis Alexandre renifler avec un certain mépris à chaque scène entre Forrest et son amour de toujours, Jenny. Pourtant, ses yeux se vidaient soudainement et se mettaient à luire et je savais que Melania occupait alors ses pensées. Au moment où Jenny revenait en Alabama et qu’il lâcha carrément un grognement de dépit, je mis la cassette années 90 bonjour ^^sur pause, les entrailles nouées et demandai sans le regarder :

-Tu veux qu’on en parle ?
-De quoi ? rétorqua durement Alexandre. Elle m’a quitté, point. Remets le film, c’est pile quand elle lui brise le cœur, ça va être drôle.
-Et quoi ? Tu veux te mettre à courir à trois ans pour oublier, comme Forrest ? C’est pour ça que tu voulais regarder ce film, pour faire un parallèle entre lui et toi ? Désolée, mais Tom Hanks a quand même vachement plus la classe.

L’ombre d’un sourire flotta sur les lèvres de mon frère et il m’attira un peu plus contre lui pour ébouriffer mes boucles. Il pressa sa joue contre le sommet de mon crâne, ce qui m’empêcha d’avoir un contact visuel avec lui mais ça m’allait : j’avais peur de craquer, de me mettre à pleurer ou pire, de tout lui avouer si je ne faisais qu’effleurer la douleur dans ses yeux.

-C’est juste … bizarre. A la fois je l’ai vu venir, ça faisait quelques semaines qu’elle était distante, elle parlait beaucoup de sa famille – elle est de la haute, tu sais, je crois que ses parents sont plutôt friqués. On se disputait sur le fait qu’elle ne voulait pas me les présenter depuis cet été et du coup j’avais l’impression … Je ne sais pas, qu’elle avait honte de moi, tu vois ? Le petit mécano qui a abandonné ses études et vivait au fin fond des campagnes du Gloucestershire. La famille de la haute est en partie la raison, mais c'était pas de la honte... Ah il me brise le coeur

Oh, Seigneur, Alex, non. Elle voulait te protéger … Je pinçai les lèvres pour ne pas laisser échapper ma plainte et serrai la main de mon frère pour l’inciter à continuer. Un souffle tremblant se répandit dans mes cheveux et tomba comme une pierre sur mon estomac, alourdissant la boule de culpabilité.

-Au final, c’était apparemment le nœud du problème. On ne faisait pas parti du même monde, alors … C’est tout, ça c’est fini. Ce qui est étrange, c’était que … pendant un moment, ça allait très bien. On ne parlait plus de nos familles, on faisait des projets … et des projets sur le long terme. Acheter une maison à Bristol … Ouvrir mon propre garage … Je me suis surpris à rêver de choses dont je ne pensais même pas avoir le désir, simplement parce que j’étais avec elle et finalement, ce n’était que ça … un rêve.
-Oh, Alex … (je pressai sa main avec douceur, gardant le regard rivé sur la télé à m’en assécher les yeux). Ce n’était pas qu’un rêve … Elle a réveillé quelque chose de réel en toi … Rien ne t’empêchera de réaliser tout ça avec quelqu’un d’autre … En vrai si Vic lui expliquait... Ouais mais connaissant Alexandre il laisserait pas tomber...

Alexandre se fendit d’un vague mouvement d’épaule en observant d’un œil vide Jenny et Forrest consommer leur amour pour la première fois. Je fus tentée d’avancer le film quand ensuite Jenny s’enfuyait avant le réveil de son amant pour disparaitre ensuite de sa vie. Non, décidemment, Alexandre n’avait pas choisi ce film au hasard.

-Je n’en sais rien. Tu me connais, je suis pragmatique : je ne crois pas à ces histoires d’âme sœur, d’amour éternel et de Dieu qui te soutient dans toutes tes épreuves. Mais … En nous, j’y croyais. Je nous croyais capable de construire quelque chose, qu’elle était … « la bonne », si on veut. Mais visiblement, je n’étais pas le bon.

« C’est la première personne qui m’a prise pour ce que j’étais et pas pour mon nom de famille ou mon compte en banque » souffla la voix de Melania dans mon esprit. « La seule avec laquelle je me sente parfaitement en sécurité … Je ne retrouverais ça nulle part ailleurs alors quand tu l’as trouvé … Non, tu ne dois pas le lâcher. » Je pris une profonde inspiration et me forçai à contrer d’une voix neutre :

-Si elle n’a pas su voir ça en toi, c’est que c’est une idiote … Laisse la retourner dans son monde, Alex.Le double sens de cette phrase... Ici, on sait très bien que ta vie n’est pas un ensemble de malentendu. Et qu’il y a encore plein de bons chocolats à prendre dans ta boite …

Je m’en voulais de charger ainsi Melania qui avait fait preuve d’une remarquable abnégation … Je me blottis contre Alexandre en constatant qu’il ne répondait pas à ma remarque et qu’il fixait la télévision, la mâchoire contractée. Je préférai ne pas insister et voir Forrest vivre ce dont il rêvait sans doute en ce moment même : que Jenny revienne et qu’ils vivent la vie qu’ils avaient rêvés… jusqu’à ce que la mort les sépare.


Voilààà ! Désolée, c'est la partie la moins intéressante du chapitre ... La suite la semaine prochaine !
Super chapitre !!!!!!!!!
Perripuce

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Ombres et Poussières II 23 2 [Harry Potter]

Message par Perripuce »

COUCOU C'EST MOI
COMMENT VOUS ALLEZ BIEN ?
Moi ça va, Cazo et moi avons ENFIN du dates pour nos concours respectifs et c'est une joie et une peine en moi cette affaire, au moins on va pouvoir se fixer ahah

Sinon que dire d'autre? J'espère que tout va bien chez vous, le foot allemand a repris mais franchement à huis-clos c'est d'une tristesse infinie (personne n'arrivera à me convaincre que c'est ça le football, perso je regarde pas un match sans spectateur donc ça va rien résoudre leur affaire BREF), il fait moche ça donne envie de regarder Netflix MAIS j'ai un concours justement BREF JE DIS N'IMPS ALORS POSTONS BONNE LECTURE KEUR SUR VOUS ET JE VOUS AAAAIIIIME


Chapitre 23 (2/2) : "La vie, c'est comme une boite de chocolat ..."


-Tu es sûre que tu ne veux pas qu’on y vienne ? ça fait longtemps qu’on n’est pas allé voir mes parents …

Ma mère me fixait avec une certaine perplexité alors que je mettais ma veste en jean avec l’impression de retrouver une seconde peau. Les vacances avaient commencé depuis trois jours et ma mère avait fait un travail immense sur elle concernant ma magie. Je sentais encore sa réserve lorsqu’elle l’évoquait, mais elle n’était pas aussi abrupte qu’avant, moins méfiante. Mais quand je lui avais appris que je comptais rendre visite à mes grands-parents dans la journée, mes parents s’étaient mis en tête de m’accompagner et j’avais l’impression de marcher sur des charbons ardents.

-J’y vais par les moyens sorciers, répétai-je en fouillant dans les foulards de ma mère. Je peux t’emprunter celui-là ?
-Non, j’en ai besoin mais prends le bleu, si tu veux. Bon, on y retournera dans la semaine, alors ? Avec Alexandre.

Mes doigts se figèrent sur le nœud que j’étais en train d’exécuter. Alexandre était resté le week-end entier avant de rentrer à Bristol, mais mes parents n’avaient absolument pas été serein à l’idée de le voir enfourcher la moto qu’il avait retapé dans son adolescence et repartir l’air sombre.

-J’irais le voir après papy et mamy … Avec Simon, ça devrait lui changer les idées.

Ma mère parut soulagée et acquiesça en silence. Satisfaite de ne plus la voir insister, je sortis de sa chambre et dévalai l’escalier. Je fus assez surprise en descendant de voir à travers la porte vitrée Simon attablé dans la cuisine avec mon père, une tasse de café de la main. C’était ce dernier qui parlait, son regard bleu-gris et indulgent vrillé sur Simon, qui me tournait le dos. Intriguée, j’aurais voulu attendre un peu, observer la suite et interpréter leurs gestes, mais ma mère n’eut pas ce scrupule : elle me dépassa souplement et ouvrit triomphalement la porte qui séparait de la cuisine du salon.

-Bonjour Simon ! Si je comprends bien, tu as le droit d’aller voir mes parents et pas nous ?
-Oh, maman !

Mon père toisa ma mère d’un air désabusé et Simon eut un léger sourire, à mi-chemin entre la gêne et l’attendrissement. Il détourna les yeux quand je tentai de l’interroger du regard et il prit une gorgée de café pour justifier son geste. Mon père m’adressa un sourire.

-Tu reviens pour dîner ?
-Je te préviendrais, on restera peut-être un peu avec Alex. (Je l’embrassai sur la joue avant de m’adresser à Simon : ) on y va ?

Simon acquiesça et finit son café avant de se lever. Je sentis la brûlure du regard de ma mère alors qu’on sortait de chez moi, dans le petit jardin bordé de haie qui nous permettait de transplaner en toute quiétude. Sans attendre, de peur de perdre courage, je pris le bras de Simon et pivotai, laissant ma magie m’emporter vers les bords du canal de Bristol et la petite ville de Portishead. L’odeur d’iode me frappa de plein fouet, ainsi que le vent qui soufflait sur la mer grise et agitée. Simon rabattit la capuche de son gilet sur ses oreilles en grimaçant.

-Cette partie de l’Angleterre n’est pas au courant qu’on est en avril.
-Simon, on vit la majorité de notre année en Ecosse, on n’est pas censé se plaindre du froid. De quoi tu parlais avec mon père ?

Simon se raidit face à la question et vrilla son regard vert sur les eaux qui se fracassaient sur la plage. Le soleil se reflétait dans ses mèches blondes et y faisaient ressortir le cuivre et l’or dans ses cheveux, même si on regard restait obscurci.

-Pas grand-chose. De ce qui se passait à l’école, principalement, mes parents le tiennent au courant. Mais il voulait avoir plus de détail, notamment sur l’évasion des Mangemorts et le départ de Dumbledore, je pense qu’il s’inquiète. Mais ne t’en fais, je l’ai rassuré.

Je lui jetai un regard oblique en espérant ne pas trop être insistance, mais j’entendais dans la retenue de sa voix qu’ils n’avaient pas fait que discuter Poudlard. La constatation que je m’étais faite me revint à l’esprit : mon père avait sans doute conscience que Simon était le fils d’Edgar et non de George et devait sans doute avoir connaissance par celui-ci de l’évasion de Jugson. Mon père était une personne neutre, calme et de confiance, avec laquelle Simon pouvait se sentir en sécurité. Peut-être plus qu’avec moi. Alors je décidai de laisser couler et de me mettre en route vers la maison côtière de mes grands-parents. Les bacs de jardinage étaient libérés de leurs bâches et les herbes aromatiques s’épanouissaient sous le soleil, tout comme les dernières jonquilles qui se formaient en bouquet joyeux dans le jardin de devant. J’effleurai cette fleur qui symbolisait la venue du printemps que j’associai lui-même à l’espoir et me fis la réflexion que ces pétales d’or et de lumière était un parfait étendard de l’espoir. Et Seigneur, comme j’avais besoin de force et d’espoir pour ce qui allait suivre. Avec un soupir à fendre l’âme, je me détournai des jonquilles pour faire face à la porte et frapper le battant. Simon s’adossa au mur, un léger sourire aux lèvres qui me parut tout de même comme crispé.

-Et tes grands-parents ne diront rien que je sois là ? Fais attention, sur un malentendu ils vont croire que je suis ton copain.
Je le lorgnai d’un air désabusé avant de secouer la tête.
-Pas de risques. Ils m’ont déjà entendu me plaindre de toi et mon père se plaindre de nos disputes alors que par ailleurs tu étais un si gentil garçon. Franchement, qu’est-ce qu’il te trouve ?
-Je suis meilleur musicien que toi.

Ce fut sur cette pique accompagné d’un sourire qui me donnait envie de céder à l’enfant en moi et de lui tirer les cheveux que la porte s’ouvrit devant moi. Jaga posa des yeux surpris sur moi, la main sur la poignée et ses lunettes plantées sur son nez osseux. Dans son autre main elle tenait son roman, comme si je l’avais interrompue en pleine lecture. Les lèvres fines de ma grand-mère esquissèrent un sourire ému et elle m’ouvrit les bras.

-Perelko

Le surnom remua des choses en moi et agita le fantôme ce que j’avais un jour était. Je lui cédais en enlaçant ma grand-mère, malgré tout heureuse de retrouver cette famille qui me manquait si cruellement chaque fois que j’étais à Poudlard et cette femme dont la force m’avait inspiré toute ma vie.

-Je ne pensais pas qu’on te reverrait ici, me souffla ma grand-mère lorsqu’elle se détacha. Après la dernière fois et … Oh. (Elle baissa ses lunettes et observa par-dessus les verres). Et pas seule ... Simon, si je ne m’abuse ?

Il parut surpris qu’elle le reconnaisse si vite alors qu’ils ne devaient s’être aperçu qu’une ou deux fois au cours de leurs vies. Il tendit cependant une main ferme que Jaga saisit tout en le détaillant d’un regard sombre et critique. Elle conclut son examen d’un :

-Il a fini par grandir … Bien, rentrez. J’ai fait des sablés, mais j’ai bien peur que Miro n’ait tout mangé.
-C’est faux ! rugit une voix depuis l’intérieur. Et si tu ne voulais pas que je les mange, il ne fallait pas faire de sablées !

Jaga poussa un profond soupir et nous invita d’un geste de la main à entrer. La voix de mon grand-père m’avait figé, mais Simon passa une main dans le creux mon dos pour m’inciter à avancer. Miro était assis à la table de la salle à manger, devant une tasse de thé et les fameux sablée et une boite de chocolat, dans ce qui semblait un tea-time très british pour un homme de sa carrure d’origine polonaise. Ses yeux clairs passèrent sur moi pour ensuite se fixer sur Simon et il poussa un grognement de dépit.

-Maintenant je te fais peur au point que tu doives venir accompagnée, Victoria ?

Je déglutis pour faire passer la boule d’émotion qui s’était formée dans ma gorge lorsque j’avais croisé le regard à la fois familier et distant de mon grand-père. Il s’était remis à farfouiller dans la boite de chocolat sous la mine réprobatrice de ma grand-mère, qui me contempla ensuite l’air désolé. Mes lèvres se tordirent et je jouai nerveusement avec mes clefs dans ma poche.

-Bonjour, ça me fait plaisir aussi de te voir.

Miro poussa un grognement, la main triant toujours les chocolats dans la boite. Jaga secoua la tête l’air consterné et nous fit un vague mouvement pour nous inciter à nous assoir avant de passer dans la cuisine. Prudemment, Simon et moi prîmes place sur une chaise, raides comme des piquets. Je remarquai que mon grand-père jetait de fréquents et furtifs regards à Simon, qui furent expliquer lorsqu’il lâcha d’une voix dure :

-Bon sang, on ne vous apprend pas à mettre vos pensées dans des boites, dans votre école ?
-Seigneur, laissai-je échapper, comprenant soudainement. Sors de sa tête immédiatement !

Simon recula alors brusquement sa chaise, l’air affolé et un regard ardent planté sur Miro, qui se fendit d’un vague sourire amusé. Il engloutit un chocolat à la liqueur et le mâcha laconiquement avant d’expliciter d’un ton neutre :

-Ne t’en fais pas, Victoria, pas la peine d’y entrer. C’est sa tête qui vient à moi. L’un des gros problèmes des légilimens de naissance : pas besoin d’user sciemment de son don pour entendre les pensées des autres. Et ce garçon pense vraiment très fort, pas une grande force mentale.
-Je n’en ai rien à faire, persifflai-je alors que Simon ouvrait la bouche, outré. Tu ne les écoutes pas, tu t’enfermes dans ta propre tête ou tu te concentres sur la mienne puisque tu m’as formée à ça. Mais tu ne les écoutes pas.

Je sentis sur moi le regard étonné de Simon plus que je ne le vis, mais je gardai le mien dardé sur celui de Miro, proprement révoltée et gênée. Il y avait trop de chose dans la tête de Simon pour que je puisse lui permettre d’y entrer et surtout je trouvais l’éthique de la pratique plus que douteuse. L’esprit était la dernière chose qui n’appartenait qu’à nous, le dernier temple sacré où toute notre identité, tous nos derniers secrets, toute notre mémoire et ces choses qui n’appartenaient qu’à nous. Y entrer était une véritable violation et c’était ce qui faisait de la legilimencie l’une des branches les plus nébuleuses et les plus grises de la magie. Miro dressa un sourcil, l’air de réfléchir à la proposition.

-On peut toujours essayer. Mais toi (il pointa un index sur Simon) Fais un effort. Les pensées parasites, c’est extrêmement désagréable pour moi. Débrouille-toi, et pense au moins à quelque chose d’agréable. Chante le God Save the Queen au lieu de t’imaginer comment j’ai tué Agata ou sorti ma femme des camps.
-Mille gargouilles mais qu’est-ce que vous avez entendu d’autre ? glapit Simon en se collant au dossier de sa chaise.

Mon grand-père fronça les sourcils et je sentis quelque chose s’appuyer à l’arrière de mon crâne. Comprenant qu’il tentait d’user de ses pouvoirs sur moi plutôt qu’ils ne s’usent seuls sur Simon, je le laissai faire sans broncher, tout en repoussant la pression pour ne pas lui laisser accéder à mes propres pensées.

-C’est diffus, j’entendais seulement des morceaux de phrases. Mais il faudra apprendre à contrôler ça, mon garçon : être aussi ouvert, c’est extrêmement dangereux en temps de guerre.
-Miro, grand Dieu, râla Jaga en revenant de la cuisine avec deux tasses fumantes. Arrête-toi un peu et laisse Victoria parler.
-Pas si c’est pour reprendre la discussion où elle en était la dernière fois, refusa sèchement Miro avant de me lancer un regard flamboyant. Je t’aime, Perelko, mais si …
-Victoria avait toutes les raisons d’être en colère, le coupa sèchement Jaga, l’air exaspérée par son obstination. Nous lui avons menti toute sa vie, nous l’avons forcée à nous mentir, puis maintenant obligée à mentir à ses parents. Et si ma mémoire est exacte, c’est toi qui as cassé la lampe, pas elle.

De nouveau, Miro poussa un grognement d’ours agacé avant de s’enfoncer un peu plus dans son fauteuil. J’avais déjà senti à Noël que mon grand-père avait été vexé par ma réaction, mais ce n’était que maintenant que je réalisais à quel point que je l’avais blessé. Blessure partagée. J’enroulai nerveusement mes doigts entour de ma tasse de thé pour en puiser la chaleur et remplir le vide glacé qui se formait de nouveau en moi.

-Tu ne peux pas me reprocher d’avoir été dure, étayai-je avec l’appuis de ma grand-mère. Ni d’avoir été en colère … Je pense que c’était légitime.

Miro grogna et Simon le foudroya du regard. De nouveau, une pression s’exerça sur mon crâne – sur mon esprit – et cette fois je grimaçai. Je risquai de sortir de cet entretien avec un certain mal de tête. Je frottai discrètement mon pied contre la jambe de Simon pour l’inciter au calme et poursuivis d’une voix résolue :

-Je le suis toujours, d’ailleurs. Blessée et en colère … Mais je pense que je peux surmonter ça. J’ai fini par comprendre que … la mort d’Agata était moins dû à ta volonté qu’à la guerre en elle-même. Qu’elle t’a forcé à changer radicalement et … bref. Pour le bien de la famille … On peut le surmonter.

Cette fois, ce fut Simon qui me donna un léger coup de pied pour me donner du courage alors que Miro levait sur mon un regard où se battait l’étonnement et la suspicion. Jaga porta une main à son cœur avant d’allonger le bras pour presser ma main.

-Oh, Perelko … Merci.

Je fus assez mal à l’aise avec la reconnaissance de ma grand-mère. D’un prime abord, parce que j’étais sincère : devoir passer l’éponge si facilement me restait en travers de la gorge. Ensuite parce que je la soulageais pour lui demander plus encore. Je doutais qu’elle soit en accord avec ce que j’allais proposer à son mari. Je baissai le regard sur le liquide brun et translucide dans la tasse, histoire de rassembler mes pensées mais Simon me devança en entonnant :

-Vous avez entendu parler du retour de Vous-Savez-Qui ?
-Vous les anglais, ricana Miro avec consternation. Vous êtes vraiment de grands froussards. Est-ce que vous avez entendu des gens de l’est refuser de prononcer le nom de Grindelwald ?
-Miroslav, gronda Jaga sur le ton de l’avertissement.

L’accent qui avait percé sa voix et l’emprise que ma grand-mère pouvait avoir sur mon grand-père m’arracha un sourire. Miro échangea un regard avec sa femme qui parut le radoucir car son expression était moins bougonne, plus à l’écoute, lorsqu’il se tourna de nouveau vers nous.

-Très bien. Evidemment que j’ai eu vent de son retour, je vole La Gazette de ma voisine sorcière donc j’ai toutes les informations qu’elles donnent.
-Vous avez conscience qu’elles sont fausses pour la plupart ? fit observer Simon en dressant un sourcil.
-Pour qui tu me prends, gamin ? Dumbledore est l’homme qui a vaincu Grindelwald, il a mon respect éternel. Evidemment que je le crois lui et non pas ce chiffon acquis à un homme sans honneur ni couilles. D’ailleurs j’ai lu dans les dernières éditions qu’il avait réussi à faire fuir Dumbledore ?

Simon dressa un sourcil, entre la surprise et l’appréciation. Nous résumâmes succinctement les informations que nous avions pu avoir sur le départ précipité de notre Directeur et Miro garda longuement le silence avant d’avoir un sourire carnassier. Au moins, argua-t-il, cela permettrait à Dumbledore d’avoir les mains libres pour contrer Voldemort, une lutte clandestine sous le nez d’un Ministère aveugle. Jaga, elle, nous lorgna l’œil sombre.

-Votre Fudge, il me rappelle un peu Neville Chamberlain, fit-t-elle remarquer avant de préciser à Simon qui la fixait l’air dérouté : le premier Ministre anglais avant la Seconde Guerre Mondiale. Il a tout laissé faire à Hitler, soi-disant pour préserver la paix. Réarmer la Rhénanie, annexer la Bohème-Moravie … Toutes les concessions, même l’inacceptable, du moment que dure la paix. Sa condescendance ça n’a certainement empêché Hitler d’envahir mon pays en septembre 1939. Peut-être que si Chamberlain avait été moins aveugle, il y aurait eu moins des miens tué dans les camps.

Elle caressa son avant-bras où je savais se situer la série de chiffre qui lui avait été tatouée sur le bras le jour de son entrée à Auschwitz. Dans un geste d’une tendresse infinie, Miro couvrit la main de ma grand-mère et Simon baissa les yeux, sans doute embarrassé par ce fragment d’Histoire. Jaga planta son regard sur moi et machinalement, ma main se porta sur la chaine qui soutenait son David. Ne les laisse pas te faire ce qu’ils nous ont fait.

-Il y a des gens qui agissent. Dumbledore ne lutte pas seul, il avait créé la résistance lors de la précédente guerre … Il doit l’avoir fait renaître de ses cendres.

Un tic nerveux agita la joue mal rasée de mon grand-père et ses lèvres se pincèrent. Jaga leva sur lui un regard flamboyant teinté d’avertissement, comme si elle savait pertinemment ce à quoi il pensait et que ça ne lui plaisait pas le moins du monde. Ses doigts se serrèrent sur ceux de son mari.

-On en a déjà parlé, Miro. C’est notre famille qui a besoin de toi, pas le monde de la magie.
-Il se trouve que dans le cas de Victoria, les deux concordent, répliqua mon grand-père d’un ton sec pendant que Simon et moi échangions un regard entendu. Alors qu’est-ce que je fais ?

Jaga plissa ses yeux sombres en un regard inquisiteur. La lueur du soleil faisait danser des éclats dorés dans ses prunelles qui n’en paraissaient que plus inquiétantes.

-Souviens-toi de ce que la magie t’a poussé à faire, Miroslav. De ce qu’elle t’a poussé à penser …
-C’est aussi sa magie qui t’a sauvé, mamy, lui rappelai-je d’une voix douce. Sans sa magie … jamais tu ne serais sortie d’Auschwitz …

L’argument était déloyal, et ce fut sans doute pour cela que les yeux de ma grand-mère se firent incendiaire. Pour éviter de les poser sur quiconque, elle but une longue gorgée de thé alors que Miro me lançait un regard où pointait la surprise et la reconnaissance. J’avais été étonnée que mon grand-père ne se soit pas lancé dans la première guerre contre Voldemort : c’était parce que Jaga l’en avait empêché.
Sauf que cette fois, la guerre étendait toute son ombre sur ma famille.
Je serrai les poings, rassemblant mes pensées et tirant ce que je voulais dire. Ce n’était pas Miro que je devais convaincre, c’était Jaga. Ma grand-mère qui avait tant souffert déjà, qui avait tant perdu … Je devais agiter devant son nez le spectre du fait qu’elle pouvait perdre encore plus encore.

-Ecoutez, entonnai-je d’une voix peu certaine. Ça … ça ne se limite pas à moi. La guerre, si elle prend de l’ampleur … Elle peut impacter toute la famille alors … (Simon me donna un nouveau coup de pied de soutien et je pris une profonde inspiration). Ce que je vais vous raconter, peu de personnes sont au courant alors … Il faudra le garder pour vous. N’en parler ni à maman, ni à papa, ni à Alexandre. Surtout pas à Alex, en fait.

Je sentis une nouvelle pression sur mon esprit qui cette fois sembla profiter de mon trouble pour percer des voiles. Cela occasionna une douleur qui me fit fermer les yeux et grimacer et soudainement, des étincelles jaillirent dans mon esprit, des étincelles couleur de feu qui menaçait d’embraser un bûcher … Paniquée, je m’efforçai de repousser l’assaut de mon grand-père en reprenant le contrôle de moi-même. Mais le peu perçu fit écarquiller les yeux de Miro, qui allongea le bras pour serrer le mien dans une pression où je sentais toute son inquiétude et sa colère. Son regard étincelait dangereusement d’une lueur intimidante.

-Raconte-moi. Tout.

Les accents durs et métalliques de sa voix m’arrachèrent un frisson et Simon plongea discrètement la main dans sa poche. Je le soupçonnais de vouloir utiliser la baguette la prochaine fois qu’il aurait le moindre doute sur l’utilisation des pouvoirs mentaux de Miro. Je poussai sur son genou une main rassurante mais qui manquait de fermeté avant d’entamer mon récit : le coup de pied dans les parties intimes d’Ulysse Selwyn, les représailles de son frère aîné le cinq novembre, ma magie qui me défendait, son avertissement sur le quai de gare et enfin, la relation problématique entre Melania et Alexandre. A cette révélation, Miro serra le poing et jeta à Jaga une œillade triomphale.

-Ah ! Je t’avais que cette fille était une sorcière ! Elle maîtrisait trop bien son esprit, même en l’effleurant, absolument aucunes pensées ne filtraient ! Pas normal pour une non-magique.

Ma grand-mère lui jeta un regard consterné. Tout le long de mon histoire, elle avait posé une main sur son cœur et j’avais vu toutes les émotions parcourir son visage ainsi que les fantômes hanter ses prunelles.

-Notre petite-fille nous annonce qu’un garçon qui a déjà tenté de la tuer a l’intention de recommencer et qu’il pourrait s’en prendre à notre famille dans son entièreté et tout ce à quoi tu penses, c’est te réjouir d’avoir raison ?

Le sourire de Miro se fana face à la sèche réprimande de ma grand-mère et il laissa Simon achever le récit de ses derniers jours, puisque raconter tout cela m’avait asséché le gosier et que ma gorge s’était trouvée comprimée de vivre à nouveau tous ces événements. Je bus une gorgée dont la tiédeur fut inefficace contre la boule s’émotion qui s’était de nouveau formée au creux de moi. Lorsque la voix de Simon s’éteignit enfin, Jaga se prit la tête entre ses main parcheminées et Miro planta sur moi un regard empli de tant d’émotion diverses que j’étais incapable de le lire. Au fur et à mesure, son corps de guerrier s’était tendu et ses doigts s’étaient agité, comme s’il rêvait de manier une baguette.

-Quelle immonde petite pourriture, souffla-t-il, comme pour lui-même. Je suis mal placé pour condamner, j’ai cru en les mêmes choses que lui, j’ai été aussi arrogant que lui mais … jamais je n’aurais mis une gamine sur un bûcher, jamais je n’aurais …
-Evidemment que tu n’aurais pas fait ça, assura Jaga en prenant sa main. Et le peu que tu avais en commun avec ce garçon est mort depuis très longtemps alors inutile d’y revenir. (Elle tourna sur moi ses yeux brillants, hésitante). Alors … Tu as poussée Mel à quitter Alexandre, c’est ça ?
-Je suis vraiment désolée … C’était la seule solution pour éviter que Nestor … ne s’intéresse à un autre Bennett que moi.
-Et tu n’as pas pensé à en aviser ton frère ?

Mon cœur s’arrêta de battre dans ma poitrine face au ton neutre de ma grand-mère. Je fus soudainement incapable d’articuler quoique soit et ce fut Simon qui me sauva en expliquant :

-Vous connaissez Alex … Non seulement il n’aurait pas laissé sa petite sœur rester seule face au danger mais en plus il se serait fichu du danger en question. Il n’est pas du genre à céder aux menaces alors … ça nous a semblé plus prudent.

Ma grand-mère pinça les lèvres et dans ses prunelles sombres aux chatoiements d’or, je lus une certaine réprobation qui ferma définitivement ma gorge. Il eut un long moment de silence où elle et moi nous toisâmes jusqu’à qu’elle retire sa main de la mienne.

-Bien, lâcha-t-elle en un murmure. Je suppose qu’Alexandre n’aurait pas été raisonnable, en effet … il faudra songer à remercier cette fille de sacrifier ainsi son bonheur et celui d’Alexandre pour la sécurité de notre famille …

Il était vrai que je n’avais même pas songé à remercier Melania, réalisai-je avec une certaine gêne. Mais lui envoyer une lettre chez elle serait peut-être plus dangereux qu’autre chose. Il faudrait passer par son jeune frère. Miro avait plongé son regard au loin, songeur et finit par lâcher d’une voix rauque :

-Mais ça ne suffira pas. En juin, Victoria sera diplômée et reviendra vivre chez elle. Et quand bien même elle irait vivre ailleurs, ça ne changerait rien et ça laisserait au contraire Marian et Edward démunis si des sorciers décident de s’en prendre à eux … (Il vrilla un regard intense dans celui de ma grand-mère et emprisonna ses deux mains dans les siennes). Mon amour, il faut que tu me laisses protéger notre fille.

Les yeux de Jaga brillèrent et ses traits se figèrent en une expression à mi-chemin entre la menace et la lassitude. Les rides sur son visage se creusèrent pour laisser apparaitre sous la femme forte la vieille personne qui avait vécu et vu tant de choses, trop de choses. Elle arracha ses mains à celles de son mari et se leva de sa chaise.

-Tu te rends compte de ce que ça impliquerait ? Si tu redeviens un sorcier, si tu reprends ta baguette … Nous ne pourrions plus le cacher, Miro. Il faudrait parler à Marian, à Beata, leur dire toute la vérité. Penses-tu qu’elles réagiront mieux que Victoria ?
-Victoria est revenue et … au fond, elle n’avait peut-être pas tort. J’ai toute ma vie exigée la franchise de la part de nos filles. Il est peut-être temps que je sois franc avec elles.

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine et une vague de reconnaissance monta en moi pour cet homme capable de risquer de perdre l’amour de ses filles pour garantir leur protection. Mais visiblement, Jaga n’était pas encore prête à faire ce sacrifice. Après avoir contemplé le portrait de sa famille décimée puis la toile qui représentait celle qu’elle avait reconstruite, elle plaqua une main sur son cœur, comme s’il se déchirait dans sa poitrine.

-Tu m’abandonnerais … Si tu retrouves la magie, si tu t’engages dans cette guerre, je sais que tu m’abandonnerais …

Simon produisit une légère toux qui me sembla cacher autre chose et je lui jetai un regard oblique, le cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Il observait la réaction de Miro à la dérobée, touillant négligemment son thé avec des gestes dont la nonchalance me paraissait feinte.
Je ne veux pas que tu meures, Vicky.
Si tu oses m’abandonner juste pour te venger, je me ferais un plaisir d’aller cracher sur ta tombe.

Je ramenais mon regard sur ma tasse de thé, troublée par l’écho de nos mots et de ceux de mes grands-parents. Miro se leva à moitié de sa chaise, saisi par le ton catégorique de Jaga.

-Enfin, mon amour … jamais je ne t’abandonnerais, tu le sais … Tu es toute ma vie …
-Alors promets-le moi. Promets-moi que si tu récupères ta baguette, ce sera uniquement pour nous défendre. Ce ne sera pas pour aller batailler je ne sais où contre je ne sais qui.

La mâchoire de Miro se contracta, et il parut hésitant. Jaga resta droite devant lui, silencieuse et inflexible, le toisant malgré sa petite taille et son allure frêle.

-Jaga … Le meilleur moyen de protéger notre famille, c’est de prendre le problème à la racine. Et la racine, c’est Voldemort. Alors me battre contre « je ne sais qui », c’est la meilleure chose à faire pour protéger nos enfants.
-Et si pendant que tu te bats, des sorciers profitent de ton absence pour venir chez nous et faire ce qu’ils ont à faire ? rétorqua vertement Jaga. Si en te battant tu découvrais ta famille et causait notre perte ?
-Peut-être qu’on pourrait trouver un juste milieu, proposai-je alors que mon grand-père ouvrait la bouche. Mais je pense que dans un premier temps, on pourrait se cantonner à la famille. C’est le plus urgent, surtout que … Dans dix jours, je suis de retour à Poudlard. Alors si ça va mal, il faudra quelqu’un les aide.
-Et comment fait-t-on ça depuis ici ? s’enquit Jaga avec une sorte d’agacement.
-Il y a des systèmes magiques qui peuvent permettre de prévenir Miro si Mr. et Mrs Bennett sont attaqués, intervint alors Simon. On pourra s’arranger, mes parents seront ravis de vous aider.

Jaga lui jeta un regard irrité avant de reporter son attention sur Miro. Ils se défièrent instant du regard, l’impériosité contre la supplication. Finalement, ma grand-mère contempla de nouveau la photo de sa famille, de tout ses membres qu’une guerre lui avait arrachés et cela parut la faire vaciller. Elle prit le cadre dans ses mains et caressa le visage souriant de sa mère comme s’il avait été fait de chaire.

-Je ne laisserais pas ces gens me prendre ma famille comme les nazis l’ont fait, céda-t-elle finalement en un souffle. Mais … Oh mon dieu …

Elle secoua la tête, et j’eus l’impression que le poids des années et des douleurs lui tombait sur les épaules. Miro s’avança alors vers elle et passa un bras sur sa taille pendant que ma grand-mère laissait aller son front contre son épaule et agrippait ses mains à son pull. Il lui murmura quelques mots en polonais, des mots dont la douceur de la voix trahissait l’amour et la tendresse. Elle posa une main sur sa tempe, l’air étourdi. Depuis le temps, j’avais toujours pensé que rien ne pourrait ébranler ma grand-mère, mais visiblement, la perspective de revivre ce qui lui était arrivé quarante-cinq plus tôt le pouvait.

-Très bien … Simplement … Laisse-moi le temps. Le temps d’accepter, de me préparer. Beata et Marian, elles vont être furieuses … Oh, Marian (elle essuya un rire tremblant qui me surprit un peu). Les murs de la maison vont trembler …
-Bien sûr, on a le temps des vacances pour imaginer comment on pourrait s’organiser, approuvai-je, soulagée de l’acceptation de ma grand-mère. La famille de Simon travaille haut-placé au Département de la Justice, ils pourront nous aider …

Jaga et Miro échangèrent un nouveau regard, à la fois déchiré et résigné. Je sentais encore la réticence de ma grand-mère, mais la façon dont sa main était crispée toujours sur le cadre montrait sa détermination à garder sa famille intacte. Elle se rassit avec lourdeur, une main sur la tempe, l’air à bout de force et mon cœur se serra. C’était insoutenable de demander une telle chose à ma grand-mère … Mais une partie égoïste de moi était soulagée qu’elle ait accepté et que je ne me retrouve pas l’unique sorcière de la famille à lutter contre ce qui se passait.

-Quelle famille ? demanda Miro avec un regard incisif pour Simon. La Justice Magique, ce n’était pas un Croupton y’a quelques années ?

Simon recula encore un peu plus sur son siège, comme si une distance plus grande pouvait permettre que Miro ne lise pas dans ses pensées. Mais comme je sentais son esprit appuyer contre le mien, je présageais que non et que les peurs de Simon rendaient ses songes beaucoup trop vivaces.

-Vous êtes bien informés mais … c’était il y a quinze ans, ça. C’est ma tante, Amelia Bones, qui est à la tête de la Justice Magique, maintenant.

Un sourire entendu s’étira sur les lèvres de Miro et il posa sur Simon un regard presque nostalgique. Il se laissa retomber sur sa chaise avec un petit rire.

-Je me disais bien que tu ressemblais à quelqu’un … J’ai habité à Terre-en-Landes, avant de céder la maison à Marian. Les journaux des Bones, ça a été les premiers que je volais. Celui de ton grand-père, Nicholas, un brave type. C’est justement parce que je sentais qu’il commençait à avoir des soupçons sur moi que j’ai quitté cette ville. Ironie du sort, j’ai appris sa mort quelques mois plus tard … C’était sa femme je pense qui était la carriériste, je la voyais assez peu, comme les enfants, ils étaient à Poudlard la plupart du temps.

Ça me faisait un drôle d’effet d’apprendre que mon grand-père avait conservé et estimé le grand-père de Simon, mort très tôt pendant la guerre des sorciers. Et ça me faisait encore plus étrange de songer que, si ses enfants s’étaient mêlés aux moldus, ma mère aurait pu grandir avec Amelia et George Bones comme j’avais grandi avec Simon. Jaga se redressa brusquement et dévisagea Simon d’un œil neuf et brillant. Ses doigts caressèrent son cadre, les membres de sa famille disparue alors qu’elle fixait toujours le garçon en face d’elle.

-Tu es le petit-fils de Nicholas, c’est vrai ?
-Euh, oui, répondit Simon, un peu surpris.

Un sourire amer s’étira sur les lèvres de ma grand-mère et elle vrilla ses yeux sur moi, comme pour me demander confirmation. Mon cœur manqua un battement et l’envie de céder à la gamine et de me jeter toutes griffes dehors sur Simon me reprit.
Même ma grand-mère savait. Même ma grand-mère qui avait vu Simon deux fois dans sa vie savait ce que j’avais toujours ignoré. De nouveau, j’avais l’impression qu’il m’échappait, il devenait brume sous mes yeux, qu’il perdait contenance … et qu’une partie de moi s’effondrait. Je portai une main sur mon cœur qui s’était mis à battre à un rythme anormal, cognant beaucoup trop forte contre mes côtes, si bien que je n’entendais plus que ça.
Jaga n’insista pas, mais son regard se porta assez régulièrement sur Simon pendant que Miro et lui évoquaient les possibilités pour son retour dans le monde sorcier. La mort d’Agata ne poserait pas problème puisque quelqu’un avait été condamné à sa place en Pologne. Apparemment, pour un adulte, il fallait une autorisation du Ministère pour pouvoir se racheter une baguette – certificat de vol ou de casse à présenter à Ollivander. Miro commença à évoquer l’idée de retourner dans l’est pour acheter la sienne chez celui qui, selon lui, était le meilleur fabriquant de baguette, Gregorovitch, mais Jaga répondit sèchement qu’il n’en était pas question, que s’il avait une baguette il aurait une baguette bien anglaise et qu’il était hors de question qu’il parte à l’aventure. Bougon, Miro quitta la table pour la cuisine et Jaga me fit un discret mais sec mouvement de la tête pour m’inciter à le suivre. Intimidé par le regard intense de ma grand-mère, je me dépêchai d’obtempérer et abandonnai Simon à elle sans oser le regarder. Mon grand-père faisait la vaisselle avec des gestes brusques et peu précis, ce qui me fit dire que, bien qu’il soit sans magie depuis des années, il ne s’était toujours pas habitué à la tâche. Il me jeta un regard à la dérobée avant de le plonger de nouveau dans l’eau savonneuse.

-Désolé, je ne veux pas entrer dans la tête des gens. Mais ton ami pense très fort, il va vraiment falloir qu’il se contrôle. Toujours est-il que j’ai pu entendre deux trois choses … Sale histoire. Pas trop mal à la tête ?
-Un peu, avouai-je en me frottant un point entre mes sourcils particulièrement douloureux depuis quelques minutes. Je te demanderais bien de l’aspirine, mais je pense que ça ne marche pas sur les sorciers …
-Non et c’est une atrocité. Alors quand j’ai mal à la tête, je vais m’allonger.

Je me trémoussai, mal à l’aise. Je n’avais pas songé à tous les aspects techniques de la vie de Miro que pouvait entrainer sa cessation de la magie. La physionomie des sorciers était différente de celle des moldus : leurs médecines étaient inefficaces pour nous et nous ne contractions pas les mêmes maladies. Pendant des années, Miro n’avait pas eu accès à ses propres médecines et j’admettais que cela avait dû être douloureux qu’attendre que les maladies passent sans rien pouvoir y faire. Je me hissai sur le plan de travail et laissai mes jambes pendre dans le vide.

-Ecoute … Je suis désolée d’avoir … réagi violemment, la dernière fois. C’est juste … c’était douloureux à entendre.

Miro garda un instant le silence, avant de vider l’évier et de se sécher les mains, sans m’adresser le moindre regard. Sa crinière argentée avait été coupée depuis la dernière fois : elle était plus soignée, réduisant quelque peu sa ressemblance avec l’ours.

-C’était douloureux à recracher aussi, perelko. En un sens, j’ai un peu fait la même chose que Simon pendant des années. J’ai enfoui, enfoui, enfoui … jusqu’à me persuader que ce n’était pas lé vérité.
-Je suis désolée. Je ne dis pas d’ailleurs que c’est digéré, ça … ça me reste en travers de la gorge, l’idée que tu m’aies caché ça et que tu m’aies obligé à me cacher aussi.

Miro pivota à moitié vers moi, un sourcil dressé avec une certaine suspicion.

-Et pas pour Agata ?

Ma bouche se tordit, indécise. Bien sûr, Agata restait comme un poignard plongé à blanc plongé dans mes entrailles. Parce qu’il l’avait tué. Parce qu’à cause de ça, j’avais failli mourir également de la baguette de Kamila. Mais Agata, ce n’était pas la volonté de Miro. Agata, c’était le fil inéluctable du destin qui s’était tissé par la guerre, les choix des uns et des autres et qui avait mené à ce duel à la mort. Ce n’était pas de la malveillance, c’était de la survie. Et plus j’avais réfléchi à ce que j’aurais fait à la place de Miro, plus j’avais senti mes résistances fondre.
J’ignorai totalement si j’étais capable de jeter un tel sort pour sauvegarder ma vie. Mais celle des autres … Mes doutes avaient vacillé. Je n’aurais pas été Miro, mais je me sentais capable d’être Agata, cette femme prête à tuer l’homme en face d’elle pour la survie de sa famille. Et comme je ne voulais réellement savoir si j’en étais capable, capable de déchirer mon âme, capable du pire de la magie, j’avais préféré arrêter là ma réflexion et … passer sur Agata.
Je ne voulais pas découvrir ça. C’était une partie de moi que je préférais ne jamais effleurer.

-Tu as jeté le sort, mais tu y as été poussé, finis-je par admettre, la bouche sèche. C’est moins un choix que la guerre.

Un sourire amer s’étala sur les lèvres de Miro, et rangea tranquillement le torchon avec un rire sinistre.

-C’est gentil de vouloir me dédouaner, perelko, mais on sait tous les deux que c’est faux. J’aurais pu ne pas jeter ce sort, mais je l’ai fait. (Ses doigts se serrèrent sur les bords de l’évier). Je ne suis même pas sûr d’être capable de faire de la magie, Victoria. Ça fait tellement longtemps … et après le meurtre d’Agata, ma baguette n’avait plus confiance en moi. Mes sorts étaient imprécis, sans puissance …
-Tu es quelqu’un d’autre, maintenant. Tu auras une autre baguette, avec un autre but. Dumbledore nous a souvent dit que l’amour était le vecteur le plus puissant, le plus beau, le plus efficace de magie alors … peut-être que ça va te stabiliser. De faire ça … par amour.

Miro me contempla longuement, le regard brillant de ce qui me semblait être l’espoir et une lueur plus inquiétante, l’avidité. La magie avait hâte d’à nouveau sortir et le guerrier de se précipiter dans la mêlé.

-Je suis désolé aussi, perelko. Peut-être que si tu avais su que j’étais un sorcier, les choses auraient été différentes … J’aurais pu te former et ce qui t’ait arrivé durant ta première année … ne serait pas arriver.
-J’avais les Bones pour me former, ne t’en fais pas. Je pense que quoiqu’il arrive, l’univers a décidé que j’aurais des ennuis avec la famille Selwyn. Mais … je ne peux pas me cacher éternellement derrière les Bones. Ils … ils ont déjà trop sacrifié.
-Et moi je peux, c’est ça ?

La phrase me figea, mais je me détendis en remarquant que mon grand-père souriait, un éclat tendre et féroce dans le regard. Il incarnait tant l’amour et la sécurité que j’eus envie de céder à Perelko et me précipiter sur lui pour m’enfouir dans ses bras, qu’il m’assure que tout irait bien, mais les mensonges et Agata m’en empêchèrent. Miro se trémoussai d’un pied à l’autre, visiblement victime de la même hésitation que moi. Comme si Agata avait érigé un mur infranchissable mais dont la transparence nous permettait de nous comprendre.

-Evidemment que je serais capable de le faire, souffla Miro. Vous êtes toute ma vie … Je ne peux pas laisser un jeune blanc-bec la détruire.
-Reprendre une baguette ne t’autorise pas à tuer le jeune blanc-bec en question, prévins-je, prise d’un doute soudain. Je connais un peu Amelia Bones : si elle sent que tu es dangereux, elle ne t’autorisera pas à en reprendre une. Et je doute que Jaga soit d’accord.
-Je n’en avais pas l’intention, répliqua Miro d’une voix qui avait soudainement gagné en dureté. Je ne t’en fais pas, Victoria. Cette fois, je ferais les choses bien. Mais je pense également que tu as une vision beaucoup trop optimiste de la guerre, ma chérie. C’est noir, la guerre. C’est là où tu découvres soit le meilleur de toi … soit le pire. Souvent le pire. Prépare-toi à cela. Moi je n’y étais pas préparé et j’ai été brisé.

Les mots tombèrent comme une pierre dans mon estomac et je hochai la tête avec raideur. Mes réflexions sur Agata me l’avait appris et c’était bien pour cela que j’avais décidé de ne plus y songer, de peur de me perdre. Nous nous contemplâmes encore un moment en silence, entre reconnaissance et non-dits, jusqu’à ce que Miro grimace et ne se retourne pour fouiller les armoires.

-Il faut vraiment faire quelque chose pour le petit, qu’il apprenne à canaliser ses pensées, maugréa-t-il avec un regard dédaigneux pour la fenêtre. Sérieusement, on ne vous apprend rien dans votre école ?
-Actuellement, non. Notre professeur de Défense contre les Forces du Mal est une bureaucrate qui n’est là que pour faire appliquer les décisions du Ministère et refuse qu’on fasse de la magie.

Miro se redressa brusquement, stupéfait et ce faisant il se cogna violemment la tête contre une porte de placard laissée béante. La scène m’arracha un petit rire qui s’étouffa dans ma gorge quand il darda sur moi un regard mauvais de ces prunelles si claires et dérangeantes.

-Pas de magie ? En cours ?!
-C’est absurde, mais c’est comme ça. Apparemment, Fudge ne veut pas qu’on soit formé aux sortilèges offensifs sous la houlette de Dumbledore, mais même maintenant que Dumbledore est parti, je doute que ça change.
-Mais qu’est-ce que c’est que cette école, écuma Miro, proprement choqué. Et qu’est-ce que c’est que ce ministre ! Il attend quoi, pour agir, une catastrophe ?

A dire vrai, la catastrophe était déjà arrivée sous la forme de l’évasion d’une dizaine de Mangemort, songeai-je amèrement. Pourtant, et malgré le retournement d’opinion d’une partie de la population, selon Rose, Fudge continuait d’être aveugle. Au contraire, plus il sentait la situation lui échappait, plus ses mains s’accrochaient à ses illusions et à son fauteuil de Ministre. Miro continua de jurer en anglais et en polonais tout en ouvrant les placards avant d’en ressortir une boite de chocolat semblable à celle qu’il avait englouti avec ton thé. J’eus un sourire incertain.

-Je n’aime pas les chocolats à la liqueur, mais c’est gentil.
-Il en a aussi à la praline et au lait. Et ne me fais pas croire que tu es capable de résister à du chocolat, Perelko.

Le pétillement dans les yeux de mon grand-père acheva de faire fondre mes résistances et je me laissai tomber à terre pour prendre la boite, émue par l’attention. Ce n’était rien, mais c’était également toute notre identité, toute notre relation.

-Tu partageras avec le gamin, ça lui fera du bien. Et surtout, dis-lui de contrôler ses pensées. Il ne doit pas être très bon en sortilège informulé, non ?

Simon était bon en tout, faillis-je protester avant de refermer la bouche. J’avais le souvenir d’un duel l’année dernière pendant le cours de Maugrey où j’avais réussi à le désarmer parce qu’il n’avait pas tenu et prononcé sa formule. Quand il était au calme, il y arrivait sans problème, mais mis sous pression, ses faiblesses le rattrapaient. Miro tapota mon épaule d’un air entendu et j’eus l’impression de recevoir une décharge électrique.

-C’est bien ce que je pensais. Mais c’est comme tout, ça se travaille. Travaille aussi, Perelko, ne reste pas démunie. D’accord ?

Lentement, j’acquiesçai, incapable d’émettre le moindre mot. De toute manière, je n’aurais su que dire. Merci ? Pardon ? Ne m’appelle plus Perelko ? Alors je me contentais d’un sourire qui n’en n’était pas un et, pressant la boite de chocolat contre moi, je sortis de la cuisine, sous le regard déchiré de mon grand-père. Les tasses de thé avaient été abandonnées sur la table et la baie vitrée qui menait à la plage était grande ouverte. Pourtant, Jaga était dans le salon, ses lunettes chaussées sur son nez osseux et son roman à la main. Elle leva sur moi un regard neutre.

-Tu t’en vas ?
-Je pense … où est Simon ?
-Parti dehors, il t’attend. Tu vas revenir nous voir ?

Il y avait une teinte d’avertissement dans la voix de ma grand-mère. Ne me lance pas ce genre de bombe pour m’abandonner derrière, ma fille, semblait crier son attitude. Et comme elle avait entièrement raison et qu’il était hors de question que j’abandonne ma grand-mère à son sort, je me penchais vers elle et m’embrassai doucement sur la joue.

-Je te le promets, murmurai-je en me redressant. A plus tard.

Les épaules de Jaga s’affaissèrent et elle m’adressa un faible sourire avant que je ne passe la baie-vitrée pour rejoindre Simon, la poitrine compressée. Il s’était planté sur la plage, le regard sur la mer, laissant le vent lui ébouriffer les cheveux à n’en plus finir. Il m’entendit arriver et, sans même me regarder, commença à se mettre en marche, si vivement que je dus courir pour le rattraper. C’était absolument détestable qu’il ait à présent de plus grandes jambes que les miennes et le mal de tête qui s’accroissait rendait ma course lente et molle. Je profitai du fait qu’il ralentisse pour ouvrir la boite de chocolat, espérant gagner avec le sucre un peu d’énergie qui atténuera le point de pression qui s’était formé entre mes sourcils.

-Merci d’être venu, c’est sympa, entonnai-je d’un ton badin, pour libérer ma gorge comprimée par l’émotion. Un chocolat ?

Sa mâchoire se contracta et je ramenais la boite vers moi en comprenant qu’il n’en voudrait pas. J’ignorais le peu qu’ils avaient pu se dire avec ma grand-mère, mais visiblement ça n’avait pas été de son goût car il shoota dans une bouteille vide qui avait le malheur de trainer sur la plage pour asséner d’une voix tendue :

-Alex habite loin ?
-Euh, on devra transplaner, évaluai-je en piochant dans la boite un chocolat que j’examinai d’un œil critique. Il habite en ville, lui …

Je croquais dans l’ovale du chocolat et un goût amer et âpre dans ma bouche. Immédiatement, je recrachai le contenu sur le sol et Simon fut un bond pour m’éviter.

-Chocolat à la liqueur, m’étranglai-je en avalant ma salive pour faire passer le goût. Bon sang, c’est immonde …
-La vie est un peu juste, au moins, railla Simon avec un rictus féroce.

Je le fusillai du regard, la boite de chocolat ouverte à la main et toujours cette sensation désagréable dans la bouche. Si ça n’avait pas été un cadeau de mon grand-père et que le reste des friandises n’avait pas été mangeable, ladite boite aurait fini assénée sur la tête blonde de Simon. Si la vie était réellement comme une boite de chocolat, j’estimais avoir déjà assez englouti de chocolat à la liqueur pour qu’on se réjouisse que j’en tombe encore sur un autre.

-Pardon ?

Les lèvres de Simon se tordirent et il laissa son regard vagabonder vers les flots qui s’écrasaient avec toujours plus de violence sur la plage.

-Arrête, Vicky. Je suis presque certain que tu as fait exprès de me laisser seul avec ta grand-mère et ça, c’était vraiment un coup bas. Et je ne parle pas de ton grand-père et de sa légilimencie … Tu espérais apprendre quelque chose, c’est ça ?

Définitivement, il avait de la chance qu’il y ait du chocolat praliné dans cette boite. Alors je me contentais d’y crisper un peu plus les doigts devant sa mine fermée et son ton cynique. Pour échapper à la tentation de gâcher le chocolat et de l’assommer avec la boite, je repris ma marche d’un pas énervé.

-C’est vrai que j’aurais proposé qu’il tente d’entrer dans ma tête plutôt qu’il se concentre sur toi pour avoir de plus amples informations …
-Vicky …
-Quoi ? m’exaspérai-je en faisant volte-face. Oui, ça m’arrangeait que tu parles avec ma grand-mère, je veux bien l’admettre, parce qu’elle est sans doute la personne dans mon entourage qui a une expérience qui se rapproche le plus de la tienne. Je ne sais pas ce qu’elle a bien pu te dire, mais tu ferais bien de l’écouter, elle est la personne la plus forte que je connaisse ! Mais ne viens pas me dire que j’ai utilisé mon grand-père pour te piéger ou quoi, sinon je t’écrase cette boite sur la tête ! Et sache que ça te fera moins mal que ce qu’il s’est passé dans la mienne !

Simon leva les yeux au ciel mais je fus satisfaite de voir ses épaules s’affaisser et son visage se détendre. Je perçus un vague mouvement au niveau des poches de sa veste dans lesquels il avait fourré ses mains et compris qu’ils se les tordaient.

-D’accord, souffla-t-il, penaud. C’était … prévenant de ta part et je me doute que ça ne devait pas être agréable … Juste … il est entré … ?
-Il n’a pas réussi.

Je ne sus que penser de l’étonnement qui brilla fugacement dans les yeux de Simon. Sans doute avait-il songé qu’à force de pousser, mes résistances auraient été brisé par l’intrusion de Miro. Un sourire sarcastique retroussa mes lèvres.

-Et tu ferais bien de m’imiter, visiblement.

La bouche de Simon frémit, vaguement amusée avant de se plisser en une mince ligne soucieuse. Il baissa de nouveau le regard sur le sable et son pied y dessina des motifs indistincts, mais le pli entre les sourcils trahissait sa concentration.

-Elle ne m’a pas dit grand-chose, finit-il par avouer en achevant son dessin d’un trait. Elle m’a juste parlé … de ce qu’il s’est passé pour elle après les camps, qu’elle … (sa voix se brisa et il dût tousser pour achever : ) que si ton grand-père ne l’avait pas retrouvé, elle se serait sans doute jeter d’un pont alors qu’elle était enceinte. Je pensais que c’était pour me faire comprendre à quel point Miro était son pilier, à quel point elle ne voulait pas s’engager dans la guerre … Mais …

Adoucie par le désarroi dans la voix de Simon et l’intensité de son regard qui fixait toujours son dessin comme s’il contemplait autre chose, je m’approchai doucement de lui et posai une main sur son bras. Le contact le fit tressaillir et il poursuivit, les paupières closes.

-Elle a dit qu’elle avait songé après tout ce qu’elle avait vécu que sa vie avait bien peu de valeur. Que peu importait, que tout était vain … qu’on fait elle n’était … qu’ombres et poussières …
-Elle a volé mon expression.

La plaisanterie arracha un léger sourire aux lèvres de Simon et il rouvrit les yeux sur le sable et les sillons creusés sur son pied. Je baissai le regard pour lire le dessin, assez simpliste et géométrique, mais Simon le fixait comme s’il pouvait lui faire prendre vie. L’or du sable se reflétait dans ses prunelles vertes alors qu’un film de larme lui couvrait la cornée.

-Vicky, tu as dit que je valais mieux que de l’ombre et de la poussière mais … je n’en sais rien …
-Hey. (Je raffermis fermement ma prise sur son bras, si bien que je le vis grimacer). Arrête de dire ça, évidemment que tu vaux mieux que ça. Ta vie ne tourne pas autour d’un drame qui s’est joué alors que tu n’étais qu’un gosse … Tu as réussi à être quelqu’un toutes ses années …
-Parce que j’avais oublié … Maintenant tout revient et … Je n’en sais rien … C’est comme si une partie vide de moi se remplissait avec de la douleur et de la colère … et le seul moyen que j’ai trouvé pour la calmer c’est …

Il préféra ne pas poursuivre, le timbre broyé et leva le visage vers le ciel – pour atteindre sa famille perdue ou pour refouler les larmes, je n’aurais su le dire. Mais mon cœur saigna quand je compris ce qu’il y avait au bout de cette phrase. La vengeance. Je voulus presser un peu plus son bras de mon autre main, mais je me rappelais qu’elle tenait toujours la boite de chocolat que je contemplai d’un œil vide. Je la secouai pour entendre ce son empli de gourmandise et d’espoir, de cette boite encore pleine de surprise, agréable ou douloureuse et un léger sourire fleuri sur mes lèvres malgré la détresse de Simon à côté de moi.

-Tu peux remplir cette partie vide autrement, soufflai-je alors en pressant son bras avec douceur, avant d’agiter de nouveau la boite. « La vie, c’est comme une boite de chocolat : on ne sait jamais sur quoi on va tomber ». Tu as sans doute mangé un peu trop de chocolat à la liqueur, je te l’accorde … (Simon essuya un rire désabusé). Mais … ça veut dire qu’il reste encore plein de bons chocolats à prendre dans ta boite. Des bonnes choses pour remplir la partie vide de toi, pour lui donner un sens … Pour faire de toi quelqu’un de mieux que de l’ombre et de la poussière. Mais pour ça, il faut que tu arrêtes de sonder le vide et regarder les parties pleines de toi. Elles sont ton identité, ce que tu es. Et elles sont réelles. Aussi réelles que tu es le fils d’Edgar et Cassiopée Bones. Tes parents étaient forts, Simon. Et au lieu de puiser dans la douleur, dans l’ombre et la poussière, c’est leur force que tu dois puiser.

Je laissai ma main glisser le long de son bras pour se nicher dans la sienne et serrer ses doigts, comme pour ancrer physiquement le message. Une unique larme avait roulé sur la joue de Simon et il ne chercha pas à l’essuyer, ni à me la cacher. Après un long moment de silence, je sentis sa main s’aventurer dans mon dos et enlacer timidement ma taille. Je le laissai m’attirer à lui et nicher son nez dans mon cou, son souffle saccadé se répandant dans mes cheveux et réchauffant ma peau, apaisant les frissons que le vent provoquait. Je nouai mes mains à l’arrière de son dos, sur la boite de chocolat qui m’avait été si utile, debout malgré les bourrasques qui tentaient de nous faire vaciller. Et malgré moi, malgré la poitrine de Simon qui se soulevait toujours à un rythme irrégulier et son cœur qui battait sourdement contre le mien, un sourire absurde s’étira sur les lèvres.
Au fond de moi, j’avais toujours su que le chocolat était une réponse universelle.
cochyo

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par cochyo »

Super chapitre !!
J’ai adoré. C’est drôle parce que mon père avait déjà fait cette relation entre Chamberlain et Fudge...
Gloire au chocolat !
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières II 23 1 [Harry Potter]

Message par Cazolie »

annabethfan a écrit :
Perripuce a écrit :MAIS QU'EST-CE DONC? UN COM CIT DE COM CIT (oui du coup je fais en vert puisqu'Anna a volé ma couleur)

La preuve que je suis super faible et que j'ai un manque cruel de volonté MAIS c'est atténué par le fait que je n'offre que la moitié du chapitre (c'est un gros chapitre, il aurait été en deux parties) DONC autant le poster sur deux semaines ! N'est-ce pas fantastique?

Encore un IMMENSE MERCI pour tout vos commentaires (Charm', j'adore tes nouveaux Com'Cit, ça me fait super plaisir !). J'espère que vous avez bien profité du déconfinement et que vos proches et vous-mêmes allaient bien !

Bon, pas grand-chose à dire aujourd'hui #pasDeSport... Alors on va juste dire bonne lecture et à la semaine prochaine pour la deuxième partie !

PS : J'espères que vous connaissez Forrest Gump, il va y avoir beaucoup de référence dans ce chapitre.

Chapitre 23 (1/2) : « La vie, c’est comme une boite de chocolat… »

-Et vous ne l’avez pas fait ?! Première phrase je meurs :lol: Hahahahahah, on se croirait dans HP6 "Alors ? Vous l'avez fait ?"

Le cri d’Emily embrasa mes joues et je lui fis sèchement le signe de se taire. Sa présence était d’autant plus embarrassante que j’étais en retard : le Poudlard Express n’allait pas m’attendre et j’étais l’une des dernières élèves à quitter le hall. T'imagines elle loupe le Poudlard Express et doit expliquer à ses parents hyper religieux pourquoi :lol: Hahahaha mais c'est clair ça aurait été chaud

-Bon sang, Emily, je n’allais pas le faire dans une salle de classe AHEM AHEM ça me rappelle une conversation, enfin ! Laisse-moi le temps ! Et lâche-moi un peu, je vais louper le train !
-Bon, d’accord, tu as raison de prendre ton temps, convint-t-elle avant de fouiller ses poches. Il faut le faire quand tu seras prête. Et dans les meilleures conditions possibles … Mais au cas où …

Elle me tendit une potion à la robe mauve et translucide que je pris avec perplexité. Puis je compris ce que c’était et mes joues rougirent de plus belle.

-A prendre dès le début de ton cycle Vic serait-elle un loup-garou ? #privatejoke de notre visionnage d'HP :lol: Tu me tues Anna' :lol: :lol: , au cas où ça déraperait pendant les vacances, ajouta-t-elle avec un malicieux sourire. Mais si la robe devient épaisse, ne la boit surtout pas, ça veut dire qu’elle est passée et … bon, bref, tu prendras tes précautions.
-Bon sang, Emily !

Mais mon amie se contenta de se fendre d’un immense sourire et m’envoya un baiser de la main. A la fois agacée et affolée par l’heure qui avançait, je jetai un sort de lévitation à mes bagages et me mis à courir à travers le parc sans me soucier de ce qu’elles pourraient heurter en me suivant. C'est là elle blesse sérieusement quelqu'un ^^ Qu'elle jette quelqu'un dans le lac noir J’arrivai à la dernière diligence à bout de souffle et laissai Kenneth, qui rentrait également, monter ma malle à bord . Simon m’attendait sur le quai de Pré-au-Lard, son pied tapant impatiemment le sol tout en consultant sa montre. J'avoue j'ai vu Bugs Bunny qui tape du pied pendant une fraction de seconde

-Pas trop tôt, maugréa-t-il en montant dans le train. J’ai cru qu’on allait le louper … et vu ce qui se trame chez toi, ça aurait été catastrophique.

Le rappel de Simon fut comme une pierre posée dans mon estomac C'est clair, comment il ruine l'ambiance. Je plongeai ma main dans ma poche pour effleurer la lettre que j’avais reçu la veille au matin et dont les mots étaient imprimés dans mon esprit :

Victoria,
J’ai fini par faire ce dont on avait convenu, la dernière fois. Mon frère ne change pas, pas assez pour me rassurer et j’ai fini par conclure que tu avais raison. J’ai préféré le faire avant les vacances, comme ça je sais que tu seras là pour lui pendant au moins deux semaines NAAAAAAAAN PAUVRE ALEX NAAAN. Encore une fois, je suis tellement désolée… Mais ne t’en fais pas, ce que je t’ai dit vaut toujours. Je ferais tout ce que je peux. C'est trop injuste et trop triste... Il va être une épave... C'est clair je suis trop triste pour lui
Prends soin de toi – et soin de lui. Bonne chance pour tes ASPICs.
Mel.


Melania avait été prudente dans une lettre qu’Ombrage avait sans doute lue, mais je n’eus aucun problème à la décrypter. Elle avait fini par quitter Alexandre, pour le protéger – et ferait en sorte que Nestor ne m’atteigne pas. Lorsqu’il avait lu la lettre, Simon avait évoqué la possibilité que Melania empoisonne Nestor Evidemment, c'est LA solution :lol: (merde je mets la mauvaise couleur depuis un moment :lol:) et je lui avais envoyé une cuillère de marmelade à la figure. Je meurs :lol: :lol: Mais la bonne nouvelle, c’était que ce spectre-là s’éloignait également. J’allais ramasser Alexandre à la petite cuillère pendant les vacances, mais au moins c’était son cœur que je retrouverais en miette … pas son corps. Oh cette phrase est si frappante... Ah c'est clair, cette .... j'arrive pas à trouver le bon mot, alors je vais dire "mise à niveau" est horrible
Je montai dans le train à la suite de Simon qui me mena à une cabine étrangement composée de sa sœur, et de la fratrie Bletchley dans son ensemble, ainsi que de la petite Isabel McDougal qui avait visiblement Cora. Lorsque Simon ouvrit la porte coulissante, les éclats de voix me parvinrent enfin et me donnèrent presque envie de faire demi-tour :

-De toute façon, je vais finir par en parler aux parents, comme ça tu seras bien obligée de l’inviter chez nous ! Ca c'est du dévouement pour la meuf de ton frère
-Felicity ! On a dit que c’était moi qui le disais !
-Personne ne dira rien à personne ! Miles au bord de la syncope :lol:
-Tu nous saoules, Miles ! En plus, papa adorerait Victoria : il n’a rien contre les nés-moldus et il sera très content que tu lui présentes ta copine. Moi je te trouve injuste … Ils joueront aux Bavboules
-Et je veux pouvoir inviter Isabel, comme ça Victoria pourra l’amener. Ah c'est intéressé en fait :lol:
-Cora !

Isabel tira sur la manche de son amie pour me pointer du doigt. Je m’étais figée dans l’encadrement de la porte, à la fois amusée et gênée par le débat des deux jeunes filles face à Miles. Felicity était celle qui lui ressemblait le moins avec ses grands yeux bleus et son visage de porcelaine qui semblait en faire une fille délicate. Cora en revanche avant les yeux et la chevelure brune de Miles, mais également sa vivacité : c’était une gamine qui ne tenait pas en place et c’était peut-être pour cela que Susan la Tranquille la fixait d’un air consterné Ah je l'imagine trop :lol: :lol: . Miles se plaqua la main contre le front, l’air dépité, mais Felicity profita de mon apparition pour le pointer du doigt et s’écrier :

-Tu peux lui dire que c’est un idiot et que ça ne te dérangerait pas du tout de venir à la maison, une fois ? Pendant une seconde j'ai cru qu'elle était belge

Non, ça ne me dérangerait pas. Mais je savais que ça embarrassait énormément Miles et j’avais fini par conclure que c’était du fait des conditions de vie de sa famille : ils n’étaient ni riches ni prestigieux, et c’était un milieu dont Miles voulait d’extirper. Et j’avais également la net impression depuis le repas avec Alexandre qu’il souffrait d’un sentiment d’infériorité vis-à-vis des Bones qui se confirma lorsqu’il jeta un regard furtif à Simon EN MEME TEMPS ILS DORMENT ENSEMBLE qui venait de s’installer, un léger sourire aux lèvres.Franchement tout ça pour ça... Puis il le planta à nouveau sur Felicity et cingla :

-On reprendra cette discussion plus tard.
-Non, on va en parler maintenant ! exigea sa sœur, impérieuse. Et je ne sortirais pas de cette cabine avant que tu m’aies fait la promesse que papa rencontrera Victoria avant que tu ne quittes Poudlard ! Sinon, je te promets, dès que je saute sur le quai, je vais droit sur lui et je lui dis tout ! Tu veux jouer ? Avec moi ? Je suis plus vicelarde que toi, Miles, fais attention !
-Susan ? appela Simon, l’air de réprimer son rire. Je t’aime, ma sœur, tu le sais ? Attends de commencer de sortir avec Vic et on en reparle mon coco Hahahah cette menace d'Anne :lol: :lol:

Mais Susan ne lui répondit que par un regard réprobateur qu’appuya Miles. Puis il contempla Felicity, puis Cora qui lui adressa un sourire féroce, puis enfin ses yeux se posèrent sur moi. Et je lus dans sa frustration que la menace de Felicity était assez crédible pour qu’il y cède.

-Bon. Ça te dérangerait ?

Tous regards se tournèrent vers moi et je sentis malgré moi mon visage s’empourprer. Simon semblait se délecter de mon embarras et je fis discrètement un signe à Susan qui le frappa à l’arrière de la tête. Je m’efforçai de sourire.

-Bien, j’ai l’impression que si je dis non, j’aurais deux petites diablesses qui me le feront payer, n’est-ce pas ?
-Exactement, confirma Cora en hochant gravement la tête. Donc c’est oui ? Elles sont grave choux en vrai

Elles pivotèrent de nouveau vers Miles, attendant la sentence. Il finit par lâcher un immense soupir qui sonnait comme une concession et Felicity et Cora se tournèrent l’une vers l’autre avec un sourire radieux. Elles se tapèrent dans la main, embrassèrent leur frère et se précipitèrent hors de la cabine, extatiques. Je pus enfin me faufiler à l’intérieur et la refermer, un sourire amusé aux lèvres. Miles se passait les mains sur le visage sous le regard moqueur de Simon, mais une nouvelle fois, Susan le rappela à l’ordre d’une tape sur la cuisse. Je m’assis à côté de lui sans me fendre du moindre commentaire et le train s’ébranla dans cette ambiance quelque peu particulière.

Le trajet fut long : Simon lisait Hamlet en face de moi et me jetai parfois au hasard des vers en espérant trouver ceux que je préférais trop hâte d'arriver à cette scène ^^ça aurait gênant qu'il trouve devant Miles, Miles commençait déjà les devoirs que nous avions à faire avant les vacances et Susan avait fini par rejoindre Hannah dans la cabine voisine. Mais ce ne fut que lorsque Miles se leva en quête de la distributrice que Simon ferma brusquement son livre pour me lâcher :

-Ecoute. J’ai pensé à un truc, récemment. Il pense beaucoup cet enfant Ca clashe Anna

Je l’écoutai jusqu’au bout, à la fois éberluée et blessée par sa proposition. Blessée parce qu’elle faisait saigner de nouveau une plaie que j’avais en moi et éberluée parce que je n’y attendais absolument pas :

-Tu veux que j’aille voir mon grand-père pour qu’il reprenne la magie ? Mais pourquoi ?
-Parce que tu vas en avoir besoin, Vicky. Plus il y aura de personnes autour de toi capable de se défendre face à un sorcier, mieux ce sera pour toi et ta famille, tu ne penses pas ?

Je gardai le silence, voyant dans ces mots un écho de ceux que Dumbledore avait pu prononcer lors de notre dernier entretien. S’il savait ma famille en danger, mon grand-père ne résisterait pas à l’idée de la défendre. Mais il y avait autre chose qui m’avait gêné dans les propos de Dumbledore et j’avais fini par mettre le doigt dessus. Qu’il reprenne la baguette, c’était exactement ce qu’il espérait. J’en fis part à Simon et ses lèvres se tordirent, hésitantes.

-D’un point de vue stratégique, ton grand-père serait une arme idéale Tellement Dumbledore de vouloir utilisesr les gens sans se soucier de ce que Vic peut en penser, convint-t-il en passant une main dans ses cheveux. C’était un très bon sorcier, un duelliste de talent … Et c’est un Liszka. Ça pourrait avoir une certaine résonnance à l’étranger de savoir qu’un Liszka se bat contre Tommy.
-Alors Dumbledore ne m’a aidé que pour avoir une arme stratégique dans sa manche ? On en revient toujours aux motivations de Dumbledore... Je pense qu'il est souvent dans l'intérêt stratégique mais ça ne l'empêche pas de se soucier de Victoria, tout comme avec Harry. C'est cette complexité qui mêle les deux aspects qui est intéressant je pense. Ca montre son esprit brillant, son penchant pour le contrôle et le pouvoir, et sa bienveillance envers ses élèves en même temps. (Je vous ai dis que je l'aimais?) Ah j'ai empiété sur ce que disait Anna du coup :lol: L'homme derrière la bebar

J’avouais que l’idée me décevait affreusement mais d’un autre point de vue, elle était parfaitement logique. Quelles raisons avaient un immense sorcier très occupé comme Albus Dumbledore d’aider une élève anonyme comme je l’étais dans une histoire personnelle ? La bouche de Simon se tordit, comme embarrassée.

-Ce n’est pas ce que j’ai dit. Sans doute qu’il a vraiment voulu t’aider mais que … il s’est rendu compte que ça pourrait aussi lui être utile. Perri qui sauve Dumby de justesse Et il n’a pas tort, Vicky. Il faut que tu ailles le voir pour lui raconter ce qui se passe – y compris Selwyn, y compris Melania. Il faut mettre toutes nos chances de notre côté.

Je me laissai aller contre le dossier de la banquette, les bras croisés en un geste de repli. Ma discussion avec Dumbledore avait mis en lumière un point : malgré tout, j’étais incapable de détester mon grand-père. L’homme qui avait tué Agata était mort avec elle, et celui qui m’avait élevé était quelqu’un de bien. Mais ça ne voulait pas dire que j’oubliais, ni ne pardonnait. Tout cela continuait de former une boule d’émotion très douloureuse en moi, mais Simon marquait un point. A cause de ce que j’avais fait à Nestor Selwyn, ma famille était en danger. La rupture de Melania avec Alexandre minimisait peut-être le risque mais … elle ne l’effaçait pas totalement.

-Très bien, cédai-je en un souffle. Je comptais y aller, de toute manière … (Je contemplai un moment Simon, prise d’une soudaine idée). Et tu vas venir avec moi. Très bonne idée, plus de scènes ensemble allez hop Hahaha Anna :lol: :lol: :lol:
-Pourquoi ?

Je me mordis la lèvre. La vérité, c’était que je pensais que rencontrer ma grand-mère, une femme qui avait tout perdu puis tout reconstruit pouvait inspirer Simon – dans le bon sens du terme Oh non c'est trop mignon. Mais si je le lui disais en ces mots, c’était certain qu’il fuirait.

-Parce que je n’ai pas envie d’y aller seule.

Je croisai les doigts dans la poche de ma cape alors que les yeux de Simon se levaient vers moi, à la fois surpris et soupçonneux. Les cernes qui marquaient toujours sa peau et rendaient ses prunelles d’un émeraude bien trop sombre me confortèrent dans ma requête et l’argument parut peser car Simon finit par hocher la tête.

-Qu’est-ce que tu ferais sans moi, vraiment …
-Je serais moins experte en fouillage de journaux.

Les yeux de Simon luirent d’un éclat intense l’espace d’une seconde et ses mains nouées se contractèrent l’une sur l’autre. Sa réaction était toujours vive chaque fois que je ne faisais qu’évoquer ses origines et montrait que, malgré ses pleurs sur le pont Cette scène <3, il n’acceptait toujours pas son histoire. Et ce fut sans doute pour se soustraire à des insistances de ma part qu’il s’éloigna brusquement pour se plaquer contre la banquette et plongea son regard à travers la fenêtre.

-La ferme, crevette.

Je l’observai fixer obstinément le paysage qui défilait sous ses yeux, comme si cela pouvait effacer les images que j’avais ramené à son esprit. Ce n’était peut-être pas le moment de le troubler … Mais il faudrait que j’en parle avec Rose et George à Terre-en-Lande. Cette conversation promet...Il ne pouvait pas continuer comme ça. Alors je plongeai à mon tour mon regard à travers la fenêtre et soupirai machinalement :

-Crevette toi-même.

***


J’avais été plus qu’heureuse de constater que, une fois encore, mon père m’attendait sur la voie 9¾ aux côtés de George. Simon se fit une joie de l’annoncer à Miles quand nous descendîmes du train et je vis mon petit-ami blêmir Hahaha le pauvre , tout en commentant que selon lui, je ne ressemblais absolument pas à mon père, un grand homme aux cheveux châtains et aux yeux gris – l’une des rares choses dont j’avais hérité. A l’abri du train, Miles m’avait embrassé en me prévenant qu’il me tiendrait au courant pour la promesse arrachée par ses sœurs et Cora me fit un immense sourire avec un « on se voit bientôt ! ». De toute manière, j’avais d’autres préoccupations en tête pour être gênée par l’air entendu des sœurs de Miles. Lorsque George aperçut Simon, il l’enveloppa dans une étreinte d’ours qui montrait clairement que l’évasion massive des Mangemorts avait fait basculer quelque chose en lui et je fus rassuré de voir Simon lui rendre son accolade Oooooh c'est chou, comme un signe de pardon. Mon père m’avait paru soucieux lorsque je m’étais approché et j’avais compris pourquoi lorsqu’il m’avait avoué à mi-voix que la relation entre Mel et Alexandre avait pris fin et que mon frère était en route pour passer la soirée chez nous. Et effectivement, lorsqu’il arriva le soir même, ses traits étaient tirés et ses cheveux bruns si ébouriffés que je doutais qu’il ait même daigné les coiffer Le pauvre je me sens trop mal pour lui . Il m’adressa un sourire fatigué sans l’énergie qui le caractérisait pourtant et alla très vite s’isoler dans la cuisine avec ma mère. J’avais voulu les suivre, mais mon père m’en avait empêché.
Pour une fois, c’était de ma mère qu’Alexandre avait besoin. C’était à la fois si surprenant et si touchant que j’en eus les larmes aux yeux. On revient toujours à l'amour d'une mère non...

J’avais profité de ce temps pour défaire ma valise dans ma chambre, cet espace si rassurant et familier – un espace rien qu’à moi où je pus jeter mes affaires sur mon lit et mes chaussures sur le sol sans qu’Emily ne me fusille sur du regard. J'avoue pour ça l'internat ça doit être relou Malgré les yeux veinés de rouge d’Alexandre, l’étreinte d’ours de George Bones lorsqu’il avait serré Simon dans ses bras, et le regard inquiet de mon père qui me suivait depuis que j’étais revenue, le fait de retrouver mon village m’apaisait au-delà des mots. Un téléviseur, la balançoire du parc, le regard acerbe de l’Ancien quand j’étais passée devant le café en trainant ma valise, le profil de l’église Saint-Edward à l’allure si particulière … On ne faisait pas plus bel écrin que l’endroit duquel on venait C'est beau cette phrase Perri ; dans la formulation et par le sens. Il n’y avait qu’ici que j’avais l’impression d’être pleine et entière et que rien ne pouvait m’arriver. Rien n’arrivait à autant me donner ce sentiment de sécurité, pas même tous les sortilèges de défense et la présence Dumbledore à Poudlard. Je fermais les yeux en m’enfonçant dans mon matelas, m’imprégnant de sa chaleur et de l’odeur familière de jasmin qu’on avait toujours utilisé.
Si vraiment je devais me défendre contre l’impossible, ce serait d’ici. Parce que c’était ici que j’étais entière. Parce que c’était ici que j’étais la plus forte. Et c'est pour ça qu'elle doit finir avec quelqu'un d'ici héhé
Quelques coups frappés à ma porte m’arrachèrent au bien-être qui commençait à m’envahir et au sommeil qui engourdissait mes membres. Je me redressai sur un coude pour voir Alexandre pousser le battant, une plaquette de chocolat et deux bières à la main. Il m’adressa un sourire en coin qui manquait cruellement de conviction, mais qui avait pour mérite d’être là.

-Il parait que tu m’as piqué ma télé. On se matte un petit film en avalant des tonnes de calories ? Film, chocolat, le titre du chapitre.... Oh on se demande ce qu'ils regarder ^^ Hahaha grave
-C’est un sacré programme approuvai-je en sortant ma baguette. Attends …

Je tapotai mon menton de sa pointe en cherchant la formule, avant de l’agiter et mes affaires s’entassèrent maladroitement dans ma malle pour dégager mon lit. Alexandre n’attendit pas un instant de plus pour s’y affaler, me laissant le soin de décapsuler les bières avec ma baguette et fouilla les cassettes qui trainaient dans le tiroir de ma table de nuit. Il finit par arrêter son choix sur Forrest Gump avec un sourire entendu qui se teintait quelque peu d’amertume.

-Exactement ce qu’il me faut. Un simple d’esprit dont toute la vie n’est qu’un immense malentendu. Oh bébé...

Je sentais pertinemment que c’était lui qu’il décrivait à travers Forest et lui donnai une bourrade sur l’épaule pour masquer mon malaise. Oh non c'est horrible il me deonne envie de pleurer

-Arrête. Sa vie n’est pas un immense malentendu. C’est juste … Une boite de chocolat. Elle est trop mignonne haha

Un éclat de rire franchit les lèvres d’Alexandre et je fus rassurée de voir enfin son visage se détendre. Il se leva pour planter la cassette dans le magnétoscope et lança le film avant de se nicher dans mon lit et de me prendre par l’épaule pour que je me love contre lui.

-« On ne sait jamais sur quoi on va tomber », acheva-t-il alors que les premières images défilaient. Et le petit sorcier, il va bien ? Il a fini par croire au grand méchant loup ? Pouahahahah

Je grimaçai face à la façon qu’avait Alexandre de coder toujours ses propos, de telle sorte qu’on ait une sorte de langage exclusif compréhensible par le plus petit nombre. Mais je savais que c’était aussi une manière pour lui de dédramatiser la situation. Je lui résumai alors l’essentiel de mon trimestre – l’évasion des Mangemorts, l’article de Harry, le renvoi de Dumbledore. Ça me brisait le cœur de devoir mentir concernant Melania, dissimuler que j’étais la cause de son malheur … C'est tellement affreux Mais avant que la culpabilité ne m’étouffe totalement, Alexandre rebondit sur mes propos, passablement mécontent :

-Tu sais ici, avec un gouvernement aussi incompétent, il y en aurait du monde dans la rue … Les français lui auraient coupé la tête ! To the barricades ! Clem ! TO THE BARRICAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAADES *oh un pantalon*
-Thatcher a tenu des années avec l’Angleterre entière contre elle, me souvins-je sombrement. J’ai l’impression que ce soit du côté magique ou non magique, le dirigeant anglais a la tête dure.
-Mouais. Mais avec ça, je comprends que Simon ait des envies de meurtre.

Je me figeai, créant un silence qui laissa éclater la voix de Tom Hanks dans la pièce (« le truc le mieux quand on rencontre le président des Etats-Unis, c’est la bouffe ») et arracha un rire à Alexandre, tant les préoccupations de Forrest étaient aux antipodes des nôtres. Alors qu’il craquait un nouveau morceau de chocolat, je me fis la réflexion que s’il avait vécu, Spencer Bones aurait le même âge que lui.J'y avais jamais pensé... Tu y avais pensé depuis le début ou c'est une heureuse coïncidence ? Seigneur oui, ils ont le même âge … Et les Bones avait tenu à mettre leurs enfants dans une école élémentaire moldue pour qu’ils soient éduqués aux arts primaires et en contact avec la société non-magique. C’était comme ça que je m’étais liée avec Simon : lorsque notre instituteur nous avait mis l’un à côté de l’autre du fait de l’ordre alphabétique et qu’on s’envoyait nos trousses à la figure au bout d’une semaine de cours. Ca va Anne et Gilbert

-Alex ? Est-ce que tu te souviens … qu’il y avait d’autres personnes qui habitaient la maison de Simon, avant lui ? Jusqu’à que tu aies environ sept ans …

Alexandre fronça les sourcils en mastiquant son morceau de chocolat, l’air perplexe. Il laissa Bubba déblatérer sur la crevette avant de répondre prudemment :

-Ouais, je me souviens. Ça devait être de la famille parce qu’ils s’appelaient Bones aussi. Papa m’a dit qu’ils étaient morts, apparemment, une fuite de gaz … J’avais un de leur garçon avec moi à l’école, quand j’étais petit. Un gars étrange, il ne parlait quasiment pas, ne jouait pas, quelqu’un d’assez craintif … Samuel, Steven, quelque chose comme ça …
-Spencer. NAAAAAAAAAAAAN POURQUOI TU NOUS FAIS CA PERRI

Alexandre avait connu le frère de Simon. Ça rendait les liens si réels que je ressentis encore plus durement la mort d’un enfant que je n’avais jamais connu. Alexandre coula sur moi un regard circonspect.

-Si tu sais, pourquoi tu me demandes ?
-Comme ça, pour vérifier. Tu devais connaître le grand aussi, Matthew ?
-Ouaip, un peu. Enfin, c’est loin, mais je me souviens parfaitement de cette tête de citrouille qui faisait le caïd dans la cour de l’école. Et leur mère, aussi, elle venait souvent parler à papa. Mais leurs discussions m’ennuyaient vite – ça tournait souvent autour de Dieu – alors j’allais jouer dehors.

Mon sang se glaça dans mes veines alors qu’Alexandre se replongeait rapidement dans le film. C’était une révélation à laquelle je ne m’attendais absolument pas, mais elle tombait sous le sens. Si les Bones étaient allés à l’école élémentaires avec nous, Cassiopée et Edgar avaient dû croiser mes parents à la sortie … Ca le rend toute l'histoire tellement plus réel, plus tangible... Mon dieu... Mais oui là c'est horrible
Ce qui voulait dire que l’un de mes parents – probablement mon père – devait parfaitement avoir conscient des véritables origines de Simon. Ils avaient dû croiser Cassiopée enceinte ou tenant dans ses bras un nourrisson … qu’ils avaient retrouvés enfant dans une autre famille. Bon sang, Susan avait raison. C’était la vérité la mieux oubliée de l’Histoire. Mais oui c'est quand même dingue !!
Les minutes du film défilèrent et j’entendis Alexandre renifler avec un certain mépris à chaque scène entre Forrest et son amour de toujours, Jenny. Pourtant, ses yeux se vidaient soudainement et se mettaient à luire et je savais que Melania occupait alors ses pensées. Au moment où Jenny revenait en Alabama et qu’il lâcha carrément un grognement de dépit, je mis la cassette années 90 bonjour ^^sur pause, les entrailles nouées et demandai sans le regarder :

-Tu veux qu’on en parle ?
-De quoi ? rétorqua durement Alexandre. Elle m’a quitté, point. Remets le film, c’est pile quand elle lui brise le cœur, ça va être drôle.
-Et quoi ? Tu veux te mettre à courir à trois ans pour oublier, comme Forrest ? C’est pour ça que tu voulais regarder ce film, pour faire un parallèle entre lui et toi ? Désolée, mais Tom Hanks a quand même vachement plus la classe. Dur :lol:

L’ombre d’un sourire flotta sur les lèvres de mon frère et il m’attira un peu plus contre lui pour ébouriffer mes boucles. Il pressa sa joue contre le sommet de mon crâne, ce qui m’empêcha d’avoir un contact visuel avec lui mais ça m’allait : j’avais peur de craquer, de me mettre à pleurer ou pire, de tout lui avouer si je ne faisais qu’effleurer la douleur dans ses yeux.

-C’est juste … bizarre. A la fois je l’ai vu venir, ça faisait quelques semaines qu’elle était distante, elle parlait beaucoup de sa famille – elle est de la haute, tu sais, je crois que ses parents sont plutôt friqués. On se disputait sur le fait qu’elle ne voulait pas me les présenter depuis cet été et du coup j’avais l’impression … Je ne sais pas, qu’elle avait honte de moi, tu vois ? Le petit mécano qui a abandonné ses études et vivait au fin fond des campagnes du Gloucestershire. La famille de la haute est en partie la raison, mais c'était pas de la honte... Ah il me brise le coeurAnna j'ai cru que ton commentaire c'était les pensées de Vic au début :lol:

Oh, Seigneur, Alex, non. Elle voulait te protéger … Je pinçai les lèvres pour ne pas laisser échapper ma plainte et serrai la main de mon frère pour l’inciter à continuer. Un souffle tremblant se répandit dans mes cheveux et tomba comme une pierre sur mon estomac, alourdissant la boule de culpabilité.

-Au final, c’était apparemment le nœud du problème. On ne faisait pas parti du même monde, alors … C’est tout, ça c’est fini. Ce qui est étrange, c’était que … pendant un moment, ça allait très bien. On ne parlait plus de nos familles, on faisait des projets … et des projets sur le long terme. Acheter une maison à Bristol … Ouvrir mon propre garage … Je me suis surpris à rêver de choses dont je ne pensais même pas avoir le désir, simplement parce que j’étais avec elle et finalement, ce n’était que ça … un rêve. Le pauuuuuuuuuuuuuvre
-Oh, Alex … (je pressai sa main avec douceur, gardant le regard rivé sur la télé à m’en assécher les yeux). Ce n’était pas qu’un rêve … Elle a réveillé quelque chose de réel en toi … Rien ne t’empêchera de réaliser tout ça avec quelqu’un d’autre … En vrai si Vic lui expliquait... Ouais mais connaissant Alexandre il laisserait pas tomber... Non, jamais...

Alexandre se fendit d’un vague mouvement d’épaule en observant d’un œil vide Jenny et Forrest consommer leur amour pour la première fois c'est bien dit :lol: :lol: :lol: . Je fus tentée d’avancer le film quand ensuite Jenny s’enfuyait avant le réveil de son amant pour disparaitre ensuite de sa vie. Non, décidemment, Alexandre n’avait pas choisi ce film au hasard.

-Je n’en sais rien. Tu me connais, je suis pragmatique : je ne crois pas à ces histoires d’âme sœur, d’amour éternel et de Dieu qui te soutient dans toutes tes épreuves. Mais … En nous, j’y croyais. Je nous croyais capable de construire quelque chose, qu’elle était … « la bonne », si on veut. Mais visiblement, je n’étais pas le bon.

« C’est la première personne qui m’a prise pour ce que j’étais et pas pour mon nom de famille ou mon compte en banque » souffla la voix de Melania dans mon esprit. « La seule avec laquelle je me sente parfaitement en sécurité … Je ne retrouverais ça nulle part ailleurs alors quand tu l’as trouvé … Non, tu ne dois pas le lâcher. » Je pris une profonde inspiration et me forçai à contrer d’une voix neutre : POURQUOI TU FAIS CA A TES PERSONNAGES PERRI POURQUOI

-Si elle n’a pas su voir ça en toi, c’est que c’est une idiote … Laisse la retourner dans son monde, Alex.Le double sens de cette phrase... Ici, on sait très bien que ta vie n’est pas un ensemble de malentendu. Et qu’il y a encore plein de bons chocolats à prendre dans ta boite …

Je m’en voulais de charger ainsi Melania qui avait fait preuve d’une remarquable abnégation … Je me blottis contre Alexandre en constatant qu’il ne répondait pas à ma remarque et qu’il fixait la télévision, la mâchoire contractée. Je préférai ne pas insister et voir Forrest vivre ce dont il rêvait sans doute en ce moment même : que Jenny revienne et qu’ils vivent la vie qu’ils avaient rêvés… jusqu’à ce que la mort les sépare.


Voilààà ! Désolée, c'est la partie la moins intéressante du chapitre ... La suite la semaine prochaine !
Super chapitre !!!!!!!!!

Mais t'as cru, c'est super intéressant ! C'était effectivement un super chapitre
Tu sais, je me dis que je prends un peu pour acquis que ce sera bien, parce que j'ai pris l'habitude d'évoluer avec des gens qi écrivent si bien, que ce soit toi, Anna, Clem ou Coch'
Mais en fait c'est pas inné, et j'aime tellement O&P ! J'aime tellement tes personnages, et leurs relations, et toutes les émotions que tu y mets. C'est pour ça que c'est pas une partie inintéressante du tout
Et que j'aime cette fanfic d'amour <3
Charmimnachirachiva

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Charmimnachirachiva »

Perripuce a écrit :MAIS QU'EST-CE DONC?

La preuve que je suis super faible et que j'ai un manque cruel de volonté MAIS c'est atténué par le fait que je n'offre que la moitié du chapitre (c'est un gros chapitre, il aurait été en deux parties) DONC autant le poster sur deux semaines ! N'est-ce pas fantastique? Je t'aime Perri !!!!!!!!!!! (même si ce n'est qu'un demi chapitre)

Encore un IMMENSE MERCI pour tout vos commentaires (Charm', j'adore tes nouveaux Com'Cit, ça me fait super plaisir !)merci :) . J'espère que vous avez bien profité du déconfinement et que vos proches et vous-mêmes allaient bien !

Bon, pas grand-chose à dire aujourd'hui ... Alors on va juste dire bonne lecture et à la semaine prochaine pour la deuxième partie !

PS : J'espères que vous connaissez Forrest Gump, il va y avoir beaucoup de référence dans ce chapitre. Alors comment dire, j'ai du voir ce film en entier sauf que ba à chaque fois c'est des petits bout donc c'est pas très clair dans ma tête :lol: Mais je suis quand même capable de reconnaître quelques références !

Chapitre 23 (1/2) : « La vie, c’est comme une boite de chocolat… » ok, on commence tout de suite avec les ref !

-Et vous ne l’avez pas fait ?! "rejoint Emily dans son cri stupéfait"

Le cri d’Emily embrasa mes joues et je lui fis sèchement le signe de se taire. Sa présence était d’autant plus embarrassante que j’étais en retard : le Poudlard Express n’allait pas m’attendre et j’étais l’une des dernières élèves à quitter le hall.

-Bon sang, Emily, je n’allais pas le faire dans une salle de classe, enfin ! Laisse-moi le temps ! Et lâche-moi un peu, je vais louper le train !
-Bon, d’accord, tu as raison de prendre ton temps, convint-t-elle avant de fouiller ses poches. Il faut le faire quand tu seras prête. Et dans les meilleures conditions possibles … Mais au cas où …

Elle me tendit une potion à la robe mauve et translucide que je pris avec perplexité. Puis je compris ce que c’était et mes joues rougirent de plus belle.

-A prendre dès le début de ton cycle, au cas où ça déraperait pendant les vacances, ajouta-t-elle avec un malicieux sourire. Mais si la robe devient épaisse, ne la boit surtout pas, ça veut dire qu’elle est passée et … bon, bref, tu prendras tes précautions.
-Bon sang, Emily ! Cette fille est tout simplement géniale (elle est sur la bonne voie pour se faire pardonner, mais elle ne l'ait pas encore!)

Mais mon amie se contenta de se fendre d’un immense sourire et m’envoya un baiser de la main. :lol: A la fois agacée et affolée par l’heure qui avançait, je jetai un sort de lévitation à mes bagages et me mis à courir à travers le parc sans me soucier de ce qu’elles pourraient heurter en me suivant. J’arrivai à la dernière diligence à bout de souffle et laissai Kenneth, qui rentrait également, monter ma malle à bord. Simon m’attendait sur le quai de Pré-au-Lard, son pied tapant impatiemment le sol tout en consultant sa montre.

-Pas trop tôt, maugréa-t-il en montant dans le train. J’ai cru qu’on allait le louper … et vu ce qui se trame chez toi, ça aurait été catastrophique.

Le rappel de Simon fut comme une pierre posée dans mon estomac. Je plongeai ma main dans ma poche pour effleurer la lettre que j’avais reçu la veille au matin et dont les mots étaient imprimés dans mon esprit :

Victoria,
J’ai fini par faire ce dont on avait convenu, la dernière fois. Mon frère ne change pas, pas assez pour me rassurer et j’ai fini par conclure que tu avais raison. J’ai préféré le faire avant les vacances, comme ça je sais que tu seras là pour lui pendant au moins deux semaines. Encore une fois, je suis tellement désolée… Mais ne t’en fais pas, ce que je t’ai dit vaut toujours. Je ferais tout ce que je peux.
Prends soin de toi – et soin de lui. Bonne chance pour tes ASPICs.
Mel.

J'ai envie de faire un gros calin à Mel, Alex et Vic parce que c'est trop triste. Par contre j'ai aussi envie de casser gentiement le nez de Nestor

Melania avait été prudente dans une lettre qu’Ombrage avait sans doute lue, mais je n’eus aucun problème à la décrypter. Elle avait fini par quitter Alexandre, pour le protéger – et ferait en sorte que Nestor ne m’atteigne pas. Lorsqu’il avait lu la lettre, Simon avait évoqué la possibilité que Melania empoisonne Nestor J'aprouve à 100%et je lui avais envoyé une cuillère de marmelade à la figure. Mais la bonne nouvelle, c’était que ce spectre-là s’éloignait également. J’allais ramasser Alexandre à la petite cuillère pendant les vacances, mais au moins c’était son cœur que je retrouverais en miette … pas son corps. Arrrg, cette phrase est affreuse
Je montai dans le train à la suite de Simon qui me mena à une cabine étrangement composée de sa sœur, et de la fratrie Bletchley dans son ensemble, ainsi que de la petite Isabel McDougal qui avait visiblement Cora Euh il manque pas un bout de phrase là ?. Lorsque Simon ouvrit la porte coulissante, les éclats de voix me parvinrent enfin et me donnèrent presque envie de faire demi-tour :

-De toute façon, je vais finir par en parler aux parents, comme ça tu seras bien obligée de l’inviter chez nous !
-Felicity ! On a dit que c’était moi qui le disais !
-Personne ne dira rien à personne ! :lol: aller les filles ! Vous le ferez plier ! (et Vic est là mais personne n'y prête attention!)
-Tu nous saoules, Miles ! En plus, papa adorerait Victoria : il n’a rien contre les nés-moldus et il sera très content que tu lui présentes ta copine. Moi je te trouve injuste …
-Et je veux pouvoir inviter Isabel, comme ça Victoria pourra l’amener.
-Cora !

Isabel tira sur la manche de son amie pour me pointer du doigt. Merci Isa !Je m’étais figée dans l’encadrement de la porte, à la fois amusée et gênée par le débat des deux jeunes filles face à Miles. Felicity était celle qui lui ressemblait le moins avec ses grands yeux bleus et son visage de porcelaine qui semblait en faire une fille délicate Je pense que tout est dans le verbe sembler. Cora en revanche avant les yeux et la chevelure brune de Miles, mais également sa vivacité : c’était une gamine qui ne tenait pas en place et c’était peut-être pour cela que Susan la Tranquille la fixait d’un air consterné.Courage Susie Miles se plaqua la main contre le front, l’air dépité, mais Felicity profita de mon apparition pour le pointer du doigt et s’écrier :

-Tu peux lui dire que c’est un idiot et que ça ne te dérangerait pas du tout de venir à la maison, une fois ? Toujours avoir dans son camp la copine de son frère, comme ça tu es sûr de gagner !

Non, ça ne me dérangerait pas. Mais je savais que ça embarrassait énormément Miles et j’avais fini par conclure que c’était du fait des conditions de vie de sa famille : ils n’étaient ni riches ni prestigieux, et c’était un milieu dont Miles voulait d’extirper. Et j’avais également la net impression depuis le repas avec Alexandre qu’il souffrait d’un sentiment d’infériorité vis-à-vis des Bones qui se confirma lorsqu’il jeta un regard furtif à Simon qui venait de s’installer, un léger sourire aux lèvres. chose compréhensible mais TOTALEMENT STUPIDEPuis il le planta à nouveau sur Felicity et cingla :

-On reprendra cette discussion plus tard. Pitié laissez moi tranquille !!!! (cri muet de Miles)
-Non, on va en parler maintenant ! exigea sa sœur, impérieuse. Et je ne sortirais pas de cette cabine avant que tu m’aies fait la promesse que papa rencontrera Victoria avant que tu ne quittes Poudlard ! Sinon, je te promets, dès que je saute sur le quai, je vais droit sur lui et je lui dis tout ! Tu veux jouer ? Avec moi ? Je suis plus vicelarde que toi, Miles, fais attention ! Serpentard en force
-Susan ? appela Simon, l’air de réprimer son rire. Je t’aime, ma sœur, tu le sais ? :lol:

Mais Susan ne lui répondit que par un regard réprobateur qu’appuya Miles. Puis il contempla Felicity, puis Cora qui lui adressa un sourire féroce, puis enfin ses yeux se posèrent sur moi. Et je lus dans sa frustration que la menace de Felicity était assez crédible pour qu’il y cède. Il faut toujours prendre au sérieux les petites soeurs rien que parce que si tu le fait pas elles vont le faire ! (incompréhensible ? cette phrase ? jamais...)

-Bon. Ça te dérangerait ?

Tous regards se tournèrent vers moi et je sentis malgré moi mon visage s’empourprer. Simon semblait se délecter de mon embarras et je fis discrètement un signe à Susan qui le frappa à l’arrière de la tête. quand tu te fais martyriser par ta soeur et (comment définir Vic par rapport à Simon ???) la fille la plus pénible de la Terre sans laquelle tu ne peut pas vivre, ça devient grave Je m’efforçai de sourire.

-Bien, j’ai l’impression que si je dis non, j’aurais deux petites diablesses qui me le feront payer, n’est-ce pas ?
-Exactement, confirma Cora en hochant gravement la tête. Donc c’est oui ?

Elles pivotèrent de nouveau vers Miles, attendant la sentence. Il finit par lâcher un immense soupir qui sonnait comme une concession et Felicity et Cora se tournèrent l’une vers l’autre avec un sourire radieux. Elles se tapèrent dans la main, embrassèrent leur frère et se précipitèrent hors de la cabine, extatiques. Je pus enfin me faufiler à l’intérieur et la refermer, un sourire amusé aux lèvres. Miles se passait les mains sur le visage sous le regard moqueur de Simon, mais une nouvelle fois, Susan le rappela à l’ordre d’une tape sur la cuisse. Je m’assis à côté de lui sans me fendre du moindre commentaire et le train s’ébranla dans cette ambiance quelque peu particulière.

Le trajet fut long : Simon lisait Hamlet en face de moi et me jetai parfois au hasard des vers en espérant trouver ceux que je préférais, Miles commençait déjà les devoirs que nous avions à faire avant les vacances nan mais quelle idée franchement, le premier jour des vacances est fait pour GLANDER et Susan avait fini par rejoindre Hannah dans la cabine voisine. Mais ce ne fut que lorsque Miles se leva en quête de la distributrice que Simon ferma brusquement son livre pour me lâcher :

-Ecoute. J’ai pensé à un truc, récemment.

Je l’écoutai jusqu’au bout, à la fois éberluée et blessée par sa proposition. Blessée parce qu’elle faisait saigner de nouveau une plaie que j’avais en moi et éberluée parce que je n’y attendais absolument pas :

-Tu veux que j’aille voir mon grand-père pour qu’il reprenne la magie ? Mais pourquoi ?
-Parce que tu vas en avoir besoin, Vicky. Plus il y aura de personnes autour de toi capable de se défendre face à un sorcier, mieux ce sera pour toi et ta famille, tu ne penses pas ? "hoche vivement la tête car vu la capacité qu'à Vic à s'attirer des ennuis, ça ne va pas être inutile

Je gardai le silence, voyant dans ces mots un écho de ceux que Dumbledore avait pu prononcer lors de notre dernier entretien. S’il savait ma famille en danger, mon grand-père ne résisterait pas à l’idée de la défendre. Mais il y avait autre chose qui m’avait gêné dans les propos de Dumbledore et j’avais fini par mettre le doigt dessus. Qu’il reprenne la baguette, c’était exactement ce qu’il espérait. J’en fis part à Simon et ses lèvres se tordirent, hésitantes.

-D’un point de vue stratégique, ton grand-père serait une arme idéale, convint-t-il en passant une main dans ses cheveux. C’était un très bon sorcier, un duelliste de talent … Et c’est un Liszka. Ça pourrait avoir une certaine résonnance à l’étranger de savoir qu’un Liszka se bat contre Tommy. j'y avais pas pensé mais c'est sûr que...
-Alors Dumbledore ne m’a aidé que pour avoir une arme stratégique dans sa manche ?

J’avouais que l’idée me décevait affreusement mais d’un autre point de vue, elle était parfaitement logique. Quelles raisons avaient un immense sorcier très occupé comme Albus Dumbledore d’aider une élève anonyme comme je l’étais dans une histoire personnelle ? Justement, Dumbledore aide les gens pour les aider mais aussi pour aider les autres, ça gars est la personnes la plus bonne mais aussi la plus calculatrice du monde La bouche de Simon se tordit, comme embarrassée.

-Ce n’est pas ce que j’ai dit. Sans doute qu’il a vraiment voulu t’aider mais que … il s’est rendu compte que ça pourrait aussi lui être utile. Et il n’a pas tort, Vicky. Il faut que tu ailles le voir pour lui raconter ce qui se passe – y compris Selwyn, y compris Melania. Il faut mettre toutes nos chances de notre côté.

Je me laissai aller contre le dossier de la banquette, les bras croisés en un geste de repli. Ma discussion avec Dumbledore avait mis en lumière un point : malgré tout, j’étais incapable de détester mon grand-père. L’homme qui avait tué Agata était mort avec elle, et celui qui m’avait élevé était quelqu’un de bien. Mais ça ne voulait pas dire que j’oubliais, ni ne pardonnait. Tout cela continuait de former une boule d’émotion très douloureuse en moi, mais Simon marquait un point. A cause de ce que j’avais fait à Nestor Selwyn, ma famille était en danger. La rupture de Melania avec Alexandre minimisait peut-être le risque mais … elle ne l’effaçait pas totalement.

-Très bien, cédai-je en un souffle. Je comptais y aller, de toute manière … (Je contemplai un moment Simon, prise d’une soudaine idée). Et tu vas venir avec moi.
-Pourquoi ?

Je me mordis la lèvre. La vérité, c’était que je pensais que rencontrer ma grand-mère, une femme qui avait tout perdu puis tout reconstruit pouvait inspirer Simon – dans le bon sens du terme. Mais si je le lui disais en ces mots, c’était certain qu’il fuirait. Bonne idée Vic !

-Parce que je n’ai pas envie d’y aller seule. l'excuse la plus banale mais qui marche le mieux

Je croisai les doigts dans la poche de ma cape alors que les yeux de Simon se levaient vers moi, à la fois surpris et soupçonneux. Les cernes qui marquaient toujours sa peau et rendaient ses prunelles d’un émeraude bien trop sombre me confortèrent dans ma requête et l’argument parut peser car Simon finit par hocher la tête.

-Qu’est-ce que tu ferais sans moi, vraiment …
-Je serais moins experte en fouillage de journaux.

Les yeux de Simon luirent d’un éclat intense l’espace d’une seconde et ses mains nouées se contractèrent l’une sur l’autre. Sa réaction était toujours vive chaque fois que je ne faisais qu’évoquer ses origines et montrait que, malgré ses pleurs sur le pont, il n’acceptait toujours pas son histoire. Et ce fut sans doute pour se soustraire à des insistances de ma part qu’il s’éloigna brusquement pour se plaquer contre la banquette et plongea son regard à travers la fenêtre.

-La ferme, crevette.

Je l’observai fixer obstinément le paysage qui défilait sous ses yeux, comme si cela pouvait effacer les images que j’avais ramené à son esprit. Ce n’était peut-être pas le moment de le troubler … Mais il faudrait que j’en parle avec Rose et George à Terre-en-Lande. Il ne pouvait pas continuer comme ça. ouais Alors je plongeai à mon tour mon regard à travers la fenêtre et soupirai machinalement :

-Crevette toi-même. le meilleur résumé possible de leur relation

***


J’avais été plus qu’heureuse de constater que, une fois encore, mon père m’attendait sur la voie 9¾ aux côtés de George. Simon se fit une joie de l’annoncer à Miles quand nous descendîmes du train et je vis mon petit-ami blêmir, :lol: tout en commentant que selon lui, je ne ressemblais absolument pas à mon père, un grand homme aux cheveux châtains et aux yeux gris – l’une des rares choses dont j’avais hérité. A l’abri du train, Miles m’avait embrassé en me prévenant qu’il me tiendrait au courant pour la promesse arrachée par ses sœurs et Cora me fit un immense sourire avec un « on se voit bientôt ! ». De toute manière, j’avais d’autres préoccupations en tête pour être gênée par l’air entendu des sœurs de Miles. Lorsque George aperçut Simon, il l’enveloppa dans une étreinte d’ours qui montrait clairement que l’évasion massive des Mangemorts avait fait basculer quelque chose en lui et je fus rassuré de voir Simon lui rendre son accolade, comme un signe de pardon. Mon père m’avait paru soucieux lorsque je m’étais approché et j’avais compris pourquoi lorsqu’il m’avait avoué à mi-voix que la relation entre Mel et Alexandre avait pris fin et que mon frère était en route pour passer la soirée chez nous. Déchirement d'un pauvre petit coeur innocent (le mien parce que Alex boit trop d'alcool pour être innocent) Et effectivement, lorsqu’il arriva le soir même, ses traits étaient tirés et ses cheveux bruns si ébouriffés que je doutais qu’il ait même daigné les coiffer. Il m’adressa un sourire fatigué sans l’énergie qui le caractérisait pourtant et alla très vite s’isoler dans la cuisine avec ma mère. J’avais voulu les suivre, mais mon père m’en avait empêché.
Pour une fois, c’était de ma mère qu’Alexandre avait besoin. C’était à la fois si surprenant et si touchant que j’en eus les larmes aux yeux. calin colléctif

J’avais profité de ce temps pour défaire ma valise dans ma chambre, cet espace si rassurant et familier – un espace rien qu’à moi où je pus jeter mes affaires sur mon lit et mes chaussures sur le sol sans qu’Emily ne me fusille sur du regard. Malgré les yeux veinés de rouge d’Alexandre, l’étreinte d’ours de George Bones lorsqu’il avait serré Simon dans ses bras, et le regard inquiet de mon père qui me suivait depuis que j’étais revenue, le fait de retrouver mon village m’apaisait au-delà des mots. Un téléviseur, la balançoire du parc, le regard acerbe de l’Ancien quand j’étais passée devant le café en trainant ma valise, le profil de l’église Saint-Edward à l’allure si particulière … On ne faisait pas plus bel écrin que l’endroit duquel on venait. Il n’y avait qu’ici que j’avais l’impression d’être pleine et entière et que rien ne pouvait m’arriver. Rien n’arrivait à autant me donner ce sentiment de sécurité, pas même tous les sortilèges de défense et la présence Dumbledore à Poudlard. Je fermais les yeux en m’enfonçant dans mon matelas, m’imprégnant de sa chaleur et de l’odeur familière de jasmin qu’on avait toujours utilisé.
Si vraiment je devais me défendre contre l’impossible, ce serait d’ici. Parce que c’était ici que j’étais entière. Parce que c’était ici que j’étais la plus forte. Oups, je sens que le village ne va pas être épargné par la guerre
Quelques coups frappés à ma porte m’arrachèrent au bien-être qui commençait à m’envahir et au sommeil qui engourdissait mes membres. Je me redressai sur un coude pour voir Alexandre pousser le battant, une plaquette de chocolat et deux bières à la main. Il m’adressa un sourire en coin qui manquait cruellement de conviction, mais qui avait pour mérite d’être là.

-Il parait que tu m’as piqué ma télé. On se matte un petit film en avalant des tonnes de calories ? Je m'invite avec vous !
-C’est un sacré programme approuvai-je en sortant ma baguette. Attends …

Je tapotai mon menton de sa pointe en cherchant la formule, avant de l’agiter et mes affaires s’entassèrent maladroitement dans ma malle pour dégager mon lit. Alexandre n’attendit pas un instant de plus pour s’y affaler, me laissant le soin de décapsuler les bières avec ma baguette et fouilla les cassettes qui trainaient dans le tiroir de ma table de nuit. Il finit par arrêter son choix sur Forrest Gump avec un sourire entendu qui se teintait quelque peu d’amertume.

-Exactement ce qu’il me faut. Un simple d’esprit dont toute la vie n’est qu’un immense malentendu. Arrrg Alex, si tu savais toute la vérité tu ne dirais pas ça

Je sentais pertinemment que c’était lui qu’il décrivait à travers Forest et lui donnai une bourrade sur l’épaule pour masquer mon malaise.

-Arrête. Sa vie n’est pas un immense malentendu. C’est juste … Une boite de chocolat. :lol:

Un éclat de rire franchit les lèvres d’Alexandre et je fus rassurée de voir enfin son visage se détendre. Il se leva pour planter la cassette dans le magnétoscope et lança le film avant de se nicher dans mon lit et de me prendre par l’épaule pour que je me love contre lui.

-« On ne sait jamais sur quoi on va tomber », acheva-t-il alors que les premières images défilaient. Et le petit sorcier, il va bien ? Il a fini par croire au grand méchant loup ?

Je grimaçai face à la façon qu’avait Alexandre de coder toujours ses propos, de telle sorte qu’on ait une sorte de langage exclusif compréhensible par le plus petit nombre. Mais je savais que c’était aussi une manière pour lui de dédramatiser la situation. Je lui résumai alors l’essentiel de mon trimestre – l’évasion des Mangemorts, l’article de Harry, le renvoi de Dumbledore. Ça me brisait le cœur de devoir mentir concernant Melania, dissimuler que j’étais la cause de son malheur … Pourquoi tu as fait ça Perri, pourquoi ?????? (en vrai, ce serait moins beau si tu ne l'avais pas fait mais c'est justement parce que je veux que ça change que c'est bien) (qu'est ce que disais, la clarté même!)Mais avant que la culpabilité ne m’étouffe totalement, Alexandre rebondit sur mes propos, passablement mécontent :

-Tu sais ici, avec un gouvernement aussi incompétent, il y en aurait du monde dans la rue …
-Thatcher a tenu des années avec l’Angleterre entière contre elle, me souvins-je sombrement. J’ai l’impression que ce soit du côté magique ou non magique, le dirigeant anglais a la tête dure. pourquoi tout les politiques sont-ils incompétent ? (sauf Kingsley à qui je voue mon admiration éternelle)
-Mouais. Mais avec ça, je comprends que Simon ait des envies de meurtre.

Je me figeai, créant un silence qui laissa éclater la voix de Tom Hanks dans la pièce (« le truc le mieux quand on rencontre le président des Etats-Unis, c’est la bouffe ») et arracha un rire à Alexandre, tant les préoccupations de Forrest étaient aux antipodes des nôtres. La phrase la plus appropriéeAlors qu’il craquait un nouveau morceau de chocolat, je me fis la réflexion que s’il avait vécu, Spencer Bones aurait le même âge que lui. Seigneur oui, ils ont le même âge … Et les Bones avait tenu à mettre leurs enfants dans une école élémentaire moldue pour qu’ils soient éduqués aux arts primaires et en contact avec la société non-magique. C’était comme ça que je m’étais liée avec Simon : lorsque notre instituteur nous avait mis l’un à côté de l’autre du fait de l’ordre alphabétique et qu’on s’envoyait nos trousses à la figure au bout d’une semaine de cours. :lol:

-Alex ? Est-ce que tu te souviens … qu’il y avait d’autres personnes qui habitaient la maison de Simon, avant lui ? Jusqu’à que tu aies environ sept ans …

Alexandre fronça les sourcils en mastiquant son morceau de chocolat, l’air perplexe. Il laissa Bubba déblatérer sur la crevette avant de répondre prudemment :

-Ouais, je me souviens. Ça devait être de la famille parce qu’ils s’appelaient Bones aussi. Papa m’a dit qu’ils étaient morts, apparemment, une fuite de gaz … J’avais un de leur garçon avec moi à l’école, quand j’étais petit. Un gars étrange, il ne parlait quasiment pas, ne jouait pas, quelqu’un d’assez craintif … Samuel, Steven, quelque chose comme ça … Spenceeeer ! C'est trop triste
-Spencer.

Alexandre avait connu le frère de Simon. Ça rendait les liens si réels que je ressentis encore plus durement la mort d’un enfant que je n’avais jamais connu. Alexandre coula sur moi un regard circonspect.

-Si tu sais, pourquoi tu me demandes ?
-Comme ça, pour vérifier. Tu devais connaître le grand aussi, Matthew ?
-Ouaip, un peu. Enfin, c’est loin, mais je me souviens parfaitement de cette tête de citrouille qui faisait le caïd dans la cour de l’école. Et leur mère, aussi, elle venait souvent parler à papa. Mais leurs discussions m’ennuyaient vite – ça tournait souvent autour de Dieu – alors j’allais jouer dehors.

Mon sang se glaça dans mes veines alors qu’Alexandre se replongeait rapidement dans le film. C’était une révélation à laquelle je ne m’attendais absolument pas, mais elle tombait sous le sens. Si les Bones étaient allés à l’école élémentaires avec nous, Cassiopée et Edgar avaient dû croiser mes parents à la sortie …
Ce qui voulait dire que l’un de mes parents – probablement mon père – devait parfaitement avoir conscient des véritables origines de Simon. Ils avaient dû croiser Cassiopée enceinte ou tenant dans ses bras un nourrisson … qu’ils avaient retrouvés enfant dans une autre famille. Bon sang, Susan avait raison. C’était la vérité la mieux oubliée de l’Histoire. C'est presque terrifiant comment les gens font comme si rien ne s'était passé. Et juste parce que j'ai envie de le dire : Tout est lié !
Les minutes du film défilèrent et j’entendis Alexandre renifler avec un certain mépris à chaque scène entre Forrest et son amour de toujours, Jenny. Pourtant, ses yeux se vidaient soudainement et se mettaient à luire et je savais que Melania occupait alors ses pensées. Au moment où Jenny revenait en Alabama et qu’il lâcha carrément un grognement de dépit, je mis la cassette sur pause, les entrailles nouées et demandai sans le regarder :

-Tu veux qu’on en parle ?
-De quoi ? rétorqua durement Alexandre. Elle m’a quitté, point. Remets le film, c’est pile quand elle lui brise le cœur, ça va être drôle.
-Et quoi ? Tu veux te mettre à courir à trois ans pour oublier, comme Forrest ? C’est pour ça que tu voulais regarder ce film, pour faire un parallèle entre lui et toi ? Désolée, mais Tom Hanks a quand même vachement plus la classe. C'est violent tout ça Vic

L’ombre d’un sourire flotta sur les lèvres de mon frère et il m’attira un peu plus contre lui pour ébouriffer mes boucles. Il pressa sa joue contre le sommet de mon crâne, ce qui m’empêcha d’avoir un contact visuel avec lui mais ça m’allait : j’avais peur de craquer, de me mettre à pleurer ou pire, de tout lui avouer si je ne faisais qu’effleurer la douleur dans ses yeux. Arrrrggg

-C’est juste … bizarre. A la fois je l’ai vu venir, ça faisait quelques semaines qu’elle était distante, elle parlait beaucoup de sa famille – elle est de la haute, tu sais, je crois que ses parents sont plutôt friqués. On se disputait sur le fait qu’elle ne voulait pas me les présenter depuis cet été et du coup j’avais l’impression … Je ne sais pas, qu’elle avait honte de moi, tu vois ? Le petit mécano qui a abandonné ses études et vivait au fin fond des campagnes du Gloucestershire.

Oh, Seigneur, Alex, non. Elle voulait te protéger … Je pinçai les lèvres pour ne pas laisser échapper ma plainte et serrai la main de mon frère pour l’inciter à continuer. Un souffle tremblant se répandit dans mes cheveux et tomba comme une pierre sur mon estomac, alourdissant la boule de culpabilité. Alex vient dans mes bras (mais t'inquiète je te rends à Mel quand tu veux)

-Au final, c’était apparemment le nœud du problème. On ne faisait pas parti du même monde, alors … C’est tout, ça c’est fini. Ce qui est étrange, c’était que … pendant un moment, ça allait très bien. On ne parlait plus de nos familles, on faisait des projets … et des projets sur le long terme. Acheter une maison à Bristol … Ouvrir mon propre garage … Je me suis surpris à rêver de choses dont je ne pensais même pas avoir le désir, simplement parce que j’étais avec elle et finalement, ce n’était que ça … un rêve.
-Oh, Alex … (je pressai sa main avec douceur, gardant le regard rivé sur la télé à m’en assécher les yeux). Ce n’était pas qu’un rêve … Elle a réveillé quelque chose de réel en toi … Rien ne t’empêchera de réaliser tout ça avec quelqu’un d’autre …

Alexandre se fendit d’un vague mouvement d’épaule en observant d’un œil vide Jenny et Forrest consommer leur amour pour la première fois. Je fus tentée d’avancer le film quand ensuite Jenny s’enfuyait avant le réveil de son amant pour disparaitre ensuite de sa vie. Non, décidemment, Alexandre n’avait pas choisi ce film au hasard. C'est triiiiiste

-Je n’en sais rien. Tu me connais, je suis pragmatique : je ne crois pas à ces histoires d’âme sœur, d’amour éternel et de Dieu qui te soutient dans toutes tes épreuves. Mais … En nous, j’y croyais. Je nous croyais capable de construire quelque chose, qu’elle était … « la bonne », si on veut. Mais visiblement, je n’étais pas le bon. Cette perception de leurs relations, il s'ouvre à Vic alors qu'en vrai c'est elle qui a provoqué sa rupture pour le protéger. Si (quand) Alex apprendra qu'elles étaient de mèche, il va être très très très en colère, je redoute un peu ce moment.

« C’est la première personne qui m’a prise pour ce que j’étais et pas pour mon nom de famille ou mon compte en banque » souffla la voix de Melania dans mon esprit. « La seule avec laquelle je me sente parfaitement en sécurité … Je ne retrouverais ça nulle part ailleurs alors quand tu l’as trouvé … Non, tu ne dois pas le lâcher. » Je pris une profonde inspiration et me forçai à contrer d’une voix neutre : Vient aussi me faire un calin Mel

-Si elle n’a pas su voir ça en toi, c’est que c’est une idiote … Laisse la retourner dans son monde, Alex. Ici, on sait très bien que ta vie n’est pas un ensemble de malentendu. Et qu’il y a encore plein de bons chocolats à prendre dans ta boite …

Je m’en voulais de charger ainsi Melania qui avait fait preuve d’une remarquable abnégation … Je me blottis contre Alexandre en constatant qu’il ne répondait pas à ma remarque et qu’il fixait la télévision, la mâchoire contractée. Je préférai ne pas insister et voir Forrest vivre ce dont il rêvait sans doute en ce moment même : que Jenny revienne et qu’ils vivent la vie qu’ils avaient rêvés… jusqu’à ce que la mort les sépare. C'est tellement touchant et ces comparaisons avec la boite de chocolat (Forrestttttt !) sont juste extraordinaires.


Voilààà ! Désolée, c'est la partie la moins intéressante du chapitre ... La suite la semaine prochaine !
Certes moins intéressante mais aussi très touchante.
Voila donc j'ai bien aimé cette partie (alors oui je poste le com quand la deuxième partie est postée mais en vrai il date de la semaine dernière, j'en avais fait la moitié mais j'avais pas pris le temps de le poster (déso, relecture des HP... :roll: :lol:
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Ah la la, tu écris tellement bien j'ai pas vu le temps passer !! (alors que j'ai sans doutes du passé une bonne heure devant vu que j'avais des trucs à rattraper oopsie !!)

Bref, je ne sais pas trop quoi dire, l'histoire suis son cours et tout est cohérent. Je me sentais trop mal par rapport à Alex? JE fonds toujours devant Simon et Victoria qui se touchent, se calinent et se reconfortent. Les grands-parents sont supers. les références à Forrest Gump sont très biens trouvées. De toute façon, à partir du moment ou tu fais une éloge du chocolat je ne peux pas être plus convaincue !!

Hâte de lire la suiiite !
Charmimnachirachiva

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Charmimnachirachiva »

Perripuce a écrit :COUCOU C'EST MOI
COMMENT VOUS ALLEZ BIEN ? Very good !
Moi ça va, Cazo et moi avons ENFIN du dates pour nos concours respectifs et c'est une joie et une peine en moi cette affaire, au moins on va pouvoir se fixer ahah

Sinon que dire d'autre? J'espère que tout va bien chez vous, le foot allemand a repris mais franchement à huis-clos c'est d'une tristesse infinie (personne n'arrivera à me convaincre que c'est ça le football, perso je regarde pas un match sans spectateur donc ça va rien résoudre leur affaire BREF), il fait moche ça donne envie de regarder Netflix MAIS j'ai un concours justement dur dur tout ça BREF JE DIS N'IMPS ALORS POSTONS BONNE LECTURE KEUR SUR VOUS ET JE VOUS AAAAIIIIME


Chapitre 23 (2/2) : "La vie, c'est comme une boite de chocolat ..."


-Tu es sûre que tu ne veux pas qu’on y vienne ? ça fait longtemps qu’on n’est pas allé voir mes parents …

Ma mère me fixait avec une certaine perplexité alors que je mettais ma veste en jean avec l’impression de retrouver une seconde peau. Les vacances avaient commencé depuis trois jours et ma mère avait fait un travail immense sur elle concernant ma magie. Je sentais encore sa réserve lorsqu’elle l’évoquait, mais elle n’était pas aussi abrupte qu’avant, moins méfiante. Mais quand je lui avais appris que je comptais rendre visite à mes grands-parents dans la journée, mes parents s’étaient mis en tête de m’accompagner et j’avais l’impression de marcher sur des charbons ardents. En effet ce serait ...regrettable que les parents s'invitent

-J’y vais par les moyens sorciers, répétai-je en fouillant dans les foulards de ma mère. Je peux t’emprunter celui-là ?
-Non, j’en ai besoin mais prends le bleu, si tu veux. Bon, on y retournera dans la semaine, alors ? Avec Alexandre. Sauvés !

Mes doigts se figèrent sur le nœud que j’étais en train d’exécuter. Alexandre était resté le week-end entier avant de rentrer à Bristol, mais mes parents n’avaient absolument pas été serein à l’idée de le voir enfourcher la moto qu’il avait retapé dans son adolescence et repartir l’air sombre.

-J’irais le voir après papy et mamy … Avec Simon, ça devrait lui changer les idées.

Ma mère parut soulagée et acquiesça en silence. Satisfaite de ne plus la voir insister, je sortis de sa chambre et dévalai l’escalier. Je fus assez surprise en descendant de voir à travers la porte vitrée Simon attablé dans la cuisine avec mon père, une tasse de café de la main. C’était ce dernier qui parlait, son regard bleu-gris et indulgent vrillé sur Simon, qui me tournait le dos. Intriguée, j’aurais voulu attendre un peu, observer la suite et interpréter leurs gestes, mais ma mère n’eut pas ce scrupule : elle me dépassa souplement et ouvrit triomphalement la porte qui séparait de la cuisine du salon. Nan, je veux savoir de quoi ils parlent !!!!!

-Bonjour Simon ! Si je comprends bien, tu as le droit d’aller voir mes parents et pas nous ? :lol:
-Oh, maman !

Mon père toisa ma mère d’un air désabusé et Simon eut un léger sourire, à mi-chemin entre la gêne et l’attendrissement. Il détourna les yeux quand je tentai de l’interroger du regard et il prit une gorgée de café pour justifier son geste. Intéressant...Mon père m’adressa un sourire.

-Tu reviens pour dîner ?
-Je te préviendrais, on restera peut-être un peu avec Alex. une bonne chose, j'ai trop peur de le voir déprimer alors que toute cette histoire donne juste envie d'empoisonner Nestor(Je l’embrassai sur la joue avant de m’adresser à Simon : ) on y va ?

Simon acquiesça et finit son café avant de se lever. Je sentis la brûlure du regard de ma mère alors qu’on sortait de chez moi, dans le petit jardin bordé de haie qui nous permettait de transplaner en toute quiétude. Sans attendre, de peur de perdre courage, je pris le bras de Simon et pivotai, laissant ma magie m’emporter vers les bords du canal de Bristol et la petite ville de Portishead. L’odeur d’iode me frappa de plein fouet, ainsi que le vent qui soufflait sur la mer grise et agitée. Simon rabattit la capuche de son gilet sur ses oreilles en grimaçant.

-Cette partie de l’Angleterre n’est pas au courant qu’on est en avril.
-Simon, on vit la majorité de notre année en Ecosse, on n’est pas censé se plaindre du froid. De quoi tu parlais avec mon père ? *se penche vers Simon en faisant comme ça l'intéressait pas alors qu'en vrai elle écoute avec attention*

Simon se raidit face à la question et vrilla son regard vert sur les eaux qui se fracassaient sur la plage. Le soleil se reflétait dans ses mèches blondes et y faisaient ressortir le cuivre et l’or dans ses cheveux, même si on regard restait obscurci.

-Pas grand-chose. De ce qui se passait à l’école, principalement, mes parents le tiennent au courant. Mais il voulait avoir plus de détail, notamment sur l’évasion des Mangemorts et le départ de Dumbledore, je pense qu’il s’inquiète. Mais ne t’en fais, je l’ai rassuré. Bon ça va, pas de super truc top secret hautement dangereux ou tout le monde refuse mettre Vic au courant

Je lui jetai un regard oblique en espérant ne pas trop être insistance, mais j’entendais dans la retenue de sa voix qu’ils n’avaient pas fait que discuter Poudlard. La constatation que je m’étais faite me revint à l’esprit : mon père avait sans doute conscience que Simon était le fils d’Edgar et non de George et devait sans doute avoir connaissance par celui-ci de l’évasion de Jugson. Mon père était une personne neutre, calme et de confiance, avec laquelle Simon pouvait se sentir en sécurité. Peut-être plus qu’avec moi. Hum, vous êtes sûrs que vous complotez pas un truc ? Alors je décidai de laisser couler et de me mettre en route vers la maison côtière de mes grands-parents. Les bacs de jardinage étaient libérés de leurs bâches et les herbes aromatiques s’épanouissaient sous le soleil, tout comme les dernières jonquilles qui se formaient en bouquet joyeux dans le jardin de devant. J’effleurai cette fleur qui symbolisait la venue du printemps que j’associai lui-même à l’espoir et me fis la réflexion que ces pétales d’or et de lumière était un parfait étendard de l’espoir. Et Seigneur, comme j’avais besoin de force et d’espoir pour ce qui allait suivre. Avec un soupir à fendre l’âme, je me détournai des jonquilles pour faire face à la porte et frapper le battant. Simon s’adossa au mur, un léger sourire aux lèvres qui me parut tout de même comme crispé. Nan il n'y a pas de quoi (c'est pas comme si t'allait demander au grand père de ta meilleure ennemie, qui est au passage un assassin repenti et sorcier et qui l'a caché à tout le monde de se battre activement contre un mage noir alors que ladite meilleure ennemie s'est un peu fâchée contre lui la dernière fois qu'elle l'a vu)

-Et tes grands-parents ne diront rien que je sois là ? Fais attention, sur un malentendu ils vont croire que je suis ton copain. Ce serait à la fois logique et totalement bizarre
Je le lorgnai d’un air désabusé avant de secouer la tête.
-Pas de risques. Ils m’ont déjà entendu me plaindre de toi et mon père se plaindre de nos disputes alors que par ailleurs tu étais un si gentil garçon. :lol: Franchement, qu’est-ce qu’il te trouve ?
-Je suis meilleur musicien que toi.

Ce fut sur cette pique accompagné d’un sourire qui me donnait envie de céder à l’enfant en moi et de lui tirer les cheveux que la porte s’ouvrit devant moi. Jaga posa des yeux surpris sur moi, la main sur la poignée et ses lunettes plantées sur son nez osseux. Dans son autre main elle tenait son roman, comme si je l’avais interrompue en pleine lecture. Les lèvres fines de ma grand-mère esquissèrent un sourire ému et elle m’ouvrit les bras.

-PerelkoC'est trop chou, c'est trop beau

Le surnom remua des choses en moi et agita le fantôme ce que j’avais un jour était. Je lui cédais en enlaçant ma grand-mère, malgré tout heureuse de retrouver cette famille qui me manquait si cruellement chaque fois que j’étais à Poudlard et cette femme dont la force m’avait inspiré toute ma vie.

-Je ne pensais pas qu’on te reverrait ici, me souffla ma grand-mère lorsqu’elle se détacha. Après la dernière fois et … Oh. (Elle baissa ses lunettes et observa par-dessus les verres). Et pas seule ... Simon, si je ne m’abuse ?

Il parut surpris qu’elle le reconnaisse si vite alors qu’ils ne devaient s’être aperçu qu’une ou deux fois au cours de leurs vies. Il tendit cependant une main ferme que Jaga saisit tout en le détaillant d’un regard sombre et critique. Elle conclut son examen d’un :

-Il a fini par grandir … Pauvre Simon, :lol: Bien, rentrez. J’ai fait des sablés, mais j’ai bien peur que Miro n’ait tout mangé.
-C’est faux ! rugit une voix depuis l’intérieur. Et si tu ne voulais pas que je les mange, il ne fallait pas faire de sablées ! Raisonnement qui tient debout

Jaga poussa un profond soupir et nous invita d’un geste de la main à entrer. La voix de mon grand-père m’avait figé, mais Simon passa une main dans le creux mon dos pour m’inciter à avancer. Miro était assis à la table de la salle à manger, devant une tasse de thé et les fameux sablée et une boite de chocolat, dans ce qui semblait un tea-time très british pour un homme de sa carrure d’origine polonaise. Ses yeux clairs passèrent sur moi pour ensuite se fixer sur Simon et il poussa un grognement de dépit.

-Maintenant je te fais peur au point que tu doives venir accompagnée, Victoria ?

Je déglutis pour faire passer la boule d’émotion qui s’était formée dans ma gorge lorsque j’avais croisé le regard à la fois familier et distant de mon grand-père. Il s’était remis à farfouiller dans la boite de chocolat sous la mine réprobatrice de ma grand-mère, qui me contempla ensuite l’air désolé. Mes lèvres se tordirent et je jouai nerveusement avec mes clefs dans ma poche.

-Bonjour, ça me fait plaisir aussi de te voir. Ca promet...

Miro poussa un grognement, la main triant toujours les chocolats dans la boite. Jaga secoua la tête l’air consterné et nous fit un vague mouvement pour nous inciter à nous assoir avant de passer dans la cuisine. Prudemment, Simon et moi prîmes place sur une chaise, raides comme des piquets. Je remarquai que mon grand-père jetait de fréquents et furtifs regards à Simon, qui furent expliquer lorsqu’il lâcha d’une voix dure :

-Bon sang, on ne vous apprend pas à mettre vos pensées dans des boites, dans votre école ? T'es nul en Occulmancie Simon !
-Seigneur, laissai-je échapper, comprenant soudainement. Sors de sa tête immédiatement !

Simon recula alors brusquement sa chaise, l’air affolé et un regard ardent planté sur Miro, qui se fendit d’un vague sourire amusé. Il engloutit un chocolat à la liqueur et le mâcha laconiquement avant d’expliciter d’un ton neutre :

-Ne t’en fais pas, Victoria, pas la peine d’y entrer. C’est sa tête qui vient à moi. L’un des gros problèmes des légilimens de naissance : pas besoin d’user sciemment de son don pour entendre les pensées des autres. Et ce garçon pense vraiment très fort, pas une grande force mentale.
-Je n’en ai rien à faire, persifflai-je alors que Simon ouvrait la bouche, outré. Tu ne les écoutes pas, tu t’enfermes dans ta propre tête ou tu te concentres sur la mienne puisque tu m’as formée à ça. Mais tu ne les écoutes pas.

Je sentis sur moi le regard étonné de Simon plus que je ne le vis, mais je gardai le mien dardé sur celui de Miro, proprement révoltée et gênée. Il y avait trop de chose dans la tête de Simon pour que je puisse lui permettre d’y entrer et surtout je trouvais l’éthique de la pratique plus que douteuse. L’esprit était la dernière chose qui n’appartenait qu’à nous, le dernier temple sacré où toute notre identité, tous nos derniers secrets, toute notre mémoire et ces choses qui n’appartenaient qu’à nous. Y entrer était une véritable violation et c’était ce qui faisait de la legilimencie l’une des branches les plus nébuleuses et les plus grises de la magie. Miro dressa un sourcil, l’air de réfléchir à la proposition.

-On peut toujours essayer. Mais toi (il pointa un index sur Simon) Fais un effort. Les pensées parasites, c’est extrêmement désagréable pour moi. Débrouille-toi, et pense au moins à quelque chose d’agréable. Chante le God Save the Queen au lieu de t’imaginer comment j’ai tué Agata ou sorti ma femme des camps. Gloups, assez gênant comme conversation
-Mille gargouilles mais qu’est-ce que vous avez entendu d’autre ? glapit Simon en se collant au dossier de sa chaise.

Mon grand-père fronça les sourcils et je sentis quelque chose s’appuyer à l’arrière de mon crâne. Comprenant qu’il tentait d’user de ses pouvoirs sur moi plutôt qu’ils ne s’usent seuls sur Simon, je le laissai faire sans broncher, tout en repoussant la pression pour ne pas lui laisser accéder à mes propres pensées.

-C’est diffus, j’entendais seulement des morceaux de phrases. Mais il faudra apprendre à contrôler ça, mon garçon : être aussi ouvert, c’est extrêmement dangereux en temps de guerre.
-Miro, grand Dieu, râla Jaga en revenant de la cuisine avec deux tasses fumantes. Arrête-toi un peu et laisse Victoria parler.
-Pas si c’est pour reprendre la discussion où elle en était la dernière fois, refusa sèchement Miro avant de me lancer un regard flamboyant. Je t’aime, Perelko, mais si …
-Victoria avait toutes les raisons d’être en colère, le coupa sèchement Jaga, l’air exaspérée par son obstination. Nous lui avons menti toute sa vie, nous l’avons forcée à nous mentir, puis maintenant obligée à mentir à ses parents. Et si ma mémoire est exacte, c’est toi qui as cassé la lampe, pas elle. Bien dit !

De nouveau, Miro poussa un grognement d’ours agacé avant de s’enfoncer un peu plus dans son fauteuil. J’avais déjà senti à Noël que mon grand-père avait été vexé par ma réaction, mais ce n’était que maintenant que je réalisais à quel point que je l’avais blessé. Blessure partagée. J’enroulai nerveusement mes doigts entour de ma tasse de thé pour en puiser la chaleur et remplir le vide glacé qui se formait de nouveau en moi.

-Tu ne peux pas me reprocher d’avoir été dure, étayai-je avec l’appuis de ma grand-mère. Ni d’avoir été en colère … Je pense que c’était légitime.

Miro grogna et Simon le foudroya du regard. De nouveau, une pression s’exerça sur mon crâne – sur mon esprit – et cette fois je grimaçai. Je risquai de sortir de cet entretien avec un certain mal de tête. Ouille Je frottai discrètement mon pied contre la jambe de Simon pour l’inciter au calme et poursuivis d’une voix résolue :

-Je le suis toujours, d’ailleurs. Blessée et en colère … Mais je pense que je peux surmonter ça. J’ai fini par comprendre que … la mort d’Agata était moins dû à ta volonté qu’à la guerre en elle-même. Qu’elle t’a forcé à changer radicalement et … bref. Pour le bien de la famille … On peut le surmonter. La grandeur d'âme des Poufsouffles

Cette fois, ce fut Simon qui me donna un léger coup de pied pour me donner du courage C'est quoi cette méthode ? alors que Miro levait sur mon un regard où se battait l’étonnement et la suspicion. Jaga porta une main à son cœur avant d’allonger le bras pour presser ma main.

-Oh, Perelko … Merci.

Je fus assez mal à l’aise avec la reconnaissance de ma grand-mère. D’un prime abord, parce que j’étais sincère : devoir passer l’éponge si facilement me restait en travers de la gorge. Ensuite parce que je la soulageais pour lui demander plus encore. Je doutais qu’elle soit en accord avec ce que j’allais proposer à son mari. Je baissai le regard sur le liquide brun et translucide dans la tasse, histoire de rassembler mes pensées mais Simon me devança en entonnant :

-Vous avez entendu parler du retour de Vous-Savez-Qui ?
-Vous les anglais, ricana Miro avec consternation. Vous êtes vraiment de grands froussards. Est-ce que vous avez entendu des gens de l’est refuser de prononcer le nom de Grindelwald ?
-Miroslav, gronda Jaga sur le ton de l’avertissement. Là c'est encore une autre échelle mais ils sont quand même trop raffinés c'est british

L’accent qui avait percé sa voix et l’emprise que ma grand-mère pouvait avoir sur mon grand-père m’arracha un sourire. Miro échangea un regard avec sa femme qui parut le radoucir car son expression était moins bougonne, plus à l’écoute, lorsqu’il se tourna de nouveau vers nous.

-Très bien. Evidemment que j’ai eu vent de son retour, je vole La Gazette de ma voisine sorcière donc j’ai toutes les informations qu’elles donnent.
-Vous avez conscience qu’elles sont fausses pour la plupart ? fit observer Simon en dressant un sourcil.
-Pour qui tu me prends, gamin ? Dumbledore est l’homme qui a vaincu Grindelwald, il a mon respect éternel. Evidemment que je le crois lui et non pas ce chiffon acquis à un homme sans honneur ni couilles. Exellente formulation D’ailleurs j’ai lu dans les dernières éditions qu’il avait réussi à faire fuir Dumbledore ?

Simon dressa un sourcil, entre la surprise et l’appréciation. Nous résumâmes succinctement les informations que nous avions pu avoir sur le départ précipité de notre Directeur et Miro garda longuement le silence avant d’avoir un sourire carnassier. Au moins, argua-t-il, cela permettrait à Dumbledore d’avoir les mains libres pour contrer Voldemort, une lutte clandestine sous le nez d’un Ministère aveugle. Jaga, elle, nous lorgna l’œil sombre.

-Votre Fudge, il me rappelle un peu Neville Chamberlain, fit-t-elle remarquer avant de préciser à Simon qui la fixait l’air dérouté : le premier Ministre anglais avant la Seconde Guerre Mondiale. Il a tout laissé faire à Hitler, soi-disant pour préserver la paix. Réarmer la Rhénanie, annexer la Bohème-Moravie … Toutes les concessions, même l’inacceptable, du moment que dure la paix. Sa condescendance ça n’a certainement empêché Hitler d’envahir mon pays en septembre 1939.Excellente comparaison
Peut-être que si Chamberlain avait été moins aveugle, il y aurait eu moins des miens tué dans les camps.

Elle caressa son avant-bras où je savais se situer la série de chiffre qui lui avait été tatouée sur le bras le jour de son entrée à Auschwitz. Dans un geste d’une tendresse infinie, Miro couvrit la main de ma grand-mère et Simon baissa les yeux, sans doute embarrassé par ce fragment d’Histoire. Jaga planta son regard sur moi et machinalement, ma main se porta sur la chaine qui soutenait son David. Ne les laisse pas te faire ce qu’ils nous ont fait.

-Il y a des gens qui agissent. Dumbledore ne lutte pas seul, il avait créé la résistance lors de la précédente guerre … Il doit l’avoir fait renaître de ses cendres. Joli jeu de mot avec cendre/phénix

Un tic nerveux agita la joue mal rasée de mon grand-père et ses lèvres se pincèrent. Jaga leva sur lui un regard flamboyant teinté d’avertissement, comme si elle savait pertinemment ce à quoi il pensait et que ça ne lui plaisait pas le moins du monde. Ses doigts se serrèrent sur ceux de son mari.

-On en a déjà parlé, Miro. C’est notre famille qui a besoin de toi, pas le monde de la magie.
-Il se trouve que dans le cas de Victoria, les deux concordent, répliqua mon grand-père d’un ton sec pendant que Simon et moi échangions un regard entendu. Alors qu’est-ce que je fais ?

Jaga plissa ses yeux sombres en un regard inquisiteur. La lueur du soleil faisait danser des éclats dorés dans ses prunelles qui n’en paraissaient que plus inquiétantes. Entre Voldy et Jaga je choisis Voldy sans hésiter

-Souviens-toi de ce que la magie t’a poussé à faire, Miroslav. De ce qu’elle t’a poussé à penser …
-C’est aussi sa magie qui t’a sauvé, mamy, lui rappelai-je d’une voix douce. Sans sa magie … jamais tu ne serais sortie d’Auschwitz … C'est un coup bas ça

L’argument était déloyal, et ce fut sans doute pour cela que les yeux de ma grand-mère se firent incendiaire. Pour éviter de les poser sur quiconque, elle but une longue gorgée de thé alors que Miro me lançait un regard où pointait la surprise et la reconnaissance. J’avais été étonnée que mon grand-père ne se soit pas lancé dans la première guerre contre Voldemort : c’était parce que Jaga l’en avait empêché.
Sauf que cette fois, la guerre étendait toute son ombre sur ma famille.
Je serrai les poings, rassemblant mes pensées et tirant ce que je voulais dire. Ce n’était pas Miro que je devais convaincre, c’était Jaga. Changement de plan de dernière minutesMa grand-mère qui avait tant souffert déjà, qui avait tant perdu … Je devais agiter devant son nez le spectre du fait qu’elle pouvait perdre encore plus encore. C'est tellement horrible parce qu'on a l'impression que Vic manipule sa grand mère alors qu'elle fait ça pour protéger sa famille

-Ecoutez, entonnai-je d’une voix peu certaine. Ça … ça ne se limite pas à moi. La guerre, si elle prend de l’ampleur … Elle peut impacter toute la famille alors … (Simon me donna un nouveau coup de pied de soutien et je pris une profonde inspiration). Ce que je vais vous raconter, peu de personnes sont au courant alors … Il faudra le garder pour vous. N’en parler ni à maman, ni à papa, ni à Alexandre. Surtout pas à Alex, en fait.

Je sentis une nouvelle pression sur mon esprit qui cette fois sembla profiter de mon trouble pour percer des voiles. Cela occasionna une douleur qui me fit fermer les yeux et grimacer et soudainement, des étincelles jaillirent dans mon esprit, des étincelles couleur de feu qui menaçait d’embraser un bûcher … Paniquée, je m’efforçai de repousser l’assaut de mon grand-père en reprenant le contrôle de moi-même. Mais le peu perçu fit écarquiller les yeux de Miro, qui allongea le bras pour serrer le mien dans une pression où je sentais toute son inquiétude et sa colère. Son regard étincelait dangereusement d’une lueur intimidante. Pas touche à ma Victoria !

-Raconte-moi. Tout.

Les accents durs et métalliques de sa voix m’arrachèrent un frisson et Simon plongea discrètement la main dans sa poche. Je le soupçonnais de vouloir utiliser la baguette la prochaine fois qu’il aurait le moindre doute sur l’utilisation des pouvoirs mentaux de Miro. Je poussai sur son genou une main rassurante mais qui manquait de fermeté avant d’entamer mon récit : le coup de pied dans les parties intimes d’Ulysse Selwyn, les représailles de son frère aîné le cinq novembre, ma magie qui me défendait, son avertissement sur le quai de gare et enfin, la relation problématique entre Melania et Alexandre. A cette révélation, Miro serra le poing et jeta à Jaga une œillade triomphale.

-Ah ! Je t’avais que cette fille était une sorcière ! Elle maîtrisait trop bien son esprit, même en l’effleurant, absolument aucunes pensées ne filtraient ! Pas normal pour une non-magique. Sérieux, tu pense qu'à ça ?

Ma grand-mère lui jeta un regard consterné. Moi aussi Tout le long de mon histoire, elle avait posé une main sur son cœur et j’avais vu toutes les émotions parcourir son visage ainsi que les fantômes hanter ses prunelles.

-Notre petite-fille nous annonce qu’un garçon qui a déjà tenté de la tuer a l’intention de recommencer et qu’il pourrait s’en prendre à notre famille dans son entièreté et tout ce à quoi tu penses, c’est te réjouir d’avoir raison ?

Le sourire de Miro se fana face à la sèche réprimande de ma grand-mère et il laissa Simon achever le récit de ses derniers jours, puisque raconter tout cela m’avait asséché le gosier et que ma gorge s’était trouvée comprimée de vivre à nouveau tous ces événements. Je bus une gorgée dont la tiédeur fut inefficace contre la boule s’émotion qui s’était de nouveau formée au creux de moi. Lorsque la voix de Simon s’éteignit enfin, Jaga se prit la tête entre ses main parcheminées et Miro planta sur moi un regard empli de tant d’émotion diverses que j’étais incapable de le lire. Au fur et à mesure, son corps de guerrier s’était tendu et ses doigts s’étaient agité, comme s’il rêvait de manier une baguette.

-Quelle immonde petite pourriture, souffla-t-il, comme pour lui-même. Je suis mal placé pour condamner, j’ai cru en les mêmes choses que lui, j’ai été aussi arrogant que lui mais … jamais je n’aurais mis une gamine sur un bûcher, jamais je n’aurais … T'inquiète Miro, on te crois
-Evidemment que tu n’aurais pas fait ça, assura Jaga en prenant sa main. Et le peu que tu avais en commun avec ce garçon est mort depuis très longtemps alors inutile d’y revenir. (Elle tourna sur moi ses yeux brillants, hésitante). Alors … Tu as poussée Mel à quitter Alexandre, c’est ça ? Le moment culpabilité de Vic
-Je suis vraiment désolée … C’était la seule solution pour éviter que Nestor … ne s’intéresse à un autre Bennett que moi.
-Et tu n’as pas pensé à en aviser ton frère ? Ouille ouille ouille

Mon cœur s’arrêta de battre dans ma poitrine face au ton neutre de ma grand-mère. Je fus soudainement incapable d’articuler quoique soit et ce fut Simon qui me sauva en expliquant :

-Vous connaissez Alex … Non seulement il n’aurait pas laissé sa petite sœur rester seule face au danger mais en plus il se serait fichu du danger en question. Il n’est pas du genre à céder aux menaces alors … ça nous a semblé plus prudent.

Ma grand-mère pinça les lèvres et dans ses prunelles sombres aux chatoiements d’or, je lus une certaine réprobation qui ferma définitivement ma gorge. Il eut un long moment de silence où elle et moi nous toisâmes jusqu’à qu’elle retire sa main de la mienne.

-Bien, lâcha-t-elle en un murmure. Je suppose qu’Alexandre n’aurait pas été raisonnable, en effet … il faudra songer à remercier cette fille de sacrifier ainsi son bonheur et celui d’Alexandre pour la sécurité de notre famille …

Il était vrai que je n’avais même pas songé à remercier Melania, réalisai-je avec une certaine gêne. Mais lui envoyer une lettre chez elle serait peut-être plus dangereux qu’autre chose. Il faudrait passer par son jeune frère. Encore un rencontre avec Ulysse :lol: Ca devient une habitudeMiro avait plongé son regard au loin, songeur et finit par lâcher d’une voix rauque :

-Mais ça ne suffira pas. En juin, Victoria sera diplômée et reviendra vivre chez elle. Et quand bien même elle irait vivre ailleurs, ça ne changerait rien et ça laisserait au contraire Marian et Edward démunis si des sorciers décident de s’en prendre à eux … (Il vrilla un regard intense dans celui de ma grand-mère et emprisonna ses deux mains dans les siennes). Mon amour, il faut que tu me laisses protéger notre fille. je sens vraiment le mélange d'émotion qui passe entre eux, l'amour, la résignation, la détermination

Les yeux de Jaga brillèrent et ses traits se figèrent en une expression à mi-chemin entre la menace et la lassitude. Les rides sur son visage se creusèrent pour laisser apparaitre sous la femme forte la vieille personne qui avait vécu et vu tant de choses, trop de choses. Elle arracha ses mains à celles de son mari et se leva de sa chaise.

-Tu te rends compte de ce que ça impliquerait ? Si tu redeviens un sorcier, si tu reprends ta baguette … Nous ne pourrions plus le cacher, Miro. Il faudrait parler à Marian, à Beata, leur dire toute la vérité. Penses-tu qu’elles réagiront mieux que Victoria ?
-Victoria est revenue et … au fond, elle n’avait peut-être pas tort. J’ai toute ma vie exigée la franchise de la part de nos filles. Il est peut-être temps que je sois franc avec elles. Attention : disputes en perspective !

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine et une vague de reconnaissance monta en moi pour cet homme capable de risquer de perdre l’amour de ses filles pour garantir leur protection. Mais visiblement, Jaga n’était pas encore prête à faire ce sacrifice. Après avoir contemplé le portrait de sa famille décimée puis la toile qui représentait celle qu’elle avait reconstruite, elle plaqua une main sur son cœur, comme s’il se déchirait dans sa poitrine.

-Tu m’abandonnerais … Si tu retrouves la magie, si tu t’engages dans cette guerre, je sais que tu m’abandonnerais … Arrrrg, nan Jaga, il t'aime, t'es toute sa vie et c'est déchirant

Simon produisit une légère toux qui me sembla cacher autre chose et je lui jetai un regard oblique, le cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Il observait la réaction de Miro à la dérobée, touillant négligemment son thé avec des gestes dont la nonchalance me paraissait feinte.
Je ne veux pas que tu meures, Vicky.
Si tu oses m’abandonner juste pour te venger, je me ferais un plaisir d’aller cracher sur ta tombe.

Je ramenais mon regard sur ma tasse de thé, troublée par l’écho de nos mots et de ceux de mes grands-parents. Miro se leva à moitié de sa chaise, saisi par le ton catégorique de Jaga.

-Enfin, mon amour … jamais je ne t’abandonnerais, tu le sais … Tu es toute ma vie … Ahah on est connectés Miro et moi !
-Alors promets-le moi. Promets-moi que si tu récupères ta baguette, ce sera uniquement pour nous défendre. Ce ne sera pas pour aller batailler je ne sais où contre je ne sais qui. Ca fait penser à Vic et Simon... Ca fait comme un reflet où Simon à INTERET (sinon il souffrira le martyre infligé par ma petite personne) à en prendre de la graine et se rendre compte que c'est stupide !

La mâchoire de Miro se contracta, et il parut hésitant. Jaga resta droite devant lui, silencieuse et inflexible, le toisant malgré sa petite taille et son allure frêle.

-Jaga … Le meilleur moyen de protéger notre famille, c’est de prendre le problème à la racine. Et la racine, c’est Voldemort. Alors me battre contre « je ne sais qui », c’est la meilleure chose à faire pour protéger nos enfants. Mouais, vu comme ça
-Et si pendant que tu te bats, des sorciers profitent de ton absence pour venir chez nous et faire ce qu’ils ont à faire ? rétorqua vertement Jaga. Si en te battant tu découvrais ta famille et causait notre perte ?
-Peut-être qu’on pourrait trouver un juste milieu, proposai-je Vic la déesse des compromis !alors que mon grand-père ouvrait la bouche. Mais je pense que dans un premier temps, on pourrait se cantonner à la famille. C’est le plus urgent, surtout que … Dans dix jours, je suis de retour à Poudlard. Alors si ça va mal, il faudra quelqu’un les aide.
-Et comment fait-t-on ça depuis ici ? s’enquit Jaga avec une sorte d’agacement.
-Il y a des systèmes magiques qui peuvent permettre de prévenir Miro si Mr. et Mrs Bennett sont attaqués, intervint alors Simon. On pourra s’arranger, mes parents seront ravis de vous aider. Alors il s'invite un peu là...

Jaga lui jeta un regard irrité avant de reporter son attention sur Miro. Ils se défièrent instant du regard, l’impériosité contre la supplication. Finalement, ma grand-mère contempla de nouveau la photo de sa famille, de tout ses membres qu’une guerre lui avait arrachés et cela parut la faire vaciller. Elle prit le cadre dans ses mains et caressa le visage souriant de sa mère comme s’il avait été fait de chaire.

-Je ne laisserais pas ces gens me prendre ma famille comme les nazis l’ont fait, céda-t-elle finalement en un souffle. Mais … Oh mon dieu … Calin Jaga (oui je sais qu'on ne règle pas tous les problèmes avec des câlins ... ^^)

Elle secoua la tête, et j’eus l’impression que le poids des années et des douleurs lui tombait sur les épaules. Miro s’avança alors vers elle et passa un bras sur sa taille pendant que ma grand-mère laissait aller son front contre son épaule et agrippait ses mains à son pull. Il lui murmura quelques mots en polonais, des mots dont la douceur de la voix trahissait l’amour et la tendresse. Elle posa une main sur sa tempe, l’air étourdi. Depuis le temps, j’avais toujours pensé que rien ne pourrait ébranler ma grand-mère, mais visiblement, la perspective de revivre ce qui lui était arrivé quarante-cinq plus tôt le pouvait.

-Très bien … Simplement … Laisse-moi le temps. Le temps d’accepter, de me préparer. Beata et Marian, elles vont être furieuses … Oh, Marian (elle essuya un rire tremblant qui me surprit un peu). Les murs de la maison vont trembler … Tous aux abris !!!
-Bien sûr, on a le temps des vacances pour imaginer comment on pourrait s’organiser, approuvai-je, soulagée de l’acceptation de ma grand-mère. La famille de Simon travaille haut-placé au Département de la Justice, ils pourront nous aider …

Jaga et Miro échangèrent un nouveau regard, à la fois déchiré et résigné. Je sentais encore la réticence de ma grand-mère, mais la façon dont sa main était crispée toujours sur le cadre montrait sa détermination à garder sa famille intacte. Elle se rassit avec lourdeur, une main sur la tempe, l’air à bout de force et mon cœur se serra. C’était insoutenable de demander une telle chose à ma grand-mère … Mais une partie égoïste de moi était soulagée qu’elle ait accepté et que je ne me retrouve pas l’unique sorcière de la famille à lutter contre ce qui se passait.

-Quelle famille ? demanda Miro avec un regard incisif pour Simon. La Justice Magique, ce n’était pas un Croupton y’a quelques années ? Perdu, Croupton il avait déménager à la Coopération magique internationale jusqu'à sa tragique fin (même si je l'aimais pas, c'est tragique)

Simon recula encore un peu plus sur son siège, comme si une distance plus grande pouvait permettre que Miro ne lise pas dans ses pensées. Mais comme je sentais son esprit appuyer contre le mien, je présageais que non et que les peurs de Simon rendaient ses songes beaucoup trop vivaces.

-Vous êtes bien informés mais … c’était il y a quinze ans, ça. C’est ma tante, Amelia Bones, qui est à la tête de la Justice Magique, maintenant.

Un sourire entendu s’étira sur les lèvres de Miro et il posa sur Simon un regard presque nostalgique. Il se laissa retomber sur sa chaise avec un petit rire.

-Je me disais bien que tu ressemblais à quelqu’un … J’ai habité à Terre-en-Landes, avant de céder la maison à Marian. Les journaux des Bones, ça a été les premiers que je volais. Celui de ton grand-père, Nicholas, un brave type. C’est justement parce que je sentais qu’il commençait à avoir des soupçons sur moi que j’ai quitté cette ville. Ironie du sort, j’ai appris sa mort quelques mois plus tard … C’était sa femme je pense qui était la carriériste,"les hommes transmettent le nom que les femmes ont rendus célèbres" je la voyais assez peu, comme les enfants, ils étaient à Poudlard la plupart du temps.

Ça me faisait un drôle d’effet d’apprendre que mon grand-père avait conservé et estimé le grand-père de Simon, mort très tôt pendant la guerre des sorciers. Et ça me faisait encore plus étrange de songer que, si ses enfants s’étaient mêlés aux moldus, ma mère aurait pu grandir avec Amelia et George Bones comme j’avais grandi avec Simon. Peut être qu'elle aurait moins rejeté la magie si ses camarades d'enfances avaient été des sorciers... Jaga se redressa brusquement et dévisagea Simon d’un œil neuf et brillant. Ses doigts caressèrent son cadre, les membres de sa famille disparue alors qu’elle fixait toujours le garçon en face d’elle.

-Tu es le petit-fils de Nicholas, c’est vrai ?
-Euh, oui, répondit Simon, un peu surpris.

Un sourire amer s’étira sur les lèvres de ma grand-mère et elle vrilla ses yeux sur moi, comme pour me demander confirmation. Mon cœur manqua un battement et l’envie de céder à la gamine et de me jeter toutes griffes dehors sur Simon me reprit.
Même ma grand-mère savait. Simon, tu arrrg, je... ( n'arrive pas a exprimer se qu'elle ressent et se contente de continuer à lire le chapitre)Même ma grand-mère qui avait vu Simon deux fois dans sa vie savait ce que j’avais toujours ignoré. De nouveau, j’avais l’impression qu’il m’échappait, il devenait brume sous mes yeux, qu’il perdait contenance … et qu’une partie de moi s’effondrait. Je portai une main sur mon cœur qui s’était mis à battre à un rythme anormal, cognant beaucoup trop forte contre mes côtes, si bien que je n’entendais plus que ça.
Jaga n’insista pas, mais son regard se porta assez régulièrement sur Simon pendant que Miro et lui évoquaient les possibilités pour son retour dans le monde sorcier. La mort d’Agata ne poserait pas problème puisque quelqu’un avait été condamné à sa place en Pologne. Apparemment, pour un adulte, il fallait une autorisation du Ministère pour pouvoir se racheter une baguette – certificat de vol ou de casse à présenter à Ollivander. Miro commença à évoquer l’idée de retourner dans l’est pour acheter la sienne chez celui qui, selon lui, était le meilleur fabriquant de baguette, Gregorovitch, mais Jaga répondit sèchement qu’il n’en était pas question, que s’il avait une baguette il aurait une baguette bien anglaise"britishD'ailleur il ferait bien de le faire dans pas trop longtemps car Ollivander va bientôt se faire enlever... et qu’il était hors de question qu’il parte à l’aventure. Bougon, Miro quitta la table pour la cuisine et Jaga me fit un discret mais sec mouvement de la tête pour m’inciter à le suivre. Intimidé par le regard intense de ma grand-mère, je me dépêchai d’obtempérer et abandonnai Simon à elle sans oser le regarder. Mon grand-père faisait la vaisselle avec des gestes brusques et peu précis, ce qui me fit dire que, bien qu’il soit sans magie depuis des années, il ne s’était toujours pas habitué à la tâche. Ca fait un peu snob dit comme ça ...Il me jeta un regard à la dérobée avant de le plonger de nouveau dans l’eau savonneuse.

-Désolé, je ne veux pas entrer dans la tête des gens. Mais ton ami pense très fort, il va vraiment falloir qu’il se contrôle. D'ailleur il y a quelque chose qui m'étonne : JKR dit que ceux qui se cache leur nature (enfin elle le dit pas comme ça mai l'idée est là) sont les meilleurs Occulment. description qui ressemble quand même pas mal à Simon... Après, c'est juste une remarque comme ça... Toujours est-il que j’ai pu entendre deux trois choses … Sale histoire. Pas trop mal à la tête ?
-Un peu, avouai-je en me frottant un point entre mes sourcils particulièrement douloureux depuis quelques minutes. Je te demanderais bien de l’aspirine, mais je pense que ça ne marche pas sur les sorciers …
-Non et c’est une atrocité. Alors quand j’ai mal à la tête, je vais m’allonger.

Je me trémoussai, mal à l’aise. Je n’avais pas songé à tous les aspects techniques de la vie de Miro que pouvait entrainer sa cessation de la magie. La physionomie des sorciers était différente de celle des moldus : leurs médecines étaient inefficaces pour nous et nous ne contractions pas les mêmes maladies. Pendant des années, Miro n’avait pas eu accès à ses propres médecines et j’admettais que cela avait dû être douloureux qu’attendre que les maladies passent sans rien pouvoir y faire. Je me hissai sur le plan de travail et laissai mes jambes pendre dans le vide. J'avais pas pensé à ça... Mais du coup pour les enfants né-moldu, ça doit être invivable...

-Ecoute … Je suis désolée d’avoir … réagi violemment, la dernière fois. C’est juste … c’était douloureux à entendre.

Miro garda un instant le silence, avant de vider l’évier et de se sécher les mains, sans m’adresser le moindre regard. Sa crinière argentée avait été coupée depuis la dernière fois : elle était plus soignée, réduisant quelque peu sa ressemblance avec l’ours. J'ai remarqué beaucoup de comparaison entre l'ours et Miro, il ne serait pas un animagus ours non déclaré ??? :lol:

-C’était douloureux à recracher aussi, perelko. En un sens, j’ai un peu fait la même chose que Simon pendant des années. J’ai enfoui, enfoui, enfoui … jusqu’à me persuader que ce n’était pas lé vérité. C'est trop triste tous ces gens torturés par leur passé...
-Je suis désolée. Je ne dis pas d’ailleurs que c’est digéré, ça … ça me reste en travers de la gorge, l’idée que tu m’aies caché ça et que tu m’aies obligé à me cacher aussi.

Miro pivota à moitié vers moi, un sourcil dressé avec une certaine suspicion.

-Et pas pour Agata ?

Ma bouche se tordit, indécise. Bien sûr, Agata restait comme un poignard plongé à blanc plongé dans mes entrailles. Parce qu’il l’avait tué. Parce qu’à cause de ça, j’avais failli mourir également de la baguette de Kamila. Mais Agata, ce n’était pas la volonté de Miro. Agata, c’était le fil inéluctable du destin qui s’était tissé par la guerre, les choix des uns et des autres et qui avait mené à ce duel à la mort. Ce n’était pas de la malveillance, c’était de la survie. Et plus j’avais réfléchi à ce que j’aurais fait à la place de Miro, plus j’avais senti mes résistances fondre.
J’ignorai totalement si j’étais capable de jeter un tel sort pour sauvegarder ma vie. Mais celle des autres … Mes doutes avaient vacillé. Je n’aurais pas été Miro, mais je me sentais capable d’être Agata, cette femme prête à tuer l’homme en face d’elle pour la survie de sa famille. Et comme je ne voulais réellement savoir si j’en étais capable, capable de déchirer mon âme, capable du pire de la magie, j’avais préféré arrêter là ma réflexion et … passer sur Agata. Et pourtant, c'est la guerre qui se profile dehors ma grande, j'ai bien peur que tu ne doives un jour découvrir cette partie ou tu devra te battre pour ta survie
Je ne voulais pas découvrir ça. C’était une partie de moi que je préférais ne jamais effleurer.

-Tu as jeté le sort, mais tu y as été poussé, finis-je par admettre, la bouche sèche. C’est moins un choix que la guerre.

Un sourire amer s’étala sur les lèvres de Miro, et rangea tranquillement le torchon avec un rire sinistre.

-C’est gentil de vouloir me dédouaner, perelko, mais on sait tous les deux que c’est faux. J’aurais pu ne pas jeter ce sort, mais je l’ai fait. (Ses doigts se serrèrent sur les bords de l’évier). Je ne suis même pas sûr d’être capable de faire de la magie, Victoria. Ça fait tellement longtemps … et après le meurtre d’Agata, ma baguette n’avait plus confiance en moi. Mes sorts étaient imprécis, sans puissance …
-Tu es quelqu’un d’autre, maintenant. Tu auras une autre baguette, avec un autre but. Dumbledore nous a souvent dit que l’amour était le vecteur le plus puissant, le plus beau, le plus efficace de magie alors … peut-être que ça va te stabiliser. De faire ça … par amour. Dumby a toujours raison *dit ça en hochant la tête d'un air sage*

Miro me contempla longuement, le regard brillant de ce qui me semblait être l’espoir et une lueur plus inquiétante, l’avidité. La magie avait hâte d’à nouveau sortir et le guerrier de se précipiter dans la mêlé.

-Je suis désolé aussi, perelko. Peut-être que si tu avais su que j’étais un sorcier, les choses auraient été différentes … J’aurais pu te former et ce qui t’ait arrivé durant ta première année … ne serait pas arriver.
-J’avais les Bones pour me former, ne t’en fais pas. Je pense que quoiqu’il arrive, l’univers a décidé que j’aurais des ennuis avec la famille Selwyn.Manque plus qu'Enobaria et on a la fratrie au complet Mais … je ne peux pas me cacher éternellement derrière les Bones. Ils … ils ont déjà trop sacrifié.
-Et moi je peux, c’est ça ?Question culpabilisante

La phrase me figea, mais je me détendis en remarquant que mon grand-père souriait, un éclat tendre et féroce dans le regard. Il incarnait tant l’amour et la sécurité que j’eus envie de céder à Perelko et me précipiter sur lui pour m’enfouir dans ses bras, qu’il m’assure que tout irait bien, mais les mensonges et Agata m’en empêchèrent. Miro se trémoussai d’un pied à l’autre, visiblement victime de la même hésitation que moi. Comme si Agata avait érigé un mur infranchissable mais dont la transparence nous permettait de nous comprendre. Superbe métaphore !

-Evidemment que je serais capable de le faire, souffla Miro. Vous êtes toute ma vie … Je ne peux pas laisser un jeune blanc-bec la détruire.
-Reprendre une baguette ne t’autorise pas à tuer le jeune blanc-bec en question, prévins-je, prise d’un doute soudain. Je connais un peu Amelia Bones : si elle sent que tu es dangereux, elle ne t’autorisera pas à en reprendre une. Et je doute que Jaga soit d’accord.
-Je n’en avais pas l’intention, répliqua Miro d’une voix qui avait soudainement gagné en dureté. Je ne t’en fais pas, Victoria. Cette fois, je ferais les choses bien. Mais je pense également que tu as une vision beaucoup trop optimiste de la guerre, ma chérie. C’est noir, la guerre. C’est là où tu découvres soit le meilleur de toi … soit le pire. Souvent le pire. Prépare-toi à cela. Moi je n’y étais pas préparé et j’ai été brisé. Be strong Vic, et soit là pour Simon comme il sera là pour toi

Les mots tombèrent comme une pierre dans mon estomac et je hochai la tête avec raideur. Mes réflexions sur Agata me l’avait appris et c’était bien pour cela que j’avais décidé de ne plus y songer, de peur de me perdre. Nous nous contemplâmes encore un moment en silence, entre reconnaissance et non-dits, jusqu’à ce que Miro grimace et ne se retourne pour fouiller les armoires.

-Il faut vraiment faire quelque chose pour le petit, qu’il apprenne à canaliser ses pensées, maugréa-t-il avec un regard dédaigneux pour la fenêtre. Sérieusement, on ne vous apprend rien dans votre école ?
-Actuellement, non. Notre professeur de Défense contre les Forces du Mal est une bureaucrate qui n’est là que pour faire appliquer les décisions du Ministère et refuse qu’on fasse de la magie.

Miro se redressa brusquement, stupéfait et ce faisant il se cogna violemment la tête contre une porte de placard laissée béante. Au moins Vic n'a pas ce problème làLa scène m’arracha un petit rire qui s’étouffa dans ma gorge quand il darda sur moi un regard mauvais de ces prunelles si claires et dérangeantes.

-Pas de magie ? En cours ?! Ba non, tu devrais rencontrer Ombrage...
-C’est absurde, mais c’est comme ça. Apparemment, Fudge ne veut pas qu’on soit formé aux sortilèges offensifs sous la houlette de Dumbledore, mais même maintenant que Dumbledore est parti, je doute que ça change.
-Mais qu’est-ce que c’est que cette école, écuma Miro, proprement choqué. Et qu’est-ce que c’est que ce ministre ! Il attend quoi, pour agir, une catastrophe ?

A dire vrai, la catastrophe était déjà arrivée sous la forme de l’évasion d’une dizaine de Mangemort, songeai-je amèrement. Pourtant, et malgré le retournement d’opinion d’une partie de la population, selon Rose, Fudge continuait d’être aveugle. Au contraire, plus il sentait la situation lui échappait, plus ses mains s’accrochaient à ses illusions et à son fauteuil de Ministre. Miro continua de jurer en anglais et en polonais tout en ouvrant les placards avant d’en ressortir une boite de chocolat semblable à celle qu’il avait englouti avec ton thé. J’eus un sourire incertain.

-Je n’aime pas les chocolats à la liqueur, mais c’est gentil.
-Il en a aussi à la praline et au lait. Et ne me fais pas croire que tu es capable de résister à du chocolat, Perelko. Sa plus grande faiblesse (et la mienne aussi mais chut)

Le pétillement dans les yeux de mon grand-père acheva de faire fondre mes résistances et je me laissai tomber à terre pour prendre la boite, émue par l’attention. Ce n’était rien, mais c’était également toute notre identité, toute notre relation.

-Tu partageras avec le gamin, ça lui fera du bien. Et surtout, dis-lui de contrôler ses pensées. Il ne doit pas être très bon en sortilège informulé, non ?

Simon était bon en tout, faillis-je protester avant de refermer la bouche. J’avais le souvenir d’un duel l’année dernière pendant le cours de Maugrey où j’avais réussi à le désarmer parce qu’il n’avait pas tenu et prononcé sa formule. Quand il était au calme, il y arrivait sans problème, mais mis sous pression, ses faiblesses le rattrapaient. Miro tapota mon épaule d’un air entendu et j’eus l’impression de recevoir une décharge électrique.

-C’est bien ce que je pensais. Mais c’est comme tout, ça se travaille. Travaille aussi, Perelko, ne reste pas démunie. D’accord ?

Lentement, j’acquiesçai, incapable d’émettre le moindre mot. De toute manière, je n’aurais su que dire. Merci ? Pardon ? Ne m’appelle plus Perelko ? Tout ce travail autour de pereklo, ça me fait un petit pincement au coeur à chaque foisAlors je me contentais d’un sourire qui n’en n’était pas un et, pressant la boite de chocolat contre moi, je sortis de la cuisine, sous le regard déchiré de mon grand-père. Les tasses de thé avaient été abandonnées sur la table et la baie vitrée qui menait à la plage était grande ouverte. Pourtant, Jaga était dans le salon, ses lunettes chaussées sur son nez osseux et son roman à la main. Elle leva sur moi un regard neutre.

-Tu t’en vas ?
-Je pense … où est Simon ?
-Parti dehors, il t’attend. Tu vas revenir nous voir ?

Il y avait une teinte d’avertissement dans la voix de ma grand-mère. Ne me lance pas ce genre de bombe pour m’abandonner derrière, ma fille, semblait crier son attitude. Et comme elle avait entièrement raison et qu’il était hors de question que j’abandonne ma grand-mère à son sort, je me penchais vers elle et m’embrassai doucement sur la joue.

-Je te le promets, murmurai-je en me redressant. A plus tard.

Les épaules de Jaga s’affaissèrent et elle m’adressa un faible sourire avant que je ne passe la baie-vitrée pour rejoindre Simon, la poitrine compressée. Il s’était planté sur la plage, le regard sur la mer, laissant le vent lui ébouriffer les cheveux à n’en plus finir. Il m’entendit arriver et, sans même me regarder, commença à se mettre en marche, si vivement que je dus courir pour le rattraper. C’était absolument détestable qu’il ait à présent de plus grandes jambes que les miennes et le mal de tête qui s’accroissait rendait ma course lente et molle. Je profitai du fait qu’il ralentisse pour ouvrir la boite de chocolat, espérant gagner avec le sucre un peu d’énergie qui atténuera le point de pression qui s’était formé entre mes sourcils.

-Merci d’être venu, c’est sympa, entonnai-je d’un ton badin, pour libérer ma gorge comprimée par l’émotion. Un chocolat ?

Sa mâchoire se contracta et je ramenais la boite vers moi en comprenant qu’il n’en voudrait pas. J’ignorais le peu qu’ils avaient pu se dire avec ma grand-mère, mais visiblement ça n’avait pas été de son goût car il shoota dans une bouteille vide qui avait le malheur de trainer sur la plage pour asséner d’une voix tendue :

-Alex habite loin ?
-Euh, on devra transplaner, évaluai-je en piochant dans la boite un chocolat que j’examinai d’un œil critique. Il habite en ville, lui …

Je croquais dans l’ovale du chocolat et un goût amer et âpre dans ma bouche. Immédiatement, je recrachai le contenu sur le sol et Simon fut un bond pour m’éviter.

-Chocolat à la liqueur, m’étranglai-je en avalant ma salive pour faire passer le goût. Bon sang, c’est immonde …
-La vie est un peu juste, au moins, railla Simon avec un rictus féroce.

Je le fusillai du regard, la boite de chocolat ouverte à la main et toujours cette sensation désagréable dans la bouche. Si ça n’avait pas été un cadeau de mon grand-père et que le reste des friandises n’avait pas été mangeable, ladite boite aurait fini assénée sur la tête blonde de Simon. Si la vie était réellement comme une boite de chocolat, j’estimais avoir déjà assez englouti de chocolat à la liqueur pour qu’on se réjouisse que j’en tombe encore sur un autre. On continue sur la boite de chocolat...

-Pardon ?

Les lèvres de Simon se tordirent et il laissa son regard vagabonder vers les flots qui s’écrasaient avec toujours plus de violence sur la plage.

-Arrête, Vicky. Je suis presque certain que tu as fait exprès de me laisser seul avec ta grand-mère et ça, c’était vraiment un coup bas. Et je ne parle pas de ton grand-père et de sa légilimencie … Tu espérais apprendre quelque chose, c’est ça ? Sim, Vic n'est pas comme ça !

Définitivement, il avait de la chance qu’il y ait du chocolat praliné dans cette boite. :lol: Alors je me contentais d’y crisper un peu plus les doigts devant sa mine fermée et son ton cynique. Pour échapper à la tentation de gâcher le chocolat et de l’assommer avec la boite, je repris ma marche d’un pas énervé.

-C’est vrai que j’aurais proposé qu’il tente d’entrer dans ma tête plutôt qu’il se concentre sur toi pour avoir de plus amples informations …
-Vicky …
-Quoi ? m’exaspérai-je en faisant volte-face. Oui, ça m’arrangeait que tu parles avec ma grand-mère, je veux bien l’admettre, parce qu’elle est sans doute la personne dans mon entourage qui a une expérience qui se rapproche le plus de la tienne. Je ne sais pas ce qu’elle a bien pu te dire, mais tu ferais bien de l’écouter, elle est la personne la plus forte que je connaisse ! Mais ne viens pas me dire que j’ai utilisé mon grand-père pour te piéger ou quoi, sinon je t’écrase cette boite sur la tête ! Et sache que ça te fera moins mal que ce qu’il s’est passé dans la mienne !

Simon leva les yeux au ciel mais je fus satisfaite de voir ses épaules s’affaisser et son visage se détendre. Je perçus un vague mouvement au niveau des poches de sa veste dans lesquels il avait fourré ses mains et compris qu’ils se les tordaient.

-D’accord, souffla-t-il, penaud. C’était … prévenant de ta part et je me doute que ça ne devait pas être agréable … Juste … il est entré … ? C'est bien de s'excuser
-Il n’a pas réussi.

Je ne sus que penser de l’étonnement qui brilla fugacement dans les yeux de Simon. Sans doute avait-il songé qu’à force de pousser, mes résistances auraient été brisé par l’intrusion de Miro. Un sourire sarcastique retroussa mes lèvres.

-Et tu ferais bien de m’imiter, visiblement.

La bouche de Simon frémit, vaguement amusée avant de se plisser en une mince ligne soucieuse. Il baissa de nouveau le regard sur le sable et son pied y dessina des motifs indistincts, mais le pli entre les sourcils trahissait sa concentration.

-Elle ne m’a pas dit grand-chose, finit-il par avouer en achevant son dessin d’un trait. Elle m’a juste parlé … de ce qu’il s’est passé pour elle après les camps, qu’elle … (sa voix se brisa et il dût tousser pour achever : ) que si ton grand-père ne l’avait pas retrouvé, elle se serait sans doute jeter d’un pont alors qu’elle était enceinte. Je pensais que c’était pour me faire comprendre à quel point Miro était son pilier, à quel point elle ne voulait pas s’engager dans la guerre … Mais …

Adoucie par le désarroi dans la voix de Simon et l’intensité de son regard qui fixait toujours son dessin comme s’il contemplait autre chose, je m’approchai doucement de lui et posai une main sur son bras. Le contact le fit tressaillir et il poursuivit, les paupières closes.

-Elle a dit qu’elle avait songé après tout ce qu’elle avait vécu que sa vie avait bien peu de valeur. Que peu importait, que tout était vain … qu’on fait elle n’était … qu’ombres et poussières … La vie de Jaga est vraiment triste
-Elle a volé mon expression. C'est normal, c'est le titre de la série et la grande Perripuce fait exprès de vous le faire répéter !!!!

La plaisanterie arracha un léger sourire aux lèvres de Simon et il rouvrit les yeux sur le sable et les sillons creusés sur son pied. Je baissai le regard pour lire le dessin, assez simpliste et géométrique, mais Simon le fixait comme s’il pouvait lui faire prendre vie. L’or du sable se reflétait dans ses prunelles vertes alors qu’un film de larme lui couvrait la cornée.

-Vicky, tu as dit que je valais mieux que de l’ombre et de la poussière mais … je n’en sais rien …
-Hey. (Je raffermis fermement ma prise sur son bras, si bien que je le vis grimacer). Arrête de dire ça, évidemment que tu vaux mieux que ça. Ta vie ne tourne pas autour d’un drame qui s’est joué alors que tu n’étais qu’un gosse … Tu as réussi à être quelqu’un toutes ses années …
-Parce que j’avais oublié … Maintenant tout revient et … Je n’en sais rien … C’est comme si une partie vide de moi se remplissait avec de la douleur et de la colère … et le seul moyen que j’ai trouvé pour la calmer c’est … Vient faire un câlin Simon

Il préféra ne pas poursuivre, le timbre broyé et leva le visage vers le ciel – pour atteindre sa famille perdue ou pour refouler les larmes, je n’aurais su le dire. Mais mon cœur saigna quand je compris ce qu’il y avait au bout de cette phrase. La vengeance. Je voulus presser un peu plus son bras de mon autre main, mais je me rappelais qu’elle tenait toujours la boite de chocolat que je contemplai d’un œil vide. Je la secouai pour entendre ce son empli de gourmandise et d’espoir, de cette boite encore pleine de surprise, agréable ou douloureuse et un léger sourire fleuri sur mes lèvres malgré la détresse de Simon à côté de moi.

-Tu peux remplir cette partie vide autrement, soufflai-je alors en pressant son bras avec douceur, avant d’agiter de nouveau la boite. « La vie, c’est comme une boite de chocolat : on ne sait jamais sur quoi on va tomber ». Tu as sans doute mangé un peu trop de chocolat à la liqueur, je te l’accorde … (Simon essuya un rire désabusé). Mais … ça veut dire qu’il reste encore plein de bons chocolats à prendre dans ta boite. Des bonnes choses pour remplir la partie vide de toi, pour lui donner un sens … Pour faire de toi quelqu’un de mieux que de l’ombre et de la poussière. Mais pour ça, il faut que tu arrêtes de sonder le vide et regarder les parties pleines de toi. Elles sont ton identité, ce que tu es. Et elles sont réelles. Aussi réelles que tu es le fils d’Edgar et Cassiopée Bones. Tes parents étaient forts, Simon. Et au lieu de puiser dans la douleur, dans l’ombre et la poussière, c’est leur force que tu dois puiser. C'est beau cette tirade

Je laissai ma main glisser le long de son bras pour se nicher dans la sienne et serrer ses doigts, comme pour ancrer physiquement le message. Une unique larme avait roulé sur la joue de Simon et il ne chercha pas à l’essuyer, ni à me la cacher. Après un long moment de silence, je sentis sa main s’aventurer dans mon dos et enlacer timidement ma taille. Je le laissai m’attirer à lui et nicher son nez dans mon cou, son souffle saccadé se répandant dans mes cheveux et réchauffant ma peau, apaisant les frissons que le vent provoquait. Je nouai mes mains à l’arrière de son dos, sur la boite de chocolat qui m’avait été si utile, debout malgré les bourrasques qui tentaient de nous faire vaciller. Et malgré moi, malgré la poitrine de Simon qui se soulevait toujours à un rythme irrégulier et son cœur qui battait sourdement contre le mien, un sourire absurde s’étira sur les lèvres.
Au fond de moi, j’avais toujours su que le chocolat était une réponse universelle.Evidement
Charmimnachirachiva

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Charmimnachirachiva »

Bon Perri, il me reste mes trois phrase de conclusion que j'ai pas pu mettre à cause de trop de caractère !
Un super chapitre, très touchant et j'ai hâte d'avoir la suite. Après mures réfélxion j'en suis venue à la triste conclusion que au moins soit Jaga soit Miro mourrait pendant la guerre (voire les deux) mais je veuuuuux paaaaaaaas
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Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

BONJOUR

Je poste aujourd'hui parce qu'il se trouve que le chapitre est coupable en deux partie presque égales. C'est le dernier dans ce cas, les autres je reprendrais le rythme habituel d'un samedi sur deux.

Bon, je n'ai pas grand-chose à dire aujourd'hui alors ... BONNE LECTURE


Chapitre 24 (1/2) : La famille cachée.

-Alors tu l’as dit à mamy, mais pas à moi ?

Mon père soupira face à mon ton accusateur et se retrancha derrière la porte du frigo ouvert pour ne pas à avoir à affronter mon regard impérieux. Mais malheureusement pour lui et malgré la lenteur calculée pour extraire le lait, j’étais toujours debout devant lui lorsqu’il la referma.

-Je n’en ai pas explicitement parlé à ta grand-mère, précisa-t-il avec lassitude. Je … lui ai juste demandé comment on se reconstruisait après avoir perdu sa famille. Avec les précisions que je lui ai données, elle a dû deviner. Après tout, elle a connu les parents de George quand elle vivait à Terre-en-Landes alors …
-Très bien. Mais pourquoi moi je ne savais pas ?

J’avais certain scrupule à agresser Simon sur ce point qui continuait de me blesser. Mais je balayais tout cela avec mon père, cet homme à qui je ressemblais tant et qui m’avait caché, au même titre que Simon, cette vérité essentielle. Mon père préféra attendre pour répondre, versant du lait dans son thé, comme hypnotisé par sa blancheur qui opacifiait la transparence impure du thé.

-C’est assez compliqué, comme histoire, souffla mon père en reposant la bouteille. J’ai connu Edgar et Cassiopée, je discutais assez souvent avec eux, des gens charmants, disponibles … jamais je n’aurais pu soupçonner qu’ils soient des sorciers jusqu’à ce que George et Rose viennent nous voir pour toi. Quand la rumeur s’est répandu que toute la famille était morte dans une fuite de gaz, j’ai tout de suite accouru chez eux … C’est là que j’ai rencontré George et Rose … et que j’ai vu qu’en réalité, Simon était en vie. Il s’accrochait à elle, tu aurais vu ça …

Il but une gorgée de son thé, les yeux dans le vague. Si j’avais eu envie d’hurler à plein poumon quand sa seule réaction lorsque j’étais venue le confronter avait été « ah, il t’a en enfin parlé », j’avais à présent de la peine pour lui, cet homme au grand cœur et qui avait dû être affecté par la tragédie avant même d’en saisir tous les aspects. Il secoua la tête, les lèvres pincées.

-Chérie, cette histoire n’était pas à moi. J’ai très peu parlé à George et Rose, je n’avais pas les mêmes rapports avec qu’eux qu’avec Edgar et Cassiopée et j’ai très vite deviné que de toute manière … Simon préférait oublier. Ce n’était pas à moi de décider s’il devait se souvenir ou non.
-Alors … Tu connaissais bien ses parents ?

Les traits de mon père se détendirent quand il entendit que mon ton s’était radouci et il m’adressa un sourire empreint de nostalgie et de tristesse.

-Bien, je ne sais pas. Je n’irais pas jusque dire qu’ils étaient mes amis mais … c’étaient des personnes que j’appréciais. Jamais je n’aurais pu deviner qu’ils étaient des sorciers, avant que Rose et George viennent me voir pour toi … Surtout Cassie, enfin … Elle venait souvent à l’église, en dehors des heures de messes. Elle n’était pas croyante mais … elle trouvait l’endroit apaisant, parfait pour une introspection, pour se rappeler quel était sa place dans l’univers …

J’eus un sourire entendu en me souvenant qu’Alexandre avait précisé que Cassiopée venait souvent discuter sur Dieu avec notre père. Sans doute le concept devait-il être étrange pour une sorcière dont l’unique croyance dans ce monde était celle en la force de la magie. Peut-être que c’était ce vide spirituel qui poussait certains sorciers à faire le mal … Mon père contempla le fond de sa tasse d’un œil vide.

-J’ai fini par comprendre ce qui les avait tués, murmura-t-il en un souffle. Que ce n’était pas le gaz, que c’était quelque chose qui me dépassait. Et quand je suis allé voir George pour avoir de vos nouvelles et qu’il m’a appris pour l’évasion … (Il pressa son pouce et son index sur ses paupières). Bon sang, je n’ai jamais pensé qu’une prière pouvait être inutile, mais s’il y a dans ton monde des forces capables de tuer des enfants innocents, alors je ne vois pas ce que Dieu peut faire contre ça.

J’eus l’impression qu’une main glaciale se refermer sur mon cœur et affoler mon rythme cardiaque. Dans ton monde ….

-Papa, mon monde, comme tu le dis, n’est pas maléfique. Il n’y a pas besoin d’être sorcier pour tuer des enfants innocents, l’histoire de mamy nous apprend que les Allemands faisaient ça très bien.
-Je sais, Victoria, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, assura mon père d’une voix douce. Dieu nous a laissé le libre arbitre qui est à la fois son cadeau le plus précieux et le plus dangereux et c’est grâce à ce libre arbitre que l’homme est capable du meilleur comme du pire. Et ne te trompe pas : si Dieu veille sur nous, il veille sur ton monde également, c’est quelque chose que j’ai mis longtemps à assimiler … Mais je l’ai toujours considéré comme un Dieu universel et vous faites parti de notre universalité. Seulement je me demande quels pouvoirs peut bien posséder Dieu contre la magie. C’est assez … déstabilisant.

Il se détourna de moi pour poser sa tasse dans l’évier, un pli au coin de ses lèvres qui marquait sa perplexité face à cette question théologique. J’avouai ne m’être jamais interroger sur cet aspect-là des croyances chrétiennes. Confrontée à la magie, j’avais simplement cessé de croire en Dieu mais la réponse pour mon père ne pouvait pas être son absence pure et simple. Il m’adressa un pauvre sourire.

-Mais bon, je vais chercher. Je pense que je vais essayer de relire les vieilles thèses théologiques de l’époque où la magie semblait palpable et réelle pour les hommes d’église, peut-être qu’ils m’aideront …
-La réponse n’était pas souvent : « la magie vient du diable » ?

Mon père parut mortifié par ma pique mais j’adoucis son humeur avec un sourire que j’espérais angélique.

-Tu ne devais pas aller travailler chez les Bones ? contrattaqua mon père, sans doute pour m’éloigner moi et mes propos impies.
-Très bien, d’accord … Mais si tu trouves ta réponse, tiens-moi au courant. Ça m’intéresse de savoir qu’on n’est pas des créatures du diables.


Je l’embrassai sur la joue et se faisant réussir à capter le sourire qui frémissait sur ses lèvres. J’emportais tous mes grimoires et parchemins étalés sur la table de la salle manger – ce que je pouvais faire maintenant que ma mère ne grognait plus à chaque évocation de la magie – dans un sac et lui fis signe avant de claquer la porte. Le mois d’avril était clément dans le Gloucestershire : le soleil brillait entre deux nuages qu’une légère brise ramenant avec elle les effluves du printemps poussaient. Un temps parfait pour voler, songeai-je en poussant mon vélo devant moi. Mais rouler, ce n’était pas plus mal. Mon cœur se serra lorsque je vis arriver la belle maison victorienne des Bones au détour d’un virage. En un flash, la photo qui s’étalait en Une de la Gazette se superposa à elle, y imprimant la sinistre Marque des Ténèbres au-dessus de son toit. J’avouai y entrer avec un certain malaise depuis que je savais quels drames s’étaient déroulés dans cette maison, mais chaque fois, l’adorable sourire de Rose suffisait à faire fondre la boule d’appréhension.

-Victoria ! Tu ne devais pas être chez Miles, aujourd’hui ?

Je me maudis une fois de plus d’avoir laissé échapper l’information face au regard pétillant de Rose. George et elle m’avait proposé de venir déjeuner avec mes parents le week-end, ce à quoi j’avais répondu qu’un « ami » m’avait déjà invité. Information qu’il m’avait valu le long regard entendu de Rose et qui à la manière d’une mère ne m’avait pas lâché jusqu’à ce que je crache le morceau. Je passai une main gênée dans mes boucles.

-On a décalé, apparemment sa mère n’était pas disponible … Du coup j’y vais mercredi.

Les yeux de Rose étincelèrent. Je m’en voulais qu’elle en sache plus que ma mère concernant ma vie amoureuse mais je connaissais trop bien mes parents pour laisser échapper la moindre miette d’information : l’idée d’un gendre sorcier leur serait déjà difficile mais en plus je doutais fortement qu’ils acceptent que je passe le week-end – et donc une nuit – chez lui.

-Simon et Susan ne sont pas là, ils sont partis au Chemin de Traverse avec George, m’apprit Rose en s’effaçant enfin pour que je puisse rentrer. Ils doivent rentrer dans une heure, mais tu peux évidemment rester, ma chérie.
-C’est gentil … Vous ne travaillez pas ?

Rose repoussa ses cheveux châtains en arrière en un geste élégant. C’était vraiment une belle femme avec son visage en forme de cœur, son nez retroussé et de pétillants yeux bleus. Mais comment n’avais-je jamais pu voir que Simon n’avait rien d’elle ? Mon regard se porta ostensiblement sur le portrait d’Edgar, juste derrière Rose. Indéniablement, Simon avait hérité de ses yeux et de son nez, ainsi que sa stature plus modeste que celle d’Amelia et George. Rose fronça les sourcils devant mon regard vide et pivota vivement pour observer ce qui m’absorbait tant. Ses traits se figèrent.

-Oh … (Elle leva des yeux désolés vers moi). Susan m’a dit que Simon t’avait enfin dit la vérité … Tu veux en parler ?

J’hésitai quelques secondes avant de hocher la tête avec lenteur. Oui, j’avais besoin d’en parler, et d’en parler avec quelqu’un qui avait des précisions et qui serait disposée à m’en faire part. Susan ne savait somme toute que peu de chose et Simon … La moindre information ne lui était arrachée qu’avec la plus grande des douleurs. Rose posa une main douce sur mon bras avant de passer de me conduire dans leur bibliothèque, au premier étage de la tour ronde de leur maison. La famille Bones avait accumulé avec les siècles des centaines de livres, moldus comme sorcier et j’avais pu trouver sur les étagères une magnifique édition de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo – l’un des rares français qui ait mon respect. Rose s’installa sur un sofa installé près de la fenêtre un instant plus tard avec deux volumes qui semblaient être des albums et m’invita à m’assoir avec elle.

-Je pense que ça t’aidera de voir les images, expliqua-t-elle avec un sourire. Beaucoup de photo ont été détruites cette nuit-là, mais j’ai réussi à en récupérer certaines et avec celle que j’avais déjà … Tiens, regarde !

Elle avait ouvert le premier album qui contenait des photos dans une pièce aseptisée, avec une Cassiopée aux traits tirés qui tenait dans ses bras un nouveau-né. En haut de la page une étiquette avait été glissée : « Matthew ». Rose tourna lentement les pages et je pus le voir grandir, ses cheveux pousser et devenir roux, son nez s’allonger à la manière des Bones … Parfois il souriait face à nous d’un air déjà sarcastique qui ne faisait qu’accentuer sa ressemblance avec Simon. Puis ce fut le retour dans la chambre aseptisée pour la naissance de Spencer, bien plus chétif que son aîné et qui tenait davantage de Cassiopée avec ses traits délicats et ses cheveux blonds. Il bougeait moins que Matthew sur les photos et paraissait même les éviter par timidité. Il était difficile d’apercevoir ce que Simon m’avait décrit sur le pont : l’enfant maîtrisait déjà sa magie à six ans. Sur beaucoup d’image, je reconnaissais la maison, aménagée de manière différente et habitée d’autres personnes, d’une autre âme. Puis mon souffle se bloqua dans ma gorge. Le nom de Simon venait d’apparaitre, surplombant une photo où Cassiopée le serrait tendrement contre son sein, un sourire ému aux lèvres. Pas une seule fois elle ne tourna les yeux vers nous : elle contemplait son enfant, effleurant son front lisse et son nez du bout du doigt avec des gestes si délicats que sa peau semblait faite de porcelaine. Ses lèvres remuaient doucement et je compris inexplicablement qu’elle chantait. J’attirai un peu plus l’album à moi, fascinée et touchée par l’image. La lumière entrait en abondance par l’arrière, illuminant les visages tout en y jetant des ombres qui les floutaient et les rendaient anonymes. Ça donnait au tableau une ambiance de sainteté. C’était comme contempler une Vierge à l’enfant.
C’était la première preuve tangible des origines de Simon. Et ça me brisait le cœur.

-Cassie disait qu’elle pleurerait si c’était encore un garçon, souffla Rose en pressant mon bras avec douceur. Elle a pleuré, certes mais … de bonheur plus qu’autre chose.
-Elle a dû déchanter après.

Mais ma pique était noyée par l’émotion contenue dans ma voix, la rendant rauque et éraillée. La pression de Rose s’accentua sur mon bras et elle changea de page pour me permettre de voir Simon grandir dans un cadre totalement différent de celui dans lequel je l’avais connu. Je l’avais toujours connu comme étant un enfant qui somme toute avait été mon miroir masculin : frêle, presque chétif avec des problèmes manifestes de croissance. Mais l’enfant qui grandissait devant mes yeux n’était pas celui dont j’avais le souvenir : il était en bonne santé avec les rondeurs qui caractérisaient la petite enfance et une taille acceptable pour son âge. Avec une impression glacée au creux du ventre, je songeai que c’était le drame qui avait affecté sa croissance. De temps à autre, j’apercevais des visages connus dans des fonctions totalement différentes de celles que je leur connaissais. Amelia Bones, bien sûr, les cheveux encore roux et le visage moins sévère, et bien évidemment George et Rose, plus jeunes, plus heureux et plus absent. Rose tapota une photo de famille où Simon était entouré de ses frères et ses parents. Ce n’était pas la première que je croisais, mais ce fut la première où je discernais réellement le garçon que je connaissais à présent, dans son sourire malicieux et un nez qui commençait à s’allonger. Mais les différences étaient également grandes. Je n’avais jamais vu un air aussi épanoui sur son visage, cette détente totale de ses traits qui le faisait paraître moins sévère, moins lutin, simplement … heureux. Il soufflait une bougie plantée sur un gâteau et repoussai le visage de Matthew qui semblait vouloir le faire à sa place. Mes entrailles se nouèrent quand je vis le chiffre. L’impression se confirma lorsque je tournais la page sur le vide et les cases sombres d’une vie fauchée. Les trois ans de Simon avaient été leurs derniers instants de bonheur.

-C’est la dernière image qu’on a d’eux, conclut Rose en refermant l’album. Parfois, je me rassure en me disant qu’ils ont fini leur vie sur une bonne note …
-Je trouve ça … incroyables qu’ils se soient impliqués dans la résistance tous les deux alors qu’ils avaient trois enfants …

Les lèvres de Rose se plissèrent en une moue et elle caressa l’album de ses doigts.

-C’est justement pour eux qu’ils le faisaient. Pour Edgar, c’était impensable de laisser l’ombre de Voldemort s’étendre et de condamner ses fils à vivre dans une guerre permanente … un monde sans espoir. Et Cassie n’était pas moins déterminée et en un sens, c’était celle qui se mettait le plus en danger car contrairement à Edgar, elle était sur le terrain. C’était une Auror très doué. D’ailleurs, George te dira le contraire, mais je ne pense pas que ce soit ça qui les ait tués. Ce sont les plans du Ministère. Millicent Bagnold voulait faire de lui le chef du Département de la Justice : elle trouvait Croupton trop dur, trop absolutiste, et que ça ne faisait que provoquer une escalade dans la violence de la guerre. D’autant plus que Tu-Sais-Qui utilisait les agissements des Aurors de Croupton pour justifier ses propres violences et décrédibiliser le Ministère. Alors ça ne l’arrangeait pas qu’on le remplace par Edgar, surtout qu’il connaissait ses liens avec Dumbledore, sans savoir réellement s’il était vraiment actif. Alors autant ne pas prendre de risque et … frapper un grand coup. Edgar était très aimé au Ministère, quelqu’un de très efficace et de très influent dans le Mangenmagot, un véritable pilier. Il s’est imposé très jeune, et il s’est très vite rendu indispensable … Ça a sérieusement ébranlé le Ministère … C’était le premier haut-fonctionnaire tué par une attaque.

Elle ferma les yeux un instant, les paupières tressaillant face aux images qui lui revenaient en tête. Je la laissai reprendre ses esprits, moi-même troublée par son récit et encore ébranlée par toute cette vie inconnue de Simon qui m’était apparue de façon si brusque, si réelle.

-C’est moi qui l’aie trouvé, tu sais, m’apprit-t-elle avec un pauvre sourire. Simon. Je travaillais tard au Ministère cette nuit-là et les Aurors sont passés devant mon bureau, Maugrey à leur tête – c’est lui qui a formé Cassie … Alors je les ai suivis et lorsqu’ils ont été certain que les Mangemorts étaient partis, ils m’ont laissé entrer.

Ses lèvres se tordirent et ses yeux se portèrent presque instinctivement vers l’escalier, le premier endroit que l’on voyait depuis la porte. Là où avait été retrouvé le corps de Matthew Bones.

-J’étais avec Maugrey dans sa chambre … on a entendu un bruit et il a ouvert le placard à la volée, baguette à la main … Bon sang, comme si cet enfant n’avait pas été assez effrayé, il fallu qu’il se retrouve devant un Maugrey survolté … Je l’ai sorti de là, et il s’est accroché à moi … J’ai l’impression qu’il ne m’a jamais lâché, en un sens.

Sa main se perdit sur sa poitrine, au niveau de son cœur qui avait dû exploser lorsqu’elle avait aperçu cet enfant apeuré, mais vivant. Avec horreur, je me rendis compte que pour arriver à la vie et à l’espoir, elle était passée dans un véritable purgatoire. Quelle douleur ça avait dû être pour elle de découvrir le corps de Spencer dépassant à moitié de son lit … Soucieuse de détourner son attention de ces déchirants souvenirs et effacer les larmes dans les yeux bleus de Rose, je pris l’autre album sur mes genoux et déployai les souvenirs qu’elle recelait. Un petit rire la secoua lorsque je découvris avec surprise des images de Poudlard.

-Celles-ci sont plus centrées sur leurs études, m’expliqua-t-elle alors que je l’interrogeais du regard. Et il doit y en avoir de leur mariage sur la fin aussi …
-Ils ont été préfets-en-chefs tous les deux ? m’étonnai-je en remarquant l’insigne épinglé sur leur poitrine.

La photo que je contemplais avait été prise devant le Lac Noir qui scintillait sous la dernière lumière du jour. Edgar, imberbe et souriant, enlaçait sans complexe une Cassiopée qui tentait de le repousser à force d’éclat de rire. L’album fut moins éprouvant que le précédant, moins cruel car je me retrouvais face à quelque chose de plus connus et à la fois inconnu : la jeunesse d’un couple dans les parcs de Poudlard. Je fus étonnée de la rapidité à laquelle l’album passait de l’école à leur mariage, une cérémonie visiblement fastueuse si j’en jugeais par la foule sur les photos et par la somptueuse robe de Cassiopée. Je tiquai face à un portrait qui réunissait visiblement les deux familles de l’heureux couple. George était présent du haut de sa douzaine d’année, si imberbe et si chevelu que je ne faillis pas le reconnaître. Amelia l’était également, ainsi que leurs parents. Diamétralement opposée de l’autre côté des mariés s’étalait ce qui semblait être la famille de Cassiopée. De son père, aucune trace, mais l’élégante femme brune derrière elle devait être sa mère. Elles avaient la même finesse de trait, les mêmes lèvres fines, le même port altier. La femme tenait par l’épaule une jeune fille délicate d’une main recourbée telle une serre, mais c’était d’avantage l’homme qui se tenait à l’extrême de la photo, encadrée d’une petite femme effacée et d’un garçon qui ne cessait de lui jeter des regards fréquents qui attira mon regard. Je pointai l’homme du doigt, muette de stupeur et Rose eut un sourire entendu.

-Et oui. C’est Barty Croupton.
-Mais … Qu’est-ce qu’il … ?
-C’était le frère aîné de Cassiopée.

C’était tout bonnement impensable. Je me mis à dévisager l’homme sur l’image, son air sévère accentué par sa moustache sombre si nette qu’elle semblait avoir été faite à la règle et la raie stricte qui coupait ses cheveux. Il était impossible de ne pas reconnaître celui que j’avais croisé au Tournoi des Trois Sorciers, les cheveux gris et son visage bien plus marqué. Il partageait avec sa mère la chevelure brune et la mine solennelle mais n’avait rien de sa finesse. Je me tournai vers Rose, estomaquée.

-Mais Simon sait ça ?! Il savait l’année dernière quand … ?
-Non, me coupa Rose en levant une main. Non, Simon n’a jamais rien vouloir savoir de sa famille maternelle … J’ai eu assez peur, l’année dernière, d’autant plus que Simon était l’héritier de la fortune des Croupton et qu’à ce titre, Barty pensait devoir avoir un droit de regard sur son éducation. C’est en grande partie pour ça que j’ai quitté son service pour celui d’Amelia : dans les semaines qui ont suivies la fin de la guerre, il venait sans cesse me harceler concernant Simon. Non, il n’a appris que cet été, quand on a su la mort de Barty et qu’un huissier est venu nous présenter le testament après sa majorité.

C’était donc cela que Susan avait perçu … la famille restante de Cassiopée avait été Barty Croupton … Je tentai de me souvenir du comportement du fonctionnaire, de regards qu’il aurait pu avoir pour Simon pendant ces séjours à Poudlard mais rien de probant me revint. Sans doute Dumbledore avait-il veillé à ce qu’il ne trouble pas la quiétude de son neveu. Mon regard tomba sur la photo et je fronçai les sourcils. Quelque chose clochait quand j’étudiais les Croupton. Je montrai l’enfant derrière lequel se tenait Barthy Croupton, qui dans sa blondeur et ses tâches de rousseurs m’évoquait quelque peu Simon.

-Mais il a un fils, alors … pourquoi est-ce que Simon a hérité ?

Rose eut un sourire amer.

-Le fils s’est fait Mangemort. Enfin, on n’est pas sûr, ajouta-t-elle précipitamment quand j’ouvrais de grands yeux éberlués. C’est une histoire très étrange, très trouble … Barthy ne s’est jamais vraiment occupé de Barty Junior, et j’avoue que je n’avais aucun contact avec la famille, Cassie a cessé de parler à son frère après la mort de leur mère …

Rose pinça les lèvres avec une certaine désapprobation.

-Toujours est-il qu’on ne connaissait pas ce gamin. Après la chute de Tu-Sais-Qui, il s’est fait prendre avec un groupe de Mangemort dont tu as dû entendre les noms, ils se sont échappés en même temps que Jugson … Bellatrix, Rabastan et Rodolphus Lestrange. Ils… Ils ont torturé jusqu’à la folie un couple d’Auror, ça a été un drame … Et le petit Barty a été pris avec eux. Est-ce qu’il était vraiment Mangemort ou est-ce qu’il était simplement au mauvais endroit au mauvais moment, je n’en sais absolument rien. Je n’ai pas été procureure de ce procès-là, Alice Londubat était l’une de mes amies à Poudlard … J’ai exhorté Croupton à faire de même, un père ne devrait jamais avoir à juger son fils mais … Visiblement, certains liens sont plus distendus que d’autre. Non seulement il a présidé le procès, mais en plus il l’a envoyé à Azkaban, livré tout droit aux Détraqueurs. Le gamin est mort un an plus tard, enterré dans le cimetière de la prison …

Je déglutis pour faire passer la boule qui m’enserrai la gorge. Pour éloigner mon esprit de cette sordide histoire, je poursuivis mon étude de la photo. J’effleurai du regard la jeune fille délicate qui bougeait à peine sur l’image. Elle ressemblait à Cassiopée avec ses traits fins et son regard fumé, mais contrairement à sa sœur aînée elle était une vraie beauté, avec des pommettes hautes et une opulente chevelure noire comme celle de sa mère.

-Et elle… ?
-Lysandra ? précisa Rose d’un ton prudent. Elle s’est mariée à un Sang-Pur américain et est partie vivre avec lui aux Etats-Unis après la mort de Cassie. Sans doute pour oublier …
-Hé bien, quelle famille …

Rose s’esclaffa doucement et referma l’album pour le poser au-dessus du premier.

-Oui, c’était une époque assez atroce. Et voilà comment l’arbre généalogique Croupton a été déblayé. Du côté mâle, il ne restait plus que Simon ... Je te jure que si cette crapule de Barty avait pu me l’arracher pour réussir avec lui tout ce qu’il avait raté avec son fils, il l’aurait fait.

Le visage de Barty Croupton Junior me revint en mémoire et je fus de nouveau frappée par sa ressemblance fortuite avec Simon. Avec un certain malaise, je me rendis compte qu’il aurait pu vivre mille différentes, des vies qui l’auraient sans doute façonné de façon totalement différente … des vies dans lesquels je n’aurais pas existé pour lui. L’idée me gêna assez pour affoler mon rythme cardiaque et je croisai mes bras sur les entrailles qui venait de se tordre. Rose parut percevoir mon trouble car elle posa une main douce sur mon genou et me sourit avec une telle douceur maternelle qu’une chaleur bienfaisante se répandit dans ma poitrine.

-Je suis heureuse que tu sois au courant, c’était étrange de te voir ignorer tout cela … je pensais … Que Simon t’en parlerais, après la mort de Cédric. Que ça ferait remonter des choses et qu’ils n’auraient plus d’autre choix que de t’en parler mais … Visiblement, il n’était pas prêt.
-Je ne suis pas sûre qu’il le soit encore, avouai-je avec un certain malaise. Il … il ne m’a même rien dit, c’est moi qui aie fouillé dans les journaux et depuis le jour où je l’ai confronté il refuse d’en parler, comme si … ça ne changeait rien.

Les doigts de Rose se crispèrent sur mon genou, accentuant mon malaise. Je voyais dans ses yeux tous les espoirs qu’elle portait sur moi, tout le bien que j’étais capable d’apporter à celui qui était devenu son fils, mais j’ignorais si j’en étais digne. Si eux, l’homme et la femme qui l’avaient l’élevé, les personnes que Simon aimait le plus au monde n’avait pas réussi à lui faire accepter la réalité, j’ignorais si j’étais capable de le faire. Les larmes qu’ils s’était refusés à faire couler sur la plage me revinrent et ma poitrine s’étreignit davantage.

-Il a un vide en lui, explicitai-je en un souffle. Et il est complétement plongé dedans … il n’arrive pas à sortir du gouffre, j’ai l’impression. Et l’ambiance à l’école, ça n’aide pas …
-Vous n’êtes pas à l’école, ici, rappela Rose avec douceur. Peut-être qu’il y a quelque chose à faire pour l’intéresser à autre chose … Je ne sais pas, faire une soirée avec vos amis, des après-midis dans les campagnes … Un retour aux sources.

Je pinçai des lèvres. Bien sûr, c’était des choses que j’avais envisagé mais elles avaient été rendues compliquée par l’absence d’une partie de la bande de Terre-en-Landes, partie soit en vacances pour certains, soit restés dans leurs universités respectives pour l’autre, et par le sérieux de Simon concernant nos révisions des ASPICs – et pire que tout, les BUSEs de Susan. J’en fis part à Rose qui poussa un soupir de dépit.

-Oh, je vous jure nous, les Poufsouffles, râla-t-elle, m’arrachant un sourire. Bosseurs jusque dans l’absurde … C’est vrai que Susie ne semble pas sereine pour les examens, mais lui s’en sortira très bien, il a largement de quoi entrer au Ministère …

Je m’efforçai de rester impassible tout en me promettant d’aller tirer les oreilles de Simon. J’étais surprise qu’il ne leur ai pas fait part de son intention de ne surtout pas entrer au Ministère, mais je compris un instant plus tard quand Rose continua de babiller de façon plus joyeuse sur ce qu’elle avait prévu quand il y serait rentré, qu’Alastor Maugrey – le vrai, cette fois, pas l’imposteur que nous avions eu en professeur l’année dernière – s’était déjà trouvé ravi de donner des conseils au fils de son ancienne protégée et je compris que Simon devait avoir une pression monstre sur les épaules. Tous les Bones ou presque entraient au Ministère, très souvent – ou même exclusivement – au Département de la Justice Magique. Mêmes leurs compagnons, en témoignait les carrières de Rose et Cassiopée Bones. George et Rose ne devait pas envisager une autre voix pour le fils de celui qui avait failli présider la Justice Magique, un garçon qui dans ses capacités et ses valeurs avait parfaitement le potentiel pour s’y élever. Mais j’avais fini par le comprendre : Simon n’était pas un animal politique. Soit le Ministère le détruirait, soit c’était lui qui détruirait le Ministère et l’un comme l’autre n’était pas souhaitable. Je gardai mes réflexions pour moi : c’était à Simon d’en parler à ses parents. Je gérais déjà trop de chose dans sa vie et mon avenir était déjà bien assez flou pour que je m’occupe de celui de Simon.


Voilà, la suite arrivera la semaine prochaine ! en attendant, prenez soin de vous !
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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

AH, je m'attendais pas à avoir un chapitre aussi rapidement !!

Ouah, l'ascendance Croupton !! Je m'y attendais vraiment pas non plus !!

Franchement, je me demande ce que va devenir Simon ... Pour moi, vu son tempérament, ses capacités magiques et sa ressemblance avec Harry, j'étais persuadée qu'il allait finir Auror. Mais bon, vu la pression des parents et surtout, vu qu'il n'a aucune envie de travailler au Ministère j'ai peur pour la suite...
Personnellement je l'imagine bien après Poudlard rejoindre la Résistance et s'y consacrer à 100%, peut être fuguer, couper les ponts avec sa famille qui n'apprécie pas son choix (surtout si il est motivé uniquement par sa vengeance). Et peut être, si il survit à la guerre (arghhh j'en suis vraiment pas sure), peut être qu'après plein de péripéties et de soutien de sa famille, de Victoria ou des membres de l'Ordre (si il en fait partie) il se rendra compte que la vengeance c'est pas super et peut être qu'il finira par voir qu'il est tout à fait qualifié pour devenir un super Auror ! Ou prof à Poudlard si il veut vraiment pas le Ministère...

Sinon, c'est peut être juste mon impression, je trouve que Victoria s'inquiète beaucoup du fait que Simon ne "reconnait" pas ses parents biologiques, qu'il ne les appelle pas "papa et maman" etc ... Alors que personnellement je trouve pas ça gravissime, je veux dire ses parents sont Rose et George, c'est eux qui l'ont éduqué qui l'ont vu grandir ect... Donc je comprends que c'est pas évident pour lui de les appeler ces "parents" ... Moi la chose qui m'inquiète vraiment actuellement c'est son envie de tuer Jugson, ça va mal finir cette histoire ... On en parle pas assez ... Mais là si personne l'arrête ça va très mal finir...

J'ai l'impression que le destin de Simon sera soit celui de Jaga soit celui de Miro. Soit il passera sa vie à regretter ses actes passés, à être passé du côté "obscur" des forces du mal, soit il aurait réussi à se reconstruire tout seul, grâce à sa force mentale et à une personne qui l'aime qui va le soutenir (Victoria hum hum).
Evidemment, je sais que tu l'as fait exprès, en tout cas bravo Perri, ça se voit que ton histoire et tes personnages sont très bien construits et que tout est très bien réfléchi et calculé. Je trouve ça vachement bien comment tu développe l'influence que certains personnages ont sur d'autres personnages. C'est super intéressant.

Bref bravo à toi, merci pour ce chapitre et vivement la suite !
cochyo

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par cochyo »

Chapitre sympa !
Hâte que ça rebouge !
annabethfan

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Perripuce a écrit :BONJOUR

Je poste aujourd'hui parce qu'il se trouve que le chapitre est coupable en deux partie presque égales. C'est le dernier dans ce cas, les autres je reprendrais le rythme habituel d'un samedi sur deux.

Bon, je n'ai pas grand-chose à dire aujourd'hui alors ... BONNE LECTURE


Chapitre 24 (1/2) : La famille cachée.

-Alors tu l’as dit à mamy, mais pas à moi ?

Mon père soupira face à mon ton accusateur et se retrancha derrière la porte du frigo ouvert pour ne pas à avoir à affronter mon regard impérieux. Mais malheureusement pour lui et malgré la lenteur calculée pour extraire le lait, j’étais toujours debout devant lui lorsqu’il la referma.

-Je n’en ai pas explicitement parlé à ta grand-mère, précisa-t-il avec lassitude. Je … lui ai juste demandé comment on se reconstruisait après avoir perdu sa famille. Avec les précisions que je lui ai données, elle a dû deviner. Après tout, elle a connu les parents de George quand elle vivait à Terre-en-Landes alors …
-Très bien. Mais pourquoi moi je ne savais pas ?

J’avais certain scrupule à agresser Simon sur ce point qui continuait de me blesser. Mais je balayais tout cela avec mon père, cet homme à qui je ressemblais tant et qui m’avait caché, au même titre que Simon, cette vérité essentielle. C'est juste dingue que personne n'en ait jamais reparlé, faisait comme si...Mon père préféra attendre pour répondre, versant du lait dans son thé, comme hypnotisé par sa blancheur qui opacifiait la transparence impure du thé. Cette phrase est magnifique!

-C’est assez compliqué, comme histoire, souffla mon père en reposant la bouteille. J’ai connu Edgar et Cassiopée, je discutais assez souvent avec eux, des gens charmants, disponibles … jamais je n’aurais pu soupçonner qu’ils soient des sorciers jusqu’à ce que George et Rose viennent nous voir pour toi. Quand la rumeur s’est répandu que toute la famille était morte dans une fuite de gaz, j’ai tout de suite accouru chez eux … C’est là que j’ai rencontré George et Rose … et que j’ai vu qu’en réalité, Simon était en vie. Il s’accrochait à elle, tu aurais vu ça … Mon coeur se brise

Il but une gorgée de son thé, les yeux dans le vague. Si j’avais eu envie d’hurler à plein poumon quand sa seule réaction lorsque j’étais venue le confronter avait été « ah, il t’a en enfin parlé », j’avais à présent de la peine pour lui, cet homme au grand cœur et qui avait dû être affecté par la tragédie avant même d’en saisir tous les aspects. Il secoua la tête, les lèvres pincées.

-Chérie, cette histoire n’était pas à moi. J’ai très peu parlé à George et Rose, je n’avais pas les mêmes rapports avec qu’eux qu’avec Edgar et Cassiopée et j’ai très vite deviné que de toute manière … Simon préférait oublier. Ce n’était pas à moi de décider s’il devait se souvenir ou non.
-Alors … Tu connaissais bien ses parents ?

Les traits de mon père se détendirent quand il entendit que mon ton s’était radouci et il m’adressa un sourire empreint de nostalgie et de tristesse.

-Bien, je ne sais pas. Je n’irais pas jusque dire qu’ils étaient mes amis mais … c’étaient des personnes que j’appréciais. Jamais je n’aurais pu deviner qu’ils étaient des sorciers, avant que Rose et George viennent me voir pour toi … Surtout Cassie, enfin … Elle venait souvent à l’église, en dehors des heures de messes. Elle n’était pas croyante mais … elle trouvait l’endroit apaisant, parfait pour une introspection, pour se rappeler quel était sa place dans l’univers …

J’eus un sourire entendu en me souvenant qu’Alexandre avait précisé que Cassiopée venait souvent discuter sur Dieu avec notre père. Sans doute le concept devait-il être étrange pour une sorcière dont l’unique croyance dans ce monde était celle en la force de la magie. Peut-être que c’était ce vide spirituel qui poussait certains sorciers à faire le mal … Belle réfléxionMon père contempla le fond de sa tasse d’un œil vide.

-J’ai fini par comprendre ce qui les avait tués, murmura-t-il en un souffle. Que ce n’était pas le gaz, que c’était quelque chose qui me dépassait. Et quand je suis allé voir George pour avoir de vos nouvelles et qu’il m’a appris pour l’évasion … (Il pressa son pouce et son index sur ses paupières). Bon sang, je n’ai jamais pensé qu’une prière pouvait être inutile, mais s’il y a dans ton monde des forces capables de tuer des enfants innocents, alors je ne vois pas ce que Dieu peut faire contre ça.

J’eus l’impression qu’une main glaciale se refermer sur mon cœur et affoler mon rythme cardiaque. Dans ton monde ….

-Papa, mon monde, comme tu le dis, n’est pas maléfique. Il n’y a pas besoin d’être sorcier pour tuer des enfants innocents, l’histoire de mamy nous apprend que les Allemands faisaient ça très bien.
-Je sais, Victoria, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, assura mon père d’une voix douce. Dieu nous a laissé le libre arbitre qui est à la fois son cadeau le plus précieux et le plus dangereux et c’est grâce à ce libre arbitre que l’homme est capable du meilleur comme du pire. Et ne te trompe pas : si Dieu veille sur nous, il veille sur ton monde également, c’est quelque chose que j’ai mis longtemps à assimiler … Mais je l’ai toujours considéré comme un Dieu universel et vous faites parti de notre universalité. Seulement je me demande quels pouvoirs peut bien posséder Dieu contre la magie. C’est assez … déstabilisant. Je trouve tout ce dialoge poignant et intéressant. On ressent son incapacité à tout comprendre mais sa volonté de réfléchir aussi sur la question.

Il se détourna de moi pour poser sa tasse dans l’évier, un pli au coin de ses lèvres qui marquait sa perplexité face à cette question théologique. J’avouai ne m’être jamais interroger sur cet aspect-là des croyances chrétiennes. Confrontée à la magie, j’avais simplement cessé de croire en Dieu mais la réponse pour mon père ne pouvait pas être son absence pure et simple. Il m’adressa un pauvre sourire.

-Mais bon, je vais chercher. Je pense que je vais essayer de relire les vieilles thèses théologiques de l’époque où la magie semblait palpable et réelle pour les hommes d’église, peut-être qu’ils m’aideront …
-La réponse n’était pas souvent : « la magie vient du diable » ? Shut up it's magic

Mon père parut mortifié par ma pique mais j’adoucis son humeur avec un sourire que j’espérais angélique.

-Tu ne devais pas aller travailler chez les Bones ? contrattaqua mon père, sans doute pour m’éloigner moi et mes propos impies.
-Très bien, d’accord … Mais si tu trouves ta réponse, tiens-moi au courant. Ça m’intéresse de savoir qu’on n’est pas des créatures du diables.


Je l’embrassai sur la joue et se faisant réussir à capter le sourire qui frémissait sur ses lèvres. J’emportais tous mes grimoires et parchemins étalés sur la table de la salle manger – ce que je pouvais faire maintenant que ma mère ne grognait plus à chaque évocation de la magie – dans un sac et lui fis signe avant de claquer la porte. Le mois d’avril était clément dans le Gloucestershire : le soleil brillait entre deux nuages qu’une légère brise ramenant avec elle les effluves du printemps poussaient. Un temps parfait pour voler, songeai-je en poussant mon vélo devant moi. Mais rouler, ce n’était pas plus mal. Mon cœur se serra lorsque je vis arriver la belle maison victorienne des Bones au détour d’un virage. En un flash, la photo qui s’étalait en Une de la Gazette se superposa à elle, y imprimant la sinistre Marque des Ténèbres au-dessus de son toit. J’avouai y entrer avec un certain malaise depuis que je savais quels drames s’étaient déroulés dans cette maison, mais chaque fois, l’adorable sourire de Rose suffisait à faire fondre la boule d’appréhension.

-Victoria ! Tu ne devais pas être chez Miles, aujourd’hui ?

Je me maudis une fois de plus d’avoir laissé échapper l’information face au regard pétillant de Rose. George et elle m’avait proposé de venir déjeuner avec mes parents le week-end, ce à quoi j’avais répondu qu’un « ami » m’avait déjà invité. Information qu’il m’avait valu le long regard entendu de Rose et qui à la manière d’une mère ne m’avait pas lâché jusqu’à ce que je crache le morceau. Je passai une main gênée dans mes boucles. Je meurs :lol: :lol: :lol:

-On a décalé, apparemment sa mère n’était pas disponible … Du coup j’y vais mercredi.

Les yeux de Rose étincelèrent. Je m’en voulais qu’elle en sache plus que ma mère concernant ma vie amoureuse mais je connaissais trop bien mes parents pour laisser échapper la moindre miette d’information : l’idée d’un gendre sorcier leur serait déjà difficile mais en plus je doutais fortement qu’ils acceptent que je passe le week-end – et donc une nuit – chez lui.

-Simon et Susan ne sont pas là, ils sont partis au Chemin de Traverse avec George, m’apprit Rose en s’effaçant enfin pour que je puisse rentrer. Ils doivent rentrer dans une heure, mais tu peux évidemment rester, ma chérie.
-C’est gentil … Vous ne travaillez pas ?

Rose repoussa ses cheveux châtains en arrière en un geste élégant. C’était vraiment une belle femme avec son visage en forme de cœur, son nez retroussé et de pétillants yeux bleus. Mais comment n’avais-je jamais pu voir que Simon n’avait rien d’elle ? Mon regard se porta ostensiblement sur le portrait d’Edgar, juste derrière Rose. Indéniablement, Simon avait hérité de ses yeux et de son nez, ainsi que sa stature plus modeste que celle d’Amelia et George. Rose fronça les sourcils devant mon regard vide et pivota vivement pour observer ce qui m’absorbait tant. Ses traits se figèrent. Tous les portraits physiques et les liens entre la famille Bones sont fascinants je trouve !

-Oh … (Elle leva des yeux désolés vers moi). Susan m’a dit que Simon t’avait enfin dit la vérité … Tu veux en parler ?

J’hésitai quelques secondes avant de hocher la tête avec lenteur. Oui, j’avais besoin d’en parler, et d’en parler avec quelqu’un qui avait des précisions et qui serait disposée à m’en faire part. Susan ne savait somme toute que peu de chose et Simon … La moindre information ne lui était arrachée qu’avec la plus grande des douleurs. Rose posa une main douce sur mon bras avant de passer de me conduire dans leur bibliothèque, au premier étage de la tour ronde de leur maison. La famille Bones avait accumulé avec les siècles des centaines de livres, moldus comme sorcier et j’avais pu trouver sur les étagères une magnifique édition de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo – l’un des rares français qui ait mon respect. Clem, to the barricades ^^Rose s’installa sur un sofa installé près de la fenêtre un instant plus tard avec deux volumes qui semblaient être des albums et m’invita à m’assoir avec elle.

-Je pense que ça t’aidera de voir les images, expliqua-t-elle avec un sourire. Beaucoup de photo ont été détruites cette nuit-là, mais j’ai réussi à en récupérer certaines et avec celle que j’avais déjà … Tiens, regarde !

Elle avait ouvert le premier album qui contenait des photos dans une pièce aseptisée, avec une Cassiopée aux traits tirés qui tenait dans ses bras un nouveau-né. En haut de la page une étiquette avait été glissée : « Matthew ». Rose tourna lentement les pages et je pus le voir grandir, ses cheveux pousser et devenir roux, son nez s’allonger à la manière des Bones … Parfois il souriait face à nous d’un air déjà sarcastique qui ne faisait qu’accentuer sa ressemblance avec Simon. Puis ce fut le retour dans la chambre aseptisée pour la naissance de Spencer, bien plus chétif que son aîné et qui tenait davantage de Cassiopée avec ses traits délicats et ses cheveux blonds. Il bougeait moins que Matthew sur les photos et paraissait même les éviter par timidité. Il était difficile d’apercevoir ce que Simon m’avait décrit sur le pont : l’enfant maîtrisait déjà sa magie à six ans. Sur beaucoup d’image, je reconnaissais la maison, aménagée de manière différente et habitée d’autres personnes, d’une autre âme. Puis mon souffle se bloqua dans ma gorge. Le nom de Simon venait d’apparaitre, surplombant une photo où Cassiopée le serrait tendrement contre son sein, un sourire ému aux lèvres. Pas une seule fois elle ne tourna les yeux vers nous : elle contemplait son enfant, effleurant son front lisse et son nez du bout du doigt avec des gestes si délicats que sa peau semblait faite de porcelaine. Ses lèvres remuaient doucement et je compris inexplicablement qu’elle chantait. J’attirai un peu plus l’album à moi, fascinée et touchée par l’image. La lumière entrait en abondance par l’arrière, illuminant les visages tout en y jetant des ombres qui les floutaient et les rendaient anonymes. Ça donnait au tableau une ambiance de sainteté. C’était comme contempler une Vierge à l’enfant. Les frissons devant les photos mon dieu... Surtout la concentration de Cassie sur son bébé, l'image est si belle
C’était la première preuve tangible des origines de Simon. Et ça me brisait le cœur.

-Cassie disait qu’elle pleurerait si c’était encore un garçon, souffla Rose en pressant mon bras avec douceur. Elle a pleuré, certes mais … de bonheur plus qu’autre chose.
-Elle a dû déchanter après.

Mais ma pique était noyée par l’émotion contenue dans ma voix, la rendant rauque et éraillée. La pression de Rose s’accentua sur mon bras et elle changea de page pour me permettre de voir Simon grandir dans un cadre totalement différent de celui dans lequel je l’avais connu. Je l’avais toujours connu comme étant un enfant qui somme toute avait été mon miroir masculin : frêle, presque chétif avec des problèmes manifestes de croissance. Mais l’enfant qui grandissait devant mes yeux n’était pas celui dont j’avais le souvenir : il était en bonne santé avec les rondeurs qui caractérisaient la petite enfance et une taille acceptable pour son âge. Avec une impression glacée au creux du ventre, je songeai que c’était le drame qui avait affecté sa croissance. De temps à autre, j’apercevais des visages connus dans des fonctions totalement différentes de celles que je leur connaissais. Amelia Bones, bien sûr, les cheveux encore roux et le visage moins sévère, et bien évidemment George et Rose, plus jeunes, plus heureux et plus absent. Rose tapota une photo de famille où Simon était entouré de ses frères et ses parents. Ce n’était pas la première que je croisais, mais ce fut la première où je discernais réellement le garçon que je connaissais à présent, dans son sourire malicieux et un nez qui commençait à s’allonger. Mais les différences étaient également grandes. Je n’avais jamais vu un air aussi épanoui sur son visage, cette détente totale de ses traits qui le faisait paraître moins sévère, moins lutin, simplement … heureux. Il soufflait une bougie plantée sur un gâteau et repoussai le visage de Matthew qui semblait vouloir le faire à sa place.L'image est tellement mignonne... Mes entrailles se nouèrent quand je vis le chiffre. L’impression se confirma lorsque je tournais la page sur le vide et les cases sombres d’une vie fauchée. Les trois ans de Simon avaient été leurs derniers instants de bonheur. Tu veux m'achever ?

-C’est la dernière image qu’on a d’eux, conclut Rose en refermant l’album. Parfois, je me rassure en me disant qu’ils ont fini leur vie sur une bonne note …
-Je trouve ça … incroyables qu’ils se soient impliqués dans la résistance tous les deux alors qu’ils avaient trois enfants …

Les lèvres de Rose se plissèrent en une moue et elle caressa l’album de ses doigts.

-C’est justement pour eux qu’ils le faisaient. Pour Edgar, c’était impensable de laisser l’ombre de Voldemort s’étendre et de condamner ses fils à vivre dans une guerre permanente … un monde sans espoir. Et Cassie n’était pas moins déterminée et en un sens, c’était celle qui se mettait le plus en danger car contrairement à Edgar, elle était sur le terrain. C’était une Auror très doué. D’ailleurs, George te dira le contraire, mais je ne pense pas que ce soit ça qui les ait tués. Ce sont les plans du Ministère. Millicent Bagnold voulait faire de lui le chef du Département de la Justice : elle trouvait Croupton trop dur, trop absolutiste, et que ça ne faisait que provoquer une escalade dans la violence de la guerre. D’autant plus que Tu-Sais-Qui utilisait les agissements des Aurors de Croupton pour justifier ses propres violences et décrédibiliser le Ministère. Alors ça ne l’arrangeait pas qu’on le remplace par Edgar, surtout qu’il connaissait ses liens avec Dumbledore, sans savoir réellement s’il était vraiment actif. Alors autant ne pas prendre de risque et … frapper un grand coup. Edgar était très aimé au Ministère, quelqu’un de très efficace et de très influent dans le Mangenmagot, un véritable pilier. Il s’est imposé très jeune, et il s’est très vite rendu indispensable … Ça a sérieusement ébranlé le Ministère … C’était le premier haut-fonctionnaire tué par une attaque.

Elle ferma les yeux un instant, les paupières tressaillant face aux images qui lui revenaient en tête. Je la laissai reprendre ses esprits, moi-même troublée par son récit et encore ébranlée par toute cette vie inconnue de Simon qui m’était apparue de façon si brusque, si réelle.

-C’est moi qui l’aie trouvé, tu sais, m’apprit-t-elle avec un pauvre sourire. Simon. Je travaillais tard au Ministère cette nuit-là et les Aurors sont passés devant mon bureau, Maugrey à leur tête – c’est lui qui a formé Cassie … Maugrey c'est tellement une légende. Alors je les ai suivis et lorsqu’ils ont été certain que les Mangemorts étaient partis, ils m’ont laissé entrer.

Ses lèvres se tordirent et ses yeux se portèrent presque instinctivement vers l’escalier, le premier endroit que l’on voyait depuis la porte. Là où avait été retrouvé le corps de Matthew Bones.

-J’étais avec Maugrey dans sa chambre … on a entendu un bruit et il a ouvert le placard à la volée, baguette à la main … Bon sang, comme si cet enfant n’avait pas été assez effrayé, il fallu qu’il se retrouve devant un Maugrey survolté … Je l’ai sorti de là, et il s’est accroché à moi … J’ai l’impression qu’il ne m’a jamais lâché, en un sens. Je te jure toutes ces images, j'ai la gorge nouée

Sa main se perdit sur sa poitrine, au niveau de son cœur qui avait dû exploser lorsqu’elle avait aperçu cet enfant apeuré, mais vivant. Avec horreur, je me rendis compte que pour arriver à la vie et à l’espoir, elle était passée dans un véritable purgatoire. Quelle douleur ça avait dû être pour elle de découvrir le corps de Spencer dépassant à moitié de son lit … Soucieuse de détourner son attention de ces déchirants souvenirs et effacer les larmes dans les yeux bleus de Rose, je pris l’autre album sur mes genoux et déployai les souvenirs qu’elle recelait. Un petit rire la secoua lorsque je découvris avec surprise des images de Poudlard.

-Celles-ci sont plus centrées sur leurs études, m’expliqua-t-elle alors que je l’interrogeais du regard. Et il doit y en avoir de leur mariage sur la fin aussi …
-Ils ont été préfets-en-chefs tous les deux ? m’étonnai-je en remarquant l’insigne épinglé sur leur poitrine.

La photo que je contemplais avait été prise devant le Lac Noir qui scintillait sous la dernière lumière du jour. Edgar, imberbe et souriant, enlaçait sans complexe une Cassiopée qui tentait de le repousser à force d’éclat de rire. L’album fut moins éprouvant que le précédant, moins cruel car je me retrouvais face à quelque chose de plus connus et à la fois inconnu : la jeunesse d’un couple dans les parcs de Poudlard. Je fus étonnée de la rapidité à laquelle l’album passait de l’école à leur mariage, une cérémonie visiblement fastueuse si j’en jugeais par la foule sur les photos et par la somptueuse robe de Cassiopée. Je tiquai face à un portrait qui réunissait visiblement les deux familles de l’heureux couple. George était présent du haut de sa douzaine d’année, si imberbe et si chevelu que je ne faillis pas le reconnaître. Amelia l’était également, ainsi que leurs parents. Diamétralement opposée de l’autre côté des mariés s’étalait ce qui semblait être la famille de Cassiopée. De son père, aucune trace, mais l’élégante femme brune derrière elle devait être sa mère. Elles avaient la même finesse de trait, les mêmes lèvres fines, le même port altier. Caractéristiques des Black tout çaLa femme tenait par l’épaule une jeune fille délicate d’une main recourbée telle une serre, mais c’était d’avantage l’homme qui se tenait à l’extrême de la photo, encadrée d’une petite femme effacée et d’un garçon qui ne cessait de lui jeter des regards fréquents qui attira mon regard. Je pointai l’homme du doigt, muette de stupeur et Rose eut un sourire entendu.

-Et oui. C’est Barty Croupton.
-Mais … Qu’est-ce qu’il … ?
-C’était le frère aîné de Cassiopée.

C’était tout bonnement impensable. Heureusement que j'ai l'arbre généalogique en tête :lol: Je me mis à dévisager l’homme sur l’image, son air sévère accentué par sa moustache sombre si nette qu’elle semblait avoir été faite à la règle et la raie stricte qui coupait ses cheveux. Il était impossible de ne pas reconnaître celui que j’avais croisé au Tournoi des Trois Sorciers, les cheveux gris et son visage bien plus marqué. Il partageait avec sa mère la chevelure brune et la mine solennelle mais n’avait rien de sa finesse. Je me tournai vers Rose, estomaquée.

-Mais Simon sait ça ?! Il savait l’année dernière quand … ?
-Non, me coupa Rose en levant une main. Non, Simon n’a jamais rien vouloir savoir de sa famille maternelle … J’ai eu assez peur, l’année dernière, d’autant plus que Simon était l’héritier de la fortune des Croupton et qu’à ce titre, Barty pensait devoir avoir un droit de regard sur son éducation. C’est en grande partie pour ça que j’ai quitté son service pour celui d’Amelia : dans les semaines qui ont suivies la fin de la guerre, il venait sans cesse me harceler concernant Simon. Non, il n’a appris que cet été, quand on a su la mort de Barty et qu’un huissier est venu nous présenter le testament après sa majorité.

C’était donc cela que Susan avait perçu … la famille restante de Cassiopée avait été Barty Croupton … Je tentai de me souvenir du comportement du fonctionnaire, de regards qu’il aurait pu avoir pour Simon pendant ces séjours à Poudlard mais rien de probant me revint. Sans doute Dumbledore avait-il veillé à ce qu’il ne trouble pas la quiétude de son neveu. Mon regard tomba sur la photo et je fronçai les sourcils. Quelque chose clochait quand j’étudiais les Croupton. Je montrai l’enfant derrière lequel se tenait Barthy Croupton, qui dans sa blondeur et ses tâches de rousseurs m’évoquait quelque peu Simon.

-Mais il a un fils, alors … pourquoi est-ce que Simon a hérité ?

Rose eut un sourire amer.

-Le fils s’est fait Mangemort. Enfin, on n’est pas sûr, ajouta-t-elle précipitamment quand j’ouvrais de grands yeux éberlués. C’est une histoire très étrange, très trouble … Barthy ne s’est jamais vraiment occupé de Barty Junior, et j’avoue que je n’avais aucun contact avec la famille, Cassie a cessé de parler à son frère après la mort de leur mère …

Rose pinça les lèvres avec une certaine désapprobation.

-Toujours est-il qu’on ne connaissait pas ce gamin. Après la chute de Tu-Sais-Qui, il s’est fait prendre avec un groupe de Mangemort dont tu as dû entendre les noms, ils se sont échappés en même temps que Jugson … Bellatrix, Rabastan et Rodolphus Lestrange. Ils… Ils ont torturé jusqu’à la folie un couple d’Auror, ça a été un drame … Et le petit Barty a été pris avec eux. La façon dont toutes les histoires se recoupent, j'ai beau être au courant ça e fascine!!Est-ce qu’il était vraiment Mangemort ou est-ce qu’il était simplement au mauvais endroit au mauvais moment, je n’en sais absolument rien. Je n’ai pas été procureure de ce procès-là, Alice Londubat était l’une de mes amies à Poudlard … J’ai exhorté Croupton à faire de même, un père ne devrait jamais avoir à juger son fils mais … Visiblement, certains liens sont plus distendus que d’autre. Non seulement il a présidé le procès, mais en plus il l’a envoyé à Azkaban, livré tout droit aux Détraqueurs. Le gamin est mort un an plus tard, enterré dans le cimetière de la prison …

Je déglutis pour faire passer la boule qui m’enserrai la gorge. Pour éloigner mon esprit de cette sordide histoire, je poursuivis mon étude de la photo. J’effleurai du regard la jeune fille délicate qui bougeait à peine sur l’image. Elle ressemblait à Cassiopée avec ses traits fins et son regard fumé, mais contrairement à sa sœur aînée elle était une vraie beauté, avec des pommettes hautes et une opulente chevelure noire comme celle de sa mère.

-Et elle… ?
-Lysandra ? précisa Rose d’un ton prudent. Elle s’est mariée à un Sang-Pur américain et est partie vivre avec lui aux Etats-Unis après la mort de Cassie. Sans doute pour oublier … Je souris toute seule.
-Hé bien, quelle famille …

Rose s’esclaffa doucement et referma l’album pour le poser au-dessus du premier.

-Oui, c’était une époque assez atroce. Et voilà comment l’arbre généalogique Croupton a été déblayé. Du côté mâle, il ne restait plus que Simon ... Je te jure que si cette crapule de Barty avait pu me l’arracher pour réussir avec lui tout ce qu’il avait raté avec son fils, il l’aurait fait.

Le visage de Barty Croupton Junior me revint en mémoire et je fus de nouveau frappée par sa ressemblance fortuite avec Simon. Avec un certain malaise, je me rendis compte qu’il aurait pu vivre mille différentes, des vies qui l’auraient sans doute façonné de façon totalement différente … des vies dans lesquels je n’aurais pas existé pour lui. L’idée me gêna assez pour affoler mon rythme cardiaque et je croisai mes bras sur les entrailles qui venait de se tordre. Le fait qu'elle s'en soucie... 8-) Rose parut percevoir mon trouble car elle posa une main douce sur mon genou et me sourit avec une telle douceur maternelle qu’une chaleur bienfaisante se répandit dans ma poitrine.

-Je suis heureuse que tu sois au courant, c’était étrange de te voir ignorer tout cela … je pensais … Que Simon t’en parlerais, après la mort de Cédric. Que ça ferait remonter des choses et qu’ils n’auraient plus d’autre choix que de t’en parler mais … Visiblement, il n’était pas prêt.
-Je ne suis pas sûre qu’il le soit encore, avouai-je avec un certain malaise. Il … il ne m’a même rien dit, c’est moi qui aie fouillé dans les journaux et depuis le jour où je l’ai confronté il refuse d’en parler, comme si … ça ne changeait rien.

Les doigts de Rose se crispèrent sur mon genou, accentuant mon malaise. Je voyais dans ses yeux tous les espoirs qu’elle portait sur moi, tout le bien que j’étais capable d’apporter à celui qui était devenu son fils, mais j’ignorais si j’en étais digne. Si eux, l’homme et la femme qui l’avaient l’élevé, les personnes que Simon aimait le plus au monde n’avait pas réussi à lui faire accepter la réalité, j’ignorais si j’étais capable de le faire. Les larmes qu’ils s’était refusés à faire couler sur la plage me revinrent et ma poitrine s’étreignit davantage.

-Il a un vide en lui, explicitai-je en un souffle. Et il est complétement plongé dedans … il n’arrive pas à sortir du gouffre, j’ai l’impression. Et l’ambiance à l’école, ça n’aide pas …
-Vous n’êtes pas à l’école, ici, rappela Rose avec douceur. Peut-être qu’il y a quelque chose à faire pour l’intéresser à autre chose … Je ne sais pas, faire une soirée avec vos amis, des après-midis dans les campagnes … Un retour aux sources. Plus de scènes ensemble à deux, alleeez

Je pinçai des lèvres. Bien sûr, c’était des choses que j’avais envisagé mais elles avaient été rendues compliquée par l’absence d’une partie de la bande de Terre-en-Landes, partie soit en vacances pour certains, soit restés dans leurs universités respectives pour l’autre, et par le sérieux de Simon concernant nos révisions des ASPICs – et pire que tout, les BUSEs de Susan. J’en fis part à Rose qui poussa un soupir de dépit.

-Oh, je vous jure nous, les Poufsouffles, râla-t-elle, m’arrachant un sourire. Bosseurs jusque dans l’absurde … C’est vrai que Susie ne semble pas sereine pour les examens, mais lui s’en sortira très bien, il a largement de quoi entrer au Ministère …

Je m’efforçai de rester impassible tout en me promettant d’aller tirer les oreilles de Simon. J’étais surprise qu’il ne leur ai pas fait part de son intention de ne surtout pas entrer au Ministère, mais je compris un instant plus tard quand Rose continua de babiller de façon plus joyeuse sur ce qu’elle avait prévu quand il y serait rentré, qu’Alastor Maugrey – le vrai, cette fois, pas l’imposteur que nous avions eu en professeur l’année dernière – s’était déjà trouvé ravi de donner des conseils au fils de son ancienne protégée et je compris que Simon devait avoir une pression monstre sur les épaules. Tous les Bones ou presque entraient au Ministère, très souvent – ou même exclusivement – au Département de la Justice Magique. Mêmes leurs compagnons, en témoignait les carrières de Rose et Cassiopée Bones. George et Rose ne devait pas envisager une autre voix pour le fils de celui qui avait failli présider la Justice Magique, un garçon qui dans ses capacités et ses valeurs avait parfaitement le potentiel pour s’y élever. Mais j’avais fini par le comprendre : Simon n’était pas un animal politique. Soit le Ministère le détruirait, soit c’était lui qui détruirait le Ministère et l’un comme l’autre n’était pas souhaitable.Ouhh cette phrase, tellement belle Je gardai mes réflexions pour moi : c’était à Simon d’en parler à ses parents. Je gérais déjà trop de chose dans sa vie et mon avenir était déjà bien assez flou pour que je m’occupe de celui de Simon.


Voilà, la suite arrivera la semaine prochaine ! en attendant, prenez soin de vous !
Et pour dire un mot de l'avant dernier chapitre : j'ai adoré les retrouvailles avec Miro!! Surtout quand il approche les pensées de Simon !
Perripuce

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Ombres et Poussières II 24 2 [Harry Potter]

Message par Perripuce »

COUCOU TOUT LE MONDE
Bon désolée je poste en coup de vent, pas grand-chose à dire (OUI LE MANQUE DE SPORT SE FAIT SENTIR), alors j'espère que vous allez tous bien, que vos proches vont bien, et tout cela !
Bonne lecture <3
(Bon la prochaine fois on se revoit dans deux semaines, j'arrête de faire n'imps avec mes postes).


Chapitre 24 (2/2) : La famille cachée.

-Les Tornades ? Mais c’est impressionnant !

Je fusillai du regard la petite Cora, qui m’adressa un sourire adorable teinté de contrition. Son père, Oliver Bletchley, supervisait joyeusement la marmite de bœuf qui frémissait sur la gazinière tout en me parlant, sous l’œil scrupuleux de Miles. C’était un homme bedonnant aux épais cheveux bruns filés de gris et au sourire doux, quoique qu’empreint d’une certaine incertitude constante. Comme je l’avais anticipé, je n’eus aucun mal à m’entendre avec lui : il était calme, avenant, et n’avait visiblement aucun grief contre les nés-moldus puisqu’il me questionnait régulièrement sur notre mode de vie. Il semblait en revanche totalement soumis à sa femme, Selena Bletchley, une grande femme qui avait légué à Miles et à Felicity son beau visage et son teint mat, mais qui me mettait nettement plus mal à l’aise. C’était elle qui m’avait ouvert la porte lorsque je m’étais présentée, les entrailles nouées et accompagnée d’Isabel McDougal, devant la petite maison mitoyenne dans la banlieue de Manchester et son regard s’était baissé de chaque côté de son nez droit, l’air d’évaluer si la petite fille chétive que j’étais serait capable de porter ses petits-enfants. Mais je n’avais pas eu à souffrir plus de sa présence, puisqu’elle s’était éclipsée dans sa chambre immédiatement après, non sans avoir demander – ou plutôt ordonner – à son mari de préparer le dîner. Avant que je ne puisse songer que la mère de Miles était peut-être le principal problème de cette maison, son père s’était chargé de me mettre à l’aise avec une conversation bienveillante et badine. Mais c’était avant que, alors que la discussion s’orientait vers le Quidditch, Cora ne lâche, avant d’écraser sa bouche de ses deux paumes, qu’un essai m’attendait chez les Tornades.

-Tu dois être douée, les Tornades sont premiers du championnat depuis deux ou trois ans ! poursuivit Mr. Bletchley, visiblement impressionné. A quel poste tu joues ?
-Je suis gardienne. Mais ce n’est qu’un essai, je ne suis même pas encore sûre que je le passerais, en plus …
-Pourquoi ? s’étonna Isabel, perplexe. Tu es une super gardienne, je suis sûre que tu pourrais réussir …
-Et les Tornades sont vraiment une opportunité en or ! enchérit Cora en hochant vivement la tête avec ferveur. J’ai toujours rêvé d’aller voir un match d’eux, de ce que j’entends à la radio ça a l’air tellement fou ! Comme ça tu m’auras des places !

J’eus un sourire crispé à son encontre mais son père m’appuya en ensorcelant une cuillère de bois pour qu’elle frappe le crâne de sa benjamine qu’il accompagna d’un regard d’avertissement. Cora se frotta la tête, l’air ennuyé.

-Mais quoi ?
-Laisse-la tranquille, sinon elle va s’en aller, intervint Felicity en levant les yeux au ciel en un geste somptueusement dédaigneux. Victoria n’a peut-être pas envie de travailler dans le Quidditch …
-Mais qui refuserait d’aller chez les Tornades ?
-Cora !

La réprimande venait à la fois de Felicity et de Miles et la jeune fille se rembrunit en croisant boudeusement les bras sur sa poitrine. Isabel échangea avec moi un regard gêné. Elle aussi dormait chez les Bletchley, visiblement après une longue et harassante dispute entre Cora et sa mère, qui ne voulait pas la charge d’un autre enfant, mais elle n’avait rien à craindre d’Isabel. La jeune fille s’était d’ailleurs attiré la sympathie de Mr. Bletchley en mettant la table sans qu’on lui demande et en l’aidant pour la préparation du repas pendant que Miles et moi révisions dans le salon. J’entrepris d’ailleurs de ranger mes affaires tout en observant l’environnement. Miles avait été gêné en me la faisant visiter, gêne qui s’était caractérisé par une phrase significative « ça doit te paraitre plus petit que chez les Bones ». Il était vrai que les Bones habitaient une très belle maison victorienne aux grandes proportions, à la fois noble et humble, mais je ne m’en servais absolument pas de point de comparaison. Pourtant, le sentiment d’infériorité de Miles semblait latent alors que j’observais les poutres apparentes de la salle à manger ou sa petite chambre qui pouvait à peine contenir son lit double et son bureau. J’avais tenté de le rassurer : ma propre maison n’était pas beaucoup plus grande que la sienne et je trouvais à celle-ci un certain charme. Le mobilier était certes usé et les pièces étroites mais je ne voyais là rien dont Miles pourrait avoir honte. Mais visiblement, rien ne pouvait le soulager et je remarquais régulièrement son regard ardent planté sur son père et des mots qu’ils échangeaient à voix basse avant que le pauvre homme ne baisse les yeux.
Une chose était sûre, c’était qu’Oliver Bletchley avait une tendance certaine à baisser les yeux. Et c’était peut-être cette attitude de soumission constante qui provoquait la contrariété dans ceux de son fils.
Je pinçai les lèvres en rangeant mes révisions par-dessus celles de Miles. Il y avait une dynamique étrange dans cette famille dont je n’arrivais pas à saisir tous les aspects. Faute de me faire une réelle idée, je rejoignis le reste de la famille pour le dîner. Nous venions de nous mettre à table lorsque Mrs. Bletchley descendit, portant une élégante robe d’un bleu pervenche qui lui seyait particulièrement bien. Elle s’assit gracieusement à la tête de la table et se servit sans attendre dans le plat. Felicity dressa un sourcil.

-Tu sors encore, maman ?
-Oui, je vois quelques amies, répondit distraitement sa mère avant de vriller ses yeux bleus sur moi. Alors, Victoria, nous n’avions pas eu l’occasion de parler … J’ai entendu parler que tu te destinais au Quidditch ?

Je ne sus que penser de la lueur qui s’alluma dans le regard de Selena Bletchley et qui vacilla aussitôt pour ne laisser qu’un sourire aimable. Si Cora et Isabel parurent ravies de revenir sur cette conversation, mon sauveur prit le visage de Felicity, qui insista l’air buté :

-Justement, Victoria est là, peut-être que tu pourrais rester pour une …
-Chérie, la coupa sa mère d’un ton nettement plus froid. C’était une sortie prévue de longue date, je suis navrée qu’elle tombe lors de la visite de Victoria, vraiment, désolée ma chère …
-Oh, ce n’est rien, je ne voudrais pas bouleverser votre emploi du temps …

Elle m’adressa un adorable sourire qui dévoila des dents incroyablement blanches. Alors que le silence s’installait de nouveau dans la pièce et que l’on entendait plus que les couverts dans les assiettes et le son peu agréable des mastications. Plusieurs conversations badines s’en suivirent et Mrs. Bletchley finit par se lever gracieusement de la table, enfiler une cape très élégante malgré la couleur passée et partit sans demander son reste. Après cela, Felicity fixa la porte d’un regard brûlant alors que Cora et Isabel se dépêchaient de s’isoler dans leur chambre. M’abstenant du moindre commentaire, j’aidais le père de Miles à débarrasser la table et à faire la vaisselle. Mon petit-ami, qui avait amorcé un mouvement pour monter dans sa chambre, dût se résoudre à ensorceler les assiettes pour qu’elles se rangent dans les armoires. Son père lui jeta une œillade amusée.

-C’est bien la première fois que je te vois faire la vaisselle, tiens … Tu veux montrer à Victoria que tu es un homme à marier ?

Les joues de Miles rosirent et l’une des assiettes ensorcelées manqua sa cible et alla se fracasser contre le mur. Pestant à voix basse, il la répara d’un coup de baguette et la rangea manuellement.

-Que veux-tu, marmonna Miles en refermant les portes du placard. L’année prochaine je ne serais plus ici, il faut bien que j’apprenne …

Nous fûmes deux à tiquer sur la phrase, mais pas pour les mêmes raisons : Mr. Bletchley ne paraissait plus mortifié que surpris de la pique et se contenta donc de lorgner la vaisselle qui se faisait seule d’un air morne. Moi, j’interrogeai Miles du regard, qui articula silencieusement « plus tard » avec un haussement d’épaule évasif. Pressée d’entendre les explications, je jetais un sortilège de séchage si puissant que même l’eau dans l’évier s’évapora, mais cela parut plus amusé Mr. Bletchley que l’ennuyer.

-Toi en tout cas, tu es une fille à marier, plaisanta-t-il, me faisant piquer un fard. Enfin, pas parce que tu sais lancer des sortilèges ménagers et que tu es une fille, comprends le bien … Bref (il se gratta la tête, l’air embrassé). Merci du coup de main, toujours.
-Un plaisir, le rassurai-je avec un mince sourire. Et merci pour le repas, c’était très bon. Chez moi c’est mon père aussi qui fait la cuisine, mais j’avoue que ses pommes-de-terre sont moins bonnes que les vôtres.

C’était faux, mon père était un virtuose de la pomme-de-terre autant qu’il était un spécialiste de Dieu, mais j’espérais par cette information dissiper l’embarras du père de Miles d’être ainsi cantonner aux tâches ménagères. Trois heures passées chez les Bletchley m’avaient suffies à commencer à appréhender la dynamique de cette famille et j’avais compris que cet homme adorable avait besoin d’être gratifié. Il était écrasé par une femme qui, visiblement, le méprisait, sans doute parce qu’elle songeait que sa beauté aurait pu lui apporter une meilleure vie que celle-là et un fils au caractère plus affirmé qui semblait en perméance être déçu de son attitude de soumission. Il m’adressa un sourire reconnaissant avant que Miles ne me prenne pas le bras en me proposant de monter. Je ne pus m’empêcher de lui jeter un regard contrarié.

-Tu n’es pas un exemple de gentillesse avec ton père …

Miles leva les yeux au ciel, la mâchoire contractée. Visiblement, ma réaction était précisément celle qu’il redoutait.

-Tu sais, ça ne m’étonne même pas que tu le défendes. Mais c’est atroce, Vic’, franchement, j’ai envie de le secouer comme un prunier dès que je me retrouve devant lui. Il passe tout à mes sœurs et elles l’idolâtrent pour ça, il laisse ma mère lui marcher sur les pieds, sortir quand elle veut, faire de lui son elfe de maison … Bon sang, il n’a aucune dignité.

J’ouvris la bouche pour répliquer avant de ravaler mes mots et me mordre l’intérieur de la joue, un brin frustrée. Je n’étais pas venue là pour sermonner Miles et si son attitude envers son père, qui se démenait visiblement pour subvenir aux besoins de la famille à la fois domestiquement et financièrement, était injuste, je comprenais son agacement à le voir abandonner tout aspect de sa vie. J’étais une personne qui fuyait par nature les conflits, mais j’admettais avoir eu envie d’inciter le pauvre homme à répondre davantage à sa femme.

-Donc, ta mère sort souvent ? m’enquis-je à la place, dans l’espoir de mieux cernée cette femme.

Je savais qu’elle n’avait jamais occupé d’emploi, sans doute pour s’occuper de la maison, avais-je supposer. Mais comme c’était le père de Miles qui semblait tout faire … Miles poussa un profond soupir et poussa la porte de sa chambre. Je m’y engouffrai à sa suite et m’assit précipitamment sur la chaise de bureau – je ne voulais pas m’approcher du lit, pas maintenant, pas avant d’avoir mis les choses au clair.
Et j’avouais que depuis que j’étais entrée pour la première fois ici, l’idée de me retrouver dans ce lit avec Miles m’horrifiait autant qu’elle faisait pousser en moi de brûlantes envies dont je n’avais jusque alors pas conscience.
Mes joues s’échauffèrent et malgré moi, mon corps me trahit sous forme d’une accélération brusque des battements de mon cœur et d’une chaleur qui se diffusa étrangement dans mon bas-ventre. Le goût sucré de la potion d’Emily qui j’avais avalée par précaution la semaine précédente me revint en bouche et je déglutis pour le faire passer. Bien sûr, on n’acceptait pas de dormir chez son petit-ami sans que l’idée soit émise mais …
Miles n’eus lui aucun mal à s’affaler dans son lit, les bras en croix, le regard rivé sur son plafond.

-Ouais, pas mal. Surtout depuis qu’on est tous entré à Poudlard et qu’elle a de moins à moins de choses à s’occuper ici alors … elle voit beaucoup de monde.

Il y avait beaucoup d’amertume dans ces derniers mots et je me rendis soudainement compte avec un grand malaise que le « beaucoup de monde » devait comprendre des hommes. Devant le regard à la fois dur et mortifié de Miles, une partie de moi souhaita grimper sur le lit et effacé cet air triste de son visage, mais l’enfant en moi n’en crispa que plus les mains sur la chaise pour être certaine que toute Victoria y reste soudée.

-Très bien, je vois, soufflai-je, embarrassée. Je suppose que ça explique que tu veuilles quitter cette maison dès cet été …

Ça avait beau être une information en soit car nous n’en avions jamais parlé, elle ne me surprenait qu’à moitié : Miles brûlait d’indépendance et surtout de prouver qu’il valait mieux que la famille au sein de laquelle il avait vu le jour. Et c’était d’autant plus compréhensible qu’il fallait admettre que l’ambiance dans la maison était assez nauséabonde. Assez pour expliquer qu’il ait refusé que j’y entre pendant des mois. Miles m’adressa un sourire penaud.

-En partie, oui. Et puis, à quoi ça servirait que je reste ? En septembre, j’espère avoir un salaire, de quoi subvenir à mes besoins. Je ne vais pas rester chez mes parents comme un gosse, non ?
-Tu as déjà regardé pour entrer au Ministère ? interrogeai-je plutôt que s’attarder sur le fait que j’étais personnellement encore une enfant.

J’avais déjà vu certains élèves de septième année commencer à parler de l’avenir qui approchait à grand-pas, des discussions que j’avais fui comme la peste dans le sillage de Simon. Emily commençait déjà à constituer un solide dossier sur la formation comme Langue-de-plomb au Département des Mystères, Mathilda avait plusieurs fois échangé avec Chourave sur le métier d’apothicaire et d’herboriste, et Roger travaillait d’arrache-pied pour obtenir tous les ASPICs qui lui ouvrirait les portes de la médicomagie.

-J’attends les entretiens qu’on aura après les vacances, avoua Miles en haussant les épaules. Je doute que Rogue m’aide beaucoup, mais on ne sait jamais … Je me dis que je peux avoir un bon dossier pour entrer dans le Contrôle et la Régulation des Créatures Magiques, non ? On est que trois à poursuivre les cours avec Hagrid mais Angelina n’est pas très intéressée je pense et je crois qu’Alicia est plutôt partie pour poursuivre dans le Quidditch …

Là-dessus, il me jeta une œillade entendue, un sourire fier aux lèvres. Une chaleur qui n’avait rien à voir avec celle qui persistait au creux de mes reins me monta aux joues et je détournai le regard, embarrassé. Miles poussa un grognement.

-Vic’ … Tu évites d’en parler depuis que tu as reçu la lettre des Tornades … A moi tu peux le dire. Qu’est-ce qui te fait peur ?

Mes lèvres se tordirent et je masquai la grimace avec un sourire penaud. Il n’était pas le seul à tenter de m’arracher des confidences à ce sujet : George et Rose, prévenus par Susan de la proposition d’essai, m’avaient immédiatement proposé de m’y accompagner et même de me faire une avance pour m’acheter un nouveau balai, plus performant pour le niveau professionnel. Tant d’insistance ne faisait que me faire battre davantage en retraite, mais Miles semblait détaché, plus serein que les jours qui avaient suivi la proposition. C’était moins angoissant de pas être acculé, propulsée dans un avenir fantomatique.

-Je ne sais pas, lâchai-je, en m’asseyant en tailleur sur la chaise de bureau. Je pense que dans le fond … J’ai envie d’être utile dans ce que je fais et je ne vois aucune utilité dans le Quidditch.

Les yeux de Miles papillonnèrent, comme s’il était surpris que je cède si vite. Il se redressa soudainement sur ses coudes pour me contempler, l’air perplexe, mais aussi consterné.

-Pas utile ? Mais Vic’ ! Tout le monde te dit que tu es l’une des meilleures joueuses de l’école ! Tu as un potentiel pour atteindre un niveau de jeu professionnel et les Tornades de Tutshill, qui sont ce qui se fait de mieux dans le Quidditch depuis quelques années ! Est-ce que tu te rends compte de la chance que c’est ?

Je fus vaguement honteuse de dénigrer l’honneur alors que, comme le soulignait Miles, certain en rêvait sans doute toute leur vie sans jamais ne serait-ce que l’effleurer. Comme lui, bon gardien, mais qui avait atteint son plafond de verre en étant Capitaine par intérim de Serpentard. Sans doute la fierté qu’il affichait chaque fois qu’il en discutait avec moi masquait une certaine envie. Malgré tout, je ne pouvais faire taire le doute en moi qui me prenait chaque fois que j’évaluais tout ce qui entourait cette décision, tout le contexte immédiat dans lequel se ferait mon avenir.
Qui aurait envie de jouer au Quidditch alors que la vie de sa famille était en jeu ?
Mais est-ce que Miles pouvait seulement comprendre cet aspect ? Il n’avait jamais souffert des guerres contre Voldemort. A dire vrai, j’étais la seule chose qui le reliait au conflit, la seule peur tangible qui pouvait l’atteindre. Aucun de ses proches n’étaient morts quinze ans plus tôt, il n’avait pas observé le visage de Cédric rendu blafard par la mort, il n’avait pas le spectre de tous les dangers qui pesaient autour de chaque personne proche de lui qui flottait autour de lui. La question creusa un gouffre en moi. Si Miles n’était pas capable de comprendre cela … Je repoussai l’idée, soudainement inquiète. Ce n’était pas le moment de songer à cela.

-Je me rends compte que j’ai énormément de chance, simplement … Ce n’est qu’un essai. Il faut que je regarde les autres portes, juste … au cas où.

L’expression de Miles s’adoucit et son sourire se fit plus doux mais également désabusé.

-Vic’, tu compliques vraiment tout … Mais soit, je peux comprendre. Tu as réfléchi à ces portes, du coup ? Des portes utiles ?
-Hum. Je traine les oreilles plus que je ne me renseigne … Le problème, c’est que je ne connais pas exactement les domaines actifs qui correspondent à mes capacités. Les seules que j’ai pu un peu réfléchir, ce sont le Ministère et Ste Mangouste mais …
-Ste Mangouste demande des connaissances fines en Potion, peu importe les postes, me coupa Miles, confirmant ce que je songeais. Et le Ministère …

Miles laissa sa phrase en suspens, mais je pus la compléter sans difficulté : le Ministère exigeait d’excellentes notes en ASPICs et un dossier solide. De brillants étudiants tels Simon et Emily, des profils atypiques pour les bureaux spécifiques comme Miles, mais moi j’avais peu d’avantages. Les BUSEs avaient été arrachés dans plusieurs matières (qui nécessitait des compétences magiques) et mes points forts se situaient sur des disciplines souvent targuées d’inutilité telle l’Histoire de la Magie ou l’Etude des Runes. Et si l’Histoire de la magie avait été une voie sur laquelle j’avais commencé à me pencher, portée par l’élan de mon projet avec Octavia qui m’enthousiasmait, comme le Quidditch la guerre qui pourrait se profiler vidait l’intérêt de toute substance. Alors Simon avait beau tenté de rattraper des années de harcèlement en me trouvant des qualités en duel et mettait en avant mes capacités extraordinaires concernant l’occlumencie, comparé à mes lacunes, ça me semblait bien maigres.
Je soupirai, toute ma chaleur aspirée par l’angoisse que m’inspirait la vie en dehors de Poudlard. Miles avait raison, j’avais peur. Peur de ce que serait ma vie une fois à l’extérieur. Sentant la morosité s’installer en moi, je m’ébrouai et me levai. Sans autre choix pour justifier ce mouvement, je m’assis prudemment au bord du lit et lissai la couverture brodée aux couleurs de Serpentard. La couleur avait été ternies par les années et des bouloches rendaient les coutures irrégulières. C’était une couverture utilisée depuis l’enfance, ça, avant même qu’il ne soit réparti.

-Bref, conclus-je avec un pauvre sourire. Je pense que j’en discuterais avec Chourave aussi, ça va m’être utile.
-Et tes parents, ils en pensent quoi ?
-Mes parents sont moldus, Miles. Ils ont juste assimilé que je n’entrerais pas à l’université après Poudlard.

C’était dommage, par ailleurs. J’avais eu l’occasion de discuter avec Cholé et Ethan pendant les rares moments où ils étaient passés à Terre-en-Landes. La première faisait des études de chimies en parallèle de ses obligations sportive à l’université de Bristol et le second s’orientait vers la communication dans celle de Gloucester. Par curiosité, j’avais regardé les enseignements proposés dans les universités et j’admettais volontiers que les programmes de littératures et d’Histoire m’avaient intéressée. Mais lorsque j’en avais parlé avec George Bones, il avait eu un sourire triste à mon égard : je n’avais pas les bases qu’auraient pu me donner un établissement moldu, mais en plus le Ministère était plutôt strict sur les sorciers qui se destinaient à une carrière dans le monde non-magique. Peut-être pourrais-je prendre des cours par correspondance, m’avait-il proposé, mais en parallèle d’une activité qui elle serait magique. Et cela me posait le même problème que le Quidditch : à quoi bon ?
Miles eut un ricanement amusé.

-Et je suppose que ton frère c’est pareil … il va bien, lui, d’ailleurs ? Après sa rupture avec Melania ?

Je haussai les épaules. Alexandre était revenu ce week-end, les traits tirés, le regard toujours aussi sombre, hanté par cette femme qu’il aimait toujours. Et j’avais beau avoir tenté de l’égayer par des parties de football, des visionnages de films, des courses à vélo qui avaient la saveur de notre enfance, chaque sourire finissait inéluctablement par se fondre dans la morosité.

-C’est difficile. Il l’aimait vraiment, j’ai l’impression. Ça prendra un certain temps avant qu’il ne l’oublie …

Miles eut une moue et se redressa définitivement pour allonger le bras et prendre la main dans la sienne. Nous échangeâmes un sourire, entre timidité et soutien. J’avais été rassuré qu’il comprenne que j’avais besoin de retrouver ma famille pendant les vacances et qu’il n’ait pas insisté davantage pour me voir, malgré nos rapports décousus ce trimestre. Il tira doucement sur ma main et malgré l’enfant en moi qui s’agrippait aux draps pour ne pas se laisser emporter, je glissai sur le lit pour me rapprocher de lui et poser ma tête au creux de son épaule. Il passa un bras derrière mon dos et m’enlaça, nous collant plus encore l’un à autre. Il m’embrassa sur le sommet du crâne et son souffle alla se perdre dans mes cheveux et effleurer mon visage qui reprenait des couleurs peu naturelles.

-Allez courage, il ne reste que quelques semaines à tenir avant la fin. D’ici là ton frère ira sans doute mieux, tu auras trouvé ce que tu voudras faire, les ASPICs seront finis et on sera libéré de la présence d’Ombrage. On pourra penser des choses plus réjouissantes.

Encore une fois, j’aurais voulu rétorquer que mes problèmes ne s’arrêtaient pas à Poudlard, qu’ils seraient bien pires une fois sortis … Mais une fois encore, je me tus. C’était inutile d’agiter devant le nez de Miles un spectre qui ne lui était rien et par ailleurs je n’en avais pas la moindre envie. Car c’était également ce qui me plaisait chez lui : il n’avait pas de problème. Chaque fois que je le voyais, je n’étais pas pressée par une urgence quelconque, je n’avais pas une boule d’angoisse au creux de mon ventre en attendant qu’une bombe explose … C’était reposant de pouvoir être aux côtés de quelqu’un qui n’exigeait rien de moi, et dont je n’exigeais rien. Alors je levai le visage vers lui pour lui sourire, sourire auquel il répondit en se penchant sur moi et en posant ses lèvres sur les miennes. Le baiser raviva toutes les sensations qui effrayaient l’enfant en moi, la chaleur dans les reins, le cœur qui cognait contre ma cage thoracique tel un oiseau terrifié, la volonté de sauter hors du lit pour éviter que les choses ne dérapent … Mais Miles apaisa chacune de ses peurs en ne pressant en rien les choses : il se contenta de m’embrasser avec douceur, sans rien n’accélérer, caressant mes cheveux d’un geste tendre mais dont je sentais la crispation, la retenue. Il ne voulait pas brusquer le petit oiseau que j’étais.
Pendant un moment désagréable, je restai passive, hésitante, le laissant m’embrasser sur les lèvres, les joues, le cou, incapable de savoir ce que je voulais. J’étais étirée entre deux réalités qui se battaient en moi, l’enfant empreinte des principes religieux parentales qui se trouvait trop jeune, trop innocente, et la femme qui commençait à émerger et dont je ne percevais les contours que lorsque j’étais avec Miles car ce que nous faisions n’avaient rien des activités de l’enfant. Je m’étais toujours cachée derrière cette identité de femme-enfant, niant les parties féminines de mon corps, me refusant à prendre la moindre responsabilité d’adulte, m’accrochant désespérément à la part enfantine de moi pour ne pas avoir à grandir. Mais alors que les lèvres de Miles parcouraient ma peau, que mes mains s’aventuraient sous son tee-shirt sans que l’enfant ne puisse les retenir, je me sentais presque prête à céder à la tentation d’enfin accepter l’idée qu’un jour, tous les enfants grandissaient et que c’était à mon tour. Alors que la résolution prenait de l’ampleur en moi je me surpris à répondre avec plus d’avidité aux baisers de Miles, à grimper sur ses genoux pour prendre pour l’une des rares fois de ma vie un peu de hauteur. Son tee-shirt valsa, le mien également, la chaleur en moi se fit plus intense, plus douloureuse, insoutenable, les gestes de Miles moins retenus, son regard plus affamé. Lorsqu’il me bascula sur le lit et qu’il se retrouva sur moi, sa peau contre la mienne, les bras de part et d’autre de mon visage, l’enfant en moi hurla, effrayé, mais la femme l’entoura de ses bras tendres : tout allait bien. Pourtant mon cœur garda des traces du cri car devant l’intensité qui brûlait dans les prunelles de Miles il se mit à battre à la chamade. Mes doigts se figèrent sur son épaule nue et pendant cet instant nous nous plongeâmes notre regard l’un dans l’autre, tous les doutes m’assaillirent de nouveau. Je pensais à mes parents, qui avaient attendus le mariage pour se donner l’un à l’autre, à tous les conseils diffus qu’Emily avait tenté de me donner et que j’avais refusé d’écouter, à l’amour que je sentais dans chaque regard qu’échangeaient mes grands-parents. Je n’arrivais pas à me retrouver dans chacune des situations et cela m’affola plus qu’autre chose. Sentant sans doute mon indécision, Miles m’embrassa tendrement sur le front avant de coller le mien au sien. Sa respiration était laborieuse et je sentais douloureusement sa poitrine se soulever et s’abaisser sur la mienne.

-Victoria, ça va aller, murmura-t-il et son souffle chatouilla ma joue. Si tu es prête et qu’on se fait confiance …

Je lui faisais confiance. Oui, il ne m’avait donné aucune raison de ne pas lui faire confiance sur ce plan-là : il avait été patient, doux, respectueux de mes besoins et de mon corps. Il le prouvait encore en me laissant l’opportunité d’arrêter le processus, d’en rester là et je fus surprise du « non » catégorique qui monta en moi malgré les doutes. Pour des raisons pragmatiques d’abord : nous n’aurions pas de meilleures occasions à Poudlard, où les instants de frustration avaient été longs. Ensuite parce que Poudlard et le contact de certains avaient déconstruit la vision religieuse de la virginité et que je me sentais libérée de toute entrave divine. Qu’alors que ma peau jouxtait si délicieusement celle de Miles et que nous étions enlacées, mus le feu qui semblait nous animait tous les deux, la femme avait rassuré l’enfant : il était tant de grandir, de se fondre l’un dans l’autre, d’accepter de suivre le fil que traçait la vie jour après jour et qui menait à l’ombre et la poussière.
Mais avant de retourner à la poussière, il fallait vivre.
Alors je hochai la tête contre celle de Miles. Mes doigts remontèrent jusque sa nuque et inclinèrent son visage contre le mien. Mon baiser avait le goût de l’envie, de l’acceptation, de l’ivresse d’une nouvelle expérience. Alors Miles y répondit, resserrant ses bras sur moi et je m’abandonnais totalement à la femme triomphante qui grandissait en moi.
Charmimnachirachiva

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Charmimnachirachiva »

Perripuce a écrit :BONJOUR

Je poste aujourd'hui parce qu'il se trouve que le chapitre est coupable en deux partie presque égales. C'est le dernier dans ce cas, les autres je reprendrais le rythme habituel d'un samedi sur deux. Ma parole, j'ai toujours pas commenter :roll: , bon je m'y mets

Bon, je n'ai pas grand-chose à dire aujourd'hui alors Une première ;) :lol: (ne le prend pas mal hein ;) )... BONNE LECTURE


Chapitre 24 (1/2) : La famille cachée.

-Alors tu l’as dit à mamy, mais pas à moi ?

Mon père soupira face à mon ton accusateur et se retrancha derrière la porte du frigo ouvert pour ne pas à avoir à affronter mon regard impérieux. Solution de repli extreme !Mais malheureusement pour lui et malgré la lenteur calculée pour extraire le lait, j’étais toujours debout devant lui lorsqu’il la referma.

-Je n’en ai pas explicitement parlé à ta grand-mère, précisa-t-il avec lassitude. Je … lui ai juste demandé comment on se reconstruisait après avoir perdu sa famille. Avec les précisions que je lui ai données, elle a dû deviner. Après tout, elle a connu les parents de George quand elle vivait à Terre-en-Landes alors … Mouais *regard suspicieux*
-Très bien. Mais pourquoi moi je ne savais pas ?

J’avais certain scrupule à agresser Simon sur ce point qui continuait de me blesser. Mais je balayais tout cela avec mon père, cet homme à qui je ressemblais tant et qui m’avait caché, au même titre que Simon, cette vérité essentielle. Mon père préféra attendre pour répondre, versant du lait dans son thé, comme hypnotisé par sa blancheur qui opacifiait la transparence impure du thé. Comme le thé et le lait sont intéressant...

-C’est assez compliqué, comme histoire, souffla mon père en reposant la bouteille. J’ai connu Edgar et Cassiopée, je discutais assez souvent avec eux, des gens charmants, disponibles … jamais je n’aurais pu soupçonner qu’ils soient des sorciers jusqu’à ce que George et Rose viennent nous voir pour toi. Ah oui, c'est vrai ça, j'avais presque oublié...Quand la rumeur s’est répandu que toute la famille était morte dans une fuite de gaz, j’ai tout de suite accouru chez eux … C’est là que j’ai rencontré George et Rose … et que j’ai vu qu’en réalité, Simon était en vie. Il s’accrochait à elle, tu aurais vu ça … Câlin à Simon

Il but une gorgée de son thé, les yeux dans le vague. Si j’avais eu envie d’hurler à plein poumon quand sa seule réaction lorsque j’étais venue le confronter avait été « ah, il t’a en enfin parlé », j’avais à présent de la peine pour lui, cet homme au grand cœur et qui avait dû être affecté par la tragédie avant même d’en saisir tous les aspects. Il secoua la tête, les lèvres pincées.

-Chérie, cette histoire n’était pas à moi. J’ai très peu parlé à George et Rose, je n’avais pas les mêmes rapports avec qu’eux qu’avec Edgar et Cassiopée et j’ai très vite deviné que de toute manière … Simon préférait oublier. Ce n’était pas à moi de décider s’il devait se souvenir ou non.
-Alors … Tu connaissais bien ses parents ?

Les traits de mon père se détendirent quand il entendit que mon ton s’était radouci et il m’adressa un sourire empreint de nostalgie et de tristesse.

-Bien, je ne sais pas. Je n’irais pas jusque dire qu’ils étaient mes amis mais … c’étaient des personnes que j’appréciais. Jamais je n’aurais pu deviner qu’ils étaient des sorciers, avant que Rose et George viennent me voir pour toi … Surtout Cassie, enfin … Elle venait souvent à l’église, en dehors des heures de messes. Elle n’était pas croyante mais … elle trouvait l’endroit apaisant, parfait pour une introspection, pour se rappeler quel était sa place dans l’univers …

J’eus un sourire entendu en me souvenant qu’Alexandre avait précisé que Cassiopée venait souvent discuter sur Dieu avec notre père. Sans doute le concept devait-il être étrange pour une sorcière dont l’unique croyance dans ce monde était celle en la force de la magie. Peut-être que c’était ce vide spirituel qui poussait certains sorciers à faire le mal … Interressante théorieMon père contempla le fond de sa tasse d’un œil vide.

-J’ai fini par comprendre ce qui les avait tués, murmura-t-il en un souffle. Que ce n’était pas le gaz, que c’était quelque chose qui me dépassait. Et quand je suis allé voir George pour avoir de vos nouvelles et qu’il m’a appris pour l’évasion … (Il pressa son pouce et son index sur ses paupières). Bon sang, je n’ai jamais pensé qu’une prière pouvait être inutile, mais s’il y a dans ton monde des forces capables de tuer des enfants innocents, alors je ne vois pas ce que Dieu peut faire contre ça.

J’eus l’impression qu’une main glaciale se refermer sur mon cœur et affoler mon rythme cardiaque. Dans ton monde …. A Auschwitz aussi il y avait des enfants...

-Papa, mon monde, comme tu le dis, n’est pas maléfique. Il n’y a pas besoin d’être sorcier pour tuer des enfants innocents, l’histoire de mamy nous apprend que les Allemands faisaient ça très bien. Connexion avec Victoria (j'arrive pas à être joyeuse sur des sujets comme ça)
-Je sais, Victoria, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, assura mon père d’une voix douce. Dieu nous a laissé le libre arbitre qui est à la fois son cadeau le plus précieux et le plus dangereux et c’est grâce à ce libre arbitre que l’homme est capable du meilleur comme du pire. Et ne te trompe pas : si Dieu veille sur nous, il veille sur ton monde également, c’est quelque chose que j’ai mis longtemps à assimiler … Mais je l’ai toujours considéré comme un Dieu universel et vous faites parti de notre universalité. Seulement je me demande quels pouvoirs peut bien posséder Dieu contre la magie. C’est assez … déstabilisant. Il est quand même relativement ouvert d'esprit

Il se détourna de moi pour poser sa tasse dans l’évier, un pli au coin de ses lèvres qui marquait sa perplexité face à cette question théologique. J’avouai ne m’être jamais interroger sur cet aspect-là des croyances chrétiennes. Confrontée à la magie, j’avais simplement cessé de croire en Dieu mais la réponse pour mon père ne pouvait pas être son absence pure et simple. Il m’adressa un pauvre sourire.

-Mais bon, je vais chercher. Je pense que je vais essayer de relire les vieilles thèses théologiques de l’époque où la magie semblait palpable et réelle pour les hommes d’église, peut-être qu’ils m’aideront …
-La réponse n’était pas souvent : « la magie vient du diable » ? Certes...

Mon père parut mortifié par ma pique mais j’adoucis son humeur avec un sourire que j’espérais angélique. diable/ange ;)

-Tu ne devais pas aller travailler chez les Bones ? contrattaqua mon père, sans doute pour m’éloigner moi et mes propos impies. :lol:
-Très bien, d’accord … Mais si tu trouves ta réponse, tiens-moi au courant. Ça m’intéresse de savoir qu’on n’est pas des créatures du diables. Ouais, en effet...


Je l’embrassai sur la joue et se faisant réussir à capter le sourire qui frémissait sur ses lèvres. J’emportais tous mes grimoires et parchemins étalés sur la table de la salle manger – ce que je pouvais faire maintenant que ma mère ne grognait plus à chaque évocation de la magie – dans un sac et lui fis signe avant de claquer la porte. Le mois d’avril était clément dans le Gloucestershire : le soleil brillait entre deux nuages qu’une légère brise ramenant avec elle les effluves du printemps poussaient. Un temps parfait pour voler, songeai-je en poussant mon vélo devant moi. Mais rouler, ce n’était pas plus mal. Mon cœur se serra lorsque je vis arriver la belle maison victorienne des Bones au détour d’un virage. En un flash, la photo qui s’étalait en Une de la Gazette se superposa à elle, y imprimant la sinistre Marque des Ténèbres au-dessus de son toit. J’avouai y entrer avec un certain malaise depuis que je savais quels drames s’étaient déroulés dans cette maison, mais chaque fois, l’adorable sourire de Rose suffisait à faire fondre la boule d’appréhension.

-Victoria ! Tu ne devais pas être chez Miles, aujourd’hui ? Cramée :lol:

Je me maudis une fois de plus d’avoir laissé échapper l’information face au regard pétillant de Rose. George et elle m’avait proposé de venir déjeuner avec mes parents le week-end, ce à quoi j’avais répondu qu’un « ami » m’avait déjà invité. Information qu’il m’avait valu le long regard entendu de Rose et qui à la manière d’une mère ne m’avait pas lâché jusqu’à ce que je crache le morceau. Je passai une main gênée dans mes boucles.

-On a décalé, apparemment sa mère n’était pas disponible … Du coup j’y vais mercredi.

Les yeux de Rose étincelèrent. Je m’en voulais qu’elle en sache plus que ma mère concernant ma vie amoureuse mais je connaissais trop bien mes parents pour laisser échapper la moindre miette d’information : l’idée d’un gendre sorcier leur serait déjà difficile mais en plus je doutais fortement qu’ils acceptent que je passe le week-end – et donc une nuit – chez lui. Avec un père pasteur et une mère croyante, il est en effet raisonnable de cacher des info comme ça ...

-Simon et Susan ne sont pas là, ils sont partis au Chemin de Traverse avec George, m’apprit Rose en s’effaçant enfin pour que je puisse rentrer. Ils doivent rentrer dans une heure, mais tu peux évidemment rester, ma chérie.
-C’est gentil … Vous ne travaillez pas ?

Rose repoussa ses cheveux châtains en arrière en un geste élégant. C’était vraiment une belle femme avec son visage en forme de cœur, son nez retroussé et de pétillants yeux bleus. Mais comment n’avais-je jamais pu voir que Simon n’avait rien d’elle ? Comment imaginer quelque chose d'impossible ?Mon regard se porta ostensiblement sur le portrait d’Edgar, juste derrière Rose. Indéniablement, Simon avait hérité de ses yeux et de son nez, ainsi que sa stature plus modeste que celle d’Amelia et George. Rose fronça les sourcils devant mon regard vide et pivota vivement pour observer ce qui m’absorbait tant. Ses traits se figèrent.

-Oh … (Elle leva des yeux désolés vers moi). Susan m’a dit que Simon t’avait enfin dit la vérité … Tu veux en parler ?

J’hésitai quelques secondes avant de hocher la tête avec lenteur. Oui, j’avais besoin d’en parler, et d’en parler avec quelqu’un qui avait des précisions et qui serait disposée à m’en faire part. Susan ne savait somme toute que peu de chose et Simon … La moindre information ne lui était arrachée qu’avec la plus grande des douleurs. Rose posa une main douce sur mon bras avant de passer de me conduire dans leur bibliothèque, au premier étage de la tour ronde de leur maison. La famille Bones avait accumulé avec les siècles des centaines de livres, moldus comme sorcier et j’avais pu trouver sur les étagères une magnifique édition de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo – l’un des rares français qui ait mon respect Bon, c'est agréable de savoir que tous les français ne sont pas perdus aux yeux de Vic . Rose s’installa sur un sofa installé près de la fenêtre un instant plus tard avec deux volumes qui semblaient être des albums Oh, je sens que ça va être des moments trop tristes et m’invita à m’assoir avec elle.

-Je pense que ça t’aidera de voir les images, expliqua-t-elle avec un sourire. Beaucoup de photo ont été détruites cette nuit-là, mais j’ai réussi à en récupérer certaines et avec celle que j’avais déjà … Tiens, regarde !

Elle avait ouvert le premier album qui contenait des photos dans une pièce aseptisée, avec une Cassiopée aux traits tirés qui tenait dans ses bras un nouveau-né. En haut de la page une étiquette avait été glissée : « Matthew ». Rose tourna lentement les pages et je pus le voir grandir, ses cheveux pousser et devenir roux, son nez s’allonger à la manière des Bones … Parfois il souriait face à nous d’un air déjà sarcastique qui ne faisait qu’accentuer sa ressemblance avec Simon. Puis ce fut le retour dans la chambre aseptisée pour la naissance de Spencer, bien plus chétif que son aîné et qui tenait davantage de Cassiopée avec ses traits délicats et ses cheveux blonds. Il bougeait moins que Matthew sur les photos et paraissait même les éviter par timidité. Il était difficile d’apercevoir ce que Simon m’avait décrit sur le pont : l’enfant maîtrisait déjà sa magie à six ans. Sur beaucoup d’image, je reconnaissais la maison, aménagée de manière différente et habitée d’autres personnes, d’une autre âme. Puis mon souffle se bloqua dans ma gorge. Le nom de Simon venait d’apparaitre, surplombant une photo où Cassiopée le serrait tendrement contre son sein, un sourire ému aux lèvres. Pas une seule fois elle ne tourna les yeux vers nous : elle contemplait son enfant, effleurant son front lisse et son nez du bout du doigt avec des gestes si délicats que sa peau semblait faite de porcelaine. Ses lèvres remuaient doucement et je compris inexplicablement qu’elle chantait. J’attirai un peu plus l’album à moi, fascinée et touchée par l’image. La lumière entrait en abondance par l’arrière, illuminant les visages tout en y jetant des ombres qui les floutaient et les rendaient anonymes. Ça donnait au tableau une ambiance de sainteté. C’était comme contempler une Vierge à l’enfant.
C’était la première preuve tangible des origines de Simon. Et ça me brisait le cœur.Moi aussi, c'est trop beau

-Cassie disait qu’elle pleurerait si c’était encore un garçon, souffla Rose en pressant mon bras avec douceur. Elle a pleuré, certes mais … de bonheur plus qu’autre chose. :lol:
-Elle a dû déchanter après.

Mais ma pique était noyée par l’émotion contenue dans ma voix, la rendant rauque et éraillée. La pression de Rose s’accentua sur mon bras et elle changea de page pour me permettre de voir Simon grandir dans un cadre totalement différent de celui dans lequel je l’avais connu. Je l’avais toujours connu comme étant un enfant qui somme toute avait été mon miroir masculin : frêle, presque chétif avec des problèmes manifestes de croissance. Mais l’enfant qui grandissait devant mes yeux n’était pas celui dont j’avais le souvenir : il était en bonne santé avec les rondeurs qui caractérisaient la petite enfance et une taille acceptable pour son âge. Avec une impression glacée au creux du ventre, je songeai que c’était le drame qui avait affecté sa croissance. Comme ça il a pu s'appeler CrevetteDe temps à autre, j’apercevais des visages connus dans des fonctions totalement différentes de celles que je leur connaissais. Amelia Bones, bien sûr, les cheveux encore roux et le visage moins sévère, et bien évidemment George et Rose, plus jeunes, plus heureux et plus absent. Rose tapota une photo de famille où Simon était entouré de ses frères et ses parents. Ce n’était pas la première que je croisais, mais ce fut la première où je discernais réellement le garçon que je connaissais à présent, dans son sourire malicieux et un nez qui commençait à s’allonger. Mais les différences étaient également grandes. Je n’avais jamais vu un air aussi épanoui sur son visage, cette détente totale de ses traits qui le faisait paraître moins sévère, moins lutin, simplement … heureux. InsouciantIl soufflait une bougie plantée sur un gâteau et repoussai le visage de Matthew qui semblait vouloir le faire à sa place. Mes entrailles se nouèrent quand je vis le chiffre. L’impression se confirma lorsque je tournais la page sur le vide et les cases sombres d’une vie fauchée. Les trois ans de Simon avaient été leurs derniers instants de bonheur. Arrrrggg, *cri étrangler à mi-chemin entre la colère et la tristesse*

-C’est la dernière image qu’on a d’eux, conclut Rose en refermant l’album. Parfois, je me rassure en me disant qu’ils ont fini leur vie sur une bonne note …
-Je trouve ça … incroyables qu’ils se soient impliqués dans la résistance tous les deux alors qu’ils avaient trois enfants …

Les lèvres de Rose se plissèrent en une moue et elle caressa l’album de ses doigts.

-C’est justement pour eux qu’ils le faisaient. Pour Edgar, c’était impensable de laisser l’ombre de Voldemort s’étendre et de condamner ses fils à vivre dans une guerre permanente … un monde sans espoir. Tonks et Remus :cry: Et Cassie n’était pas moins déterminée et en un sens, c’était celle qui se mettait le plus en danger car contrairement à Edgar, elle était sur le terrain. C’était une Auror très doué. D’ailleurs, George te dira le contraire, mais je ne pense pas que ce soit ça qui les ait tués. Ce sont les plans du Ministère. Millicent Bagnold voulait faire de lui le chef du Département de la Justice : elle trouvait Croupton trop dur, trop absolutiste, et que ça ne faisait que provoquer une escalade dans la violence de la guerre. D’autant plus que Tu-Sais-Qui utilisait les agissements des Aurors de Croupton pour justifier ses propres violences et décrédibiliser le Ministère. Alors ça ne l’arrangeait pas qu’on le remplace par Edgar, surtout qu’il connaissait ses liens avec Dumbledore, sans savoir réellement s’il était vraiment actif. Alors autant ne pas prendre de risque et … frapper un grand coup. Edgar était très aimé au Ministère, quelqu’un de très efficace et de très influent dans le Mangenmagot, un véritable pilier. Il s’est imposé très jeune, et il s’est très vite rendu indispensable … Ça a sérieusement ébranlé le Ministère … C’était le premier haut-fonctionnaire tué par une attaque. Intéressante analyse

Elle ferma les yeux un instant, les paupières tressaillant face aux images qui lui revenaient en tête. Je la laissai reprendre ses esprits, moi-même troublée par son récit et encore ébranlée par toute cette vie inconnue de Simon qui m’était apparue de façon si brusque, si réelle.

-C’est moi qui l’aie trouvé, tu sais, m’apprit-t-elle avec un pauvre sourire. Simon. Je travaillais tard au Ministère cette nuit-là et les Aurors sont passés devant mon bureau, Maugrey à leur tête – c’est lui qui a formé Cassie … Alors je les ai suivis et lorsqu’ils ont été certain que les Mangemorts étaient partis, ils m’ont laissé entrer. Oh, j'imagine trop la scène et j'ai juste envie de pleurer

Ses lèvres se tordirent et ses yeux se portèrent presque instinctivement vers l’escalier, le premier endroit que l’on voyait depuis la porte. Là où avait été retrouvé le corps de Matthew Bones.

-J’étais avec Maugrey dans sa chambre … on a entendu un bruit et il a ouvert le placard à la volée, baguette à la main … Bon sang, comme si cet enfant n’avait pas été assez effrayé, il fallu qu’il se retrouve devant un Maugrey survolté … Je l’ai sorti de là, et il s’est accroché à moi … J’ai l’impression qu’il ne m’a jamais lâché, en un sens.

Sa main se perdit sur sa poitrine, au niveau de son cœur qui avait dû exploser lorsqu’elle avait aperçu cet enfant apeuré, mais vivant. Avec horreur, je me rendis compte que pour arriver à la vie et à l’espoir, elle était passée dans un véritable purgatoire. Quelle douleur ça avait dû être pour elle de découvrir le corps de Spencer dépassant à moitié de son lit … Soucieuse de détourner son attention de ces déchirants souvenirs et effacer les larmes dans les yeux bleus de Rose, je pris l’autre album sur mes genoux et déployai les souvenirs qu’elle recelait. Un petit rire la secoua lorsque je découvris avec surprise des images de Poudlard.

-Celles-ci sont plus centrées sur leurs études, m’expliqua-t-elle alors que je l’interrogeais du regard. Et il doit y en avoir de leur mariage sur la fin aussi …
-Ils ont été préfets-en-chefs tous les deux ? haha, tu m'étonnes que Simon soit brillant ! (mais après je sais qu'on est pas nos parents...)m’étonnai-je en remarquant l’insigne épinglé sur leur poitrine.

La photo que je contemplais avait été prise devant le Lac Noir qui scintillait sous la dernière lumière du jour. Edgar, imberbe et souriant, enlaçait sans complexe une Cassiopée qui tentait de le repousser à force d’éclat de rire. L’album fut moins éprouvant que le précédant, moins cruel car je me retrouvais face à quelque chose de plus connus et à la fois inconnu : la jeunesse d’un couple dans les parcs de Poudlard. Je fus étonnée de la rapidité à laquelle l’album passait de l’école à leur mariage, une cérémonie visiblement fastueuse si j’en jugeais par la foule sur les photos et par la somptueuse robe de Cassiopée. Je tiquai face à un portrait qui réunissait visiblement les deux familles de l’heureux couple. George était présent du haut de sa douzaine d’année, si imberbe et si chevelu que je ne faillis pas le reconnaître. Amelia l’était également, ainsi que leurs parents. Diamétralement opposée de l’autre côté des mariés s’étalait ce qui semblait être la famille de Cassiopée. De son père, aucune trace, mais l’élégante femme brune derrière elle devait être sa mère. Elles avaient la même finesse de trait, les mêmes lèvres fines, le même port altier. La femme tenait par l’épaule une jeune fille délicate d’une main recourbée telle une serre, mais c’était d’avantage l’homme qui se tenait à l’extrême de la photo, encadrée d’une petite femme effacée et d’un garçon qui ne cessait de lui jeter des regards fréquents qui attira mon regard. Je pointai l’homme du doigt, muette de stupeur et Rose eut un sourire entendu.

-Et oui. C’est Barty Croupton. NONNNN ???? mais qu'est ce qu'il fait là ???
-Mais … Qu’est-ce qu’il … ?
-C’était le frère aîné de Cassiopée. QUOIIIII ? Je me doutais qu'il allait y avoir une histoire avec la famille maternelle de Simon mais CROUPTON QUOI !

C’était tout bonnement impensable. Je me mis à dévisager l’homme sur l’image, son air sévère accentué par sa moustache sombre si nette qu’elle semblait avoir été faite à la règle et la raie stricte qui coupait ses cheveux. Il était impossible de ne pas reconnaître celui que j’avais croisé au Tournoi des Trois Sorciers, les cheveux gris et son visage bien plus marqué. Il partageait avec sa mère la chevelure brune et la mine solennelle mais n’avait rien de sa finesse. Je me tournai vers Rose, estomaquée.

-Mais Simon sait ça ?! Il savait l’année dernière quand … ?
-Non, me coupa Rose en levant une main. Non, Simon n’a jamais rien vouloir savoir de sa famille maternelle … J’ai eu assez peur, l’année dernière, d’autant plus que Simon était l’héritier de la fortune des Croupton et qu’à ce titre, Barty pensait devoir avoir un droit de regard sur son éducation Mauvaise idée vu comment il a élevé son fils... . C’est en grande partie pour ça que j’ai quitté son service pour celui d’Amelia : dans les semaines qui ont suivies la fin de la guerre, il venait sans cesse me harceler concernant Simon. Non, il n’a appris que cet été, quand on a su la mort de Barty et qu’un huissier est venu nous présenter le testament après sa majorité. Ah oui, ça a dû lui faire un choc à Simon

C’était donc cela que Susan avait perçu … la famille restante de Cassiopée avait été Barty Croupton … Je tentai de me souvenir du comportement du fonctionnaire, de regards qu’il aurait pu avoir pour Simon pendant ces séjours à Poudlard mais rien de probant me revint. Sans doute Dumbledore avait-il veillé à ce qu’il ne trouble pas la quiétude de son neveu. Mon regard tomba sur la photo et je fronçai les sourcils. Quelque chose clochait quand j’étudiais les Croupton. Je montrai l’enfant derrière lequel se tenait Barthy Croupton, qui dans sa blondeur et ses tâches de rousseurs m’évoquait quelque peu Simon.

-Mais il a un fils, alors … pourquoi est-ce que Simon a hérité ? J'oublie toujours que tous le monde ne sait pas ce qu'il s'est passé, c'est vraiment troublant

Rose eut un sourire amer.

-Le fils s’est fait Mangemort. Enfin, on n’est pas sûr, ajouta-t-elle précipitamment quand j’ouvrais de grands yeux éberlués. C’est une histoire très étrange, très trouble … Barthy ne s’est jamais vraiment occupé de Barty Junior, et j’avoue que je n’avais aucun contact avec la famille, Cassie a cessé de parler à son frère après la mort de leur mère …

Rose pinça les lèvres avec une certaine désapprobation.

-Toujours est-il qu’on ne connaissait pas ce gamin. Après la chute de Tu-Sais-Qui, il s’est fait prendre avec un groupe de Mangemort dont tu as dû entendre les noms, ils se sont échappés en même temps que Jugson … Bellatrix, Rabastan et Rodolphus Lestrange. Ils… Ils ont torturé jusqu’à la folie un couple d’Auror, ça a été un drame … Et le petit Barty a été pris avec eux. Est-ce qu’il était vraiment Mangemort ou est-ce qu’il était simplement au mauvais endroit au mauvais moment, je n’en sais absolument rien. Je n’ai pas été procureure de ce procès-là, Alice Londubat était l’une de mes amies à Poudlard … J’ai exhorté Croupton à faire de même, un père ne devrait jamais avoir à juger son fils mais … Visiblement, certains liens sont plus distendus que d’autre. Non seulement il a présidé le procès, mais en plus il l’a envoyé à Azkaban, livré tout droit aux Détraqueurs. Le gamin est mort un an plus tard, enterré dans le cimetière de la prison … Eh non, en vrai il aimait son fils (tout au fond au fond de lui), j'aime pas Croupton mais je lui reconnait quand même ça

Je déglutis pour faire passer la boule qui m’enserrai la gorge. Pour éloigner mon esprit de cette sordide histoire, je poursuivis mon étude de la photo. J’effleurai du regard la jeune fille délicate qui bougeait à peine sur l’image. Elle ressemblait à Cassiopée avec ses traits fins et son regard fumé, mais contrairement à sa sœur aînée elle était une vraie beauté, avec des pommettes hautes et une opulente chevelure noire comme celle de sa mère.

-Et elle… ?
-Lysandra ? précisa Rose d’un ton prudent. Elle s’est mariée à un Sang-Pur américain et est partie vivre avec lui aux Etats-Unis après la mort de Cassie. Sans doute pour oublier …
-Hé bien, quelle famille … ça tu l'as dis

Rose s’esclaffa doucement et referma l’album pour le poser au-dessus du premier.

-Oui, c’était une époque assez atroce. Et voilà comment l’arbre généalogique Croupton a été déblayé. Du côté mâle, il ne restait plus que Simon ... Je te jure que si cette crapule de Barty avait pu me l’arracher pour réussir avec lui tout ce qu’il avait raté avec son fils, il l’aurait fait.

Le visage de Barty Croupton Junior me revint en mémoire et je fus de nouveau frappée par sa ressemblance fortuite avec Simon. Avec un certain malaise, je me rendis compte qu’il aurait pu vivre mille différentes, des vies qui l’auraient sans doute façonné de façon totalement différente … des vies dans lesquels je n’aurais pas existé pour lui. L’idée me gêna assez pour affoler mon rythme cardiaque et je croisai mes bras sur les entrailles qui venait de se tordre. Rose parut percevoir mon trouble car elle posa une main douce sur mon genou et me sourit avec une telle douceur maternelle qu’une chaleur bienfaisante se répandit dans ma poitrine.

-Je suis heureuse que tu sois au courant, c’était étrange de te voir ignorer tout cela … je pensais … Que Simon t’en parlerais, après la mort de Cédric. Que ça ferait remonter des choses et qu’ils n’auraient plus d’autre choix que de t’en parler mais … Visiblement, il n’était pas prêt.
-Je ne suis pas sûre qu’il le soit encore, avouai-je avec un certain malaise. Il … il ne m’a même rien dit, c’est moi qui aie fouillé dans les journaux et depuis le jour où je l’ai confronté il refuse d’en parler, comme si … ça ne changeait rien.

Les doigts de Rose se crispèrent sur mon genou, accentuant mon malaise. Je voyais dans ses yeux tous les espoirs qu’elle portait sur moi, tout le bien que j’étais capable d’apporter à celui qui était devenu son fils, mais j’ignorais si j’en étais digne. Si eux, l’homme et la femme qui l’avaient l’élevé, les personnes que Simon aimait le plus au monde n’avait pas réussi à lui faire accepter la réalité, j’ignorais si j’étais capable de le faire. Les larmes qu’ils s’était refusés à faire couler sur la plage me revinrent et ma poitrine s’étreignit davantage.

-Il a un vide en lui, explicitai-je en un souffle. Et il est complétement plongé dedans … il n’arrive pas à sortir du gouffre, j’ai l’impression. Et l’ambiance à l’école, ça n’aide pas …
-Vous n’êtes pas à l’école, ici, rappela Rose avec douceur. Peut-être qu’il y a quelque chose à faire pour l’intéresser à autre chose … Je ne sais pas, faire une soirée avec vos amis, des après-midis dans les campagnes … Un retour aux sources.

Je pinçai des lèvres. Bien sûr, c’était des choses que j’avais envisagé mais elles avaient été rendues compliquée par l’absence d’une partie de la bande de Terre-en-Landes, partie soit en vacances pour certains, soit restés dans leurs universités respectives pour l’autre, et par le sérieux de Simon concernant nos révisions des ASPICs – et pire que tout, les BUSEs de Susan. J’en fis part à Rose qui poussa un soupir de dépit.

-Oh, je vous jure nous, les Poufsouffles, râla-t-elle, m’arrachant un sourire. Pas critiquer les Poufsouffle !!!Bosseurs jusque dans l’absurde … C’est vrai que Susie ne semble pas sereine pour les examens, mais lui s’en sortira très bien, il a largement de quoi entrer au Ministère …

Je m’efforçai de rester impassible tout en me promettant d’aller tirer les oreilles de Simon. J’étais surprise qu’il ne leur ai pas fait part de son intention de ne surtout pas entrer au Ministère, mais je compris un instant plus tard quand Rose continua de babiller de façon plus joyeuse sur ce qu’elle avait prévu quand il y serait rentré, qu’Alastor Maugrey – le vrai, cette fois, pas l’imposteur que nous avions eu en professeur l’année dernière – s’était déjà trouvé ravi de donner des conseils au fils de son ancienne protégée et je compris que Simon devait avoir une pression monstre sur les épaules. Tous les Bones ou presque entraient au Ministère, très souvent – ou même exclusivement – au Département de la Justice Magique. Mêmes leurs compagnons, en témoignait les carrières de Rose et Cassiopée Bones. George et Rose ne devait pas envisager une autre voix pour le fils de celui qui avait failli présider la Justice Magique, un garçon qui dans ses capacités et ses valeurs avait parfaitement le potentiel pour s’y élever. Mais j’avais fini par le comprendre : Simon n’était pas un animal politique. Soit le Ministère le détruirait, soit c’était lui qui détruirait le Ministère et l’un comme l’autre n’était pas souhaitable. EffectivementJe gardai mes réflexions pour moi : c’était à Simon d’en parler à ses parents. Je gérais déjà trop de chose dans sa vie et mon avenir était déjà bien assez flou pour que je m’occupe de celui de Simon.


Voilà, la suite arrivera la semaine prochaine ! en attendant, prenez soin de vous !
Je commente la deuxième partie dans les prochains jours ;) J'ai trouvé cette partie instructive mais ça me rend toujours aussi triste quand j'entends parler de l'histoire de Simon...
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

HEEEEEY

CECI N'EST PAS UN CHAPITRE. Que je vous explique : je trouve que mon "prologue" n'était pas vraiment un vrai prologue. C'était plus la forme d'un premier chapitre. Alors j'ai décidé de rédigier un vrai prologue à cette histoire, sous une forme un peu particulière ... Donc ce serait à placer au tout début (ce que je ne peux pas faire, BN je vous aime mais c'est pas d'uen graaaande praticité (mais ce que j'aime BN (Oui aussi les gâteaux - STOP PERRI))).

DONC VOILA c'est court mais ça permet de patienter jusque la semaine pro ! Bonne lecture !

Prologue


Extrait de La Gazette du Sorcier, 1er Novembre 1981

VOUS-SAVEZ-QUI VAINCU


« Je suis heureuse de pouvoir vous annoncer que nous avons la certitude que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a été détruit hier soir à Godric’s Hollow », a annoncé ce matin la Ministre de la Magie, Millicent Bagnold avec une grande solennité. Si la mine de la Ministre s’efforçait d’être sérieuse, l’annonce a provoqué des cris de joies chez les journalistes et les hauts fonctionnaires derrière elle qui, après plus de dix ans de guerre, de noirceur et d’incertitude, ont enfin l’occasion de sourire.

Depuis cette déclaration inattendue au moment où la guerre contre le Mage Noir semblait tourner en sa faveur, un sortilège d’allégresse semble avoir frappé l’Angleterre. L’issue était si inespérée qu’on en oublie ce qui se cache derrière la déstruction de celui qui a terrifié notre pays durant de longues années. Pourtant, il ne faudrait pas oublier dans l’ivresse les dernières victimes du Mage Noir et celui à qui nous devons notre nouveau bonheur.

« Il semble que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ait attaqué seul la maison de Lily et James Potter à Godric’s Hollow », nous conte ensuite la Ministre d’un ton affligé. « Le corps du couple ont été retrouvé sans vie … mais leur enfant, Harry, âgé d’un an, a survécu. Nous sommes mêmes amenés à croire, si incroyable que cela puisse paraître, que cet enfant est à l’origine de la destruction du Mage Noir. Après examen de nos experts, il semble qu’il ait tenté de tuer le garçon mais que, d’une manière ou d’une autre, son sortilège se soit retourné contre lui … »


Extrait du procès-verbal du bureau des Aurors

A noter ce jeudi 12 Novembre 1981 l’arrestation de Robert Aloyssius JUGSON, domicilié dans le Gloucestershire et connu pour appartenir au groupe dévoué au Seigneur des Ténèbres appelé « MANGEMORT ».
Poursuivit pour la participation aux meurtres d’Edgar et Cassiopée BONES et de leurs deux fils la nuit du 13 août 1981.
Peine appliquée : envoie à Azkaban, sans procès.
Signé par : Rose BONES, procureure et Bartemius CROUPTON, Directeur de la Justice Magique.

Extrait des archives de La Gazette du Sorcier, 17 janvier 1983 :

DECHEANCE POUR BARTY CROUPTON


Cela se sentait depuis quelques semaines et cela a fini par se concrétiser. La Ministre de la Magie a reçu hier la démission de Bartemius Croupton, chef de la Justice Magique. Le fonctionnaire s’est excusé auprès de la communauté en expliquant devoir faire le deuil de son épouse, décédée quelques semaines plus tôt, mais personne n’est dupe. Notre journal avait évoqué pas plus tard que la semaine dernière le scandale familial dans lequel était englué Mr. Croupton. L’arrestation puis la déportation de son fils unique à Azkaban pour la torture entrainant une incapacité chronique sur les Aurors Alice et Frank Londubat a provoqué l’émoi dans la communauté magique et jeté le déshonneur sur la grande famille des Croupton. Mais c’est la mort du jeune homme à Azkaban qui a mis le feu aux poudres : après tout, qui est responsable de l’éducation de cet enfant ? Comment un garçon de si bonne famille a-t-il pu mal tourner ? L’opinion a un coupable tout désigné : son père, cet homme influent, froid et ambitieux qui l’a expédié sans sourciller à Azkaban. Depuis la Communauté Magique ne cesse de s’interroger : comment faire confiance à un homme qui a détruit sciemment son fils de toutes les manières possibles ?
Mr. Coupton a refusé de répondre à nos questions. D’après la Ministre, il aspirerait à la paix et au deuil après les morts simultanées de son fils et de son épouse. Il sera remplacé par Elias Tremblay, autrefois chef du bureau des Services Abusif de la Magie.


Extrait des archives de l’école élémentaire de Terre-en-Lande, 18 janvier 1985

Madame, Monsieur Bennett,

Je suis dans le regret de rédiger cette lettre pour vous informer du comportement de votre fille, Victoria. La plupart du temps, c’est une enfant timide dont il est difficile d’arracher plus de deux syllabes par jour. Mais depuis le début de l’année, il y a eu certains incidents autour d’elle dont vous devriez être informés. Même si elle est silencieuse la plupart du temps, elle s’énerve très facilement – et absurdement – contre l’un de ses camarades, Simon Bones, et ce de manière systématique. Par exemple, elle a renversé sur lui un pot de peinture disposé en hauteur lors du cours d’arts plastique, elle a renversé plusieurs fois sa trousse de crayon, et autres objets comme ça. A d’ailleurs parfois effrayer les autres enfants : elle a réussi à introduire une mygale dans son cartable cette semaine.

J’aimerais pouvoir discuter de cette situation avec vous afin que nous puissions prendre, monsieur, madame, les mesures adaptées à la situation. Mr et Mrs. Bones seraient également présent. Pourriez-vous nous indiquer vos disponibilités ?

Bien cordialement,
Mary Cooper, directrice.



Extrait de La Gazette du Sorcier, 3 juillet 1987
REMANIEMENT AU MINISTERE


Suite au scandale des pot-de-vin pour Tapis Volant et l’arrestation du Directeur de la Justice Magique Elias Tremblay pour corruption, la Ministre Millicent Bagnold a effectué un remaniement express dans son équipe pour contenter la gronde de la Communauté.

Ainsi, trois directions de département ont été changées par la Ministre. Le département des Jeux et Sports Magiques, dirigés jusque-là par un ancien administrateur de la FAQ (fédération anglaise de Quidditch, ndlr), ont changé de jeu dans la liesse générale avec l’arrivée du populaire Ludovic Verpey. Le Département des Transports Magiques est lui passé aux mains du très expérimenté James Whiltmore qui œuvre depuis près de vingt ans au service des Portoloin.

L’accueil a été moins chaleureux pour le retour en politique de Bartemius Croupton, rappelé par la Ministre pour prendre la tête des Relation Magiques Internationales. Retiré depuis la mort de sa femme quelques années plus tôt, l’ancien directeur de la Justice Magique jouit encore d’une certaine popularité dans le milieu diplomatique grâce à sa fermeté et son sens des affaires certains. C’est également son expérience et son incorruptibilité que Millicent Bagnold est venue chercher en le réintégrant à son équipe.

Mais la décision la mieux reconnue et celle accueillie avec le plus d’enthousiasme a été la nomination d’Amelia Bones à la tête du Département de la Justice Magique. La juriste, âgée de trente-sept ans, est l’une des plus influentes et des plus inflexibles membres du Mangemagot depuis quinze ans. Nul doute qu’après ce scandale de corruption, une femme aussi juste et impartiale que Mrs. Bones est plus que bienvenue à la tête du Département le plus imposant du Ministère …

Extrait de la correspondance de Victoria Bennett, 15 juin 1989

Chère Miss Bennett,

Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores et déjà d'une inscription au Collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité. La rentrée étant fixée au 1er septembre, nous attendons votre hibou le 31 juillet au plus tard.
Veuillez croire, chère Miss Bennett, en l'expression de nos sentiments distingués.

Minerva McGonagall, Directrice adjointe


Extrait de la correspondance de Victoria Bennett, 9 septembre 1989

Salut papa,

Ma première semaine s’est bien passée. Je me sens un peu seule, même si je suis dans la même classe que Simon, mais c’est normal, je ne connais personne. Il y a un garçon très gentil avec moi, il s’appelle Cédric. Ma professeure principale est aussi adorable, elle m’a prise à part au premier cours pour m’expliquer tout ce que je ne savais pas. La nourriture est bonne – mais tu fais mieux les pommes-de-terres quand même.

J’espère que vous n’êtes pas trop déçus de moi. Peut-être que si l’école ne me plait pas, je pourrais continuer dans un collège normal ? Il faudrait demander aux Bones. Mais pour l’instant, ça va encore, je m’attendais à pire. En tout cas, je me dispute toujours avec Simon. Il a glissé une grenouille dans mon lit hier et il a cru que ça me ferait peur.
Embrasse maman de ma part.

Je vous aime. Vous me manquez. Beaucoup.
Victoria


Extrait de La Gazette du Sorcier le 20 avril 1990

CORNELIUS FUDGE ELU MINISTRE DE LA MAGIE


Les urnes ont parlé hier : avec 51,15% des voix, Cornelius Fudge a été élu Ministre de la Magie avec la plus petite des marges jamais enregistrée dans l’Histoire. Son rival, Tiberius Ogden et éminent membre du Magenmagot, a admis sa défaite dans un communiqué sobre : « La démocratie a parlé, il me faut m’incliner. J’espère que Monsieur Fudge sera à la hauteur de l’héritage prospère laissé par Millicent Bagnold … »

En effet, c’est une Communauté reconstruite et apaisée qu’a laissé notre Ministre de la Magie sortante. Cornelius Fudge, anciennement directeur du Département des Catastrophes Magiques, compte bien s’appuyer sur les bases solides de sa prédécesseure : Barty Croupton à la Coopération Magique Internationale et la brillante et impartiale Amelia Bones sont assurés de garder leur poste.


Extrait de La Gazette du Sorcier, 4 septembre 1991*

LE CAMBRIOLAGE DE GRINGOTT'S


L'enquête sur le cambriolage qui s'est produit le 31 juillet dans les locaux de la banque Gringotts se poursuit. La piste suivie par les enquêteurs devrait les mener dans les milieux de la magie noire. Les gobelins de Gringotts ont répété que rien n'avait été volé. La chambre forte fracturée avait en effet été vidée le même jour. « Mais nous ne vous révélerons pas ce qu'elle contenait et, dans votre propre intérêt, nous vous conseillons vivement de ne pas vous mêler de cette affaire », a déclaré le porte-parole des gobelins.


Extrait de la correspondance d’Albus Dumbledore, 7 juin 1992

Cher Albus,

Nous avons longuement discuté avec Pernelle de la meilleure décision à prendre au regard de tes conseils et des derniers événements. Nous avons également consulté Olympe Maxime qui est également une sorcière extraordinaire de sage conseil. Bien évidemment elle est en désaccord avec toi, mais c’est pourtant vers ta décision que je penche. J’ai trop vécu : j’ai l’air d’un homme jeune mais je suis usé, craquelé comme du vieux cuire. Je ne ressens rien, pas même à l’idée de mourir et c’est face à ce constat que je me suis dit que le temps était sans doute venu. La vie n’a plus rien à m’offrir …

Alors je détruirais la pierre philosophale qui est en ta possession. Je ne prendrais pas le risque qu’elle serve à la magie noire. Je ne prendrais pas le risque de perdre mon âme pour garder ma vie …

Ne me pleure pas, Albus, j’ai vécu plus de vie que je n’en ai mérité. Il ne faut pas avoir pitié des morts, mon ami : ce sont des vivants qu’il faut avoir pitié. J’ai tout vécu : seule la Mort m’échappe encore. Il est temps de tenter l’aventure, tu ne crois pas ?

Peut-être auras-tu l’occasion de me rendre visite une dernière fois avant que ma grande aventure ne s’achève … Je l’espère sincèrement, Pernelle ne saurait partir sans t’avoir battu une dernière fois aux échecs.

Au revoir, mon ami.
Nicolas Flamel



Correspondance de Miles Bletchley, 13 novembre 1992

Bonjour papa,

J’espère que Cora et Felicity vont bien et qu’elles ne mènent pas la vie trop dure à maman. Ici, rien ne s’arrange. Il y a eu un nouvel élève agressé, un Poufsouffle. Et un fantôme. Je t’assure, un fantôme … ça effraie tout le monde, je ne comprends pas que la Gazette n’en parle pas. Tout le monde cherche l’héritier de Serpentard qui serait responsable de tout ça et du coup on est tous traité comme des pestiférés … Hier quand je suis entré dans les toilettes, le groupe de Serdaigle qui y était a tiré la baguette et m’a demandé d’aller ailleurs. Si ça continue, je ne dirais pas non pour rentrer à la Maison …

Embrasse mes sœurs et maman,
Miles

Extrait de la correspondance de Simon Bones, 2 mars 1993 :

Simon,

Je te connais par cœur alors je me permets de t’écrire cette lettre pour te rappeler de surtout respecter les règles. Ta tante m’a appris qu’il y avait eu encore deux élèves agressées hier, on parle de fermeture de l’école … Alors tu vas m’écouter, tête de mule : sois prudent ! Tout Sang-Pur – bon, Sang-Mêlé, mais ça n’a pas d’importance – que tu es, tu n’es pas à l’abri d’un accident. Alors respecte le couvre-feu, soit toujours accompagné d’un groupe d’élève, ne sors pas dans les couloirs en dehors des heures prévues, reste autant que tu peux dans ta Salle Commune. Et surtout, surtout, surtout, continue de garder un œil sur Victoria. Elle est née-moldue, c’est elle qui risque le plus dans l’histoire … Surtout, ne la laisse jamais seule, prends soin d’elle – et prendre soin d’elle n’implique pas de mettre des pétards du Dr. Filbuste dans son sac, Simon. Ne crois pas, j’ai des espions à Poudlard. Je suis quand même rassuré de savoir d’Emily et Cédric prennent la sécurité de Victoria à cœur. Restez à quatre et groupés et tout devrait bien se passer.

Je t’aime. Prends soin de toi.
Ton père


Extrait du registre du Conseil d’Administration de Poudlard, 10 juin 1993

En ce jour nous attestons la réintégration à son poste de directeur de l’école de Sorcellerie Poudlard d’Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore.

A noter également l’exclusion du Conseil de Lucius Abraxas Malefoy, coupable de corruption et d’intimation sur les autres membres, actes qui ont mis en danger l’école.

Extrait de la Gazette du Sorcier, 25 juillet 1993*

UN EMPLOYÉ DU MINISTÈRE DE LA MAGIE REMPORTE LE GRAND PRIX


Arthur Weasley, directeur du service des détournements de l'Artisanat moldu, a remporté le grand prix de la loterie du Gallion organisée chaque année par La Gazette du sorcier. Mr Weasley, ravi, nous a déclaré : « Cet or va nous servir à faire cet été un voyage en Egypte où se trouve Bill, notre fils aîné. Il travaille là-bas comme conjureur de sorts pour le compte de la banque Gringotts, la banque des sorciers. » La famille Weasley va donc passer un mois en Egypte et sera de retour pour la rentrée des classes au collège Poudlard où cinq des enfants Weasley poursuivent leurs études.



Extrait de la correspondance d’Amelia Bones, 27 juillet 1993

Amelia,

Revenez immédiatement au Ministère, nous sommes face à une grave crise. Sirius Black s’est échappé d’Azkaban. SIRIUS BLACK, rien que ça ! Les Détraqueurs viennent de nous prévenir. C’est une véritable catastrophe, Amelia, il faut que vous m’aidiez à régler ça immédiatement. J’ai déjà informé Dumbledore de l’évasion et j’ai une convoqué une conférence de presse dans une heure, mais il faut que d’ici là vous m’ayez envoyé tous vos Aurors disponibles dans tout le pays. Vous savez que Black est dangereux et puissant, il peut être partout … Mille gargouilles galopantes, BLACK ! Venez vite, Amelia, j’ai besoin de vous !

Cornelius


Extrait de La Gazette du Sorcier, 23 juin 1994

LES RECHERCHES CONTINUENT


Alors que le Ministre de la Magie a admis du bout des lèvres avoir failli attraper à Poudlard Sirius Black, le criminel de sinistre réputation évadé presque un an plus tôt, Rufus Scrimegeour, Directeur du Bureau des Auror en charge de la traque, nous indique avoir des raisons solides de penser que Black aurait quitté le pays. « Après son escapade à Poudlard, il a dû prendre peur : il a failli retourner à la case départ », fait valoir Scrimegeour. Il a annoncé avoir d’ors et déjà pris contact avec les Aurors français et allemands pour poursuivre les recherches : la piste d’un exil dans l’est de l’Europe, historiquement plus tolérante à l’égard des mages noirs, n’est pas à exclure selon le Bureau des Aurors.


Extrait de la correspondance de Victoria Bennett, 15 juillet 1994


Salut Vic’ !
J’espère que tes vacances se passent bien et que Simon et toi ne vous écharpez pas au moment où je t’écris. Ah les vacances, le seul moment où je ne peux pas vous séparer … Mais ne parlons pas de ça ! Mon père a pu avoir des places pour la finale de Quidditch, je n’en reviens pas ! C’est incroyable, j’espère vraiment que l’Angleterre arrivera au bout, ce serait un rêve ! Tu as suivi le match d’ouverture contre la Transylvannie ? Bon sang, j’ai tremblé jusqu’au bout !

Tu sais, j’ai essayé de négocier pour que mon père prenne une place supplémentaire – je sais que Simon y va avec Octavia et Emily peut-être aussi, on aurait pu s’y retrouver … Mais on n’a pas de gros moyen, je suis vraiment désolé … Mais je t’enverrais une lettre pour te raconter ! Et je prendrais des notes pour la rentrée : la coupe ne nous a pas échapper de beaucoup l’année dernière. Cette année, avec toi dans les buts et moi en Capitaine, je te promets qu’elle est pour nous !

Prends soin de toi ! – et évite de casser le nez de Simon, cette fois.
Cédric


Archives de la Confédération Magique Internationale, le 23 juillet 1994

Par la présente nous attestons de la refondation du Tournois des Trois Sorciers. Elle sera faite sous cette forme :
- Une série de trois épreuves magiques fixées au 24 Novembre, 24 février et 24 juin.
- Ces épreuves se dérouleront à l’école de Sorcellerie POUDLARD (Royaume-Uni), qui accueilleront ainsi les élèves participants de BEAUXBATONS et DURMSTRANG durant cette année scolaire.
- Seuls les élèves MAJEURS pourront participer à ce Tournoi.
Fait en présence des directeurs des trois écoles : Albus Dumbledore pour Poudlard, Olympe Maxime pour Beauxbâtons et Igor Karkaroff pour Durmstrang.


Extrait de la correspondance d’Albus Dumbledore, 24 juillet 1994

Cher Albus,
Vous êtes un vieux roublard. J’ai réfléchi à votre proposition. Bon sang, je n’avais pas pensé mais … Oui. Oui, je vais accepter, finalement. Mais c’est uniquement pour vous dépanner, Albus et parce que je ne suis absolument pas rassuré de savoir cette crapule de Karkaroff dans l’école. Ne le prévenez pas : je veux voir sa tête lorsqu’il s’apercevra que je suis là aussi. Je l’admets, j’en ris d’avance. Mais une fois ce fichu tournoi terminé, je retourne à ma retraite.
Surtout que je sens que des choses se trament, Albus. Vous avez entendu parler de la disparition de Bertha Jorkins ? Evidemment que Verpey s’en fiche, mais une disparition inexpliquée n’est jamais bon signe. Et il y a la mort de ce moldu dont vous m’avez parlé la dernière fois … le jardinier des Jedusor. Et maintenant Karkaroff qui a l’occasion de revenir en Angleterre ? Ce n’est pas bon, Albus. Continuez d’ouvrir l’œil.
N’oubliez pas de détruire cette lettre une fois reçue. Vigilance constante, Albus.
Alastor
Charmimnachirachiva

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Re: Ombres et Poussières II 24 2 [Harry Potter]

Message par Charmimnachirachiva »

Coucou ! J'ai vu le prologue (que j'ai lu, j'ai pas pu résister) et il est super. Par contre je com quand-même cette fin de chapitre avant ;)
Perripuce a écrit :COUCOU TOUT LE MONDE
Bon désolée je poste en coup de vent, pas grand-chose à dire (OUI LE MANQUE DE SPORT SE FAIT SENTIR) :lol: , alors j'espère que vous allez tous bien, que vos proches vont bien, et tout cela !
Bonne lecture <3
(Bon la prochaine fois on se revoit dans deux semaines, j'arrête de faire n'imps avec mes postes). Dixit la personne qui vient poster un prologue alors que c'est pas la bonne semaine ? ;) :lol:


Chapitre 24 (2/2) : La famille cachée.

-Les Tornades ? Mais c’est impressionnant !

Je fusillai du regard la petite Cora, On est chez MILES !!!qui m’adressa un sourire adorable teinté de contrition. Son père, Oliver Bletchley, supervisait joyeusement la marmite de bœuf qui frémissait sur la gazinière tout en me parlant, sous l’œil scrupuleux de Miles. C’était un homme bedonnant aux épais cheveux bruns filés de gris et au sourire doux, quoique qu’empreint d’une certaine incertitude constante. Comme je l’avais anticipé, je n’eus aucun mal à m’entendre avec lui : il était calme, avenant, et n’avait visiblement aucun grief contre les nés-moldus puisqu’il me questionnait régulièrement sur notre mode de vie. Il semblait en revanche totalement soumis à sa femme, Selena Bletchley, une grande femme qui avait légué à Miles et à Felicity son beau visage et son teint mat, mais qui me mettait nettement plus mal à l’aise. C’était elle qui m’avait ouvert la porte lorsque je m’étais présentée, les entrailles nouées et accompagnée d’Isabel McDougal, devant la petite maison mitoyenne dans la banlieue de Manchester et son regard s’était baissé de chaque côté de son nez droit, l’air d’évaluer si la petite fille chétive que j’étais serait capable de porter ses petits-enfants. Mais je n’avais pas eu à souffrir plus de sa présence, puisqu’elle s’était éclipsée dans sa chambre immédiatement après, non sans avoir demander – ou plutôt ordonner – à son mari de préparer le dîner. Avant que je ne puisse songer que la mère de Miles était peut-être le principal problème de cette maison, son père s’était chargé de me mettre à l’aise avec une conversation bienveillante et badine. Mais c’était avant que, alors que la discussion s’orientait vers le Quidditch, Cora ne lâche, avant d’écraser sa bouche de ses deux paumes, qu’un essai m’attendait chez les Tornades. Il va falloir te résoudre Vic, ça aurait fait le tour de Poudlard !

-Tu dois être douée, les Tornades sont premiers du championnat depuis deux ou trois ans ! Vic c'est la meilleure. Quoi ? Vous ne le saviez pas ? Ba maintenant vous le savez ! poursuivit Mr. Bletchley, visiblement impressionné. A quel poste tu joues ?
-Je suis gardienne. Mais ce n’est qu’un essai, je ne suis même pas encore sûre que je le passerais, en plus …
-Pourquoi ? s’étonna Isabel, perplexe. Tu es une super gardienne, je suis sûre que tu pourrais réussir …
-Et les Tornades sont vraiment une opportunité en or ! enchérit Cora en hochant vivement la tête avec ferveur. J’ai toujours rêvé d’aller voir un match d’eux, de ce que j’entends à la radio ça a l’air tellement fou ! Comme ça tu m’auras des places ! La fille pas du tout intéressée...

J’eus un sourire crispé à son encontre mais son père m’appuya en ensorcelant une cuillère de bois pour qu’elle frappe le crâne de sa benjamine J'aime bien l'image, c'est dans ces scènes quotidiennes magique qu'on prend l'ampleur du monde magique. Ca ajoute du réalisme (enfin dans du fantastique quoi...)qu’il accompagna d’un regard d’avertissement. Cora se frotta la tête, l’air ennuyé.

-Mais quoi ?
-Laisse-la tranquille, sinon elle va s’en aller, intervint Felicity en levant les yeux au ciel en un geste somptueusement dédaigneux. Victoria n’a peut-être pas envie de travailler dans le Quidditch …
-Mais qui refuserait d’aller chez les Tornades ?
-Cora !

La réprimande venait à la fois de Felicity et de Miles et la jeune fille se rembrunit en croisant boudeusement les bras sur sa poitrine. Isabel échangea avec moi un regard gêné. Elle aussi dormait chez les Bletchley, visiblement après une longue et harassante dispute entre Cora et sa mère, qui ne voulait pas la charge d’un autre enfant, mais elle n’avait rien à craindre d’Isabel. La jeune fille s’était d’ailleurs attiré la sympathie de Mr. Bletchley en mettant la table sans qu’on lui demande et en l’aidant pour la préparation du repas pendant que Miles et moi révisions dans le salon. J’entrepris d’ailleurs de ranger mes affaires tout en observant l’environnement. Miles avait été gêné en me la faisant visiter, gêne qui s’était caractérisé par une phrase significative « ça doit te paraitre plus petit que chez les Bones ». Il était vrai que les Bones habitaient une très belle maison victorienne aux grandes proportions, à la fois noble et humble, mais je ne m’en servais absolument pas de point de comparaison. Pourtant, le sentiment d’infériorité de Miles semblait latent alors que j’observais les poutres apparentes de la salle à manger ou sa petite chambre qui pouvait à peine contenir son lit double et son bureau. J’avais tenté de le rassurer : ma propre maison n’était pas beaucoup plus grande que la sienne et je trouvais à celle-ci un certain charme. Le mobilier était certes usé et les pièces étroites mais je ne voyais là rien dont Miles pourrait avoir honte. Mais visiblement, rien ne pouvait le soulager et je remarquais régulièrement son regard ardent planté sur son père et des mots qu’ils échangeaient à voix basse avant que le pauvre homme ne baisse les yeux. Aie
Une chose était sûre, c’était qu’Oliver Bletchley avait une tendance certaine à baisser les yeux. Et c’était peut-être cette attitude de soumission constante qui provoquait la contrariété dans ceux de son fils. Le caractère de son père doit l'exaspérer...
Je pinçai les lèvres en rangeant mes révisions par-dessus celles de Miles. Il y avait une dynamique étrange dans cette famille dont je n’arrivais pas à saisir tous les aspects. Faute de me faire une réelle idée, je rejoignis le reste de la famille pour le dîner. Nous venions de nous mettre à table lorsque Mrs. Bletchley descendit, portant une élégante robe d’un bleu pervenche qui lui seyait particulièrement bien. Elle s’assit gracieusement à la tête de la table et se servit sans attendre dans le plat. Felicity dressa un sourcil.

-Tu sors encore, maman ?
-Oui, je vois quelques amies, répondit distraitement sa mère avant de vriller ses yeux bleus sur moi. Alors, Victoria, nous n’avions pas eu l’occasion de parler … J’ai entendu parler que tu te destinais au Quidditch ? Ca te poursuivra à jamais

Je ne sus que penser de la lueur qui s’alluma dans le regard de Selena Bletchley et qui vacilla aussitôt pour ne laisser qu’un sourire aimable. Je l'aime pas la maman BletchleySi Cora et Isabel parurent ravies de revenir sur cette conversation, mon sauveur prit le visage de Felicity, qui insista l’air buté :

-Justement, Victoria est là, peut-être que tu pourrais rester pour une …
-Chérie, la coupa sa mère d’un ton nettement plus froid. C’était une sortie prévue de longue date, je suis navrée qu’elle tombe lors de la visite de Victoria, vraiment, désolée ma chère … Entre le père qui n'a pas de caractère et la mère qui s'en fiche de sa famille, ça ne m'étonne pas que Miles ait quelques problèmes avec
-Oh, ce n’est rien, je ne voudrais pas bouleverser votre emploi du temps …

Elle m’adressa un adorable sourire qui dévoila des dents incroyablement blanches. Alors que le silence s’installait de nouveau dans la pièce et que l’on entendait plus que les couverts dans les assiettes et le son peu agréable des mastications. Plusieurs conversations badines s’en suivirent et Mrs. Bletchley finit par se lever gracieusement de la table, enfiler une cape très élégante malgré la couleur passée et partit sans demander son reste. Après cela, Felicity fixa la porte d’un regard brûlant alors que Cora et Isabel se dépêchaient de s’isoler dans leur chambre. M’abstenant du moindre commentaire, j’aidais le père de Miles à débarrasser la table et à faire la vaisselle. Mon petit-ami, qui avait amorcé un mouvement pour monter dans sa chambre, dût se résoudre à ensorceler les assiettes pour qu’elles se rangent dans les armoires. Son père lui jeta une œillade amusée.

-C’est bien la première fois que je te vois faire la vaisselle, tiens … Tu veux montrer à Victoria que tu es un homme à marier ? :lol: Gêne...

Les joues de Miles rosirent et l’une des assiettes ensorcelées manqua sa cible et alla se fracasser contre le mur. GloupsPestant à voix basse, il la répara d’un coup de baguette et la rangea manuellement.

-Que veux-tu, marmonna Miles en refermant les portes du placard. L’année prochaine je ne serais plus ici, il faut bien que j’apprenne …

Nous fûmes deux à tiquer sur la phrase, mais pas pour les mêmes raisons : Mr. Bletchley ne paraissait plus mortifié que surpris de la pique et se contenta donc de lorgner la vaisselle qui se faisait seule d’un air morne. Moi, j’interrogeai Miles du regard, qui articula silencieusement « plus tard » avec un haussement d’épaule évasif. Pressée d’entendre les explications, je jetais un sortilège de séchage si puissant que même l’eau dans l’évier s’évapora, mais cela parut plus amusé Mr. Bletchley que l’ennuyer.

-Toi en tout cas, tu es une fille à marier, plaisanta-t-il, me faisant piquer un fard. Enfin, pas parce que tu sais lancer des sortilèges ménagers et que tu es une fille, comprends le bien … Bref (il se gratta la tête, l’air embrassé). Merci du coup de main, toujours. Il est super sympa mais pas très carcatériel... D'ailleurs t'avais pas dit que tu caserais qu'il était un joueur de Bavboule après le bonus de Cazo ?
-Un plaisir, le rassurai-je avec un mince sourire. Et merci pour le repas, c’était très bon. Chez moi c’est mon père aussi qui fait la cuisine, mais j’avoue que ses pommes-de-terre sont moins bonnes que les vôtres.

C’était faux, mon père était un virtuose de la pomme-de-terre autant qu’il était un spécialiste de Dieu, mais j’espérais par cette information dissiper l’embarras du père de Miles d’être ainsi cantonner aux tâches ménagères. Trois heures passées chez les Bletchley m’avaient suffies à commencer à appréhender la dynamique de cette famille et j’avais compris que cet homme adorable avait besoin d’être gratifié. Il était écrasé par une femme qui, visiblement, le méprisait, sans doute parce qu’elle songeait que sa beauté aurait pu lui apporter une meilleure vie que celle-là et un fils au caractère plus affirmé qui semblait en perméance être déçu de son attitude de soumission. Il m’adressa un sourire reconnaissant avant que Miles ne me prenne pas le bras en me proposant de monter. Je ne pus m’empêcher de lui jeter un regard contrarié.

-Tu n’es pas un exemple de gentillesse avec ton père …

Miles leva les yeux au ciel, la mâchoire contractée. Visiblement, ma réaction était précisément celle qu’il redoutait. Au moins il la connait bien...

-Tu sais, ça ne m’étonne même pas que tu le défendes. Mais c’est atroce, Vic’, franchement, j’ai envie de le secouer comme un prunier dès que je me retrouve devant lui. Il passe tout à mes sœurs et elles l’idolâtrent pour ça, il laisse ma mère lui marcher sur les pieds, sortir quand elle veut, faire de lui son elfe de maison … Bon sang, il n’a aucune dignité.

J’ouvris la bouche pour répliquer avant de ravaler mes mots et me mordre l’intérieur de la joue, un brin frustrée. Je n’étais pas venue là pour sermonner Miles et si son attitude envers son père, qui se démenait visiblement pour subvenir aux besoins de la famille à la fois domestiquement et financièrement, était injuste, je comprenais son agacement à le voir abandonner tout aspect de sa vie. J’étais une personne qui fuyait par nature les conflits, mais j’admettais avoir eu envie d’inciter le pauvre homme à répondre davantage à sa femme.

-Donc, ta mère sort souvent ? m’enquis-je à la place, dans l’espoir de mieux cernée cette femme.

Je savais qu’elle n’avait jamais occupé d’emploi, sans doute pour s’occuper de la maison, avais-je supposer. Mais comme c’était le père de Miles qui semblait tout faire … En gros elle dépense l'argent que son mari gagne en méprisant sa famille. C'est une femme sympathique dit donc !Miles poussa un profond soupir et poussa la porte de sa chambre. Je m’y engouffrai à sa suite et m’assit précipitamment sur la chaise de bureau – je ne voulais pas m’approcher du lit, pas maintenant, pas avant d’avoir mis les choses au clair.
Et j’avouais que depuis que j’étais entrée pour la première fois ici, l’idée de me retrouver dans ce lit avec Miles m’horrifiait autant qu’elle faisait pousser en moi de brûlantes envies dont je n’avais jusque alors pas conscience.
Mes joues s’échauffèrent et malgré moi, mon corps me trahit sous forme d’une accélération brusque des battements de mon cœur et d’une chaleur qui se diffusa étrangement dans mon bas-ventre. Le goût sucré de la potion d’Emily qui j’avais avalée par précaution la semaine précédente me revint en bouche et je déglutis pour le faire passer. Bien sûr, on n’acceptait pas de dormir chez son petit-ami sans que l’idée soit émise mais … C'est sûr que c'est pour ce soir !
Miles n’eus lui aucun mal à s’affaler dans son lit, les bras en croix, le regard rivé sur son plafond.

-Ouais, pas mal. Surtout depuis qu’on est tous entré à Poudlard et qu’elle a de moins à moins de choses à s’occuper ici alors … elle voit beaucoup de monde.

Il y avait beaucoup d’amertume dans ces derniers mots et je me rendis soudainement compte avec un grand malaise que le « beaucoup de monde » devait comprendre des hommes. Devant le regard à la fois dur et mortifié de Miles, une partie de moi souhaita grimper sur le lit et effacé cet air triste de son visage, mais l’enfant en moi n’en crispa que plus les mains sur la chaise pour être certaine que toute Victoria y reste soudée. Dilemne

-Très bien, je vois, soufflai-je, embarrassée. Je suppose que ça explique que tu veuilles quitter cette maison dès cet été …

Ça avait beau être une information en soit car nous n’en avions jamais parlé, elle ne me surprenait qu’à moitié : Miles brûlait d’indépendance et surtout de prouver qu’il valait mieux que la famille au sein de laquelle il avait vu le jour. Et c’était d’autant plus compréhensible qu’il fallait admettre que l’ambiance dans la maison était assez nauséabonde. Assez pour expliquer qu’il ait refusé que j’y entre pendant des mois. Miles m’adressa un sourire penaud.

-En partie, oui. Et puis, à quoi ça servirait que je reste ? En septembre, j’espère avoir un salaire, de quoi subvenir à mes besoins. Je ne vais pas rester chez mes parents comme un gosse, non ?
-Tu as déjà regardé pour entrer au Ministère ? interrogeai-je plutôt que s’attarder sur le fait que j’étais personnellement encore une enfant.

J’avais déjà vu certains élèves de septième année commencer à parler de l’avenir qui approchait à grand-pas, des discussions que j’avais fui comme la peste dans le sillage de Simon. Ils se ressemblent tellement de ce côté làEmily commençait déjà à constituer un solide dossier sur la formation comme Langue-de-plomb au Département des Mystères, Mathilda avait plusieurs fois échangé avec Chourave sur le métier d’apothicaire et d’herboriste,Ca lui va bien et Roger travaillait d’arrache-pied pour obtenir tous les ASPICs qui lui ouvrirait les portes de la médicomagie.

-J’attends les entretiens qu’on aura après les vacances, avoua Miles en haussant les épaules. Je doute que Rogue m’aide beaucoup, mais on ne sait jamais … Comme ça je dirais que ça ne va rien lui apporter mais il peut nous surprendreJe me dis que je peux avoir un bon dossier pour entrer dans le Contrôle et la Régulation des Créatures Magiques, non ? On est que trois à poursuivre les cours avec Hagrid mais Angelina n’est pas très intéressée je pense et je crois qu’Alicia est plutôt partie pour poursuivre dans le Quidditch …

Là-dessus, il me jeta une œillade entendue, un sourire fier aux lèvres. Une chaleur qui n’avait rien à voir avec celle qui persistait au creux de mes reins me monta aux joues et je détournai le regard, embarrassé. Miles poussa un grognement.

-Vic’ … Tu évites d’en parler depuis que tu as reçu la lettre des Tornades … A moi tu peux le dire. Qu’est-ce qui te fait peur ? Vas-y, fais lui confiance !( moi aussi ça m'interesse de savoir !)

Mes lèvres se tordirent et je masquai la grimace avec un sourire penaud. Il n’était pas le seul à tenter de m’arracher des confidences à ce sujet : George et Rose, prévenus par Susan de la proposition d’essai, m’avaient immédiatement proposé de m’y accompagner et même de me faire une avance pour m’acheter un nouveau balai, plus performant pour le niveau professionnel. Tant d’insistance ne faisait que me faire battre davantage en retraite, mais Miles semblait détaché, plus serein que les jours qui avaient suivi la proposition. C’était moins angoissant de pas être acculé, propulsée dans un avenir fantomatique.

-Je ne sais pas, lâchai-je, en m’asseyant en tailleur sur la chaise de bureau. Je pense que dans le fond … J’ai envie d’être utile dans ce que je fais et je ne vois aucune utilité dans le Quidditch.

Les yeux de Miles papillonnèrent, comme s’il était surpris que je cède si vite. Il se redressa soudainement sur ses coudes pour me contempler, l’air perplexe, mais aussi consterné. Il ne peut pas comprendre

-Pas utile ? Mais Vic’ ! Tout le monde te dit que tu es l’une des meilleures joueuses de l’école ! Tu as un potentiel pour atteindre un niveau de jeu professionnel et les Tornades de Tutshill, qui sont ce qui se fait de mieux dans le Quidditch depuis quelques années ! Est-ce que tu te rends compte de la chance que c’est ?

Je fus vaguement honteuse de dénigrer l’honneur alors que, comme le soulignait Miles, certain en rêvait sans doute toute leur vie sans jamais ne serait-ce que l’effleurer. Comme lui, bon gardien, mais qui avait atteint son plafond de verre en étant Capitaine par intérim de Serpentard. Sans doute la fierté qu’il affichait chaque fois qu’il en discutait avec moi masquait une certaine envie. Malgré tout, je ne pouvais faire taire le doute en moi qui me prenait chaque fois que j’évaluais tout ce qui entourait cette décision, tout le contexte immédiat dans lequel se ferait mon avenir.
Qui aurait envie de jouer au Quidditch alors que la vie de sa famille était en jeu ? Exactement
Mais est-ce que Miles pouvait seulement comprendre cet aspect ? Il n’avait jamais souffert des guerres contre Voldemort. A dire vrai, j’étais la seule chose qui le reliait au conflit, la seule peur tangible qui pouvait l’atteindre. Aucun de ses proches n’étaient morts quinze ans plus tôt, il n’avait pas observé le visage de Cédric rendu blafard par la mort, il n’avait pas le spectre de tous les dangers qui pesaient autour de chaque personne proche de lui qui flottait autour de lui. La question creusa un gouffre en moi. Si Miles n’était pas capable de comprendre cela … Vous allez pas pouvoir continuer comme ça pendant très longtemps, pas après PoudlardJe repoussai l’idée, soudainement inquiète. Ce n’était pas le moment de songer à cela. Surement pas !

-Je me rends compte que j’ai énormément de chance, simplement … Ce n’est qu’un essai. Il faut que je regarde les autres portes, juste … au cas où.

L’expression de Miles s’adoucit et son sourire se fit plus doux mais également désabusé.

-Vic’, tu compliques vraiment tout … Mais soit, je peux comprendre. Tu as réfléchi à ces portes, du coup ? Des portes utiles ?
-Hum. Je traine les oreilles plus que je ne me renseigne … Le problème, c’est que je ne connais pas exactement les domaines actifs qui correspondent à mes capacités. Les seules que j’ai pu un peu réfléchir, ce sont le Ministère et Ste Mangouste mais …
-Ste Mangouste demande des connaissances fines en Potion, peu importe les postes, me coupa Miles, confirmant ce que je songeais. Et le Ministère …

Miles laissa sa phrase en suspens, mais je pus la compléter sans difficulté : le Ministère exigeait d’excellentes notes en ASPICs et un dossier solide. De brillants étudiants tels Simon et Emily, des profils atypiques pour les bureaux spécifiques comme Miles, mais moi j’avais peu d’avantages. Les BUSEs avaient été arrachés dans plusieurs matières (qui nécessitait des compétences magiques) et mes points forts se situaient sur des disciplines souvent targuées d’inutilité telle l’Histoire de la Magie ou l’Etude des Runes. Et si l’Histoire de la magie avait été une voie sur laquelle j’avais commencé à me pencher, portée par l’élan de mon projet avec Octavia qui m’enthousiasmait, comme le Quidditch la guerre qui pourrait se profiler vidait l’intérêt de toute substance. Alors Simon avait beau tenté de rattraper des années de harcèlement en me trouvant des qualités en duel et mettait en avant mes capacités extraordinaires concernant l’occlumencie, comparé à mes lacunes, ça me semblait bien maigres. Elle va rejoindre l'Ordre, c'est obligé ! (et là, par exemple elle va aller postuler aux Vautours pour aller convaincre en secret des gens de l'est de lutter contre Voldy comme en plus elle est la petit fille de Miro. Elle va être un agent infiltré ! Ca lui correspondrait trop bien ! (mais elle voudrait pas pour pas abandonner sa famille) Mais justement, si elle est plus là, il y a moins de danger... Ah !!! TRop de théories !
Je soupirai, toute ma chaleur aspirée par l’angoisse que m’inspirait la vie en dehors de Poudlard. Miles avait raison, j’avais peur. Peur de ce que serait ma vie une fois à l’extérieur. Sentant la morosité s’installer en moi, je m’ébrouai et me levai. Sans autre choix pour justifier ce mouvement, je m’assis prudemment au bord du lit et lissai la couverture brodée aux couleurs de Serpentard. La couleur avait été ternies par les années et des bouloches rendaient les coutures irrégulières. C’était une couverture utilisée depuis l’enfance, ça, avant même qu’il ne soit réparti.

-Bref, conclus-je avec un pauvre sourire. Je pense que j’en discuterais avec Chourave aussi, ça va m’être utile. Confirmation
-Et tes parents, ils en pensent quoi ?
-Mes parents sont moldus, Miles. Ils ont juste assimilé que je n’entrerais pas à l’université après Poudlard.

C’était dommage, par ailleurs. J’avais eu l’occasion de discuter avec Cholé et Ethan pendant les rares moments où ils étaient passés à Terre-en-Landes. La première faisait des études de chimies en parallèle de ses obligations sportive à l’université de Bristol et le second s’orientait vers la communication dans celle de Gloucester. Par curiosité, j’avais regardé les enseignements proposés dans les universités et j’admettais volontiers que les programmes de littératures et d’Histoire m’avaient intéressée Tu retraces pas un peu tes interets à toi Perri sur ce coup là ? . Mais lorsque j’en avais parlé avec George Bones, il avait eu un sourire triste à mon égard : je n’avais pas les bases qu’auraient pu me donner un établissement moldu, mais en plus le Ministère était plutôt strict sur les sorciers qui se destinaient à une carrière dans le monde non-magique. Peut-être pourrais-je prendre des cours par correspondance, m’avait-il proposé, mais en parallèle d’une activité qui elle serait magique. Et cela me posait le même problème que le Quidditch : à quoi bon ?
Miles eut un ricanement amusé.

-Et je suppose que ton frère c’est pareil … il va bien, lui, d’ailleurs ? Après sa rupture avec Melania ?

Je haussai les épaules. Alexandre était revenu ce week-end, les traits tirés, le regard toujours aussi sombre, hanté par cette femme qu’il aimait toujours. Et j’avais beau avoir tenté de l’égayer par des parties de football, des visionnages de films, des courses à vélo qui avaient la saveur de notre enfance, chaque sourire finissait inéluctablement par se fondre dans la morosité. Câlin à Alex (ce n'est que le premier aujourd'hui !)

-C’est difficile. Il l’aimait vraiment, j’ai l’impression. Ça prendra un certain temps avant qu’il ne l’oublie …

Miles eut une moue et se redressa définitivement pour allonger le bras et prendre la main dans la sienne. Nous échangeâmes un sourire, entre timidité et soutien. J’avais été rassuré qu’il comprenne que j’avais besoin de retrouver ma famille pendant les vacances et qu’il n’ait pas insisté davantage pour me voir, malgré nos rapports décousus ce trimestre. Il tira doucement sur ma main et malgré l’enfant en moi qui s’agrippait aux draps pour ne pas se laisser emporter, je glissai sur le lit pour me rapprocher de lui et poser ma tête au creux de son épaule. Il passa un bras derrière mon dos et m’enlaça, nous collant plus encore l’un à autre. Il m’embrassa sur le sommet du crâne et son souffle alla se perdre dans mes cheveux et effleurer mon visage qui reprenait des couleurs peu naturelles.

-Allez courage, il ne reste que quelques semaines à tenir avant la fin. D’ici là ton frère ira sans doute mieux, tu auras trouvé ce que tu voudras faire, les ASPICs seront finis et on sera libéré de la présence d’Ombrage. On pourra penser des choses plus réjouissantes. Ca fait un peu happy endinig à une condition près : Nestor

Encore une fois, j’aurais voulu rétorquer que mes problèmes ne s’arrêtaient pas à Poudlard, qu’ils seraient bien pires une fois sortis … Mais une fois encore, je me tus. C’était inutile d’agiter devant le nez de Miles un spectre qui ne lui était rien et par ailleurs je n’en avais pas la moindre envie. Car c’était également ce qui me plaisait chez lui : il n’avait pas de problème. Chaque fois que je le voyais, je n’étais pas pressée par une urgence quelconque, je n’avais pas une boule d’angoisse au creux de mon ventre en attendant qu’une bombe explose … C’était reposant de pouvoir être aux côtés de quelqu’un qui n’exigeait rien de moi, et dont je n’exigeais rien. Alors je levai le visage vers lui pour lui sourire, sourire auquel il répondit en se penchant sur moi et en posant ses lèvres sur les miennes. Le baiser raviva toutes les sensations qui effrayaient l’enfant en moi, la chaleur dans les reins, le cœur qui cognait contre ma cage thoracique tel un oiseau terrifié, la volonté de sauter hors du lit pour éviter que les choses ne dérapent … Mais Miles apaisa chacune de ses peurs en ne pressant en rien les choses : il se contenta de m’embrasser avec douceur, sans rien n’accélérer, caressant mes cheveux d’un geste tendre mais dont je sentais la crispation, la retenue. Il ne voulait pas brusquer le petit oiseau que j’étais.
Pendant un moment désagréable, je restai passive, hésitante, le laissant m’embrasser sur les lèvres, les joues, le cou, incapable de savoir ce que je voulais. J’étais étirée entre deux réalités qui se battaient en moi, l’enfant empreinte des principes religieux parentales qui se trouvait trop jeune, trop innocente, et la femme qui commençait à émerger et dont je ne percevais les contours que lorsque j’étais avec Miles car ce que nous faisions n’avaient rien des activités de l’enfant. Je m’étais toujours cachée derrière cette identité de femme-enfant, niant les parties féminines de mon corps, me refusant à prendre la moindre responsabilité d’adulte, m’accrochant désespérément à la part enfantine de moi pour ne pas avoir à grandir. Mais alors que les lèvres de Miles parcouraient ma peau, que mes mains s’aventuraient sous son tee-shirt sans que l’enfant ne puisse les retenir, je me sentais presque prête à céder à la tentation d’enfin accepter l’idée qu’un jour, tous les enfants grandissaient PETER PAN !!et que c’était à mon tour. Alors que la résolution prenait de l’ampleur en moi je me surpris à répondre avec plus d’avidité aux baisers de Miles, à grimper sur ses genoux pour prendre pour l’une des rares fois de ma vie un peu de hauteur. Son tee-shirt valsa, le mien également, la chaleur en moi se fit plus intense, plus douloureuse, insoutenable, les gestes de Miles moins retenus, son regard plus affamé. Lorsqu’il me bascula sur le lit et qu’il se retrouva sur moi, sa peau contre la mienne, les bras de part et d’autre de mon visage, l’enfant en moi hurla, effrayé, mais la femme l’entoura de ses bras tendres : tout allait bien. Pourtant mon cœur garda des traces du cri car devant l’intensité qui brûlait dans les prunelles de Miles il se mit à battre à la chamade. Mes doigts se figèrent sur son épaule nue et pendant cet instant nous nous plongeâmes notre regard l’un dans l’autre, tous les doutes m’assaillirent de nouveau. Je pensais à mes parents, qui avaient attendus le mariage pour se donner l’un à l’autre, à tous les conseils diffus qu’Emily avait tenté de me donner et que j’avais refusé d’écouter, à l’amour que je sentais dans chaque regard qu’échangeaient mes grands-parents. Je n’arrivais pas à me retrouver dans chacune des situations et cela m’affola plus qu’autre chose. Sentant sans doute mon indécision, Miles m’embrassa tendrement sur le front avant de coller le mien au sien. Sa respiration était laborieuse et je sentais douloureusement sa poitrine se soulever et s’abaisser sur la mienne.

-Victoria, ça va aller, murmura-t-il et son souffle chatouilla ma joue. Si tu es prête et qu’on se fait confiance …

Je lui faisais confiance. Oui, il ne m’avait donné aucune raison de ne pas lui faire confiance sur ce plan-là : il avait été patient, doux, respectueux de mes besoins et de mon corps. Il le prouvait encore en me laissant l’opportunité d’arrêter le processus, d’en rester là et je fus surprise du « non » catégorique qui monta en moi malgré les doutes. Pour des raisons pragmatiques d’abord : nous n’aurions pas de meilleures occasions à Poudlard, où les instants de frustration avaient été longs. Ensuite parce que Poudlard et le contact de certains avaient déconstruit la vision religieuse de la virginité et que je me sentais libérée de toute entrave divine. Qu’alors que ma peau jouxtait si délicieusement celle de Miles et que nous étions enlacées, mus le feu qui semblait nous animait tous les deux, la femme avait rassuré l’enfant : il était tant de grandir, de se fondre l’un dans l’autre, d’accepter de suivre le fil que traçait la vie jour après jour et qui menait à l’ombre et la poussière.
Mais avant de retourner à la poussière, il fallait vivre.
Alors je hochai la tête contre celle de Miles. Mes doigts remontèrent jusque sa nuque et inclinèrent son visage contre le mien. Mon baiser avait le goût de l’envie, de l’acceptation, de l’ivresse d’une nouvelle expérience. Alors Miles y répondit, resserrant ses bras sur moi et je m’abandonnais totalement à la femme triomphante qui grandissait en moi.
CETTE FOIS-CI ILS L'ONT FAIT !
ALors, c'était une super partie. Je trouve que la famille de Miles est bien faite par rapport à ce que tu nous avait laissé entendre. J'aime bien son père mais c'est un peu triste cette passivité. Sinon, c'était un chapitre très tourné sur l'avenir, l'après Poudlard. On sent la suite se profiler, la guerre malheureusement.
Voila, je commenterai le prologue ce soir ou demain (mais je ferai pas un com-cit...) ;)
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières II 23 2 [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Perripuce a écrit :COUCOU C'EST MOI
COMMENT VOUS ALLEZ BIEN ?
Moi ça va, Cazo et moi avons ENFIN du dates pour nos concours respectifs et c'est une joie et une peine en moi cette affaire, au moins on va pouvoir se fixer ahah GRAVE

Sinon que dire d'autre? J'espère que tout va bien chez vous, le foot allemand a repris mais franchement à huis-clos c'est d'une tristesse infinie (personne n'arrivera à me convaincre que c'est ça le football, perso je regarde pas un match sans spectateur donc ça va rien résoudre leur affaire BREF), il fait moche ça donne envie de regarder Netflix MAIS j'ai un concours justement BREF JE DIS N'IMPS ALORS POSTONS BONNE LECTURE KEUR SUR VOUS ET JE VOUS AAAAIIIIME


Chapitre 23 (2/2) : "La vie, c'est comme une boite de chocolat ..." ILS ONT RETIRE FOREST GUMP DE NETFLIX CA MA SOULEE LA


-Tu es sûre que tu ne veux pas qu’on y vienne ? ça fait longtemps qu’on n’est pas allé voir mes parents …

Ma mère me fixait avec une certaine perplexité alors que je mettais ma veste en jean avec l’impression de retrouver une seconde peau. Les vacances avaient commencé depuis trois jours et ma mère avait fait un travail immense sur elle concernant ma magie. Je sentais encore sa réserve lorsqu’elle l’évoquait, mais elle n’était pas aussi abrupte qu’avant, moins méfiante. Mais quand je lui avais appris que je comptais rendre visite à mes grands-parents dans la journée, mes parents s’étaient mis en tête de m’accompagner et j’avais l’impression de marcher sur des charbons ardents.

-J’y vais par les moyens sorciers La bonne excuse, répétai-je en fouillant dans les foulards de ma mère. Je peux t’emprunter celui-là ?
-Non, j’en ai besoin mais prends le bleu, si tu veux. Bon, on y retournera dans la semaine, alors ? Avec Alexandre.

Mes doigts se figèrent sur le nœud que j’étais en train d’exécuter. Alexandre était resté le week-end entier avant de rentrer à Bristol, mais mes parents n’avaient absolument pas été serein à l’idée de le voir enfourcher la moto qu’il avait retapé dans son adolescence et repartir l’air sombre.

-J’irais le voir après papy et mamy … Avec Simon, ça devrait lui changer les idées.

Ma mère parut soulagée et acquiesça en silence. Satisfaite de ne plus la voir insister, je sortis de sa chambre et dévalai l’escalier. Je fus assez surprise en descendant de voir à travers la porte vitrée Simon attablé dans la cuisine avec mon père, une tasse de café de la main. C’était ce dernier qui parlait, son regard bleu-gris et indulgent vrillé sur Simon, qui me tournait le dos. Intriguée, j’aurais voulu attendre un peu, observer la suite et interpréter leurs gestes, mais ma mère n’eut pas ce scrupule : elle me dépassa souplement et ouvrit triomphalement la porte qui séparait de la cuisine du salon.

-Bonjour Simon ! Si je comprends bien, tu as le droit d’aller voir mes parents et pas nous ?
-Oh, maman ! Maman gênaaance

Mon père toisa ma mère d’un air désabusé et Simon eut un léger sourire, à mi-chemin entre la gêne et l’attendrissement. Il détourna les yeux quand je tentai de l’interroger du regard et il prit une gorgée de café pour justifier son geste. Mon père m’adressa un sourire.

-Tu reviens pour dîner ?
-Je te préviendrais, on restera peut-être un peu avec Alex. (Je l’embrassai sur la joue avant de m’adresser à Simon : ) on y va ? Inséparables ceux-là

Simon acquiesça et finit son café avant de se lever. Je sentis la brûlure du regard de ma mère alors qu’on sortait de chez moi, dans le petit jardin bordé de haie qui nous permettait de transplaner en toute quiétude. Sans attendre, de peur de perdre courage, je pris le bras de Simon et pivotai, laissant ma magie m’emporter vers les bords du canal de Bristol et la petite ville de Portishead. L’odeur d’iode me frappa de plein fouet, ainsi que le vent qui soufflait sur la mer grise et agitée. Simon rabattit la capuche de son gilet sur ses oreilles en grimaçant.

-Cette partie de l’Angleterre n’est pas au courant qu’on est en avril. Looooooooooool
-Simon, on vit la majorité de notre année en Ecosse, on n’est pas censé se plaindre du froid. De quoi tu parlais avec mon père ?

Simon se raidit face à la question et vrilla son regard vert sur les eaux qui se fracassaient sur la plage. Le soleil se reflétait dans ses mèches blondes et y faisaient ressortir le cuivre et l’or dans ses cheveux J'aime cette description, même si on regard restait obscurci.

-Pas grand-chose. De ce qui se passait à l’école, principalement, mes parents le tiennent au courant. Mais il voulait avoir plus de détail, notamment sur l’évasion des Mangemorts et le départ de Dumbledore, je pense qu’il s’inquiète. Mais ne t’en fais, je l’ai rassuré.

Je lui jetai un regard oblique en espérant ne pas trop être insistance, mais j’entendais dans la retenue de sa voix qu’ils n’avaient pas fait que discuter Poudlard. La constatation que je m’étais faite me revint à l’esprit : mon père avait sans doute conscience que Simon était le fils d’Edgar et non de George et devait sans doute avoir connaissance par celui-ci de l’évasion de Jugson. Mon père était une personne neutre, calme et de confiance, avec laquelle Simon pouvait se sentir en sécurité C'est mignon en vrai. Peut-être plus qu’avec moi. Alors je décidai de laisser couler et de me mettre en route vers la maison côtière de mes grands-parents. Les bacs de jardinage étaient libérés de leurs bâches et les herbes aromatiques s’épanouissaient sous le soleil, tout comme les dernières jonquilles qui se formaient en bouquet joyeux dans le jardin de devant Ca aussi c'est une jolie description. J’effleurai cette fleur qui symbolisait la venue du printemps que j’associai lui-même à l’espoir et me fis la réflexion que ces pétales d’or et de lumière était un parfait étendard de l’espoir FLEUUUUR AUX PETAAAALES DOOOOOR. Et Seigneur, comme j’avais besoin de force et d’espoir pour ce qui allait suivre. Avec un soupir à fendre l’âme, je me détournai des jonquilles pour faire face à la porte et frapper le battant. Simon s’adossa au mur, un léger sourire aux lèvres qui me parut tout de même comme crispé.

-Et tes grands-parents ne diront rien que je sois là ? Fais attention, sur un malentendu ils vont croire que je suis ton copain Hahahaha ET POURQUOI NON.
Je le lorgnai d’un air désabusé avant de secouer la tête.
-Pas de risques. Ils m’ont déjà entendu me plaindre de toi et mon père se plaindre de nos disputes alors que par ailleurs tu étais un si gentil garçon Ca me rappelle Lily et James. Franchement, qu’est-ce qu’il te trouve ? Ah ils me tuent haha
-Je suis meilleur musicien que toi.

Ce fut sur cette pique accompagné d’un sourire qui me donnait envie de céder à l’enfant en moi et de lui tirer les cheveux que la porte s’ouvrit devant moi :lol: :lol: :lol: Après une semaine à lire les Années de la terreur, t'imagines pas comme retouver ta fanfic me fait du bien ! J'adore tes personnages et ton écriture et ton histoire <3 . Jaga posa des yeux surpris sur moi, la main sur la poignée et ses lunettes plantées sur son nez osseux. Dans son autre main elle tenait son roman, comme si je l’avais interrompue en pleine lecture. Les lèvres fines de ma grand-mère esquissèrent un sourire ému et elle m’ouvrit les bras.

-Perelko

Le surnom remua des choses en moi et agita le fantôme ce que j’avais un jour était. Je lui cédais en enlaçant ma grand-mère, malgré tout heureuse de retrouver cette famille qui me manquait si cruellement chaque fois que j’étais à Poudlard et cette femme dont la force m’avait inspiré toute ma vie.

-Je ne pensais pas qu’on te reverrait ici, me souffla ma grand-mère lorsqu’elle se détacha. Après la dernière fois et … Oh. (Elle baissa ses lunettes et observa par-dessus les verres). Et pas seule ... Simon, si je ne m’abuse ?

Il parut surpris qu’elle le reconnaisse si vite alors qu’ils ne devaient s’être aperçu qu’une ou deux fois au cours de leurs vies. Il tendit cependant une main ferme que Jaga saisit tout en le détaillant d’un regard sombre et critique. Elle conclut son examen d’un :

-Il a fini par grandir HAHAHA BIEN ENVOYE JAGA… Bien, rentrez. J’ai fait des sablés, mais j’ai bien peur que Miro n’ait tout mangé.
-C’est faux ! rugit une voix depuis l’intérieur. Et si tu ne voulais pas que je les mange, il ne fallait pas faire de sablées !

Jaga poussa un profond soupir et nous invita d’un geste de la main à entrer. La voix de mon grand-père m’avait figé, mais Simon passa une main dans le creux mon dos pour m’inciter à avancer. Miro était assis à la table de la salle à manger, devant une tasse de thé et les fameux sablée et une boite de chocolat, dans ce qui semblait un tea-time très british pour un homme de sa carrure d’origine polonaise. Ses yeux clairs passèrent sur moi pour ensuite se fixer sur Simon et il poussa un grognement de dépit.

-Maintenant je te fais peur au point que tu doives venir accompagnée, Victoria ?

Je déglutis pour faire passer la boule d’émotion qui s’était formée dans ma gorge lorsque j’avais croisé le regard à la fois familier et distant de mon grand-père. Il s’était remis à farfouiller dans la boite de chocolat sous la mine réprobatrice de ma grand-mère, qui me contempla ensuite l’air désolé. Mes lèvres se tordirent et je jouai nerveusement avec mes clefs dans ma poche.

-Bonjour, ça me fait plaisir aussi de te voir.

Miro poussa un grognement, la main triant toujours les chocolats dans la boite. Jaga secoua la tête l’air consterné et nous fit un vague mouvement pour nous inciter à nous assoir avant de passer dans la cuisine. Prudemment, Simon et moi prîmes place sur une chaise, raides comme des piquets. Je remarquai que mon grand-père jetait de fréquents et furtifs regards à Simon, qui furent expliquer lorsqu’il lâcha d’une voix dure :

-Bon sang, on ne vous apprend pas à mettre vos pensées dans des boites, dans votre école ? Mais il est sérieux là, on fait pas çaaaaaaaa j'ai envie d'être vulgaire
-Seigneur, laissai-je échapper, comprenant soudainement. Sors de sa tête immédiatement ! Merci Vic !

Simon recula alors brusquement sa chaise, l’air affolé et un regard ardent planté sur Miro, qui se fendit d’un vague sourire amusé. Il engloutit un chocolat à la liqueur et le mâcha laconiquement avant d’expliciter d’un ton neutre :

-Ne t’en fais pas, Victoria, pas la peine d’y entrer. C’est sa tête qui vient à moi. L’un des gros problèmes des légilimens de naissance : pas besoin d’user sciemment de son don pour entendre les pensées des autres. Et ce garçon pense vraiment très fort, pas une grande force mentale. Bah sympa
-Je n’en ai rien à faire, persifflai-je alors que Simon ouvrait la bouche, outré. Tu ne les écoutes pas, tu t’enfermes dans ta propre tête ou tu te concentres sur la mienne puisque tu m’as formée à ça. Mais tu ne les écoutes pas.

Je sentis sur moi le regard étonné de Simon plus que je ne le vis, mais je gardai le mien dardé sur celui de Miro, proprement révoltée et gênée. Il y avait trop de chose dans la tête de Simon pour que je puisse lui permettre d’y entrer et surtout je trouvais l’éthique de la pratique plus que douteuse. L’esprit était la dernière chose qui n’appartenait qu’à nous, le dernier temple sacré où toute notre identité, tous nos derniers secrets, toute notre mémoire et ces choses qui n’appartenaient qu’à nous. Y entrer était une véritable violation et c’était ce qui faisait de la legilimencie l’une des branches les plus nébuleuses et les plus grises Comme Michael Jackson de la magie. Miro dressa un sourcil, l’air de réfléchir à la proposition.

-On peut toujours essayer. Mais toi (il pointa un index sur Simon) Fais un effort. Les pensées parasites, c’est extrêmement désagréable pour moi. Débrouille-toi, et pense au moins à quelque chose d’agréable. Chante le God Save the Queen au lieu de t’imaginer comment j’ai tué Agata ou sorti ma femme des camps.
-Mille gargouilles mais qu’est-ce que vous avez entendu d’autre ? glapit Simon en se collant au dossier de sa chaise. h non c'est gênant hahaha

Mon grand-père fronça les sourcils et je sentis quelque chose s’appuyer à l’arrière de mon crâne. Comprenant qu’il tentait d’user de ses pouvoirs sur moi plutôt qu’ils ne s’usent seuls sur Simon, je le laissai faire sans broncher, tout en repoussant la pression pour ne pas lui laisser accéder à mes propres pensées.

-C’est diffus, j’entendais seulement des morceaux de phrases. Mais il faudra apprendre à contrôler ça, mon garçon : être aussi ouvert, c’est extrêmement dangereux en temps de guerre.
-Miro, grand Dieu, râla Jaga en revenant de la cuisine avec deux tasses fumantes. Arrête-toi un peu et laisse Victoria parler.
-Pas si c’est pour reprendre la discussion où elle en était la dernière fois, refusa sèchement Miro avant de me lancer un regard flamboyant. Je t’aime, Perelko, mais si …
-Victoria avait toutes les raisons d’être en colère, le coupa sèchement Jaga, l’air exaspérée par son obstination. Nous lui avons menti toute sa vie, nous l’avons forcée à nous mentir, puis maintenant obligée à mentir à ses parents. Et si ma mémoire est exacte, c’est toi qui as cassé la lampe, pas elle. J'adore Jaga

De nouveau, Miro poussa un grognement d’ours agacé avant de s’enfoncer un peu plus dans son fauteuil. J’avais déjà senti à Noël que mon grand-père avait été vexé par ma réaction, mais ce n’était que maintenant que je réalisais à quel point que je l’avais blessé. Blessure partagée. J’enroulai nerveusement mes doigts entour de ma tasse de thé pour en puiser la chaleur et remplir le vide glacé qui se formait de nouveau en moi.

-Tu ne peux pas me reprocher d’avoir été dure, étayai-je avec l’appuis de ma grand-mère. Ni d’avoir été en colère … Je pense que c’était légitime.

Miro grogna et Simon le foudroya du regard. De nouveau, une pression s’exerça sur mon crâne – sur mon esprit – et cette fois je grimaçai. Je risquai de sortir de cet entretien avec un certain mal de tête. Je frottai discrètement mon pied Trop de familiarité entre eux contre la jambe de Simon pour l’inciter au calme et poursuivis d’une voix résolue :

-Je le suis toujours, d’ailleurs. Blessée et en colère … Mais je pense que je peux surmonter ça. J’ai fini par comprendre que … la mort d’Agata était moins dû à ta volonté qu’à la guerre en elle-même. Qu’elle t’a forcé à changer radicalement et … bref. Pour le bien de la famille … On peut le surmonter. Elle est courageuse quand même

Cette fois, ce fut Simon qui me donna un léger coup de pied pour me donner du courage alors que Miro levait sur mon un regard où se battait l’étonnement et la suspicion. Jaga porta une main à son cœur avant d’allonger le bras pour presser ma main.

-Oh, Perelko … Merci.

Je fus assez mal à l’aise avec la reconnaissance de ma grand-mère. D’un prime abord, parce que j’étais sincère : devoir passer l’éponge si facilement me restait en travers de la gorge. Ensuite parce que je la soulageais pour lui demander plus encore. Je doutais qu’elle soit en accord avec ce que j’allais proposer à son mari. Je baissai le regard sur le liquide brun et translucide dans la tasse, histoire de rassembler mes pensées mais Simon me devança en entonnant :

-Vous avez entendu parler du retour de Vous-Savez-Qui ?
-Vous les anglais, ricana Miro avec consternation. Vous êtes vraiment de grands froussards. Est-ce que vous avez entendu des gens de l’est refuser de prononcer le nom de Grindelwald ?
-Miroslav, gronda Jaga sur le ton de l’avertissement.

L’accent qui avait percé sa voix et l’emprise que ma grand-mère pouvait avoir sur mon grand-père m’arracha un sourire. Miro échangea un regard avec sa femme qui parut le radoucir car son expression était moins bougonne, plus à l’écoute, lorsqu’il se tourna de nouveau vers nous.

-Très bien. Evidemment que j’ai eu vent de son retour, je vole La Gazette de ma voisine sorcière donc j’ai toutes les informations qu’elles donnent.
-Vous avez conscience qu’elles sont fausses pour la plupart ? fit observer Simon en dressant un sourcil.
-Pour qui tu me prends, gamin ? Dumbledore est l’homme qui a vaincu Grindelwald, il a mon respect éternel. Evidemment que je le crois lui et non pas ce chiffon acquis à un homme sans honneur ni couilles Ah ouais comme ça :lol: . D’ailleurs j’ai lu dans les dernières éditions qu’il avait réussi à faire fuir Dumbledore ?

Simon dressa un sourcil, entre la surprise et l’appréciation. Nous résumâmes succinctement les informations que nous avions pu avoir sur le départ précipité de notre Directeur et Miro garda longuement le silence avant d’avoir un sourire carnassier. Au moins, argua-t-il, cela permettrait à Dumbledore d’avoir les mains libres pour contrer Voldemort, une lutte clandestine sous le nez d’un Ministère aveugle. Jaga, elle, nous lorgna l’œil sombre.

-Votre Fudge, il me rappelle un peu Neville Chamberlain, fit-t-elle remarquer avant de préciser à Simon qui la fixait l’air dérouté : le premier Ministre anglais avant la Seconde Guerre Mondiale. Il a tout laissé faire à Hitler, soi-disant pour préserver la paix. Réarmer la Rhénanie, annexer la Bohème-Moravie … Toutes les concessions, même l’inacceptable, du moment que dure la paix. Sa condescendance ça n’a certainement empêché Hitler d’envahir mon pays en septembre 1939. Peut-être que si Chamberlain avait été moins aveugle, il y aurait eu moins des miens tué dans les camps. C'est dans Belle du Seigneur, l'auteur se moque de la SDN et raconte à un moment "M. Machin, sous-secrétaire des négociations pour la paix, venait d'être nommé ministre de la guerre dans son propre pays". Ca dit tout quand même :lol:

Elle caressa son avant-bras où je savais se situer la série de chiffre qui lui avait été tatouée sur le bras le jour de son entrée à Auschwitz Ah bah puisqu'on en parlait ahah. Dans un geste d’une tendresse infinie, Miro couvrit la main de ma grand-mère et Simon baissa les yeux, sans doute embarrassé par ce fragment d’Histoire. Jaga planta son regard sur moi et machinalement, ma main se porta sur la chaine qui soutenait son David. Ne les laisse pas te faire ce qu’ils nous ont fait.

-Il y a des gens qui agissent. Dumbledore ne lutte pas seul, il avait créé la résistance lors de la précédente guerre … Il doit l’avoir fait renaître de ses cendres.

Un tic nerveux agita la joue mal rasée de mon grand-père et ses lèvres se pincèrent. Jaga leva sur lui un regard flamboyant teinté d’avertissement, comme si elle savait pertinemment ce à quoi il pensait et que ça ne lui plaisait pas le moins du monde. Ses doigts se serrèrent sur ceux de son mari.

-On en a déjà parlé, Miro. C’est notre famille qui a besoin de toi, pas le monde de la magie.
-Il se trouve que dans le cas de Victoria, les deux concordent, répliqua mon grand-père d’un ton sec pendant que Simon et moi échangions un regard entendu. Alors qu’est-ce que je fais ?

Jaga plissa ses yeux sombres en un regard inquisiteur. La lueur du soleil faisait danser des éclats dorés dans ses prunelles qui n’en paraissaient que plus inquiétantes.

-Souviens-toi de ce que la magie t’a poussé à faire, Miroslav. De ce qu’elle t’a poussé à penser …
-C’est aussi sa magie qui t’a sauvé, mamy, lui rappelai-je d’une voix douce. Sans sa magie … jamais tu ne serais sortie d’Auschwitz …

L’argument était déloyal, et ce fut sans doute pour cela que les yeux de ma grand-mère se firent incendiaire. Pour éviter de les poser sur quiconque, elle but une longue gorgée de thé alors que Miro me lançait un regard où pointait la surprise et la reconnaissance. J’avais été étonnée que mon grand-père ne se soit pas lancé dans la première guerre contre Voldemort : c’était parce que Jaga l’en avait empêché.
Sauf que cette fois, la guerre étendait toute son ombre sur ma famille.
Je serrai les poings, rassemblant mes pensées et tirant ce que je voulais dire. Ce n’était pas Miro que je devais convaincre, c’était Jaga. Ma grand-mère qui avait tant souffert déjà, qui avait tant perdu … Je devais agiter devant son nez le spectre du fait qu’elle pouvait perdre encore plus encore. Pas terrible comme mission

-Ecoutez, entonnai-je d’une voix peu certaine. Ça … ça ne se limite pas à moi. La guerre, si elle prend de l’ampleur … Elle peut impacter pardon Perri je déteste ce verbe :lol: toute la famille alors … (Simon me donna un nouveau coup de pied de soutien et je pris une profonde inspiration). Ce que je vais vous raconter, peu de personnes sont au courant alors … Il faudra le garder pour vous. N’en parler ni à maman, ni à papa, ni à Alexandre. Surtout pas à Alex, en fait.

Je sentis une nouvelle pression sur mon esprit qui cette fois sembla profiter de mon trouble pour percer des voiles. Cela occasionna une douleur qui me fit fermer les yeux et grimacer et soudainement, des étincelles jaillirent dans mon esprit, des étincelles couleur de feu qui menaçait d’embraser un bûcher … Paniquée, je m’efforçai de repousser l’assaut de mon grand-père en reprenant le contrôle de moi-même Sérieux il m'énerve à faire ça c'est absolument abusé. Mais le peu perçu fit écarquiller les yeux de Miro, qui allongea le bras pour serrer le mien dans une pression où je sentais toute son inquiétude et sa colère. Son regard étincelait dangereusement d’une lueur intimidante.

-Raconte-moi. Tout.

Les accents durs et métalliques de sa voix m’arrachèrent un frisson et Simon plongea discrètement la main dans sa poche. Je le soupçonnais de vouloir utiliser la baguette la prochaine fois qu’il aurait le moindre doute sur l’utilisation des pouvoirs mentaux de Miro. Je poussai sur son genou une main rassurante OULALA mais qui manquait de fermeté avant d’entamer mon récit : le coup de pied dans les parties intimes d’Ulysse Selwyn, les représailles de son frère aîné le cinq novembre, ma magie qui me défendait, son avertissement sur le quai de gare et enfin, la relation problématique entre Melania et Alexandre. A cette révélation, Miro serra le poing et jeta à Jaga une œillade triomphale.

-Ah ! Je t’avais que cette fille était une sorcière ! Elle maîtrisait trop bien son esprit, même en l’effleurant, absolument aucunes pensées ne filtraient ! Pas normal pour une non-magique.

Ma grand-mère lui jeta un regard consterné. Tout le long de mon histoire, elle avait posé une main sur son cœur et j’avais vu toutes les émotions parcourir son visage ainsi que les fantômes hanter ses prunelles.

-Notre petite-fille nous annonce qu’un garçon qui a déjà tenté de la tuer a l’intention de recommencer et qu’il pourrait s’en prendre à notre famille dans son entièreté et tout ce à quoi tu penses, c’est te réjouir d’avoir raison ? Je le répète, j'adore Jaga haha

Le sourire de Miro se fana face à la sèche réprimande de ma grand-mère et il laissa Simon achever le récit de ses derniers jours, puisque raconter tout cela m’avait asséché le gosier et que ma gorge s’était trouvée comprimée de vivre à nouveau tous ces événements. Je bus une gorgée dont la tiédeur fut inefficace contre la boule s’émotion qui s’était de nouveau formée au creux de moi. Lorsque la voix de Simon s’éteignit enfin, Jaga se prit la tête entre ses main parcheminées et Miro planta sur moi un regard empli de tant d’émotion diverses que j’étais incapable de le lire. Au fur et à mesure, son corps de guerrier s’était tendu et ses doigts s’étaient agité, comme s’il rêvait de manier une baguette.

-Quelle immonde petite pourriture, souffla-t-il, comme pour lui-même. Je suis mal placé pour condamner, j’ai cru en les mêmes choses que lui, j’ai été aussi arrogant que lui mais … jamais je n’aurais mis une gamine sur un bûcher, jamais je n’aurais …
-Evidemment que tu n’aurais pas fait ça, assura Jaga en prenant sa main. Et le peu que tu avais en commun avec ce garçon est mort depuis très longtemps alors inutile d’y revenir. (Elle tourna sur moi ses yeux brillants, hésitante). Alors … Tu as poussée Mel à quitter Alexandre, c’est ça ?
-Je suis vraiment désolée … C’était la seule solution pour éviter que Nestor … ne s’intéresse à un autre Bennett que moi.
-Et tu n’as pas pensé à en aviser ton frère ?

Mon cœur s’arrêta de battre dans ma poitrine face au ton neutre de ma grand-mère. Je fus soudainement incapable d’articuler quoique soit et ce fut Simon qui me sauva en expliquant :

-Vous connaissez Alex … Non seulement il n’aurait pas laissé sa petite sœur rester seule face au danger mais en plus il se serait fichu du danger en question. Il n’est pas du genre à céder aux menaces alors … ça nous a semblé plus prudent.

Ma grand-mère pinça les lèvres et dans ses prunelles sombres aux chatoiements d’or, je lus une certaine réprobation qui ferma définitivement ma gorge. Il eut un long moment de silence où elle et moi nous toisâmes jusqu’à qu’elle retire sa main de la mienne.

-Bien, lâcha-t-elle en un murmure. Je suppose qu’Alexandre n’aurait pas été raisonnable, en effet … il faudra songer à remercier cette fille de sacrifier ainsi son bonheur et celui d’Alexandre pour la sécurité de notre famille …

Il était vrai que je n’avais même pas songé à remercier Melania, réalisai-je avec une certaine gêne. Mais lui envoyer une lettre chez elle serait peut-être plus dangereux qu’autre chose. Il faudrait passer par son jeune frère. Miro avait plongé son regard au loin, songeur et finit par lâcher d’une voix rauque :

-Mais ça ne suffira pas. En juin, Victoria sera diplômée et reviendra vivre chez elle. Et quand bien même elle irait vivre ailleurs, ça ne changerait rien et ça laisserait au contraire Marian et Edward démunis si des sorciers décident de s’en prendre à eux … (Il vrilla un regard intense dans celui de ma grand-mère et emprisonna ses deux mains dans les siennes). Mon amour, il faut que tu me laisses protéger notre fille.

Les yeux de Jaga brillèrent et ses traits se figèrent en une expression à mi-chemin entre la menace et la lassitude. Les rides sur son visage se creusèrent pour laisser apparaitre sous la femme forte la vieille personne qui avait vécu et vu tant de choses, trop de choses. Elle arracha ses mains à celles de son mari et se leva de sa chaise.

-Tu te rends compte de ce que ça impliquerait ? Si tu redeviens un sorcier, si tu reprends ta baguette … Nous ne pourrions plus le cacher, Miro. Il faudrait parler à Marian, à Beata, leur dire toute la vérité. Penses-tu qu’elles réagiront mieux que Victoria ?
-Victoria est revenue et … au fond, elle n’avait peut-être pas tort. J’ai toute ma vie exigée la franchise de la part de nos filles. Il est peut-être temps que je sois franc avec elles. EN EFFET

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine et une vague de reconnaissance monta en moi pour cet homme capable de risquer de perdre l’amour de ses filles pour garantir leur protection. Mais visiblement, Jaga n’était pas encore prête à faire ce sacrifice. Après avoir contemplé le portrait de sa famille décimée puis la toile qui représentait celle qu’elle avait reconstruite, elle plaqua une main sur son cœur, comme s’il se déchirait dans sa poitrine.

-Tu m’abandonnerais … Si tu retrouves la magie, si tu t’engages dans cette guerre, je sais que tu m’abandonnerais …

Simon produisit une légère toux qui me sembla cacher autre chose et je lui jetai un regard oblique, le cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Il observait la réaction de Miro à la dérobée, touillant négligemment son thé avec des gestes dont la nonchalance me paraissait feinte.
Je ne veux pas que tu meures, Vicky.
Si tu oses m’abandonner juste pour te venger, je me ferais un plaisir d’aller cracher sur ta tombe.

Je ramenais mon regard sur ma tasse de thé, troublée par l’écho de nos mots et de ceux de mes grands-parents. Miro se leva à moitié de sa chaise, saisi par le ton catégorique de Jaga. AHHAHAHAHAHA ON SE DEMANDE CE QUE CA CACHE

-Enfin, mon amour … jamais je ne t’abandonnerais, tu le sais … Tu es toute ma vie …
-Alors promets-le moi. Promets-moi que si tu récupères ta baguette, ce sera uniquement pour nous défendre. Ce ne sera pas pour aller batailler je ne sais où contre je ne sais qui.

La mâchoire de Miro se contracta, et il parut hésitant. Jaga resta droite devant lui, silencieuse et inflexible, le toisant malgré sa petite taille et son allure frêle.

-Jaga … Le meilleur moyen de protéger notre famille, c’est de prendre le problème à la racine. Et la racine, c’est Voldemort. Alors me battre contre « je ne sais qui », c’est la meilleure chose à faire pour protéger nos enfants.
-Et si pendant que tu te bats, des sorciers profitent de ton absence pour venir chez nous et faire ce qu’ils ont à faire ? rétorqua vertement Jaga. Si en te battant tu découvrais ta famille et causait notre perte ?
-Peut-être qu’on pourrait trouver un juste milieu, proposai-je alors que mon grand-père ouvrait la bouche. Mais je pense que dans un premier temps, on pourrait se cantonner à la famille. C’est le plus urgent, surtout que … Dans dix jours, je suis de retour à Poudlard. Alors si ça va mal, il faudra quelqu’un les aide.
-Et comment fait-t-on ça depuis ici ? s’enquit Jaga avec une sorte d’agacement.
-Il y a des systèmes magiques qui peuvent permettre de prévenir Miro si Mr. et Mrs Bennett sont attaqués, intervint alors Simon. On pourra s’arranger, mes parents seront ravis de vous aider.

Jaga lui jeta un regard irrité avant de reporter son attention sur Miro. Ils se défièrent instant du regard, l’impériosité contre la supplication. Finalement, ma grand-mère contempla de nouveau la photo de sa famille, de tout ses membres qu’une guerre lui avait arrachés et cela parut la faire vaciller. Elle prit le cadre dans ses mains et caressa le visage souriant de sa mère comme s’il avait été fait de chaire. Mdr moi avec la photo de notre blaireau préféré qui est parti depuis beaucoup trop longtemps

-Je ne laisserais pas ces gens me prendre ma famille comme les nazis l’ont fait, céda-t-elle finalement en un souffle. Mais … Oh mon dieu …

Elle secoua la tête, et j’eus l’impression que le poids des années et des douleurs lui tombait sur les épaules. Miro s’avança alors vers elle et passa un bras sur sa taille pendant que ma grand-mère laissait aller son front contre son épaule et agrippait ses mains à son pull. Il lui murmura quelques mots en polonais, des mots dont la douceur de la voix trahissait l’amour et la tendresse. Elle posa une main sur sa tempe, l’air étourdi. Depuis le temps, j’avais toujours pensé que rien ne pourrait ébranler ma grand-mère, mais visiblement, la perspective de revivre ce qui lui était arrivé quarante-cinq plus tôt le pouvait.

-Très bien … Simplement … Laisse-moi le temps. Le temps d’accepter, de me préparer. Beata et Marian, elles vont être furieuses … Oh, Marian (elle essuya un rire tremblant qui me surprit un peu). Les murs de la maison vont trembler …
-Bien sûr, on a le temps des vacances pour imaginer comment on pourrait s’organiser, approuvai-je, soulagée de l’acceptation de ma grand-mère. La famille de Simon travaille haut-placé au Département de la Justice, ils pourront nous aider …

Jaga et Miro échangèrent un nouveau regard, à la fois déchiré et résigné. Je sentais encore la réticence de ma grand-mère, mais la façon dont sa main était crispée toujours sur le cadre montrait sa détermination à garder sa famille intacte. Elle se rassit avec lourdeur, une main sur la tempe, l’air à bout de force et mon cœur se serra. C’était insoutenable de demander une telle chose à ma grand-mère … Mais une partie égoïste de moi était soulagée qu’elle ait accepté et que je ne me retrouve pas l’unique sorcière de la famille à lutter contre ce qui se passait.

-Quelle famille ? demanda Miro avec un regard incisif pour Simon. La Justice Magique, ce n’était pas un Croupton y’a quelques années ?

Simon recula encore un peu plus sur son siège, comme si une distance plus grande pouvait permettre que Miro ne lise pas dans ses pensées. Mais comme je sentais son esprit appuyer contre le mien, je présageais que non et que les peurs de Simon rendaient ses songes beaucoup trop vivaces.

-Vous êtes bien informés mais … c’était il y a quinze ans, ça. C’est ma tante, Amelia Bones, qui est à la tête de la Justice Magique, maintenant.

Un sourire entendu s’étira sur les lèvres de Miro et il posa sur Simon un regard presque nostalgique. Il se laissa retomber sur sa chaise avec un petit rire.

-Je me disais bien que tu ressemblais à quelqu’un … J’ai habité à Terre-en-Landes, avant de céder la maison à Marian. Les journaux des Bones, ça a été les premiers que je volais. Celui de ton grand-père, Nicholas, un brave type. C’est justement parce que je sentais qu’il commençait à avoir des soupçons sur moi que j’ai quitté cette ville. Ironie du sort, j’ai appris sa mort quelques mois plus tard … C’était sa femme je pense qui était la carriériste, je la voyais assez peu, comme les enfants, ils étaient à Poudlard la plupart du temps.

Ça me faisait un drôle d’effet d’apprendre que mon grand-père avait conservé et estimé le grand-père de Simon, mort très tôt pendant la guerre des sorciers. Et ça me faisait encore plus étrange de songer que, si ses enfants s’étaient mêlés aux moldus, ma mère aurait pu grandir avec Amelia et George Bones comme j’avais grandi avec Simon. Jaga se redressa brusquement et dévisagea Simon d’un œil neuf et brillant. Ses doigts caressèrent son cadre, les membres de sa famille disparue alors qu’elle fixait toujours le garçon en face d’elle.

-Tu es le petit-fils de Nicholas, c’est vrai ?
-Euh, oui, répondit Simon, un peu surpris.

Un sourire amer s’étira sur les lèvres de ma grand-mère et elle vrilla ses yeux sur moi, comme pour me demander confirmation. Mon cœur manqua un battement et l’envie de céder à la gamine et de me jeter toutes griffes dehors sur Simon me reprit.
Même ma grand-mère savait. Même ma grand-mère qui avait vu Simon deux fois dans sa vie savait ce que j’avais toujours ignoré Naaaaaaaaaan c'est dur pour la pauvre Vic. De nouveau, j’avais l’impression qu’il m’échappait, il devenait brume sous mes yeux, qu’il perdait contenance … et qu’une partie de moi s’effondrait. Je portai une main sur mon cœur qui s’était mis à battre à un rythme anormal, cognant beaucoup trop forte contre mes côtes, si bien que je n’entendais plus que ça.
Jaga n’insista pas, mais son regard se porta assez régulièrement sur Simon pendant que Miro et lui évoquaient les possibilités pour son retour dans le monde sorcier. La mort d’Agata ne poserait pas problème puisque quelqu’un avait été condamné à sa place en Pologne. Apparemment, pour un adulte, il fallait une autorisation du Ministère pour pouvoir se racheter une baguette – certificat de vol ou de casse à présenter à Ollivander. Miro commença à évoquer l’idée de retourner dans l’est pour acheter la sienne chez celui qui, selon lui, était le meilleur fabriquant de baguette, Gregorovitch, mais Jaga répondit sèchement qu’il n’en était pas question, que s’il avait une baguette il aurait une baguette bien anglaise Faut consommer local les enfants c'est bon pou la relance économique et qu’il était hors de question qu’il parte à l’aventure. Bougon, Miro quitta la table pour la cuisine et Jaga me fit un discret mais sec mouvement de la tête pour m’inciter à le suivre. Intimidé par le regard intense de ma grand-mère, je me dépêchai d’obtempérer et abandonnai Simon à elle sans oser le regarder. Mon grand-père faisait la vaisselle avec des gestes brusques et peu précis, ce qui me fit dire que, bien qu’il soit sans magie depuis des années, il ne s’était toujours pas habitué à la tâche. Il me jeta un regard à la dérobée avant de le plonger de nouveau dans l’eau savonneuse.

Désolée je vais arrêter là pour suivre mon plan sommeil concours mais je reprends demain ! COUCOU JE REPRENDS LA

-Désolé, je ne veux pas entrer dans la tête des gens. Mais ton ami pense très fort, il va vraiment falloir qu’il se contrôle. Toujours est-il que j’ai pu entendre deux trois choses … Sale histoire. Pas trop mal à la tête ?
-Un peu, avouai-je en me frottant un point entre mes sourcils particulièrement douloureux depuis quelques minutes. Je te demanderais bien de l’aspirine, mais je pense que ça ne marche pas sur les sorciers … Depuis quand mais les pauvres c'est l'enfer :lol:
-Non et c’est une atrocité. Alors quand j’ai mal à la tête, je vais m’allonger.

Je me trémoussai, mal à l’aise. Je n’avais pas songé à tous les aspects techniques de la vie de Miro que pouvait entrainer sa cessation de la magie. La physionomie des sorciers était différente de celle des moldus : leurs médecines étaient inefficaces pour nous et nous ne contractions pas les mêmes maladies Ouais ok bien observé. Pendant des années, Miro n’avait pas eu accès à ses propres médecines et j’admettais que cela avait dû être douloureux qu’attendre que les maladies passent sans rien pouvoir y faire. Je me hissai sur le plan de travail et laissai mes jambes pendre dans le vide.

-Ecoute … Je suis désolée d’avoir … réagi violemment, la dernière fois. C’est juste … c’était douloureux à entendre.

Miro garda un instant le silence, avant de vider l’évier et de se sécher les mains, sans m’adresser le moindre regard. Sa crinière argentée avait été coupée depuis la dernière fois : elle était plus soignée, réduisant quelque peu sa ressemblance avec l’ours.

-C’était douloureux à recracher aussi, perelko. En un sens, j’ai un peu fait la même chose que Simon pendant des années. J’ai enfoui, enfoui, enfoui … jusqu’à me persuader que ce n’était pas lé vérité. C'est vrai ça. Voilà un parallèle conscient hahaha
-Je suis désolée. Je ne dis pas d’ailleurs que c’est digéré, ça … ça me reste en travers de la gorge, l’idée que tu m’aies caché ça et que tu m’aies obligé à me cacher aussi.

Miro pivota à moitié vers moi, un sourcil dressé avec une certaine suspicion.

-Et pas pour Agata ?

Ma bouche se tordit, indécise. Bien sûr, Agata restait comme un poignard plongé à blanc plongé dans mes entrailles. Parce qu’il l’avait tué. Parce qu’à cause de ça, j’avais failli mourir également de la baguette de Kamila. Mais Agata, ce n’était pas la volonté de Miro. Agata, c’était le fil inéluctable du destin qui s’était tissé par la guerre, les choix des uns et des autres et qui avait mené à ce duel à la mort Oooh c'est beau cette phrase. Ce n’était pas de la malveillance, c’était de la survie. Et plus j’avais réfléchi à ce que j’aurais fait à la place de Miro, plus j’avais senti mes résistances fondre.
J’ignorai totalement si j’étais capable de jeter un tel sort pour sauvegarder ma vie. Mais celle des autres … Mes doutes avaient vacillé. Je n’aurais pas été Miro, mais je me sentais capable d’être Agata, cette femme prête à tuer l’homme en face d’elle pour la survie de sa famille. Et comme je ne voulais réellement savoir si j’en étais capable, capable de déchirer mon âme, capable du pire de la magie, j’avais préféré arrêter là ma réflexion et … passer sur Agata.
Je ne voulais pas découvrir ça. C’était une partie de moi que je préférais ne jamais effleurer. Welp tu m'étonnes

-Tu as jeté le sort, mais tu y as été poussé, finis-je par admettre, la bouche sèche. C’est moins un choix que la guerre.

Un sourire amer s’étala sur les lèvres de Miro, et rangea tranquillement le torchon avec un rire sinistre.

-C’est gentil de vouloir me dédouaner, perelko, mais on sait tous les deux que c’est faux. J’aurais pu ne pas jeter ce sort, mais je l’ai fait. (Ses doigts se serrèrent sur les bords de l’évier). Je ne suis même pas sûr d’être capable de faire de la magie, Victoria. Ça fait tellement longtemps … et après le meurtre d’Agata, ma baguette n’avait plus confiance en moi. Mes sorts étaient imprécis, sans puissance … Ah ouaiiiiiiiiiiiiis c'est marrant ça
-Tu es quelqu’un d’autre, maintenant. Tu auras une autre baguette, avec un autre but. Dumbledore nous a souvent dit que l’amour était le vecteur le plus puissant, le plus beau, le plus efficace de magie alors … peut-être que ça va te stabiliser. De faire ça … par amour.

Miro me contempla longuement, le regard brillant de ce qui me semblait être l’espoir et une lueur plus inquiétante, l’avidité. La magie avait hâte d’à nouveau sortir et le guerrier de se précipiter dans la mêlé.

-Je suis désolé aussi, perelko. Peut-être que si tu avais su que j’étais un sorcier, les choses auraient été différentes … J’aurais pu te former et ce qui t’ait arrivé durant ta première année … ne serait pas arriver.
-J’avais les Bones pour me former, ne t’en fais pas. Je pense que quoiqu’il arrive, l’univers a décidé que j’aurais des ennuis avec la famille Selwyn. Mais … je ne peux pas me cacher éternellement derrière les Bones. Ils … ils ont déjà trop sacrifié.
-Et moi je peux, c’est ça ?

La phrase me figea, mais je me détendis en remarquant que mon grand-père souriait, un éclat tendre et féroce dans le regard. Il incarnait tant l’amour et la sécurité que j’eus envie de céder à Perelko et me précipiter sur lui pour m’enfouir dans ses bras, qu’il m’assure que tout irait bien, mais les mensonges et Agata m’en empêchèrent. Miro se trémoussai d’un pied à l’autre, visiblement victime de la même hésitation que moi. Comme si Agata avait érigé un mur infranchissable mais dont la transparence nous permettait de nous comprendre. Mais c'est triiiiiiiiiiste

-Evidemment que je serais capable de le faire, souffla Miro. Vous êtes toute ma vie … Je ne peux pas laisser un jeune blanc-bec la détruire.
-Reprendre une baguette ne t’autorise pas à tuer le jeune blanc-bec en question, prévins-je, prise d’un doute soudain. Je connais un peu Amelia Bones : si elle sent que tu es dangereux, elle ne t’autorisera pas à en reprendre une. Et je doute que Jaga soit d’accord.
-Je n’en avais pas l’intention, répliqua Miro d’une voix qui avait soudainement gagné en dureté. Je ne t’en fais pas, Victoria. Cette fois, je ferais les choses bien. Mais je pense également que tu as une vision beaucoup trop optimiste de la guerre, ma chérie. C’est noir, la guerre. C’est là où tu découvres soit le meilleur de toi … soit le pire. Souvent le pire. Prépare-toi à cela. Moi je n’y étais pas préparé et j’ai été brisé.

Les mots tombèrent comme une pierre dans mon estomac et je hochai la tête avec raideur. Mes réflexions sur Agata me l’avait appris et c’était bien pour cela que j’avais décidé de ne plus y songer, de peur de me perdre. Nous nous contemplâmes encore un moment en silence, entre reconnaissance et non-dits C'est beauuuu sérieux j'aime ta plume Perri haha, jusqu’à ce que Miro grimace et ne se retourne pour fouiller les armoires.

-Il faut vraiment faire quelque chose pour le petit, qu’il apprenne à canaliser ses pensées, maugréa-t-il avec un regard dédaigneux pour la fenêtre. Sérieusement, on ne vous apprend rien dans votre école ?
-Actuellement, non. Notre professeur de Défense contre les Forces du Mal est une bureaucrate qui n’est là que pour faire appliquer les décisions du Ministère et refuse qu’on fasse de la magie.

Miro se redressa brusquement, stupéfait et ce faisant il se cogna violemment la tête contre une porte de placard laissée béante CA FAIT TELLEMENT MAAAAL. La scène m’arracha un petit rire qui s’étouffa dans ma gorge quand il darda sur moi un regard mauvais de ces prunelles si claires et dérangeantes.

-Pas de magie ? En cours ?!
-C’est absurde, mais c’est comme ça. Apparemment, Fudge ne veut pas qu’on soit formé aux sortilèges offensifs sous la houlette de Dumbledore, mais même maintenant que Dumbledore est parti, je doute que ça change.
-Mais qu’est-ce que c’est que cette école, écuma Miro, proprement choqué. Et qu’est-ce que c’est que ce ministre ! Il attend quoi, pour agir, une catastrophe ? OUAIP


A dire vrai, la catastrophe était déjà arrivée sous la forme de l’évasion d’une dizaine de Mangemort, songeai-je amèrement. Pourtant, et malgré le retournement d’opinion d’une partie de la population, selon Rose, Fudge continuait d’être aveugle. Au contraire, plus il sentait la situation lui échappait, plus ses mains s’accrochaient à ses illusions et à son fauteuil de Ministre. Miro continua de jurer en anglais et en polonais tout en ouvrant les placards avant d’en ressortir une boite de chocolat semblable à celle qu’il avait englouti avec ton thé. J’eus un sourire incertain.

-Je n’aime pas les chocolats à la liqueur, mais c’est gentil.
-Il en a aussi à la praline et au lait. Et ne me fais pas croire que tu es capable de résister à du chocolat, Perelko. Ca va Remus

Le pétillement dans les yeux de mon grand-père acheva de faire fondre mes résistances et je me laissai tomber à terre pour prendre la boite, émue par l’attention. Ce n’était rien, mais c’était également toute notre identité, toute notre relation.

-Tu partageras avec le gamin, ça lui fera du bien Ce petit poussin crevé. Et surtout, dis-lui de contrôler ses pensées. Il ne doit pas être très bon en sortilège informulé, non ?

Simon était bon en tout, faillis-je protester avant de refermer la bouche. J’avais le souvenir d’un duel l’année dernière pendant le cours de Maugrey où j’avais réussi à le désarmer parce qu’il n’avait pas tenu et prononcé sa formule. Quand il était au calme, il y arrivait sans problème, mais mis sous pression, ses faiblesses le rattrapaient. Miro tapota mon épaule d’un air entendu et j’eus l’impression de recevoir une décharge électrique. Bien vu tout ça

-C’est bien ce que je pensais. Mais c’est comme tout, ça se travaille. Travaille aussi, Perelko, ne reste pas démunie. D’accord ?

Lentement, j’acquiesçai, incapable d’émettre le moindre mot. De toute manière, je n’aurais su que dire. Merci ? Pardon ? Ne m’appelle plus Perelko ? Alors je me contentais d’un sourire qui n’en n’était pas un et, pressant la boite de chocolat contre moi, je sortis de la cuisine, sous le regard déchiré de mon grand-père. Les tasses de thé avaient été abandonnées sur la table et la baie vitrée qui menait à la plage était grande ouverte. Pourtant, Jaga était dans le salon, ses lunettes chaussées sur son nez osseux et son roman à la main. Elle leva sur moi un regard neutre.

-Tu t’en vas ?
-Je pense … où est Simon ?
-Parti dehors, il t’attend. Tu vas revenir nous voir ?

Il y avait une teinte d’avertissement dans la voix de ma grand-mère. Ne me lance pas ce genre de bombe pour m’abandonner derrière, ma fille, semblait crier son attitude Ben ouais ce serait pas très sympa :lol:. Et comme elle avait entièrement raison et qu’il était hors de question que j’abandonne ma grand-mère à son sort, je me penchais vers elle et m’embrassai doucement sur la joue.

-Je te le promets, murmurai-je en me redressant. A plus tard.

Les épaules de Jaga s’affaissèrent et elle m’adressa un faible sourire avant que je ne passe la baie-vitrée pour rejoindre Simon, la poitrine compressée. Il s’était planté sur la plage, le regard sur la mer, laissant le vent lui ébouriffer les cheveux à n’en plus finir Sexyyyy 8) 8) 8) . Il m’entendit arriver et, sans même me regarder, commença à se mettre en marche, si vivement que je dus courir pour le rattraper. C’était absolument détestable qu’il ait à présent de plus grandes jambes que les miennes et le mal de tête qui s’accroissait rendait ma course lente et molle. Je profitai du fait qu’il ralentisse pour ouvrir la boite de chocolat, espérant gagner avec le sucre un peu d’énergie qui atténuera le point de pression qui s’était formé entre mes sourcils.

-Merci d’être venu, c’est sympa, entonnai-je d’un ton badin, pour libérer ma gorge comprimée par l’émotion. Un chocolat ?

Sa mâchoire se contracta et je ramenais la boite vers moi en comprenant qu’il n’en voudrait pas. J’ignorais le peu qu’ils avaient pu se dire avec ma grand-mère, mais visiblement ça n’avait pas été de son goût car il shoota dans une bouteille vide qui avait le malheur de trainer sur la plage pour asséner d’une voix tendue :

-Alex habite loin ?
-Euh, on devra transplaner, évaluai-je en piochant dans la boite un chocolat que j’examinai d’un œil critique. Il habite en ville, lui …

Je croquais dans l’ovale du chocolat et un goût amer et âpre dans ma bouche. Immédiatement, je recrachai le contenu sur le sol et Simon fut un bond pour m’éviter.

-Chocolat à la liqueur, m’étranglai-je en avalant ma salive pour faire passer le goût. Bon sang, c’est immonde … Hahaha, c'est pas faux cela dit, toujours une mauvaise surprise (il suffit de ne pas prendre les chocolats emballés m'enfin)
-La vie est un peu juste, au moins, railla Simon avec un rictus féroce.

Je le fusillai du regard, la boite de chocolat ouverte à la main et toujours cette sensation désagréable dans la bouche. Si ça n’avait pas été un cadeau de mon grand-père et que le reste des friandises n’avait pas été mangeable, ladite boite aurait fini assénée sur la tête blonde de Simon. Si la vie était réellement comme une boite de chocolat, j’estimais avoir déjà assez englouti de chocolat à la liqueur pour qu’on se réjouisse que j’en tombe encore sur un autre.

-Pardon ?

Les lèvres de Simon se tordirent et il laissa son regard vagabonder vers les flots qui s’écrasaient avec toujours plus de violence sur la plage.

-Arrête, Vicky. Je suis presque certain que tu as fait exprès de me laisser seul avec ta grand-mère et ça, c’était vraiment un coup bas. Et je ne parle pas de ton grand-père et de sa légilimencie … Tu espérais apprendre quelque chose, c’est ça ?

Définitivement, il avait de la chance qu’il y ait du chocolat praliné dans cette boite. Alors je me contentais d’y crisper un peu plus les doigts devant sa mine fermée et son ton cynique. Pour échapper à la tentation de gâcher le chocolat et de l’assommer avec la boite, je repris ma marche d’un pas énervé.

-C’est vrai que j’aurais proposé qu’il tente d’entrer dans ma tête plutôt qu’il se concentre sur toi pour avoir de plus amples informations …
-Vicky …
-Quoi ? m’exaspérai-je en faisant volte-face. Oui, ça m’arrangeait que tu parles avec ma grand-mère, je veux bien l’admettre, parce qu’elle est sans doute la personne dans mon entourage qui a une expérience qui se rapproche le plus de la tienne. Je ne sais pas ce qu’elle a bien pu te dire, mais tu ferais bien de l’écouter, elle est la personne la plus forte que je connaisse ! Mais ne viens pas me dire que j’ai utilisé mon grand-père pour te piéger ou quoi, sinon je t’écrase cette boite sur la tête ! Et sache que ça te fera moins mal que ce qu’il s’est passé dans la mienne ! Mais c'est clair c'est bas de penser ça d'elle lààà

Simon leva les yeux au ciel mais je fus satisfaite de voir ses épaules s’affaisser et son visage se détendre. Je perçus un vague mouvement au niveau des poches de sa veste dans lesquels il avait fourré ses mains et compris qu’ils se les tordaient.

-D’accord, souffla-t-il, penaud. C’était … prévenant de ta part et je me doute que ça ne devait pas être agréable … Juste … il est entré … ?
-Il n’a pas réussi.

Je ne sus que penser de l’étonnement qui brilla fugacement dans les yeux de Simon. Sans doute avait-il songé qu’à force de pousser, mes résistances auraient été brisé par l’intrusion de Miro. Un sourire sarcastique retroussa mes lèvres.

-Et tu ferais bien de m’imiter, visiblement.

La bouche de Simon frémit, vaguement amusée avant de se plisser en une mince ligne soucieuse. Il baissa de nouveau le regard sur le sable et son pied y dessina des motifs indistincts, mais le pli entre les sourcils trahissait sa concentration.

-Elle ne m’a pas dit grand-chose, finit-il par avouer en achevant son dessin d’un trait. Elle m’a juste parlé … de ce qu’il s’est passé pour elle après les camps, qu’elle … (sa voix se brisa et il dût tousser pour achever : ) que si ton grand-père ne l’avait pas retrouvé, elle se serait sans doute jeter d’un pont alors qu’elle était enceinte. Je pensais que c’était pour me faire comprendre à quel point Miro était son pilier, à quel point elle ne voulait pas s’engager dans la guerre … Mais …

Adoucie par le désarroi dans la voix de Simon et l’intensité de son regard qui fixait toujours son dessin comme s’il contemplait autre chose, je m’approchai doucement de lui et posai une main sur son bras. Le contact le fit tressaillir et il poursuivit, les paupières closes.

-Elle a dit qu’elle avait songé après tout ce qu’elle avait vécu que sa vie avait bien peu de valeur. Que peu importait, que tout était vain … qu’on fait elle n’était … qu’ombres et poussières …
-Elle a volé mon expression.

La plaisanterie arracha un léger sourire aux lèvres de Simon et il rouvrit les yeux sur le sable et les sillons creusés sur son pied. Je baissai le regard pour lire le dessin, assez simpliste et géométrique, mais Simon le fixait comme s’il pouvait lui faire prendre vie. L’or du sable se reflétait dans ses prunelles vertes alors qu’un film de larme lui couvrait la cornée.

-Vicky, tu as dit que je valais mieux que de l’ombre et de la poussière mais … je n’en sais rien …
-Hey. (Je raffermis fermement ma prise sur son bras, si bien que je le vis grimacer). Arrête de dire ça, évidemment que tu vaux mieux que ça. Ta vie ne tourne pas autour d’un drame qui s’est joué alors que tu n’étais qu’un gosse … Tu as réussi à être quelqu’un toutes ses années …
-Parce que j’avais oublié … Maintenant tout revient et … Je n’en sais rien … C’est comme si une partie vide de moi se remplissait avec de la douleur et de la colère … et le seul moyen que j’ai trouvé pour la calmer c’est … Mooow mais Simooooooooooooon

Il préféra ne pas poursuivre, le timbre broyé et leva le visage vers le ciel – pour atteindre sa famille perdue ou pour refouler les larmes, je n’aurais su le dire. Mais mon cœur saigna quand je compris ce qu’il y avait au bout de cette phrase. La vengeance. Je voulus presser un peu plus son bras de mon autre main, mais je me rappelais qu’elle tenait toujours la boite de chocolat que je contemplai d’un œil vide. Je la secouai pour entendre ce son empli de gourmandise et d’espoir, de cette boite encore pleine de surprise, agréable ou douloureuse et un léger sourire fleuri sur mes lèvres malgré la détresse de Simon à côté de moi. Je pensais qu'elle allait lâcher la boîte mais c'est une option aussi :lol:

-Tu peux remplir cette partie vide autrement, soufflai-je alors en pressant son bras avec douceur, avant d’agiter de nouveau la boite. « La vie, c’est comme une boite de chocolat : on ne sait jamais sur quoi on va tomber ». Tu as sans doute mangé un peu trop de chocolat à la liqueur, je te l’accorde … (Simon essuya un rire désabusé). Mais … ça veut dire qu’il reste encore plein de bons chocolats à prendre dans ta boite. Des bonnes choses pour remplir la partie vide de toi, pour lui donner un sens … Pour faire de toi quelqu’un de mieux que de l’ombre et de la poussière. Mais pour ça, il faut que tu arrêtes de sonder le vide et regarder les parties pleines de toi. Elles sont ton identité, ce que tu es. Et elles sont réelles. Aussi réelles que tu es le fils d’Edgar et Cassiopée Bones. Tes parents étaient forts, Simon. Et au lieu de puiser dans la douleur, dans l’ombre et la poussière, c’est leur force que tu dois puiser. Mooow c'est beau

Je laissai ma main glisser le long de son bras pour se nicher dans la sienne et serrer ses doigts, comme pour ancrer physiquement le message. Une unique larme avait roulé sur la joue de Simon et il ne chercha pas à l’essuyer, ni à me la cacher. Après un long moment de silence, je sentis sa main s’aventurer dans mon dos et enlacer timidement ma taille Mais didooooon . Je le laissai m’attirer à lui et nicher son nez dans mon cou, son souffle saccadé se répandant dans mes cheveux et réchauffant ma peau, apaisant les frissons que le vent provoquait. Je nouai mes mains à l’arrière de son dos, sur la boite de chocolat qui m’avait été si utile, debout malgré les bourrasques qui tentaient de nous faire vaciller. Et malgré moi, malgré la poitrine de Simon qui se soulevait toujours à un rythme irrégulier et son cœur qui battait sourdement contre le mien, un sourire absurde s’étira sur les lèvres.
Au fond de moi, j’avais toujours su que le chocolat était une réponse universelle.


Ils sont mignoooooooooons
J'aime beaucoup la nouvelle teinte que tu as donné à la relation de Vic et Miro, c'est vraiment tout en nuance et c'est du très beau travail !
Sans parler de Vic et Simooooon aaaah
J'ai hâte de voir comment ça va se passer avec les filles de Jaga et Miro olala, ça s'annonce moche
Mais du coup ils vont en parler à Alexandre forcément ? Il va finir par savoir pour Mel
Le pauvre je me sens trop mal pour lui quand même

BREF, c'était un super chapitre Perri comme toujours :mrgreen:
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

COUCOU TOUT LE MONDE !

LE FOOT REPREND SES DROITS SUR LA PLANETE SPORT MESDAMES ET MESSIEURS c'est l'immense retour de tout les grands championnat SAUF le nôtre ! MAIS moi je voulais du tennis, de l'Euro, des JO, DU CYCLISME mais je n'ai rien de tout ça donc je prends mon mal en patience.

En plus la seule compétion qui importait depuis que le sport s'est éteint s'est finie de la plus cruelle des manières ... Adrien dans mon coeur tu as gagné Top Chef T.T

VOILA j'arrête de parler et je vous livre le chapitre. BONNE LECTURE BISOUS !

Chapitre 25 : La croisée des chemins.

Comme c’était difficile d’entrer dans la vie d’adulte. Ma mère m’incitait de plus en plus à faire mes lessives seules et je dus laver toutes mes robes à l’aide désastreuse d’Alexandre le week-end avant la rentrée. Mon père ne m’aida pas davantage quand il fallut réparer mon vélo crevé, arguant en plus que j’avais la magie pour m’y aider. Vers la fin de semaine, la question de l’orientation devint prégnante pour Rose et George, qui profitaient de nos derniers instants de libre parole pour nous prodiguer leurs conseils sur nos vies futures. Le repas où ils invitèrent mes parents à déjeuner tourna presque exclusivement autour de cela, puisque ni mon père ni ma mère ne s’y connaissaient en carrière magique. J’avais été surprise que ma mère accepte l’invitation sans rechigner, mais j’avais vite déchanté lorsqu’elle avait précautionneusement interrogé Rose sur mes chances dans chacun des domaines possibles et qu’elle avait poussé un véritable grognement de mépris lorsqu’elle avait évoqué le Quidditch. Je comprenais sa réticence : dans le monde moldu, c’était comme si j’entreprenais une carrière de footballeuse et c’était loin d’être une voie crédible. Puis mon père s’intéressa aux aspirations de Simon, ce à quoi ses deux parents s’extasièrent sur une possible carrière d’Auror devant laquelle Simon pâlit. J’avais conscience qu’inconsciemment, George et Rose devaient être fier de le voir suivre les traces de sa véritable mère malgré le déni de Simon – et que c’était probablement l’une des choses qui le rebutait. Mais je faillis m’étrangler lorsque Caroline, l’aînée de la famille exceptionnellement présente, évoqua l’idée que Simon prenne un appartement à la sortie de Poudlard.

-Ose faire ça et m’abandonner, Bones et je te promets que cette fois je t’arracherais les yeux pour de bon, le prévins-je profitant que nous faisions la vaisselle dans la cuisine. Tu ne quitteras cette ville que lorsque je l’aurais décidé.

Simon leva les yeux au ciel avec un sourire désabusé. Il avait décidé de nettoyer les assiettes à la main – pour se calmer ou parce qu’il ne savait toujours pas jeter un sortilège ménager, je l’ignorais – et en profita pour faire gicler de l’eau sur moi. Je poussai un cri en glapissant :

-Tu es insupportable !
-Et c’est pour ça que tu veux me supporter encore plus, railla Simon en retournant à sa tâche. D’ailleurs, arrête de paniquer : je ne compte pas prendre mon indépendance maintenant, je préfère rester ici dans un premier temps. Si je change tout d’un coup je vais être perdu.

Je me retournai pour prendre une serviette et m’éponger le visage, mais également pour masquer mon soulagement. Dans l’optique qui m’attendait une fois sortie de Poudlard, j’avouai que c’était rassurant de continuer d’avoir Simon sous la main. Mais le soulagement fut de courte durée car je reçus une nouvelle giclée d’eau et cette fois accompagnée de bulles savonneuses qui s’éparpillèrent dans mes cheveux. Je fis prestement volte-face et mon pied qui avait décollé du sol atteint l’arrière de son genou avec une précision chirurgicale. Mécaniquement, Simon se trouva déséquilibré et dut se rattraper à l’évier de façon maladroite, faisant valser une partie de la vaisselle qui séchait sur son bord. Elle s’écrasa sur le sol avec un grand fracas et nous contemplâmes les débris avant d’échanger un regard. Sans pouvoir nous en empêcher, nous éclatâmes synchroniquement d’un grand rire et ce fut dans cet état absurde d’hilarité que nous retrouva Caroline, sans doute attirée par l’agitation. Ses yeux bleus s’écarquillèrent lorsqu’elle observa le sol jonché de porcelaine et la mousse dans mes cheveux.

-Moi qui pensais qu’on pouvait enfin vous laisser seuls sans que vous ne provoquiez de catastrophe ! rouspéta-t-elle en donnant un coup sec de baguette pour réparer nos dégâts.
-Oh, on pouvait le faire tous seuls, on est grand maintenant, protestai-je alors qu’elle rangeait les assiettes dans le buffet.
-Moi peut-être, toi tu es toujours cantonné à un mètre cinquante-six, rétorqua Simon avec un sourire cynique. Je ne suis pas sûre que tu aies pris un seul centimètre depuis que tu es entrée à Poudlard.

Je le fusillai du regard, mais la présence bougonnante de Caroline m’empêchait de riposter physiquement à la pique. Elle était d’humeur massacrante depuis son arrivée qui s’expliquait par sa récente rupture avec son petit-ami Andrew. La chose avait ravi Susan, qui avait toujours fustigé contre la niaiserie du couple, et George qui ne s’était jamais entendu avec le jeune homme. Elle repoussa une mèche de cheveux auburn et nous jeta un regard ennuyé.

-Bien, évitez de provoquer d’autres catastrophes, râla-t-elle, une main sur la porte. Surtout que tante Amelia vient sans doute pour le café …

Là-dessus, elle retourna dans la salle à manger, nous laissant pantois avec le reste de la vaisselle à faire. Je nettoyais mes boucles en m’aidant du reflet dans la vitre pendant que Simon rageait et songeait que finalement, il allait s’arranger pour remettre Caroline avec Andrew. Une fois la vaisselle finie il m’arracha le torchon des mains pour essuyer les siennes, la bouche tordue.

-Cela dit, Vicky, entonna-t-il doucement, tu parles de moi mais … Tu n’avais une proposition de poste en Bulgarie ?

Je fronçai les sourcils, prise de court. J’avais presque totalement occulté les mots de Viktor Krum, réitérer par deux fois et qui m’invitaient à faire des essais pour son club, les Vautours de Vratsa. J’avais été touchée par la proposition de l’un des meilleurs joueurs au monde et je suivais depuis avec un certain intérêt les résultats de l’équipe des Carpates, mais je n’avais jamais songé à y donner suite.

-Enfin, Simon, je ne vais pas aller en Bulgarie. Tu me vois laisser mes parents avec tout ce qui se passe ? Et Alexandre après ce que j’ai fait ?
-Je n’en sais rien. Mais peut-être que Nestor Selwyn ne pensera pas à venir te chercher si tu es en Bulgarie.
-Non, refusai-je immédiatement, soudainement effrayée. Non, Simon, je ne quitte pas l’Angleterre, je ne laisse pas … Enfin …

Je le considérais un instant alors qu’il essuyait toujours ses mains avec un soin tout particulier. Il avait été le premier à être réticent à l’idée que j’accepte la proposition de Viktor Krum, pourquoi me le rappelait-t-il maintenant… ? Une explication me vint à l’esprit, mais elle me mit immédiatement si en colère que je la chassais : ce n’était pas le moment de me mettre à vociférer contre lui alors que mes parents se trouvaient dans la pièce d’à côté. Je donnai un coup sec de baguette pour ranger la vaisselle et assénai avec fermeté :

-Il est hors de question que je quitte l’Angleterre maintenant. D’ailleurs je ne suis pas sûre de poursuivre dans le Quidditch alors cette discussion attendra. J’en discuterais avec Chourave, je pense. D’ailleurs, toi. Quand est-ce que tu vas dire à tes parents que tu n’as pas la moindre intention de devenir Auror ?
-Oh je t’en prie, tu les as vu, renifla Simon avec une certaine amertume. Tu as bien vu comment ils sont fiers que je devienne comme …

Le reste de sa phrase s’étouffa dans sa gorge et il plongea son regard par la fenêtre pour ne pas avoir à la finir. Je le fixai, retrouvant en ses traits chaque caractéristique de chacun des membres de sa famille disparue, passablement agacée par le silence qui se prolongeait.

-Dis la fin.

Simon fronça les sourcils et darda un regard exaspéré sur moi.

-Ce n’est pas difficile à deviner.
-J’ai parfaitement deviné, Simon, mais je veux quand même que tu finisses ta phrase. Et que tu la finisses bien. Que tu deviennes comme qui ?

Il me lança le torchon à la figure pour s’éviter de répondre mais j’étais trop rapide pour lui : j’eus le temps de le rattraper, de sortir ma baguette et de verrouiller la porte au moment où il mettait la main sur sa poignée. Il poussa un grognement de frustration lorsque la porte trembla sans céder lorsqu’il tira dessus et il finit par s’adosser au battant, les bras croisés sur sa poitrine.

-Non, sérieusement, tu es sûre que la Bulgarie n’est pas envisageable ?
-Je suis certaine que tu serais ravi de te débarrasser de moi, Simon, mais il me semblait d’avoir prévenu que tu m’aurais sur ton dos toute ta vie. Finis ta phrase.

J’avais toujours ma baguette en main, mais je ne tiendrais pas longtemps si lui sortait la sienne. J’avais beau avoir une vitesse d’exécution plus rapide, s’il mettait toute sa puissance magique contre moi, je finirais en charpie. Pourtant, il n’amorça pas le moindre mouvement pour la brandir, se contentant de me lorgner hostilement, les bras toujours croisés sur sa maigre poitrine, la mâchoire si contractée que je doutais qu’il ne laisse échapper le moindre mot. Pourtant, il finit par lâcher avec brusquerie :

-Comme ma mère. Tu es contente ?

Un mince sourire s’étira sur mes lèvres et je levai le sortilège sans un mot. La porte s’ouvrit alors, déséquilibrant Simon qui se rattrapa à la poignée et m’arrachant un nouvel éclat de rire. Il me jeta un énième regard noir et je le suivis dans le salon d’un pas bondissant, très fière de moi. C’était infiniment peu, mais c’était les seules choses que je pouvais espérer de lui et c’était par ces petits mots que peu à peu nous pourrions déconstruire le déni et rétablir la vérité en lui. Une nouvelle personne était assise à table, trônant telle une reine et son monocle en guise de couronne. La pipe qui fumait paraissait grandement incommodé mes parents mais elle n’en avait visiblement cure car elle la bourra d’une nouvelle dose de tabac. Elle discutait avec Caroline avec un certain agacement :

-… a complétement perdu le contrôle d’Azkaban et le pire c’est qu’il refuse d’envoyer davantage d’Aurors là-bas … fcg
-Les Aurors ont mieux à faire tante Amy, tu ne penses pas ? rétorqua Caroline d’un ton digne.
-Et quoi donc, assurer la protection de Fudge ? répondit Amelia avec un souverain mépris. Si seulement c’était pour les bonnes raisons … (Elle tourna son œil vert au monocle sur Simon). Ne reste pas planter là et viens embrasser ta tante, toi.

Simon s’exécuta pendant que je prenais place à côté de ma mère. Elle fixait la pipe d’Amelia Bones avait tant d’intensité qu’elle semblait capable de l’éteindre de son simple regard et mon père faisait de son mieux pour éviter le nuage gris que la sorcière rejetait dans l’air à chaque expiration.

-Rose nous a expliqué qu’elle était une sorte de ministre de la justice, m’apprit ma mère à mi-voix, tout en gardant un œil sur la pipe. Je ne savais pas que leur famille était si haut …

Je fus amusée du respect nouveau que semblait éprouver ma mère pour les Bones. Mon père avait fait un travail remarquable pour lui faire accepter la magie en quelques mois et je ne doutais pas qu’Alexandre avait également ajouté sa pierre à l’édifice, fort d’année d’expérience à faire enrager Marian Bennett. Avec un pincement au cœur, je songeais que ça l’aiderait à probablement mieux accepter la nature de son père adoptif. Je n’avais pas de nouvelle de mes grands-parents depuis que j’étais allée les voir en début de vacance avec Simon mais j’avais fini par assimiler qu’il faudrait du temps avant que ma grand-mère n’accepte que Miro revienne à la vie magique. Au cas où, j’avais raconté la véritable histoire à George et Rose qui avaient failli tomber de leur chaise en apprenant l’identité réelle de l’homme qui avait habité notre maison avant nous. George m’avait tout de même avoué en confidence que son père, Nicholas, s’était toujours méfié de Miro et s’était toujours interrogé sur sa véritable nature, aussi n’était-il qu’à moitié surpris.
Amelia nous parla longuement de l’ambiance de plus en plus tendue au Ministère : Fudge ressentait chaque jour plus la pression d’un Mangenmagot de plus en plus convaincu qu’un Mage Noir arpentait librement le pays. Et plus l’opposition était forte, plus le Ministre s’accrochait à son trône et à ses convictions.

-J’ai essayé de lui faire entendre raison après l’évasion massive, mais il n’a rien voulu savoir, poursuivit-t-elle avec un certain dépit. Pour lui, c’est simplement Black …
-Je n’ai jamais compris pourquoi Sirius Black s’était rangé du côté des forces obscures, murmura Rose, songeuse. Cassie le connaissait bien, elle serait tombée des nues en l’apprenant …
-Et Cassie avait un solide instinct, ce n’était pas le genre de femme à se laisser embobiner, admit Amelia en recrachant un nuage de fumée. La patte de Maugrey, ça …
-Vigilance constante, citai-je machinalement.

Amelia m’adressa un sourire approbateur. Pendant la discussion, j’avais observé George et Caroline, les deux membres réticents à l’idée d’admettre que Voldemort était de retour. Mais chez le père de famille, tout semblait avoir changé car je le sentais davantage prêts à coller son immense poing dans la figure du Ministre – l’évasion de l’assassin de son frère avait dû changer son idée.

-Certains membres du Mangemagot pensent de plus en plus à le mettre en minorité à la chambre et à t’appeler à sa place, Amy, avoua-t-il alors, un sourire faisant frémir sa barbe. Le problème, c’est qu’il a encore de solides appuis, notamment dans les grandes familles sorcières qui auraient beaucoup à y perdre si quelqu’un de moins complaisant venait à la tête du Ministère …

Amelia ne parut pas surprise que son nom soit cité pour devenir la prochaine Ministre de la magie et elle ignora superbement la mine ébahie de ses nièces et de mes parents. Elle se fendit d’un grognement.

-Les Malefoy, les Selwyn, les Yaxley … Je vois très bien de quelles familles tu parles, George, de grandes puissances financières qui profitent de l’aveuglement soit pour rejoindre Tu-Sais-Qui, soit pour agrandir leur empire. Julius Selwyn a profité de la démission d’un membre du Mangemagot pour protester contre la politique de Fudge pour tenter d’y placer son fils aîné mais la demande a été refusée. Mais je n’aurais pas été contre l’idée qu’il nous propose sa fille, j’ai déjà échangé avec elle, c’est une femme d’une incroyable finesse cette …
-Donc il n’y a aucun moyen qu’on soit débarrassé de Fudge ? la coupa précipitamment Simon.

La bouche d’Amelia se tordit et j’en profitai pour adresser un « merci » silencieux à Simon. Cela aurait été dramatique si elle avait laissé échapper le nom de Melania devant mes parents.

-Pas tant que Tu-Sais-Qui restera caché, je pense, évalua sombrement Amelia. Une partie conséquente du Mangemagot veut le mettre en minorité, mais l’immense majorité de la cour est silencieuse, craintive. Ils n’osent pas, ils murmurent. Ils ont peur de perdre leur poste s’ils se découvrent trop en faveur d’une démission et je suis aussi persuadé que les grandes familles comme les Malefoy sont à la manœuvre pour les intimider. La pauvre Elisabeth Lewis a été forcée à la démission après avoir ouvertement comploté pour déposer Fudge, ils ont fait sortir un scandale de corruption que je pense inventé de toute pièce …
-Je soupçonne Albert Rucorn d’être derrière tout ça, intervint Rose d’un air dégoûté. Il est très doué pour falsifier les documents de manière crédible.
-Mais votre monde est une dictature, lâcha mon père, abasourdi.
-On en s’en rapproche mais ça n’ira pas jusque-là, promit Amelia, l’œil brillant d’un éclat presque inquiétant. Pas si je peux l’en empêcher. Je n’ai pas eu le temps de prouver que les pièces contre Elisabeth Lewis étaient fausses, mais je les attends de pied ferme pour tout autre démission qui paraitrait suspecte. De toute manière, Vous-Savez-Qui refera un jour surface et Fudge sera bien obligé de se démettre.
-A votre profit, devina ma mère.

Amelia inclina humblement la tête avec un sourire figé.

-A dire vrai, ma chère madame, ce seront les urnes qui décideront. Mais si tel est le cas je me ferais un plaisir d’autoriser Dumbledore à revenir à Poudlard et de dégager Dolores Ombrage du Ministère à grand coup de pied dans son derrière rose.
-Amy ! s’offusqua George alors que Simon, Susan et moi éclations de rire.

Amelia nous adressa un discret clin d’œil et glissa la conversation en s’intéressant aux métiers de mes parents et ne plus s’attirer les foudres de son frère. Elle discutait avec mon père de la vision de la religion dans le monde sorcier et je voyais régulièrement le regard de ma mère glisser sur le portrait d’Edgar au fond de la pièce, puis sur Simon et la photo de Matthew et Spencer sur la console de l’entrer. Caroline vantait à Susan les bienfaits que cela avait de travailler au Ministère et je profitai de n’être acculé par personne pour observer l’extérieur de la maison baigné par le soleil printanier. Demain, nous serions dans le train pour Poudlard, et notre ultime trimestre au sein de cette école. Malgré l’ambiance plus que pesante qui régnait, mon cœur fut étreint par la nostalgie lorsque je me rendis compte que je ferais le trajet allé pour la dernière fois. En compagnies de Miles … Mes joues s’échauffèrent et je croisai les bras sur ma poitrine, refoulant le malaise qui s’éprenait de moi.

J’avais quitté la maison des Bletchley le matin, après avoir salué le père et sans avoir revu ma mère. Miles m’avait embrassé avant d’échanger avec moi un sourire complice que j’avais eu peine à lui rendre. Pourtant, tout c’était passé à merveille. Là où j’aurais pu craindre du sang et une grande douleur, je n’avais eu qu’une vague souffrance due au stresse qui était vite passée, emportée par la fièvre. Pourtant, les souvenirs de cette nuit continuaient de me troubler. J’aurais aimé en parler avec ma mère une fois rentrée. Nous prenions notre repas à deux et j’avais eu les confidences au bord des lèvres. Mais j’ignorais totalement comment elle réagirait en apprenant que sa fille avait perdu sa virginité avec un sorcier avant même le mariage – peut-être trop jeune selon ses critères. Alors je me surprenais à attendre avec impatience mon retour à Poudlard pour pouvoir échanger avec Emily. J’avais désespérément besoin d’un retour d’expérience.
Le bruit d’une voiture se garant me tira de ma rêverie – et l’émergence fut plus brutale lorsque je reconnus la vieille Vauxhall de mon grand-père. Et ce fut bien lui, un béret planté sur son crâne et sa crinière grise nouée sur sa nuque, qui sortit de la voiture. Mon sang ne fit qu’un tour.

-Je vais prendre l’air, je reviens, annonçai-je à Rose.

Je n’attendis pas sa réponse pour m’élancer sur sa terrasse et me précipiter à la rencontre de mon grand-père. Un immense sourire fendit son visage lorsqu’il m’aperçut.

-Ah, Perelko ! ça tombe bien que tu sois là, je viens …
-Et bien figure-toi que je ne suis pas la seule ici ! l’interrompis-je sèchement en ouvrant la porte de sa voiture. Maman est là également !

Miro pâlit et lança un regard presque effrayé au perron des Bones. Il n’avait sans doute pas dans l’idée d’affronter ma mère dans l’immédiat, aussi se dépêcha-t-il de grimper dans sa voiture et de mettre le contact. Je fermais ma propre portière et le laissai démarrer.

-Je pensais qu’elle n’aimait pas la magie, ta mère, commenta-t-il en rejoignant la route. Enfin, je suppose que c’était une bonne chose … Si elle l’accepte pour toi, elle l’acceptera peut-être pour moi.
-Evidemment qu’elle l’acceptera, ce ne sera pas la magie le problème, mais tes mensonges, répondis-je en endiguant les restes de rancœur qui tentait de percer ma voix. Mais du coup … Mamy est d’accord ?

Miro me jeta un regard à la dérobée avant de hocher la tête avec lenteur. Il s’enfonça dans la ville jusqu’au parking devant l’unique superette du village et s’y engagea avant de se garer. L’endroit était désert en cette heure creuse du midi et de toute manière beaucoup préféraient faire leurs courses dans la grande ville proche qui avait plus de choix. Miro tira le frein à main et poussa un profond soupir.

-Ça n’a pas été facile pour elle d’accepter. Mais elle a fini par tomber d’accord avec moi : si on peut faire la moindre chose, même la moins significative pour protéger notre famille, alors c’est de notre devoir de le faire. Et elle m’a fait juré d’être raisonnable et de ne pas partir à l’aventure, je pense que la prochaine fois que tu viendras elle te demandera de faire un serment inviolable …

C’était dit sur le ton de la plaisanterie mais cela ne m’arracha pas le moindre sourire. Je fixai Miro, muette, à la fois ému et gênée par sa prise de décision. Elle me rappelait que malgré son passé, malgré Agata, rien ne comptait plus pour lui que la famille qu’il s’était construite.
Rien ne comptait plus pour lui que nous.
Et c’était un amour absolu qui forçait le respect.
N’y tenant plus, je pris la main qu’il avait laissé sur le frein à main, comme s’il s’apprêtait à repartir. Il parut étonné de cette marque de tendresse – ça devait être notre premier contact physique depuis noël – mais il couvrit ma main de la sienne, bien plus grande, réconfortante.

-Merci, soufflai-je, la gorge compressée par l’émotion. Merci de ne pas me laisser seule face à ça …
-Oh, Perelko… (Mon grand-père planta son regard dans le mien). Tu n’as jamais été seule. Tu ne le seras jamais. On veut te faire croire que tu l’es, mais c’est faux. Dans les mois à venir, il va te falloir être forte pour surmonter tout cela et il va falloir que tu te raccroches à cette réalité : où que tu sois, quoique tu fasses, tu n’es pas seule. Et dans cette bataille, je serais à tes côtés.

***

J’avais passé les dix minutes qui avait suivi à convaincre Miro de d’abord parler à ma mère avant d’aller voir les Bones, de ne pas la mettre devant le fait accompli. Je lui avais même proposé de le faire le soir-même, mais il avait balayé l’idée d’un revers de main : j’en avais déjà bien assez fait, c’était à lui et Jaga de gérer les conséquences de leurs mensonges et non à moi. Et peut-être que lorsque je reviendrais de Poudlard, les choses se seraient suffisamment apaisés pour qu’elles aillent de soi. Je passai donc le trajet qui me ramenait en Ecosse à imaginer la tête que ma mère ferait en apprenant que son père n’était en réalité pas son père, à celle de mon père lorsqu’il comprendrait qu’il était un sorcier, et à celle d’Alexandre lorsqu’il saurait que je lui avais caché cela. Cela provoquait en moi un mélange désagréable d’amusement et d’angoisse que je trompais en lisant Hamlet par-dessus l’épaule de Simon ou en révisant les Sortilèges avec Miles. Je m’activais tellement que le trajet passa à une vitesse folle et je retrouvais bientôt l’image rassurante et familière du château qui se découpait gracieusement dans la nuit.
Et évidemment, les petites joies qui faisaient Poudlard depuis qu’Ombrage avait planté ses griffes dedans.

A notre arrivée, une note nous attendait pour nous prévenir que les cinquièmes et septièmes année avaient le droit à un entretien avec notre Directeur de Maison sur notre orientation. Et Chourave apporta à Simon une précision sur le sien : Ombrage souhaitait y assister. Cela l’avait mis dans un tel état de rage que j’avais discrètement demandé au professeur si je ne pouvais pas être présente à l’entretien, pour être certaine que Simon s’y tiendrait bien – ce à quoi elle avait répondu que s’il ne se tenait pas bien, elle se ferait un plaisir de l’enfermer dans une pièce remplie de ses plantes les plus dangereuses, et ce sans baguette. Simon avait entendu la réponse et ravaler toutes ses protestations pour promettre qu’il se tiendrait.

-C’est franchement d’une injustice criante, râla-t-il en me suivant jusqu’au bureau de Chourave où j’avais mon entretien juste avant lui.

C’était le lundi de la rentrée et nous avions quitté ensemble le cours de Sortilège matinal sous l’œil peu scrupuleux de Flitwick. Et visiblement Simon ne semblait pas avoir avalé les révélations faites la veille par Chourave.

-Elle ne va pas voir Renata qui est celle qui a le plus répondu pendant les cours, elle ne va pas voir non plus Charles qui a passé la moitié d’entre eux à dormir, non, il faut qu’elle s’acharne sur moi alors que j’ai passé toute l’année à me retenir !
-Tout le monde n’est pas le brillant neveu d’Amelia Bones, répondis-je avec lassitude. Elle a peur de la menace que tu pourrais devenir pour elle une fois au Ministère. Elle doit déjà se battre contre Amelia, peut-être ton père, si te joins à eux … Sans compter qu’elle doit voir Edgar en toi et que ça ne doit pas la rassurer.

Je vis la paume d’Adam de Simon remonter et descendre nerveusement et il ne renchérit pas sur le dernier argument. Pour éviter qu’il ne plonge dans une mauvaise humeur avant son entretien, je le pris par le bras et le secouer.

-Mais fais-lui miroiter ça, dis à Chourave que tu veux entrer au Ministère et devenir Ministre, et après prends une photo de sa tête ! ça doit être une des visions des plus effrayantes pour elle …

Cela eut pour mérite d’arracher un sourire aux lèvres de Simon au moment même où nous arrivions devant la porte du bureau de Chourave. Avec une certaine gêne et un pincement au cœur, je me souvins que la dernière fois que je m’étais retrouvée dans ce bureau avait été lorsqu’une potion de feu avait failli m’arracher le bras et que Cédric avait découvert que je sortais avec Miles. C’était si loin … Je donnais un coup de coude à Simon.

-Reste tranquille, je n’en ai pas pour longtemps. Et médite un peu pour être sûr de ne pas perdre tes moyens. Si ça se trouve, elle ne va pas même pas intervenir, alors ne fais pas toute une montagne de sa présence, d’accord ?

Simon me jeta un regard ennuyé où pointait également la résignation et j’enfonçai le clou en enfonçant un index dans sa maigre poitrine.

-Et je sais que tu as acheté des oreilles à rallonges aux jumeaux, ils me l’ont dit, alors je te promets que si je sais que tu les as utilisées, je te jette dans le lac noir, tu m’as comprise ?
-Je vais finir par croire que tu as les mêmes pouvoirs que ton grand-père, maugréa-t-il tout en extrayant de sa poche une longue ficelle couleur chair.

J’eus un sourire désabusé en récupérant les oreilles à rallonge. Fred avait été absolument ravi de m’annoncer qu’il comptait à présent un préfet-en-chef dans leurs clients et je l’avais harcelé jusqu’à qu’il m’avoue l’objet de leur transaction.

-Je te connais juste par cœur, Bones. Ne cherche pas, tu ne peux plus rien me cacher, je finis toujours par tout découvrir. A toute, crevette !
-Crevette toi-même.

Je levai les yeux au ciel en frappant à la porte de ma directrice de maison. Le battant s’ouvrir de lui-même et j’adressai un dernier regard d’avertissement à Simon avant d’entrer. Chourave s’occupait d’une très belle plante à pipaillon au bord de sa fenêtre ronde à la façon de celle des Hobbits et m’adressa un sourire radieux.

-Bennett ! Asseyez-vous, j’arrive tout de suite. Ma plante faisait grise mine pendant les vacances, elle demande un soin tout particulier … Comment allez-vous ?
-Très bien, professeur, affirmai-je en prenant place sur la maigre chaise devant son bureau.
-Pas de problème d’aucunes sortes ? Révisions, familiaux … Selwyn ?

Je répondis par la négative, touchée par la sollicitude de ma Directrice de Maison malgré le décret d’éducation numéro vingt-six qui l’empêchait de parler de choses qui ne concernait pas directement sa matière et ses missions. Elle acheva de rempoter la plante avant de s’essuyer les mains sur un chiffon déjà fort sale et se laissa lourdement tomber sur son fauteuil. Le soupir dont elle se fendit fit voler les mèches grises qui lui tombait devant les yeux et elle les repoussa d’un geste impatient.

-Victoria Bennett, s’activa-t-elle en fouillant son bureau jonché de parchemins et de brochures en tout genre. Non, ça c’est plus pour les cinquièmes année cet après-midi … Evidemment, ce n’est pas exactement le même entretien, à dire vrai c’est plus une discussion pour éclaircir les voies d’avenir qui s’offrent à vous maintenant que vous arrivez au bout de votre parcours, certaines formations demande la construction de solides dossier … Voyons … Milles gorgones, je passe si peu de temps ici qu’à chaque fois que je viens, je suis perdue mais Dolores a refusé que je fasse passer mes entretiens dans mes serres … Ah, voilà votre dossier !

Elle sortit une liasse de parchemin et chaussa de petites lunettes rondes qu’elle percha au bout de son nez épaté.

-Victoria donc … Des résultats correctes, élève courageuse et appliquée qui met tout en œuvre pour surmonter ses difficultés … Excellentes notes en runes anciennes et Etudes des moldus … (elle abaissa le dossier et lissa les feuilles). Et bien sûr, j’ai un mot de Madame Bibine qui ne cesse de vanter vos qualités en tant que joueuse de Quidditch. Ne tournons pas autour du pot, Bennett, il est évident que cet entretien servira à déterminer si vous êtes prête ou non à vous lancer dans une carrière professionnelle. Vous avez pu y réfléchir depuis la proposions de Gwladys Sayer ?

Je me trémoussai sur ma chaise et rassemblai dans mon esprit tous les arguments que j’avais pu réunir durant les vacances de mes discussions avec les Bones et avec Miles. Je les exposais avec patience au professeur Chourave : mon envie d’être utile dans ce monde, notamment en ces temps troublés, malgré mes pauvres moyens, ma peur qu’une carrière dans le Quidditch ou l’Histoire de la magie soit complétement vaine … Chourave m’écouta avec bienveillance, sans m’interrompre un seul instant. Lorsque j’achevais mon exposé, un sourire entendu flottait sur ses lèvres.

-Et vous avez des idées ?
-Aucune, avouai-je en me tordant les mains. Soit je n’ai pas les notes qu’il faut, soit ça me rebute. Le Ministère par exemple … quand bien même je pourrais y entrer, je vous avoue que … je ne suis pas sûre de partager les valeurs de l’institution.

Et revoir le sourire de crapaud d’Ombrage ce matin au petit-déjeuner m’avait conforté dans cette idée. Un peu à l’image de Simon, je doutais être capable de m’épanouir et de rester stoïque sous l’administration de Fudge. Chourave secoua la tête avec un sourire désabusé.

-Bennett, ça fait sept ans que je vous ai en cours, je commence à vous connaître. Vous êtes une passionnée : vous êtes bonnes en Histoire parce que vous adorez cela, vous étiez une calamité en Potion parce que vous n’aviez aucun goût pour la chose, vous travaillez les sortilèges parce qu’ils vous plaisent. Très honnêtement, je ne vous pense pas capable de vous épanouir dans un domaine qui ne vous passionne pas. Alors le Ministère …
-Je serais sans doute malheureuse comme les pierres, admis-je, vaincue. Mais professeur … Allez jouer au Quidditch alors que dehors …
-Bennett, vous serez en équipe de réserve, me rappela Chourave avec une certaine douceur. Ce n’est pas encore le haut niveau, ça vous laissera du temps. Du temps pour réfléchir à ce que vous voulez réellement faire de votre vie, du temps libre, également, pour … vous rendre utile, si c’est ce que vous souhaitez, vous me suivez ?

Mes lèvres se pincèrent, indécises. Devant mon hésitation apparente, Chourave se sentit obliger de poursuivre :

-Et l’avenir n’est bien sûr pas figé dans le marbre, bien sûr. Décider de rejoindre une équipe de Quidditch ne signifie bien sûr pas que vous y ferez carrière toute votre vie. Mais vous êtes douée, très douée, même et vous êtes une véritable passionnée, vous vivez votre sport. C’est un conseil que je vous donne : ne faites pas un travail qui n’est pas fait pour vous et dans lequel vous seriez peut-être mauvaise simplement parce que ça vous semble plus sécurisant, ou plus utile. (Elle se pencha vers moi pour se permettre de baisser la voix). Vous trouvez le Ministère utile ces derniers temps ?

Un rire nerveux s’échappa de ma poitrine et je secouai la tête, conscience des limites de mon argumentaire. Chourave se fendit d’un sourire maternel dont elle avait le secret et qui m’avait mis si à l’aise lors de mes premiers jours à Poudlard où j’étais littéralement terrifiée par la nouvelle vie qui s’offrait à moi. A présent, j’étais à une nouvelle croisée des chemins avec une voie qui semblait se fondre dans le noir et c’était de ce sourire rassurant dont j’avais besoin pour m’assurer que tout irait bien.

-Alors … Vous me conseillez réellement de devenir joueuse professionnelle ?
-Comme à chacun de mes étudiants, je vous conseille d’aller dans une voie sur laquelle je suis sûre que vous vous épanouirez, dit Chourave. Parce que c’est ce qui compte, que vous soyez bien dans ce que vous faites, en accord avec vos capacités et vos valeurs. Le sport est porteur de belles valeurs et a une belle visibilité qui permet de les porter haut et loin, Bennett, pensez à ça.

Je n’avais pas envisagé les choses sous cet angle et l’idée me faisait rougir. Quelqu’un qui perçait dans le sport devenait célèbre, je le constatai bien dans le football ou face à la popularité qu’avait la Capitaine des Harpies de Holyhead, Gwenog Jones. Et si l’idée était effrayante pour une fille aussi anonyme que moi, j’admettais qu’elle pouvait donner des capacité presque infini en terme de visibilité et de défense de valeurs.
Et ça, je voulais bien avouer que c’était utile.

-J’avais pensé à approfondir mes recherches en Histoire de la Magie, aussi, continuai-je par acquis de conscience, puisque c’était un autre domaine qui me passionnait. Mon projet avec Octavia avance très bien et j’avoue que je me sens frustrée de ne pas pouvoir l’approfondir d’avantage …
-Hum … Le problème avec la notion de chercheuse, c’est que c’est moins lucratif et plus aléatoire que le Quidditch. Mais encore une fois, une carrière dans le Quidditch vous laissera amplement le temps de vous adonner à d’autres activités et puis, ce sont des carrières qui se terminent vite, vous ne pouvez pas rester sur un balai jusque vos quarante ans …

L’âge m’arracha un rire nerveux. Seigneur, que c’était difficile de se projeter aussi loin … Mais malgré le côté vertigineux de la projection, j’avais l’impression d’entrapercevoir un rayon de lumière dans mon sombre avenir qui éclaira pas un mais plusieurs chemins qui serpentait dans l’obscurité, s’entrelaçait parfois ou plongeaient dans la brume. Mon avenir n’était pas figé, il pourrait évoluer au fil de ma vie, de mes envies. Un instant, je m’imaginais prendre l’un de ces chemins, l’arpentant jusqu’à un nouveau croisement et mon cerveau se mit à imaginer un nombre incalculable de scénario.

-Je suppose que de toute manière je ne saurais pas si ça me convient si je n’essaie pas …, évaluai-je lentement. Je veux dire … L’Histoire de la magie, j’aurais toute ma vie pour m’y mettre mais le Quidditch … ils ne recrutent qu’après Poudlard, c’est ça ?
-Ou au sein d’autres équipes, oui, confirma Chourave avec un sourire radieux.

Mon cœur manqua un battement. Elle avait raison me concernant sur un point : j’étais passionnée de Quidditch. Il n’y avait que sur un balai que j’arrivais à oublier tous mes problèmes, prendre de la hauteur et évacuer toute la frustration du quotidien. J’avais douté d’en faire mon métier, de peur de perdre la magie, de peur de me sentir coupable de tant de frivolité alors que le monde valsait. Mais maintenant que j’avais vu tous les chemins qui s’ouvraient à moi, l’idée de me fermer cette porte si tentante me rendait triste. Je me posai une main sur la trempe, et contemplai longuement ma professeure. Elle eut un pauvre sourire.

-Vous avez encore peur, Bennett ? Vous ne faites pas confiance à votre talent, malgré sa reconnaissance par tous ?
-Ce n’est pas de moi que j’ai peur, professeur. C’est du monde autour …

Chourave poussa un gros soupir et frappa une fois dans ces mains, presque exaspérée par ma réticence. Elle repoussa ses lunettes sur son front pour me fixer avec une certaine gravité.

-Le monde autour, Bennett, parlons-en. Au train où vont les choses, votre vie sera déjà bien assez compliquée comme ça une fois hors des murs de cette école. Vous voulez vraiment vous rajoutez du malheur avec un métier que vous n’apprécierez pas ?
-Non, bien sûr, professeur …
-Alors qu’est-ce que vous attendez, Bennett ?

Je papillonnais des yeux, surprise par le ton ferme qu’avait adopté Chourave et qui ne lui ressemblait pas. Puis j’eus un sourire penaud, soudainement consciente d’avoir une route presque royale qui s’étendait à mes pieds et que je dédaignais à l’agacement de tous pour des raisons qui n’étaient peut-être pas les bonnes.

-Je réfléchis trop, c’est ça ?
-Je pense qu’effectivement, vous vous prenez la tête, mais c’est compréhensible. Vous avez toutes les cartes, c’est inutile d’angoisser et de vous adapter à des faits sur lesquels vous n’avez aucunes prises. Ne vous rendez pas la vie plus compliquée qu’elle ne l’est, et pour une fois, laissez-vous porter par l’évidence. C’est le conseil qu’une vieille sage vous donnera.
-Enfin professeure, vous n’êtes pas si vieille …

Chourave éclata d’un rire sonore qui me détendit définitivement. Dehors, un éclat de soleil tapa contre la vitre et, touchée par la chaleur, la plante à pipaillon sembla ronronner, guérie par les bons soins de la botaniste. Celle-ci allongea le bras et me tapota la main, les yeux pétillants.

-Ah, Bennett … Vous faites partie des élèves qui me manqueront, l’année prochaine. Alors faites en sorte que j’entende parler de vous et même en dehors de Poudlard … n’oubliez pas de porter haut les couleurs de Poufsouffle.

***


-J’ai été la première à le dire !
-Tu le répètes depuis des semaines …
-La première a te proposer le Quidditch et tu ne m’as pas écoutée, moi
-Comme toi quand je te parle de Voldemort, les grands esprits se rencontrent, pas vrai ?

Passé le glapissement coutumier, Emily me fusilla du regard mais eut la décence ne pas renchérir. Nous venions de sortir de notre dernier cours et j’avais accompagné Emily jusque la volière où elle devait envoyer une lettre résumant son entretien avec Chourave quelques heures plus tôt. Pour dissiper le malaise, elle me tourna le dos pour faire face aux nombreux hiboux de la volière qui attendait sur leurs perchoirs, se nettoyant les plumes ou nous observant de leurs yeux jaunes. Je m’étais toujours sentie très mal à l’aise dans la volière et c’était pour cela que j’étais fière de n’y avoir posé que deux ou trois fois l’orteil lors de ma scolarité. Il y avait trop de volatile à l’œil affuté de rapace et aux serres aiguisées pour que je sois parfaitement à mon aise. Emily ne paraissait pas avoir de problème car elle offrit sans crainte son bras à une chouette effraie qui lui tendit docilement la patte.

-Alors, tes vacances ? lança-t-elle d’un ton neutre dans l’espoir de dissiper le malaise. Tu as vu Miles, je suppose ?

Mes joues s’échauffèrent et instinctivement, je croisai mes bras sur mon ventre. Je sentis plus que je ne vis le regard suspicieux d’Emily sur mon geste, mais elle me surprit en s’abstenant de toute commentaire. Je pris une profonde inspiration. J’avais besoin d’en parler, sinon j’allais cogiter des heures dessus.

-Oui je l’ai vu, répondis-je alors. J’ai rencontré ses parents la semaine dernière et … j’ai passé la nuit chez lui.
Devant le clair sous-entendu, Emily cessa de caresser la chouette pour me considérer longuement, les yeux brillants d’une question silencieuse qui semblait lui brûler les lèvres. Je finis par me fendre d’un profond soupir et explicitai :
-Et oui on l’a fait.

Emily poussa un petit cri de triomphe qui effraya la chouette car elle s’envola brusquement pour retrouver son perchoir avec un hululement perçant. Ignorant l’animal qui la lorgnait toujours d’un air mauvais, elle s’avança vers moi avec un sourire beaucoup plus doux que j’avais pu le craindre. Mais c’était souvent comme cela avec Emily : elle s’excitait tellement sur ma vie privée que j’avais peur de ses réactions excessive, mais chaque fois elle était sérieuse et attentionnée. Une pépite d’or dans un écrin de fer.

-Alors ? ça s’est bien passé ?
-Je n’en sais rien, répondis-je en toute sincérité.

Je brûlais tellement d’en parler depuis quelques jours que les mots s’engouffrèrent dans la bouche, pressés de sortir et d’exprimer toutes les émotions contradictoires qui bouillonnaient en moi chaque fois que je repensais à cette nuit. Alors sans attendre qu’elle me questionne d’avantage, je poursuivis :

-Je n’ai pas beaucoup eu mal, juste au début et je n’ai pas saigné …
-Mais ?
Je déglutis et me trémoussai d’un pied à l’autre. Emily me scrutait avec une inquiétude que je sentais vraie, sincère.
-C’est juste que … Enfin … (Je sentis mon visage s’embraser). C’est normal que … je n’ai rien ressenti ?

Emily me dévisagea, perplexe et la rougeur s’étendit à mes oreilles. Elle passa une main songeuse sur la lettre qu’elle tenait à la main.

-Hum … Tu sais, chaque expérience est différente, je ne saurais pas te dire si c’est normal. C’est assez idiot de considérer qu’il y a une « première fois » type, tu vois ce que je veux dire ? Chacun réagit de manière différente … Mais quand tu dis « rien ressenti », c’est … à quel niveau ?

Ma bouche se tordit nerveusement. A dire vrai, il s’agissait de tous les niveaux. Je ne m’inquiétais pas de mes sensations physiques, certes pas exceptionnelles mais que je mettais sous le compte de l’inexpérience, du manque de connaissance de nos corps respectifs. C’était quelque chose qui pouvait évoluer avec le temps, comme j’avais pu le constater le lendemain matin et où nous avions pu renouveler l’expérience qui avait été sensiblement plus agréable. Mais c’était au niveau de mes émotions que je m’étais inquiétée. Peut-être que j’avais trop sacralisé l’acte, que le manque de plaisir réel avait joué sur ma perception de l’instant … mais j’avais été tout de même troublée par le vide émotif que j’avais senti en moi. C’était simple : alors que Miles était au plus proche de moi qu’il ne pourrait jamais l’être, alors que nos corps étaient entremêlés le plus étroitement possible, mon cœur ne m’avait jamais semblé aussi loin de lui. Et j’ignorais totalement si c’était simplement dû à une sorte de déception de l’expérience physique ou si …
Ou si c’était révélateur de mes sentiments.
Ça s’était bien passé. Je n’avais presque pas eu mal, pas saigné, et j’avais même réussi à commencer à comprendre comment la chose pouvait être agréable. Pourtant j’étais ressortie de chez les Bletchley avec plus de tracas que lorsque j’étais rentrée.
Je tentais tant bien que mal de mettre des mots sur mes sentiments face à une Emily d’un remarquable sérieux. Pendant ce temps, elle avait réussi à attirer sur son bras une autre chouette à la patte de laquelle elle attachait sa lettre avec des gestes lents et précautionneux.

-C’est peut-être parce qu’il y a eu un décalage avec ce que tu attendais, suggéra-t-elle, reprenant le cours de ma réflexion. Tu t’attendais à la douleur, tu ne l’as pas eue alors tu t’attendais à l’extase et ce n’était pas ça non plus …
-Je veux bien le croire, ça, mais Emily … Comment ça fait que je n’ai rien ressenti là ?

Je posais mes mains sur mon cœur qui s’était mis à cogner fort contre ma poitrine. Emily acheva de fermement attacher la lettre avant de lâcher la chouette dans l’air. Nous l’observâmes un long moment s’envoler toujours plus haut dans les cieux dénués de nuage du mois d’avril, avant qu’Emily ne soupire :

-Je n’en sais rien, Victoria. Je n’ai pas la réponse universelle, là-dessus, je te l’ai dit, chaque expérience est différente, surtout de ce point de vue là … Je t’avoue que personnellement, la première fois que j’ai couché avec Roger l’année dernière, c’est le moment où j’ai compris qu’en fin de compte, je l’aimais sans doute. C’est pour ça que ça m’a fait si mal quand je me suis rendue compte que pour lui … ça n’avait pas eu d’importance.
-Ça en avait sans doute … Sinon vous ne seriez pas ensemble maintenant, non ?

Emily eut un petit sourire, mais un sourire qui illumina son visage plus efficacement que les rayons du soleil qui frappait sa peau pâle et faisait étinceler l’or dans ses cheveux.

-On peut dire ça … Enfin, pas à l’époque, il pensait réellement que ça n’avait pas d’importance, que vous étions deux jeunes gens qui avaient simplement décidé d’avoir un peu de bon temps … Puis il s’est rendu compte que peu importe la fille avec laquelle il sortait, il finissait toujours par repenser à moi. (Son sourire se fit plus rêveur) Il m’a fait mal, mais … Malgré tout, il a su m’avouer tout ça. Il a su être là au moment où j’en avais le plus cruellement besoin … et ça, ça compte.

Elle me frotta le bras avec un sourire rassurant.

-Il a l’air de se passer beaucoup de chose dans ta vie, Vic’, tu subis beaucoup de stresse. Simon se repose beaucoup trop sur toi, les ASPICs, la finale de Quidditch qui approche … Peut-être que tout ça te trouble. Ne fais pas de conclusion hâtive, attends de voir comment ça évolue. Peut-être que c’est une impression passagère, plus dû au contexte général …
-Comment tu peux être d’une telle sagesse dans ce genre de moment et une hystérique la plupart du temps ? m’amusai-je.

Emily eut un sourire espiègle et passa son bras par-dessous le mien pour nous engager dans les escaliers, et descendre enfin de cette affreuse volière.

-Je suis une femme pleine de surprise, plaisanta-t-elle d’un ton mutin. Mais cela dit, je ne compte pas m’arrêter là, je n’ai toujours pas désespéré de faire avouer à Simon jusqu’où il a été avec Octavia … La dernière fois que je lui en ai parlé, j’ai cru que je pourrais faire cuire un œuf sur ses joues.

Mon éclat de rire se répercuta joyeusement dans le couloir et acheva de dissiper la tension que je ressentais depuis ce matin. Luttant contre mon hilarité, je lui racontai ma tentative malheureuse de lui extorquer l’information à l’aide de mon frère aux vacances de noël. Elle fit alors des suggestions à en faire rougir les plus avertis mais je ne pus m’empêcher de rire à m’en tenir les côtes. Ce fut sans doute notre hilarité qui détourna notre attention alors que nous mettions le pied dans le couloir du cinquième étage. Nous ne pûmes alors percevoir les deux têtes rousses qui achevaient de semer ce qui semblaient être des cailloux verts et que l’autre agitait sa baguette avec un éclat de rire que les nôtres couvraient. Avant que je ne puisse comprendre, les têtes rousses avaient disparues et le sol semblait se dérober sous nos pieds : mes chaussures collaient à la pâte visqueuse qui semblait couvrir les dalles. Emily se raccrocha au bras d’une armure avec un cri quand ses jambes s’enfoncèrent largement dans le sol, devenu vert et épais.

-Mais qu’est-ce qui se passe ? glapit-t-elle.

Je ne pus lui répondre, m’enfonçant moi-même avec une certaine panique dans une substance qui ressemblait à s’y méprendre à de la vase. Emily, qui avait ensorcelé l’armure pour qu’elle puisse la tirer de la substance, me tendit la main. J’arrivai à l’agripper in extremis alors que j’étais engloutie jusque la taille et il fallut les efforts combinés de l’armure et d’Emily pour m’arracher à la vase. Je grimpai sur le piédestal, pataugeant dans la plus grande des confusions, grelottante et mon uniforme chargé d’humidité poisseuse. Mon nez se fronça devant l’odeur nauséabonde qui emplissait le couloir et mon regard se porta au loin. Mes yeux s’écarquillèrent.

-Mon dieu …

L’ensemble du couloir semblait avoir été transformé en ce qui semblait être vraisemblablement un marécage. Autour de nous, des élèves moins chanceux étaient immergés et se débattaient dans les eaux boueuses, atteignant la partie non transformée du couloir avec peines et cris. Rusard, sans doute averti par un élève qui avait échappé au sinistre, éructait littéralement face au couloir, comme si sa seule colère pouvait faire disparaître le marécage.

-C’est une honte ! Je vais immédiatement prévenir la directrice, trop c’est trop ! Vous ! (il pointa un doigt crochu sur une Serdaigle qui venait d’atteindre le bord, épuisée et couverte de crasse). Vous me pourrissez la vie depuis des années, vous vous fichez de mon travail, vous faites éclater des bombabouzes partout mais là trop, c’est trop ! Si ça, ça ne mérite pas que je vous pende par les pieds dans les cachots, alors je ne réponds plus de rien !
-Mais enfin, regardez autour de vous, on est tous en galère ! s’époumona Emily, hors d’elle. Vous pensez vraiment que si on avait fait apparaître ce truc on serait coincés dedans ?!

Tous les élèves présents crièrent plus ou moins leur approbation devant un Rusard fulminant. Je cherchai des yeux une solution pour rejoindre le bord sans replonger dans l’eau, mais la seule de crédible était de longer les alcôves par le petit bord mince à quelques centimètres du niveau de l’eau. Je commençai à prendre mes prises et à glisser mon pied le long de la pierre pendant que Rusard se remettait à vociférer :

-Vous êtes complices ! Je sais, tous solidaire, sales petits morveux, vous vous protégez les uns les autres … Mais maintenant, c’est fini, vous ne me ferez plus tourner en bourrique, lorsque j’aurais retrouvé les responsables …
-Oh pitié, il a vraiment un doute ? râlai-je à voix basse, les mains écorchées par la pierre. C’est signé Weasley, ça !

Maintenant que j’y songeais, il me semblait les avoir entendu évoquer un marécage … Mais cette fois, j’étais prise en plein dans leur piège et je devais avouer que malgré mon affection pour eux et pour leurs pitreries, je trouvais ça relativement désagréable. Avec soulagement, je posais un pied sur la terre ferme au moment où un garçon aux cheveux presque blancs et au menton pointu émergeait de l’escalier, une expression triomphale indécente sur le visage. Drago Malefoy, l’insigne de la brigade inquisitoriale brillant sur sa poitrine.

-Mr. Rusard, la directrice a besoin de vous ! Warrington, Parkinson et Bullstrote les ont eus, ils sont dans le hall ! Elle m’a demandé de vous dire qu’elle vous donne enfin l’autorisation de donner des coups de fouet et qu’il fallait que vous alliez chercher le formulaire dans son bureau …

Aussitôt, le visage de Rusard s’illumina comme jamais il ne s’était illuminé. Il me sembla même apercevoir une humidité suspecte dans son regard délavé. Après un instant où il sembla en extase – et c’était réellement une vision répugnante – il poussa un petit cri qui ressembler à un sanglot et s’éloigna en jouant des coudes, écartant les curieux qui observaient le marécage et qui aidaient les élèves piégés à en sortir. Roger figurait parmi eux et tendit la main à Emily qui achever sa traversée, les dents serrées. Elle lui sauta dans les bras pour s’éviter les derniers centimètres d’équilibristes et malgré son état peu soigné, il la serra contre lui. Nous restâmes quelques minutes pantelants et haletants, cherchant notre souffle en tentant de trouver un sens à ce qui s’était passé.

-Par Merlin, qu’est-ce que c’est que ça ? s’étrangla Roger en contemplant le marécage par-dessus la tête d’Emily.
-Les Weasley, sans doute, évaluai-je, le cœur serré. Malefoy a dit qu’ils avaient été attrapés, et qu’ils étaient dans le Hall …
-Et vous avez entendu Malefoy ? enchérit Emily d’une voix blanche. Sur les … ?

Elle préféra ne pas achever sa phrase, laissant un silence horrifié s’installer entre nous. A dire vrai, j’avais souhaité avoir mal entendu, certaine que rien n’irait jusque là … Avant de me souvenir qu’à présent elle avait les pleins pouvoirs de directrice et qu’elle était capable de faire faire des lignes aux élèves avec leur propre sang.

-Non, lâchai-je d’une voix rauque, épouvantée. Non, ça ne peut pas se passer comme ça … pitié, pas ici, pas à Poudlard … Des coups de fouets ? Mais où on est, au Moyen-âge ?!
-Elle a raison, on ne peut pas laisser faire ça, approuva Roger avec un vif hochement de tête. C’est criminel, trop c’est trop, si cette fois on ne dit rien, on en devient complice … On ne peut pas … (il se tourna vers Emily, l’œil brillant d’une idée). Tu es préfète-en-cheffe, tu penses que tu peux faire quelque chose … ?

Emily parut terrifiée : les rares couleurs qui lui restaient désertèrent son visage. Son indécision parut agacer Roger qui l’attrapa fermement par les épaules :

-Em’ ! Si tu ne fais rien, je me ferais un plaisir de rappeler les droits de l’homme à cette femme et je suis sûre que Victoria m’y aidera ! Mais ça aurait plus de poids si ça vient d’une personne d’autorité ! Si tu n’arrives pas à le faire diplomatiquement …

J’appuyais Roger d’un vigoureux hochement, tête, malgré tout assez surprise de la véhémence du ton du Serdaigle qui semblait réellement hors de lui. Indignée, je l’étais aussi, et prête comme lui à m’insurger contre le spectre d’un châtiment corporel venu d’une autre époque. Après plusieurs secondes d’hésitations face à nos regards insistants, elle finit par hocher la tête et à promettre dans un filet de voix qu’elle allait essayer. Roger la prit par la main et nous nous élançâmes dans l’escaliers pour les dévaler à une vitesse pharamineuse. Alors que vous descendions au premier étage, un sifflement se fit entendre derrière nous. J’eus juste le temps de me retourner pour voir foncer sur nous deux balais dépourvus de cavaliers tirant derrière eux une lourde chaine et un pitron de fer.

-BAISSEZ-VOUS ! hurlai-je en me jetant sur Roger pour lui faire baisser son immense tête.

Nous nous écrasâmes lourdement et douloureusement sur le palier avant que les balais et leur lourd fardeau ne nous frôle, le décoiffant à peine au passage. Malgré tout ce qui venait de se passer, Roger qui pestait contre l’univers et mon cœur qui battait la chamade, un sourire absurde s’étira sur mes lèvres.
Si on avait besoin de balai, c’était pour voler …
Galvanisée, j’avalai si vite les dernières marches que j’en semais Roger et Emily. Le hall était plein à craquer d’élève, de fantômes et de professeur qui encerclaient une Ombrage hors d’elle et Rusard qui contemplait bouche bée Fred et George Weasley, balai enfourchés. Peeves observait la scène d’un air intéressé et je vis une lueur de fierté briller dans les yeux de McGonagall. Simon que je vis près de la porte de la Grande Salle semblait retenir à grand mal son rire, et Angelina tenter de considérer les jumeaux l’air désabusé, mais je la trouvais plutôt admirative. Le silence était tel que mes pas résonnèrent dans le hall mais ils furent couverts par le cri hystérique d’Ombrage :

-ARRÊTEZ-LES !

Sa brigade inquisitoriale, bien en ordre derrière elle, s’élança, mais les jumeaux donnèrent synchroniquement un grand coup de pied sur le sol et décollaient pour se porter à la hauteur de l’esprit frappeur qui flottait toujours près du plafond.

-Rends-lui la vie impossible à cette vieille folle, Peeves.

C’était une scène des plus incroyables, celles qui semblait pouvoir nous faire croire aux miracles, que tout était possible si en avait le cran, que n’importe quel espoir était à portée de main. Car Peeves, que personnes n’avait jamais su faire obéir excepté les autorités respectivement imposantes et morbides de Dumbledore et du Baron Sanglant, ôta son chapeau et se mit strictement au garde à vous avec une rigueur qui aurait fait pâlir l’Ancien d’envie. Alors les jumeaux s’élancèrent au dehors et les élèves bravèrent la fureur d’Ombrage en applaudissant triomphalement leur fuite. La directrice fixait chacun d’entre nous, comme si elle rêvait de crier « UNE RETENUE ! POUR TOUT LE MONDE ! » mais elle paraissait dépassée par notre nombre et notre enthousiasme. Je me tournais vers Emily et Roger, le regard brillant.
La dictature Ombragienne s’épaississait. Les jumeaux, principaux agitateurs, ceux qui maintenaient l’espoir, étaient partis. Pourtant, je sentais quelque chose de pérenne semblait s’élever des applaudissements dont je sentais les vibrations dans chaque fibre de mon corps.
Sans transition, le trimestre nous happait totalement. Mais étrangement, je trouvais qu’il commençait sous le meilleur des auspices.



DEVOIRS POUR DANS DEUX SEMAINES ! (Que voulez-vous, la prof qui dort en moi). Vous allez vous imprégner de cette chanson "Do you hear the people sing". Je vais l'utiliser, j'adore cette chanson et je vous invite par ailleurs à regarder le film dont elle est issue, "Les Misérables" en entier : certes, c'est 97% chanté mais c'est super bien fait, les chansons sont géniales et le casting est fou (Hugh Jackman, Russel Crowe, Anne Hatthaway, Eddie Redmayne ...). Film à 200% approuvé par Clem par ailleurs !

Première chanson : https://www.youtube.com/watch?v=1q82twrdr0U
Chanson de fin : https://www.youtube.com/watch?v=N_UGAnxeCEk


A dans deux semaines !
annabethfan

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Un petit mot sur le chapitre 24 :
C'était comme toujours si bien fait ! Tout : la famille de Miles, la dynamique si tendue et compliquée, la peur de l'avenir de Victoria, et surtout ce duel entre la femme et l'enfant qui mène à THE moment ^^ C'était écrit magnifiquement bien, suggestif sans tomber dans le trop cru et pourtant compréhensif, adulte, touchant. J'ai adoré. T'es incroyable!!

Chapitre 25 :
Comme c’était difficile d’entrer dans la vie d’adulte. Ma mère m’incitait de plus en plus à faire mes lessives
Je meurs :lol: :lol: Ce genre d'anecdote si parlante !
Tu ne quitteras cette ville que lorsque je l’aurais décidé.
Aka quand je la quitterai :lol: :lol: (avec toi 8-) )
Dans l’optique qui m’attendait une fois sortie de Poudlard, j’avouai que c’était rassurant de continuer d’avoir Simon sous la main.
Elle a pas eu cette peur quand Miles lui a dit qu'il voulait partir de chez lui après Poudlard... Je dis je dis rien.
Surtout que tante Amelia vient sans doute pour le café …
J'aime ce genre de surprise !!
Tu me vois laisser mes parents avec tout ce qui se passe ? Et Alexandre après ce que j’ai fait ?
Un jour il va falloir qu'elle vive pour elle...
u as bien vu comment ils sont fiers que je devienne comme …
Le reste de sa phrase s’étouffa dans sa gorge
Il me fait tellement de peine...
J’avais beau avoir une vitesse d’exécution plus rapide, s’il mettait toute sa puissance magique contre moi, je finirais en charpie.
J'aime vraiment la construction de tes personnages avec leurs forces, leurs faiblesses ! C'est tellement bien fait !
trônant telle une reine et son monocle en guise de couronne
Oh magnifique !
c’est qu’il refuse d’envoyer davantage d’Aurors là-bas … fcg
FCG ? Fudge Ce Guignol? :lol:
George m’avait tout de même avoué en confidence que son père, Nicholas, s’était toujours méfié de Miro et s’était toujours interrogé sur sa véritable nature, aussi n’était-il qu’à moitié surpris.
Ces liens entre générations, mais quel travail !
Cassie le connaissait bien, elle serait tombée des nues en l’apprenant …
Je saute sur place devant cette info ! A quel point elle le connaissait ? Je veux des bonus, des infos :lol:
Mais je n’aurais pas été contre l’idée qu’il nous propose sa fille, j’ai déjà échangé avec elle, c’est une femme d’une incroyable finesse cette …
On a frôlé la catastrophe! :lol: :lol: Imagine tout était ruiné à cause d'Amelia, le plot twist ^^
Mais votre monde est une dictature, lâcha mon père, abasourdi.
Well....
Mais si tel est le cas je me ferais un plaisir d’autoriser Dumbledore à revenir à Poudlard et de dégager Dolores Ombrage du Ministère à grand coup de pied dans son derrière rose.
WHAT A QUEEN!!
En compagnies de Miles … Mes joues s’échauffèrent et je croisai les bras sur ma poitrine, refoulant le malaise qui s’éprenait de moi.
Le moment est mal choisi pour y repenser ^^
Là où j’aurais pu craindre du sang et une grande douleur, je n’avais eu qu’une vague souffrance due au stresse qui était vite passée, emportée par la fièvre. Pourtant, les souvenirs de cette nuit continuaient de me troubler.
C'est tellement réaliste d'en parler, j'adore vraiment tout le traitement que tu en fais, vraiment !
Elle me rappelait que malgré son passé, malgré Agata, rien ne comptait plus pour lui que la famille qu’il s’était construite.
Rien ne comptait plus pour lui que nous.
Et c’était un amour absolu qui forçait le respect.
C'est tellement beau... Encore une fois, on ressent toute la nuance du personnage qui a commis des choses terribles mais qui aime sa famille par-dessus tout.
Directeur de Maison sur notre orientation. Et Chourave apporta à Simon une précision sur le sien : Ombrage souhaitait y assister.
Mais elle a pas le droit! Franchement, les petites touches que tu ajoutes à son pouvoir : super bien fait.
Chourave s’occupait d’une très belle plante à pipaillon
C'est pas dangereux comme plante ? :lol:
Elle sortit une liasse de parchemin et chaussa de petites lunettes rondes qu’elle percha au bout de son nez épaté.
Description si courte et si vivace pourtant !
C’est un conseil que je vous donne : ne faites pas un travail qui n’est pas fait pour vous et dans lequel vous seriez peut-être mauvaise simplement parce que ça vous semble plus sécurisant, ou plus utile. (Elle se pencha vers moi pour se permettre de baisser la voix). Vous trouvez le Ministère utile ces derniers temps ?
Si bien écrit !
Je réfléchis trop, c’est ça ?
Et c'est ce qui la rend si humaine !
Enfin professeure, vous n’êtes pas si vieille …

Chourave éclata d’un rire sonore qui me détendit définitivement.
Cette relation est vraiment adorable !
Et oui on l’a fait.

Emily poussa un petit cri de triomphe
J'ai un sourire amusé aux lèvres genre c'est contagieux :lol: :lol:
Une pépite d’or dans un écrin de fer.
Et on applaudit devant ce chef-d'oeuvre de trouvaille !
C’est normal que … je n’ai rien ressenti ?
Je m'identifie tellement à Vic :lol: :lol: C'est moi après mon premier vrai baiser en mode "oui... et?" :lol: :lol:
Ça s’était bien passé. Je n’avais presque pas eu mal, pas saigné, et j’avais même réussi à commencer à comprendre comment la chose pouvait être agréable. Pourtant j’étais ressortie de chez les Bletchley avec plus de tracas que lorsque j’étais rentrée.
Ce double processus de rapprochement et éloignement paradoxal est vraiment décrit à la perfection, Perri je t'admire!!
’ensemble du couloir semblait avoir été transformé en ce qui semblait être vraisemblablement un marécage.
J'avais tellement aimé cette idée dans les HP!
Vous me pourrissez la vie depuis des années, vous vous fichez de mon travail, vous faites éclater des bombabouzes partout mais là trop, c’est trop !
Il me fait de la peine un peu en vrai ^^
’eus juste le temps de me retourner pour voir foncer sur nous deux balais dépourvus de cavaliers tirant derrière eux une lourde chaine et un pitron de fer.
Le moment est arrivé!!! AHHHHHHHHHHH
Rends-lui la vie impossible à cette vieille folle, Peeves.
Je suis amoureuse de cette réplique!

MAGNIFIQUE CHAPITRE
PtiteCitrouille

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par PtiteCitrouille »

Hey you
Simon avait évoqué la possibilité que Melania empoisonne Nestor
en voilà une bonne idée je trouve
mais le pauuuvre Alexandre ça va être horrible il va rien comprendre à sa vie :cry:

Bahh moi je veux savoir pourquoi Miles veut pas présenter Vic à ses parents, surtout si son père est pas anti-moldu.
Je suis plus vicelarde que toi, Miles,
elle a quel âge pour pouvoir sortir le mot "vicelarde" ? Et j'avoue j'ai oublié, mais elle sort d'où cette 2ème soeur ? :lol:
Bon. Ça te dérangerait ?
sympa l'invit' :lol: :lol:
Alors Dumbledore ne m’a aidé que pour avoir une arme stratégique dans sa manche ?
brrr ça fout les jetons de voir Dumby être aussi stratège, tu veux pas l'avoir en ennemi
mon père m’attendait sur la voie 9¾ aux côtés de George. Simon se fit une joie de l’annoncer à Miles
ah la saleté :lol: :lol:
le truc le mieux quand on rencontre le président des Etats-Unis, c’est la bouffe
je me sens très proche de Forrest soudainement
cette tête de citrouille
COUCOU
C’était la vérité la mieux oubliée de l’Histoire.
Et alleeeez, encore un secret bien gardé
qu’elle avait honte de moi, tu vois ? Le petit mécano qui a abandonné ses études et vivait au fin fond des campagnes du Gloucestershire.
noooooon horrible ce malentendu, j'ai trop hâte qu'ils se remettent ensemble parce que je déteste quand y a des quiproquo comme ça
Je m’en voulais de charger ainsi Melania qui avait fait preuve d’une remarquable abnégation …
on ets d'accord que quand il va apprendre la vérité, Alex va trop en vouloir à sa soeur ? parce qu'à la limite c'était déjà rude de dire "quitte mon frère" même si c'est pour sa sécu, elle en rajoute en critiquant Mel ! elle pouvait juste laisser couler et faire des "mmh" "mais non tu n'es pas un bon à rien" ? :lol:
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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par PtiteCitrouille »

Chap 23, 2/2
j’aurais voulu attendre un peu, observer la suite et interpréter leurs gestes,
ils parlent de Cassiopééée et Edgaaaaar

Elle me fait peur un peu la grand-mère Jaga :lol: j'aurais peur de dire des conneries et qu'elle me balaie sec :lol: :lol:
-C’est faux ! rugit une voix depuis l’intérieur. Et si tu ne voulais pas que je les mange, il ne fallait pas faire de sablées !
gros gamin :lol: :lol:
-Seigneur, laissai-je échapper, comprenant soudainement. Sors de sa tête immédiatement !
GNE
et après tu veux qu'on ait pas peur de toi ?? Mais déjà arrête de rentrer dans notre vie privée, ça ira mieux tu verras
j'aime ton texte sur l'esprit étant le temple sacré de l'identité, c'était très joli

Mais attends Miro il est h24 dans les pensées des gens ? c'est un enfer non ? même pour lui, et puis Jaga s'il faut toujours qu'elle le repousse ça doit être chiant à force, Miro pourrait se contrôler. L'excuse du "ce sont ses pensées qui viennent à moi" merde mais non, tu fermes ton esprit, tu te concentres sur le moment présent pas chez les gens

je sentis quelque chose s’appuyer à l’arrière de mon crâne. Comprenant qu’il tentait d’user de ses pouvoirs sur moi plutôt qu’ils ne s’usent seuls sur Simon, je le laissai faire sans broncher, tout en repoussant la pression pour ne pas lui laisser accéder à mes propres pensées.
là on dirait un vampire qui a besoin de sa dose sérieux
Je frottai discrètement mon pied contre la jambe de Simon
c'est pas un truc de couple ça ? :lol: :lol:
Evidemment que je le crois lui et non pas ce chiffon acquis à un homme sans honneur ni couilles.
next :lol: :lol: :lol: (bon rechniquement nous les filles n'en n'avons pas non plus, ça nous empêche pas d'avoir des tripes)

j'aime vraiment beaucoup ces parallèles que tu fais entre ton histoire et l'Histoire, ça concorde vachement bien en plus, ça apporte à l'intrigue et c'est pas juste des parallèles pour faire des parallèles
Simon me donna un nouveau coup de pied de soutien
pour moi un coup de pied ça veut plutôt dire "non boucle là" mais bon :lol:
Mais le peu perçu fit écarquiller les yeux de Miro,
non mais faut lui dire sérieux, elle s'apprête à tout balancer et lui il force le passage, c'est tellement pas éthique... après c'est bien dans le sens où ça définit son personnage
Mais lui envoyer une lettre chez elle serait peut-être plus dangereux qu’autre chose.
et puis surtout c'est pas quelque chose qui passe par une lettre oh :lol: "cimer pour ton aide, à un de ces 4 peut-être !"

pardon mais j'ai oublié: c'est qui le vrai père de Marian déjà ? Tu l'as dit ou pas ?
J’ai toute ma vie exigée la franchise de la part de nos filles. Il est peut-être temps que je sois franc avec elles.
implosion familiale dans 3, 2, 1...
Ce ne sera pas pour aller batailler je ne sais où contre je ne sais qui.
maiiiis
rentrer dans la bataille n'induit pas abandonner Jaga, si ?

C'est toujours bien pesant les scènes avec Jaga et Miroslav, j'adore comment tu racontes et traites des enjeux
Ne m’appelle plus Perelko ?
hein, heu quoi ? carrément ?
Tu vas revenir nous voir ?
ouais. Avec maman mdr, grosse ambiance :lol:

eh bah, c'était bien beau ce discours de Vic (celui avec la métaphore des choco à la liqueur (qu'est-ce que c'est dégueu ça)), très poétique et très inspirant
PtiteCitrouille

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par PtiteCitrouille »

Chap 24, 1/2
Jamais je n’aurais pu deviner qu’ils étaient des sorciers, avant que Rose et George viennent me voir pour toi …
tu sais que t'as écrit cette même phrase 2 paragraphes plus haut ? :lol:
mais s’il y a dans ton monde des forces capables de tuer des enfants innocents, alors je ne vois pas ce que Dieu peut faire contre ça.
ah parce que dans le monde moldu il n'y a pas d'enfants innocents tués ? :? (bon ok je viens de voir la réplique de Vic oups)
sans doute pour m’éloigner moi et mes propos impies.
vade retro satana
l’idée d’un gendre sorcier leur serait déjà difficile
avec Mel ça fera un joli combo :lol:
Victor Hugo
GZZZZ *court circuit général*
l’un des rares français qui ait mon respect.
rooooh ça va là, tu crois qu'on vous méprise pas avec votre royauté à la con là ?

wooooh c'est carrément bien décrit l'album, j'avais l'impression d'avoir sous les yeux un tout autre Simon avec sa toute autre famille, ça m'a fait bizarre
-Et oui. C’est Barty Croupton.
-Mais … Qu’est-ce qu’il … ?
-C’était le frère aîné de Cassiopée.
WAIT WAIT
sans déconnneeeer ???
mais Barty c'est son oncle, ce qui fait de Barty Jr, son cousin ??? woooooow affreux ahhaha (ok j'avoue je n'avais plus DU TOUT l'arbre généalogique en tête)
son regard fumé
c'est quoi un regard fumé ? :lol:
Lysandra ? précisa Rose d’un ton prudent. Elle s’est mariée à un Sang-Pur américain et est partie vivre avec lui aux Etats-Unis
pouahahhahah COUCOU TOI
PtiteCitrouille

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par PtiteCitrouille »

Chap 24, 2/2
si la petite fille chétive que j’étais serait capable de porter ses petits-enfants
OK PARFAIT ON ADORE
Elle va me stresser la Serena aussi :lol: drôle de couple d'ailleurs Olivier et Serena (Olivier ça fait tellement moldu comme prénom , genre pas du tout sang pur :lol: eeeeeet je viens de voir que c'était Oliver haha mea culpa)
Comme ça tu m’auras des places !
c'est bien ma fille, c'est comme ça qu'il faut penser :lol:
Mais qui refuserait d’aller chez les Tornades ?
-Cora !
nos Cora sont tellement différentes l'une de l'autre c'est dingue :lol: :lol: heureusement, d'ailleurs, on a déjà assez de nom en commun pour pas en rajouter sur les personnalités :lol:
Elle aussi dormait chez les Bletchley,
elle "AUSSI" ? *wink wink* pardon
aaaaarf Miles arrête de tout comparer et de te rabaisser c'est trop triiiiste

je savais que c'était la mère le souci, ça va donner tout ça. A tout casser, c'est elle qui pousse à fond Miles, du coup il a la pression et il voit son père sans ambition (comme il l'a déjà dit) parce que sa mère arrête pas de lui dire "ton père c'est un bon à rien"
Il y avait une dynamique étrange dans cette famille dont je n’arrivais pas à saisir tous les aspects
mais oui exactement ça me perturbe trop aussi
Mrs. Bletchley descendit, portant une élégante robe d’un bleu pervenche qui lui seyait particulièrement bien. Elle s’assit gracieusement à la tête de la table et se servit sans attendre dans le plat.
en fait c'est l'ado qui profite du repas et de la machine à laver et qui après dit "je me casse faire la fête les tocards" :lol:
Oh, ce n’est rien, je ne voudrais pas bouleverser votre emploi du temps …
je suis sûre la dernière fois quand elle était absente elle l'avait fait exprès pour éviter Vic
elle me perturbe vraiment trop la mère, j'ai hâte de voir ce qui cloche chez elle
l’on entendait plus que les couverts dans les assiettes et le son peu agréable des mastications.
extrêmement pesant :lol: :lol:
Felicity fixa la porte d’un regard brûlant
encore une fois, quel âge a-t-elle ? En tout cas, elle a bien conscience du caractère peu enviable de sa mère
Je me demande quelle est la relation entre Miles et elle d'ailleurs. Cora a l'air trop jeune pour vraiment réaliser, mais Felicity elle, a bien conscience (d'ailleurs je l'aime bien cette Felicity). Miles.. mystère
Mon petit-ami, qui avait amorcé un mouvement pour monter dans sa chambre
eh OH c'est quoi ces manières ??
Mr. Bletchley ne paraissait plus mortifié que surpris de la pique
bah les gars... la relation entre les deux est assez triste, Miles repousse son père mais j'ai l'impression qu'Oliver voudrait bien que son fils l'aime...
Enfin, pas parce que tu sais lancer des sortilèges ménagers et que tu es une fille, comprends le bien … Bref
WARNING WARNING ce rétropédalage :lol: :lol: :lol:
Bon sang, il n’a aucune dignité.
bon. J'avoue que ça doit le frustrer à mort ça, mais justement, c'est peut-être pas à son père qu'il faut s'en prendre mais à sa mère... Elle a pas à le traiter comme ça aussi. En tout cas j'aime beaucoup cette dynamique familiale, elle change beaucoup des dynamiques classiques !
[Emily commençait déjà à constituer un solide dossier sur la formation comme Langue-de-plomb /quote] vu comment elle raconte rien de sa vie, elle risque d'assurer à ce poste :lol: elle parlerait plus en lui arrachant la langue elle

je sens l'intimacy level qui s'apprêt à grimper :lol:

Perri je tiens à le dire, j'ai trouvé le paragraphe magnifique sur l'enfant et la femme, l'une protégeant l'autre, l'autre craignant l'une, c'était époustouflant
non vraiment je viens de finir le chapitre, c'était du haut vol là, toute cette métaphore de la femme et l'enfant, tu t'es surpassée, c'était incroyable ! Comme l'a dit Anna, un très joli duel subtil et poétique en fait, vraiment bravo !
PtiteCitrouille

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par PtiteCitrouille »

Chapitre 25

CAN YOU BELIEVE IT ?? THIS IS THE LAST OOOOOOOOONE
Adrien dans mon coeur tu as gagné Top Chef T.T
mon cœur ah... :cry:
Tu ne quitteras cette ville que lorsque je l’aurais décidé.
mais ce tyran quoi :lol: laisse le vivre ou pose toi les bonnes questions, qui est pourquoi tu veux pas le laisser partir :lol:
Mais peut-être que Nestor Selwyn ne pensera pas à venir te chercher si tu es en Bulgarie.
plus communément on appelle ça la fuite
davantage d’Aurors là-bas … fcg
plaît-il Amélie ? :lol:
je le sentais davantage prêts à coller son immense poing dans la figure du Ministre
surtout, ne te retiens pas
Amelia ne parut pas surprise que son nom soit cité pour devenir la prochaine Ministre de la magie
blasée comme jamais :lol: "ouais j'ai vu ils veulent me mettre minstre.. mouais. flemme." :lol:
c’est une femme d’une incroyable finesse cette …
MAYDAY MAYDAY
je reconnus la vieille Vauxhall de mon grand-père.
ENCORE MAYDAY MAYDAY
un béret planté sur son crâne
t'as cru Miro c'était Paul Pairet ?
les choses se seraient suffisamment apaisés pour qu’elles aillent de soi.
ou alors elles auront empiré
Et Chourave apporta à Simon une précision sur le sien : Ombrage souhaitait y assister.
mais c'est une BLAGUE ??? dictatuuuuuure (TO THE BARRICADES)
Crevette toi-même
c'est celui qui dit qui est
du temps libre, également, pour … vous rendre utile, si c’est ce que vous souhaitez, vous me suivez ?
*wink wink* "vous savez, au sein d'une organisation, qui représente un peu d'ORDRE je dirais, une organisation qui mettons, renaîtrait de ses cendres, ah un peu comme un PHENIX vous voyez ? haha ça alors jolie comparaison lalalalala"
Seigneur, que c’était difficile de se projeter aussi loin …
va dans le bâtiment, par exemple, dans la CONSTRUCTION DE BARRICADES CA C'EST UTILE

*ah non, lâchez moi, arrêtez, bas les pattes, Enjolras à moi*
’avais l’impression d’entrapercevoir un rayon de lumière dans mon sombre avenir
tellement mon sentiment quand j'ai trouvé (à peu près) ma voie pro :lol:
-La première a te proposer le Quidditch et tu ne m’as pas écoutée, moi …
-Comme toi quand je te parle de Voldemort, les grands esprits se rencontrent, pas vrai ?
ALLEEEEEZ DANS TA TRONCHE NEXT VA TE RHABILLER BIM BAM BOUM
Une pépite d’or dans un écrin de fer.
on a plus souvent vu le fer que l'or mais bon :lol:
mon cœur ne m’avait jamais semblé aussi loin de lui.
ooooooh joliiii (mais douloureux pour Miles)
Je n’ai pas la réponse universelle, là-dessus, je te l’ai dit,
ok donc elle a soûlé Vic pour avoir la moindre info, et dès que y a un truc qui lui paraît pas parfait ou idyllique, elle te répond "beh j'en sais rien j'ai pas la science infuse" SYMPA
En fait Emily, Vic elle a besoin de toi même dans les moments de doutes, surtout dans les moments de doutes
et là bah... t'es pas présente
-Ça en avait sans doute … Sinon vous ne seriez pas ensemble maintenant, non ?
eeet on remarque tous comment on est passé de Vic à Emily
OH LES GARS, on était sur le problème de Vic, pas la vie d'Emily, BACK TO THE REAL SUBJECT PLEASE
-Comment tu peux être d’une telle sagesse dans ce genre de moment
Dis lui que Voldemort est de retour et je sais pas si elle va être l'incarnation de la sagesse
Non, ça ne peut pas se passer comme ça … pitié, pas ici, pas à Poudlard … Des coups de fouets ? Mais où on est, au Moyen-âge ?!
8-) 8-) 8-) 8-) 8-) SMELLS LIKE REVOLUTIOOOOON
le casting est fou (Hugh Jackman, Russel Crowe, Anne Hatthaway, Eddie Redmayne ...).
ET AARON TVEIT, IL EST OU AARON TVEIT ?????????? (avis aux lecteurs: Enjolras est à MOI, suis-je bien claire ?)
Film à 200% approuvé par Clem par ailleurs !
*hoche la tête frénétiquement* 1832% même

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIHH CAN'T WAIIIIIT


Pardon encore pour le retard, mais tous ces chapitres étaient vraiment tops !!
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

YES, super chapitre comme d'hab !!

Enfin Vicky va considérer faire une carrière de Quiddich, c'est pas trop tôt !! Ombrage qui va assister à l'entretien de simon ... Décidemment que de similitudes avec Harry, j'adore !!
Et les jumeaux Weasley qui nous quittent en beauté !!

Bref, ça continue toujours aussi bien, et Simon et Vicky sont toujours adorables ! Je les adore !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

"Et après promis j'arrête de faire n'importe quoi avec mes postes"
Spoile alert, c'était un mensonge.
Non mais plus sérieusement : concours la semaine prochaine, Perrine stressée, le week-end prochain je vais juste essayer de me mettre dans une bulle donc on va décaler un peu ! Désolééé
J'espère que vous vous êtes imprégnés de la chanson ! VOus allez en avoir besoin vers la fin du chapitre !

Le chapitre est BIEN EVIDEMMENT dédié à ma Citrouille d'amour qui ne mérite pas autant d'amour, qu'elle lira après être rentrée de sa piscine (sérieux tu me dégoûtes, là actuellement IL PLEUT chez moi).
bref, bonne lecture !


Chapitre 26 : Do you hear the people sing?

-Mais donc tu vas vraiment choisir le Quidditch ?

Susan avait un grand sourire qui s’accentua lorsque le sortilège de transfert qu’elle tenta d’une abeille à une fleur fonctionna : la marguerite se retrouva avec des ailes bourdonnantes qui l’arrachèrent de sa tige et la firent s’envoler au loin. Je mis ma main en visière pour la suivre des yeux, presque agressée par la lumière du soleil. Avril commençait à s’étirer pour laisser place à mai mais Poudlard gardait du printemps les effluves de l’espoir. Depuis l’évasion des jumeaux, chaque élève semblait s’être donné le mot : Ombrage n’était pas en pays conquis. Cette étrangère incapable de donner un cours qui voulait nous imposer une dictature injuste ne pouvait pas se croire maîtresse toute puissante de l’école, pas si nous avions notre mot à dire. Et à présent, tout le monde avait son mot à dire. J’eus un sourire face à la surface scintillante du Lac Noir. C’était une ambiance grisante, je devais l’admettre.

-Je suppose, ça s’oriente dessus, évaluai-je prudemment. J’irais faire les essais qu’on me propose, toujours. Bibine m’a dit qu’ils me convoqueraient tous la même journée pour que je puisse passer toute une série et revenir à Poudlard rapidement, juste après les ASPICs.
-Et tu as déjà réfléchi au club que tu voudrais ?

Je haussai les épaules. J’avouai qu’entre deux séances de révision intensive en vue des examens, j’avais regardé plus attentivement l’historique, localisations et infrastructure des différentes équipes de Quidditch d’Angleterre et d’Irlande, mais je préférais ne pas me projeter tant que je n’aurais pas de proposition concrète.

-Les Tornades sont pas mal, admis-je néanmoins. C’est juste à côté de la maison, de l’autre côté du canal de Bristol … Et ça ne me déplait pas, je ne veux pas à avoir à faire un gros trajet, ni à m’éloigner de Terre-en-Landes.
-Donc tu fais une croix sur les Vautours ? interrogea Susan d’un ton détaché. Dommage, c’était un beau challenge.

Je lorgnai mon amie du coin de l’œil, suspicieuse. Elle tentait à présent de faire pousser des petites pattes à une pierre sans le moindre succès, mais son efficacité s’expliquait sans doute par l’air distrait qu’elle abordait.

-Dis-moi, Susie-jolie, tu as parlé à ton frère, récemment ?

Susan soupira et leva des yeux désolés sur moi.

-On a vaguement parlé du fait que tu serais sans doute plus en sécurité en Bulgarie qu’ici, oui. Et Vic’, il n’a pas tort, tu devrais y réfléchir …
-Non.

Je donnais un coup de baguette rageur à un galet et le sortilège protéiforme fut si efficace qu’il se dupliqua en une dizaine d’exemplaire. Mais presque tous étaient petits et bosselés, ce qui prouvait le manque de maîtrise que je continuais d’avoir. Une colère sourde bouillonnait en moi et j’étais incapable de la réprimer.

-Il ne veut pas me mettre à l’abri, il veut se débarrasser de moi, répliquai-je en abaissant ma baguette. C’est pour ça qu’il me reparle de la Bulgarie alors qu’il ne voulait pas en entendre parler avant, c’est pour ça qu’il m’a poussé à demander à mon grand-père de m’aider pour protéger mes parents … Tout ça, c’est pour que lui n’aie pas à le faire, pour qu’il ait les mains libres pour faire autre chose.

Et s’il n’avait rien tenté, contrairement à ce que j’avais pu craindre, pendant les vacances d’avril, c’était justement parce que tout n’était pas mis en place, rageai-je, et mon sortilège de réduction réduisit un rocher à l’état de misérable pierre. Mais il mettait lentement son plan en action … Il s’assurait que ma famille et moi soyons protégés sans avoir besoin de lui et qu’il puisse … Qu’il puisse … Le son de l’explosion de galets sous mon coup de baguette fit sursauter Susan et je me tournai vers elle avec un regard d’excuse.

-Pardon, je ne devrais pas m’énerver contre toi … Mais s’il pense que je vais le laisser faire … Le laisser aller pourchasser Jugson sans rien faire …
-Tu n’es pas la seule, tu sais, rétorqua Susan d’un ton féroce. Moi non plus je ne laisserais pas faire et mes parents non plus. Même si ça signifie le séquestrer à la maison tout l’été.

Elle riva son regard sur le lac comme si elle rêvait de plonger le visage de son frère dedans. Je me rassis à ses côtés, adoucie par la mine déterminée de Susan. J’avais tendance à oublier qu’elle était ma meilleure alliée contre les plans absurdes de son frère.

-Tante Amelia a tenté de lui parler, pendant les vacances, poursuivit-t-elle avec lenteur. De ce qu’il allait faire après Poudlard, notamment, même si ça ne concernait pas le Ministère. Mais j’ai l’impression que ça ne l’intéresse même pas, tout ce qu’il a su dire, c’est demander où en étaient les recherches. Je te le donne en mille : au point mort. Je comprends qu’il veuille le faire. Qu’il veuille que Jugson purge sa peine, je connais mon frère, il n’irait pas au point de le tuer – quoique parfois il me fait peur – mais … Nom d’une gargouille, dans quoi il va se fourrer ? Ses parents ne sont pas morts pour qu’ils prennent des risques insensés, enfin !
-Cela dit, même s’il n’y avait pas eu Jugson, il serait rentré dans une sorte de résistance, comme ses parents justement …
-Mais c’est totalement différent ! Cassie et Edgar étaient dans une organisation dirigée par Dumbledore, les risques étaient calculés, pas absurde et surtout il y avait un but bien défini au bout, un objectif sain et louable. Ce que fait Simon, ce n’est ni sain, ni louable. C’est totalement dénigrer la mémoire et le combat d’Edgar et Cassiopée que de se jeter à corps perdu à la poursuite d’un homme qui n’en vaut pas la peine. Il vaut mieux que de s’adonner à des instincts aussi bas que la vengeance. Qui s’y adonne ? Nestor Selwyn ! Tu te rends compte qu’il s’abaisse au même niveau de Nestor Selwyn ?

Je dévisageai Susan, surprise de la ferveur dans son ton et au feu qui brûlait dans son regard vert. Elle avait pris en maturité et en assurance au cours de l’année et je ne pouvais m’empêcher de songer que les cours de l’A.D. n’y étaient pas pour rien. Ça lui avait permis de s’émanciper et de constater qu’elle avait une force en elle. J’eus un pauvre sourire.

-En voilà une qui est prête à plaider devant le Mangenmagot …

Ses yeux papillonnèrent et un adorable sourire s’étala sur ses lèvres.

-Ce ne sera pas Simon, il faut bien que ce soit moi, plaisanta-t-elle. Enfin, je ne suis pas encore sûre mais … ça me tient à cœur que ce monde soit juste et contrairement à Simon, j’ai le recul nécessaire pour analyser les situations. Chourave m’a dit qu’elle m’y voyait bien, de toute manière … Je n’ai plus qu’à travailler pour avoir les BUSEs nécessaire. Je pense que je vais arrêter de travailler la Potion et me concentrer sur d’autres matières plus essentielles, comme la Métamorphose ou même l’Etude des Moldus, c’est un aspect important de la Justice Magique le lien avec les moldus et il y a beaucoup de choses à améliorer dans ce domaine …
-Ça c’est ma Susie, l’approuvai-je avec un grand sourire. Je suis fière de toi.
-Qu’est-ce que tu crois, vivre avec toi au milieu des moldus de Terre-en-Landes ça ouvre des perspective … (son beau regard s’assombrit). Mais Vic’ … Le plan de Simon est peut-être stupide, mais … Dans sa stupidité, il n’a peut-être pas tort sur Vratsa …

Je couvris la main de Susan de la mienne et souris d’un air que j’espérais rassurant.

-Tu sais, si Nestor veut ma peau, ce n’est pas les frontières qui l’empêcheront de l’avoir. Et il est hors de question que j’abandonne ma famille. Ni mon pays, d’ailleurs. Je préfère rester et faire en sorte que Voldemort n’accède jamais au pouvoir.

Susan tressaillit à peine au nom du Mage Noir et me lança un long regard où je lisais une question silencieuse. Je dressai un sourcil pour l’inciter à expliciter et elle toussota, l’air gêné.

-Alors … toi aussi tu comptes … te battre ?

Ma bouche se tordit. Les mots de Dumbledore prononcés sur le terrain de Quidditch résonnèrent puissamment en moi :
Avant de retourner à la poussière, nous nous battrons.
A dire vrai, je n’avais pas réellement eu le temps d’y réfléchir, mais je me rendais compte que tous mes actes concernant Voldemort penchaient dans le même sens : tout mettre en œuvre pour qu’il n’atteigne pas le pouvoir et ne puisse pas détruire ma famille, comme les nazis l’avaient fait avec celle de ma grand-mère. Pour l’instant, mon action se cantonnait à la sphère privée et familiale mais je me rendais compte que pour sauvegarder mes proches, il fallait élargir ma vision. Comme l’avait souligné Miro, pour être certain que rien ne vous arriverait, il fallait s’attaquer à la racine. C’était une perspective vertigineuse qui faisait poindre la frayeur et la nausée en moi, mais ce n’était rien par rapport à l’épouvante que pouvait m’apporter l’idée que ma famille se fasse exterminée parce qu’elle était moldue. J’étais certaine que si je croisais un épouvatard, il prendrait la forme de l’un des membres de ma famille, rendu inerte par la mort comme l’avait été Cédric.

-Je ne peux pas laisser faire ça, Susan, soufflai-je, l’estomac noué. Je … je ne sais pas si j’en aurais la force ou même si je serais utile mais … Je ne peux prendre le risque que Voldemort s’élève. Si moi qui serais directement impactée par sa politique ne fait rien, qui le fera ?
-Tu ne seras pas seule, Vic’, me rassura-t-elle en pressant ma main. Et je suis sûre que tu seras utile, tu es une bonne sorcière, tu es intelligente. (Elle m’adressa un pauvre sourire). Peut-être que si on parvenait à convaincre Simon que c’est Tu-Sais … (Elle marqua un temps de pause, prit une profonde inspiration et rectifia : ) Voldemort le responsable du meurtre de ses parents, et non Jugson, il se mettrait à penser comme toi …
-Il pense déjà comme moi, mais son obsession pour Jugson prend trop d’importance … Mais ce n’est pas idiot, il faudrait réussir à faire glisser la responsabilité de la main à la tête … Après tout, Jugson n’aurait jamais tué ses parents si Voldemort ne n’en avait pas donné l’ordre.

Susan hocha vigoureusement la tête, galvanisée. Lointainement, la cloche retentit, sonnant la fin de la pause et elle se dressa sur ses pieds avant de ramasser ses affaires. Elle avait cours de Potion à l’autre bout du château.

-Je lui en parlerais ce soir, pendant que tu seras à ton entrainement, enfin, j’essaierais de glisser ça habilement, promit-t-elle avec un clin d’œil. Je te jure, ce qu’il nous fait faire … Ah, au fait ! (Elle tira une lettre qui dépassait de son sac). C’est arrivé pour toi ce matin, mais comme tu n’étais pas là …
-Je n’ai pas entendu mon réveil, répondis-je en prenant la lettre. Bonne chance pour ton cours !

Elle me fit un petit signe de main et se dépêcha de remonter jusqu’au château, sans doute de crainte de s’attirer les foudres du taciturne professeur de Potion. Je m’étonnai toujours qu’un homme qui ait un jour éprouvait de l’attrait pour les forces du Mal et Voldemort soit autorisé à enseigner à Poudlard, mais comme Rogue semblait aussi désagréable que de coutume et fermement ancré à son poste, j’avais fini par cesser de m’interroger sur son compte. Contrairement à Susan, je pris tout mon temps pour me rendre à mon cours de Défense contre les Forces du Mal qui ces derniers temps prenaient une véritable tournure de farce. J’ouvris la lettre reconnus l’écriture soignée de ma mère. Elle me sembla anormalement longue et je compris pourquoi en lisant les premiers mots :

Ma chérie,

Ton grand-père vient de partir et la première chose qui m’est venue à l’esprit est de t’écrire pour m’excuser. Pardon, ma chérie, pardon de ne pas t’avoir comprise, de ne pas avoir tenté de comprendre ton monde, de t’avoir abandonné au moment où peut-être tu avais le plus besoin de moi … J’ai dressé un mur absurde entre nous et à cause de cela, tu n’as pas eu assez confiance en moi pour venir me voir au moment où c’était important. J’espère sincèrement que tu trouveras en toi la force de me pardonner et je n’ai pas les mots pour te dire à quel point je regrette d’avoir eu l’esprit si fermé.

Comme tu dois le comprendre, mon père nous a dit toute sa vérité. Je n’en veux pas d’avoir gardé son secret ces derniers mois … Simplement parce que j’ai fait la même chose ces quinze dernières années. Ça fait longtemps que je sais qu’il n’est pas mon père biologique : je m’étais interrogée dans mon adolescence en voyant que ni moi, ni Beata ne lui ressemblions. Alors j’ai profité qu’il soit malade pour le forcer à faire une prise de sang que j’ai comparé avec la mienne et celle de ma mère, notamment les groupes sanguins. Elle est A+, lui AB+ et moi O. C’est strictement impossible si les deux sont mes parents et je pense trop ressembler à ma mère pour songer que j’ai été totalement adopté, alors la seule explication que j’avais été que mon père n’était pas mon père. Maintenant que j’y pense, il y avait des irrégularités étranges dans la prise de sang … qui s’expliquent maintenant.

J’ai préféré me taire. Parce que j’aimais sincèrement mon père et que je ne voulais pas mettre une barrière entre nous en explicitant le fait qu’il ne l’était pas pour de vrai. Parce que je voulais que vous grandissiez dans une famille unie, parce que Beata n’était pas prête à entendre ça … Même ton père n’a jamais rien su. Mais ça m’a permis d’atténuer le choc pour les révélations d’aujourd’hui … Seigneur, quelle histoire, si j’avais pu me douter … Sans doute aurais-je été une meilleure mère pour la sorcière que tu es. Alexandre est choqué aussi, bien sûr, mais au moins ça lui change les idées de Mel … Et ton père … Oh, ton père est un Saint, il se contente de me rassurer et de prendre soin de moi sans laisser filtrer ce qu’il pense vraiment. Mais je pense que ce qui s’est passé à Gdansk qui reste en travers de la gorge … A moi aussi du reste, mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’était la guerre. Et que si ça n’était pas arrivé, rien n’aurait été pareil. Je ne sais pas si je pardonne mais j’admets qu’il y a des réalités plus urgentes qui demandent toute notre attention.

Nous avons commencé à nous organiser avec nos voisins pour ton retour. Je ne sais pas ce que l’avenir nous prépare, ma chérie, mais sache qu’on restera soudé autour de toi, quoiqu’il arrive. J’ai parfaitement conscience de ce qui se passe, de ce qui pourrait se passer – ma mère s’est bien chargé de me faire miroiter les pires possibilités. Ça n’arrivera pas, Victoria, pas si nous avons notre mot à dire, et je pense qu’avec l’aide de ton grand-père et de nos voisins, nous l’avons.

Prends soin de toi, ma chérie. J’attendrais ta prochaine lettre avec impatience – même si elle arrive dans notre salon par hibou … Je t’aime.

Maman.

Je lisais toujours en entrant dans ma salle de cours et m’étais installée sur ma chaise en pilotage automatique. Ma mère avait été remarquable de discrétion dans sa lettre pour passer la censure d’Ombrage. Simon était déjà là à faire léviter nonchalamment sa plume alors notre directrice s’égosillait face à deux garçons de Serdaigle qui se tenait la narine pour éviter de laisser couler un flot important de sang. Octavia, qui retenait à grand peine son rire, les défendait vaillamment :

-Mais professeur, il faut les laisser aller à l’infirmerie, ils se vident de leur sang ! En plus Henry est en train de vomir ses trippes devant la salle !
-Mais qu’est-ce que vous avez tous, à la fin ?! s’écria Ombrage, furieuse.

-Ze zuis pas zûr, probesseur, articula l’un des malades avec difficulté. Mais za rezemble à une Ombrazite aigüe …

Emily s’écroula sur sa table, les épaules secouées par l’hilarité. Ce n’était pas la première fois que ce genre de scène avait lieu : à chaque cours, Ombrage avait le droit à son lot d’élève qui usait des boites à flemmes de Fred et George pour quitter la classe, la rendant folle de rage. L’un de leurs nombreux héritages qui rendait l’esprit de leur rébellion pérenne dans l’école … Simon ricana à côté de moi et laissa retomber sa plume.

-Ils feraient bien de faire attention, elle a déjà collé deux classes pour savoir comment ils s’y prenaient pour tomber malade et ça m’énerverait qu’on soit la prochaine alors que je suis par ailleurs si sage … Hey, ça va ?

Simon fronça les sourcils, soudainement inquiet. Je souris malgré les larmes qui m’étaient montées aux yeux pendant ma lecture. Décidemment, tout le monde semblait se donner le mot : avant de retourner à la poussière, nous nous battrons. C’était ce que comptait faire ma mère malgré son monde qui valsait et je me devais de suivre l’exemple.

***


Le mois d’avril laissa place à un mai qui commença sous la pluie : les séances de Quidditch se faisaient dans des conditions extrêmes mais avaient pour mérite d’être réellement satisfaisante pour moi. Evelyn devenait meilleure en interception et si on moyennait cela et que je faisais un grand match, nous étions sûrs de minimiser le nombre de but inscrit par Serpentard. C’était important car Aaron, malgré un net progrès tout au long de la saison, restait tendre face à un Drago Malefoy véritablement vicelard. Un véritable statu quo existait au niveau de l’attaque car les poursuiveurs de Serpentard étaient très forts, mais leurs batteurs étaient des brutes et en toute modestie, je me savais être meilleure que Miles dans les buts. A chaque entrainement, je me surprenais à rêver de la coupe, de la porter aux cieux pour la dédier à celui qui aurait dû la brandir si la vie n’avait pas été si cruelle. Oui, pour Cédric, j’étais capable de gagner ce match.
Mais c’était sans compter Miles.

-Pour la millième fois, je ne parlerais pas Quidditch avec toi tant que les finales ne seront pas passées, lui répétai-je, passablement agacée. Je ne te fais pas tout à fait confiance pour garder la moindre miette d’information pour toi.

Miles eut un sourire coupable et je poussai un grognement de dépit. A sa décharge, l’inverse était vrai : s’il laissait filtrer la moindre tactique, j’étais certaine d’adopter la mienne en conséquence, ce qui rendait nos discussions difficiles parce que je craignais les intox. La nuit tombait sur le château et nous revenions d’une séance de révision à la bibliothèque où j’avais dû jongler entre vocabulaire de runes anciennes et évitement de la question du Quidditch avec Miles. Montague n’était toujours pas remis et le spectre d’un forfait du meilleur poursuiveur et Capitaine de Serpentard se précisait de jour en jour. De fait, Miles gardait le brassard et s’en délectait véritablement. Il avait recruté en prévision du match un nouveau poursuiveur, Urquhart, bien plus malin et doué que ne pouvait l’être Warrington. Et en plus il me compliquait la tâche en reformant une équipe compétitive …

-C’est bien, Vic’, tu perds en naïveté, se moqua-t-il doucement.

-Enfin si, une dernière chose, me repris-je avant de pointer un index sur sa poitrine. Pas de provocation d’avant-match. Les finales arrivent à peine trois semaines avant les ASPICs … on aura tous bien plus important à penser que de se battre inutilement avant même le match, non ? Sans compter que c’est une pratique des plus pitoyables.

Les lèvres de Miles se déformèrent en une moue contrariée. Les provocations d’avant-match, certains membres de son équipe aimaient ça plus que le jeu en lui-même.

-Même pas deux ou trois piques ?
-Pour toi ce sera deux ou trois piques, mais pour Malefoy ou Warrington ce sera la porte ouverte à toutes les bassesses, fis-je valoir. Tu es fier d’être capitaine, et bien sois-le : un capitaine est responsable de ses joueurs et doit être capable de les gérer. Je ne veux pas que Malefoy me terrifie Aaron avant même qu’il n’entre sur le terrain.

Les yeux de Miles roulèrent dans leurs orbites mais devant mon regard inflexible, il finit par abdiquer :
-OK, j’essaierais d’en toucher un mot … (Puis un sourire fendit son visage et il ajouta : ) Maintenant, on arrête de parler Quidditch … enfin, presque ! Tu t’es décidée, tu restes en Angleterre ?
La colère sourde que je nourrissais toujours contre Simon et son idée absurde de m’envoyer en Bulgarie gronda en moi. Pourtant je parvins à garder une voix calme pour répondre à mon petit-ami :
-Oui, évidemment que je reste, ce serait lâche de partir maintenant, je trouve … Et puis, Tutshill sont juste à côté de chez moi, donc si je suis prise ce serait parfait …
Miles me renvoya un regard surpris et haussa les sourcils.
-Tu comptes rester chez toi ? Même si tu as un salaire ?
-Euh … oui. Enfin, pas toute la vie, mais je ne sais pas, au moins un an, rattraper tout le temps perdu avec mes parents, avec mon frère … Ma vie là-bas m’a manqué pendant que j’étais à Poudlard, je te jure. Un jour, je te ferais visiter, c’est vraiment une très belle région. On est juste à côté du canal de Bristol – qui par ailleurs, est une très belle ville – et je suis souvent allée faire du camping dans la forêt de Dean quand j’étais petite … Tutshill la jouxte, donc si je vais là-bas je ne serais pas dépaysée.

La main de Miles sembla se figer dans la mienne, mais l’impression fut passagère parce qu’il me sourit avec une certaine tendresse.

-Je trouve ça amusant comment tu es attachée à ta région, de façon presque filiale …
-Que veux-tu, chaque enfant de Terre-en-Landes a ça dans le sang, plaisantai-je gaiement. Mon amie Chloé a même une photo des champs de derrière chez elle dans sa chambre à Bristol, juste pour avoir l’impression d’être là-bas. On y a tous beaucoup de souvenir.

Ceux-ci affleurèrent à mon esprit et m’arrachèrent un sourire. La rare fois où j’avais pu voir Chloé pendant ces vacances, nous nous étions arrangés pour organiser une grande réunion cet été. Un grand fracas me sortit de ma rêverie lorsque nous passâmes devant une armure qui semblait étrangement pousser des miaulements de fureur et de terreur. Miles partit d’un grand rire et me prit la main pour nous éloigner de ce couloir.

-Quelqu’un a encore dû enfermer Miss Teigne ! s’esclaffa-t-il, les yeux pétillants. C’est la deuxième fois que ça arrive, Rusard va être fou de rage …
-Vieille goule hurlante, maugréai-je en suivant Miles dans les escaliers. Quand on était coincés dans le marécage, il n’a pas levé le petit doigt pour nous aider et tu aurais vu sa tête lorsqu’il a reçu l’autorisation pour les fouets … Il ne vaut pas mieux qu’Ombrage, j’espère que Dumbledore le virera lorsqu’il reviendra.
-Si Dumbledore revient …

Mon cœur manqua un battement à l’éventualité. Malgré tout, l’hypothèse me semblait fantaisiste : il était certain pour moi qu’un jour, le légitime directeur reprendrait sa place dans son bureau – qui, par ailleurs, refusait de s’ouvrir à Ombrage pour notre plus grand bonheur.

-Dumbledore reviendra, affirmai-je avec conviction. Parce qu’un jour, Voldemort n’aura pas d’autre choix que de réapparaitre et que ce jour-là, on sera débarrassé de Fudge et d’Ombrage.
-Personnellement, je me dis que ce jour-là, il deviendra peut-être Ministre de la Magie, évalua Miles d’un ton songeur. Bon certes, il est vieux, mais il est loin d’être sénile …
-Seigneur, j’aurais dû t’enregistrer en début d’année …, m’amusai-je, lui faisant piquer un fard. Mais je ne pense pas : il n’a pas voulu être ministre pour la première guerre, je ne vois pas pourquoi il prendrait le poste maintenant. Je penche plus pour Amelia Bones. En tout cas s’il faut voter, je voterais pour elle.

Le sourire de Miles se fit légèrement amer, comme chaque fois que j’évoquais la prestigieuse famille Bones et le lien privilégié que j’entretenais avec elle. Avec un certain amusement, je me demandais quelle tête il ferait s’il savait qu’en plus d’être un Bones, Simon était l’héritier de l’une des plus grandes et plus nobles familles de la Communauté Magique. Même pas l’héritier, réalisai-je soudainement. Il a déjà hérité de la fortune des Croupton… Un couinement de souris resta coincé dans ma gorge. Alors comme ça, Simon était sans doute l’une des personnes les plus riches du Monde Magique … Cela faillit m’arracher un éclat de rire absurde. Il avait plutôt intérêt à m’acheter quelque chose de mieux qu’un livre pour mon anniversaire. Pour éviter que Miles ne sombre dans une certaine morosité, j’enroulai mon bras autour du sien pour demander d’un ton enjoué :

-Alors, qu’est-ce qu’on fait la semaine prochaine pour mon anniversaire ? Tu m’emmènes encore faire une balade absolument pas romantique dans la Forêt Interdite ?

Miles laissa échapper un petit rire au souvenir de notre désastreuse escapade de l’an dernier.

-Nom d’une gargouille, pas question ! Surtout pas avec Ombrage qui veille …
-Hé bien, monsieur le téméraire, où est donc passé ta fascination pour l’interdit ?

Il secoua la tête, désabusé avant de se pencher sur moi pour poser ses lèvres sur les miennes. Je lui rendis son baiser, une main sur sa nuque et l’autre pressant mes livres contre moi. Malgré le doute qui pulsait toujours insidieusement en moi, je tentais d’appliquer le conseil d’Emily : ne pas me précipiter, attendre et voir si l’impression était passagère. Et j’étais rassurée de constater que c’était toujours une sensation agréable lorsque Miles m’embrassait. Peut-être que je m’étais faite des idées … Il s’écarta avec un petit sourire entendu et le pétillement dans son regard me fit rougir. Sa main glissa ostensiblement sous ma chemise et effleura la peau de mon dos.

-Peut-être que maintenant que je suis Capitaine aussi, on peut avoir tous les deux accès à la salle de bain des préfets, suggéra-t-il tout bas à mon oreille d’une voix rauque. C’est assez romantique pour toi ?

Je fermai les yeux, soudainement paniquée à l’idée de me retrouver dans la même situation que pendant les vacances, à m’interroger sur ce vide émotif que j’avais ressentis alors que nous n’avions jamais été aussi proche. J’avais cru qu’au moins à Poudlard le manque d’intimité était tel que l’occasion ne se représenterait plus … Mais effectivement, la salle de bain des préfets pouvait offrir un écrin parfait à ce genre d’activité. Ça faisait battre mon cœur à une vitesse affolante, mais pas pour les mêmes raisons qu’avant.
Non, réellement, je ne voulais plus effleurer ce vide. J’avais peur de trop me questionner après cela. Le jour où j’avais décidé de sortir avec Miles, j’avais décidé d’arrêter de prendre la tête. J’étais bien avec lui, j’aimais qu’il m’embrasse, j’aimais discuter avec lui, j’aimais sa façon attendrissante de me sourire chaque fois que je disais quelque chose qui sortait de l’ordinaire pour lui. Je ne voulais pas découvrir qu’au fond de tout cela, je ne l’aimais pas lui.
Je m’écartai d’un souffle avec un sourire que j’espérais naturel.

-Elle n’est pas hyper hermétique la salle de bain et avec Ombrage et Rusard qui trainent …
-On sera prudent …
-Mais … Tu ne penses pas …

Des pas dans le couloir adjacent étouffèrent mes mots dans ma gorge et força Miles à s’écarter de moi pour avoir une posture décente. Les cas furent accompagnés d’un petit cri quand un bruit sourd se fit attendre, comme la chute de quelque chose.

-Mais laisse-moi !
-Pas question, rétorqua la grosse voix de Warrington d’un ton extrêmement fier. Maintenant, file la belle montre que tu as au poignet.
-Mais elle était à mon grand-père, cette montre …
-File, je te dis ! Sinon je vais voir Ombrage et elle te mettra en retenue jusque la fin de l’année, jusqu’à ce que ta main devienne un amas de viande sanglante et que tu ne puisses plus t’en servir !

Un sanglot lui répondit, affreusement étouffé. Affolée, je me faufilais jusque l’angle pour entrapercevoir un jeune garçon, sans doute en deuxième année, aux couleurs de Gryffondor. Il était prostré sur le sol, secoué par les pleurs et une vilaine bosse sur le front à l’endroit où sa tête avait heurté le sol. Warrington le fixait avec une avidité presque indécente, les bras fièrement croisés sur sa poitrine où brillait le badge de la brigade inquisitoriale qui lui donnait une telle immunité. Tout mon être se révolta lorsque le garçon, ravalant ses sanglots, ôta la montre de son poignet avec des gestes tremblants pour la tendre à Warrington. Miles poussa un grognement de dépit et se détourna, dégoûté.

-Le pire c’est qu’il a raison, il fait partie de la brigade inquisitoriale, quoiqu’il dise à Ombrage elle le croira … Allez, viens, ne restons pas là … Oh, Vic’, je peux savoir ce que tu fais ?

J’avais discrètement sorti ma baguette pour la pointer sur la montre que Warrington tenait à présent entre ses gros doigts, ricanant de satisfaction. J’étais si à l’aise avec les sortilèges informulés que je n’eus besoin de parler pour attirer le bijou à moi et je faillis éclater de rire devant l’expression béate de Warrington lorsque la montre lui échappa. Le garçon n’attendit pas et fut assez vif pour profiter de la distraction pour se relever d’un pas chancelant et de courir dans notre direction. Il s’arrêta net en nous croisant, l’air terrifié, mais je mis immédiatement une main rassurante sur son épaule.

-Qu’est-ce qui se passe ? tonna Warrington. Qui est là-bas ?!
-Tiens, ta montre, murmurai-je en le prenant par l’épaule et Miles par la main avant que Warrington n’ait la brillante idée de suivre notre piste. Allez, cours !
-Espèce d’immonde petit Sang-de-Bourbe ! Reviens ici toute suite !

L’insulte me coupa les jambes alors que le Gryffondor et Miles n’attendait pas leur reste pour fuir dans le couloir. Je me retournai et en un éclair, je vis mon pied se fendre pour s’abattre dans les parties intimes d’Ulysse Selwyn, les étincelles danser autour de mon bûcher de fortune, la marque des Ténèbres brillant dans le ciel lors de la Coupe du monde de Quidditch. Et pire que tout, je vis les quelques chiffres tatoués sur le bras de ma grand-mère s’imprimer dans ma rétine.
Ne les laisse pas te faire ce qu’ils nous ont fait.
Quelque chose s’embrasa en moi et ma baguette se leva toute seule au moment où Warrington tournait à l’angle. Il n’eut pas le temps de me voir, le sortilège siffla si vite qu’il recula immédiatement, les mains crispées sur son visage avec un cri de couleur.

-AÏE !

Je n’attendis pas mon reste : c’était mon tour d’être lâche et égoïste. Sans attendre d’observer l’effet du maléfice, je fis volte-face et courus dans le couloir à en perdre haleine. Miles m’attendait au bout, bouche bée et je me dépêchai d’attraper sa main pour nous élancer dans le couloir avant que Warrington ne puisse nous apercevoir. Devant nous, le petit Gryffondor ne s’était pas arrêté et son chemin se sépara du notre au moment où il prit une volée de marche pour grimper dans les tours. Il eut juste le temps de m’adresser un claironnant mais essoufflé « merci beaucoup ! » avant de disparaître dans les étages. A bout de souffle une fois arrivé près des cuisines, Miles s’immobilisa, les mains sur les genoux, la tête penchée en avant.

-Mais Vic’ … Je peux savoir ce que tu as fait ?!
-Je pense que c’était limpide, répliquai-je, une main sur ma poitrine qui se soulevait à un rythme erratique. Cet imbécile va aller à l’infirmerie avec une vilaine infection de la peau. Si le maléfice marche bien, on devrait avoir l’impression qu’il est recouvert de corn flakes.

Miles se redressa et me dévisagea, proprement consterné. Une étonnante flamme de colère vacilla dans son regard.

-Tu es sérieuse ? J’ai fait quelque chose du même acabit à Alicia Spinnett et c’était la fin du monde pour toi ! Mais toi tu as le droit de jeter un sort à l’un de mes joueurs ?
-Mais tu as entendu ce que ton joueur a dit ?! m’écriai-je, furibonde. Tu l’as entendu racketter le petit, le menacer, le traiter de « Sang-de-Bourbe » ?! Tu l’as entendu ?!

J’ignorais ce qui me mettait dans un tel état de fureur : les actes lamentables de Warrington ou que Miles semble m’en vouloir d’avoir jeté ce maléfice. C’était la première fois en bientôt sept ans d’étude que je me permettais de telles extrémités – et je me rendais à présent compte que c’était une réaction bien maigre. Miles écarquilla les yeux, l’air étonné par mon éclat.

-Très bien, le contexte est différent … Mais tu n’as jamais réagi jusque-là, c’est surprenant de te voir … Enfin, si Ombrage le découvre …
-Et bien qu’elle le découvre, je me ferais charcuter la main, et après ? (Je pointai le doigt de l’escalier dont nous venions et je me rendis compte avec horreur qu’il tremblait). Il n’a pas le droit d’utiliser ces mots, pas le droit ! Si je les laisse nous insulter, alors j’ouvre la voie à pire encore ! ça commence par des insultes, ça finit par des gestes ! ça commence par Poudlard, et ça se transmet dehors ! Si je ne fais rien pour une insulte à Poudlard, alors qu’est-ce que je ferais dehors, Miles, lorsqu’on viendra me tabasser parce que moi aussi je suis une « Sang-de-Bourbe » ?!

Mes mots parurent atteindre physiquement Miles car il recula jusqu’au mur – et il aurait reculer davantage s’il l’avait pu. Tout mon être tremblait et alors que je me demandais pourquoi pour la première fois de ma vie je réagissais si violemment à ce mot qu’on m’avait jeté à au visage si souvent au cours de ma scolarité, je me rendis compte que, paradoxalement, c’était la première fois que je l’entendais depuis que Voldemort était revenu. Cela jeta un éclairage cru sur les changements qui s’étaient opérés en moi durant cette année où le feu de la révolte n’avait cessé de gronder en mon sein : une révolte pour ma famille, une révolte pour la justice, une révolte pour la dignité humaine. Moi aussi j’étais une sorcière et je l’avais très prouvé à Nestor Selwyn le soir où je lui avais brûlé le visage sans me servir de sa baguette : c’était dans mes veines, au même titre que lui et que tous les sorciers qui peuplait cette heure. Enfin je comprenais ce qui avait tant énervé Simon chaque fois que quelqu’un avait sous-entendu que je n’étais pas une « vraie » sorcière. Si on laissait les gens faire une hiérarchie, on ouvrait la brèche aux discriminations.
Je me passai les mains sur le visage dans l’espoir de me tranquilliser. Voilà que je mettais à réagir comme Simon, songeai-je en riant intérieurement. Il serait fier de moi.

-Je ne peux plus accepter ça, Miles, conclus-je d’une voix plus calme, résolue. Je ne peux plus … simplement prendre la fuite. Si je fais ça, je les laisse gagner.

Miles parut rassuré de constater que ma colère s’était apaisée et se décolla prudemment du mur pour s’avancer vers moi. Mon cœur s’assécha lorsque je me rendis compte qu’il restait tout de même à distance respectable, comme s’il craignait que je ne tourne ma baguette vers lui pour lui faire subir le même sort que Warrington.

-Ecoute, je comprends parfaitement ce que tu veux dire, vraiment, entonna-t-il avec une certaine douceur qui faillit m’attendrir. Mais on n’est qu’à Poudlard, Victoria et ce n’était même pas toi qui étais concernée … On n’a plus que quelques mois à faire à l’école, quelques mois à serrer les dents face à Ombrage et ses sbires, ce n’est pas le moment de se prendre un blâme qui t’empêchera de …
-Mais enfin, Miles, lâchai-je d’une voix blanche, tu te rends compte qu’une fois dehors ce sera pire ?

La bouche de Miles se pinça à une mince ligne et il détourna le regard. Il savait mon passé avec Nestor Selwyn, il avait été confronté à mon angoisse quand Alexandre avait été l’espace d’un instant en danger de mort par sa faute, Ulysse Selwyn en personne avait admis que son frère souhaitait me tuer … Ma situation devait être tangible pour lui, l’unique chose qui le raccroche à la réalité du monde tel qu’il risquait de l’être une fois nos études achevées. Alors que je m’apprêtais à réellement m’énerver contre lui, contre les traces d’un aveuglement qui persistait, Miles lâcha du bout des lèvres :

-Je me rends compte, Vic’. Je sais que le jour où Tu-Sais-Qui reviendra pour de bon, ça va barder pour les gens comme toi, c’est juste que … Vic’, tu as déjà entendu parler de ses pouvoirs ? Des pouvoirs de ses Mangemorts ? Ce sont des forces qui nous dépassent totalement ! Bon sang, on est que des gosses sortis de l’école, ce n’est pas à nous de lutter contre ça.
-Ah oui ? cinglai-je d’un ton ironique. Et à qui, au Ministère ? D’une efficacité redoutable.
-Fudge ne sera plus là quand ce sera le cas, tu l’as dit toi-même et tu as raison, c’est impossible qu’il résiste à un tel désaveu. Alors le Ministère sera actif et toi tu n’auras pas à t’occuper de ça, d’éviter que les gens t’insultent ou pire … Tu pourras vivre normalement. Peut-être avec moi, qui sait.

Une rougeur suspecte s’étala sur les joues de Miles et la fin de sa phrase alla se perdre dans une toux qui me semblait forcée. Je papillonnais des yeux, interdite par ce brusque changement de sujet qui me sembla tomber tel un pavé dans une mare.

-Excuse-moi ?

Miles se trémoussa d’un pied à l’autre et finit par expliciter :

-Tu le sais, je vais sans doute prendre un appartement dès que j’aurais trouvé un travail. Alors je me suis dit puisque toi aussi tu es presque assurée d’avoir un salaire, que ça fait un an qu’on sort ensemble … que ce serait sympa que …

Ses joues avaient beau avoir pris une délicate couleur cramoisie, il semblait presque soulagé de m’avoir attirée sur cette conversation. Parfaitement consciente que c’était sans doute un stratagème pour ne pas avoir à affronter en face la réalité de la guerre qui se profilait, je n’en restais pas moins interdite.

-Que je vienne vivre avec toi ? complétai-je avec lenteur.
-Euh. Ouais, c’est ça. Enfin, ça m’a effleuré l’esprit. Je sais que tu préfères passer un peu de temps chez toi, mais … Ce serait sympa que tu y réfléchisses.

J’ouvris la bouche avant de me rendre compte que je n’avais absolument rien à répondre à cela. Moi qui étais une outre pleine d’émotion qui bouillonnait en moi à m’en faire exploser, j’avais l’impression de m’être vidée de tout en l’espace de quelques secondes. Le vide se remplit d’une fatigue qui m’enserra les tempes. Je lui fus presque reconnaissante de m’envelopper telle une couverture qui empêchait l’angoisse de m’atteindre.

-Miles …

Mais il leva une main pour m’interrompre. Constatant que sa proposition m’avait coupé toute envie de vociférer, il franchit l’espace qui nous séparer pour m’embrasser sur le front. Je me figeai comme une statue de sel, tant la situation me semblait peu naturelle.

-Ne réponds pas tout de suite, je pense que ce sera non, chuchota-t-il en s’écartant. Mais penses-y, d’accord ?

Et me planta là, pantelante et épuisée, ma baguette toujours tremblante à la main pour s’éloigner en direction des cachots, les oreilles rougies par la gêne.

***


Il me fallut un moment pour retrouver le chemin de ma Salle Commune. J’avais la tête pleine de tout ce qui s’était joué en quelques minutes de temps, tous les doutes qui m’assaillaient soudainement et que je ne voulais pas écouter pour ne pas laisser mon monde et mon équilibre précaire valser. Je bouillonnais de beaucoup trop d’émotions contradictoire pour réfléchir posément à la proposition de Miles et j’étais profondément plongée dans ma bulle lorsque j’arrivais enfin dans le couloir qui menait à nos tonneaux de bois. Alors je ne m’apprêtais à brandir ma baguette, la porte s’ouvrit brusquement et Simon sortit en trombe.

-Bones ! râlai-je en m’écartant d’un pas pour le laisser passer, au même moment où il s’écriait :
-Vicky ! Bon sang, ça fait presque une heure que je te cherche !

Je le dévisageai avec une certaine appréhension, mais un large sourire fendait son visage. Cependant, je n’étais pas certaine d’être rassurée par ce sourire, ce genre de sourire aux accents cyniques et d’avertissement, le genre qui me rappelaient désagréablement la fois où il avait caché une grenouille morte dans ma poche de blouson.

-Seigneur, Bones, qu’est-ce que tu as fait ?

Le sourire de Simon s’élargit, et il m’attrapa par le poignet pour m’inciter à le suivre dans le couloir. C’était si soudain que je ne pensais pas à me dégager, et il profita de mon mutisme médusé pour expliquer :

-Trois fois rien, je te promets, mais j’ai besoin de toi pour finir !
-De moi ? Mais pour finir quoi ? Simon, qu’est-ce que tu as fait ?!

Mais Simon se fendit d’un nouveau sourire malicieux qui ne me rassura en rien et garda le silence alors que nous montions les étages du château, en contre-sens total du flot d’élève qui descendait à la Grande Salle pour le dîner. Malgré mes suppliques et mes menaces jusqu’à l’aile est du château, un endroit que l’on visitait peu, il garda son sourire énigmatique et finit par s’arrêter devant une alcôve où reposait une armure qui inclina galamment la tête sur notre passage. Toujours sans m’adresser un mot, il sortit sa baguette et effleura son heaume. L’air vibra et un halo orangé pulsa autour de du métal qui enveloppait la silhouette à peine humaine et je me mis à battre impatiemment du pied, lorgnant avec inquiétude l’épée rouillée que l’armure tenait entre ses mains gantées.

-C’est quoi l’idée ? La lancer à l’assaut d’Ombrage ? Ou à celle de Jugson ?

Le sourire qui flottait sur les lèvres de Simon s’estompa légèrement et il pointa sa baguette sur moi avec une telle vivacité que j’en sortis précipitamment la mienne en faisant un bond en arrière.

-Ça va, désolée, glapis-je, prête à déployer un bouclier au moindre mouvement de baguette. Range ça !
-Chante, Vicky.

J’abaissai légèrement ma baguette, stupéfaite par l’injonction. Si le sourire s’était définitivement effacé de ses lèvres, ses yeux verts pétillaient, étincelant d’un éclat que je n’avais plus perçu depuis une éternité. C’était quelque chose de sain qui brûlait dans ses prunelles, qui n’avait rien de dur, rien de primaire … rien de vengeur. Intriguée, je laissai mon bras retomber le long de mon corps en fronçant les sourcils.

-Pourquoi ?

La commissure de ses lèvres se releva en un fin sourire fier qu’il ne put retenir.

-Pour ta gouverne, un puissant sortilège protège les statues et armures de Poudlard, je pense que seule l’autorité du directeur puisse les faire bouger de leur socle. En revanche, si on les travaille un peu, on se rend compte en étudiant bien qu’un lien les lit toutes les unes aux autres et si on a un brin d’habilité on peut modifier le sortilège de conformisation de façon infime, pour les faire parler, par exemple.

Je dressai un sourcil et mon regard alla de l’armure qui baignait toujours dans une douce lueur orange qui se réfractaient en filament qui semblaient vouloir ramper vers sa congénère la plus proche avant de se focaliser de nouveau sur Simon. Il se frottait la tempe de sa baguette, l’air d’attendre ma réaction avec une appréhension à peine dissimulée.

-Bon, je ne suis pas sûr que ça tiendra plus d’une semaine, les enchantements de Poudlard sont anciens et puissants et grignoteront nécessairement le mien mais … Une semaine, c’est déjà ça …
-Comment tu as eu cette idée ?

Simon parut étonné de la question et il écarta sa baguette de sa tête pour la faire tournoyer d’un air gracieux. Des notes de musiques multicolores apparurent au-dessus de moi et tombèrent sur moi telle de doux flocons qui se fondirent en éclat brillant sur ma peau. Je tournai sur moi-même, émerveillée par la magie de Simon et tendit la main pour effleurer une clef de sol qui venait d’apparaitre à hauteur de mes yeux. Elle s’évapora en une brume argentée à mon contact. Simon me rejoignit sous sa pluie de musique, un sourire rêveur aux lèvres, comme si lui aussi était impressionné par ce qu’il était capable de produire. Cela devait être un simple sortilège, mais Dieu que c’était beau. Il souffla avec douceur sur une note mauve qui alla s’écraser contre mon front, et sourit.

-Je ne sais pas si tu te souviens, mais Dumbledore disait que la musique était plus magique que tout ce qu’on ne pourrait jamais nous apprendre ici. Et je veux bien le croire, la musique a un certain pouvoir sur les cœurs, ça m’avait déjà frappé … Quand on jouait à Terre-en-Landes, dans la Salle Commune … Tu interprètes bien, Vicky, tu as toujours donné du corps à tes chants, à transmettre les émotions que véhiculent les paroles.

J’aurais voulu me mettre à me moquer de lui de m’adresser un compliment, mais la triste vérité fut que j’en fus bouche bée et piquai un fard. Cela parut vaguement amuser Simon, qui poursuivit avec un léger sourire :

-Et tout ce qui se passe m’a prouvé quelque chose : on peut lutter sans rien dire. Les jumeaux, tous ceux qui sèchent le cours d’Ombrage avec les boites à flemmes, le génie qui a mis un Niffleur dans son bureau … Il y a des tonnes de façons de montrer sa désapprobation et toutes ne nécessitent pas vraiment se battre. Et même si j’ai une voix pas trop moche, la tienne est quand même un peu mieux, alors … ça te dit ?

Mon cœur parut soudainement trop gros pour ma poitrine et je levai les yeux sur les notes qui continuaient de tomber majestueusement sur nous, dansant dans l’air avec la grâce d’un flocon en plein hiver, brillant comme l’espoir. Mes doigts enserrèrent la baguette qui, pour un mot qui ne devait pas être, avait lancé un maléfice à Cassius Warrington et je posai de nouveau regard sur Simon, un sourire tremblant sur mes lèvres.

-Ouais. Je veux dire, oui, oui ça me dit bien. Euh … Qu’est-ce que je dois faire ?

Simon eut un sourire entendu, comme s’il savait pertinemment que j’allais accepter et il fit tournoyer sa baguette entre ses doigts. Des étincelles jaillirent de sa pointe, trahissant son impatience.

-Tu as juste à chanter, je m’occupe du reste, assura-t-il avec douceur. Mais ce qui se passera, c’est que pendant quelques jours, les armures ne réagiront qu’à ton chant et à ta voix, mais ne l’imiteront pas, d’accord ? Ombrage ne saura pas que c’est nous. Tu as une idée de chanson ?

J’acquiesçai, le cœur battant la chamade. Oui, et elle m’était venue avec une facilité déconcertante. C’était la chanson qui tournait en boucle dans mon poste de radio cet été, la chanson qui m’avait donné le courage d’affronter mon deuil et la montagne de devoir que Poudlard m’imposait. Je pris plusieurs inspirations pour vider l’air de mes poumons et me donner un maximum de souffle avant d’adresser un hochement de tête résolu à Simon pour signifier que j’étais prête. Son sourire s’élargit et s’avança lentement vers moi, tapotant sa baguette contre sa cuisse avant de la lever.

-N’aie pas peur, j’ai juste besoin de la tenir contre sa gorge pour transmettre les vibrations, chuchota-t-il. Promis, je ne te jette pas de sortilège de mutisme en passant.

J’essuyai un petit rire et laissai Simon effleurer ma gorge de la pointe de sa baguette, à l’endroit où la peau tendre résonnait le plus du chant entonné. Je sentis une chaleur agréable se répandre de la pointe jusque dans ma chair, comme si un enchantement tissait un lien entre elle et mes cordes vocales. Je pris une dernière inspiration avant de me mettre à chanter. Simon ne parut pas surpris par mon choix et échangea un regard complice avec moi, tendant ce fil qui nous unissait depuis l’enfance et dans lequel je puisais pour maintenir ma voix et achever la chanson. Sa baguette semblait aspirer une substance qui glissait comme de l’eau sur ma peau et la faisait vibrer au rythme de la chanson. Lorsque la dernière note s’envola et que Simon détacha sa baguette de ma gorge, un filament brumeux scintillant dans la semi-obscurité aux nuances agréable d’orange et de rouge qui rappelaient les couleurs éclatantes d’un soleil couchant y était accrochée. Il murmura quelques mots à voix basse et déposa la baguette sur le heaume de l’armure. Elle sembla soudainement prise dans une toile d’araignée qui l’enveloppa toute entière, blanchie avant d’être absorbée. Je sentis un vent invisible me traversait et les notes résonnèrent en moi comme un souvenir lointain. Simon tapota l’armure de sa baguette, l’air songeur.

-Hum … Je pense bien que ça a fonctionné. (Il me jeta un petit coup d’œil, un sourire aux lèvres). Tu veux bien me faire l’honneur, Victoria ?
-Donc … Si je chante, toutes les armures de Poudlard vont chanter ?
-On va le savoir tout de suite.

Simon me tendit la main d’un geste spontanée. La dernière fois que je l’avais vu si enjoué, si excité, c’était le soir de ses dix-sept ans, à quelques secondes de pouvoir user enfin de la magie librement. Le souvenir mit un baume sur mon cœur et je répondis à son sourire tout en prenant sa main. Il m’entraina alors dans le couloir pendant que je chantonnai à mi-voix, ayant à moitié peur de me faire prendre :


Do you hear the people sing?
Singing the song of angry men?
It is the music of the people
Who will not be slaves again!

Je me rendis rapidement compte que ma voix n’était plus la seule à s’élever : derrière nous résonnait puissamment le baryton de l’armure tandis que les échos des autres les plus proches prenait le pas à chaque mot, reprenant le chant dans un cœur que je n’aurais jamais pu penser si harmonieux. J’adressai un regard interdit à Simon, et sans attendre je me dirigeai vers la cage d’escalier la plus proche, de ceux qui s’ouvraient sur le vide et les étages, m’élançant pour écouter l’école crier son appel à la révolte. Je m’étais tue, mais la magie qui veinait les antiques pierres du château agissait toujours : par-delà les étages et les murs, j’entendais cet écho qui semblait fourmiller dans les couloirs et s’étendre chaque mot davantage, prendre de la voix, prendre du corps.

When the beating of your heart
Echoes the beating of the drums
There is a life about to start
When tomorrow comes!

Will you join in our crusade?
Who will be strong and stand with me?
Beyond the barricade
Is there a world you long to see?
Then join in the fight
That will give you the right to be free!

Do you hear the people sing?
Singing the songs of angry men?
It is the music of the people
Who will not be slaves again!
When the beating of your heart
Echoes the beating of the drums
There is a life about to start
When tomorrow comes!

Will you give all you can give
So that our banner may advance ?
Some will fall and some will live
Will you stand up and take your chance?
The blood of the martyrs
Will water the meadows of France!

Do you hear the people sing?
Singing the song of angry men?
It is the music of the people
Who will not be slaves again!
When the beating of your heart
Echoes the beating of the drums
There is a life about to start
When tomorrow comes !



L’ultime note de la chanson résonna mille fois en moi, se fragmentant chaque seconde davantage pour atteindre les tréfonds de mon être. Le chœur avait été si puissant que je sentais les mots s’imprégner dans mon esprit et mon cœur battre au rythme de la musique. Accoudée à la balustrade de l’escalier, je l’écoutais se répercuter dans l’immensité de l’école et ce ne fut que lorsque Simon passa une main légère dans mon dos que je me rendis compte que je pleurais, enivrée par les mots et les notes qui semblaient se graver dans mon âme.

-Whao.

J’essuyais un petit rire au mot de Simon et me redressai pour l’observer. Il contemplait les hauteurs du château, les escaliers qui se mouvaient au-dessus de nous comme à leur habitude, fixant les environs comme s’il pouvait voir les notes qui s’évaporaient dans le silence. Je savais que Simon était incroyablement doué, mais j’avais rarement l’occasion de le constater. Et chaque fois que je le faisais, cela m’émerveillait.

-Bien joué, Crevette, dis-je d’une voix étouffée en tamponnant mes yeux de ma manche. C’est … c’est vraiment de la très belle magie.

Simon sourit et sa main s’immobilisa sur mon bras pour le presser doucement.

-C’est ta magie aussi, Vicky.

Un bouchon douloureux se forma dans ma gorge et une phrase prononcée par un ami un an plus tôt flotta dans mon esprit. D’autres larmes me montèrent aux yeux je parvins à prendre une inspiration tremblante et les refouler.

-Cédric l’avait dit … On peut faire des choses extraordinaires, quand on est allié.

Le sourire de Simon se fit plus triste, mélancolique. Sa main se crispa mécaniquement sur mon bras et je lui jetai un regard oblique, d’autres mots remontant en moi avec le souvenir.

-Il a dit ça quand ?
-Quand on a su pour Cho et lui, soufflai-je, avant d’ajouter d’un ton prudent. Tu as bien écouté la chanson, Simon ? Will you join in our crusade? Who will be strong and stand with me? Beyond the barricade is there a world you long to see?

Une armure devait avoir entendu ma voix car le chœur se remit immédiatement à chanter à en faire vibrer la vieille carcasse du château. Cela creva la bulle de nostalgie de Simon et son sourire s’effaça pour de bon. Il laissa retomber la main qui me tenait pour s’accouder à son tour sur la balustrade. J’aurais voulu garder l’instant de grâce, qu’il conserve cette belle énergie, ne pas couper ce fil entre nous qui paraissaient se distendre beaucoup trop parfois … Mais si je ne voulais pas qu’il se coupe définitivement, il fallait que je profite de l’occasion. Simon baissa le nez et promena son regard sur les escaliers en contrebas. Des élèves commençaient à remonter, observant le château l’air étonné, se demandant quelle magie était à l’œuvre pour qu’il puisse chanter ainsi. Comme il ne répondait pas mais que je savais à sa mine mi-furieuse, mi-contrite qu’il avait parfaitement comprit ce que je sous-entendais, je poursuivis :

-Je n’irais pas en Bulgarie, Simon. Je reste ici et … Je ne sais pas, peut-être que je me joindrais à la croisade, à ma manière. Je resterais forte à tes côtés pour qu’un jour, on puisse voir ce qu’il y a de l’autre côté de la barricade. Mais pour ça il faut qu’on soit deux, Simon. Je … Je ne suis pas assez forte pour lutter toute seule. Je sais que je dois faire quelque chose, que dehors je vais sans doute devoir me battre parce qu’il le faut et … ça me terrifie ….

Ma voix trembla mais je réussis à refouler les larmes que la peur faisait monter dans mes yeux. Cette supplique, elle était autant pour moi que pour lui. La perte de Cédric m’avait fait réaliser à quel point j’avais besoin de Simon dans ma vie, et l’idée de le perdre prenait chaque jour plus son sens et morcelait mon existence. Simon Bones, c’était mon enfance, c’était la magie qui s’était introduite dans ma vie, c’était les confidences un soir de cinq novembre et les sanglots le soir de la mort de Cédric. Les gens ne cessaient de répéter à quel point j’étais forte, mais personne n’avait conscience que s’il n’y avait pas eu Simon pour prendre une partie de ma peine chaque fois qu’un malheur apparaissait sur ma route, je me serais écroulée depuis longtemps. Et maintenant que l’idée de m’engager dans le combat contre Voldemort prenait elle aussi de l’ampleur, je me rendais compte que j’étais paralysée. Encore une fois, j’avais besoin que ce soit Simon qui m’emporte dans ce combat. Je ne pouvais pas le mener seule.
Ni me permettre qu’il prenne le moindre risque de mourir.
Je serrai mes mains l’une contre l’autre pour leur éviter de trembler, joignant étroitement les paumes et entrelaçant douloureusement mes doigts. Je sentais la brûlure du regard de Simon sur moi, mais je gardais le mien fixé sur l’escalier un peu plus bas. J’avais peur de ne pas pouvoir retenir mes larmes ou mes coups si je le regardais dans les yeux. Et alors que le chant s’éteignait de nouveau et que le silence se faisait de plus en plus lourd entre nous, je l’entendis lâcher du bout des lèvres :

-Il a tué mes parents, Vicky.
-Voldemort aussi, répondis-je du tac au tac. C’est lui qui a donné l’ordre. C’est aussi lui qui a tué Cédric, c’est lui qui menace le monde magique et qui risque d’être à l’origine de nouvelles tueries. (Je fermai les yeux, rassemblant mes arguments). Remettre Jugson derrière les barreaux, ou hors d’état de nuire … ça n’empêchera pas Voldemort de prendre le pouvoir. Et s’il le prend … Tu risques de perdre d’autres personnes, comme tu as perdu tes parents. C’est à toi de voir si tu veux dépenser ton énergie et risquer ta vie pour les morts … ou pour ceux qui vivent.

Simon ne répondit rien. Je risquai un coup d’œil sur lui pour observer qu’il fixait le mur en face de nous comme si le visage de ses fantômes y étaient gravés, comme s’il pouvait simplement les atteindre de son seul regard. Mon cœur tomba dans ma poitrine quand je remarquais que lui aussi serrait ses mains l’une contre l’autre pour les éviter de trembler et semblait au bord des larmes. N’y tenant plus, je m’approchais de lui, pris son bras et me mit sur la pointe des pieds – Seigneur, il avait tant grandi … Il ferma les yeux lorsque je l’embrassai avec douceur sur la joue avant de poser mon front contre elle, frissonnante, les doigts crispés sur sa manche.

-S’il te plait … Pour une fois dans ta vie, écoute-moi …

Une larme dévala la joue de Simon et alla se perdre dans mes cheveux. Mais il resta coi, la mâchoire obstinément contractée, et je finis par comprendre que je n’en tirais rien d’autre. Il faudrait attendre que le message fraye son chemin dans son esprit dévasté. Alors je pressai mon front contre sa joue avant de le lâcher et de redescendre les marches, les bras croisés sur mon ventre noué. Sans pouvoir m’en empêcher, le chant me revint aux lèvres avec une facilité déconcertante et je me surpris à entonner à voix basse :

Will you join in our crusade?
Who will be strong and stand with me?
Somewhere beyond the barricade
Is there a world you long to see?

Do you hear the people sing ?
Say do you hear the distant drums ?
It is the future what we bring when tomorrow comes !

C’était merveilleux la magie. Car tout Poudlard chanta avec moi, et lorsque je tournais à l’angle pour me rendre dans ma Salle Commune, je vis qu’un sourire avant remplacé les larmes sur le visage de Simon, un sourire entendu. Un sourire complice. C’était le garçon de Terre-en-Landes qui refaisait surface et cela m’insufflait plus d’espoir que n’importe quoi.
MelleChachow

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par MelleChachow »

Que d'émotions à la lecture de ce chapitre!
Avec la musique dans les oreilles à la fin du ce chapitre, c'était juste magnifique ! J'en ai eu des frissons !
Tu écris merveilleusement bien et j'ai si hâte de lire la suite !

PS : courage pour le concours !!
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