La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

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La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Mais que voici ? Une nouvelle fanfiction de moi-même ?

Je vous vois d'ici rouler les yeux... Du moins le peu qui sont encore sur ce forum. Vous vous demandez certainement ce que je fabrique à poster une nouvelle fanfiction alors que j'ai encore le tome 3 de ATDM à écrire et LHDI en cours d'écriture. Well... Je suis multi-tâche et il semble que mon cerveau aime trop raconter des histoires, j'aime les écrire et les partager avec vous, donc nous voilà aujourd'hui :lol:

Dooonc ! Comme vous l'avez remarqué, je change de fandom et je m'en vais explorer celui de Rick Riordan et de sa superbe saga Percy Jackson-Héros de l'Olympe-Travaux d'Apollon. Attention coup de vieux mais ça va faire maintenant presque dix ans que je suis cet univers que j'ai découvert vers 13/14 ans et dont je suis tombée amoureuse. Pour cette fanfiction, je voulais exploiter mon personnage préféré: Nico. Et je voulais d'autant plus écrire sur lui depuis l'officialisation de son couple avec Will Solace parce que vive le Solangelo. Cependant, je n'arrivais pas à me résoudre à écrire seulement sur eux donc je suis partie sur un projet un peu plus vaste avec un intrigue/quête et d'autres personnages. Vous aurez donc le plaisir de suivre Connor Alatir et Lou Ellen Blackstone également.

Et là normalement, pour ceux qui suivent les fanfictions sur ce forum, vous avez haussé un sourcil. Connor Alatir? Ca fait penser à son frère Travis n'est-ce pas? Et qui dit Travis+fanfiction dit.... Perripuce bien sûr ! Il faut savoir qu'avec Perri on aime bien notre idée d'univers partagé et on s'est dit que ça serait marrant de le continuer avec ce fandom. J'ai eu l'idée de fanfiction il y a trèèèès longtemps, peut-être même avant qu'elle écrive la Cour des Miracles, mais j'ai mis énormément de temps à l'écrire. C'est pour ça que je peux désormais m'amuser à faire référence à la fanfic de Perri ^^ Pour ceux qui ne l'ont pas lu, pas de panique! Je vous encourage à aller le faire parce qu'elle est géniale en soi et mérite tout notre amour, mais je vais vous faire un petit résumé sans spoilers bien sûr pour que vous situiez un peu ! (Mais allez la lire, sérieux !)

Donc bébé résumé de la Cour des Miracles pour que vous sachiez de quoi parle les personnages quand je fais référence à des choses vécues par Travis ou Nico précédemment :
L'histoire se déroule juste après l'été de la guerre contre Gaïa, en septembre. Elle est racontée du point de vue de Travis Alatir, fils d'Hermès, connu à la Colonie pour ses farces avec son frère et sa tendance à mener une vie instable en blaguant tout le temps. Pourtant, il est l'heure de la maturité pour Travis qui décide de raccrocher la vie de demi-dieu, de se prendre en main, de commencer des études de droit, de quitter la Colonie... Connor prend assez mal cette décision, lui qui avait l'habitude de toujours tout faire avec son frère. Leur relation souffre de cette situation et sera abordée tout au long de la fanfic de façon magistrale et touchante (allez la liiiire). Au-delà de ça, l'intrigue s'axe autour de la disparition d'une des demi-soeur de Connor et Travis, Alice. Travis est chargé de la retrouver et pour cela il s'embarque dans une quête improvisée notamment avec une fille de sa ville natale, Dylan. Bien sûr, Travis et Dylan seront plus qu'amis si vous voyez ce que je veux dire (c'est pas un spoil, c'est comme Vic et Simon, on le crame au premier chapitre ok?). Je ne vous en dis pas plus sur Dylan mais sachez qu'elle est géniale et si vous voulez en savoir davantage vous savez quoi faire (allez la liiiire). Dans tout ça, la quête les conduit aux Enfers où Nico les accompagne. Je n'en dis pas plus ! Je pense que c'est tout ce que vous avez besoin de savoir pour lire ma fanfiction. S'il y a quelque chose de pas clair à un moment, n'hésitez pas quand même à me demander :D

Pour les infos pratiques : je posterai un chapitre un mercredi sur deux en alternance avec Ilvermorny. Je ne la poste que sur Booknode pour l'instant, vous êtes un peu mon test et mes lecteurs privilégiés haha ! J'ai 8 chapitres d'avance donc de quoi tenir un peu, j'espère continuer sur cette voie. Voilà, je crois que j'ai tout dit... Je ferai une couverture et des aesthetics un peu plus tard je pense !

N'hésitez pas à laisser un commentaire pour me dire ce que vous en pensez, ça me fera plaisir ! Et merci à Perri pour la relecture du début et son aide, ça m'a tellement débloquée *keur keur*.

Le premier chapitre est assez court ^^

Bonne lecture !


La prophétie d'Hécate


Chapitre 1 – Au milieu d’un rêve

En tant que demi-déesse, Lou Ellen n’était pas étrangère aux rêves qui sortaient de l’ordinaire. Elle s’était déjà réveillée en sursaut, un cri dans la gorge et l’image de braises et de cités détruites encore vive derrière ses paupières. Mais c’était la première fois que sa mère venait la visiter en personne.
Ce soir-là, Hécate lui était apparue sous sa forme la plus connue, celle que Lou Ellen avait déjà vu sur plusieurs illustrations. Elle se tenait aux carrefours de trois chemins, ses longs cheveux bruns à moitié défaits soulevés par le vent. Une longue robe aux couleurs de la nuit épousait ses courbes et une couronne d’ébène dont les piques pointaient vers la lune lui ceignaient le front. Des volutes de fumée s’enroulaient autour de ses chevilles, dissimulant le sol sur lequel elle se tenait, ce qui donnait presque l’impression qu’elle lévitait, suspendue entre terre et ciel. Lou Ellen frissonna. Même à la distance où elle se tenait, elle pouvait sentir l’aura de puissance qui entourait sa mère.
Honnêtement, elle n’avait aucune idée de la raison de sa visite. Malgré sa prétendue triple incarnation qui aurait pu lui permettre d’être partout à la fois, Hécate était une mère absente, comme tous les Dieux. Lou Ellen ne l’avait jamais vu et son cœur s’accéléra, erratique.

- Maman… ? Qu’est-ce que… ?
- Oh magnifique ça a fonctionné ! Je n’étais pas sûre, le voyage onirique est un art délicat que je n’avais plus pratiqué depuis au moins un siècle. Morphée aurait pu me guider évidemment, mais il était occupé avec des esprits cauchemars. Mélinoé est agitée en ce moment, elle ne les contrôle plus.

Lou Ellen cligna des yeux, incapable de former une réponse cohérente.

- C’était le seul moyen pour entrer en contact avec toi, poursuivit Hécate, imperturbable. Zeus surveille nos interactions avec les mortels de près, mais la situation est urgente et je n’avais pas le temps de trouver des chemins détournés. Parfois, la voie la plus directe est celle à emprunter.

- Quelle situation urgente ?
- Ah les demi-dieux ! Toujours les bonnes questions, toujours attentif à la crise qui se prépare. Je n’en attendais pas moins de ma fille…

A la soudaine mention de leur filiation, Lou Ellen sentit une boule chauffée à blanc lui brûler la gorge. Oui, elle avait relevé « la situation urgente » des paroles de sa mère, mais ce n’était pas ce qui occupait véritablement son esprit. Par les Dieux, elle rencontrait la femme qui l’avait mise au monde, et Hécate se comportait comme si elle la connaissait depuis toujours. Mais peut-être que c’était le cas pour elle après tout…
Son trouble dû se lire sur son visage car les traits d’Hécate s’adoucirent et l’espace d’un instant elle eut l’air plus humaine, plus maternelle.

- Je sais que tu as des questions, dit-elle d’une voix résignée, et que tu voudrais des réponses. Mais pas cette nuit. Je n’ai pas beaucoup de temps, Zeus va finir par se rendre compte que je suis avec toi. Tu dois m’écouter attentivement, d’accord ?
- Mais… tenta-t-elle de protester.
- Tu dois les retrouver.

Lou Ellen fronça les sourcils.

- Retrouver quoi ?

Et brusquement, pour la première fois depuis que le rêve s’était matérialisé dans son esprit, elle remarqua ce qui manquait. La seule lumière qui baignait le décor autour d’elle émanait de la lune qui éclairait sa mère d’une lueur argent. Les trois chemins à leurs pieds étaient plongés dans la pénombre. Aucune flamme ne les éclairait.

- Où sont tes torches ? S’inquiéta-t-elle, un mauvais pressentiment au creux du ventre.

Un éclair de rage traversa les prunelles d’Hécate.

- Disparues, répondit-elle d’une voix glaciale. Volées.
- Volées ? Comment… ? Qui aurait pu… ?
- Oh je sais très bien qui, fulmina sa mère. Celles qui se prétendent ma descendance, qui se prétendent tour à tour magiciennes et sorcières alors qu’elles me doivent leurs pouvoirs. Elles paieront pour le crime qu’elles ont osé commettre, elles et leur acolyte, celui qui possède le don de voler sans se faire prendre. Mais avant cela, toi, ma fille, te doit de me restituer mes torches.
- Moi ?

Lou Ellen dévisagea sa mère. Pas un mot, pas un signe pendant quinze ans, et Hécate lui apparaissait en rêve sans prévenir pour qu’elle lui rende un service ? Une colère brûlante bouillonna dans son ventre. Elle n’avait jamais voulu s’appesantir sur l’absence de sa mère. En tant que demi-déesse, elle avait eu très tôt conscience que sa véritable famille serait celle dont elle s’entourerait : ses camarades de la colonie, ses frères et sœurs au bungalow 20, et bien sûr son père dont l’amour indéfectible l’avait porté toute son enfance. Elle s’était résolue depuis longtemps au destin qu’avoir une mère déesse impliquait ; et pourtant elle n’arrivait pas à endiguer la rancœur qui déferlait en elle.

- Tu es juste là pour ça alors ? Articula-t-elle, la voix enrouée. Tes torches ?
- Je sens ta colère, ma fille. Elle est sans doute légitime, mais tu ne comprends pas. Je ne suis pas venue te voir, je n’ai pas bravé les ordres du seigneur de l’Olympe en personne pour des simples torches.
- Comment ça ? Tu as dit… tu as dit que je devais trouver tes torches…
- Des symboles, corrigea Hécate et sa voix résonna dans la nuit. Mon symbole. Je suis peut-être la déesse à trois visages, mais mes torches sont mon unité. Elle me guide autant qu’elle guide les âmes égarées. Sans elles, les chemins sont plongés dans l’ombre et le chaos est déjà en train de s’installer. Je dois conduire les âmes et les morts jusqu’au royaume d’Hadès. Sans moi, certains erreront pour l’éternité. Sans moi, les pleurs des mères cherchant leurs enfants resteront vains. Sans moi, les choix des héros ne pourront être éclairés par la lumière du feu divin et les mauvaises décisions finiront par entraîner le monde vers sa fin.

Un vent glacial se leva soudain comme pour ponctuer la vision que décrivait la déesse. Lou Ellen frissonna et referma ses bras autour d’elle.

- La mission que je te confie n’est pas anodine, reprit-t-elle. Et je ne t’ai pas choisi par hasard. De tous mes enfants, tu es celle la plus amène de me ramener mon bien et de vaincre celles qui m’ont trahie.

Malgré elle, le compliment piqua sa fierté et elle se mordit la lèvre.

- Alors quoi ? Tu me donnes une quête, c’est ça ?
- Une quête que tu ne réussiras pas seule, nuança Hécate. Un héros pour un ennemi.

Lou Ellen sentit une migraine germée au niveau de ses tempes. Les énigmes de sa mère commençaient à l’agacer.

- J’aimerais t’aider, vraiment, assura-t-elle finalement. Mais les quêtes sont en quelques sortes… suspendues… en ce moment à la colonie. L’oracle… on ne sait pas trop, mais il y a un problème avec les prophéties. Je ne peux pas partir en quête sans en avoir reçu une.
- Ah oui… les prophéties, soupira Hécate en roulant des yeux. Apollon, maudit sois-tu, toi et tes idioties, ajouta-t-elle en marmonnant. Très bien, je vais t’en donner une.
- Toi ? S’étonna Lou Ellen. Tu peux… tu peux donner des prophéties ?

Hécate eut presque l’air vexé.

- Je n’ai peut-être pas le talent d’Apollon et ses oracles, reconnut-elle, mais ça ne doit pas être bien difficile. Laisse-moi réfléchir.
Un long silence s’étira entre elles, le temps qu’Hécate formule sa prophétie. Impatiente, Lou Ellen observa le ciel et remarqua pour la première fois qu’il n’y avait aucune étoile. Seule la lune se détachait telle un disque d’argent sur le fond ébène.

Dans sa tête, les mots se bousculaient. Elle aurait eu tant de choses à dire à sa mère, tant d’expérience et de moments à lui raconter, tant de questions à lui poser. Mais quand elle s’était imaginée la rencontrer, Lou Ellen s’était imaginée une mère. La femme devant elle n’était pas sa mère, pas réellement… Elle était une déesse, un mythe aussi peu tangible que la fumée qui s’enroulait autour d’elle. Et même si Hécate l’aimait à sa façon, elle ne pouvait pas l’aimer comme elle l’aurait voulu.
Finalement, sa mère planta ses yeux onyx dans les siens, un sourire satisfait aux lèvres.

- Bien, ce n’est pas de la grande poésie mais ça fera l’affaire…

Lou Ellen se rapprocha et les feuilles mortes craquèrent sous ses pas.

- Du feu des chemins croisés, entonna Hécate d’une voix soudain rauque, presque d’outre-tombe, Les mains des cinq ennemis se sont emparés / Jusque dans les terres anciennes / Iront la fille de la magicienne / Et ses compagnons pour abattre / Les voleurs de l’âtre.

A peine la prophétie fut-elle achevée que la brume commença à s’épaissir et à s’élever au-dessus du sol. Lou Ellen eut l’impression que ce dernier se dérobait sous ses pieds, comme s’il devenait moins solide de seconde en seconde.

- Tu dois te réveiller, ma chérie. Mais n’oublie pas ce que je t’ai dit, tu entends ? La nouvelle lune noire approche, mes torches doivent éclairer le chemin.
- Non ! Attends, maman…

Mais la fumée emplit son champ de vision et elle ne put que tendre les mains vainement avant qu’Hécate ne se fonde dans les ombres. Lou Ellen entendit sa propre voix hurler de loin et brusquement elle se redressa dans son lit, haletante. La couverture l’étouffait et elle la repoussa d’un coup de pied. Ses épais cheveux noirs lui collaient à la peau. Un effroi glacial se rependit dans ses veines et elle ferma les yeux de toutes ses forces.
Haletante, elle décida de se lever. Tous ses frères et sœurs dormaient encore et elle traversa le bungalow sur la pointe des pieds pour éviter de les réveiller, enjambant un grimoire au passage avant de glisser sur la terrasse. Elle inspira une grande goulée d’air frais. Le mois d’octobre s’était bien installé depuis deux semaines et la Colonie avait pris des teintes automnales qu’elle adorait à chaque vacance scolaire. Elle était une des rares à venir pendant l’année. Elle aimait retrouver l’ambiance feutrée qu’offrait le camp hors de l’été, le temps que pouvait lui consacrer Chiron, ou revoir ses amis. Ses seuls amis, pensa-t-elle amèrement.
Être fille d’Hécate, déesse de la magie, de la sorcellerie, des carrefours et de la nuit, n’avait jamais été facile. Être fille d’Hécate revenait à être l’éternelle rejetée, la fille étrange aux yeux verts, celle qui attirait la méfiance par sa simple présence. Avant la seconde guerre des Titans contre Cronos, Lou Ellen n’aurait même eu sa place à la Colonie. Le vingtième bungalow avait été construit l’été dernier, grâce à la promesse de Percy Jackson, malgré l’allégeance d’Hécate envers Cronos durant la bataille. Les choses s’étaient améliorées depuis, elle avait enfin eu l’impression d’être acceptée quelque part.
Jusqu’à ses quatorze ans, elle avait changé d’école six fois pour « problèmes disciplinaires ». Du moins, c’était ce que les rapports des Conseils d’école affirmaient. Ses camarades se plaignaient que leurs affaires disparaissaient dès qu’elle était là, un petit garçon qui s’amusait à bousculer les filles dans les couloirs s’était un jour mis à hurler qu’il avait des serpents sur tout le corps et elle s’était volatilisée lors d’une sortie scolaire ennuyante au musée sans que sa maîtresse ne sache comment.
Ces phénomènes, elle ne les avait compris que bien plus tard, à son arrivée à la Colonie. Comme tout le monde, elle y avait trouvé des réponses et surtout une maison. Des amis qui avaient vécu la même chose qu’elle, les mêmes changements d’établissements et les mêmes problèmes disciplinaires. Will Solace avait été la première personne à lui parler. Elle s’était tordue la cheville en arrivant et, du haut de ses dix ans, il avait mis un point d’honneur à l’aider à boîter jusqu’à l’infirmerie. Ils étaient devenus inséparables, puis il lui avait présenté Connor, Travis et Cecil. Nico les avait rejoints quelques année plus tard, même s’il avait encore du mal à s’intégrer. Elle avait trouvé la famille qu’elle n’avait jamais eu en grandissant.
Elle avait toujours cru que sa mère l’avait abandonnée ; sûrement une junkie des rues de Chicago qui était tombée enceinte de Mark Blackstone par erreur avant de la laisser avec son père. Et à choisir, elle n’aurait pas mis Hécate en premier choix sur sa liste de mère potentielle.
Si Hécate pouvait être une déesse protectrice, conductrice des âmes aux carrefours et guide des choix cruciaux, elle n’en restait pas moins la déesse de la lune noire, des ombres et des morts ; mais aussi la maîtresse des arts de la sorcellerie. Cette triple ambivalence, Lou Ellen la ressentait au quotidien selon les jours. Même au sein de son bungalow, à l’image de celui d’Hermès ou d’Apollon, les plus versatiles des Dieux, les pouvoirs des enfants d’Hécate étaient souvent instables et imprévisibles.
Certains de ses demi-frères et sœurs maîtrisaient les sorts de transformations, d’autres pouvaient manipuler la brume avec tellement de précision qu’ils formaient des illusions presque parfaites, et d’autres encore avaient un instinct si développé que tous les pensionnaires de la colonie venaient les consulter s’ils avaient des choix à faire. Lou Ellen n’excellait en rien de particulier, mais tout ce qui touchait à l’art de la magie l’avait toujours attiré. Ses expériences avec la brume ou avec la magie avait d’ailleurs parfois manqué de provoquer des catastrophes. Elle se souviendrait toute sa vie du cri qui était sorti de la gorge de Will lorsqu’elle avait transformé par mégarde les pansements de l’infirmerie en grillons. Ils avaient passé des jours à chasser les insectes des champs de fraises. Les enfants de Déméter lui jetaient encore des regards méfiants dès qu’elle jetait un sort, ce qui faisait bien rire Cecil. En tant que fils d’Hermès, Cecil n’était pas étranger aux catastrophes, mais il avait tendance à les provoquer de manière volontaire, lui. Plusieurs campeurs s’étaient d’ailleurs plaints de Cecil lors des réunions des conseillers en chef. Heureusement pour Cecil – et malheureusement pour les autres – Lou Ellen défendait souvent son ami par pur esprit de camaraderie et Connor Alatir, le frère de Cecil, semblait penser que les mauvais coups de son cadet étaient des exploits qu’il fallait davantage encenser que punir. Pour avoir passé une partie de ses étés à courir derrière les frères Alatir, Lou Ellen ne pouvait pas approuver de manière générale, même si elle devait avouer que Connor s’était calmé ces derniers temps. Avec Travis parti pour la fac, il paraissait un peu démuni malgré ses grands discours, comme s’il ne savait plus bien comment faire sans son acolyte de toujours. Cette vision l’avait tellement perturbé au début qu’elle avait fait exprès de laisser s’exprimer sa mystiokénisé – la magie n’existait pas en vérité comme aimait leur rappeler Chiron – et le bungalow d’Hermès s’était retrouvé sous une pluie battante pendant trois jours. Furieux, Connor avait retrouvé sa fougue et juré de se venger. Lou Ellen attendait anxieusement le mauvais tour qu’il lui ferait subir, d’autant qu’elle n’avait pas réussi à arrêter la pluie au bout d’une heure comme elle l’avait voulu à l’origine. Cecil lui avait fait la tête toute une matinée après être arrivé au petit déjeuner trempé jusqu’aux os.
Parfois, elle aurait aimé que sa mère soit là pour la guider et lui enseigner à développer ses pouvoirs, elle qui était la plus grande enchanteresse. Mais Hécate n’était jamais venue. Jusqu’à ce fameux rêve.
Rien qu’en y repensant, Lou Ellen frissonna et resserra son châle autour de ses épaules. C’était un cadeau d’anniversaire de Connor : il était aux couleurs de Gryffondor, l’une des maisons de Harry Potter. Un châle de sorcière pour une sorcière, lui avait-il dit en riant. Son frisson fut remplacé par un sourire à ce souvenir.
Elle observait la fumée qui sortait de sa bouche, se concentrant pour essayer de lui donner forme, lorsqu’une silhouette passa devant son bungalow sur la pelouse. Elle leva les yeux et vit Will, matinal comme à son habitude. Il se levait tout le temps avec le soleil. Les rayons pâles du matin accrochaient ses boucles blondes et il marchait les mains dans les poches en sifflotant, vêtu d’un simple t-shirt orange et d’un bermuda. Lou Ellen eut froid pour lui, même si elle savait qu’en tant que fils d’Apollon il ne ressentait presque jamais la morsure du vent frais. Dès qu’il l’aperçut à son tour, il s’arrêta, surpris.

- Tiens, Lou Ellen ! Déjà debout ?
- Mauvais rêve, grimaça-t-elle en guise d’explication.

Will prit tout de suite une expression inquiète.

- Rien de grave ?
- Je ne sais pas… Je pense que si, un peu… Prépare-toi pour une réunion des Conseillers tout à l’heure. Je vais aller demander à Chiron de réunir tout le monde.
- Une quête ?

Lou Ellen hocha la tête. Will, lui, fronça les sourcils.

- Mais Rachel… Les oracles…
- Ma mère est venue me visiter, lâcha-t-elle. J’ai une prophétie.
- Oh…

Il se passa une main dans les cheveux, l’air nerveux. Elle savait que sous ses airs constamment détendus, Will angoissait pour plein de choses : les Dieux qui ne communiquaient plus, le silence radio des oracles, son père qui ne répondait pas à ses prières, l’état de Nico… Elle se disait souvent que Will avait le symptôme du guérisseur : à force de vouloir aider tout et tout le monde, il en oubliait parfois de penser à lui. A cet instant, il lui donna encore raison. Elle pouvait presque voir son cerveau s’activer derrière ses prunelles bleues.

- Reste là ! Lui ordonna-t-il soudain en la pointant du doigt. Je reviens !
- Mais…
- Deux minutes !

Lou Ellen cligna des yeux, perplexe, et le regarda traverser la pelouse en courant pour aller faire elle ne savait quoi. Elle souffla. Maintenant qu’elle avait évoqué son rêve à quelqu’un et qu’il s’estompait déjà de son esprit, il ne lui pesait plus autant sur la poitrine. Elle aurait voulu aller se recoucher au chaud sous ses couvertures. Mais elle obéit à Will et ramena ses genoux contre sa poitrine, tête levée pour observer le soleil se lever et peindre le ciel pâle de couleurs orangées. Elle se fit la remarque que Will avait dû se diriger vers l’infirmerie avant de l’apercevoir, mais qu’il ne venait pas du bungalow d’Apollon. Elle sourit. Il avait encore dû échapper à la vigilance des harpies et de Chiron pour dormir dans celui de Nico. Si elle lui posait la question, il invoquerait sûrement les ordres du docteur ou quelque chose dans le genre en omettant bien sûr de préciser qu’il était lui-même le docteur.
Dix minutes passèrent et le ciel se colora encore un peu plus. Lou Ellen allait se relever pour rentrer, les jambes ankylosées, lorsque Will revint. Il n’était pas seul : Cecil Markowitz l’accompagnait. D’un pas trop bondissant pour l’heure matinale, il lui fit de la main, ses cheveux chocolat rebondissant sur son front. Il avait bien besoin d’une coupe de cheveux.

- Alors sœurette, on a rêvé à ce qui parait ? Dit Cecil en arrivant à sa hauteur.

Lou Ellen sourit. Elle se décala pour leur faire une place et les deux garçons l’encadrèrent. Cecil avait pris l’habitude de la surnommer « sœurette » à l’époque où elle résidait avec lui et les autres dans le bungalow d’Hermès. Elle y était restée près de trois ans avant d’être revendiquée par Hécate et que son propre bungalow soit construit.

- Disons que j’ai déjà mieux dormi… Pourquoi tu l’as ramené ? Demanda-t-elle à Will. J’aurais pu lui raconter à une heure décente.
- Parce qu’il ne sera pas à la réunion des Conseillers contrairement à Connor et que je pensais qu’il méritait d’être au courant. (Il lui tendit soudain une tasse de café fumante qu’il avait ramené avec lui). Tiens, je t’ai pris ça au passage.
- Merci…

Elle referma ses doigts autour de la tasse fumante avec joie.

- Et il a eu raison de me réveiller ! Affirma Cecil, ses traits de lutin s’animant. Tu peux déjà me compter présent pour ta quête : j’en suis !
- Eh calme-toi, attends, je n’ai pas encore penser…
- Parce que tu vas prendre quelqu’un d’autre que nous ?
- On ne peut pas partir à plus de trois, objecta-t-elle. Et je te rappelle qu’on est quatre. Cinq même si on compte Nico. Il ne laissera pas Will partir sans lui.
- Connor vient juste de revenir de quête, il voudra sans doute souffler.
- Tu sais comme moi que ça ne va pas l’arrêter. Même, je pense que ça sera l’inverse. Il est sur le fil depuis qu’il est revenu de sa quête secrète imprévue avec Travis. J’ai l’impression qu’il a pris conscience qu’il allait devoir lui aussi aller à la fac ou un truc du genre et ça le panique. Il veut être occupé, ça se voit.

Cecil sembla lui accorder le point. Il regarda Will par-dessus sa tête et Lou Ellen se sentit soudain petite. Elle se redressa inconsciemment.

- Laisse-moi deviner, marmonna-t-il. A choisir, tu préfères prendre Connor ?
- Quoi ? Je ne préfères rien, je…
- Non, mais je veux dire… Tu voudrais Connor avec toi ?

Elle sentit ses joues rougir sans que ça n’est rien à voir avec le froid.

- Tu sais qu’il va falloir que tu me laisses tranquille avec ce crush idiot… J’avais onze ans. Je suis sûre que j’arrivais à peine à différencier Travis de Connor.
- C’est un mensonge éhonté, dénonça Will en riant.
- Tais-toi, maugréa-t-elle.

Cecil lui donna un coup d’épaule en riant.

- Sérieusement, sœurette, réponds franchement : si tu dois partir, ça serait avec qui ?
- Tu ne m’as même demandé l’objet de la quête !
- Lou, peu importe. On devrait aller dans le Tartare que je t’accompagnerais ! (Il se tut puis parut réaliser ce qu’il venait de dire en voyant Will se tendre). Oh désolé, je… j’avais oublié.

Lou Ellen posa une main sur le genou de Will en soutien. Elle savait qu’il n’aimait pas particulièrement imaginer Nico, seul dans le Tartare, et elle ne pouvait pas vraiment l’en blâmer.

- Comment il va ? Demanda-t-elle du bout des lèvres.

Will haussa les épaules.

- Plutôt bien… La plupart du temps ça va, ça va même mieux. J’ai l’impression que rester à la Colonie et s’ouvrir aux autres lui a fait du bien mais… (il inspira profondément). Parfois, il entend des voix. Il dit que ça vient du Tartare et que les âmes l’appellent. Ou plutôt une en particulier. Il ne veut pas en parler, mais je vois bien que ça le perturbe. Mais bref, on ne parlait pas de ça…
- Oui on parlait du crush de Lou Ellen.
- Cecil arrête !

Elle le frappa sur la tête et il s’écarta juste à temps pour éviter de se prendre les étincelles qui surgirent au bout de ses doigts.

- Eh range ta magie ! Cria-t-il d’une voix aigüe.
- Range tes insinuations, rétorqua-t-elle.

Will éclata de rire. Contrairement à son chant ou son sifflement aiguisé, son rire avait l’harmonie d’un carillon qui rappelait son parent divin.

- Mais bon pour répondre à ta question… reprit Lou Ellen de mauvaise grâce. Oui, je pense que je prendrais Connor. Ne te vexe pas, Cecil, si j’avais le choix tu ferais partie de l’équipe en une seconde, mais deux fils d’Hermès me semblent contre-productif et Connor a plus d’expérience en quête contrairement à nous. Ça pourrait servir. Et comme je disais, je pense qu’il en a vraiment besoin en ce moment.

Cecil soupira, mais hocha la tête.

- Je comprends, dit-il. C’est même un bon raisonnement. Et si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à envoyer un message Iris. Je pourrais aider d’ici.
- Promis !
- Mais tu vas faire comment du coup si tu prends Will ? Nico va vouloir venir.

Lou Ellen se tourna vers Will. Ils échangèrent un long regard. Elle ne prit pas la peine de le dire, mais c’était évident : Nico voudrait certainement venir avec Will et Will voudrait que Nico vienne aussi. Et elle n’était pas idiote, avoir Nico dans son équipe serait un atout non négligeable.

- Sa présence n’a pas à être officiel, non ? Fit-elle à voix basse.
- Comment ça ?
- Je veux dire, j’ai juste à dire que Connor et Will viennent avec moi. Nico nous rejoindra dès qu’on sera parti.
- C’est vrai que s’il y a bien une personne dont l’absence ne soulèvera pas trop de question, c’est Nico, approuva Cecil. (Il claqua des doigts). Hop ! Disparu dans les ombres !
- L’idée c’était qu’il n’ait plus à faire ça, protesta Will. Disparaître, être au-dessus des règles de la Colonie parce qu’il n’y a pas sa place. Ça fait presque trois mois que j’essaye de lui faire intégrer l’inverse.

Lou Ellen tapota le bord de sa tasse.

- Je sais, dit-elle, ce n’est pas l’idéal. Mais au moins il sera avec nous.
- C’est pas faux… Et en fait alors ton rêve ?
- T’as vraiment vu ta mère ? Demanda Cecil, presque envieux.

Elle savait que comme tous les enfants Demi-Dieux, Cecil rêvait un jour de rencontrer son père. Connor aussi. Au fil des années, leur envie s’était même teintée de rancœur devant le silence de ce parent si absent et Lou Ellen ne pouvait que se joindre à eux. Face à sa mère, elle avait ressenti cette boule chauffée à blanc, ce malaise de petite fille… Pourtant, elle aurait voulu dire à Cecil ce qu’elle avait compris en même temps : Hécate n’était pas sa mère, pas au sens où elle l’aurait voulu, elle était une déesse avant tout, trop immatérielle pour s’y attacher. Le goût amer de la déception se mêla à celui du café dans sa bouche.

- Oui, répondit-elle après quelques secondes. Oui, je l’ai vu… C’était étrange. On n’a pas vraiment eu le temps de parler ni de rattraper le temps perdu si tu vois ce que je veux dire. Elle a été droit au but. Ses torches ont été volées.
- Quoi ? S’étrangla Will.
- Je sais, ça craint.
- Après l’éclair de Zeus, les torches d’Hécate. Les Dieux font vraiment pas attention à leur affaire, maugréa Cecil.

Lou Ellen trouva amusant qu’il se souvienne de cela. Il n’était même pas encore à la Colonie quand c’était arrivé, et elle non plus. Connor leur avait raconté l’histoire. Il rageait toujours contre son frère, Luke Castellan, comme si ça lui permettait de se défouler. Généralement, Travis restait silencieux dans ces cas-là, mélancolique.

- En tout cas, elle m’a confié comme mission de les retrouver…
- Et elle t’a donné une prophétie.
- Oui… Elle a dit qu’elle n’était pas Apollon, mais que ça ferait l’affaire.

Will leva les yeux vers le ciel. Elle se demanda un instant s’il y cherchait son père ou une explication concernant les oracles, mais il finit par soupirer.

- Bon, c’est réglé, dit-il. On partira ensemble avec Connor et Nico ! Je vais dire à Chiron de programmer une réunion. On se retrouve tout à l’heure !

Sur ces mots, il se leva et repartit au pas de course en direction de la Grande Maison. Lou Ellen le regarda disparaître au loin. Cecil posa sa tête contre son épaule et ses cheveux chocolat lui chatouillèrent le cou.

- Eh sœurette, tu les feras revenir en un seul morceau pas vrai ? Souffla-t-il.
- Evidemment, promit-elle avec une assurance feinte. Vous êtes ma bande de garçons à moi !

O se retrouve dans deux semaines pour la suite :D
Mimie99

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Mimie99 »

Coucou :D Je sais que je ne suis toujours pas retournée sur ta nouvelle fanfic d'HP, et je te jure que dès que je vais m'y mettre je vais commenter. Pour chacun des chapitres. Bref, maintenant que cette précision est faite... J'ai beaucoup aimé ce début dans l'univers des PJ! Ça faisait vraiment longtemps que je n'avais lu une fanfic dans cet univers et je dois avouer que ça m'a manqué :mrgreen: Crois-tu que tu pourrais me prévenir pour la suite? :D
PtiteCitrouille

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par PtiteCitrouille »

Hello !!

Aloooors let's see ce que ça vaut (je rigole of course ça va valoir son pesant de cachuètes)
suspendue entre terre et ciel
un paaaaas entre cieeeel et teeerre entre vous et nouuuuus (tain ça date la comédie musicale Roi Soleil)
sa prétendue triple incarnation
on note la triple incarnation et les trois chemins du carrefour
Parfois, la voie la plus directe est celle à emprunter.
commence par dire des choses claires, là tu pourras discuter de voie directe
- Ah les demi-dieux ! Toujours les bonnes questions, toujours attentif à la crise qui se prépare. Je n’en attendais pas moins de ma fille…
peut-être parce qu'à chaque fois que vous apparaissez c'est qu'il se passe une merde et que vous avez besoin d'aide ?
Les trois chemins à leurs pieds étaient plongés dans la pénombre. Aucune flamme ne les éclairait.
eh j'aime bien cette symbolique visuelle
- Volées ? Comment… ? Qui aurait pu… ?
essaie Luke Castellan mouahahhaa
Celles qui se prétendent ma descendance, qui se prétendent tour à tour magiciennes et sorcières alors qu’elles me doivent leurs pouvoirs.
les Winx ?
elles et leur acolyte, celui qui possède le don de voler sans se faire prendre
... les Winx et Voldemort ...?
Pas un mot, pas un signe pendant quinze ans, et Hécate lui apparaissait en rêve sans prévenir pour qu’elle lui rende un service ?
welp that's a classic guuuurl
Je sens ta colère, ma fille. Elle est sans doute légitime, mais tu ne comprends pas.
c'est dur d'être une demi-déesse en 2020... (et 1, merde, on a changé d'année)
- Comment ça ? Tu as dit… tu as dit que je devais trouver tes torches…
BAH OUI, parce que sans elles, comment Denis va-t-il éliminer les aventuriers de Koh-Lanta ?????
Je dois conduire les âmes et les morts jusqu’au royaume d’Hadès.
oui et puis après tu les laisses dans la salle d'attente pour ceux qui ont pas de quoi payer le passage, BRAVO HEIN
Sans moi, certains erreront pour l’éternité. Sans moi, les pleurs des mères cherchant leurs enfants resteront vains. Sans moi, les choix des héros ne pourront être éclairés par la lumière du feu divin et les mauvaises décisions finiront par entraîner le monde vers sa fin.
note à moi-même : ne pas amener la rabat-joie Hécate en soirée

Autrement c'était hyyyyper stylé comme discours Marion, j'aime trop ce rôle d'Hécate, ces pouvoirs et les dangers qu'elle les perde (c'est canon ?)
L’oracle…
il est cassé
- Toi ? S’étonna Lou Ellen. Tu peux… tu peux donner des prophéties ?
bah Mars l'a fait avec son petit cerveau de la taille d'une noisette, alors franchement je pense que c'est overrated les prophéties de l'oracle
Les voleurs de l’âtre.
désolée j'ai imaginé un vilain cambrioleur avec un âtre de cheminée dans sa sacoche :lol:
sûrement une junkie
mais comment tu parles soudainement là :lol: :lol: :lol: :lol:

J'adore ton travail descriptif des enfants d'Hécate, avec chacun une appétence dans une particularité magique !
il était aux couleurs de Gryffondor, l’une des maisons de Harry Potter.
ce troll :lol: :lol: :lol:
Les rayons pâles du matin accrochaient ses boucles blondes et il marchait les mains dans les poches en sifflotant,
il me fait tellement kiffer Will je l'aime trop, c'est le plus chill quoi :lol:
Mais Rachel… Les oracles…
- Ma mère est venue me visiter, lâcha-t-elle. J’ai une prophétie.

-Mais Macron, le couvre-feu...
- J'ai un billet de train avant 18h, lâcha-t-elle. J'ai une attestation.

Par contre tu nous as fait un anglicisme toi :lol: :lol: "est venue me visiter" eh oh :lol:
mais qu’il ne venait pas du bungalow d’Apollon. Elle sourit. Il avait encore dû échapper à la vigilance des harpies et de Chiron pour dormir dans celui de Nico.
YYYYYYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHH HAHHAHHAHAHAHAA
il lui fit de la main
les demi-dieux c'est aussi ça, ils font pas du pied, mais de la main
Elle sentit ses joues rougir sans que ça n’est rien à voir avec le froid.
ouuuuuUUUUH y a de la romaaaannnce
Tu sais qu’il va falloir que tu me laisses tranquille avec ce crush idiot… J’avais onze ans.
Ah.
Il dit que ça vient du Tartare et que les âmes l’appellent
les repas doivent être grave fun avec lui

Trop hâte de voir Will dans une quête, je me demande comment il va appréhender ça ! Par contre c'est pas futé quand même, Will va passer son temps à avoir peur pour Nico et inversement.. Les sentiments vont prendre le pas sur la raison et c'est PAS BON dans une quête
Cecil posa sa tête contre son épaule et ses cheveux chocolat lui chatouillèrent le cou.
y aurait pu avoir ambiguïté, mais comme il l'appelle sœurette, c'est pas ouf :lol:


Très bon début, dis donc ça vient rapidement la quête tu perds pas de temps :lol: j'ai trouvé des parties très poétique (description d'Hécate et de ses pouvoirs, descriptions du ciel, le rire de Will et j'en passe) ! Hâte de lire la suite en tout cas ! :D
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Et voilà déjà le chapitre 2 ^^
Mimi merci pour ton commentaire, je suis trop contente de te revoir sur cette histoire vraiment, ça me fait trop plaisir :D Un énorme merci pour ton commentaire !!


Chapitre 2 – La quête de Lou Ellen

S’il y avait bien une chose que Nico détestait plus que de ne pas comprendre une référence de pop-culture, c’étaient les réunions des Conseillers-en-Chefs. Il avait déjà tenté d’y échapper plusieurs fois, mais Chiron était inflexible et Will ne cessait d’affirmer que ça l’aiderait à mieux s’intégrer et à sociabiliser. Pourtant, à l’heure actuelle, Nico avait tout sauf envie de sociabiliser avec les gens présents. Et non, ce n’était pas à cause de sa « mauvaise volonté » habituelle, mais bien à cause du niveau sonore qui ne cessait de monter.
Par-dessus la table de ping-pong, tout le monde criait à tort et à travers pour se faire entendre. Connor Alatir avait même jeté sa bombe de fromage à la tête de Clarisse dont le visage était passé par au moins trois teintes de rouge. Elle devait regretter d’avoir reporté son départ pour l’université de l’Arizona d’une semaine.

- Les enfants, soupira Chiron. Si tout le monde pouvait s’écouter…
- Mais elle n’a pas le droit ! S’écria pour la troisième fois au moins Drew Tanaka dont le mascara rose commençait à couler. Elle ne peut pas partir en quête sans que l’Oracle lui ait donnée une prophétie.
- L’Oracle est cassée, protesta Connor.

Son ton suggérait clairement qu’il prenait Drew pour une idiote et celle-ci le fusilla du regard. Nico hésita une seconde à le corriger, puisque techniquement on ne pouvait pas casser un oracle, juste bloquer son pouvoir ; mais il ne voulait pas relancer un énième débat sur la question. Il aurait aimé que Piper soit là pour assurer son rôle de Conseillère, mais elle était actuellement à Los Angeles même pendant les vacances d’octobre, et en son absence le job était revenu par intérim à Drew.

- En plus, elle a une prophétie, reprit Connor.
- Elle a juste rêvé !
- Par tous les dieux, Drew, je n’ai pas rêvé ! Contra à nouveau Lou Ellen. Ma mère est vraiment venue me visiter.
- Les Dieux ne communiquent plus ! Objecta-t-elle.
- Ils y sont sans doute obligés si les Oracles ne font plus leur boulot, intervint Will distraitement en jouant avec une balle anti-stress qui traînait sur la table. Ce n’est pas normal, il se passe quelque chose…
- Sans blague, Solace ? Railla Clarisse. Perspicace !
- Eh ! Intervint Nico. Je ne crois pas t’avoir entendu proposer quelque chose ?

Will lui adressa un regard reconnaissant alors que Clarisse roulait des yeux.

- Range tes griffes, Di Angelo. Ce n’était pas contre lui, mais on tourne en rond depuis une heure et j’ai une valise à faire pour l’Arizona, dit-elle avant de hausser brusquement la voix. Connor ! Repose cette bombe à fromage ou je te jure que je te passe ma lance à travers le corps, c’est clair ?

Du coin de l’œil, Nico vit Connor abaisser lentement sa main et reposer sa bombe à fromage – qu’il avait récupéré par miracle – avec délicatesse sur la table de ping-pong. Il retint un rictus amusé pour ne pas vexer Clarisse, mais intérieurement il ne pouvait s’empêcher d’être soulagé. Même si Connor ne l’admettait pas, il avait souffert du départ du Travis, et le voir se remettre à faire des blagues avait quelque chose de réconfortant. Du moment que les dites blagues n’étaient pas dirigées contre lui.

- Bien, intervint Chiron de sa voix grave. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que Lou Ellen se doit de partir en quête, ça ne sert à rien de perdre plus de temps. L’Oracle ne délivre plus de prophétie et la parole d’une déesse suffit amplement à mon sens.

Bras croisés sur la poitrine, Drew s’enfonça dans sa chaise, mais se retint de protester.

- Merci Chiron.
- As-tu choisis tes deux compagnons ?

Lou Ellen se mordit la lèvre et Nico sentit un mauvais pressentiment monter en lui en voyant les yeux de la jeune fille glisser vers Will. Instinctivement, il se redressa, les mains crispées sur le bord de la table.

- Je pensais à Will et Connor, dit-elle. S’ils acceptent…
- Une quête dangereuse pour retrouver les torches d’une déesse victime de vol ? Lança Connor. J’en suis ! D’habitude, c’est moi qui vol, ça changera un peu.
- Tu sais qu’il faudra rendre les torches à la fin, pas vrai ? Dit Drew, acerbe. Enfin, si tu ne meurs pas en route dans d’atroces souffrances.
- Ton inquiétude me touche, Tanaka.

Il lui adressa un sourire effronté en prime, ce qui parut faire encore plus agacer la fille d’Aphrodite. Nico déglutit. Les états d’âme de Drew étaient bien la dernière de ses préoccupations. Will en revanche… Il était penché vers Lou Ellen et chuchotait frénétiquement, comme s’ils préparaient déjà une stratégie ensemble et Nico aurait voulu pouvoir énumérer pourquoi les mots Will et quête dans une même phrase étaient une mauvaise idée. Rationnellement, Nico savait que Will savait se battre. Il s’était même déjà battu, il avait participé à la Bataille de Manhattan après tout, et celui qui pensait que le fils d’Apollon était un simple guérisseur regretterait de l’avoir sous-estimé. Nico le savait parfaitement, même s’il était facile de l’oublier tant Will renvoyait l’image d’un jeune homme facile à vivre et posé. Pourtant, pour l’avoir vu se frayer un chemin parmi leurs ennemis lors de la guerre contre Gaïa, Nico ne sous-estimait plus Will Solace depuis longtemps. Malgré tout, ça ne l’empêchait pas de sentir son ventre se serrer en imaginant Will et sa compassion confronter à la dureté d’une quête.
Le choix de Lou Ellen ne l’étonnait cependant pas et il se fustigea intérieurement de ne pas l’avoir anticipé. Elle était amie avec Will depuis plusieurs années, ils se mettaient souvent dans la même équipe pour les jeux ou les activités de la Colonie. Quant à Connor, Lou Ellen avait partagé un bungalow avec lui durant presque tous ses étés avant l’année dernière où les Dieux avaient enfin fait le serment de revendiquer leur enfant. En tant qu’indéterminée au bungalow d’Hermès, Lou Ellen s’était presque plus liée à Cecil et les frères Alatir que ses propres frères et sœurs actuels. Nico pouvait compatir à cette sensation, celle de n’être accepté nulle part.

- Faites ce que vous voulez, lança Clarisse, impatiente. Je termine la formation de Sherman comme Conseiller et c’est lui qui devra vous supporter bientôt pendant que je vivrais ma meilleure vie en Arizona. Vous avez de la chance que mon année universitaire commence tard !

A l’autre bout de la table, une lueur s’alluma dans les yeux de Holly et Laurel Victor, les jumelles Conseillères-en-Chef du bungalow 17. Nico devina que leur esprit de compétition avait encore frappé : elles devaient déjà avoir parié laquelle des deux pourrait rendre Sherman Yang fou de rage en première.

- Mais tu viendras nous voir cet été, pas vrai ? Demanda soudain Connor dont la main était toujours posée sur sa bombe à fromage, comme s’il s’attendait à ce que Chiron lui donne l’autorisation de l’utiliser.

Clarisse eut un sourire tordu.

- Pourquoi Alatir ? Je vais te manquer ?
- Disons que je n’aurais plus ma dose de menaces quotidiennes…

Sous le ton railleur de Connor, Nico percevait une vraie nostalgie et il se demanda ce qu’il devait ressentir en voyant un autre pensionnaire partir et avancer. C’était un effet qu’avait eu la fin de la guerre contre Gaïa : plusieurs demi-dieux s’étaient rendu compte qu’ils étaient contre toute attente encore en vie et que cette vie les attendait. Clarisse partait pour l’université à l’image de Travis dont le départ en septembre avait été un coup dur pour Connor même s’ils s’étaient plus ou moins réconciliés depuis grâce à une aventure qui impliquait une descente aux Enfers, des jardins de Perséphone calcinés et une gamine à parapluie jaune (Nico ne voulait plus y penser) ; Piper et Jason étaient repartis pour la côte Ouest pour l’année ; Percy et Annabeth devaient profiter de leur nouvelle vie à New York sans menace divine… En ce moment, c’étaient les vacances d’Halloween et la colonie s’était légèrement remplie, même si ça n’avait rien à voir avec ce qu’elle serait cet été, et c’était peut-être le dernier semblant de « normalité » que Connor allait vivre.

- Bon, revenons au sujet principal, les rappela à l’ordre Malcom. Lou Ellen, répètes-nous exactement les informations que ta mère t’a données.

Droit au but et efficace. Un vrai enfant d’Athéna.

- C’est un peu flou dans mon esprit, avoua-t-elle, l’air agacé contre elle-même. J’ai l’impression qu’elle contournait les ordres de Zeus de ne plus communiquer et le rêve était instable…
- Comme par hasard, siffla Drew.
- Elle a dit qu’elle avait peu de temps pour me parler et que Morphée n’avait pas pu l’aider créer la communication onirique parce que… je ne sais plus qui était agitée en ce moment et donc il était occupé avec des esprits cauchemars.

Nico se redressa. Les esprits cauchemars, il connaissait. Il avait dû en supporter plus d’un lors de son séjour dans l’amphore en bronze lorsqu’il était prisonnier des jumeaux géants Otos et Éphialtès. Il se souvenait encore du nom de leur maîtresse qu’ils lui chuchotaient à l’oreille en même temps que les paroles de désespoir qui avaient failli lui perdre l’esprit…

- Mélinoé, souffla-t-il.

Tout le monde se tourna vers lui. Lou Ellen parut surprise et Will le regarda intensément.

- Oui, c’est ça ! Dit-elle. C’est le nom qu’elle a prononcé. Comment… ?
- Mélinoé est une déesse mineure, expliqua-t-il d’une voix neutre en essayant de refouler ses souvenirs. La déesse des fantômes.
- Glauque, marmonna Holly.
- Trop cool, contra Laurel.

Lou Ellen les ignora et hocha la tête.

- Si elle est instable en ce moment, ça explique que Morphée soit occupé… Peu importe. Ma mère m’a dit qu’on lui avait volé ses torches ! Et sans elles, tout le monde sait qu’elle ne peut plus éclairer les chemins…
- Je ne te crois toujours pas, affirma Drew avec hargne. Comment Hécate aurait pu perdre ses torches, hum ?
- Elle ne les a pas perdus, elles ont été volées, corrigea Malcom. (Il serrait les dents, exaspéré). Essaye de suivre, Drew.
- Mais qui aurait pu les voler ? Demanda Will à voix haute. Je veux dire… Ce sont des attributs puissants, n’importe qui n’aurait pas pu commettre un vol pareil.

Presque instinctivement, plusieurs paies d’yeux glissèrent vers Connor qui serra sa bombe à fromage contre lui.

- Eh ! Protesta-t-il.
- Quoi ? Ton père aurait totalement pu faire ça ! Affirma Holly.
- Pourquoi il aurait eu besoin de torches ?
- Parce qu’elles sont puissantes ? Suggéra Laurel.
- Il a déjà son caducée, je ne vois pas en quoi des torches pourraient lui servir.
- Enfin, il l'a quand tu ne lui voles pas, corrigea Lou Ellen.

Nico lui accorda ce point intérieurement. Il n'oubliait pas le coup d'éclat de Travis et Connor il y a quelques semaines quand ils avaient volé le caducée de leur père. Pourtant, Connior n'avait pas tort. S’il s’agissait d’un vol entre dieux, Hécate l’aurait su et l’aurait dit à Lou Ellen. Les sourcils froncés, il demanda :

- Et est-ce qu’elle t’a dit qui aurait pu la voler ?
- Oui… Elle a parlé de… rah ! (Lou Ellen porta la main à ses tempes). Si ! Elle a dit que ses descendantes étaient responsables !
- Quoi ? Ses enfants ? Fit Malcom. Des demi-dieux seraient responsables ?
- Quelqu’un de la Colonie ?
- Des Romains à coup sûr ! Lança Holly.

Lou Ellen donna un coup sur la table pour faire cesser les commentaires. Sous ses airs d’adolescente branchée, elle pouvait être terriblement intimidante avec ses yeux verts intenses.

- Pas un demi-dieu, non. Elle a dit que ses descendantes se prétendaient magiciennes et tenaient leur pouvoir d’Hécate.
- Les possibilités sont multiples, dit Malcom. L’histoire regorge de magiciennes…
- On verra plus tard ! Embraya Connor, visiblement peu désireux de s’étendre sur un obstacle. Quoi d’autre ?
- On doit rapporter les torches avant la prochaine lune noire.

Nico retint un grognement. Il ne comprenait pas pourquoi les Dieux aimaient donner des dates limites avec souvent des délais impossibles. Ils ne pouvaient pas avoir tout leur temps pour une fois ? En plus, contrairement à ce que la moitié des pensionnaires devaient croire, il n’aimait pas les lunes noires : certes, les ombres proliféraient et il pouvait s’y glisser sans effort ; mais les Enfers s’agitaient aussi et les âmes étaient intenables.

- Génial, un obstacle supplémentaire, maugréa Connor. Et c’est quand la prochaine ?
- Le 31… répondit Lou Ellen.

Clarisse éclata d’un rire cynique.

- Pour Halloween ! Hécate a de l’humour !
- Je meurs de rire.
- J’espère bien, marmonna Drew.
- Je t’ai entendu, Tanaka.

Avant que Connor et Drew aient pu sauter par-dessus la table pour se battre à coup de tube à mascara rose et de bombe à fromage, Chiron se racla la gorge. Nico commençait à avoir la migraine.

- Je pense qu’il est temps de mettre un terme à cette réunion, annonça Chiron. La question est réglée : Lou Ellen peut partir en quête avec Connor et Will dès ce soir et…
- Eh attendez ! Protesta Nico. On n’a pas dit ça !
- Nico, répliqua Will fermement.
- Will, dit-il sur le même ton.

Ils se défièrent du regard. Et à ce petit jeu, Nico savait très bien qu’il gagnait. Il était de toute façon hors de question qu’il laisse partir Will sans lui, surtout avec Connor Alatir et sa bombe à fromage comme seule protection.

- Eh les amoureux, vous ne voulez pas régler ça après, lança Holly. Je meurs de faim.
- Non, dit Nico d’un ton sans appel.

Il fit tourner sa bague tête de mort autour de son doigt et Holly frissonna, ravalant sa protestation. Laurel se rapprocha d’elle, pâle. Nico se rendit alors compte que la température avait chuté et qu’une aura froide se diffusait de son corps. Il serra les poings. Pas étonnant que les autres se sentent mal à l’aise en sa présence, mais il n’arrivait pas à endiguer les vagues de pouvoirs qui émanaient de lui sous cette forme. Il avait aussi encore du mal à s’habituer à ce terme… « Amoureux ». Il baissa la tête pour éviter le regard des pensionnaires autour de lui. Il y a encore quelques mois, il aurait refusé d’entendre le mot. Même si le sentiment de honte qui le brûlait au creux de sa gorge s’était atténué, il n’avait pas complétement oublié ce que disait les enfants du quartier quand il était petit, ni le prêtre de l’église… Il n’avait pas oublié ce que proclamait le gouvernement de Mussolini sur les gens comme lui. Will avait été d’une patience infinie.
Durant les trois jours passés à l’infirmerie avec lui, Nico avait découvert en Will un garçon passionné, buté, drôle et surtout doté d’un calme à toute épreuve. Il lui devait la vie plus d’une fois. Le premier jour, il avait manqué de se dissoudre dans les ombres, comme un contre-coup de la bataille. Will l’avait ramené au dernier moment, chancelant. Puis, petit à petit, il ne l’avait plus lâché. Comme le soleil dont il était impossible d’arrêter l’éclat, Will s’était infiltré dans sa vie sans qu’il s’en aperçoive tout le mois d’août. Il lui avait appris ce qu’était Star Wars – Nico avait encore du mal à comprendre comment un robot pouvait parler et l’autre non – et en retour il lui avait montré quelques cartes de Mythomagic qui traînaient dans son bungalow. Will avait évidemment adoré. Et puis début septembre, il avait commencé à être plus frontal dans ses intentions. Nico avait évidemment paniqué.
Il se souvenait encore de sa réaction embarrassante quand Will lui avait pris la main pour la première fois… Par Hadès, il avait fait un bond d’un mètre et s’était écarté comme s’il venait d’être brulé avant de partir en alignant trois mots sans aucun sens. Il avait passé trois heures dans l’arène à mettre à terre quiconque avait le malheur de vouloir se battre contre lui. Sherman Yang devait encore se souvenir de sa râclée.
Le toussotement de Lou Ellen le ramena brusquement à la réalité. Elle remit une mèche de cheveux noire derrière son oreille, gênée, et reprit d’une voix neutre :

- Après… Rien n’empêche Nico de venir avec nous. Plus on sera, plus on aura de chance de retrouver les torches et son aide pourra être précieuse…
- Il faut être trois pour une quête, objecta Drew.
- De façon classique, oui, mais on a déjà eu des exceptions… Enfin je veux dire, ils étaient littéralement sept cet été contre Gaïa, non ?

Drew pinça les lèvres.

- C’était exceptionnel. Et ça faisait partie de leur prophétie.
- Oh arrête, gronda Connor. Des torches d’Hécate volées, j’appelle aussi ça quelque chose d’exceptionnel. (Il leva sa bombe à fromage comme pour apporter du poids à ses propos). En plus, nous aussi on était plusieurs le mois dernier pour retrouver Alice aux Enfers !
- Une quête non autorisée avec une fille qui n’était même pas de la Colonie, rappela Drew, venimeuse.
- Dylan est une Sang-Mêlée.
- Une fille des Enfers.
- Quelque chose contre les enfants des Enfers, Drew ? Rétorqua brusquement Will d’une voix dure.

Il avait lâché sa balle anti-stress et la dévisageait, les mains à plat sur la table de ping-pong. Son visage était mortellement sérieux. Nico retint un sourire.

- Non… marmonna Drew. Même si tu aurais sérieusement besoin d’un relooking, Nico.

Nico baissa les yeux sur son t-shirt noir des Ramones, un groupe de rock que Will lui avait fait découvrir le dernier jour de son séjour à l’infirmerie. Il fronça les sourcils.

- Je ne vois pas le problème… marmonna-t-il.

Il repensa à son horrible chemise à fleurs hawaïenne qu’il avait dû porter lors de son voyage avec Reyna et Monsieur Hedge. Plus jamais de relooking, pensa-t-il soudain avec gravité.

- Moi j’aime bien son look, commenta Connor. Plus que ton mascara rose en tout cas.
- Très bien, intervint Chiron avant que Drew n’ait pu s’insurger. Ça suffit ! Revenons à la quête.

Le vieux centaure avait l’air de vouloir prendre trois aspirines et dormir plusieurs heures. Nico le comprenait. Les réunions de Conseillers étaient vraiment épuisantes et il aurait tout donné pour être dans l’arène et se battre en duel plutôt que de devoir subir encore les débats stériles autour de cette maudite table bleue.

- Lou Ellen, ma chérie, reprends.
- Merci Chiron, dit-elle. Comme je disais, je pense que Nico pourrait venir avec nous. J’ai repensé à quelque chose au petit déjeuner ce matin. Je n’y pensais plus, mais ma mère m’a dit une dernière chose avant que la communication onirique ne soit coupée… « Un héros pour un ennemi ».
- Formidable ça, railla Drew. On ne sait pas combien d’ennemis il y a !

Malcom se tortilla sur sa chaise et Will lui coula un regard en biais. Il soupira.

- Elle n’a pas tort, concéda-t-il à regret. On ne sait rien de précis sur les ennemis que vous allez affronter, ni combien ils sont… Votre quête peut dépendre de ça, on ne peut juste pas vous laissez partir au hasard.
- Ca ne serait pas la première fois pourtant, observa Clarisse.

Sa lance posée contre le mur, elle s’était accoudée à la table et jouait avec le bord du bandana noué autour de son poignet. Nico se fit la remarque qu’elle avait l’air étonnement mature au milieu d’eux tous et il ne pensait pas un jour employer cet adjectif pour décrire Clarisse La Rue. Du haut de ses presque dix-huit ans, Clarisse avait vécu bien des épreuves, subies bien des quêtes et des pertes… Elle en portait le poids sur les épaules, même si une certaine sérénité toute guerrière se dégageait d’elle.

- Justement, reprit Lou Ellen. Je sais combien il y aura d’ennemis. La prophétie l’indique : « Du feu des chemins croisés / Les mains des cinq ennemis se sont emparés / Jusque dans les terres anciennes / Iront la fille de la magicienne / Et ses compagnons pour abattre / Les voleurs de l’âtre ». Cinq ennemis ! Donc je peux prendre Connor, Will et Nico avec moi. Même Cecil. On serait cinq !
- Est-ce qu’on est sûr que c’est une vraie prophétie, douta Drew. Tu n’as rien de plus précis qu’un rêve ?

Lou Ellen la fusilla du regard.

- Non, Drew, cracha-t-elle.

Au bout de ses doigts, des étincelles crépitèrent. La fille d’Aphrodite garda le silence.

- Si Rachel fonctionnait, on pourrait en avoir le cœur net, grommela Damien White, le Conseiller des Némésis au bungalow 16.
- Ce n’est pas Rachel le problème, contesta Will. Ce sont les oracles. Quelque chose cloche avec mon père…
- Le soleil est toujours là au moins, dit Holly.

Will fronça les sourcils et se remit à jouer avec sa balle anti-stress.

- Ca ne veut rien dire, marmonna-t-il. Il…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. La porte de la pièce s’ouvrit à la volée et Nico attrapa le pommeau de son épée en fer stygien par réflexe. Deux personnes manquèrent de s’étaler par terre dans leur élan et s’accrochèrent à la poignée de la porte pour éviter la chute.
Devant eux se tenaient désormais un garçon à la peau sombre et aux nattes formant des motifs alambiqués sur son crâne, et une fille rousse aux pointes vertes dont le visage était constellé de tâches de rousseur. Nico relâcha sa prise sur son épée.

- Kayla, Austin ! Gronda Chiron. La réunion des Conseillers n’est pas terminée, vous…
- On sait Chiron ! Désolée ! Interrompit Kayla, la voix empressée. Mais un mail vient d’arriver. C’est Rachel !
- Quoi ? Mais… Comment avez-vous eu accès au mail ?

Austin baissa les yeux. Kayla déglutit.

- On… Enfin… C’est Alice ! Dénonça-t-elle. Elle voulait qu’on change le fond d’écran pour mettre une photo de Monsieur D, histoire de rigoler…
- Très amusant, rétorqua Chiron d’un ton qui indiquait tout le contraire.

Kayla rougit. Nico se retint de rouler les yeux. S’il avait eu peur qu’Alice Miyazawa ne se réintègre pas bien après sa mésaventure aux Enfers, il ne se faisait désormais plus aucune inquiétude.

- Bref… continua Kayla. On a vu le mail. C’était Rachel. Elle disait que ses visions étaient complètement bloquées mais qu’elle avait eu un pressentiment et elle ne savait pas si c’était important mais dans le doute elle préférait nous en parler…
- Et quel était ce pressentiment ?

Austin prit le relais :

- Elle a simplement « vu » le chiffre cinq. Et une colombe. Elle n’en sait pas plus.
- Le cinq et une colombe ? Répéta Laurel, perplexe. En quoi ça peut…

Mais Malcom s’était redressé. Ses yeux gris brillaient fiévreusement, comme si les plans de construction de la tour Eiffel venaient de lui être dévoilés. Nico pensa à Annabeth et elle lui manqua soudainement. Rien de tel que d’avoir Annabeth Chase à ses côtés pour résoudre des énigmes.

- Je crois que je comprends, déclara Malcom, solennel.
- Ah bon ? Lâcha Connor. Tu comprends quoi ?
- On se demandait combien vous deviez être dans cette quête, non ? Rachel a donné la réponse !

Lou Ellen roula les yeux.

- On avait la réponse, c’était dit explicitement dans la prophétie et l’indice que ma mère a donné !
- Et Lou Ellen a choisi Cecil, rappela Will.

Nico secoua la tête. Comme Malcom, il avait compris l’indication de Rachel, même s’il pria intérieurement pour que l’issu se révèle différente de ce qu’il imaginait. Il ne supporterait pas de partir en quête avec elle.

- Pas n’importe qui, intervint-il. Vous avez entendu le message : une colombe. Le symbole d’Aphrodite.
- Il a raison, approuva Malcom. La cinquième personne doit être du bungalow 10.

D’un même mouvement, tous les regards pivotèrent cette fois vers Drew. Elle semblait jubilée sur sa chaise et un sourire triomphant étirait ses lèvres. Nico échangea un regard désespéré avec Will. Il pouvait peut-être ouvrir une faille qui aspirerait Drew aux Enfers le temps de la quête… Personne n’aurait rien à y redire… Comme s’il avait deviné ses pensées, Will sourit avant de lui envoyer un regard sévère. Message reçu : « j’aimerais bien que tu le fasses, mais je suis médecin et je ne le recommande pas. Tiens-toi tranquille, Di Angelo ».

- Il semblerait qu’on parte tous ensemble, dit-elle.
- Comment ça ? Rétorqua Connor. Hors de question. Plutôt avaler le fromage et la bombe aussi. (Il secoua la tête). Tu n’es pas la seule du bungalow d’Aphrodite, il me semble. On n’est pas obligé de te choisir toi !
- Je suis la Conseillère-en-Chef.
- Et alors ? (Il lança ses bras au ciel, exaspéré). Tu l’es par intérim en plus ! Piper est la vraie Conseillère !
- Piper est chez les Romains au lieu de nous aider, contra-t-elle, acerbe.

Nico se crispa.

- Elle est en Californie pour être avec son père, rétorqua-t-il durement. Et je te rappelles que le Camp Jupiter est notre allié.
- Facile à dire pour toi, t’as joué le double espion pendant des…
- Drew ! Coupa Will. De la part de tout le monde : la ferme.

Un silence abasourdi suivi l’invective de Will. Nico lui-même resta immobile, surpris. Will perdait rarement son calme et sa bonne humeur. Il pouvait affronter les épreuves qui se dressaient devant lui avec optimisme. Un canoé qui se retourne sur le lac ? Pas grave ! Il faisait chaud. Un combat perdu à l’arène ? Aucun problème ! C’était une leçon pour s’améliorer ! Un cauchemar qui l’assaillait à cause du problème des oracles ? Peu importe ! Il n’avait qu’à venir dans le bungalow de Nico et lui piquer son lit pour « mieux dormir ». Voir Will aussi sérieux était rare, mais personne ne protesta. Même Chiron ne le reprit pas sur son langage.
Alors que Malcom allait reprendre la parole, sûrement pour désamorcer la tension, quelqu’un d’autre vint toquer à la porte laissée entre-ouverte par Kayla et Austin qui piétinaient toujours sur place.
Une jeune fille d’environ onze ou douze ans passa l’embrasure, timide. Elle se tordit les mains en voyant l’attention se générale se braquer sur elle.

- Lacy, ma grande, s’exclama Chiron avec un sourire. Qu’est-ce qui t’amène ?

Kayla et Austin haussèrent un sourcil de concert, comme s’il s’indignaient silencieusement de ne pas avoir reçu un accueil si chaleureux.

- Je… je… murmura Lacy dévoilant un appareil dentaire.
- Oui ?
- Alice m’a dit de venir… Que ça concernait les enfants d’Aphrodite. (Elle rougit). Mais j’ai sans doute mal compris ou elle me faisait une blague, je ne voulais pas déranger, je suis désolée…

Elle commença à reculer, nerveuse, mais Connor bondit littéralement sur ses pieds, s’étalant à moitié sur la table de ping-pong.

- Non ! Hurla-t-il.

Lacy sursauta.

- N’y penses même ! Persiffla Drew. Regarde-la, c’est une gamine.
- Je prends la gamine plutôt que toi tous les jours, Tanaka !
- Tu n’es pas sérieux ! Elle ne sait rien faire !

Nico reconsidéra vraiment un instant son idée de faille jusqu’aux Enfers.

- Elle sera toujours mieux que toi ! Répliqua Connor avant de se retourner. Lou, je t’en supplie. C’est le destin qui l’envoie !
- Le destin s’appelle Alice alors, se moqua Nico.
- Ce qui revient un peu au même si tu veux mon avis, Di Angelo.

Nico voulait bien le reconnaître. Il fixa Lou Ellen. Elle réfléchissait intensément sous les yeux de tout le monde qui attendait, suspendu à son verdict. Nico joua à nouveau avec sa bague. En réalité, le choix de Lacy ne l’emballait pas énormément : elle était chétive, l’air craintive et était sûrement peu entraînée pour une quête comme celle-ci. Il aurait tout donné pour voir Piper franchir la porte à son tour. Mais il supposait qu’à choisir, il valait mieux Lacy que Drew pour éviter que l’équipe ne s’entretue.

- Je suppose… commença Lou Ellen lentement.
- Oui ?
- Que Lacy pourrait être notre cinquième membre.
- Oui !

Connor accompagna son cri de victoire d’un poing en l’air. Furieuse, Drew se leva et sorti avec fracas en claquant la porte, bousculant Lacy au passage. La pauvre cligna des yeux, perdue. Nico réalisa qu’ils n’avaient pas demandé son avis.

- Bien, c’est réglé dans ce cas, déclara Chiron. Lou Ellen, Connor, Nico, Will et Lacy partiront sous peu pour leur quête et récupérer les torches d’Hécate. Je vous laisse vous préparer. N’hésitez pas à venir me trouver avant de partir. (Il tapa sur la table d’un coup sec). La réunion est terminée.

Tout le monde commença à se lever. Nico allait contourner la table pour rejoindre Lou Ellen et Will lorsqu’une voix s’éleva sur sa droite. Celle de Clovis qui venait visiblement de se réveiller, la trace du bord de table sur la joue.

- C’est fini… ? Balbutia-t-il.
- Eh oui mon vieux ! Dit Laurel.
- Et on a parlé du changement d’oreiller que les Hypnos réclament depuis août ?

Tout le monde se figea et poussa un soupir en même temps.

- Rectification : la réunion n’est pas terminée, dit Chiron, las. On se remet à sa place, allez !

Nico résista à l’envie de se glisser dans les ombres et se rassit, morose.

**********************************

Verdict ? ^^
Prochain chapitre dans deux semaines!
Mimie99

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Mimie99 »

Coucou!

Je vais essayé de ne pas accumuler de retard ici et de te donner mes commentaires au fur et à mesure plutôt qu'un amalgame :lol: (Comme ce que je suis en train de compiler, lentement, pour ton autre fanfic. On insiste bien sûr sur le « lentement » :roll: :oops: ) Breeef.
Je ne vais pas mentir, mais j'adore l'ambiance des réunions des Conseillers en chef :lol: Et revoir certains personnages que ça faisait beaucoup trop longtemps que je n'avais pas vu :cry: Je ne suis pas nécessairement une fan de Clarisse, mais quand même, ça fait plaisir de la revoir :lol: Et Nico, j'aime bien l'aperçu que l'on a de ta version de lui, ici. :D
Je répète : j'adore la discorde :lol: Bon, je précise que c'est surtout dans des situations comme celle-ci et pas dans toutes :roll:

Oh, mais cette fin :lol: :lol: C'est juste parfait :mrgreen: :lol:
- C’est fini… ? Balbutia-t-il.
- Eh oui mon vieux ! Dit Laurel.
- Et on a parlé du changement d’oreiller que les Hypnos réclament depuis août ?

Tout le monde se figea et poussa un soupir en même temps.

- Rectification : la réunion n’est pas terminée, dit Chiron, las. On se remet à sa place, allez !

Nico résista à l’envie de se glisser dans les ombres et se rassit, morose.
Alors, voilà, c'était un excellent chapitre et j'ai hâte de voir la suite! :mrgreen:

P.S: Entre temps, je vais essayer de lire les chapitres de l'héritage de Ilvermorny :oops: Normalement, je devrais y arriver d'ici le prochain chapitre de la prophétie d'Hécate :roll:
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Hey ! Bon même s'il y a moins de monde ici je suis quand même hyper contente de continuer à vous partager cette fanfiction ! Aujourd'hui, chapitre 3! Et merci à Mimi pour son commentaire, je suis trop contente et j'espère que si tu décides de commencer Ilvermorny ça te plaira ! :D

Chapitre 3 – Une lame à la main

Dans un cliquetis constant, Will fouillait la salle d’armement pour trouver de épées et des poignards en vue sa quête imminente. Il soupesa l’équilibre d’une épée à la lame émoussée dans sa main droite, fit quelques manœuvres avec, puis décida que ça n’allait pas faire l’affaire. Il n’avait jamais vraiment été attiré par les armes blanches. Trop lourdes, trop encombrantes. Même les poignards avaient l’inconvénient de devoir se rapprocher de son ennemi. Depuis son arrivée à la Colonie, Will avait privilégié les arcs et les flèches. Il n’était pourtant pas le plus doué des enfants d’Apollon à cet exercice : Kayla le battait à plat de couture et Michael Yew, son frère ancien Conseiller-en-chef dont il avait pris la succession, n’avait pas son pareil lorsqu’il s’agissait de mettre dans le mille. Avec un pincement au cœur, Will songea à l’arc de Michael, toujours accroché au-dessus de la porte de leur bungalow en signe d’hommage. Les plus jeunes, arrivés après la guerre contre Cronos et la Bataille de Manhattan, demandaient souvent pourquoi cet arc en particulier trônait au mur. Will sentait toujours sa gorge se fermer quand il leur expliquait et encore plus lorsqu’ils hochaient la tête poliment, comme il était d’usage à la mention d’un frère décédé qu’on ne connaissait absolument pas.

- Tu trouves quelque chose ? Fit une voix dans son dos.

Will sursauta.

- Par les dieux, Nico ! Cria-t-il. T’as voyagé par les ombres, c’est ça ?
- Non, je sais juste être discret.

Avec un demi-sourire effronté, Nico s’adossa au mur, juste à côté de la rangée d’épées suspendues, et désigna celle qu’il tenait toujours à la main.

- Pas trop ton style, non ?
- Pas vraiment, admit-il, défait. Mais je me disais qu’il m’en fallait une…
- Pourquoi ? Tu as un ton arc, tes flèches. Ça sera plus utile.

Will reposa l’épée et haussa les épaules.

- Je ne sais pas, c’est assez dur de s’en servir en combat rapproché. Je me disais que si on était plusieurs à en avoir, ça serait sûrement plus sûr. Je veux dire, Lacy et Lou Ellen ne brillent pas par leurs talents d’épéiste et Connor préfère souvent éviter les approches frontales. Si tu te retrouves tout seul à devoir te battre…
- Je m’en sortirai.
- Ton ego est pire que je pensais.

Nico roula des yeux.

- Will, tu n’as pas besoin de devenir le meilleur épéiste de cette Colonie en une nuit juste pour moi. Tout le monde pourra aider, toi compris.
- Comment ? En vous guérissant après les batailles ?
- Est-ce que j’ai dit ça ? Rétorqua Nico. Tu n’es peut-être pas le meilleur archer, mais tu sais encore tirer et viser. Sérieusement, ne t’inquiète pas pour ça.

Mais Will ne put s’empêcher de jeter un dernier coup d’œil aux épées devant lui. Rationnellement, il savait que Nico avait raison. Chacun ses points forts. Ne jamais sous-estimer un demi-dieu. Austin n’en avait pas l’air comme ça, mais son adaptation jazz des Beatles au saxophone pouvait être une arme puissante. Et il supposait que Nico n’avait donc pas tort : son arc et ses flèches étaient des atouts non négligeables qui pouvaient faire des dégâts considérables quand il arrivait plus ou moins à s’en servir. Il suffisait de demander à Connor, la fois où il s’en était pris une dans le pied par mégarde. Pourtant, Will n’arrivait pas à s’enlever de l’esprit qu’il n’était pas aussi utile que quelqu’un comme Annabeth, Percy ou Jason. Pour les avoir tous vu pendant la bataille contre Gaïa, il savait que chacun d’eux pouvait se battre contre plusieurs ennemis simultanément et leur donner du fil à retorde.

- Eh !

Nico claqua brusquement des doigts devant son visage. Will cligna des yeux.

- Je rêve où je dois être l’optimiste de nous deux, Solace ? Qu’est-ce qui t’arrives ?
- Rien, désolé, désolé… T’as raison ! Je vais prendre mon arc et mon kit de secours !
- Mieux.
- Enfin, c’est toi qui insistais pour venir en quête avec moi, ne pût-il s’empêcher d’ajouter. Comme si je ne savais pas me débrouiller.

Il regretta ses mots à peine eurent-ils franchi ses lèvres. Nico recula comme si Will l’avait physiquement poussé et son attitude détendue s’envola aussitôt. Pour un peu, il aurait presque pu voir un mur d’ombre se dresser entre eux tant le visage de Nico se durcit et Will s’en voulut immédiatement.

- Si tu ne veux pas que je vienne, tu n’as qu’à le dire à Lou Ellen, dit-il froidement.
- Nico, non, ce n’est pas…
- Je vais lui dire de me remplacer par quelqu’un d’autre. Laisse tomber.

Il fit volte-face, prêt à s’en aller, mais Will lui saisit le poignet avant qu’il ne soit hors de sa portée. Littéralement et métaphoriquement.

- Arrête, dit-il. Ce n’est pas ce que je voulais dire, tu le sais bien. Je suis tendu, d’accord ? Je sais que je n’en donne pas l’air, mais je le suis. A vrai dire, je ne suis jamais parti en quête. Et Lou Ellen compte sur moi. (Il inspira profondément, son cerveau tournant à mille à l’heure). Je vais devoir aussi laisser l’infirmerie… Je sais, on n’est pas nombreux en ce moment mais quand même… Si quelqu’un tombe, ou se casse un os, ou se blesse sur le mur de lave ou…
- S’embroche sur une épée ?
- Exactement ! Et… (il s’interrompit lui-même et dévisagea Nico). Tu te moques de moi, là ?

Malgré ses efforts, Nico ne parvint pas à réprimer un rictus.

- Will, au risque de révéler le secret le mieux gardé de cette Colonie, tu n’es pas leur mère. Ils peuvent se débrouiller sans toi.
- Tu crois ?
- Non. Mais dis-toi au moins que Connor sera avec nous, ce qui minimise les risques.

Will émit un rire étouffé. Fatigué, il laissa son front reposer contre l’épaule de Nico, leur corps si proche qu’il pouvait le sentir respirer. Respirer était un bon signe pour Will : c’était synonyme de vie. Pendant une seconde, Nico se raidit puis il se détendit. Il avait fallu des semaines pour qu’il soit à l’aise avec les contacts physiques. Will soupçonnait que c’était dû à deux choses : la première, assez évidente, était que Nico n’avait simplement pas l’habitude et avait vécu seul, isolé des autres, bien trop longtemps ; et la seconde était lié à son habitude de se fondre dans les ombres. A force de dématérialiser son corps ainsi, les sensations physiques pouvaient en être altérées.

- Ce n’est pas ce que je voulais dire, tu sais, souffla-t-il. Pendant la réunion. Je veux que tu viennes avec nous.
Nico déglutit.
- Tu n’avais pas le choix de toute façon, répondit-il. Mais après, je suis sûr que Drew serait ravie de prendre ma place.
- N’y penses même pas, Di Angelo.

Lentement, il releva la tête. Nico ne s’écarta pas et Will lui en fut reconnaissant. De près, il distinguait les nuances sombres dans ses yeux et il s’émerveilla à nouveau en constatant à quel point les orbes des enfants des Trois Grands pouvaient refléter leur parent divin. Pour avoir soigner Percy un nombre incalculable de fois, il savait que ses prunelles prenaient souvent la couleur de l’océan, tandis que celles de Jason viraient parfois au bleu d’un ciel d’été ou d’un ciel d’orage selon les circonstances. Nico ne faisait pas exception. Le noir de ses yeux paraissait se mouvoir comme de l’encre… Non, se corrigea-t-il mentalement, comme les eaux du Styx. Du moins, les eaux du Styx telles que Will se les imaginait.
Sans réfléchir, il se pencha en avant, et embrassa Nico. Il le sentit se tendre à nouveau, mais au moins il ne s’écarta pas, même si n’importe qui pouvait entrer dans l’armurerie et les surprendre. Will envoya une prière mentale à son père pour éviter que ça n’arrive : Nico en serait traumatisé pour trois ans minimum. Pourtant, ce fut lui qui attira Will un peu plus contre lui et il se laissa faire. Ses mains vinrent se glisser sur les hanches de Nico. Il le savait par expérience, embrasser pouvait être déstabilisant au début : trop physique, trop détaché… Un baiser se jouait au-delà des lèvres, c’étaient les corps qui se retrouvaient, et il l’avait très vite mis en pratique avec Nico. Il supposa qu’il avait bien fait car une seconde plus tard, il le sentit passer une main sur le côté de son visage, contre son cou, jusqu’à son épaule, comme s’il lui interdisait de se dégager. Will approfondit le baiser.
Au bout de longues secondes, il dû pourtant s’écarter, haletant. Les yeux de Nico s’étaient réduits à une tête d’épingle. Il ouvrit la bouche deux fois, incapable de trouver les mots, puis se râcla la gorge.

- Désolé, marmonna-t-il, j’en avais envie je crois…
- Hum… fit Nico.

Il avait les lèvres rouges. Will eut envie de l’embrasser à nouveau, mais ce fut Nico qui reposa ses lèvres contre les siennes un court instant.
Will allait à nouveau l’attirer contre lui lorsque Nico se recula, hagard une seconde, puis une lueur déterminée s’alluma dans ses yeux. Il tendit le bras et attrapa l’épée la plus proche avant de la lui tendre.

- Tu sais quoi ? Dit-il d’une voix encore mal assurée. On va quand même t’entraîner un peu avant de partir.
- Quoi ?
- Tu disais que tu ne voulais pas être inutile, c’est ça ? Même si je pense que ton arc te suffit, on va faire en sorte que tu saches un minimum te battre avec.
- Je sais déjà… Chiron m’a entraîné comme les autres, tu sais.
- Lame vers l’avant, garde vers l’arrière.
- Nico !

Will voulut à nouveau objecter, puis il se rappela ses propres paroles. Après tout, il l’avait voulu et rien ne valait un des meilleurs épéistes de la Colonie comme prof. Surtout si le dit prof était sexy dans son jean noir et son t-shirt des Ramones.

- Allez Solace !

Des deux mains, Will empoigna son épée. Il ne savait pas si Nico avait fait exprès, mais celle qu’il avait prise était bien mieux équilibrée que la précédente. Inspirant profondément, Will se mit en position. Autour d’eux l’armurerie était assez vaste et ils arriveraient à se mouvoir sans problème, même si l’espace ne valait pas l’arène de combat. Ça serait sûrement un bon exercice pour des futurs affrontement en lieu clos. D’un geste maîtrisé – et un peu frimeur aussi sans doute – Nico fit tournoyer son épée en fer stygien qui jeta une lumière crue sur les angles de son visage. Il attaqua en premier.
Will eut le temps de lever sa nouvelle arme avant que leurs lames ne s’entrechoquent dans un bruit sourd. Il se sentit horriblement gauche, mais il n’eut pas le temps de s‘appesantir sur ce sentiment que Nico revenait à la charge. Pour quelqu’un de si frêle, il était rapide. Will, au contraire, avait l’habitude de viser et d’être stable sur ses pieds pour tirer. Un combat de la sorte demandait d’autres aptitudes, comme celles de se déplacer constamment tout en maintenant sa garde et en attaquant l’adversaire. Nico visa son flanc gauche et Will riposta par une des premières bottes que Chiron lui avait apprises. Le fils d’Hadès la bloqua avec une facilité insultante.
Les bras tremblants, Will tenta de se décaler sur le côté, mais Nico le suivit et ils tournèrent en arc de cercle, face à face. A nouveau, Nico lança l’offensive. Will se laissa glisser au sol pour éviter le coup, puis roula sur lui-même. Il essaya de faucher les jambes de Nico, mais celui-ci sauta au dernier moment. Son corps décrivit un retourné et il se campa sur ses pieds, l’épée au clair. Will se releva. Impatient, il repoussa ses boucles blondes qui lui revenaient sur le front. Nico suivit son geste des yeux. Il espérait l’avoir un minimum déconcentré, mais Nico lui donna tort une seconde plus tard en visant son buste. Will se plaqua contre le mur. Déterminé à ne pas se faire balader de bout en bout, il joua le tout pour le tout et se jeta en avant de manière peu conventionnelle. La manœuvre déstabilisa assez Nico pour qu’il perde l’équilibre et recule de plusieurs pas, chancelant, avant de remonter sa garde et de parer. Leurs épées se croisèrent à nouveau.
A présent face à face, miroir l’un de l’autre, ils se défièrent du regard. Le fer contre le bronze, les ténèbres contre la lumière, le soldat contre le guérisseur.

- Euh… Vous vous êtes disputés ?

Ils s’écartèrent d’un bond. Connor, qui venait de parler, se trouvait dans l’embrasure de la porte avec Lou Ellen et Cecil, perplexe. Will rougit.

- Non, s’empressa-t-il de dire. On s’entraînait.
- Ah… Bah c’est flippant, commenta Cecil.

Will toussota, gêné, et reposa l’épée à sa place. Nico remit la sienne à sa taille. Il ne commenta pas sa prestation en duel et se contenta de se diriger vers la sortie, le visage neutre.

- Je vais préparer notre départ avec Argus, dit-il. Je vous laisse gérer le reste. On se retrouve après.

Et juste comme ça, il était parti. Will grogna. Le Roi Fantôme, tu parles, songea-t-il. Le Roi de l’Esquive, oui ! En face de lui, Lou Ellen, Cecil et Connor s’approchèrent prudemment en jetant des coups d’œil autour d’eux. En vérité, ils n’avaient pas dérangé grand-chose pendant leur combat. Nico maîtrisait bien l’espace : pas un seul présentoir à épée n’était tombé. Connor attrapa un poignard en bronze qui traînait et le lança en l’air. Il retomba dans la main tendue de Lou Ellen.

- Pas mal, apprécia-t-elle.
- Vous êtes venus chercher une arme ? Demanda Will.
- Non, on est venus manger au restau, se moqua Connor. Apparemment, l’armurerie est recommandée sur Tripadvisor !
- Question idiote, réponse idiote, justifia Cecil face au regard noir de Will.

Il leur accorda le point.

- Bon les gars, allez ! Continua Cecil. Puisque vous êtes décidés à partir sans moi, autant que je vous aide à choisir une arme. Ça me rendra utile.
- Je suis désolée, vraiment, dit Lou Ellen et Will eut l’impression que ce n’était pas la première fois qu’elle s’excusait. J’allais te choisir quand je me suis souvenue qu’on pouvait être cinq, mais le message de Rachel est arrivé… On devait prendre un enfant d’Aphrodite.
- Et soyons honnête, tu n’es pas assez beau pour passer pour l’un d’eux, lança Connor.
- Eh !
- J’aurais quand même préféré Cecil maquillé de la tête au pied plutôt que Drew, affirma Lou Ellen.

Will éclata de rire en s’imaginant le tableau. Il remarqua que Lacy n’était pas avec eux et il se demanda où la petite fille avait bien pu passer. Enfin, petite fille… Elle devait bien avoir douze ans maintenant. Il se souvenait encore de son arrivée puisqu’il l’avait soigné dès qu’elle avait passé la frontière de la Colonie, épuisée et terrorisée après trois jours de poursuite par une Empousa. Elle s’était littéralement écroulée contre lui, une méchante plaie au front, et il l’avait emmené à l’infirmerie pour lui expliquer plus en détails sa nouvelle vie tout en la soignant.

- Et Lacy, où elle est ?
- En train de préparer les vivres en cuisine. Histoire de tenir quelques jours au moins.
- J’espère que ça ne va pas trop la perturber…
- Quoi ? De faire des sandwichs ? Fit Connor en attrapant une lance à la pointe rouillée.
- Non, abruti. Partir en quête.

A côté de lui, Lou Ellen fronça le nez devant une hache plus grosse qu’elle et se dirigea vers les armes plus légères.

- Je pense que ça ira, dit-elle. On sera avec elle pour l’entourer au moins. (Elle plongea la main dans une boîte et en sorti un collier en forme de triple croissant de lune entrecroisé). Oh joli !
- Je ne suis pas sûr que ça aide beaucoup pendant un combat, railla Cecil.

Mais Will s’approcha, intéressé. L’armurerie regorgeait d’armes en tout genre et il savait que même un objet à l’apparence banal pouvait se révéler être tout autre chose. Il attrapa la chaîne argentée entre ses doigts et la leva à hauteur du regard. Les croissants de lune, en bronze céleste, tranchaient avec la couleur de la chaîne mais semblaient presque émettre une lueur fantomatique. Par instinct, Will appuya au centre, là où les trois croissants se rejoignaient. Le collier disparu, remplacé par une longue épée étrange : elle était tricéphale. La lame principale, semblable à celle d’une épée classique, était accompagnée de deux plus petites qui partaient de la garde, comme une sorte de trident. Lou Ellen siffla, impressionnée.

- Qu’est-ce que c’est ? Dit-elle en caressant la lame du doigt. Je n’ai jamais vu une arme comme ça…
- Aucune idée, dit Cecil.

Connor s’approcha et scruta l’épée.

- Je crois que c’est un… (il chercha ses mots). Rah, c’était un nom bizarre… un saï, si je me rappelle bien ! Oui, c’est ça. C’est japonais. Le collier appartenait à une fille de notre bungalow, une indéterminée. Elle avait déjà au moins seize ans quand on est arrivés avec Travis et on ne la connu qu’un été. Elle s’est faite tuée juste après… Mais elle était asiatique et portait toujours ce collier. On a dû le remettre ici quand elle est morte.

Sa voix dérailla une seconde. Parfois, Will oubliait que Connor était le plus âgé de leur petit groupe et qu’il était celui qui avait passé le plus de temps à la Colonie. C’était facile à oublier en vérité : Connor paraissait souvent plus immature qu’eux tous et donc bien plus jeune. Pourtant, il avait presque trois ans d’écart avec eux. A bientôt dix-huit ans, Connor était un des rares pensionnaires aussi âgés qui restaient à l’année. Il était moins seul l’été puisqu’il y avait encore Percy, Annabeth, Clarisse… Mais même eux ne reviendraient sûrement plus aussi souvent. D’ailleurs, il n’était même pas sûr de revoir Clarisse l’été prochain. Quant à Travis, il avait commencé ses études et pris la décision de se calmer après des années de turbulence et de mauvais coups. Will se demanda si Connor arriverait vraiment à suivre le même chemin.

- Maintenant que j’y pense, c’était sans doute une fille d’Hécate, mais on ne le savait pas, reprit ce dernier pensivement.
- Comme moi au début, souffla Lou Ellen.
- Ouais… Mais t’as été une super sœur, soeurette ! Assura Cecil.

Lou Ellen sourit.

- Merci… (Elle appuya sur la garde de l’épée et elle se retransforma en collier). Je crois que je vais prendre ça !
- Bon choix, approuva Will d’un ton docte. Trois lames pour une déesse au visage triple. Jolie symbolique.

Son amie approuva. D’un geste, il lui fit signe de s’approcher et elle s’avança vers lui avant de soulever sa masse de cheveux noirs. Il lui glissa le collier autour du cou et referma la chaîne. Les trois croissants de lune reposaient parfaitement contre sa peau blanche.

- Une arme de trouvée ! Compta Cecil. A qui le tour ?
- Je prendrai mon arc et mes flèches, dit Will.

Son combat avec Nico l’avait finalement conforté dans son idée : les épées classiques n’étaient pas pour lui.

- Connor ?
- Je prendrai mon épée. Simple, fiable, efficace !
- Tout le contraire de toi, se moqua Lou Ellen.
- Eh ! Protesta-t-il.

Il lui donna une chiquenaude sur le front qui la fit loucher et tout le monde éclata de rire.

- Sois sympa avec moi ! Exigea Connor. Je reviens juste de quête et voilà que je repars pour toi. Aucun repos pour les braves ! Aucune stabilité ! Aucune grâce matinée !
- Je crois que l’instabilité c’est ton truc de toute façon, lança Cecil.

Le commentaire se voulait humoristique et leur arracha à tous un sourire, mais celui de Connor se teinta malgré tout d’une certaine amertume.

- Peut-être bien… souffla-t-il.

Will aurait voulu trouver les mots pour le réconforter – de quoi, il ne savait pas vraiment – mais le moment de faiblesse de Connor passa aussi vite qu’il était arrivé. Il secoua la tête, agitant ses boucles châtains, et retrouva son air espiègle de toujours. Will se détendit en écho. Au moins, c’était un spectacle familier qu’il pouvait gérer.

- Bon, on ferait mieux d’y aller non ? Déclara-t-il en frappant dans ses mains. Lacy a peut-être besoin d’aide pour se préparer et il faudrait qu’on parte avant la fin de la journée.
- Et on commence par quoi ? Je veux dire, on sait où on va ? Par où on commence ? Fit Connor, les mains plongés dans les poches de son jean.

Will se tourna vers Lou Ellen et haussa un sourcil en guise de question. Il supposait que sa mère lui avait donné un indice ou qu’elle savait où ils devaient se rendre dans leur recherche des torches, mais elle baissa la tête, ses longs cheveux noirs lui couvrant le visage. Comme elle était petite – elle lui arrivait à peine au menton – il n’arriva pas à lire son expression.

- Justement… dit-elle d’une voix traînante et embarrassée. Je ne sais pas trop en fait…
- Quoi ? S’exclama Connor.

Ses sourcils en accent circonflexes s’envolèrent.

- Je sais, je sais ! Mais ma mère n’a rien dit. Genre, vraiment rien !
- Oh c’est pas vrai…

Ils étaient ressortis de l’armurerie et Will donna un coup dans un caillou devant lui de dépit. Il le regarda rouler au loin.

- Finalement, je crois que je suis content de ne pas faire parti de votre quête, lâcha Cecil. Vous êtes mal barrés !
- Merci, mec, grommela Connor.

Soudain plus moroses qu’avant, ils remontèrent le chemin vers la Grande Maison en silence. Du coin de l’œil, Will pouvait voir la concentration de Lou Ellen et il se doutait qu’elle se repassait sa conversation onirique avec sa mère en boucle pour y trouver une information qu’elle aurait oublié. Il sentit lui-même une migraine germer au niveau de ses tempes. Maintenant qu’il y pensait, il n’avait aucune idée de l’endroit où pouvaient se trouver les torches d’Hécate. Ils n’avaient aucun indice sur ceux qui les avaient dérobés non plus. Si Hécate avait voulu les aider, elle s’était bien loupée.
Sur leur route, ils passèrent devant l’infirmerie et Will fit attendre les autres à l’extérieur alors qu’il y faisait un crochet pour rassembler les fournitures dont il avait besoin. Dès qu’il passa la porte, il fut assailli par une odeur d’herbes médicinales et de désinfectant qu’il appréciait particulièrement. Il savait que beaucoup de pensionnaires ne l’aimaient pas car elle était pour eux synonyme de blessures et de batailles, mais pour lui cette odeur lui évoquait un refuge. L’infirmerie, c’était son domaine. C’était celui où il maîtrisait les choses, où il pouvait aider les autres et être utile, où tout était à sa place et avait une propriété scientifique ou magique à laquelle il pouvait se raccrocher. Will aimait l’infirmerie.
Pendant longtemps, il avait été l’enfant d’Apollon sans trop de talent. Tous ses frères et sœurs brillaient pourtant par leurs dons et leurs aptitudes : briller était une seconde nature quand votre père était le dieu du Soleil. Kayla n’attendait que ses seize ans pour participer au Jeux Olympiques en tir à l’arc, Austin excellait à tout ce qui touchait de près ou de loin à la musique, Lee Fletcher et Michael Yew avaient tous les deux été des combattants et des archers de talents, et il ne parlait même pas des anciens enfants d’Apollon comme De Vinci, Shakespeare ou Apollinaire. Par les Dieux, comment Will aurait pu rivaliser avec celui qui avait peint la Joconde ?
Le pire dans tout cela : il s’était révélé plutôt médiocre en musique, en tir à l’arc ou en art. Un comble ! Au début, il s’était même demandé si Apollon n’avait pas fait une erreur en le revendiquant. Ça aurait bien été son genre après tout. « Oups, mauvais gamin ! Désolé, j’étais distrait par la nymphe qui passait ! Mais non, non, celui-là, c’est pas mon mioche. Impossible ! ». Chaque jour, Will s’était attendu à ce que Chiron vienne le trouver pour lui annoncer la nouvelle. C’était d’ailleurs comme cela qu’il s’était retrouvé à sympathiser avec les Hermès. Il s’était dit, sans doute naïvement du haut de ses neuf ans, qu’il valait mieux qu’il se fasse des amis dans ce bungalow puisqu’il devrait y aller après qu’Apollon se soit rendu compte de son étourderie. Il s’était lié avec Cecil en premier, puis ils avaient admiré les frères Alatir ensemble. Plus âgés, ils leur avaient paru si cools à faire les quatre cents coups et à mettre Annabeth en colère. Petit à petit, Travis et Connor étaient devenus ses amis aussi, même s’ils passaient moins de temps avec eux à l’époque.
Et puis un jour, la fille de leur groupe était arrivée. Il revoyait encore Lou Ellen franchir la barrière magique du pin de Thalia. Elle tremblait comme une feuille et ses yeux grands verts si saisissants s’étaient écarquillés de terreur. Sa cheville cassée soutenait à peine son poids. Du haut de ses dix ans, Will s’était alors donné pour mission de l’aider à atteindre l’infirmerie. Appuyée sur lui, elle avait clopiné tant bien que mal et il était resté avec elle tout le long. Mais Lou Ellen n’avait pas eu de chance : elle était arrivée à la Colonie pile à la fin d’une partie de Capture à l’Étendard et l’infirmerie était bondée. Assise misérablement sur son tabouret de fortune, elle attendait donc qu’un guérisseur s’occupe d’elle, dents serrées.
Ce jour-là, Will avait senti ses pouvoirs réellement s’éveiller pour la première fois. C’était comme si un rayon de soleil bienfaisant s’était infiltré en lui pour ressurgir par ses paumes et, sans savoir comment, il avait pris la cheville de Lou Ellen en coupe entre ses mains instinctivement. Une douce lueur s’était alors diffusée de sa peau vers la fille d’Hécate. En moins de cinq minutes, sa cheville était guérie. Ça avait été une révélation pour Will, mais aussi pour la Colonie. D’un coup, il s’était vu propulser guérisseur, puis trois ans plus tard pensionnaire en charge de l’infirmerie. Il avait cultivé une passion pour la médecine et s’était entraîné sans relâche. Malgré le poids de sa responsabilité, il se sentait utile.

- Bon, Will, tu te grouilles ? Cria brusquement la voix de Connor.

Will s’ébroua et ses souvenirs s’évanouirent. Avec précipitation, il fourra divers baumes, onguents, bandages, carrés d’ambroisie et gourdes de nectar dans son sac à dos ; puis il ressortit au pas de course. Connor claqua de la langue.

- Pas trop tôt !
- Désolé, je voulais être sûr de ne rien oublier. (Il remarqua alors que ses amis n’étaient plus que deux). Où est Cecil ?
- Mort d’attente.
- Connor, réprimanda Lou Ellen en roulant des yeux. Il est reparti dans son bungalow. Julia et Alice ont apparemment mis la main sur un stock de bombes de mousse à raser. Il doit gérer la situation avant d’avoir tout le Camp à dos. Il nous souhaite bonne chance.

Will hocha la tête, déçu de ne pas pu lui avoir dit au revoir. Ils se remirent en chemin et il coula un regard en direction de Connor, soudain suspicieux.

- Une réserve de bombes de mousse à raser, hein ? Dit-il.
- Il est possible que ça soit la mienne, admit-il, un rictus en coin accroché aux lèvres.
- Connor !
- Eh ! Elle date, cette réserve ! On l’avait fait avec Travis après la Bataille de Manhattan. C’était il y a plus d’un an !
- Et tu n’as jamais pensé à t’en débarrasser ? Dit Lou Ellen, moitié amusée, moitié accusatrice.
- Et gâcher un trésor pareil ? Jamais !

Will roula des yeux.

- Il faut grandir à un moment, Connor.

A ces mots, Connor se rembrunit. Will n’insista pas.
Ils étaient tous les trois arrivés en haut de la colline où, comme prévu, Nico les attendait. Il était accoudé contre la camionnette de la Colonie dans laquelle il avait visiblement chargé plusieurs sacs que laissait voir le coffre ouvert. Son épée en fer stygien était toujours pendue à sa taille, mais il en tenait une autre, en bronze céleste, dans sa main et il avait passé sa fameuse veste d’aviateur par-dessus son t-shirt noir. Will fit un effort pour ne pas trop le regarder et tourna son attention sur Lacy qui se tenait à ses côtés. Nico n’était pas le plus grand des demi-dieux, mais à côté de lui Lacy paraissait encore petite. Elle avait troqué sa robe à fleurs de ce matin pour un jean et un pull rose plus pratiques et ses cheveux blonds aux mèches caramel étaient relevés en chignon sur le sommet de sa tête, comme si elle espérait gagner quelques centimètres grâce à lui.
Dès qu’ils arrivèrent à leur hauteur, Nico tendit l’épée en bronze à Connor.

- J’ai été te la chercher, indiqua-t-il. Pour gagner du temps.
- Merci.

Will eut juste le temps de voir le caducée gravé sur la garde de l’épée avant que celle-ci ne se transforme en mousqueton que Connor attacha à sa ceinture d’un geste coutumier.

- Prêts ? Demanda Nico.
- En quelque sorte. Lou ne sait pas où on va.

Les joues de Lou Ellen s’enflammèrent.

- Ce n’est pas ma faute ! Les torches pourraient être n’importe où je te rappelles ! Je n’ai pas de radar intégré. En plus, c’est ton truc les objets volés, non ?
- Ca ne fonctionne pas comme ça, protesta Connor en levant les mains.

Will plaça soigneusement son sac dans le coffre avec le reste des affaires rassemblées par Nico et Lacy. Il était en train de se demander si ça valait bien le coup de partir aujourd’hui sans information lorsque Nico reprit la parole :

- J’ai peut-être une idée de là où on pourrait commencer.
- Sérieux ? Vas-y, parle, petit prince ! Encouragea Connor.

Will n’eut pas besoin de se retourner pour voir le regard noir que Nico dû jeter à Connor. Il ne savait pas bien d’où venait ce surnom, mais d’après ce qu’il avait compris, Connor l’avait trouvé avec Travis et les autres membres de leur quête qui les avait conduits aux Enfers le mois dernier. Une histoire de petit prince des Enfers ou quelque chose comme ça. De toute façon, Will n’avait pas tout à fait digérer le départ brusque de Nico qui, sans prévenir, s’était lancé avec les frères Alatir dans une mission dangereuse. La prochaine fois qu’il avait Travis sous la main, il lui dirait deux mots.

- En fait, c’est Lacy qui a eu l’idée, avoua Nico.
- Oh… c’était juste… enfin juste une suggestion, balbutia-t-elle quand ils la regardèrent tous, surpris.
- On parlait de ton rêve, Lou Ellen, et des paroles d’Hécate. Lacy a suggéré qu’on rendent visite à Mélinoé. Après tout, ta mère l’a évoqué, non ?
- Euh oui, acquiesça Lou Ellen, les sourcils froncés. Mais quel est le rapport avec les torches ?
- Pour l’instant, aucun, admit Nico. Mais Mélinoé sait souvent des choses qui échappent aux autres divinités ou entités mythologiques. Les fantômes font partie de ses émissaires et sont témoins des actes aussi bien sur Terre que dans le monde infernal. Autant commencer avec elle, on pourra peut-être avoir des réponses.

Ils échangèrent tous un long regard interrogateur, mais ils laissèrent Lou Ellen prendre la décision. Finalement, elle hocha la tête.

- C’est un plan ! Dit-elle avec fermeté. Allez, en route. Où est Argus ?

Lacy se mordit la lèvre.

- Il est parti chercher une livraison de Coca Light pour Monsieur D.
- Pardon ? S’exclama Will.
- Donc Chiron nous a confié l’autre camionnette du Camp, dit Nico. Vous saviez qu’il y en avait plusieurs, vous ?

Will songea qu’il aurait dû le savoir, mais il l’apprenait. Anxieux, il lorgna le volant, puis leur petit groupe d’ados.

- Qui va conduire ? Demanda-t-il, circonspect.
- Techniquement, je sais conduire, fit valoir Connor. Travis m’a appris sur un parking vide et j’ai déjà pratiqué à la ferme chez mon grand-père.
- Techniquement ? Répéta Lou Ellen.
- Bah, je n’ai pas encore mon permis à proprement parler, mais…
- Non, coupa Will, catégorique.

Il refusait de montrer dans une voiture conduite par un fils d’Hermès sans permis. Plus que tout, il refusait d’y laisser Lacy, à peine douze ans, y monter.

- Oh allez, insista Connor.
- Hors de question.
- J’ai presque dix-huit ans.
- Et tu n’as pas de permis.
- Comment tu veux qu’on fasse sinon ?

Nico parut gêné, puis dit visiblement à contre-cœur :

- Je suppose que je peux demander à Jules-Albert.
- Qui ça ? S’enquit Lacy.
- Un cadeau de mon père. Je pense qu’il croyait bien faire. C’est un chauffeur français.
- La classe ! Lança Connor.
- Qui est aussi un zombie.
- Oh non-correction : l’horreur !

Will eut du mal à cacher sa surprise et Lou Ellen grimaça carrément. Lacy blêmit.

- Bon tu préfères quoi, Solace ? Moi ou le zombie ?

Connor le défia du regard. Par-dessus son épaule, Nico lui renvoya un regard d’excuse et Will se reprit immédiatement. Hors de question que Nico se sente mal ou jugé.

- Très bien, accepta-t-il en soupirant. Connor, prends le volant. Mais tu as interdiction de toucher à l’autoradio.

Avec un sourire triomphant, Connor attrapa les clés que Nico lui lança au vol et ils montèrent tous dans la camionnette. Départ pour une quête incertaine en vue de retrouver les torches d’une déesse. Beau voyage en perspective.

Et voilà !
Je préviens juste que je vais changer de jour où je poste. Ca sera désormais le lundi ! Donc on se retrouve pour le chapitre 4 le lundi 8 mars ;)
Mimie99

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Mimie99 »

C'est qui qui n'a pas réussi à faire ce qu'elle avait dit? Moi! :oops: :roll: J'avoue qu'entre temps j'ai commencé des cours de guitare en ligne, alors j'ai été un peu préoccupée par autre chose :roll: Mais bref, rassure-toi j'en ai lu quelques uns des chapitres d'Ilvermorny et c'est vraiment super! Seulement, je vais publier tous les commentaires pour tous les chapitres en même temps (dès que je vais m'y remettre, un de ces jours)

Mais... ce n'est pas pour parler de ça que je suis venue ici!

Quand même! Je ne vais quand même pas faire un commentaire ici sans même parler du chapitre en lui-même! Ça serait débile de ma part! :lol: Alors, ce chapitre... Déjà, il était génial, comme d'habitude! Rien de surprenant là-dedans :D Ensuite, je dois dire que j'ai aimé avoir le point de vue de Will ce coup-ci et le combat avec Nico, c'était vraiment cool. Et on va pas se le cacher, mais la réaction des autres était tout particulièrement hilarante :lol:

Et le fait que Lou Ellen n'a aucune idée de l'endroit où ils doivent se rendre pour leur quête, c'est juste magique :lol: Parce que d'habitude ils ont toujours une vague idée d'où commencer, mais là c'est le néant total :lol: D'un autre côté, comme c'est la « première » quête qui est donnée sans un oracle, je dirais que ça fait presque du sens qu'il manque des bouts importants (comme celui-là :lol: )

Et on ne parlera même pas de la partie du « qui va conduire? ». Connor et son « je sais techniquement conduire », c'était juste parfait :lol: J'ai vraiment hâte de voir ce que ça va donner et j'espère pour eux qu'ils ne se feront pas arrêter par la police :roll: :lol: En tout cas, j'ai eu bien du plaisir à lire ton chapitre! Et j'ai hâte au suivant!

Cette fois, je vais vraiment essayer de m'avancer le PLUS possible dans Ilvermorny, d'ici la sortie du prochain chapitre de la Prophétie. Si j'étais douée pour gérer mon temps, j'en serais sans doute capable, mais... bref. :roll:

On se revoit au prochain chapitre, ou avant! :mrgreen:
Charmimnachirachiva

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Charmimnachirachiva »

Hello !
C'est une super fanfic que tu nous fait là !
Je suis un peu moins calée en PJ (j'ai un peu oublié, ça fait quelque temps que je les ai lus...) mais j'aime beaucoup l'univers, alors j'adore les fanfic dessus ! En plus tu m'as redonné envie de les lire ! :D
Tout ça pour dire que ta fanfic est trop bien ! J'adore le solangelo (ils sont trop choupi !)!!!!
Et ça fait plaisir de revoir Connor :D :D :D (il est génial !) :lol:
J'aime bien Lou Ellen aussi ! (je sais même pas trop pourquoi, juste elle a l'air sympa !)
Et je trouve que les torches d'Hécate qui disparaissent c'est très bien trouvé !
Est-ce que je pourrais être prévenue s'il te plait ? 8-)

Ps : j'ai lu le dernier chapitre d'Ilvermorny, faut absolument que j'aille le com
Florance

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Florance »

Pas de long commentaire, mais je voulais passer dire que j'adore ce début. Ça fait longtemps que je n'ai pas revu tout ce beau petit monde et ça donne envie de tout relire.
Perripuce

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Perripuce »

annabethfan a écrit : mer. 24 févr., 2021 7:27 pm Hey ! Bon même s'il y a moins de monde ici je suis quand même hyper contente de continuer à vous partager cette fanfiction ! Aujourd'hui, chapitre 3! Et merci à Mimi pour son commentaire, je suis trop contente et j'espère que si tu décides de commencer Ilvermorny ça te plaira ! :D

Chapitre 3 – Une lame à la main

Dans un cliquetis constant, Will fouillait la salle d’armement pour trouver de épées et des poignards en vue sa quête imminente. Il soupesa l’équilibre d’une épée à la lame émoussée dans sa main droite, fit quelques manœuvres avec, puis décida que ça n’allait pas faire l’affaire. Il n’avait jamais vraiment été attiré par les armes blanches. Trop lourdes, trop encombrantes. Même les poignards avaient l’inconvénient de devoir se rapprocher de son ennemi. Depuis son arrivée à la Colonie, Will avait privilégié les arcs et les flèches. Il n’était pourtant pas le plus doué des enfants d’Apollon à cet exercice : Kayla le battait à plat de couture et Michael Yew, son frère ancien Conseiller-en-chef dont il avait pris la succession, n’avait pas son pareil lorsqu’il s’agissait de mettre dans le mille. Avec un pincement au cœur, Will songea à l’arc de Michael, toujours accroché au-dessus de la porte de leur bungalow en signe d’hommage.Non mais je te l'ai déjà dit mais je trouve fascinant la façon dont les fantômes pèsent sur les pensionnaires. Ils ont tous perdu quelqu'un, presque. Les plus jeunes, arrivés après la guerre contre Cronos et la Bataille de Manhattan, demandaient souvent pourquoi cet arc en particulier trônait au mur. Will sentait toujours sa gorge se fermer quand il leur expliquait et encore plus lorsqu’ils hochaient la tête poliment, comme il était d’usage à la mention d’un frère décédé qu’on ne connaissait absolument pas. Il est la mémoire de son bungalow ... ça me rappelle la phrase d'Interstellar "les parents sont des fantômes pour leurs enfants", aussi dans le sens où ils préservent la mémoire des anciens en fait, c'est un peu ça

- Tu trouves quelque chose ? Fit une voix dans son dos.

Will sursauta.

- Par les dieux, Nico ! Cria-t-il. T’as voyagé par les ombres, c’est ça ?
- Non, je sais juste être discret.

Avec un demi-sourire effronté, Nico s’adossa au mur, juste à côté de la rangée d’épées suspendues, Non mais rien que ce tableau on bave et désigna celle qu’il tenait toujours à la main.

- Pas trop ton style, non ?
- Pas vraiment, admit-il, défait. Mais je me disais qu’il m’en fallait une…
- Pourquoi ? Tu as un ton arc, tes flèches. Ça sera plus utile.

Will reposa l’épée et haussa les épaules.

- Je ne sais pas, c’est assez dur de s’en servir en combat rapproché Tu sais mon grand, il n'y a pas que le combat rapproché . Je me disais que si on était plusieurs à en avoir, ça serait sûrement plus sûr. Je veux dire, Lacy et Lou Ellen ne brillent pas par leurs talents d’épéiste et Connor préfère souvent éviter les approches frontales sauf contre des statyrs avec une lampe . Si tu te retrouves tout seul à devoir te battre…
- Je m’en sortirai.
- Ton ego est pire que je pensais.

Nico roula des yeux.

- Will, tu n’as pas besoin de devenir le meilleur épéiste de cette Colonie en une nuit juste pour moi. Tout le monde pourra aider, toi compris.
- Comment ? En vous guérissant après les batailles ? J'adore comment tu travailles par touche comme ça toute la vulnérabilité de Will.
- Est-ce que j’ai dit ça ? Rétorqua Nico. Tu n’es peut-être pas le meilleur archer, mais tu sais encore tirer et viser. Sérieusement, ne t’inquiète pas pour ça.

Mais Will ne put s’empêcher de jeter un dernier coup d’œil aux épées devant lui. Rationnellement, il savait que Nico avait raison. Chacun ses points forts. Ne jamais sous-estimer un demi-dieu. Relisons ensemble Percy Jackson 1 où Percy se trouvait nul en tout, sauf en canoé. Austin n’en avait pas l’air comme ça, mais son adaptation jazz des Beatles au saxophone pouvait être une arme puissante Ouh j'aimerais entendre ça !. Et il supposait que Nico n’avait donc pas tort : son arc et ses flèches étaient des atouts non négligeables qui pouvaient faire des dégâts considérables quand il arrivait plus ou moins à s’en servir. Il suffisait de demander à Connor, la fois où il s’en était pris une dans le pied par mégarde. Pourtant, Will n’arrivait pas à s’enlever de l’esprit qu’il n’était pas aussi utile que quelqu’un comme Annabeth, Percy ou Jason. Pour les avoir tous vu pendant la bataille contre Gaïa, il savait que chacun d’eux pouvait se battre contre plusieurs ennemis simultanément et leur donner du fil à retorde.

- Eh !

Nico claqua brusquement des doigts devant son visage. Will cligna des yeux.

- Je rêve où je dois être l’optimiste de nous deux, Solace ? Qu’est-ce qui t’arrives ?
- Rien, désolé, désolé… T’as raison ! Je vais prendre mon arc et mon kit de secours !
- Mieux. Comment il le drive, j'aime trop :lol: :lol: "OH prends les choses en main, vers qui je vais me tourner sinon?"
- Enfin, c’est toi qui insistais pour venir en quête avec moi, ne pût-il s’empêcher d’ajouter. Comme si je ne savais pas me débrouiller.

Il regretta ses mots à peine eurent-ils franchi ses lèvres. Nico recula comme si Will l’avait physiquement poussé et son attitude détendue s’envola aussitôt. Pour un peu, il aurait presque pu voir un mur d’ombre se dresser entre eux tant le visage de Nico se durcit et Will s’en voulut immédiatement.

- Si tu ne veux pas que je vienne, tu n’as qu’à le dire à Lou Ellen, dit-il froidement.
- Nico, non, ce n’est pas…
- Je vais lui dire de me remplacer par quelqu’un d’autre. Laisse tomber. Mais quelle DRAMA QUEEN

Il fit volte-face, prêt à s’en aller, mais Will lui saisit le poignet avant qu’il ne soit hors de sa portée. Littéralement et métaphoriquement.

- Arrête, dit-il. Ce n’est pas ce que je voulais dire, tu le sais bien. Je suis tendu, d’accord ? Je sais que je n’en donne pas l’air, mais je le suis. A vrai dire, je ne suis jamais parti en quête Et puis tu as QUINZE ANS et tu pars en quête, n'importe qui serait destabilisé ! . Et Lou Ellen compte sur moi. (Il inspira profondément, son cerveau tournant à mille à l’heure). Je vais devoir aussi laisser l’infirmerie… Je sais, on n’est pas nombreux en ce moment mais quand même… Si quelqu’un tombe, ou se casse un os, ou se blesse sur le mur de lave ou…
- S’embroche sur une épée ?
- Exactement ! Et… (il s’interrompit lui-même et dévisagea Nico). Tu te moques de moi, là ?

Malgré ses efforts, Nico ne parvint pas à réprimer un rictus. Mais ils sont tellement cute, je meurs je fonds dans mon lit en une grosse flaque de Perri là

- Will, au risque de révéler le secret le mieux gardé de cette Colonie, tu n’es pas leur mère. Ils peuvent se débrouiller sans toi.
- Tu crois ? Le pauvre il porte tellement le point du monde sur ses épaules. Il a le syndrôme du sauveur le pauvre.
- Non. Mais dis-toi au moins que Connor sera avec nous, ce qui minimise les risques.

Will émit un rire étouffé. Fatigué, il laissa son front reposer contre l’épaule de Nico, leur corps si proche qu’il pouvait le sentir respirer. Respirer était un bon signe pour Will : c’était synonyme de vie. Pendant une seconde, Nico se raidit puis il se détendit. Il avait fallu des semaines pour qu’il soit à l’aise avec les contacts physiques. Will soupçonnait que c’était dû à deux choses : la première, assez évidente, était que Nico n’avait simplement pas l’habitude et avait vécu seul, isolé des autres, bien trop longtemps ; et la seconde était lié à son habitude de se fondre dans les ombres. A force de dématérialiser son corps ainsi, les sensations physiques pouvaient en être altérées. Alors j'avais adoré ce détail à ma première lecture et je l'aime encore plus à la seconde. C'est à la fois physique et symbolique cette idée, c'est très beau et ça correspond à ce qu'est Nico !

- Ce n’est pas ce que je voulais dire, tu sais, souffla-t-il. Pendant la réunion. Je veux que tu viennes avec nous.
Nico déglutit.
- Tu n’avais pas le choix de toute façon, répondit-il. Mais après, je suis sûr que Drew serait ravie de prendre ma place.
- N’y penses même pas, Di Angelo.

Lentement, il releva la tête. Nico ne s’écarta pas et Will lui en fut reconnaissant ça peut être violent :lol: :lol: . De près, il distinguait les nuances sombres dans ses yeux et il s’émerveilla à nouveau en constatant à quel point les orbes des enfants des Trois Grands pouvaient refléter leur parent divin. Pour avoir soigner Percy un nombre incalculable de fois, il savait que ses prunelles prenaient souvent la couleur de l’océan, tandis que celles de Jason viraient parfois au bleu d’un ciel d’été ou d’un ciel d’orage selon les circonstances. Nico ne faisait pas exception. Le noir de ses yeux paraissait se mouvoir comme de l’encre… Non, se corrigea-t-il mentalement, comme les eaux du Styx. Du moins, les eaux du Styx telles que Will se les imaginait. Je fonds. Anna', je peux pas répondre à ton vocal, je suis en train de FONDRE.
Sans réfléchir, il se pencha en avant, et embrassa Nico. Il le sentit se tendre à nouveau, mais au moins il ne s’écarta pas, même si n’importe qui pouvait entrer dans l’armurerie et les surprendre. Will envoya une prière mentale à son père pour éviter que ça n’arrive : Nico en serait traumatisé pour trois ans minimum. Je meurs, ce genre de petits détails, c'est si drôle, si Nico, si réaliste, c'est si beau argh Pourtant, ce fut lui qui attira Will un peu plus contre lui et il se laissa faire. Ses mains vinrent se glisser sur les hanches de Nico. Il le savait par expérience, embrasser pouvait être déstabilisant au début : trop physique, trop détaché… Yeaaah des discussions encore qu'on a eues Un baiser se jouait au-delà des lèvres, c’étaient les corps qui se retrouvaient Je meurs quand je retrouve toutes ces réflexions. Apprendre à apprécier un baiser, un guide par Annabethfan. , et il l’avait très vite mis en pratique avec Nico. Il supposa qu’il avait bien fait car une seconde plus tard, il le sentit passer une main sur le côté de son visage, contre son cou, jusqu’à son épaule, comme s’il lui interdisait de se dégager. Will approfondit le baiser. Hé bien il fait chaud par ici ...
Au bout de longues secondes, il dû pourtant s’écarter, haletant. Les yeux de Nico s’étaient réduits à une tête d’épingle Les pupilles elles s'agrandissent ou se rétrécissent dans ce cas là? J'ai toujours un doute. . Il ouvrit la bouche deux fois, incapable de trouver les mots, puis se râcla la gorge.

- Désolé, marmonna-t-il, j’en avais envie je crois… J'ai un putain de gloussement.
- Hum… fit Nico.

Il avait les lèvres rouges. Will eut envie de l’embrasser à nouveau C'est vrai que c'est attirant les lèvres rouges héhé, mais ce fut Nico qui reposa ses lèvres contre les siennes un court instant.
Will allait à nouveau l’attirer contre lui lorsque Nico se recula, hagard une seconde, puis une lueur déterminée s’alluma dans ses yeux. Il tendit le bras et attrapa l’épée la plus proche avant de la lui tendre.

- Tu sais quoi ? Dit-il d’une voix encore mal assurée. On va quand même t’entraîner un peu avant de partir. OK, toi t'as de drôle façon de prouver ton amour.
- Quoi ?
- Tu disais que tu ne voulais pas être inutile, c’est ça ? Même si je pense que ton arc te suffit, on va faire en sorte que tu saches un minimum te battre avec.
- Je sais déjà… Chiron m’a entraîné comme les autres, tu sais.
- Lame vers l’avant, garde vers l’arrière. "Frapper avec le côté pointu"
- Nico !

Will voulut à nouveau objecter, puis il se rappela ses propres paroles. Après tout, il l’avait voulu et rien ne valait un des meilleurs épéistes de la Colonie comme prof. Surtout si le dit prof était sexy dans son jean noir et son t-shirt des Ramones. J"avais oublié cette phrase, je meurs :lol: :lol: :lol: :lol:

- Allez Solace !

Des deux mains, Will empoigna son épée. Il ne savait pas si Nico avait fait exprès, mais celle qu’il avait prise était bien mieux équilibrée que la précédente. Inspirant profondément, Will se mit en position. Autour d’eux l’armurerie était assez vaste et ils arriveraient à se mouvoir sans problème, même si l’espace ne valait pas l’arène de combat. Ça serait sûrement un bon exercice pour des futurs affrontement en lieu clos. D’un geste maîtrisé – et un peu frimeur aussi sans doute – Nico fit tournoyer son épée en fer stygien qui jeta une lumière crue sur les angles de son visage. Avoue Will t'es en train de baver. Il attaqua en premier.
Will eut le temps de lever sa nouvelle arme avant que leurs lames ne s’entrechoquent dans un bruit sourd. Il se sentit horriblement gauche, mais il n’eut pas le temps de s‘appesantir sur ce sentiment que Nico revenait à la charge. Pour quelqu’un de si frêle, il était rapide. Will, au contraire, avait l’habitude de viser et d’être stable sur ses pieds pour tirer. Un combat de la sorte demandait d’autres aptitudes, comme celles de se déplacer constamment tout en maintenant sa garde et en attaquant l’adversaire. Nico visa son flanc gauche et Will riposta par une des premières bottes que Chiron lui avait apprises. Le fils d’Hadès la bloqua avec une facilité insultante. J'adore comment tu écris ça, c'est à la fois, drôle, frai, dynamique !
Les bras tremblants, Will tenta de se décaler sur le côté, mais Nico le suivit et ils tournèrent en arc de cercle, face à face. A nouveau, Nico lança l’offensive. Will se laissa glisser au sol pour éviter le coup, puis roula sur lui-même. Il essaya de faucher les jambes de Nico, mais celui-ci sauta au dernier moment. Son corps décrivit un retourné et il se campa sur ses pieds, l’épée au clair. Will se releva. Impatient, il repoussa ses boucles blondes qui lui revenaient sur le front. Nico suivit son geste des yeux. Il espérait l’avoir un minimum déconcentré, mais Nico lui donna tort une seconde plus tard en visant son buste. Will se plaqua contre le mur. Déterminé à ne pas se faire balader de bout en bout, il joua le tout pour le tout et se jeta en avant de manière peu conventionnelle. La manœuvre déstabilisa assez Nico pour qu’il perde l’équilibre et recule de plusieurs pas, chancelant, avant de remonter sa garde et de parer. Leurs épées se croisèrent à nouveau.
A présent face à face, miroir l’un de l’autre, ils se défièrent du regard. Le fer contre le bronze, les ténèbres contre la lumière, le soldat contre le guérisseur. Mon dieu si tu savais le "AW" que je viens de lâcher. C'est si beau cette phrase !

- Euh… Vous vous êtes disputés ?

Ils s’écartèrent d’un bond. Connor, qui venait de parler, se trouvait dans l’embrasure de la porte avec Lou Ellen et Cecil, perplexe. Will rougit.

- Non, s’empressa-t-il de dire. On s’entraînait.
- Ah… Bah c’est flippant, commenta Cecil. :lol: :lol: :lol:

Will toussota, gêné, et reposa l’épée à sa place. Nico remit la sienne à sa taille. Il ne commenta pas sa prestation en duel et se contenta de se diriger vers la sortie, le visage neutre.

- Je vais préparer notre départ avec Argus, dit-il. Je vous laisse gérer le reste. On se retrouve après.

Et juste comme ça, il était parti. Will grogna. Le Roi Fantôme, tu parles, songea-t-il. Le Roi de l’Esquive, oui ! Mais je meurs franchement, tu veux que je fangirle à chaque phrase? Parce que là, c'est le cas ! En face de lui, Lou Ellen, Cecil et Connor s’approchèrent prudemment en jetant des coups d’œil autour d’eux. En vérité, ils n’avaient pas dérangé grand-chose pendant leur combat. Nico maîtrisait bien l’espace : pas un seul présentoir à épée n’était tombé. Connor attrapa un poignard en bronze qui traînait et le lança en l’air. Il retomba dans la main tendue de Lou Ellen. Comment ils arrivent à faire ça sans se blesser?

- Pas mal, apprécia-t-elle.
- Vous êtes venus chercher une arme ? Demanda Will.
- Non, on est venus manger au restau, se moqua Connor. Apparemment, l’armurerie est recommandée sur Tripadvisor ! C'est avec ce genre de phrase que je suis jalouse, tu l'écris tellement mieux que moi :lol: :lol:
- Question idiote, réponse idiote, justifia Cecil face au regard noir de Will.

Il leur accorda le point.

- Bon les gars, allez ! Continua Cecil. Puisque vous êtes décidés à partir sans moi, autant que je vous aide à choisir une arme. Ça me rendra utile.
- Je suis désolée, vraiment, dit Lou Ellen et Will eut l’impression que ce n’était pas la première fois qu’elle s’excusait. J’allais te choisir quand je me suis souvenue qu’on pouvait être cinq, mais le message de Rachel est arrivé… On devait prendre un enfant d’Aphrodite.
- Et soyons honnête, tu n’es pas assez beau pour passer pour l’un d’eux, lança Connor. Mais voilà :lol: :lol:
- Eh !
- J’aurais quand même préféré Cecil maquillé de la tête au pied plutôt que Drew, affirma Lou Ellen.

Will éclata de rire en s’imaginant le tableau. Il remarqua que Lacy n’était pas avec eux et il se demanda où la petite fille avait bien pu passer. Enfin, petite fille… Elle devait bien avoir douze ans maintenant. Il se souvenait encore de son arrivée puisqu’il l’avait soigné dès qu’elle avait passé la frontière de la Colonie, épuisée et terrorisée après trois jours de poursuite par une Empousa. Elle s’était littéralement écroulée contre lui, une méchante plaie au front, et il l’avait emmené à l’infirmerie pour lui expliquer plus en détails sa nouvelle vie tout en la soignant.

- Et Lacy, où elle est ?
- En train de préparer les vivres en cuisine. Histoire de tenir quelques jours au moins.
- J’espère que ça ne va pas trop la perturber…
- Quoi ? De faire des sandwichs ? Fit Connor en attrapant une lance à la pointe rouillée.
- Non, abruti. Partir en quête.

A côté de lui, Lou Ellen fronça le nez devant une hache plus grosse qu’elle et se dirigea vers les armes plus légères.

- Je pense que ça ira, dit-elle. On sera avec elle pour l’entourer au moins. (Elle plongea la main dans une boîte et en sorti un collier en forme de triple croissant de lune entrecroisé Alors comme ça je vois le signe des soeur Halliwell dans Charmed. ). Oh joli !
- Je ne suis pas sûr que ça aide beaucoup pendant un combat, railla Cecil.

Mais Will s’approcha, intéressé. L’armurerie regorgeait d’armes en tout genre et il savait que même un objet à l’apparence banal pouvait se révéler être tout autre chose. Il attrapa la chaîne argentée entre ses doigts et la leva à hauteur du regard. Les croissants de lune, en bronze céleste, tranchaient avec la couleur de la chaîne mais semblaient presque émettre une lueur fantomatique. Par instinct, Will appuya au centre, là où les trois croissants se rejoignaient. Le collier disparu, remplacé par une longue épée étrange : elle était tricéphale. La lame principale, semblable à celle d’une épée classique, était accompagnée de deux plus petites qui partaient de la garde, comme une sorte de trident. Lou Ellen siffla, impressionnée.

- Qu’est-ce que c’est ? Dit-elle en caressant la lame du doigt. Je n’ai jamais vu une arme comme ça… Moi aussi, tellement que j'ai du mal à visualiser.
- Aucune idée, dit Cecil.

Connor s’approcha et scruta l’épée.

- Je crois que c’est un… (il chercha ses mots). Rah, c’était un nom bizarre… un saï, si je me rappelle bien ! Oui, c’est ça. C’est japonais. Le collier appartenait à une fille de notre bungalow, une indéterminée. Elle avait déjà au moins seize ans quand on est arrivés avec Travis et on ne la connu qu’un été. Elle s’est faite tuée juste après… Mais elle était asiatique et portait toujours ce collier. On a dû le remettre ici quand elle est morte.

Sa voix dérailla une seconde. Parfois, Will oubliait que Connor était le plus âgé de leur petit groupe et qu’il était celui qui avait passé le plus de temps à la Colonie Et vu partir le plus de monde ... . C’était facile à oublier en vérité : Connor paraissait souvent plus immature qu’eux tous et donc bien plus jeune. Pourtant, il avait presque trois ans d’écart avec eux. A bientôt dix-huit ans, Connor était un des rares pensionnaires aussi âgés qui restaient à l’année. Il était moins seul l’été puisqu’il y avait encore Percy, Annabeth, Clarisse… Mais même eux ne reviendraient sûrement plus aussi souvent. D’ailleurs, il n’était même pas sûr de revoir Clarisse l’été prochain. Quant à Travis, il avait commencé ses études et pris la décision de se calmer après des années de turbulence et de mauvais coups. Will se demanda si Connor arriverait vraiment à suivre le même chemin. Est-ce que je viens d'avoir un souvenir ému à l'évocation de Travis? Oui.

- Maintenant que j’y pense, c’était sans doute une fille d’Hécate, mais on ne le savait pas, reprit ce dernier pensivement.
- Comme moi au début, souffla Lou Ellen.
- Ouais… Mais t’as été une super sœur, soeurette ! Assura Cecil.

Lou Ellen sourit.

- Merci… (Elle appuya sur la garde de l’épée et elle se retransforma en collier). Je crois que je vais prendre ça !
- Bon choix, approuva Will d’un ton docte. Trois lames pour une déesse au visage triple. Jolie symbolique. N'est-ce pas Anna".

Son amie approuva. D’un geste, il lui fit signe de s’approcher et elle s’avança vers lui avant de soulever sa masse de cheveux noirs. Il lui glissa le collier autour du cou et referma la chaîne. Les trois croissants de lune reposaient parfaitement contre sa peau blanche.

- Une arme de trouvée ! Compta Cecil. A qui le tour ?
- Je prendrai mon arc et mes flèches, dit Will.

Son combat avec Nico l’avait finalement conforté dans son idée : les épées classiques n’étaient pas pour lui.

- Connor ?
- Je prendrai mon épée. Simple, fiable, efficace !
- Tout le contraire de toi, se moqua Lou Ellen.
- Eh ! Protesta-t-il.

Il lui donna une chiquenaude sur le front qui la fit loucher Mais c'est qu'ils sont cute eux aussi. et tout le monde éclata de rire.

- Sois sympa avec moi ! Exigea Connor. Je reviens juste de quête et voilà que je repars pour toi. Aucun repos pour les braves ! Aucune stabilité ! Aucune grâce matinée ! Mais il me tue, j'adore comment tu l'écris sérieux :lol: :lol:
- Je crois que l’instabilité c’est ton truc de toute façon, lança Cecil.

Le commentaire se voulait humoristique et leur arracha à tous un sourire, mais celui de Connor se teinta malgré tout d’une certaine amertume.

- Peut-être bien… souffla-t-il.

Will aurait voulu trouver les mots pour le réconforter – de quoi, il ne savait pas vraiment – mais le moment de faiblesse de Connor passa aussi vite qu’il était arrivé. Il secoua la tête, agitant ses boucles châtains, et retrouva son air espiègle de toujours. Will se détendit en écho. Au moins, c’était un spectacle familier qu’il pouvait gérer.

- Bon, on ferait mieux d’y aller non ? Déclara-t-il en frappant dans ses mains. Lacy a peut-être besoin d’aide pour se préparer et il faudrait qu’on parte avant la fin de la journée.
- Et on commence par quoi ? Je veux dire, on sait où on va ? Par où on commence ? Fit Connor, les mains plongés dans les poches de son jean. Cette série de question ça me rappelle la citation que je lui ai mise sur mon aes. Qui n'est pas complétement vraie du coup :lol: :lol:

Will se tourna vers Lou Ellen et haussa un sourcil en guise de question. Il supposait que sa mère lui avait donné un indice ou qu’elle savait où ils devaient se rendre dans leur recherche des torches, mais elle baissa la tête, ses longs cheveux noirs lui couvrant le visage. Comme elle était petite – elle lui arrivait à peine au menton – il n’arriva pas à lire son expression.

- Justement… dit-elle d’une voix traînante et embarrassée. Je ne sais pas trop en fait…
- Quoi ? S’exclama Connor.

Ses sourcils en accent circonflexes s’envolèrent.

- Je sais, je sais ! Mais ma mère n’a rien dit. Genre, vraiment rien !
- Oh c’est pas vrai…

Ils étaient ressortis de l’armurerie et Will donna un coup dans un caillou devant lui de dépit. Il le regarda rouler au loin.

- Finalement, je crois que je suis content de ne pas faire parti de votre quête, lâcha Cecil. Vous êtes mal barrés !
- Merci, mec, grommela Connor.

Soudain plus moroses qu’avant, ils remontèrent le chemin vers la Grande Maison en silence. Du coin de l’œil, Will pouvait voir la concentration de Lou Ellen et il se doutait qu’elle se repassait sa conversation onirique avec sa mère en boucle pour y trouver une information qu’elle aurait oublié. Il sentit lui-même une migraine germer au niveau de ses tempes. Maintenant qu’il y pensait, il n’avait aucune idée de l’endroit où pouvaient se trouver les torches d’Hécate. Ils n’avaient aucun indice sur ceux qui les avaient dérobés non plus. Si Hécate avait voulu les aider, elle s’était bien loupée. Sympa en effet :lol: :lol:
Sur leur route, ils passèrent devant l’infirmerie et Will fit attendre les autres à l’extérieur alors qu’il y faisait un crochet pour rassembler les fournitures dont il avait besoin. Dès qu’il passa la porte, il fut assailli par une odeur d’herbes médicinales et de désinfectant qu’il appréciait particulièrement Faut vraiment être passionné pour aimer l'odeur de désinffectant. J'ai mal à la tête dès que j'entre dans un hôpital. . Il savait que beaucoup de pensionnaires ne l’aimaient pas car elle était pour eux synonyme de blessures et de batailles, mais pour lui cette odeur lui évoquait un refuge. L’infirmerie, c’était son domaine. C’était celui où il maîtrisait les choses, où il pouvait aider les autres et être utile, où tout était à sa place et avait une propriété scientifique ou magique à laquelle il pouvait se raccrocher. Will aimait l’infirmerie. Mais je vois tellement ça comme un QG où tout le monde se réunit autour de lui :lol: :lol:
Pendant longtemps, il avait été l’enfant d’Apollon sans trop de talent. Tous ses frères et sœurs brillaient pourtant par leurs dons et leurs aptitudes : briller était une seconde nature quand votre père était le dieu du Soleil Et j'aime tellement cette phrase et cette idée, c'est si bien pensé et si beau ! . Kayla n’attendait que ses seize ans pour participer au Jeux Olympiques en tir à l’arc, Austin excellait à tout ce qui touchait de près ou de loin à la musique, Lee Fletcher et Michael Yew avaient tous les deux été des combattants et des archers de talents, et il ne parlait même pas des anciens enfants d’Apollon comme De Vinci, Shakespeare ou Apollinaire. Par les Dieux, comment Will aurait pu rivaliser avec celui qui avait peint la Joconde ? Franchement, même si c'est canon, pour moi De Vinci c'est un fils d'Hephaistos. Un inventeur. C'est ça son génie, presque plus que sa peinture. Je vous déjà dit que j'aimais trop Leonard?
Le pire dans tout cela : il s’était révélé plutôt médiocre en musique, en tir à l’arc ou en art. Un comble ! Au début, il s’était même demandé si Apollon n’avait pas fait une erreur en le revendiquant. Ça aurait bien été son genre après tout. « Oups, mauvais gamin ! Désolé, j’étais distrait par la nymphe qui passait ! Mais non, non, celui-là, c’est pas mon mioche. Impossible ! » Toi qui avais peur de ne pas avoir le style Riordan :lol: :lol: Tellement un truc qu'on pourrait lire dans les PJ, c'est si drôle :lol: :lol: . Chaque jour, Will s’était attendu à ce que Chiron vienne le trouver pour lui annoncer la nouvelle. C’était d’ailleurs comme cela qu’il s’était retrouvé à sympathiser avec les Hermès. Il s’était dit, sans doute naïvement du haut de ses neuf ans, qu’il valait mieux qu’il se fasse des amis dans ce bungalow puisqu’il devrait y aller après qu’Apollon se soit rendu compte de son étourderie. Il s’était lié avec Cecil en premier, puis ils avaient admiré les frères Alatir ensemble. Plus âgés, ils leur avaient paru si cools à faire les quatre cents coups et à mettre Annabeth en colère. Petit à petit, Travis et Connor étaient devenus ses amis aussi, même s’ils passaient moins de temps avec eux à l’époque. C'est beau ce côté ils sont passé d'admirateurs à amis ...
Et puis un jour, la fille de leur groupe était arrivée La fiiiille de la baaande mais une bande d'imbécile heureux et bien sûr amoureux ! La viiille qu'est si grande est devenue notre terrain de jeux et bien sûr dangereeeeux . Il revoyait encore Lou Ellen franchir la barrière magique du pin de Thalia. Elle tremblait comme une feuille et ses yeux grands verts si saisissants s’étaient écarquillés de terreur. Sa cheville cassée soutenait à peine son poids. Du haut de ses dix ans, Will s’était alors donné pour mission de l’aider à atteindre l’infirmerie. Appuyée sur lui, elle avait clopiné tant bien que mal et il était resté avec elle tout le long. Mais Lou Ellen n’avait pas eu de chance : elle était arrivée à la Colonie pile à la fin d’une partie de Capture à l’Étendard et l’infirmerie était bondée. Assise misérablement sur son tabouret de fortune, elle attendait donc qu’un guérisseur s’occupe d’elle, dents serrées.
Ce jour-là, Will avait senti ses pouvoirs réellement s’éveiller pour la première fois. C’était comme si un rayon de soleil bienfaisant s’était infiltré en lui pour ressurgir par ses paumes et, sans savoir comment, il avait pris la cheville de Lou Ellen en coupe entre ses mains instinctivement. Une douce lueur s’était alors diffusée de sa peau vers la fille d’Hécate. En moins de cinq minutes, sa cheville était guérie. Ça avait été une révélation pour Will, mais aussi pour la Colonie. D’un coup, il s’était vu propulser guérisseur, puis trois ans plus tard pensionnaire en charge de l’infirmerie. Il avait cultivé une passion pour la médecine et s’était entraîné sans relâche. Malgré le poids de sa responsabilité, il se sentait utile. Franchement, il a le plus beau don du monde. Il donne. Sans condition. C'est beau. Tu es beau Will.

- Bon, Will, tu te grouilles ? Cria brusquement la voix de Connor.

Will s’ébroua et ses souvenirs s’évanouirent. Avec précipitation, il fourra divers baumes, onguents, bandages, carrés d’ambroisie et gourdes de nectar dans son sac à dos ; puis il ressortit au pas de course. Connor claqua de la langue.

- Pas trop tôt !
- Désolé, je voulais être sûr de ne rien oublier. (Il remarqua alors que ses amis n’étaient plus que deux). Où est Cecil ?
- Mort d’attente. :lol: :lol: :lol: :lol:
- Connor, réprimanda Lou Ellen en roulant des yeux. Il est reparti dans son bungalow. Julia et Alice ont apparemment mis la main sur un stock de bombes de mousse à raser. Il doit gérer la situation avant d’avoir tout le Camp à dos. Il nous souhaite bonne chance.

Will hocha la tête, déçu de ne pas pu lui avoir dit au revoir. Ils se remirent en chemin et il coula un regard en direction de Connor, soudain suspicieux.

- Une réserve de bombes de mousse à raser, hein ? Dit-il.
- Il est possible que ça soit la mienne, admit-il, un rictus en coin accroché aux lèvres. Quelle surprise surprenante.
- Connor !
- Eh ! Elle date, cette réserve ! On l’avait fait avec Travis après la Bataille de Manhattan. C’était il y a plus d’un an !
- Et tu n’as jamais pensé à t’en débarrasser ? Dit Lou Ellen, moitié amusée, moitié accusatrice.
- Et gâcher un trésor pareil ? Jamais ! Mais ça va avec le côté voleur ce côté collectionneur. Ils ont une boite dans laquelle ils gardent tous les objets qu'ils ont volés.

Will roula des yeux.

- Il faut grandir à un moment, Connor. Aie aie aie

A ces mots, Connor se rembrunit. Will n’insista pas.
Ils étaient tous les trois arrivés en haut de la colline où, comme prévu, Nico les attendait. Il était accoudé contre la camionnette de la Colonie dans laquelle il avait visiblement chargé plusieurs sacs que laissait voir le coffre ouvert. Son épée en fer stygien était toujours pendue à sa taille, mais il en tenait une autre, en bronze céleste, dans sa main et il avait passé sa fameuse veste d’aviateur par-dessus son t-shirt noir Il est toujours trop badass dans ses apparitions. . Will fit un effort pour ne pas trop le regarder et tourna son attention sur Lacy qui se tenait à ses côtés. Nico n’était pas le plus grand des demi-dieux, mais à côté de lui Lacy paraissait encore petite. Elle avait troqué sa robe à fleurs de ce matin pour un jean et un pull rose plus pratiques et ses cheveux blonds aux mèches caramel étaient relevés en chignon sur le sommet de sa tête, comme si elle espérait gagner quelques centimètres grâce à lui. Alors cette description elle m'a arraché un petit sourire, genre je la trouve tellement mignonne, tellement fraiche et drôle :lol:
Dès qu’ils arrivèrent à leur hauteur, Nico tendit l’épée en bronze à Connor.

- J’ai été te la chercher, indiqua-t-il. Pour gagner du temps.
- Merci.

Will eut juste le temps de voir le caducée gravé sur la garde de l’épée avant que celle-ci ne se transforme en mousqueton que Connor attacha à sa ceinture d’un geste coutumier. Mais rien que cette phrase, je souris comme une idiote

- Prêts ? Demanda Nico.
- En quelque sorte. Lou ne sait pas où on va.

Les joues de Lou Ellen s’enflammèrent.

- Ce n’est pas ma faute ! Les torches pourraient être n’importe où je te rappelles ! Je n’ai pas de radar intégré. En plus, c’est ton truc les objets volés, non ?
- Ca ne fonctionne pas comme ça, protesta Connor en levant les mains.

Will plaça soigneusement son sac dans le coffre avec le reste des affaires rassemblées par Nico et Lacy. Il était en train de se demander si ça valait bien le coup de partir aujourd’hui sans information lorsque Nico reprit la parole :

- J’ai peut-être une idée de là où on pourrait commencer.
- Sérieux ? Vas-y, parle, petit prince ! Encouragea Connor. Et encore un sourire débile

Will n’eut pas besoin de se retourner pour voir le regard noir que Nico dû jeter à Connor. Il ne savait pas bien d’où venait ce surnom, mais d’après ce qu’il avait compris, Connor l’avait trouvé avec Travis et les autres membres de leur quête qui les avait conduits aux Enfers le mois dernier. Une histoire de petit prince des Enfers ou quelque chose comme ça. De toute façon, Will n’avait pas tout à fait digérer le départ brusque de Nico qui, sans prévenir, s’était lancé avec les frères Alatir dans une mission dangereuse. La prochaine fois qu’il avait Travis sous la main, il lui dirait deux mots. Et ça risque d'être très drôle.

- En fait, c’est Lacy qui a eu l’idée, avoua Nico.
- Oh… c’était juste… enfin juste une suggestion, balbutia-t-elle quand ils la regardèrent tous, surpris.
- On parlait de ton rêve, Lou Ellen, et des paroles d’Hécate. Lacy a suggéré qu’on rendent visite à Mélinoé. Après tout, ta mère l’a évoqué, non ?
- Euh oui, acquiesça Lou Ellen, les sourcils froncés. Mais quel est le rapport avec les torches ?
- Pour l’instant, aucun, admit Nico. Mais Mélinoé sait souvent des choses qui échappent aux autres divinités ou entités mythologiques. Les fantômes font partie de ses émissaires et sont témoins des actes aussi bien sur Terre que dans le monde infernal. Autant commencer avec elle, on pourra peut-être avoir des réponses. Rah la la, Nico qui va directement vers les fantômes, qu'est-ce que c'est surprenant. Peut-être que c'est pour ça que son idée a germé, il se dit peut-être qu'il va pouvoir gérer.

Ils échangèrent tous un long regard interrogateur, mais ils laissèrent Lou Ellen prendre la décision. Finalement, elle hocha la tête.

- C’est un plan ! Dit-elle avec fermeté. Allez, en route. Où est Argus ?

Lacy se mordit la lèvre.

- Il est parti chercher une livraison de Coca Light pour Monsieur D. MAIS IL MANQUE TELLEMENT MONSIEUR D IL EST PLUS LAAA
- Pardon ? S’exclama Will.
- Donc Chiron nous a confié l’autre camionnette du Camp, dit Nico. Vous saviez qu’il y en avait plusieurs, vous ?

Will songea qu’il aurait dû le savoir, mais il l’apprenait. Anxieux, il lorgna le volant, puis leur petit groupe d’ados.

- Qui va conduire ? Demanda-t-il, circonspect.
- Techniquement, je sais conduire, fit valoir Connor. Travis m’a appris sur un parking vide et j’ai déjà pratiqué à la ferme chez mon grand-père.
- Techniquement ? Répéta Lou Ellen.
- Bah, je n’ai pas encore mon permis à proprement parler, mais…
- Non, coupa Will, catégorique.

Il refusait de montrer dans une voiture conduite par un fils d’Hermès sans permis. Plus que tout, il refusait d’y laisser Lacy, à peine douze ans, y monter. Mais que daron, je meurs :lol: :lol: :lol:

- Oh allez, insista Connor.
- Hors de question.
- J’ai presque dix-huit ans. Et plus que l'âge légal de 16 ans
- Et tu n’as pas de permis.
- Comment tu veux qu’on fasse sinon ?

Nico parut gêné, puis dit visiblement à contre-cœur :

- Je suppose que je peux demander à Jules-Albert.
- Qui ça ? S’enquit Lacy.
- Un cadeau de mon père. Je pense qu’il croyait bien faire. C’est un chauffeur français.
- La classe ! Lança Connor.
- Qui est aussi un zombie.
- Oh non-correction : l’horreur ! Ouais c'est glauque :lol: :lol:

Will eut du mal à cacher sa surprise et Lou Ellen grimaça carrément. Lacy blêmit. Mais Lou Ellen elle connait pas Jules Albert? Il n'a pas convoqué quand ils dégommé les catapultes?

- Bon tu préfères quoi, Solace ? Moi ou le zombie ? Quel dilemme :lol: :lol: :lol:

Connor le défia du regard. Par-dessus son épaule, Nico lui renvoya un regard d’excuse et Will se reprit immédiatement. Hors de question que Nico se sente mal ou jugé.

- Très bien, accepta-t-il en soupirant. Connor, prends le volant. Mais tu as interdiction de toucher à l’autoradio. Hé ! Celui qui conduit choisit la musique, c'est une règle universelle !

Avec un sourire triomphant, Connor attrapa les clés que Nico lui lança au vol et ils montèrent tous dans la camionnette. Départ pour une quête incertaine en vue de retrouver les torches d’une déesse. Beau voyage en perspective.

Et voilà !
Je préviens juste que je vais changer de jour où je poste. Ca sera désormais le lundi ! Donc on se retrouve pour le chapitre 4 le lundi 8 mars ;)
J'ai ADORE ce chapitre qui m'a réduite en bouillie de Perri qui fond sur son clavier, c'est à la fois atroce et délicieux. Non mais le Solangelo ARGH mais tu écris si bien le Solangelo, comme tu écris si bien le Connor. Tellement hâte de lire la suite !
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Chapitre 4 - Destination : trouver une déesse

- Hey Jude, don't make it bad. Take a sad song and make it better. Remember to let her into your heart. Then you can start to make it better!

- Connor, je te jure que si tu ne la fermes pas, je te transforme en cochon d'inde ! S'exaspéra Lou Ellen.

Le prochain refrain s'étrangla dans la gorge de Connor. Il jeta un coup d'œil dans le rétroviseur pour juger du sérieux de Lou Ellen et elle lui renvoya un regard sévère. Il changea de station de radio. A côté de lui, Lacy poussa un soupire indigné.

- Oh non ! J'adorais cette chanson !

- Même la version de Connor ?

- Non, peut-être pas quand même...

- Eh !

S'il n'avait pas les mains sur le volant, il aurait donné une tape sur la jambe de Lou Ellen. Au lieu de ça, il resta concentré sur la route. Ils étaient partis de la Colonie depuis une heure maintenant et roulaient à un bon rythme. Connor avait eu peur de ne plus se souvenir comment conduire, mais ses réflexes lui étaient revenus en un clin d'œil. Il avait quand même fait quelques tours dans le chemin de terre qui sortait de la Colonie pour rassurer Will, puis il avait obtenu le feu vert pour prendre la route.

A part les chansons qui se succédaient et les indications de Nico sur la route à suivre, le silence régnait dans l'habitacle. Connor devait avouer qu'il n'avait pas bien compris comment Nico savait où se trouvait exactement Mélinoé – une histoire de rumeur connue aux Enfers – mais il lui avait fait confiance. Après tout, ce n'était pas comme s'il pouvait rentrer le nom de la déesse dans son GPS.

- On ne coupe pas les Beatles ! S'indigna-t-il malgré tout. Will, dis-leur toi !

- Pourquoi moi ?

- Apollon est pas censé être le dieu de la musique ?

- Tu m'as déjà entendu chanter, Connor ?

Il fouilla dans sa mémoire. Rien ne lui revint, même pas pour les soirées karaoké et feu de camp.

- Non, répondit-il après quelques secondes.

- Estimes-toi heureux, dénonça Lou Ellen. Il est pire que toi.

- J'aimerais dire que c'est faux, mais... elle a raison.

Lacy pouffa, dévoilant son appareil dentaire. Connor se tourna à demi vers elle alors qu'elle se penchait pour jouer avec l'autoradio.

- Attention, choisis bien, la prévint-il.

- Sinon tu nous précipites dans le fossé ? Lança Will.

- Peut-être bien.

Il laissa un sourire jouer sur ses lèvres et n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que les autres roulaient des yeux. Il en tira une certaine fierté. C'était sans doute infondé, mais il avait la sensation que tant qu'il agissait ainsi – comme un idiot, aurait sûrement dit sa mère en le menaçant d'un coup de casserole – il avait le pouvoir de distraire les autres de l'angoisse qu'était la quête. Il pouvait bien faire ça pour eux.

Avec un cri de victoire, Lacy s'arrêta soudain sur une station. Connor reconnut l'air de la chanson en une fraction de seconde.

- Wind of change ! Scorpion ! Je ne savais pas que tu étais romantique, Lacy !

Elle rougit légèrement et détourna la tête vers la vitre pour échapper à son regard.

- J'aime juste bien cette chanson, se défendit-elle. J'ai dansé dessus au bal de mon lycée.

- De ton lycée ? Répéta Will, perplexe.

Connor lui fut reconnaissant de poser la question. Il n'aurait pas donné plus de douze ans à Lacy.

- Le collège est rattaché au lycée en fait, explicita-t-elle. Et on nous laisse aller à leur bal. Drew s'était fait une coiffure immonde !

- Qu'est-ce que Drew fichait à ton bal de lycée ? Dit-il, encore plus surpris.

- Oh on va dans la même école. A Brooklyn ! Elle m'ignore la plupart du temps et je dis aux autres qu'on se voit dans un camp de vacances l'été, c'est tout.

- L'horreur, la plaignit Lou Ellen. Vous imaginez supporter Drew à l'année ?

- Je préférerais rester aux Enfers, lâcha Nico d'un ton plat.

Sous le coup de la surprise, Connor manqua de caler. Il mit une seconde à comprendre que Nico avait fait de l'humour et il éclata de rire en même temps que les autres. Pour sa défense, il devait avouer qu'il n'avait jamais eu trop l'occasion de parler au fils d'Hadès et encore moins d'échanger des plaisanteries. Pourtant, ils avaient été parmi les premiers à l'accueillir à la Colonie avec Travis. Dans un lointain souvenir, il se rappelait même avoir voulu lui enseigner le poker. Et puis Nico avait disparu sans donner aucune nouvelle avant de réapparaître complètement changé à la Bataille du Labyrinthe. Ça, Connor s'en souvenait très bien. Il avait assisté à l'arrivée de Nico, entièrement transformé : il n'avait plus rien du petit garçon qui se trimballait avec un casque trop grand et un paquet de cartes Mythomagic. Son teint était blanc comme celui d'un mort, ses cheveux noirs avaient poussé, et son corps s'était aminci de façon inquiétante. Plus que tout, il s'était planté au milieu des monstres qui rugissaient autour de lui et avait levé les mains avec un regard déterminé. Des dizaines de squelettes avaient alors surgi du sol. Connor en frissonnait encore. La terre s'était littéralement ouverte pour déverser une armée de morts que Nico avait mené à la bataille sans hésiter. Maintenant qu'il y songeait, l'un d'eux avait même peut-être sauver Travis. Connor n'avait jamais rien vu de pareil. A la fin de la bataille, Nico s'était effondré, épuisé, le corps fumant. Il l'avait presque cru mort pendant un instant.

Puis, Nico avait disparu. Encore. A croire que ce type était aussi évanescent que les ombres dans lesquelles il se glissait. Connor n'avait plus entendu parler de lui jusqu'à la Bataille de Manhattan où il l'aurait presque serré dans ses bras en le voyant débarquer avec Hadès à ses côtés et une armée de morts dans son sillage. Sans le Dieu des Enfers, Connor ne se faisait pas d'illusion : les troupes de Cronos les auraient surpassés en nombre. Peu de temps après, il avait cru que Nico trouverait sa place à la Colonie. Comme lui, tout le monde s'était accordé sur le fait qu'il avait été décisif pendant la bataille et Connor soupçonnait même que le béguin de Will avait commencé à ce moment-là. Malheureusement, ça n'avait pas duré. Les campeurs avaient tenté de faire des efforts pourtant. Travis avait même tenté d'inviter Nico dans leur équipe de Capture à l'Etendard mais il avait refusé, préférant se la jouer solo. A force de repousser les autres, Nico s'était isolé et Connor avait recommencé à le trouver flippant. On aurait dit que les ombres s'attachaient à ses pas et que la température baissait dès qu'il arrivait au repas, comme si ses émotions se diffusaient hors de lui.

Et l'histoire s'était répétée. Nico s'était envolé, dissout dans l'obscurité sans que personne ne le remarque. Il avait passé un temps fou à chercher Percy Jackson, mystérieusement disparu, puis Connor avait appris bien plus tard qu'il avait passé un certain temps au Camp Jupiter dont il connaissait l'existence avant tout le monde. Will lui avait raconté la suite sans entrer dans les détails : Nico avait participé à la quête des Sept Héros de l'Olympe, fait une plongée dans le Tartare, et un séjour dans une urne en mangeant des grenades. Enfin, s'il avait bien compris.

Tout ça pour dire qu'il n'avait jamais pu passer beaucoup de temps ensemble jusqu'à la fin de la guerre contre Gaïa. Connor devait avouer que Will lui avait bien du bien : Nico semblait moins renfermer qu'avant. Ça ne voulait pas dire qu'il était sociable, loin de là, mais c'était un début. Sa touche d'humour à l'instant le prouvait.

- Et alors, reprit-il en direction de Lacy tandis que Wind of change résonnait toujours, t'as dansé un slow sur ça ?

- Oui... marmonna Lacy en prenant encore quelques teintes de rouge.

- Mais quelle bourreau des cœurs, miss Brown !

- Connor, laisse-la tranquille, rabroua Lou Ellen.

- Quoi ? Je m'intéresse ! Bon, dis-nous, il était comment ton cavalier ?

- Ou ta cavalière, intervint Will d'un ton appuyé.

Connor claqua des doigts.

- Bien sûr, pardon. Je ne fais aucune présupposition. D'ailleurs, je trouve ça indigne qu'Obama n'est toujours pas légiféré sur le mariage gay !

- C'est possible ? Interrogea Lacy avec innocence.

- C'est même essentiel, oui. Promis, Will, je me tiendrais à carreau pour ton mariage avec Nico et je ne dévaliserai pas votre buffet !

Lou Ellen tenta d'étouffer son rire, sans succès, et il échangea un regard amusé avec elle dans le rétroviseur. Il réussit à apercevoir en même temps l'expression choquée de Will et le visage écarlate de Nico. Il ne savait même pas que son teint pâle pouvait prendre autant de couleurs.

- Di Immortales, l'entendit-il jurer.

- Connor ! S'étrangla Will.

- Désolé, désolé. On parlait du cavalier de Lacy ! Tu disais ?

A côté de lui, Lacy parut maudire de redevenir le cœur de la conversation. Elle joua avec ses mains sur ses genoux.

- C'était un garçon de l'école, dit-elle nerveusement mais avec un sourire. Il s'appelle Carter.

- J'espère que ce Carter a été un gentleman.

- Il a été génial. Mais il y a eu une fuite de gaz ensuite, ça a un peu gâché la fête.

Connor haussa un sourcil.

- Tu m'étonnes. Ça a dû casser l'ambiance.

- Oui...

- Tourne à droite ! Fit brusquement Nico.

- Quoi ?

- A droite ! Répétèrent ses camarades à l'arrière en concert.

Il retint un juron et donna un coup de volant si brusque que Lacy et Lou Ellen se retrouvèrent projeter contre leur portière. Nico, lui, se retrouva projeter contre Will. Bien fait, jubila Connor en s'engageant sur leur nouvel itinéraire. Le soleil commençait à être à son zénith. En jetant un œil à l'heure, il constata qu'effectivement il n'était pas loin de midi. Le ventre de Lou Ellen gronda pile à ce moment-là.

- On s'arrête à la prochaine station-service ? Dit-elle, pleine d'espoir.

- Pas de problème !

C'était maintenant ABBA qui passait à fond à la radio et Connor battit la mesure sur le volant.

- Et toi, Connor ? Demanda alors Lacy.

- Et moi quoi ?

- T'as déjà été à un bal ? T'as une amoureuse ou un amoureux ?

La question le prit tellement au dépourvu qu'il faillit à nouveau sortir de la route. Il faudrait vraiment qu'il songe à passer son permis. A sa plus grande horreur, il sentit en plus ses joues chauffer.

- L'arroseur arrosé, commenta Will, moqueur.

- Qu'est-ce qu'il y a Connor ? Renchérit Lou Ellen. Personne n'a jamais voulu de toi ?

- Eh ! Je te ferais dire que je suis sortie avec Leah pendant presque un an. (Il marqua une pause). Avant qu'elle me jette.

Will se pencha entre les sièges.

- Leah ? Des Héphaïstos ?

- T'en connais beaucoup ?

- Non, non... Mais ça me surprend. Elle est plutôt... jolie.

Connor ricana. Effectivement, Leah était belle comme fille avec ses longs cheveux bruns et ses yeux couleurs café.

- Et ? Dit-il. Ça t'étonne qu'elle ait bien voulue de moi ? Je peux être très charmeur, tu sais. En plus, elle me considérait comme un héros après que j'ai réussi à mettre de la mousse à raser dans le shampoing de Clarisse.

- C'était toi !

- Qui d'autre ?

- Mais elle a rompu avec toi ? Intervint Lacy.

Cette fois, Connor grimaça. Il se souvenait encore de la voix glaciale de Leah quand elle lui avait annoncé qu'il était hors de question qu'elle continue une relation dans laquelle elle était la seule à s'investir et qu'elle refusait de se battre pour avoir un peu d'attention dès que Travis était dans les parages. Elle avait peut-être même ajouter qu'il était un « gamin qui avait sérieusement besoin de revoir ses priorités ». Comme si elle était la première à lui dire. Il aurait dû la mettre en contact avec sa mère, elles se seraient bien entendues tiens.

- Oui, finit-il par répondre sobrement. On n'était pas vraiment sur la même longueur d'onde.

- Oh... Et tu es sortie seulement avec elle ?

- Déjà, je te ferai dire que c'est pas mal. Et non... Il se peut que j'ai aussi... (Il soupira). Vraiment, avec le recul, je ne sais pas ce qui m'a pris.

- T'as embrassé Chiron ? Lança Lou Ellen, amusée.

- Pire.

- Monsieur D. ? Plaisanta Will.

- Non... Drew. Dans les écuries. Pendant les vacances de noël l'année dernière.

La réaction des autres ne se fit pas attendre. Un frisson collectif les parcourut et Connor ne put les blâmer. Il avait encore du mal à le croire lui-même. Lacy le dévisagea même, l'air perturbé pour sa santé mentale. A l'arrière, Nico secoua la tête.

- Tu baisses dans mon estime, lâcha-t-il.

- Oui, bon, ça va ! On peut pas tous tomber sur un Will du premier coup.

La remarque eut l'effet escompté : ils s'empourprèrent tous les deux. Lou Ellen éclata de rire à nouveau et Connor en tira une certaine fierté. Après ce point sur leur vie amoureuse respective, le silence retomba. Il aurait bien aimé continuer sur le sujet et embêter Lou Ellen ou Will, mais il n'osa pas pour des raisons différentes. En ce qui concernait ce dernier, il n'était pas assez méchant pour le faire devant Nico. Quant à Lou... il n'était pas sûr de vouloir vraiment savoir.

Leur route continua donc sur la bande-son de la radio. Il chanta à tue-tête Don't Stop Me Now de Queen avec Lou Ellen alors que les autres les regardaient, amusés, et Connor se dit que ce n'était pas un mauvais début de quête pour une fois.

Quelques minutes plus tard, ils s'arrêtèrent à une station-service pour refaire de l'essence et acheter à manger. Will le surveilla tout le long, comme s'il avait peur qu'il vol quelque chose, mais il se tint à carreau. Enfin, presque. Si Lacy eut droit à un porte-clé en forme de fée à paillettes en cadeau, il n'y était peut-être pas pour rien. Avant de remonter en voiture, elle fit mine de fermer sa bouche à double tour et il lui fit un clin d'œil complice. Il commençait à bien aimer cette gamine. Il l'avait cru plus renfermée, mais force était de constater qu'une fois débarrassée de la menace de Drew, Lacy pouvait se révéler pleine de vie.

- C'est encore loin ? Soupira Lou Ellen trois heures plus tard.

Connor lui fut reconnaissant de poser la question. Il commençait à avoir mal au dos à force de conduire.

- Non, plus beaucoup, dit Nico. Prend la prochaine sortie.

- Par les Dieux, merci. J'ai l'impression d'avoir roulé trois jours. (Il s'engagea sur la file de droite pour être sûr de ne pas louper la sortie). Rappelle-moi comment tu sais où se trouve cette déesse inconnue déjà ?

- C'est un peu compliqué...

- Qu'est-ce qui ne l'est pas avec toi ?

La phrase était voulue comme une blague, mais il vit tout de même la gêne de Nico par le rétroviseur et il s'en voulut immédiatement.

- Mélinoé est une déesse un peu particulière... expliqua finalement Nico en jouant avec sa bague. Pour la faire courte, elle est la fille de Zeus et Perséphone.

- Quoi ? Mais Perséphone est pas... genre la fille de Zeus ?

- Si. Zeus l'a trompé en prenant l'apparence d'Hadès.

Connor fit semblant d'avoir un haut le cœur.

- Parfois, je me demande ce qui lui passe par la tête et comment il peut être roi des Dieux, commenta-t-il, abasourdi.

En écho à ses paroles, un éclair zébra soudain le ciel et tout le monde se tendit. Connor ravala ses jugements en gardant un œil prudent sur la météo, puis il sortit enfin de l'autoroute.

- Enfin bref, Mélinoé est leur fille. Elle est à la fois une divinité ouranienne et chtonienne.

- Une divinité quoi et quoi ? Dit Lacy, sourcils froncés.

- Olympienne et infernale, traduisit Will. Une divinité duale en quelque sorte, donc ?

- C'est ça. Et à ce titre, les fantômes sont un peu ses émissaires. Pas vraiment sur terre ni en Enfer. Comme elle, ils n'ont leur place nulle part.

Les mots de Nico s'étaient teintés d'une certaine gravité et Connor frissonna. Il se demanda s'il y voyait une sorte d'écho à sa propre situation, mais il n'osa pas poser la question au risque de se faire avaler par le sol. Il fit semblant de ne pas remarquer la façon dont Will s'était légèrement incliné vers Nico jusqu'à ce que leurs épaules se touchent.

- C'est pour ça que je voulais aller la voir, reprit le fils d'Hadès. Les fantômes sont un peu ses yeux et ses oreilles, elle pourra peut-être nous en dire plus sur les voleurs de torches et ce qui nous attend.

- Mais les fantômes... Ça existe vraiment ? Souffla Lacy.

- En quelque sorte. On les appelle comme ça, mais en réalité ce sont des âmes qui n'ont pas encore fait face à leur jugement ou qui refusent de prendre la barque de Charon. Parce qu'elles ont peur ou qu'elles ont encore des affaires à régler, elles errent ici, infiniment, comme un souvenir de ce qu'elles étaient.

- C'est triste...

- C'est leur choix. Il faudra bien qu'elles affrontent la mort un jour de toute façon.

Y'a pas à dire, songea Connor. Nico était le genre de gars qui savait remonter le moral. Il se râcla la gorge, nerveux.

- Et ces fantômes ? Tu peux les... maîtriser ? Juste pour savoir avant qu'on débarque.

- Justement... C'est un peu flou. (Il donna soudain un coup sur le dossier de son siège). Prends la prochaine à droite.

- Par les Dieux, Nico, t'es nul en GPS, préviens plus tôt !

Pour la dixième fois aujourd'hui, Connor manœuvra un virage au dernier moment. Ils avaient traversé une ville périurbaine et s'enfonçaient maintenant dans la campagne du New Jersey. Ce n'était pas l'endroit sur lequel il aurait parié pour retrouver une déesse.

- Et comment ça un peu flou ? Dit-il sur ses gardes.

- Techniquement, je peux maîtriser les fantômes. Ils m'obéissent.

- Le Roi Fantôme, cita Will. Ce n'était pas ce qu'une prophétie disait il y a quelques années ? La main du roi-fantôme causera ta gloire ou ta chute. C'était pour la quête d'Annabeth avant la Bataille du Labyrinthe, je m'en souviens.

Connor ne savait pas s'il devait être impressionné ou effrayé par la mémoire de Will. Il supposa que retenir tous les savoirs de médicine avait dû l'entraîner toutes ces années. Maintenant qu'il entendait les mots, les souvenirs lui revinrent aussi. Il n'avait peut-être pas exactement entendu la prophétie à l'époque si elle avait été faite à Annabeth, mais elle avait dû parvenir aux oreilles des pensionnaires plus tard.

Nico garda le silence de longues secondes avant de répondre :

- C'est un titre stupide, finit-il par maugréer. Minos s'était proclamé le Roi Fantôme quand il était encore juge des Enfers. Je l'ai juste... récupéré, on va dire, en le bannissant.

- Stylé. Ça veut dire que je ne peux plus t'appeler le petit prince ?

- Tu ne pouvais pas dans tous les cas, rétorqua Nico avec humeur. Et pour revenir à mon pouvoir sur les fantômes de Mélinoé, c'est compliqué comme je disais. Les siens ne font pas vraiment partis du royaume d'Hadès. Ils en sont à la périphérie. On verra bien...

- Rassurant, évalua Lou Ellen. Mais après tout, ça ne sera pas la première fois qu'on improvise, non ?

- Improviser c'est mon deuxième prénom, affirma Connor.

Derrière lui, Lou Ellen pouffa.

- Je croyais que c'était Louis-Antoine ? Lâcha-t-elle avec malice.

S'il n'avait pas été en train de conduire, il se serait retourné, indigné.

- Lou ! S'écria-t-il.

- Louis-Antoine ? Répétèrent Lacy et Will d'une même voix.

- C'est ma mère, d'accord ? Elle a un truc pour les explorateurs, les navigateurs... J'ai eu droit à Bougainville, Travis a évidemment eu Christophe Colomb ce traître. Fin de l'histoire. Et Lou, je ne te parle plus.

- Oh allez Connor, c'est drôle !

- Ca le serait si je pouvais aussi me moquer de ton deuxième prénom !

- J'en ai pas, tu le sais. Mon nom est déjà assez long comme ça, tu ne crois pas ?

Il lui accordait le point. D'ailleurs, ça faisait longtemps qu'il avait renoncé à le prononcer en entier. Maintenant qu'il y pensait, Cecil et lui devaient être les seuls à l'appeler simplement « Lou ».

Ils arrivèrent soudain à une intersection à l'orée d'un bois. Un champ de salade s'étendait sur le bas-côté.

- Droite ou gauche, Nico ? S'enquit-il.

- Ni l'un ni l'autre. Gare-toi, on descend.

- Ici ? S'étonna Will. Mais il n'y a rien...

- Pas encore. Mélinoé est dans une caverne, plus loin dans les bois.

Lacy regarda les arbres avec anxiété.

- Elle ne pouvait pas habitée dans un hôtel lumineux ? Déplora-t-elle.

- Allez, courage ! L'encouragea Connor. On n'a même pas encore du monstre, on est chanceux !

Il ouvrit sa portière et sortit de la camionnette d'un bond. Il essaya de ne pas penser à sa phrase. Même s'il avait voulu rassurer Lacy, le fait qu'aucun monstre ne leur ait barré la route l'inquiétait en réalité plus qu'autre chose. A eux cinq, ils devaient projeter une aura de Demi-Dieux assez importante qui criait à tous les monstres aux alentours : « festin juste ici, venez ! ».

Scrutant le champ de salades avec méfiance, il traversa la route et rangea les clés dans sa poche de jean. Le bois en face de lui avait l'air tout ce qu'il y a de plus normal. Dans son dos, les autres récupéraient leurs armes dans le coffre, puis ils le rejoignirent dans son observation. Lou Ellen inspira profondément.

- On reste ensemble, d'accord ?

- Mon plan préféré, approuva Connor.

Et ils pénétrèrent dans la forêt.

***********************

Et voilà le nouveau chapitre ! J'espère que vous avez aimé ! Je sais qu'il est assez court, mais l'action arrivera dans le prochain ^^

Dédicace à Perri parce que j'ai repris des éléments qu'elle avait inventé sur Connor dans La Cour des Miracles, comme son deuxième prénom par exemple ^^ La référence à Lacy qui danse avec un certain Carter est bien sûr tirée des Chroniques de Kane quant à elle !

Et enfin, dernier message : j'encourage tout le monde à aller écouter les Beatles, surtout Hey Jude, parce que c'es un monument de la chanson haha!

On retrouve dans deux semaines, le lundi 22 !
Mimie99

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Mimie99 »

Hey! Je suis là! Normalement, je devais aller marcher avec mon chien, mais comme je me connais assez bien, je me suis dit « Lis le chapitre, sinon tu vas prendre du retard ici aussi » :roll: Bref, l'important, c'est que je sois régulière sur au moins une des deux fanfics , pas vrai? :oops: Passons au plus important!
- Connor, je te jure que si tu ne la fermes pas, je te transforme en cochon d'inde ! S'exaspéra Lou Ellen.
J'adore encore une fois cette entrée en matière (d'accord, c'est la deuxième phrase, mais quand même :lol: Est-ce que c'est une référence détournée à la rencontre de Percy et Annabeth avec Circé? Au fait, est-ce que Circé était connectée avec Hécate? J'avoue que j'ai un immense blanc de mémoire :shock:
- On ne coupe pas les Beatles ! S'indigna-t-il malgré tout. Will, dis-leur toi !

- Pourquoi moi ?

- Apollon est pas censé être le dieu de la musique ?

- Tu m'as déjà entendu chanter, Connor ?

Il fouilla dans sa mémoire. Rien ne lui revint, même pas pour les soirées karaoké et feu de camp.

- Non, répondit-il après quelques secondes.

- Estimes-toi heureux, dénonça Lou Ellen. Il est pire que toi.
Il faut que je le dise, mais j'adore les dialogues de ce petit groupe :lol:
- Sinon tu nous précipites dans le fossé ? Lança Will.

- Peut-être bien.
Qu'est-ce que je disais déjà au sujet des dialogues? :lol: :lol: Ils sont vraiment trop parfaits :lol:
- L'horreur, la plaignit Lou Ellen. Vous imaginez supporter Drew à l'année ?

- Je préférerais rester aux Enfers, lâcha Nico d'un ton plat.
Je suis d'accord avec Nico :lol:
- C'est même essentiel, oui. Promis, Will, je me tiendrais à carreau pour ton mariage avec Nico et je ne dévaliserai pas votre buffet !

Lou Ellen tenta d'étouffer son rire, sans succès, et il échangea un regard amusé avec elle dans le rétroviseur. Il réussit à apercevoir en même temps l'expression choquée de Will et le visage écarlate de Nico. Il ne savait même pas que son teint pâle pouvait prendre autant de couleurs.

- Di Immortales, l'entendit-il jurer.

- Connor ! S'étrangla Will.
Je dois admettre, bravo Connor :lol: Juste dans le chapitre précédent on voyait que Nico avait eu du mal et en avait encore par moment avec le fait d'être gay et maintenant Connor balance le truc de mariage :lol: :lol:

Bon, je viens de finir... Et j'avoue que maintenant, avec ce qu'a dit Connor en dernier, j'ai peur pour le prochain chapitre (ce que tu as affirmé n'aide pas non plus d'ailleurs) :? Ceci dit, l'histoire du deuxième prénom c'était magnifique :lol: En fait, tout le chapitre m'a donné l'impression d'un vent de fraîcheur :D Mais au vue de la fin, j'ai l'impression que c'était le calme tout joyeux avant la tempête infernale :? Mais bref, c'était un excellent chapitre et ne t'inquiète pas de sa longueur, pour ma part je prends tout ce qu'on me donne :lol: En tout cas, j'ai adoré et je vais attendre la suite avec impatience! :mrgreen:
Perripuce

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Perripuce »

Helloooo it's me again. Les français ont fini fort cette saison de biathlon avec la 2e victoire en carrière de Desthieux (Le timide de la bande <3) donc je suis de fort belle humeur. Go pour commenter !
annabethfan a écrit : lun. 08 mars, 2021 2:28 pm Chapitre 4 - Destination : trouver une déesse

- Hey Jude, don't make it bad. Take a sad song and make it better. Remember to let her into your heart. Then you can start to make it better! Anna', un problème avec les Beatles? Noooooon

- Connor, je te jure que si tu ne la fermes pas, je te transforme en cochon d'inde ! S'exaspéra Lou Ellen. Comme Circée :lol: :lol:

Le prochain refrain s'étrangla dans la gorge de Connor. Il jeta un coup d'œil dans le rétroviseur pour juger du sérieux de Lou Ellen et elle lui renvoya un regard sévère. Il changea de station de radio. A côté de lui, Lacy poussa un soupire indigné.

- Oh non ! J'adorais cette chanson !

- Même la version de Connor ?

- Non, peut-être pas quand même...

- Eh ! Alors je vais rappeler une règle universelle dans la conduite : c'est celui qui conduit qui choisit la musique. C'est lui qui a vos vos entre ses mains, il faut le mettre de bonne humeur.

S'il n'avait pas les mains sur le volant, il aurait donné une tape sur la jambe de Lou Ellen. Au lieu de ça, il resta concentré sur la route. Ils étaient partis de la Colonie depuis une heure maintenant et roulaient à un bon rythme. Connor avait eu peur de ne plus se souvenir comment conduire, mais ses réflexes lui étaient revenus en un clin d'œil. Il avait quand même fait quelques tours dans le chemin de terre qui sortait de la Colonie pour rassurer Will, puis il avait obtenu le feu vert pour prendre la route.

A part les chansons qui se succédaient et les indications de Nico sur la route à suivre, le silence régnait dans l'habitacle. Connor devait avouer qu'il n'avait pas bien compris comment Nico savait où se trouvait exactement Mélinoé – une histoire de rumeur connue aux Enfers – mais il lui avait fait confiance. Après tout, ce n'était pas comme s'il pouvait rentrer le nom de la déesse dans son GPS. Mais il me tue :lol: :lol: :lol:

- On ne coupe pas les Beatles ! S'indigna-t-il malgré tout. Will, dis-leur toi !

- Pourquoi moi ?

- Apollon est pas censé être le dieu de la musique ?

- Tu m'as déjà entendu chanter, Connor ?

Il fouilla dans sa mémoire. Rien ne lui revint, même pas pour les soirées karaoké et feu de camp.

- Non, répondit-il après quelques secondes.

- Estimes-toi heureux, dénonça Lou Ellen. Il est pire que toi.

- J'aimerais dire que c'est faux, mais... elle a raison. Mais franchement ce genre de dialogue : ça ne sert à rien mais j'adore. C'est frai, ça donne de belles dynamiques, on rit : bref, on aime.

Lacy pouffa, dévoilant son appareil dentaire. Connor se tourna à demi vers elle alors qu'elle se penchait pour jouer avec l'autoradio.

- Attention, choisis bien, la prévint-il.

- Sinon tu nous précipites dans le fossé ? Lança Will.

- Peut-être bien. Qu'est-ce que je disais?

Il laissa un sourire jouer sur ses lèvres et n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que les autres roulaient des yeux. Il en tira une certaine fierté. C'était sans doute infondé, mais il avait la sensation que tant qu'il agissait ainsi – comme un idiot, aurait sûrement dit sa mère en le menaçant d'un coup de casserole Si tu savais comment j'ai un sourire de débile. – il avait le pouvoir de distraire les autres de l'angoisse qu'était la quête. Il pouvait bien faire ça pour eux.

Avec un cri de victoire, Lacy s'arrêta soudain sur une station. Connor reconnut l'air de la chanson en une fraction de seconde.

- Wind of change ! Scorpion ! Je ne savais pas que tu étais romantique, Lacy ! Mais quelle playlist de qualité (j'en attendais pas moins de toi Marion !)

Elle rougit légèrement et détourna la tête vers la vitre pour échapper à son regard.

- J'aime juste bien cette chanson, se défendit-elle. J'ai dansé dessus au bal de mon lycée.

- De ton lycée ? Répéta Will, perplexe.

Connor lui fut reconnaissant de poser la question On aime quand les autres posent les questions qui nous brûlent les lèvres :lol: :lol: . Il n'aurait pas donné plus de douze ans à Lacy.

- Le collège est rattaché au lycée en fait, explicita-t-elle. Et on nous laisse aller à leur bal. Drew s'était fait une coiffure immonde !

- Qu'est-ce que Drew fichait à ton bal de lycée ? Dit-il, encore plus surpris.

- Oh on va dans la même école. A Brooklyn ! Elle m'ignore la plupart du temps et je dis aux autres qu'on se voit dans un camp de vacances l'été, c'est tout.

- L'horreur, la plaignit Lou Ellen. Vous imaginez supporter Drew à l'année ?

- Je préférerais rester aux Enfers, lâcha Nico d'un ton plat. Comme beaucoup ahah

Sous le coup de la surprise, Connor manqua de caler. Il mit une seconde à comprendre que Nico avait fait de l'humour et il éclata de rire en même temps que les autres comment ça le surprend encore je meurs :lol: :lol: . Pour sa défense, il devait avouer qu'il n'avait jamais eu trop l'occasion de parler au fils d'Hadès et encore moins d'échanger des plaisanteries. Pourtant, ils avaient été parmi les premiers à l'accueillir à la Colonie avec Travis. Dans un lointain souvenir, il se rappelait même avoir voulu lui enseigner le poker Avec un Nico encore tout mignon tout émerveillé T.T ça me brise le coeur chaque fois que je relis ces passages. Il n'aurait sans doute pas tourner de la même manière si Bianca avait vécu ... . Et puis Nico avait disparu sans donner aucune nouvelle avant de réapparaître complètement changé à la Bataille du Labyrinthe. Ça, Connor s'en souvenait très bien. Il avait assisté à l'arrivée de Nico, entièrement transformé : il n'avait plus rien du petit garçon qui se trimballait avec un casque trop grand et un paquet de cartes Mythomagic. Son teint était blanc comme celui d'un mort, ses cheveux noirs avaient poussé, et son corps s'était aminci de façon inquiétante. Plus que tout, il s'était planté au milieu des monstres qui rugissaient autour de lui et avait levé les mains avec un regard déterminé. Des dizaines de squelettes avaient alors surgi du sol. Connor en frissonnait encore. La terre s'était littéralement ouverte pour déverser une armée de morts que Nico avait mené à la bataille sans hésiter. Maintenant qu'il y songeait, l'un d'eux avait même peut-être sauver Travis. Connor n'avait jamais rien vu de pareil. A la fin de la bataille, Nico s'était effondré, épuisé, le corps fumant. Il l'avait presque cru mort pendant un instant. Un mot. Badass.

Puis, Nico avait disparu. Encore. Et c'est que le début d'abord d'abord ... A croire que ce type était aussi évanescent que les ombres dans lesquelles il se glissait Mais quelle phrase de toute beauté. Quelle analyse fine et géniale. . Connor n'avait plus entendu parler de lui jusqu'à la Bataille de Manhattan où il l'aurait presque serré dans ses bras en le voyant débarquer avec Hadès à ses côtés et une armée de morts dans son sillage. Sans le Dieu des Enfers, Connor ne se faisait pas d'illusion : les troupes de Cronos les auraient surpassés en nombre. Peu de temps après, il avait cru que Nico trouverait sa place à la Colonie. Comme lui, tout le monde s'était accordé sur le fait qu'il avait été décisif pendant la bataille et Connor soupçonnait même que le béguin de Will avait commencé à ce moment-là. Malheureusement, ça n'avait pas duré. Les campeurs avaient tenté de faire des efforts pourtant. Travis avait même tenté d'inviter Nico dans leur équipe de Capture à l'Etendard mais il avait refusé, préférant se la jouer solo. A force de repousser les autres, Nico s'était isolé et Connor avait recommencé à le trouver flippant. On aurait dit que les ombres s'attachaient à ses pas et que la température baissait dès qu'il arrivait au repas, comme si ses émotions se diffusaient hors de lui. J'adore ce regard de Connor sur Nico. Nous on l'adore et on le plaint, mais c'est vrai que d'un point de vue extérieur il peut être antipathique voire arrogant (un côté j'ai plus de pouvoir, je suis le fils d'un grand, je vaux mieux que vous) et c'est intéressant à constater.

Et l'histoire s'était répétée. Nico s'était envolé, dissout dans l'obscurité sans que personne ne le remarque. Il avait passé un temps fou à chercher Percy Jackson, mystérieusement disparu, puis Connor avait appris bien plus tard qu'il avait passé un certain temps au Camp Jupiter dont il connaissait l'existence avant tout le monde. Will lui avait raconté la suite sans entrer dans les détails : Nico avait participé à la quête des Sept Héros de l'Olympe, fait une plongée dans le Tartare, et un séjour dans une urne en mangeant des grenades. Enfin, s'il avait bien compris. Quelle concision :lol: :lol: :lol:

Tout ça pour dire qu'il n'avait jamais pu passer beaucoup de temps ensemble jusqu'à la fin de la guerre contre Gaïa. Connor devait avouer que Will lui avait bien du bien : Nico semblait moins renfermer qu'avant. Ça ne voulait pas dire qu'il était sociable, loin de là, mais c'était un début. Sa touche d'humour à l'instant le prouvait.

- Et alors, reprit-il en direction de Lacy tandis que Wind of change résonnait toujours, t'as dansé un slow sur ça ?

- Oui... marmonna Lacy en prenant encore quelques teintes de rouge.

- Mais quelle bourreau des cœurs, miss Brown ! Il me tue franchement tu l'écris si bien :lol: :lol:

- Connor, laisse-la tranquille, rabroua Lou Ellen.

- Quoi ? Je m'intéresse ! Bon, dis-nous, il était comment ton cavalier ?

- Ou ta cavalière, intervint Will d'un ton appuyé. Tu as bien raison de le préciser ma petite Anna"

Connor claqua des doigts.

- Bien sûr, pardon. Je ne fais aucune présupposition. D'ailleurs, je trouve ça indigne qu'Obama n'est toujours pas légiféré sur le mariage gay ! Hé mais tu as le côté justicier de ton frère avoue le :lol: :lol:

- C'est possible ? Interrogea Lacy avec innocence.

- C'est même essentiel, oui. Promis, Will, je me tiendrais à carreau pour ton mariage avec Nico et je ne dévaliserai pas votre buffet ! Exactement nous au mariage de Cazo

Lou Ellen tenta d'étouffer son rire, sans succès, et il échangea un regard amusé avec elle dans le rétroviseur. Il réussit à apercevoir en même temps l'expression choquée de Will et le visage écarlate de Nico. Il ne savait même pas que son teint pâle pouvait prendre autant de couleurs.

- Di Immortales, l'entendit-il jurer.

- Connor ! S'étrangla Will.

- Désolé, désolé. On parlait du cavalier de Lacy ! Tu disais ?

A côté de lui, Lacy parut maudire de redevenir le cœur de la conversation. Elle joua avec ses mains sur ses genoux.

- C'était un garçon de l'école, dit-elle nerveusement mais avec un sourire. Il s'appelle Carter. Hello Carter

- J'espère que ce Carter a été un gentleman.

- Il a été génial. Mais il y a eu une fuite de gaz ensuite, ça a un peu gâché la fête. C'est dans les CdK? J'avoue j'ai complétement oublié certains passages.

Connor haussa un sourcil.

- Tu m'étonnes. Ça a dû casser l'ambiance.

- Oui...

- Tourne à droite ! Fit brusquement Nico.

- Quoi ?

- A droite ! Répétèrent ses camarades à l'arrière en concert. J'avais déjà éclaté de rire en première lecture, cette image est tellement visuelle :lol: :lol:

Il retint un juron et donna un coup de volant si brusque que Lacy et Lou Ellen se retrouvèrent projeter contre leur portière. Nico, lui, se retrouva projeter contre Will. Bien fait, jubila Connor en s'engageant sur leur nouvel itinéraire Quel petit con :lol: . Le soleil commençait à être à son zénith. En jetant un œil à l'heure, il constata qu'effectivement il n'était pas loin de midi. Le ventre de Lou Ellen gronda pile à ce moment-là.

- On s'arrête à la prochaine station-service ? Dit-elle, pleine d'espoir.

- Pas de problème !

C'était maintenant ABBA qui passait à fond à la radio et Connor battit la mesure sur le volant.

- Et toi, Connor ? Demanda alors Lacy.

- Et moi quoi ?

- T'as déjà été à un bal ? T'as une amoureuse ou un amoureux ?

La question le prit tellement au dépourvu qu'il faillit à nouveau sortir de la route. Il faudrait vraiment qu'il songe à passer son permis. A sa plus grande horreur, il sentit en plus ses joues chauffer.

- L'arroseur arrosé, commenta Will, moqueur.

- Qu'est-ce qu'il y a Connor ? Renchérit Lou Ellen. Personne n'a jamais voulu de toi ? *espère secrètement que la réponse sera négative*

- Eh ! Je te ferais dire que je suis sortie avec Leah pendant presque un an. (Il marqua une pause). Avant qu'elle me jette.

Will se pencha entre les sièges.

- Leah ? Des Héphaïstos ?

- T'en connais beaucoup ?

- Non, non... Mais ça me surprend. Elle est plutôt... jolie. "Et je voyais plutôt avec un thon. T'as vu ta tronche de lutin?"

Connor ricana. Effectivement, Leah était belle comme fille avec ses longs cheveux bruns et ses yeux couleurs café. Sous-estimé cette couleur café des yeux, je trouve ça magnifique des yeux marrons clairs. Et même chocolat velouté c'est beau. Bref, aimez votre couleur d'yeux (Moi ils sont VERT COMME UN CRAPAUD FRAI DU MATIN MOUAHAHAH)

- Et ? Dit-il. Ça t'étonne qu'elle ait bien voulue de moi ? Je peux être très charmeur, tu sais. En plus, elle me considérait comme un héros après que j'ai réussi à mettre de la mousse à raser dans le shampoing de Clarisse. :lol: :lol: :lol: Quel homme

- C'était toi !

- Qui d'autre ?

- Mais elle a rompu avec toi ? Intervint Lacy. Ouais revenons à l'essentiel de cette histoire

Cette fois, Connor grimaça. Il se souvenait encore de la voix glaciale de Leah quand elle lui avait annoncé qu'il était hors de question qu'elle continue une relation dans laquelle elle était la seule à s'investir et qu'elle refusait de se battre pour avoir un peu d'attention dès que Travis était dans les parages Ouuups. Elle avait peut-être même ajouter qu'il était un « gamin qui avait sérieusement besoin de revoir ses priorités ». Comme si elle était la première à lui dire j'imagine sa voix blasée mouahahah. Oh j'ai Just a Kind of Magic qui passe sur Youtuuuube . Il aurait dû la mettre en contact avec sa mère, elles se seraient bien entendues tiens. :lol: :lol:

- Oui, finit-il par répondre sobrement. On n'était pas vraiment sur la même longueur d'onde.

- Oh... Et tu es sortie seulement avec elle ?

- Déjà, je te ferai dire que c'est pas mal. Et non... Il se peut que j'ai aussi... (Il soupira). Vraiment, avec le recul, je ne sais pas ce qui m'a pris.

- T'as embrassé Chiron ? Lança Lou Ellen, amusée.

- Pire. BIEN PIRE

- Monsieur D. ? Plaisanta Will.

- Non... Drew. Dans les écuries. Pendant les vacances de noël l'année dernière. MOUAHAHAHAHA le retour du sourire de débile

La réaction des autres ne se fit pas attendre. Un frisson collectif les parcourut et Connor ne put les blâmer. Il avait encore du mal à le croire lui-même. Lacy le dévisagea même, l'air perturbé pour sa santé mentale. A l'arrière, Nico secoua la tête.

- Tu baisses dans mon estime, lâcha-t-il.

- Oui, bon, ça va ! On peut pas tous tomber sur un Will du premier coup. Comment il tire à balle réelle je meurs :lol: :lol:

Le biathlon c'est officiellement fini je suis triiiiiste T.T T.T Comme Anne-Sophie (la commentatrice) je suis à deux doigts de pleurer.


La remarque eut l'effet escompté : ils s'empourprèrent tous les deux. Lou Ellen éclata de rire à nouveau et Connor en tira une certaine fierté. Après ce point sur leur vie amoureuse respective, le silence retomba. Il aurait bien aimé continuer sur le sujet et embêter Lou Ellen ou Will, mais il n'osa pas pour des raisons différentes. En ce qui concernait ce dernier, il n'était pas assez méchant pour le faire devant Nico. Quant à Lou... il n'était pas sûr de vouloir vraiment savoir.

Leur route continua donc sur la bande-son de la radio. Il chanta à tue-tête Don't Stop Me Now Qui a très clairement le titre de ma chanson préférée au monde de Queen avec Lou Ellen alors que les autres les regardaient, amusés, et Connor se dit que ce n'était pas un mauvais début de quête pour une fois.

Quelques minutes plus tard, ils s'arrêtèrent à une station-service pour refaire de l'essence et acheter à manger. Will le surveilla tout le long, comme s'il avait peur qu'il vol quelque chose, mais il se tint à carreau. Enfin, presque. Si Lacy eut droit à un porte-clé en forme de fée à paillettes en cadeau, il n'y était peut-être pas pour rien Mais il est tellement mims putain. Mais une nouvelle fois c'est grâce ou à cause de ce côté mims qu'on peut facilement avoir un crush sur lui . Avant de remonter en voiture, elle fit mine de fermer sa bouche à double tour et il lui fit un clin d'œil complice. Il commençait à bien aimer cette gamine. Il l'avait cru plus renfermée, mais force était de constater qu'une fois débarrassée de la menace de Drew, Lacy pouvait se révéler pleine de vie. COUPLE HERMES APHRODITE MEILLEUR COUPLE DU MONDE

- C'est encore loin ? Soupira Lou Ellen trois heures plus tard.

Connor lui fut reconnaissant de poser la question. Il commençait à avoir mal au dos à force de conduire.

- Non, plus beaucoup, dit Nico. Prend la prochaine sortie.

- Par les Dieux, merci. J'ai l'impression d'avoir roulé trois jours. (Il s'engagea sur la file de droite pour être sûr de ne pas louper la sortie). Rappelle-moi comment tu sais où se trouve cette déesse inconnue déjà ?

- C'est un peu compliqué...

- Qu'est-ce qui ne l'est pas avec toi ? BAM BAM BAM

La phrase était voulue comme une blague, mais il vit tout de même la gêne de Nico par le rétroviseur et il s'en voulut immédiatement.

- Mélinoé est une déesse un peu particulière... expliqua finalement Nico en jouant avec sa bague. Pour la faire courte, elle est la fille de Zeus et Perséphone.

- Quoi ? Mais Perséphone est pas... genre la fille de Zeus ? Depuis quand c'est clair et saint avec les Dieux? Juste pour faire chier Hadès il aurait été capable de coucher avec sa femme, même si c'est sa fille;

- Si. Zeus l'a trompé en prenant l'apparence d'Hadès.

Connor fit semblant d'avoir un haut le cœur.

- Parfois, je me demande ce qui lui passe par la tête et comment il peut être roi des Dieux, commenta-t-il, abasourdi. L'univers lui a donné la foudre et en a fait le plus puissant des Dieux. D'autres questions?

En écho à ses paroles, un éclair zébra soudain le ciel et tout le monde se tendit. Connor ravala ses jugements en gardant un œil prudent sur la météo, puis il sortit enfin de l'autoroute.

- Enfin bref, Mélinoé est leur fille. Elle est à la fois une divinité ouranienne et chtonienne.

- Une divinité quoi et quoi ? Dit Lacy, sourcils froncés.

- Olympienne et infernale, traduisit Will. Une divinité duale en quelque sorte, donc ? La dualité, c'est cool.

- C'est ça. Et à ce titre, les fantômes sont un peu ses émissaires. Pas vraiment sur terre ni en Enfer. Comme elle, ils n'ont leur place nulle part. C'est beau cette idée. Triste, mais beau.

Les mots de Nico s'étaient teintés d'une certaine gravité et Connor frissonna. Il se demanda s'il y voyait une sorte d'écho à sa propre situation, mais il n'osa pas poser la question au risque de se faire avaler par le sol et ça emporterait toute la voiture avec eux, c'est triste quand même. . Il fit semblant de ne pas remarquer la façon dont Will s'était légèrement incliné vers Nico jusqu'à ce que leurs épaules se touchent. oOOOUPS

- C'est pour ça que je voulais aller la voir, reprit le fils d'Hadès. Les fantômes sont un peu ses yeux et ses oreilles, elle pourra peut-être nous en dire plus sur les voleurs de torches et ce qui nous attend.

- Mais les fantômes... Ça existe vraiment ? Souffla Lacy.

- En quelque sorte. On les appelle comme ça, mais en réalité ce sont des âmes qui n'ont pas encore fait face à leur jugement ou qui refusent de prendre la barque de Charon. Parce qu'elles ont peur ou qu'elles ont encore des affaires à régler, elles errent ici, infiniment, comme un souvenir de ce qu'elles étaient. On a besoin de la meuf de Ghost Whisperer (OK j'ai un doute sur l'ortho mais alors grave)

- C'est triste...

- C'est leur choix. Il faudra bien qu'elles affrontent la mort un jour de toute façon. Ghost King

Y'a pas à dire, songea Connor. Nico était le genre de gars qui savait remonter le moral. Il se râcla la gorge, nerveux.

- Et ces fantômes ? Tu peux les... maîtriser ? Juste pour savoir avant qu'on débarque.

- Justement... C'est un peu flou. (Il donna soudain un coup sur le dossier de son siège). Prends la prochaine à droite.

- Par les Dieux, Nico, t'es nul en GPS, préviens plus tôt ! On dirait mon meilleur pote quand on est parti en raod trip en Croatie

Pour la dixième fois aujourd'hui, Connor manœuvra un virage au dernier moment. Ils avaient traversé une ville périurbaine et s'enfonçaient maintenant dans la campagne du New Jersey. Ce n'était pas l'endroit sur lequel il aurait parié pour retrouver une déesse.

- Et comment ça un peu flou ? Dit-il sur ses gardes.

- Techniquement, je peux maîtriser les fantômes. Ils m'obéissent.

- Le Roi Fantôme, cita Will. Ce n'était pas ce qu'une prophétie disait il y a quelques années ? La main du roi-fantôme causera ta gloire ou ta chute. C'était pour la quête d'Annabeth avant la Bataille du Labyrinthe, je m'en souviens. Quelle mémoire mon garçon. De l'enfant d'Athéna se sera la dernière lutte.

Connor ne savait pas s'il devait être impressionné ou effrayé par la mémoire de Will Les deux mon ami. . Il supposa que retenir tous les savoirs de médicine avait dû l'entraîner toutes ces années. Maintenant qu'il entendait les mots, les souvenirs lui revinrent aussi. Il n'avait peut-être pas exactement entendu la prophétie à l'époque si elle avait été faite à Annabeth, mais elle avait dû parvenir aux oreilles des pensionnaires plus tard.

Nico garda le silence de longues secondes avant de répondre :

- C'est un titre stupide, finit-il par maugréer. Minos s'était proclamé le Roi Fantôme quand il était encore juge des Enfers. Je l'ai juste... récupéré, on va dire, en le bannissant. Y'a juste eu un petit transfère de pouvoir.

- Stylé. Ça veut dire que je ne peux plus t'appeler le petit prince ? Bon le sourire de débile, il va falloir arrêter maintenant.

- Tu ne pouvais pas dans tous les cas, rétorqua Nico avec humeur. Et pour revenir à mon pouvoir sur les fantômes de Mélinoé, c'est compliqué comme je disais. Les siens ne font pas vraiment partis du royaume d'Hadès. Ils en sont à la périphérie. On verra bien...

- Rassurant, évalua Lou Ellen. Mais après tout, ça ne sera pas la première fois qu'on improvise, non ?

- Improviser c'est mon deuxième prénom, affirma Connor. C'est celui de tous les Demi-dieux j'ai l'impression

Derrière lui, Lou Ellen pouffa.

- Je croyais que c'était Louis-Antoine ? Lâcha-t-elle avec malice. Ne laissera pas s'épanouir le sourire débile. Non non. Je suis forte.
Spoile alert : je suis faible.


S'il n'avait pas été en train de conduire, il se serait retourné, indigné.

- Lou ! S'écria-t-il.

- Louis-Antoine ? Répétèrent Lacy et Will d'une même voix.

- C'est ma mère, d'accord ? Elle a un truc pour les explorateurs, les navigateurs... J'ai eu droit à Bougainville, Travis a évidemment eu Christophe Colomb ce traître. Fin de l'histoire. Et Lou, je ne te parle plus. Il est vraiment trop mims :lol: :lol:

- Oh allez Connor, c'est drôle !

- Ca le serait si je pouvais aussi me moquer de ton deuxième prénom !

- J'en ai pas, tu le sais. Mon nom est déjà assez long comme ça, tu ne crois pas ?

Il lui accordait le point. D'ailleurs, ça faisait longtemps qu'il avait renoncé à le prononcer en entier. Maintenant qu'il y pensait, Cecil et lui devaient être les seuls à l'appeler simplement « Lou ». Je vois clairement bien Connor avoir la flemme de l'appeller Lou Ellen :lol: :lol:

Ils arrivèrent soudain à une intersection à l'orée d'un bois. Un champ de salade s'étendait sur le bas-côté. Cette indication me fait rire :lol: :lol:

- Droite ou gauche, Nico ? S'enquit-il.

- Ni l'un ni l'autre. Gare-toi, on descend.

- Ici ? S'étonna Will. Mais il n'y a rien...

- Pas encore. Mélinoé est dans une caverne, plus loin dans les bois.

Lacy regarda les arbres avec anxiété.

- Elle ne pouvait pas habitée dans un hôtel lumineux ? Déplora-t-elle. Tu peux aller à l'hôtel du Lotus à Las Vegas si tu préfères. Demande à Nico

- Allez, courage ! L'encouragea Connor. On n'a même pas encore du monstre, on est chanceux ! J'avoue. Percy lui à sa première quête il a eu le droit aux Furies dans le BUS.

Il ouvrit sa portière et sortit de la camionnette d'un bond. Il essaya de ne pas penser à sa phrase. Même s'il avait voulu rassurer Lacy, le fait qu'aucun monstre ne leur ait barré la route l'inquiétait en réalité plus qu'autre chose. A eux cinq, ils devaient projeter une aura de Demi-Dieux assez importante qui criait à tous les monstres aux alentours : « festin juste ici, venez ! ».

Scrutant le champ de salades avec méfiance C'est clairement de là d'où vient le danger. On sait tous que tout ce qui est vert est démon. Légume brrr... , il traversa la route et rangea les clés dans sa poche de jean. Le bois en face de lui avait l'air tout ce qu'il y a de plus normal. Dans son dos, les autres récupéraient leurs armes dans le coffre, puis ils le rejoignirent dans son observation. Lou Ellen inspira profondément.

- On reste ensemble, d'accord ?

- Mon plan préféré, approuva Connor.

Et ils pénétrèrent dans la forêt.

***********************

Et voilà le nouveau chapitre ! J'espère que vous avez aimé ! Je sais qu'il est assez court, mais l'action arrivera dans le prochain ^^

Dédicace à Perri parce que j'ai repris des éléments qu'elle avait inventé sur Connor dans La Cour des Miracles, comme son deuxième prénom par exemple ^^ *salue la foule* La référence à Lacy qui danse avec un certain Carter est bien sûr tirée des Chroniques de Kane quant à elle !

Et enfin, dernier message : j'encourage tout le monde à aller écouter les Beatles, surtout Hey Jude, parce que c'es un monument de la chanson haha!

On retrouve dans deux semaines, le lundi 22 !
C'était génial comme chapitre Marion ! Ce n'est pas grand chose, une discussion badine, des chansons sympa mais c'est hyper agréable à lire, on passe un super moment ! Franchement, c'était super et j'ai hâte d'être au prochain (AH AH AH non, je sais déjà que le prochain sera EXCEPTIONNEL)
Florance

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Florance »

Ah tous ces dialogues !! Merveilleux chapitres. Des références, des émotions et beaucoup de fou rire. XD
Connor est vraiment trop adorable, mais je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas voulu du chauffeur français. A moins qu'il soit vraiment désagréable à regarder ?
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Chapitre 5 : La déesse noire et blanche

Il fallait voir le bon côté des choses : Lou Ellen n'avait jamais eu peur de l'obscurité. Hécate était une déesse lunaire, au même titre que Séléné et Artémis, et ses enfants avaient donc une prédisposition à évoluer dans le noir. Lou Ellen avait déjà remarqué que ses pouvoirs étaient souvent plus puissants la nuit, même si elle ne s'amusait pas à transformer les gens en cochon pendant leur sommeil. En vérité, la forêt autour d'eux n'était pas si sombre que ça. La fin d'après-midi approchait certes, mais la lumière du soleil arrivait encore à s'infiltrer entre les branches. Autour d'eux, les arbres étaient silencieux, à peine secoués par le doux vent d'octobre.

Lou Ellen porta la main à son collier, celui en forme de triple croissant de lune qu'elle avait déniché dans l'armurerie. Elle avait cru s'en servir plus tôt, mais leur route avait été finalement assez calme jusqu'ici, mis à part les tentatives de karaoké de Connor. Encore amusée par la vision de celui-ci chantant à tue-tête, elle accéléra le pas pour être à sa hauteur. Il marchait d'un air décidé et vigilant à la fois, jetant des coups d'œil par-dessus son épaule de temps en temps. Elle se demanda si lui aussi ressentait cette drôle de sensation d'être observé, comme si les troncs d'arbres avaient soudain des yeux qui les suivaient.

Mal à l'aise, Lou Ellen regarda autour d'elle, mais rien ne détonnait. De la mousse, des arbres, des branches, quelques champignons... Une forêt classique en automne. Devant elle, Nico ouvrait la marche en écartant les branchages sur son chemin avec son épée en fer stygien qui paraissait absorber la lumière autour de lui. A moins que ça ne soit Nico lui-même qui produise cet effet-là. Il formait un contraste étonnant avec Will, quelques pas derrière lui. Avec sa touffe de cheveux blonds, son arc, son carquois et son t-shirt orange de la Colonie, Will détonnait dans le paysage. Lou Ellen ne regretta pas d'avoir pris sa veste en jean noire, plus discrète. Derrière eux tous, Lacy fermait la marche et elle se fit la réflexion que ce n'était pas le plus judicieux. Ce n'était même pas un choix conscient en vérité, mais Lacy avait simplement des jambes plus courtes que les leurs et semblait avoir du mal à suivre le rythme. Elle aussi se détachait nettement avec ses cheveux blonds et son pull rose.

- Pour ma prochaine quête, murmura-t-elle dans sa barbe, j'obligerai tout le monde à se teindre les cheveux en noir pour plus d'efficacité.

Connor étouffa un rire à côté d'elle.

- En noir, carrément ? Les miens ne passeraient pas ?

Elle avisa ses boucles châtains en désordre.

- On verra, dit-elle. Au moins tu ne portes pas du rose ou du orange.

- C'est vrai, approuva-t-il en tirant sur son sweat à capuche gris. Enfin, si tu nous habilles tous en noir, on aura l'air d'une armée de Nico. (Lou Ellen se retint d'éclater de rire devant l'image). Je... En plus, ce n'est même pas le mien, c'est celui de Travis. Il l'avait oublié dans le bungalow...

- Oh...

Les mots lui échappèrent. Depuis le départ de Travis, elle devait avouer qu'elle ne savait pas très bien comment gérer Connor et son amertume. C'était une émotion qu'elle l'avait rarement vu aborder, à part peut-être lorsqu'ils parlaient ensemble de leur parent divin absent.

- Tu as des nouvelles de lui ?

- Un peu... On s'est envoyé un message-Iris la semaine dernière, mais la communication n'arrêtait pas de couper. Ça commence à devenir pénible ce problème... Mais bref, il a repris les cours à la fac de Denver. Il se débrouille. Même si je sais que... Enfin, il pense toujours à Dylan.

Lou Ellen avait entendu parler de cette histoire dans les grandes lignes. Elle savait que Dylan était une sang-mêlé que les frères Alatir connaissaient de chez eux, à Denver, et qu'elle avait plus ou moins participer à une quête illégale avec Travis en septembre, entraînant au passage Connor, Nico et Alice. Elle s'en souvenait parce que Will s'était rongé les sangs sans nouvelle de Nico et elle n'avait pas osé le dire, mais elle avait ressenti la même chose pour Connor. Ce n'est pas qu'elle ne le savait pas capable de se débrouiller, bien au contraire, mais elle savait aussi que dès que Travis était impliqué, il avait tendance à perdre sa lucidité et la simple notion de prudence.

- Elle n'est toujours pas revenue ?

- Non et je ne pense pas qu'elle soit prête à le faire.

- Hum...

De biais, Connor coula un regard vers elle.

- Et toi ? Fit-il. Comment tu te sens ?

- Moi ?

- Oui... je veux dire, tu as rencontré ta mère, non ?

Son ton était étrangement maîtrisé, comme s'il avait longuement hésité avant de poser la question, et Lou Ellen sentit faire un soubresaut en repensant à la vision d'Hécate et sa couronne qui pointait vers un ciel sans lune.

- C'était déstabilisant, avoua-t-elle après quelques secondes. Tu connais cette sensation où t'étais imaginé un scénario dans ta tête des milliers de fois mais quand ça arrive enfin la réalité est complètement différente ?

- M'en parle pas, dit-il avec un rire désabusé.

- Et bien, c'était ça. Elle était... Oh t'aurais dû la voir, Connor. Divine, dans le sens premier du terme. Rien à voir avec la mère que j'avais imaginé.

- Mais elle t'a parlé de... vous, un peu ?

- Pas vraiment, non. Ou alors à sa manière. Elle m'a dit qu'elle m'avait choisis spécifiquement parmi tous ses enfants... Au début, ça m'a fait plaisir, tu sais ? Mais maintenant, je ne suis même pas sûre de ce que ça signifiait...

Connor la contempla, un de ses sourcils en accent circonflexe levé, et un rictus se dessina sur ses lèvres.

- Oh allez, Lou, ne fais pas ta modeste, dit-il.

Elle mit une seconde à comprendre sa remarque.

- N'importe quoi, je...

- De tous les enfants d'Hécate, tu es celle qui arrive le mieux à manipuler la magie. Et la brume. Ta mère a raison.

- C'est juste parce que je suis la plus âgée et que j'ai le plus d'entraînement, protesta-t-elle en rougissant.

- Ce n'est pas juste ça, tu...

- Chut !

La voix de Nico coupa court à leur conversation. Lou Ellen se figea et Connor manqua de rentrer dans Will avant de s'arrêter à la dernière seconde. Elle n'entendit que le bruit des feuilles qui bougeaient à la cime des arbres.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Lacy, nerveuse.

- On arrive, répondit Nico. C'est la grotte là-bas.

Il désigna un creux dans la roche à une dizaine de mètres. Lou Ellen plissa les yeux pour mieux voir. En octobre, le soleil se couchait tôt et ils étaient déjà presque dans le noir.

- Elle habite là ?

- Habiter est un grand mot. Disons qu'elle s'y matérialise la nuit. Le jour, elle vit dans une caverne dans les Enfers, c'est sa résidence principale si vous voulez. Mais Mélinoé est la déesse des cauchemars et elle aime sortir la nuit pour faire peur aux mortels. Cette grotte est le pendant de la sienne aux Enfers, comme une sorte de matérialisation dans le monde humain. Elle est née ici. Perséphone s'y était réfugiée.

Will parut horrifié par l'idée d'un accouchement dans des conditions sanitaires pareilles.

- Tu l'a déjà rencontré ? Demanda-t-il.

- Une fois, oui...

Lou Ellen nota le ton évasif de Nico. Elle devina que la rencontre n'avait pas été chaleureuse.

- Et elle est comment dans le genre déesse ? Interrogea Connor. Sur une échelle de Gaïa à Hestia ? On risque de devoir se battre ou pas ?

- Aucune idée, ça va dépendre de son humeur, avoua Nico. Mais dans le doute...

Il raffermit sa prise sur son épée. Connor parut comprendre le message. D'un geste, il décrocha le mousqueton à sa taille et fit apparaître son épée en bronze céleste gravée d'un caducée. Presque à contre cœur, Will encocha une flèche, prêt à tirer si nécessaire et Lou Ellen porta à nouveau la main à sa gorge. Son saï sa matérialisa dans sa main une seconde plus tard. Pour une arme à trois lames, elle était étonnement légère.

- Lacy, prends tes poignards, ordonna-t-elle en voyant la petite rester immobile.

- Oh oui, oui...

Lacy se saisit des deux poignards jumeaux qui pendaient à sa ceinture : en bronze, tout simples, ils n'avaient rien de remarquable mais leur lame paraissait affutée correctement.

- Mais je... (elle se mordit la lèvre). Je ne sais pas très bien m'en servir, dit-elle en piquant un fard. Drew dit que les enfants d'Aphrodite ne devraient pas avoir à se battre...

- Comme d'habitude Drew est une idiote, pesta Connor. Et ce n'est pas grave, reste juste bien derrière moi, d'accord ?

Lacy hocha vivement la tête. Par instinct, Lou Ellen se rapprocha d'elle. Elle lui arrivait à peine au menton. Une soudaine pression lui serra les entrailles et elle ravala la boule d'angoisse qui lui obstruait la gorge. Sa première véritable quête commençait maintenant. C'était sans doute idiot d'y accorder tant d'importance, elle avait participé à deux guerres par les Dieux. Elle avait fait ses preuves. Pourtant, pour une raison qu'elle n'aurait pas pu expliquer, une quête lui semblait différente. Plus personnelle, plus demandeuse.

D'un pas résolu, elle ouvrit la marche avant que Nico n'ait pu le faire. Elle était déterminée à passer la première. Dans son dos, elle entendit les autres la suivre. Et alors qu'elle n'avait pas eu froid jusque-là grâce à sa veste et sa chemise verte à manche longue, elle sentit un souffle glacé lui caresser la nuque dès qu'elle pénétra dans la grotte. A l'extérieur, elle entendait toujours les oiseaux chanter, mais c'était comme si la vie de la forêt n'osait pas entrer ici. Les murs de pierre étaient d'un gris profond, presque noirs, et la lumière diminuait à mesure qu'ils s'enfonçaient dans les entrailles de la Terre. Cette idée arracha une grimace à Lou Ellen. Depuis Gaïa, elle préférait éviter de se retrouver dans cette position, même si elle savait rationnellement que tout était terminé. Elle retint l'impulsion de ramener ses bras autour d'elle pour se réchauffer, mais elle garda son épée brandit devant elle.

- Qui vient me trouver ? Proclama soudain une voix rauque.

Lou Ellen manqua de sursauter. Elle déglutit, puis tourna lentement sur ses talons. La silhouette d'une femme se découpa dans les ombres.

- Mélinoé ? Souffla-t-elle.

- Cela faisait longtemps que je n'avais pas reçu de visiteurs... Ce n'est pas très polie de ne pas s'annoncer, demi-dieux.

- Nous... Nous sommes en quête. Nous voulions vous parler, vous posez des questions.

- Des questions ? Et pourquoi penses-tu que j'ai les réponses ?

Lou Ellen jeta un regard incertain vers Nico et il lui fit signe de continuer.

- Parce que vous savez des choses. Vos émissaires en savent en tout cas...

- Ah mes émissaires, répéta la voix, presque susurrante. Oui, je vois. Et que voulez-vous savoir, demi-dieux ?

- Et bien, je ne sais pas si vous êtes au courant mais les torches d'Hécate ont été volées...

Un éclat de rire froid la coupa.

- Si je suis au courant ? Crois-tu que je sois si occupée en ce moment seulement pour le plaisir ? En plus des âmes récalcitrantes, je sois m'occupée de celles égarées ! Sais-tu le nombre de personnes incapables de trouver l'entrée des Enfers sans que le chemin soit éclairé par les torches d'Hécate ! C'est infernal !

- C'est le cas de le dire... lâcha Connor.

Lou Ellen aurait voulu se retourner pour le frapper.

- Oh tu te crois spirituel, demi-dieu, cingla Mélinoé. Le tourment des âmes t'amuse-t-il ?

- Non, madame...

- Déesse !

- Non, déesse.

Le titre parut écorcher la gorge de Connor et Lou Ellen ne pouvait pas lui reprocher. Ça lui faisait étrange à elle aussi de l'entendre comme ça, une sorte d'injection nominative. Pourtant, elle ne voulait froisser Mélinoé et s'apprêtait à s'excuser lorsque la déesse s'avança et sortit enfin de l'obscurité. Lacy laissa échapper un hoquet de surprise. Là encore, elle ne pouvait pas lui en vouloir.

Mélinoé ressemblait à deux pièces d'échecs qu'on aurait coupé en deux puis recoller ensemble sans faire attention aux couleurs. C'était même dur de la regarder. Une partie de son corps était aussi blanc que la neige, tandis que l'autre était aussi noire que l'ébène. De sa peau à ses cheveux en passant par la couleur de ses yeux, le corps double de la déesse se mouvait avec grâce. Sa robe, elle aussi bicolore, épousait ses formes et ses mouvements, comme une extension de sa chair, et Lou Ellen mit une seconde à comprendre qu'elle en portait une. Contrairement à Hécate, elle ne lui parut pas belle au sens classique du terme. Trop anémique, elle avait les traits tirés et ses os ressortaient sous la peau de sa clavicule. Elle n'irradiait pas de ce halo lumineux qui semblait entourer les Dieux d'habitude, comme si à force de rester dans cette grotte, les murs en avaient absorbé la lumière. Pourtant, personne ne pouvait s'y tromper : Mélinoé avait bien une essence divine qu'elle projetait autour d'elle. Elle avait l'air de flotter au-dessus du sol et, malgré le peu de lumière, elle captait l'attention. Ses deux profils, noir et blanc, envoûtaient le regard.

- C'est un look intéressant, ne put s'empêcher de commenter à nouveau Connor, visiblement trop surpris pour tenir sa langue.

- Mon apparence te surprend, demi-dieu ?

- Vous êtes magnifique, s'empressa de la complimenter Lou Ellen avant que Connor ne puisse répondre.

Elle lui écrasa le pied pour faire bonne mesure et il grogna. Mélinoé vrilla ses yeux verrons sur elle.

- Mon corps n'est pas mon choix. Je suis le résultat de la tromperie de Zeus et de la faiblesse de Perséphone. Celle qui reflète la dualité entre deux mondes à l'image de ma mère.

- Une femme charmante, marmonna Connor.

Heureusement, Mélinoé ne parut pas l'entendre.

- Je réitère ma question, demi-dieux, qui êtes-vous ? Et pourquoi venez-vous troubler mon repos ?

- Rien de plus que poser des questions, je vous jure. Nous nous en irons juste après. Hécate est ma mère, elle m'a confiée pour missions de retrouver ses torches. Pour... soulager votre charge de travail.

- Quel altruisme de sa part. Etrange quand on sait que ça fait plusieurs siècles qu'elle n'a pas pris la peine de me rendre visite.

- Oh... Je suis sûre qu'elle le fera quand... quand elle aura récupérer ses torches, assura Lou Ellen sans conviction.

Elle ne blâmait pas sa mère. Elle non plus n'aurait pas aimer venir boire le thé ici avec une déesse effrayante qui vous donnait la nausée dès qu'elle bougeait à cause de sa « bicolorité ».

- Des questions, hum ? Et penses-tu, fille d'Hécate, que mes réponses n'ont pas de prix ? Que je ne demanderais rien échange ?

- On l'avait espéré... dit Connor en shootant dans un caillou.

Mélinoé l'observa, l'air de se demander qui pouvait bien être ce demi-dieu si agaçant. En somme, elle avait l'expression de toute personne qui rencontrait un des frères Alatir pour la première fois et Lou Ellen se retrouva étrangement rassurée par cette réaction familière.

- Laisse-moi deviner, dit-elle, un fils d'Hermès ?

- Comment... ?

- Disons que j'ai un don pour reconnaître les aspects contraires chez les gens. Et après tout, Hermès n'est pas exactement connu pour être unidimensionnel, tu ne crois pas ? (Elle sourit en dévoilant ses dents. Même ces dernières étaient blanches et noires, comme si la déesse avait mangé du chocolat que d'un seul côté). De manière générale, je déteste les gens unidimensionnels. Vous n'êtes pas d'accord ? Qui peut être si simple ? Non, chaque être – divin ou humain – se doit d'être un peu contradictoire, si vous voulez mon avis.

Lou Ellen avait du mal à suivre, mais elle hocha la tête. Pas besoin de contrarier une déesse.

- Bien sûr, acquiesça-t-elle.

- Après, bien évidemment, ce n'est pas le tout de le savoir. Il faut encore y faire face.

- Euh... si vous le dites.

Mélinoé avança d'un pas. Plus elle se rapprochait, plus Lou Ellen sentait le pouvoir qui émanait d'elle. D'un geste lent, la déesse caressa les murs de pierre de sa demeure, comme si elle considérait l'idée de s'y glisser à nouveau au lieu de continuer la conversation. Puis, elle reprit avec nonchalance :

- Je te propose quelque chose, fille d'Hécate. Un marché.

- De quel genre ? Demanda Lou Ellen, méfiante.

- Je vais appeler mes émissaires pour leur demander ce qu'il savent. Je vous promets de vous donner les informations que vous recherchez sur les voleurs des torches.

- En échange de quoi ? Dit Connor.

Lui aussi était sur la défensive, les épaules tendues et la main serrée sur la garde de son épée. Dans son dos, Lou Ellen entendait la respiration lourde de Lacy.

- Pas grand-chose, assura Mélinoé. Je ne vais pas vous demander d'aller me chercher un objet rare ni vous faire courir à travers le pays. Je n'en ai pas la patience et ça serait affreusement classique. (Elle sourit à nouveau). Non, je préfère autre chose. Quelque chose qui me manque affreusement ici : un peu de divertissement.

- De divertissement ? Vous voulez un numéro de claquettes ?

- Connor !

- Un concours de chant, peut-être ? Continua-t-il malgré tout. Je vous préviens, d'après eux je chante comme une casserole, même si je pense bien tenir les Beatles. Et ne vous fiez pas aux apparences, Will ne sait pas chanter. Genre, vraiment.

- Eh !

Une lueur amusée brilla dans les yeux de la déesse. Lou Ellen comprit qu'elle trouvait leur petit groupe déjà divertissant, mais elle n'était pas assez naïve pour croire que ça suffirait. Connor pouvait bien déployer tous ses talents, Mélinoé paraissait savoir exactement ce qu'elle voulait.

- Conserve tes efforts, fils d'Hermès. Ce n'est pas ce genre de divertissement qui m'intéresse.

- Alors qu'est-ce que vous voulez ? Pressa Will.

- Que vous fassiez face à vous-mêmes.

La voix de la déesse avait soudain baisser de plusieurs octaves, arrachant un frisson à Lou Ellen le long de sa colonne vertébrale. Elle n'aimait pas l'idée avant même de savoir ce qu'elle était.

- Je... comment ça ? Faire face à nous-mêmes ?

- Oh rien de bien compliqué, je vous l'assure. Vous devez seulement me laisser vous... examiner.

- Vous êtes docteur ? Parce qu'on a déjà un docteur (il pointa Will du pouce) donc merci mais...

- Pas ce type d'examen, fils d'Hermès. Disons que je peux sonder votre dualité. Vos contradictions. Vos peurs. Vos espoirs brisés.

- Très engageant.

Mélinoé s'était tellement rapprochée qu'elle n'était plus qu'à quelques pas d'eux désormais. Lentement, elle tourna autour de Connor avec toujours ce léger sourire au coin des lèvres, comme si elle s'amusait. Lou Ellen aurait voulu le tirer près d'elle.

- C'est mon marché. A prendre ou à laisser.

- Comment on peut être sûrs que vous tiendrez parole ?

- Tu veux un signe de ma bonne foi, demi-dieu ? Très bien.

Elle leva sa main droite, celle aussi noire que l'ébène, et claqua des doigts. Le bruit se répercuta contre les parois de la grotte. Aussitôt, des silhouettes translucides commencèrent à apparaître autour d'eux. Lou Ellen retint un cri lorsqu'une forme se matérialisa à quelques centimètres d'elle et elle recula si vite qu'elle se cogna contre Will. Petit à petit, la grotte fut remplie par des dizaines de fantômes. Des hommes et des femmes de toutes époques surgissaient de nulle part et venaient entourer Mélinoé, ouvrant la bouche désespérément en cris muets, en suppliques silencieuses, mais elle ne leur accorda aucune attention. Elle était trop occupée à contempler leur réaction avec satisfaction.

- Voici mes émissaires, proclama-t-elle. Ils ne repartiront pas tant que vous n'aurez pas eu votre réponse. A condition bien sûr que vous jouiez le jeu.

- Je... Comment vous allez vous y prendre ? Pour nous sonder ?

- Un simple touché. Ça ne sera pas douloureux. Du moins, physiquement. La vérité sur soi peut parfois blesser après tout.

Lou Ellen hésita. La requête lui semblait si étrange et si inhabituelle qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver ça suspect. Les fantômes autour d'elle ne l'aidaient pas non plus à se concentrer. Ils déambulaient lentement sans aucun bruit, les yeux tristes et creux, tout en restant proches de leur maîtresse. Plusieurs tentaient de pousser des cris vains et elle se demanda si la raison pour laquelle ils étaient encore sur terre étaient des regrets qu'ils voulaient exprimer sans que personne ne se soucie de les entendre.

Le poids de la décision lui pesait lourdement sur les épaules, même si elle savait qu'il revenait. C'était sa quête, son équipe. Elle savait aussi que peu importe sa décision, les autres la suivraient. Du moins, elle l'espérait. De toute façon, elle voyait mal Mélinoé les laisser repartir avec un simple « non désolé, on a changé d'avis finalement, vous pouvez remballer vos fantômes ! A la prochaine ! ».

Inspirant une grande goulée d'air, Lou Ellen finit par hocher la tête.

- D'accord, accepta-t-elle. Marché conclu. On veut bien vous... divertir. En échange, vous nous dites qui sont les voleurs des torches.

- Et où les trouver, ajouta Connor.

- Vous rajoutez des conditions, demi-dieux. Mais je suis d'humeur généreuse.

Lou Ellen s'en félicita. Elle avait l'impression que Mélinoé pouvait être aussi changeante que les couleurs de son corps et décider de changer d'avis en une seconde.

- C'est un pacte.

- Vous le jurez sur le Styx ? Lança alors une voix.

Mélinoé haussa un sourcil blanc et son regard dériva par-dessus Lou Ellen. Elle parut encore plus amusée si possible.

- Tiens donc, s'exclama-t-elle. Mais c'est qu'il parle ! Montre-toi, fils d'Hadès. Tu te caches dans les ombres depuis ton arrivée et je suis ravie de te revoir.

Lou Ellen se retourna. Elle avait presque oublié la présence de Nico et maintenant que la déesse le mentionnait, elle se rendit effectivement compte qu'il n'avait pas décrocher un mot depuis leur arrivée. Elle dut même plisser les yeux pour le voir. A l'arrière du groupe, il semblait envelopper par l'obscurité d'une façon qui n'avait rien de naturelle et il en sortit en faisant un pas en avant. Plusieurs fantômes s'approchèrent immédiatement de lui, comme s'il était une flamme au milieu de la nuit et eux des papillons. Il voulut les chasser d'un geste, mais un homme en uniforme confédéré s'approcha malgré tout et il dut se décaler pour l'éviter, l'air troublé. Mélinoé se mit à rire.

- Oh n'essayes pas, Roi Fantôme, tu n'y parviendras pas. Ces fantômes sont les miens. Ils n'appartiennent pas encore à ton père et sont hors de son autorité. (Elle traversa une des silhouettes translucides pour s'approcher de lui puis ajouta :) Ici, la mort, c'est moi.

- Ces âmes n'ont rien à faire ici, objecta Nico. Elles devront se soumettre à leur jugement un jour.

- Ne me parle pas de justice, fils d'Hadès. Ces âmes ont au contraire toute leur place à mes côtés. J'accueille les égarés, les damnés, les bannis. Tu connais cela, toi, non les bannis ? N'as-tu pas peur de voir apparaître une certaine âme ? Est-ce pour cela que tu te caches ?

- Taisez-vous.

Lou Ellen retint un cri étranglé. Elle ne savait pas si elle trouvait Nico fou ou courageux de s'adresser ainsi à une déesse, mais elle penchait sérieusement pour la première option. Elle le dévisagea, essayant d'insuffler toutes ses mises en garde dans un regard, ce qui n'eut pas grand intérêt puisque Nico ne la regardait même pas. Il lui semblait qu'il avait blêmit, à moins que ça ne soit les auras des fantômes qui se reflétaient sur sa peau. A sa gauche, Will posait des yeux inquiets sur lui.

- Oh ai-je touché une corde sensible ? Minauda Mélinoé. Réponds-moi, fils d'Hadès, sais-tu où se trouve l'âme de Bryce Lawrence aujourd'hui ?

Cette fois, Lou Ellen n'eut aucun doute : Nico avait blêmi.

- Ca n'a aucune importance, répliqua-t-il d'une voix mal assurée. Est-ce que vous jurez sur le Styx, oui ou non ?

- Oui, je le jure sur Styx. (Un grondement sourd marqua sa promesse). Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'amuser avant. Je pourrais essayer d'appeler son âme, tu ne penses pas ? Voir ce qui se passerait.

- Non, dit-il, glacial.

Ce simple mot contenait une colère palpable et Lou Ellen crut même y déceler une pointe de peur. Elle ne comprenait plus rien. Sourcils froncés, Connor lui fit un signe comme pour lui demander ce qui se passait et elle lui répondit en secouant la tête, tout aussi perplexe. Elle avait l'impression que sa négociation lui échappait.

- Vous ne pouvez pas jouer avec les âmes des morts comme ça, reprit-il. Il y a des règles.

- Des règles ? Oh, fils d'Hadès, ne sois pas hypocrite ! Crois-tu que j'ignore ce que tu as fais alors que les Portes de la Mort étaient ouvertes ? Si quelqu'un a brisé les règles, c'est toi. Après tout, cette petite était porteuse d'une malédiction. Sa résurrection m'est parvenue.

- Si vous parlez d'Hazel...

- Bien évidemment que je parle d'elle. Qu'essayais-tu de faire en la ramenant ainsi à la vie ? Défier ton père ? Remplacer une sœur par une autre ?

Le coup était cruel. Mélinoé savait pertinemment ce qu'elle faisait et Lou Ellen s'indigna en voyant le visage de Nico se décomposer. La déesse n'aurait pas eu un autre effet sur lui si elle l'avait frappé et il chancela presque à la mention de Bianca. Elle-même ne l'avait jamais rencontré. Elle n'était pas là l'hiver où les Di Angelo étaient arrivés, puisqu'elle ne venait que les étés à la Colonie, et c'était Cecil qui lui avait raconté l'histoire. Elle n'imaginait pas ce que Nico avait dû ressentir alors que son monde s'écroulait autour de lui. Perdre une sœur et découvrir sa nature de demi-dieu n'avaient pas dû être facile. A côté d'elle, Connor serra les poings et elle se demanda s'il s'indignait comme elle, ou s'il pensait à son propre frère et à ce qu'il ressentirait s'il le perdait.

- Ca suffit, cingla soudain Will. On n'est pas venus pour ça. Nous avons un marché, honorez-le maintenant.

- Très bien, très bien, s'il le faut. (Elle poussa un faux soupir las et promena ses yeux verrons sur eux). Alors ? Qui commence ?

Un long silence accueillit sa question. Personne ne se dévoua héroïquement. Lou Ellen n'en avait aucune envie, mais elle savait que le rôle lui incombait. Ta quête, se répéta-t-elle mentalement, ta responsabilité. Le cœur au bord des lèvres, elle leva la main.

- Moi, dit-elle. Je vais commencer.

- Merveilleux ! Approche, fille d'Hécate. Viens passer mon test.

- Un test ? Je croyais que c'était juste un espèce d'examen de personnalité ?

- Un examen qu'il faut réussir, nuança Mélinoé. Ne me résiste pas, sois sincère, et tout ira bien.

Pourtant, ses mots étaient teintés d'une menace que Lou Ellen ne parvenait pas bien à identifier. Encore plus méfiante qu'avant, elle jeta un dernier coup d'œil à Connor qui paraissait vouloir prendre ses jambes à son cou, puis s'avança pour être face à Mélinoé. De près, la démarcation entre les deux parties de son corps ressemblait à une cicatrice monochrome : une fine ligne grise, brouillée, qui reliait le noir et le blanc ensemble.

La déesse tendit alors la main et la posa délicatement au milieu de sa poitrine, juste au-dessus du cœur, les doigts écartés. Lou Ellen manqua de reculer, mais elle se retrouva paralysée. Rien n'aurait pu la préparer à la sensation qu'elle ressentit dès que Mélinoé toucha sa peau. C'était comme si son corps avait été plongé à la fois dans une cuve de lave ou d'eau glacé. Une vive douleur la traversa tout entière et elle cria. Ses genoux flanchèrent sous son poids.

- Lou ! Hurla Connor.

Mais les fantômes lui barrèrent la route dès qu'il voulut se précipiter vers elle. Lacy émit un sanglot étouffé que Lou Ellen entendit à peine par-dessus le rugissement de son sang qui battait ses oreilles.

- Ne résiste pas, fille d'Hécate, conseilla Mélinoé. Lâche prise ou la douleur sera plus forte.

- Je...

A bout de souffle, elle lutta contra un nouveau cri. Elle sentait une forte pression derrière ses paupières.

- Laisse-moi entrer, souffla la déesse.

Lou Ellen céda. Comme un barrage qui venait de rompre, le pouvoir de Mélinoé s'infiltra en elle avec force et la grotte autour d'elle s'effaça. La sensation était indescriptible. Elle n'avait plus l'impression d'être seule dans son propre corps, comme si Mélinoé s'y était infiltrée et parcourait les couloirs de son esprit, fouillait ses souvenirs, sondait son âme. On disait souvent qu'avant de mourir, on voyait sa vie défiler. Lou Ellen eut à peu près le même sentiment. Elle était persuadée que si la déesse restait trop longtemps dans sa tête, elle finirait de toute façon consumée.

Des flashs et des images surgirent alors de sa mémoire. Des choses que Lou Ellen ne se rappelait même avoir enregistré dans ses souvenirs. Les yeux de Mélinoé se révulsèrent alors qu'elle observait tout à une vitesse folle.

- Une grande solitude, constata Mélinoé. Une petite fille isolée, toujours étrange... Que disent-ils, ces autres enfants ? Sorcière, bizarre, maudite. Tu es aussi duale que moi, fille d'Hécate. Ta mère est la protectrice des morts et des naissances, elle incarne le cycle de la vie. (Elle s'enfonça plus profondément dans son esprit). Tu le ressens cela, n'est-ce pas ? Je vois tes changements d'humeur selon les faces de la lune. Ça doit être épuisant, non ? Oh... Et que vois-je, ici ?

Lou Ellen tenta de résister, prise de panique. Elle savait ce que Mélinoé avait trouvé. Un souvenir en particulier qu'elle n'avait jamais avoué à personne, pas même à Will et Cecil. C'était une journée il y a quelques mois, avant la bataille contre Gaïa alors que l'inquiétude gagnait la Colonie. Connor et elle rangeaient les canoës ensemble. C'était son anniversaire ce jour-là, elle venait d'avoir quinze ans. Il lui avait offert un paquet de bonbons pour rigoler. Il l'avait sûrement volé à quelqu'un, mais l'attention lui avait fait émerger une sensation de chaleur au creux de son ventre. C'était un moment simple, un moment hors de la guerre qui grondait. Connor avait laissé tomber son masque de perturbateur en chef et il lui avait avoué son angoisse à demi-mot, celle qu'il ne pouvait pas confier à Travis pour ne pas l'inquiéter. Lou Ellen avait glissé sa main dans la sienne et il ne s'était pas dégagé.

- Arrêtez, protesta-t-elle en essayant de repousser la déesse.

Une pointe de douleur la traversa.

- Ce n'est pas prudent, fille d'Hécate, se délecta Mélinoé. Donner son cœur à quelqu'un de si instable.

- Je n'ai rien donné du tout.

- Le penses-tu vraiment ou essayes-tu de t'en convaincre ?

- J'ai dit arrêtez !

- Est-il même au courant ?

- Non !

Mélinoé se mit à rire.

- Non, il ne l'est pas ou non tu ne le veux pas ?

- Laissez-la tranquille, ça suffit ! S'écria Connor. Vous en avez vu assez !

Lou Ellen sentit son ventre se serrer. Il ne pouvait pas choisir de pire moment pour rappeler sa présence à la déesse. Lentement, la grotte se matérialisa à nouveau autour d'elle et elle cligna des yeux. Elle avait l'impression de se réveiller après un cauchemar.

- Tu as été sincère, fille d'Hécate. Tu as passé le test.

Et Mélinoé lâcha prise. Dès qu'elle fut libre du touché de la déesse, elle tituba, le corps saturé. De quoi exactement, elle n'en savait rien. Toutes ses sensations étaient perturbées, ses sentiments et réactions aussi. Mélinoé avait eu raison : héritage de sa mère, selon les faces de la lune, elle avait parfois des changements d'humeur ou des sensibilités au jour et à la nuit variables. A cet instant, c'était comme si toutes ses contradictions explosaient en même temps.

- Ça passera, l'informa Mélinoé. Vois ça comme un effet secondaire.

- Merci de l'avoir mentionné avant, grimaça-t-elle.

- Lou ? Tu vas bien ? Appela Connor.

Elle tourna la tête vers lui. Il était toujours retenu par les fantômes et, sans réfléchir, elle leva la main. Sa paume entra en contact avec le fantôme le plus proche. Seulement, au lieu de le traverser, elle rencontra une matière solide et le poussa de toutes ses forces. Elle ne sut pas qui fut le plus surpris entre le fantôme et elle lorsque celui-ci tituba, s'écartant de Connor. Puis, elle chassa les autres d'un simple signe du menton, sec et ferme. Son instinct agissait.

- Laissez-le passer, commanda-t-elle.

Ils s'exécutèrent. Bouche-bée, Connor mit une seconde à réagir avant de se précipiter vers elle. Les autres la dévisagèrent.

- Comment... ? Lâcha Nico, visiblement stupéfait. Comment tu as fait ?

- Voyons, fils d'Hadès, tu n'es pas le seul à avoir des pouvoirs sur les défunts. As-tu oublié qu'Hécate était une déesse infernale des ombres et de la mort ? Je suppose que ses nombreuses facettes et ses liens avec la magie font oublier ses autres pouvoirs, mais il n'est peut-être pas si étonnant que sa fille soit capable de contrôler les âmes qui n'ont pas encore rejoint Hadès. Après tout, Hécate se veut leur guide.

- Enfin, quand elle a ses torches, commenta Connor.

Lou Ellen émit un rire étouffé contre son torse. Il avait passé un bras autour d'elle pour l'empêcher de trembler et elle lui en était reconnaissante. Elle ne savait pas si elle aurait réussi à tenir debout sans son soutien.

- Bien, reprit Mélinoé. A qui le tour ? Je rappelle que vous devez tous vous y soumettre. Fils d'Hermès, puisque tu es là devant moi, autant nous montrer que tu es digne des informations que je vais vous donner.

- Je ne suis pas sûr d'être très enthousiaste...

- Ce n'est pas grave, je ne te demande pas de l'être.

Sans prévenir, Mélinoé porta la main sur le sternum de Connor. Pour un peu, on aurait dit qu'elle allait l'étrangler si elle remontait vers sa gorge. Lou Ellen le sentit se raidir contre elle et il laissa échapper un grognement douleur, sûrement comme elle il y a quelques minutes. Ses yeux se voilèrent. Elle se demanda si lui aussi voyait des tranches de sa vie, s'il ressentait l'intrusion de la puissance divine dans son esprit.

- Oh celui-ci est fuyant, se moqua Mélinoé. N'essaye pas de me berner, fils d'Hermès. Ta ruse ne fonctionnera pas sur moi !

- Laisse-la faire, Connor, souffla-t-elle. Ça sera plus vite terminé.

- Ecoute ta petite amie. Je n'irai pas trop loin dans ton esprit, je sens déjà ce que je voulais... Ah ! Voilà !

Les lèvres blanches et noires de Mélinoé s'étirèrent tandis que le dos de Connor se cambrait. Il serra les poings.

- Je n'en attendais pas moins d'un fils d'Hermès, mais j'avoue être surprise par ta dualité, demi-dieu. Ce fardeau doit te poser, non ?

- Là, ce qui me pèse, c'est vous, articula-t-il, dents serrées.

- Tant de responsabilités qui t'attendent, continua-t-elle en ignorant sa remarque. Des responsabilités que tu vas devoir assumer un jour ou l'autre. Ou vas-tu continuer à décevoir ceux qui t'entourent ? Une mère qui a tant sacrifié pour t'élever, un frère qui a trouvé sa voie et t'a laissé derrière, le bungalow d'Hermès à ta précieuse Colonie qui compte sur leur conseiller. Il va falloir grandir un jour, tu ne penses pas.

- Je fais ce que je veux, répondit-il, effronté.

Son visage s'était empourpré et Lou Ellen se sentit désolée pour lui. L'expérience était désagréable, elle le comprenait. Personne n'aimait se voir mettre à nu devant les autres.

- Tu te voiles la face, fils d'Hermès. Ça finira par te jouer des tours. Tout ne va pas ensemble, il suffit de me regarder. Et toi, prince du chaos, tu vas devoir un jour trouver une certaine stabilité si tu ne veux pas basculer.

Sur ces mots, Mélinoé le relâcha. Connor tituba et il se serait planté tête la première sur le sol si Lou Ellen ne l'avait pas rattrapé. Elle avait eu le temps de retrouver ses esprits et les effets secondaires du passage de la déesse dans sa tête commençaient à refluer. Elle contracta ses muscles pour retenir son poids avant que Will ne se précipite pour l'aider. Il tira Connor par les épaules pour le redresser.

- Doucement, mon vieux, enjoignit-il.

- Will... Est-ce que la grotte tourne ?

- Pas vraiment, non. Respire profondément.

- Ca va passer, assura Lou Ellen. Accroche-toi à moi.

Mélinoé ricana à cette phrase et elle la fusilla du regard. Elle allait demander à la déesse qui serait sa prochaine victime avec ironie lorsque cette dernière se figea brusquement. Autour d'eux, les fantômes en firent de même, puis se mirent à s'agiter avec brusquerie. Lacy poussa un cri de surprise quand l'un d'eux la traversa, les yeux exorbités et son corps translucide clignotant dans tous les sens.

- Qu'est-ce que... ? Balbutia Will, surpris.

- Vous les avez menés ici ! Rugit soudain Mélinoé, furieuse. Traîtres !

- Quoi ? Menés qui ?

Dans un tourbillon noir et blanc, Mélinoé fit volte-face. Elle leva ses mains bien haut et ordonna à ses émissaires :

- Retenez-les ! Nous n'en avons pas terminé ici et vous m'avez fait une promesse, demi-dieux.

- Qui arrive ? Rétorqua Nico. On n'a pas le temps de...

- Oh crois-moi je vais prendre le temps, fils d'Hadès. Les Propétides ne m'arrêteront pas !

Dans le fond de son esprit, Lou Ellen sut qu'elle aurait dû savoir ce qu'étaient les Propétides. Chiron lui avait fait des leçons sur la mythologie grecque. Pourtant, rien ne lui revint et, au loin, les cris furieux d'un chœur de voix féminines ne la rassura pas. Avec un temps de retard, elle réalisa soudain qu'ils étaient coincés dans une grotte entre une déesse en colère et des ennemis à leur trousse.

Si le début de sa quête lui avait paru facile, les dieux s'apprêtaient à lui rappeler que le destin d'un Sang-Mêlé l'était rarement.
Mimie99

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Mimie99 »

Hey! J'ai un petit peu de retard pour commenter (et lire), mais me voilà! :D

Hé Hé, j'avais le sentiment qu'il y avait quelque chose du côté de Lou, mais maintenant je viens d'avoir une semi confirmation :twisted:
Spoiler
Je parle du souvenir Lou/Connor, évidemment.
C'est vraiment intéressant cette rencontre avec Mélioné! Et le test qu'elle leur fait subir, dommage qu'on ne possède pas le point de vue des autres concernant cette expérience, je suis sûre que ça aurait été très intéressant :twisted:
- Ecoute ta petite amie. Je n'irai pas trop loin dans ton esprit, je sens déjà ce que je voulais... Ah ! Voilà !
C'est juste moi où il y a plus d'un sens au début de cette phrase? :lol:

D'accord, la fin me donne vraiment envie d'avoir la suite! C'était un excellent chapitre et on peut déjà constater que si les ennuis n'étaient pas déjà là, c'est le cas maintenant :? Breeeef, j'ai vraiment hâte de voir comment la suite va se dérouler et aussi... le prochain chapitre sera du point de vue à qui :shock: À bientôt! (j'espère :lol: )

P.S: Je dois avouer que ça m'a prit un moment avant de me rendre compte que tu avais publier, car j'attendais ton message :lol: Et quand je me suis rendue compte que tu avais publié, bah j'étais débordée :roll: Mais bon, maintenant je suis là :D
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Salut ! Joyeuses fêtes de pâques :D

On se retrouve donc pour ce nouveau chapitre ! Un énorme MERCI à Mimie99 pour être toujours là à lire et commenter sur cette histoire : t'es incroyable !!

Bonne lecture !


Chapitre 6 - L'attaque des Propétides


Trop de choses arrivaient en même temps et Will n'arrivait plus à suivre. Entre une déesse double face et une menace imminente, il ne savait plus ce dont il devait être inquiet. Il décida que sa priorité pour l'instant était ses amis. Contre lui, Connor paraissait encore instable sur ses jambes et Lou Ellen était aussi pâle que Nico. En parlant de Nico... Will coula un regard dans sa direction. Son petit ami tenait son épée en fer stygien face à Mélinoé, l'air furieux. A ses pieds, le sol se mit à noircir et les fantômes qui l'entouraient reculèrent vers l'entrée de la caverne, s'empressant d'obéir au dernier ordre de Mélinoé qui leur demandait de retenir leurs poursuivants.

- Donnez-nous les informations promises, exigea Nico. Maintenant. On ne peut pas attendre qu'elles arrivent.

- Baisse cette épée, fils d'Hadès, je ne me laisserai pas menacer ainsi. Ton père est peut-être le maître des Enfers, mais je ne m'abaisserai pas à recevoir des ordres de ta part. Je suis la déesse des cauchemar et des fantômes, ne l'oublies pas. Et toi, mon garçon, tu en as plus qu'il ne m'en faut. (Elle sourit d'un air sinistre). Ou as-tu oublié notre dernière rencontre ? Le fils de Poséidon ne sera pas là pour te sauver la mise cette fois-ci.

L'expression de Nico s'assombrit. A nouveau, Will se demanda ce dont la déesse parlait. Il avait bien compris qu'ils s'étaient déjà rencontrés, mais la présence de Percy était un nouvel élément. Du moins, il supposait qu'il s'agissait de Percy. Il ne connaissait pas dix fils de Poséidon après tout. Sans pouvoir s'en empêcher, Will ressentit une pointe lui piquer le ventre. Evidemment, Percy avait sauvé la journée durant cette aventure passée. C'était ce que faisait Percy après tout : sauver tout le monde. Et il était même sympathique, ce qui faisait que Will adorait ce type et ne pouvait pas lui en vouloir. Même s'ils étaient souvent nuls, il pouvait toujours compter sur Percy pour rire à ses jeux de mots ou donner un coup de main.

- En plus, reprit Mélinoé, votre part du marché n'est pas remplie. Je devais vous sonder. Tous.

- Si vous faites ça, on perdra trop de temps, objecta Will instinctivement. Et ça nous affaiblira tous trop pour qu'on puisse se battre contre... ce qui arrive. Regardez Connor et Lou Ellen.

Il n'arrivait plus à se rappeler du nom que la déesse avait pourtant prononcé il y a quelques minutes. Même sa mémoire, pourtant très bien entraînée et développée, lui faisait défaut. Magnifique.

- On va bien, tenta de protester Connor.

- Je t'ai déjà vu mieux, rétorqua-t-il. Je ne doute pas que tu puisses te battre, mais pas longtemps. (Il se tourna à nouveau vers la déesse). Ça serait un trop gros risque à prendre. Vous ne voudriez pas voir votre caverne envahie, non ?

Mélinoé parut considérer ses paroles avant d'agiter la main vaguement. De la fumée s'enroula autour de son poignet.

- C'est vrai, concéda-t-elle, songeuse. Mais je ne peux pas juste rompre notre accord. Mes émissaires sont parfaitement capables de nous gagner du temps.

- Du temps peut-être, mais ça ne règle pas le problème du contre-coup que votre examen provoque. Ils commencent tout juste à reprendre des forces, je le sens.

- Tu le sens, hum ? Répéta-t-elle. Un fils d'Apollon, sans doute ?

- Oui...

- Que fais-tu ici ?

- Je... Quoi... ?

Perplexe, il fronça les sourcils. Ça lui paraissait évident ce qu'il faisait ici. Aussi évident que pour les autres : essayer de survivre à une quête, négocier avec une déesse infernale, et supporter ses amis. Il réajusta d'ailleurs sa prise autour des épaules de Connor qui paraissait reprendre ses esprits. Il ne tanguait plus sur ses pieds au moins et Lou Ellen semblait plus alerte, son épée à trois lames fermement à la main.

- Je ne comprends pas... Comment ça, qu'est-ce que je fais là ?

- Et bien, je pensais qu'un fils d'Apollon comme toi resterait en arrière. Tu es un guérisseur, non ? Je le sens. L'action, ce n'est pas ta spécialité.

Will cligna des yeux, figé. Il ne savait pas comment la déesse avait deviné qu'il était un guérisseur. Pour tout ce qu'elle en savait, il aurait pu exceller en tir à l'arc, la maudire à coups de poésie ensorcelante... Est-ce qu'il renvoyait tant que ça l'image d'un garçon dépassé par les évènements ? C'était un sentiment qu'il ne connaissait pas. Jusqu'à présent, il ne l'avait même pas ressenti. Il avait participé à deux guerres pour l'amour des dieux. Il savait se comporter sur un champ de bataille. D'où lui venaient ses doutes dernièrement ?

A côté de lui, Lou Ellen parut lire son trouble et elle gronda :

- Ne te laisse pas faire, Will ! Elle s'infiltre dans ta tête !

- C'est une sensibilité, corrigea la déesse, l'air agacé. Ce n'est pas ma faute si vous autre demi-dieux transportez vos peurs et vos cauchemars avec vous.

- Laissez-le tranquille, on perd du temps, s'impatienta Nico. Elles arrivent.

Il semblait de plus en plus agité. Mélinoé vrilla ses yeux vers lui.

- Qu'est-ce qui t'effraie, fils d'Hadès ? Les Propétides ou la perspective de m'affronter ?

- Je n'ai pas peur de vous.

- Tu te berces toi-même d'illusion si tu crois cela. Mais aujourd'hui, tu ne m'échapperas pas. Vous avez donné votre parole et vous allez l'honorer.

Au loin, Will crut entendre un cri féminin colérique. Il se tendit.

- Bien, bien ! Céda-t-il. Allez-y !

- Will...

- On n'a pas le choix. On ne peut pas juste repartir sans savoir qui a volé les torches ni par où commencer !

- Il a raison, dit Lou Ellen, déterminée.

Mélinoé attrapa les pans de sa robe noire et blanche et marcha dans la poussière de terre vers eux. Elle ne laissait aucune trace de pas derrière elle, comme un fantôme.

- Je peux accélérer le processus, proposa-t-elle. Les dualités ne sont pas ma seule spécialité. Comme je le disais, les cauchemars le sont également. Je peux...

- N'y pensez même pas, gronda Nico.

- Pourquoi ? Tu n'as pas peur du noir quand même ?

- Je vous préfère hors de ma tête.

- C'est impossible, voyons. Tous les souvenirs, les peurs et les espoirs brisés sont emprisonnés dans les esprits, murmura-t-elle, glaciale. Ils ne sont que ça : des fantômes qui ressortent la nuit quand le jour ne les aveugle plus. (D'une main aussi pâle qu'un mort drainé de son sang, elle caressa la tempe de Nico qui se dégagea sèchement). Que je vous mette face à vous-même ou à vos peurs, cela revient au même, crois-moi. Tu devrais le savoir mieux que personne.

- Arrêtez avec vos sous-entendus !

Elle sourit, sinistre. Will se sentit de plus en plus mal à l'aise et il se demanda même si la température de la grotte n'avait pas baissé. Il ne savait si c'était le fait de Mélinoé ou Nico. Pourtant, à cet instant, il ressentait la même exaspération que ce dernier. Il s'avança, lâchant Connor désormais assez stable pour tenir sans lui, et s'interposa entre la déesse et son petit ami. Son cœur accéléra.

- Commencez par moi, dit-il. Peu importe la forme, sondez-moi. Que le contrat soit rempli et qu'on puisse arrêter de perdre du temps.

- Will !

Nico tenta de le repousser, mais il resta camper fermement sur ses pieds. Mélinoé releva le menton, comme si elle se délectait d'avance, et ne se fit pas prier davantage. Elle leva les mains et la brume qui avait tournoyé autour de son corps une seconde auparavant s'épaissit. Elle envahit la vision de Will et bientôt il n'y vit plus à un mètre. Paniqué, il tourna sur lui-même. Rationnellement, il savait qu'il était toujours dans la grotte du New Jersey. Il n'avait pas bougé et le sol était toujours tangible sous ses pieds. Pourtant, il ne voyait ni n'entendait les autres. Un frisson lui parcourut l'échine.

- Qu'est-ce que vous faites... ?

- Je le disais, tout le monde a des fantômes, Will Solace, susurra la voix de Mélinoé au creux de son oreille. Les tiens sont simplement encore vivants. Ou non...

Dans la fumée, Will distingua soudain des images. Un lit d'hôpital avec une femme blonde allongée dessus, branchée à des machines, le regard inquiet. Ses genoux flanchèrent en reconnaissant sa mère il y a plusieurs années.

- Non...

Naomi Solace avait les traits tirés et sa peau avait la couleur de l'albâtre, comme si elle n'avait plus vu le soleil depuis des mois. D'une certaine façon, c'était le cas. Will se souvenait parfaitement de cette vision. C'était celle de son lui de sept ans lorsque sa mère était tombée gravement malade. Un cancer du sein, c'est ce que qu'avaient dit les médecins.

Il ne s'était jamais senti aussi impuissant. Sa mère essayait de ne pas le montrer, mais il avait bien vu dans ses yeux qu'elle était terrifiée. Pour la première fois, il avait demandé de l'aide à son père. Will grimpait dans le lit de sa mère et il regardait par la fenêtre tandis qu'elle le serrait fort dans ses bras. Elle pointait le soleil du doigt et, ensemble, ils lui adressaient leurs prières. Ça avait mis du temps, mais sa mère avait fini par guérir. Il n'avait jamais su si c'était grâce à la médecine ou à son père. Il savait juste qu'il en gardait un souvenir atroce.

Puis, soudain, la vision se dissout. La fumée ondula avant de faire émerger une nouvelle image, celle de deux garçons un peu plus âgés que lui. Les larmes lui montèrent immédiatement aux yeux. Mélinoé avait dit que certains de ses fantômes étaient vivants et d'autres non : il en avait la preuve juste ici.

Les formes translucides de Michael Yew et Lee Fletcher se dressaient devant lui.

- Je... s'étrangla-t-il.

- Je me demande pourquoi ils te hantent encore, s'interrogea Mélinoé à ses côtés. Parce que tu n'as pas pu les sauver, parce qu'ils étaient tout ce que tu n'étais pas en tant que fils d'Apollon, ou parce que tu vois en eux le destin qui t'attend ?

- Non, je...

Mais les mots moururent sur ses lèvres. Il n'arrivait plus à penser.

- C'est vrai, poursuivit Mélinoé, les conseillers du Bungalow 7 n'ont-ils pas tendance à mourir prématurément ?

- Pas plus que les autres demi-dieux, protesta-t-il, la gorge serrée.

- Si tu le dis... En tout cas, ces deux-là sont bien morts.

- Merci d'énoncer l'évidence.

- Oh, tu as du mordant finalement.

Elle parut étrangement satisfaite. Alors, elle souffla, sa bouche bicolore formant un « o » parfait et la fumée se dissipa. Will vit les couleurs du monde se brouiller autour de lui alors qu'il revenait dans la grotte petit à petit. Une vague nauséeuse lui souleva le cœur, mais il tint bon. Avant de voir, il entendit. Des cris et des cliquetis rebondissaient contre les parois de pierre dans un brouhaha infernal. Il cilla, perdu, lorsqu'un poignard vola devant ses yeux à toute vitesse. Il recula précipitamment.

- Will, attention ! Cria Lacy.

Il tourna la tête la tête vers elle. La main encore tendue, il comprit que c'est elle qui venait de lancer son poignard, et quand il se retourna de l'autre côté il vit sa cible. Son sang se glaça.

A l'entrée de la grotte se tenaient six femmes. Six femmes, l'air très en colère. Leurs traits étaient déformés par la rage et elles s'agitaient férocement contre les fantômes qui, malgré leur immatérialité, semblaient capables de leur barrer le passage. Leurs cheveux étaient épars sur leurs épaules et ébouriffés, comme si elles se les étaient tirés par poignées. Leurs yeux auraient pu tuer tant ils étaient incendiaires. Mais le pire était sans doute leurs dents : acérées comme des rasoirs et tâchées de sang. Will sentit son estomac se tordre de dégoût.

Le mythe des Propétides se rappela alors à sa mémoire. Elles étaient des femmes vivant sur l'île de Chypre, souvent vues comme des prostituées ou des sorcières, voire les deux, et elles se livraient à des sacrifices humains en dévorant leurs hôtes. Ça devait mettre une sacré ambiance aux repas de bienvenue. Devant de tels méfaits, Aphrodite elle-même avait décidé de les punir car elles refusaient de célébrer son culte et les avait métamorphosés en statues de pierre. Sauf que visiblement, Aphrodite n'avait pas les talents de Méduse : ces femmes étaient bien vivantes, bien mobiles, et bien en colère.

L'une d'elle avait réussi à franchir le barrage des fantômes et lui aurait sûrement sauté dessus si Lacy n'avait pas réagi avec son poignard. Ce dernier dépassait maintenant de la jambe de la Propétide comme un objet grotesque. Elle poussa un cri de douleur et de fureur.

- Je ne sais pas viser... Je suis désolée... se lamenta Lacy.

- C'était un super coup, affirma Connor. Et celui-ci va être encore mieux, regarde !

Will se poussa juste à temps. Connor décrivit un arc de cercle, l'épée brandie, et sa lame vint lacérer la Propétide au niveau de la taille. Elle vola en poussière. A l'arrière, ses compagnes rugirent.

- Will ? Héla Nico un peu plus loin. Tu vas bien ?

- Oui ! Je crois... Oui !

- Plus que deux, dit Mélinoé. Et on ferait mieux de se dépêcher.

Elle s'élança vers Lacy. La pauvre n'eut aucune chance. Will vit son corps disparaître derrière un rideau de fumée et il supposa que c'était à cela que son épreuve avait dû ressembler aussi. Il s'attendait à devoir assister au spectacle de l'extérieur et à attendre que Lacy soit libérée, mais à sa plus grande horreur la voix de Mélinoé lui parvint depuis l'intérieur de son tourbillon de fumée.

- Quels sont tes fantômes, fille d'Aphrodite ? Au-delà des Propétides bien sûr ! Ta mère a bien fait de les mettre en colère, tu vas devoir les subir un moment j'ai l'impression.

- Mais... Je n'ai rien fait, objecta Lacy d'une petite voix.

Will sentit son cœur se briser. Il supposait que Lacy comprendrait vite une des leçons fondamentale des demi-dieux : les enfants payaient souvent pour leur parent divin. Mélinoé le confirma une seconde plus tard.

- Ce n'est pas l'important, ma petite. Ce qui importe ce sont les fantômes qui hantent ta construction. (Elle s'interrompit et Will supposa qu'elle était en train de former des visions dans la brume, comme elle l'avait fait pour lui). Oh regarde.... Voyons qui sont-ils ?

Lacy émit un hoquet de surprise par-dessus les cris enragés des Propétides.

- Mamie... Papy... souffla-t-elle.

- Ce sont eux qui t'ont élevé, n'est-ce pas ? Demanda Mélinoé sur un ton qui suggérait qu'elle connaissait très bien la réponse. Si dommage qu'ils t'aient été arrachés si tôt. Un accident triste. Avec un père absent qui se languissait de sa femme aimée et perdue, tu n'avais qu'eux... Je suppose qu'on ne se remet pas facilement du départ d'une femme telle qu'Aphrodite. Crois-moi, petite, il n'est pas le seul à avoir passé sa vie à l'attendre.

Pour toute réponse, Lacy lâcha un sanglot étouffé. Will aurait aimé forcer la barrière de fumée et la sortir de là. En tant que médecin, il détestait entendre les gens souffrir mais il détestait encore plus qu'une déesse toute puissante martyrise une gamine. Lui-même n'avait jamais eu beaucoup de contacts avec ses grands-parents. Son grand-père était mort quand il était enfant et sa grand-mère venait leur rendre visite pendant les vacances, mais dès qu'il avait dû se rendre à la Colonie, leurs liens s'étaient distendus. Il imaginait que pour quelqu'un comme Lacy, dont le père s'était visiblement écroulé après avoir aimé Aphrodite, la figure de grands-parents aimants était inestimable.

Will n'eut soudain plus le temps d'écouter le reste du test de Lacy. Le rang des fantômes commença à ployer sous les coups des Propétides et il se reconcentra. En repoussant sa nausée qui persistait, il banda son arc et les mit en joug. A la périphérie de sa vision, il vit Connor et Lou Ellen venir l'encadrer, remis de leur propre entrevue avec Mélinoé. Quelques pas devant eux, Nico se dressait, l'épée au clair.

- Eh Di Angelo, appela Connor. Peut-être que quelques squelettes pourraient filer un coup de main ?

- Non ! S'opposa Will. Si Mélinoé lui fait subir ce qu'elle nous a fait dans quelques minutes, ça va l'épuiser. Le contre-coup va durer un moment et faire apparaître des squelettes va déjà le fatiguer. On ne peut pas se le permettre.

- J'en suis capable, protesta Nico, renfrogné.

- Vaut mieux pas prendre le risque, il a raison, admit Lou Ellen. On...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Le barrage que formait les fantômes se brisa sous les assauts des Propétides et elles se jetèrent vers veux. Will décocha sa première flèche. Elle siffla dans l'air et vint se planter dans le mollet d'une femme à la tignasse brune et au front bombé. Il visait sa tête... Avec un grognement de dépit, il piocha une nouvelle flèche dans son carquois et recula légèrement pour avoir plus d'amplitude de tir. Les trois autres avancèrent.

Connor fit tournoyer sa lourde épée en bronze vers la femme que Will avait loupé une seconde avant. Elle feula comme un chat furieux, dévoilant ses dents ensanglantées.

- Je vais te dévorer vivant, Sang-Mêlé ! S'écria-t-elle. Les ennemis d'une magicienne sont les ennemis de toutes les magiciennes !

- Magicienne ? C'est ce que vous êtes censée être ? J'aurais dit vieille sorcière effrayante !

- Je vais te transformer en caillou ! Tu vas payer ton insolence sur le sol de cette grotte pour l'éternité !

- Vous n'avez aucune imagination, rétorqua-t-il. Un caillou ! La honte ! (Il tenta de l'empaler avec son épée, mais elle esquiva, rapide et souple). Vous n'avez jamais vu de la vraie magie ?

La Propétide parut déstabilisée.

- Quoi ?

- Parce qu'on peut vous montrer de la vraie magie ! Lou ?

Il se tourna légèrement. Will suivit son regard. Un sourire malicieux aux lèvres, Lou Ellen ne tenait pas son épée à trois lames entre les mains. Non, elle avait une boule lumineuse mauve qui jetait des éclats rosés sur ses paumes. Will la reconnut sans peine. Une de ses boule-magie-cochon comme Cecil les appelait.

Will éclata de rire.

- Vas-y Lou ! Encouragea Connor.

Elle ne fit pas prier. Elle lança la boule avec une précision mortelle, les mains tendues. La Propétide ne parut pas se rendre compte de ce qui lui arrivait. La boule magique la heurta en pleine poitrine et explosa contre elle. Une seconde plus tard, un cochon à la queue en tirebouchon se tenait à sa place. Connor brandit le poing en l'air, victorieux.

- Ca, c'est de la magie !

- Connor ! Derrière toi !

Une des femmes enragées s'étaient glissées dans son dos. Celle-là était rousse et avait une peau constellé de tâches de rousseur qui rappelaient des gouttes de sang. Will la visa et décocha sa flèche. Elle l'atteignit dans l'épaule. Elle recula avec un cri de douleur, ce qui laissa le temps à Connor de faire volte-face. Il lui planta son épée à travers le corps.

Près de l'entrée, Nico était aux prises avec deux Propétides. Le dos plaqué contre le mur en pierre, il tentait d'en tenir une à distance avec son épée et détournait le visage pour éviter les griffes de l'autre. Will crut un instant que l'obscurité lui jouait des tours, mais non : la Propétide avait des ongles acérés, longs comme des griffes, et elle essayait visiblement de lacérer Nico avec.

Will envoya une troisième flèche dans leur direction. Celle-ci atteignit parfaitement sa cible et vint se ficher dans la gorge de Madame Cannibale aux Mains d'Argent. Elle vola en poussière. Libéré de sa prise, Nico donna un coup de pied à l'autre et elle bascula en arrière, rugissante.

- Elles sont coriaces, s'agaça Connor. Roh, pousse-toi le cochon !

Il manqua de trébucher quand le petit animal rose lui passa entre les jambes. Lou Ellen se mordit la lèvre pour éviter de rire et Will l'aurait sûrement imité s'il n'avait pas vu Lacy réapparaître à ce moment-là. Alors que la fumée autour d'elle se dissipait progressivement, il entendit les derniers mots de Mélinoé :

- Ni une enfant, ni une femme... Fille d'Aphrodite, tu ne pourras pas avoir toujours peur de ce que tu es : la descendance de l'amour, de la féminité... Embrasse le changement qui t'arrives ou tu pourrais bien décevoir ta mère.

Lacy vacilla sur ses pieds. Ses grands yeux caramel brillaient de larmes et Will se précipita vers elle.

- Eh, tu vas bien ? Murmura-t-il pour que les autres n'entendent pas.

- Oui, dit-elle avec une façade courageuse. Oui... J'ai passé le test, j'ai réussi.

- Tu as été géniale, Lacy. Vraiment.

Elle lui fit un sourire timide.

A présent de retour, Mélinoé promena son regard sur sa grotte. Will comprit qu'elle n'était pas contente et il ne pouvait pas l'en blâmer. Des tas de poussières de monstres jonchaient le sol là où les Propétides s'étaient faites tuées, un cochon fou courrait dans tous les sens, ses fantômes s'agitaient avec nervosité, et deux femmes cannibales les menaçaient encore. Autant dire que si elle avait voulu passer une fin de journée tranquille, c'était loupé. Enfin, un début de nuit, se corrigea Will. A l'extérieur, il devinait la tombée du jour. Il avait toujours eu une sorte d'horloge interne pour savoir où en était le soleil dans sa course et il sentait qu'il s'était couché depuis près d'une heure, même s'il ne devait pas encore être tard. La nuit tombait tôt en octobre.

- Cela suffit ! Rugit Mélinoé. C'est une insulte à mon lieu sacré !

- Rien n'est sacré, répondit la Propétide que Nico avait envoyé valser au sol. Et toi, déesse, tu vas payer pour aider les ennemis des magiciennes.

- Tu oses me menacer, créature ? (Elle éclata d'un rire froid, un rire que Will était sûr qu'il retrouverait dans ses cauchemars). Je ne le tolérerai pas ! Ces demi-dieux sont les miens ! Nous avons un pacte ! Et celui-ci est bientôt complet.

Dans un tourbillon de fumée, elle se tourna vers Nico. Son œil d'onyx, celui que Will pouvait voir de profil, brilla d'une satisfaction mauvaise en le voyant reculer.

- Cette fois, ton tour est venu, fils d'Hadès. Et je crois savoir que tu as de nouveaux fantômes depuis la dernière fois ?

- Vous ne savez rien...

- Oh voyons, ne fais pas semblant. Tu sais comme moi que je suis au courant de tout ce qui se passe dans le Monde d'En Bas. Tu t'y es fait une petite réputation, Roi Fantôme.

- Arrêtez avec ce titre !

- Quelle forme pourrais-je prendre cette fois ? Cupidon ? J'ai entendu dire que tu avais eu une rencontre intéressante avec lui cet été.

Le teint de Nico vira au gris cendre.

- Vous ne pouvez pas prendre la forme d'autres dieux, ça serait une injure, protesta-t-il même si sa voix était mal assurée.

- Comme tu voudras, comme tu voudras. (Elle écarta les bras sans se démonter et ses fantômes vinrent l'entourer). Si la nouveauté ne te plaît pas, je peux la jouer à l'ancienne.

Will sentit un mauvais pressentiment l'envahir. Mauvais sentiment qui se concrétisa une seconde plus tard. L'air autour de Mélinoé se brouilla et, en une seconde, ce n'était plus une déesse bicolore qui se tenait devant eux. Will cligna des yeux, perplexe. Devant lui se trouvait une femme au teint olivâtre et aux yeux bruns profonds. Elle portait une longue robe noire et un voile de la même couleur. Elle semblait sortir d'un vieux film. Un fin sourire jouait sur ses lèvres, la rendant encore plus belle.

En face d'elle, Nico recula à nouveau. Son épée retomba le long de son corps et il dévora la femme du regard, l'air d'avoir pris un coup sur la tête. Will aurait voulu se précipiter vers lui pour le réconforter. Mélinoé était cruelle, il le savait. Il venait de le voir. Pourtant, une colère froide l'envahie en voyant l'expression de petit garçon brisé de Nico. Ce n'était pas juste.

- Mama... souffla-t-il.

Son accent italien, qui ne ressortait presque jamais à part lorsqu'il était extrêmement perturbé ou en colère, roula sur sa langue.

- C'est... commença Connor, mal à l'aise.

Mais il ne termina pas sa phrase. Ce n'était pas difficile désormais de deviner l'identité de la femme.

- Mio figlio... murmura-t-elle. Tu me manques tellement.

Mon petit garçon, traduisit Will au fond de son esprit. Sa nausée lui revint et il savait que ça n'avait rien à voir avec son propre test.

Soudain, le visage de Nico se durcit comme de l'onyx. Il se reprit.

- Vous ne m'aurez pas deux fois, dit-il avec force. Je sais que ce n'est pas elle. Arrêtez ça tout de suite.

- Ce n'est pas de ma faute si tu as toujours les mêmes fantômes, fils d'Hadès, répliqua la voix de Mélinoé à travers la bouche de Maria Di Angelo. Il semblerait que tu ne parviennes juste pas à te détacher de celui-ci. Sais-tu même ce qui est advenu d'elle ? Peut-être erre-t-elle sur terre en se lamentant. Peut-être fait-elle partie de mes émissaires.

- Elle est en paix, gronda Nico.

- Qui te l'a dit, ton père ? As-tu pu voir son fantôme par toi-même ?

- Vous savez très bien que je ne peux pas.

Brusquement, Mélinoé réapparut. A quelques pas, Connor et Lou Ellen se battaient contre les deux Propétides restantes dans un concert de métal et de cris. Will se ressaisit et leur vint en aide en décochant une slave de flèches à la suite. Lacy, elle, se tenait en retrait, ses poignards à la main.

- Tu sais ce qu'est ton problème, fils d'Hadès ? Reprit Mélinoé. Ta dualité. Je le disais, nous en avons tous une. A un moment, j'aurais pu croire que toi non. Après tout, la mort est entière, inconditionnelle. Elle ne fait rien à moitié et est inexorable. Quelles nuances pourraient avoir la mort ? Quelles dualités ? Mais toi... Toi, tu es simplement coincé entre deux temps, n'est-ce pas ?

- Je...

- Passé et présent. Tu es celui qui n'a sa place nulle part parce qu'il n'est ni au bon endroit ni au bon moment. Tu t'accroches à tes fantômes car ils sont les seuls qui te prouvent ce que tu sais au fond de toi : tu n'es pas d'ici.

- Et moi je crois que vous oubliez un détail, rétorqua Will, la colère grondant avec violence au creux de son ventre. (Il décocha sa flèche). Il a sa place avec nous.

Son projectile s'enfonça dans Mélinoé, la traversant comme si elle n'était faite que de fumée aussi peu tangible que les cauchemars qu'elle incarnait. Pourtant, elle fut assez déstabilisée pour que Nico se remette en action. Il remonta sa garde, son épée aussi sombre que son regard dressée devant lui.

- Terminé, décida-t-il. Vous nous avez fait passer vos tests ou peu importe comment vous voulez appeler ça. Vous avez été divertie. Maintenant, dites-nous qui a volé les torches et où les trouver.

- Fils d'Hadès, ne...

- Tout de suite ! Renchérit Will.

Derrière lui, Connor et Lou Ellen luttaient toujours et il ne savait pas combien de temps ils pourraient tenir. Il voulait sortir d'ici au plus vite.

L'air presque déçue, Mélinoé soupira, mais obtempéra. De sa main blanche, elle fit signe à un fantôme d'approcher. Will ne l'avait pas repéré avant parmi la multitude de spectres. C'était un enfant d'à peine une dizaine d'années en pantalons à pinces et casquette Gavroche. Un rictus malicieux, même dans la mort, jouait sur ses traits. La déesse se baissa pour être à sa hauteur et il lui chuchota quelque chose.

- Merci, petit oiseau, dit-elle. Tu m'as été utile. Tu peux retourner hanter les nuits des mortels.

Le petit garçon repartit aussi vite qu'il était apparu et Will ne parvint pas à le suivre du regard. Il fit signe à Lacy de se rapprocher de lui. Il voulait partir dès qu'ils auraient les informations.

- Les gars, ça vient ces infos ? S'exclama Connor, le souffle court.

- On arrive !

Mélinoé rejeta ses longs cheveux en arrière, comme pour ménager son effet.

- Mes émissaires savent où se trouvent les torches. Il faudra vous rendre sur les terres des magiciennes.

- Les terres des magiciennes ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Exactement ce que ça signifie, fils d'Apollon. La terre qui a vu s'octroyer la protection d'Hécate elle-même. Quant aux voleurs... N'as-tu pas deviner ?

Will se mordit la lèvre. Il avait un doute depuis un moment, une sorte d'intuition qu'il attribuait aux pouvoirs prophétiques de son père.

- Médée ? Dit-il.

- Médée et bien d'autres. Les magiciennes se réapproprient leurs pouvoirs. Comme moi, elles ne veulent plus être assujetties à l'autorité d'un Dieu supérieur et s'affranchir de la domination d'Hécate. (Elle fronça soudain le nez). Enfin, elles au moins n'ont pas Hadès en patron.

- Donc c'est elles qui ont les torches ? Médée et les autres ?

- Elles ne sont pas seules, prévint Mélinoé. On ne vole pas si facilement son symbole à une Déesse. Non, elles ont eu de l'aide. Le voleur qui ne peut se faire prendre. Il est le fils du prince des voleurs en personne et est aussi insaisissable qu'une tempête de neige.

Mélinoé se mit alors à rire, comme si elle avait un jeu de mot qu'elle seule pouvait comprendre. Will se rapprocha lentement de Nico, Lacy sur les talons. Il en savait assez. Ils avaient les informations qu'ils voulaient. Il allait annoncer leur retraite lorsqu'un cri déchira l'air. Ils firent tous volte-face.

- Lou ! Hurla Connor.

Will se retourna à temps pour voir Lou Ellen renversée au sol par une Propétide, le visage déformé par la douleur. Un couteau au manche en os dépassait de son abdomen.

***********************

Et voilà ! Je tiens juste à préciser que la rencontre entre Nico, Percy et Mélinoé vient d'une nouvelle écrite par Rick Riordan ^^ Je crois qu'elle n'a pas été traduite en français, mais vous pouvez la trouver sur internet ! Je m'en suis donc servis comme base pour ce chapitre : lorsque Mélinoé dit qu'elle va la jouer à l'ancienne, c'est parce qu'elle avait déjà pris la forme de Maria Di Angelo lors de cette première rencontre ! Voilà ;)

Prochain post : Chapitre 7 - 19 avril
Perripuce

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Perripuce »

annabethfan a écrit : lun. 22 mars, 2021 6:04 pm Chapitre 5 : La déesse noire et blanche

Je suis lààààà je suis là posée à Reims en faisant largement honneur à Leonidas en dévorant chacun des eoufs, je suis làààà
Et je sens venir la comparaison de l'échiquier avec ce titre


Il fallait voir le bon côté des choses : Lou Ellen n'avait jamais eu peur de l'obscurité Normal pour une fille de la nuit . Hécate était une déesse lunaire, au même titre que Séléné et Artémis, et ses enfants avaient donc une prédisposition à évoluer dans le noir. Lou Ellen avait déjà remarqué que ses pouvoirs étaient souvent plus puissants la nuit, même si elle ne s'amusait pas à transformer les gens en cochon pendant leur sommeil J'ai une vision très poétique de Lou Ellen levant les bras au clair de lune . En vérité, la forêt autour d'eux n'était pas si sombre que ça. La fin d'après-midi approchait certes, mais la lumière du soleil arrivait encore à s'infiltrer entre les branches. Autour d'eux, les arbres étaient silencieux, à peine secoués par le doux vent d'octobre. Le vent fera craquer les branches, la brume viendra dans sa robe blanche ... y'aura des feuilles partout, couchées sur les cailloux ... octobre tiendra sa revanche. RAH j'aime trop cette chanson.

Lou Ellen porta la main à son collier, celui en forme de triple croissant de lune qu'elle avait déniché dans l'armurerie. Elle avait cru s'en servir plus tôt, mais leur route avait été finalement assez calme jusqu'ici, mis à part les tentatives de karaoké de Connor. que tu as observé en tendant de faire disparaitre le sourire qui naissait sur tes lèvres. oui oui, celui qui est en train de se reformer au souvenir ! Encore amusée par la vision de celui-ci chantant à tue-tête, elle accéléra le pas pour être à sa hauteur. Hé j'étais pas loin Il marchait d'un air décidé et vigilant à la fois, jetant des coups d'œil par-dessus son épaule de temps en temps. Elle se demanda si lui aussi ressentait cette drôle de sensation d'être observé, comme si les troncs d'arbres avaient soudain des yeux qui les suivaient. En plus Connor a des sens plutôt développé, plus que ceux de Travis. Voilà, information inutile.

Mal à l'aise, Lou Ellen regarda autour d'elle, mais rien ne détonnait. De la mousse, des arbres, des branches, quelques champignons... Une forêt classique en automne et comme c'est beau les forêts d'automne. Pardon Anna je fais beaucoup de commentaire inutiles. . Devant elle, Nico ouvrait la marche en écartant les branchages sur son chemin avec son épée en fer stygien qui paraissait absorber la lumière autour de lui. A moins que ça ne soit Nico lui-même qui produise cet effet-là. Il formait un contraste étonnant avec Will, quelques pas derrière lui. Avec sa touffe de cheveux blonds, son arc, son carquois et son t-shirt orange de la Colonie, Will détonnait dans le paysage. Lou Ellen ne regretta pas d'avoir pris sa veste en jean noire, plus discrète. Derrière eux tous, Lacy fermait la marche et elle se fit la réflexion que ce n'était pas le plus judicieux. Ce n'était même pas un choix conscient en vérité, mais Lacy avait simplement des jambes plus courtes que les leurs et semblait avoir du mal à suivre le rythme. Elle aussi se détachait nettement avec ses cheveux blonds et son pull rose.

- Pour ma prochaine quête, murmura-t-elle dans sa barbe, j'obligerai tout le monde à se teindre les cheveux en noir pour plus d'efficacité.

Connor étouffa un rire à côté d'elle.

- En noir, carrément ? Les miens ne passeraient pas ?

Elle avisa ses boucles châtains en désordre.

- On verra, dit-elle. Au moins tu ne portes pas du rose ou du orange. Hé, le orange ça va dans le rouille des feuilles d'octobre

- C'est vrai, approuva-t-il en tirant sur son sweat à capuche gris. Enfin, si tu nous habilles tous en noir, on aura l'air d'une armée de Nico. (Lou Ellen se retint d'éclater de rire devant l'image). Je... En plus, ce n'est même pas le mien, c'est celui de Travis. Il l'avait oublié dans le bungalow...

- Oh... Exactement le son que je viens de produire.

Les mots lui échappèrent. Depuis le départ de Travis, elle devait avouer qu'elle ne savait pas très bien comment gérer Connor et son amertume. C'était une émotion qu'elle l'avait rarement vu aborder, à part peut-être lorsqu'ils parlaient ensemble de leur parent divin absent.

- Tu as des nouvelles de lui ? *se prépare à cacher son grand sourire de fangirlage*

- Un peu... On s'est envoyé un message-Iris la semaine dernière, mais la communication n'arrêtait pas de couper. Ça commence à devenir pénible ce problème... Mais bref, il a repris les cours à la fac de Denver. Il se débrouille. Même si je sais que... Enfin, il pense toujours à Dylan. HIHIHIHIHIHIHIHIHIHIHIH. pardon c'est pas drôle, mon bébé est triste. Mais HIHIHIHIHIHIHIHIHIHI.

Lou Ellen avait entendu parler de cette histoire dans les grandes lignes. Elle savait que Dylan était une sang-mêlé que les frères Alatir connaissaient de chez eux, à Denver, et qu'elle avait plus ou moins participer à une quête illégale avec Travis en septembre, entraînant au passage Connor, Nico et Alice. Elle s'en souvenait parce que Will s'était rongé les sangs sans nouvelle de Nico et elle n'avait pas osé le dire, mais elle avait ressenti la même chose pour Connor Aawww bébé chose. T'inquiète il a juste fait du camping aux Enfers. . Ce n'est pas qu'elle ne le savait pas capable de se débrouiller, bien au contraire, mais elle savait aussi que dès que Travis était impliqué, il avait tendance à perdre sa lucidité et la simple notion de prudence. A-t-il de base la moindre notion de prudence?

- Elle n'est toujours pas revenue ?

- Non et je ne pense pas qu'elle soit prête à le faire. HIHIHIHIHIHIHIHIHIHI pardon. J'ai un sourire de débile.

- Hum...

De biais, Connor coula un regard vers elle.

- Et toi ? Fit-il. Comment tu te sens ?

- Moi ?

- Oui... je veux dire, tu as rencontré ta mère, non ?

Son ton était étrangement maîtrisé, comme s'il avait longuement hésité avant de poser la question, et Lou Ellen sentit faire un soubresaut en repensant à la vision d'Hécate et sa couronne qui pointait vers un ciel sans lune.

- C'était déstabilisant, avoua-t-elle après quelques secondes. Tu connais cette sensation où t'étais imaginé un scénario dans ta tête des milliers de fois mais quand ça arrive enfin la réalité est complètement différente ? Moi quand j'écris un passage que je veux écrire depuis des années.

- M'en parle pas, dit-il avec un rire désabusé.

- Et bien, c'était ça. Elle était... Oh t'aurais dû la voir, Connor. Divine, dans le sens premier du terme. Rien à voir avec la mère que j'avais imaginé. Ce n'était pas ta mère, ma chérie, c'était une déesse.

- Mais elle t'a parlé de... vous, un peu ?

- Pas vraiment, non. Ou alors à sa manière. Elle m'a dit qu'elle m'avait choisis spécifiquement parmi tous ses enfants... Au début, ça m'a fait plaisir, tu sais ? Mais maintenant, je ne suis même pas sûre de ce que ça signifiait...

Connor la contempla, un de ses sourcils en accent circonflexe levé, et un rictus se dessina sur ses lèvres.

- Oh allez, Lou, ne fais pas ta modeste, dit-il.

Elle mit une seconde à comprendre sa remarque.

- N'importe quoi, je...

- De tous les enfants d'Hécate, tu es celle qui arrive le mieux à manipuler la magie. Et la brume. Ta mère a raison. Comment tu veux pas craquer sur lui sérieux?

- C'est juste parce que je suis la plus âgée et que j'ai le plus d'entraînement, protesta-t-elle en rougissant.

- Ce n'est pas juste ça, tu...

- Chut !

La voix de Nico coupa court à leur conversation. Lou Ellen se figea et Connor manqua de rentrer dans Will avant de s'arrêter à la dernière seconde. Elle n'entendit que le bruit des feuilles qui bougeaient à la cime des arbres.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Lacy, nerveuse.

- On arrive, répondit Nico. C'est la grotte là-bas. Le radar à divinités infernales

Il désigna un creux dans la roche à une dizaine de mètres. Lou Ellen plissa les yeux pour mieux voir. En octobre, le soleil se couchait tôt et ils étaient déjà presque dans le noir.

- Elle habite là ?

- Habiter est un grand mot. Disons qu'elle s'y matérialise la nuit. Le jour, elle vit dans une caverne dans les Enfers, c'est sa résidence principale si vous voulez madâme a une résidence secondaire dans le New Jersey. . Mais Mélinoé est la déesse des cauchemars et elle aime sortir la nuit pour faire peur aux mortels On dirait le méchant dans les 5 légendes, je sais pas si tu connais (Jack Frooooost <3) . Cette grotte est le pendant de la sienne aux Enfers, comme une sorte de matérialisation dans le monde humain. Elle est née ici. Perséphone s'y était réfugiée. Dans le New Jersey.

Will parut horrifié par l'idée d'un accouchement dans des conditions sanitaires pareilles. Je crois qu'après la naissance de Chuck il est traumatisé par les accouchements tout court

- Tu l'a déjà rencontré ? Demanda-t-il.

- Une fois, oui...

Lou Ellen nota le ton évasif de Nico. Elle devina que la rencontre n'avait pas été chaleureuse.

- Et elle est comment dans le genre déesse ? Interrogea Connor. Sur une échelle de Gaïa à Hestia ? Ouiii Hestia c'est un sucre (et je suis fan de cette échelle) On risque de devoir se battre ou pas ?

- Aucune idée, ça va dépendre de son humeur, avoua Nico. Mais dans le doute...

Il raffermit sa prise sur son épée. Connor parut comprendre le message. D'un geste, il décrocha le mousqueton à sa taille Est-ce que j'adresse un sourire idiot à un simple mousqueton? et fit apparaître son épée en bronze céleste gravée d'un caducée. Presque à contre cœur, Will encocha une flèche, prêt à tirer si nécessaire et Lou Ellen porta à nouveau la main à sa gorge. Son saï sa matérialisa dans sa main une seconde plus tard. Pour une arme à trois lames, elle était étonnement légère.

- Lacy, prends tes poignards, ordonna-t-elle en voyant la petite rester immobile. QUELLE CHEFFE elle prend super bien son rôle je trouve.

- Oh oui, oui...

Lacy se saisit des deux poignards jumeaux qui pendaient à sa ceinture : en bronze, tout simples, ils n'avaient rien de remarquable mais leur lame paraissait affutée correctement.

- Mais je... (elle se mordit la lèvre). Je ne sais pas très bien m'en servir, dit-elle en piquant un fard. Drew dit que les enfants d'Aphrodite ne devraient pas avoir à se battre...

- Comme d'habitude Drew est une idiote, pesta Connor. Et ce n'est pas grave, reste juste bien derrière moi, d'accord ? Mais quel petit amour sérieux. J'attends le moment où Lacy va crusher sur lui aussi.

Lacy hocha vivement la tête. Par instinct, Lou Ellen se rapprocha d'elle. Elle lui arrivait à peine au menton. Une soudaine pression lui serra les entrailles et elle ravala la boule d'angoisse qui lui obstruait la gorge. Sa première véritable quête commençait maintenant. C'était sans doute idiot d'y accorder tant d'importance, elle avait participé à deux guerres par les Dieux. Elle avait fait ses preuves. Pourtant, pour une raison qu'elle n'aurait pas pu expliquer, une quête lui semblait différente. Plus personnelle, plus demandeuse. Puis là elle guide la pauvre. Donc si ça se passe mal, le blâme ira sur elle.

D'un pas résolu, elle ouvrit la marche avant que Nico n'ait pu le faire. Elle était déterminée à passer la première. Dans son dos, elle entendit les autres la suivre. Et alors qu'elle n'avait pas eu froid jusque-là grâce à sa veste et sa chemise verte à manche longue, elle sentit un souffle glacé lui caresser la nuque dès qu'elle pénétra dans la grotte. A l'extérieur, elle entendait toujours les oiseaux chanter, mais c'était comme si la vie de la forêt n'osait pas entrer ici. Les murs de pierre étaient d'un gris profond, presque noirs, et la lumière diminuait à mesure qu'ils s'enfonçaient dans les entrailles de la Terre. Cette idée arracha une grimace à Lou Ellen. Depuis Gaïa, elle préférait éviter de se retrouver dans cette position, même si elle savait rationnellement que tout était terminé. Elle retint l'impulsion de ramener ses bras autour d'elle pour se réchauffer, mais elle garda son épée brandit devant elle.

- Qui vient me trouver ? Proclama soudain une voix rauque. Sauve qui peut.

Lou Ellen manqua de sursauter. Elle déglutit, puis tourna lentement sur ses talons. La silhouette d'une femme se découpa dans les ombres.

- Mélinoé ? Souffla-t-elle.

- Cela faisait longtemps que je n'avais pas reçu de visiteurs... Ce n'est pas très polie de ne pas s'annoncer, demi-dieux.

- Nous... Nous sommes en quête. Nous voulions vous parler, vous posez des questions.

- Des questions ? Et pourquoi penses-tu que j'ai les réponses ?

Lou Ellen jeta un regard incertain vers Nico et il lui fit signe de continuer.

- Parce que vous savez des choses. Vos émissaires en savent en tout cas...

- Ah mes émissaires, répéta la voix, presque susurrante. Oui, je vois. Et que voulez-vous savoir, demi-dieux ?

- Et bien, je ne sais pas si vous êtes au courant mais les torches d'Hécate ont été volées...

Un éclat de rire froid la coupa.

- Si je suis au courant ? Crois-tu que je sois si occupée en ce moment seulement pour le plaisir ? En plus des âmes récalcitrantes, je sois m'occupée de celles égarées ! Sais-tu le nombre de personnes incapables de trouver l'entrée des Enfers sans que le chemin soit éclairé par les torches d'Hécate ! C'est infernal !

- C'est le cas de le dire... lâcha Connor. Mais quel blagueur.

Lou Ellen aurait voulu se retourner pour le frapper. Avec une casserole ça sonne mieux.

- Oh tu te crois spirituel, demi-dieu, cingla Mélinoé. Le tourment des âmes t'amuse-t-il ?

- Non, madame...

- Déesse !

- Non, déesse. Je repense à com sur Wattpad qui m'a fait étouffer de rire "il est inutile de m'appeller déesse" Mais sinon cet échange est trop drôle :lol: :lol:

Le titre parut écorcher la gorge de Connor et Lou Ellen ne pouvait pas lui reprocher. Ça lui faisait étrange à elle aussi de l'entendre comme ça, une sorte d'injection nominative. Pourtant, elle ne voulait froisser Mélinoé et s'apprêtait à s'excuser lorsque la déesse s'avança et sortit enfin de l'obscurité. Lacy laissa échapper un hoquet de surprise. Là encore, elle ne pouvait pas lui en vouloir.

Mélinoé ressemblait à deux pièces d'échecs BAH TIENS les voilà ! qu'on aurait coupé en deux puis recoller ensemble sans faire attention aux couleurs. C'était même dur de la regarder. Une partie de son corps était aussi blanc que la neige, tandis que l'autre était aussi noire que l'ébène. De sa peau à ses cheveux en passant par la couleur de ses yeux, le corps double de la déesse se mouvait avec grâce. Sa robe, elle aussi bicolore, épousait ses formes et ses mouvements, comme une extension de sa chair, et Lou Ellen mit une seconde à comprendre qu'elle en portait une. Whao. Whao Whao Whao. Mais comme chaque fois, quelle description. Contrairement à Hécate, elle ne lui parut pas belle au sens classique du terme. Trop anémique, elle avait les traits tirés et ses os ressortaient sous la peau de sa clavicule. Elle n'irradiait pas de ce halo lumineux qui semblait entourer les Dieux d'habitude, comme si à force de rester dans cette grotte, les murs en avaient absorbé la lumière Je suis sans voix devant les phrases qui s'enchainent avec tant de fluididité et de beauté. . Pourtant, personne ne pouvait s'y tromper : Mélinoé avait bien une essence divine qu'elle projetait autour d'elle. Elle avait l'air de flotter au-dessus du sol et, malgré le peu de lumière, elle captait l'attention. Ses deux profils, noir et blanc, envoûtaient le regard. Marion, t'as vraiment une plume incroyable pour les descriptions.

- C'est un look intéressant, ne put s'empêcher de commenter à nouveau Connor, visiblement trop surpris pour tenir sa langue.

- Mon apparence te surprend, demi-dieu ?

- Vous êtes magnifique, s'empressa de la complimenter Lou Ellen avant que Connor ne puisse répondre.

Elle lui écrasa le pied pour faire bonne mesure et il grogna. Mélinoé vrilla ses yeux verrons sur elle.

- Mon corps n'est pas mon choix. Je suis le résultat de la tromperie de Zeus et de la faiblesse de Perséphone. Celle qui reflète la dualité entre deux mondes à l'image de ma mère. On aime la dualité.

- Une femme charmante, marmonna Connor. :lol: :lol: :lol: :lol:

Heureusement, Mélinoé ne parut pas l'entendre.

- Je réitère ma question, demi-dieux, qui êtes-vous ? Et pourquoi venez-vous troubler mon repos ? Dans sa maison de campagne au New Jersey, vous avez pas honte.

- Rien de plus que poser des questions, je vous jure. Nous nous en irons juste après. Hécate est ma mère, elle m'a confiée pour missions de retrouver ses torches. Pour... soulager votre charge de travail.

- Quel altruisme de sa part. Etrange quand on sait que ça fait plusieurs siècles qu'elle n'a pas pris la peine de me rendre visite. Mince, Lou Ellen, ça ne marche pas.

- Oh... Je suis sûre qu'elle le fera quand... quand elle aura récupérer ses torches, assura Lou Ellen sans conviction.

Elle ne blâmait pas sa mère. Elle non plus n'aurait pas aimer venir boire le thé ici avec une déesse effrayante qui vous donnait la nausée dès qu'elle bougeait à cause de sa « bicolorité ».

- Des questions, hum ? Et penses-tu, fille d'Hécate, que mes réponses n'ont pas de prix ? Que je ne demanderais rien échange ?

- On l'avait espéré... dit Connor en shootant dans un caillou.

Mélinoé l'observa, l'air de se demander qui pouvait bien être ce demi-dieu si agaçant Le fils d'un dieu encore plus agaçant. . En somme, elle avait l'expression de toute personne qui rencontrait un des frères Alatir pour la première fois et Lou Ellen se retrouva étrangement rassurée par cette réaction familière.

- Laisse-moi deviner, dit-elle, un fils d'Hermès ?

- Comment... ?

- Disons que j'ai un don pour reconnaître les aspects contraires chez les gens. Et après tout, Hermès n'est pas exactement connu pour être unidimensionnel, tu ne crois pas ? Ah non clairement pas. (Elle sourit en dévoilant ses dents. Même ces dernières étaient blanches et noires, comme si la déesse avait mangé du chocolat que d'un seul côté Je meurs, tout est si poétique et élégant et soudain, BAM la pâte Riordan avec le chocolat :lol: :lol: :lol: :lol: ). De manière générale, je déteste les gens unidimensionnels. Vous n'êtes pas d'accord ? Qui peut être si simple ? Non, chaque être – divin ou humain – se doit d'être un peu contradictoire, si vous voulez mon avis.

Lou Ellen avait du mal à suivre, mais elle hocha la tête. Pas besoin de contrarier une déesse.

- Bien sûr, acquiesça-t-elle.

- Après, bien évidemment, ce n'est pas le tout de le savoir. Il faut encore y faire face.

- Euh... si vous le dites.

Mélinoé avança d'un pas. Plus elle se rapprochait, plus Lou Ellen sentait le pouvoir qui émanait d'elle. D'un geste lent, la déesse caressa les murs de pierre de sa demeure, comme si elle considérait l'idée de s'y glisser à nouveau au lieu de continuer la conversation. Puis, elle reprit avec nonchalance :

- Je te propose quelque chose, fille d'Hécate. Un marché. La négociation c'est pour le fils d'Hermès (même si Travis est meilleur à ce jeu)

- De quel genre ? Demanda Lou Ellen, méfiante.

- Je vais appeler mes émissaires pour leur demander ce qu'il savent. Je vous promets de vous donner les informations que vous recherchez sur les voleurs des torches.

- En échange de quoi ? Dit Connor.

Lui aussi était sur la défensive, les épaules tendues et la main serrée sur la garde de son épée. Dans son dos, Lou Ellen entendait la respiration lourde de Lacy.

- Pas grand-chose, assura Mélinoé. Je ne vais pas vous demander d'aller me chercher un objet rare ni vous faire courir à travers le pays Oh ! comme c'est aimable de ta part ! . Je n'en ai pas la patience et ça serait affreusement classique. affreusement, ils font tous ça. (Elle sourit à nouveau). Non, je préfère autre chose. Quelque chose qui me manque affreusement ici : un peu de divertissement.

- De divertissement ? Vous voulez un numéro de claquettes ? Toi et tes claquettes :lol: :lol: :lol: :lol:

- Connor !

- Un concours de chant, peut-être ? Continua-t-il malgré tout. Je vous préviens, d'après eux je chante comme une casserole, même si je pense bien tenir les Beatles quelle prétention !. Et ne vous fiez pas aux apparences, Will ne sait pas chanter. Genre, vraiment.

- Eh !

Une lueur amusée brilla dans les yeux de la déesse. Lou Ellen comprit qu'elle trouvait leur petit groupe déjà divertissant, mais elle n'était pas assez naïve pour croire que ça suffirait. Connor pouvait bien déployer tous ses talents, Mélinoé paraissait savoir exactement ce qu'elle voulait.

- Conserve tes efforts, fils d'Hermès. Ce n'est pas ce genre de divertissement qui m'intéresse.

- Alors qu'est-ce que vous voulez ? Pressa Will.

- Que vous fassiez face à vous-mêmes. Aie.

La voix de la déesse avait soudain baisser de plusieurs octaves, arrachant un frisson à Lou Ellen le long de sa colonne vertébrale. Elle n'aimait pas l'idée avant même de savoir ce qu'elle était.

- Je... comment ça ? Faire face à nous-mêmes ?

- Oh rien de bien compliqué, je vous l'assure. Vous devez seulement me laisser vous... examiner.

- Vous êtes docteur ? Parce qu'on a déjà un docteur (il pointa Will du pouce) donc merci mais... Connor, j'ai à la fois envie que tu continues de me faire rire et que tu te taises, c'est très ambivalent comme réaction

- Pas ce type d'examen, fils d'Hermès. Disons que je peux sonder votre dualité. Vos contradictions. Vos peurs. Vos espoirs brisés.

- Très engageant. Je trouve aussi

Mélinoé s'était tellement rapprochée qu'elle n'était plus qu'à quelques pas d'eux désormais. Lentement, elle tourna autour de Connor avec toujours ce léger sourire au coin des lèvres, comme si elle s'amusait. Lou Ellen aurait voulu le tirer près d'elle.

- C'est mon marché. A prendre ou à laisser.

- Comment on peut être sûrs que vous tiendrez parole ?

- Tu veux un signe de ma bonne foi, demi-dieu ? Très bien.

Elle leva sa main droite, celle aussi noire que l'ébène, et claqua des doigts. Le bruit se répercuta contre les parois de la grotte. Aussitôt, des silhouettes translucides commencèrent à apparaître autour d'eux. Lou Ellen retint un cri lorsqu'une forme se matérialisa à quelques centimètres d'elle et elle recula si vite qu'elle se cogna contre Will. Petit à petit, la grotte fut remplie par des dizaines de fantômes Ok, même moi qui suis pas dans cette grotte je veux me barrer. . Des hommes et des femmes de toutes époques surgissaient de nulle part et venaient entourer Mélinoé, ouvrant la bouche désespérément en cris muets, en suppliques silencieuses, mais elle ne leur accorda aucune attention. Elle était trop occupée à contempler leur réaction avec satisfaction.

- Voici mes émissaires, proclama-t-elle. Ils ne repartiront pas tant que vous n'aurez pas eu votre réponse. A condition bien sûr que vous jouiez le jeu.

- Je... Comment vous allez vous y prendre ? Pour nous sonder ?

- Un simple touché. Ça ne sera pas douloureux. Du moins, physiquement. La vérité sur soi peut parfois blesser après tout. Et elle nous aveugle encore avec des phrases qui CLAQUENT

Lou Ellen hésita. La requête lui semblait si étrange et si inhabituelle qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver ça suspect. Les fantômes autour d'elle ne l'aidaient pas non plus à se concentrer. Ils déambulaient lentement sans aucun bruit, les yeux tristes et creux, tout en restant proches de leur maîtresse. Plusieurs tentaient de pousser des cris vains et elle se demanda si la raison pour laquelle ils étaient encore sur terre étaient des regrets qu'ils voulaient exprimer sans que personne ne se soucie de les entendre. Oh ce genre de phrase magnifiques qui brisent le coeur et rendent mélancoliques !

Le poids de la décision lui pesait lourdement sur les épaules, même si elle savait qu'il revenait. C'était sa quête, son équipe. Je trouve qu'elle a des sacrées épaules quand même. Elle est propulsée à la tête d'une quête dangereuse alors je sais qu'elle est cheffe de son bungalow mais c'est récent quoi. C'est une sacrée Driveuse, ça m'étonne pas qu'elle plaise à Connor Elle savait aussi que peu importe sa décision, les autres la suivraient. Du moins, elle l'espérait. De toute façon, elle voyait mal Mélinoé les laisser repartir avec un simple « non désolé, on a changé d'avis finalement, vous pouvez remballer vos fantômes ! A la prochaine ! ». j'adore comment le style Riodan a des petites piques comme ça dans son style :lol: :lol: :lol:

Inspirant une grande goulée d'air, Lou Ellen finit par hocher la tête.

- D'accord, accepta-t-elle. Marché conclu. On veut bien vous... divertir. En échange, vous nous dites qui sont les voleurs des torches.

- Et où les trouver, ajouta Connor.

- Vous rajoutez des conditions, demi-dieux. Mais je suis d'humeur généreuse.

Lou Ellen s'en félicita. Elle avait l'impression que Mélinoé pouvait être aussi changeante que les couleurs de son corps et décider de changer d'avis en une seconde.

- C'est un pacte.

- Vous le jurez sur le Styx ? Lança alors une voix.

Mélinoé haussa un sourcil blanc et son regard dériva par-dessus Lou Ellen. Elle parut encore plus amusée si possible.

- Tiens donc, s'exclama-t-elle. Mais c'est qu'il parle ! :lol: :lol: :lol: Montre-toi, fils d'Hadès. Tu te caches dans les ombres depuis ton arrivée et je suis ravie de te revoir.

Lou Ellen se retourna. Elle avait presque oublié la présence de Nico et maintenant que la déesse le mentionnait, elle se rendit effectivement compte qu'il n'avait pas décrocher un mot depuis leur arrivée. Elle dut même plisser les yeux pour le voir. A l'arrière du groupe, il semblait envelopper par l'obscurité d'une façon qui n'avait rien de naturelle et il en sortit en faisant un pas en avant. Plusieurs fantômes s'approchèrent immédiatement de lui, comme s'il était une flamme au milieu de la nuit et eux des papillons Oh cette image hyper visisuelle (aidée par les dessins de Viria également) oh j'adore oh c'est beau et ce symbole, et les ombres et ... Marion, il faut arrêter d'écrire comme ça, sérieux ! . Il voulut les chasser d'un geste, mais un homme en uniforme confédéré s'approcha malgré tout et il dut se décaler pour l'éviter, l'air troublé. Mélinoé se mit à rire.

- Oh n'essayes pas, Roi Fantôme, tu n'y parviendras pas. Ces fantômes sont les miens. Ils n'appartiennent pas encore à ton père et sont hors de son autorité. (Elle traversa une des silhouettes translucides pour s'approcher de lui puis ajouta :) Ici, la mort, c'est moi. Oh c'est beau - et ça doit destabiliser Nico

- Ces âmes n'ont rien à faire ici, objecta Nico. Elles devront se soumettre à leur jugement un jour.

- Ne me parle pas de justice, fils d'Hadès. Ces âmes ont au contraire toute leur place à mes côtés. J'accueille les égarés, les damnés, les bannis. Tu connais cela, toi, non les bannis ? N'as-tu pas peur de voir apparaître une certaine âme ? Est-ce pour cela que tu te caches ?

- Taisez-vous.

Lou Ellen retint un cri étranglé. Elle ne savait pas si elle trouvait Nico fou ou courageux de s'adresser ainsi à une déesse, mais elle penchait sérieusement pour la première option. Ghost King <3 Elle le dévisagea, essayant d'insuffler toutes ses mises en garde dans un regard, ce qui n'eut pas grand intérêt puisque Nico ne la regardait même pas. Il lui semblait qu'il avait blêmit, à moins que ça ne soit les auras des fantômes qui se reflétaient sur sa peau. A sa gauche, Will posait des yeux inquiets sur lui.

- Oh ai-je touché une corde sensible ? Minauda Mélinoé. Réponds-moi, fils d'Hadès, sais-tu où se trouve l'âme de Bryce Lawrence aujourd'hui ? Aïe.

Cette fois, Lou Ellen n'eut aucun doute : Nico avait blêmi.

- Ca n'a aucune importance, répliqua-t-il d'une voix mal assurée. Est-ce que vous jurez sur le Styx, oui ou non ?

- Oui, je le jure sur Styx. (Un grondement sourd marqua sa promesse). Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'amuser avant. Je pourrais essayer d'appeler son âme, tu ne penses pas ? Voir ce qui se passerait.

- Non, dit-il, glacial.

Ce simple mot contenait une colère palpable et Lou Ellen crut même y déceler une pointe de peur. Elle ne comprenait plus rien. Sourcils froncés, Connor lui fit un signe comme pour lui demander ce qui se passait et elle lui répondit en secouant la tête, tout aussi perplexe. Elle avait l'impression que sa négociation lui échappait.

- Vous ne pouvez pas jouer avec les âmes des morts comme ça, reprit-il. Il y a des règles.

- Des règles ? Oh, fils d'Hadès, ne sois pas hypocrite ! Crois-tu que j'ignore ce que tu as fais alors que les Portes de la Mort étaient ouvertes ? Si quelqu'un a brisé les règles, c'est toi. Après tout, cette petite était porteuse d'une malédiction. Sa résurrection m'est parvenue.

- Si vous parlez d'Hazel...

- Bien évidemment que je parle d'elle. Qu'essayais-tu de faire en la ramenant ainsi à la vie ? Défier ton père ? Remplacer une sœur par une autre ? OK même moi ça me fait ma et c'est insoutenable.

Le coup était cruel. Pire que cruel. J'ai juste envie de pleurer BRAVO MARION Mélinoé savait pertinemment ce qu'elle faisait et Lou Ellen s'indigna en voyant le visage de Nico se décomposer. La déesse n'aurait pas eu un autre effet sur lui si elle l'avait frappé et il chancela presque à la mention de Bianca. Elle-même ne l'avait jamais rencontré. Elle n'était pas là l'hiver où les Di Angelo étaient arrivés, puisqu'elle ne venait que les étés à la Colonie, et c'était Cecil qui lui avait raconté l'histoire. Elle n'imaginait pas ce que Nico avait dû ressentir alors que son monde s'écroulait autour de lui. Perdre une sœur et découvrir sa nature de demi-dieu n'avaient pas dû être facile. A côté d'elle, Connor serra les poings et elle se demanda s'il s'indignait comme elle, ou s'il pensait à son propre frère et à ce qu'il ressentirait s'il le perdait. OK, tu veux vtraiment me faire pleurer, très bien *réfléchis à une vengeance*

- Ca suffit, cingla soudain Will. On n'est pas venus pour ça. Nous avons un marché, honorez-le maintenant.

- Très bien, très bien, s'il le faut. (Elle poussa un faux soupir las et promena ses yeux verrons sur eux). Alors ? Qui commence ?

Un long silence accueillit sa question. Personne ne se dévoua héroïquement. Lou Ellen n'en avait aucune envie, mais elle savait que le rôle lui incombait. Ta quête, se répéta-t-elle mentalement, ta responsabilité. Elle est incroyable dans son rôle de leader quand même Le cœur au bord des lèvres, elle leva la main.

- Moi, dit-elle. Je vais commencer.

- Merveilleux ! Approche, fille d'Hécate. Viens passer mon test.

- Un test ? Je croyais que c'était juste un espèce d'examen de personnalité ?

- Un examen qu'il faut réussir, nuança Mélinoé. Ne me résiste pas, sois sincère, et tout ira bien.

Pourtant, ses mots étaient teintés d'une menace que Lou Ellen ne parvenait pas bien à identifier. Encore plus méfiante qu'avant, elle jeta un dernier coup d'œil à Connor qui paraissait vouloir prendre ses jambes à son cou, puis s'avança pour être face à Mélinoé. De près, la démarcation entre les deux parties de son corps ressemblait à une cicatrice monochrome : une fine ligne grise, brouillée, qui reliait le noir et le blanc ensemble. En fait tu voulais juste que je le lise pour baver sur ta plume, avoue?

La déesse tendit alors la main et la posa délicatement au milieu de sa poitrine, juste au-dessus du cœur, les doigts écartés. Lou Ellen manqua de reculer, mais elle se retrouva paralysée. Rien n'aurait pu la préparer à la sensation qu'elle ressentit dès que Mélinoé toucha sa peau. C'était comme si son corps avait été plongé à la fois dans une cuve de lave ou d'eau glacé. Une vive douleur la traversa tout entière et elle cria. Ses genoux flanchèrent sous son poids.

- Lou ! Hurla Connor.

Mais les fantômes lui barrèrent la route dès qu'il voulut se précipiter vers elle Comme c'est beaaaaau. Lacy émit un sanglot étouffé que Lou Ellen entendit à peine par-dessus le rugissement de son sang qui battait ses oreilles.

- Ne résiste pas, fille d'Hécate, conseilla Mélinoé. Lâche prise ou la douleur sera plus forte.

- Je...

A bout de souffle, elle lutta contra un nouveau cri. Elle sentait une forte pression derrière ses paupières.

- Laisse-moi entrer, souffla la déesse.

Lou Ellen céda. Comme un barrage qui venait de rompre, le pouvoir de Mélinoé s'infiltra en elle avec force et la grotte autour d'elle s'effaça. La sensation était indescriptible. Elle n'avait plus l'impression d'être seule dans son propre corps, comme si Mélinoé s'y était infiltrée et parcourait les couloirs de son esprit, fouillait ses souvenirs, sondait son âme. On disait souvent qu'avant de mourir, on voyait sa vie défiler. Lou Ellen eut à peu près le même sentiment. Elle était persuadée que si la déesse restait trop longtemps dans sa tête, elle finirait de toute façon consumée.

Des flashs et des images surgirent alors de sa mémoire. Des choses que Lou Ellen ne se rappelait même avoir enregistré dans ses souvenirs. Les yeux de Mélinoé se révulsèrent alors qu'elle observait tout à une vitesse folle.

- Une grande solitude, constata Mélinoé. Une petite fille isolée, toujours étrange... Que disent-ils, ces autres enfants ? Sorcière, bizarre, maudite. Oh la phrase de l'aes ! Tu es aussi duale que moi, fille d'Hécate. Ta mère est la protectrice des morts et des naissances, elle incarne le cycle de la vie. C'est l'hiiisTOIRE DE LA VIIIIIE LE CYCLE ETERNEEEEEL (pardon j'ai besoin de rire, je respire plus depuis dix minutes) (Elle s'enfonça plus profondément dans son esprit). Tu le ressens cela, n'est-ce pas ? Je vois tes changements d'humeur selon les faces de la lune. Ça doit être épuisant, non ? Oh des règles dans des règles Oh... Et que vois-je, ici ?

Lou Ellen tenta de résister, prise de panique. Elle savait ce que Mélinoé avait trouvé. Un souvenir en particulier qu'elle n'avait jamais avoué à personne, pas même à Will et Cecil. C'était une journée il y a quelques mois, avant la bataille contre Gaïa alors que l'inquiétude gagnait la Colonie. Connor et elle rangeaient les canoës ensemble. AAAAAAWWWWW C'était son anniversaire ce jour-là, elle venait d'avoir quinze ans. Il lui avait offert un paquet de bonbons pour rigoler. Le genre d'attention qui fait crusher, clairement. Il l'avait sûrement volé à quelqu'un, mais l'attention lui avait fait émerger une sensation de chaleur au creux de son ventre. C'était un moment simple, un moment hors de la guerre qui grondait. Connor avait laissé tomber son masque de perturbateur en chef et il lui avait avoué son angoisse à demi-mot, celle qu'il ne pouvait pas confier à Travis pour ne pas l'inquiéter. Lou Ellen avait glissé sa main dans la sienne et il ne s'était pas dégagé. Je vois d'ici son regard noisette se figer derrière ses boucles brunes avant que .... ARGH SO CUTE CASSE TOI DE LA LA DEESSE LAISSE LE LUI

- Arrêtez, protesta-t-elle en essayant de repousser la déesse.

Une pointe de douleur la traversa.

- Ce n'est pas prudent, fille d'Hécate, se délecta Mélinoé. Donner son cœur à quelqu'un de si instable. Elle l'a pas donné, il l'a volé

- Je n'ai rien donné du tout. Voilà !

- Le penses-tu vraiment ou essayes-tu de t'en convaincre ?

- J'ai dit arrêtez !

- Est-il même au courant ?

- Non ! Non mais elle est horrible, à sa place je paniquerais comme tout.

Mélinoé se mit à rire.

- Non, il ne l'est pas ou non tu ne le veux pas ?

- Laissez-la tranquille, ça suffit ! S'écria Connor. Vous en avez vu assez ! Incroyable que ce soit Connor qui la sauve de cette situation.

Lou Ellen sentit son ventre se serrer. Il ne pouvait pas choisir de pire moment pour rappeler sa présence à la déesse. Lentement, la grotte se matérialisa à nouveau autour d'elle et elle cligna des yeux. Elle avait l'impression de se réveiller après un cauchemar.

- Tu as été sincère, fille d'Hécate. Tu as passé le test.

Et Mélinoé lâcha prise. Dès qu'elle fut libre du touché de la déesse, elle tituba, le corps saturé. De quoi exactement, elle n'en savait rien. Toutes ses sensations étaient perturbées, ses sentiments et réactions aussi. Mélinoé avait eu raison : héritage de sa mère, selon les faces de la lune, elle avait parfois des changements d'humeur ou des sensibilités au jour et à la nuit variables. A cet instant, c'était comme si toutes ses contradictions explosaient en même temps. Oh pauvre chérie (Marion toi et ta plume vous m'agacez) (Non je vous aime) (mais quand même)

- Ça passera, l'informa Mélinoé. Vois ça comme un effet secondaire.

- Merci de l'avoir mentionné avant, grimaça-t-elle.

- Lou ? Tu vas bien ? Appela Connor.

Elle tourna la tête vers lui. Il était toujours retenu par les fantômes et, sans réfléchir, elle leva la main. Sa paume entra en contact avec le fantôme le plus proche. Seulement, au lieu de le traverser, elle rencontra une matière solide et le poussa de toutes ses forces. Elle ne sut pas qui fut le plus surpris entre le fantôme et elle lorsque celui-ci tituba, s'écartant de Connor. Puis, elle chassa les autres d'un simple signe du menton, sec et ferme. Son instinct agissait.

- Laissez-le passer, commanda-t-elle.

Ils s'exécutèrent. Bouche-bée, Connor mit une seconde à réagir avant de se précipiter vers elle. Les autres la dévisagèrent.

- Comment... ? Lâcha Nico, visiblement stupéfait. Comment tu as fait ? La jalousie est présente.

- Voyons, fils d'Hadès, tu n'es pas le seul à avoir des pouvoirs sur les défunts. As-tu oublié qu'Hécate était une déesse infernale des ombres et de la mort ? J'adore comment tu travailles tous les aspects d'Hécate, c'est super intelligent. Je suppose que ses nombreuses facettes et ses liens avec la magie font oublier ses autres pouvoirs, mais il n'est peut-être pas si étonnant que sa fille soit capable de contrôler les âmes qui n'ont pas encore rejoint Hadès. Après tout, Hécate se veut leur guide.

- Enfin, quand elle a ses torches, commenta Connor.

Lou Ellen émit un rire étouffé contre son torse Oh choupinette (hihihi un câlin, je suis sûre Mélioné elle fangirle comme nous) . Il avait passé un bras autour d'elle pour l'empêcher de trembler et elle lui en était reconnaissante. Elle ne savait pas si elle aurait réussi à tenir debout sans son soutien.

- Bien, reprit Mélinoé. A qui le tour ? Je rappelle que vous devez tous vous y soumettre. Fils d'Hermès, puisque tu es là devant moi, autant nous montrer que tu es digne des informations que je vais vous donner. Attendez il est occupé à faire un câlin à Lou Ellen

- Je ne suis pas sûr d'être très enthousiaste...

- Ce n'est pas grave, je ne te demande pas de l'être.

Sans prévenir, Mélinoé porta la main sur le sternum de Connor. Pour un peu, on aurait dit qu'elle allait l'étrangler si elle remontait vers sa gorge. Lou Ellen le sentit se raidir contre elle et il laissa échapper un grognement douleur, sûrement comme elle il y a quelques minutes. Ses yeux se voilèrent. Elle se demanda si lui aussi voyait des tranches de sa vie, s'il ressentait l'intrusion de la puissance divine dans son esprit.

- Oh celui-ci est fuyant, se moqua Mélinoé. N'essaye pas de me berner, fils d'Hermès. Ta ruse ne fonctionnera pas sur moi ! Oh j'adore. Je veux dire, comment la personnalité de Connor transparait dans sa façon de lutter.

- Laisse-la faire, Connor, souffla-t-elle. Ça sera plus vite terminé.

- Ecoute ta petite amie. Je n'irai pas trop loin dans ton esprit, je sens déjà ce que je voulais... Ah ! Voilà !

Les lèvres blanches et noires de Mélinoé s'étirèrent tandis que le dos de Connor se cambrait. Il serra les poings.

- Je n'en attendais pas moins d'un fils d'Hermès, mais j'avoue être surprise par ta dualité, demi-dieu. Ce fardeau doit te poser, non ?

- Là, ce qui me pèse, c'est vous, articula-t-il, dents serrées. Et il arrive encore à répondre. That's my boy.

- Tant de responsabilités qui t'attendent, continua-t-elle en ignorant sa remarque. Des responsabilités que tu vas devoir assumer un jour ou l'autre. Ou vas-tu continuer à décevoir ceux qui t'entourent ? Une mère qui a tant sacrifié pour t'élever, un frère qui a trouvé sa voie et t'a laissé derrière, le bungalow d'Hermès à ta précieuse Colonie qui compte sur leur conseiller. Il va falloir grandir un jour, tu ne penses pas.

- Je fais ce que je veux, répondit-il, effronté. Oh mais mon bébé chat laissez-le !

Son visage s'était empourpré et Lou Ellen se sentit désolée pour lui. L'expérience était désagréable, elle le comprenait. Personne n'aimait se voir mettre à nu devant les autres.

- Tu te voiles la face, fils d'Hermès. Ça finira par te jouer des tours. Tout ne va pas ensemble, il suffit de me regarder PUTAIN MAIS MARION . Et toi, prince du chaos, tu vas devoir un jour trouver une certaine stabilité si tu ne veux pas basculer. JE ---

Sur ces mots, Mélinoé le relâcha. Connor tituba et il se serait planté tête la première sur le sol si Lou Ellen ne l'avait pas rattrapé. Elle avait eu le temps de retrouver ses esprits et les effets secondaires du passage de la déesse dans sa tête commençaient à refluer. Elle contracta ses muscles pour retenir son poids avant que Will ne se précipite pour l'aider. Il tira Connor par les épaules pour le redresser.

- Doucement, mon vieux, enjoignit-il.

- Will... Est-ce que la grotte tourne ?

- Pas vraiment, non. Respire profondément.

- Ca va passer, assura Lou Ellen. Accroche-toi à moi. hihihihihihihihi

Mélinoé ricana à cette phrase et elle la fusilla du regard. Elle allait demander à la déesse qui serait sa prochaine victime avec ironie lorsque cette dernière se figea brusquement. Autour d'eux, les fantômes en firent de même, puis se mirent à s'agiter avec brusquerie. Lacy poussa un cri de surprise quand l'un d'eux la traversa, les yeux exorbités et son corps translucide clignotant dans tous les sens.

- Qu'est-ce que... ? Balbutia Will, surpris.

- Vous les avez menés ici ! Rugit soudain Mélinoé, furieuse. Traîtres ! Hein, quoi?

- Quoi ? Menés qui ?

Dans un tourbillon noir et blanc, Mélinoé fit volte-face. Elle leva ses mains bien haut et ordonna à ses émissaires :

- Retenez-les ! Nous n'en avons pas terminé ici et vous m'avez fait une promesse, demi-dieux.

- Qui arrive ? Rétorqua Nico. On n'a pas le temps de...

- Oh crois-moi je vais prendre le temps, fils d'Hadès. Les Propétides ne m'arrêteront pas ! Hein quoi?

Dans le fond de son esprit, Lou Ellen sut qu'elle aurait dû savoir ce qu'étaient les Propétides. Chiron lui avait fait des leçons sur la mythologie grecque. Pourtant, rien ne lui revint et, au loin, les cris furieux d'un chœur de voix féminines ne la rassura pas. Avec un temps de retard, elle réalisa soudain qu'ils étaient coincés dans une grotte entre une déesse en colère et des ennemis à leur trousse.

Si le début de sa quête lui avait paru facile, les dieux s'apprêtaient à lui rappeler que le destin d'un Sang-Mêlé l'était rarement.


Alors
Alors
Alors
Il y a quelque chose d'extraordinnaire dans ce chapitre. Genre elle faisait du mal à des perosnnages qu'on aime et je l'ai personnellement ressenti. Je te jure, j'avais envie de la repousser, de lui arracher Connor ou Nico et de les envelopper dans du papier bulle. C'était une ambiance très pesante, très douloureuse et on la ressent nous physiquement, c'est extraordinnaire.

Et ça tient aussi de l'écriture magnifique. Des phrases sur Mélinoé, sa description, les piques de Connor ou les analyses de Lou Ellen, c'était du très haut vol. Chapitre incroyable Marion, j'ai encore la poitrine hyper lourde après ce qui s'est passé ... Je te jure j'avais envie de la rouer de coup pied la déesse pour qu'elle leur foute la paix :lol: :lol:

Bref, un grand et immense bravo Marion ! Maintenant je vais aller me déchirer le coeur une seconde fois, c'est parti
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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Chapitre 7 - Fuite à travers le New Jersey

Leur échappée de la grotte de Mélinoé était un peu floue dans l'esprit de Nico tant les choses avaient été vites. Il se rappelait avoir transpercé la Propétide qui clouait Lou Ellen au sol tandis qu'une des flèche de Will allait se ficher entre les deux yeux d'une autre. A ce moment-là, tout le monde s'était figé, comme incapable de comprendre ce qui se passait, puis Connor s'était laissé tomber à genoux près de Lou Ellen dont les mains étaient plaquées contre son ventre.

- Ne bouge pas, lui avait-il intimé. On va te soigner, ça va aller. C'est juste... c'est juste un poignard.

- Il fait vachement mal ton poignard...

Connor avait laissé échapper un rire avant que Will ne s'approche pour examiner la blessure.

- Aucun organe vitale touché, mais vaut mieux laisser la lame où elle est pour l'instant. Ça évitera la perte de sang. (Il grimaçait). Désolé...

- D'accord, d'accord... ça va le faire. Mais pas longtemps, pas vrai ?

- Promis.

D'un signe de tête, Will avait autorisé Connor à bouger Lou Ellen et il avait soulevé son corps, une main passée dans son dos et l'autre sous ses genoux. Un cri de douleur s'était arraché de sa gorge avant qu'elle ne serre les lèvres, déterminée. Nico ne pouvait qu'admirer sa volonté.

Désormais, ils couraient tous à travers la forêt pour rejoindre leur camionnette garée en bord de route, ou du moins ils tentaient de courir. Avec la nuit tombée, il était difficile de ne pas trébucher sur le moindre obstacle et Nico retint Lacy à la dernière seconde lorsqu'elle s'emmêla les pieds dans une branche d'arbre. Derrière, la respiration haletante de Connor emplissait l'atmosphère et Nico se retourna pour voir s'il suivait.

- Si tu me dis que j'ai pris du poids... maugréa Lou Ellen, les yeux à moitié clos.

- Non, pas du tout. C'est moi qui manque de muscles voyons.

- Je préfère ça.

Nico esquissa un sourire, supposant que si elle avait la force de plaisanter, la situation n'était pas si désespérée. Avec son épée, il écarta les branches basses et les fougères qui leur barraient la route, et il laissa passer Will devant lui. Ses cheveux blonds, ondulés derrière les oreilles et au niveau de la nuque, luisaient presque dans le noir.

- Vous êtes sûrs qu'on va dans la bonne direction ? Lança Connor.

- La route est par là, assura Will avant d'ajouter plus bas. Enfin je crois... j'espère.

- Sois sûr, Will !

- Si, si, c'est par là.

- Du moment qu'on met de la distance entre nous et Mélinoé, chuchota Lacy en frissonnant.

Elle jeta un énième regard par-dessus son épaule, comme si elle avait peur de voir à nouveau surgir les fantômes de la déesse, et Nico la força à avancer. Il ne la blâmait pas. Lui non plus n'était pas tranquille et il s'efforça de chasser l'image de sa mère de son esprit. Il en avait presque la nausée. Avant que Mélinoé ne prenne sa forme, son souvenir était flou dans sa mémoire et il n'était pas sûr de s'être souvenu parfaitement de ses traits, comme si chaque jour qui passait l'éloignait de sa mère, de son accent chantant, de son sourire. Son corps fut parcouru d'un frisson glacé. Pour un peu, il ne savait pas s'il voulait mettre de la distance entre la grotte et lui ou y retourner pour pouvoir revoir l'image de sa mère et la graver au mieux dans son esprit.

Il ne réalisa qu'il avait ralenti le pas que lorsque Will s'arrêta pour le ramener à la réalité.

- Nico ? Appela-t-il, anxieux. Ça va ?

- Oui, pardon... Par ici. On y est presque.

Will parut vouloir insister, mais Nico le dépassa à nouveau pour ouvrir la marche. Il reconnaissait les rochers sur sa droite. La camionnette n'était plus très loin. En plissant les yeux, il essaya de distinguer le sentier qu'ils avaient empruntés dans l'autre sens et il observa les flaques de lumière qui dansaient sur le sol. Leur couleur argenté lui rappelait l'évanescence des fantômes de Mélinoé et il frissonna à nouveau.

Même s'il n'avait pas été certain de pouvoir les contrôler dès le départ, le constater véritablement l'avait plus ébranlé qu'il voulait bien l'admettre. Ses pouvoirs sur tout ce qui touchait de près ou de loin à la mort, c'était son identité, sa garantie de survie en tant que demi-dieu. Être impuissant l'avait frustré, mais plus que tout ça lui avait rappelé l'épisode avec Bryce Lawrence et ses spectres « tuniques rouges ». Et évidemment, son esprit n'avait pu s'empêcher de penser à Bryce lui-même. Il se demanda si Mélinoé aurait vraiment pu le faire apparaître aujourd'hui, comme elle avait menacé de le faire... A cette simple idée, une vague de nausée le prit au ventre. Il s'imaginait devoir expliquer à Will et aux autres ce dont il ne se rappelait même pas, ce que ses pouvoirs avaient réussi à faire... Il s'imagina devoir leur parler de la façon dont Bryce s'était dissout dans les ombres alors que sa fureur avait explosé comme des milliers d'éclats de fer stygien, glacés et implacables.

Dans un souffle haché, il resserra sa prise autour de son épée pour éviter à ses mains de trembler.

- Eh... murmura Will en se matérialisant d'un coup à nouveau à ses côtés. (Nico se tourna légèrement pour le regarder). Je ne veux pas avoir l'air d'insister mais... tu es sûr que ça va ?

Son regard bleu était empli d'inquiétude, comme d'habitude. Nico se détourna.

- Ce n'est pas moi qui aie un poignard dans le ventre, Will, dit-il d'une voix sourde.

- Ca ne veut pas dire que tu vas bien ou que je ne peux pas t'aider.

- Il n'y a rien à aider. Je vais bien.

- Nico...

Frustré, il faillit s'arrêter net, les mains toujours instables.

- Sérieusement, Will, laisse tomber, s'exaspéra-t-il.

Son ton fut plus sec qu'il ne l'avait prévu et Will recula d'un pas, pris au dépourvu, avant qu'une expression blessée ne se peigne sur son visage. Il sembla chercher ses mots pour répliquer quelque chose lorsque Lacy le devança :

- Là ! S'écria-t-elle. La route !

Elle se précipita en avant et Nico s'empressa de lui emboîter le pas pour ne pas affronter Will, honteux. En trois enjambées, il la rattrapa et déverrouilla la camionnette toujours garée près du champ de salade qu'il distinguait à peine maintenant que la nuit était tombée. Connor sortit de la forêt à ce moment-là, le front en sueur même s'il tenait toujours Lou Ellen fermement dans ses bras. Nico sentit son regard être attiré vers sa blessure et il grimaça. Une large tâche rouge fleurissait en-dessous de ses côtes et son teint, naturellement pâle, avait viré à un gris cireux.

- Mets-la à l'arrière, ordonna Will fermement. Je dois l'examiner, on ne peut pas attendre.

- Tu veux de l'aide ou... commença Connor.

- Non, toi tu conduits. On se barre d'ici.

- Mais...

- Il a raison, approuva Nico. Hors de question de rester dans les parages. Mélinoé pourrait nous envoyer ses esprits cauchemars et j'en ai eu assez pour une soirée. On y va.

Connor ne protesta pas plus longtemps. Avec précaution, il déposa Lou Ellen sur la banquette arrière et même s'il tenta de ne pas la brusquer, elle laissa quand même échapper un cri de douleur. Il blêmit.

- Désolé, désolé, désolé !

- C'est bon, ça va... assura-t-elle dans un souffle haché.

- Bouge le moins possible, indiqua Will. J'arrive.

Il fit le tour de la camionnette et Nico se dirigea vers l'avant, laissant Lacy à l'arrière. Elle était sûrement la plus petite d'entre eux et Will allait avoir besoin de place.

Quand Connor s'installa derrière le volant, Nico remarqua alors le sang qui maculait son sweat-shirt. Il ne paraissait même pas en avoir conscience et se contenta de démarrer, puis il appuya à fond sur l'accélérateur. Nico fut projeté dans le fond de son siège et il entendit Lacy se cogner contre la portière derrière lui.

- Par les dieux, Connor, jura-t-il. Ralentis, tu vas nous faire rentrer dans un arbre.

- C'est toi qui a dit qu'on devait partir vite !

- Partir, pas finir dans le fossé ou arrêté pour excès de vitesse !

- J'ai besoin de stabilité, ajouta Will.

Aussitôt, la voiture ralentie. Avec un soupir de soulagement, Nico se retourna légèrement pour jeter un coup d'œil par-dessus son dossier. Il découvrit le dos de Will qui était agenouillé entre les sièges. Il essayait visiblement de se mouvoir dans l'espace réduit que la camionnette lui accordait, sa trousse de secours posée devant lui. Comme à chaque fois qu'il se mettait en mode « docteur », Nico fut impressionné par son calme et son expression déterminée. Il n'y avait pas une once d'hésitation en lui.

- Ok, on va commencer, annonça-t-il à Lou Ellen. Prête ?

- Hum hum...

- Je vais essayer de faire le plus vite possible, mais il va falloir que je désinfecte la plaie après avoir enlevé le poignard. Ça va faire un peu mal.

- Je m'en doutais, avoua-t-elle d'une voix blanche.

Ses yeux commençaient à être vitreux et Nico sentit sa force vitale vaciller. Elle n'était pas en danger de mort, pas encore, mais elle n'était pas non plus en bonne santé. A côté de lui, Connor serrait le volant à s'en faire blanchir les jointures.

- C'est parti, dit Will. Promis, je te donne une sucette à la fraise à la fin.

Lou Ellen émit un rire étouffé.

- Merci doc' !

Mais son sourire ne dura pas longtemps. Nico ne put détacher son regard alors que Will levait la main et enroulait ses doigts autour de la garde du poignard. Il parut compter jusqu'à trois dans sa tête, puis il le retira d'un mouvement sec et fluide. Tout le monde tressaillit au cri de douleur de Lou Ellen.

- Respire, conseilla Will.

Il fit mine de prendre une grande inspiration, puis expira longuement, comme pour lui montrer l'exemple. Lou Ellen l'imita. Il hocha la tête, satisfait, et sortit un flacon de désinfectant de sa trousse. Nico l'avait assez aidé à l'infirmerie pour le reconnaître.

- Très bien, maintenant on va voir la plaie. Je peux... ?

Il agita la main au-dessus de son corps. Nico se demanda ce qu'il faisait avant de voir les joues de Lou Ellen prendre une teinte rosée.

- Ce n'est pas pire que quand je m'étais pris une flèche dans la cuisse et que t'avais dû me soigner parce que Kayla n'était pas là, plaisanta-t-elle. Vas-y.

- Grand moment, lui accorda Will.

Sans hésiter, il écarta les bords de sa veste en jean noire, puis il souleva son chemisier vert qui lui collait à la peau à cause du sang, révélant la plaie et la courbe de son soutien-gorge. Lou Ellen siffla de douleur et Nico se détourna pour fixer à nouveau la route et lui laisser un peu d'intimité, les joues sûrement aussi rouge qu'elle. Connor ricana.

- T'aurais préféré que ça soit Will qui tombe la chemise, Di Angelo ? Se moqua-t-il.

Nico devint rigide et il était sûr que la rougeur s'était étendue à tout son visage. Il décocha un regard noir à Connor, à tel point qu'il en perdit son rictus moqueur et déglutit. A l'arrière, Lou Ellen intervint :

- Si tu sais que je n'ai plus ma chemise, c'est que tu as regardé dans le rétro, espèce de pervers ! Lança-t-elle, même si ses mots ne contenaient aucune colère. Garde les yeux sur la route, Alatir !

Avec satisfaction, Nico vit Connor s'empourprer. « Bien fait », pensa-t-il alors que Lacy et Will riaient. Après cela, ils laissèrent Will se concentrer et ils retombèrent dans le silence. Seuls les brefs gémissements de douleur de Lou Ellen le brisaient, mais Nico les ignora du mieux qu'il put.

Il fixa son attention sur l'asphalte qui défilait devant eux et il se demanda soudain où ils allaient. Pour l'instant, sûrement nulle part, et Connor se contentait de rouler au hasard pour aller le plus loin possible. Le roulis de la voiture berçait presque Nico et il sentit ses yeux papillonner, lourds. Contrairement aux autres, il n'avait pas subi d'intrusion dans son esprit de la part de Mélinoé, mais ça n'empêchait pas le contre-coup de se faire ressentir. Il aurait sûrement pu s'endormir si Connor n'avait pas repris la parole quelques minutes plus tard :

- Juste les gars... On va où exactement ? Que je sache quelle direction prendre.

- Mélinoé a dit qu'on devait se rendre dans les terres des magiciennes, se souvint Lou Ellen. Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Aucune idée, mais pour l'instant on ne va pas voyager cette nuit. Il faut que tu reprennes des forces, affirma Will de sa plus belle voix de docteur.

- Alors quoi ? On cherche un hôtel ? On dort dans la camionnette ?

A cette simple idée, Lacy grogna. Nico ne dit rien, mais il n'en pensait pas moins. La camionnette ne devait déjà pas être confortable en elle-même, mais s'y empiler à cinq allait être un enfer. Et aucun hôtel ne semblait se trouver aux alentours. De part et d'autre de la route, il ne voyait que des champs et ils avaient traversé la dernière ville il y a trente minutes au moins.

- J'ai peut-être une idée, avoua Will.

Il se passa une main dans les cheveux pour repousser ses boucles dorées et attrapa sa gourde de nectar à ses pieds avant de la tendre à Lou Ellen.

- On est où exactement ?

- Quelque part dans le New Jersey, répondit Connor, l'air incertain. Attends, le panneau de la dernière ville c'était... euh...

- Bloomsburry, dit Nico.

- C'est ça !

Will hocha la tête.

- Alors on n'est pas loin, je crois. Ma mère a un appartement qu'elle loue à Harmony. Je pense que ça ne la dérangera pas si on y passe la nuit.

- A Harmony ? Répéta Lou Ellen, perplexe. Mais je croyais que vous habitiez au Texas. Je sais que vous habitez à Austin même !

Elle semblait remettre toutes ses connaissances sur son ami en question et mordit dans son bout d'ambroisie, déboussolée. Nico lui-même était perdu. Il avait assez vu Will avec son stupide t-shirt jaune avec inscrit « Tout est plus grand au Texas » pour savoir qu'il y habitait quand il n'était pas à la Colonie.

- C'est vrai, convint Will en souriant. Notre maison au Texas est celle principale, mais ma mère a loué cet appart il y a quelques années quand mes séjours à la Colonie ont commencé à être plus longs. Ça lui permettait de venir me voir les week-ends si elle n'était pas en tournée ou quelque part dans le pays pour jouer sa musique, et moi ça me permettait d'y être en à peine une heure plutôt que de devoir prendre l'avion pour rentrer. (Il rangea l'ambroisie et le nectar, puis déroula une bande de pansement à gaz). En vrai, l'appartement est vide les trois quarts de l'année, mais il est pratique.

- Bien pensé, approuva Lacy. Mais pourquoi le New Jersey ?

- T'as vu les prix de l'immobilier à New York ? Rit Will. On n'allait pas mettre autant pour un appart secondaire.

- Moi ce que je retiens surtout, dit Lou Ellen, c'est que ta mère et toi avez un appart à Harmony. Pour un fils d'Apollon, je trouve l'ironie certaine !

- Bon donc on va là-bas ? S'assura Connor. Je prends la prochaine sortie ?

Ils acquiescèrent tous.

- Will, guide-moi quand on sera plus très loin. Parce que ton copain est nul comme co-pilote !

- Eh ! S'indigna Nico. C'est faux !

Connor coupa court à ses protestations en allumant l'autoradio. Il ne reconnut pas la chanson – mais il avait de sérieuses lacunes en musique moderne – et tout le monde retomba dans le silence à nouveau. Nico posa sa tête contre la vitre fraîche. Ça lui faisait encore étrange d'être appelé comme ça. « Le copain de Will ». Il avait eu pas mal de surnom au fil des ans : ceux de son enfance sûrement, dont il se rappelait à peine, mais que sa mère avait dû utiliser pour lui ; le petit frère agaçant et énergique ; le fils d'Hadès ; le Roi Fantôme ; l'Ambassadeur de Pluton... Mais être simplement le copain de Will, c'était nouveau et il ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais l'entendre à voix haute provoquait une chaleur diffuse au creux de son ventre.

Pour éviter que les autres ne distinguent ses joues rouge, il se tourna un peu plus vers la fenêtre et laissa son esprit vagabonder. Presque immédiatement, l'image de Mélinoé lui revint sans qu'il puisse l'arrêter. Pour une déesse des cauchemars, elle faisait bien son job. Il repensa à l'expression d'horreur des autres quand Mélinoé les avait mis face à eux-mêmes, à leur peur et à leur dualité. Il déglutit. Il se demanda ce qu'elle avait voulu dire par le fait que Will avait des fantômes vivants et morts. Dans le fracas du combat avec les Propétides, il avait eu du mal à entendre distinctement l'échange entre Will et Mélinoé, mais il avait vu son visage en ressortant de la brume. Il se promit de lui en parler quand ils arriveraient.

- Prends la direction du centre-ville, Connor, indiqua soudain Will.

- Par les dieux, tu me préviens en avance ? J'en pleure presque de joie.

- C'est bon, bougonna Nico. On a compris.

Connor eut simplement un rictus et tourna le volant en sifflotant l'air à la radio. Puis, soudain plus sérieux, il leva les yeux vers le rétroviseur.

- Comment tu te sens, Lou ?

- Mieux, dit-elle. Ça tire encore un peu, mais ça va. Merci Will.

- A ton service !

Nico osa se retourner à nouveau. La chemise de Lou Ellen était à nouveau en place et sa peau avait repris des couleurs. Will, lui, était toujours à genoux entre les deux rangées de sièges pour lui laisser la place de s'allonger en partie. Il avait les mains tâchées de sang. En suivant le regard de Nico, il parut d'ailleurs s'en rendre compte et grimaça.

- Pas mon meilleur look, commenta-t-il.

- Désolée, marmonna Lou Ellen.

- Tu t'es fait poignarder par une femme cannibale, rétorqua Connor. Je pense que tu n'as rien à te faire pardonner, Lou. (Il s'arrêta à un feu rouge). Par où, Will ?

- A droite. Et après la prochaine à gauche. Ça sera l'immeuble blanc à l'angle.

- Noté !

Nico détailla les alentours. La ville d'Harmony n'était pas grande. C'était tout ce qu'il attendait d'une petite ville perdue dans le New Jersey, à mi-chemin entre la vaste et sauvage campagne américaine et le cœur bourdonnant de New York à seulement quelques heures de route. La lumière artificielle des lampadaires éclairaient la route et jetaient des ombres sur le bas-côté. Nico pouvait les sentir se mouvoir et il savait qu'il lui suffirait de « tirer » sur ses pouvoirs pour qu'elles se meuvent, se glissent dans la voiture et l'enveloppent totalement. Pourtant, il ne fit rien. Les ombres pouvaient bien rester où elles étaient pour ce soir, ça éviterait au moins une crise cardiaque à Will.

Fatigué, Nico se frotta les yeux et jeta un coup d'œil à l'horloge sur le tableau de bord. Il était minuit passé, presque une heure du matin. Lorsqu'il se retourna à nouveau, il remarqua Lacy qui dormait, la respiration lente et calme. Will sourit.

- Je crois que la première journée de quête l'a épuisé, murmura-t-il.

- En même temps, elle a dû subir le karaoké de Connor.

- Eh ! Fais attention à toi, Di Angelo ! S'écria le concerné.

Lou Ellen éclata de rire alors que la camionnette ralentissait. Le bruit réveilla Lacy.

- Qu'est-ce que... ? Balbutia-t-elle.

- On est simplement arrivés, rassura Will.

- Oh !

Elle cligna des yeux, déboussolée, et Nico fut frappé par son air juvénile. Ils ne devaient pourtant avoir que quelques années d'écart, trois tout au plus, mais il se sentait infiniment plus vieux que Lacy. Ne sachant pas quoi faire de ce constat, il ouvrit sa portière pour éviter d'y penser. Il sauta à terre.

En face de lui, un immeuble blanc de quatre étages se dressait. Tous les stores ou les volets étaient tirés et Nico fut rassuré : moins de chance de se faire voir par des voisins. Il ne voulait pas que la police débarque après avoir reçu un appel pour cinq jeunes étranges en pleine nuit dont l'un avait un sweat couvert de sang et l'autre les mains ensanglantées.

- C'est ici ? Demanda Connor en avisant l'immeuble d'un œil critique.

- Quoi ? Tu t'attendais à mieux ?

- Je sais pas... Ta mère est pas censée être, genre, hyper connue ?

Nico fronça les sourcils. Il avait entendu parler de Naomi Solace par Will évidemment et il savait qu'elle était chanteuse, ce qui rendait son emploi du temps souvent compliqué, et que sa voix avait réussi à attirer Apollon lui-même. Il ne savait en revanche pas qu'elle était censée être « hyper connue », mais après tout sa culture musicale était loin d'être à jour.

- Je crois que tu surestimes un peu, s'amusa Will. Elle est reconnue dans le milieu de la country surtout. Et son heure de gloire était il y a une dizaine d'année. (Il se figea, sa trousse de secours à l'épaule, et prit une expression faussement horrifié). Ne lui dis jamais que j'ai dit ça. Si elle demande un jour, elle est l'équivalent de Lady Gaga.

- Promis !

Nico ne prit même pas la peine de demander qui était Lady Gaga. Au lieu de ça, il tendit la main à Lou Ellen pour l'aider à sortir de la voiture et elle s'appuya lourdement sur lui. Malgré sa difficulté de mouvement, elle paraissait aller bien mieux : elle tenait debout, son teint avait retrouvé sa couleur normale et elle ne criait plus de douleur à chaque pas. Connor se matérialisa en face d'elle immédiatement.

- Tu te sens bien ?

- Tu vas me le demander toutes les deux minutes ? Se moqua-t-elle, même si Nico voyait qu'elle était touchée. Mais oui, promis. Will a bien fait son boulot.

- Vous en doutiez ? Lança celui-ci.

- Jamais !

Will sourit et plongea les mains dans ses poches, sûrement pour les cacher, puis il leur fit signe du menton de le suivre. Massés les uns contre les autres, ils montèrent les escaliers de l'immeuble et Nico veilla à surveiller les alentours. Il ne tenait pas à se faire surprendre à nouveau par un monstre aujourd'hui.

Après avoir tapé le code, Will s'engouffra dans le hall et ils lui emboîtèrent le pas. Ils n'eurent même pas à monter les étages car il se dirigea directement vers une porte au rez-de-chaussée. Planté devant la porte, il fronça le nez, l'air embarrassé.

- J'y avais pas pensé mais...

- Laisse-moi deviner, dit Nico, tu n'as pas les clés ?

- Je n'avais pas prévu de venir ici ! Se défendit-il.

- Mais alors, comment on entre ? Demanda Lacy.

D'un même mouvement, Nico, Will et Lou Ellen pointèrent Connor du doigt sans même se concerter. Un sourire d'enfant terrible se dessina sur ses lèvres et il fit craquer ses jointures.

- Laissez-moi la place ! On sera à l'intérieur dans moins d'une minute.

Nico se poussa pour laisser Connor s'agenouiller devant la serrure. Le visage crispé par une expression concentrée, il sortit de sa poche de jean une petite tige en fer qu'il dédoubla et glissa dans le trou. Il se mit à la tourner dans tous les sens et même si ses gestes avaient l'air arbitraire, Nico savait qu'il pouvait presque sentir le mécanisme de la serrure. Un jour, il lui avait demandé comment fonctionnait ses pouvoirs et le fils d'Hermès lui avait répondu qu'il ne savait pas vraiment comment l'expliquer, mais il pouvait parfois sentir la meilleure façon d'arriver à ses fins. A le voir maintenant, Nico n'en doutait pas.

- J'y suis presque, marmonna-t-il, dents serrées. Encore quelques tours et...

Connor n'eut pas le temps de terminer sa phrase, ni son effraction de porte. Brusquement, le battant s'ouvrit devant lui et il manqua de perdre l'équilibre, surpris. Nico recula d'un pas, son épée déjà levée, mais il ne découvrit qu'une femme d'âge moyen dans l'encadrement de la porte. Les autres laissèrent échapper un cri de surprise étouffé. Pendant une seconde, Nico crut qu'ils s'étaient trompés d'appartement et que la femme allait appeler la police sur le champ, mais Will s'écria alors :

- Maman ?

- Will !

- Quoi ? S'exclama Connor.

Nico rabaissa son épée, stupéfait. Devant lui se tenait Naomi Solace.

********************

Et voilà ^^ Chapitre un peu plus court que les autres comme il joue plus un rôle de transition, mais ça m'a fait plaisir de l'écrire!

On se retrouve dans deux semaines, lundi 3 mai !
Perripuce

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Perripuce »

J'ai le seum et le monde du Football est menacé par 12 club qui ne veulent faire que du fric : DETENDONS NOUS AVEC UN CHAPITRE DE MARION
annabethfan a écrit : lun. 05 avr., 2021 12:08 pm Salut ! Joyeuses fêtes de pâques :D

On se retrouve donc pour ce nouveau chapitre ! Un énorme MERCI à Mimie99 pour être toujours là à lire et commenter sur cette histoire : t'es incroyable !!

Bonne lecture !


Chapitre 6 - L'attaque des Propétides


Trop de choses arrivaient en même temps et Will n'arrivait plus à suivre. Entre une déesse double face et une menace imminente, il ne savait plus ce dont il devait être inquiet. Il décida que sa priorité pour l'instant était ses amis. Contre lui, Connor paraissait encore instable sur ses jambes et Lou Ellen était aussi pâle que Nico C'est dire ... . En parlant de Nico... Will coula un regard dans sa direction. Son petit ami tenait son épée en fer stygien face à Mélinoé, l'air furieux. A ses pieds, le sol se mit à noircir et les fantômes qui l'entouraient reculèrent vers l'entrée de la caverne, s'empressant d'obéir au dernier ordre de Mélinoé qui leur demandait de retenir leurs poursuivants.

- Donnez-nous les informations promises, exigea Nico. Maintenant. On ne peut pas attendre qu'elles arrivent.

- Baisse cette épée, fils d'Hadès, je ne me laisserai pas menacer ainsi. Ton père est peut-être le maître des Enfers, mais je ne m'abaisserai pas à recevoir des ordres de ta part. Je suis la déesse des cauchemar et des fantômes, ne l'oublies pas Puis surtout c'est une déesse et toi le fils de la mort tu restes quand même mortel . Et toi, mon garçon, tu en as plus qu'il ne m'en faut. (Elle sourit d'un air sinistre). Ou as-tu oublié notre dernière rencontre ? Le fils de Poséidon ne sera pas là pour te sauver la mise cette fois-ci. Pas cool de parler de Percy

L'expression de Nico s'assombrit. A nouveau, Will se demanda ce dont la déesse parlait. Il avait bien compris qu'ils s'étaient déjà rencontrés, mais la présence de Percy était un nouvel élément. Du moins, il supposait qu'il s'agissait de Percy. Il ne connaissait pas dix fils de Poséidon après tout. Sans pouvoir s'en empêcher, Will ressentit une pointe lui piquer le ventre. Evidemment, Percy avait sauvé la journée durant cette aventure passée. C'était ce que faisait Percy après tout : sauver tout le monde Quel homme ce Percy. N'empêche quand on relit le 1 on se dit pas qu'il va devenir un tel héros. Et il était même sympathique, ce qui faisait que Will adorait ce type et ne pouvait pas lui en vouloir. Même s'ils étaient souvent nuls, il pouvait toujours compter sur Percy pour rire à ses jeux de mots ou donner un coup de main.

- En plus, reprit Mélinoé, votre part du marché n'est pas remplie. Je devais vous sonder. Tous.

- Si vous faites ça, on perdra trop de temps, objecta Will instinctivement. Et ça nous affaiblira tous trop pour qu'on puisse se battre contre... ce qui arrive. Regardez Connor et Lou Ellen.

Il n'arrivait plus à se rappeler du nom que la déesse avait pourtant prononcé il y a quelques minutes. Même sa mémoire, pourtant très bien entraînée et développée, lui faisait défaut. Magnifique.

- On va bien, tenta de protester Connor.

- Je t'ai déjà vu mieux, rétorqua-t-il. Je ne doute pas que tu puisses te battre, mais pas longtemps. (Il se tourna à nouveau vers la déesse). Ça serait un trop gros risque à prendre. Vous ne voudriez pas voir votre caverne envahie, non ?

Mélinoé parut considérer ses paroles avant d'agiter la main vaguement. De la fumée s'enroula autour de son poignet.

- C'est vrai, concéda-t-elle, songeuse. Mais je ne peux pas juste rompre notre accord. Mes émissaires sont parfaitement capables de nous gagner du temps.

- Du temps peut-être, mais ça ne règle pas le problème du contre-coup que votre examen provoque. Ils commencent tout juste à reprendre des forces, je le sens.

- Tu le sens, hum ? Répéta-t-elle. Un fils d'Apollon, sans doute ?

- Oui...

- Que fais-tu ici ?

- Je... Quoi... ? ELLE EST PAS COOL
Franchement mais même sensation que la dernière fois, on a envie de la repousser, de lui hurler "LAISSE LES TRANQUILLE"


Perplexe, il fronça les sourcils. Ça lui paraissait évident ce qu'il faisait ici. Aussi évident que pour les autres : essayer de survivre à une quête, négocier avec une déesse infernale, et supporter ses amis. Il réajusta d'ailleurs sa prise autour des épaules de Connor qui paraissait reprendre ses esprits. Il ne tanguait plus sur ses pieds au moins et Lou Ellen semblait plus alerte, son épée à trois lames fermement à la main.

- Je ne comprends pas... Comment ça, qu'est-ce que je fais là ?

- Et bien, je pensais qu'un fils d'Apollon comme toi resterait en arrière. Tu es un guérisseur, non ? Je le sens. L'action, ce n'est pas ta spécialité. Oh

Will cligna des yeux, figé. Il ne savait pas comment la déesse avait deviné qu'il était un guérisseur. Pour tout ce qu'elle en savait, il aurait pu exceller en tir à l'arc, la maudire à coups de poésie ensorcelante... Est-ce qu'il renvoyait tant que ça l'image d'un garçon dépassé par les évènements ? T'inquiète mon grand c'est juste son pouvoir et ton aura ... C'était un sentiment qu'il ne connaissait pas. Jusqu'à présent, il ne l'avait même pas ressenti. Il avait participé à deux guerres pour l'amour des dieux. Il savait se comporter sur un champ de bataille. D'où lui venaient ses doutes dernièrement ?

A côté de lui, Lou Ellen parut lire son trouble et elle gronda :

- Ne te laisse pas faire, Will ! Elle s'infiltre dans ta tête !

- C'est une sensibilité, corrigea la déesse, l'air agacé. Ce n'est pas ma faute si vous autre demi-dieux transportez vos peurs et vos cauchemars avec vous. Maaais comme tout le monde non?

- Laissez-le tranquille, on perd du temps, s'impatienta Nico. Elles arrivent.

Il semblait de plus en plus agité. Mélinoé vrilla ses yeux vers lui.

- Qu'est-ce qui t'effraie, fils d'Hadès ? Les Propétides ou la perspective de m'affronter ?

- Je n'ai pas peur de vous. *regarde en l'air parce que c'est parfaitement un mensonge*

- Tu te berces toi-même d'illusion si tu crois cela. Oui c'est un grand fuyard devant l'éternel notre petit Nico Mais aujourd'hui, tu ne m'échapperas pas. Vous avez donné votre parole et vous allez l'honorer.

Au loin, Will crut entendre un cri féminin colérique. Il se tendit.

- Bien, bien ! Céda-t-il. Allez-y !

- Will...

- On n'a pas le choix. On ne peut pas juste repartir sans savoir qui a volé les torches ni par où commencer !

- Il a raison, dit Lou Ellen, déterminée.

Mélinoé attrapa les pans de sa robe noire et blanche et marcha dans la poussière de terre vers eux. Elle ne laissait aucune trace de pas derrière elle, comme un fantôme.

- Je peux accélérer le processus, proposa-t-elle. Les dualités ne sont pas ma seule spécialité. Comme je le disais, les cauchemars le sont également. Je peux...

- N'y pensez même pas, gronda Nico.

- Pourquoi ? Tu n'as pas peur du noir quand même ?

- Je vous préfère hors de ma tête.

- C'est impossible, voyons. Tous les souvenirs, les peurs et les espoirs brisés sont emprisonnés dans les esprits, murmura-t-elle, glaciale. Ils ne sont que ça : des fantômes qui ressortent la nuit quand le jour ne les aveugle plus. (D'une main aussi pâle qu'un mort drainé de son sang, elle caressa la tempe de Nico qui se dégagea sèchement). Que je vous mette face à vous-même ou à vos peurs, cela revient au même, crois-moi. Tu devrais le savoir mieux que personne. Tu l'as super bien écrite Marion ! Genre vraiment elle fait des phrases hyper stylées

- Arrêtez avec vos sous-entendus !

Elle sourit, sinistre. Will se sentit de plus en plus mal à l'aise et il se demanda même si la température de la grotte n'avait pas baissé. Il ne savait si c'était le fait de Mélinoé ou Nico. Pourtant, à cet instant, il ressentait la même exaspération que ce dernier. Il s'avança, lâchant Connor désormais assez stable pour tenir sans lui, et s'interposa entre la déesse et son petit ami. Son cœur accéléra.

- Commencez par moi, dit-il. Peu importe la forme, sondez-moi. Que le contrat soit rempli et qu'on puisse arrêter de perdre du temps.

- Will !

Nico tenta de le repousser, mais il resta camper fermement sur ses pieds. Mélinoé releva le menton, comme si elle se délectait d'avance, et ne se fit pas prier davantage. Elle leva les mains et la brume qui avait tournoyé autour de son corps une seconde auparavant s'épaissit. Elle envahit la vision de Will et bientôt il n'y vit plus à un mètre. Paniqué, il tourna sur lui-même. Rationnellement, il savait qu'il était toujours dans la grotte du New Jersey. Il n'avait pas bougé et le sol était toujours tangible sous ses pieds. Pourtant, il ne voyait ni n'entendait les autres. Un frisson lui parcourut l'échine.

- Qu'est-ce que vous faites... ?

- Je le disais, tout le monde a des fantômes, Will Solace, susurra la voix de Mélinoé au creux de son oreille. Les tiens sont simplement encore vivants. Ou non...

Dans la fumée, Will distingua soudain des images. Un lit d'hôpital avec une femme blonde allongée dessus, branchée à des machines, le regard inquiet. Ses genoux flanchèrent en reconnaissant sa mère il y a plusieurs années.

- Non... PEUX TU ARRETER DE TORTURER MES BEBES

Naomi Solace avait les traits tirés et sa peau avait la couleur de l'albâtre, comme si elle n'avait plus vu le soleil depuis des mois. D'une certaine façon, c'était le cas. Will se souvenait parfaitement de cette vision. C'était celle de son lui de sept ans lorsque sa mère était tombée gravement malade. Un cancer du sein, c'est ce que qu'avaient dit les médecins. Aw pauvre petit Will ...

Il ne s'était jamais senti aussi impuissant. Sa mère essayait de ne pas le montrer, mais il avait bien vu dans ses yeux qu'elle était terrifiée. Pour la première fois, il avait demandé de l'aide à son père. Will grimpait dans le lit de sa mère et il regardait par la fenêtre tandis qu'elle le serrait fort dans ses bras. Elle pointait le soleil du doigt et, ensemble, ils lui adressaient leurs prières. Oh mais je fonds oh mais c'est si triste ... Ça avait mis du temps, mais sa mère avait fini par guérir. Il n'avait jamais su si c'était grâce à la médecine ou à son père. Il savait juste qu'il en gardait un souvenir atroce. J'aime beaucoup cet enchainement de phrase ...

Puis, soudain, la vision se dissout. La fumée ondula avant de faire émerger une nouvelle image, celle de deux garçons un peu plus âgés que lui. Les larmes lui montèrent immédiatement aux yeux. Mélinoé avait dit que certains de ses fantômes étaient vivants et d'autres non : il en avait la preuve juste ici.

Les formes translucides de Michael Yew et Lee Fletcher se dressaient devant lui. RAH. On en a parlé.

- Je... s'étrangla-t-il.

- Je me demande pourquoi ils te hantent encore, s'interrogea Mélinoé à ses côtés. Parce que tu n'as pas pu les sauver, parce qu'ils étaient tout ce que tu n'étais pas en tant que fils d'Apollon, ou parce que tu vois en eux le destin qui t'attend ? Non mais elle retourne cent fois le couteau dans la plaie, elle est atroce.

- Non, je...

Mais les mots moururent sur ses lèvres. Il n'arrivait plus à penser.

- C'est vrai, poursuivit Mélinoé, les conseillers du Bungalow 7 n'ont-ils pas tendance à mourir prématurément ? Oh mais c'est atroce. Parce que c'est vrai, parce que ça doit peser sur Will. Parce qu'en partant en quête ou en voyant une guerre arriver il doit avoir peur de voir la malédiction s'abattre sur lui.

- Pas plus que les autres demi-dieux, protesta-t-il, la gorge serrée.

- Si tu le dis... En tout cas, ces deux-là sont bien morts.

- Merci d'énoncer l'évidence.

- Oh, tu as du mordant finalement. COMMENT CA FINALEMENT

Elle parut étrangement satisfaite. Alors, elle souffla, sa bouche bicolore formant un « o » parfait et la fumée se dissipa. Will vit les couleurs du monde se brouiller autour de lui alors qu'il revenait dans la grotte petit à petit. Une vague nauséeuse lui souleva le cœur, mais il tint bon. Avant de voir, il entendit. Des cris et des cliquetis rebondissaient contre les parois de pierre dans un brouhaha infernal. Il cilla, perdu, lorsqu'un poignard vola devant ses yeux à toute vitesse. Il recula précipitamment.

- Will, attention ! Cria Lacy.

Il tourna la tête la tête vers elle. La main encore tendue, il comprit que c'est elle qui venait de lancer son poignard, et quand il se retourna de l'autre côté il vit sa cible. Son sang se glaça.

A l'entrée de la grotte se tenaient six femmes. Six femmes, l'air très en colère. Leurs traits étaient déformés par la rage et elles s'agitaient férocement contre les fantômes qui, malgré leur immatérialité, semblaient capables de leur barrer le passage. Leurs cheveux étaient épars sur leurs épaules et ébouriffés, comme si elles se les étaient tirés par poignées. Leurs yeux auraient pu tuer tant ils étaient incendiaires. Mais le pire était sans doute leurs dents : acérées comme des rasoirs et tâchées de sang Eurk. . Will sentit son estomac se tordre de dégoût. Le mien aussi par écho

Le mythe des Propétides se rappela alors à sa mémoire. Elles étaient des femmes vivant sur l'île de Chypre, souvent vues comme des prostituées ou des sorcières, voire les deux, et elles se livraient à des sacrifices humains en dévorant leurs hôtes Une île parfaitement charmante et accueillante. . Ça devait mettre une sacré ambiance aux repas de bienvenue. Devant de tels méfaits, Aphrodite elle-même avait décidé de les punir car elles refusaient de célébrer son culte et les avait métamorphosés en statues de pierre. Sauf que visiblement, Aphrodite n'avait pas les talents de Méduse Je meurs devant cette phrase, c'est si drôle :lol: :lol: : ces femmes étaient bien vivantes, bien mobiles, et bien en colère.

L'une d'elle avait réussi à franchir le barrage des fantômes et lui aurait sûrement sauté dessus si Lacy n'avait pas réagi avec son poignard. Ce dernier dépassait maintenant de la jambe de la Propétide comme un objet grotesque. Elle poussa un cri de douleur et de fureur.

- Je ne sais pas viser... Je suis désolée... se lamenta Lacy.

- C'était un super coup, affirma Connor. Et celui-ci va être encore mieux, regarde ! OK j'ai fait une pause The Crown (avec Margaret qui donne le vent d'une vie au gars) et je reprends. OK j'ai l'équipe 21 en face de moi pour bitcher contre la Superleague. Cette journée est sur le thème du BITCHAAAGE.

Will se poussa juste à temps. Connor décrivit un arc de cercle, l'épée brandie, et sa lame vint lacérer la Propétide au niveau de la taille. Elle vola en poussière. A l'arrière, ses compagnes rugirent.

- Will ? Héla Nico un peu plus loin. Tu vas bien ? Il n'y a que Will qui compte ahah

- Oui ! Je crois... Oui !

- Plus que deux, dit Mélinoé. Et on ferait mieux de se dépêcher. Oui en effet cessons de tergiverser.

Elle s'élança vers Lacy. La pauvre n'eut aucune chance. Will vit son corps disparaître derrière un rideau de fumée et il supposa que c'était à cela que son épreuve avait dû ressembler aussi. Il s'attendait à devoir assister au spectacle de l'extérieur et à attendre que Lacy soit libérée, mais à sa plus grande horreur la voix de Mélinoé lui parvint depuis l'intérieur de son tourbillon de fumée.

- Quels sont tes fantômes, fille d'Aphrodite ? Au-delà des Propétides bien sûr ! Ta mère a bien fait de les mettre en colère, tu vas devoir les subir un moment j'ai l'impression.

- Mais... Je n'ai rien fait, objecta Lacy d'une petite voix. Oui alors les pauvres demi-dieux la base c'est que vous subissez pour vos parents, comme vos parents sont inaccessibles.

Will sentit son cœur se briser. Il supposait que Lacy comprendrait vite une des leçons fondamentale des demi-dieux : les enfants payaient souvent pour leur parent divin Ah bah voilà Will. . Mélinoé le confirma une seconde plus tard.

- Ce n'est pas l'important, ma petite. Ce qui importe ce sont les fantômes qui hantent ta construction. (Elle s'interrompit et Will supposa qu'elle était en train de former des visions dans la brume, comme elle l'avait fait pour lui). Oh regarde.... Voyons qui sont-ils ?

Lacy émit un hoquet de surprise par-dessus les cris enragés des Propétides.

- Mamie... Papy... souffla-t-elle.

- Ce sont eux qui t'ont élevé, n'est-ce pas ? Demanda Mélinoé sur un ton qui suggérait qu'elle connaissait très bien la réponse. Si dommage qu'ils t'aient été arrachés si tôt. Un accident triste. Avec un père absent qui se languissait de sa femme aimée et perdue, tu n'avais qu'eux... Je suppose qu'on ne se remet pas facilement du départ d'une femme telle qu'Aphrodite. Crois-moi, petite, il n'est pas le seul à avoir passé sa vie à l'attendre. J'ai l'impression qu'Aphrodite donne une malédiction aux hommes qu'elle fréquente.

Pour toute réponse, Lacy lâcha un sanglot étouffé. Will aurait aimé forcer la barrière de fumée et la sortir de là. En tant que médecin, il détestait entendre les gens souffrir mais il détestait encore plus qu'une déesse toute puissante martyrise une gamine. Lui-même n'avait jamais eu beaucoup de contacts avec ses grands-parents. Son grand-père était mort quand il était enfant et sa grand-mère venait leur rendre visite pendant les vacances, mais dès qu'il avait dû se rendre à la Colonie, leurs liens s'étaient distendus. Il imaginait que pour quelqu'un comme Lacy, dont le père s'était visiblement écroulé après avoir aimé Aphrodite, la figure de grands-parents aimants était inestimable.

Will n'eut soudain plus le temps d'écouter le reste du test de Lacy. Le rang des fantômes commença à ployer sous les coups des Propétides et il se reconcentra. En repoussant sa nausée qui persistait, il banda son arc et les mit en joug. A la périphérie de sa vision, il vit Connor et Lou Ellen venir l'encadrer, remis de leur propre entrevue avec Mélinoé. Quelques pas devant eux, Nico se dressait, l'épée au clair.

- Eh Di Angelo, appela Connor. Peut-être que quelques squelettes pourraient filer un coup de main ?

- Non ! S'opposa Will. Si Mélinoé lui fait subir ce qu'elle nous a fait dans quelques minutes, ça va l'épuiser. Le contre-coup va durer un moment et faire apparaître des squelettes va déjà le fatiguer. On ne peut pas se le permettre.

- J'en suis capable, protesta Nico, renfrogné. TOI TU ECOUTES LE DOCTEUR

- Vaut mieux pas prendre le risque, il a raison, admit Lou Ellen. On...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Le barrage que formait les fantômes se brisa sous les assauts des Propétides et elles se jetèrent vers veux. Will décocha sa première flèche. Elle siffla dans l'air et vint se planter dans le mollet d'une femme à la tignasse brune et au front bombé. Il visait sa tête... Avec un grognement de dépit, il piocha une nouvelle flèche dans son carquois et recula légèrement pour avoir plus d'amplitude de tir. Les trois autres avancèrent. J'ADORE L'EQUIPE 21 pour une fois l'émission hyper engagée contre la Super Ligue. OH NON LUDO ME RAPPELLE PAS CE MATCH JE VAIS PLEURER bref. Genre tout le décours est "NON A LA SUPER LIGUE" et ils parlent tous de leur meilleur souvenir de LDC oh c'est beau oh je les aime ça fait plaisir comme tout. NON A LA SUPER LIGUE.

Connor fit tournoyer sa lourde épée en bronze vers la femme que Will avait loupé une seconde avant. Elle feula comme un chat furieux, dévoilant ses dents ensanglantées.

- Je vais te dévorer vivant, Sang-Mêlé ! S'écria-t-elle. Les ennemis d'une magicienne sont les ennemis de toutes les magiciennes !

- Magicienne ? C'est ce que vous êtes censée être ? J'aurais dit vieille sorcière effrayante ! "On a appris la géographie grâce à des clubs de foot" bon sang damn right, Yohann. Attends promis je vais parler de ton chapitre :lol: :lol:

- Je vais te transformer en caillou oh c'est moi ! Tu vas payer ton insolence sur le sol de cette grotte pour l'éternité !

- Vous n'avez aucune imagination, rétorqua-t-il. Un caillou ! La honte ! Qu'est-ce que tu as contre les cailloux? (Il tenta de l'empaler avec son épée, mais elle esquiva, rapide et souple). Vous n'avez jamais vu de la vraie magie ?

La Propétide parut déstabilisée.

- Quoi ?

- Parce qu'on peut vous montrer de la vraie magie ! Lou ?

Il se tourna légèrement. Will suivit son regard. Un sourire malicieux aux lèvres, Lou Ellen ne tenait pas son épée à trois lames entre les mains. Non, elle avait une boule lumineuse mauve qui jetait des éclats rosés sur ses paumes. Will la reconnut sans peine. Une de ses boule-magie-cochon comme Cecil les appelait. J'adore leur complémentarité à Connor et Lou Ellen, comment ils se comprennent, comment il la pousse et elle suit.

Will éclata de rire.

- Vas-y Lou ! Encouragea Connor.

Elle ne fit pas prier. Elle lança la boule avec une précision mortelle, les mains tendues. La Propétide ne parut pas se rendre compte de ce qui lui arrivait. La boule magique la heurta en pleine poitrine et explosa contre elle. Une seconde plus tard, un cochon à la queue en tirebouchon se tenait à sa place Meilleure invention du monde . Connor brandit le poing en l'air, victorieux.

- Ca, c'est de la magie !

- Connor ! Derrière toi !

Une des femmes enragées s'étaient glissées dans son dos. Celle-là était rousse et avait une peau constellé de tâches de rousseur qui rappelaient des gouttes de sang. Will la visa et décocha sa flèche. Elle l'atteignit dans l'épaule. Elle recula avec un cri de douleur, ce qui laissa le temps à Connor de faire volte-face. Il lui planta son épée à travers le corps.

Près de l'entrée, Nico était aux prises avec deux Propétides. Le dos plaqué contre le mur en pierre, il tentait d'en tenir une à distance avec son épée et détournait le visage pour éviter les griffes de l'autre. Will crut un instant que l'obscurité lui jouait des tours, mais non : la Propétide avait des ongles acérés, longs comme des griffes, et elle essayait visiblement de lacérer Nico avec.

Will envoya une troisième flèche dans leur direction. Celle-ci atteignit parfaitement sa cible et vint se ficher dans la gorge de Madame Cannibale aux Mains d'Argent Oh c'est si bien dit. J'adore Edward aux mains d'argent. . Elle vola en poussière. Libéré de sa prise, Nico donna un coup de pied à l'autre et elle bascula en arrière, rugissante.

- Elles sont coriaces, s'agaça Connor. Roh, pousse-toi le cochon !

Il manqua de trébucher quand le petit animal rose lui passa entre les jambes et voilà la touche Riordan dans le monde d'Anna et Dieu que c'est drôle. . Lou Ellen se mordit la lèvre pour éviter de rire et Will l'aurait sûrement imité s'il n'avait pas vu Lacy réapparaître à ce moment-là. Alors que la fumée autour d'elle se dissipait progressivement, il entendit les derniers mots de Mélinoé :

- Ni une enfant, ni une femme... Fille d'Aphrodite, tu ne pourras pas avoir toujours peur de ce que tu es : la descendance de l'amour, de la féminité... Embrasse le changement qui t'arrives ou tu pourrais bien décevoir ta mère. Les enfants déçoivent leur parent *gloussement nerveux*

Lacy vacilla sur ses pieds. Ses grands yeux caramel brillaient de larmes et Will se précipita vers elle.

- Eh, tu vas bien ? Murmura-t-il pour que les autres n'entendent pas.

- Oui, dit-elle avec une façade courageuse. Oui... J'ai passé le test, j'ai réussi.

- Tu as été géniale, Lacy. Vraiment. Franchement un courage incroyable, je t'adore <3

Elle lui fit un sourire timide.

A présent de retour, Mélinoé promena son regard sur sa grotte. Will comprit qu'elle n'était pas contente et il ne pouvait pas l'en blâmer. Des tas de poussières de monstres jonchaient le sol là où les Propétides s'étaient faites tuées, un cochon fou courrait dans tous les sens Le cochon partout :lol: :lol: :lol: , ses fantômes s'agitaient avec nervosité, et deux femmes cannibales les menaçaient encore. Autant dire que si elle avait voulu passer une fin de journée tranquille, c'était loupé. Enfin, un début de nuit, se corrigea Will. A l'extérieur, il devinait la tombée du jour. Il avait toujours eu une sorte d'horloge interne pour savoir où en était le soleil dans sa course et il sentait qu'il s'était couché depuis près d'une heure, même s'il ne devait pas encore être tard. La nuit tombait tôt en octobre.

- Cela suffit ! Rugit Mélinoé. C'est une insulte à mon lieu sacré !

- Rien n'est sacré, répondit la Propétide que Nico avait envoyé valser au sol. Et toi, déesse, tu vas payer pour aider les ennemis des magiciennes.

- Tu oses me menacer, créature ? (Elle éclata d'un rire froid, un rire que Will était sûr qu'il retrouverait dans ses cauchemars). Je ne le tolérerai pas ! Ces demi-dieux sont les miens ! Nous avons un pacte ! Et celui-ci est bientôt complet. Oh la la j'aime pas comment elle parle, en mode elles se les partagent genre "NON C'EST LES MIENS" c'est très représentatifs des Dieux.

Dans un tourbillon de fumée, elle se tourna vers Nico. Son œil d'onyx, celui que Will pouvait voir de profil, brilla d'une satisfaction mauvaise en le voyant reculer.

- Cette fois, ton tour est venu, fils d'Hadès le meilleur pour la fin ... . Et je crois savoir que tu as de nouveaux fantômes depuis la dernière fois ?

- Vous ne savez rien...

- Oh voyons, ne fais pas semblant. Tu sais comme moi que je suis au courant de tout ce qui se passe dans le Monde d'En Bas. Tu t'y es fait une petite réputation, Roi Fantôme.

- Arrêtez avec ce titre ! Mais c'est ton plus classe <3
OH "l'élite ça se mérite" c'est beau ça Ludovic. Je suis désolée je rage encore sur la Superligue


- Quelle forme pourrais-je prendre cette fois ? Cupidon ? J'ai entendu dire que tu avais eu une rencontre intéressante avec lui cet été. Pire et plus belle scène de chez Riordan.

Le teint de Nico vira au gris cendre.

- Vous ne pouvez pas prendre la forme d'autres dieux, ça serait une injure, protesta-t-il même si sa voix était mal assurée.

- Comme tu voudras, comme tu voudras. (Elle écarta les bras sans se démonter et ses fantômes vinrent l'entourer). Si la nouveauté ne te plaît pas, je peux la jouer à l'ancienne. Franchement toutes ses phrases sont hyper classes.

Will sentit un mauvais pressentiment l'envahir. Mauvais sentiment qui se concrétisa une seconde plus tard. L'air autour de Mélinoé se brouilla et, en une seconde, ce n'était plus une déesse bicolore qui se tenait devant eux. Will cligna des yeux, perplexe. Devant lui se trouvait une femme au teint olivâtre et aux yeux bruns profonds. Elle portait une longue robe noire et un voile de la même couleur. Elle semblait sortir d'un vieux film. Un fin sourire jouait sur ses lèvres, la rendant encore plus belle. Maria Di Angelo ...

En face d'elle, Nico recula à nouveau. Son épée retomba le long de son corps et il dévora la femme du regard, l'air d'avoir pris un coup sur la tête. Will aurait voulu se précipiter vers lui pour le réconforter. Mélinoé était cruelle, il le savait. Il venait de le voir. Pourtant, une colère froide l'envahie en voyant l'expression de petit garçon brisé de Nico. Ce n'était pas juste. Non. Y'a rien de juste dans cette situation. Vraiment on a envie de l'éclater contre un mur.

- Mama... souffla-t-il.

Son accent italien, qui ne ressortait presque jamais à part lorsqu'il était extrêmement perturbé ou en colère, roula sur sa langue.

- C'est... commença Connor, mal à l'aise.

Mais il ne termina pas sa phrase. Ce n'était pas difficile désormais de deviner l'identité de la femme.

- Mio figlio... murmura-t-elle. Tu me manques tellement. Oh non c'est pire que cruel.

Mon petit garçon, traduisit Will au fond de son esprit Parce que Will parle Italien. Sa nausée lui revint et il savait que ça n'avait rien à voir avec son propre test.

Soudain, le visage de Nico se durcit comme de l'onyx. Il se reprit.

- Vous ne m'aurez pas deux fois, dit-il avec force. Je sais que ce n'est pas elle. Arrêtez ça tout de suite.

- Ce n'est pas de ma faute si tu as toujours les mêmes fantômes, fils d'Hadès, répliqua la voix de Mélinoé à travers la bouche de Maria Di Angelo. Il semblerait que tu ne parviennes juste pas à te détacher de celui-ci. Sais-tu même ce qui est advenu d'elle ? Peut-être erre-t-elle sur terre en se lamentant. Peut-être fait-elle partie de mes émissaires. Il doit le savoir. s'il a cherché Bianca partout, il a dû parler à sa mère ...

- Elle est en paix, gronda Nico.

- Qui te l'a dit, ton père ? As-tu pu voir son fantôme par toi-même ?

- Vous savez très bien que je ne peux pas. Ah bah non.

Brusquement, Mélinoé réapparut. A quelques pas, Connor et Lou Ellen se battaient contre les deux Propétides restantes dans un concert de métal et de cris. Will se ressaisit et leur vint en aide en décochant une slave de flèches à la suite. Lacy, elle, se tenait en retrait, ses poignards à la main.

- Tu sais ce qu'est ton problème, fils d'Hadès ? Reprit Mélinoé. Ta dualité Ah mais Nico ce n'est pas que deux, il a une centaine de dimension à lui tout seul. . Je le disais, nous en avons tous une. A un moment, j'aurais pu croire que toi non. Après tout, la mort est entière, inconditionnelle. Elle ne fait rien à moitié et est inexorable. Quelles nuances pourraient avoir la mort ? Quelles dualités ? Mais toi... Toi, tu es simplement coincé entre deux temps, n'est-ce pas ?

- Je...

- Passé et présent. Tu es celui qui n'a sa place nulle part parce qu'il n'est ni au bon endroit ni au bon moment. Tu t'accroches à tes fantômes car ils sont les seuls qui te prouvent ce que tu sais au fond de toi : tu n'es pas d'ici. MAIS QUELLES PHRASES HYPER STYLEES MARION OK c'est une connasse mais ta plume éloquente se déverse en elle;

- Et moi je crois que vous oubliez un détail, rétorqua Will, la colère grondant avec violence au creux de son ventre. (Il décocha sa flèche). Il a sa place avec nous. Oh my dear

Son projectile s'enfonça dans Mélinoé, la traversant comme si elle n'était faite que de fumée aussi peu tangible que les cauchemars qu'elle incarnait. Pourtant, elle fut assez déstabilisée pour que Nico se remette en action. Il remonta sa garde, son épée aussi sombre que son regard dressée devant lui.

- Terminé, décida-t-il. Vous nous avez fait passer vos tests ou peu importe comment vous voulez appeler ça. Vous avez été divertie. Maintenant, dites-nous qui a volé les torches et où les trouver.

- Fils d'Hadès, ne...

- Tout de suite ! Renchérit Will. MAIS QUELLE AUTORITEEE oui mettons fin à ce cauchemar, allons y !

Derrière lui, Connor et Lou Ellen luttaient toujours et il ne savait pas combien de temps ils pourraient tenir. Il voulait sortir d'ici au plus vite. Moi aussi l'atmosphère est suffoquante.

L'air presque déçue, Mélinoé soupira, mais obtempéra. De sa main blanche, elle fit signe à un fantôme d'approcher. Will ne l'avait pas repéré avant parmi la multitude de spectres. C'était un enfant d'à peine une dizaine d'années en pantalons à pinces et casquette Gavroche. Un rictus malicieux, même dans la mort, jouait sur ses traits. La déesse se baissa pour être à sa hauteur et il lui chuchota quelque chose.

- Merci, petit oiseau ça va Varys? , dit-elle. Tu m'as été utile. Tu peux retourner hanter les nuits des mortels.

Le petit garçon repartit aussi vite qu'il était apparu et Will ne parvint pas à le suivre du regard. Il fit signe à Lacy de se rapprocher de lui. Il voulait partir dès qu'ils auraient les informations.

- Les gars, ça vient ces infos ? S'exclama Connor, le souffle court.

- On arrive !

Mélinoé rejeta ses longs cheveux en arrière, comme pour ménager son effet.

- Mes émissaires savent où se trouvent les torches. Il faudra vous rendre sur les terres des magiciennes.

- Les terres des magiciennes ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Ouais quelle magicienne? Circé? Pasiphae? Calypso? TROP DE MAGICIENNE DANS L'ANTIQUITE

- Exactement ce que ça signifie, fils d'Apollon. La terre qui a vu s'octroyer la protection d'Hécate elle-même. Quant aux voleurs... N'as-tu pas deviner ?

Will se mordit la lèvre. Il avait un doute depuis un moment, une sorte d'intuition qu'il attribuait aux pouvoirs prophétiques de son père.

- Médée ? Dit-il. Rien que ça. Médée.

- Médée et bien d'autres. Les magiciennes se réapproprient leurs pouvoirs. Comme moi, elles ne veulent plus être assujetties à l'autorité d'un Dieu supérieur et s'affranchir de la domination d'Hécate Hum. Je ne sais pas quoi en penser. Je peux comprendre. . (Elle fronça soudain le nez). Enfin, elles au moins n'ont pas Hadès en patron.

- Donc c'est elles qui ont les torches ? Médée et les autres ?

- Elles ne sont pas seules, prévint Mélinoé. On ne vole pas si facilement son symbole à une Déesse. Non, elles ont eu de l'aide. Le voleur qui ne peut se faire prendre. Il est le fils du prince des voleurs en personne et est aussi insaisissable qu'une tempête de neige. Pourquoi les Dieux se sentent obligés de parler par énigme?

Mélinoé se mit alors à rire, comme si elle avait un jeu de mot qu'elle seule pouvait comprendre. Will se rapprocha lentement de Nico, Lacy sur les talons. Il en savait assez. Ils avaient les informations qu'ils voulaient. Il allait annoncer leur retraite lorsqu'un cri déchira l'air. Ils firent tous volte-face.

- Lou ! Hurla Connor.

Will se retourna à temps pour voir Lou Ellen renversée au sol par une Propétide, le visage déformé par la douleur. Un couteau au manche en os dépassait de son abdomen. OH CHOUPETTE

***********************

Et voilà ! Je tiens juste à préciser que la rencontre entre Nico, Percy et Mélinoé vient d'une nouvelle écrite par Rick Riordan ^^ Je crois qu'elle n'a pas été traduite en français, mais vous pouvez la trouver sur internet ! Je m'en suis donc servis comme base pour ce chapitre : lorsque Mélinoé dit qu'elle va la jouer à l'ancienne, c'est parce qu'elle avait déjà pris la forme de Maria Di Angelo lors de cette première rencontre ! Voilà ;)

Prochain post : Chapitre 7 - 19 avril

OK c'était probablement l'un de mes pires commentaires au monde.
Je suis désolée j'ai mal à la tête et la rage depuis ce matin :lol: :lol: Mais c'était un très beau chapitre, très belles phrases, incisives, vraies et cruelles de la bouche de Melinoe. C'était vraiment un passage hyper heartbreaking, plein de tension avec les cannibales derrière et vraiment chapeau, super chapitre !
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Chapitre 8 : Le refuge de Naomi Solace

Will resta figé sur le pas de la porte une seconde de plus avant de se jeter dans les bras de sa mère, déjà ouverts. Il manqua de bousculer Connor au passage, mais ce dernier eut le réflexe de se décaler au dernier moment. Dès que sa mère referma ses bras autour de lui, Will se sentit à la maison. Il ne l'avait pas revu depuis le premier week-end de septembre quand il était rentré à Austin le temps de prendre quelques affaires et lui annoncer qu'il resterait à l'année à la Colonie cette fois-ci. Sa mère devait de toute façon partir sur les routes en tournée dès novembre et il n'avait pas voulu laisser Nico tout seul. Il s'était bien gardé de mentionner ce dernier argument, même il l'avait vu sourire d'un air entendu quand il avait mentionné ses patients à l'infirmerie après la guerre contre Gaïa. Dans tous les cas, la voir ce soir était bien la dernière chose à laquelle il s'attendait.

Alors qu'elle l'embrassait sur la joue et passait ses mains dans ses cheveux, il se fit la remarque qu'il la dépassait maintenant de quelques centimètres. Les larmes lui montèrent presque aux yeux en repensant à la vision que Mélinoé lui avait montré, celle de sa mère malade dans son lit d'hôpital qui lui désignait le soleil courageusement.

Après plusieurs secondes à juste le serrer dans ses bras, elle recula finalement en gardant son visage en coupe entre ses mains et elle l'examina d'un air critique.

- William Andrew Solace, dit-elle en détachant chaque syllabe. Est-ce que tu essayais de rentrer chez moi par effraction ?

- Je... (Il sentit ses joues chauffer). C'est chez moi aussi, tenta-t-il piteusement.

- Jusqu'à preuve du contraire, c'est mon nom sur le contrat de location. Mon dieu, Will, c'est le beau milieu de la nuit !

Dans son dos, Connor se râcla la gorge.

- Bonjour madame Solace. Euh... A la décharge de Will, c'était moi qui essayait de rentrer. Mais promis, je n'ai pas abîmé votre serrure.

Will roula des yeux, amusé, et sa mère secoua la tête en faisant voler ses cheveux blonds et courts autour de son visage. D'un geste, elle invita les autres à entrer.

- Vous allez me raconter ce qui vous arrive, les jeunes. Allez, venez.

Sans enlever le bras qu'elle avait passé autour de ses épaules, elle l'entraîna à l'intérieur et Will n'attendit pas de voir si les autres suivaient le mouvement pour se laisser faire. Il ne voulait plus la lâcher pour le moment.

L'appartement était tel qu'il s'en souvenait : peu meublé mais chaleureux. Comme ils n'y habitaient pratiquement pas, sa mère n'avait pas pris la peine de beaucoup décoré, même si elle avait veillé à accrocher aux murs quelques peintures offertes par Apollon lui-même (leur qualité était douteuse selon le style si Will devait donner son avis) et quelques photos de son enfance. Evidemment, Connor repéra immédiatement celle où Will était dans son bain à cinq ans, enfoui sous une montagne de mousse, tout sourire devant la caméra même s'il lui manquait ses deux dents de devant.

- Ohh Will ! Fit-il, moqueur.

- Pas un mot, bougonna-t-il.

- T'étais trop mignon, roucoula Lou Ellen en l'ignorant superbement. Nico, viens-voir !

Horrifié, Will en aurait presque oublié Nico (ce qui ne lui arrivait jamais en passant). A sa décharge, Nico paraissait vouloir se fondre dans les ombres, comme souvent, et Lou Ellen dû le tirer près de la photo. En attendant son nom, les sourcils de sa mère se soulevèrent et Will sentit son anxiété monter en flèche. Il essaya de la mettre en garde, mais elle l'ignora. Avant qu'elle ait pu interpeler Nico et le traumatiser à vie – il connaissait sa mère, la subtilité n'était pas son fort – il la coupa :

- Qu'est-ce que tu fais à Harmony ? Et pourquoi est-ce que tu es réveillée au milieu de la nuit ?

Elle tourna la tête vers lui.

- J'ai un rendez-vous avec mon manager demain à New York. Je me suis dit que j'allais venir en avance d'une journée pour te voir, mais je n'ai pas réussi à joindre la Colonie. Ça m'angoissait alors je regardais la tv pour voir s'il y avait des nouvelles d'attaques inexpliquées. J'allais aller me coucher quand j'ai entendu du bruit derrière la porte.

- Et donc tu as juste décidé d'ouvrir ? Rétorqua-t-il d'un ton désapprobateur. Maman ! Et si ça avaient été des monstres ?

- Je ne vois pas pourquoi des monstres m'attaqueraient moi, Will, rassura-t-elle. (Elle parut se retenir de passer une main dans ses cheveux à nouveau, comme elle le faisait quand il était petit, et s'adressa aux autres). Vous devez être fatigués, non ? Vous voulez quelque chose à boire et à manger et puis on peut installer des sacs de couchage dans le salon... ?

- On ne veut pas vous déranger, madame Solace, s'empressa de dire Lou Ellen.

- S'il te plaît, ma grande, c'est Naomi. Et vous ne me dérangez absolument pas.

Will ne s'attendait à rien de moins de la part de sa mère, mais la douceur de sa voix lui réchauffa quand même le ventre, un sentiment familier qu'il associait à leur journée ensemble. Le corps à moitié endormi, il se laissa guider vers la cuisine. Rien n'avait changé depuis sa dernière visite. Les meubles étaient toujours peints dans un jaune vif et joyeux et plusieurs photos parsemaient la porte du frigo. Will espéra que personne ne remarque celle de son huitième anniversaire où il avait la bouche barbouillée de gâteau au chocolat.

Soudain fatigué, il traîna les pieds. Il ne s'était pas rendu compte qu'utiliser ses pouvoirs sur Lou Ellen l'avait autant vidé, mais maintenant que le danger était écarté, le contre-coup se faisait sentir. Il vacilla sur ses jambes et se rattrapa de justesse à la table de la cuisine. Aussitôt, Nico se matérialisa à ses côtés.

- Will ?

- Je vais bien... Un peu désorienté une seconde, c'est tout...

Il n'eut pas besoin de le regarder pour savoir que Nico fronçait les sourcils.

- Tu devrais peut-être t'assoir et prendre un peu d'ambroisie, mon vieux, intervint Connor.

- C'est sûrement ce que dirait un docteur, ajouta Nico, presque railleur.

L'arroseur arrosé, songea Will avec ironie. Il obtempéra sans protester et accepta avec reconnaissance le carré d'ambroisie qu'on lui tendait avant de se laisser tomber sur une chaise autour de la table. Sans se concerter, ses amis s'assirent près de lui, rapprochant leur chaise pour qu'ils soient presque tous du même côté et sa mère se retrouva toute seule en face d'eux. Elle eut assez de tact pour ne pas le relever.

Will remarqua qu'elle portait un t-shirt délavé d'une de ses tournées et les dates étaient inscrites dessus, une guitare stylisée au niveau de sa poitrine. Elle dormait souvent avec et il se rappela alors qu'elle avait dit qu'elle s'apprêtait à aller se coucher. Il culpabilisa soudain.

- Maman, si tu es fatiguée...

- Moi ? Fatiguée ? Je n'ai pas encore 80 ans, tu sais. Et je suis chanteuse. La nuit, c'est mon domaine.

Mortifié, Will fourra une autre bouchée d'ambroisie dans sa bouche.

- Maman ! Arrête de dire des trucs bizarres !

- Et toi arrête de parler la bouche pleine, je t'ai élevé mieux que ça.

Il se retint de rouler des yeux. L'attitude d'ado rebelle ne lui avait jamais été. Sans se départir de son air enjoué, sa mère ouvrit la porte du frigo et examina son contenu. La lumière blanche fit ressortir ses tâches de rousseurs, les mêmes que les siennes. Son expression se décomposa. De là où il était, Will voyait bien que le fameux contenu était assez mince.

- Je n'ai pas grand-chose à vous proposer, avoua-t-elle, l'air contrit. Je ne suis pas souvent ici et je n'ai pas eu le temps d'aller faire des courses...

- Ce n'est pas grave, madame Solace, s'empressa de la rassurer Connor. On a des vivres dans la voiture.

- Non, non ! Attendez ! (Elle attrapa une bouteille de jus d'orange et ouvrit un placard duquel elle sortit un paquet de cookies). Je... Ça vous va ?

- Là, tout de suite, vous réalisez mon rêve, assura Lou Ellen.

Rassurée, sa mère leur fit passer des verres et versa les cookies dans une assiette qu'elle tendit d'abord à Lacy. Cette dernière en piocha un avant de le donner à Connor qui en prit directement deux.

- Eh, espèce de morfal, protesta Lou Ellen. Laisses-en pour les autres !

- Je suis un garçon en pleine croissance.

- Et je suis blessée.

Cet argument parut être le bon. Connor céda immédiatement son cookie. Cette fois, Will roula des yeux face à la ruse de son amie. Cecil aurait été fière d'elle.

- Tu es blessée, ma grande ? S'inquiéta sa mère.

- Oh non ! Enfin, un peu, mais rien de grave ! (Elle le désigna du pouce). Will m'a rafistolé dans la voiture.

- La voiture ?

- On a dû partir un peu précipitamment, expliqua Connor. Mais Will a été incroyable : médecin et co-pilote en même temps pour nous amener ici ! (Il mordit dans son cookie). Parce que Nico craint pour donner des directions !

- Alatir, ton père est le dieu des voyages, évidemment que tu... (Il baissa aussitôt la voix en voyant Will grimacer). Désolé. Migraine ?

- Comme d'habitude. Ça va passer dans dix minutes.

Il tenta de balayer les craintes des autres d'un geste de la main, mais il échoua lamentablement. Les yeux de sa mère s'emplirent d'inquiétude.

- Will...

- Vraiment, maman, je vais bien. Le contre-coup de mes pouvoirs est léger par rapport à d'autres.

D'autres comme Nico, pensa-t-il. Il ne put s'empêcher de lui jeter un regard par réflexe et son petit ami lui renvoya une œillade de défi, presque comme s'il était sur le point de faire dix vols d'ombre à travers le pays juste pour lui prouver qu'il avait tort. Will savait qu'il en était capable et il tenta de prendre un air sévère. Cette fois, un rictus fit se lever le coin de la bouche de Nico. Traduction : nouvel échec et il devait avoir l'air aussi intimidant que Clovis quand il serrait son oreiller contre lui pendant les réunions de conseillers en chef. Merveilleux !

A sa gauche, Connor se râcla la gorge. Will détourna tout de suite la tête. Pendant une seconde, il espéra que la conversation reprenne, mais sa mère – évidemment – sauta sur l'occasion.

- Nico, c'est ça ? L'interpella-t-elle d'un ton trop neutre pour être naturel.

- Maman, essaya-t-il de la mettre ne garde.

- Quoi ? (Elle resservit un verre de jus d'orange à Lacy sans même regarder ce qu'elle faisait). On n'a pas été présentés, c'est tout.

- Par les dieux...

Il se cacha le visage derrière ses mains pendant que Lou Ellen ricanait. Il regrettait soudain d'avoir autant parlé de Nico à sa mère. Par Apollon, c'était embarrassant.

Le problème, c'était que Will avait toujours tout partagé avec elle et il n'avait donc jamais rien su lui cacher, surtout ses sentiments. Quand son béguin stupide pour Nico avait commencé il y a plus d'un an, sa mère avait été la première au courant. Pas dans les détails, bien sûr, mais il avait mentionné « un garçon de la Colonie » qui lui plaisait au cours d'une conversation. Sa mère n'avait même pas sourcillé. Après coup, Will avait réalisé qu'il lui avait plus ou moins avoué sa bisexualité, mais c'était quelque chose qu'il trouvait tellement naturel chez lui qu'il n'avait juste pas réfléchi. Sûrement un héritage d'Appolon.

Lou Ellen et Cecil étaient les deuxièmes à avoir été au courant et même s'ils avaient trouvé ça étrange qu'il ait un béguin pour le fils d'Hadès, ils n'en avaient pas été moins eux-mêmes : ils l'avaient soutenu et s'étaient moqués de lui dans les règles de l'art. Après eux, Austin et Kayla avaient aussi fini par remarquer ses sentiments. Will supposait qu'il aurait dû le voir venir, c'était impossible de cacher quelque chose à son frère et sa sœur s'ils se mettaient en tête de découvrir quelque chose. Et visiblement, sa vie amoureuse les passionnait. Ils avaient été aussi encourageants et railleurs que Cecil et Lou Ellen.

A chaque fois qu'il rentrait à la maison, sa mère lui demandait des nouvelles de sa relation avec Nico. Pour être honnête, il n'avait pas eu grand-chose à raconter pendant un moment. Il se demandait même si Nico connaissait son nom. Et puis tout avait changé après la guerre contre Gaïa et les fameux trois jours où il avait forcé Nico à rester à l'infirmerie. Il s'était battu jusqu'à épuisement pour lui éviter de se dissoudre dans les ombres et pour lui montrer que des gens tenaient à lui, qu'il n'était pas obligé de fuir éternellement. Quand leur relation était enfin devenue officielle un mois plus tard, la première chose que Will avait voulu faire avait été de voir sa mère et lui annoncer. Mais il s'était retenu. Il le savait, Nico avait besoin de temps pour être à l'aise et s'accepter. Il avait donc attendu, puis il lui avait simplement demandé la permission de parler de lui à sa mère. Au début, Nico avait eu l'air sur le point d'ouvrir une fissure dans le sol et de disparaître, paniqué. Puis, Will lui avait expliqué que ça n'engageait à rien, que c'était juste entre lui et sa mère, et que Nico n'avait évidemment pas besoin de la rencontrer si vite. Même pour lui, ça aurait été rapide. Ah ! Les dieux avaient de l'humour !

Parce que Will n'avait bien sûr pas prévu de se retrouver ici, dans son appartement du New Jersey et entouré de ses amis/partenaires de quête, pour la rencontre entre sa mère et Nico.

- Will m'a beaucoup parlé de toi, reprit sa mère, insensible à a mortification. Je suis ravie de te rencontrer.

Doucement, il écarta les doigts pour jeter un œil à Nico. Sans surprise, celui-ci fixait Naomi Solace comme si elle s'était soudain transformée en monstre et qu'il ne savait pas comment se sortir de cette situation. Puis, imperceptiblement, ses épaules se redressèrent et il s'éclaircit la gorge.

- Moi aussi, madame, souffla-t-il. Enchanté.

Sa voix, à peine un murmure, contrastait avec celle enthousiaste et forte de sa mère.

- C'est Naomi, vraiment j'insiste !

Nico hocha la tête, mais Will voyait bien qu'il n'arriverait pas à l'appeler par son prénom avant le siècle prochain. Heureusement pour eux, Connor se chargea de briser la tension ambiante :

- Voilà, présentations faites ! Lança-t-il. Will, tu sais ce qu'il te reste à faire ! Rencontrer Hadès !

Lou Ellen et Lacy s'écroulèrent de rire. Même sa mère sourit et il réalisa avec surprise qu'elle était tendue aussi. Face à ce constat, une vague d'affection pour elle déferla en lui. Elle savait à quel point Nico était important pour lui. Elle le savait et ne voulait pas faire de faux pas. Par les dieux, sa mère était formidable. Il résista à l'envie de se lever et de contourner la table pour aller la prendre dans ses bras.

- Je pense que la descente aux Enfers – littéralement – pourra attendre, dit Nico, amusé.

- Au moins dix ans, approuva Will.

- Waouh, tu te projettes loin, Solace !

- Connor !

Mais Connor n'en avait pas terminé. Un sourire espiègle joua sur ses lèvres et il se tourna vers sa mère.

- Faut qu'on vous raconte comment votre fils drague quelqu'un, madame, parce que vraiment ça va pas du tout.

- Quoi ? S'indigna Will.

- Oh oui par les dieux, dit Lou Ellen en se tapant le front. Une catastrophe.

- C'est faux !

Elle lui jeta un regard incrédule.

- Will, je t'adore, mais tu veux qu'on reparle de ce que tu as fait quand on est tombé sur Nico sur le champ de bataille, juste avant la défaite de Gaïa ?

- Oh oui ! Cecil m'a raconté ! Se souvint Connor.

Curieuse, sa mère se pencha au-dessus de la table et attrapa un cookie dans le bol, pendant que Nico fronçait les sourcils, comme s'il essayait de se rappeler de ce moment. Lacy écoutait attentivement et Will se contenta de maudire ses amis mentalement.

- Attendez, je fais Will, s'exclama Lou Ellen. (Elle se tourna vers Connor puis pris une voix trois octaves plus grave). Je sais qu'on est en pleine bataille, Di Angelo, mais regarde je viens d'accoucher un bébé satyre ! Mes mains tremblent encore ! Alors, tu me trouves héroïque ?

Et elle attrapa les mains de Connor dans les siennes en tremblant si fort qu'elle aurait pu avoir parkinson. Connor rentra dans son jeu.

- Un bébé satyre ! Alors ça, c'est sexy !

- Je n'ai jamais dit ça, gronda Nico, les oreilles rouges.

- Non, mais Will a bien dit ça.

Will enfouit sa tête dans ses bras. Il entendit sa mère éclater de rire tandis que Lacy s'étranglait d'amusement avec son jus d'orange.

- A ma décharge, c'était traumatisant... marmonna-t-il. M'sieur Hedge me menaçait de coups de batte de baseball, Mellie hurlait et j'ai dû couper le cordon d'un bébé satyre ! Et j'en ai bien trop vu de l'anatomie d'une femme, même si elle était un esprit de la nature.

- Ew ! S'exclamèrent les autres de concert.

- Merci pour l'image, grimaça Connor.

Il aurait voulu répliquer que c'était de sa faute, mais sa mère frappa soudain dans ses mains et ils tournèrent tous la tête vers elle. Elle passa ses doigts dans ses cheveux blonds courts, les ébouriffants au passage.

- Je pense qu'il est temps pour tout le monde d'aller dormir. Vous me raconterez ce qui vous arrive demain, mais je pense que vous méritez une bonne nuit de sommeil.

- J'approuve, dit Lou Ellen.

Comme preuve, elle bailla bruyamment. Will l'imita une seconde après et ils rirent. Après avoir vidé son verre de jus d'orange, il se releva. Il constata avec plaisir qu'il tenait mieux sur ses jambes que tout à l'heure et que sa migraine était enfin partie pour ne lui laisser qu'une fatigue sourde qui pulsait dans son corps.

Alors qu'il allait s'engouffrer dans le salon, sa mère le retint :

- Will, tu peux aller chercher le gonfleur pour les matelas ? On doit encore en avoir deux dans le placard de l'entrée. (Elle se tourna ensuite vers Lacy). Toi, ma grande, je pense que tu peux tenir sur le canapé, si ça ne te dérange pas ? Et il restera deux personnes dans la chambre de Will.

- Je crois que je pourrais dormir n'importe où, accepta Lacy.

Des mèches blondes s'étaient échappées de sa queue de cheval et Will pouvait presque sentir la fatigue irradier d'elle.

- Je te le redis, mais tu as été super aujourd'hui, tu sais, dit-il. Beau coup de poignard.

Les prunelles caramel de Lacy brillèrent de fierté.

- Merci...

Ce n'était peut-être pas grand-chose, mais il savait qu'elle s'endormirait mieux grâce au compliment et Will lui fit un sourire avant d'aller fouiller dans le placard pour chercher le gonfleur et les matelas. Il se doutait de ce que Lacy pouvait ressentir. Après tout, ils étaient un peu pareils tous les deux. Ils n'étaient pas des combattants. Il l'avait vu à la façon dont elle se tenait en retrait pendant la bataille et la peur dans son regard. Pourtant, il refusait qu'elle s'en veuille. Lacy n'avait que douze ans et n'avait connu que Drew comme conseillère en chef. Drew qui considérait que les enfants d'Aphrodite n'avaient rien à faire au milieu d'un combat... Il espérait qu'en lui donnant confiance en elle, Lacy comprendrait qu'elle pouvait être tellement plus qu'un joli visage.

- Tu t'en sors ?

- Di Immortales ! Jura-t-il.

Sous le coup de la surprise, il manqua de se faire tomber sur la tête un vieux vase horrible que sa mère planquait sur l'étagère du haut. Il fusilla Nico du regard.

- Je vais te mettre une clochette, prévint-il, à moitié sérieux.

- Ce n'est pas de ma faute si tu es toujours coincé dans ta tête, répliqua-t-il.

- Cette phrase ne veut rien dire.

Nico roula des yeux. C'était dans ces moments-là que Will se rappelait que l'anglais n'était pas sa langue maternelle.

- Tu m'as compris.

- Oui, oui... (Il attrapa les cartons des matelas à bout de bras). Voilà, trouvé ! Maintenant reste plus qu'à gonfler !

- Connor peut le faire, non ?

- J'aime cette mentalité ! S'exclama Will. De toute façon, c'est lui et Lou Ellen qui dorment dessus. A eux de les gonfler, non ?

Avec ses deux cartons et son gonfleur empilés dans ses bras, Will ne voyait plus très bien devant lui, et il avança de mémoire, pourtant il ne loupa pas la drôle d'expression qui traversa le visage de Nico à la périphérie de sa vision.

- Quoi ? Dit-il en manquant de se prendre la porte du placard restée ouverte.

- Tu veux dire que...

Il ne le voyait toujours pas, mais il savait que Nico tournait sa bague tête de mort autour de son doigt, un geste nerveux.

- Que... ? Pressa-t-il.

- On... je... On va dormir... ta chambre... Enfin, nous deux...

Même sans verbe ni grammaire correcte, Will comprit ce que Nico essayait de dire avec difficulté et il se figea, sa charge chancelant dangereusement sous le coup d'arrêt brusque. Il sentit son visage s'embraser comme le soleil et sa bouche s'assécher comme le désert. Il se maudit en grec ancien. S'il l'avait pu, il aurait à nouveau enfoui son visage entre ses bras. Je suis un idiot et un abruti très stupide, pensa-t-il, dépité. Il n'avait même pas réfléchi.

Mal à l'aise, il fit mine de contempler ses pieds pour voir où il allait, incapable de regarder Nico en face. Ce n'était pas comme s'il ne savait pas que ce dernier était mal à l'aise avec les contacts physiques ou leur relation parfois... Will l'avait su depuis le début en vérité. Il se souvenait encore du conflit qui jouait sur les traits de Nico les premiers temps, comme s'il n'arrivait pas à concevoir complément que leur relation n'était pas honteuse ou dangereuse. Que personne n'allait faire de remarque désobligeante. La tension qui ne le quittait jamais dès que Will osait lui prendre la main ou la façon dont il vérifiait que personne ne se trouvait autour quand ils s'embrassaient. Il savait que ces peurs n'étaient pas complètement effacées, même s'il faisait des efforts. Sa rencontre avec sa mère en était la preuve. Il n'aurait pas pu être plus fier de lui. Pourtant, dormir dans le même lit était une autre affaire.

Will déglutit. Il avait déjà passé des nuits dans le bungalow d'Hadès, mais pas dans le même lit que Nico. Mis à part une fois et par accident. C'était il y a quelques semaines. Après le feu de camp, il avait raccompagné Nico jusqu'à son bungalow, ce qui lui avait valu un « regardez Will, ce gentleman » moqueur de Cecil. Il était finalement resté près d'une heure pour jouer à une partie de Mario Kart – il s'était fait battre à plat de couture sur la route arc-en-ciel – et il avait fini par s'endormir pendant que Nico continuait à jouer. Au milieu de la nuit, il s'était réveillé, étourdi et désorienté, avant de s'apercevoir que Nico s'était aussi endormi contre lui à travers le lit, manette toujours à la main. Il avait hésité à partir sans bruit sur la pointe des pieds, mais sa peur des harpies et son manque de sommeil avaient eu raison de sa bonne volonté. Il était retombé dans les bras de Morphée.

Le matin, Nico n'était plus là. Ou du moins, il n'était plus contre lui. Assis sur le lit d'Hazel – celui qu'elle utilisait quand elle venait à la Colonie – il avait simplement haussé un sourcil et Will, le visage brûlant, avait tenté de se justifier et de s'excuser en même temps en se levant en catastrophe. Il s'était pris les pieds dans les couvertures... Mortifié, il aurait tout donné pour que son père débarque à cet instant précis et l'emmène sur son char du soleil à l'autre bout de la planète. Mais Nico s'était contenté de rire, ce rire qu'il ne s'autorisait que lorsqu'ils étaient tous les deux, avant de l'aider à se relever sans faire de commentaire. Et s'il avait gardé sa main dans la sienne quelques secondes de plus que nécessaire, aucun d'eux ne l'avait mentionné.

- Oh... hum... (Il s'éclaircit la gorge). J'avais juste cru que... mais tu n'es pas obligé, Connor peut te laisser le matelas et dormir avec moi...

- Non, coupa Nico.

Le mot avait fusé, implacable, et Will jeta un œil par-dessus ses boîtes. Nico s'empourpra mais réussit à articuler :

- Hors de question que tu... peu importe.

Il détourna le regard. Une seconde, Will se demanda s'il n'allait pas casser sa bague à force de la faire tourner.

- T'es jaloux ? Réalisa-t-il, incapable de contenir le sourire qui perçait dans sa voix.

- N'importe quoi.

- Oh ! Sache que je trouve ça adorable !

Il lui fit un sourire rayonnant, mais il n'était même pas sûr que Nico puisse le voir derrière les boîtes des matelas.

- Tu m'énerves, grommela-t-il.

- Je sais. Je suis ton « ennui particulier ». C'est comme ça que Kayla m'avait appelé non ?

- Hum...

Les bras douloureux à force de porter les matelas et le gonfleur, Will finit par les poser par terre et referma la porte du placard avant de tendre sa main vers celle de Nico. Sans le regarder, il le laissa entremêlé leurs doigts ensemble et il frissonna. La peau de Nico était toujours sensiblement plus froide que la sienne et il aimait la sensation apaisante que ça lui procurait.

- Eh, souffla-t-il, je plaisantais. Je peux prendre le canapé et laisser ma chambre à Lacy et Lou Ellen. Comme ça, tout le monde est content.

Avec réticence, Nico finit par tourner la tête et planta ses yeux noirs dans les siens. Will ne cessa pas de sourire, le cœur battant. Il lui laissa le temps de trouver les mots contre lesquels il luttait et attendit patiemment.

- Non, c'est bon, dit-il. On peut... enfin... on peut garder l'idée de départ. (Il déglutit). De toute façon, tu ne tiendras jamais sur le canapé, ajouta-t-il, presque moqueur comme pour détendre l'atmosphère.

- Eh !

Sans conviction, Will lui donna un coup dans l'épaule et il savait que Nico aurait pu facilement l'éviter s'il l'avait voulu, mais il le laissa faire.

- Les garçons ! Cria soudain sa mère depuis le salon. Vous avez trouvé les matelas et le gonfleur ?

- Ou vous vous êtes enfermés dans le placard pour vous bécoter ? Ajouta Connor, goguenard.

Nico grogna.

- Je vais le tuer avant la fin de cette quête, menaça-t-il.

- En tant que médecin, je pense que je devrais désapprouver.

- Mais ?

- Mais si un squelette attaque Connor malencontreusement, je pense que je serai occupé. Dommage.

Il haussa les épaules avec un faux sourire d'excuse et Nico émit un rire étouffé, ce qui chez lui s'apparentait à un franc éclat de rire. Comme à chaque fois, Will ressentit une certaine fierté à réussir à le faire rire, à percer la carapace qu'il s'était construit au fil du temps. Depuis cet été et la fin de la guerre, il avait l'impression que Nico se laissait enfin l'opportunité de vivre, de ne plus regarder par-dessus son épaule au moindre bruit, de ne plus se fondre dans les ombres à la moindre peur. C'était un processus long, mais Will avait une qualité : il n'avait jamais manqué de patience. Et il aimait chaque jour un peu plus la personnalité de Nico qui se dessinait et s'affirmait. C'était comme voir une plante que tout le monde croyait morte fleurir à nouveau pour peu que le soleil daigne l'éclairer.

Décidant d'ignorer le fait qu'il s'était lui-même comparé au soleil – Kayla se serait fait un plaisir de se moquer de lui – il ramassa les matelas et le gonfleur, puis se dirigea dans le salon. Lacy avait installé son lit de fortune sur le canapé et était déjà allongée sous une couverture mauve, un oreiller moelleux sous la tête.

- Ne me réveillez pas avant au moins midi, dit-elle en se blottissant un peu plus sous sa couette.

- J'aimerais dire la même chose si j'avais un lit, râla Lou Ellen.

Will lui lança le gonfleur et déposa les boîtes qui contenaient les matelas.

- Tout est là ! Annonça-t-il. Vous allez vous en sortir ?

- Hôte en carton, maugréa Connor, tu pourrais nous aider.

- Le contrat de location est au nom de ma mère, répliqua-t-il. C'est elle qui l'a dit ! Donc je ne suis pas l'hôte et ma chambre m'attend.

- William...

- Bonne nuit, m'man !

Il lui claqua un baiser sur la joue et tourna les talons. Il n'avait même plus à se dresser sur la pointe des pieds pour le faire. Dans l'embrasure de la porte, elle lui lança :

- Et laisse ta porte ouverte, tu m'entends ?

- Maman ! Se récria-t-il d'une voix soudain trop aigue.

- Bonne nuit, mon grand.

Elle lui adressa un sourire ironique et il soupira en fuyant le salon à toute vitesse.

Dans le hall, Nico l'attendait, adossé au mur. Il paraissait étrangement décalé ici, habillé tout en noir, son épée toujours à sa taille, entouré des photos de famille et des albums country de sa mère. Will aurait pu passer plusieurs secondes à regarder Nico dans ce décor. Au lieu de ça, et avant de passer pour un psychopathe, il se contenta d'indiquer le couloir et ils se dirigèrent tous les deux vers sa chambre. Pour tout avouer, il ne se souvenait même plus s'il l'avait rangé avant de partir et il pria intérieurement pour ne rien avoir laissé d'embarrassant.

Arrivés devant la porte, Will ne se laissa pas le temps d'hésiter et poussa le battant. Il s'effaça pour laisser Nico entrer en premier. Celui-ci fit quelques pas et s'arrêta au centre de la pièce, tournant sur lui-même pour tout englober du regard. Will l'imita. Heureusement, sa chambre était en ordre. En même temps, il n'avait pas beaucoup d'affaires ici. Sa vraie chambre était au Texas et les seules choses qu'il laissait aussi étaient celles qu'il n'avait pas la place de garder à la Colonie mais dont il pouvait quand même avoir besoin. Des livres de médecines et de fantasy s'entassaient sur sa bibliothèque, rangés par couleur. Sur son bureau, le petit cactus que sa tante lui avait offert à son dernier anniversaire faisait grise mine et sa pile de jeu vidéo gisaient à même le sol à côté de son dressing. Collé entre le mur sous la fenêtre, son lit était fait avec soin, mais Will rougit en constatant que c'était son couvre-lit Star Wars que sa mère avait remis.

Nico eut un rictus.

- C'est le film avec les vaisseaux spatiaux et les épées lumineuses ? Reconnut-il.

- Des sabres lasers, corrigea Will en bon geek qu'il était. Et je suis sûr que si tu pouvais avoir une couverture Mythomagic, t'en aurais une.

Pris au dépourvu, Nico rougit et nia avec un temps de retard :

- Non, dit-il.

- Non, répéta Will en exagérant d'une voix cassée.

- Tais-toi, Solace.

Il voulut le repousser, mais Will attrapa son avant-bras et l'attira contre lui. Nico tenta résister et jeta un coup d'œil nerveux vers la porte que Will avait pris soin de fermer malgré l'ordre de sa mère, puis il se détendit imperceptiblement. Il posa son menton contre son épaule et Will entoura ses bras autour de lui juste parce qu'il en avait envie.

- T'es pire qu'une pieuvre, marmonna Nico dans son cou.

- Je suis ta pieuvre, rétorqua-t-il, fier de lui.

- Par les dieux, ça t'arrive de réfléchir avant de parler ?

Will rit. Après quelques secondes, il se résolut à se détacher de Nico et un bayement lui échappa.

- Je pense que tu as besoin de dormir, Will.

- Toi aussi, protesta-t-il. Attends, laisse-moi te passer quelque chose. Je dois avoir...

Il laissa sa phrase en suspens en cherchant dans un tiroir et en sortit un sweat à lui, celui qu'il portait pour aller à son entraînement de tir à l'arc quand il ne restait pas encore à la Colonie à l'année. Jaune vif avec une capuche et le logo du club traversé d'une flèche, il devait encore lui aller à part au niveau des manches.

- Ah ah ! S'exclama-t-il en le brandissant fièrement. Tiens !

- Je ne porterai pas ça, affirma aussitôt Nico.

- Allez, Mort Junior, c'est juste pour dormir.

Nico le fusilla du regard.

- Qu'est-ce qu'on avait dit sur ce surnom ?

- Qu'on l'envoyait dans le Léthé et qu'on l'oubliait à jamais, récita-t-il. Mais sérieux Nico, c'est pour une nuit. Personne ne te verra à part moi. Et comme ça fait longtemps que tout ton numéro de « fils d'Hadès sombre, dangereux et ténébreux » ne fait plus effet sur moi, aucun problème.

Il se contenta de lui arracher le sweat-shirt des mains en roulant des yeux. Amusé, Will pointa la minuscule salle de bain attenante et lui envoya par la même occasion un vieux pantalon de survêtement que Nico attrapa au vol. Dès qu'il disparut derrière la porte, Will attrapa un t-shirt blanc, le premier qui lui tomba sous la main, et un bas de pyjama qui lui arrivait maintenant au-dessus des chevilles. Il faudrait vraiment qu'il pense à ramener de nouveaux vêtements dans cet appartement. Il se changea en vitesse.

Epuisé, il se laissa tomber sur son lit et se glissa sous les couvertures côté mur en laissant simplement sa lampe de chevet allumée. Des petits R2D2 et C3P-O étaient dessinés sur l'abat-jour et il enfouit sa tête dans son oreiller, embarrassé par lui-même.

Heureusement, avant qu'il n'ait le temps de mourir de gêne, Nico ressortit de la salle de bain, la mine renfrognée. Will se retint d'éclater de rire. Le sweat-shirt engloutissait littéralement le corps mince de Nico et la couleur jaune détonait de façon frappante avec son teint pâle et ses cheveux noirs. Le jogging, quant à lui, lui tombait légèrement sur les hanches et laissait à peine voir ses pieds.

- Pas un mot, dit-il d'une voix ferme en tirant les manches du sweat sur ses doigts.

Il posa ses affaires et son épée près du bureau et Will le suivit du regard en se mordant la lèvre.

- Tu sais, ça te va plutôt bien, dit-il, incapable de se retenir.

- Will. Pas. Un. Mot.

- Désolé, désolé...

Un sourire accroché aux lèvres, impossible à réprimer, resta malgré tout en place sur son visage. Il se fit la réflexion que Nico devrait porter ses vêtement plus souvent. Pour essayer de se redonner contenance, il tapota le matelas et Nico hésita une seconde avant d'obtempérer. Avec précaution, il se glissa à son tour sous les couvertures mais veilla à rester le plus loin possible de Will.

- Tu vas tomber, imbécile, dit-il.

- Je suis très bien là, affirma Nico.

- Si tu bouges d'un centimètre, tu finis au sol.

Nico parut vouloir protester, mais il dut sentir le vide derrière lui et se décala en soupirant. Tous les deux sur le côté, face à face, ils échangèrent un long regard. Malgré la semi-obscurité, Will voyait bien que Nico était mal à l'aise. Son corps était tendu et il pinçait les lèvres comme s'il se concentrait fort sur quelque chose pour éviter de bouger. Ou de partir en courant. Will ressentit un élan de pitié pour lui et aussi un étrange mal de ventre. Il aurait voulu prendre Nico dans ses bras et lui faire oublier tout ce qui lui encombrait l'esprit.

- Eh, souffla-t-il. Je peux... Je peux dormir par terre si tu veux. On a juste à installer quelques couvertures, ça ne sera pas trop...

- Non, coupa Nico. Non ! Je...

Sa voix se réduisit jusqu'à s'éteindre et il sembla lutter contre lui-même, les sourcils froncés.

- Ce n'est pas grave, Nico... Vraiment...

- Non... C'est juste que... Ce n'est pas toi...

- Eh, tu n'as pas besoin de...

Mais il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Un éclat résolu brilla brusquement dans les yeux de Nico et il se rapprocha soudain, à tel point qu'ils se cognèrent presque l'un contre l'autre. Le souffle coupé, Will se figea mais laissa Nico faire. Il avait toujours l'air paniqué, comme s'il apprêtait à tirer l'ombre la plus proche pour disparaître dedans, et pourtant il resta où il était, déterminé.

- Je veux être avec toi... murmura-t-il si bas que Will n'aurait sûrement jamais entendu s'il n'avait pas été si proche de lui.

Sa gorge se serra. Ce n'était pas la première fois, mais il se fit à nouveau la réflexion que Nico Di Angelo était sûrement le demi-dieu le plus courageux qu'il avait jamais rencontré. Percy Jackson et Jason Grace pouvaient aller se faire voir avec leur héroïsme sur un champ de bataille. Exprimer ses sentiments et aller à l'encontre de toute une éducation dont les racines étaient l'Italie fasciste des années 30 ? Ça, c'était du véritable courage.

Avec l'impression que sa poitrine était comprimée, Will attrapa la main de Nico entre eux. Immédiatement, il le sentit s'accrocher à lui de toutes ses forces et il le laissa faire.

- Je sais, souffla-t-il doucement. Moi aussi. Et tout va bien, promis.

Nico hocha la tête. Ils restèrent ainsi de longues minutes jusqu'à ce que Will aient du mal à garder ses yeux ouverts. A moitié endormi, il sentit Nico se retourner dans un angle étrange pour éteindre la lumière. L'obscurité les enveloppa, reposante, et Will ne lâcha pas sa main.

**************************************

J'avoue je suis trop contente de ce chapitre et j'espère vraiment que vous l'aimerez autant que moi !

A dans deux semaines ^^
Perripuce

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Perripuce »

I'm sorry I'm laaaaate BUT i'm heeere !
annabethfan a écrit : lun. 03 mai, 2021 1:00 pm Chapitre 8 : Le refuge de Naomi Solace

Will resta figé sur le pas de la porte une seconde de plus avant de se jeter dans les bras de sa mère, déjà ouverts Awww cute comme tout ! . Il manqua de bousculer Connor au passage, mais ce dernier eut le réflexe de se décaler au dernier moment. Dès que sa mère referma ses bras autour de lui, Will se sentit à la maison. Il ne l'avait pas revu depuis le premier week-end de septembre quand il était rentré à Austin Ah d'ailleurs j'ai oublié de demander ça en vocal : est-ce que Will a l'accent Texan? Des bottes/chapteau de cow-boy? Oui je suis dans le cliché ! le temps de prendre quelques affaires et lui annoncer qu'il resterait à l'année à la Colonie cette fois-ci. Sa mère devait de toute façon partir sur les routes en tournée dès novembre et il n'avait pas voulu laisser Nico tout seul. Il s'était bien gardé de mentionner ce dernier argument, même il l'avait vu sourire d'un air entendu quand il avait mentionné ses patients à l'infirmerie après la guerre contre Gaïa. Dans tous les cas, la voir ce soir était bien la dernière chose à laquelle il s'attendait. Franchement ça doit être une douleur pour certains demi-dieux. Ils ont qu'un parent stable et parfois ce parent stable vit éloigné d'eux voire les rejette ...

Alors qu'elle l'embrassait sur la joue et passait ses mains dans ses cheveux, il se fit la remarque qu'il la dépassait maintenant de quelques centimètres. Les larmes lui montèrent presque aux yeux en repensant à la vision que Mélinoé lui avait montré, celle de sa mère malade dans son lit d'hôpital qui lui désignait le soleil courageusement. y'a un couinement de petit chat plaintif qui vient de sortir de ma gorge.

Après plusieurs secondes à juste le serrer dans ses bras, elle recula finalement en gardant son visage en coupe entre ses mains et elle l'examina d'un air critique.

- William Andrew Solace, dit-elle en détachant chaque syllabe. Est-ce que tu essayais de rentrer chez moi par effraction ? Non c'est pas moi c'est Connor.

- Je... (Il sentit ses joues chauffer). C'est chez moi aussi, tenta-t-il piteusement.

- Jusqu'à preuve du contraire, c'est mon nom sur le contrat de location. Mon dieu, Will, c'est le beau milieu de la nuit !

Dans son dos, Connor se râcla la gorge.

- Bonjour madame Solace. Euh... A la décharge de Will, c'était moi qui essayait de rentrer Un voleur honnête, si ce n'est pas beau ça !. Mais promis, je n'ai pas abîmé votre serrure.

Will roula des yeux, amusé, et sa mère secoua la tête en faisant voler ses cheveux blonds et courts autour de son visage. D'un geste, elle invita les autres à entrer.

- Vous allez me raconter ce qui vous arrive, les jeunes. Allez, venez. Mais quelle sucre. On sait de qui Will tient.

Sans enlever le bras qu'elle avait passé autour de ses épaules, elle l'entraîna à l'intérieur et Will n'attendit pas de voir si les autres suivaient le mouvement pour se laisser faire. Il ne voulait plus la lâcher pour le moment. MAIS IL EST TROP MIGNON AVEC SA MERE mais franchement mais quel homme parfait, pourquoi il est gay déjà?

L'appartement était tel qu'il s'en souvenait : peu meublé mais chaleureux. Comme ils n'y habitaient pratiquement pas, sa mère n'avait pas pris la peine de beaucoup décoré, même si elle avait veillé à accrocher aux murs quelques peintures offertes par Apollon lui-même (leur qualité était douteuse selon le style si Will devait donner son avis) et quelques photos de son enfance. Evidemment, Connor repéra immédiatement celle où Will était dans son bain à cinq ans, enfoui sous une montagne de mousse, tout sourire devant la caméra même s'il lui manquait ses deux dents de devant. EVIDEMMENT mais ce genre de détails ce sont les meilleurs, j'ai fait exactement la même en arrivant chez le grand-mère de Val :lol: :lol: :lol:

- Ohh Will ! Fit-il, moqueur.

- Pas un mot, bougonna-t-il.

- T'étais trop mignon, roucoula Lou Ellen en l'ignorant superbement. Nico, viens-voir ! Bah ouii Nico va voir !

Horrifié, Will en aurait presque oublié Nico (ce qui ne lui arrivait jamais en passant). A sa décharge, Nico paraissait vouloir se fondre dans les ombres, comme souvent Un problème face à belle mamân? , et Lou Ellen dû le tirer près de la photo. En attendant son nom, les sourcils de sa mère se soulevèrent et Will sentit son anxiété monter en flèche. Il essaya de la mettre en garde, mais elle l'ignora. Avant qu'elle ait pu interpeler Nico et le traumatiser à vie – il connaissait sa mère, la subtilité n'était pas son fort – il la coupa :

- Qu'est-ce que tu fais à Harmony ? Et pourquoi est-ce que tu es réveillée au milieu de la nuit ?

Elle tourna la tête vers lui.

- J'ai un rendez-vous avec mon manager demain à New York. Je me suis dit que j'allais venir en avance d'une journée pour te voir, mais je n'ai pas réussi à joindre la Colonie. Ça m'angoissait alors je regardais la tv pour voir s'il y avait des nouvelles d'attaques inexpliquées. J'allais aller me coucher quand j'ai entendu du bruit derrière la porte.

- Et donc tu as juste décidé d'ouvrir ? Rétorqua-t-il d'un ton désapprobateur. Maman ! Et si ça avaient été des monstres ? :lol: :lol: :lol: :lol:

- Je ne vois pas pourquoi des monstres m'attaqueraient moi, Will, rassura-t-elle. (Elle parut se retenir de passer une main dans ses cheveux à nouveau, comme elle le faisait quand il était petit, et s'adressa aux autres). Vous devez être fatigués, non ? Vous voulez quelque chose à boire et à manger et puis on peut installer des sacs de couchage dans le salon... ? Mais elle est franchement beaucoup trop mims cette femme.

- On ne veut pas vous déranger, madame Solace, s'empressa de dire Lou Ellen.

- S'il te plaît, ma grande, c'est Naomi. Et vous ne me dérangez absolument pas.

Will ne s'attendait à rien de moins de la part de sa mère, mais la douceur de sa voix lui réchauffa quand même le ventre, un sentiment familier qu'il associait à leur journée ensemble. Le corps à moitié endormi, il se laissa guider vers la cuisine. Rien n'avait changé depuis sa dernière visite. Les meubles étaient toujours peints dans un jaune vif et joyeux et plusieurs photos parsemaient la porte du frigo. Will espéra que personne ne remarque celle de son huitième anniversaire où il avait la bouche barbouillée de gâteau au chocolat. Je meurs :lol: :lol: :lol: :lol:

Soudain fatigué, il traîna les pieds. Il ne s'était pas rendu compte qu'utiliser ses pouvoirs sur Lou Ellen l'avait autant vidé, mais maintenant que le danger était écarté, le contre-coup se faisait sentir. Il vacilla sur ses jambes et se rattrapa de justesse à la table de la cuisine. Aussitôt, Nico se matérialisa à ses côtés.

- Will ?

- Je vais bien... Un peu désorienté une seconde, c'est tout...

Il n'eut pas besoin de le regarder pour savoir que Nico fronçait les sourcils.

- Tu devrais peut-être t'assoir et prendre un peu d'ambroisie, mon vieux, intervint Connor.

- C'est sûrement ce que dirait un docteur, ajouta Nico, presque railleur. Mais quel homme lui aussi :lol: :lol: Sérieusement ils sont parfaits l'un pour l'autre. Genre la façon dont Nico est apparu à la moindre faiblesse, Will aurait fait exactement la même.

L'arroseur arrosé, songea Will avec ironie. Il obtempéra sans protester et accepta avec reconnaissance le carré d'ambroisie qu'on lui tendait avant de se laisser tomber sur une chaise autour de la table. Sans se concerter, ses amis s'assirent près de lui, rapprochant leur chaise pour qu'ils soient presque tous du même côté et sa mère se retrouva toute seule en face d'eux. Elle eut assez de tact pour ne pas le relever.

Will remarqua qu'elle portait un t-shirt délavé d'une de ses tournées et les dates étaient inscrites dessus, une guitare stylisée au niveau de sa poitrine. Elle dormait souvent avec et il se rappela alors qu'elle avait dit qu'elle s'apprêtait à aller se coucher. Il culpabilisa soudain.

- Maman, si tu es fatiguée...

- Moi ? Fatiguée ? Je n'ai pas encore 80 ans, tu sais. Et je suis chanteuse. La nuit, c'est mon domaine. Oh mais coup de coeur.

Mortifié, Will fourra une autre bouchée d'ambroisie dans sa bouche.

- Maman ! Arrête de dire des trucs bizarres ! OK j'avoue j'avais pas pensé à ce double sens :lol: :lol: :lol:

- Et toi arrête de parler la bouche pleine, je t'ai élevé mieux que ça.

Il se retint de rouler des yeux. L'attitude d'ado rebelle ne lui avait jamais été. Sans se départir de son air enjoué, sa mère ouvrit la porte du frigo et examina son contenu. La lumière blanche fit ressortir ses tâches de rousseurs, les mêmes que les siennes. Son expression se décomposa. De là où il était, Will voyait bien que le fameux contenu était assez mince.

- Je n'ai pas grand-chose à vous proposer, avoua-t-elle, l'air contrit. Je ne suis pas souvent ici et je n'ai pas eu le temps d'aller faire des courses...

- Ce n'est pas grave, madame Solace, s'empressa de la rassurer Connor. On a des vivres dans la voiture.

- Non, non ! Attendez ! (Elle attrapa une bouteille de jus d'orange et ouvrit un placard duquel elle sortit un paquet de cookies). Je... Ça vous va ?

- Là, tout de suite, vous réalisez mon rêve, assura Lou Ellen.

Rassurée, sa mère leur fit passer des verres et versa les cookies dans une assiette qu'elle tendit d'abord à Lacy. Cette dernière en piocha un avant de le donner à Connor qui en prit directement deux.

- Eh, espèce de morfal, protesta Lou Ellen. Laisses-en pour les autres !

- Je suis un garçon en pleine croissance.

- Et je suis blessée. Mais eux aussi ils sont beaucoup trop mims. Je vais devenir une flaque de Perri dans mon lit là, tu le sais?

Cet argument parut être le bon. Connor céda immédiatement son cookie. Cette fois, Will roula des yeux face à la ruse de son amie. Cecil aurait été fière d'elle.

- Tu es blessée, ma grande ? S'inquiéta sa mère.

- Oh non ! Enfin, un peu, mais rien de grave ! (Elle le désigna du pouce). Will m'a rafistolé dans la voiture.

- La voiture ?

- On a dû partir un peu précipitamment, expliqua Connor. Mais Will a été incroyable : médecin et co-pilote en même temps pour nous amener ici ! (Il mordit dans son cookie). Parce que Nico craint pour donner des directions ! T'inquiète Nico je te soutiens. Je ne sais même pas ma droite et ma gauche.

- Alatir, ton père est le dieu des voyages, évidemment que tu... (Il baissa aussitôt la voix en voyant Will grimacer). Désolé. Migraine ?

- Comme d'habitude. Ça va passer dans dix minutes.

Il tenta de balayer les craintes des autres d'un geste de la main, mais il échoua lamentablement. Les yeux de sa mère s'emplirent d'inquiétude.

- Will...

- Vraiment, maman, je vais bien. Le contre-coup de mes pouvoirs est léger par rapport à d'autres.

D'autres comme Nico, pensa-t-il. Il ne put s'empêcher de lui jeter un regard par réflexe et son petit ami lui renvoya une œillade de défi, presque comme s'il était sur le point de faire dix vols d'ombre à travers le pays juste pour lui prouver qu'il avait tort Tellement Nico :lol: :lol: . Will savait qu'il en était capable et il tenta de prendre un air sévère. Cette fois, un rictus fit se lever le coin de la bouche de Nico. Traduction : nouvel échec et il devait avoir l'air aussi intimidant que Clovis quand il serrait son oreiller contre lui pendant les réunions de conseillers en chef. Merveilleux ! Non mais sérieux, ce genre d'image :lol: :lol: Genre c'est beau, attendrissant, à a fois Riordan et Anna, franchement c'est génial !

A sa gauche, Connor se râcla la gorge. Will détourna tout de suite la tête. Pendant une seconde, il espéra que la conversation reprenne, mais sa mère – évidemment – sauta sur l'occasion.

- Nico, c'est ça ? L'interpella-t-elle d'un ton trop neutre pour être naturel.

- Maman, essaya-t-il de la mettre ne garde.

- Quoi ? (Elle resservit un verre de jus d'orange à Lacy sans même regarder ce qu'elle faisait). On n'a pas été présentés, c'est tout.

- Par les dieux...

Il se cacha le visage derrière ses mains pendant que Lou Ellen ricanait. Il regrettait soudain d'avoir autant parlé de Nico à sa mère. Par Apollon, c'était embarrassant. C'est toujours plus embarrassant quand les parents sont dans le coin héhé (et croustillant pour nous *sort le paquet de pop-corn*)

Le problème, c'était que Will avait toujours tout partagé avec elle et il n'avait donc jamais rien su lui cacher, surtout ses sentiments. Quand son béguin stupide pour Nico avait commencé il y a plus d'un an, sa mère avait été la première au courant Oh mais c'est absolument adorable comme relation mère-fils ! . Pas dans les détails, bien sûr, mais il avait mentionné « un garçon de la Colonie » qui lui plaisait au cours d'une conversation. Sa mère n'avait même pas sourcillé. Après coup, Will avait réalisé qu'il lui avait plus ou moins avoué sa bisexualité, mais c'était quelque chose qu'il trouvait tellement naturel chez lui qu'il n'avait juste pas réfléchi. Sûrement un héritage d'Appolon. Que Will ait trouvé ça naturel parce qu'effectivement la bisexualité est ancrée dans son mode très bien mais le fait que sa mère texane réagisse avec autant de calme et d'acceptation ... sérieusement, quelle femme.

Lou Ellen et Cecil étaient les deuxièmes à avoir été au courant et même s'ils avaient trouvé ça étrange qu'il ait un béguin pour le fils d'Hadès, ils n'en avaient pas été moins eux-mêmes : ils l'avaient soutenu et s'étaient moqués de lui dans les règles de l'art. Après eux, Austin et Kayla avaient aussi fini par remarquer ses sentiments. Will supposait qu'il aurait dû le voir venir, c'était impossible de cacher quelque chose à son frère et sa sœur s'ils se mettaient en tête de découvrir quelque chose. Et visiblement, sa vie amoureuse les passionnait. Ils avaient été aussi encourageants et railleurs que Cecil et Lou Ellen.

A chaque fois qu'il rentrait à la maison, sa mère lui demandait des nouvelles de sa relation avec Nico. Pour être honnête, il n'avait pas eu grand-chose à raconter pendant un moment. Il se demandait même si Nico connaissait son nom. Et puis tout avait changé après la guerre contre Gaïa et les fameux trois jours où il avait forcé Nico à rester à l'infirmerie. Il s'était battu jusqu'à épuisement pour lui éviter de se dissoudre dans les ombres et pour lui montrer que des gens tenaient à lui j'ai encore eu le couinement de petit chat, qu'il n'était pas obligé de fuir éternellement. Quand leur relation était enfin devenue officielle un mois plus tard, la première chose que Will avait voulu faire avait été de voir sa mère et lui annoncer. Mais il s'était retenu. Il le savait, Nico avait besoin de temps pour être à l'aise et s'accepter. Il avait donc attendu, puis il lui avait simplement demandé la permission de parler de lui à sa mère. Au début, Nico avait eu l'air sur le point d'ouvrir une fissure dans le sol et de disparaître, paniqué. Puis, Will lui avait expliqué que ça n'engageait à rien, que c'était juste entre lui et sa mère, et que Nico n'avait évidemment pas besoin de la rencontrer si vite. Même pour lui, ça aurait été rapide. Ah ! Les dieux avaient de l'humour ! Je confirme c'est beaucoup trop drôle :lol: :lol: :lol: :lol:

Parce que Will n'avait bien sûr pas prévu de se retrouver ici, dans son appartement du New Jersey et entouré de ses amis/partenaires de quête, pour la rencontre entre sa mère et Nico.

- Will m'a beaucoup parlé de toi Oh non mais tellement la pire chose à dire :lol: :lol: :lol: , reprit sa mère, insensible à a mortification. Je suis ravie de te rencontrer.

Doucement, il écarta les doigts pour jeter un œil à Nico. Sans surprise, celui-ci fixait Naomi Solace comme si elle s'était soudain transformée en monstre et qu'il ne savait pas comment se sortir de cette situation et encore un monstre il sait mieux le gérer :lol: . Puis, imperceptiblement, ses épaules se redressèrent et il s'éclaircit la gorge.

- Moi aussi, madame, souffla-t-il. Enchanté.

Sa voix, à peine un murmure, contrastait avec celle enthousiaste et forte de sa mère.

- C'est Naomi, vraiment j'insiste !

Nico hocha la tête, mais Will voyait bien qu'il n'arriverait pas à l'appeler par son prénom avant le siècle prochain. Heureusement pour eux, Connor se chargea de briser la tension ambiante :

- Voilà, présentations faites ! Lança-t-il. Will, tu sais ce qu'il te reste à faire ! Rencontrer Hadès ! :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: Merci Connor je viens d'exploser de rire :lol: :lol: :lol:

Lou Ellen et Lacy s'écroulèrent de rire. Même sa mère sourit et il réalisa avec surprise qu'elle était tendue aussi. Face à ce constat, une vague d'affection pour elle déferla en lui. Elle savait à quel point Nico était important pour lui. Elle le savait et ne voulait pas faire de faux pas. Par les dieux, sa mère était formidable je confirme. Et je pense aussi peut-être qu'elle ne sait pas forcément quoi penser de ce garçon lugubre au regard noir pour son petit garçon solaire ... . Il résista à l'envie de se lever et de contourner la table pour aller la prendre dans ses bras.

- Je pense que la descente aux Enfers – littéralement – pourra attendre, dit Nico, amusé.

- Au moins dix ans, approuva Will.

- Waouh, tu te projettes loin, Solace !

- Connor !

Mais Connor n'en avait pas terminé. Un sourire espiègle joua sur ses lèvres et il se tourna vers sa mère.

- Faut qu'on vous raconte comment votre fils drague quelqu'un, madame, parce que vraiment ça va pas du tout. :lol: :lol: :lol: :lol: Mais je l'aime sérieux :lol:

- Quoi ? S'indigna Will.

- Oh oui par les dieux, dit Lou Ellen en se tapant le front. Une catastrophe.

- C'est faux !

Elle lui jeta un regard incrédule.

- Will, je t'adore, mais tu veux qu'on reparle de ce que tu as fait quand on est tombé sur Nico sur le champ de bataille, juste avant la défaite de Gaïa ?

- Oh oui ! Cecil m'a raconté ! Se souvint Connor.

Curieuse, sa mère se pencha au-dessus de la table et attrapa un cookie dans le bol, pendant que Nico fronçait les sourcils, comme s'il essayait de se rappeler de ce moment. Lacy écoutait attentivement et Will se contenta de maudire ses amis mentalement.

- Attendez, je fais Will, s'exclama Lou Ellen. (Elle se tourna vers Connor puis pris une voix trois octaves plus grave). Je sais qu'on est en pleine bataille, Di Angelo, mais regarde je viens d'accoucher un bébé satyre ! Mes mains tremblent encore ! Alors, tu me trouves héroïque ? Marion je suis morte de rire c'est pas possible :lol: :lol: Mais ils sont infernaux, ils n'ont aucune pudeur, je les aime et je les déteste à la fois :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:

Et elle attrapa les mains de Connor dans les siennes en tremblant si fort qu'elle aurait pu avoir parkinson. Connor rentra dans son jeu.

- Un bébé satyre ! Alors ça, c'est sexy ! Marion je tremble :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:

- Je n'ai jamais dit ça, gronda Nico, les oreilles rouges.

- Non, mais Will a bien dit ça.

Will enfouit sa tête dans ses bras. Il entendit sa mère éclater de rire tandis que Lacy s'étranglait d'amusement avec son jus d'orange. J'imagine la couleur de ses joues sérieux non mais le pauvre :lol: :lol:

- A ma décharge, c'était traumatisant... marmonna-t-il. M'sieur Hedge me menaçait de coups de batte de baseball, Mellie hurlait et j'ai dû couper le cordon d'un bébé satyre ! Et j'en ai bien trop vu de l'anatomie d'une femme, même si elle était un esprit de la nature.

- Ew ! S'exclamèrent les autres de concert.

- Merci pour l'image, grimaça Connor. J'ai presque envie de dire bien fait mais à la fois tu m'as bien fait rire :lol: :lol:

Il aurait voulu répliquer que c'était de sa faute, mais sa mère frappa soudain dans ses mains et ils tournèrent tous la tête vers elle. Elle passa ses doigts dans ses cheveux blonds courts, les ébouriffants au passage.

- Je pense qu'il est temps pour tout le monde d'aller dormir. Vous me raconterez ce qui vous arrive demain, mais je pense que vous méritez une bonne nuit de sommeil.

- J'approuve, dit Lou Ellen.

Comme preuve, elle bailla bruyamment. Will l'imita une seconde après et ils rirent. Après avoir vidé son verre de jus d'orange, il se releva. Il constata avec plaisir qu'il tenait mieux sur ses jambes que tout à l'heure et que sa migraine était enfin partie pour ne lui laisser qu'une fatigue sourde qui pulsait dans son corps.

Alors qu'il allait s'engouffrer dans le salon, sa mère le retint :

- Will, tu peux aller chercher le gonfleur pour les matelas ? On doit encore en avoir deux dans le placard de l'entrée. (Elle se tourna ensuite vers Lacy). Toi, ma grande, je pense que tu peux tenir sur le canapé, si ça ne te dérange pas ? Et il restera deux personnes dans la chambre de Will.

- Je crois que je pourrais dormir n'importe où, accepta Lacy.

Des mèches blondes s'étaient échappées de sa queue de cheval et Will pouvait presque sentir la fatigue irradier d'elle.

- Je te le redis, mais tu as été super aujourd'hui, tu sais, dit-il. Beau coup de poignard.

Les prunelles caramel de Lacy brillèrent de fierté.

- Merci...

Ce n'était peut-être pas grand-chose, mais il savait qu'elle s'endormirait mieux grâce au compliment et Will lui fit un sourire avant d'aller fouiller dans le placard pour chercher le gonfleur et les matelas. Il se doutait de ce que Lacy pouvait ressentir. Après tout, ils étaient un peu pareils tous les deux. Ils n'étaient pas des combattants. Il l'avait vu à la façon dont elle se tenait en retrait pendant la bataille et la peur dans son regard. Pourtant, il refusait qu'elle s'en veuille. Lacy n'avait que douze ans et n'avait connu que Drew comme conseillère en chef. Drew qui considérait que les enfants d'Aphrodite n'avaient rien à faire au milieu d'un combat... Il espérait qu'en lui donnant confiance en elle, Lacy comprendrait qu'elle pouvait être tellement plus qu'un joli visage. Aaaww *-* mais quelle attitude de grand frère absolument trop mignonne ...

- Tu t'en sors ?

- Di Immortales ! Jura-t-il.

Sous le coup de la surprise, il manqua de se faire tomber sur la tête un vieux vase horrible que sa mère planquait sur l'étagère du haut. Il fusilla Nico du regard.

- Je vais te mettre une clochette, prévint-il, à moitié sérieux.

- Ce n'est pas de ma faute si tu es toujours coincé dans ta tête, répliqua-t-il.

- Cette phrase ne veut rien dire.

Nico roula des yeux. C'était dans ces moments-là que Will se rappelait que l'anglais n'était pas sa langue maternelle. Oh, hyper intéressant comme idée. C'est vrai qu'on oublie souvent ça et que parfois les formules italiennes peuvent revenir dans le langage de Nico ...

- Tu m'as compris.

- Oui, oui... (Il attrapa les cartons des matelas à bout de bras). Voilà, trouvé ! Maintenant reste plus qu'à gonfler !

- Connor peut le faire, non ?

- J'aime cette mentalité ! S'exclama Will. De toute façon, c'est lui et Lou Ellen qui dorment dessus Wink Wink . A eux de les gonfler, non ?

Avec ses deux cartons et son gonfleur empilés dans ses bras, Will ne voyait plus très bien devant lui, et il avança de mémoire, pourtant il ne loupa pas la drôle d'expression qui traversa le visage de Nico à la périphérie de sa vision.

- Quoi ? Dit-il en manquant de se prendre la porte du placard restée ouverte.

- Tu veux dire que...

Il ne le voyait toujours pas, mais il savait que Nico tournait sa bague tête de mort autour de son doigt, un geste nerveux.

- Que... ? Pressa-t-il.

- On... je... On va dormir... ta chambre... Enfin, nous deux... *rire machiavélique* *engouffre une bonne poignée de pop-corn*

Même sans verbe ni grammaire correcte, Will comprit ce que Nico essayait de dire avec difficulté et il se figea, sa charge chancelant dangereusement sous le coup d'arrêt brusque. Il sentit son visage s'embraser comme le soleil et sa bouche s'assécher comme le désert. Il se maudit en grec ancien. S'il l'avait pu, il aurait à nouveau enfoui son visage entre ses bras. Je suis un idiot et un abruti très stupide, pensa-t-il, dépité. Il n'avait même pas réfléchi.

Mal à l'aise, il fit mine de contempler ses pieds pour voir où il allait, incapable de regarder Nico en face. Ce n'était pas comme s'il ne savait pas que ce dernier était mal à l'aise avec les contacts physiques ou leur relation parfois... Will l'avait su depuis le début en vérité. Il se souvenait encore du conflit qui jouait sur les traits de Nico les premiers temps, comme s'il n'arrivait pas à concevoir complément que leur relation n'était pas honteuse ou dangereuse. Que personne n'allait faire de remarque désobligeante. La tension qui ne le quittait jamais dès que Will osait lui prendre la main ou la façon dont il vérifiait que personne ne se trouvait autour quand ils s'embrassaient. Il savait que ces peurs n'étaient pas complètement effacées, même s'il faisait des efforts. Sa rencontre avec sa mère en était la preuve. Il n'aurait pas pu être plus fier de lui. Pourtant, dormir dans le même lit était une autre affaire. Et puis ce n'est pas comme s'ils venaient déjà vivre une scène hyper gênante liée à leur relation, ça aussi ça doit refroidir Nico. Monsieur Alatir est dans le salon prêt à se moquer.

Will déglutit. Il avait déjà passé des nuits dans le bungalow d'Hadès, mais pas dans le même lit que Nico. Mis à part une fois et par accident. C'était il y a quelques semaines. Après le feu de camp, il avait raccompagné Nico jusqu'à son bungalow, ce qui lui avait valu un « regardez Will, ce gentleman » moqueur de Cecil. Il était finalement resté près d'une heure pour jouer à une partie de Mario Kart – il s'était fait battre à plat de couture sur la route arc-en-ciel LA ROUTE ARC EN CIEL clairement la meilleur *-* Ah c'est super de voir ces références, c'est pour ça que ça fait du bien les fic PJ – et il avait fini par s'endormir pendant que Nico continuait à jouer. Au milieu de la nuit, il s'était réveillé, étourdi et désorienté, avant de s'apercevoir que Nico s'était aussi endormi contre lui à travers le lit, manette toujours à la main. Il avait hésité à partir sans bruit sur la pointe des pieds, mais sa peur des harpies et son manque de sommeil avaient eu raison de sa bonne volonté. Il était retombé dans les bras de Morphée. Et de Nico

Le matin, Nico n'était plus là. Ou du moins, il n'était plus contre lui. Assis sur le lit d'Hazel – celui qu'elle utilisait quand elle venait à la Colonie – il avait simplement haussé un sourcil et Will, le visage brûlant, avait tenté de se justifier et de s'excuser en même temps en se levant en catastrophe. Il s'était pris les pieds dans les couvertures... Mortifié, il aurait tout donné pour que son père débarque à cet instant précis et l'emmène sur son char du soleil à l'autre bout de la planète. Mais Nico s'était contenté de rire, ce rire qu'il ne s'autorisait que lorsqu'ils étaient tous les deux, avant de l'aider à se relever sans faire de commentaire. Et s'il avait gardé sa main dans la sienne quelques secondes de plus que nécessaire, aucun d'eux ne l'avait mentionné. AW MAIS MIMS COMME TOUT MAIS SERIEUX JE FONDS

- Oh... hum... (Il s'éclaircit la gorge). J'avais juste cru que... mais tu n'es pas obligé, Connor peut te laisser le matelas et dormir avec moi...

- Non, coupa Nico.

Le mot avait fusé, implacable, et Will jeta un œil par-dessus ses boîtes. Nico s'empourpra mais réussit à articuler :

- Hors de question que tu... peu importe. POUAHAHAHAHAHAH je m'y attendais pas à celle là

Il détourna le regard. Une seconde, Will se demanda s'il n'allait pas casser sa bague à force de la faire tourner.

- T'es jaloux ? Réalisa-t-il, incapable de contenir le sourire qui perçait dans sa voix.

- N'importe quoi.

- Oh ! Sache que je trouve ça adorable ! MOI AUSSI - commente ça tout le monde s'en fout?

Il lui fit un sourire rayonnant, mais il n'était même pas sûr que Nico puisse le voir derrière les boîtes des matelas.

- Tu m'énerves, grommela-t-il. On sait tous que le "tu m'énerves" est une autre expression que pour le "Je t'aime"

- Je sais. Je suis ton « ennui particulier ». C'est comme ça que Kayla m'avait appelé non ?

- Hum...

Les bras douloureux à force de porter les matelas et le gonfleur, Will finit par les poser par terre et referma la porte du placard avant de tendre sa main vers celle de Nico. Sans le regarder, il le laissa entremêlé leurs doigts ensemble et il frissonna. La peau de Nico était toujours sensiblement plus froide que la sienne et il aimait la sensation apaisante que ça lui procurait. T'aimerais moins quand il va te plaquer les mains glaciales dans le dos l'hiver.

- Eh, souffla-t-il, je plaisantais. Je peux prendre le canapé et laisser ma chambre à Lacy et Lou Ellen. Comme ça, tout le monde est content.

Avec réticence, Nico finit par tourner la tête et planta ses yeux noirs dans les siens. Will ne cessa pas de sourire, le cœur battant. Il lui laissa le temps de trouver les mots contre lesquels il luttait et attendit patiemment.

- Non, c'est bon, dit-il. On peut... enfin... on peut garder l'idée de départ. (Il déglutit). De toute façon, tu ne tiendras jamais sur le canapé, ajouta-t-il, presque moqueur comme pour détendre l'atmosphère.

- Eh !

Sans conviction, Will lui donna un coup dans l'épaule et il savait que Nico aurait pu facilement l'éviter s'il l'avait voulu, mais il le laissa faire.

- Les garçons ! Cria soudain sa mère depuis le salon. Vous avez trouvé les matelas et le gonfleur ?

- Ou vous vous êtes enfermés dans le placard pour vous bécoter ? Ajouta Connor, goguenard. Non mais lui. MAIS LUI.
OK je l'aime d'amour :lol: :lol: :lol: :lol:


Nico grogna.

- Je vais le tuer avant la fin de cette quête, menaça-t-il. D'accord mais tu te débrouilleras avec Travis après.

- En tant que médecin, je pense que je devrais désapprouver.

- Mais ?

- Mais si un squelette attaque Connor malencontreusement, je pense que je serai occupé. Dommage. Vous vous débrouillerez tous les deux avec Travis. On touche pas à mes bébés. Non mais.

Il haussa les épaules avec un faux sourire d'excuse et Nico émit un rire étouffé, ce qui chez lui s'apparentait à un franc éclat de rire. Comme à chaque fois, Will ressentit une certaine fierté à réussir à le faire rire, à percer la carapace qu'il s'était construit au fil du temps. Depuis cet été et la fin de la guerre, il avait l'impression que Nico se laissait enfin l'opportunité de vivre, de ne plus regarder par-dessus son épaule au moindre bruit, de ne plus se fondre dans les ombres à la moindre peur. C'était un processus long, mais Will avait une qualité : il n'avait jamais manqué de patience. Et il aimait chaque jour un peu plus la personnalité de Nico qui se dessinait et s'affirmait. C'était comme voir une plante que tout le monde croyait morte fleurir à nouveau pour peu que le soleil daigne l'éclairer. JBABGRZLKNVAQLKBEA. CETTE PHRASE MARION. Poétique, symbolique, magnifiquement bien écrite ... ARGH *-* QUEL TALENT

Décidant d'ignorer le fait qu'il s'était lui-même comparé au soleil – Kayla se serait fait un plaisir de se moquer de lui – il ramassa les matelas et le gonfleur, puis se dirigea dans le salon. Lacy avait installé son lit de fortune sur le canapé et était déjà allongée sous une couverture mauve, un oreiller moelleux sous la tête.

- Ne me réveillez pas avant au moins midi, dit-elle en se blottissant un peu plus sous sa couette.

- J'aimerais dire la même chose si j'avais un lit, râla Lou Ellen.

Will lui lança le gonfleur et déposa les boîtes qui contenaient les matelas.

- Tout est là ! Annonça-t-il. Vous allez vous en sortir ?

- Hôte en carton, maugréa Connor, tu pourrais nous aider. Il sera occupé à bécoter Nico dans sa chambre hihi

- Le contrat de location est au nom de ma mère, répliqua-t-il. C'est elle qui l'a dit ! Donc je ne suis pas l'hôte et ma chambre m'attend.

- William...

- Bonne nuit, m'man !

Il lui claqua un baiser sur la joue et tourna les talons. Il n'avait même plus à se dresser sur la pointe des pieds pour le faire. Dans l'embrasure de la porte, elle lui lança :

- Et laisse ta porte ouverte, tu m'entends ? orzbgvmoabvabv

- Maman ! Se récria-t-il d'une voix soudain trop aigue.

- Bonne nuit, mon grand.

Elle lui adressa un sourire ironique et il soupira en fuyant le salon à toute vitesse.

Dans le hall, Nico l'attendait, adossé au mur. Il paraissait étrangement décalé ici, habillé tout en noir, son épée toujours à sa taille, entouré des photos de famille et des albums country de sa mère. Will aurait pu passer plusieurs secondes à regarder Nico dans ce décor. Au lieu de ça, et avant de passer pour un psychopathe, il se contenta d'indiquer le couloir et ils se dirigèrent tous les deux vers sa chambre. Pour tout avouer, il ne se souvenait même plus s'il l'avait rangé avant de partir et il pria intérieurement pour ne rien avoir laissé d'embarrassant.

Arrivés devant la porte, Will ne se laissa pas le temps d'hésiter et poussa le battant. Il s'effaça pour laisser Nico entrer en premier. Celui-ci fit quelques pas et s'arrêta au centre de la pièce, tournant sur lui-même pour tout englober du regard. Will l'imita. Heureusement, sa chambre était en ordre. En même temps, il n'avait pas beaucoup d'affaires ici. Sa vraie chambre était au Texas et les seules choses qu'il laissait aussi étaient celles qu'il n'avait pas la place de garder à la Colonie mais dont il pouvait quand même avoir besoin. Des livres de médecines et de fantasy s'entassaient sur sa bibliothèque, rangés par couleur Ce détail me tue, quel enfant d'Appolon soucieux de l'harmonie :lol: :lol: Pas de la logique, de l'harmonie. Sur son bureau, le petit cactus que sa tante lui avait offert à son dernier anniversaire faisait grise mine et sa pile de jeu vidéo gisaient à même le sol à côté de son dressing. Collé entre le mur sous la fenêtre, son lit était fait avec soin, mais Will rougit en constatant que c'était son couvre-lit Star Wars que sa mère avait remis.

Nico eut un rictus.

- C'est le film avec les vaisseaux spatiaux et les épées lumineuses ? Reconnut-il. RESPECTE STAR WARS

- Des sabres lasers, corrigea Will en bon geek qu'il était. Et je suis sûr que si tu pouvais avoir une couverture Mythomagic, t'en aurais une.

Pris au dépourvu, Nico rougit et nia avec un temps de retard :

- Non, dit-il.

- Non, répéta Will en exagérant d'une voix cassée.

- Tais-toi, Solace.

Il voulut le repousser, mais Will attrapa son avant-bras et l'attira contre lui. Nico tenta résister et jeta un coup d'œil nerveux vers la porte que Will avait pris soin de fermer malgré l'ordre de sa mère, puis il se détendit imperceptiblement. Il posa son menton contre son épaule et Will entoura ses bras autour de lui juste parce qu'il en avait envie. Le retour du couinement de chat.

- T'es pire qu'une pieuvre, marmonna Nico dans son cou.

- Je suis ta pieuvre, rétorqua-t-il, fier de lui. Oh mais c'est pas possible Marion. Je fonds mais c'est incroyables ce genre de réplique pleines de mignonneries mais Anna' je pense que tu as la plume parfaite pour écrire le Solangelo.

- Par les dieux, ça t'arrive de réfléchir avant de parler ?

Will rit. Après quelques secondes, il se résolut à se détacher de Nico et un bayement lui échappa.

- Je pense que tu as besoin de dormir, Will. Je pense aussi son cerveau disjoncte - et qu'est-ce que ça le rend drôle :lol: :lol: :lol:

- Toi aussi, protesta-t-il. Attends, laisse-moi te passer quelque chose. Je dois avoir...

Il laissa sa phrase en suspens en cherchant dans un tiroir et en sortit un sweat à lui, celui qu'il portait pour aller à son entraînement de tir à l'arc quand il ne restait pas encore à la Colonie à l'année. Jaune vif avec une capuche et le logo du club traversé d'une flèche, il devait encore lui aller à part au niveau des manches.

- Ah ah ! S'exclama-t-il en le brandissant fièrement. Tiens !

- Je ne porterai pas ça, affirma aussitôt Nico. Quelque chose d'autre que du noir? MAIS QUELLE HORRER

- Allez, Mort Junior, c'est juste pour dormir.

Nico le fusilla du regard.

- Qu'est-ce qu'on avait dit sur ce surnom ?

- Qu'on l'envoyait dans le Léthé et qu'on l'oubliait à jamais C'est beaaau, récita-t-il. Mais sérieux Nico, c'est pour une nuit. Personne ne te verra à part moi. Et comme ça fait longtemps que tout ton numéro de « fils d'Hadès sombre, dangereux et ténébreux » ne fait plus effet sur moi, aucun problème. Plus d'effet, hein? C'est pas ça qui le rend sexy à la base, Solace?

Il se contenta de lui arracher le sweat-shirt des mains en roulant des yeux. Amusé, Will pointa la minuscule salle de bain attenante et lui envoya par la même occasion un vieux pantalon de survêtement que Nico attrapa au vol. Dès qu'il disparut derrière la porte, Will attrapa un t-shirt blanc, le premier qui lui tomba sous la main, et un bas de pyjama qui lui arrivait maintenant au-dessus des chevilles. Il faudrait vraiment qu'il pense à ramener de nouveaux vêtements dans cet appartement. Il se changea en vitesse.

Epuisé, il se laissa tomber sur son lit et se glissa sous les couvertures côté mur en laissant simplement sa lampe de chevet allumée. Des petits R2D2 et C3P-O étaient dessinés sur l'abat-jour et il enfouit sa tête dans son oreiller, embarrassé par lui-même. Non mais je susi grave fier de toi Will. j'aurais été ta copine j'aurais été comme une gamine émerveillée devant cette lampe.

Heureusement, avant qu'il n'ait le temps de mourir de gêne, Nico ressortit de la salle de bain, la mine renfrognée. Will se retint d'éclater de rire. Le sweat-shirt engloutissait littéralement le corps mince de Nico et la couleur jaune détonait de façon frappante avec son teint pâle et ses cheveux noirs. Le jogging, quant à lui, lui tombait légèrement sur les hanches et laissait à peine voir ses pieds. JE MEURS MAIS LE LOOK c'est si improbable :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:

- Pas un mot, dit-il d'une voix ferme en tirant les manches du sweat sur ses doigts.

Il posa ses affaires et son épée près du bureau et Will le suivit du regard en se mordant la lèvre.

- Tu sais, ça te va plutôt bien, dit-il, incapable de se retenir.

- Will. Pas. Un. Mot.

- Désolé, désolé...

Un sourire accroché aux lèvres, impossible à réprimer, resta malgré tout en place sur son visage. Il se fit la réflexion que Nico devrait porter ses vêtement plus souvent. Pour essayer de se redonner contenance, il tapota le matelas et Nico hésita une seconde avant d'obtempérer. Avec précaution, il se glissa à son tour sous les couvertures mais veilla à rester le plus loin possible de Will.

- Tu vas tomber, imbécile, dit-il.

- Je suis très bien là, affirma Nico.

- Si tu bouges d'un centimètre, tu finis au sol. Non mais Will :lol: :lol: "Alleeez rapproche-toi de mooooi pourquoi t'es loin comme çaaaa"

Nico parut vouloir protester, mais il dut sentir le vide derrière lui et se décala en soupirant. Tous les deux sur le côté, face à face, ils échangèrent un long regard. Malgré la semi-obscurité, Will voyait bien que Nico était mal à l'aise. Son corps était tendu et il pinçait les lèvres comme s'il se concentrait fort sur quelque chose pour éviter de bouger. Ou de partir en courant. Will ressentit un élan de pitié pour lui et aussi un étrange mal de ventre. Il aurait voulu prendre Nico dans ses bras et lui faire oublier tout ce qui lui encombrait l'esprit.

- Eh, souffla-t-il. Je peux... Je peux dormir par terre si tu veux. On a juste à installer quelques couvertures, ça ne sera pas trop...

- Non, coupa Nico. Non ! Je...

Sa voix se réduisit jusqu'à s'éteindre et il sembla lutter contre lui-même, les sourcils froncés.

- Ce n'est pas grave, Nico... Vraiment...

- Non... C'est juste que... Ce n'est pas toi...

- Eh, tu n'as pas besoin de...

Mais il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Un éclat résolu brilla brusquement dans les yeux de Nico et il se rapprocha soudain, à tel point qu'ils se cognèrent presque l'un contre l'autre. Le souffle coupé, Will se figea mais laissa Nico faire. Il avait toujours l'air paniqué, comme s'il apprêtait à tirer l'ombre la plus proche pour disparaître dedans, et pourtant il resta où il était, déterminé.

- Je veux être avec toi... murmura-t-il si bas que Will n'aurait sûrement jamais entendu s'il n'avait pas été si proche de lui. Ce chapitre va avoir ma peau. J'alterne entre fou rire et couinement de chat. C'est insupportable que tu écrives si bien Marion.

Sa gorge se serra. Ce n'était pas la première fois, mais il se fit à nouveau la réflexion que Nico Di Angelo était sûrement le demi-dieu le plus courageux qu'il avait jamais rencontré Le plus puissant, le plus complexe, le plus sexy ... . Percy Jackson et Jason Grace pouvaient aller se faire voir avec leur héroïsme sur un champ de bataille. Exprimer ses sentiments et aller à l'encontre de toute une éducation dont les racines étaient l'Italie fasciste des années 30 ? Ça, c'était du véritable courage. WHA MAIS QUELLE PHRASE ! Genre c'est pas poétique mais c'est grave stylé et tellement vrai, genre ça met en exergue d'autres formes de courage, d'héroïsme, plus proche de celle de Will.

Avec l'impression que sa poitrine était comprimée, Will attrapa la main de Nico entre eux. Immédiatement, il le sentit s'accrocher à lui de toutes ses forces et il le laissa faire.

- Je sais, souffla-t-il doucement. Moi aussi. Et tout va bien, promis.

Nico hocha la tête. Ils restèrent ainsi de longues minutes jusqu'à ce que Will aient du mal à garder ses yeux ouverts. A moitié endormi, il sentit Nico se retourner dans un angle étrange pour éteindre la lumière. L'obscurité les enveloppa, reposante, et Will ne lâcha pas sa main.

**************************************

J'avoue je suis trop contente de ce chapitre et j'espère vraiment que vous l'aimerez autant que moi !

A dans deux semaines ^^

MAIS MASTERPIECE

Franchement il est magistral, je suis passée par tous les états. Les éclats de rire, les couinements de petits chat et je finis en grosse flaque de Perri sur mon lit.

Tout la complexité de la relation entre Will et Nico ... Franchement, le Solangelo était clairement fait pour toi, Marion. C'est à la fois tendu mais aussi tendre. On parlait de courage dans le dernier paragraphe et c'est vraiment ce dont Nico fait preuve en restant dans ce lit avec Will en sweat jaune : c'est contre intuitif, il a envie de s'échapper de la situation et pourtant il reste. Il accepte cette part de lui qui a envie d'être avec Will, d'être proche de Will tout comme Will accepte lui-même que cette part soit en conflit avec son éducation. Genre ils ont vraiment une très belle relation où ils s'aident l'un l'autre, se soutiennent l'un l'autre. C'est magnifique et c'est d'autant plus magnifique que c'est toi qui l'écris !
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Chapitre 9 : La lumière du soleil

Nico se réveilla, un cri dans la gorge. Pendant plusieurs secondes, il fut incapable de savoir où il se trouvait. Dans son esprit, les brumes de son rêve continuaient à tournoyer et il chercha à l'aveugle son épée, pris de panique. Ses doigts ne rencontrèrent qu'une masse informe sous les couvertures et il mit un moment à comprendre qu'il s'agissait de... Will. Il retira sa main comme s'il s'était brûlé, le souffle court. La brume commença à se dissiper.

A mesure qu'on son esprit s'éclairait, Nico sentit sa respiration revenir à la normale et il s'enfonça un peu plus dans son oreiller, le cœur battant. Déjà, les images du Tartare, l'odeur de soufre, la sensation d'étouffement de l'amphore, le souvenir des ténèbres du Labyrinthe s'éloignaient. Il n'était même plus capable de dire ce qui l'avait vraiment réveillé. Ses cauchemars mêlaient souvent plusieurs choses incohérentes et il n'était pas rare qu'il se retrouve à marcher dans le Labyrinthe, Minos à ses côtés, lui chuchotant des paroles à l'oreille, avant qu'il ne bascule soudain dans le Tartare sans raison. Plus rien n'avait de sens dès qu'il dormait.

Les premiers temps, juste après Gaïa, il n'arrivait presque plus à dormir. Il se réveillait plusieurs fois par nuit, incapable d'articuler un son, paralysé. Will avait été le premier à remarquer que quelque chose n'allait pas. Pendant les trois jours que Nico avait passé à l'infirmerie, il n'avait pas réussi à cacher sa fatigue et Will, toujours perspicace, avait deviné. Il avait alors mis en place un système de veille et de sommeil, même pendant la journée, pour que son corps ait le repos nécessaire. Quand il était de garde à l'infirmerie, peu importe l'heure, il essayait de rester le plus possible avec lui, tout simplement à parler ou à le veiller pour pouvoir le réveiller au moindre signe de détresse. La première fois, Nico lui avait presque donné un œil au beurre noir en lui envoyant son poing dans la figure, surpris. Will avait été plus prudent ensuite. Les semaines suivantes, alors qu'ils tournaient autour de leurs sentiments et que Nico était incapable de savoir vraiment ce qu'il ressentait pour lui, Will était resté à ses côtés. Tous les matins, il se glissait dans sa cabine en même temps que l'aurore et Nico, toujours réveillé, lui parlait de ses cauchemars. Ça n'avait pas été facile. Certains matins, il refusait net d'en parler et Will proposait une partie de Mario Kart à la place jusqu'au petit déjeuner. D'autres fois, il se contentait de lui tenir la main pendant que Nico mettait en mots les images terrifiantes qui l'avaient assailli toute la nuit. Etrangement, elles paraissaient toujours moins effrayantes racontées à la lueur du soleil avec Will à ses côtés.

Puis, ils avaient commencé à sortir ensemble et les cauchemars s'étaient espacés. Sans le réaliser, Nico avait commencé à aller mieux, à reprendre du poids. Ça ne voulait pas dire qu'il n'avait plus d'insomnies, mais elles étaient devenues plus rares. Il fallait croire que l'attaque d'hier, le poids de la quête, et la rencontre avec Mélinoé avaient réveillé ses souvenirs.

Nico soupira. Il tourna la tête et le radio-réveil lui renvoya ses chiffres fluorescents : 7h13. Beaucoup trop tôt à son goût, mais il s'étonna que Will soit encore endormi. Comme tous les enfants d'Apollon, il avait tendance à se lever avec le soleil. Ce qui était très agaçant quand Nico voulait faire la grasse matinée. L'ironie de la situation ne lui échappa pas et il grogna, frustré et fatigué. Ses yeux se portèrent sur Will mécaniquement.

Allongé sur son flanc gauche, bouche légèrement ouverte, Will dormait visiblement profondément. Utiliser se pouvoirs de guérison la veille avait dû le fatiguer plus qu'ils ne l'avaient tous cru. Ses cheveux blonds ondulaient sur l'oreiller et derrière ses oreilles. Il avait sérieusement besoin d'une coupe de cheveux. Dans la semi-pénombre, les faibles rayons du soleil que laissaient filtrer les rideaux éclairaient les quelques tâches de rousseur qui parsemaient son nez et ses pommettes. Nico ne l'aurait admis à personne et pour rien au monde, mais il avait passé beaucoup trop de temps à observer ces tâches de rousseurs. Gêné, il détourna vite le regard, comme si Will allait ouvrir les yeux et le surprendre.

Doucement, il se redressa en position assise et se rendit compte que sa gorge était sèche comme du papier de verre. Il déglutit. Pendant plusieurs secondes, il resta immobile, incapable de décider si ça valait la peine de se lever, puis il abdiqua. Repoussant la couverture, il balança ses jambes sur le côté en tentant de faire le moins de bruit possible. Will ne bougea pas. Sur la pointe des pieds, Nico traversa la chambre et enjamba la pile de DVD près de l'armoire. Le parquet était chaud sous ses pieds.

Dans le couloir, il essaya de se rappeler le chemin qui menait à la cuisine et ses souvenirs de la veille le guidèrent. Quand il passa devant le salon, il distingua la silhouette de Lacy blottie sur le canapé à travers la porte vitrée. Au sol, Connor et Lou Ellen avaient visiblement poussé leur matelas gonflable l'un contre l'autre et Nico retint un sourire en voyant le fils d'Hermès sur le dos, la bouche grande ouverte, endormi. Il aurait tout donné pour avoir un appareil photo sous la main. Travis aurait sûrement payé cher pour obtenir un cliché pareil.

- Déjà débout, mon grand ?

Nico fit un véritable bond.

- Oh mon dieu, désolée ! S'exclama Naomi Solace à voix basse. Je ne voulais pas te faire peur.

- Non, vous... Enfin, je...

Une main sur la poitrine, Nico se concentra sur les battements frénétiques de son cœur qui pulsait à coups sourds.

- Je ne pensais pas que vous étiez réveillée, se contenta-t-il de dire piteusement.

- Oui, j'ai eu du mal à dormir... Je me suis dit que je pouvais vous préparer un petit déjeuner.

- C'est gentil à vous, mais on ne veut pas...

- Vous ne me dérangez pas, affirma-t-elle avec un sourire. Crois-moi, j'ai l'habitude de rentrer dans une maison vide alors avoir Will et ses amis un peu avec moi, c'est un plaisir. (Elle baissa soudain les yeux et son sourire se fit plus amusé). Est-ce que c'est le sweat du club de tir à l'arc auquel j'emmenais Will ?

Horrifié, Nico baissa les yeux. Il portait toujours effectivement le sweat jaune criard de Will et son bas de jogging trop grand pour lui. Ses joues s'empourprèrent.

- Euh... Oui... Il me l'a prêté pour dormir.

- J'aimerais dire que ça te va bien, mais...

- Vous n'avez pas à mentir pour moi. C'est affreux. Je crois que Will l'a fait exprès.

Naomi éclata de rire. Elle avait un rire plus mélodieux que son fils.

- Désolée, dit-elle à nouveau en portant son main contre ses lèvres. Ça doit être son sens de l'humour, j'imagine. Je ne sais pas de qui il tient ça, mais sûrement pas de moi.

- Apollon est très certainement responsable, approuva Nico.

Sa tentative d'humour fit sourire encore un peu plus Naomi. Puis, elle parut se souvenir des autres qui dormaient encore et elle indiqua la cuisine sur sa droite.

- Viens, chuchota-t-elle, je vais te donner quelque chose à manger.

- Oh je n'ai pas vraiment...

Mais elle s'était déjà déplacée. Résigné, il la suivit en veillant à ne pas trébucher sur son stupide jogging. Alors qu'il s'asseyait à la table de la cuisine, légèrement mal à l'aise de se retrouver seul avec elle, Naomi se mit à fouiller dans son frigo presque vide.

- Je n'ai plus de jus d'orange... déplora-t-elle. Du jus de grenade peut-être ? J'en achète à l'épicerie au coin de la rue et...

- Non, déclina-t-il d'une voix sourde.

Elle lui jeta un coup d'œil surpris et il se râcla la gorge, embarrassé.

- Je veux dire, non merci... Je n'aime pas trop la grenade.

- Oh... d'accord. De l'eau ?

Il hocha la tête et se fustigea mentalement. Pourtant, à la simple idée du goût de la grenade, son estomac se contracta et il repensa aux pépins auxquels il s'était péniblement accroché dans l'amphore. Il ne pouvait plus voir ou manger de la grenade depuis.

Avec reconnaissance, il se saisit du verre d'eau que Naomi lui tendait. Sa main trembla à peine. Il l'avala d'une traite et immédiatement la brûlure sèche de sa gorge s'apaisa. Dès qu'il le reposa, la mère de Will le reprit pour le remplir à nouveau.

- Merci... souffla-t-il.

- Aucun problème. Je peux au moins t'offrir de l'eau, c'est la moindre des choses. J'avais pensé à faire des pancakes, mais je viens de me rendre compte que je n'ai plus de farine. Je pense qu'on va devoir se contenter à nouveau de cookies.

- Ils étaient très bons, la rassura Nico.

Elle sourit.

- C'est gentil, mon grand.

Un silence gênant et apaisant à la fois tomba sur eux. Nico voyait bien que Naomi était aussi peu à l'aise avec lui et que lui avec elle, même si elle faisait des efforts. Elle avait la même expression butée que son fils, cette même attitude de fausse nonchalance, et Nico se demanda si elle ressentait cela à cause de sa relation avec Will ou tout simplement parce qu'il était... lui. Après tout, il avait l'habitude que les gens se sentent mal à l'aise en sa présence. Personne n'aimait côtoyer la mort.

- Tu avais aussi du mal à dormir ? Demanda soudain Naomi, ses grands yeux bruns fixés sur lui.

Visiblement, Will tenaient ses prunelles bleues comme le ciel de son père.

- On peut dire ça... marmonna-t-il.

- Je sais que vous faites parfois des mauvais rêves. Will m'a expliqué.

- Oui, c'est vrai. Des visions souvent... Là, c'étaient plus des... des souvenirs.

- Des mauvais souvenirs ?

Nico détourna le regard. Il aurait aimé avoir sa bague en tête de mort pour jouer avec, mais il l'avait laissé sur la table de chevet de Will. Faute de mieux, il fit tourner son verre entre ses mains.

- Quelque chose comme ça, oui, admit-il.

- Je comprends, dit-elle. Je me suis inquiétée pour Will toute la nuit. Je ne suis pas bête, je sais que vous n'êtes pas juste en vacances dans le coin. C'est une quête, c'est ça ? Vous devez... faire ou trouver quelque chose ?

- Oui...

- Mais... les monstres ? Ce n'est pas comme à la Colonie, n'est-ce pas ?

Nico ressentit sa détresse. Il aurait aimé lui mentir, édulcorer la réalité, mais il n'avait jamais été doué pour ça.

- Non, ils peuvent nous sentir dans le monde extérieur. Mais on n'en a pas encore vu beaucoup. La guerre a été dure pour eux aussi. Et de toute façon, on a de quoi se défendre, ne vous inquiétez pas.

Naomi sourit tristement et se passa une main dans ses cheveux courts.

- Tu demandes l'impossible à une mère, Nico, dit-elle. La tienne te dirait sûrement la même chose.

Cette fois, il se figea. Violemment, l'image de Mélinoé prenant l'apparence de sa mère lui revint. Il pouvait presque entendre sa voix, son accent italien, sentir son parfum... Mais tout se brouillait, lointain, et il en aurait presque hurlé de frustration. Il se souvenait à peine d'elle. Il avait dû rester silencieux trop longtemps, ou faire une expression étrange, car les yeux de Naomi s'écarquillèrent soudain et elle parut affolée.

- Mon dieu, s'exclama-t-elle, je suis désolée ! Je... j'ai oublié, Will m'avait dit... On se voit très peu, j'ai dû mal à me souvenir de tout et...

- Ce n'est pas grave...

- Si, c'était indélicat de ma part... Je... Désolée, Nico.

Dans sa panique, elle ne semblait pas se rendre compte que son accent texan ressortait et il trouva presque étrange la prononciation de son prénom.

- Je vous jure, madame, ce n'est rien.

Il mit autant de ferveur qu'il pu dans sa voix. Naomi, bien que toujours agitée, se calma et elle hocha la tête. Elle ne le reprit même pas sur son « madame ». L'air mal à l'aise, elle se leva pour attraper un paquet de cookie dans le placard. Elle l'ouvrit avec tant de force que le papier se déchira sur toute la longueur et elle les déposa dans une assiette, exactement comme hier soir. Puis, elle plaça l'assiette devant eux et se rassit. Nico ne toucha à rien.

- Je crois que je suis un peu à cran, admit-elle finalement avec un rire nerveux. Je sais que tu comptes beaucoup pour Will...

En disant ça, elle lui jeta un coup d'œil en biais et Nico se retrouva sans savoir quoi répondre, pris au dépourvu. Les mots « il compte aussi pour moi » restèrent coincés dans sa gorge. « Compter » semblait faible par rapport à ce qu'il ressentait.

- Tu sais, j'ai conscience de trop m'inquiéter pour lui, reprit-elle en voyant qu'il restait muet. Mais je n'ai plus l'habitude de le savoir en danger. La Colonie m'avait apporté une tranquillité d'esprit. Ce n'était pas si dur quand il était petit, mais en grandissant les monstres se sont fait plus nombreux... La Colonie l'a sauvé.

- Elle a sauvé beaucoup d'entre nous, convint Nico.

Il ne s'était pas attendu à dire ça un jour, mais il réalisait maintenant que c'était vrai. Le fait qu'il ait survécu à dix ans, seul et perdu dans le monde extérieur sans entraînement, relevait du miracle. Formateur, mais miraculeux quand même. En tentant de s'imaginer Will dans la même situation, il frissonna. Will, éternel optimiste, qui mettait la santé des autres avant la sienne...

- Vous étiez au courant ? Demanda-t-il, soudain curieux.

- Que Will était un demi-dieu ?

Nico hocha la tête. Il savait que la nature semi divine de leur progéniture se révélait être une surprise pour certains parents qui tombaient des nues et trouvaient enfin une explication aux évènements étranges qui entouraient leurs enfants.

- Bien sûr que je le savais ! Répondit Naomi, presque amusée. Apollon ne s'est pas vraiment montré discret quand je l'ai rencontré.

Nico émit un rire étouffé.

- J'imagine bien...

- Tu l'as déjà vu ?

- Euh... Oui. Drôle d'histoire. C'est lui qui m'a emmené à la Colonie, le jour où j'ai appris pour... tout.

Il fit un geste vague de la main censé englober la mythologie grecque entière. Naomi haussa un sourcil et piocha un cookie.

- Un homme étonnant, non ? Dit-elle.

- J'ai surtout trouvé ses haiku agaçants pour être honnête, avoua-t-il.

Naomi roula des yeux.

- Ne m'en parle pas ! Si je dois réécouter un seul haiku sur ma beauté lumineuse, mon dieu. Dis-moi que Will fait mieux que son père !

Nico manqua d'avaler de travers. Il espéra de toutes ses forces ne pas avoir rougi et songea à Will, assis au pied de son lit dans le bungalow d'Hadès, le visage éclairé par la lueur de l'écran de la télévision sur laquelle ils jouaient à Mario Kart. Parfois, pour l'embêter, il lui sortait sans prévenir des répliques de films. Et il aimait les choisir dans les films romantiques idiots, ce qui ne manquait jamais de le déstabiliser et de le faire rougir.

- Euh, non. Pas de haïku, réussit-il à articuler.

- Bien. Au moins un point de son éducation que j'aurais réussi.

Elle fourra un autre cookie dans sa bouche, l'air plus détendu qu'il y a quelques minutes. Nico l'enviait.

- Tu sais, avant de rencontrer Apollon je ne voulais pas d'enfant, dit-elle, songeuse. J'essayais de percer dans la musique, ma carrière commençait à décoller et je vivais surtout la nuit. Je ne me voyais vraiment pas être mère. J'avais à peine 25 ans...

- Et il vous a fait changer d'avis ?

- Non, pas vraiment... Apollon est beaucoup de choses, mais je ne peux pas dire qu'il me soit apparu comme « le père responsable dont j'avais absolument besoin ». C'était plutôt l'inverse. Il m'encourageait à poursuivre mon rêve et à vivre de ma musique. Il me disait que j'avais du talent. Je n'arrivais pas y croire... Le dieu de la musique me disait ça à moi, une gamine paumée du Texas. Je n'avais aucune chance, je suis tombée amoureuse.

Le regard lointain, Naomi semblait perdue dans ses souvenirs et Nico observa le léger sourire nostalgique qui flottait sur ses lèvres. Il ne connaissait pas grand-chose à la musique, il ne savait pas si elle était vraiment douée. D'après Will, sa mère était surtout connue dans le monde de la country, elle avait un succès modeste mais une vraie reconnaissance du métier, ce qui lui convenait. Pourtant, même si elle n'était une star internationale, Nico savait une chose : Naomi Solace était une femme spéciale. Il le fallait pour attirer l'attention d'un dieu, surtout un dieu comme Apollon.

- Et Will est arrivé ? Devina-t-il.

- C'est ça. (Elle émit un rire étouffée, l'air encore incrédule après toutes ces années). Je n'étais pas sûre que ça soit possible, mais... voilà c'est arrivé. J'étais enceinte, pas mariée, musicienne. Mes parents ont manqué de faire un arrêt cardiaque je pense quand je leur ai annoncé.

Ça, Nico n'avait aucun mal à l'imaginer. Son passage dans le Léthé lui avait pratiquement fait oublier tout ce qui concernait son enfance, mais des brides lui revenaient parfois. Et il se souvenait des regards et des chuchotements qui suivaient sa mère, à Venise, quand elle les emmenait lui et Bianca sur le marché. Une femme non mariée avec deux enfants... ça avait fait jaser. Indifférente, sa mère marchait pourtant toujours la tête haute, le coin de la bouche relevé comme si elle riait intérieurement. Après tout, elle avait été choisie par le dieu des Enfers en personne. En comparaison, il imaginait que les rumeurs n'étaient pas grand-chose.

- Ma mère m'a dit que j'étais folle de garder le bébé, continua Naomi. Que j'allais me retrouver mère célibataire, qu'il ne resterait pas... Et moi... Oh j'étais naïve. Je pensais qu'il serait là pour moi et Will.

- Les dieux ne restent jamais longtemps, dit Nico. Parfois, c'est même pour le mieux.

- Je ne sais pas... Oui, j'imagine.

Elle secoua la tête et contempla la photo de Will accrochée sur le frigo. Nico suivit son regard. Il sentit un sourire fleurir sur son visage alors que le petit Will de six ans fronçait le nez en grimaçant face à la caméra.

- Retenir le soleil, souffla Naomi. Impossible. Comment j'ai pu croire... Quelle idiote.

Frustrée contre elle-même, elle secoua la tête. Nico ressentit un élan de pitié pour elle et pour tous les mortels qui avaient vécu la même chose. Pour toutes les Naomi Solace et les Sally Jackson, des femmes fortes et volontaires, assez brillantes pour être vues depuis l'Olympe. Il aurait voulu lui dire, s'il en avait eu le courage, qu'elle n'était pas stupide d'avoir cru aux paroles d'Apollon ni d'avoir voulu une vraie famille pour son fils. Que l'amour ne se contrôlait pas et qu'il en savait quelque chose. Que rien n'était plus douloureux, beau et brutal que l'amour. Cupidon le lui avait prouvé.

- Mais tu sais, je ne regrette rien, reprit soudain Naomi, l'air déterminé. Apollon n'est peut-être pas resté, mais il m'a donné Will. Je... Il ne pouvait pas faire plus. Moi qui croyait que j'étais incapable d'être mère... Mon dieu, mais je n'ai jamais aimé quelqu'un aussi fort de ma vie. Mon petit garçon...

Elle fixa intensément la photo de Will. Nico n'était même plus sûr qu'elle lui parle véritablement. A travers ses mots, il entendait surtout son inquiétude.

- Je vous promets que vous le reverrez, lança-t-il brusquement, sans savoir d'où lui venait cette absolue nécessité de la rassurer. Je vous promets de le ramener à la Colonie. On va réussir cette quête et rentrer sains et saufs. Tous.

Naomi se tourna vers lui, étonnée. Elle le dévisagea un long moment et Nico se demanda ce qu'elle voyait. Un garçon perdu avec un sweat jeune trop grand et ridicule ? Un garçon effrayant et étrange ? Il soutint son regard, le cœur battant. Et alors, elle fit quelque chose d'inattendu. Elle tendit le bras par-dessus la table et attrapa sa main dans la sienne. Les doigts glacés de Nico se refermèrent autour des siens mécaniquement.

- Je sais, dit-elle avec conviction. Je sais aussi que Will peut se débrouiller seul. Mais... je suis contente que tu sois à ses côtés. Vraiment.

Elle serra sa main pour ponctuer sa phrase et Nico eut soudain le sentiment qu'elle ne parlait pas seulement de la quête. Un poids qui pesait sur sa poitrine et dont il n'avait pas eu conscience sembla s'envoler.

- Merci... articula-t-il difficilement. Merci...

- C'est un plaisir, mon grand.

Avec une dernière pression, Naomi relâcha sa main. Presque en même temps, des bruits de pas se firent entendre derrière eux, et Nico se retourna sur sa chaise. Dans l'embrasure de la porte, Will les observait, l'air ensommeillé et heureux en même temps. Un sourire idiot jouait sur ses lèvres.

- Will, enfin debout !

- Désolé m'man... Je voulais t'aider, je pensais pas dormir si tard.

- Oh ne t'inquiète pas, il n'y a rien à faire. Je dois vraiment aller faire des courses, il n'y a plus rien ici.

- Je peux... commença-t-il.

- Non, je m'en occupe. J'en ai pour dix minutes en allant à l'épicier au coin de la rue. Ça vous laisse le temps de vous préparer et on reparle après, d'accord ? J'imagine que vous allez devoir repartir vite...

Le sourire de Will s'effaça.

- Sûrement vers midi maximum, oui...

Naomi soupira et son expression se fit plus sombre. Nico aurait aimé leur accorder plus de temps, leur dire qu'ils pouvaient rester plus longtemps, mais Hécate avait donné une date butoir et les heures filaient vite. Will avait raison : ils devraient partir avant le déjeuner.

- Je m'en doutais, admit-t-elle. Bon alors je vais y aller. Tu peux dire à tes amis qu'ils peuvent utiliser ma salle de bain aussi pour aller plus vite. Et donne un de mes t-shirt à Lou Ellen si elle veut, le sien est couvert de sang.

- D'accord...

- Et toi, Nico, je te dirais bien que tu peux garder ce sweat mais...

- Ça ira, dit-il précipitamment. Merci, madame Solace.

Naomi se contenta de rire. D'un pas léger, elle sortit de la cuisine et ébouriffa les cheveux de son fils au passage. Will fit mine de protester, mais Nico voyait bien qu'il n'y mettait pas de beaucoup de cœur.

- Désolé, dit-il en s'avançant vers lui dès que sa mère eu disparu. Elle est souvent un peu... trop. Oui, je crois que c'est le mot.

- Et moi qui pensait que tu tenais ton côté mélodramatique d'Apollon.

- Eh ! Je ne suis pas mélodramatique !

- C'est ça, Solace.

Nico eut un rictus et Will le repoussa, amusé. Il manqua de perdre l'équilibre, perché sur son tabouret de cuisine. Pour une fois, il faisait la même taille que Will et pouvait le regarder dans les yeux sans avoir à lever la tête, ni se mettre sur la pointe des pieds.

- Tu sais, ma mère a raison, dit Will en souriant avec moquerie. Tu peux garder le sweat si tu veux. Le jaune te va plutôt bien !

- Tais-toi.

- Non, mais vraiment ! Tu...

- Will, tu vois cette ombre, juste là ? Je vais disparaître dedans et tu ne me reverras jamais si tu termines ta phrase.

Will éclata de rire, puis prit une expression faussement sérieuse.

- Ca irait à l'encontre des ordres de ton médecin.

- Mon médecin est un idiot, répliqua Nico sans hésitation.

Cette fois, Will le repoussa plus vivement et il serait sans doute tombé à la renverse, surpris, si Will n'avait pas passé ses bras autour de lui en une seconde. Coincé entre son torse et la table de la cuisine, il tenta de garder une façade agacée. Le sourire en coin de Will lui fit bien comprendre qu'il échouait lamentablement. Son cœur s'emballa quand la main de Will vint se poser sur son genou pour l'aider à garder l'équilibre et il se redressa légèrement jusqu'à ce qu'ils soient face à face. Il était si proche de Will qu'il pouvait sentir la chaleur irradier de sa peau. Il avait déjà remarqué ce détail à plusieurs reprises et Will aimait bien plaisanter en disant que Nico le prenait pour son radiateur personnel, mais avoir le dieu du soleil en héritage avait ses avantages.

Irrépressiblement, ses yeux furent attirés par les lèvres de Will. Il aurait voulu combler la distance entre eux, mais il avait trop conscience du fait que Naomi pouvait revenir à tout moment, qu'elle pouvait les entendre depuis le hall... Son ventre se tordit avec appréhension et il se détesta. Il aurait aimé pouvoir embrasser Will sans réfléchir. Il aurait aimé pouvoir lui prendre la main sans vérifier qui se trouvait autour. Il aurait aimé arrêter d'avoir peur.

Une boule se glissa dans sa gorge. Il revit le sourire cruel de Mélinoé lorsqu'elle avait évoqué ses nouveaux fantômes et sa rencontre avec Cupidon. Au simple souvenir du dieu de l'amour, son cœur cogna encore plus douloureusement contre ses côtes, mais pour une raison totalement différente. L'écho de la sensation de honte qu'il avait ressenti ce jour-là raisonna en lui. Mécaniquement, son esprit fit s'enchaîner les visages : Jason, choqué et démuni ; Cupidon, implacable et puissant ; Mélinoé, glaçante et cruelle ; sa mère, douce et forte à la fois ; Bianca... Le souffle de Nico se bloqua. Il ferma les yeux de toutes ses forces.

- Nico ? Murmura soudain Will, sérieux.

La tension entre eux changea brusquement de nature et Nico se maudit intérieurement, incapable de calmer la panique qui l'envahissait. Will prit son visage en coupe entre ses mains.

- Eh, souffla-t-il. Eh, Nico, regarde-moi. Tout va bien.

- Désolé... Je...

Il avait l'impression de recommencer la scène de la veille quand ils avaient dû partager un lit et sa gorge se serra un peu plus. Il manqua de sursauter en entendant la porte d'entrée claquer, signe que Naomi venait de partir faire les courses.

- Respire, indiqua Will. Ça va aller, tout va bien.

- Will...

- Je comprends, ne t'inquiète pas. Tout va bien, répéta-t-il pour la troisième fois. C'est moi, je n'aurais pas dû...

- Non...

La faible protestation de Nico sonna comme un murmure. Pourtant, il aurait voulu se faire entendre. Will n'avait pas à se remettre en cause alors qu'il était clairement le problème ici.

- Je voudrais ne pas être comme ça, avoua-t-il, frustré.

Will fronça les sourcils. D'un coup, son expression se fit plus dure et il recula d'un pas.

- Comme ça quoi ? Lâcha-t-il d'un ton soudain plus cassant. Comme quelqu'un qui n'est pas normal parce qu'il aime les garçons ?

Ses mots mirent du temps à prendre sens dans l'esprit de Nico. Abasourdi, il écarquilla les yeux et sa voix retrouva sa puissance :

- Quoi ? Non ! Se récria-t-il. Will...

Il tendit le bras et l'attira à nouveau contre lui. Will se glissa entre ses genoux, la mâchoire contractée, et Nico déglutit.

- Je ne voulais pas dire ça dans ce sens-là, dit-il. C'est juste que... Je parlais de moi, de comment je n'arrive pas à... enfin tu sais... J'essaye mais...

Il avait horriblement conscience de ne pas arriver à exprimer ce qu'il ressentait. Les mots lui obstruaient la gorge et n'arrivaient pas à prendre forme. Sa frustration augmenta et il considéra vraiment un instant de se glisser dans l'ombre qu'il avait mentionné il y a quelques minutes. Fuir lui semblait terriblement tentant. Pourtant, comme toujours, Will comprit. Ses traits d'adoucirent et il vint prendre sa main dans la sienne, entremêlant leurs doigts ensemble.

- Oh Nico, souffla-t-il.

- Je suis désolé... répéta-t-il.

Apparemment, c'était la seule phrase qu'il arrivait à prononcer.

- Je vais devoir le redire combien de fois ? Dit Will avec un soupir exagéré. Tu n'as pas à l'être, Nico, par les dieux ! C'est plutôt moi qui devrait m'excuser, je te pousse alors que tu n'as pas envie de...

- Non...

C'était ça, le problème. Nico en avait envie. Il voulait laisser Will l'embrasser, mais son cerveau n'arrivait pas à se déconnecter lorsqu'ils n'étaient pas juste tous les deux, à l'abris du monde extérieur. Brusquement, une colère sourdre contre lui-même gronda au creux de son ventre. Il n'était pas effrayé d'affronter des dizaines de monstres sur un champ de bataille, ils n'étaient pas effrayés de descendre en Enfer... Ou du moins, il arrivait à surmonter sa peur dans ces moments-là. Il devrait être capable d'avoir le même état d'esprit avec Will.

- Ca prend juste du temps, c'est tout, le rassura Will. Ce n'est pas bien ou mal, c'est juste ce dont tu as besoin. Et je te le promets, je serai avec toi quoiqu'il arrive.

La colère fut remplacée par une vague de soulagement et Nico resserra sa prise autour de la main de Will.

- Merci... souffla-t-il.

Will roula des yeux et Nico fut à peu près sûr qu'il s'apprêtait à lui dire qu'il n'avait pas besoin de le remercier, mais il le coupa dans son élan. Ordonnant à son cerveau de se taire pour quelques secondes, il se pencha et déposa doucement ses lèvres contre celles de Will. Ce dernier émit un hoquet de surprise, mais lui rendit son baiser en une seconde. Ses lèvres étaient brûlantes contre les siennes et se mouvaient avec lenteur et avidité en même temps. Maintenant qu'il avait commencé, Nico n'eut pas la volonté de s'écarter et sa peur se réduisit à un murmure inaudible au fond de son esprit. Il attira un peu plus Will contre lui.

Sa poitrine était littéralement comprimée par ses émotions, mais la pression qu'il ressentait à cet instant était plaisante et n'avait plus rien à voir avec celle qui l'avait assailli il y a quelques secondes.

Will avait cet effet sur lui : il chassait les ombres aussi sûrement que les rayons du soleil.

*********************************

Encore une fois, je me suis éclatée à écrire ce chapitre et j'espère vraiment qu'il vous a plu !

Prochain post : chapitre 10 - lundi 31 mai
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Chapitre 10 - Avoir un plan

Lorsque Connor entrouvrit les yeux, il voulut les refermer aussitôt. La lumière du jour qui filtrait entre les rideaux du salon lui agressaient la rétine et il enfouit sa tête dans son oreiller en roulant sur lui-même. Son matelas gonflable émit un bruit de plastique grinçant qui acheva de chasser les dernières brides de sommeil en lui. Il grogna.

- Bonjour à toi aussi, la Belle au bois dormant, se moqua une voix chantante sur sa gauche.

Connor releva un œil de son oreiller.

- Laisse-moi tranquille, Lou. C'est cruel.

Assise sur son propre matelas à quelques centimètres du sien, Lou Ellen éclata de rire.

- Il est presque huit heures, tu sais.

- Bien trop tôt justement. Comment ça se fait que tu sois déjà debout ?

- J'ai entendu les autres parler, ça m'a réveillé, expliqua-t-elle.

La nuque raide à cause de son lit de fortune, Connor se redressa sur un coude. Il avait conscience que ses cheveux devaient partir dans tous les sens, mais il ne s'en préoccupa pas plus que ça. Lou Ellen l'avait vu dans des états pires qu'au réveil.

- Pourquoi tu n'es pas allée les rejoindre ?

- Parce que Will et Nico sont en train de se bécoter dans la cuisine et que je n'ai pas envie de voir ça, répondit-elle avec un sourire mi-amusé mi-grimaçant.

- Quoi ? Tu me fais marcher !

- Je te jure, j'ai voulu aller les rejoindre quand la mère de Will est partie faire des courses je crois, et je les ai vu. Je suis tout de suite revenue là, je ne veux pas traumatiser Nico. Je crois qu'il a déjà du mal avec... enfin, tu sais.

Elle fit un geste de la main censé englober la complexité de Nico Di Angelo et Connor haussa un sourcil.

- C'est Will qui t'a dit ça ?

- Non, même pas. Il n'aime pas beaucoup parler des problèmes de Nico avec Cecil et moi. Tu sais comment il est : secret médical et tout. Je pense que c'est surtout une question de ne pas trahir sa confiance, mais bon. (Elle se passa une main dans les cheveux pour repousser une mèche brune qui lui revenait dans le visage). J'ai bien remarqué qu'il n'est pas toujours à l'aise quand il y a du monde autour.

- En même temps, vous pouvez être intrusifs, se moqua Connor.

Lou Ellen porta la main à sa poitrine, faussement indignée.

- Nous ?

- Lou, ce n'est pas toi et Cecil qui les avaient suivis pendant leur premier rendez-vous ?

- Eh ! C'était pour nous assurer que Nico était quelqu'un de bien. On veillait juste sur Will ! Et Kayla et Austin étaient aussi avec nous. Et tu nous avais prêté tes jumelles, espèce d'hypocrite !

- Tu m'avais dit que c'était, je cite, « pour observer les oiseaux » !

- Oh Connor, ne me fais pas croire que tu m'as cru une seconde. Quels oiseaux ? Les harpies peut-être ?

Il lui concéda le point. En vérité, il avait toujours su ce qu'ils comptaient faire avec ses jumelles et il avouait qu'il avait été aussi curieux. A quoi pouvait bien ressembler un rendez-vous entre Nico-au-regard-noir-Di Angelo et Will-sourire-lumineux-Solace ? C'était comme voir deux forces contraires entrer en collision !

- Bon, donc on est coincés dans le salon en attendant qu'ils terminent de se déclarer leur amour éternel ? Résuma-t-il en retombant sur le dos, un bras jeté en travers de son visage.

- A peu près, oui, confirma Lou Ellen. Lacy dort encore au moins.

Connor jeta un œil vers le canapé. Sous la couverture, il devina la forme de Lacy roulée en boule. Ses cheveux blonds dépassaient légèrement.

- Elle pourrait dormir pendant le Blitz, commenta-t-il. Entre ça et hier dans la voiture !

- Elle doit surtout être épuisée, la pauvre. C'est déstabilisant comme première journée de quête. J'aurais tout donné pour être dans mon bungalow cette nuit !

- Oh non l'horreur, il fait flipper ton bungalow !

- Quoi ? N'importe quoi ! T'as vu notre plafond ?

Une image du plafond du bungalow 20 surgit dans son esprit et Connor dû reconnaître qu'il était impressionnant. Il ne savait pas exactement comment les Hécate avaient réussi, mais leur plafond changeait constamment de forme grâce à la Brume qu'ils manipulaient. Il n'y était entré que deux fois : la première fois, le plafond ressemblait à un ciel étoilé constellé de myriade de points lumineux, et la deuxième fois, des dizaines de chandelles flottaient dans l'air, comme s'il avait mis les pieds à Poudlard. Les Hécate avaient le sens de l'humour et il était à peu près sûr que l'idée venait de Lou elle-même.

- J'accorde que le plafond est génial, concéda-t-il. Mais c'est une horreur pour s'y repérer ! Le bungalow est littéralement plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur, on s'y perd en deux pas !

- T'es juste jaloux qu'on ait notre propre TARDIS.

- Evidemment ! C'est injuste !

Lou Ellen eut un sourire moqueur et fier à la fois.

- Et puis les torches partout, c'est idiot, bougonna-t-il.

- Pas plus que vos globes terrestres sur toutes les étagères, rétorqua-t-elle. Je sais qu'Hermès est le dieu des voyageurs, mais quand même.

- Je ne prends aucun conseil déco de la part de quelqu'un qui a un poster des One Direction au-dessus de son lit.

Immédiatement, le visage de Lou Ellen s'enflamma. Elle ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, prise de court, et Connor se tordit littéralement de rire sur son matelas.

- Comment... ? Balbutia-t-elle. Connor !

- Quoi ? Tu croyais vraiment que je regarderais pas ? Oh Lou, sois pas naïve. Et t'inquiète, j'aime bien Harry Styles moi aussi.

- Tais-toi. Espèce de crétin. J'ai toujours préféré Travis.

D'un coup sec contre son torse, elle le repoussa des deux mains et il retomba en arrière en riant. Il contempla Lou Ellen, les bras croisés sur sa poitrine, le nez en l'air comme si elle essayait d'ignorer sa présence. Il savait qu'elle n'était pas vraiment vexée. C'est ce qu'il aimait d'ailleurs chez elle. Ils avaient le même humour et il n'avait pas à se prendre la tête, ni à réfléchir constamment à ses paroles. Pas comme avec Drew ou Leah avec qui il devait surveiller le moindre de ses mots.

Il s'était d'ailleurs toujours dit que sa nature de fils d'Hermès était rentrée en conflit avec celle de Leah. En tant que fille d'Héphaïstos, elle lui était toujours apparue comme une constructrice : Leah créait et façonnait les métaux ou la matière pour construire des objets fascinants, des choses utiles et belles, mais surtout durables. Un jour, dans des dizaines d'années, d'autres demi-dieux pourraient retrouver ses créations dans l'armurerie. Elle laisserait une trace derrière elle. Lui-même ? C'était l'inverse. Connor se complaisait dans l'instabilité et dans le mouvement : dès que quelque chose durait un peu trop longtemps, il s'ennuyait et avait besoin de nouveaux horizons. Hermès n'était pas le dieu du voyage pour rien. Les vrais voyageurs voulaient explorer, même s'ils revenaient toujours à la maison. Et sa maison à lui était devenue la Colonie. Le fait que Travis veuille retourner à Denver lui avait paru un temps comme une trahison à cause de cela avant de comprendre que son frère était juste attaché à un autre aspect caractéristique d'Hermès : la famille. Et Connor, malgré sa colère, ne pouvait pas lutter contre ça car il ressentait la même chose. Maintenant, il devait juste trouver un équilibre entre ses deux familles : celle de sang et celle qu'il s'était créé. Travis lui aurait sûrement dit que ça s'appelait grandir et il en venait à détester ce mot.

Agacé contre lui-même, il tenta de chasser son frère de sa tête. Ce n'était pas le moment. Il se reconcentra sur Lou Ellen, toujours assise les bras croisés qui faisait semblant de lui faire la tête. Malgré leur deux ans de différence, sa relation avec Lou avait toujours été différente. Si Leah et lui avaient été trop différents, si Drew et lui avaient été trop explosifs ; Lou Ellen et lui formaient un duo qui fonctionnait. Quand elle était encore au bungalow d'Hermès avant d'être revendiquée, il la trouvait amusante et elle était toujours partante pour l'aider avec Travis quand ils préparaient un mauvais coup. Pendant un temps, il l'avait même soupçonné d'avoir le béguin pour lui et il s'en était amusé. Il avait aimé la voir rougir du haut de ses douze ans, mais n'avait jamais pris ça au sérieux.

- Allez Lou, je sais que tu m'aimes bien dans le fond, la taquina-t-il.

- Dans tes rêves. Je ne t'ai choisi pour cette quête que pour ton expérience de combat. Cecil était mon premier choix sinon.

- Bien sûr.

Elle roula des yeux en entendant le sarcasme dans sa voix. Lorsqu'elle décroisa finalement les bras, Connor remarqua la fleur de sang au niveau de son flanc droit. Il grimaça et désigna sa blessure :

- Tu le sens encore ?

- Quoi ? (Elle suivit son regard et baissa les yeux). Oh, ça... Non, non. Je te l'ai dit, Will a bien fait son boulot. Je ne sens plus rien.

- Tant mieux...

- Il faudra juste que je me change avant de repartir. Mon sac est resté dans la voiture.

- Tu peux utiliser la douche de ma mère et lui piquer un t-shirt, proposa soudain la voix de Will. C'est elle qui l'a dit.

Connor tourna la tête. Comme s'il savait qu'on parlait de lui, Will venait de rentrer dans le salon, Nico dans son sillage. Il ne put s'empêcher de remarquer leurs lèvres rouges et il retint d'exprimer son amusement par égard pour le fils d'Hadès. En revanche, rien n'aurait pu l'empêcher de se moquer de la chose la plus surprenante de ce début de matinée...

- Par les dieux, Di Angelo, qu'est-ce que tu portes ?

Lou Ellen fut prise d'un fou rire et ils s'écoulèrent littéralement l'un contre l'autre en avisant le sweat jaune qui engloutissait le corps de Nico. Même avec sa dyslexie, Connor arriva à déchiffrer les lettres blanches sur le devant : club de tir à l'arc de Austin.

- C'est bon, je vais me changer, déclara Nico avec humeur.

Et il repartit d'un pas furieux. Will leur adressa un regard sévère qui redoubla leur hilarité.

- Bon sang, Will, comment t'as fait pour lui faire porter ça ? S'exclama-t-il.

- Vous êtes impossibles, tous les deux !

- Qu'est-ce qui se passe ? Marmonna une voix ensommeillée.

Sur le canapé, Lacy venait d'être réveillée par leurs éclats de rire et Connor se calma doucement. Il mit encore quelques minutes à émerger alors que tout le monde s'agitait autour de lui. Lorsqu'il se leva enfin, il fut surpris de constater que son corps était reposé. Hier soir, il n'avait pas eu conscience de sa fatigue jusqu'à ce qu'il s'écroule contre son oreiller. Les pouvoirs de Mélinoé avaient été drainants. Au simple souvenir de sa présence dans son esprit, sa gorge s'assécha. La sensation de la déesse en lui avait été semblable à un poids, une force extérieure implacable et violente, qui se serait abattu sur son âme. Il n'avait peut-être jamais porté le ciel comme Percy ou Annabeth, mais s'il avait dû imaginer ce que ça faisait, il ne l'aurait pas fait autrement. A la différence que le ciel ne lisait pas dans les esprits.

Alors qu'il se glissait sous le jet d'eau brûlant de la douche – Will lui avait dit d'utiliser sa salle de bain – il tenta de bloquer le souvenir de la voix de Mélinoé, aussi cassante que caressante. Peine perdue. Le bruit de l'eau contre son corps et le carrelage de la douche ne parvint pas à étouffer celle de la déesse.

« Tu vas devoir un jour trouver une certaine stabilité si tu ne veux pas basculer ». Par les dieux, il commençait à en avoir marre de cette injonction. Sa mère, Travis, ses amis, Chiron, ses professeurs... Tous lui martelaient la même chose : il va falloir grandir. Et Connor essayait, vraiment. Il n'était pas naïf au point de croire qu'il pouvait rester le même petit garçon de onze ans qui faisait les quatre cent coups. Il n'avait pas traversé deux guerres sans changer. Il avait perdu des frères et des sœurs, connu des trahisons et des désillusions. Luke restait peut-être celle qui faisait le plus mal et c'était sans doute à partir de là que Travis et lui avaient pris des chemins différents. Si son frère avait fini par se tourner vers la famille et le familier, à savoir leur mère et Denver, lui avait eu envie d'autres choses. Il avait envie d'explorer le monde, de parcourir les routes. L'idée même de se rendre à la fac pendant plusieurs années au même endroit lui donnait un sentiment d'enfermement pathologique. Dans un coin de sa tête, il supposa que Travis et lui représentaient Hermès dans toute sa complexité. Ils en représentaient ces différentes facettes, ce qui les rapprochait et les éloignait. L'ingéniosité, la malice et la ruse, ils l'avaient tous les deux. Mais leur père était aussi à la fois le guide des voyageurs et le maître du foyer, le gardien des orateurs et le protecteur des inventeurs. Travis incarnait le premier versant : il revenait vers ses racines là où le feu de la maison brûlait toujours comme si Hestia elle-même se refusait à voir leur famille éclater et il avait ce don avec les mots qui ferait de lui un brillant étudiant en droit et un avocat encore plus redoutable. Connor, lui, savait qu'il était le pendant de son frère : il aimait inventer des choses et voulait découvrir les possibles au-delà de Denver, même si l'idée de quitter la Colonie lui faisait encore peur. Il se demanda si Marco Polo et les autres grands navigateurs avaient eu peur, eux aussi, avant de prendre le large. Peut-être qu'il commencerait ses voyages par la route. Juste pour se familiariser sa nouvelle vie. Il ne savait même pas où aller, mais ce n'était pas l'important. Il tenait sans doute plus de sa mère qu'il ne voulait bien l'admettre sur ce point et c'était peut-être ce qui expliquait leur relation conflictuelle. Holly Alatir était une femme d'aventures. Dans sa jeunesse, elle avait écumé les grands espaces armée de son sac à dos comme seul compagnon. Connor l'enviait pour ça. Il avait vu des photos de ses voyages où elle posait devant des paysages magnifiques, ses longs cheveux bruns éclairés par le soleil ou cachés par une capuche enneigée. Peu lui importait que son propre père, grand-père Owen, trouve qu'il était inapproprié et dangereux pour une jeune femme de voyager seule de façon si précaire ; elle avait vécu comme elle l'entendait. Jusqu'à sa rencontre avec Hermès. Le dieu du voyage en personne n'aurait pas pu passer à côté d'une mortelle comme Holly Alatir à la volonté de fer. Connor se demanda si elle l'avait déjà menacé d'une casserole, lui. Sans doute que oui. Ses parents n'étaient pas restés longtemps ensemble de toute façon. Pas de manière continue en tout cas. Ils s'étaient rencontrés au Mexique où Holly voyageait, puis elle s'était rendue compte qu'elle était enceinte de Travis à Cuba. Et même si elle ne l'avait jamais avoué, Connor savait qu'elle n'avait pas été prête. Petit, il ne comprenait pas. Maintenant, il la plaignait. Ça n'avait pas dû être facile de se voir imposer le rôle de mère quand tout ce qu'elle avait voulu avait été l'exact opposé : vivre sans contrainte. Pourtant, la naissance de son premier enfant avait rimé pour Holly Alatir avec une vie rangée. Elle ne pouvait pas se permettre de vivre au jour le jour avec un enfant à élever et était rentrée chez son père. Hermès était resté en filagramme de sa vie encore deux ans, le temps de lui faire un deuxième enfant, puis il avait fait ce que tous les dieux finissaient par faire : vivre leur immortalité qui dépassait de si loin la simple vie d'une petite famille de Denver. Elle s'était retrouvée clouée au sol. Et Connor savait bien que ça n'avait eu aucune incidence sur son amour pour eux. Leur mère les avait aimés à la seconde où elle les avait tenus contre son sein, elle le lui avait dit un soir dans un rare moment de vulnérabilité alors qu'il s'était fait raccompagner par la police à une heure du matin pour un vol stupide à la fermeture d'un cinéma. Epuisée, elle lui avait dit qu'elle l'aimait depuis qu'elle l'avait tenu dans ses bras, même si elle criait beaucoup. Et Connor s'était mis à pleurer. Il s'en souvenait avec une certaine honte, ce n'était pas son moment le plus glorieux, mais à l'époque cette déclaration avait été rassurante pour le jeune adolescent qu'il était, soucieux de ne pas perdre sa mère. Il supposait que la Colonie avait été une bouffée d'air frais pour elle. Ils étaient enfin en sécurité dans un cadre plus ou moins responsable et elle avait été déchargée d'un poids le temps qu'ils mûrissent. Le retour de Travis le prouvait, tout comme l'intégration d'Alice et de Camille dans leur famille. Parce que même si Holly Alatir n'avait pas été prête à être mère, elle jouait désormais ce rôle avec tout le courage et l'amour qu'il demandait. Ça ne l'empêchait pas de menacer ses fils de coups de casserole de temps en temps, ni de hausser la voix, ni de se disputer encore avec son père dans un engrenage de cris inébranlable, mais Connor voulait croire qu'elle était heureuse. Si le voyage avait été pour elle une fuite en avant à l'époque, il l'était aussi pour lui aujourd'hui. Finalement, il tenait peut-être autant de sa mère que de son père.

Au fond de son cerveau, une image lui revint : un vieux tableau représentant Hermès à la croisée de chemins. Il se souvenait encore de la voix profonde de Chiron qui lui expliquait que Hermès avait de multiples facettes dont celle d'être le dieu des routes et carrefours qui conduisait parfois les âmes vers les Enfers. L'ironie de la comparaison avec Hécate ne lui échappa pas et il laissa échapper un léger rire, tout seul sous sa douche. Pas étonnant qu'il se sente proche de Lou Ellen parfois.

Réalisant soudain qu'il pensait à son amie maintenant, il se sentit rougir et éteignit le jet d'eau avec un peu de force avant de sortir de la douche en manquant de déraper sur le sol mouillé. Il était en train d'enfiler son pantalon lorsqu'on tambourina soudain à la porte :

- Connor ! Fit la voix de Will derrière le battant. Ramène-toi, vite ! Réunion d'urgence !

- Un monstre ?

- Non ! Un message Iris ! La connexion est instable, elle ne durera pas ! Dépêche-toi !

Connor jura dans sa barbe.

- J'arrive ! Cria-t-il.

En équilibre hasardeux, il enfila une chaussette en essayant de se recoiffer devant le miroir et manqua de se manger le coin du lavabo en pleine face. Il jura de plus belle et espéra que Lacy n'était pas à portée d'oreilles ou Chiron allait le maudire pour perversion de la jeunesse.

Enfin habillé et à peu près présentable, il sortit de la salle de bain et s'arrêta une seconde dans le couloir sans savoir où aller avant que les voix des autres ne lui parviennent depuis le salon. Quand il passa dans l'entrée, il remarqua Naomi Solace en train de ranger ses courses et il faillit lui demander si elle voulait de l'aide, mais l'éclat arc-en-ciel à la périphérie de sa vision lui fit perdre le fil de sa pensée.

Il entra dans le salon. Lacy, Nico, Will et Lou Ellen étaient regroupés les uns contre les autres devant un message-Iris vacillant, sourcils froncés. La fille d'Hécate était en train de reformer de la brume à la base de l'arc-en-ciel pour lui donner de la consistance, mouvant ses mains dans des gestes fluides et fascinants.

- Quelque chose bloque, maugréa-t-elle. C'est de pire en pire depuis des semaines !

- ... entendez... Will... on... dit une voix hachée.

- On vous entend mal Austin ! Répondit Will en criant à moitié. Répète !

Connor s'approcha. Dans l'arc-en-ciel, il distingua deux silhouettes : celle imposante de Austin, sa peau noire et ses tresses collées aux motifs alambiqués reconnaissables, et celle plus frêle de Kayla avec ses cheveux roux aux pointes vertes coupés au niveau du menton. Le frère et la sœur de Will sourirent dès qu'ils le virent.

- Hey Connor ! S'exclama Austin. Salut, mon vieux !

- Je ne suis pas vieux, respecte tes aînés ! Rétorqua-t-il.

- Pardon, ô vénérable ancêtre.

Connor roula des yeux, sourire aux lèvres. Il s'assit avec les autres en se perchant sur le dossier du canapé, faute de place, et se pencha, les coudes sur les genoux. L'arc-en-ciel se stabilisa une seconde et il parvint à reconnaître l'intérieur de la Grande Maison.

- Alors ? Lança-t-il. Comment ça se passe à la Colonie ?

- Plutôt bien ! L'infirmerie est toujours debout, Will, promis ! Jura Kayla en faisant un salut scout.

Will ne parut pas excessivement rassuré.

- Vous vous en sortez ? S'assura-t-il. Il y a eu beaucoup de blessés ou d'incidents ? Et il reste des bandages ? Vous avez bien reçu la commande de désinfectant que j'avais passé avant de partir... ?

- Will, on n'était pas là pour parler de ça, lui rappela Nico avec fermeté.

- Désolé... Oui, oui, c'est vrai. (Il se passa une main sur le visage et repoussa ses boucles blondes de son front). Vous avez eu mon message de ce matin ? Le mail que j'ai envoyé avec l'ordinateur de ma mère en cinq minutes ? Je n'ai pas eu trop le temps de détailler pour ne pas attirer de monstre, mais je me suis dit ça suffirait...

- C'était un peu liminaire, mais on a eu l'idée, confirma Austin. Terre des magiciennes qui a vu s'octroyer la protection d'Hécate... On a fait des recherches ! Bon, on n'est pas Annabeth, mais on sait encore ouvrir un livre. Et Kayla avait gardé ses notes des cours de Chiron.

Comme preuve, Kayla agita des fiches stabilotées sous leur yeux. Les couleurs de l'arc en ciel rendaient le tout multicolore, comme si une licorne avait vomi sur ses cours, mais Connor nota l'effort. Il n'était pas sûr d'avoir pris lui-même la moindre note pendant les cours de Chiron.

- Et alors ? Pressa Nico, sa jambe tressautant. Vous avez trouvé des informations ?

- Plusieurs terres ont été revendiquées par les magiciennes, c'est assez compliqué, expliqua Kayla. Aux Etats-Unis, la plus connue est sûrement Salem. Les procès et l'exécution de plusieurs filles d'Hécate en font un symbole fort.

- Alors on doit aller à Salem ? Vous pensez que c'est là que sont les torches ? Dit Lou Ellen.

- C'est une possibilité, mais pas la seule. Si on regarde au-delà des Etats-Unis, plein d'autres lieux sont associés à la magie ! La forêt de Brocéliande, un endroit dans les montagnes écossaises qui semble revenir dans les histoires, Stonehenge...

- Mais... C'est en Europe... intervint Lacy, incertaine.

- Précisément, confirma Austin. Les Etats-Unis sont la sphère d'influence primaire des dieux en ce moment. Ce n'est peut-être pas étonnant que les voleurs soient partis se cacher ailleurs pour éviter d'être retrouvés. (Il leva le doigt, comme un professeur en plein exposé). Et à ce propos, on a une autre hypothèse. Will, tu disais dans ton mail que tu pensais à Médée, mais qu'elle n'était pas seule et que Mélinoé vous avait parlé de « magiciennes » au pluriel c'est ça ?

- Oui, c'est ça.

- On y a réfléchi ! Médée est sûrement la magicienne la puissante de la mythologie. Elle a réussi à devenir prêtresse d'Hécate et à obtenir sa bénédiction, ce qui n'est pas rien. Apparemment, elle avait réussi à revenir sur Terre pendant la guerre grâce à Gaïa en passant par les portes de la mort ouvertes et personne ne l'a vu depuis que Piper, Jason et Léo l'ont affronté en début d'année.

- Ils l'ont affronté ? Répéta Nico.

- Oui, apparemment. C'était dans le rapport de quête, dit Kayla en montrant un gros classeur. Mais c'est Léo qui s'était chargé de faire le compte-rendu et disons que la précision n'est pas vraiment son fort. Ni l'écriture d'ailleurs, j'ai mal à la tête ! Bref, tout ça pour dire que Médée aurait toutes les raisons du monde de vouloir se venger de Hécate : elle était censée être sous sa protection, mais on ne peut pas dire que ça l'est vraiment aidé. Elle s'est retrouvée chassée de chez elle, elle est tombée amoureuse de Jason – le premier, pas le nôtre, ah ça serait glauque – et s'est fait abandonner et trahie. Une histoire bien tragique quoi. Ça ne serait pas étonnant qu'elle veuille se détacher du pouvoir d'Hécate en lui volant ses torches pour devenir encore plus puissante.

- Attends attends... On tient quelque chose, non ? Intervint Connor. Tu as dit un truc, là ! Ah !

Le visage vacillant de Kayla se fit hésitant. Connor tapa contre son genoux, frustré. Il avait l'impression qu'il loupait quelque chose.

- Peut-être que... commença Lacy. Non, rien...

- Non, vas-y ! L'encouragea Will. A quoi tu penses ?

- Je ne suis pas sûre...

- Je ne sais pas si tu t'en es rendue compte, dit Lou Ellen, mais on n'est jamais sûrs de rien nous non plus. On fait juste semblant.

Lacy sourit, timide et amusée. Connor lui adressa un mouvement de tête encourageant et elle s'adressa à nouveau à Kayla et Austin :

- Vous avez dit que Médée s'était faite chassée de chez elle, non ? Et je crois me souvenir que Chiron avait dit pendant ses cours que Médée venait d'un endroit associé à la magie... La Colchide.

- Et c'est pour ça que tu es plus qu'un joli visage, miss Brown ! S'exclama Connor avec enthousiasme. Quelle mémoire !

- Elle ne séchait peut-être pas juste les cours, elle, pointa Will en souriant.

- Aucun rapport.

Will se contenta de rouler les yeux. Dans l'arc-en-ciel, Kayla faisait voler ses fiches autour d'elle en les faisant défiler à toute vitesse. Elle manqua d'éborgner Austin qui se décala à la dernière seconde.

- Ah ah ! Se récria-t-elle. Trouvé ! La Colchide ! « Selon la mythologie grecque, la Colchide est le royaume d'Éétès, de Circé et de Médée et la destination des Argonautes, ou encore le pays des Amazones ». Bla bla bla... (Ses yeux se mouvaient à une vitesse éclair le long de la page). « L'altérité première de Médée, avant même qu'elle ne commette ses crimes, découle de son statut d'éternelle étrangère. Originaire de Colchide, pays lointain et mystérieux situé hors des frontières connues du monde méditerranéen, Médée est la femme barbare, la femme sorcière. Etrangère et étrange. La Colchide, par son emplacement géographique indéterminé mais lointain, ne peut être atteint que grâce à un navire exceptionnel, l'Argo, et un équipage constitué des meilleurs hommes de Grèce dont le héros Jason. Que cela soit chez Sénèque ou Euripide, le pays de Médée est désigné comme profondément hostile et barbare »*.

Connor ne put s'empêcher de grimacer.

- Profondément sympathique donc... commenta-t-il. On est sûrs qu'on doit aller là-bas ?

- Je crois que le texte confirme notre supposition, dit Nico, pensif. La Colchide représente bien une terre de magie... Et ça ne serait pas étonnant que Circé soit dans le coup puisqu'elle vient de là-bas aussi. C'est sa tante après tout. Et elle a toutes les raisons d'en vouloir aussi à Hécate si elle considère qu'elle ne les a pas aidées et qu'elle s'est rangée du côté des Dieux contre Gaïa pendant la guerre.

- Magnifique, deux des magiciennes les plus puissantes ! C'est qui la troisième ? Hermione Granger ?

A côté de lui, Lou Ellen pouffa mais essaya de couvrir son hilarité en quinte de toux. Il lui adressa un sourire malicieux.

- Qui ça ? Fit Nico, sourcils froncés.

- Par les dieux, dès qu'on rentre on se fait un marathon Harry Potter ! Décréta Will, l'air consterné. Livres et films !

Un air de compréhension traversa le visage de Nico.

- Oh... L'histoire du sorcier à lunettes là ?

- Blasphème, murmura Lou Ellen. Je vais faire comme si je n'avais rien entendu. Continuez, ajouta-t-elle en direction de Kayla et Austin.

Les deux regardaient l'échange avec amusement. Pendant une brève seconde, l'arc-en-ciel vacilla et ils disparurent avant que la connexion ne se rétablisse. Elle ne tiendrait visiblement plus longtemps et c'était même étonnant qu'elle se soit maintenue jusqu'ici.

- On ne peut être sûrs de rien, reprit Austin, mais je pense que la Colchide est une bonne voie. Reste à savoir comment est-ce que vous allez y arriver... Est-ce que vous avez même le droit ?

- Il faudrait demander à Chiron... dit Will. Techniquement, les terres anciennes sont interdites, mais c'était avant Gaïa...

Sans se concerter mais d'un accord parfait, tout le monde glissa un regard vers Nico en tentant d'être subtil. Connor n'osait pas formuler la question qui occupait sans doute leur esprit, mais il semblait logique de se tourner vers le fils d'Hadès pour ce genre de détail réglementaire. Après tout, il était le seul à s'être rendu en Europe cet été avec les Sept Héros de l'Olympe. A quel prix... souffla justement une petite voix dans son esprit. Il n'avait pas besoin de voir Nico se tendre pour comprendre que les terres anciennes l'avaient davantage marqué que n'auraient jamais pu le faire les Etats-Unis en matière de quête. Il se souvenait encore des leçons de Chiron, planisphère déployé devant la classe, qui leur expliquait les dangers qui agitaient ces terres de légendes et de mythes.

- Techniquement, c'est bien interdit, confirma Nico. La guerre contre Gaïa et la prophétie des Sept étaient des circonstances d'exception. Après...

Il se tourna vers lui et Connor comprit en un quart de secondes ce qu'il proposait, sûrement parce qu'il avait l'habitude de briser les règles depuis l'enfance.

- Chiron n'est pas obligé d'être au courant, compléta-t-il. C'est ce que tu es en train de dire ?

- On ne va pas lui mentir ! Protesta Lacy, l'air catastrophé.

- Ce n'est pas mentir, nuança Nico. Juste... ne pas le tenir au courant.

- J'appelle ça une morale douteuse, intervint Will.

Comme un défi, il soutint le regard de Nico et les deux parurent avoir une bataille silencieuse. Connor frissonna. Il ne savait honnêtement pas comment Will faisait pour ne pas se dérober face à l'intensité des yeux noirs – métaphoriquement et littéralement – de Nico. Pour briser la tension, il toussa pour attirer l'attention.

- Bon, il n'y a pas trente-six solutions, déclara-t-il. On vote ? Qui veut demander son avis à Chiron au risque de se prendre un refus et de subir les conséquences de la perte des torches ?

- Je reformule, corrigea Will, qui veut demander l'avis expérimenté de Chiron pour ne pas partir à l'aveugle et prendre des risques inutiles ?

Il leva la main. Lacy l'imita, suivi de Austin dans l'arc-en-ciel. Connor haussa un sourcil.

- Mec ! S'exclama-t-il.

- Désolé... je savais pas si on pouvait voter alors...

- Peu importe, soupira-t-il. Qui est pour partir en Colchide ?

Cette fois, il leva la main avec Nico et Kayla. D'un bloc, tout le monde se tourna vers Lou Ellen qui, Connor le réalisait, était restée étonnement silencieuse jusqu'ici. Gênée de l'attention générale, elle se mordit la lèvre et joua avec une de ses mèches ébène. La lueur du message-Iris jetaient des reflets multicolores sur sa peau pâle et son collier en forme de triple croissant de lune.

- Lou ? Pressa-t-il. C'est ta quête. Tu décides. On fera comme tu voudras.

- Il a raison, renchérit Will. Qu'est-ce que tu préfères ?

L'hésitation qui émanait d'elle était palpable et Connor ne pouvait pas vraiment la blâmer. Il n'aurait pas aimé être sa place. Être au cœur des décisions, pourquoi pas. Il aimait fonctionner en équipe, confronter les points de vue, endosser un rôle important. C'était ce qui lui avait plu dans le fait d'être co-Conseiller-en-Chef avec Travis pour les Hermès. En revanche, être un leader qui devait prendre des décisions difficiles en solitaire était une autre affaire et il n'aurait pas aimé se retrouver à la place de Lou Ellen.

Cette dernière inspira profondément, puis une lueur déterminée brilla dans ses yeux verts. Connor sut ce qu'elle allait dire avant même qu'elle ne l'annonce. Il aurait reconnu cet éclat n'importe où et n'importe quand : c'était celui qu'il avait décelé en Lou Ellen lorsqu'elle était arrivée au bungalow d'Hermès. D'une certaine façon, ils se ressemblaient lui et elle. Ils aimaient évoluer à la frontière de l'autorité et de l'interdit, libres.

- On va en Colchide, décida-t-elle. J'ai toujours voulu voir l'Europe !

- C'est un plan !

Et ils se tapèrent dans la main.

*************************************

Franchement, j'aime tellement écrire cette fanfic, je m'éclate ^^ Petite précision sur ce chapitre : merci à Perri pour son aide et brainstorming sur Connor, notamment pour le long paragraphe concernant sa famille. Et ensuite, la "leçon" sur la Colchide citée par Kayla est en réalité tiré d'un de mes devoirs de fac haha! J'avais rédigé tout un dossier de littérature comparatiste sur le personnage de Médée à travers les siècles et ce passage vient de mon introduction (j'en étais très fière de ce devoir haha!).

Voilà ! Prochain chapitre : lundi 14 juin !

Merci encore à tous !!
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Je sais que je ne mets pas de citation d'habitude pour cette fanfiction, mais ce chapitre peut en appeler deux donc les voici ! Bonne lecture !

*****************


"Tu seras viril mon kid, tu tiendras dans tes mains l'héritage iconique d'Apollon / Et comme tous les garçons, tu courras de ballons en champion / Et deviendras mon petit héros historique".

- Eddy de Pretto, Kid -

"Tu seras jolie ma fille, ta silhouette, sa minceur, l'esthétique / Les figures imposées, les diktats le verdict / Il faut être belle pour se faire aimer".

- Barbara Pravi, Kid réécriture -


Chapitre 11 : A cœur ouvert

Tant bien que mal, Will essaya de cacher sa déception et son inquiétude quant à la décision de Lou Ellen. Dès que l’arc-en-ciel s’était dissout, emportant les images tremblantes de Kayla et Austin, tout le monde s’était mis à s’activer et il n’avait pas pu faire autrement que suivre le mouvement.

Pour se donner l’illusion d’être utile alors que Nico, Connor et Lou Ellen discutaient stratégie, il rangea les matelas gonflable avec Lacy. La fille d’Aphrodite avait abandonné son pull rose pour un haut blanc au logo du groupe Guns N’Roses qui lui donnait un air plus rock. Alors qu’elle repliait la couverture violette avec laquelle elle avait dormi cette nuit, Will se décida à rompre le silence :

- Ca a été sur le canapé ? T’as pu réussir à t’endormir ?

- Oh je crois que j’aurais pu m’endormir par terre, le rassura-t-elle. J’étais fatiguée…

- Oui, moi aussi… dit-il. Je pense que le « test » de Mélinoé dans nos têtes était plus épuisant qu’on le croyait.

Lacy tressaillit.

- C’était vraiment étrange, marmonna-t-elle. Quand elle m’a enveloppé dans la fumée, c’est comme si… le reste de la grotte avait disparu et qu’on était juste toutes les deux. Du coup, elle connaissait toute vie et je ne pouvais pas m’échapper…

- Oui, je comprends, j’ai ressenti ça aussi, avoua-t-il.

Il se rappela soudain la sensation d’étouffement, presque comme s’il était emprisonné, alors que la fumée s’était enroulée autour de lui en même temps que l’emprise de Mélinoé. Il pouvait presque encore sentir le souffle de la déesse au creux de son oreille tandis que les silhouettes de Lee Fletcher et Michael Yew se dressaient devant lui, impassibles et inchangées, figées par la mort. C’était une réalité difficile à appréhender : Lee et Michael avaient tous les deux été ses grands frères, ses conseillers en chefs, ses modèles. Ils lui avaient paru tellement plus âgés que lui, plus mûrs et plus sages. Aujourd’hui, Will se trouvait ridicule. Il avait l’âge de Michael quand il était mort et seulement un de moins que Lee… Et par les dieux, il n’avait pas l’impression d’être ni mûr ni sage.

La poitrine comprimée par le souvenir de ses frères, il secoua la tête et se reconcentra sur Lacy. Il se souvint de ce qu’il avait entendu Mélinoé lui dire derrière le mur de fumée.

- Elle a parlé de tes grands-parents, c’est ça ?

Tendue, Lacy crispa ses mains autour de la couverture contre elle et Will crut un instant qu’il avait été trop loin, mais elle répondit avant qu’il n’ait pu s’excuser :

- J’ai vécu avec eux depuis que je suis petite, raconta-t-elle. Mon père est revenu vivre chez eux après que ma… enfin après qu’Aphrodite l’ait quitté. Il ne s’en remettait pas, il en a même perdu son travail. Alors mes grands-parents l’ont aidé et ils ont décidé de m’élever. (Elle battit des paupières et des perles de larmes s’accrochèrent à ses cils). Ils sont morts il y a deux ans, quelques jours après mon dixième anniversaire… Un accident de voiture.

- Je suis désolé…

Lacy déglutit. Les yeux baissés, elle empila les couvertures ensemble et sa voix se mit soudain à trembler et à dérailler :

- Je… je venais d’arriver à la Colonie. Mon père était tellement paumé qu’il n’a pas réussi à me joindre tout de suite et j’ai appris la nouvelle une semaine plus tard… Je n’ai même pas pu me rendre à l’enterrement…

- Oh Lacy…

Sans hésiter, il tendit un bras vers elle et elle se laissa faire. Un sanglot s’étouffa dans sa gorge. Will, qui n’avait jamais eu de problème à être tactile, referma mécaniquement ses bras autour d’elle. Il aurait aimé pouvoir faire disparaître sa peine aussi facilement qu’il le faisait lorsqu’il s’agissait d’une blessure physique, mais il savait que la douleur de Lacy était bien plus profonde. Et il ne pouvait pas lutter contre ça…

De l’autre côté de la pièce, Lou Ellen, Connor et Nico avaient relevé la tête en entendant les pleurs de Lacy. Ils lui jetèrent un regard perplexe et inquiet à la fois et Nico amorça même un mouvement pour se lever, mais Will l’arrêta en secouant la tête discrètement. Il ne voulait pas que Lacy se sente soudain acculée par tout le monde.

- Viens, souffla-t-il. Je vais te donner un verre d’eau, on va discuter.

Sans la lâcher, il l’entraîna vers la cuisine et referma la porte du salon pour faire bonne mesure. Lacy s’assit sur un tabouret de cuisine, le même que celui de Nico plus tôt ce matin, et Will se demanda combien de crises il allait devoir gérer aujourd’hui. Mais après tout, ça ne le dérangeait pas. Il était presque même habitué. Il ne savait pas si c’était parce qu’il renvoyait l’image d’un « gars cool et sans pression » comme lui avait un jour dit Kayla, mais les pensionnaires de la Colonie avaient souvent tendance à se confier à lui lors de passages à l’infirmerie. Il supposait qu’il était un peu devenu une figure quotidienne pour eux : celui qui soignait, guérissait, écoutait, donnait des conseils. Et il était heureux de pouvoir reprendre ce rôle pour Lacy, même pendant leur quête.

- Là, respire un grand coup, intima-t-il en lui tendant un verre d’eau.

- Merci…

Elle le porta à ses lèvres, mais n’en but qu’une petite gorgée. Il ne réalisa qu’elle avait mis du crayon qu’en voyant les légères traces noires sur ses joues, comme si sa tristesse s’était extériorisée et avait littéralement marqué sa peau.

- Désolée, murmura-t-elle, je ne sais pas ce qui m’a pris.

- Eh, tu n’as pas à être désolée. Mélinoé a été dure avec tout le monde, c’est normal que tu sois perturbée.

- Tu parles… (Elle laissa échapper un rire sans joie et cynique qui ne lui allait pas du tout). Les autres n’ont pas pleuré. Toi non plus. Il n’y a que moi…

- Chacun gère à sa manière, Lacy. Tu as vu tes grands-parents et ils te manquent. C’est parfaitement normal que tu…

- Nico a vu sa mère, protesta-t-elle, le regard résolument baissé. Il n’a pas pleuré.

- En toute honnêteté, Lacy, je ne crois pas que Nico soit le meilleur modèle quand il s’agit de sentiments. (Il sourit et ajouta d’un air conspirateur). Mais ne lui dit pas que j’ai dit ça, il fait des progrès.

Lacy sourit en retour, amusée une seconde, avant de reprendre son expression plus sérieuse.

- Mais Mélinoé a fait passer le test à tout le monde… objecta-t-elle. Et je suis la seule qui pleure… Drew dirait que je fais encore ma gamine.

Will se retint véritablement de rouler des yeux et d’insulter Drew.

- Lacy, tu as douze ans par les Dieux. Ne laisse pas Drew te faire croire que tu dois grandir trop vite, crois-moi. Je… j’ai entendu ce que Mélinoé t’a dit à la fin. Sur le fait que tu avais peur de… enfin…

Gêné, il butta sur ses mots et Lacy s’empourpra. Il faillit changer de sujet de discussion, puis il se fustigea mentalement. C’était en mettant des tabous sur les choses et en refusant d’en parler que les lignes ne bougeraient jamais. Et si Will détestait bien quelque chose, c’étaient les lignes fixes, les idées reçues. Essayant de feindre la nonchalance pour ne pas mettre Lacy mal à l’aise, il reprit d’une voix neutre :

- Que tu avais peur du changement maintenant que tu grandis, toute l’idée des attentes sur les filles d’Aphrodite…

- Je… je ne pensais que tu avais entendu… marmonna-t-elle. C’est idiot en plus…

- Non, je ne crois pas. Je trouve que c’est même plutôt important, assura-t-il avec fermeté. Je comprends aussi que ce n’est pas toujours facile quand les autres attendent quelque chose de toi.

- Vraiment ?

Will rit pour tenter de dédramatiser et se pointa lui-même du doigt avec humour.

- Tu m’as regardé ? Je ne suis pas exactement le modèle du héros à la Percy Jackson ou Jason Grace.

- Mais tu soignes les gens…

- Oui, je soigne les gens. Et je pense que c’est important, j’en suis fier. Mais ça n’a pas toujours été le cas et il y a encore des jours où c’est pas évident. Tu sais pourquoi ?

Hésitante, Lacy secoua la tête. Ses mèches blondes voletèrent doucement.

- Parce qu’on m’a appris que les garçons devaient être d’une certaine façon. Pas ma mère, mais les autres enfants à l’école, les pubs à la télé, les dessins-animés, tout ! On m’a dit que les garçons et surtout les héros devaient aller combattre les monstres, savoir se battre, s’imposer, avoir des muscles… aller sauver les filles en détresse même.

Il ne put s’empêcher de grimacer sur cette dernière information et Lacy se redressa, soudain alerte. Elle n’avait plus les yeux baissés et Will prit ça comme un signe d’encouragement. Dans un coin de son esprit, il réalisa qu’il avait envie d’en parler depuis un moment mais n’en avait jamais vraiment eu l’occasion.

- C’était même presque pire quand je suis arrivé à la Colonie. Tout le monde devait apprendre à se battre avec des épées, grimper des murs de laves, avoir des entraînements physiques. Moi ? Je lisais des livres de médecine et ce que je préférais, c’était d’aller ramasser les fraises pour pouvoir en manger en douce !

Lacy éclata de rire. Il forçait le trait exprès pour la détendre et ça avait l’air de marcher. Elle l’écoutait, plus détendue, et continua même à boire son verre d’eau.

- Ce n’était pas facile non plus avec mes frères et sœurs, reprit-il, la voix plus basse comme s’il lui confiait un secret, ce qui était certainement le cas en un sens. Ils étaient tous doués en plein de choses artistiques, c’est vrai, mais surtout en tir à l’arc ou en combat rapproché.

- Tu sais tirer à l’arc, coupa Lacy. Je t’ai vu pendant les entraînements de tirs !

- C’est vrai, admit-il, mais je ne suis pas aussi doué que j’aurais pu l’être.

- Parce que ton père est Apollon ?

- Voilà. Exactement. Disons que… comment dire ? Il y avait des attentes qui pesaient sur moi. De la part de tout le monde. Ma famille, mes amis, les autres à la Colonie, Chiron… C’était assez dur. Pourtant, j’étais très doué en une chose.

- Guérir les autres !

Will sourit, incapable de se retenir.

- Ouais, guérir c’était mon truc. Et c’était peut-être pas aussi impressionnant que les constructions des Héphaïstos, les combats menés par les Arès ou même les pouvoirs de personnes comme Percy ou Jason, mais…

- C’est hyper cool quand même, termina Lacy pour lui, enthousiaste. T’as sauvé tout le monde plein de fois !

Cette fois, il rit franchement. La sincérité de Lacy le toucha malgré lui.

- Ce que j’essaye de te dire, c’est que les gens auront souvent des codes et des normes pour toi. Et ça va être dur de t’en détacher. Mais crois-moi, les attentes des autres sont ridicules si elles te mettent mal à l’aise ou si tu ne t’y reconnais pas. D’ailleurs, il faudrait ignorer les attentes des autres. Ce qui est important, c’est ce que toi tu veux faire et être. Tu comprends ?

- Oui… oui, je crois.

Lacy le regarda intensément et enroula une mèche blonde autour de son doigt. Il sentait bien qu’elle voulait dire quelque chose, mais que les mots mettaient du temps à sortir. Heureusement, fréquenter Nico lui avait appris une chose : être patient pour mettre l’autre assez en confiance. En voyant qu’il ne cherchait pas à la forcer ni à lui couper la parole, Lacy se décida à parler :

- Mais… Pour les filles… Drew a dit qu’il y avait des règles pour notre bungalow.

- Je sais. Je connais ces règles. Elles sont stupides.

- Tu penses ? Fit-elle d’une petite voix.

- Crois-moi, je pourrais en faire un manifeste tellement les règles de Drew m’énervent. (Il serra ses poings contre ses genoux et se laissa le temps d’inspirer avant de reprendre). C’est un peu l’opposé de ce qu’on attendait de moi comme fils d’Apollon, non ? Être le garçon artistique, sarcastique, sûr de lui et bon en sport. Pas un geek qui aime Mario Kart, la médecine et Star Wars. (Il la désigna d’un geste de la main). Toi, c’est pareil. Parce que tu es la fille d’Aphrodite, certains, comme Drew, pensent que tu devrais juste être jolie, penser aux garçons, leur briser le cœur, et surtout ne pas mettre le pied sur un champ de bataille. C’est ça, pas vrai ?

Nerveusement, Lacy acquiesça. Elle paraissait soudain petite, perchée sur son tabouret, les épaules voûtées en avant comme si elle cherchait à se protéger. Pas une enfant ni encore une femme, elle renvoyait l’image d’une jeune fille perdue et déstabilisée. Pourtant, elle le surprit en reprenant la parole.

- Avec Drew, c’était ça… Et un peu avant elle aussi. Mais Piper a voulu changer les règles. Elle disait qu’on devait participer à Capture l’Etendard.

- Et t’étais d’accord avec elle ?

- Oui, oui… Je ne suis pas très douée, mais j’aimerais essayer de mieux me battre. Comme Lou Ellen hier.

Will sourit, attendri.

- Mais Drew disait que se battre n’avait rien à voir avec les domaines d’influence d’Aphrodite et que ça allait contre notre nature… poursuivit Lacy, visiblement soulagée de pouvoir enfin dire ce qu’elle avait sur le cœur. Qu’on ne pouvait pas mêler sentiments et guerre, apparence et combat. Je l’ai enlevé à la fin de l’été, mais elle se moquait aussi de mon appareil dentaire. Et de mes couettes.

Maintenant qu’elle le disait, Will se rendit soudain compte du changement d’apparence de Lacy depuis quelques temps. Terminé l’appareil dentaire, terminé les couettes blondes de petite fille. Elle portait ses cheveux détachés ou stylisés et se maquillait davantage. Il ressentit une colère sourde gronder en lui à l’idée que les commentaires piquants de Drew aient pu l’atteindre.

- Bon, écoute-moi bien, dit-il avec sérieux. On va mettre quelque chose au clair : tout ceux qui ont un argument qui repose sur « ce truc est contre nature », ça commence mal. On est des demi-dieux, le combat fait autant partie de toi que l’héritage de nos parents divins. Et la personne qui déclare que le bungalow 10 ne devrait pas se battre n’a clairement jamais vu Piper sur un champ de bataille ou Silena foncer sur un Drakon pendant…

L’image de Silena Beauregard surgit dans l’esprit de Will avec force en même temps qu’il parlait et les mots s’estompèrent d’eux-mêmes en lui. Il laissa sa phrase en suspens. Il réalisa que Lacy n’avait même pas connu Silena et à nouveau le sentiment complexe de nostalgie, de perte et de culpabilité déferla en lui. Pour éviter de s’attarder sur un souvenir douloureux, il préféra faire comme si de rien n’était et continua :

- Tout ça pour dire que tu n’as pas à t’inquiéter de ce que dit Drew. Si elle ne veut pas se battre, c’est son choix, il est respectable. Mais tes choix le sont tout autant. Et tes couettes étaient supers.

- Merci, souffla-t-elle en souriant.

Dans ce simple mot, Will sentait qu’elle était sincère. Ses pleurs avaient cessé et elle paraissait plus apaisée. Ça ne faisait aucun doute qu’elle juste eu besoin de parler et que l’évocation de ses grands-parents avait juste été un déclencheur. Maintenant qu’elle avait vidé son sac, elle se mordit la lèvre, gênée de sûrement voir la conversation s’achever, et son regard glissa vers la porte.

- On… on devrait peut-être rejoindre les autres, non ? Fit-elle.

- Ouais, bonne idée. Il va falloir qu’on parte en plus.

Ils se levèrent tous les deux. Ils allaient franchir le seuil de la cuisine lorsque Will se souvint soudain d’une dernière chose et il retint Lacy par le bras. Elle haussa un sourcil.

- Eh juste une dernière chose. J’aurais voulu qu’on me le dise alors… (Il expira un grand coup). Tu sais ce que je disais sur les normes et les codes qu’on nous impose ?

- Oui ?

- Ca vaut aussi pour autre chose que les attentes sur les genres… Quand on disait que les filles d’Aphrodite devaient briser le cœur des garçons… Dis-toi qu’elles peuvent aussi briser ceux d’autres filles. De tout le monde même. Les genres vont au-delà du masculin et du féminin. (Il reconsidéra soudain sa phrase). Enfin, il vaut mieux éviter de briser le cœur des gens évidemment mais… bref, tu m’as compris je crois… ou j’espère au moins…

Les joues rouges, Lacy hocha la tête, même si elle le regarda avec une certaine solennité. Il aurait aimé lui dire plus, mais il n’oubliait pas qu’elle avait tout juste douze ans et qu’elle avait le droit d’être une enfant encore quelque temps. Il aurait aimé lui dire ce que lui-même aurait aimé entendre à son âge : que l’amour n’était pas figé, n’avait pas qu’une seule forme, et qu’il n’y avait pas une bonne façon d’aimer. Que l’amour et l’attirance étaient des choses complexes et qu’elle n’était pas obligée d’être sûre d’elle ou au contraire de s’obliger à rentrer dans des cases parce que la société l’avait déclaré. Il aurait aimé lui dire que même en sachant cela, c’était normal de ressentir quand même la pression du regard des autres. Il se souvenait encore de ses pensées lorsqu’il avait dû finir par s’avouer à lui-même que ses sentiments envers Nico n’étaient pas « normaux ». Le mot de normalité l’avait obsédé longtemps et il s’était détesté pour ça. Il aurait voulu être au-delà de ces codes d’un autre temps, mais la réalité était vicieuse. Parce que la normalité, ou du moins l’image qu’elle véhiculait, était partout autour de lui : dans les films, dans les conversations de ses amis, dans les discours de tous. Petit, sa grand-mère lui demandait toujours s’il avait « une amoureuse », et plus tard ses cousins parlaient du sexe opposé comme si c’était une évidence. Pour Will, l’évidence avait paru effrayante. Trop absolue et fermée. Et il avait fallu qu’il rencontre Nico pour comprendre.

Pourtant, il ne dit rien. Ces questions-là viendraient plus tard. Au moins, Lacy savait qu’il était là pour elle et peut-être que ça suffisait pour le moment.

Dès que Will rouvrit la porte du salon, Connor, Lou Ellen et Nico relevèrent la tête. Ils les dévisagèrent, s’attardant particulièrement sur Lacy, mais aucun ne fit de commentaire en voyant que la situation avait l’air de s’être apaisée et Will leur en fut reconnaissant.

- Alors ? Lança-t-il à la cantonade d’un ton enjoué. On a un plan ?

- A peu près, dit Connor, renversé contre le dossier de sa chaise. On a dû adapter notre plan de voyage puisqu’on ne peut pas vraiment se rendre en Colchide en avion ou en bateau à cause d’une certaine personne.

Sans subtilité, il pointa Nico du pouce. Celui-ci roula des yeux. Will avait presque oublié que les enfants des Trois Grands devaient éviter d’entrer dans le territoire des deux autres dieux principaux.

- Et alors comment on va faire ? La camionnette a ses limites et elle ne roule pas encore sur l’eau.

- Non, c’est vrai, la camionnette n’est pas Jésus, approuva Lou Ellen avec sarcasme. Donc si on ne peut pas voler au-dessus de l’océan ni le traverser, on va passer en dessous.

- Quoi ?

- Le Labyrinthe, explicita Nico. On va prendre le Labyrinthe pour arriver plus vite en Europe. Avec un peu de chance, ça nous fera gagner du temps. Il ne reste plus que huit jours avant Halloween et on doit faire vite.

- Mais… ce n’est pas dangereux ? S’étrangla Lacy. J’ai entendu d’autres pensionnaires raconter des histoires sur le Labyrinthe…

Intérieurement, Will fut reconnaissant que Lacy pose la question. L’idée de descendre dans le Labyrinthe – voire d’y voyager – ne le rassurait pas, mais il ne voulait pas être encore celui qui émettait des doutes.

- Il l’est moins qu’avant, dit Nico. Avec la mort de Dédale, le Labyrinthe s’était en quelque sorte détruit, mais Pasiphaé l’a… ranimé, on pourrait dire, grâce à sa magie. Depuis ça, il est un peu plus sûr. Chiron pense même à l’utiliser pour des activités d’ici quelques semaines, c’est lui qui me la dit.

- Donc il y aura moins de monstres dedans ?

- Moins qu’avant en tout cas, confirma Lou Ellen.

- Et on arrivera à s’y repérer ? Demanda Will, bras croisés avec nervosité.

Il devait pourtant assez bien donner le change car aucun de ses camarades ne parut le remarquer.

- C’est là que nos hypothèses entrent en jeu, répondit Connor, un rictus au coin des lèvres. On mise tout sur nos talents incroyables et notre ADN.

- Je ne te suis pas…

- Fille d’Hécate, instinct développé pour prendre des décisions et savoir reconnaître les bons chemins aux carrefours, commença-t-il à énumérer en pointant Lou Ellen avant de se désigner lui-même. Fils d’Hermès, dieu des voyages, et donc normalement un bon sens de l’orientation. Et enfin, ajouta-t-il en montrant Nico, fils d’Hadès à l’aise dans les souterrains et accessoirement explorateur officieux du Labyrinthe depuis ses onze ans.

- N’importe quoi, marmonna Nico.

- Quoi ? C’est vrai, non ? Tu déambulais dans les couloirs du Labyrinthe pour renforcer tes airs ténébreux je suis sûr. Ça faisait craquer les filles. Et Will probablement.

Alors que Will rougissait – il n’avouerait jamais que Connor avait en partie raison – Nico se contenta de donner un coup de pied dans la chaise du fils d’Hermès. Surpris, Connor n’eut pas le temps de se rattraper au bord de la table avant que sa chaise ne bascule vers l’arrière et qu’il s’écrase au sol dans un cri étranglé. Lou Ellen éclata de rire.

- Tu l’as cherché, imbécile ! Se moqua-t-elle.

- Peut-être bien, marmonna-t-il. Aïe.

Il se frotta les côtes en ronchonnant, même s’il n’avait pas l’air de s’être réellement fait mal. Will soupira. Il se contenta de tendre la main pour aider Connor à se relever et il le tira sur ses pieds.

- Bon, très bien, reprit-il après cette interlude. Admettons qu’on prenne le Labyrinthe pour aller en Europe et que vous arriviez à vous repérer pour qu’on ne ressorte pas en plein désert d’Australie. Comment on y entre ? On connaît une entrée pas loin d’ici ?

Nico fronça les sourcils et joua avec sa bague tête de mort.

- C’est le problème, pas vraiment. Les entrées recensées sont à la Colonie, au Texas, en Arizona, à San Francisco…

- A San Francisco ? Parfait ! S’exclama Connor. On a qu’à faire un tour au Camp Jupiter, on se réapprovisionne et on repart !

- Est-ce qu’on ne va pas perdre du temps ? Dit Lacy. C’est presque plus de 40h de route jusqu’en Californie.

Les sourcils de Connor s’envolèrent.

- Ok, on oublie San Francisco. Hors de question que je conduise tout ce temps !

Personne ne souleva d’objections. Visiblement, le charme du road trip s’était évaporé assez rapidement après les kilomètres avalés depuis deux jours et les séances de karaoké. Will tenta de se creuser la tête. A la limite, ils n’étaient qu’à 3h de route de la Colonie et pouvaient y retourner pour entrer dans le Labyrinthe, mais il trouvait ça étrange de revenir à leur point de départ aussi rapidement, comme un départ raté ou un échec avoué.

Brusquement, Lou Ellen se redressa. Will reconnut immédiatement son regard : c’était celui qu’elle faisait dès qu’elle avait une idée qu’elle ne pouvait pas garder pour elle. Plus jeune, elle avait même l’habitude d’entrer en trombe dans l’infirmerie pour lui exposer les choses qu’elle venait de penser, juste pour avoir son avis. Elle avait arrêté le jour où Will, distrait, avait manqué de planter l’aiguille du rappel de vaccin de Pollux dans le bras de Cecil qui était là pour une cheville foulée.

- Je viens peut-être de penser à quelque chose ! S’exclama-t-elle. Nico ! Qu’est-ce que tu as dit il y a deux minutes ?

- Euh…

- Il ne s’est pas excusé de m’avoir mis par terre en tout cas, grommela Connor.

- C’était une décision parfaitement consciente, tu sais, l’informa Nico avec un demi-rictus.

Avant que Connor ne puisse feindre l’indignation tel le comédien qu’il était, Lou Ellen les interrompit en battant des bras.

- Non, je parlais du Labyrinthe… De sa reconstruction après la mort de Dédale !

- Tu veux dire Pasiphaé ? Le souffle de magie qu’elle a insufflé au Labyrinthe ?

- C’est ça ! Deux choses : ça ne vous semble pas probable que Pasiphaé se soit rangée du côté de Médée après sa défaite cet été contre Hazel ? Et si elle a intégré de la magie dans la reconstruction du Labyrinthe, est-ce que ça veut dire que d’une certaine façon elle l’a relié à Hécate et à son influence ?

Les questions de Lou Ellen les plongèrent tous dans un long silence réflexif. Intéressé, Will s’assit autour de la table et son cerveau se mit à tourner à toute allure. Maintenant que Lou Ellen le disait, ce n’était peut-être pas si invraisemblable. Mélinoé et Hécate elle-même avaient mentionné « des magiciennes » qui s’étaient alliées pour gagner en pouvoir et sortir de l’ombre d’Hécate alors que la déesse leur avait octroyé leurs dons.

- Médée, Circé, Pasiphaé, énuméra Nico d’un ton sombre. Ça ne va pas être simple…

- Non, c’est sûr, confirma Lou Ellen. Mais si c’est vrai, c’est un mal pour un bien. Parce que si Pasiphaé a vraiment mis de la magie dans le Labyrinthe, alors il devient en partie un domaine de magicienne. (Elle leva sa main et quelques étincelles brumeuses crépitèrent au bout de ses doigts). Et ça, ça veut dire que je peux nous y faire entrer.

- Sérieusement ? dit Connor. Juste comme ça ?

Lou Ellen pencha la tête sur le côté et sa queue de cheval brune caressa son épaule.

- Peut-être pas « comme ça », corrigea-t-elle en claquant des doigts. Mais ça veut dire que le Labyrinthe est empreint de magie et de Brume. Si je… comment dire ? Si je « tire » assez, je devrais pouvoir faire apparaître une entrée.

- Tirer assez ? Répéta Will, perplexe.

- Rah, je ne sais pas comment l’expliquer… J’ai toujours ressenti mes pouvoirs comme ça. C’est assez bizarre… C’est comme si la magie venait de moi et que je l’extériorisais, mais que la Brume était tout autour de nous et que je devais l’attirer vers moi pour la manipuler. Et donc, je pense que faire surgir une entrée de Labyrinthe va jouer sur ce double truc : extérioriser ma magie pour la raccrocher à celle du Labyrinthe et tirer sur la Brume pour le faire apparaître en même temps. Vous voyez ?

En toute honnêteté, Will ne voyait absolument pas. Ses pouvoirs à lui venaient autrement. Il avait toujours eu une facilité déconcertante pour tout ce qui touchait de près ou de loin à la médecine, comme s’il lui suffisait de lire ou d’entendre une fois une information pour qu’il la retienne. Parfois, il avait aussi l’impression de savoir à l’instinct, tel une sorte de pressentiment qui résonnait en lui. A la limite, la seule chose qui se rapprochait de ce que décrivait Lou Ellen pouvait être son pouvoir de guérison. Il n’arrivait pas à s’en servir tout le temps, mais il sentait toujours une sensation de chaleur monter du creux de son ventre quand ses pouvoirs se manifestaient, comme s’il extériorisait quelque chose en lui, le dirigeait vers l’extérieur hors de son corps.

Heureusement, il n’était pas le seul à être perplexe face aux explications de Lou Ellen car Connor et Lacy la dévisageaient, l’air incertain. Seul Nico fronçait les sourcils avec compréhension.

- Je crois que je vois ce que tu veux dire, dit-il après quelques secondes. Je ressens un peu pareil pour les ombres, même si c’est différent quand je me glisse dedans. T’as déjà essayé le voyage par Brume ?

- Non… avoua-t-elle. Je sais que c’est possible, mais je ne sais pas trop comment faire ni même si j’y arriverais.

- Hum…

Nico semblait penser profondément à la question et avant qu’il ne puisse proposer un exercice en vol d’ombre ou en voyage de Brume, Will se décida à remettre tout le monde sur les rails. Il sentait que le soleil approchait de son milieu de course, ce qui signifiait qu’il était presque midi et qu’ils devaient y aller. Ils étaient déjà restés assez longtemps au même endroit.

- Bon allez, enjoignit-il. Prenez vos affaires, on y va ! (Il se leva, puis cria à travers l’appartement). M’man ! On doit y aller !

Il eut à peine le temps de ramasser son sac à dos que sa mère surgit dans l’encadrement de la porte. Elle devait venir de rentrer des courses car elle tenait encore son sac à la main. Le menton haut mais avec une certaine émotion dans le regard, elle promena ses yeux marrons sur leur petit groupe et s’arrêta sur lui. Will sentit sa gorge se contracter. Il déglutit. Il aurait presque voulu partir sans faire de vague, ni de grands aurevoirs, mais alors qu’il se tenait face à sa mère maintenant il s’en sentait incapable.

Il ne savait pas si Lacy était plus sensible aux émotions que les autres à cause d’Aphrodite, ou si leur moment partagé dans la cuisine avait créé une sorte de lien entre eux, mais ce fut elle qui le poussa gentiment dans le dos.

- Vas-y, l’encouragea-t-elle doucement. On t’attend dehors.

- Ouais, prends ton temps, mon vieux, dit Connor en lui donnant une tape sur l’épaule.

Ses amis le dépassèrent. Avant de sortir de la pièce, Lou Ellen adressa un sourire chaleureux à sa mère.

- Merci encore pour l’accueil, madame Solace, remercia-t-elle. Et merci aussi pour le t-shirt. Je vous le rendrai bientôt.

- Ce n’est rien, un plaisir, ma grande ! Et garde-le, vraiment, c’est un vieux t-shirt acheté à un concert des Stones en 93.

- Stylé, commenta Connor.

- Mick Jagger était incroyable ce soir-là, se souvint sa mère en souriant. Enfin, allez, je ne vous retiens pas. Bon courage… Faites attention à vous surtout, d’accord ?

- Oui madame !

- Bien… (Elle sembla hésiter une seconde, puis elle se tourna vers Nico). Je voulais juste te dire que j’ai été ravie de te rencontrer, même si c’était un peu particulier… Tu es le bienvenu n’importe quand ici ou au Texas, vraiment !

Sa sincérité était palpable. A l’arrière du groupe, Nico observa sa mère, la tête légèrement inclinée vers le sol et Will pouvait presque percevoir de là où il se trouvait les sentiments conflictuels qui l’agitaient : malaise, reconnaissance, espoir… Il aurait aimé que la scène soit plus privée, qu’ils n’aient pas tous le poids de la quête sur eux, mais il s’en contenterait. Surtout, il était fier de sa mère.

- Merci, finit par dire Nico si bas que Will faillit ne pas l’entendre.

Et sans qu’il ne comprenne bien comment c’était arrivé, sa mère ouvrit les bras et Nico se laissa faire tandis qu’elle l’attirait dans une étreinte toute maternelle. Les autres firent mine de regarder ailleurs, mais Will ne détourna pas les yeux. Il avait l’impression que sa poitrine était trop petite pour contenir ses émotions. C’était sans doute idiot, mais Nico était la première personne qu’il présentait à sa mère et il ne pouvait s’y empêcher d’y voir une étape.

Au moment où Nico s’écarta, il vit sa mère lui glisser quelque chose à l’oreille et il hocha la tête avec gravité.

- Je vous l’ai promis ce matin, dit-il, cryptique. Je le ferai.

- Je te remercie, Nico. (Un sourire ironique se glissa soudain sur ses lèvres). Tu es sûr que tu ne veux pas prendre le pull jaune ?

- M’man, laisse-le tranquille !

Tout le monde éclata de rire – sauf Nico qui grogna, embarrassé – et la tension se diffusa. Connor désigna la porte.

- Allez, tous dehors ! On a une entrée de Labyrinthe à faire apparaître !

- Au revoir, madame Solace ! Fit Lacy.

- Au revoir, Naomi.

Will cligna des yeux. S’il n’avait pas vu les lèvres de Nico bouger, il n’aurait jamais cru que c’était lui qui venait de parler. Pourtant, il souriait à moitié en partant et, dès qu’ils furent enfin seuls, sa mère se retourna vers lui, un sourire aussi lumineux que le soleil accroché au visage.

- T’as vu ? Dit-elle. Je pense qu’il m’aime bien, non ? Ca s’est passé bien passé tu crois ? Il t’a dit quelque chose ?

- M’man, rit-il.

- Quoi ? Il est important pour toi alors il l’est aussi pour moi !

- Vraiment… ?

Il détesta la touche de vulnérabilité qui perça dans sa voix.

- Oh William… souffla-t-elle et son visage s’adoucit. Viens là.

A nouveau, elle ouvrit les bras et Will ne réfléchit pas. Il traversa la pièce en deux enjambées et la serra contre lui avec force, les larmes aux yeux en tentant d’ignorer le fait qu’il la dépassait de plusieurs centimètres désormais. Elle le berça doucement sur place, une main dans son dos et l’autre derrière sa tête. Il se sentit en sécurité.

- Tu me promets de faire attention, hum ? Chuchota-t-elle contre son épaule. Tu me contactes dès que tu reviens à la Colonie ?

- Promis…

- On ira voir un concert ensemble quand tu reviendras. Et on ira manger une glace.

- Et faire un tour le long des quais ? Comme avant ?

- Voilà, tout comme avant.

Dans cette simple phrase, il entendit surtout son amour pour lui.

- Tu sais, reprit-elle sans le lâcher, ton père serait fier de toi.

- Tu crois vraiment ?

- J’en suis certaine. Moi je suis fière de toi. Mon petit garçon…

Elle parut ravaler ses larmes et Will n’osa pas bouger. Pourtant, elle finit par s’écarter et repoussa tendrement ses mèches blondes qui ondulaient sur son front dans un geste familier.

- Allez, va les rejoindre. Veillez les uns sur les autres.

Le cœur lourd, il ne trouva rien à répondre. Il se contenta d’attraper son sac à dos, la gorge obstruée par une myriade d’émotions aussi épaisses que des morceaux d’ambroisie réconfortants mais douloureux après une blessure. Lorsqu’il franchit le seuil de l’appartement, il eut l’impression de laisser un bout d’enfance derrière lui et peut-être que c’était le cas…

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Et voilà ! J'ai adoré écrire Naomi Solace, vraiment ! Un plaisir ^^ Sinon pour la conversation entre Lacy et Will au début, je pense qu'elle aurait pu être plus poussée, mais j'espère que l'idée et les thèmes abordés se ressentent suffisamment. C'était paradoxalement assez dur de poser des mots sur quelque chose qui me touche si personnellement parce que j'ai l'impression de beaucoup me questionner sur les normes et les attentes de la société ces dernières années ^^

A part ça, on se retrouve dans deux semaines ! Prochain chapitre : 28 juin !
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Je sais pas trop pourquoi je continue à poster ici mais well ^^

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Chapitre 12 : Le dédale de la peur


Sur le bord de la route, Lou Ellen plissa les yeux face au soleil aveuglant qui lui revenait dans la figure. Malgré les rayons chaleureux, le temps s'était rafraîchi depuis la veille et elle frissonna dans sa veste en jean noire. Elle bougea sur place, histoire de répartir son poids sur ses deux jambes et de ne pas juste rester immobile. A sa droite, Connor s'était simplement allongé dans l'herbe, une paire de lunettes de soleil sur le nez, et il s'amusait à souffler sur un pissenlit en direction de Lacy qui riait amusée. Elle se retint de lever les yeux au ciel face aux pitreries du fils d'Hermès, même si elle les trouvait drôles elle aussi. Elle ne voulait juste pas lui avouer systématiquement pour garder la face. Un peu à l'écart, Nico contemplait l'immeuble des Solace, le dos droit et la main sur la garde de son épée. Lou Ellen devait reconnaître qu'il avait sans doute raison. A eux tous, ils devaient projeter une aura alléchante pour les monstres et même si ces derniers étaient moins nombreux depuis la guerre contre Gaïa, il fallait rester sur leurs gardes. Ils attendaient Will depuis cinq minutes, le temps qu'il dise au revoir à sa mère.

- Connor ?

La voix de Nico brisa le silence et Lou Ellen tourna la tête vers lui, surprise. Même s'il était moins asocial qu'avant, ce n'était pas dans les habitudes de Nico d'entamer les conversations dans un groupe. Pris au dépourvu également, Connor mit quelques secondes à répondre et il fit glisser ses lunettes sur le bout de son nez pour pouvoir regarder Nico directement.

- Ouais, petit prince ?

- Di Immortales, arrête avec ça...

- Quoi ? Ton père règne sur le royaume des Enfers. Ça fait de toi un prince, non ? Et ne crois-pas que je te vises personnellement, la prochaine fois que je vois Percy ou Jason, ils auront le droit à la même chose ! Je suis en faveur de l'égalité ! (Il parut réfléchir une seconde). Eh, vous croyez que le royaume de Poséidon c'est l'Atlantide ?

Pour toute réponse, Lou Ellen fit un mouvement de la main et toutes les particules blanches des pissenlits autour de lui s'envolèrent. Elles restèrent suspendues un bref instant, comme si le temps s'était arrêté en plein souffle de vent, puis elles retombèrent, aspirées par la gravité. Connor poussa un cri de surprise et se mit à tousser.

- Roh Lou ! S'écria-t-il, la bouche pleine de pissenlits.

- Ca t'apprendra à poser des questions idiotes.

- Je suis sûr que c'en est pas une ! Et la pauvre Lacy, elle avait rien dit !

Pile à ce moment, Lacy éternua. Elle avait plein de petites boules duveteuses dans les cheveux.

- Désolée, Lacy...

- Pas grave. C'était joli à voir.

Et elle secoua ses mèches blondes, faisant s'envoler à nouveau les particules de pissenlits. Connor râla.

- Bon peu importe... Tu voulais quoi Nico ?

Ils reportèrent leur attention vers le fils d'Hadès, toujours à quelques mètres d'eux. Il avait réussi à éviter son tour de magie et Lou Ellen ressentit une pointe de soulagement. Elle n'aurait pas aimé devoir subir son fameux regard noir.

- Rien, désolé, c'était stupide, marmonna-t-il.

- Oh non, je veux savoir maintenant ! Insista Connor. Allez, qu'est-ce que tu voulais ?

Nico soupira.

- Je... Je voulais juste te demander un truc. Comme tu es celui qui est à la Colonie depuis le plus longtemps.

- Je t'écoute.

- Tu connaissais bien Michael Yew et Lee Fletcher ?

A peine les mots eurent-ils quittés les lèvres de Nico que Lou Ellen sentit l'atmosphère s'épaissir de tension. Du coin de l'œil, elle vit Connor se tendre, complètement rigide, et elle n'osa plus regarder aucun des deux garçons, mal à l'aise.

Elle se rappelait Michael, le conseiller en chef des Apollon avant Will. C'était un garçon un peu arrogant sur les bords, mais incroyablement loyal. Elle se souvenait encore de lui qui haranguait les autres pensionnaires pendant la bataille de Manhattan, son visage au nez pointu habité par la conviction. Elle faisait encore partie du bungalow d'Hermès à l'époque et elle était restée avec Cecil pendant les combats pour défendre la 5e avenue. Michael avait été celui qui leur avait donné leur plan de bataille. Malgré sa petite taille – il devait être encore plus petit qu'elle ne l'était à quatorze ans l'année dernière – il avait insufflé du courage aux autres. Quant à Lee Fletcher, elle devait admettre qu'elle s'en souvenait mal. Pourtant, c'était lui qui était à la tête du bungalow d'Apollon pendant près de ses quatre étés à la Colonie. Mais Lee avait toujours été plus discret, plus posé. Quand elle était arrivée, juste après la restitution de l'éclair de Zeus par Percy – elle regrettait encore aujourd'hui d'avoir loupé ça – tout le monde ne parlait que de la trahison de Luke. Elle n'avait pas eu l'occasion de vraiment faire connaissance avec les autres. Puis, les étés suivants, Lee lui avait donné des leçons de tirs à l'arc mais elle l'avait toujours vu comme ce pensionnaire plus âgé, un peu lointain.

- Pourquoi tu me demandes ça ? Articula finalement Connor, faussement nonchalant.

Il avait remis ses lunettes de soleil et Lou Ellen se demanda si c'était pour mieux se cacher derrière.

- Pour savoir, répondit Nico, évasif.

- C'est à cause de Will ? Demanda Lacy.

Dès que l'attention se porta sur elle, la petite fille rougit. Le teint rosé de ses joues la rendait encore plus jolie et Lou Ellen l'envia.

- C'est à cause de ce que Mélinoé lui a dit, pas vrai ? Intervint-elle en direction de Nico. J'étais plus loin, mais je l'ai entendu... Ou je l'ai senti, je ne sais pas. Les fantômes m'ont fait un effet bizarre. Mais je crois qu'elle lui a parlé de Michael et Lee.

- Les fantômes sont liés aussi à Hécate, c'est pour ça qu'ils t'ont fait un drôle d'effet, dit Nico. C'est pour ça aussi que tu pouvais les toucher.

- C'était hyper impressionnant, glissa Connor.

Cette fois, elle fut certaine d'être celle qui rougit et elle détourna la tête pour que Connor ne puisse pas le voir.

- Mais du coup c'était bien ça, non ? Insista-t-elle. Mélinoé lui a montré Lee et Michael ?

- Oui, fit Lacy. J'étais à côté de lui et c'est ce que j'ai entendu... Elle lui disait qu'ils le hantaient encore parce qu'ils étaient tout ce que... (elle marqua une pause, gênée, puis termina sa phrase dans un filet de voix) tout ce que Will n'était pas en tant que fils d'Apollon.

Les paroles de Lacy jetèrent un froid. Ou peut-être que c'était Nico lui-même. Dans tous les cas, en voyant son expression, Lou Ellen frissonna.

- Je déteste les dieux, s'indigna soudain Connor. C'est pas croyable de dire ça !

Au-dessus de leur tête, le ciel gronda brusquement et ils levèrent les yeux, inquiets.

- Evite de dire ça, Connor, s'ils t'entendent ils vont... tu sais bien.

- Ils vont quoi, hein ? Se récria-t-il malgré tout. Nous attaquer ? Provoquer une nouvelle guerre qu'on devra gagner à leur place ? Jouer avec nous comme des pions ? (Il secoua la tête de dépit). Ils ont déjà tout fait de toute façon...

L'amertume qui imprégnait la voix de Connor arracha un nouveau frisson à Lou Ellen. Elle détestait l'entendre parler ainsi. Il ne le faisait pourtant pas souvent : Connor était la joie de vivre personnifié, comme s'il se donnait pour mission de rire à la moindre contrariété juste pour prouver au monde que rien ne pouvait l'atteindre. Elle avait mis du temps à comprendre son mécanisme. Cependant, sa philosophie avait des limites et se heurtait parfois à la réalité à l'instar d'aujourd'hui. Elle comprenait sa colère, elle la trouvait même légitime. Mélinoé n'avait rien gagné à leur montrer leurs contractions et leurs cauchemars à part son propre amusement. Lou Ellen se demanda si les dieux, à force d'être détachés de la vie normale et de l'emprise du temps, vivaient les émotions humaines à travers les demi-dieux qu'ils tourmentaient. Après tout, les ressentis devaient être distordus après des millénaires d'existence.

Pourtant, lorsque Connor parlait ainsi, elle ne pouvait s'empêcher de repenser aux discours des demi-dieux pendant la guerre contre Chronos. Même s'ils avaient dans des camps opposés, elle avait compris leur colère. Elle l'avait elle-même ressenti à plusieurs reprises quand elle se lamentait dans le bungalow d'Hermès. Et c'était justement le fait que Connor exprime cette même colère qui la mettait mal à l'aise... Parce que si Travis et Connor avaient bien exprimé quelque chose aux yeux de tous les indéterminés et les demi-dieux qui en voulaient au dieux de l'Olympe, c'était la notion d'accueil et de famille. Peu importait si les dieux ne comprenaient pas ce qu'ils leur faisaient vivre ou jouaient avec les vies des mortels : les demi-dieux étaient toujours là les uns pour les autres. Et c'était pour cela que Connor en avait tant voulu à Luke, son frère passé dans les rangs de Cronos. Il n'avait jamais réussi à comprendre ce qui l'avait poussé à commettre cette trahison et il le blâmait entièrement pour cela. Pour lui, Luke était responsable de ses choix, de ses actions, et de sa chute. Même si sa colère contre les dieux pouvait être légitimes, Connor avait toujours considéré qu'il n'aurait jamais dû laisser cette colère le guider sur la voie du chaos. Il lui avait lui-même confié un jour, ou peut-être que c'était Cecil qui lui avait rapporté, Lou Ellen ne savait plus bien...

- Arrête Connor, tu sais bien que tu ne le penses pas... dit-elle.

- Quoi ? Tu prétends savoir ce que je penses maintenant, Lou ? Rétorqua-t-il d'un ton mordant.

- Eh ! Ne t'en prends pas à moi, je n'ai rien fait je te rappelles. Et on a déjà eu cette discussion, il me semble. Les dieux ont juste une perspective différente de la nôtre. Monsieur D. était vraiment touché par la mort de Castor.

- Parce qu'il avait appris à le connaître à la Colonie ! Comment ? A cause de sa punition qui décrétait qu'il devait rester avec nous. Ce n'est pas ce que j'appelle de la bonne volonté.

- Peut-être, mais il a eu le mérite de ressentir de la peine pour la perte de son fils.

- Ouais, ça n'aurait pas été le cas de tous les dieux, on est au moins d'accord sur ça.

D'un geste rageur, il arracha une poignée d'herbe à côté de lui et Lacy tressaillit. Lou Ellen compris soudain.

- Tu es juste en colère contre ton père, réalisa-t-elle. C'est ça, pas vrai ?

- Laisse tomber, Lou, sérieux...

- Mais...

- Will ! S'exclama Lacy.

Ils se retournèrent. Son sac à dos à l'épaule, Will dévalait les marches de son immeuble d'un air déterminé. Malgré sa posture nonchalante coutumière, Lou Ellen remarqua ses yeux rouges et son air abattu. Elle comprenait parfaitement. Durant l'été, elle passait deux mois sans voir son père et il lui manquait toujours, mais elle savait au moins qu'elle le reverrait à la rentrée. C'était pareil pendant les vacances scolaires. Mais il y a deux ans, entre la Bataille du Labyrinthe et celle de Manhattan, elle était restée à la Colonie toute l'année à cause de problèmes dans son collège. Il ne lui restait plus qu'une année à y faire, mais la simple idée d'y retourner et de faire face à ses camarades et à leurs moqueries l'avait angoissé et son père avait donc accepté qu'elle reste à la Colonie si elle prenait des cours à distance. Et, même si ça avait été un soulagement de ne plus avoir une boule dans le ventre chaque matin, être si loin de son père lui avait pesé. Elle n'imaginait pas ce que ressentait Will, lui qui était pensionnaire pratiquement à l'année à cause de l'emploi du temps chaotique de sa mère...

- Eh Solace, ça va ? Dit Connor, toute verve envolée.

- Ouais... répondit-il d'une voix enrouée. Bon, on y va dans ce Labyrinthe ?

Personne n'insista par égard pour lui. Nico se contenta de se rapprocher de Will tandis que Lacy lui adressa simplement un sourire réconfortant. Lou Ellen se demanda si Nico aurait osé lui prendre la main s'ils n'avaient pas tous été là et surtout ce que Will avait bien pu dire à Lacy dans la cuisine ce matin pour qu'ils aient l'air de si bien s'entendre maintenant.

- On y va, approuva-t-elle. Je propose qu'on laisse la camionnette ici, on ne va pas l'emmener dans le Labyrinthe...

- Non, ça serait compliqué à manœuvrer, convint Connor avec un rictus. Mais il faudrait peut-être qu'on s'éloigne avant que tu ouvres une entrée, non ? Histoire qu'il n'y ait pas de porte qui mène au Labyrinthe juste devant l'appart' de la mère de Will.

- Bonne idée... On marche jusqu'à la sortie de la ville ?

Les autres acquiescèrent. Elle ressentie une certaine fierté en les voyant la laisser prendre les décisions. C'était un aspect d'elle-même qu'elle ne se connaissait pas avant de devenir conseillère de son bungalow, mais elle aimait la sensation de guider les autres. Un héritage de sa mère qui guidait littéralement les âmes et les égarés sur les chemins ? Elle n'en savait rien, même si une partie d'elle aimait l'idée d'aider les égarés : elle en avait été une pendant longtemps. La petite fille de la cour de récréation seule et étrange, l'indéterminée chez les Hermès, le nouvelle de la Colonie... Aujourd'hui, elle avait un rôle et une identité. Et ça n'avait pas de prix. Quand ses frères et sœurs l'avaient nommé conseillère, elle en avait même ressenti une fierté toute égoïste et seul Connor l'avait perçu. Il l'avait rassuré en lui disant que c'était un sentiment naturel et qu'elle serait parfaite dans ses nouvelles responsabilités. Et il avait eu en partie raison, les choses s'étaient plutôt bien passées.

En silence, ils s'éloignèrent le long de la route, les uns derrière les autres. Lou Ellen ouvrait la marche et elle envia ses lunettes de soleil à Connor quand un rayon vint la frapper encore une fois dans les yeux. A l'arrière, Will traînait des pieds et elle ressentit un nouvel élan de sympathie envers lui, mais ils ne s'étaient que trop attardés chez Naomi Solace. Il fallait qu'ils avancent et c'était littéralement ce qu'ils étaient en train de faire.

Heureusement pour eux, Harmony n'était pas une ville très grande et ils atteignirent les bordures de la ville en moins de quinze minutes de marche. Le panneau qui souhaitait la bienvenue aux automobilistes se dressait fièrement et ils se retranchèrent en-dessous. Lou Ellen observa le champ d'herbes qui s'étendait sur le bas-côté.

- Bon... Ici ? Fit-elle.

- Un terrain parfait pour une entrée de labyrinthe, approuva Connor, appréciateur. Tu te sens de le faire ?

- Je crois...

- Lou, si tu n'y arrives pas on cherchera une entrée autre part, tu sais, tenta-t-il de la rassurer. Ne te mets pas la pression.

Lou Ellen se contenta d'acquiescer. Elle savait au fond de son esprit qu'il avait raison, mais elle était déterminée à réussir. D'un mouvement de tête, elle fit signe aux autres de reculer et ils obtempérèrent. Elle se concentra. Paupières closes, elle plongea en elle-même, comme elle le faisait à chaque fois qu'elle voulait se servir de ses pouvoirs. La sensation familière au creux de son estomac s'éveilla. C'était comme un tiraillement : ses pouvoirs répondaient à l'appel et elle les orienta vers la Brume, présente en permanence autour de toutes choses sur terre. Et elle tira.

Un grondement sourd résonna tout autour d'eux et elle entendit à peine le cri de surprise de Lacy, trop concentrée sur ses pouvoirs qui explosaient dans tout son corps. Sous ses pieds, le sol vibra, comme si le Labyrinthe répondait à son appel. La magie en elle tendait vers celle qui animait l'antique construction de Dédale. A une époque, Lou Ellen n'aurait sans doute pas réussi à le sentir, mais aujourd'hui le Labyrinthe tirait son souffle de vie de la magie de Pasiphaé. Elle continua à tirer sur la Brume et à extérioriser sa magie de son corps. Sa peau se mit à chauffer presque douloureusement, mais elle ne lâcha pas. La terre gronda à nouveau. Tel un bouchon de liège qui remontait à la surface, le Labyrinthe s'élevait : un couloir bifurquait vers eux et approchait de sous leurs pieds. Elle retint un cri et tous ses muscles se crispèrent. Sa magie circulait trop, trop vite. Des points noirs dansèrent devant ses yeux.

- Lou ! Cria Connor au loin.

Elle ne s'arrêta pas pour autant. Elle pouvait percevoir la grandeur du Labyrinthe et la sensation était vertigineuse. Ses dédales et ses couloirs se répandaient à travers le monde, inconnus et inexplorés. Personne n'avait conscience de sa présence et pourtant il courrait sous la surface de la terre entière. Il distordait le temps et les distance ; sa magie résonnait jusqu'au fond de son être.

- Son aura de vie vacille, dit brusquement Nico, une inquiétude sourde dans la voix. Blackstone ! Arrête !

- Encore un peu, protesta-t-elle, juste un peu...

- Non, Lou Ellen, je le sens aussi ! Se récria Will. Ça devient dangereux, c'est trop pour toi !

Pourtant, elle était si proche... Le Labyrinthe était là, juste à quelques mètres. Dans un dernier élan désespéré, elle tira aussi fort qu'elle put. Son estomac se souleva et l'air quitta sa poitrine. Le sol s'ouvrit littéralement : une gerbe de terre vola en éclat avant que l'herbe ne s'affaisse sur elle-même pour creuser en trou profond. Lou Ellen tomba à genoux.

- Oh par les dieux...

En une seconde, ses amis furent à ses côtés. Elle se sentait trembler de tous ses membres.

- Ça a fonctionné ? Réussi-t-elle à articuler.

- Si ça a fonctionné ? Bon sang, Lou ! Tu viens de créer une entrée du Labyrinthe ! T'es complètement folle !

- Connor, recule, laisse-moi la voir, intima Will.

- Je me sens pas bien...

L'aveu était sorti tout seul. Elle n'aurait de toute façon pas pu donner le change : elle n'arrivait pas à arrêter de trembler, le monde autour d'elle tournait, et surtout son estomac lui remontait dans la gorge.

- Evidemment que tu ne te sens pas bien ! S'exaspéra Will, agité. Tu n'as jamais autant sollicité tes pouvoirs, le contrecoup est trop brusque !

- Will, tu ne l'aides pas, dit Nico.

- Toi, ne commence même pas ! Tu es pire qu'elle.

Nico fit une moue indignée et, si elle avait été en état, Lou Ellen aurait ri. Elle ne comptait plus les fois où Will s'était plaint auprès d'elle et Cecil de la tendance de Nico à trop tirer sur ses pouvoirs, notamment le voyage d'ombre. Il avait même eu une interdiction totale de les utiliser après la guerre au mois d'août quand son corps se remettait de son périple à travers l'Europe. Will aurait sans doute pu encore longtemps continuer sa diatribe contre les pensionnaires de la Colonie incapable de connaître leurs limites et de prendre soin de leur santé si Lou Ellen ne s'était pas soudain penchée en avant, secouée par un haut le cœur. Lacy eut le réflexe de lui tenir les cheveux alors qu'elle rendait son petit déjeuner, généreusement offert par Naomi Solace, sur la pelouse à la sortie d'Harmony.

- Par Zeus, s'exclama Connor.

Le nom du roi des dieux n'aurait pas été la chose qui serait venue spontanément à l'esprit de Lou Ellen dans un moment pareil. Elle avait horriblement conscience des regards de ses amis – surtout celui de Connor – derrière elle et elle aurait voulu être avaler par le sol ou sauter dans le trou qu'elle venait de créer.

- Désolée... marmonna-t-elle, tremblante.

- C'est normal, ton corps réagit juste, la rassura Will.

Même si ça ne suffisait pas à apaiser sa gêne, elle supposait qu'il avait vu pire à l'infirmerie.

- Je suis sérieux, laissez-lui de l'air, je m'en occupe, ordonna-t-il avant d'attraper son sac à dos et de l'ouvrir. Toi aussi, Connor, ajouta-t-il en voyant que le fils d'Hermès ne bougeait pas.

Lou Ellen n'osa même pas se retourner. Elle l'entendit juste soupirer avant d'obtempérer. A côté d'elle, Will lui tendit une bouteille d'eau et un carré d'ambroisie. Il avait son revêtu son air sérieux et son attitude calme de médecin en chef de la Colonie. Elle avala une gorgée d'eau et grimaça en sentant le goût désagréable qui lui restait en bouche. Pour le faire passer, elle engloutit l'ambroisie et aussitôt elle eut l'impression de manger la fameuse mousse au chocolat de sa grand-mère.

- Je suis désolée, se sentit-elle encore une fois obligée de s'excuser.

- Vraiment, je t'assure que c'est rien. Et franchement, ce que t'as fait... Par les dieux, c'était effrayant et impressionnant en même temps !

- Merci, dit-elle avec un rire étouffé. J'espère que c'est bien le Labyrinthe et pas juste les conduits de plomberie, sinon les autorités de la ville vont me détester.

Will éclata de rire.

- Non, ça a l'air d'être bon. (Il tourna la tête vers les autres, partis justement observer l'entrée de plus près). Je me demande à quoi ça ressemble là-dessous, murmura-t-il.

A travers ses mots, Lou Ellen perçut sa nervosité. Elle se demanda un instant ce que ça lui faisait, lui l'enfant du dieu du soleil, de descendre sous terre dans ce lieu si ténébreux.

- Eh, souffla-t-elle, ça va bien se passer. On descend et on remonte ! C'est juste pour arriver en Europe...

- Hum... Je ne sais pas si ça sera aussi simple... Enfin on verra ! Donne-moi ton bras.

- Quoi ?

- Ton bras, répéta Will. Que je prenne ton pouls.

- Oh oui...

Les membres encore engourdis, elle lui tendit son bras et il lui attrapa le poignet avec fermeté et douceur à la fois. Sa peau contre la sienne était brûlante et il haussa un sourcil.

- T'as froid ?

- Un peu...

- T'as la peau glacée, dit-il. Tu t'es vraiment épuisée. Je te préviens, je t'interdis de te servir de tes pouvoirs dans les heures à venir, voire les deux prochains jours sauf force majeure. Les pouvoirs, c'est comme tout : ton corps doit l'appréhender de façon progressive. Là, c'est comme si tu t'étais étirée un muscle en faisant un sprint comme Usain Bolt sans avoir jamais couru de ta vie !

- A ce point ?

- Evidemment ! Il y a une marge entre transformer les gens en cochon ou manipuler un peu la Brume pendant Capture l'Étendard et faire apparaître une entrée de Labyrinthe. (Il soupira puis lâcha son poignet pour attraper son menton et regarder ses pupilles. Elle veilla à rester immobile pendant qu'il continuait son examen médical et ses explications). Chaque demi-dieu a une capacité de pouvoirs plus ou moins grande, mais il faut apprendre dans tous les cas à les utiliser par étapes. Regarde Percy. Chaque année, il maîtrise un peu mieux non ? Bon, ça lui a pris du temps. Nico aussi a appris et continu d'apprendre quand il ne fait pas l'imbécile à traverser un continent en vol d'ombre.

Lou Ellen sourit. Derrière son faux agacement, elle entendait surtout son affection pour le fils d'Hadès, et pour son rôle de guérisseur de façon plus large. Parce que Will était juste comme ça. C'était dans sa nature d'accompagner les autres, de leur donner les clés pour aller mieux, tout en étant pédagogue.

- Heureusement que t'es là, dit-elle sincèrement. Tu le sais, pas vrai ?

- Hum... marmonna-t-il, yeux baissés et les joues rouges. Bon, ça a l'air d'aller. Tu peux te lever ?

- Je peux essayer.

Les effets de l'ambroisie se faisait déjà sentir. Elle n'avait plus la nausée et son corps lui paraissait moins douloureux. Dès qu'elle se leva, elle tangua pourtant sur ses jambes une seconde. Will lui saisit le bras.

- Vas-y doucement, conseilla-t-il. T'as été poignardée hier aussi, ça n'aide pas.

- Vraiment une semaine sympathique, grommela-t-elle.

- Tu cumules un peu, admit Will.

- Tout va bien ?

C'était Lacy qui venait de les interpeller. Elle revenait vers eux, Connor et Nico quelques pas derrière elle. Visiblement, ils en avaient marre d'être tenu à l'écart.

- Mieux, dit Lou Ellen. On peut y aller.

- Remets ta veste quand même, conseilla Will. Pour te réchauffer. Ça t'aidera à récupérer plus vite.

Elle obtempéra sans protester. Quand elle passa les manches de ta veste, elle eut presque l'impression que sa peau était trop sensible contre le tissu en jean du vêtement. Du coin de l'œil pourtant, elle remarqua que Connor l'observait avec attention, comme pour juger de son état, et elle veilla à ne rien laisser paraître. Elle s'était déjà rendue assez ridicule comme ça. Le menton haut, elle avança résolument. Quand elle atteignit l'entrée qu'elle venait de créer, ses yeux s'écarquillèrent. Elle avait senti en l'attirant vers elle la puissance du Labyrinthe, mais c'était étrange d'en constater l'aura en se tenant juste au-dessus. A leurs pieds, un vaste trou s'enfonçait sous terre en pente douce. Elle ravala son appréhension et, après une simple seconde d'hésitation, décida d'entrer.

Ses jambes, raides, protestèrent contre la descente mais elle ne s'arrêta pas. Dans son dos, elle sentit les autres la suivre sans dire un mot. La solennité du moment les rendait tous silencieux. A part Nico, elle réalisa que c'était la première fois qu'ils pénétraient tous dans le Labyrinthe. La bataille éponyme s'était en réalité déroulée à la Colonie et elle n'avait vu que les armés de Cronos rentrer et sortir du Labyrinthe.

Plus ils s'enfonçaient, plus la lumière baissait. Bientôt, Lou Ellen dû plisser les yeux et elle ralentit de peur de trébucher sur une aspérité du sol. Elle avait l'impression de ne plus en finir de descendre. A l'arrière, le souffle de Lacy se fit plus irrégulier. Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. La petit fille avait attrapé la main de Will qui s'agrippait fermement à elle. Lou Ellen se demanda qui rassurait vraiment l'autre. Face à cette image, l'âge de Lacy la frappa à nouveau de plein fouet. Avec son jolie visage et son corps qui commençait à changer, il était facile d'oublier que Lacy sortait à peine de l'enfance. Et elle avouait honteusement qu'elle lui enviait souvent ses grands yeux bordés de longs de cils ou ses beaux cheveux blonds et sa bouche en cœur. Les moments comme ceux-là remettaient au moins les choses en perspective.

- On n'y voit rien, grommela Connor.

- Avance juste... commença-t-elle avant de s'arrêter brusquement en se prenant une masse ferme en pleine face. Aïe !

- Lou ? Tu vas bien ? Appela-t-il avec anxiété.

Lou Ellen serra les dents. Elle refusait tout net de lui dire qu'elle venait de se prendre un mur.

- Oui, oui... Le chemin bifurque, faites attention. Mettez votre main contre la paroi pour prendre le virage.

Elle appliqua son conseil. Contre sa peau, le mur du Labyrinthe était rugueux, comme de la terre séchée, puis au bout de quelques mètres la matière se fit plus dur et plus lisse, comme du béton. Elle n'y voyait même plus à un mètre.

- Ca devient dangereux sans lumière... dit-elle, tendue. On pourrait tomber dans un piège. Quelqu'un a une lampe torche ?

- Dans mon sac, attends... répondit Will d'une voix tremblante.

Lou Ellen se retourna. Elle allait lui demander s'il allait bien, mais Nico fut plus rapide :

- Will... ? T'as besoin d'aide ou... ?

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Pendant une seconde, Lou Ellen fut persuadée que Will avait juste réussi à trouver la lampe torche et qu'elle s'était imaginée son malaise à cause de l'obscurité qui lui donnait des idées car le chemin s'éclaira doucement. Pourtant, la lumière n'avait rien à voir avec celle d'une lampe électrique, blanche et artificielle. Non, celle-ci était plus douce, plus évanescente, comme un rayon de soleil qui se serait infiltré à l'intérieur du Labyrinthe. Momentanément aveuglée, elle détourna les yeux avant que sa vision ne s'ajuste au changement. Et sa mâchoire manqua de se décrocher. Ce n'était pas la torche qui avait chassé l'obscurité... C'était Will lui-même.

- Di Immortales, jura Connor. Comment... Bordel, Will, tu brilles !

- Whaou... s'émerveilla Lacy.

Lou Ellen resta juste sans voix. De la peau de Will émanait un éclat doré, doux et chaud, comme s'il avait avalé un morceau de soleil. Elle ne traversait pas ses vêtements, mais elle entourait sa tête et ses boucles blondes ondulées comme un halo qui faisait soudain ressortir ses quelques taches de rousseur et ses yeux d'un bleu profond. Paniqué, Will en lâcha son sac à dos qui s'écrasa au sol.

- Oh mon dieu, s'écria finalement Lou Ellen en retrouvant sa voix. Will !

- Je... Je ne comprends pas... Quoi ?

- Comment tu fais ça ? Dit Nico, abasourdi.

Il regardait son petit ami comme s'il le découvrait pour la première fois et Lou Ellen devait avouer qu'elle ressentait un peu la même chose.

- Je ne sais pas ! Paniqua Will. Je n'avais jamais...

- Attends, c'est la première fois que ça te fait ça ? S'étonna Connor.

- Mais oui !

Stupéfait, Will tendit les mains devant lui et les observa.

- T'as déjà connu un enfant d'Apollon qui pouvait faire ça ? Demanda Nico à Connor.

- Non, je crois pas... Je m'en souviendrais. Mais ce n'est pas vraiment étonnant. Avec tous les attributs d'Apollon, il faut bien que certains des pouvoirs de ses enfants soient plus rares que d'autres, non ? La phosphorescence doit en faire partie ?

- C'est trop stylé ! S'exclama Lacy. On dirait un ver luisant.

Par réflexe, elle tendit la main vers Will qui s'écarta. Lou Ellen éclata de rire en même temps que Connor tandis que les lèvres de Nico tressaillaient.

- Un ver luisant ! Répéta Connor, hilare.

- Oh pardon... ce n'était pas... enfin ce n'était pas méchant...

- Je sais, Lacy, je sais, rassura Will, l'air toujours perturbé. Laisse-les, ce sont des idiots.

Il les fusilla du regard, mal à l'aise, et Lou Ellen le prit en pitié.

- Tu vas nous être vraiment utile, Will ! Assura-t-elle.

- Et puis imagine la fierté de ton père ! Ajouta Connor, goguenard.

L'embarras de Will sembla accentuer son niveau de luminosité. D'un coup, Lou Ellen réussit à distinguer tout le couloir autour d'elle. Il était étroit avec un sol en terre battu incrusté de caillou mais au mur en béton, comme un bunker qu'on n'aurait pas terminé de construire. Elle tourna sur elle-même. Un peu plus loin, le chemin bifurquait à nouveau et décrivait une courbe serrée. Elle donna une tape sur le bras de Connor.

- Regarde, je pense qu'il faut qu'on continue, non ?

Alors que Connor contemplait le chemin, elle entendit Will maugréer dans leur dos :

- J'ai l'air ridicule...

- Moi je trouve ça plutôt impressionnant, rétorqua Nico à voix basse, comme s'il ne destinait ses mots qu'à Will. Mon cher luisant.

- Et c'est mes jeux de mot qui sont nuls ?

Dans leur voix, les sourires et la complicité étaient évidentes. Gênée d'écouter, Lou Ellen fit mine de réajuster sa veste avant de lancer bien fort :

- Allez, on y retourne. Will, passe devant ?

- Laissez passer la lampe vivante, plaisanta-t-il en obtempérant.

Sans rien dire, Nico le suivit et ils ouvrirent la marche tous les deux. Encore plus que dans le forêt la veille, Lou Ellen ne put s'empêcher de remarquer le contraste saisissant entre les deux. Côte à côte, la silhouette mince de Nico se mouvait dans le Labyrinthe comme s'il possédait les lieux. Il évoluait sur le qui-vive, son instinct développé par des années d'errance, tandis que Will paraissait à la fois incertain et déterminé. L'effet d'une première quête sans aucun doute et Lou Ellen le comprenait tellement. Ils étaient habitués à la sécurité de la Colonie et à l'adrénaline des batailles. Lors des guerres auxquels ils avaient participé, ils avaient dû se plier à l'action, ne jamais s'arrêter, se battre constamment contre les ennemis. Ici, à l'intérieur du dédale le plus mystérieux de leur monde, le danger semblait se tapir et les guetter à chacun de leur pas et ils ne pouvaient rien faire à part avancer à l'aveugle. Malgré ça, Will trouvait littéralement le moyen d'être leur guide lumineux et l'éclat doré qu'il projetait semblait être aspiré par l'aura de Nico, comme s'ils se complétaient l'un l'autre.

Attendrie par l'image qui se formait dans son esprit, Lou Ellen sourit.

- Qu'est-ce qui te fait sourire ? Souffla Connor.

- Hum ? Oh rien... Eux, je suppose.

Elle indiqua le couple devant eux. Connor vrilla son regard sur Nico et Will et parut comprendre ce qu'elle voulait dire.

- Si on m'avait dit... Je n'aurais jamais parié...

- Moi non plus...

Effrayée à l'idée qu'ils les entendent, elle préféra changer de conversation.

- Alors ? T'as l'impression de savoir te repérer ? Grâce aux pouvoirs de ton père, je veux dire...

Il prit une seconde pour réfléchir avant de répondre.

- Oui et non... avoua-t-il. Il y a trop de salles, trop de couloirs, trop de cul-de-sac... Le réseau de souterrains est trop grand pour que je me repère totalement, mais j'ai une vague impression qu'on doit continuer par-là. Après, si on arrive à un carrefour...

- Ca sera à moi de jouer.

- Exactement.

- Mais tu penses que...

- Aaaaaaaaaaaaaah !!!!

Le cri de Connor faillit soudain la faire bondir et elle lâcha un hurlement de surprise en écho au sien. Il s'était écarté si violemment qu'il manqua de trébucher et de rentrer dans Lacy, juste derrière lui. Devant eux, Nico avait immédiatement sorti son épée, alerte, tandis que Will cherchait le danger du regard. Tout d'abord, Lou Ellen ne comprit pas. Puis quelque chose lui frôla les jambes et elle découvrit...

- Une poule ? S'exclama-t-elle.

- Eloigne-la ! S'égosilla Connor. Mais virez-la moi de là !

Il courut presque se cacher derrière Lacy. Eberluée, Lou Ellen contempla la poule rousse qui se pavanait entre leurs jambes, le regard vite, en émettant des petits gloussement.

- Mes connaissances mythologiques ne vont pas jusque-là, commenta Nico en menaçant toujours la poule de son épée. C'est un monstre déguisé ?

- Je... je ne crois pas, répondit Will.

- Rah ! NON ! M'APPROCHE PAS !

La poule s'était dirigée vers Connor et sa réaction fut immédiate : il recula encore de plusieurs pas et se heurta au mur.

- Connor, c'est juste une poule, tenta-t-elle de le rassurer.

- Merci, je le vois bien ! C'est là tout le problème ! MAIS VA T'EN !

- Me dis pas que tu as peur des poules ?

Il lui jeta un regard torve.

- Ce sont des monstres, se contenta-t-il de dire.

Lou Ellen se rendit soudain compte qu'il était sérieux. Il était vraiment paniqué devant l'animal. Elle n'arriva pas à s'en empêcher : elle se plia de rire. Ses côtes protestèrent presque, pas encore remise de sa perte d'énergie tout à l'heure, mais c'était plus fort qu'elle. La scène était trop ridicule. Imperturbable, la poule continua à marcher en se dandinant et en gloussant.

Connor la fixa, l'air sincèrement angoissé.

- Je suis sérieux, dit-il d'une voix blanche, faites-la partir.

- Bouge pas, je vais la mettre ailleurs, proposa Will en se penchant pour attraper le gallinacé.

A peine eut-il soulever la poule dans ses bras que celle-ci se mit à battre des ailes, arrachant un énième cri de panique à Connor... puis elle disparut. A sa place, comme par magie, un serpent long et visqueux aux écailles d'un vert grisâtre se trouvait entre les mains de Will. Lou Ellen n'eut le temps que de cligner des yeux avant que Will ne lâche le serpent dans un cri d'horreur.

- Bordel ! Jura Connor. Mais qu'est-ce...

Sa voix fut couverte par la nouvelle clameur étouffée de Will qui rentra littéralement dans Nico en voulant s'éloigner de l'animal. Pour éviter de tomber à la renverse, Nico leva les mains par instinct et son épée s'écrasa au sol dans un bruit fracassant. Il rattrapa Will au niveau des hanches, le stabilisant sans doute plus longtemps que nécessaire, puis croisa le regard de Lou Ellen et s'écarta précipitamment. Elle fit mine de n'avoir rien remarqué.

- Rah, où est-ce qu'il est ? Paniqua Will.

- Il est là ! S'écria Lacy en pointant le serpent du doigt.

Lou Ellen baissa les yeux. Le serpent se confondait presque avec le sol et ondulait en sifflant, l'air de pas aimer du tout le dérangement. Elle n'en avait jamais vraiment eu peur et essaya de rester aussi immobile que possible pendant que Will semblait se forcer lui aussi à rester calme malgré son souffle haché. Elle se rappela brusquement que le serpent était l'animal ennemi d'Apollon.

- Ce n'est pas normal... qu'est-ce qui se passe ? S'interrogea-t-elle à voix haute.

- Alors demi-dieux, on s'amuse dans le Labyrinthe ? Fit une voix grave aux accents amusés et menaçants. Vous recherchez le grand frisson ?

- Où... ?

Ils se mirent à tourner sur eux-mêmes pour trouver la voix, mais personne ne se manifesta. Un mauvais pressentiment au creux de l'estomac, Lou Ellen porta la main à son collier. D'une simple pression, elle fit surgir son épée japonaise à trois lames. Les autres l'imitèrent et bientôt ils formèrent un cercle, tous sur leurs gardes.

- Montrez-vous ! Ordonna Nico.

- Oh vous ne le voulez pas vraiment, croyez-moi. Quoique, le divertissement serait mien. Depuis la défaite de Gaïa, je m'amuse énormément. Toutes ses peurs...

- Il fait apparaître nos peurs... comprit Lou Ellen.

- Pas n'importe lesquelles ! Ne nous trompons pas ! (La voix rit avec moquerie). Tiens, retentons un exemple. Que pensez-vous de ça ?

Rien ne se passa pendant une seconde et Lou Ellen se tendit, prête à affronter ce qui allait arriver, mais elle ne perçut qu'un léger bourdonnement. La réaction de Lacy fut instantanée : elle s'écarta violemment en hurlant et secouant ses cheveux. Ses mains s'agitaient dans tous les sens.

- Ahh ! Enlevez-la ! Enlevez-la !

Lou Ellen regarda avec horreur ce qui terrifiait la fille d'Aphrodite : ce n'était pas un « la ». C'était un « les ». Ou plutôt un essaim d'une dizaine d'abeilles qui tournoyaient autour de Lacy et se glissaient dans ses cheveux, près de son visage et de ses oreilles pour accentuer sa panique. Ses cris redoublèrent, stridents et glaçants.

- Pitié ! Pitié ! S'époumona-t-elle.

La scène n'avait plus rien de drôle comme avec Connor ou déroutante comme avec Will. Elle était juste effrayante.

- Arrêtez ! S'étrangla Lou Ellen. Arrêtez, laissez-la tranquille !

- Pathétique, observa la voix. Vous autres les humains, vous vous laissez submerger si facilement... (Il y eut un claquement sec et les abeilles disparurent). Si simple de vous mettre en déroute.

Pantelante, Lacy était d'une pâleur extrême et des larmes dévalaient ses joues. Will lui tendit le bras.

- Viens là, dit-il avec urgence et douceur à la fois.

Lacy ne se fit pas prier. Elle réintégra leur cercle et Lou Ellen passa un bras autour de ses épaules. Elle la sentait encore trembler contre elle.

- J'en ai assez de ses jeux d'esprits, maugréa Nico, agacé. Montrez-vous et battez-vous.

- Oh ne sois pas pressé, Roi Fantôme, ton tour va venir. Peut-être pas avec moi ceci-dit... Mais on pourrait encore tous apprendre à se connaître. Qui a d'autres peurs à partager avec les autres ?

- Ce ne sont pas des peurs ! Objecta Lou Ellen. Ce sont des tours de passe-passe ! Effrayer les gens avec des animaux, vous n'avez rien de mieux, vraiment ?

- C'est un défi, fille d'Hécate ?

Brusquement, une silhouette sortit de l'ombre. C'était un adolescent habillé d'un jean miteux, d'un t-shirt noir sur une veste en cuir cloutée, d'un bandana rouge autour du front et d'un couteau à la ceinture. Ses yeux brillaient d'un éclat enflammé. Littéralement. Lou Ellen frissonna. Il lui faisait penser à une version déformée et cruelle de Clarisse LaRue.

- Phobos, gronda Nico.

- Ah ma réputation me précède ! Enchanté, je suppose. Vous avez aimé mes cadeaux ?

- Il manquait une carte de vœux et un ruban, rétorqua Connor, dents serrées. On n'a pas peur de vous, arrêtez vos faux semblants.

- Oh voyons... Que dit le dicton ? Rien à craindre à part la peur elle-même ? Problème, demi-dieux : je suis la Peur. La peur panique même. C'est un peu ma spécialité. Vous savez, cette peur subite et violente, celle qui est impossible à réprimer et qui régit vos réactions par instinct... (Il sourit d'un air mauvais). La panique, c'est la perte de contrôle. Croyez-moi, il n'y a rien de mieux à voir qu'une armée en déroute. J'adorais accompagner mon père sur les champs de bataille.

- Votre... commença Will avant de comprendre. Arès... Vous êtes son fils.

- Et il n'est pas seul, déclara soudain une nouvelle voix.

D'un bloc, ils se tournèrent tous. Un autre adolescent venait de se joindre à Phobos. Il portait le même attirail que le premier, sans le bandana ni le couteau, mais ses muscles étaient bien plus développés. Une multitude de cicatrices couvrait sa peau.

- Demi-dieux, dit Phobos, je vous présente mon frère. Deimos.

- Si la panique vous a fait peur... Attendez de voir ce qu'est la terreur, menaça-t-il avec un rictus glaçant.

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Et voilà ! On se retrouve dans deux semaines, le 12 juillet. A partir de là je posterai toutes les semaines ^^ Vous pouvez même choisir le jour qui vous arrange, n'hésitez pas à me dire !
Charmimnachirachiva

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Charmimnachirachiva »

Coucou !
Je savoure enfin ma première journée de libre à rien faire et glander ! Et donc pour fêter ça j'ai décidé de rattraper toutes mes histoires en retard.
J'adore vraiment LPDH ! On s'attache aux personnages, les cinq sont super bien développés ! Que se soit Lou Ellen, Nico, Will, Connor ou même Lacy, je les adore tous ! Je trouve que Lacy apporte quelque chose en plus car c'est le seul perso que tu as crée (en tout cas dans les perso principaux) et elle complète super bien le groupe. Et évidemment Will et Nico sont juste trooop choupi ! tu les écris trop bien !
J'ai remarqué qu'il y a vraiment tout un travail autour des peurs de chacuns, entre Mélinoé et Phobos et Deimos, j'ai un peu l'impression que c'est le fil conducteur de l'histoire.
Et Lou Ellen et Connor ! Une pépite (parce que c'est pas cramé du tout qu'il vont finir ensemble (hum hum) :lol: )
Connor et les poules, ça a vraiment été un moment magique !
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Sûrement un de mes chapitres préférés à écrire, j'espère qu'il vous plaira ! Enfin surtout à Charmi :lol: Merci d'être là pour lire cette histoire ici, ça me motive de voir qu'il y a au moins une personne ^^

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Chapitre 13 : La terreur au fond du coeur

Il y avait plusieurs choses que Nico n'aimait pas dans la vie : les références de pop culture qu'il ne comprenait pas, les plats de légumes que Will s'acharnait à lui faire manger, le goût de la grenade... et surtout les brutes qui se permettaient de se moquer des plus faibles. Phobos et Deimos appartenaient à la dernière catégorie. Avec leur accoutrement et leur sourire cruel, ils irradiaient une énergie malsaine qui lui donnait envie de partir en courant, mais il resta fermement campé sur ses pieds. A ses côtés, il sentait encore les autres trembler. Phobos savait très bien ce qu'il avait fait car il souriait d'un air mauvais. Les animaux étaient souvent des peurs paniques classiques : serpent, abeilles, araignées... Seule la poule de Connor avait sans doute été peu conventionnelle même si le résultat était le même. C'était de la déstabilisation sournoise, un moyen de s'infiltrer dans leur tête. Et si sa rencontre avec Mélinoé avait réveillé en Nico une autre chose qu'il détestait, c'était bien que les dieux s'approchent de son esprit. Il n'avait pas besoin qu'un être divin vienne lui dire ce que tous demi-dieux savaient : c'était impossible de mener sa vie sans avoir peur de quelque chose. De la plus petite des créatures au plus sombre des secrets, la peur était naturelle. Phobos voulait seulement jouer avec eux, lui qui était incapable de ressentir autrement les émotions que de les expérimenter à travers les autres.

Visiblement, il n'était pas le seul à être énervé car une seconde plus tard Connor s'avança d'un pas, l'épée au clair. Le caducée gravé sur la garde de son épée étincela, éclairé par Will qui brillait toujours dans la pénombre.

- Bon, on ne va pas y passer la nuit, s'impatienta-t-il. On connait la rengaine : on se bat, on se gagne, on sort du Labyrinthe. Alors qui veut venir dire bonjour à ma lame le premier ?

Phobos et Deimos ne bougèrent pas, l'air amusé.

- Celui-là me fait rire, commenta Deimos. Tu ne veux pas lui remettre une poule ? Juste pour l'entendre crier comme une fillette encore un peu ?

Connor s'empourpra. Derrière lui, Lou Ellen renifla dédaigneusement.

- Insulte sexiste par-dessus le marché ! Faut passer au nouveau millénaire à un moment.

- Quoi ? Tu te sens délaissée, fille d'Hécate ? Toi aussi tu veux hurler un peu ? Nargua Phobos. De quoi as-tu peur ? Qu'est-ce qui te ferait paniquer ? Des insectes ? Des reptiles ?

- Votre visage est déjà pas mal dans le genre effrayant, rétorqua Connor. Et puis le bandana là... Vous sortez d'où ? West Side Story ?

Encore une référence que Nico n'avait pas, mais elle devait être drôle puisque les autres émirent un rire étouffé tandis que Phobos serrait les poings de colère. D'un geste fluide, il détacha le couteau à sa ceinture et le pointa vers Lou Ellen.

- On se moque de la peur seulement lorsqu'elle n'a pas d'emprise sur nous... dit-il avec lenteur. Attends un peu qu'elle agisse sur toi. Je la sens qui s'agite.

Loin dans sa mémoire, Nico crut se souvenir de Percy qui lui avait raconté sa rencontre avec les fils d'Arès lors d'une mission qu'il avait menée avec Clarisse. Et s'il se souvenait bien, il lui avait dit que Phobos pouvait convoquer les peurs les plus profondes d'un simple regard. Or, ses yeux étaient présentement fixés sur Lou Ellen qui ne détournait pas les siens par fierté. Nico voulut la mettre en garde. Trop tard.

D'un coup, Lou Ellen blêmit. Ses yeux s'étaient voilés, comme si elle n'était plus vraiment avec eux dans le Labyrinthe.

- Comment... ? Il... Non, il n'est pas là, il ne peut pas...

- Bien sûr que si, il est juste là, siffla Phobos. Regarde, il est devant toi. Et il n'est pas seul.

Aussitôt, Lou Ellen se mit à reculer. Sa tête faisait la navette entre plusieurs côtés de la pièce, comme si des dizaines de personnes venaient de surgir de nulle part. Nico comprit que c'était vraiment ce qu'elle croyait voir. Phobos pouvait faire apparaître les peurs les plus génériques sous la forme d'animaux, mais il ne pouvait pas contrôle d'illusions plus précises sur eux tous. Pour l'instant, seule Lou Ellen était captive de son regard enflammé. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles avec force, effrayée.

- Faites-les taire ! Hurla-t-elle.

- Il n'y a personne, dit Lacy en tendant une main vers elle. Lou Ellen ? Ne t'inquiète pas...

- Ça ne sert à rien, l'interrompit Phobos avec un rictus cruel. La peur n'a pas besoin d'être réelle. Elle est dans sa tête, comme toutes les peurs. Je ne fais rien à part les ramener à la surface.

- Mais...

La protestation de Lacy fut couverte par le cri de rage de Lou Ellen qui recula encore un peu plus en agitant son épée japonaise. Elle semblait vouloir repousser des ennemis invisibles. Nico poussa Will sur le côté avant qu'il ne se fasse décapiter.

- Allez-vous en ! Cria-t-elle. Laissez-moi tranquille, je ne vous écoute pas !

- Pour quelqu'un qui n'écoute pas, tu entends pourtant très bien, assura Phobos. Attends, je tends l'oreille aussi... Oh, ce sont des vilains mots qu'ils prononcent. Mais maintenant qu'ils le disent, tu ressembles effectivement à un mélange entre un fantôme et un vampire. Je ne voudrais pas jouer avec toi non plus.

Son faux air contrit fut gâché par le plaisir évident qui perçait dans sa voix et Nico comprit enfin ce qu'il était en train de montrer à Lou Ellen. Il se rappela les paroles de Mélinoé sur les fantômes qui la hantaient. Des enfants qui la traitaient de sorcière, de fille bizarre ou anormale... Ce n'était pas difficile de deviner ce qui lui faisait peur. Nico était le premier à le savoir : être rejeté par les autres était la pire des souffrances quand on était enfant. Il se demanda combien de camarades de classe Lou Ellen voyait à cet instant. Une dizaine ? Plus ? Elle devait se sentir assaillit de toutes parts.

Les nerfs à vif, Nico allait faire signe à Connor pour qu'ils se jettent tous les deux sur Phobos et mettent fin à cette comédie lorsque le visage de Lou Ellen se décomposa soudain.

- Pourquoi... ? Où est-ce qu'ils sont partis ?

- Tu ne croyais pas que j'allais m'en tenir à des peurs de petite fille ? Se moqua Phobos. Non, ça ne serait pas drôle. La peur peut se déformer avec le temps, tu ne le savais pas ? Laissons tes camarades de classes de côté, il y a quelqu'un de bien plus intéressant...

Il parut jubilé. Nico se contracta, tendu, et regarda à nouveau Lou Ellen. Elle hoqueta de surprise, puis parut perplexe un instant. Elle cligna des yeux comme si elle émergeait d'un long rêve. Will et Connor se jetèrent sur elle. Le premier attrapa son poignet pour prendre son pouls.

- Tu vas bien ? Fit Connor, inquiet.

- Je... Je crois. Il y avait Bobby Sharmer et Stacy Hozier et Yasmine Lhan... Ils disaient...

- Ce n'était pas réel, rassura Lacy.

- Respire calmement, ordonna Will.

- Et regarde-moi.

Nico se retourna. Ce n'était plus la voix de Phobos. Ce n'était même plus Phobos devant eux. Là où il se tenait il y a quelques secondes – le temps durant lequel ils s'étaient concentrés sur Lou Ellen – se trouvait désormais...

- Cecil ?

Cecil Markowitz se tenait à quelques mètres d'eux, identique au jour où il l'avait laissé à la Colonie avec son t-shirt orange, son menton pointu et ses cheveux chocolat. Seul son air malicieux avait été remplacé par une froideur glaçante. Nico gronda. Il aurait dû se douter que même en tant que dieux mineurs, les fils d'Arès pouvaient changer de forme. Et le faux Cecil-Phobos regardait Lou Ellen droit dans les yeux.

- J'ai bien réfléchi, tu sais, dit-il en s'avançant, implacable. Bobby, Stacy et Yasmine ont raison. Partout où tu vas, il se passe des choses bizarres. T'es jamais normale ! Avec ta magie, là. Je n'ai pas oublié les accidents qui sont arrivés ! Tu m'as transformé en cochon un jour ! Tu as failli faire tomber une brique en lévitation sur Will !

- Je... mais je ne voulais pas...

- On a essayé de rester avec toi par pitié, mais vraiment on n'en peut plus ! Martela Cecil d'une voix tranchante que Nico ne lui avait jamais entendu.

Lou Ellen battit des paupières. Elle semblait au bord des larmes.

- Faudrait vraiment que tu nous laisses tranquille maintenant. Je ne vois même pas pourquoi on a donné un bungalow aux Hécate. Tu me diras au moins, on ne t'a plus dans le nôtre ! Connor n'en pouvait plus de toi !

La dernière phrase, crachée avec autant de venin que Phobos pouvait apparemment mettre dans la bouche de Cecil, fut celle de trop. Lou Ellen émit un sanglot.

- Ok on arrête-là, vous ne parlerez pas pour moi, surtout pour dire ce genre de conneries, s'énerva soudain Connor.

Il leva son épée et l'abattit sur Cecil sans même hésiter. Phobos dut voir le coup venir car il se dissout brusquement sous forme d'une fumée rouge sanglante et se reforma sous sa véritable apparence quelques mètres plus loin, épaule contre épaule avec Deimos qui ne faisait qu'observer depuis tout à l'heure.

Nico ne leur laissa même pas le temps de recommencer leurs jeux d'esprits. Son seuil de patience et de tolérance étaient dépassés. Si le combat ne pouvait pas être évité, qu'il en soit ainsi. Il se jeta sur eux, Connor dans son sillage.

- Eh le biker en carton ! Apostropha celui-ci. Viens un peu par-là !

Sans même se concerter, ils visèrent chacun un frère : Nico se retrouva avec Phobos. Avec force, il tenta de lui asséner un coup au niveau du ventre, mais le dieu se décala et s'empara de son couteau. Ce n'était pas les combats que Nico préférait : un poignard contre une épée amenait toujours un déséquilibre. Ils n'avaient pas la même portée et même si Nico avait un avantage, Phobos pouvait se montrer sournois. Il repartit à l'assaut. Leurs lames se rencontrèrent, vibrant presque. La force du coup remonta le long de l'épaule de Nico et il grimaça. S'il avait eu un doute, Phobos venait de lui prouver que malgré son apparence de « biker en carton », il était bien un dieu. Et il avait la force qui allait avec. Le bras douloureux, il recula d'un pas pour se donner quelques secondes du répit et une flèche siffla au-dessus de lui droit sur Phobos. Il la dévia de sa trajectoire en l'écartant avec le plat de sa lame. Nico jeta un coup d'œil derrière lui : Will encochait déjà une nouvelle flèche tandis que Lacy arrivait vers lui pour lui prêter main forte. Lou Ellen, encore pâle, vacillait sur ses jambes mais elle se dirigea malgré tout vers Connor.

- Reste près de moi et garde toujours un de tes poignards, ordonna Nico dès que Lacy fut à ses côtés.

- Compris !

- Oh tiens donc, la graine d'amour nous rejoint ! Alors ma jolie, prête à m'affronter ?

A sa décharge, Lacy ne se démonta pas. Elle fixa Phobos en prenant soin de ne pas le regarder directement dans les yeux.

- S'il y a une personne qui peut faire flancher Arès, c'est Aphrodite, se vanta-t-elle. La peur devrait changer de camp.

- Oh mais elle a du cran ! Allons-y demi-dieux !

Il leur jeta sans prévenir son poignard avec la force d'un avion qui décolle. Ils ne purent que s'écarter pour l'éviter et Nico roula sur lui-même, manquant de déraper sur le sol en terre battue du Labyrinthe. Will s'était décalé de l'autre côté de la pièce pour avoir un meilleur angle tir et sa lumière portait moins. Comme si affronter le dieu de la peur n'était pas déjà assez difficile sans y ajouter une visibilité réduite.

L'adrénaline le propulsa à nouveau sur ses jambes et il se redressa. En misant sur l'élément de surprise, il porta un coup en arc de cercle vers les jambes de Phobos. Le dieu ne parvint à l'éviter qu'à moitié et l'épée lui mordit la cheville, entaillant la peau. Un filet d'ichor doré s'écoula de la plaie.

- Du fer stygien, reconnut-il. Efficace. Laisse-moi deviner, tu es le fameux fils d'Hadès ? Bien dommage, j'ai une dent contre les enfants des Trois Grands. La faute à cet insupportable fils de Poséidon.

Pour la énième fois dans sa vie, Nico se retint de rouler des yeux et de maudire Percy Jackson. C'était bien sa veine. A croire que Percy avait mis en colère tous les dieux de l'univers.

- Vous allez voir, dit-il, je ne suis pas aussi conciliant que lui.

L'image des larmes de Lou Ellen toujours à l'esprit, Nico attaqua une troisième fois. Il savait au fond de lui qu'il dépensait son énergie en vain : il ne pourrait pas battre Phobos en combat singulier. Mais il pouvait lui faire du tort, juste pour lui apprendre ce que ça faisait de s'attaquer à des demi-dieux. En retenant un cri de rage, il fit tournoyer son épée et visa directement Phobos à la gorge. Celui-ci joua encore une de ses pirouettes et se déroba avant de se tourner vers Lacy. Visiblement, il l'avait identifié comme un maillon faible et son regard étincela soudain comme s'il venait d'avoir une idée.

- Vous savez que la peur n'est pas mon seul attribut ? Il y a aussi la colère. Et si on la faisait un peu entrer dans la danse ?

D'un souffle, il émit une sorte de brume grisâtre de sa bouche et Nico tenta de reculer, déstabilisé, mais la fumée l'atteignit malgré tout en pleine tête tout comme Lacy. La colère qui grondait en lui depuis l'apparition de Phobos explosa. Son défaut avait toujours été la rancœur. Bianca l'avait mis en garde à une époque et il avait sincèrement essayé de travailler dessus. Il s'était amélioré, il avait pardonné à Percy et s'était ouvert aux pensionnaires de la Colonie qui l'avaient tant rejeté. Pourtant, en une seconde, ses émotions se réveillèrent avec la puissance d'un tremblement de terre. Il détesta Phobos de tout son être, lui qui utilisait les peurs individuelles de chacun pour les manipuler. Sa vision se troubla d'un voile rouge et il chargea à nouveau.

Phobos ne chercha pas à l'éviter cette fois-ci. Au contraire, il le laissa l'atteindre. Aveuglé littéralement par sa rage de vaincre, Nico ne vit pas le coup venir. Phobos leva son poing sans même faire l'effort de se servir de son couteau. Une seconde plus tard, Nico se retrouva à terre, le torse douloureux. Il haleta, le souffle coupé, et se renversa sur le dos.

- Nico ! Hurla Will.

Une flèche se ficha dans l'épaule de Phobos. Il recula, mais ne tressaillit pas et se contenta d'attraper la hampe de la flèche avant de la briser.

- La lampe torche commence à m'ennuyer ! Viens donc ici, petit, au lieu de te cacher derrière ton arc. Sois moins lâche que ton père !

Il amorça un pas dans la direction de Will. Nico se remit sur ses genoux et ses côtes protestèrent.

- Non...

- Eh ! M'oublies pas ! S'écria soudain Lacy.

Dans un tourbillon de cheveux blonds, elle s'élança vers Phobos, ses deux poignards en bronze dégainés. Le dieu émit à nouveau son souffle de colère et la fumée grisâtre veinée de tâches noires s'enroula autour de Lacy. Elle se contenta de la traverser.

- Il n'y a rien qui met plus en colère que l'amour, assura-t-elle. N'espérez pas que ça fonctionne sur moi.

De là où il était – c'est-à-dire toujours pathétiquement au sol – Nico vit Lacy lancer ses deux poignards en même temps. Il retint un juron. Il lui avait bien dit d'en garder un avec elle. Pourtant, sa stratégie porta ses fruits partiellement : si Phobos réussit à dévier un des poignards, il se prit le second en pleine poitrine. Un cri de douleur s'arracha de sa gorge alors qu'une fleur dorée s'épanouissait sur le devant de son t-shirt. L'ichor coulait avec abondance, même si ce n'était certainement pas assez pour le mettre hors d'état de nuire.

Plus à droite, Lou Ellen et Connor se battaient contre Deimos à coups d'épée et de magie. A intervalle régulier, Will décochaient ses flèches. Nico se releva. Son esprit s'était éclaircit et il raffermit sa prise sur la garde son épée. Son mouvement attira l'attention de Phobos. Ce fut son erreur. Soudain, leurs yeux se rencontrèrent et Phobos vit. Nico le sentit immédiatement. Le fils immortel d'Arès vit ses peurs, celles cachées et celles en surface. C'était son essence divine même qui rencontrait la sienne. Un rictus se dessina avec délectation et lenteur sur le visage de Phobos.

- Oh... Celui-ci est intéressant, dit-il d'une voix traînante. Deimos, je crois qu'on a trouvé le sujet parfait !

- Vraiment ? Tant mieux, ces deux-là commençaient à m'ennuyer !

D'un revers, Deimos envoya valser Connor et Lou Ellen. Ils poussèrent un cri de stupeur et furent propulser contre Will un peu plus loin. Ils s'écroulèrent tous les trois au sol dans un amas de membres, à moitié sonnés. Nico déglutit alors que les deux frères se rapprochaient de lui.

- Lacy... Recule.

- Non, je ne te laisse pas...

- Va aider les autres, ordonna-t-il, implacable. Maintenant !

- Mais...

- Lacy !

La petite fille sursauta. Elle lui jeta un regard paniqué, puis fit la navette entre Deimos et Phobos avant d'obtempérer. Tremblante, elle les contourna et se précipita vers leurs amis. Les deux dieux la laissèrent s'éloigner sans même lui accorder leur attention.

- Tu sens toutes ces peurs qui s'agitent en lui ? Apprécia Phobos, l'air avide. Oh fils d'Hadès, je retire ce que j'ai dit. Tu seras l'exception parmi les enfants des Trois Grands.

Nico recula d'un pas. Il savait évaluer un combat et reconnaître quand il était en mauvaise posture. Il avait réussi à échapper partiellement à Mélinoé mais il réalisa à cet instant qu'il ne pourrait pas empêcher les fils d'Arès de rester hors de sa tête. Et Phobos avait raison : ses peurs étaient nombreuses, elles hantaient ses cauchemars depuis des années. Ils auraient l'embarras du choix.

- Je ne sais même pas par quoi commencer, dit Phobos. Oh peut-être... Comment s'appelle-t-il ? Bryce Lawrence ?

L'estomac de Nico se retourna. Nerveux, il osa dévier son regard vers les autres qui commençaient à retrouver leurs esprits avec l'aide de Lacy.

- Non...

Mais Phobos avait déjà changé de forme, aussi vif qu'une peur qui s'emparait d'un corps. Désormais, en face de lui, se tenait Bryce Lawrence avec son air sadique et son t-shirt violet du Camp Jupiter. Son nez cassé accentuait la perversité de son sourire cruel. Nico recula encore, le cœur au bord des lèvres.

- Qu'est-ce que tu as, Di Angelo ? Ne me dis pas que tu as peur de moi maintenant ? Le nargua-t-il. Après ce que tu m'as fait ?

- Tu n'es pas réel...

- Réel ? Non, effectivement, confirma Bryce. Mais tu t'en es assuré, n'est-ce pas ? A cause de toi, je ne suis plus rien ! Même pas un fantôme à proprement parlé. C'est ce à quoi tu m'as condamné : un être sans langue et sans mémoire. Je ne suis même pas vraiment mort, tu m'as juste fait disparaître. Tu t'en souviens non ?

Justement, non. Nico s'en souvenait à peine. Il se rappelait seulement la rage immense qui l'avait envahi, aussi forte qu'il y a quelques minutes lorsque Phobos l'avait provoqué. Mais sa rage à l'époque n'avait pas été fictive ni manipulée. Elle avait été brute, impitoyable, sans nuance ni mesure. Dictée par la peur de perdre Reyna après avoir déjà perdu tant de personnes.

- Qui es-tu ? Reprit Bryce en avançant encore de quelques pas. Ce sont les dernières paroles que tu m'aies adressées avant d'envoyer mon âme aux Enfers. (Il pencha la tête sur le côté et son sourire disparu, remplacé par une expression effrayante et glaçante). Je te retourne la question, fils d'Hadès. Qui es-tu ? Toi qui te prétends le Roi Fantôme répandant la justice. Qui es-tu pour m'avoir effacé ?

- Tu t'étais dérobé à ton châtiment...

- J'agissais sous les lois de Rome ! Objecta Bryce avec force. Mais toi ? De quel droit tirais-tu tes pouvoirs ?

- De quoi il parle ?

Ils tournèrent tous la tête. Remis sur leurs pieds, ses amis le dévisageaient. C'était Will qui venait de poser la question. Nico en eut la nausée et, plus que jamais, il voulut se fondre dans les ombres. Echapper au souvenir de Bryce.

- Il ne sait pas ? Jubila Deimos. Oh, ça va devenir divertissant. Allons, fils d'Hadès, c'est l'occasion ! Dis-leur !

- Il n'y a rien à dire, se déroba-t-il. Bryce Lawrence est là où il doit être.

Même pour lui, sa voix manquait de conviction. Deimos ne manqua pas de le remarquer et son visage couturé de cicatrices s'anima en un sourire froid.

- Si tu le pensais vraiment, fils d'Hadès, tu n'aurais pas aussi peur d'un simple souvenir. Tu n'aurais pas aussi peur de ce que tu as infligé à Bryce Lawrence. Imagine ce qu'il a dû ressentir en sentant son corps se dissoudre et s'enfoncer dans la terre. Imagine la sensation de devenir aussi évanescent que les ombres et aussi insignifiant que la poussière. (Il marqua une pause et le dévisagea avec gravité). Mais peut-être le sais-tu après tout.

Nico eut l'impression de perdre pied. Alors même que Phobos reprenait sa véritable apparence et que le spectre de Bryce disparaissait, il sentit sa respiration s'accélérer, difficile. Et alors qu'il baissait les yeux, il réalisa que ses mains étaient transparentes. Les ombres s'étaient enroulées autour de lui, masquant sa vue, l'entourant dans les ténèbres. Le Labyrinthe n'était plus là, il n'y avait que lui. Mais même lui n'était plus vraiment là. Il disparaissait. Sous ses yeux, ses mains et ses bras se fondaient dans les ombres. Sa peau en prenait la consistance, sombre et translucide comme du verre fumé. La panique l'envahit. Il était en train de se dissoudre. Exactement comme il avait dissout Bryce. Exactement comme il avait manque de se dissoudre tant de fois en transportant l'Athéna Parthénos.

- Non, s'étrangla-t-il. Non... non...

- Peur du noir, fils d'Hadès ? Railla la voix de Phobos. Ô combien ironique. Que dirait ton père ?

- Je suppose qu'il va bientôt le savoir en le rejoignant, commenta Deimos.

Les deux frères ricanèrent. Nico, lui, tenta de s'accrocher. Il se concentra sur ses sensations pour s'ancrer au monde des vivants, mais son corps continuait à disparaître. Il ne voyait toujours rien, coincé dans l'obscurité. Il tomba à genoux.

- Arrêtez ! Non !

- Au moins tu ne seras pas dépaysé aux Enfers. Dommage que ta sœur ne t'y ait pas attendu. Même dans la mort, elle t'a abandonné. Triste sort.

- Je vous interdit de parler de Bianca ! S'écria-t-il, la gorge étouffée par les larmes.

- Tu n'es pas en position de nous ordonner quoique ce soit, fils d'Hadès. Tu n'es déjà pratiquement plus.

Deimos avait raison. Il ne faisait qu'un avec les ombres dans lesquelles il avait si souvent voyagé. Désespéré, il planta ses ongles dans la terre, comme pour s'accrocher dans une dernière tentative. Autour de lui, les ténèbres se faisaient de plus en plus épaisses, inexorables. Elles n'avaient rien de réconfortant, elles représentaient le néant... Il ne reverrait plus jamais Hazel, Jason, les pensionnaires de la Colonie, Will...

- Will... murmura-t-il.

Le prénom chuchoté se suspendit sur ses lèvres. Comme en écho, il entendit soudain :

- Nico ! Nico ! Ecoute-moi !

- Will !

- Ce n'est pas réel ! Nico !

Les paroles ne prirent pas sens dans son esprit embrumé. Son esprit avait aussi peu de consistance que son corps.

- Les ombres... il n'y a que les ombres... murmura-t-il.

- C'est faux ! Nico, je t'en supplie, reviens !

La voix de Will résonnait de très loin. Sa seule réalité était les ombres : sa main se confondit entièrement avec elles. Il ne disparaissait pas. Il avait disparu.

- Assez ! J'ai dit assez ! Laissez-le ! MAINTENANT !

Brusquement, un point de lumière apparu au loin. Nico releva la tête et fixa ce point à l'horizon ; la seule chose qui tranchait avec l'obscurité qui l'entourait tout entier. Puis le point devint un rayon. Le rayon se transforma en halo lumineux. Les ombres reculèrent. Et Nico vit son corps réapparaître progressivement. Plus la lumière gagnait du terrain, plus il se sentait revenir à lui. Il expira avec force, haletant, et plissa même les yeux, aveuglé.

Une silhouette se découpa soudain en contrejour. Et Will fut devant lui, agenouillé à sa hauteur, le corps irradiant une lueur aussi puissante qu'un mini soleil et les mains fermement agrippées à ses épaules. Il les sentait à travers ses vêtements. Il ressentait à nouveau les choses autour de lui.

- C'est bon, regarde, tu es là. Nico ?

Sa voix dérailla.

- Will ? Croassa-t-il.

- C'est moi. Je te promets que tu es là. Respire.

- Will...

Il s'effondra contre lui. Leur corps rentra en collision et soudain Will fut partout. Il l'entoura de ses bras, le serra contre lui, enfouit sa tête dans son cou. Il pouvait sentir son souffle. Nico émit une sorte de sanglot, épuisé. Il tremblait tellement fort que Will dût resserrer sa prise.

- Tout va bien, c'est terminé. Chut, ça va aller... murmura-t-il en passant une main dans ses cheveux. Ça va aller.

- Phobos ? Deimos ? Articula-t-il.

- Ils sont partis, assura Will. La peur et la terreur ne durent qu'un temps, ils ont eu ce qu'ils voulaient. Arès ne doit pas aimer les voir traîner dans le Labyrinthe trop longtemps. (Il descendit sa main le long de sa nuque et effleura doucement la base de ses cheveux dans un va et vient apaisant). Tout va bien. Comment tu te sens ?

- Je... je ne sais pas, avoua-t-il honnêtement, trop fatigué pour mentir.

- C'est normal, tout va bien.

Avec délicatesse, Will changea de position et s'assit à même le sol, l'entraînant avec lui sans relâcher son emprise. Nico suivit le mouvement et cala sa tête contre la clavicule de Will. Il pouvait entendre son cœur battre et en ressentir les pulsations. Elles correspondaient à son propre cœur palpitant à l'intérieur de sa poitrine. Il avait envie de le supplier de ne pas le lâcher, mais son esprit commençait à s'éclaircir et il n'osa pas. Plusieurs secondes passèrent ainsi, peut-être même des minutes... Il retrouvait ses sensations au rythme des battements. Puis, finalement, Will brisa le silence, sa bouche si proche de son oreille qu'il n'eut pas à parler plus haut qu'un murmure.

- Ça va ? Tu te sens mieux ?

Nico hocha la tête avec précaution. Lentement, il s'écarta du corps si stable de Will et lui fit face. Il réalisa alors que Will pleurait. Ou du moins, il avait les yeux rouges et des larmes s'accrochaient à ses cils. Perplexe, Nico porta la main à sa joue.

- Pourquoi... ? Murmura-t-il.

Il n'arriva pas à terminer sa question. Will émit un bruit étouffé.

- Pourquoi ? Répéta-t-il, incrédule. Par les dieux, Nico !

Il l'attira à nouveau contre lui et Nico n'aurait pas su dire lequel des deux tremblait le plus. Puis, il se recula aussi sec.

- T'as besoin d'ambroisie, s'exclama-t-il brusquement. Et de nectar. Bon sang... Mon sac ? Où est... ?

- Tiens, juste là.

Une main tendit alors le sac à dos de Will. Juste comme ça, leur bulle se brisa. Elle éclata aussi soudainement que la conscience de Nico revint le frapper de plein fouet. A moins d'un mètre d'eux, Connor, Lacy et Lou Ellen étaient agenouillés, groupés les uns contre les autres. Ils avaient tous le teint aussi pâle que les fantômes de Mélinoé et une lueur hantée brillait dans leurs yeux.

- Qu'est-ce que... qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda Nico.

- Rien, répondit Will avec trop d'empressement. Tiens, prends ça.

Il lui fourra de force une gourde de nectar dans les mains. Nico la porta à ses lèvres mécaniquement et un goût sucré s'écoula dans sa gorge sèche.

- Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Insista-t-il après avoir avalé sa gorgée. Je... je ne voyais rien...

- On s'en est rendu compte, admit Connor. C'était comme les illusions que Phobos avaient montré à Lou. Tu étais le seul à les « voir ».

- On a essayé de charger tous en même temps, raconta Lou Ellen. Pour le faire cesser. Mais ça n'a pas marché. Phobos est resté concentré sur toi pendant que Deimos s'en prenait à nous.

- Lou Ellen, intervint Will d'un ton dur. Arrête, il n'a pas besoin de...

Nico le coupa.

- Qu'est-ce que Deimos à fait ?

- Ce que Deimos sait faire, lâcha Connor. Terroriser. (Il exhala, tremblant). Phobos ne peut se concentrer que sur une personne à la fois... Deimos peut manipuler plusieurs personnes. C'est le propre de la terreur. Et il a été puiser dans ce qu'il avait sous la main...

- Comment ça ?

Lacy se mordit la lèvre. Des traces de larmes à moitié séchées maculaient ses joues rosées.

- Phobos avait déjà une emprise sur toi... dit-elle. Deimos n'a fait que venir piocher dans ta tête ce dont il avait besoin. Et il s'en est servi sur nous.

Un mauvais pressentiment germa en Nico. Alors que le nectar faisait effet, il commença à se sentir mieux et se redressa un peu. Ce ne fut à cet instant qu'il se rendit compte que le sol autour de lui était noirci et son cœur dévala dans sa poitrine. Un cercle de terre brûlée l'entourait, comme si ses pouvoirs s'étaient échappés de son corps. Il avait fait ça... il avait ça sans s'en rendre compte. Will suivit son regard.

- Ce n'est rien, rassura-t-il.

- Mais...

- Je suis tellement désolée, Nico, lâcha brusquement Lou Ellen, comme incapable de retenir les mots au creux de sa poitrine. Par les dieux, ça a dû être affreux... je n'imaginais pas...

- Quoi ?

Mais elle ne répondit pas tout de suite. Les larmes lui étaient remontées aux yeux et elle les essuya d'un revers de la main. Connor passa un bras autour de ses épaules avant de se râcler la gorge.

- Comme on disait, Deimos n'a pas été loin pour chercher une idée de terreur. Il s'est servi de toi...

- Je ne comprends pas...

- Le Tartare, révéla Will d'une voix sourde sans le regarder directement. Il nous a montré pendant quelques secondes le Tartare.

Le nom frappa Nico avec autant de force que les coups de Phobos. Il se figea. Non, ce n'était pas possible... Il refusait que ses amis – que Will – aient été exposé à l'horreur du Tartare ne serait-ce que pour quelques secondes. Pourtant, leur expression ne mentait pas.

- C'étaient seulement des aperçus fugaces, expliqua Lou Ellen, la voix instable. Mais c'était l'endroit le plus affreux que j'ai jamais vu... Le fait que tu ais survécu là-dedans tout seul... Et Percy et Annabeth... Di Immortales, je ne sais pas...

Elle ne termina pas sa phrase. Près de lui, Will glissa sa main dans la sienne et Nico n'eut pas la force de la retirer. Sentir la peau de Will contre la sienne était aussi efficace qu'une ancre.

- Je ne voulais pas... je suis désolé... s'excusa-t-il. Vous n'auriez jamais dû voir ça...

- Désolé ? Répéta Connor. Bon sang, Di Angelo ! Tu n'as pas à... Rah !

Il jeta ses mains vers le ciel, exaspéré. Lacy sourit, plus indulgente.

- On ne t'en veut pas, c'est ce qu'il essaye de dire, traduisit-elle. Ce que tu as vécu, c'est horrible. Tu n'aurais jamais dû vivre ça. Mais ne t'inquiète pas, Will nous a sorti de l'illusion assez rapidement. Sa lumière était plus puissante.

- La meilleure torche du monde, dit Connor avec conviction. Mieux que celles d'Hécate. D'ailleurs, on devrait abandonner la quête et juste lui louer Will.

Tout le monde éclata de rire. Embarrassé, Will se contenta de se passer une main dans les cheveux. Il avait cessé de briller, mais quelqu'un avait enfin trouvé la torche électrique qui les éclairait actuellement. Nico se demanda comment il avait fait pour ne pas le remarquer avant.

- Bref, après qu'on se soit sorti de l'illusion, on a vu que Phobos t'avait toujours sous son contrôle, continua de raconter Lou Ellen. Ça devait faire plusieurs minutes... Alors on a concentré nos forces. Quand Will a réussi à t'atteindre, Phobos et Deimos ont décidé qu'ils en avaient assez fait. Ils sont partis en nous donnant juste une indication assez étrange... Mais je crois que ça va nous aider à savoir où aller.

- Sérieusement ?

Will leva les mains, interrompant Lou Ellen.

- Avant d'aller où que ce soit, on devrait reprendre des forces... Nico, on devrait aussi parler de...

- Non.

Son refus avait fusé, catégorique, et Will sembla blessé. Nico soutint son regard. Il ne voulait pas parler de ce qui venait de se passer.

- Nico, je pense vraiment que... Je veux dire, je ne sais pas qui est Bryce Lawrence, ni pourquoi Phobos t'a montré les ombres mais c'est assez évident qu'il faudrait que tu en parles...

- J'ai dit non, refusa-t-il.

Par les dieux, il ne pouvait pas avouer ce que ses peurs impliquaient... Pas à Will...

- Nico...

- Laisse tomber, Will !

Quelque chose claqua au creux de son ventre. Autour d'eux, le cercle de terre noirci s'agrandit soudain et tout le monde se figea. Connor déglutit.

- Ok, on devrait peut-être... se calmer ? Et voir ça plus tard ? Proposa-t-il

- Bonne idée ! Approuva Lou Ellen.

- Ouais, voilà... marmonna Nico. C'était quoi alors l'indication ?

- De trouver les Dactyles dès qu'on sortirait du Labyrinthe. Qu'ils nous donnaient l'information parce qu'on avait été des bons sujets réceptifs à la peur et à la terreur... des bons divertissements en somme. Et apparemment, malgré tout leurs torts, ils sont du côté d'Hécate. Donc voilà... je ne sais pas à quel points ils sont fiables, mais... on a une piste !

Nico hocha la tête. Ils avaient un but. C'était suffisant pour lui.

- Parfait, dit-il. Sortons d'ici.

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Alooors ? J'avoue votre avis me tient à coeur parce que j'ai vraiment adoré écrire ce chapitre !

En tout cas on se retrouve lundi prochain puisque maintenant je posterai toutes les semaines durant l'été ^^
Noelle2-0

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par Noelle2-0 »

Hello!
Je suis désolée de commenter aussi tardivement alors que j'étais là depuis le début, mais je voulais attendre d'avoir assez de matière pour te faire un commentaire à ma sauce. Pas forcément la meilleure des idées vu le peu de réactions que tu as, j'en conviens, mais bref.

J'aime vraiment beaucoup. Voilà, comme ça c'est acté. Je suis ravie de voir une fanfiction sur pj qui a l'air d'aller quelque part, et qui colle vraiment bien à l'univers. Je retrouve vraiment ici « l'esprit pj », ce petit côté « ah, on a un truc énorme à faire, et on sait pas où aller, ni rien du tout ? Bon, bah allons nous balader et cogner des monstres en espérant obtenir des indices ! ». D'accord, j'exagère :lol: , tes personnages ont des pistes logiques qui ne tombent pas du ciel (dans pj aussi bien sûr), mais dans les deux cas j'ai cette impression qu'ils y vont un peu au petit bonheur de la chance, et pour moi ça montre que tu retranscris très bien l'univers.

Bien sûr, ton écriture y est pour beaucoup, comme pour tes autres écrits c'est un plaisir à lire, c'est fluide, imagé, avec des dialogues vraiment fun et naturels. Une de tes questions sur Ilevermorny (argh, faut que je réponde à ça aussi) portait sur ta progression entre atdm et maintenant il me semble, et en relisant un peu le début de atdm, je ressens une sorte de « rigidité » dans l'écriture, un léger manque de naturel, de personnalité dans l'écrit et surtout dans les dialogues. Ça s'estompe au fur et à mesure, mais on voit bien que tu as perfectionné tout ça, et maintenant tu maîtrises très bien les dialogues et les conversations entre plusieurs personnages. Toutefois, et c'est ma seule critique aujourd'hui, j'ai un peu de mal avec le pdv. Je sais que tu aimes bien changer de tête, et ça apporte un vrai plus, mais la contrepartie, pour moi en tout cas, c'est que j'ai plus de mal à m'immerger complètement parce que je passe sans cesse d'un perso à l'autre. Après, c'est pas bien méchant, si ça se trouve c'est moi qui manque de concentration en lisant ou je sais pas quoi.

Comme je disais, avec ce type de pdv, on peut vraiment creuser correctement tous les personnages et les relations entre eux, et c'est ce que je préfère. On voit que tu as réfléchi aux interactions par deux, type Connor-Lou, Will-Lacy (que j'aime bien parce qu'ils cassent le côté « on discute que par paires pré-définies» qui s'installe parfois dans ce type d'écrit où on suit un groupe), ou Will-Nico, sur lesquels tu fais un travail énorme. Mais au-delà des paires, l'alchimie du groupe se construit peu à peu, et ça se voit même dans les détails, avec tout le monde qui garde toujours un œil sur Lacy par exemple. De manière plus général, les persos ne se retrouvent pas coincés dans une position clichée (le comique, l'isolé, le leader, le mec sympa, etc.), en sortent (Connor est drôle, oui, mais pas tout le temps), ou tentent d'en sortir, ce qui en fait un enjeu intéressant (Nico joue effectivement l'isolé pour l'instant). D'ailleurs, oui le dernier chapitre sur Nico est très bien, c'est bien de voir qu'il a beau jouer le rôle qu'il veut, il est pas guéri, il en a trop bavé, et il était temps que les autres en prennent pleinement conscience histoire de le bouger un peu de son déni/oubli volontaire. Bref, beaucoup de nuance, de travail là-dessus, et le résultat vaut le détour, c'est vraiment le point fort ici, et je serais bien en peine de dire quelle relation ou même quel perso je préfère (eh, ça change d'un chapitre à l'autre. Maudit changement de pdv, mon cœur va pas y survivre :lol: ). Pour l'instant, pour approfondir les persos on est beaucoup passé par leurs peurs (la poule de Connor, j'en riais déjà dans la cour des miracles. C'est parce qu'il a trop écouté Naheulbeuk tout ça), leurs blessures, et c'est très intéressant, ça permet vraiment de les cerner sous un autre angle, pas juste à travers leurs actions. Grâce à ça, on découvre chez chacun un potentiel d'évolution, et j'ai hâte de le voir éclore.

Pour ce qui est de l'intrigue, j'ai pas encore beaucoup à dire, j'attends de voir comment ça se déroule. Tu as ton plan, j'ai mes soupçons, on verra comment ça tournera mais je te fais confiance, ce sera très bien. :D

Pour finir, il y a beaucoup de questionnements dans cette fanfiction, sur être un enfant d'Aphrodite, d'Hécate, de Apollon, l'homosexualité, les parents de demi-dieux, la peur (j'étais étonnée que Phobos et Deimos s'en aillent d'eux-mêmes, je m'y attendais pas du tout. Encore une fois ça sort du schéma classique où il faut fuir ou battre le monstre pour avancer) etc. En fait, à chaque fois qu'on croise quelqu'un, ça devient le sujet de réflexion, et ça donnent une vraie profondeur à l'ensemble, c'est très agréable.

Voilà, je crois que j'ai dit le plus gros (comme mon commentaire (ah. ah. ah. Très drôle ça, on va aller dormir plutôt que de faire de l'humour je crois) ), en espérant que ce soit à peu près français et clair. Vu le nombre de parenthèse j'en doute mais allons-y gaiement. Bref, tout ça pour dire que c'est vraiment sympa à lire, je suis toujours ravie quand il y a un nouveau chapitre. C'est vraiment dommage qu'il y ait aussi peu de monde (et je suis bien placée pour parler n'est-ce pas), heureusement que tu as un peu plus de passage sur Wattpad parce que c'est trop triste ici, une seule page de forum au bout de 13 chapitres ça défit les lois de la physique tout ça (si si, de la physique, parfaitement).

En tout cas c'est super, alors courage !
annabethfan

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Re: La prophétie d'Hécate [PJ-HDO]

Message par annabethfan »

Et allez, on continue l'été avec le chapitre hebdomadaire de cette fanfic !

Un grand merci à Noelle2-0 pour ton commentaire! C'est vrai que je commençais à désespérer un peu face au manque de retour sur Booknode, mais bon je sais bien aussi que le forum n'est plus super actif. En tout cas merci pour ton avis et tes analyses, ça m'a fait très plaisir. Je sais que le changement de points de vues doit être dur à suivre par moment, j'en suis désolée c'est vraiment un tic d'écriture je ne peux pas me résoudre à ne rester que dans une tête :lol: Mais j'ai fait des progrès ! Maintenant c'est un chapitre = un point de vue, je change plus toutes les phrases comme avant dans ATDM (my god c'était affreux). En tout cas je suis très heureuse que tu apprécies mon travail et cette histoire, vraiment merci pour ce commentaire détaillé ! :D

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Chapitre 14 : Drôle de transport

A l'arrière du groupe, Connor se laissa guider. Lou Ellen se déplaçait dans le dédale de tunnels à l'instinct et il voyait bien qu'elle y allait au bluff la plupart du temps, mais au moins ils avançaient. Si elle avait pu créer une entrée de Labyrinthe, il lui faisait confiance pour en trouver la sortie. Ce qui l'inquiétait dans l'immédiat, c'était l'état de Nico. A moitié soutenu par Will, le fils d'Hadès paraissait moins alerte que d'habitude, et il se doutait bien que sa confrontation avec Phobos l'avait plus atteint qu'il ne voulait l'admettre. Will lui-même paraissait exténué. Entre l'utilisation de ses pouvoirs de guérisons à tout bout de champ depuis trois jours et son coup du ver luisant tout à l'heure, il s'était lui aussi épuisé. Ils avaient tout intérêt à sortir d'ici le plus vite possible.

Le Labyrinthe était étouffant. Il paraissait littéralement sans fin et Connor en avait marre de se faire balader par une structure architecturale. Il n'était pas Annabeth par les dieux. Quand il disait qu'il voulait voyager, il ne pensait pas à parcourir des kilomètres sous terre. Sur les nerfs, il donna un coup de pied dans un caillou qui partit rouler au loin, près de Lacy. Celle-ci shoota à nouveau dedans et le caillou disparu dans l'obscurité ambiante. Un travail d'équipe.

Alors qu'ils arrivaient à un carrefour, Lou Ellen marqua un arrêt. Elle regarda tour à tour les trois chemins qui s'étendaient devant eux, incertaine.

- Bon, faut qu'on sorte d'ici, s'exaspéra Connor. Sérieux, Lou, ça fait une heure !

- J'essaye, merci bien ! Rétorqua-t-elle, piquée au vif. Mais prends ma place si tu penses y arriver !

Pour toute réponse, il grogna et noua ses mains derrière sa tête, frustré. A sa droite, Lacy se mordit la lèvre.

- On pourrait une pause, non ? Suggéra-t-elle. Juste pour souffler un peu...

- Phobos et Deimos pourraient... commença à objecter Nico.

- Non, ils avaient vraiment l'air d'en avoir terminé avec nous, assura Will. Lacy a raison. Quelques minutes et après on repart. Allez.

Et sans leur laisser davantage le choix, il déposa son sac à dos et s'assit à même le sol. Ils suivirent tous le mouvement. Connor étendit ses jambes avec soulagement. Il ne réalisait que maintenant qu'il était épuisé. Dos au mur en face de lui, il vit Nico fermer brièvement les yeux. Il lui donna un léger coup de pied dans la jambe.

- Eh, petit prince, t'endors pas, dit-il en ignorant le regard noir de Will.

- Je suis parfaitement réveillé, Connor, laisse-moi tranquille.

- Tu repars dans ta phase « je ne veux parler à personne » ?

Nico soupira, exaspéré, et rouvrit les yeux pour le fusiller du regard. Le sien était beaucoup plus efficace que celui du Will et il rétracta ses jambes instinctivement.

- Là, tout de suite, c'est à toi que je ne veux pas parler, affirma-t-il en laissant retomber sa tête en arrière.

Et il se mura dans le silence. Connor grimaça. Il détestait la tension et le malaise qui pesaient sur leur groupe. Il détestait la froideur qui se dégageait de Nico. Depuis toujours, il avait essayé d'être celui qui brisait ces atmosphères pesantes avec Travis, tout simplement parce qu'il ne les supportait pas. Mais il comprenait aussi Nico. Ce qu'il venait d'affronter, il n'aurait jamais voulu le vivre. De l'extérieur, la scène avait déjà été suffisamment terrifiante comme ça. Il le revoyait se débattre avec lui-même, persuadé qu'il se dissolvait dans les ombres alors que Phobos lui renvoyait sa solitude en plein cœur. Il revit son expression quand le dieu avait évoqué Bianca. La douleur n'était pas un mot assez fort pour désigner ce qu'il avait entraperçu sur le visage de Nico à ce moment-là.

Une boule dans la gorge, il songea à Travis sans pouvoir s'en empêcher. Il se demanda soudain ce que faisait son grand frère là maintenant. Il devait être à la fac dans un amphi bondé à écouter un cours de droit constitutionnel barbant ou à la maison en train d'aider leur mère à faire le dîner. Connor n'avait de toute façon aucune idée de l'heure qu'il était à Denver. Il aurait aimé pouvoir s'y rendre, juste pour un soir, et discuter avec Travis. Lui dire ce qu'il ressentait. Qu'il avait été absolument terrifié par la force divine de Phobos et Deimos. Pas par la poule, non. Ça, c'était une peur superficielle. Une peur quand même, mais il avait appris à passer au-dessus avec les années une fois que le gallinacé n'était plus dans son champ de vision. Assister à la peur de ses amis en revanche... Il sentit son estomac se contracter en repensant à la détresse de Lou Ellen, persuadée d'être moquée par ses anciens camarades d'école. Plus que tout, elle avait eu peur d'être moquée et rejetée par eux, les autres demi-dieux de la Colonie, et surtout par lui. Il détesta l'idée. Il ne savait même pas comment elle ne pouvait pas avoir conscience qu'il ne pourrait jamais la rejeter pour ce qu'elle était : une fille d'Hécate avec les pouvoirs et la personnalité qui allait avec. Lou Ellen avait ses sautes d'humeur selon les faces de la lune. Bien, il avait appris à s'en accommoder et à l'amadouer avec du chocolat en plaisantant qu'elle s'identifiait juste trop à Remus Lupin, ce qui ne manquait jamais de la faire rire. Elle ne maîtrisait pas toujours sa magie, mais bon sang ce qu'elle pouvait faire des choses extraordinaires quand elle y parvenait. Il restait encore bouche-bée face à son entrée de Labyrinthe. Lou Ellen était complexe : elle aimait Harry Potter et les One Direction sans toujours assumer, elle utilisait son humour pour cacher sa vulnérabilité, elle n'avait pas peur de dire ce qu'elle ressentait et était terrifiée en même temps de na pas être aimée. Il le savait, il l'avait appris au cours des années et des étés passés ensemble. Il le savait parce qu'ils étaient pareils d'une certaine façon. Lui aussi ne pouvait pas s'empêcher de laisser sa nature de fils d'Hermès s'exprimer. C'était comme ça, c'était ce qu'il était. C'était ce que Travis et lui avaient toujours été jusqu'à récemment : les fauteurs de troubles, les chahuteurs en chefs, les explorateurs de mauvais coups. Chaque jour était un nouveau défi, une nouvelle étendue de temps qu'il fallait remplir et rendre digne d'intérêt. Et bien que ça demandait une énergie folle, il ne regrettait pas. C'était juste étrange de ne plus avoir Travis à ses côtés pendant un temps, mais il commençait à vraiment s'y faire et à comprendre ce qu'avait voulu son frère en retournant à Denver. La fac, c'était un moyen d'avancer. De ne pas être piégé par leur vie de demi-dieux, de ne pas être réduit à ça. Parce qu'ils étaient autant les fils d'Hermès que les fils de Holly Alatir. Il avait réalisé ça pendant leur quête en septembre. Bien sûr, ça ne l'empêchait pas de souhaiter, juste de temps en temps, que son frère soit resté avec lui. Et là maintenant, au fin fond du Labyrinthe, il aurait vraiment aimé que Travis soit là, même si c'était pour voir sa tête de chien battu depuis la fuite de Dylan. Rien que de penser à la fille de Perséphone le mit en colère. Celle-là, elle mériterait qu'il lui dise deux mots s'il la revoyait. On ne brisait pas le cœur de son grand frère comme ça !

Fatigué, il se frotta les yeux. Penser à Dylan fit rebasculer ses pensées vers Nico et il se reconcentra sur lui. Il avait toujours les yeux fermés, la tête renversée en arrière contre le mur et une jambe repliée pendant que l'autre s'étendait devant lui. Son épée en fer stygien reposait entre lui et Will.

- Eh ! Di Angelo... souffla-t-il avant que son cerveau ne lui dise que c'était sans doute une mauvaise idée.

Nico grogna.

- Quoi Connor ?

- Par rapport à ce que Phobos a dit... Je voulais te dire que je comprends. (Il déglutit et hésita en sentant le regard inquisiteur et méfiant de Nico sur lui, mais il se força à poursuivre). Je comprends ce que ça fait d'être laissé derrière par son grand frère ou sa grande sœur alors que vous aviez tout traversé ensemble. Et ça met du temps pour comprendre vraiment que... ce n'est pas ce que ça paraît être.

Du coin de l'œil, il vit Lacy et Lou Ellen se tendre, signe qu'elles étaient consciences qu'il était sur un terrain glissant. Nico, lui, se contenta de le dévisager avec une expression indéchiffrable qui le crispa davantage.

- Ce que ça paraît être, répéta-t-il finalement d'une voix si détachée que Connor frissonna. Dis-moi, comment t'interprètes le fait que Bianca ait rejoint les Chasseresses deux heures à peine après qu'on ait découvert notre nature de demi-dieux ? Sans m'en parler ni se demander ce que j'allais devenir ? Comment t'interprètes le fait qu'elle soit partie en quête sans se retourner en me laissant à la Colonie dont on ne savait pratiquement rien à l'époque ? (La colère commença à imprégner ses paroles à mesure que sa voix prenait du volume et l'atmosphère se refroidit brusquement). Et dis-moi encore, Connor, reprit-il en le regardant droit dans les yeux, comment t'interprètes le fait qu'elle n'ait jamais répondu à mes appels quand j'essayais tous les soirs d'invoquer les morts pour la revoir ? Il a littéralement fallu que je force les fantômes à la pousser à se montrer !

- Nico...

La tentative de Will passa inaperçue. Nico semblait décider à sortir tout ce qu'il avait sur le cœur et Connor carra les épaules, prêt à encaisser. Ce qui ne l'empêchait pas de se retenir de partir en courant face à l'aura que le fils d'Hadès projetait autour de lui.

- Ne me dis pas que tu comprends ! S'écria-t-il avec force, presque penché en avant alors que ses cheveux sombres lui retombaient sur le front. Tu n'as jamais été seul un jour de ta vie, Connor ! Travis a toujours été là et même quand il est parti, tu savais qu'il suffisait que tu fasses un pas vers lui pour qu'il revienne. Tu avais tout le monde autour de toi : Cecil, Lou Ellen, la Colonie entière par les dieux !

- Et alors ? Rétorqua-t-il quand même avec humeur, un nœud d'émotions au creux du ventre. Ça justifie que ne plus avoir mon frère avec moi était moins douloureux ?

- Réfléchis deux secondes : ton frère était parti à la fac, ma sœur aux Enfers ! Et même là, elle a choisi de renaître sans me laisser l'occasion de lui dire au revoir alors que je l'ai cherché pendant des jours dans les Champs d'Asphodèle !

Sur le dernier mot, la voix de Nico craqua. Métaphoriquement et littéralement. Une fissure zébra soudain le sol à ses pieds et tout le monde se figea, lui compris. Livide, Nico contempla la craquelure qui courrait sur plusieurs centimètres et replia brusquement ses genoux contre sa poitrine, comme s'il essayait de se faire le plus petit possible.

- Ce n'est pas grave... tenta d'apaiser Will.

- Laissez-moi tranquille. Tous.

Sans un regard pour eux, Nico se leva. D'un même temps, ils amorcèrent un geste pour le retenir, mais il se contenta de s'éloigner de quelques pas avant de se rassoir en leur tournant le dos. Le message était clair. Mal à l'aise, Connor se rendit compte que Will était au bord des larmes et il s'en voulu immédiatement.

- Désolé, marmonna-t-il. Je ne voulais pas...

- Ce n'est pas de ta faute, s'empressa de le rassurer Will en secouant la tête, l'air inquiet. C'était une bonne idée de faire le parallèle, je pense que tu pourras l'aider sur ce point quand il sera prêt à t'écouter. (Il soupira et regarda Nico de loin). Pour l'instant, il ne l'est juste pas, ajouta-t-il, défait.

- En même temps, est-ce qu'on peut le blâmer ? Intervint Lou Ellen.

Elle venait de glisser vers eux, Lacy dans son sillage. Ils formaient tous les quatre un cercle si proche que leurs genoux se touchaient presque et Connor réalisa qu'il avait horriblement conscience de celui de Lou contre le sien.

- Après ce que Phobos lui a fait...

- Les images du Tartare, di immortales, jura-t-il. Je vais en avoir des cauchemars...

Rien que de songer à nouveau à la vision de l'endroit le plus sombre des Enfers, il en eut la nausée. La lumière malsaine, l'odeur de soufre, le sentiment de désespoir aussi lourd que la chaleur... Ses mains se crispèrent et il vit Lou tirer sur une de ses mèches brunes, le regard hanté par la même chose que lui. Il lui donna une tape sur les doigts pour la faire lâcher.

- Eh... protesta-t-elle sans réelle conviction.

- Et toi ? Comment tu te sens ? Parce que Phobos ne s'en ait pris qu'à Nico.

Elle rougit. Il la toisa avec attention pour essayer de repérer si elle s'apprêtait à mentir, mais elle le surprit en baissant simplement les yeux avant de chuchoter :

- Moyen, avoua-t-elle honnêtement. Phobos plus la création du Labyrinthe plus le coup de poignard... ça commence à faire beaucoup. Tu parles d'une quête, je fais n'importe quoi...

- Quoi ? Pas du tout !

- C'est gentil, Connor, mais je vois bien que ce n'est pas réussite.

- On est en route pour l'Europe après que tu aies crée une entrée de Labyrinthe par toi-même, crut-il bon de lui rappeler. Lou, tu nous guides depuis le début. On sait même qu'on doit affronter Médée et sûrement Circée et Pasiphaé. Ce n'est pas ce que j'appelle « n'importe quoi » ou « ne pas réussir ».

- Une quête ne peut jamais se dérouler sans accroche, ajouta Will d'un ton docte. Et physiquement, t'es sûre que ça va ? Tu veux encore un carré d'ambroisie ?

Lou refusa d'un petit hochement de tête et Will n'insista pas. Il paraissait étrangement démuni et ne cessait de jeter des coups d'œil en direction de Nico, toujours assis de dos seul un peu plus loin. Lacy posa une main réconfortante sur son bras.

- Il souffre, c'est comme ça, lui dit-elle avec douceur. Tu ne peux pas l'aider pour l'instant, il n'est pas prêt à t'entendre, crois-moi.

- Comment tu le sais... ?

Lacy haussa les épaules.

- Je ne sais pas trop. Un peu comme tu sais quand les gens sont malades, j'imagine. Je peux ressentir ses émotions, même de loin. Elles sont tellement fortes... Plus que les autres.

- C'est un truc des enfants des Trois Grands, je crois, marmonna Lou Ellen.

- Peut-être. Enfin, je sens qu'il ne va pas bien pour l'instant, mais ce n'était pas comme ça avant d'entrer dans le Labyrinthe. (Elle glissa une de ses mèches blondes derrière son oreille et se mordit la lèvre). Il t'aime, Will, souffla-t-elle comme si elle révélait un secret que les dieux en personne lui avaient demandé de garder. Ne le laisse pas te faire croire le contraire...

Connor se sentit rougir, mais sans doute moins que Will qui n'arriva pas à réprimer un sourire idiot. Il avait l'impression d'assister à quelque chose d'intime. Et surtout, il se demanda à quel degré Lacy pouvait percevoir les sentiments des autres. Elle dû sentir son regard méfiant peser sur elle : dès que leurs yeux se rencontrèrent, elle parut coupable et ne put s'empêcher de les détourner légèrement vers Lou Ellen. Cette fois, Connor se sentit vraiment piquer un fard.

- Tu vas bien ? Lança Will, sourcils froncés.

- Hein ? Oui, oui...

- T'es sûr ? T'as peut-être de la fièvre, je devrais...

- Non ! Se déroba-t-il en se remettant sur ses pieds. Tout va bien vraiment. (Il frappa dans ses mains). Bon, on y va ? Tout le monde est reposé ?

Les autres mirent quelques secondes à réagir, interloqués, et Lacy fut la première à réagir. Les joues empourprées, elle l'imita.

- On peut y aller, dit-elle d'une voix qui manquait cruellement de naturel.

Will et Lou Ellen leur jetèrent une œillade suspicieuse, mais n'insistèrent pas. Nico revint vers eux, mains dans les poches, l'air toujours aussi renfrogné.

- On y va, décida-t-il, mais hors de question qu'on continu à tourner en rond. On sort maintenant.

- C'est ce qu'on essaye de faire, petit prince, au cas où t'aurais pas remarqué, répliqua Connor, irrité. Et ne demande même pas Lou de refaire un tour de magie pour ouvrir une sortie, c'est hors de question dans son état.

Signe qu'il avait raison, Lou Ellen ne protesta même pas. Nico rattacha son épée en fer stygien à sa taille.

- Je ne pensais pas à ça, dit-il.

- Le vol d'ombre est exclu aussi, asséna Will, sur ses gardes. Pas après tout ce que ton corps a enduré et certainement pas avec nous cinq.

Malgré son ton catégorique, Connor sentit bien qu'il s'attendait à se faire envoyer balader par Nico. Lui aussi d'ailleurs et il se prépara à devoir défendre Will, mais Nico les étonna :

- Je n'allais pas proposer le vol d'ombre... Enfin pas vraiment.

- Définis « pas vraiment ».

Pour toute réponse, Nico eut un rictus. C'était presque effrayant à voir. Il porta deux doigts à se lèvres et émit soudain un sifflement strident. Connor tressaillit.

- Mec, pourquoi tu...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. A l'autre bout de la pièce, les ombres se massèrent brusquement en une forme gigantesque. Lacy émit un bruit étranglé et il devait avouer qu'il n'en menait pas large non plus. Avant que son cerveau n'ait toutefois réussi à former une hypothèse convenable, les ombres se rétractèrent pour laisser la place à... un chien. Mais le chien le plus énorme qu'il ait jamais vu. De muscles et de poils noirs, le chien les observa un instant de ses grands yeux bruns et agita la queue, faisant presque vibrer le sol en argile de terre sous leurs pieds.

- Par les Enfers, qu'est-ce que c'est que ce truc ?

- Eh, ma grande, appela Nico sans répondre. Contente de me revoir ?

Le chien – ou plutôt la chienne visiblement – aboya joyeusement. Le son étai aussi puissant que l'explosion de la bombe artisanale qu'il avait mise au point avec Travis quand ils avaient treize ans et avaient voulu tester la résistance du mur de l'arène de combat.

- Je vous présente Mrs O'Leary, une chienne des Enfers.

- Une chienne des... s'étrangla Will. Mais... T'as vu sa taille !

- Elle est très gentille, leur affirma Nico. Pas vrai, ma belle ?

Mrs O'Leary répondit par un nouvel aboiement et se précipita vers Nico. Instinctivement, Connor recula et vit la chienne s'arrêter pile avant de renverser le fils d'Hadès avant de lui asséner un grand coup de langue et de le pousser du bout du museau, heureuse. Nico lui caressa la base du cou, incapable de toute façon d'atteindre sa tête.

- Elle est incroyable, s'émerveilla Lou Ellen en s'approchant, le cou renversé en arrière pour pouvoir l'observer. C'est elle qu'on voyait parfois à la Colonie ?

- C'est ça... Elle appartenait à Dédale, elle connait bien le Labyrinthe. Puis, c'est Percy qui l'a récupéré et Charles Benkendorf s'en occupait pas mal aussi. Et on s'est bien entendus ensuite elle et moi.

A la mention de Charles, du bungalow d'Héphaïstos, il eut un pincement au cœur.

- Oh elle était à Percy... marmonna Will, bras croisés. Evidemment...

- Et en quoi elle va nous aider à sortir du Labyrinthe ? Demanda Lacy d'une voix claire et forte.

Connor lui envoya un regard reconnaissant. Il n'avait pas besoin d'un Will jaloux en plus sur les bras.

- Montez sur elle, intima Nico. Elle va nous faire sortir.

- Sur elle ? Là-haut ?

- Quoi ? T'as peur des chiens en plus des poules ?

- Non... se vexa-t-il en reniflant. Pousse-toi, je monte en premier.

Il s'avança d'un air important alors que Lou Ellen pouffait derrière lui. Mrs O'Leary eut la gentillesse de bien vouloir se baisser et il posa ses mains à plats sur son dos, expirant un grand coup. Son pelage était doux et épais. D'un bond, il se propulsa et contracta ses muscles, comme il l'aurait fait pour monter les pégases de la Colonie. A ceci près qu'une chienne des Enfers était bien plus grosse. Alors qu'il passait une jambe en travers de son dos, il manqua de perdre l'équilibre et de glisser. Il poussa un cri venu du fond de sa gorge et se rattrapa aux poils de Mrs O'Leary, s'étalant de tout son long sur son dos.

Lou Ellen et Lacy s'écroulèrent de rire l'une contre l'autre, tandis que Will et Nico tentaient de réprimer leur sourire amusé.

- C'est ça, moquez-vous, maugréa Connor, le nez dans les poils de la chienne avant de se redresser en position assise. A votre tour !

- Regarde et apprends, lui lança Lou Ellen.

- Vas-y, j'attends de voir. Tu fais une tête de moins que moi !

- Ah les hommes. Toujours la taille qui compte.

- Lou !

Elle lui fit un sourire effronté et il éclate de rire. Derrière elle, Will paraissait vouloir mettre ses mains sur les oreilles de Lacy, l'air catastrophé, tandis que Nico rougissait. Visiblement, la référence était déjà connue dans les années 30. Il se demanda ce que ça voulait dire sur l'évolution des hommes : apparemment qu'elle n'était pas concluante.

Dans tous les cas, Lou Ellen s'était avancée devant la chienne. Elle lui arrivait à peine au niveau du ventre, même en se mettant sur la pointe des pieds.

- Un coup de main ? Railla Connor.

- Je vais me retenir à nouveau de faire une blagues sur les hommes...

Il mit une seconde à comprendre.

- Par les dieux, Lou ! Pas dans ce sens-là !

- Désolée, désolée. Ok... 1, 2, 3...

Elle prit un peu de recul et s'élança. Ses mains atteignirent le dos de Mrs O'Leary, mais il vit immédiatement qu'elle ne parvint pas à trouver une prise et à s'agripper pour réussir à monter. Alors qu'elle commençait à tomber en arrière, un éclair de panique traversa son visage. D'instinct, il se pencha en avant et lui saisit les poignets à la dernière seconde, manquant de basculer avec elle.

- Bon sang...jura-t-il.

- Si tu dis que j'ai grossi !

- J'ai rien dit ! Et même si t'avais grossi, t'es très bien comme t'es !

- Oh tais-toi et aide-moi.

Le corps contracté et les jambes fermement serrées autour de Mrs O'Leary pour éviter de perdre l'équilibre, il tira Lou Ellen de toutes ses forces. A terre, Will poussait sous ses pieds pour l'aider et elle s'affala enfin sur le dos de la chienne – et à moitié sur ses genoux – sans aucune élégance.

- Regarde et apprends ? C'est ce que tu disais ? La nargua-t-il.

- Je vais te pousser si tu fais une seule remarque...

D'une main, elle appuya sur son genoux pour se redresser et il glapit de douleur. Ils manquèrent de se rentrer dedans alors qu'elle s'installait... dans le mauvais sens. Face à face, ils se regardèrent en rougissant, assez proches pour que leurs jambes se cognent l'une contre l'autre de chaque côté de la chienne. Chienne qui faisait preuve d'une patiente incroyable en passant.

- Je crois qu'il faudrait que tu te retournes...

- Pas besoin, intervint Nico. On a assez perdu de temps. Reste comme ça.

Lou Ellen grimaça. Elle regardait soudain partout sauf vers lui.

- Lacy, allez, à toi.

- Ah...

La jeune fille contempla la masse de Mrs O'Leary, perdue, et Will vola à son secours.

- Monte sur mes épaules, proposa-t-il.

- C'est de la triche... marmonna Lou Ellen.

Mais Lacy ne parut pas en faire un cas de conscience. L'air concentré, elle grimpa tant bien que mal sur les épaules de Will en appuyant sur sa tête. Connor ne manqua pas sa grimace mais il eut assez de délicatesse pour ne rien dire, comme d'habitude. Un peu en retrait, Nico observait la scène, une expression indéchiffrable sur le visage même si Connor pouvait deviner un léger sourire à la commissure de ses lèvres. Il fallait dire que Will et Lacy offraient un sacré spectacle : lui tanguait sur ses jambes, tentant de ne pas la faire tomber, et elle s'appuyait sur lui tout en essayant de grimper sur Mrs O'Leary. Pris de pitié, il attrapa Lacy par un bras pour l'aider et Lou Ellen fit de même de son côté.

- Prête ? Vas-y !

Tant bien que mal, Lacy se hissa avec eux. Elle était presque essoufflée. Incertain, Will regarda Nico et se passa une main derrière la nuque.

- Euh... Tu veux aussi monter sur mes...

- Non, ça ira. On va monter comme ça, nous.

Et sans prévenir, il attrapa Will par le bras. Les ombres s'enroulèrent autour d'eux et une seconde plus tard, ils se rematérialisèrent derrière eux. La mâchoire de Connor se décrocha.

- Mais...

- Attends, tu pouvais faire ça depuis le début ?

- Pourquoi tu nous as laissé galérer ?

Leurs cris indignés se mêlèrent et Nico se contenta de les fixer, moitié amusé moitié condescendant. Si Connor déchiffrait bien, ça voulait dire : « je vous ai laissé galérer parce que c'était drôle à voir ».

- Accrochez-vous, prévint-il simplement. Mrs O'Leary ?

La chienne redressa la tête et se remit sur ses pattes. Connor ravala un cri de surprise, puis s'agrippa de toutes ses forces à son pelage tandis que Lou Ellen s'agrippait à lui. Il n'eut pas le temps de commenter que Nico s'exclamait :

- Sors nous d'ici, ma grande ! On doit trouver les Dactyles !

Et juste comme ça, ils disparurent dans les ombres avec un chien gros comme une camionnette.

***

Connor se fit une note mentale pour le future : ne plus jamais voyager par vol d'ombre. Surtout avec une chienne des Enfers. Il détesta la sensation d'être entouré par les ténèbres pendant que des voix lui soufflaient des choses à l'oreille, invisibles et angoissantes. Plus que tout, il détesta l'atterrissage. La lumière lui agressa la vue et il eut immédiatement la nausée, comme s'il venait de faire un tour dans des montagnes russes. Au moins, Mrs O'Leary avait paru aimer le voyage puisqu'elle aboya avec joie et s'affala au sol pour les laisser descendre. Il sentit son estomac lui remonter dans la gorge en ayant l'impression de faire une chute brusque.

- Oh par Zeus... souffla Lou Ellen, yeux fermés.

Elle avait le teint cireux et se tenait le ventre, haletante. Pendant le voyage, Connor avait passé ses bras autour d'elle pour la maintenir en place et il avait horriblement conscience de leur proximité, de leurs jambes entrouvertes face à face, et de leur visage à quelques centimètres l'un de l'autre. Pourtant, il n'oubliait pas non plus que Lou avait déjà vomi une fois aujourd'hui après avoir trop tiré sur ses pouvoirs et il s'inquiéta soudain.

- Lou... Pitié, me vomis pas dessus.

- Fais-moi descendre. Tout de suite.

Il ne se le fit pas dire deux fois. Sans réfléchir, il se laissa glisser à terre et tendit les bras pour l'aider. Elle tomba presque dans sa précipitation et il enroula ses bras autour de sa taille pour la maintenir à peu près stable. Dès qu'il la relâcha, elle se laissa tomber à genoux dans la pelouse et eut un haut le cœur, mais rien ne sortit. Par précaution, il dégagea quand même ses cheveux de son visage, compatissant.

- Ça va ? S'inquiéta-t-il.

Pour toute réponse, elle releva la tête juste assez longtemps pour lui jeter un regard qui signifiait clairement « ça a l'air d'aller à ton avis ? ».

- Ouais, question idiote, j'ai capté... (Il se retourna). Hum, et vous ? Ça va ?

- A peu près, marmonna Will, assez pâle pour que ses tâches de rousseurs soient visibles. Par les dieux, Nico, comment tu fais ça tout le temps...

Il haussa les épaules.

- L'habitude, dit-il d'un ton détaché. La nausée passe assez vite. Le besoin de dormir, un peu moins.

- Mais...

- Où est-ce qu'on est ? Fit brusquement Lacy.

Bonne question. Connor mit sa main en visière contre son front et tourna sur lui-même. Visiblement, ils étaient dans un espèce de parc public. Des groupes de jeunes discutaient dans l'herbe et des familles jouaient un peu partout. Un petit garçon passa même devant eux et se faufila entre les pattes de Mrs O'Leary sans paraître remarquer qu'elle était en réalité en énorme chien des Enfers et pas une structure de jeu. La brume faisait apparemment bien son boulot.

Les yeux plissés, il essaya de concentrer pour avoir plus d'informations et repéra soudain un bâtiment public sur lequel flottait un drapeau.

- Eh, c'est pas le drapeau de l'Irlande ?

- C'est celui de l'Italie, idiot, rétorqua Lou Ellen, désormais à genoux.

Il baissa la tête.

- Je t'ai sonné, toi ?

- Connor, rit-elle. Aide-moi à me relever.

- T'es sûre de ne pas vouloir rester un peu allongée ?

- Non, ça y est la nausée est passée.

Il décida de lui faire confiance. D'une main, il la tira sur ses pieds et avisa son expression. Elle n'avait effectivement plus l'air sur le point de s'évanouir.

- Bon, l'Italie donc... lâcha-t-il. (Il balaya le parc du regard). Aucune idée plus précise ?

- Rome, dit Nico avec assurance.

Connor haussa un sourcil.

- Et tu sais ça juste parce que t'es italien ? C'est une sorte de super pouvoir ?

- Non, je le sais parce que c'est marqué là-bas. « Office du tourisme de Rome », lut-il en pointant un immeuble de l'autre côté de la rue.

- C'est encore de la triche...

- Mais ça veut dire que les Dactyles sont ici ? Interrogea Lacy, perplexe.

La question paraissait légitime. Connor désespérait déjà de devoir retourner toute la ville à la recherche des Dactyles alors qu'il ne savait même pas à quoi ils ressemblaient.

- Ils sont même juste là, répondit pourtant Will avant de faire un geste vers le fond du parc. Regardez.

Ils pivotèrent tous vers le point que Will indiquait. Là, à quelques mètres, se dressait ce qui semblait être un vieil atelier industriel ou une usine de manufacture. Elle aurait pu paraître abandonné si un garde ne veillait pas à l'entrée devant de lourdes grilles en fer et qu'un logo d'entreprise – une haute montagne surmonté d'un marteau – ne s'affichait pas fièrement sur la façade. Sur le fronton, un nom et une devise s'étalaient en lettres de bronze : « Les Dactyles idéens, forge de père en fils depuis l'Antiquité : la magie au bout des doigts ». Connor se retourna avec un nouveau respect vers Mrs O'Leary.

- Nico ? On peut l'embaucher comme GPS ? Elle est géniale, on n'a jamais trouvé quelque chose si vite !

Mais Nico devait encore être de mauvaise humeur car il se contenta de le toiser, l'air de lui interdire de s'approcher de son chien, puis s'approcha de l'énorme toutou des Enfers.

- Allez, ma grande, tu peux y aller. Encore merci.

En réponse, Mrs O'Leary lui donna un coup de truffe affectueux qui manqua de le faire tomber à la renverse, puis elle bondit après un pigeon avant de se dissoudre dans les ombres, le pauvre volatile entre ses mâchoires. Connor ressentit presque un vide : elle n'était pas restée longtemps, mais elle avait pris beaucoup de place et son absence se faisait ressentir. Secouant la tête, il se reconcentra. Il réalisa surtout à cet instant qu'il n'avait aucune idée de ce qu'ils voulaient aux Dactyles. Les indications de Phobos et Deimos avaient pour le moins été faibles. Les autres parurent s'en apercevoir aussi car personne ne parla pendant un moment.

- C'est ridicule, finit par râler Lou Ellen. On ne va pas rester planter là, faut qu'on aille voir, poser des questions....

- Potentiellement aller au devant d'une mort mortelle, compléta-t-il.

- Ca changera pas de d'habitude, remarqua Will. Mais vous avez vu que le soleil se couche bientôt ?

Il avait raison. Tout autour d'eux, les gens commençaient à remballer leurs affaires et une mère tirait son enfant par la main pour le faire rentrer. Lacy joua avec un bracelet à son poignet.

- On va dormir où ? S'inquiéta-t-elle.

- Chiron m'a donné un peu d'argent, dit Will. On peut prendre un hôtel pour la nuit ? Et aller acheter des sandwichs ?

A la simple mention d'un dîner, plusieurs ventres grondèrent. Connor se refusa à dénoncer les coupables.

- Mais les Dactyles ?

- On se sépare ? Toi, Lou Ellen et Lacy vous allez demander l'aide des Dactyles. Nico et moi, on va chercher l'hôtel et de quoi manger.

- Quoi ? Hors de question, prends Lacy avec toi, ça sera plus logique ! Protesta Nico avec véhémence.

Lacy tenta de ne pas avoir l'air blessé par le remarque, mais elle ne parvint pas tout à fait à se reprendre à temps. Agacé, Connor décocha un regard d'avertissement vers Nico, mais il ne le remarqua même pas, trop occupé à soutenir celui de Will. Dans tous les cas, sa mauvaise humeur commençait à lui taper sur le système et il le fit savoir.

- On n'a pas le temps de tergiverser pendant trente ans, déclara-t-il. Et je veux Lacy avec nous, ça lui fera une expérience de terrain. Toi, va avec Will. T'as besoin de te poser un peu – ne cherche même pas à protester ! – et surtout de parler. Et puis tu connais l'italien, ça sera utile pour acheter tous les trucs.

- Sérieusement ? C'est la pire excuse au monde ! Lou Ellen tenait à peine debout il y a dix minutes, Lacy apprend encore à se battre. On ne va pas vous laisser aller là-dedans seuls !

- Si, c'est exactement ce que vous allez faire parce que c'est ce dont on a besoin, Di Angelo. Parce que dans ton état, tu n'es d'aucune aide sur un champ de bataille. Si bataille il y a d'ailleurs, parce que c'est même pas certain. (Il décrocha son mousqueton et le transforma en son épée de bronze céleste). Donc c'est réglé. On se sépare en deux équipes.

- Toujours non, objecta Nico, buté. Je ne me laisserai pas mettre de côté comme ça.

Exaspéré, Connor retint un juron.

- Ce n'est pas « te mettre de côté », c'est une stratégie. On a besoin de se reposer et de reprendre des forces plus tard. Et pour l'instant, c'est la meilleure solution. Will a besoin de t'examiner aussi, on ne sait pas ce que Phobos a pu te faire.

- Il ne m'a rien fait de plus qu'à vous ! Je vais bien !

- Ca suffit, s'écria soudain Lou Ellen. Nico, tu es loin d'aller bien. Lacy et Will peuvent littéralement le sentir ! Et c'est ma quête, c'est moi qui décide. Alors s'il te plaît je te demande de suivre le plan.

La réaction fut immédiate. Nico eut l'air d'avoir reçu un coup et une expression de trahison se peignit sur son visage. Aussitôt, Will voulut s'avancer vers lui, des excuses sur le bord des lèvres, mais Nico le repoussa.

- Très bien, cingla-t-il. Faites comme vous voulez ! Et surtout ne m'appelez pas si ça dérape !

D'un pas furieux, il s'éloigna en marmonnant dans sa barbe. Connor fut persuadé de l'entendre jurer en italien et il se pinça l'arête du nez, fatigué. Lacy, elle, paraissait vouloir se faire toute petite et Will oscillait entre soulagement et tristesse. Il avait presque les larmes aux yeux. Cette constatation emplit Connor d'un profond malaise.

- Will...

- Merci, t'as eu raison, approuva-t-il. Il n'était pas en état de se battre. Je... je vais le rejoindre. Faites attention à vous. Lou, t'as toujours ton vieux portable ? Je t'enverrai l'adresse de l'hôtel dessus quand on achètera les sandwich pour que les monstres ne trouvent pas notre localisation. Allume-le seulement une minute pour noter l'adresse et éteins-le ensuite immédiatement, d'accord ?

- Compris !

- Génial... Et bon courage ! Si la situation dérape vraiment...

- Ca ira, coupa Lou Ellen. Promis.

Will hocha la tête, l'air pas tout à fait convaincu. Connor ne l'en blâmait pas.

- Au cas où si ça dérape quand même, essayez d'appeler Mrs O'Leary. Je suis sûr qu'elle répondra à l'appel maintenant.

Sur cette dernière recommandation, Will fit volte-face et se mit à courir pour rattraper Nico. Connor eut juste le temps d'hurler dans son dos :

- Au jambon fromage, mon sandwich !
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