Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

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Lasloudjikamal

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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par Lasloudjikamal »

Dire quand j’étais juvénile j’étais docile et téméraire
J’aimais les rapports avec les filles avec la danse et les sorties fréquentes comme j’aimais enjambe les rues à travers de belles avenues et boulevard cela me fait rappelle un beau livre à Mr Ernest Hemingway dans Paris est une fête,ce paris décorés par ces fantastiques allure de jeune et de mode de vie savoureuse on peut se référer à Ernest Hemingway dans son œuvre cité alors que à longueur dé vie tout en ayant pris un coup de vieux le livre ne me quitte pas et reste fidèle.
theyoubot

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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par theyoubot »

apages a écrit : dim. 20 déc., 2020 3:27 pmje suis en train de rerererererelire "les filles au chocolat" de Cathy Cassidy. Et je trouve que le caractère des filles est extrêmement cliché
C'est le destin inéluctable de la plupart de nos livres préférés, dans les premières centaines de titres qu'on a lus


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Bloulou

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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par Bloulou »

Bonjour,
J'ai un petit problème : j'ai lu, lors de mon entrée au collège plusieurs livres et je les ais relu il y a peu. Mais entre temps j'ai grandis, et mon analyse littéraire s'est améliorée. J'avais trouvé ces livres géniaux lors de ma première lecture, mais je n'ai pas retrouvé le même engouement. Je ne parle pas du léger manque de suspense car je connaissais déjà l'histoire, je parle du reste. Style de l'auteur, scénario, développement des personnages...
A l'époque, je les avais placé en bibliothèque diamant, mais aujourd'hui je les mettrais maximum bibliothèque argent.
Comment faites vous lorsque vous relisez des livres et que votre avis diffère ? Lorsque vous trouvez le livre mieux ou moins bien ?
Certains livres et auteurs ciblent un public en particulier, ici c'est de la jeunesse, étant donné que je ne me considère plus comme une lectrice de jeunesse, que feriez vous ? Les rangeraient vous en diamant ? En argent ? Entre les deux ?

Je suis d'accord avec ce qui a été dit précédemment. Au collège, c'est simple à observer. Alors que certain ont des difficultés en lecture, d'autres peuvent lire des livres plus compliqués (j'en suis un exemple). Lorsqu'en suite les profs donnent une lecture plus simple favorisant ceux qui ont des difficultés, c'est presque l'inverse. Je trouve souvent les livres ennuyeux, basiques, clichés, trop simple, rapide ou sans profondeur. C'est une bonne histoire quand tu t'ennuies mais sans plus.

Lorsqu'on lit certains livres, on se dit "c'est magique, c'est géniale, comment a t il/elle pu penser à ça ? "Prenons par exemple un livre policier. Les premiers lives policiers te bleuferont, puis tu commenceras à reconnaître dans la plupart la même ligne de développement, la même intrigue et le même genre de fin et tu trouveras ça cliché. C'est la même chose avec tous les thèmes (j'avais crée un sujet sur la dystopie parlant de ça). Selon l'époque ou le public, le style de l'histoire possède plus ou moins les mêmes codes. C'est pourquoi plus on lit de romans d'un genre, plus on a d'expérience et par la même occasion, du mal à trouver des livres qui sortent de l'ordinaire. Le lecteur devient plus intransigeant car les éléments sont vus et revus par des centaines d'auteurs.
Un lecteur aguerris sera plus difficile par manque de trouver de la nouveauté et un livre dont il ne pourra pas presque prédire la fin avant de l'avoir lue.

Bloulou
Dernière modification par Bloulou le mer. 30 déc., 2020 10:37 am, modifié 2 fois.
DeadlySin

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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par DeadlySin »

Bloulou a écrit : jeu. 24 déc., 2020 9:15 am Comment faites vous lorsque vous relisez des livres et que votre avis diffère ? Lorsque vous trouvez le livre mieux ou moins bien ?
Certains livres et auteurs ciblent un public en particulier, ici c'est de la jeunesse, étant donné que je ne me considère plus comme une lectrice de jeunesse, que feriez vous ? Les rangeraient vous en diamant ? En argent ? Entre les deux ?
Ici, je répondrai surtout à la question du jugement des livres jeunesse...

Dès qu'il s'agit de juger un livre, je me pose toujours ces questions :
Quel est le public-cible ?
ET
Quel est l'intention de l'auteur ?

Quand j'ai relu les Harry Potter lors de mes études universitaire (donc entre l'âge de 18 et 22 ans), je ne le cache pas que j'ai été un peu déçue à prime abord. L'écriture me semblait basique, l'univers bancal, les personnages assez peu développés...
Mais est-ce un mal ? J'ai envie de dire non car quand j'avais 8 ans, ce sont ces livres qui m'ont fait rêver et qui m'ont donné coup à la lecture.
Si je devais les juger avec mes standard d'adulte, les Harry Potter sont des livres bofs. Mais avec des yeux d'enfants, ils sont géniaux. Ils sont parfaitement adaptés à lectorat cible :
- L'écriture est simple mais surtout accessible à des enfants. Harry Potter aurait moins bien fonctionné si il avait été écrit comme Le Rouge et le Noir. Si J.K. Rowling s'était lancée dans des envolées lyriques, avait multiplié les figures de styles et avait été rechercher les mots les plus complexes de son vocabulaire... un enfant n'aurait rien compris car il n'a pas encore ce vocabulaire ou la compréhension nécessaire aux phrases de 6 pieds de long. Ici, les Harry Potter sont accessibles à tous les âges même le plus jeune.
- L'univers est avant tout merveilleux et magique. C'est sûr que si on commence à gratter cet univers avec des questionnements adultes du genre comment se fait-il que la communauté internationale magique ne soit pas intervenue pour le problème de Voldemort alors qu'il mettait en danger le secret du monde des sorciers ? Où est donc passé cette belle coopération magique comme elle nous l'est vendue dans le tome 4 lors du Tournoi des 3 sorciers ? Quid des questions éthiques ? On apprend dans un contexte scolaire à des adolescents de 15/16/17 ans à faire des filtres d'amours et des filtres de mort sans se demander de ce qu'ils font faire de ce savoir dangereux ! etc.
Mais tous ces questionnements sont absurdes pour un enfant. Il ne se pose pas ces questions. Ce qu'il veut, c'est rêver et là dedans Harry Potter y arrive parfaitement. Et c'est là où je veux en venir, il ne faut pas juger un livre sur ce qu'on voudrait qu'il soit mais sur ce qu'il veut être. Un livre pour enfant ou adolescent doit être jugé pour savoir s'il est adapté à son public et en mesure de répondre à ses attentes. C'est pour cela que malgré ma petite déception à la relecture des Harry Potter, je me suis vite dit qu'il fallait que j'arrête d'analyser ces livres comme une adulte ; je devais mettre de côté mes questionnements d'adulte pour relire ces livres avec des yeux d'enfants... Et alors là, la magie est réapparue.

Après, pour la place au sein de la bibliothèque, j'ai récemment fait redescendre toutes les séries de mon enfance dans les catégories argent voire bronze mais c'est pour indiquer aux autres Booknautes que je ne suis pas à la recherche de tels livres. Mais, au fond de mon cœur, je garde une grande affection pour ces livres de mon enfance qui sont excellents dans leur catégorie : des livres jeunesse.

Voilà, c'était un peu long et j'ai peut-être un peu dérivé du sujet de base ^^'
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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par theyoubot »

Bloulou a écrit :Comment faites vous lorsque vous relisez des livres et que votre avis diffère ? Certains livres et auteurs ciblent un public en particulier, ici c'est de la jeunesse (...)
J'ai lu un livre jeunesse

cas n°1
j'étais adolescente. Alors, je ne changerai jamais ma note. Même si à la relecture 15 ans plus tard, je suis beaucoup moins emballée. Ma vraie note, c'est la première, celle que j'ai donnée quand j'avais l'âge du public visé.

cas n°2
je l'ai lu adulte. Je m'efforce de le noter non pas comme un roman qui me serait destiné, mais avec beaucoup d'indulgence. En le comparant à d'autres romans jeunesse. Ma note est donc plus élevée.




PS : je fais pareil avec les films d'animation pour enfants.
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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par Sweetones »

Chères Booknodines, chers Booknodins, bonjour

De plus en plus, je me laisse guider par les auteurs que j'aime: il est rare qu'ils ne recommandent pas l'œuvre d'un ou plusieurs écrivains. Des généalogies se créent, des familles, et je suis rarement déçu, malgré les limites d'une telle filiation.
Avec le temps, je deviens plus indulgent et éclectique Mais j'aime aussi le hasard, les boites à livres, les bacs d'occasions, les bibliothèques et leurs tentations. Avec l'âge, les livres me tombent plus facilement des mains, mais c'est dorénavant sans regret. Je sens que le temps m'est compté. J'ouvre au hasard, je lis quelques lignes, une fois, deux fois, si rien ne m'accroche, je repose l'ouvrage, tranquillement. Est-ce le style ou quelque chose de plus subtil, en creux? Je ne sais. Il faut que l'auteur se pousse pour me faire un peu de place, celle du rêve, des émotions imprévues. Parfois, les premières lignes me suffisent. Si l'auteur y est vraiment présent, qu'il ne tente pas de m'aguicher, s'il n'y a pas de mauvaise graisse, je suis conquis.
Par exemple, voici les deux premières phrases d'un roman des années 70: "Le pays dépend bien souvent du cœur de l'homme: il est minuscule si le cœur est petit, et immense si le cœur est grand. Je n'ai jamais souffert de l'exiguïté de mon pays, sans pour autant prétendre que j'aie un grand cœur." La première semble pontifier, encore que, mais la deuxième m'accroche, le caractère du narrateur s'affirme, se complique, revient sur lui-même, révèle un monde où la souffrance entre par effraction et tourne à l'universel. Et tout le temps d'une lecture ultérieure, je vais à mon tour souffrir de cette exiguïté, dont seules les émotions m'aideront à m'échapper.
Ou encore, en 1778, le début d'un fragment autobiographique: "Aujourd'hui, jour de Pâques fleuries, il y a précisément cinquante ans de ma première connaissance avec madame de W." C'est le "précisément" qui me touche. Quelle est cette précision du cœur qu'elle suppose? Combien de "connaissances" y aura-t-il avec cette dame, et quel sera le grain de la dernière? Et ce "il y a" sans passé, sans futur, de même substance que l'éternité.

J'ai de plus en plus de respect pour la matière même du livre. Je suis malheureux de les voir à terre ou malmenés par mes enfants. Sur Youtube, il m'arrive de regarder une ou deux vidéos de F. B. , un auteur (dont je n'ai rien lu) qui a la rare gentillesse d'exposer avec un talent brouillon les œuvres de ses collègues (plutôt contemporains). Mais je perds le fil, dès qu'il manipule les ouvrages, les torturant, les écartelant, les laissant choir brutalement pour une démonstration. Je ne vois qu'eux. je suis eux. J'en tremble.
Avant, je cornais facilement les pages, j'en suis incapable maintenant, j'aurais l'impression de me plier moi-même. Même les marque-pages finissent par m'énerver. D'abord je les perds ou les mélange, tant il y a de livres commencés, et aucun n'est assez beau à mon goût, ou simplement pratique. Je ne supporte plus les vieux tickets de métro, juste assez bons pour les voyages, et de toute façon trop petits. Il me faudrait, idéalement, un marque-page invisible. Ou alors, le livre s'entrebâillerait de lui-même, au bon endroit, au bon vouloir, charnellement. Mais pas d'e-books, j'ai trop besoin d'en sentir le poids, le parfum, la souplesse ou au contraire les réticences.

Les grandes machines, après m'avoir enchanté, me fatiguent. Est-ce le champ des possibles qui s'est rétréci en moi? Je me perds dans la multiplicité des personnages. J'aspire à la Nouvelle, au paragraphe, ou alors à l'impalpable, au moment où l'auteur s'efface, à la légèreté, à la surface des choses, au point où elle atteint sa plus grande profondeur.
Tout ne vieillit pas uniformément en nous. On met parfois longtemps à devenir ou redevenir un enfant.

Ai-je répondu à la question? Je n'en suis pas certain. Dans l'océan des livres, j'écarte les écumes, je fends les vagues, entrevois les îles d'or, au loin, le Livre qui les contient tous, c'est à dire le Rêve.

Bonnes lectures et bonnes fêtes.
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Message par theyoubot »

Sweetones a écrit :Ai-je répondu à la question?

Oui. Tu sembles être devenu moins indulgent.

Sweetones a écrit :- Avec l'âge, les livres me tombent plus facilement des mains, mais c'est dorénavant sans regret.

- les marque-pages finissent par m'énerver. D'abord je les perds ou les mélange, tant il y a de livres commencés

- Les grandes machines, après m'avoir enchanté, me fatiguent.


Tu trouves plus difficilement ton bonheur. C'est le cas de beaucoup des intervenants de ce topic

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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par MoneyPenny »

Bonjour !

Je pense que notre rapport au livre n'est pas figé et c'est là tout le problème soulevé par ton post !

En études littéraires, on fait généralement appel à la « théorie de la réception » pour évoquer ces questions : c'est globalement l'idée selon laquelle le lecteur fait intégralement partie de l'oeuvre et que pour avoir une meilleure compréhension du texte, il est nécessaire d'analyser l'acte de lecture en lui même. Ça a permis l'émergence de certains concepts, notamment celui d'horizon d'attente, théorisé par Hans Robert Jauss :
[l’inscription de la figure du lecteur dans l’œuvre] crée une attente car elle s’insère nécessairement dans un contexte de références, de caractéristiques, de systèmes de valeurs. Ainsi, la réception de l’œuvre est-elle guidée par les attentes créées par les œuvres antérieures. Le lecteur dont parle H.R. Jauss est un lecteur ordinaire qui goûte le texte et garde en mémoire cette expérience lorsqu’il fait une interprétation réflexive.
Autrement dit, plus tu lis de livres, plus tes attentes évoluent (car nourries par toutes les lectures précédentes). J'imagine que dans ton cas ça vaut aussi pour le fait d'écrire. Ça expliquerait qu'on devienne plus exigeant en vieillissant, ou qu'un livre lu cinq ans auparavant ne te plaise plus du tout aujourd'hui : tu n'es plus la même personne que tu étais au moment de le lire la première fois et tu n'as plus le même bagage. Lire c'est avant tout faire l'expérience d'un livre. Les modalités vont forcément dépendre de ce que tu recherches et de ton état au moment de la lecture.

De fait je ne pense pas que ça soit une question d'âge - même si les éditeurs visent forcément un public cible au moment de vendre leurs livres, mais de tout un tas d'autres choses nettement moins arbitraires (besoin, goût, expérience, contexte etc.) :) !
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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par Sweetones »

theyoubot a écrit : ven. 25 déc., 2020 8:13 pm
Sweetones a écrit :Ai-je répondu à la question?

Oui. Tu sembles être devenu moins indulgent.

Sweetones a écrit :- Avec l'âge, les livres me tombent plus facilement des mains, mais c'est dorénavant sans regret.

- les marque-pages finissent par m'énerver. D'abord je les perds ou les mélange, tant il y a de livres commencés

- Les grandes machines, après m'avoir enchanté, me fatiguent.


Tu trouves plus difficilement ton bonheur. C'est le cas de beaucoup des intervenants de ce topic

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Merci pour ton miroir intègre. Tu ne te payes pas de mots, je le sais. Parce que je suis devenu indifférent à une certaine littérature, je me pensais plus indulgent.
Par contre, dans la relative étroitesse de mes choix, je me sens plus libre, plus heureux donc. Je vais beaucoup plus vite à l'essentiel. Quand j'ai le bonheur d'une trouvaille, je n'en perds pas une miette, jouissant de chaque phrase, m'en imprégnant jusqu'à la moelle. D'autant plus que j'en connais l'éphémère. (Les relectures sont parfois terriblement
décevantes. En dépasser la douleur, c'est accepter d'avoir changé, tout en redéfinissant une fidélité à soi-même.)
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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par Sweetones »

MoneyPenny a écrit : sam. 26 déc., 2020 12:23 am Bonjour !

Je pense que notre rapport au livre n'est pas figé et c'est là tout le problème soulevé par ton post !

En études littéraires, on fait généralement appel à la « théorie de la réception » pour évoquer ces questions : c'est globalement l'idée selon laquelle le lecteur fait intégralement partie de l'oeuvre et que pour avoir une meilleure compréhension du texte, il est nécessaire d'analyser l'acte de lecture en lui même. Ça a permis l'émergence de certains concepts, notamment celui d'horizon d'attente, théorisé par Hans Robert Jauss :
[l’inscription de la figure du lecteur dans l’œuvre] crée une attente car elle s’insère nécessairement dans un contexte de références, de caractéristiques, de systèmes de valeurs. Ainsi, la réception de l’œuvre est-elle guidée par les attentes créées par les œuvres antérieures. Le lecteur dont parle H.R. Jauss est un lecteur ordinaire qui goûte le texte et garde en mémoire cette expérience lorsqu’il fait une interprétation réflexive.
Autrement dit, plus tu lis de livres, plus tes attentes évoluent (car nourries par toutes les lectures précédentes). J'imagine que dans ton cas ça vaut aussi pour le fait d'écrire. Ça expliquerait qu'on devienne plus exigeant en vieillissant, ou qu'un livre lu cinq ans auparavant ne te plaise plus du tout aujourd'hui : tu n'es plus la même personne que tu étais au moment de le lire la première fois et tu n'as plus le même bagage. Lire c'est avant tout faire l'expérience d'un livre. Les modalités vont forcément dépendre de ce que
tu recherches et de ton état au moment de la lecture.

De fait je ne pense pas que ça soit une question d'âge - même si les éditeurs visent forcément un public cible au moment de vendre leurs livres, mais de tout un tas d'autres choses nettement moins arbitraires (besoin, goût, expérience, contexte etc.) :) !
Merci MoneyPenny pour ta réflexion sur la lecture en tant qu'expérience. J'aime bien ce concept "d'horizon d'attente". Il a pour mérite de décentrer cette expérience, de ne pas l'enfermer dans une pure subjectivité. Lire c'est combler un manque, rechercher une certaine plénitude, mais c'est aussi créer une attente, et cette attente te déhale hors de cette même expérience, elle attise ou crée un désir d'autre. Lire consisterait donc à retrouver les traces éparses de son désir, à les unifier par l'inscription dans une œuvre et à le projeter dans cet horizon d'attente, qui à son tour construirait le temps des futures lectures, voire le temps tout court.
Je pense comme toi que ce n'est pas une question d'âge, mais d'attente à un moment donné, avec des allers-retours.

Pour l'écriture, c'est encore plus cruel. Je comprends les auteurs qui ne relisent jamais leurs anciens romans. Ecrire, c'est faire du neuf, radicalement. En gros, cela consiste à ne s'appuyer sur rien, vingt quatre heures sur vingt quatre, rêves compris, et surtout pas sur l'œuvre passée, dont ce ne serait qu'une désolante resucée. En cours de gestation, féroce critique, un auteur peut se relire cent fois, jusqu'au par cœur, et pourtant, dès le bon pour imprimer, il s'empresse de tout oublier. Ecrire serait-il donc une expérience de lecture radicale, d'horizon en horizon?
En quoi cette expérience peut-elle être utile à la lecture commune? De quelle matière est composée la passerelle fragile où se rejoignent le livre et son lecteur?
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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par theyoubot »

MoneyPenny a écrit :Les modalités vont forcément dépendre de ce que tu recherches et de ton état au moment de la lecture.
De fait je ne pense pas que ça soit une question d'âge - même si les éditeurs visent forcément un public cible au moment de vendre leurs livres, mais de tout un tas d'autres choses nettement moins arbitraires (besoin, goût, expérience, contexte etc.) :) !
J'ai tendance à penser que 2 de ces 4 choses évoluent dans un seul sens au fil du temps. Le même chez la plupart d'entre nous.


Sweetones a écrit :Quand j'ai le bonheur d'une trouvaille, je n'en perds pas une miette, jouissant de chaque phrase, m'en imprégnant jusqu'à la moelle. D'autant plus que j'en connais l'éphémère. (Les relectures sont parfois terriblement décevantes
Oui, c'est ce que j'appelle le paradoxe du mauvais serveur. Il met plus de temps à t'apporter ta bière et cette attente exacerbe ta soif. Du coup la bière qu'il finit par te servir te donne beaucoup plus de plaisir. Ponctuellement, un mauvais serveur concourt plus à ton plaisir qu'un bon.

Quand tu as la chance qu'une production littéraire de qualité déclinante t'apporte enfin un bon roman (à tes yeux), cela te fait plus plaisir - du fait de la rareté de l'événement - que quand c'était fréquent.
Ainsi moins on est indulgent, plus souvent on est déçu. Mais paradoxalement, plus on a de plaisir les rares fois où on tombe sur un roman qui nous plaît.


Digression : conséquence pour le marché dans son ensemble
Spoiler
Ce phénomène a un conséquence pour le marché dans son ensemble : le public réagit collectivement de la même façon. Quand décline le succès auprès du public d'un média ou d'une forme d'art, ses rares réussites commerciales suscitent un engouement jamais vu.

En cinéma, depuis plusieurs décennies, les entrées se concentrent de plus en plus sur un nombre de plus en plus petit de films. C'est vrai pour le cinéma français et pour le cinéma américain. Il y a 30 ans, 10 % faisaient 30 % des entrées annuelles. Aujourd'hui, 10 % des films font 70% des entrées annuelles. Alors que le 7° Art se meurt lentement, un nombre record de blockbusters a passé la barre du milliard $ de box office depuis 2010.

En littérature, même chose. Harry Potter c'est du jamais vu alors que le tirage global par genre décroit inexorablement depuis des années. Les (trop) rares best-sellers actuels atteignent des tirages records dans l'histoire de leur genre et tout le reste, hélas, fait des tirages exceptionnellement bas. Il y a une polarisation du public, une sorte de tout ou rien. Peut être parce que le public rendu méfiant ou échaudé par l'évolution récente de ce qui lui a été proposé, choisit de se concentrer sur des valeurs sûres, des choses déjà plébiscitées par un large public.

Harry Potter ou Fast & Furious, nous vivons désormais sous le règne d'oeuvres consensuelles au succès un tantinet excessif.
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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par MoneyPenny »

Sweetones a écrit : sam. 26 déc., 2020 11:12 am Pour l'écriture, c'est encore plus cruel. Je comprends les auteurs qui ne relisent jamais leurs anciens romans. Ecrire, c'est faire du neuf, radicalement. En gros, cela consiste à ne s'appuyer sur rien, vingt quatre heures sur vingt quatre, rêves compris, et surtout pas sur l'œuvre passée, dont ce ne serait qu'une désolante resucée. En cours de gestation, féroce critique, un auteur peut se relire cent fois, jusqu'au par cœur, et pourtant, dès le bon pour imprimer, il s'empresse de tout oublier. Ecrire serait-il donc une expérience de lecture radicale, d'horizon en horizon?
En quoi cette expérience peut-elle être utile à la lecture commune? De quelle matière est composée la passerelle fragile où se rejoignent le livre et son lecteur?

Oui, lire quelque chose que l'on a écrit soi-même reste un acte de lecture à part entière - auquel s'ajoute bien entendu la (très grande) difficulté de l'acte de création. Dans cette perspective, à la question « Écrire, est-ce faire du neuf ? » on peut trouver à y redire, apporter quelques nuances. Gérard Genette notamment, a développé le concept de « transtextualité » pour mettre en évidence tout ce qui met un texte en relation, manifeste ou secrète, assumée ou non, avec un autre texte. Il distingue 5 types de relations :
- Intertextualité : la présence effective d'un texte dans un autre.
- Paratextualité : la relation d'un texte avec ce qui l'accompagne (préfaces, préambules, notes, etc.).
- Architextualité : c'est l'ensemble des déterminations thématiques, formelles, qui rattachent un texte à un genre particulier
- Métatextualité : c'est tout ce qui concerne le discours critique sur un texte, le commentaire, la glose.
- Hypertextualité : toute relation unissant un texte B (hypertexte) à un texte antérieur A (hypotexte), à l'exclusion du commentaire (par exemple, la relation parodique, la traduction, le pastiche).
Bien entendu ces relations ne suffisent pas à étudier un texte puisqu'il y a en effet une grande part de création brute, que rien ne précède, mais je trouve assez juste cette idée qu'un texte ne gravite jamais tout seul dans le vaste paysage littéraire. De la même façon, ce concept peut en partie répondre à tes deux dernières questions : en un sens, nous (lecteurs, auteurs, chercheurs) alimentons ces relations entre les textes ; les productions écrites qui analysent notre expérience de lecture avec un livre donné en sont le métatexte (auquel, c'est un exemple comme un autre, nous participons activement sur ce site en laissant des commentaires et en discutant de nos lectures) et permettent de rendre tangible cette passerelle entre livre et lecteur.
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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par MoneyPenny »

theyoubot a écrit : sam. 26 déc., 2020 1:53 pm J'ai tendance à penser que 2 de ces 4 choses évoluent dans un seul sens au fil du temps. Le même chez la plupart d'entre nous.
À quoi pensez-vous précisément :) ?
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Message par theyoubot »

Au fil des ans, le besoin de lire augmente et diminue, mais ce sont des aleas aussi capricieux que la météo. Ta disponibilité, ton humeur, les événements heureux ou malheureux de ta vie, ton état de forme etc. De même, le contexte de la décision de lire fluctue selon des facteurs changeants. L'existence d'une recommandation, la nature de cette recommandation, la ressemblance avec un autre roman qui a été aimé, la relation avec l'auteur et une dizaine d'autres facteurs. D'un mois à l'autre, tout cela change de façon imprévisible.
Par contre, une chose est sûre, tu as plus de bagages qu'il y a dix ans : tu as lu plus. Plus de prologues et plus de fins, plus de rebondissements, plus d'émotions de personnages, plus de dialogues. Au fil des ans, cette expérience accrue pousse tes seuils de qualité dans un sens et un seul, vers le haut.

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Message par Sweetones »

MoneyPenny a écrit : sam. 26 déc., 2020 3:15 pm
Sweetones a écrit : sam. 26 déc., 2020 11:12 am Pour l'écriture, c'est encore plus cruel. Je comprends les auteurs qui ne relisent jamais leurs anciens romans. Ecrire, c'est faire du neuf, radicalement. En gros, cela consiste à ne s'appuyer sur rien, vingt quatre heures sur vingt quatre, rêves compris, et surtout pas sur l'œuvre passée, dont ce ne serait qu'une désolante resucée. En cours de gestation, féroce critique, un auteur peut se relire cent fois, jusqu'au par cœur, et pourtant, dès le bon pour imprimer, il s'empresse de tout oublier. Ecrire serait-il donc une expérience de lecture radicale, d'horizon en horizon?
En quoi cette expérience peut-elle être utile à la lecture commune? De quelle matière est composée la passerelle fragile où se rejoignent le livre et son lecteur?

Oui, lire quelque chose que l'on a écrit soi-même reste un acte de lecture à part entière - auquel s'ajoute bien entendu la (très grande) difficulté de l'acte de création. Dans cette perspective, à la question « Écrire, est-ce faire du neuf ? » on peut trouver à y redire, apporter quelques nuances. Gérard Genette notamment, a développé le concept de « transtextualité » pour mettre en évidence tout ce qui met un texte en relation, manifeste ou secrète, assumée ou non, avec un autre texte. Il distingue 5 types de relations :
- Intertextualité : la présence effective d'un texte dans un autre.
- Paratextualité : la relation d'un texte avec ce qui l'accompagne (préfaces, préambules, notes, etc.).
- Architextualité : c'est l'ensemble des déterminations thématiques, formelles, qui rattachent un texte à un genre particulier
- Métatextualité : c'est tout ce qui concerne le discours critique sur un texte, le commentaire, la glose.
- Hypertextualité : toute relation unissant un texte B (hypertexte) à un texte antérieur A (hypotexte), à l'exclusion du commentaire (par exemple, la relation parodique, la traduction, le pastiche).
Bien entendu ces relations ne suffisent pas à étudier un texte puisqu'il y a en effet une grande part de création brute, que rien ne précède, mais je trouve assez juste cette idée qu'un texte ne gravite jamais tout seul dans le vaste paysage littéraire. De la même façon, ce concept peut en partie répondre à tes deux dernières questions : en un sens, nous (lecteurs, auteurs, chercheurs) alimentons ces relations entre les textes ; les productions écrites qui analysent notre expérience de lecture avec un livre donné en sont le métatexte (auquel, c'est un exemple comme un autre, nous participons activement sur ce site en laissant des commentaires et en discutant de nos lectures) et permettent de rendre tangible cette passerelle entre livre et lecteur.
Merci MoneyPenny d'avoir remis en perspective tout l'excessif de mon post. Effectivement, personne ne crée ex-nihilo. Chacun s'inscrit dans une histoire textuelle et dans le méga-texte de sa contemporanéité. Chacun est au croisement de la verticalité diachronique portée par ses filiations, sa généalogie littéraire, et de l'horizontalité synchronique dans lequel il baigne, quoi qu'il en ait. Je pense en particulier à ces notions de Genette, que tu cites, d'Architextualité et d'Hypertextualité.
Merci d'avoir répondu à ma dernière question et d'avoir éclairé le rapport livre-lecteur. Si ce rapport est fécond, ce ne peut-être que par les différentes textualités que tu décris à ce propos, en particulier le métatexte dont ce site se veut explicitement le porteur.

Mais je voulais sans doute souligner l'originalité de ce rapport, qui découle (qu'en penses-tu?) de l'unicité de l'objet-livre, de la créativité à l'œuvre. En quoi ce rapport est-il créateur lui aussi, par contagion pourrait-on dire (mais hors métatexte, en tant qu'expérience personnelle, en tant que désir) puisque le livre ne peut exister sans son lectorat? En quoi le livre, l'auteur, crée-t-il un horizon nouveau, pas seulement d'attente, mais une sorte de ligne d'ombre (j'emprunte ce beau concept à Joseph Conrad: the Shadow-line) qu'on ne peut atteindre et traverser qu'à l'issue de cette expérience, parce qu'elle nous change?. Le héros à la fin n'est plus le même. Son regard s'est approfondi. Il perçoit une réalité qui lui échappait au début. Les mêmes discours prennent une toute autre résonnance.
LahoLoui

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Re: Plus on vieillit, plus l'on devient difficile?

Message par LahoLoui »

Je n'ai que 17 ans et déjà j'éprouve beaucoup de difficultés pour trouver des livres distingués et sans pareil ! Apres avoir fini un quelconque livre je me sens rabat-joie en lisant la satisfaction et l'enchantement dans les commentaire positives des lecteurs, tandis que de mon coté j'enchaine les succession de déceptions. Par exemple je cite; Central Park de Guillaume Musso, Twilight par Stephenie Meyer et j'en passe c'est des meilleurs... Cependant si on m'avait offerts ces livres en étant plus jeune j'en aurais un tout autre opinion sur le sujet ! A bien y penser je crois que j'aurais adoré ! A mon avis cela relève de l'expérience de la personne en matière d'auteurs et donc de leurs différentes écritures ! Si je n'avais pas lu des excellents écrivains comme Jane Austen, Victor Hugo ou encore Maupassant (bon là j'évoque les plus connu de la littérature) jamais la plume puissante, effectif et gracieusement développée n'aurait été pour moi l'une des principales conditions pour juste "apprécier" un bouquin ! Et c'est cette dernière qui manque de nos jours chez les auteurs, malheureusement.
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