Ombres et Poussières [Harry Potter]

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Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Oh my god ! La tension dans l'air ! Comment tu peux nous arrêter ici ?? ARGH

Mdr, tout le monde est en mode "Mais oui c'était évident entre vous, surtout du côté de Simon, pour toi Vic c'était plus confus" et Vic est là "Oh mon Dieu, qu'est ce que je fais, je vais le faire fuir avec mes histoires de couple", MDR Victoria ! Vas y fonce !! J'ai trop hâte de cette fameuse discussion !! Je suis beaucoup trop investie dans leur relation, si la discussion foire je vais être véner je sens ! :D :D


J'avoue Miles est un ex de qualité, qui l'eut cru, bien joué à lui ! Simon qui s'inquiete pour les dragons !

Super chapitre, bravo à toi !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

BONJOUR TOUT LE MONDE
ça s'est bien passé votre rentrée les gens?

Info sport ... peu de choses. Ligue 1 en stand-by le temps de la trêve internationale, moisson de médailles aux jeux paralympiques, Tsitsipas éliminé à l'US Open, et ... well c'est à peu près tout.

Pouahah je regarde Desparate Housewives et Bree vient de lâcher une punchline merveilleuse. Plus je grandis, plus c'est ma préférée des quatre je crois.
BREF ON S'EN FICHE !
Bonne lecture !



***


Chérissez l'amour, Marcus. Faites-en votre plus belle conquête, votre seule ambition. Après les hommes il y aura d'autres hommes. Après les livres, il y a d'autres livres. Après la gloire, il y a d'autres gloires. Après l'argent, il y a encore de l'argent. Mais après l'amour, Marcus, après l'amour il n'y a plus que le sel des larmes.

- Harry Quebert
La vérité sur l'affaire Harry Quebert
Joël Dicker.
***


Chapitre 24 : Doute que les étoiles ne soient que flammes...

Il avait accepté. Il avait accepté ce stupide verre.

Pourquoi ? Il n'en avait pas donné la raison quand j'étais passée dans la matinée pour lui proposer de venir avec moi au centre Plumpton. Leonidas Grims revenait d'un voyage aux Etats-Unis et j'avais vu en son retour l'occasion d'attirer Simon autant que de découvrir ses attentions envers Adrianne. Elles avaient été claires, et je n'eus pas le temps de déployer toutes les techniques que j'avais mise au point pour lui arracher cette information. Il avait levé son livre et seule sa voix étouffée m'était parvenue : « je ne peux pas, je vais voir Adrianne ».

J'avais envie de hurler. De donner un grand coup de poings dans le grimoire pour qu'il s'écrase sur son visage. Mais j'avais dû quitter la place en vitesse : Rose et George étaient sur le point de partir pour leurs premières vacances en couple depuis la naissance de Caroline et prodiguaient à Simon nombre de conseils, d'inquiétudes qui semblait l'exaspérer au plus haut point. Et quand Rose proposa que Caroline vienne passer quelques jours dans la maison familial pour être certaine que le cadet ne meure pas de faim, Simon parut sur le point de mettre ses parents à la porte. Déjà en retard, je n'eus pas le temps de voir le déploiement de la dispute qui semblait germer et repartit avec mon balai et mon sac, complétement fulminante. L'entraînement arrivait à point nommé : j'étais d'une efficacité redoutable quand j'étais en colère. Le match contre Gryffondor l'année dernière, arrivé en pleine tourmente, l'avait prouvé. C'était ce jour-là que Gwladys Sayer m'avait repéré et ce jour-là, chaque souafle avait été doublé du visage de Simon.

Ça ne se démentit pas, ni pendant la séance physique du matin où mes statistiques furent excellentes, ni pendant l'entrainement de l'après-midi où j'envoyais d'un poing rageur le souafle dans le visage d'Eden. Son nez craqua sous le choc et nous fûmes obligés d'interrompre brièvement la séance pour lui permettre de se soigner. J'atterris près du poursuiveur, soigné par Emma Spielman, affolée.

-Bon sang je suis désolée Eden ! Je n'ai absolument pas calculé la trajectoire ...

-Pas grave, bredouilla-t-il pendant qu'Emma nettoyait le sang qui s'échappait abondement de son nez.

-Au contraire, continue comme ça, lança la guérisseuse avec un sourire. Tu as mangé du lion aujourd'hui !

-Oui enfin, si elle peut éviter nous blesser ..., marmonna Cameron.

Swan lui jeta un regard noir et il s'éloigna de quelques pas, sa batte sur l'épaule. J'attendis qu'Emma finisse de soigner Eden pour être pleinement rassurée et risquer un coup d'œil en direction de Dalia. Elle était plongée dans son calepin et je voyais d'ici sa plume donner des coups rageurs sur le papier. Sûr qu'elle devait apprécier ma séance : je doutais avoir été un jour aussi bonne. Mais si le prix à payer était que je casse le nez des poursuiveurs ... je doutais qu'elle doit prête à concéder cela. Je décidai de l'affronter avant que ce ne soit elle qui me lance une pique au pire moment : elle faisait parfois cela pour nous déstabiliser. Et ça marchait à chaque fois.

-Je suis désolée, assurai-je en arrivant à sa hauteur. Je ferais plus attention à l'avenir.

Dalia me jeta un bref regard avant de se replonger dans ses notes. L'esquisse d'un terrain de Quidditch y était dessinée, gribouillé de flèches et de lettres illisibles.

-Dans un match officiel, ce type de coup peut nous coûter un coup franc. Mais c'est assez rare parce qu'il faut prouver la volonté du gardien de faire mal et souvent ce n'est pas ton cas. Et c'est ça qui m'inquiète, si tu veux savoir. Oui, tu es très bonne aujourd'hui. Tu sais pourquoi tu es bonne ? Parce que tu ne contrôles rien. Un véritable feu follet. Tu as le diable au corps aujourd'hui ma petite. Ça attise le meilleur et le pire de toi. Et c'est exactement ce qu'on voit dans ton jeu : le meilleur et le pire. Essaie de filtrer ta rage pour ne laisser passer que le meilleur. Parce que c'est de ça dont il s'agit : tu es en colère.

Je me dandinai d'un pied à l'autre sans chercher à nier. C'était incroyable ce que le sport pouvait vous apprendre sur les gens, comment Dalia avait analysé mon état d'une traite et de façon si juste ... « ça attise le meilleur et le pire de toi ». C'était exactement ce que faisait Simon dans la vie de tous les jours. Et c'était exactement la source de ma colère. Dalia se leva et coinça ses carnets sous son bras.

-Pourquoi, je ne veux pas le savoir. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. La colère est un moteur comme un autre. Apprends simplement à la canaliser et je considérerais la séance comme réussie. (Elle porta le sifflet à ses lèvres et souffla un grand coup qui résonna dans le stade). Allez, si Eden est remis on y retourne ! Les Batteurs, en séance individuelle, Joana tu peux aller faire un peu de cardio si tu veux. Et tous les poursuiveurs contre Bennett !

Elle m'adressa un sourire sarcastique sur ses lèvres décharnés et je faillis le lui rendre. Dalia était sèche, poussait à l'excellence à l'absurde, ne montrait aucun sentiment mais c'était sa façon de faire ressortir le meilleur de nous, de nous faire progresser. La méthode à la McGonagall quand j'avais été maternée toute ma vie par Chourave. C'était difficile pour moi de m'y adapter mais je ne pouvais que lui donner raison : je progressais. Preuve s'il en fallait une, son conseil me fut d'une grande aide pour la suite de la séance. J'avais toujours cette fureur sourde au creux de mon ventre, qui s'attisa quand je songeais que Simon devant être à l'instant même avec Adriana, assis sur une table du Chaudron Baveur ... Peut-être même que la jeune fille avait proposé d'aller plus loin, de dîner un soir, ou d'aller boire un autre verre chez elle ... Puis je clignai les yeux et j'étais éblouie par le soleil et Swan volait droit sur moi en armant une frappe. Dès lors, je prenais une profonde inspiration pour calmer les nerfs, chassait l'image tout en gardant l'énergie et tentai une parade. L'exercice fut fastidieux et je ne parvins pas toujours à gommer Simon de mon esprit mais à la fin Dalia m'adressa un hochement de tête satisfait qui signifiait que j'avais assuré l'essentiel. Elle ne s'attarda pas et nous laissa regagner les vestiaires complétement éreintés.

-Preums pour la douche ! exigea Cameron en se l'appropriant sans vergogne

-En toute simplicité, ironisa Arnold avant de me donner une grande tape dans le dos. Bon, Barbapapa, tu fais quelque chose ce soir ? Ou c'est parce que tu ne fais rien que tu as cassé le nez d'Eden ?

-Oh, laisse-la, le rabroua Swan, déjà nue sous sa serviette. Parle, toi : tu fais quelque chose avec Kate ?

Arnold éclata d'un grand rire et passa la main dans sa barbe aux reflets roux.

-Elle accouche dans quelques semaines alors je pense que ça va être soirée plaid et télévision !

Swan et Eden échangèrent un regard chargé d'incompréhension. Je savais que la femme d'Arnold attendait leur premier enfant et je doutais que c'était cela qui provoquait leur foncement de sourcil. Simplement, les sorciers ne connaissaient pas le plaisir simple de la télévision et je sortis Arnold de l'embarras en embrayant :

-Je pense que ce sera pareil pour moi. Le chocolat en plus.

-Je savais que je pouvais compter sur toi, Mini-pouce, me sourit-t-il en s'installant sur le banc à côté de moi. Tu habites toujours chez tes parents ?

-Oui, mais il est hors de question que j'emménage sans télé. Ta femme l'a accepté ?

Arnold eut un sourire malicieux.

-C'est une moldue, elle. Pas de pouvoir magique donc obligation d'avoir un foyer relié à l'électricité.

-Une moldue ? s'étonna Eden. Comment tu l'as rencontrée ?

La question sonna étrangement à mes oreilles. Pourquoi cette surprise ? Puis je me souvins que les interactions entre sorciers et moldus étaient nulles, si nulles qu'effectivement, une rencontre voire une liaison semblait improbable. Seuls les nés-moldus ou les familles de sorciers qui avaient acceptés que leurs enfants grandissent dans le monde non-magique en fréquentait, mais nous étions loin d'être la majorité. Arnold parut indisposé par le questionnement et répondit d'un ton sec qui avait perdu de sa bonhommie :

-Une longue histoire, je te raconterais quand tu serais plus grand. Bon, au revoir les gosses, j'ai ma femme et mon enfant qui m'attendent à la maison ...

-Qu'il ne se plaigne pas, j'ai trois enfants qui m'attendent, grimaça Swan alors qu'il s'en allait, son balai sur l'épaule. Bon, miss, tu nous racontes maintenant que Barberousse est parti ?

-Raconter quoi ? prétendis-je innocemment.

Swan me gratifia d'un regard perçant, le genre de regard qu'une mère pouvait lancer à son enfant pour lui faire comprendre qu'elle savait parfaitement que c'était lui qui avait cassé le vase de grand-mère sur la commode et que toute tentative pour prétendre le contraire aggraverait son cas. Je poussai un soupir et tentai de la rassurer d'un sourire.

-Ça va. Je suis juste un peu contrariée, ce n'est pas grave ...

-Beaucoup contrariée, rectifia Eden en tâtant son nez. J'ai littéralement senti toute la puissance de ta colère.

-Encore désolée pour ça ...

-Ce n'est pas grave. Mais je mérite de savoir pourquoi j'ai eu le nez cassé, non ?

Je levai les yeux au ciel, refusant de me laisser attendrir.

-Laisse tomber, c'est compliqué.

-Ah, comprit Swan avec un semblant de sourire. Donc ça concerne le neveu de Grims ? Le blond qui était là la dernière fois ?

-Avec qui tu as clairement un comportement de couple même si tu prétends le contraire ? compléta Eden.

-Oh, la douche s'est libérée ...

Je bondis à l'intérieur sans attendre mon reste, provoquant l'éclat de rire de Swan et Eden et l'œil désarçonné de Cameron quand je refermais la porte sur lui. Mes acolytes tambourinèrent à ma porte pour me prévenir qu'ils seraient toujours là quand je sortirais, que je m'étais trahie et tentèrent de m'arracher des informations toute la durée de ma douche qui fut donc tout, sauf reposant. Car à chaque question, les images oniriques de Simon avec Adrianne – forcément dans mon imaginaire plus jolie et plus épanouie que moi – dansaient dans mon esprit et provoquait un mélange désagréable de colère et d'abattement.

C'est idiot, Vic'. C'est juste un verre. Simon te l'a dit : ça n'a pas d'importance. C'est qu'une amie.

Mais il l'avait accepté. Malgré la Saint-Valentin. Il était en ce moment même avec elle, parfaitement conscient que la rencontre avait des allures de rendez-vous galant et qu'Adrianne attendait vraisemblablement de lui un peu plus que de l'amitié. Et il avait accepté.

Fulminante, je me revêtus de mon débardeur et mon sweat informe sur un jean dont la couleur était passée depuis longtemps. Il faudrait que je songe à me racheter des vêtements : sept ans à ne porter que les uniformes de Poudlard avaient sérieusement appauvri ma garde-robe. Peut-être que j'y irais avec Emily et la laisserai faire les choix à ma place, elle avait plus de goût que moi. Je fus soulagée de constater que Swan et Eden avaient renoncé à m'attendre – mon silence avait dû leur faire comprendre que l'affaire me mortifiait plus qu'autre chose – qu'ils avaient quitté le vestiaire. J'adressai un vague salut à ceux qui restaient et m'en fus. Je remontai les marches quatre à quatre jusqu'au bureau du sorcier-vigile-réceptionniste Philibert et sortis de la gare pour transplaner.

Je choisis d'atterrir assez loin de chez moi. Le soleil brillait sur Terre-en-Lande avec de pâle rayon qui irisait le ruisseau qui découpait le village. Les berges étaient souvent vides et je m'y attardais, suivant le cours de l'eau en espérant qu'elle m'apporterait la sérénité qui me manquait. Et pourtant face à son reflet, les points dorés provoquait le soleil m'évoquait une autre image, la couleur que prenait les cheveux de Simon en plein été quand les rayons les blondissaient le plus. Ma gorge se ferma. Je n'en pouvais littéralement plus de ce doute constant. J'avais besoin d'être fixée. Ce n'était pas difficile, non ? J'avais prononcé ces mots un nombre incalculable de fois dans ma vie. « Simon, il faut que je te parle d'un truc ». J'avais pu lui cracher que je m'étais faite agressée, je pouvais y arriver, non ? Mais chaque fois que j'ouvrais la bouche, les mots m'obstruaient désagréablement la gorge et se refusait à s'échapper.

Je poussai un gros soupir et nichai le nez dans l'écharpe que j'avais enroulé autour de mon cou. Je n'avais pas pris le soin de mettre une cape ou un manteau : mes muscles étaient encore chauds de l'entrainement. Et j'avais besoin de ce froid, ce froid glacial de février qui me semblait à l'instant le plus efficace pour contrôler le feu qui brûlait dans mes entrailles. Il avait même neigé la semaine dernière pour la première fois de l'année : les températures n'étaient pas remontées depuis et certains arbres et toits gardaient leur ornement immaculé. Cela donnait au vieux village des aspects de Pré-au-Lard un soir d'hiver et l'idée m'arracha un sourire.

Des berges, je pus entendre parfaitement les cloches de l'église Saint-Edward sonner les dix-neuf heures et je me résolus à reprendre le chemin de chez moi, d'autant que la lumière déclinait. La promenade m'avait fait du bien et avait complétement aéré mon esprit : mes entrailles s'étaient dénouées et je traversai le village d'un pas plus tranquille, moins nerveux. Je cachai mon balai sous mon bras chaque fois que je croisais un villageois mais personne ne me posa de question jusqu'à mon arrivée chez moi. Je pris mes clefs pour ouvrir mon portail – mes parents devaient être sortis pour leur repas romantique – et le refermai derrière moi du plat du talon. Puis mes yeux se levèrent sur la maison et je me figeai totalement. L'espace d'un instant, les battements affolés de mon cœur parurent devenir ma seule réalité

-Qu'est-ce que tu fiches là ?

Simon était assis en travers de ma balancelle, Cyrano de Bergerac entre les mains et un bocal de flammes bleues pressée contre sa poitrine et sa cape couvrant ses jambes comme une couverture. Il ferma le livre sur son pouce et m'adressa un petit sourire.

-Je ne sais pas, tu ne m'as pas vendu Rasta Rockett avec du chocolat ?

-C'était Le cercle des poètes disparus et tout le chocolat est pour moi, précisai-je en avançant prudemment vers lui. Mais tu n'étais pas ... occupé ?

Simon haussa les épaules et se redressa pour poser les pieds sur le sol. Il se leva, sa cape sous le bras et le livre dans la main et me rejoignit en quelques enjambée sous mon porche.

-Ce n'était pas censé durer une éternité ... Tu sais, c'était juste un verre.

-Et ça s'est bien passé ? demandai-je en introduisant ma clef dans ma serrure.

J'espérais avoir garder le ton le plus neutre possible et me forçai à garder mes yeux rivés sur la porte que j'étais en train d'ouvrir. Je devais paraître presque froide, mais froide était moins problématique que furieuse. Je secouai rapidement la tête pour me remettre les idées en place. Je devrais être heureuse qu'il soit là, qu'il ait choisi de passer avec moi alors qu'il avait l'occasion d'être avec elle. C'était censé signifier quelque chose ... Non ?

Il s'adossa à l'embrassure de ma porte, tourné de trois-quart vers moi. Je ne sentais pas la pression de son regard donc je supposais qu'il devait se promener sur le paysage glacé baigné par la lumière du soleil couchant. Je la voyais qui jouait sur le visage de Simon, sa lueur orangée effaçant ses tâches de rousseurs et assombrissant ses yeux par complémentarité. Je me reconcentrais sur ma tâche, agacée par moi-même et par la lenteur de mon action. Finalement, je réussis à tourner la clef et m'engouffrai chez moi avec un soupir de soulagement. J'allumai les lumières et me rendis immédiatement dans la cuisine où Archimède reposait sur son piédestal improvisé par Alexandre au-dessus du buffet. Il nettoyait ses plumes et une lettre était toujours attachée sa patte. Simon caressa l'oiseau du dos de l'index.

-Je trouve que j'ai bien choisi, fanfaronna-t-il.

-Il n'est pas tout marron, rétorquai-je pour la centième fois en dépliant la lettre.

L'écriture d'Emily s'y étalait, belle et furieuse :

Salut Vic' ! Désolée d'avoir tardé à répondre, on est surbooké en ce moment à Ste-Mangouste – tu as entendu de l'immeuble qui avait explosé à Newcastle ? C'était une résidence sorcière, tous les blessés ont atterri chez nous et on doit refaire tout le stock de potion ... Bref. Ça devient presque la routine, c'est horrifiant.

UN VERRE LE JOUR DE LA SAINT-VALENTIN ?! Elle est douée, cette fille parce que pour attirer Simon dans un rencard il faut y aller en finesse ! Non, sérieusement, ça m'étonnerait qu'il accepte, Octavia a dû le travailler au corps pendant des semaines pour qu'il daigne lui accorder de l'attention ... Et vraiment, quand il nous en a parlé, ça avait juste l'air d'être une amie et même moins que ça. J'ai essayé de te faire peur pour te tester mais je pense honnêtement que tu n'as rien à craindre de ce côté de là.

Je pense surtout que tu as toutes les cartes en main. Vic', je sais que Roger t'a dit qu'il trouvait Simon plus évident, mais ça reste Simon : même si c'est vrai, jamais il n'ouvrira la bouche. Je sais que c'est difficile mais c'est comme ça. Il va falloir que ça vienne de toi. Continue d'observer de voir comment il réagit si ça peut te rassurer mais à un moment ... il va falloir te jeter à l'eau. Je sais que c'est compliqué et que c'est nul comme conseil et que tu dois être certainement tétanisée en lisant ces lignes, mais c'est le meilleur que j'ai à te donner.

Bon, je vais me préparer pour ma Saint-Valentin – oh attends, je suis privée de Saint-Valentin parce que mon copain travaille ... Tu me tiens au courant ? Bon sang s'il se passe quelque chose et que je ne suis pas la première au courant, je te jure que je t'en voudrais toute ma vie, Victoria Bennett, tu m'entends ? Sur la tombe de Cédric je le jure !

Bon courage, je t'envoie toute mes forces !

(Ecris-moi, même si je mets un mois à répondre).

Em'.


Je soupirai devant la lettre et jeta un bref coup d'œil à Simon qui s'occupait à goinfrer mon hibou, un léger sourire aux lèvres. Ça faisait des semaines que j'étais en phase d'observation mais chaque fois j'avais l'impression que ça ne faisait que renouer la pelote de laine. Chaque petit geste ne faisait qu'empoisonner mon existence, chaque intention me mettait le doute. Que venait-il faire ici ? Pourquoi était-il venu me voir : pour passer la soirée avec moi ? Ou étais-je une excuse pour abréger son rendez-vous avec Adrianne ? Je relus la lettre, tiraillée. « Ça m'étonnerait qu'il l'accepte » Et pourtant, il était bien allé voir ce verre... « Il n'ouvrira pas la bouche. Il va falloir que ça vienne de toi ».

Oui. Oui, ça je voulais bien le croire. C'était l'immense problème de Simon Bones : chaque part inconnue de lui devait lui être arrachée. De nouveau, je glissai un petit regard sur lui et le petit sourire qu'il abordait face à Archimède. J'avais réussi à lui arracher le pire de lui : son identité. Lui faire admettre que notre relation était tout sauf normale devrait être facile après ça ?

Mon estomac était un véritable chaudron en ébullition et cette agitation rendait mes pensées confuses et lentes. Je fermai les yeux, pris une grande inspiration et finit par me tourner résolument vers Simon. Il me contempla, déboussolé.

-Quoi ?

-Changement de plan. Ça te dit un ciné ? Ça fait une éternité que je n'y ai pas été. Au moins deux ou trois ans.

Simon parut surpris par la proposition. Je ne savais pas d'où m'étais venue cette idée. Sans doute l'idée de me retrouver seule dans mon canapé avec lui à souffle de moi m'angoissait trop : j'avais besoin d'air avant. Mais maintenant qu'elle était jetée, je craignais qu'il me la renvoie à la figure. Ma main se resserra sur la lettre d'Emily et la froissa dans mon poing. Ça doit venir de toi. Fort heureusement, ce fut un petit sourire qui fendit le visage de Simon.

-Et moi plus de dix ans. Ça marche.

***


L'univers avait un drôle d'humour. Car lorsque je passai la porte du cinéma de Gloucester avec Simon, la première affiche qui nous fit à tous les deux envies fut une adaptation du texte complet d'Hamlet. Son fou rire quand il le découvrit nous valut le regard désarçonné de certains couples venus passés une soirée devant des comédies romantiques. Je trouvai au fond de mes poches de manteau de l'argent moldu pour payer les places et le pop-corn et nous pûmes nous installer ensemble dans ce qui devait être la plus petite salle du complexe, occupée uniquement par un couple d'une trentaine d'année qui nous jeta un regard surpris. Ce fut Simon qui nous plaça plutôt au fond de la salle – loin de nos camarades de salles – et qui piqua immédiatement dans le pop-corn dès qu'il fut assis. Je lui pris vertement le paquet.

-Ne mange pas tout alors que les bandes d'annonce n'ont même pas commencées.

-Je n'ai pas mangé ce midi, protesta-t-il en m'arrachant le paquet des mains.

Je levai un sourcil surpris et un sourire moqueur s'étala sur mes lèvres.

-Et pourquoi ? Maman n'était pas là pour te faire à manger ?

J'en fus quitte pour qu'il me lance un pop-corn à la figure. Il avait pris ses aises sur le siège rouge de la salle, s'installant en tailleurs en posant sans la moindre vergogne ses baskets sur le velours. Il avait pris soin de sa tenue : des vêtements moldus, certes avec un sweat à zip et un tee-shirt mais parmi les plus beaux de sa garde-robe. Le sweat de couleur pourpre était même neuf si je n'abusais. J'avais toujours aimé cette couleur sur lui, elle mettait ses yeux en valeur par complémentarité. Mon cœur se serra. Bon sang, il avait réellement fait des efforts ... Je fus tentée de me recroqueviller sur mon fauteuil comme une bête blessée mais me forçai plutôt à demander :

-Bon. Tu me racontes du coup ?

-Te raconter quoi ? interrogea-t-il en engloutissant un nouveau pop-corn.

-Ton verre avec Adrianne. Ça a été ... concluant ?

Je devais savoir. Je devais savoir très vite sinon j'allais lui faire payer la colère qui lacérait mes entrailles depuis ce matin. La bouche de Simon fut agitée d'un tic nerveux. La lumière commençait à lentement se tamiser et l'écran s'alluma pour jeter une lumière crue sur son visage. Il prit le temps de mastiquer quelques pop-corn avant de répondre d'un ton neutre :

-Bah ... Bien. Je veux dire, ça a été, elle est gentille. Mais ça je le savais.

Et bien moi tu ne m'apprends rien Bones ! Je passai mes nerfs en déchiquetant l'étiquette de ma bouteille d'eau. Dans la pénombre qui s'installait, Simon ne pourrait pas capter ce geste d'énervement.

-Et elle est jolie ?

-Euh ... Oui, plutôt mignonne, pourquoi ?

Un bref sourire s'étala sur mes lèvres. Bon sang ce qu'il pouvait avoir des réactions d'enfant. En un sens, ça me rassurait. En un sens, ça m'angoissait. Moi je n'étais plus une enfant. J'avais grandi, j'avais vécu, j'avais appris. C'était l'évidence même que Simon n'avait pas la même expérience que moi en terme de relation. Que le fait même d'être en couple était quelque chose d'incongru pour lui. Fort heureusement, l'idée d'être en couple avec lui l'était tout autant pour moi alors nous étions sur la même longueur d'onde. Je m'affaissai contre mon dossier et un pauvre sourire ourla mes lèvres.

-Tu vas tourner autour du chaudron longtemps ? Tu sais très bien ce que j'essaie de te faire dire. Est-ce que pour une fois, tu peux éviter de faire lutter et juste ... parler ?

Simon me contempla longuement au moment où les premiers mots de la pièce fendaient l'air (« Qui est là ? »). Je l'avouais : j'avais lu la pièce tant de fois que me désintéresser de la toile et de la projection n'était pas difficile. L'air indécis de Simon l'était bien plus. Il abaissa le pop-corn sur ses genoux et j'y vis un signe qu'il cesserait de se cacher derrière sa faim pour refuser de me répondre.

-Elle est mignonne, elle est gentille. C'est vraiment une fille adorable, très intelligente.

Les mots étaient chuchotés et je les entendais à peine à travers le fracas de Marcellus et d'Horatio. Cela me força à m'incliner un peu plus vers lui, à poser le bras sur son accoudoir et à devoir supporter le fait que sa main se retrouva à quelques épouvantables centimètres de la mienne. Les doigts de Simon pianotèrent sur le paquet de pop-corn.

-Mais je n'en sais rien ... C'est comme avec Octavia. Ça pourrait marcher, ça pourrait même me plaire quelques temps. Mais ça resterait creux, sans but, juste ... « comme ça ». C'est ça en fait, je ne vois pas beaucoup d'avenir. Quoiqu'il arrive, ce sera une relation de passage et si ça ne me dérangeait avec Octavia à l'adolescence, là j'ai un peu plus de scrupules.

C'était difficile à juger dans la semi-obscurité, mais il me semblait que les joues de Simon s'étaient colorées durant ses aveux. Je ne savais pas réellement quoi en penser. Du soulagement peut-être en constatant qu'il n'envisageait rien de sérieux avec elle. Une déchirure au cœur parce qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que ça devienne envisageable. Et les doutes, les doutes affreux qui m'assaillaient toujours et qui se demandaient toujours quelle place j'avais dans cette situation, dans ces paroles.

Et moi ? Je serais de passage ?

Je tentai de ne rien laisser paraitre de mes troubles et passai ma frustration sur l'étiquette de ma bouteille. Les yeux de Simon s'était rivé sur l'écran où le spectre du roi apparaissait à Hamlet pour le mettre au courant de son assassinat par Claudius.

-Et tu ne te dis pas ... qu'avec le temps ...

-Non, me coupa immédiatement Simon. Non, vraiment je ne crois pas. Et elle, j'ai eu l'impression que ce qu'elle recherchait, c'était précisément cette longue relation dans laquelle tu t'investies pour la vie.

-Ah, je vois ... Tu lui as dit au revoir avant de prendre les jambes à ton cou ?

J'eus le droit à un nouveau pop-corn qui cette fois heurta mon front et m'arracha un cri de surprise. Le couple devant se tourna brusquement sur nous avec un « Chuuut ! » insistant et je levai une main pour m'excuser pendant que Simon cachait son hilarité dans son paquet de pop-corn. Je n'eus aucun scrupule à le gratifier d'un coup de coude.

-Tais-toi ! Et je rappelle au passage que tout ça est de ta faute ! Et arrête de cracher dans le pop-corn, comment tu veux que j'en mange après ?

-Toi tais-toi ! On arrive à l'acte II ...

-L'acte II ... Oh la la ...

Comprenant parfaitement où il voulait en venir, je remontais mon manteau jusque ma tête pour m'en couvrir et Simon pouffa à côté de moi. Je l'entendis farfouiller dans le pop-corn et attendis avec une boule au creux de la gorge les fameuses répliques qui ne devraient plus tarder maintenant qu'Ophélie parlait de la folie feinte d'Hamlet à son père Polinius. Quand la reine entra en scène, Simon se mit à taper mon épaule de façon insistante, ce à quoi je répondis en secouant frénétiquement la tête sous mon manteau.

-Quoi ? Ceci est adressé d'Hamlet à Ophélie ?

-Attendez ma bonne dame, je lis ... « Doute que les étoiles ne soient que flammes, doute que le soleil n'accomplisse son tour, doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour... ».


-Arrête de rire, marmonnai-je alors que Simon s'esclaffait de plus belle.

-Comment tu veux que j'arrête avec ça, sérieux ?

Sa main glissa au sommet de mon crâne pour attraper un pan de mon manteau et je n'en crispai que plus les miennes pour rester cachée dans noir. Mon visage s'était violement empourpré à la récitation des vers, ces fameux vers qui m'avait fait comprendre que je n'avais jamais aimé Miles. Je revoyais encore Simon les lire sur cette table à la bibliothèque et je regrettai brusquement de ne pas pouvoir faire machine arrière, de l'observer les déclamer, d'analyser ce que je ressentirais à l'idée. Mon cœur se gonfla de beaucoup trop de chose : espoir, panique ... sérénité. A l'abri sous mon manteau, je poussai un soupir. C'était peut-être le pire dans cette affaire, cette sérénité que je ressentais chaque fois que je posais des mots sur ce que je ressentais pour Simon. De l'amour, de façon si absolu qu'il m'effrayait presque. Faute de pouvoir remonter le temps, je récitai les vers dans ma tête tout en ayant conscience de la proximité de Simon, de son souffle régulier à côté de moi, de sa main qui ne s'était pas ôté de mon manteau et dont je sentais la chaleur.

Doute que les étoiles ne soient que flammes

Doute que le soleil n'accomplisse son tour

Doute que la vérité soit menteuse infâme

Mais ne doute jamais de mon amour.


Heureusement que j'étais invisible sous mon manteau : mes lèvres, emportées par mon cœur sur le point d'exploser, s'étaient risquées à esquisser le dernier vers. Ça m'avait aidé dans la visualisation, rendu l'instant plus réel et ce qui en découlait plus prégnant. Simon avait parlé d'Adrianne, de son angoisse quant à ses attentes car elle espérait une relation à long terme. Ma gorge se serra et mes mains remontèrent mécaniquement sur ma poitrine qui s'était mise à battre à un rythme affolé, erratique, irrégulier.

C'était là depuis l'enfance. Ça grossissait depuis l'enfance, ça s'amplifiait chaque jour à chaque geste, à chaque mot. Ça ne disparaîtrait pas comme ça. C'était là pour la vie. Et c'était sans doute ce qui m'effrayait le plus dans cette histoire.

Et si ça m'effrayait moi, ça terrifierait Simon. C'était certain.

-Hé.

La main de Simon sur mon manteau se fit plus hésitante. Lentement, après être certaine d'apparaître avec un visage montrable, je décrispais mes doigts et le laissai me découvrir. La lumière agressive de la toile m'agressa la rétine et me fit plisser les yeux : la scène avait défilé et à présent Hamlet parlaient aux comédiens censés jouer devant la cour le meurtre de son père. Une mise en abyme, une mise à distance ... J'avais besoin d'une mise à distance mais Simon posa une main sur mon épaule.

-Tu es sûre que ça va ? Tu es restée beaucoup trop temps là-dessous ...

Je sentais la sincère inquiétude dans sa voix, aussi m'efforçai-je de le rassurer d'un sourire qui me sembla affreusement forcé.

-Ça va ... j'ai juste eu ... une journée épuisante.

-Ça n'a pas été l'entrainement ?

-Si, très bien. Juste épuisant.

-Tu ne préférais pas qu'on reste chez toi ... ? Ou même que je te laisse d'ailleurs, si tu veux aller dormir ...

Je fus presque suffoquée de l'immense « non » qui monta en moi. Je ne voulais pas aller dormir, je ne voulais pas quitter cette salle de cinéma, malgré mon estomac réduit à une bouillie de sentiments indistincts, malgré les doutes, malgré toutes mes réactions fortes et insensées à chaque mot. Mais c'était justement pour mettre fin à tout cela qu'il fallait que je me fasse violence et cesse de fuir.

Mais sa prévenance me toucha. Cela évoqua pour moi ce que Roger avait laissé entendre sur l'instinct de protection que Simon semblait avoir avec moi, instinct qui l'avait poussé à s'égosiller contre Ombrage, ou contre moi quand j'étais revenue de Londres après l'attaque des Détraqueurs.

« Si tu oses m'abandonner pour jouer à l'héroïne, alors je me ferais un plaisir d'aller cracher sur ta tombe ».

Ça signifie quelque chose. Ça signifie quelque chose.

Comme cette main qui restait sur mon épaule et qui la pressa devant mon mutisme.

-Vicky ...

Vicky. Ça aussi ça signifiait quelque chose. Je n'étais Vicky que pour lui.

-Non ça va t'inquiète. Je peux avoir le pop-corn ?

Simon paraissait toujours dubitatif lorsqu'il me tendit le paquet dans lequel je picorais, plus pour m'occuper les mains que par réelle envie. Il me fixait toujours, les sourcils froncés, son visage animé des différentes lumières que la projection jetait sur nous. Elle lui donnait différentes colorations, différents jeux d'ombres qui rendait difficile la lecture de son expression.

-C'est à cause d'Adrianne ?

-Quoi ?

Mon cri devait tenir du couinement qui fit s'envoler les sourcils de Simon sous ses mèches folles. Au moins, il n'avait pas pris le temps de se coiffer.

-Ton attitude. J'ai l'impression que tu es hyper détachée depuis qu'on est ici ... Tu es encore en colère contre moi parce que je t'ai caché quelque chose, c'est ça ?

Non. Oui. Presque.

-Est-ce que j'ai dit quoique ce soit ? préférai-je opposer d'un ton calme.

-Tu n'as pas besoin.

Le sourire désabusé qui s'étira sur mes lèvres accentua le froncement de sourcil de Simon. Il détourna le regard et s'enfonça dans son fauteuil, la tempe appuyée contre son poing.

-Mais je rêve, tu essaies de faire semblant avec moi ...

-Faire semblant de quoi ?

-Et bien tu sais quoi ? Je ne sais même pas ! Mais je sais que ça ne date pas d'aujourd'hui, ça fait au moins quelques semaines que je te sens distante et que je n'arrive pas à mettre le doigt sur la raison. La seule chose que je vois c'est cette histoire de choses que je te cache : mon deuxième prénom, Adrianne ...

-Donc ... tu cachais Adrianne ?

Simon poussa un grognement de frustration en tournant la tête et mon cœur manqua un battement. Ce n'était pas qu'il ne m'en avait pas parlé : il me l'avait caché. Et ça changeait beaucoup de choses et ravivait les braises de la colère qui m'avait animée toute la journée.

-Mais pourquoi ? Si ce n'est pas important, pourquoi tu me l'as cachée ?

Un sourire férocement satisfait s'étira sur les lèvres de Simon.

-Donc, ça te dérange.

-Pourquoi, Simon ?

-Mais admets-le !

-Il me semble que je t'en ai déjà parlé, non ? répliquai-je, exaspérée. Que je t'ai dit que ça me mettait hors de moi que tu n'aies pas confiance en moi comme j'avais confiance en toi et que j'étais fatiguée de devoir lutter pour découvrir chaque parcelle de toi ! Maintenant à toi de me dire pourquoi tu me caches des détails sans importances !

-Parce que c'est sans importance justement ! Je ne te demande pas de me parler de tes coéquipiers, à ce que je sache ? Ce que tu fais, avec qui, avec toi, pourquoi tu restes chaque fois un peu plus avec Eden, il me semble que je ne te le demande jamais, non ?

Je clignai des yeux, prise de court par l'argumentaire qui se retournait contre moi sans que je ne l'aie vu venir. Et pire que tout, je n'avais pas du tout conscience que Simon avait connaissance des informations qui venaient de franchir ses lèvres.

-Comment tu sais que je me prolonge toujours mes entrainements avec Eden ?

-Parce que Leonidas me l'a dit la fois où je suis venu !

-Oh les gosses ! s'écria l'homme devant nous. Bécotez-vous au lieu de crier !

Ce fut difficile de déterminer qui rougit le plus fort entre Simon et moi. Je plaquai une main sur mon visage et m'enfonçai dans mon fauteuil de tel sorte à ce que je voyais même plus l'écran où la pièce voulue par Hamlet était enfin jouée. C'était le milieu de l'acte III ... Nous étions à peine au milieu du film et je me sentais déjà étouffer. C'était sans doute l'une des pires idées que je n'avais jamais eue ...

-Tu crois qu'il pense qu'on a quel âge pour nous appeler « les gosses » ? me souffla Simon.

Il s'était avachi aussi sur son fauteuil, les pieds callés contre celui d'en face et ses jambes repliées. Ses joues gardaient des traces de rougeur crument révélées par la projection. Je le toisai du coin de l'œil, incrédule.

-Tu es sérieux ?

-Tu as raison, on fait tous les deux moins de dix-huit ans, c'est évident.

-Bones, je vais t'arracher les yeux !

-Change de disque, Bennett.

-Je rêve ... Tu veux vraiment plaisanter alors que ça fait dix minutes que tu t'énerves contre moi ?

Simon se trouva une nouvelle passion pour la contemplation du plafond. Peu lui importait que devant nous, Hamlet tuait par erreur Polinius, le père de son aimée Ophélie qu'il pensait être son oncle Claudius. Ses doigts pianotaient l'accoudoir avec une certaine frénésie et trahissait à la fois sa nervosité et la chanson qu'il avait dans la tête.

-Ce n'est pas ... je ne suis pas énervé. C'est juste que j'en ai assez que tu me fasses payer des choses auxquelles je ne peux rien. Tu me fais la tête parce que tu penses que je ne t'ai pas dit pour ma tante, parce que tu ne sais pas tu ...

Il fronça les sourcils de plus belle et ferma la bouche pour s'éviter de bafouiller. Il jeta un regard noir à la femme qui s'était retournée pour nous lorgner de façon suspicieuse.

-En fait j'ai l'impression que tu me fais payer le fait que je ne t'ai jamais dit la vérité, avoua-t-il finalement dans un murmure rageur. Qu'au début tu acceptais parce qu'il était évident que j'allais mal et que tu es Sainte-Victoria, toujours là pour porter les autres au détriment de toi-même. Mais au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais.

J'aurais préféré qu'il n'aborde jamais le sujet. Parce qu'il avait raison et que c'était la raison qui rendait ses cachotteries si sensibles, si blessantes. En un sens, j'étais toujours blessée d'avoir dû lui arracher envers et contre tout cette information. Mais c'était mettre du sel sur la plaie : j'avais déjà beaucoup trop de chose capable de me faire exploser, pourquoi fallait-il qu'il y ajoute cet aspect ? Je refermai mon poing contre ma bouche, muette et il finit par renifler avec dépit.

-Tu ne nies pas. J'ai raison ?

-Je t'en veux toujours un peu, admis-je dans un filet de voix. Mais je ne te le fais pas payer.

Simon essuya un petit rire incrédule qui me mit les nerfs à vif. Je dardai sur lui un regard flamboyant.

-Et tu ne me rends pas les choses faciles, Bones ! Le mystère sur ton deuxième prénom ... Bon sang, c'est comme si ça t'amusait ! Comme si c'était drôle pour toi de te voir galérer, comme si tu languissais de cette situation et vu tous les efforts que j'ai dû faire pour toi, oui ça me met hors de moi.

Je croisai mes bras et mes jambes dans une position de repli.

-Je te l'ai déjà dit, je ne vois pas pourquoi on y revient.

-Parce que c'est un peu hypocrite de ta part de me reprocher des choses que tu fais toi-même ?

-Tu sais mon nom complet et tu te fais un plaisir de me le faire savoir, persifflai-je, furieuse. T'es sadique.

-Je ne parlais pas des noms, Vicky.

Mes sourcils se froncèrent seuls et mon esprit remonta jusqu'à la source de cette conversation. De nouveau, j'eus l'impression qu'on injectait un liquide glacial dans mes veines et une lumière venue de nulle part jaillit en moi.

-Tu voulais me parler d'Eden, réalisai-je.

-Pas exactement, rétorqua-t-il sèchement. Juste te démontrer que tu n'avais pas à me reprocher de ne pas t'avoir parlé d'Adrianne.

-Mais il ne se passe rien avec Eden ... Pourquoi je t'en aurais parlé ? C'est juste ...

-Un collègue ? ironisa-t-il. Comme Adrianne.

-Mais je ne t'ai jamais rien dit ! Simon, à quel moment je t'ai reproché quoique ce soit ? D'accord, j'ai été surprise que tu avais un rencard avec une fille mais je ne t'ai pas dit que ...

-Pas avec des mots, mais tu t'es vue depuis qu'on est entré ici ? Et puis même je te l'ai dit, ça date de plusieurs semaines au moins, tu ... Vicky !

Je venais de me lever d'un bond et le pop-corn s'était déversé à terre en un fracas qui se fit retourner le couple. Je pris mon manteau, le lançai sur mon épaule et descendis les marches lumineuses de la pièce au moment où Ophélie devenait folle à la découverte de la mort de son père. On arrivait dans le pire d'Hamlet : je n'avais pas envie de voir la fin.

Je n'avais forcément envie de voir la fin de cette conversation.

J'occultai Simon qui m'appelait et me suivait dans la salle et passer rapidement la porte qui m'amena directement dehors. La nuit était tombée et ce ne fut qu'en sentant l'air frai sur ma peau que je me rendis compte que je pleurais. J'essuyais ma larme d'un revers de manche, le cœur au bord des lèvres.

Il fallait qu'on parle. Mais pas comme ça.

Alors sans lui laisser le temps de me rattraper, sans même vérifier qu'aucun passant ne pourrait me découvrir, je transplanai.

***


Et très clairement, ce chapitre n'était pas un cadeau. .

Pour la petite histoire, j'ai bien été voir les films qui étaient sorti en février 1997 et quand j'ai vu qu'une version complète d'Hamlet était dans les salles, j'ai éclaté de rire. C'était le destin.
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Perripuce a écrit : sam. 04 sept., 2021 3:35 pm BONJOUR TOUT LE MONDE
ça s'est bien passé votre rentrée les gens?

Info sport ... peu de choses. Ligue 1 en stand-by le temps de la trêve internationale, moisson de médailles aux jeux paralympiques, Tsitsipas éliminé à l'US Open, et ... well c'est à peu près tout. Oh bha non Tsitsipas !

Pouahah je regarde Desparate Housewives et Bree vient de lâcher une punchline merveilleuse. Plus je grandis, plus c'est ma préférée des quatre je crois.
BREF ON S'EN FICHE !
Bonne lecture !

OUI PARCE QUE C EST L HEURE DE LIRE ET DE COMMENTER EN MEME TEMPS PARCE QUE CA LE VAUT BIEN

***


Chérissez l'amour, Marcus. Faites-en votre plus belle conquête, votre seule ambition. Après les hommes il y aura d'autres hommes. Après les livres, il y a d'autres livres. Après la gloire, il y a d'autres gloires. Après l'argent, il y a encore de l'argent. Mais après l'amour, Marcus, après l'amour il n'y a plus que le sel des larmes.

- Harry Quebert
La vérité sur l'affaire Harry Quebert
Joël Dicker.
Meilleur livre du moooooooooonde

***


Chapitre 24 : Doute que les étoiles ne soient que flammes... Héhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéhéh

Il avait accepté. Il avait accepté ce stupide verre.

Pourquoi ? Il n'en avait pas donné la raison quand j'étais passée dans la matinée pour lui proposer de venir avec moi au centre Plumpton. Leonidas Grims revenait d'un voyage aux Etats-Unis et j'avais vu en son retour l'occasion d'attirer Simon autant que de découvrir ses attentions envers Adrianne. Elles avaient été claires, et je n'eus pas le temps de déployer toutes les techniques que j'avais mise au point pour lui arracher cette information. Il avait levé son livre et seule sa voix étouffée m'était parvenue : « je ne peux pas, je vais voir Adrianne ». MAIS SIMOOOOOOOOOOOOOOOOOON

J'avais envie de hurler. Moi aussi ! De donner un grand coup de poings dans le grimoire pour qu'il s'écrase sur son visage. Mais j'avais dû quitter la place en vitesse : Rose et George étaient sur le point de partir pour leurs premières vacances en couple depuis la naissance de Caroline Ola, ça remonte ça, faut pas faire ça, hein les lecteurs,ON PREND SOIN DE SON COUPLE MEME QUAND ON A DES ENFANTS et prodiguaient à Simon nombre de conseils, d'inquiétudes qui semblait l'exaspérer au plus haut point. Et quand Rose proposa que Caroline vienne passer quelques jours dans la maison familial pour être certaine que le cadet ne meure pas de faim, Simon parut sur le point de mettre ses parents à la porte. Déjà en retard, je n'eus pas le temps de voir le déploiement de la dispute qui semblait germer et repartit avec mon balai et mon sac, complétement fulminante. L'entraînement arrivait à point nommé : j'étais d'une efficacité redoutable quand j'étais en colère. Le match contre Gryffondor l'année dernière, arrivé en pleine tourmente, l'avait prouvé. C'était ce jour-là que Gwladys Sayer m'avait repéré et ce jour-là, chaque souafle avait été doublé du visage de Simon. hahahaha et bien REBELOTE

Ça ne se démentit pas, ni pendant la séance physique du matin où mes statistiques furent excellentes, ni pendant l'entrainement de l'après-midi où j'envoyais d'un poing rageur le souafle dans le visage d'Eden. Son nez craqua sous le choc Aïîîîîe et nous fûmes obligés d'interrompre brièvement la séance pour lui permettre de se soigner. J'atterris près du poursuiveur, soigné par Emma Spielman, affolée.

-Bon sang je suis désolée Eden ! Je n'ai absolument pas calculé la trajectoire ...

-Pas grave, bredouilla-t-il pendant qu'Emma nettoyait le sang qui s'échappait abondement de son nez.

-Au contraire, continue comme ça, lança la guérisseuse avec un sourire. Tu as mangé du lion aujourd'hui !

-Oui enfin, si elle peut éviter nous blesser ..., marmonna Cameron.

Swan lui jeta un regard noir et il s'éloigna de quelques pas, sa batte sur l'épaule. J'attendis qu'Emma finisse de soigner Eden pour être pleinement rassurée et risquer un coup d'œil en direction de Dalia. Elle était plongée dans son calepin et je voyais d'ici sa plume donner des coups rageurs sur le papier. Sûr qu'elle devait apprécier ma séance : je doutais avoir été un jour aussi bonne. Mais si le prix à payer était que je casse le nez des poursuiveurs Ouais nan c'est bof :lol: ... je doutais qu'elle doit prête à concéder cela. Je décidai de l'affronter avant que ce ne soit elle qui me lance une pique au pire moment : elle faisait parfois cela pour nous déstabiliser. Et ça marchait à chaque fois.

-Je suis désolée, assurai-je en arrivant à sa hauteur. Je ferais plus attention à l'avenir.

Dalia me jeta un bref regard avant de se replonger dans ses notes. L'esquisse d'un terrain de Quidditch y était dessinée, gribouillé de flèches et de lettres illisibles.

-Dans un match officiel, ce type de coup peut nous coûter un coup franc. Mais c'est assez rare parce qu'il faut prouver la volonté du gardien de faire mal et souvent ce n'est pas ton cas. Et c'est ça qui m'inquiète, si tu veux savoir. Oui, tu es très bonne aujourd'hui. Tu sais pourquoi tu es bonne ? Parce que tu ne contrôles rien. Un véritable feu follet. Tu as le diable au corps aujourd'hui ma petite. Ça attise le meilleur et le pire de toi. Et c'est exactement ce qu'on voit dans ton jeu : le meilleur et le pire. Essaie de filtrer ta rage pour ne laisser passer que le meilleur. Parce que c'est de ça dont il s'agit : tu es en colère.

Je me dandinai d'un pied à l'autre sans chercher à nier. C'était incroyable ce que le sport pouvait vous apprendre sur les gens, comment Dalia avait analysé mon état d'une traite et de façon si juste ... « ça attise le meilleur et le pire de toi ». C'était exactement ce que faisait Simon dans la vie de tous les jours Poueheheheh. Et c'était exactement la source de ma colère. Dalia se leva et coinça ses carnets sous son bras.

-Pourquoi, je ne veux pas le savoir. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. La colère est un moteur comme un autre. Apprends simplement à la canaliser et je considérerais la séance comme réussie. (Elle porta le sifflet à ses lèvres et souffla un grand coup qui résonna dans le stade). Allez, si Eden est remis on y retourne ! Les Batteurs, en séance individuelle, Joana tu peux aller faire un peu de cardio si tu veux. Et tous les poursuiveurs contre Bennett ! Ca a l'air flippant un peu

Elle m'adressa un sourire sarcastique sur ses lèvres décharnés et je faillis le lui rendre. Dalia était sèche, poussait à l'excellence à l'absurde, ne montrait aucun sentiment mais c'était sa façon de faire ressortir le meilleur de nous, de nous faire progresser. La méthode à la McGonagall quand j'avais été maternée toute ma vie par Chourave. C'était difficile pour moi de m'y adapter mais je ne pouvais que lui donner raison : je progressais. Preuve s'il en fallait une, son conseil me fut d'une grande aide pour la suite de la séance. J'avais toujours cette fureur sourde au creux de mon ventre, qui s'attisa quand je songeais que Simon devant être à l'instant même avec Adriana, assis sur une table du Chaudron Baveur ... Peut-être même que la jeune fille avait proposé d'aller plus loin, de dîner un soir, ou d'aller boire un autre verre chez elle Mdr le pire c'est que Simon est capable de dire oui, pour se retrouver la bouche d'Adriana sur la sienne sans avoir ce qui se passe ... Puis je clignai les yeux et j'étais éblouie par le soleil et Swan volait droit sur moi en armant une frappe. Dès lors, je prenais une profonde inspiration pour calmer les nerfs, chassait l'image tout en gardant l'énergie et tentai une parade. L'exercice fut fastidieux et je ne parvins pas toujours à gommer Simon de mon esprit mais à la fin Dalia m'adressa un hochement de tête satisfait qui signifiait que j'avais assuré l'essentiel. Elle ne s'attarda pas et nous laissa regagner les vestiaires complétement éreintés.

-Preums pour la douche ! exigea Cameron en se l'appropriant sans vergogne

-En toute simplicité, ironisa Arnold avant de me donner une grande tape dans le dos. Bon, Barbapapa, tu fais quelque chose ce soir ? Ou c'est parce que tu ne fais rien que tu as cassé le nez d'Eden ?

-Oh, laisse-la, le rabroua Swan, déjà nue sous sa serviette. Parle, toi : tu fais quelque chose avec Kate ?

Arnold éclata d'un grand rire et passa la main dans sa barbe aux reflets roux.

-Elle accouche dans quelques semaines alors je pense que ça va être soirée plaid et télévision ! OOOOH un bébé !

Swan et Eden échangèrent un regard chargé d'incompréhension. Je savais que la femme d'Arnold attendait leur premier enfant et je doutais que c'était cela qui provoquait leur foncement de sourcil. Simplement, les sorciers ne connaissaient pas le plaisir simple de la télévision et je sortis Arnold de l'embarras en embrayant :

-Je pense que ce sera pareil pour moi. Le chocolat en plus.

-Je savais que je pouvais compter sur toi, Mini-pouce, me sourit-t-il en s'installant sur le banc à côté de moi. Tu habites toujours chez tes parents ?

-Oui, mais il est hors de question que j'emménage sans télé. Ta femme l'a accepté ?

Arnold eut un sourire malicieux.

-C'est une moldue, elle. Pas de pouvoir magique donc obligation d'avoir un foyer relié à l'électricité.

-Une moldue ? s'étonna Eden. Comment tu l'as rencontrée ?

La question sonna étrangement à mes oreilles. Pourquoi cette surprise ? Puis je me souvins que les interactions entre sorciers et moldus étaient nulles, si nulles qu'effectivement, une rencontre voire une liaison semblait improbable. Seuls les nés-moldus ou les familles de sorciers qui avaient acceptés que leurs enfants grandissent dans le monde non-magique en fréquentait, mais nous étions loin d'être la majorité. Arnold parut indisposé par le questionnement et répondit d'un ton sec qui avait perdu de sa bonhommie : J'avoue ça sonne un peu malpoli comme question

-Une longue histoire, je te raconterais quand tu serais plus grand. Bon, au revoir les gosses, j'ai ma femme et mon enfant qui m'attendent à la maison ...

-Qu'il ne se plaigne pas, j'ai trois enfants qui m'attendent, grimaça Swan alors qu'il s'en allait, son balai sur l'épaule. Bon, miss, tu nous racontes maintenant que Barberousse est parti ?

-Raconter quoi ? prétendis-je innocemment.

Swan me gratifia d'un regard perçant, le genre de regard qu'une mère pouvait lancer à son enfant pour lui faire comprendre qu'elle savait parfaitement que c'était lui qui avait cassé le vase de grand-mère sur la commode et que toute tentative pour prétendre le contraire aggraverait son cas. Je poussai un soupir et tentai de la rassurer d'un sourire.

-Ça va. Je suis juste un peu contrariée, ce n'est pas grave ...

-Beaucoup contrariée, rectifia Eden en tâtant son nez. J'ai littéralement senti toute la puissance de ta colère.

-Encore désolée pour ça ...

-Ce n'est pas grave. Mais je mérite de savoir pourquoi j'ai eu le nez cassé, non ? C'est pas faux !

Je levai les yeux au ciel, refusant de me laisser attendrir.

-Laisse tomber, c'est compliqué.

-Ah, comprit Swan avec un semblant de sourire. Donc ça concerne le neveu de Grims ? Le blond qui était là la dernière fois ?

-Avec qui tu as clairement un comportement de couple même si tu prétends le contraire ? compléta Eden.Hahahaha ils me tuent

-Oh, la douche s'est libérée ...

Je bondis à l'intérieur sans attendre mon reste Quelle lâche :lol: , provoquant l'éclat de rire de Swan et Eden et l'œil désarçonné de Cameron quand je refermais la porte sur lui. Mes acolytes tambourinèrent à ma porte pour me prévenir qu'ils seraient toujours là quand je sortirais, que je m'étais trahie et tentèrent de m'arracher des informations toute la durée de ma douche qui fut donc tout, sauf reposant. Car à chaque question, les images oniriques de Simon avec Adrianne – forcément dans mon imaginaire plus jolie et plus épanouie que moi – dansaient dans mon esprit et provoquait un mélange désagréable de colère et d'abattement.

C'est idiot, Vic'. C'est juste un verre. Simon te l'a dit : ça n'a pas d'importance. C'est qu'une amie.

Mais il l'avait accepté. Malgré la Saint-Valentin. Il était en ce moment même avec elle, parfaitement conscient que la rencontre avait des allures de rendez-vous galant Oui parce que les filles l'ont forcé à l'admettre mais il aurait pas trouvé tout seul :lol: et qu'Adrianne attendait vraisemblablement de lui un peu plus que de l'amitié. Et il avait accepté.

Fulminante, je me revêtus de mon débardeur et mon sweat informe sur un jean dont la couleur était passée depuis longtemps. Il faudrait que je songe à me racheter des vêtements : sept ans à ne porter que les uniformes de Poudlard avaient sérieusement appauvri ma garde-robe. Peut-être que j'y irais avec Emily et la laisserai faire les choix à ma place, elle avait plus de goût que moi. Je fus soulagée de constater que Swan et Eden avaient renoncé à m'attendre – mon silence avait dû leur faire comprendre que l'affaire me mortifiait plus qu'autre chose – qu'ils avaient quitté le vestiaire. J'adressai un vague salut à ceux qui restaient et m'en fus. Je remontai les marches quatre à quatre jusqu'au bureau du sorcier-vigile-réceptionniste Philibert et sortis de la gare pour transplaner.

Je choisis d'atterrir assez loin de chez moi. Le soleil brillait sur Terre-en-Lande avec de pâle rayon qui irisait le ruisseau qui découpait le village. Les berges étaient souvent vides et je m'y attardais, suivant le cours de l'eau en espérant qu'elle m'apporterait la sérénité qui me manquait. Et pourtant face à son reflet, les points dorés provoquait le soleil m'évoquait une autre image, la couleur que prenait les cheveux de Simon en plein été quand les rayons les blondissaient le plus Elle est tellement accro :lol: :lol: :lol: . Ma gorge se ferma. Je n'en pouvais littéralement plus de ce doute constant. J'avais besoin d'être fixée. Ce n'était pas difficile, non ? J'avais prononcé ces mots un nombre incalculable de fois dans ma vie. « Simon, il faut que je te parle d'un truc ». J'avais pu lui cracher que je m'étais faite agressée, je pouvais y arriver, non ? Mais chaque fois que j'ouvrais la bouche, les mots m'obstruaient désagréablement la gorge et se refusait à s'échapper. Envoie un sms pour lui dire, après t'es obligée de parler AHEM AHEM

Je poussai un gros soupir et nichai le nez dans l'écharpe que j'avais enroulé autour de mon cou. Je n'avais pas pris le soin de mettre une cape ou un manteau : mes muscles étaient encore chauds de l'entrainement. Et j'avais besoin de ce froid, ce froid glacial de février qui me semblait à l'instant le plus efficace pour contrôler le feu qui brûlait dans mes entrailles. Il avait même neigé la semaine dernière pour la première fois de l'année : les températures n'étaient pas remontées depuis et certains arbres et toits gardaient leur ornement immaculé. Cela donnait au vieux village des aspects de Pré-au-Lard un soir d'hiver et l'idée m'arracha un sourire.

Des berges, je pus entendre parfaitement les cloches de l'église Saint-Edward sonner les dix-neuf heures et je me résolus à reprendre le chemin de chez moi, d'autant que la lumière déclinait. La promenade m'avait fait du bien et avait complétement aéré mon esprit : mes entrailles s'étaient dénouées et je traversai le village d'un pas plus tranquille, moins nerveux. Je cachai mon balai sous mon bras Ca rentre pas trop sous un bras, non ? :lol: chaque fois que je croisais un villageois mais personne ne me posa de question jusqu'à mon arrivée chez moi. Je pris mes clefs pour ouvrir mon portail – mes parents devaient être sortis pour leur repas romantique – et le refermai derrière moi du plat du talon. Puis mes yeux se levèrent sur la maison et je me figeai totalement. L'espace d'un instant, les battements affolés de mon cœur parurent devenir ma seule réalité

-Qu'est-ce que tu fiches là ?

Simon était assis en travers de ma balancelle AAAAAAAAAAAAAAAHHFZRILGJIETJGUJRHGIZJGUOHIPTBJHJUHB, Cyrano de Bergerac entre les mains et un bocal de flammes bleues pressée contre sa poitrine et sa cape couvrant ses jambes comme une couverture. Il ferma le livre sur son pouce et m'adressa un petit sourire.

-Je ne sais pas, tu ne m'as pas vendu Rasta Rockett avec du chocolat ?

-C'était Le cercle des poètes disparus et tout le chocolat est pour moi, précisai-je en avançant prudemment vers lui. Mais tu n'étais pas ... occupé ?

Simon haussa les épaules et se redressa pour poser les pieds sur le sol. Il se leva, sa cape sous le bras et le livre dans la main et me rejoignit en quelques enjambée sous mon porche.

-Ce n'était pas censé durer une éternité ... Tu sais, c'était juste un verre.

-Et ça s'est bien passé ? demandai-je en introduisant ma clef dans ma serrure.

J'espérais avoir garder le ton le plus neutre possible et me forçai à garder mes yeux rivés sur la porte que j'étais en train d'ouvrir. Je devais paraître presque froide, mais froide était moins problématique que furieuse Welp, c'est sûr que ça susciterait des questions. Je secouai rapidement la tête pour me remettre les idées en place. Je devrais être heureuse qu'il soit là, qu'il ait choisi de passer avec moi alors qu'il avait l'occasion d'être avec elle. C'était censé signifier quelque chose ... Non ?

Il s'adossa à l'embrassure de ma porte, tourné de trois-quart vers moi. Je ne sentais pas la pression de son regard donc je supposais qu'il devait se promener sur le paysage glacé baigné par la lumière du soleil couchant. Je la voyais qui jouait sur le visage de Simon, sa lueur orangée effaçant ses tâches de rousseurs et assombrissant ses yeux par complémentarité. Je me reconcentrais sur ma tâche, agacée par moi-même et par la lenteur de mon action. Finalement, je réussis à tourner la clef et m'engouffrai chez moi avec un soupir de soulagement. J'allumai les lumières et me rendis immédiatement dans la cuisine où Archimède reposait sur son piédestal improvisé par Alexandre au-dessus du buffet. Il nettoyait ses plumes et une lettre était toujours attachée sa patte. Simon caressa l'oiseau du dos de l'index.

-Je trouve que j'ai bien choisi, fanfaronna-t-il.

-Il n'est pas tout marron, rétorquai-je pour la centième fois en dépliant la lettre.

L'écriture d'Emily s'y étalait, belle et furieuse :

Salut Vic' ! Désolée d'avoir tardé à répondre, on est surbooké en ce moment à Ste-Mangouste – tu as entendu de l'immeuble qui avait explosé à Newcastle ? C'était une résidence sorcière, tous les blessés ont atterri chez nous et on doit refaire tout le stock de potion ... Bref. Ça devient presque la routine, c'est horrifiant.

UN VERRE LE JOUR DE LA SAINT-VALENTIN ?! Hahahaha oh non lire ça avec Simon juste derrière :lol: Elle est douée, cette fille parce que pour attirer Simon dans un rencard il faut y aller en finesse ! Non, sérieusement, ça m'étonnerait qu'il accepte, Octavia a dû le travailler au corps pendant des semaines pour qu'il daigne lui accorder de l'attention ... Et vraiment, quand il nous en a parlé, ça avait juste l'air d'être une amie et même moins que ça. J'ai essayé de te faire peur pour te tester mais je pense honnêtement que tu n'as rien à craindre de ce côté de là.

Je pense surtout que tu as toutes les cartes en main. Vic', je sais que Roger t'a dit qu'il trouvait Simon plus évident, mais ça reste Simon : même si c'est vrai, jamais il n'ouvrira la bouche. Je sais que c'est difficile mais c'est comme ça. Il va falloir que ça vienne de toi. Continue d'observer de voir comment il réagit si ça peut te rassurer mais à un moment ... il va falloir te jeter à l'eau. Je sais que c'est compliqué et que c'est nul comme conseil et que tu dois être certainement tétanisée en lisant ces lignes SURTOUT AVEC SIMON A COTE, mais c'est le meilleur que j'ai à te donner.

Bon, je vais me préparer pour ma Saint-Valentin – oh attends, je suis privée de Saint-Valentin parce que mon copain travaille ... Tu me tiens au courant ? Bon sang s'il se passe quelque chose et que je ne suis pas la première au courant, je te jure que je t'en voudrais toute ma vie, Victoria Bennett, tu m'entends ? Sur la tombe de Cédric je le jure !

Bon courage, je t'envoie toute mes forces !

(Ecris-moi, même si je mets un mois à répondre).

Em'.


Je soupirai devant la lettre et jeta un bref coup d'œil à Simon qui s'occupait à goinfrer mon hibou, un léger sourire aux lèvres. Ça faisait des semaines que j'étais en phase d'observation mais chaque fois j'avais l'impression que ça ne faisait que renouer la pelote de laine. Chaque petit geste ne faisait qu'empoisonner mon existence, chaque intention me mettait le doute. Que venait-il faire ici ? Pourquoi était-il venu me voir : pour passer la soirée avec moi ? Ou étais-je une excuse pour abréger son rendez-vous avec Adrianne ? Je relus la lettre, tiraillée. « Ça m'étonnerait qu'il l'accepte » Et pourtant, il était bien allé voir ce verre... « Il n'ouvrira pas la bouche. Il va falloir que ça vienne de toi ».

Oui. Oui, ça je voulais bien le croire. C'était l'immense problème de Simon Bones : chaque part inconnue de lui devait lui être arrachée. De nouveau, je glissai un petit regard sur lui et le petit sourire qu'il abordait face à Archimède. J'avais réussi à lui arracher le pire de lui : son identité. Lui faire admettre que notre relation était tout sauf normale devrait être facile après ça ?

Mon estomac était un véritable chaudron en ébullition et cette agitation rendait mes pensées confuses et lentes. Je fermai les yeux, pris une grande inspiration et finit par me tourner résolument vers Simon. Il me contempla, déboussolé.

-Quoi ?

-Changement de plan. Ça te dit un ciné ? Ça fait une éternité que je n'y ai pas été. Au moins deux ou trois ans.

Simon parut surpris par la proposition. Je ne savais pas d'où m'étais venue cette idée. Sans doute l'idée de me retrouver seule dans mon canapé avec lui à souffle de moi m'angoissait trop : j'avais besoin d'air avant. Mais maintenant qu'elle était jetée, je craignais qu'il me la renvoie à la figure. Ma main se resserra sur la lettre d'Emily et la froissa dans mon poing. Ça doit venir de toi. Fort heureusement, ce fut un petit sourire qui fendit le visage de Simon.

-Et moi plus de dix ans. Ça marche.

***


L'univers avait un drôle d'humour. Car lorsque je passai la porte du cinéma de Gloucester avec Simon, la première affiche qui nous fit à tous les deux envies fut une adaptation du texte complet d'Hamlet. Son fou rire quand il le découvrit nous valut le regard désarçonné de certains couples venus passés une soirée devant des comédies romantiques. Je trouvai au fond de mes poches de manteau de l'argent moldu pour payer les places et le pop-corn et nous pûmes nous installer ensemble dans ce qui devait être la plus petite salle du complexe, occupée uniquement par un couple d'une trentaine d'année qui nous jeta un regard surpris. Ce fut Simon qui nous plaça plutôt au fond de la salle wink wink – loin de nos camarades de salles – et qui piqua immédiatement dans le pop-corn dès qu'il fut assis. Je lui pris vertement le paquet.

-Ne mange pas tout alors que les bandes d'annonce n'ont même pas commencées.

-Je n'ai pas mangé ce midi, protesta-t-il en m'arrachant le paquet des mains.

Je levai un sourcil surpris et un sourire moqueur s'étala sur mes lèvres.

-Et pourquoi ? Maman n'était pas là pour te faire à manger ?

J'en fus quitte pour qu'il me lance un pop-corn à la figure. Il avait pris ses aises sur le siège rouge de la salle, s'installant en tailleurs en posant sans la moindre vergogne ses baskets sur le velours. Il avait pris soin de sa tenue : des vêtements moldus, certes avec un sweat à zip et un tee-shirt mais parmi les plus beaux de sa garde-robe. Le sweat de couleur pourpre était même neuf si je n'abusais. J'avais toujours aimé cette couleur sur lui, elle mettait ses yeux en valeur par complémentarité. Mon cœur se serra. Bon sang, il avait réellement fait des efforts ... Je fus tentée de me recroqueviller sur mon fauteuil comme une bête blessée mais me forçai plutôt à demander : Qui dit que c'est pas pour elle et non pour Adriana ?

-Bon. Tu me racontes du coup ?

-Te raconter quoi ? interrogea-t-il en engloutissant un nouveau pop-corn.

-Ton verre avec Adrianne. Ça a été ... concluant ?

Je devais savoir. Je devais savoir très vite sinon j'allais lui faire payer la colère qui lacérait mes entrailles depuis ce matin. La bouche de Simon fut agitée d'un tic nerveux. La lumière commençait à lentement se tamiser et l'écran s'alluma pour jeter une lumière crue sur son visage. Il prit le temps de mastiquer quelques pop-corn avant de répondre d'un ton neutre :

-Bah ... Bien. Je veux dire, ça a été, elle est gentille. Mais ça je le savais.

Et bien moi tu ne m'apprends rien Bones ! Je passai mes nerfs en déchiquetant l'étiquette de ma bouteille d'eau. Dans la pénombre qui s'installait, Simon ne pourrait pas capter ce geste d'énervement.

-Et elle est jolie ?

-Euh ... Oui, plutôt mignonne, pourquoi ? Mdr :lol:

Un bref sourire s'étala sur mes lèvres. Bon sang ce qu'il pouvait avoir des réactions d'enfant. En un sens, ça me rassurait. En un sens, ça m'angoissait. Moi je n'étais plus une enfant. J'avais grandi, j'avais vécu, j'avais appris. C'était l'évidence même que Simon n'avait pas la même expérience que moi en terme de relation. Que le fait même d'être en couple était quelque chose d'incongru pour lui. Fort heureusement, l'idée d'être en couple avec lui l'était tout autant pour moi alors nous étions sur la même longueur d'onde Dit-elle alors qu'elle est au cinéma avec lui le soir de la St Valentin, si c'est pas un rencard ça . Je m'affaissai contre mon dossier et un pauvre sourire ourla mes lèvres.

-Tu vas tourner autour du chaudron longtemps ? Tu sais très bien ce que j'essaie de te faire dire. Est-ce que pour une fois, tu peux éviter de faire lutter et juste ... parler ?

Simon me contempla longuement au moment où les premiers mots de la pièce fendaient l'air (« Qui est là ? »). Je l'avouais : j'avais lu la pièce tant de fois que me désintéresser de la toile et de la projection n'était pas difficile. L'air indécis de Simon l'était bien plus. Il abaissa le pop-corn sur ses genoux et j'y vis un signe qu'il cesserait de se cacher derrière sa faim pour refuser de me répondre.

-Elle est mignonne, elle est gentille. C'est vraiment une fille adorable, très intelligente.

Les mots étaient chuchotés et je les entendais à peine à travers le fracas de Marcellus et d'Horatio. Cela me força à m'incliner un peu plus vers lui, à poser le bras sur son accoudoir et à devoir supporter le fait que sa main se retrouva à quelques épouvantables centimètres de la mienne. Les doigts de Simon pianotèrent sur le paquet de pop-corn.

-Mais je n'en sais rien ... C'est comme avec Octavia. Ça pourrait marcher, ça pourrait même me plaire quelques temps. Mais ça resterait creux, sans but, juste ... « comme ça ». C'est ça en fait, je ne vois pas beaucoup d'avenir. Quoiqu'il arrive, ce sera une relation de passage et si ça ne me dérangeait avec Octavia à l'adolescence, là j'ai un peu plus de scrupules. UUUUURGH C EST SEULEMENT POUR CA TES SCRUPULES ??? J'ai envie de le TARTER

C'était difficile à juger dans la semi-obscurité, mais il me semblait que les joues de Simon s'étaient colorées durant ses aveux. Je ne savais pas réellement quoi en penser. Du soulagement peut-être en constatant qu'il n'envisageait rien de sérieux avec elle. Une déchirure au cœur parce qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que ça devienne envisageable. Et les doutes, les doutes affreux qui m'assaillaient toujours et qui se demandaient toujours quelle place j'avais dans cette situation, dans ces paroles.

Et moi ? Je serais de passage ?

Je tentai de ne rien laisser paraitre de mes troubles et passai ma frustration sur l'étiquette de ma bouteille. Les yeux de Simon s'était rivé sur l'écran où le spectre du roi apparaissait à Hamlet pour le mettre au courant de son assassinat par Claudius.

-Et tu ne te dis pas ... qu'avec le temps ...

-Non, me coupa immédiatement Simon. Non, vraiment je ne crois pas. Et elle, j'ai eu l'impression que ce qu'elle recherchait, c'était précisément cette longue relation dans laquelle tu t'investies pour la vie.

-Ah, je vois ... Tu lui as dit au revoir avant de prendre les jambes à ton cou ?

J'eus le droit à un nouveau pop-corn qui cette fois heurta mon front et m'arracha un cri de surprise. Le couple devant se tourna brusquement sur nous avec un « Chuuut ! » insistant et je levai une main pour m'excuser pendant que Simon cachait son hilarité dans son paquet de pop-corn. Je n'eus aucun scrupule à le gratifier d'un coup de coude.

-Tais-toi ! Et je rappelle au passage que tout ça est de ta faute ! Et arrête de cracher dans le pop-corn, comment tu veux que j'en mange après ?

-Toi tais-toi ! On arrive à l'acte II ... Déjà :lol:

-L'acte II ... Oh la la ...

Comprenant parfaitement où il voulait en venir, je remontais mon manteau jusque ma tête pour m'en couvrir et Simon pouffa à côté de moi. Je l'entendis farfouiller dans le pop-corn et attendis avec une boule au creux de la gorge les fameuses répliques qui ne devraient plus tarder maintenant qu'Ophélie parlait de la folie feinte d'Hamlet à son père Polinius. Quand la reine entra en scène, Simon se mit à taper mon épaule de façon insistante, ce à quoi je répondis en secouant frénétiquement la tête sous mon manteau.

-Quoi ? Ceci est adressé d'Hamlet à Ophélie ?

-Attendez ma bonne dame, je lis ... « Doute que les étoiles ne soient que flammes, doute que le soleil n'accomplisse son tour, doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour... ».


-Arrête de rire, marmonnai-je alors que Simon s'esclaffait de plus belle.

-Comment tu veux que j'arrête avec ça, sérieux ?

Sa main glissa au sommet de mon crâne pour attraper un pan de mon manteau et je n'en crispai que plus les miennes pour rester cachée dans noir. Mon visage s'était violement empourpré à la récitation des vers, ces fameux vers qui m'avait fait comprendre que je n'avais jamais aimé Miles. Je revoyais encore Simon les lire sur cette table à la bibliothèque et je regrettai brusquement de ne pas pouvoir faire machine arrière, de l'observer les déclamer, d'analyser ce que je ressentirais à l'idée. Mon cœur se gonfla de beaucoup trop de chose : espoir, panique ... sérénité. A l'abri sous mon manteau, je poussai un soupir. C'était peut-être le pire dans cette affaire, cette sérénité que je ressentais chaque fois que je posais des mots sur ce que je ressentais pour Simon. De l'amour, de façon si absolu qu'il m'effrayait presque. Faute de pouvoir remonter le temps, je récitai les vers dans ma tête tout en ayant conscience de la proximité de Simon, de son souffle régulier à côté de moi, de sa main qui ne s'était pas ôté de mon manteau et dont je sentais la chaleur.

Doute que les étoiles ne soient que flammes

Doute que le soleil n'accomplisse son tour

Doute que la vérité soit menteuse infâme

Mais ne doute jamais de mon amour.


Heureusement que j'étais invisible sous mon manteau : mes lèvres, emportées par mon cœur sur le point d'exploser, s'étaient risquées à esquisser le dernier vers Elle est si chouuu et elle me fait de la peine à lutter comme ça . Ça m'avait aidé dans la visualisation, rendu l'instant plus réel et ce qui en découlait plus prégnant. Simon avait parlé d'Adrianne, de son angoisse quant à ses attentes car elle espérait une relation à long terme. Ma gorge se serra et mes mains remontèrent mécaniquement sur ma poitrine qui s'était mise à battre à un rythme affolé, erratique, irrégulier.

C'était là depuis l'enfance. Ça grossissait depuis l'enfance, ça s'amplifiait chaque jour à chaque geste, à chaque mot. Ça ne disparaîtrait pas comme ça. C'était là pour la vie. Et c'était sans doute ce qui m'effrayait le plus dans cette histoire.

Et si ça m'effrayait moi, ça terrifierait Simon. C'était certain.

-Hé.

La main de Simon sur mon manteau se fit plus hésitante. Lentement, après être certaine d'apparaître avec un visage montrable, je décrispais mes doigts et le laissai me découvrir. La lumière agressive de la toile m'agressa la rétine et me fit plisser les yeux : la scène avait défilé et à présent Hamlet parlaient aux comédiens censés jouer devant la cour le meurtre de son père. Une mise en abyme, une mise à distance ... J'avais besoin d'une mise à distance mais Simon posa une main sur mon épaule.

-Tu es sûre que ça va ? Tu es restée beaucoup trop temps là-dessous ...

Je sentais la sincère inquiétude dans sa voix, aussi m'efforçai-je de le rassurer d'un sourire qui me sembla affreusement forcé.

-Ça va ... j'ai juste eu ... une journée épuisante.

-Ça n'a pas été l'entrainement ?

-Si, très bien. Juste épuisant.

-Tu ne préférais pas qu'on reste chez toi ... ? Ou même que je te laisse d'ailleurs, si tu veux aller dormir ...

Je fus presque suffoquée de l'immense « non » qui monta en moi. Je ne voulais pas aller dormir, je ne voulais pas quitter cette salle de cinéma, malgré mon estomac réduit à une bouillie de sentiments indistincts, malgré les doutes, malgré toutes mes réactions fortes et insensées à chaque mot. Mais c'était justement pour mettre fin à tout cela qu'il fallait que je me fasse violence et cesse de fuir.

Mais sa prévenance me toucha. Cela évoqua pour moi ce que Roger avait laissé entendre sur l'instinct de protection que Simon semblait avoir avec moi, instinct qui l'avait poussé à s'égosiller contre Ombrage, ou contre moi quand j'étais revenue de Londres après l'attaque des Détraqueurs.

« Si tu oses m'abandonner pour jouer à l'héroïne, alors je me ferais un plaisir d'aller cracher sur ta tombe ».

Ça signifie quelque chose. Ça signifie quelque chose.

Comme cette main qui restait sur mon épaule et qui la pressa devant mon mutisme.

-Vicky ...Il est chouuu

Vicky. Ça aussi ça signifiait quelque chose. Je n'étais Vicky que pour lui.

-Non ça va t'inquiète. Je peux avoir le pop-corn ?

Simon paraissait toujours dubitatif lorsqu'il me tendit le paquet dans lequel je picorais, plus pour m'occuper les mains que par réelle envie. Il me fixait toujours, les sourcils froncés, son visage animé des différentes lumières que la projection jetait sur nous. Elle lui donnait différentes colorations, différents jeux d'ombres qui rendait difficile la lecture de son expression.

-C'est à cause d'Adrianne ? QUAND MEME ZJKGHJERH

-Quoi ?

Mon cri devait tenir du couinement qui fit s'envoler les sourcils de Simon sous ses mèches folles. Au moins, il n'avait pas pris le temps de se coiffer.

-Ton attitude. J'ai l'impression que tu es hyper détachée depuis qu'on est ici ... Tu es encore en colère contre moi parce que je t'ai caché quelque chose, c'est ça ?

Non. Oui. Presque.

-Est-ce que j'ai dit quoique ce soit ? préférai-je opposer d'un ton calme.

-Tu n'as pas besoin.

Le sourire désabusé qui s'étira sur mes lèvres accentua le froncement de sourcil de Simon. Il détourna le regard et s'enfonça dans son fauteuil, la tempe appuyée contre son poing.

-Mais je rêve, tu essaies de faire semblant avec moi ...

-Faire semblant de quoi ?

-Et bien tu sais quoi ? Je ne sais même pas ! Mais je sais que ça ne date pas d'aujourd'hui, ça fait au moins quelques semaines que je te sens distante et que je n'arrive pas à mettre le doigt sur la raison. La seule chose que je vois c'est cette histoire de choses que je te cache : mon deuxième prénom, Adrianne ...

-Donc ... tu cachais Adrianne ?

Simon poussa un grognement de frustration en tournant la tête et mon cœur manqua un battement. Ce n'était pas qu'il ne m'en avait pas parlé : il me l'avait caché. Et ça changeait beaucoup de choses et ravivait les braises de la colère qui m'avait animée toute la journée.

-Mais pourquoi ? Si ce n'est pas important, pourquoi tu me l'as cachée ?

Un sourire férocement satisfait s'étira sur les lèvres de Simon.

-Donc, ça te dérange.

-Pourquoi, Simon ?

-Mais admets-le !

-Il me semble que je t'en ai déjà parlé, non ? répliquai-je, exaspérée Ils vont finir par saouler leurs camardes de projection haha. Que je t'ai dit que ça me mettait hors de moi que tu n'aies pas confiance en moi comme j'avais confiance en toi et que j'étais fatiguée de devoir lutter pour découvrir chaque parcelle de toi ! Maintenant à toi de me dire pourquoi tu me caches des détails sans importances !

-Parce que c'est sans importance justement ! Je ne te demande pas de me parler de tes coéquipiers, à ce que je sache ? Ce que tu fais, avec qui, avec toi, pourquoi tu restes chaque fois un peu plus avec Eden, il me semble que je ne te le demande jamais, non ?

Je clignai des yeux, prise de court par l'argumentaire qui se retournait contre moi sans que je ne l'aie vu venir. Et pire que tout, je n'avais pas du tout conscience que Simon avait connaissance des informations qui venaient de franchir ses lèvres.

-Comment tu sais que je me prolonge toujours mes entrainements avec Eden ?

-Parce que Leonidas me l'a dit la fois où je suis venu !

-Oh les gosses ! s'écria l'homme devant nous. Bécotez-vous au lieu de crier ! :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:

Ce fut difficile de déterminer qui rougit le plus fort entre Simon et moi. Je plaquai une main sur mon visage et m'enfonçai dans mon fauteuil de tel sorte à ce que je voyais même plus l'écran où la pièce voulue par Hamlet était enfin jouée. C'était le milieu de l'acte III ... Nous étions à peine au milieu du film et je me sentais déjà étouffer. C'était sans doute l'une des pires idées que je n'avais jamais eue ...

-Tu crois qu'il pense qu'on a quel âge pour nous appeler « les gosses » ? me souffla Simon.

Il s'était avachi aussi sur son fauteuil, les pieds callés contre celui d'en face et ses jambes repliées. Ses joues gardaient des traces de rougeur crument révélées par la projection. Je le toisai du coin de l'œil, incrédule.

-Tu es sérieux ?

-Tu as raison, on fait tous les deux moins de dix-huit ans, c'est évident.

-Bones, je vais t'arracher les yeux !

-Change de disque, Bennett.

-Je rêve ... Tu veux vraiment plaisanter alors que ça fait dix minutes que tu t'énerves contre moi ?

Simon se trouva une nouvelle passion pour la contemplation du plafond. Peu lui importait que devant nous, Hamlet tuait par erreur Polinius, le père de son aimée Ophélie qu'il pensait être son oncle Claudius. Ses doigts pianotaient l'accoudoir avec une certaine frénésie et trahissait à la fois sa nervosité et la chanson qu'il avait dans la tête.

-Ce n'est pas ... je ne suis pas énervé. C'est juste que j'en ai assez que tu me fasses payer des choses auxquelles je ne peux rien. Tu me fais la tête parce que tu penses que je ne t'ai pas dit pour ma tante, parce que tu ne sais pas tu ...

Il fronça les sourcils de plus belle et ferma la bouche pour s'éviter de bafouiller. Il jeta un regard noir à la femme qui s'était retournée pour nous lorgner de façon suspicieuse.

-En fait j'ai l'impression que tu me fais payer le fait que je ne t'ai jamais dit la vérité, avoua-t-il finalement dans un murmure rageur. Qu'au début tu acceptais parce qu'il était évident que j'allais mal et que tu es Sainte-Victoria, toujours là pour porter les autres au détriment de toi-même. Mais au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais. C'est cool qu'ils règlent ça

J'aurais préféré qu'il n'aborde jamais le sujet. Parce qu'il avait raison et que c'était la raison qui rendait ses cachotteries si sensibles, si blessantes. En un sens, j'étais toujours blessée d'avoir dû lui arracher envers et contre tout cette information. Mais c'était mettre du sel sur la plaie : j'avais déjà beaucoup trop de chose capable de me faire exploser, pourquoi fallait-il qu'il y ajoute cet aspect ? Je refermai mon poing contre ma bouche, muette et il finit par renifler avec dépit.

-Tu ne nies pas. J'ai raison ?

-Je t'en veux toujours un peu, admis-je dans un filet de voix. Mais je ne te le fais pas payer.

Simon essuya un petit rire incrédule qui me mit les nerfs à vif. Je dardai sur lui un regard flamboyant.

-Et tu ne me rends pas les choses faciles, Bones ! Le mystère sur ton deuxième prénom ... Bon sang, c'est comme si ça t'amusait ! Comme si c'était drôle pour toi de te voir galérer, comme si tu languissais de cette situation et vu tous les efforts que j'ai dû faire pour toi, oui ça me met hors de moi.

Je croisai mes bras et mes jambes dans une position de repli.

-Je te l'ai déjà dit, je ne vois pas pourquoi on y revient.

-Parce que c'est un peu hypocrite de ta part de me reprocher des choses que tu fais toi-même ?

-Tu sais mon nom complet et tu te fais un plaisir de me le faire savoir, persifflai-je, furieuse. T'es sadique.

-Je ne parlais pas des noms, Vicky.

Mes sourcils se froncèrent seuls et mon esprit remonta jusqu'à la source de cette conversation. De nouveau, j'eus l'impression qu'on injectait un liquide glacial dans mes veines et une lumière venue de nulle part jaillit en moi.

-Tu voulais me parler d'Eden, réalisai-je.

-Pas exactement, rétorqua-t-il sèchement. Juste te démontrer que tu n'avais pas à me reprocher de ne pas t'avoir parlé d'Adrianne.

-Mais il ne se passe rien avec Eden ... Pourquoi je t'en aurais parlé ? C'est juste ...

-Un collègue ? ironisa-t-il. Comme Adrianne.

-Mais je ne t'ai jamais rien dit ! Simon, à quel moment je t'ai reproché quoique ce soit ? D'accord, j'ai été surprise que tu avais un rencard avec une fille mais je ne t'ai pas dit que ... En vrai c'est juste TROP BIEN de les voir se parler à coeurs ouverts alors que Vic évite un peu toute vraie conversation depuis des mois AHAHAHA

-Pas avec des mots, mais tu t'es vue depuis qu'on est entré ici ? Et puis même je te l'ai dit, ça date de plusieurs semaines au moins, tu ... Vicky !

Je venais de me lever d'un bond et le pop-corn s'était déversé à terre en un fracas qui se fit retourner le couple. Je pris mon manteau, le lançai sur mon épaule et descendis les marches lumineuses de la pièce au moment où Ophélie devenait folle à la découverte de la mort de son père. On arrivait dans le pire d'Hamlet : je n'avais pas envie de voir la fin.

Je n'avais forcément envie de voir la fin de cette conversation.

J'occultai Simon qui m'appelait et me suivait dans la salle et passer rapidement la porte qui m'amena directement dehors. La nuit était tombée et ce ne fut qu'en sentant l'air frai sur ma peau que je me rendis compte que je pleurais. J'essuyais ma larme d'un revers de manche, le cœur au bord des lèvres.

Il fallait qu'on parle. Mais pas comme ça.

Alors sans lui laisser le temps de me rattraper, sans même vérifier qu'aucun passant ne pourrait me découvrir, je transplanai.

***


Et très clairement, ce chapitre n'était pas un cadeau. .

Pour la petite histoire, j'ai bien été voir les films qui étaient sorti en février 1997 et quand j'ai vu qu'une version complète d'Hamlet était dans les salles, j'ai éclaté de rire. C'était le destin.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH
la suite ?

Non comme je le disais au-dessus, c'est cool qu'ils essaient de régler cette rancoeur qu'elle garde toujours un peu parce que ben c'est pas sain, et ensuite cette discussion à coeurs ouverts je VIS POUR CA
Voilà
j'ai hâte de lire la suite
AAAAAAAAAH !!!!
annabethfan

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Je suis au boulot mais y'a personne aloooors allez !!
La vérité sur l'affaire Harry Quebert
Joël Dicker.
Vraiment ce livre est plein de citations magnifiques, il m'a tellement marqué !
Il avait levé son livre et seule sa voix étouffée m'était parvenue : « je ne peux pas, je vais voir Adrianne ».
Quel blaireau
Et je dis pas ça parce que c'est un Poufsouffle
J'avais envie de hurler. De donner un grand coup de poings dans le grimoire pour qu'il s'écrase sur son visage.
Ah la rage de la jalousie
Et c'est exactement ce qu'on voit dans ton jeu : le meilleur et le pire. Essaie de filtrer ta rage pour ne laisser passer que le meilleur.
Je trouva ça vraiment bien écrit voilà je voulais le souligner !
(Elle porta le sifflet à ses lèvres et souffla un grand coup qui résonna dans le stade).
RIP les tympans de Vic juste à côté
Peut-être même que la jeune fille avait proposé d'aller plus loin, de dîner un soir, ou d'aller boire un autre verre chez elle ...
Si c'était ça, Simon paniquerait plus que Vic :lol:
Bon, miss, tu nous racontes maintenant que Barberousse est parti ?
Les commères de première :lol:
-Oh, la douche s'est libérée ...
"Je vais aller compter les carreaux et les gouttes qui sortent du pommeau, m'attendez surtout pas, allez ciao! "
Je n'en pouvais littéralement plus de ce doute constant. J'avais besoin d'être fixée. Ce n'était pas difficile, non ?
Je crois que le doute et l'incertitude c'est le pire, surtout pour quelqu'un comme Vic qui aime savoir les choses !
Mais chaque fois que j'ouvrais la bouche, les mots m'obstruaient désagréablement la gorge et se refusait à s'échapper.
Cette sensation est tellement lourde en vrai, on l'a tous ressenti un jour
Mais tu n'étais pas ... occupé ?
Hahaha la question tellement pas innocente en mode "t'étais pas occupé à bécoter ton assistance archiviste" ?
mais ça reste Simon : même si c'est vrai, jamais il n'ouvrira la bouche. Je sais que c'est difficile mais c'est comme ça. Il va falloir que ça vienne de toi.
Je te dis pas comment je trépigne, heureusement que y'a le masque !
(Ecris-moi, même si je mets un mois à répondre).
Emily représente toutes les personnes qui mettent trois plombes à répondre :lol:
a première affiche qui nous fit à tous les deux envies fut une adaptation du texte complet d'Hamlet
LE DESTIN
EL DESTINO
THE DESTINY
-Et pourquoi ? Maman n'était pas là pour te faire à manger ?
J'en fus quitte pour qu'il me lance un pop-corn à la figure.
Ils me fatiguent :lol:
-Bah ... Bien. Je veux dire, ça a été, elle est gentille. Mais ça je le savais.
Des détails Simon, des détails !
On dirait Clem là quand on attend des comptes rendus croustillants !
-Elle est mignonne, elle est gentille. C'est vraiment une fille adorable, très intelligente.
Il se répète là
On te demande pas de nous faire le CV d'Adrianne, on veut savoir si t'as des sentiments pour elle blaireau !
Ça pourrait marcher, ça pourrait même me plaire quelques temps. Mais ça resterait creux, sans but, juste ... « comme ça ». C'est ça en fait, je ne vois pas beaucoup d'avenir.
Simon vient de d'écrire toutes mes conversations Tinder :lol: :lol:
Quand la reine entra en scène, Simon se mit à taper mon épaule de façon insistante, ce à quoi je répondis en secouant frénétiquement la tête sous mon manteau.
Mais je me marre trop ils sont infernaux :lol: :lol: Cette image d'eux au ciné là :lol:
-Attendez ma bonne dame, je lis ... « Doute que les étoiles ne soient que flammes, doute que le soleil n'accomplisse son tour, doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour... ».
-Arrête de rire, marmonnai-je alors que Simon s'esclaffait de plus belle.
-Comment tu veux que j'arrête avec ça, sérieux ?
Je m'attendais presque à ce qu'il les déclame en même temps !
C'était là depuis l'enfance. Ça grossissait depuis l'enfance, ça s'amplifiait chaque jour à chaque geste, à chaque mot. Ça ne disparaîtrait pas comme ça. C'était là pour la vie. Et c'était sans doute ce qui m'effrayait le plus dans cette histoire.
OH MON DIEU
Je respire plus
Mais j'aime cette idée que ça a grandi en elle depuis tellement longtemps qu'elle sait que maintenant elle ne pourra plus s'en défaire, c'est effrayant et si beau !
-Non ça va t'inquiète. Je peux avoir le pop-corn ?
Le contraste entre l'intensité de ses réflexions et sentiments avec la banalité de ses paroles... Mais quelle blaireau aussi Vic!
-Parce que c'est sans importance justement ! Je ne te demande pas de me parler de tes coéquipiers, à ce que je sache ? Ce que tu fais, avec qui, avec toi, pourquoi tu restes chaque fois un peu plus avec Eden, il me semble que je ne te le demande jamais, non ?
Je te jure j'ai le souffle bloqué j'avais pas anticipé la dispute et oh la la chaque mots c'est tellement intense...
(Il est jaloux d'Eden d'ailleurs mouhaha)
-Oh les gosses ! s'écria l'homme devant nous. Bécotez-vous au lieu de crier !
Un lecteur infiltré sans aucun doute :lol:
-En fait j'ai l'impression que tu me fais payer le fait que je ne t'ai jamais dit la vérité, avoua-t-il finalement dans un murmure rageur. Qu'au début tu acceptais parce qu'il était évident que j'allais mal et que tu es Sainte-Victoria, toujours là pour porter les autres au détriment de toi-même. Mais au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais.
Mais c'est tellement profond je trouve comme analyse, vraiment c'est magistral
Je venais de me lever d'un bond et le pop-corn s'était déversé à terre en un fracas qui se fit retourner le couple.
Je m'y attendais pas à la fuite
Pour la petite histoire, j'ai bien été voir les films qui étaient sorti en février 1997 et quand j'ai vu qu'une version complète d'Hamlet était dans les salles, j'ai éclaté de rire. C'était le destin.
Je l'ai dit !

JE VEUX LA SUITE
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Victoria qui déchire tout à l'entrainement, quelle boss ! En vrai, je trouve sa réaction archi réaliste, ça me rappelle mon crush du collège, après s'être disputé avec sa copine, il avait tout niqué en EPS en handball, il avait marqué de ses buts, tout seul, pouah, j'ai cru qu'il allait faire des trous dans les murs tellement il lançait fort ! ça avait décupler mon attrait pour lui ! Mais je disgresse, pardon, pardon !

En vrai on voit bien le manque de confiance en elle de Victoria, elle remarque bien que Simon rougit,que ses mains sont "hésitantes" mais après elle se dit "mais j'en suis pas sure", par exemple j'ai "cru voir une rougeur suspecte" patati patata mais est ce qu'il m'aime aussi vraiment et ... VICTORIA, COMMENT TE DIRE QUE TOUS LES SIGNES SONT LA !! Ptdr, moi il suffit qu'une copine m'appelle "princesse" dans un message pour que je sois persuadée que j'ai une touche :lol: :lol: :lol:

Oh mon Dieu, c'est quel niveau de flirt, là !! Même les inconnus ont capté l'alchimie !! Je suis frustrée qu'ils aient pas conclu, à la fin du chapitre par contre ! Mais ce n'est que partie remise j'espère !
Mdr, Simon qui met le sujet "Eden" sur la table, il a parfaitement contré la carte "Adrianne" de Victoria, c'était incroyable !

PS : J'ai un doute sur l'Affaire Harry Québert, je l'ai lu y a longtemps ... Est ce que l'auteur donnait une image positive de Harry Quebert ou pas ? Parce que c'était quand même un pédophile, quoi ! Je me rappelle j'ai beaucoup aimé le livre quand j'étais au lycée mais faut que je le relise, je me rappelle plus des détails...
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

TROIS FOIS QUE J'ESSAIE DE POSTER ALLER LA

Maintenant, installez-vous confortablement, préparez-vous un petit grignotage, prévoyez un sac en papier ou un coussin pour prévenir le fangirlage ... Et enjoy !

La citation est très longue. Mais ça me peinait de la couper, je la trouve tellement intense. Elle est bien entière.


***


CYRANO
Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquet : je vous aime, j'étouffe,
Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop ;
Ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot,
Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j'ai tout aimé :
Je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai,
Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J'ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que comme lorsqu'on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Sur tout, quand j'ai quitté les feux dont tu m'inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !

ROXANE, d'une voix troublée.
Oui, c'est bien de l'amour...

CYRANO
Certes, ce sentiment
Qui m'envahit, terrible et jaloux, c'est vraiment
De l'amour, il en a toute la fureur triste !
De l'amour, - et pourtant il n'est pas égoïste !
Ah ! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n'en savoir jamais rien,
S'il ne pouvait, parfois, que de loin j'entendisse
Rire un peu le bonheur né de mon sacrifice !
- Chaque regard de toi suscite une vertu
Nouvelle, une vaillance en moi ! Commences-tu
À comprendre, à présent ? voyons, te rends-tu compte ?
Sens-tu mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?...
Oh ! mais vraiment, ce soir, c'est trop beau, c'est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m'écoutez, moi, vous !
C'est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n'ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu'à mourir maintenant ! C'est à cause des mots
Que je dis qu'elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez, comme une feuille entre les feuilles !
Car tu trembles ! car j'ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !

Il baise éperdument l'extrémité d'une branche pendante.

- Cyrano de Bergerac, Acte III scène 7
Edmond Rostrand
***


Chapitre 25 : « ... Doute que le soleil n'accomplisse son tour ... ».

J'atterris sur les berges du ruisseau de Terre-en-Landes, la poitrine complétement compressée sans que cela n'ait à voir avec le transplanage. Je donnai un coup de pied furieux dans un cailloux qui alla heurter avec fracas la surface de l'eau, puis en ramassai un autre que je lançai dans le vide. Mon manteau entrava mon mouvement et il se perdit à peine à quelques mettre alors je m'en débarrassai pour prendre une autre pierre et la jetai de toutes mes forces avec un cri de rage. Je l'entendis atterrir sur la berge opposée et ricocher jusque la route déserte à cette heure.

Je ne serais même pas dire ce qui s'était mal passé. Le cinéma m'avait paru une bonne idée : un moment à deux, hors du temps dans une salle où les esprits auraient pu s'apaiser. Un moyen de me laisser le temps de rassembler mes esprits, de trouver un moyen de lui dire ce qui me rongeait depuis des semaines et enfin extraire ce qui nous empoissonnait.

Mais c'était justement ce qui avait dérapé, réalisai-je, désemparée. Simon l'avait vu. Il avait vu le changement dans mon attitude, ma raideur dès qu'il s'agissait de lui. Et face au moment où j'aurais dû me justifier, enfin dévoiler mes véritables sentiments, j'avais paniqué. Je m'étais enfuie.

-Bennett, tu es stupide, me fustigeai-je en essuyant mes larmes. Vraiment d'une stupidité folle, c'est incroyable. Reprends-toi.

Et évidemment, il avait fallu qu'il ravive le pire : son identité, cette plaie qui refusait de se refermer. La pire erreur de la soirée, celle qui avait obstruée ma gorge et fait remontrer le ressentiment. A la réflexion, c'était peut-être lui qui était stupide. En même temps, comment pouvait-il savoir que c'était le pire moment pour l'évoquer ?

Je laissai mon manteau sur le banc et fis quelques pas-chassé, quelques bonds dans le vide. M'activer était un bon moyen de chasser la rage : l'entrainement de Quidditch me l'avait prouvé. De plus l'air glacial de cette nuit de février me brûlait la peau. J'aurais pu simplement rentrer chez moi et m'en tenir au plan initial : regarder un film en me gavant de chocolat. Quand je me retrouvai essoufflée et réchauffée, mon souffle se répandant en un panache de fumée blanc tout autour de moi, je m'allongeai sur le banc, les mains dans les poches de mon sweat. J'essuyais un petit rire. Je n'avais même pris le temps de me changer pour le cinéma : la tenue laissait plus qu'à désirer. Mais je m'en fichais. Quand Simon m'avait vu dans une belle robe, il avait éclaté de rire. Et bon sang ce que je l'aimais pour ça.

Toujours haletante, je nouai mes doigts à l'arrière de ma nuque et levai mon regard vers les étoiles. La lune était à son premier quartier et son éclat laiteux éclipsait toutes les étoiles à proximité, de même que les réverbères qui luisaient le long de la berge. J'arrivais à peine à distinguer la Grande Ourse, seule constellation que j'étais capable de discerner dans la myriade de point lumineux qui composait le ciel. Le second prénom de Simon se trouvait parmi l'une d'entre elle, brillante à me narguer alors qu'elle était inaccessible. Il fallait que je me résigne : ce ne serait jamais simple avec lui. Ça ne pouvait pas l'être avec quelqu'un qui avait subi un tel traumatisme à un âge si jeune et qui l'avait aggravé par des années de déni. Peut-être que son second prénom était encore ancré dans cette illusion qu'il s'était créé. Il était trop relié à Cassiopée, aux Black. Le nier, c'était nier la vérité. Pourquoi n'avais-je pas songé à cela plus tôt ? Simon faisait tant de progrès que j'en oubliais que la route était encore longue et que la mort de ses parents avait laissé des griffes refermées en lui.

Je poussai un long gémissement en me prenant la tête entre les mains. Je me repassai le film des dernières minutes et ma plainte d'éternisa à mesure que les images me revenaient à l'esprit.

-Bon sang ce que je suis ridicule ... Tu l'as laissé seul dans une salle de ciné ... Bon sang, il va me tuer ...

CRAC !

Je me redressai d'un bond et mes mains trouvèrent seules la baguette dissimulée dans ma poche intérieure de manteau. Les réverbères étaient rares sur dans ce coin des berges, aussi allumai-je la pointe de ma baguette d'un sort à peine murmuré. Le faisceau lumineux découpa les contours d'une maigre silhouette qui leva une main pour se protéger.

-Oh ! ça va, c'est moi, baisse ce truc ! Et si tu veux une preuve, tiens.

Simon me tendit mon écharpe que j'avais vraisemblablement oublié dans le cinéma. Mais de façon très honnête, j'aurais pu oublier ma baguette que je ne m'en serais pas rendue compte.

-Nox, soufflai-je avant de prendre mon écharpe. Merci ...

Simon ne daigna pas m'adresser un sourire et s'assit sur le banc sans un mot, le visage fermé. Ça ne m'étonnait même pas qu'il m'ait trouvé : il n'allait pas me laisser m'envoler dans la nature comme ça. Et même si je m'étais enfuie pour les cacher, il devait avoir remarqué les larmes qui avaient commencé à piquer mes yeux. Il était évident que j'allais mal. Et j'avais été assez là pour Simon, même contre son gré, pour qu'il me rende la pareille. Je me laissai aller sur le dossier en poussant un gros soupir.

-Je ne me débarrasserai jamais de toi, c'est ça ?

Simon me jeta un regard oblique.

-Il faut vraiment que je te répète tout ce que tu m'as dit l'année dernière et que ça s'applique à toi ?

-L'année dernière ?

-Que c'était ton rôle. Donc par miroir, c'est aussi le mien. Parce que je suis la personne dont tu acceptes le pire et que j'accepte le pire de toi. Parce que j'étais là au début et que je le serais à la fin pour t'enterrer d'un « on se reverra en enfer, minus ». Parce depuis toujours je suis là pour te piquer, t'électriser un peu et que sans ça tu serais restée une gamine craintive incapable de faire entendre sa voix alors que bon sang, Vic', tu en a une de voix – et une sacrée. Tu as quelque chose à offrir au monde et si je n'avais pas été là tu n'aurais pas été capable de le voir, tu serais restée renfermée à considérer que tu n'en valais pas la peine. Et j'ai oublié la suite que tu as dit parce que mon cerveau avait complétement grillé à ce moment-là. Mais l'essentiel est là : non, je ne te lâcherais pas. Parce que tu as besoin de moi, Victoria Bennett. Alors que tu le veuilles ou non, je suis là. Mais s'il faut que je te frappe pour faire passer le message ce sera avec plaisir.

Mon souffle se bloqua dans ma gorge quand je reconnus la structure de la tirade, en miroir de celle que je lui avais asséné lorsque j'avais appris sa véritable identité. Il me contemplait calmement, un coude posé sur le dossier du banc et à moitié tourné vers moi. Il secoua longuement la tête et exhala un soupir.

-Vicky, ça fait des semaines qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Et au début j'ai respecté ton droit à le garder pour toi, je me suis dit que ça avait peut-être un rapport avec l'attaque des Détraqueurs, que tu avais du mal à t'en remettre. Que si c'était ça tu viendrais me voir à un moment ou à un autre mais tu n'es jamais venue. Et chaque fois qu'on se voyait, c'était soi en coup de vent, soit quelqu'un était avec nous : je n'ai jamais trouvé l'occasion de te tirer les vers du nez. C'est pour ça que je suis venu ce soir. Je veux savoir ce qui se passe. Maintenant plusieurs choix s'ouvrent à toi : soit tu le dis docilement de ton plein gré, soit on se dispute comme au cinéma, soit je choisis de passer cette étape et je te jette dans le ruisseau et te tortures par noyade jusqu'à ce que tu avoues.

Un rire me secoua malgré la boule chauffée à blanc qui s'était formée dans ma gorge. Les larmes m'étaient de nouveau montées aux yeux et je savais que la lumière des réverbères les rendait parfaitement visibles aux yeux de Simon. Je levai le visage pour les refouler.

-Tu n'arriverais pas à me jeter dans le ruisseau, prétendis-je plutôt avec les frémissements d'un sourire.

-Ce que tu oublies souvent, c'est que je suis un sorcier.

-Ce que tu as oublié, c'est que je suis une sorcière aussi.

Simon dressa un sourcil et une étrange chaleur se diffusa dans ma poitrine quand une étincelle de fierté embrassa ses prunelles vertes. Ça avait toujours été établi entre nous que sans magie, j'avais l'avantage : j'étais plus sportive, plus vive. Mais Simon était l'élève le plus douée de sa génération la baguette à la main. Ce que j'avais découvert au fil du temps, c'était que je n'avais rien à lui envier dans certains domaines et notamment dans les duels. C'était quelque chose dont je n'avais pas conscience il y avait encore quelques mois, ou si je l'avais je ne l'avais pas revendiqué. Je n'aurais jamais osé le défier sur ce terrain-là. Mais c'était avant de découvrir qu'il y avait une force en moi. En partie grâce à lui, portée par lui.

Simon sortit sa baguette et la fit tourner entre ses doigts avec un sourire cynique.

-Bon. Du coup, quelle option tu choisis ?

Je grimaçai et tamponnai discrètement le coin de mes yeux. Je pris une grande inspiration et décidai de faire une tentative. J'entrouvris les lèvres dans l'espoir que la fameuse phrase s'y glisse enfin. « Il faut qu'on parle ». Elle était courte, évidente, facile. Je la sentis se former dans mes cordes vocales, montée dans ma gorge comme une bulle chaude, presque brûlante au moment où elle jaillissait dans ma bouche. Mais tout resta bloquer au fond de ma gorge qui se noua douloureusement. J'avais les nerfs à fleurs de peau : je ne voulais pas commencer à fondre en larme alors que je lui avouerais que j'avais fini au bout de dix-huit ans, des coups, des insultes mais aussi des moments incroyables de soutiens, de tendresse, de communions que j'avais fini par tomber amoureuse de lui. Mon pied battit impatiemment dans le vide et je finis par agripper ma baguette et à me lever pour lui faire face.

-La troisième option. Si tu arrives à me jeter dans le ruisseau, je te dis tout. Mais il n'était noté nulle part que je me laisserais faire.

Les lèvres de Simon se pincèrent et je compris qu'il était frustré de ne pas avoir le droit à la première option. Il était habitué à ce que je me livre facilement, à ne jamais devoir lutter pour avoir accès à mes pensées, mes sentiments, ce que j'étais. J'étais transparente. Mais lui m'avait toujours vu alors que j'étais transparente. Cette fois il allait devoir le faire et de la plus littérale des manières.

Un sourire effronté retroussa mes lèvres et j'exécutai une révérence moqueuse puisqu'on m'avait appris qu'il fallait toujours saluer avant un duel. Simon leva les yeux au ciel et finit par s'extirper du banc, la baguette à la main. Pour l'avoir observé lors de ses duels avec Lupin, je savais qu'il ne se mettait jamais en garde : il avait toujours une attitude nonchalante qui présupposait une confiance certaine en ses talents. Je savais aussi qu'il attaquait fort et vite et une stratégie se mit en place dans ma tête alors qu'il entonnait à mi-voix :

-Très bien ... un ... deux ... trois !

Comme ça pouvait être anticipé, il attaqua le premier, sans un mot, d'un mouvement vif de baguette et je parai d'un bouclier que j'avais préparé. C'était ce que j'allais devoir faire pendant quelques minutes : parer, l'épuiser, jusqu'à ce que son manque d'endurance lui fasse perdre sa lucidité. Il tenta de m'envoyer un sortilège de désarmement mais cette fois je l'évitai en faisant un bond sur le côté puis déployai un bouclier quand un nouveau maléfice avec une trainée de couleur mauve fonça sur moi. Mon charme faillit ne pas tenir face à la violence du choc et de nouveau je m'écartai et trébuchai sur la berge. Elle n'était pas large et si j'avais fait un pas en plus en arrière je serais tombée dans le ruisseau. Et quand je vis le sourire satisfait de Simon m'indiqua qu'il avait parfaitement vu que j'étais en mauvaise posture géographique.

La voix de l'imposteur qui avait pris la place de Maugrey Fol Œil pendant ma sixième année résonna dans mon esprit au moment où Simon levait de nouveau la baguette. Parer, c'est bien Bennett ... mais un jour il faudra songer à attaquer.

Ce n'était pas dans ma nature profonde d'attaquer. Sauf quand je me retrouvais face à Simon prénom-ridicule Bones.

Je fis un large mouvement de baguette et un éclair rouge de stupéfixion fusa vers lui. Occupée à formuler son maléfice, Simon eut à peine le temps de parer et recula sur le choc. J'en profitai pour me replacer au centre de la berge et embrayai avec un sortilège de désarmement qu'il évita de nouveau in extremis. La frustration se lisait sur ses traits et il tenta d'attaquer de nouveau mais je louvoyais entre les traits de lumière en bondissant, ce qui me laissait le temps de mobiliser la magie pour l'attaque. C'était quelque chose que Simon ne pouvait pas faire : il n'avait aucune souplesse et si ses réflexes magiques étaient excellents, ses réflexes moteurs laissaient à désirer. S'il ne parait pas magiquement, il ne pouvait pas le faire physiquement. Sauf que s'il mobilisait sa magie défensive, ça lui laissait moins de lucidité pour l'attaque. Le changement commençait d'ailleurs à se faire sentir : il commençait à prononcer les sortilèges, ce qui lui prenait trop de temps et me laissait le temps d'à la fois lever des boucliers puis de me remobiliser pour attaquer dans la foulée. Il reculait à chaque sort : son bouclier se levait de moins en moins haut, était de plus en plus fin parce qu'il avait à peine le temps de le déployer. Il ne vit pas un sortilège de désarmement arriver et se baissa précipitamment la tête pour le voir raser ses cheveux. J'eus un méchant sourire.

-Je t'avais dit de faire des balles au prisonnier, Bones !

Il ne prit pas la peine de me répondre et attaqua, à moitié ployé après son esquive mais une pirouette un peu crâneuse me permit d'éviter le maléfice. Dalia t'aurait tué : ça équivaut à un sauvetage dangereux, ça ! Tu perds du temps ! Et Simon me fit effectivement payer ma crânerie : quand je fus stabilisée, un éclair rouge s'avançait vers moi, à une vitesse affolante, beaucoup trop proche pour que j'ai le temps de parer. Je tentai alors d'esquiver mais là encore il était trop tard : le trait de lumière frappa ma baguette qui sauta de ma main et alla rouler quelques mètres derrière moi sur la berge. Je me retournai vers Simon, dont les lèvres s'étaient retroussées en un sourire sauvagement satisfait. Sa baguette était toujours tendue devant lui et il m'observait avec une délectation palpable, fier de ce qu'il semblait être sa victoire. J'observai sa position : le combat l'avait mené au bord de la berge, à moins d'un mètre de l'eau. Simon fit tourner la baguette entre ses doigts.

-Je ne pensais pas que ce serait si facile, tu me déçois ...

Je le fusillai du regard. Il avait encore oublié un facteur, quelque chose que chaque sorcier oubliait nécessairement, obnubilé par la magie. Lui aurait dû le savoir. Lui me connaissait depuis l'enfance.

Je n'étais pas qu'une sorcière.

Sans attendre qu'il se reprenne ou qu'il mobilise un sort, je pris mon élan et courus vers lui. Simon fit pris de court par mon geste et abaissa la baguette pour reculer : une attaque frontale amenait instinctivement une défense frontale. Emportée par ma course, j'arrivais avec de l'élan et de la force sur lui : j'arrivais à lui arracher sa baguette des mains et le poussai de toute mes forces sur la poitrine. Simon battit des bras avec un cri de surprise et bascula dans le ruisseau. Je poussai un cri de triomphe, éclaboussée par l'eau qui jaillissait de la chute et quand sa tête blonde creva la surface en crachotant, il me retrouva en train de sautiller sur la berge, sa baguette dans la main, absolument extatique.

-Un combat n'est jamais fini, Bones, même sans baguette ça continue ! jubilai-je sans pouvoir m'en empêcher. Faux-Maugrey ne te l'a dit, Lupin te l'a dit et tu m'as toujours vu faire, comment tu as pu faire une telle erreur !

Simon toussa et repoussa en arrière les mèches que l'eau avait plaqué contre son front. Ses dents claquaient : la température flirtait avec le zéro, le ruisseau devait être glacial. Sans attendre, il se mit en mouvement et commença à nager vers un petit ponton qui s'avançait sur l'eau et qui servait ordinairement aux rares pêcheurs. Je le suivis d'un pas bondissant, ramassai ma baguette et fanfaronnai joyeusement :

-J'ai gagné ... !

-Match nul, protesta Simon d'une voix haletante. Je t'avais désarmé...

-Mais les termes, c'était qu'il fallait que je finisse dans le ruisseau, rappelai-je avec un immense sourire. Qui est dans le ruisseau, Simon ?

Il atteint enfin le ponton et le regard assassin qu'il me jeta indiquait clairement qu'il n'avait pas renoncé à m'y jeter, ne serait-ce que pour venger l'humiliation qu'il avait subi. Et s'il y mettait toutes ses capacités, je n'avais aucun doute qu'il y arriverait. Simon avait un côté fourbe, il n'hésiterait pas à m'attaquer dans le dos. J'évaluai mes possibilités, toujours grisée par ma victoire – car oui, ça en était une – et finis par hausser les épaules.

-Bon. Si ça peut te faire plaisir ...

-Qu'est-ce que tu fais ?

Je venais d'enlever mes chaussures et mon pull et prenais à présent quelques mètres d'élan. Sans risquer d'être paralyser par le froid qui brûlait mes bras nus, je m'élançai vers le ruisseau et poussai un cri en y sautant. Le choc à la surface fut brutal et je me recroquevillai en hurlant dans l'eau : elle était si glaciale que j'avais la sensation qu'on plantait les lames acérées dans chaque pore de ma peau. Je battis des pieds pour émerger mais c'était pire à l'air libre : chaque brise ne faisait que renforçait le froid qui s'éprenait de moi.

-Oh mon Dieu !

-Mais tu es complétement folle !

L'exclamation sidérée de Simon m'arracha un éclat de rire et je basculai mon visage vers l'arrière pour me débarrasser de mes cheveux. L'eau glacial paralysait mes membres et je trouvai à peine la force de faire quelques battements de jambe pour rester en position stationnaire.

-Vicky ! Vicky, allez, nage, viens !

Je tournai le visage vers Simon, qui me tendait le bras depuis le ponton où il était agrippé. Ses lèvres commençaient à être bleuies et ses tâches de rousseurs ressortaient comme du sang de sa peau pâle. Je m'ébrouai et réussis à faire quelques mouvements de brasse pour enfin saisir sa main. Je n'avais plus de sensation au bout des doigts. Il me ramena vers lui et je me laissai faire, même quand il passa un bras autour de ma taille. Sans réfléchir, je m'agrippai à ses épaules comme lui était agrippé au ponton d'une main, incapable de bouger la moindre partie de mon corps pour me maintenir à flot. Ma seule source de chaleur, c'était le souffle tremblant de Simon qui effleurait ma joue à intervalle irrégulier.

-Mais bon sang, pourquoi tu as fait ça ? haleta-t-il, sa voix réduite à un souffle.

Un sourire absurde s'étira sur mes lèvres. Mes jambes cognaient contre les siennes et je résistai à la tentation de les accrocher à ses hanches pour avoir plus de stabilité – mais aussi plus de proximité ... plus de chaleur. Faute de mieux, je passai un bras derrière sa nuque et me retrouvai mécaniquement collée à lui, presque dans une étreinte. Ça aurait pu me gêner, mais je sentais sa prise au niveau de ma taille : il me soutenait. Quoi qu'il arrive.

-Je ... je ne voulais pas que ce ... ce soit toi qui me mettes à l'eau.

L'aveu provoqua l'écarquillement des yeux de Simon avant qu'il n'éclate d'un rire incrédule, la tête basculée vers l'arrière. Sa voix était un peu éraillée par le froid mais cela ne semblait pas estomper son hilarité qui finit par m'atteindre et me faire m'esclaffer également.

-Bon sang j'avais oublié à quel point on était capable de se faire faire des choses stupides ! pouffa Simon.

Dans le fou-rire qui me prit, mon front alla se poser sur l'épaule de Simon et cette proximité faillit bloquer mon souffle. Il y avait une éternité que je n'avais pas été proche de lui à ce point. Dans ses bras, presque à me blottir contre lui. J'avais oublié la sensation de force, de sérénité, de stabilité que ça m'apportait. Cette impression qu'il ne pourrait rien m'arriver tant que j'étais nichée dans ses bras. Alors sans songer aux conséquences et même une fois mon hilarité envolée, je restai dans cette position, savourai cette étreinte qui en était à peine une mais qui me confortait définitivement dans toutes mes préoccupations. Le rire de Simon finit par s'éteindre et je craignis l'espace d'un instant qu'il me repousse, qu'il ne fasse éclater ma bulle de paix. Puis je l'entendis, ce petit soupir à peine exhaler et sa joue vint se poser contre mon crâne. Je fermai les yeux, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine. Avec un peu de chance, paralysé et rendu insensible par le froid, il ne l'entendrait pas. Je tremblai de tous mes membres et j'entendais ses dents claquées de temps à autre mais je n'avais aucune envie de desserrer mon étreinte. J'aurais pu rester des heures dans l'eau glaciale, protégée dans les bras de Simon, jusqu'à ce que le gèle ait raison de moi. Sa main remonta dans mon dos pour me presser un peu plus contre lui et il souffla doucement :

-Vraiment, vraiment très stupides ...

**
*

Le claquement intensif des dents de Simon avait fini par m'inquiéter et je m'étais résolue à m'écarter pour qu'on puisse s'extraire du ruisseau. Nous récupérâmes nos vêtements et nos baguettes – et je me sentis incroyablement idiote d'avoir abandonné ainsi la mienne par les temps qui courraient. Nous aurions pu transplaner mais ni lui, ni moi n'en avions la force. Il devait bien exister un sortilège mais Simon refusa d'un signe de tête. « J'ai fini dans le ruisseau, mais c'est ta pénitence ». La remarque lui avait value un coup de pied aux fesses.

J'accueillis la chaleur de la maison des Bones comme une véritable délivrance et avec le soupir de contentement qui allait avec. J'avais renoncé à mettre mon pull et mes chaussures et je tremblais tous mes membres. Simon fit naître un feu d'un simple mouvement de baguette et l'alimenta de nombre de bûche pour être certain qu'il garderait une intensité digne de nous réchauffer.

-Je vais prendre une douche je pense, annonça-t-il une fois que les flammes eurent atteintes les hauteurs de l'âtre. Bon sang, mes chaussures ont trempées dans la vase ... Tu veux prendre celle de mes parents ?

-Non, ça va aller. Mais je veux bien que tu sèches mes vêtements !

Simon leva les yeux au ciel mais s'exécuta : un souffle chaud jaillit de sa baguette et fit s'évaporer toute l'humidité. Mon débardeur avait la même chaleur et l'aridité qu'après son passage au sèche-linge. Je pus remettre mon pull qui avait gardé dans ses fibres l'air glacial de février et Simon me lança un plaid alors que ma tête était encore coincée dans mon col. Je vacillai en le recevant et trébuchai sur la table basse.

-Bones, je vais t'arracher les yeux ! Et c'est dommage c'est la seule belle chose chez toi !

-Ravi que tu l'admettes enfin. Bon, si tu veux du chocolat tu sais où c'est !

Je le fusillai du regard alors qu'il grimpait quatre à quatre les marches qui le séparaient de l'étage et tirai d'un coup sec sur mon pull pour enfin l'enfiler. Je passai les mains dans mes cheveux, encore humide et même figé par la glace pour certaines mèches alors que les pointes avaient subies l'influences du sortilège de Simon mais étaient aussi sèches que de la paille. La mention de la vase me revint à l'esprit et occasionna une vague panique en moi. Je portai une mèche à mon nez et poussai un soupir de soulagement en constatant qu'aucune odeur nauséabonde ne subsistaient.

Rassurée, encore gelée et vidée, je m'enroulai dans le plaid et me pelotonnai dans mon fauteuil préféré près du feu. Lentement, la paralysie quitta mes membres et mon esprit. J'avais l'impression que mon cerveau s'était éteint dans le ruisseau et ça m'avait permis d'être naturelle et sans calcul ni crainte pour la première fois depuis des semaines avec Simon. Je sentais que ça l'avait rassuré : peu importe ce que je lui cachais, ce n'était pas contre lui. Mais j'avais aussi perçu quelques regards sur notre chemin du retour, suspicieux, déçus, interrogateurs. Il n'en avait pas fini avec moi.

Je rejetai ma tête en arrière en expirant profondément pour dénouer ma gorge. La pression remontait lentement après le duel et la baignade purgatrice. M'attaquer à Simon, le jeter dans l'eau, ça m'avait permis d'expier toutes les émotions négatives qui m'avait assaillie toute la journée. Ne restait que la certitude et l'appréhension mais je doutais que celle-ci reste à ce stade. Je n'étais pas encore certaine d'être capable de lui parler ce soir : la soirée avait déjà été assez difficile comme ça. Mais quand ? Simon avait raison, on s'était à peine vu ces derniers temps. Et allais-je prendre le risque que la rancœur qui demeurait contre moi grandisse ? J'étais encore en train de débattre sur la question, le regard plongé dans les flammes, quand Simon revint de la douche. Il avait repassé son sweat pourpre sur un autre tee-shirt et ses mèches blondes pointaient dans tous les sens. Il me jeta un regard surpris et repoussa les quelques cheveux détrempés qui tombaient devant ses yeux.

-Pas de chocolat ?

-Non ça va, assurai-je avec un sourire.

-Mais tu ne veux pas manger quelque chose ? On n'a pas dîné et il est ... (Il se tordit le cou pour voir l'horloge et grimaça). Outch, vingt-trois heures trente.

-Merci, je n'ai pas très faim. Mais mange, toi si tu veux !

Simon s'installa en tailleur sur le canapé pour me jeter un long regard pénétrant qui m'indiquait clairement que ma réponse était suspecte et ne faisait qu'alimenter le fait que j'avais décidemment un comportement étrange. Je ne pouvais pas le blâmer : je venais de m'enfuir sans raison d'un cinéma, le provoquer en duel puis me jeter dans un ruisseau à l'eau gelée. Seigneur il avait raison : on se poussait réellement à faire des choses stupides. Je lus la question secrète derrière ses prunelles vertes et me forçai à esquisser un sourire d'avertissement.

-Tu as fini dans le ruisseau, Bones. Tu sais ce que ça veut dire.

-Je continue de penser que c'était un match nul, rétorqua-t-il en plissant les yeux. Je t'ai désarmé.

-Et tu as décidé de savourer alors que le combat n'était pas fini. Je n'y peux rien si tu n'apprends jamais de tes erreurs, la crevette. Demain je viens à neuf heures et on fait une balle aux prisonniers.

Il étendit la jambe pour me donner un coup du bout du pied et je laissai échapper un petit rire. Mes doigts se tordirent sur ma couverture et finirent par trouver les breloques qui pendaient sur mon sternum. Mon combat et ma force. Et c'était de force dont j'avais besoin aujourd'hui.

-Simon ?

-Hum ?

Il avait à moitié clos les yeux, les jambes étendues sur la table basse et une main sur la tempe. Mon ventre se contracta violement et j'hésitai quelques secondes avant de me décider.

-Si ça avait été envisageable avec Adrianne ...

-Vicky ...

-Laisse-moi finir. Si ça avait été envisageable, est-ce qu'elle aurait pu composer avec moi ?

Les sourcils de Simon se froncèrent et il finit par ouvrir les yeux sur l'âtre au sein duquel brûlait toujours un feu intense. Après quelques secondes d'incompréhension, il finit par tourner le regard vers moi.

-C'est ça qui t'inquiétait ?

-En partie, éludai-je en haussant les épaules. Je pense que cette soirée prouve définitivement qu'on n'a pas une relation normale. Si tu as une copine, elle va devoir composer avec moi, elle n'aura pas le choix. Et tout le monde n'est pas prêt à accepter ça ...

Simon me fixait toujours, un peu perplexe et je pris une profonde inspiration pour expliciter :

-J'ai une place prédominante dans ta vie et tu as une place prédominante dans la mienne. Tout le monde n'est pas prêt à partager, voire à passer derrière dans le sens des priorités. Regarde Miles par exemple : ça l'a blessé de comprendre que tu étais plus important que lui pour moi.

-Oh attends, me coupa Simon en levant une main. C'était le cas ?

Je le considérai, médusée.

-Bien ... oui. Enfin, je n'y avais pas réfléchi sur le coup mais en y repensant ... (Je coinçai nerveusement une mèche derrière mon oreille et détournai le regard). C'est pour ça que je suis allée le voir, à Londres. Il venait de dire à Emily qu'il te considérait en parti responsable de l'échec de notre couple et ça m'a mise en colère parce qu'il n'en avait jamais parlé. Mais quand j'y ai réfléchi, j'ai été forcée de lui donner raison ... Il était mon copain et pourtant je te donnais infiniment plus d'attention.

C'était la bonne méthode, me rassurai-je en constatant que ma gorge ne se bloquait pas, que mes mots restaient fluides malgré le malaise évident. Je disais des vérités, revenais à la source de mes réflexions, traçais lentement le chemin de notre relation. Et au moment où je sentais la confiance venir, Simon brisa tout : il explosa de rire, un rire plus incontrôlable encore que celui du ruisseau. Ses yeux se voilèrent d'un film de larme et il plaqua ses deux mains contre sa bouche pour tenter de le réprimer, sans pour autant y parvenir. Les éclats lui filaient littéralement entre les doigts. Je ramenai le plaid jusque mon nez pour étouffer un gémissement, mortifiée par sa réaction alors que j'avais enfin rassemblé tout mon courage. N'y tenant plus, je finis par extraire un coussin et lui jetai à la figure pour le faire cesser.

-Tu vas arrêter oui ? J'essaie de te parler sérieusement !

-Oui pardon, haleta-t-il en essuyant ses larmes de rire. Pardon, c'est vrai je me calme. Donc Miles m'en a voulu, c'est ça ?

-Ouaip, maugréai-je, toujours vexée.

-Et du coup tu as peur qu'Adrianne soit comme lui et ne supporte pas ton ingérence dans ma vie ?

-On va dire ça.

Simon avait pressé son poing contre ses lèvres et j'avais l'impression désagréable que c'était pour cacher les restes d'amusement. Dynamisés par la lueur dansante des flammes, ses yeux étincelaient. Après un silence qui me parut s'éterniser, il finit par lâcher un dernier ricanement et se leva pour s'étirer.

-Ne t'en fais pas pour ça, Vicky. Jamais personne ne te prendra ta place, ça je peux te le promettre.

Malgré le rire, il y avait de la douceur dans sa voix, de la sincérité et le sourire qu'il m'adressa était à peine esquissé sur ses lèvres et complétement dépourvu de moquerie. Le soulagement fut vite suivi d'une vague d'interrogation qui commençait à m'être familière. Quelle était ma place ?

-J'espère bien. Je te rappelle quand même que je suis la femme de ta vie.

Je voulus rattraper mes mots à l'instant même où ils sortirent de ma bouche. Les droits derniers particulièrement avaient peiné à passer ma gorge et une fois qu'ils avaient franchis mes lèvres et que je les avais découvert, mon souffle s'y était bloqué, enflammé par l'embarras. Simon, qui s'était retourné pour se diriger vers la cuisine, s'immobilisa et tourna légèrement le visage vers moi. Le mien était à moitié couvert par le plaid et je feintais la neutralité en observant les flammes qui léchaient les pierres de l'âtre et il ne renchérit pas pour s'en retrouver vers la cuisine. J'attendis que la porte se soit refermée sur lui pour me taper le front du plat de la paume, complétement mortifiée.

-Bon sang, Vic', ton cerveau est encore gelé ? gémis-je tout bas.

Je tentai de me calmer et de dédramatiser la portée de mes mots en me rappelant qu'il les avait déjà prononcés, qu'il avait déjà revendiqué ce statut pour moi et sans complexe. Dès l'adolescence il avait été évident qu'on passerait notre vie ensemble et il m'avait chaque fois décrit comme « la fille qui partageait sa vie ». De là à être la femme sa vie, j'espérais qu'il n'avait qu'un pas ...

Je ne m'étais toujours pas remise quand Simon revint, un pichet de jus de citrouille et une pile de sandwich qu'il déposa sur la table basse. Je fus soulagée de voir qu'un léger sourire persistait sur ses lèvres et qu'il était loin de son habituel sourire ironique. Il en saisit un qu'il croqua immédiatement avant de s'enfoncer dans son canapé de nouveau.

-Tu sais, je te retourne la remarque, lança-t-il après avoir avalé la première bouchée. Je veux dire, Miles je l'ai bien supporté parce que comme tu le dis, je sentais que j'avais la bonne place. Que ça n'allait pas durer – et pour tout te dire, ça a duré plus longtemps que je ne l'aurais cru ...

-Ah bon ?

Simon hocha la tête et arracha un autre morceau de son sandwich.

-Je pensais que tu ne supporterais pas qu'il soutienne le Ministère. J'ai sous-estimé ta patience légendaire ...

-Mais tu ne l'as jamais dit, ça !

Il haussa les épaules et engloutit le morceau de sandwich qu'il avait déchiré.

-Pourquoi je l'aurais fait ? Je ne voulais pas t'influencer. Tu es assez grande pour prendre tes décisions. Et puis je te dis, je savais que ça n'allait pas tenir. Qu'un jour tu en aurais assez de l'inertie de Miles, ou que lui retomberait dans ses travers. Au final, ça a été un mélange des deux, non ?

Je hochai la tête, sonnée qu'il ait analysé ainsi ma relation avec Miles sans que jamais rien ne filtre. Et pourtant Dieu que j'avais cherché cette analyse dans les dernières semaines, Dieu que j'avais tenté d'arracher l'avis de Simon mais il était toujours resté coi. Et il alla encore plus loin quand un sourire fier s'étira sur ses lèvres.

-Ça et quand Roger t'a demandé si tu rêvais que Miles te déclame tes vers, c'est ça ?

Cette fois mon visage s'empourpra et une nouvelle fois je fus réduite à acquiescer en silence. Et la flambée s'étendit à mes oreilles quand Simon fut une nouvelle fois secoué par un rire qui méritait que je le batte avec le coussin qui me restait.

-Pardon, ce n'est pas drôle, tu n'avais l'air vraiment pas bien, s'excusa-t-il en s'efforçant de se calmer. Mais ... Oh la la, je pense que je ne t'avais jamais vu rougir si fort, une sacrée fierté personnelle.

-Ferme-la, sinon je te lance un coussin à la figure.

-Je viens de sortir d'un ruisseau gelé, Vicky. Ce ne sera pas la pire douleur que je subirais aujourd'hui. Ah ! Quoiqu'il est minuit, je me ravise : garde ton coussin.

Je secouai la tête avec un petit rire et effleura l'horloge du regard. La petite aiguille pointait en effet le douze ans la grande s'était inclinée vers le cinq. Son sandwich fini, Simon allongea de nouveau ses jambes sur la table basse et s'essuya les mains

-Mais en un sens, c'est un bon test pour toi. Les vers, précisa-t-il quand je le fixai, perplexe. Quand tu veux savoir si c'est sérieux avec quelqu'un, demande-lui de te les réciter. Si tu ne paniques pas, c'est que c'est le bon. Parce qu'honnêtement dans la bibliothèque, on sentait ta panique – promis je me garde de dire que c'était drôle. Tu es sûre que tu ne veux rien manger ?

-Ce n'est pas idiot, soufflai-je, perdue dans mes pensées.

-De manger ? En effet, c'est même plutôt conseiller, surtout quand on est sportive.

-Non. Ce que tu dis sur les vers. Ce n'est ... vraiment pas idiot.

-C'est normal, je suis quelqu'un de plutôt intelligent.

Je profitai qu'il soit débarrassé de son assiette pour armer mon bras et lançai le coussin. Mais Simon avait anticipé la chose et sortit sa baguette : le coussin de transforma alors en un oiseau en papier qui poursuivit son vol gracieusement dans la pièce et évita Simon d'un ample arc de cercle.

-Frimeur.

-Frimeuse toi-même. C'est à cause de ça que j'ai réussi à te désarmer.

Pour éviter d'avoir à répondre à cette pique, j'observai le vol de l'oiseau en cercle concentrique au-dessus du salon. Différentes espèces étaient associées à Simon : le faucon de son patronus, le phénix de l'Ordre mais également de l'espoir, celui qu'il avait évoqué le soir de son dix-septième anniversaire pour se donner de la force. Mais j'étais incapable d'identifier celui qui volait à présent. A dire vrai, je n'essayais pas réellement. Mon esprit surchauffait.

-Mais tu les connais par cœur, au fait.

-Quoi donc ? s'étonna Simon.

-Les vers. Si tu sais dans quelle scène exacte ils sont joués ... Tu dois les connaître par cœur.

-Evidemment. Tu penses que j'allais renoncer à une arme si redoutable contre toi ? Franchement, la couleur de tes joues, c'était exceptionnel, je suis dégoûtée d'avoir raté ça au cinéma ...

-Par cœur ? insistai-je, le cœur battant à tout rompre. Doute que les étoiles ...

-...Ne soient que flammes, acheva tranquillement Simon.

Mais son regard s'était détourné et dardé sur la cheminée. Le feu brûlait de façon moins intense, plus contrôlée et diffusait une belle lumière orangée dans la pièce. Elle effaçait les tâches de rousseurs sur le visage de Simon et faisait ressortir le cuivre dans sa chevelure. Mon regard se bloqua dans ma gorge et j'eus l'espace d'un instant peur qu'il ne poursuive pas. Il marqua un arrête et sembla hésiter avant de finalement continuer :

-Doute que le soleil n'accomplisse son tour. Doute que la vérité soit menteuse infâme mais ne doute jamais de mon amour.

C'était déclamé d'une voix fluide qui trahissait sa connaissance de chaque mot, chaque intonation. Plus je le contemplai, lui, la courbe de ses lèvres, le cuivre que les flammes faisaient ressortir dans ses cheveux, ses longs doigts qui tapotaient négligemment l'accoudoir, moins j'avais envie de détacher mon regard de lui. Ma gorge se retrouva obstruée par diverse sensations et j'eus l'impression de vivre avec plus d'intensité ce que j'avais ressenti sous mon mentaux, dans le cinéma. Espoir. Panique. Mais en fin de compte, la sérénité reprenait le dessus et apaiser tous les maux. Mes mains se crispèrent sur ma poitrine. C'est là. C'est là depuis l'enfance. Ça ne fait que grossir. Jamais ça ne disparaitra ...

Plus de doute. Il n'y avait que de lui que j'étais capable d'accepter ces mots. Et si je les gardais pour moi, ils risquaient de me consumer.

-Tu ne vérifies pas si j'ai rougi ? murmurai-je.

Simon s'arracha à la contemplation des flammes et m'observa. Son expression était neutre et le sourire s'était lentement effacé sur ses lèvres : je l'avais vu mourir à mesure que les mots s'envolaient de sa bouche. A s'en demander s'il avait voulu m'embarrasser ... ou se libérer. L'idée affola mon cœur et je pris une discrète inspiration pour calmer mes nerfs. Les yeux de Simon me détaillèrent et il finit par évoquer l'évidence :

-Tu n'as pas rougi.

-C'est parce que je n'ai pas paniqué.

Je pris une tremblante inspiration. Soudainement, le sport, le duel, le saut dans le ruisseau : tout ça semblait avoir été vain. Sans que je ne le comprenne, les larmes me montèrent de nouveau aux yeux et j'assénai avant de perdre mes brides de courage :

-Simon ... Simon, je n'ai pas peur.

Oh mon Dieu, je l'ai dit.

La portée de mes mots me sembla immense, destructrice et j'eus envie de détourner les yeux, ne pas voir ce que j'avais provoqué. Les yeux de Simon s'étaient écarquillés et il s'était complétement figé, comme une statue de sel. Les vers semblaient presque présents entre nous, physiques, tangibles comme cet oiseau de papier qui continuait de voler au-dessus de nous, et rendait lourd le silence qui s'éternisait. Puis je me souvins de toutes mes réflexions concernant Simon : si ça m'effrayait, lui ça le terrifierait. Ce n'était pas moi la plus susceptible de paniquer dans cette histoire : c'était lui.

J'abaissai enfin mon plaid et m'avançai sur mon fauteuil. Il fallait que je le rassure ... Mais j'ignorais comment faire. J'ignorais complétement quoi attendre, ce qui suivait mes aveux étaient restés un immense trou noir dans ma tête. J'avais atteint les bords de ce trou noir et ça m'angoissait.

-Ecoute, je ne serais pas vraiment t'expliquer ... C'est juste ... Ne panique pas, d'accord ? Laisse-moi panique d'abord ... Je n'attends rien, je ne veux rien, je veux juste ... Je voulais juste que tu saches.

-Que je sache quoi exactement ?

C'était les premiers mots qu'ils prononçaient et ils me semblaient affreusement rauque, comme si sa propre gorge était obstruée. Il semblait complétement sonné, les yeux toujours agrandis et me contemplait d'un regard fixe. Tout cela fit monter le stress en moi et je me levai, dédaignant le plaid. Je me mis à faire les cent pas de la cheminée : m'activer, avoir l'air au bord de la crise de nerf : tout plutôt que laisser couler les larmes.

-Que ce n'est pas normal ! Que la relation qu'on a, que ce qu'on vit depuis des mois, ce n'est pas normal ! Regarde ce qui s'est passé ce soir : une dispute qui vient de nulle part, moi qui quitte le cinéma, nous qui finissons dans le ruisseau pour ensuite se faire un câlin alors qu'on était en train de mourir de froid ! Bon sang, ce soir c'est l'histoire de notre vie, ça prouve tout ! J'ai retourné ça dans tous les sens Simon ! Tu dis que ça fait des semaines que je suis distante ? C'est ça ! Ça fait des semaines que je m'interroge, que je me demande qui tu es pour moi, que je tente de trouver un sens à tout ce que je ressens, à ce qu'on est, sans en trouver aucun. Parce que ça n'en a pas ! ça n'en a pas, j'ai ... Bon sang, je t'ai cassé la cheville à neuf ans, à quel moment ça aurait pu avoir du sens ?

Simon avait refermé le poing devant sa bouche et cela rendait son expression difficilement lisible. J'étais incapable de traduire cet éclat qui luisant dans ses yeux, cette tension au niveau de son front, ce mutisme obstiné : je n'interprétai plus rien alors que j'avais toujours tout connu de lui. C'était déstabilisant. Et c'était précisément pour cela qu'il fallait que je poursuivre : retrouver le naturel. A tout prix. Je passai une main dans mes cheveux et évitai son regard.

-Puis je me suis rendue compte que ... l'amour n'avait pas à en avoir. Là-dedans, il n'y avait pas à avoir de rationalité : dans ce cadre-là, j'avais le droit de péter des câbles quand tu me cachais quelque chose ou de me sentir abandonnée dès que tu lâchais ma main. Qu'il n'y avait que dans ce cadre que ce qu'on vivait pourrait être qualifié de « normal ». Je te jure, j'ai littéralement retourné ça dans tous les sens ... Mais au final, j'en revenais toujours à toi. A ça. La même conclusion.

Je poussai un soupir dans l'espoir de dénouer ma gorge et d'éclaircir mes idées. En vain : c'était comme si toutes mes réflexions des derniers mois me paralysaient totalement le cerveau.

-Je ne veux pas d'Adrianne. Ni d'aucune autre. Simon, ce n'est pas elles qui ne me supporteraient pas, c'est moi. Je suis incapable de leur laisser de la place. Je ne peux pas ... Cette place, c'est aussi la mienne ...

J'aurais pu dire les choses plus simplement. Trois petits mots auraient suffi à lui faire comprendre. Mais je n'étais pas encore prête à les prononcer. C'était trop frontal, trop absolu. Comme ce que je vivais, mais je voulais éviter que cela devienne trop réel, trop sérieux. Je voulais juste poser les choses alors ce fut pour ça que j'achevai après un profond soupir :

-Je n'attends vraiment rien. Vraiment. Je ne sais même pas quoi en penser moi-même ... je voulais juste ... que tu saches. Parce que c'était en train de littéralement me bouffer le cerveau et que si ça ne sortait pas, ça sortirait un jour mais de façon plus violente et je ne voulais pas. Je voulais contrôler ce que je ressentais. (Je pris une profonde inspiration). Tu es la seule personne dont je peux accepter les vers sans paniquer, Simon Bones.

J'arrêtai enfin mes pas infernaux et pivotai vers lui. Mon cœur battait si fort dans ma cage thoracique que j'avais l'impression qu'il briserait mes côtes pour pouvoir en sortir. C'était affreux cette sensation de plus avoir son destin entre ses mains, de dépendre de quelqu'un, d'être à ce tournant de sa vie en ayant l'impression d'en être spectatrice. Simon n'avait pas bougé d'un iota et restait figé dans le canapé, le poing pressé contre sa bouche, le visage si peu expressif que j'en avais envie de hurler. Le silence s'éternisa, seulement coupé par le « tic-tac » de la grande aiguille qui avançait vers le temps. Pourtant, je serrai les lèvres. Je me refusais à être celle qui reprendrait la parole. J'en avais assez dit : c'était à son tour.

Ça finit par être insoutenable, même pour lui. Il écarta sa main de sa bouche et je pus enfin discerner les prémisses d'un sourire qui frémissaient sur le coin de ses lèvres fines.

-Je pensais justement que tu paniquais.

Je haussai les sourcils, interdite. Puis le naturel reprit le dessus et je ramassai le plaid que j'avais laissé tomber pour lui jeter à la figure. Puis les coussins du fauteuil à côté, puis ceux que j'avais déjà lancé dans la soirée : la pièce aurait pu y passer si je n'avais pas eu de respect pour la vieille demeure. Simon n'essayait même pas de parer : il acceptait cette forme passive de violence, les bras croisés devant son visage qui s'étaient enfin animé pour laisser échapper un éclat de rire qui me rendit encore plus furieuse. Je finis par m'avancer avec un coussin que je ramassai et le frappai avec avant de m'éloigner avec un cri de rage.

-Bon sang, pourquoi j'ai ouvert la bouche ? Tu es atroce, Bones !

-Je pensais que tu disais justement le contraire ...

-Je vais t'arracher les yeux !

-Ce n'est pas la plus belle chose chez moi, pourtant ?

-Argh !

Je me détournai, fulminante et prête à me jeter à sa gorge comme lorsque j'étais enfant et qu'il m'assénait pique sur pique pour me faire sortir de mes gongs. La fameuse allumette qui avait embrasé le brasier. L'idée provoqua un soupir et enfin je réussis à décrypter des brides de son attitude. Retrouver un terrain familier. Et ça, c'était bien plus familier que tout ce que j'avais pu déclamer depuis les vers. Je pivotai de moitié et observai du coin de l'œil Simon émerger de la tonne de coussin que j'avais déversé sur lui et se défaire du plaid qui s'était emmêlé dans ses jambes. Son hilarité s'était calmée mais un léger sourire persistait sur ses lèvres et ses yeux étincelaient. Son regard glissa ostensiblement vers moi et quand il remarqua que je le fixai, il se détourna et remit les coussins sur le canapé. Son sourire s'était agrandi. Légèrement. Significativement. Et soudainement, cela me frappa. Comme la vérité, comme frappée par foudre, comme le Saint-Esprit qui emplissait nôtre âme pour nous délivrer la divine lumière.

Il ne paniquait pas. Son visage était détendu, ses traits serein, son sourire plus amusé qu'autre chose. Même ses yeux ne trahissaient aucune tourmente. Ils pétillaient et ce n'était pas dû au reflet des flammes.

Oh mon Dieu.

Oh mon Dieu, oh mon Dieu.


-Tu ressens la même chose.

Le geste que Simon était en train d'amorcer s'interrompit et ses doigts se crispèrent sur le coussin qu'il tenait. Je n'avais pas pris de précaution oratoire, même pas pris la peine de donner à mon ton une forme interrogative : c'était d'une telle évidence que je ne comprenais pas pourquoi je ne l'avais pas vue avant. Je savais que Simon avait des sentiments forts à mes égards, égaux aux miens mais pas qu'ils les avaient identifiés. Et c'était clair : il savait précisément de quoi je parlais.

Lentement, je m'avançai vers lui. Il fuyait clairement mon regard et s'activait à rendre à son canapé son état impeccable d'avant que la tempête Victoria ne lui passe dessus. Ce ne fut que lorsque je m'assis à côté de lui qu'il daigna poser les yeux sur moi – sur la main qui s'était posée sur le coussin qu'il remettait. A quelques centimètres de la sienne.

-C'est pour ça que tu m'as parlé d'Eden, réalisai-je dans un souffle. Je ne savais même pas que tu avais retenu son nom ... Mais c'est pour ça, pas vrai ?

Simon resta coi, mais ses lèvres se tordirent. Je me penchai sur lui et un sourire absurde s'étala sur mes lèvres.

-Hé. Tu sais que je sais parfaitement décoder le Simon-Bones ? Et que des lèvres tordues, ça équivaut à un « oui » ?

Sa bouche se pinça, comme pour éviter qu'elles ne le trahissent davantage mais c'était trop tard. J'avais compris. Il fixait toujours ma main. C'était celle à laquelle je portais le bracelet « petit soleil » que Cédric m'avait offert. Celui avec lequel il ne pouvait pas s'empêcher de jouer chaque fois qu'il tenait ma main dans la sienne. Il finit par secouer la tête et par lâcher :

-T'es insupportable ...

-Je pensais que tu étais en train de me faire comprendre le contraire ?

La commissure des lèvres frémit sans que le sourire ne s'épanouisse. J'avançai lentement mes doigts sur le coussin et il suivit leur parcours des yeux sans un mot.

-Simon, tu ne prendrais pas la chose à la légère si tu voulais me renvoyer les vers à la figure. Avoue. Et bon sang, j'ai déjà l'impression d'avoir vécu cette situation.

Cette fois, ce fut un véritable éclat de rire qui franchit ses lèvres. Moi qui lui extorquais une information qu'il tentait par tous les moyens possibles de me cacher, c'était la réplique exacte de ce qui s'était passée sur le pont le jour où il m'avait révélé sa véritable identité. Il se mordilla sa lèvre inférieure, l'air indécis et je me tus, le laissai faire pour ne pas le brusquer. Et soudainement, sa main bougea, glissa sur le coussin pour effleurer mes doigts. Mon cœur parut exploser lorsqu'ils se nouèrent, naturellement, comme l'évidence. Sans attendre, son pouce effleura la breloque qui pendait sur le dos de ma main et un sourire entendu effleura mes lèvres. Nos doigts restaient en mouvement, s'effleuraient, glissaient sur nos peaux. Il passa le pouce sur mon ongle cassé sans s'y attarder, comme si ça n'avait pas d'importance. Et je savais que ça n'en avait pas. Comme ça n'avait aucune importance que j'étais en sweat délavé ou que mes boucles encadraient mon visage de façon complétement désordonné.

-Si tu savais ..., murmura-t-il sans quitter ma main du regard. Ne crois pas, moi aussi je me suis torturé l'esprit ... C'était atroce, je pensais ... j'allais exploser. Tu l'as dit, ça n'a pas de sens ...

-Ça n'a pas à en avoir ...

-Non, avoua-t-il. Non, ça n'a pas.

Il leva enfin la tête et me regarda dans les yeux pour la première fois depuis son long mutisme qui avait suivi ma déclaration. Mais cette fois, j'avais l'impression qu'il me regardait vraiment. Il détaillait mon visage, comme s'il le découvrait et j'avais la sensation de lui renvoyer le même regard. Mes yeux passaient d'un point à un autre, de ses prunelles vertes qui étincelaient, claires comme l'espoir, de son nez que j'avais cassé d'un coup de poing car il avait embrasé l'allumette, ses tâches de rousseurs rendue pâle par l'hiver que je pouvais presque compter pour enfin suivre la courbe de ses lèvres. L'espace d'un étourdissement, j'eus envie de franchir les quelques centimètres qui nous séparaient, d'assouvir ce désir qui montait en moi depuis quelques semaines. Mon visage s'inclina mais je me retins au dernier moment, au moment où mon nez effleurait le sien, où mes cheveux venaient chatouiller sa joue. Il ne s'écarta pas le moins du monde et resta statique face à ce vide insoutenable. Ses paupières s'étaient à moitié closes. J'eus alors conscience de la profondeur de sa respiration, de son souffle qui effleurait ma joue, lourde, laborieuse. Mes paupières se fermèrent et je chuchotai :

-Je te l'ai dit, je n'attends rien ...

-Je sais, assura Simon dans un murmure rauque. C'est pour ça que je t'aime.

Mon cœur n'eut pas le temps de manquer le battement : Simon avait glissé sa main derrière ma nuque et la caressai doucement, ses phalanges s'enfonçant dans la racine de mes cheveux. Les yeux toujours clos, je ne pus m'en tenir qu'à mes autres sens, sentir le souffle de Simon de plus en plus près, son nez qui frôlait le mien jusqu'à ce ses lèvres effleurent les miennes d'une caresse, d'un aveu, d'un tout. C'était léger, à peine plus d'un baiser et pourtant cela fit tout exploser en moi. J'exhalai un soupir libérateur et remontai une main fébrile pour caresser son visage et l'incliner vers moi. Mes lèvres rencontrèrent de nouveau les siennes, plus franchement, plus tangibles. Son souffle qui se rependait dans ma bouche devint ma seule réalité, ma seule raison de vivre, mon seul apport en oxygène. Simon ne me repoussait, bien au contraire : il me cherchait. Son autre main vint se poser sur ma jambe puis remonter jusqu'à mon dos et me pressai un peu plus. Ses lèvres goûtaient les miennes lentement, sans précipitation avec une maîtrise qui m'arracha un sourire absurde – qui aurait cru que Simon Bones savait embrasser comme ça ... ? Et je n'en revenais pas d'être celle qui jouissait de ce baiser, de sa chaleur, de sa confiance.

De son amour.

« C'est pour ça que je t'aime ».

Je sentis les lèvres de Simon sourire contre les miennes, un sourire extatique qui répondait au mien. Dieu que c'était difficile de s'embrasser quand on souriait ... Mais je ne voulais pas m'arrêter. Pas un seul instant. Jamais. C'était là depuis l'enfance et ça ne ferait jamais que grossir. Et maintenant que c'était accompli, ça effaçait tout : les peurs, les semaines de troubles, de questionnement ... les doutes.

Doute de tout mais jamais de mon amour.

***


Toujours avec moi? En vie?

Je ne vais pas mentir : je me fiche de s'il est bien ou pas, bien écrit, réaliste, niais, quoique ce soit. Quand je l'ai écris, j'arrivais à peine à taper tant j'étais excitée : je tournais en rond dans ma chambre pour me calmer en me répétant "Oh mon Dieu oh mon Dieu j'y arrive, c'est incroyable !". C'était un moment tellement magique que j'ai du mal à être objective et peu importe au fond !

Well, donc c'était ici le fameux chapitre, celui qui m'a fait tremblé ahah ! A dire vrai tout le chapitre d'avant j'étais dans le même état, je savais très bien que je n'avais jamais été aussi proche ! C'est juste que je ne sais pas compter et je l'avais évalué à août mais il est arrivé un peu plus tard ahah.

EVIDEMMENT QUE LE SIMORIA EST LE PLAN DEPUIS LE DEBUT ! (Désolée pour les autres ahah). Mais j'avais quatre parties, j'avais décidé d'en faire une sorte de "ennemis to lovers" (en beaucoup plus compliqué hein) donc il me fallait du temps, dès le début j'ai décidé que ça n'arriverait pas avant le milieu de la partie 3, que Vic aurait un copain en attendant (Miles, qui finalement est devenu un personnage à part entière. Et croyez-moi, c'est très difficile d'écrire sur un couple auquel vous n'adhérez pas. Quoique c'est pas tout à fait vrai. Bon j'arrête). ça vous a peut-être paru long, mais ils ont une relation complexe : je devais passer par toutes les étapes et notamment dans les réflexions de Victoria.

J'ai l'impression d'avoir mille choses à dire et pourtant je me retrouve à court. Bon, je vais aller écrire la suite maintenant que je suis lancée.

Déjà un immense merci à ma chère Anna' qui m'a aidé à brainstormer leur mise en couple. J'avais mille scénario différents (et le scénario de base est très différent) et elle m'a aidé à me fixer ! Et c'est pour ça qu'en son honneur, quand Victoria et Simon s'embrassent enfin, nous sommes dans l'histoire le 15 février 1997 soit la date de naissance exacte d'Anna !
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

OH MON DIEU, FINALLY, CA VALAIT LE COUP D'ATTENDRE !!

Tout était parfait ! le "Tu rougis pas/ C'est par ce que je panique pas" le 'C'est pour ça que je t'aime" de Simon,j'ai tellement fangirlé à ces deux moments là ! Argh ! Ils sont trop chous, je les adore !

Moi je dois speeder, j'ai pleinn trucs à faire mais juste ... C ETAIT INCROYABLE OH LA LA JE LES AIME TROP
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

C'est pas mal comme activité du dimanche soir, commenter
Je devrais garder cette routine haha

BREF, me voilà pour le chapitre 25, que j'ai déjà lu au moins 3 fois mais c'est pas grave
Je ne peux pas ne pas commenter LE CHAPITRE
Et face au moment où j'aurais dû me justifier, enfin dévoiler mes véritables sentiments, j'avais paniqué. Je m'étais enfuie.
En même temps, je sais pas si la salle de cinéma était le meilleur endroit pour faire ça haha
A la réflexion, c'était peut-être lui qui était stupide
C'est un garçon Vic, c'est normal :lol:
J'aurais pu simplement rentrer chez moi et m'en tenir au plan initial : regarder un film en me gavant de chocolat.
J'ai l'impression que cette facette de Vic, c'est juste Perri qui essaie de rappeler son existence derrière le personnage :lol:
J'arrivais à peine à distinguer la Grande Ourse, seule constellation que j'étais capable de discerner dans la myriade de point lumineux qui composait le ciel.
Saaaaaaaaaame
Mais de façon très honnête, j'aurais pu oublier ma baguette que je ne m'en serais pas rendue compte.
Welp, elle aurait juste tourné comme une débile sur elle-même sans pouvoir transplaner :lol:
Je levai le visage pour les refouler.
Mais est-ce que cette technique marche vraiment ?
Simon dressa un sourcil et une étrange chaleur se diffusa dans ma poitrine quand une étincelle de fierté embrassa ses prunelles vertes
MOOOOOOOOOOW
J'entrouvris les lèvres dans l'espoir que la fameuse phrase s'y glisse enfin. « Il faut qu'on parle ». Elle était courte, évidente, facile. Je la sentis se former dans mes cordes vocales, montée dans ma gorge comme une bulle chaude, presque brûlante au moment où elle jaillissait dans ma bouche. Mais tout resta bloquer au fond de ma gorge qui se noua douloureusement.
J'ai ADORE cette description parce que c'est vraiment un truc que je vis souvent et tu l'as tellement bien retranscrit, à chaque ois que je relis ce passage je trouve ça fou !
Je savais aussi qu'il attaquait fort et vite et une stratégie se mit en place dans ma tête
On sent telleemnt la joueuse pro ou presque qui sait déjà jauger son adversaire ! Bon d'autant plus qu'elle le connaît bien, celui-ci
il n'avait aucune souplesse et si ses réflexes magiques étaient excellents, ses réflexes moteurs laissaient à désirer.
J'avoue, là je l'imagine un peu tituber de droite à gauche, raide comme un manche à balai
Je n'étais pas qu'une sorcière.
Poueheheheh
Simon battit des bras avec un cri de surprise et bascula dans le ruisseau.
Le pauvre en vrai :lol:
je m'élançai vers le ruisseau et poussai un cri en y sautant
Elle a vraiment un souci :lol:
-Vicky ! Vicky, allez, nage, viens !
On croirait entendre Rose sur sa porte
Puis je l'entendis, ce petit soupir à peine exhaler et sa joue vint se poser contre mon crâne.
Déjà j'aime trop cette construction et AAAAAAAAAAW ILS SONT SI CHOUX
il souffla doucement :

-Vraiment, vraiment très stupides ...
Il est tellement cramé là
Il n'en avait pas fini avec moi.
NOUS NON PLUS YOUNG LADY
-Laisse-moi finir. Si ça avait été envisageable, est-ce qu'elle aurait pu composer avec moi ?
Bel angle d'attaque
Simon brisa tout : il explosa de rire,
MAIS SIMOOOOOOOOOOON
Pardon, ce n'est pas drôle, tu n'avais l'air vraiment pas bien, s'excusa-t-il
Ils ont tellement évolué en vrai, jamais il se serait excusé avant haha
Il marqua un arrête et sembla hésiter avant de finalement continuer :
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH
la sérénité reprenait le dessus et apaiser tous les maux.
:') :') :') :')
-Tu ne vérifies pas si j'ai rougi ? murmurai-je.
HEFHRGKETHGKQKZDMLKAJZGR
-Tu n'as pas rougi.

-C'est parce que je n'ai pas paniqué.
J'imainge tellement leur regard intense et le compréhension qui se fait peu à peu dans l'esprit de Simon AAAAAAAAAAH
Les yeux de Simon s'étaient écarquillés et il s'était complétement figé, comme une statue de sel.
IIIIIIIIIH
-Puis je me suis rendue compte que ... l'amour n'avait pas à en avoir
eh BIM le mot est lâché
Il écarta sa main de sa bouche et je pus enfin discerner les prémisses d'un sourire qui frémissaient sur le coin de ses lèvres fines.
Je me souviens bien qu'à ma première lecture je m'attendais pas du tout à cette réaction, et je me suis dit que c'était vraiment qu'un sale gosse :lol:
-Je vais t'arracher les yeux !

-Ce n'est pas la plus belle chose chez moi, pourtant ?

-Argh !
:lol: :lol: :lol: :lol:
Oh mon Dieu.

Oh mon Dieu, oh mon Dieu.

-Tu ressens la même chose.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH
. Et soudainement, sa main bougea, glissa sur le coussin pour effleurer mes doigts.
ENFIN
-Si tu savais ..., murmura-t-il sans quitter ma main du regard. Ne crois pas, moi aussi je me suis torturé l'esprit ... C'était atroce, je pensais ... j'allais exploser.
le "si tu savais", il m'a vraiment fait péter un câble
-Je sais, assura Simon dans un murmure rauque. C'est pour ça que je t'aime.
*insert le gif avec Kermit qui agite les bras dans tous les sens*
jusqu'à ce ses lèvres effleurent les miennes d'une caresse, d'un aveu, d'un tout.
Olala cette phrase j'adore le rythme à la fin et puis LE CONTENU DE LA PHRASE AUSSI EVIDEMMENT


BREF tu sais comme j'aime ce chapitre, c'est mon nouveau médicament quand j'ai besoin d'amour :lol:
T'es trop forte Perri, et ces personnages que tu as créés ils sont ouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuf et leur histoire, c'est vraiment du génie, keur <3
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

Difficile de résister à une chronique sport avec l'actualité.

PARCE QU'UN FRANCAIS EST CHAMPION DU MONDE mais oui mais oui ! Le génial Julian Alaphilippe fait la passe de deux ! Et pourtant il n'était pas favori dans les Flandres (alors j'adore les Belges ... mais je me rends compte que j'aime surtout les Wallons, parce que les Flandriens je vous retiens. Entre les hués et le jet de bière/liquide à Alaph' à l'arrivée, vous vous êtes officiellement revendiqué comme terre du seum) MAIS IL L'A FAIT, il est champion du monde de cyclisme pour la deuxième année consécutive ! Il faut dire que le maillot arc-en-ciel lui allait si bien ... Mention spéciale au sélectionneur (pour toujours dans mon coeur depuis 2011) Thomas Voeckler qui a fait jouer la partition parfaite à l'équipe de France !

ENSUITE vous savez que j'ai revendiqué haut et fort que je ne m'intéresserais jamais à la F1? Parfois, je devrais me taire. Bref, petite mention à la 100e (!) victoire en GP de Sir Lewis Hamilton, grand parmi les grands. Un peu mal au coeur pour notre ami Lando Noris qui a mené jusqu'à l'arrivée de la pluie ... Maudite pluie.

Et puis un deuxième succès consécutif pour le LOSC qui démarrait TRES MAL sa saison : ça fait plaisir, on prend et gloire éternelle à Jonathan David !


CHAPITRE MAINTENANT ! On va avoir le droit aux quatre vers. De base, ça devait deux chapitres. Puis trois, que j'allais nommer "le Triptyque du Simoria". Puis finalement le dernier chapitre a été coupé en deux et c'est devenu le "Quatuor du Simoria"! Tout a été écrit d'une traite.

Bon, ce coupage explique que ce chapitre soit une sorte de "transition". On va faire redescendre la tension tout doucement ... Bonne lecture <3 Et encore MERCI BEAUCOUP !

Et pour la citation : c'est une de mes chansons préférées de Florent Pagny, voilà ahah. En fait je pense qu'elle vous parlera plus qu'à eux !


***

Savoir attendre
Goûter à ce plein bonheur
Qu'on vous donne comme par erreur
Tant on ne l'attendait plus...

- Savoir Aimer
Florent Pagny
***


Chapitre 26 : ... Doute que la vérité soit menteuse infâme ...

Il fallait que je l'admette : c'était une sensation incroyable d'embrasser quelqu'un qu'on aimait.

J'avais pu être gênée lors de mes premiers baisers : par mon manque d'expérience, les nouvelles sensations, cette impression de vivre une expérience hors du corps où je devenais spectatrice de l'instant. Là toutes les petites choses qui pouvaient rendre un baiser désagréable étaient complétement éclipsées par la beauté du moment. Son sang battait à mes tempes et m'étourdissaient complétement, les lèvres de Simon sous les miennes semblaient être le plus beau des triomphes, sa main qui enserrait ma nuque et dont le pouce caressait les contours de ma mâchoire m'électrisait totalement. J'avais pu craindre que ce soit étrange : nous nous connaissions depuis l'enfance et c'était une posture dont nous n'avions pas l'habitude. La familiarité était allégrement bouleversée. Mais comme chaque fois avec un naturel qui me désarçonnait chaque et qui sonnait comme l'évidence.

C'était normal.

Emportée par la sensation grisante qui m'envahissait, ma main remonta dans son cou et effleura ses mèches soyeuses, souples sous mes doigts, indisciplinées et qui ne demandaient qu'à l'être plus. Mes poumons me brûlaient et réclamaient de l'air mais je ne voulais que Simon. Ma main s'aventura alors plus dans ses cheveux. Alors pour la première fois, je pressentis une raideur, une tension de côté de Simon et je me résolus à m'écarter d'un souffle et baissai ma main qui retourna sagement sur sa nuque. Il était encore si près que je ne savais pas où poser les yeux mais je sentais sa respiration laborieuse, erratique et tremblante.

Nous ne nous écartâmes pas l'un de l'autre et restâmes proches, presque front contre front à chercher désespérément notre souffle. Je n'osais prononcer le moindre mot. Parler, c'était briser l'instant, prendre le risque que la bulle éclate et que ce qui venait de se passer ne se dissolve dans la brume des souvenirs. Je gardais ma main accrochée à l'épaule de Simon, comme pour m'ancrer à la réalité, à du tangible. Et pourtant, maintenant que le baiser refroidissait sur mes lèvres, je peinais à réaliser la teneur du moment. Je peinais à comprendre ce que j'avais provoqué, à lire les sentiments qui faisait absurdement battre mon cœur. Du soulagement, soulagement parce que Simon n'avait pas paniqué et au contraire avait accepté les forces qui nous poussaient l'un contre l'autre. De l'exaltation face cette nouvelle sensation, cette nouvelle facette de notre relation qui s'ouvrait en un gouffre qui m'attirait inexorablement. De la joie. Oui, c'était la joie qui prédominait, mêlée à un soupçon d'appréhension car Simon continuait de se taire, sa main figée quelque part sur ma nuque, les yeux mi-clos.

-Ça va ... ?

-Hum ... Attends, mon cerveau a disjoncté.

J'essuyai un petit rire et repoussai une mèche de cheveux qui m'étais tombée devant les yeux. Cela me permit de prendre un peu plus de distance et d'avoir une vue d'ensemble sur Simon. Dès que je fus écartée, il coupa enfin le fil qui nous unissait et se laissa aller contre le canapé pour enserrer sa tête de ses mains avec un immense soupir. Sa poitrine s'élevait et s'abaissait à un rythme irrégulier et ses lèvres restèrent entrouvertes pour laisser échapper un souffle laborieux.

-Oh la la ...

-Je sais, soufflai-je, moi aussi bouleversée. C'est ... Mon Dieu ...

-Mon cerveau a disjoncté, mais je suis presque persuadé d'encore m'appeler Simon.

-Pff !

Avec un petit rire, je me laissai allée vers l'arrière et laissai mon corps s'enfoncer dans les coussins, haletante, le reste d'un sourire euphorique et incertain sur mes lèvres. Mes doigts passèrent sur mes lèvres avec l'espoir d'y trouver les traces du baiser dont la chaleur commençait à se dissiper. Les sensations incroyables et grisantes se dissipaient dans la brume et ne restaient que les mots et leur portée.

Tu es la seule personne dont je peux accepter ces vers, Simon.

C'est pour ça que je t'aime.

Il y avait un monde entre les deux phrases. Un monde fait de palabre et d'illusion.

-Simon ... ça fait combien de temps ?

-Ah.

L'interjection lui avait complétement échappée, je le sentais. Sans doute n'avait-il pas complétement repris ses esprits. Il se redressa sur un coude et de nouveau son regard me fuit : il préféra fixer ma main et se remettre à jouer avec la breloque de mon bracelet. Je le laissai faire, étrangement rassurée. C'étaient des gestes qui m'avaient manquée.

-Je ... je ne suis pas sûr que tu veuilles savoir.

-Oh mon Dieu, soufflai-je, incrédule. Si longtemps ?

La torsion sur les lèvres de Simon me donna ma réponse et je le contemplai, médusée et même un brin horrifié. Roger, Miles : tous les deux m'avaient dit qu'ils avaient trouvé les sentiments de Simon plus évidents que les miens. J'avais refusé de les croire. Oui les sentiments étaient là, je n'en n'avais jamais douté. Mais en revanche, j'étais persuadée qu'il n'avait pas pris conscience de leur portée, qu'il n'avait jamais mis de mot là-dessus. Que l'idée même le paniquerait, le ferait fuir. Mais ils avaient eu raison. La mention de Miles provoqua un creux glacé dans mon ventre et je me couvris la bouche d'une main.

-Oh non, ne me dis pas que j'étais avec Miles quand ... Oh mon Dieu, gémis-je quand Simon acquiesça, toujours sans me regarder. Oh mon Dieu, oh mon Dieu ...

-Ce n'est pas grave, t'inquiète, assura-t-il avec un petit sourire. C'était presque bénéfique. Ça a servi de déclencheur, si on veut ...

-De déclen ...

Je m'interrompis et un souvenir me revint en un flash, une image tombée dans l'oubli depuis longtemps et qui pourtant avait été un véritable mystère à l'époque. Un œil vert, coincé au bout d'un couloir pendant que j'embrassais Miles ... Imelda dans son tableau qui me confirmait qu'un garçon s'était tenu là ... Sans pouvoir m'en empêcher, je retirai la main de ma prise de Simon, soudainement glacée.

-Tu étais dans le couloir de sortilège. Quand je me suis mise avec Miles.

-Oh Merlin, soupira Simon en s'enfonçant un peu plus dans le canapé.

Ses joues s'embrasèrent, mais cela ne m'attendrit pas. J'avais l'impression que les pièces d'un puzzle que je n'avais jamais deviné se mettait lentement en place.

-Tu étais là ! Bon sang, je le savais que c'était toi, je le savais que je n'avais pas rêvé ! J'ai juste oublié parce que ... Mais qu'est-ce que tu fichais là-bas ? Tu ...

-Non, me coupa-t-il en me pointant du doigt. Non, je ne t'espionnais pas si c'était ta question. S'il te plait, Vicky, accorde-moi un peu de crédit !

Il prit un coussin qu'il plaça sur ventre pour le serrer. Je l'avais assez vu dormir pour avoir compris que c'était une posture qui le rassurait et qu'il y ait recours prouvait bien son insécurité croissante.

-C'était un hasard complet ...

-Et ... c'est à partir de là que ... ?

L'idée me faisait suffoquer. Elle avait même du mal à se frayer un chemin dans mon cerveau encore à moitié paralysé. Si je comprenais bien ... Il y avait plus d'un an que Simon se posait des questions sur nous. Et que pendant qu'il s'interrogeait, il m'avait vu filer ma relation avec Miles ... Mes mains se plaquèrent contre ma bouche, épouvantée et mon geste finit par réveiller Simon. Il me prit les poignets pour les écarter de mon visage, briser ce geste d'horreur qui semblait l'angoisser plus qu'autre chose.

-Vicky ... (Simon écarta une mèche qui lui barrait le front avant de planter son regard dans le mien). Vicky, si je devais t'expliquer toutes les réflexions, les nuits blanches, les incompréhensions et les étapes qui m'ont amené à comprendre que je tenais un peu trop à toi, crois-moi on en aurait pour la nuit. Et peut-être même une partie de la matinée. Je ne dis pas que je ne te raconterais pas, précisa-t-il quand j'ouvris la bouche. Juste ... pas ce soir. S'il te plait. Ce soir ...

Ses yeux se baissèrent ostensiblement sur mes lèvres, les lèvres qu'il embrassait il y avait quelques minutes de cela. Il semblait perdu et cela fit fondre mes résistances.

-C'est juste ... j'ai beau ... j'ai beau avoir compris depuis une éternité que oui, ce n'était pas normal, que oui il se pouvait que tu sois pour moi plus que la fille insupportable qui m'enterreras un jour d'un « on se reverra en Enfer, Minus » ... Bon sang ... Moi non plus, je ne sais toujours pas quoi attendre. Je ne sais pas quoi faire ... de ça.

Ah, nous y voilà ... Le trou-noir, l'après sur lequel visiblement ni lui ni moi n'avions de projection, d'expectations. La voilà la panique que j'avais crainte chez Simon et qui n'avait pas daigné l'envahir alors que je lui avouais mes sentiments ou l'embrassais. Pour autant, un petit sourire retroussa ses lèvres et il leva une main pour repousser une mèche de mon front et la coincer derrière mon oreille. Mon souffle s'obstrua dans ma gorge quand elle s'attarda sur ma tempe, hésita quelques secondes puis que ses doigts caressèrent ma joue. J'avais déjà vu cette tendresse dans les yeux de Simon, plusieurs fois alors qu'il me fixait. Jamais je n'avais réellement compris sa signification. J'avais l'impression d'enfin percevoir la couleur de ses yeux dans leur globalité, avec cette teinte tendre, scintillante, calme qui fit manquer un battement à mon cœur.

-Ne te méprends pas, je ne dis pas que je regrette qu'on se soit embrassé. Au contraire même ... C'est juste que ... Je ne m'y attendais vraiment pas, Vic'.

-Quand j'ai commencé à être distante, tu ne t'es pas dit que c'était à cause de ça ?

-Ça ne m'a même pas effleuré l'esprit.

Je secouai la tête avec un petit rire et finis par emprisonner sa main dans la mienne pour l'appuyer contre ma joue. Simon ne se déroba pas : au contraire, un petit sourire, timide, incrédule, ourla lentement ses lèvres. Nous restâmes quelques instants dans cette position, à nous contempler comme si la réponse à nos questions se trouvaient sur le visage de l'autre. Cette fois c'était un silence songeur, agréable et serein. Bien sûr je voyais la réflexion dans le léger froncement de sourcils de Simon, mais surtout je sentais son index qui traçait des cercles quelque part en dessous de mon oreille et cela m'arrachait chaque fois des frissons sur l'échine. J'étais en train de songer que ses lèvres étaient à ma portée et que je préférais revivre cette expérience plutôt que de trouver une véritable solution quand Simon se pinça le nez de son autre main, visiblement déboussolé.

-Wha.

-Toi tu ne t'en remets pas, m'amusai-je.

-Non, du tout, avoua-t-il sans rougir. C'est ... Wha. On a ouvert une sacrée boite de Pandore.

-Belle expression.

-Merci. Je t'ai déjà dit que j'étais un génie ?

Je levai les yeux au ciel et décidai pour une fois de passer sur son manque criant d'humilité concernant ses capacités intellectuelles. Il n'avait lancé cette pique que pour se retrouver en terrain familier, retrouver des automatismes.

-Est-ce que le génie que tu es nous a trouvé une solution ?

-Disons les prémisses d'un plan.

Je ne m'attendais pas à cela et lui jetai un regard interloqué. Simon continua ses caresses mais son visage était plus sérieux, son regard moins voilé. Il commençait lentement à émerger.

-On ne décide rien ce soir. C'est trop frai, très inattendu pour moi et je suppose encore très confus pour toi. Je pense qu'il faut qu'on se laisse au moins la nuit de réflexion.

Je hochai la tête, convaincue par l'idée de base. C'était l'évidence même que nous n'avions pas la lucidité nécessaire pour prendre des décisions sur les paradigmes qui définiraient à l'avenir notre relation. Est-ce que Simon était en train de devenir ... mon petit-ami ? L'idée faillit m'arracher une grimace que je réussis à contenir. Non, ce mot n'allait pas. Trop restrictif. Trop ciblé. Trop présumant d'une certaine relation et de certaines normes qui ne nous correspondaient pas.

-Donc on réfléchit cette nuit et peut-être même un peu plus et on se retrouve soit demain, soit dans la semaine. Et on met tout à plat. Promis juré, je te raconterais tout. Sans que tu me aies à me l'arracher, sans résister.

-Toi, tu sais me parler.

La remarque provoqua un sourire presque timoré sur les lèvres de Simon et il passa une main dans ses cheveux.

-Oui, bon. Ça te va ?

-Oui, d'accord. Mais je rajoute deux-trois choses. Premièrement : ce n'est pas dans la semaine, c'est demain. Ça fait des semaines que mon cerveau est en ébullition, Simon, je ne suis pas sûre d'avoir la patience ...

-Oui, il faudra que tu me racontes aussi, du coup, enchérit-t-il avec un petit sourire. Un rapport avec les Détraqueurs ?

Je le fis taire d'une pichenette entre les yeux et poursuivis :

-Ensuite : un endroit neutre. Pas chez toi, pas chez moi. Disons, le parc de jeu. C'est bien ça, on connait tous les deux.

-Très bien. C'est là que tu m'as cassé le nez. Très symbolique. Une troisième volonté ?

-Euh ... Je ne crois pas ... Oh ! (Je plaquai une main désespérée contre mon visage). On est le 15 demain ?

-Bien, techniquement, c'est déjà le 15.

Mes lèvres grimacèrent seule et je me pris la tête dans une main, agacée contre moi-même. Décidemment, Simon n'était pas le seul à avoir le cerveau qui avait disjoncté.

-Octavia devait venir ...

-Ah non, refusa immédiatement Simon avec un mouvement de recul. Non, non, non. Je crois que c'est la dernière personne que j'ai envie de voir après ... ça.

Je ne sus que penser de ce « ça » pour désigner le fait que nous venions de nous embrasser – de nous avouer notre amour, de manière à la fois voilée et abrupte. Mais visiblement, Simon ne savait définir ce que cela signifiait. Comment le verbaliser. A sa décharge, j'étais exactement dans le même flou. Mes doigts se crispèrent sur la main de Simon. Seigneur ... J'avais franchi une montagne et j'avais l'impression de tomber à présent dans un gouffre. Fort heureusement, Simon chutait avec moi. Comme à chaque fois.

-Ne t'inquiète pas, je vais décaler, assurai-je, déterminée. Demain, c'est toi et moi.

Toi et moi. Les mots rependaient un nectar sur ma langue et je ne pus m'empêcher de sourire à l'idée qu'ils véhiculaient. Malgré l'appréhension qui m'habitaient et le gouffre qui s'ouvraient entre nous, j'étais heureuse de m'y jeter. Parce que je n'étais pas seule. Je ne l'avais jamais été. Je détaillai le visage de Simon, à la recherche de mouvement, d'un sourire, d'une étincelle qui trahirait qu'il ressentait la même chose que moi, mélange d'impatience et d'angoisse. Un petit sourire s'était dessiné sur ses lèvres, incertain et tremblant. Ses doigts s'étaient figés sur ma joue en un geste presque compulsif et loin de traduire de la panique ils semblaient plutôt vouloir s'ancrer dans l'instant. Être certains que je ne lui échappe pas.

Le sourire de Simon se teinta soudainement d'amusement. Je fronçai les sourcils et il secoua la tête d'un air désabusé.

-Rien. C'est juste ... Les vers. Mille gargouille ... Tu m'as bien piégé avec tes vers ... Bien joué, minus.

J'eus un rire incrédule avant de le gratifier d'un sourire fier qui le fit lever les yeux au ciel. L'effet était gâché mais visiblement il ne pouvait pas s'empêcher de faire illusion. Je faillis lui demander pourquoi il avait fallu qu'il se sente piégé pour enfin se libérer, mais je retins les mots au dernier moment. Ça attendrait demain. Que les esprits s'apaisent, que le baiser s'estompe ... Qu'on réalise enfin. Je savais que je ne tiendrais pas longtemps avant de faire éclater les interrogations qui commençaient à bousculer dans ma tête alors je me fis violence et me penchai sur la joue de Simon pour y déposer un baiser. A la commissure de sa lèvre, comme j'en avais rêvé sous le perron, sans la culpabilité et les doutes qui allaient avec. Un geste naturel.

-Minus toi-même, soufflai-je en m'éloignant. Dors bien.

-Toi aussi, murmura-t-il. Mais honnêtement, je ne suis pas sûr de dormir de la nuit ...

-Ne m'oblige pas à rester pour m'en assurer.

Les joues de Simon rosirent légèrement et je m'en voulus d'avoir laissé échapper cette pique qui après le baiser revêtait une toute autre signification. Désireuse de dissiper le mal entendu, je me forçai à m'arracher du canapé avec un dernier sourire que j'espérais rassurant. Je m'éloignai de quelques pas, incapable de lâcher la main de Simon. Ses doigts restèrent noués aux miens jusqu'à ce nos bras soient tendus de part et d'autres du canapés, jusqu'à ce que ce soit impossible, jusqu'à ce qu'ils se défilent. Je lui adressai un dernier signe et Simon me répondit d'un sourire. Déjà ses jambes s'étaient repliées contre sa poitrine.

-A demain, me lança-t-il quand j'atteignis l'entrée.

Je hochai la tête et il disparut enfin de mon champ de vision quand je tournai dans le vestibule. Je restai une seconde la main sur la porte, indécise, le cœur battant à tout rompre dans ma cage thoracique et les mots tourbillonnant dans mon esprit à n'en plus avoir de sens. Finalement, e retournai rapidement sur mes pas. Simon semblait s'être rallongé sur le canapé mais sa tête émergea vite lorsqu'il m'entendit revenir, déboussolée plongée dans l'ombre qu'apportait la lumière des flammes dans son dos. Il me jeta un regard intrigué mais je ne savais même pas pourquoi j'étais revenue. J'avais crains tout perdre en passant la porte, en quittant la scène et les seuls mots que mon esprit fut capable de former s'envolèrent de ma bouche :

-C'est réel ... pas vrai ?

Les sourcils de Simon s'envolèrent sous ses mèches folles et ses lèvres esquissèrent un sourire amusé.

-Pourquoi ? Tu as besoin que je te pince ?

-Sérieusement, Simon. Quand tu as dit « c'est pour ça que t'aime » ... Tu le pensais ? Vraiment ?

Un instant, Simon sembla se demander de quoi je parlais car il me fixa d'un air absolument déboussolé qui en était presque attendrissant. Puis la lumière se fit dans son esprit et il laissa échapper un « Ahh ... » entre incrédulité et gêne. Seigneur, son cerveau avait vraiment disjoncté ... Il se reprit vite pour railler d'un ton ironique qui lui ressemblait déjà plus :

-Non, je l'ai dit pour plaisanter. Juste pour voir comment tu allais réagir.

Je dardai sur lui un regard exaspéré et il secoua longuement la tête en me contemplant avec une certaine condescendance qui me rappela soudainement pourquoi j'avais pu avoir des envies de meurtre contre lui.

-Sérieusement, Vicky, je suis le genre de personne qui laissent échapper ça pour plaisanter, insista-t-il avec plus de sérieux. Qui parle de façon hyper ouverte de mes sentiments, qui embrassent sur un coup de tête et qui prennent le risque de te faire du mal à toi ...

-Ça va, abandonnai-je avec un soupir. J'ai compris. Je voulais juste ... être sûre ...

Les doigts de Simon pianotèrent sur la tranche du sofa et le sourire qu'il esquissa ensuite fut beaucoup plus doux, presque timide.

-Victoria ... Je pense que tu peux prendre le dernier vers pour acquis. Réellement. Maintenant va dormir sinon on ne va jamais s'en sortir ...

-Le dernier ...

Le reste des mots se bloquèrent dans ma gorge. La strophe défila dans mon esprit jusqu'à que la voix voilée par les souvenirs de Simon me parvienne « ... mais ne doute jamais de mon amour ».

Jamais.

Le sang me monta brusquement à la tête et irrigua de façon trop intense mon cerveau et mon visage jusqu'à la pointe de mes oreilles. Simon semblait presque se délecter de ce spectacle et je compris son but malgré sa sincérité : se dévoiler, oui mais pas sans m'entrainer dans sa chute. Comme à chaque fois.

-Je prends, murmurai-je, incapable de parler plus haut. Bon ... A demain.

Avec un dernier signe de la main, je me détournai définitivement de lui et me précipitai dans le vestibule. Sans attendre, j'ouvris la porte et la refermai derrière moi pour m'y adosser, le souffle court, avec l'impression que le feu qui crépitait dans ma tête et dans mon ventre s'estompait enfin pour ne laisser qu'un silence grisant. La main encore chaude de celle de Simon effleura mes lèvres sur lesquelles grandissaient un immense sourire, extatique, incrédule. Sans réfléchir, je me décollai de la porte et m'élançai sur le perron pour franchir les marches d'un bond, les deux poings lancés vers le ciel avec au bord des lèvres un cri que je n'osais pousser à la face du monde.

Je ne savais pas ce que je venais de vivre, exactement. Quel cataclysme je venais de déclencher. Le ciel venait de me tomber sur ma tête, l'univers de perdre sa polarité et plus jamais le soleil ne se lèverait à l'est. Mais je me sentais plus vivante que jamais.

***


-Victoria ! Victoria, viens déjeuner, papa va le débarrasser ! Victoria !

Je poussai un grognement en ouvrant péniblement un œil. Mes volets laissaient filtrer des traits de lumières verticaux qui découpaient ma chambre et la plongeait dans un clair-obscur hors du temps. Je percevais la clarté du soleil, bas et éclatant entre les interstices. La brûlure de mes yeux signifiait que je n'avais pas assez dormi et j'eus tout le mal du monde de les ouvrir ne serait-ce qu'à moitié. Je me redressai difficilement sur un coude et jetai un coup d'œil sur mon vieux réveil mickey qui datait du temps où j'ignorais que j'étais une sorcière : la main gauche de la souris pointait à peine le dix. Je maudis mes parents anglicans qui prônaient le travail et la labeur et interdisaient la moindre grasse-mâtinée à leurs enfants.

-Victoria ! Bon sang, il est presque dix heures ! Allez, lève-toi ! ça t'apprendra à revenir à une heure du matin de chez les Bones !

Ses pas furieux s'éloignèrent, laissant flotter tels des spectres les derniers mots qu'elle m'avaient jetés. Je restai allongée sur le dos, épuisée, une main sur mon réveil d'enfant et l'autre sur mon ventre. Puis, minute par minute, lettre par lettre, les mots de ma mère finirent par pénétrer mon esprit et je me redressai brusquement, les yeux grands ouverts, les mains plaquées sur chacune de mes tempes. La torpeur et le sommeil s'évaporèrent d'un seul coup qui fut bien plus efficace que tous ceux qu'aurait pu porter ma mère sur ma pauvre porte.

-J'ai embrassé Simon, me souvins-je, incrédule. Oh mon Dieu, j'ai embrassé Simon Bones ...

L'espace d'un instant, je me demandais comment mon cerveau avait pu effacer une pareille information. Mes mains glissèrent jusque mes lèvres rendues gercés et sèche par le froid et la nuit mais ce fut en les parcourant que je pus rappeler à ma mémoire toutes les sensations de la nuit. Mon sourire fleurit seul et mes jambes battirent frénétiquement mon matelas dans un geste compulsif. Seigneur, je peinais à croire ce qui m'arrivait. Sans attendre, je me jetai de mon lit pour me précipiter vers la masse de parchemin qui couvrait mon bureau. J'en avais tant avec mes recherches que j'eus toute la peine du monde à en trouver un vierge et dû arracher la partie vide de mes notes sur l'épisode des sorcières de Salem. Je pris un stylo et griffonnai rapidement :

Salut ! On se voit ce matin ?


Je n'avais pas la lucidité d'en écrire davantage, ni même de signer : je m'élançai, encore en pyjama, dans le couloir, bousculai presque ma mère qui sortait de la salle de bain et dévalai mes marches quatre à quatre de mes pieds nus. Mon père était en effet en train de ranger la table du petit-déjeuner mais je lui adressai à peine un bonjour pour aller droit sur mon hibou. La cuisine était la pièce la plus reculée de la maison et contre toute attente, mes parents avaient adopté Archimède et ses grands yeux orange au point de lui faire une place près du buffet qui accueillait notre vaisselle avec un piédestal digne de l'oiseau du dessin animé.

Archimède tendit immédiatement la patte quand je lui montrai le message que j'avais enroulé sur le chemin et j'entendis mon père commenter pendant que je l'attachai :

-Je pensais que tu ne te lèverais plus ...

-Maman a menacé de priver de déjeuner, marmonnai-je avant présenter mon bras au hibou qui y monta sans crainte. Tu peux ouvrir la fenêtre ?

Mon père s'exécuta et je m'approchai pour laisser s'envoler Archimède et ses belles plumes couleur chocolat qui étincelaient au soleil. Je l'observai prendre de la hauteur puis me tordis le cou pour être certaine qu'il prenait bien la direction de la maison des Bones. Mon père éclata de rire en me voyant à moitié montée sur le montant.

-Tu y tiens à ton hibou !

-On va dire ça, bredouillai-je en descendant, les joues rouges de confusion. Ça a été votre Saint-Valentin ?

-Très bien, oui. On a simplement été à la Petite Frégate dans la ville d'à côté, c'est un restaurant avec pas mal de spécialité de poisson ... Ta mère a toujours eu un faible pour les huîtres même si elle est incapable de les digérer ...

Je l'écoutais à peine, le regard rivé vers la fenêtre comme si Archimède allait y apparaître alors que je venais seulement de le lâcher dans le ciel. Les images de la veille me revenaient par flash et je m'efforçais de réprimer le sourire qui forçaient mes lèvres. J'étais rentrée complétement euphorique, plutôt prête à mettre la musique à fond dans la maison qu'à aller me coucher. Malheureusement, la voiture dans l'allée avait coupé mes envies de danse dans l'œuf : mes parents étaient rentrés et même couchés. J'avais alors plutôt envoyé un hibou à Octavia pour la prévenir que je n'étais pas disponible aujourd'hui – à plus d'une heure du matin, elle avait dû me haïr quand Archimède avait toqué à sa fenêtre – et je découvris sa réponse près du buffet qui confirmait mon intuition : sèche, des lettres brouillonnes qui trahissaient un endormissement, la jeune fille n'avait pas apprécié.

J'espère sincèrement, mais alors sincèrement, que tu es en train de vomir tes trippes, Bennett. On se voit samedi, sans faute. O.


Satisfaite, je pus m'atteler à mon déjeuner, sans cesser de surveiller ma fenêtre sous l'œil amusé de mon père. Il commentait aussi mes cernes mais j'éludais d'un mouvement d'épaule : je ne pouvais pas décemment lui avouer que pour faire baisser mon excitation j'avais été forcée de regarder des dessins animés jusqu'à trois ou quatre heures du matin, ce qui expliquait ma fatigue. J'étais en train de faire la vaisselle et Archimède n'était toujours pas revenu après près d'une demi-heure. Il n'y avait pas autant pour qu'il aille chez les Bones, que Simon griffonne sa réponse et revienne, non ? L'attente commençait à m'inquiéter alors que j'essuyais mon bol tout en observant la fenêtre vide de tout volatile. Mon cœur bondit quand j'entendis un battement d'aile mais ce n'était qu'une tourterelle.

-Tu l'as envoyé à la reine ton hibou ou quoi ? s'étonna mon père alors que je me détournais une fois de plus de la fenêtre, déçue.

Je me contentai de répondre d'un petit rire et rangeai mon bol et le reste de ma vaisselle. Je sentais mon père m'observer par-dessus les mots croisés. Ma mère entra dans la cuisine en furie, en tailleur et pieds nus, les boucles encore trempées de sa douche : à moitié femme fatale, à moitié mère débordée.

-Edward, tu as vu mes escarpins ? Bon sang je déjeune avec mon patron ce midi ...

-Le lendemain de la Saint-Valentin, comme c'est romantique, commenta mon père sans la moindre aigreur.

-Je les ai vu dans le couloir je crois, me souvins-je vaguement.

J'étais en train de ranger mes couverts et mon geste se figea soudainement, paralysé par une idée dérangeante. Ma mère ne laissait jamais trainer ses affaires, que faisaient ses escarpins devant ... ? Un frisson désagréable me parcourut et comme tous les enfants je chassai cette idée de mon esprit. Difficile car quand je me tournais vers mon père, il prenait une gorgée de son thé et la fumée embua ses lunettes, cachant la malice qui avait commencé à briller dans son regard. Ma mère en retour s'était mise à rougir et s'en fut dans le couloir. J'entendis ses pas précipités dans l'escaliers. Je secouai la tête face au silence amusé de mon père. Parfois, je me demandais comment ils avaient fait pour n'avoir que deux enfants. Plusieurs fois, malgré leur discrétion, j'avais saisie quelques scènes d'intimité et j'étais certaine que ma mère ne prenait pas de contraceptif.

-Tu as fait quoi toi hier ? s'enquit tranquillement mon père, mettant fin à ma litanie gênante.

Je fus heureuse d'être face à l'évier. Les images de la veille me traversèrent par flash : mes larmes au cinéma, la tête de Simon crevant la surface du ruisseau, sa main s'abaissant pour découvrir le petit sourire qui ourlait ses lèvres après mes aveux, son nez frôlant le mien alors que je me penchais vers lui ... Mes joues s'échauffèrent et j'y posais une main timorée. Puis elle descendit sur mes lèvres pour y frôler les fantômes du baiser et de nouveau un sourire absurde s'y dessina. Définitivement, heureusement que je tournais le dos à mon père ...

-Pas grand-chose, on est allé au cinéma avec Simon. Ça faisait super longtemps ...

-Petite, tu déboitais les chaises pour pouvoir te grandir, expliqua mon père et j'entendis un froissement de papier qui signalait qu'il tournait une page. Je n'ai jamais compris ... avant, bien sûr, de savoir que tu étais une sorcière. Tu faisais vraiment de la magie bébé ?

-Je ne sais pas. A part quand j'arrivais à faire léviter les bonbons chez Mrs. Fisher et quand j'ai teint les cheveux de Simon à neuf ans, je ne vois rien d'anormal ...

-George disait tu avais été précoce, fit savoir mon père d'un ton prudent. Plus que la moyenne, qu'il t'avait vu faire de la magie à trois ans et que ce n'était pas la première fois ... Apparemment, c'est la mère de Simon qui a compris que tu étais une sorcière.

Cette fois, je fis littéralement volte-face et ouvris sur mon père des yeux choqués. Je savais que mes parents étaient au courant de la véritable ascendance de Simon mais ils l'évoquaient rarement : ils considéraient que ce n'était pas leur rôle. Et plus que cela, ce fut les révélations de mon père qui me troublèrent.

-C'est Cassiopée qui a découvert que j'étais une sorcière ?

Les talons de ma mère claquèrent contre les marches de l'escalier et elle émergea quelques secondes plus tard, grandie de quelques centimètres mais les cheveux toujours sans dessus dessous. Mon père en profita pour la prendre à parti :

-En tout cas, George le tenait d'elle. C'est ce qu'il nous a dit Marian ?

-Quoi ? lança ma mère, déboussolée. Oh Cassie, oui ... J'aurais préféré que ce soit elle qui me le dise, j'ai toujours eu un meilleur rapport avec elle qu'avec Rose. Sa sœur lui ressemble un peu, je l'avais beaucoup aimé à Noël ... Evidemment, moins hargneuse et plus ... respectable mais on sent qu'elles ont les mêmes gènes ... (Elle hésita, une main tripotant la boucle d'oreille qu'elle venait d'enfiler). Ça va mieux Simon ? Par rapport à ses parents ...

Mon père eut un vague sourire et prit avec douceur la main de sa femme.

-Toi aussi ça t'a soulagé qu'il assume comme ça à Noël ?

-Chaque fois que je voyais avec George et Rose, ça me fendait le cœur, avoua ma mère en baissant la main. Je veux dire ... S'il nous était arrivé quelque chose, j'aurais détesté que mes enfants appellent Beata « maman ».

-On aurait confié nos enfants à mes parents, ma chérie, pas à ta sœur.

-Tes parents ? Jamais ! Plutôt cracher dans le bénitier que de laisser ma fille à ta mère !

Je les contemplai tous les deux, complétement estomaquée par cette discussion fluide et entendue – et je compris que ce n'était pas la première fois qu'ils avaient déjà eue cette conversation, qu'ils l'avaient souvent et qu'enfin elle débouchait sur une issue qui leur plaisait.

-Attendez, vous vous inquiétiez pour lui ?

-Evidemment qu'on s'inquiétait, assura mon père avec toujours cette même sérénité. Victoria, on était là il y a quinze ans. J'ai croisé Simon et George, juste après l'enterrement ... Tu ne t'en souviens pas, mais tu étais là aussi – et même toi tu étais inquiète alors que vous vous crêpiez déjà le chignon. Crois-moi, un gamin orphelin comme ça, ça te brise le cœur ...

-Plusieurs fois ton père a proposé à Rose de le prendre avec lui pour l'aider, avec des moyens plus doux, m'expliqua ma mère, un pli entre les sourcils. Une personne neutre, habituée à guider les âmes et qui en plus connaissait l'histoire ...

-Ils ont refusé ?

-Ils préféraient ne pas le brusquer, confirma mon père. Ce n'était pas mon intention, bien sûr mais ... j'estimais que c'était mieux que cette sorte de fausse-histoire dans laquelle ils étaient en train de l'enfermer.

Je m'efforçai de masquer ma surprise face à la virulence inhabituelle de mon père. Je devais très mal m'y prendre car ma mère la lut en un coup d'œil et laissa échapper un petit rire.

-Pourquoi crois-tu qu'on le défendait contre toi ? Que ton père lui ait donné la guitare ? On s'est toujours inquiété pour lui, Victoria. Je suis vraiment contente que ça aille mieux pour lui, il mérite d'être heureux ... A ce soir, vous deux !

Elle embrassa mon père sur la joue et disparut dans le salon. La porte claquée indiqua son départ et mon père suivit en finissant triomphalement ses mots croisés. Il quitta la pièce et me laissa seul avec le sourire attendri que m'inspirait leur tendresse manifeste pour Simon Bones, son histoire, son parcours et ce qu'il était devenu. Cela diffusa une chaleur bienfaisante dans ma poitrine et ma main tordit distraitement ma chaine. J'avais craint de présenter Miles à mes parents, avec pour seul critère la magie qui courrait dans ses veines. Mais s'il y avait bien un sorcier qui n'indisposait pas mes parents, c'était bien celui qui vivait au bout du village.

Et qui mettait un temps fou à répondre à ma lettre qui se réduisait pourtant à une ligne.

Maintenant que mes parents n'occupaient plus mon esprit, je me remis à fixer frénétiquement la fenêtre et à guetter le retour d'Archimède. Incapable de quitter la place sans nouvelle et tiraillée par la boule d'appréhension qui grossissait dans mon ventre, je me résolus à nettoyer l'évier, plus la graisse sur la hotte et enfin les résidus noircis sur les plaques de cuissons quand

soudain je l'entendis, ce petit bruit sourd contre la vitre qui aurait fait hurler ma mère d'horreur quelques mois plus tôt.

-Pas trop tôt, maugréai-je en ouvrant la fenêtre.

Archimède alla docilement se placer sur sa branche et tendit la pate au bout duquel pendait un morceau de parchemin. Je lui arrachai presque et le hibou poussa un cri de protestation qui me rendit penaude : il n'avait pas à être victime de mon impatience.

-Pardon mon grand. Tiens.

Je lui donnai un miam-hibou qu'il emprisonna dans son bec avant de s'envoler vers la branche plus haute de son piédestal. Sans attendre, je déroulai le message, le cœur au bord des lèvres. Simon n'avait même pas pris la peine de prendre un nouveau morceau de parchemin et à ma ligne répondait :

Désolé, Caroline vient d'arriver à l'improviste. Je mange avec elle mais promis on se voit cet après-midi. Vers 14h ? Juste le temps que je la foute dehors mais je crois mes parents lui ont demandé de me surveiller. Bref. A toute à l'heure. Encore désolé.


-Caroline, gémis-je en laissant ma tête aller vers l'arrière.

Je consultai ma montre. Il me restait trois heures. Une éternité. Une éternité qui devait être comblé avec de nouveau dessins animés si je ne voulais pas finir à tourner comme un lion en cage.

***


Les films n'avaient pas suffi. Alors je m'étais activée de mon mieux pour passer le temps : j'avais rangé ma chambre à la main, je m'étais douchée et m'étais lavé deux fois les cheveux – et j'avais même poussé à mettre un soin sur mes pointes. La dernière heure fut la plus longue et celle où mon cerveau finit par disjoncter : en peignoir et une serviette formant un mont précaire au sommet de mon crâne, j'étais incapable de me décider sur ma tenue. Elle n'avait pourtant pas d'importance : malgré le soleil qui nous gratifiait de ses pâles rayons, le thermomètre ne dépassait pas les dix degrés et je doutais enlever mon manteau et mon écharpe. Mais ce fut plus fort que moi, j'essayais au moins trois tenues avant de me fixer sur une tunique que m'avait offerte ma tante Beata à mon anniversaire dans un tissue fluide d'une belle couleur azur sur un jean qui ne contenait ni trou ni tâche d'encre. Pour mes cheveux, je ne pouvais rien faire : plus étaient longs, pire c'était. Ils atteignaient à présent mes omoplates et leur lourdeur détendaient mes boucles qui n'en étaient plus vraiment. Incapable de leur donner une forme, je les attachai en queue-de-cheval et ce fut quand je passai l'élastique que je vis que la main de Mickey s'approchait de plus en plus du « 2 ». Mon cœur manqua un battement et je dévalai les escaliers, pris mon mentaux et mon écharpe aux couleurs de Poufsouffle et m'élançai dans les rues.

Je me rendis à pied au parc de Terre-en-Landes dans une tentative d'éliminer mon énergie nerveuse avant de me retrouver devant Simon. A présent que mon esprit était au repos, les questions que j'avais voulu maintenir à l'écart en m'activant affleuraient à mon esprit et faisait monter l'appréhension. En tête : depuis quand exactement Simon avait-il pris conscience de ce qu'il ressentait ? Et pourquoi n'avait-il jamais cherché à m'en parler, pourquoi attendre que je le « piège » ? L'idée amenait avec elle tout ce que j'avais pu craindre : la peur des relations qu'il avait ou peut-être n'était-il pas sûr de lui ...

Mais il m'avait embrassé. C'était lui qui avait comblé ce vide. Et surtout, il avait laissé échapper qu'il m'aimait. Le souvenir diffusa une douce chaleur de ma poitrine compressée jusqu'à ma gorge où la boule d'angoisse fondit lentement.

Je m'accrochai à ça quand j'entrais dans parc, avec cinq minutes d'avance. Ombragé par quelques frênes aux branches gelées, il était modeste mais abrité par des haies et bien aménagé avec son toboggan, son petit parcours du combattant dans lequel j'étais tant tombée petite et les cheveux sur ressorts sur lequel je m'installai dans un équilibre précaire. Il était désert, à l'abri des regards : c'était l'un des endroits les plus calmes et les plus intimes de Terre-en-Landes. Je me fis subitement la réflexion qu'il ne devait pas servir qu'aux jeunes enfants, mais aussi aux couples d'adolescent qui cherchaient à se soustraire aux regards de leurs parents – ou pire, de l'Ancien. C'était peut-être ça qui avait cassé la plaque tournante deux ans plus tôt ...

J'attendis beaucoup trop longtemps sur la plateforme fragile, mais de laquelle je pouvais parfaitement voir l'entrée du parc. Je consultai régulièrement ma montre, observai les rares passants mais une demi-heure plus tard, Simon n'était toujours pas arrivé. La nervosité commençait à me reprendre, à me faire sentir complétement ridicule et à me mettre en colère contre lui qui osait me faire attendre. Enfin, alors que je songeais sérieusement à sortir du parc pour aller frapper chez lui en furie, il fit enfin son apparition au bout du sentier, les mains dans ses poches du même sweat pourpre que la veille et l'air de fort mauvaise humeur. Plus il avançait, mieux je pouvais observer son visage fermé, ses lèvres pincés et les fréquents regards qu'il jetait derrière lui. Prudente, je finis par sortir ma baguette et il eut un mouvement recule en portant la main à sa poche de jean.

-Quel film on est allé voir hier ? demandai-je immédiatement.

-C'est tout ce que tu as trouvé ? rétorqua Simon avec un rire incrédule. Hamlet. Pas terrible, l'interprétation. Quoique je n'ai pas vu la fin ...

-Hamlet meurt et Fortinbras devient roi. Fin de l'histoire.

-Je sais. J'ai lu la pièce.

J'eus un faible sourire devant son regard entendu, insistant. « Tu m'as bien piégé avec tes vers ». Toutes mes idées n'étaient pas parfaites mais celle-ci j'en étais particulièrement fière. Nous restâmes quelques secondes à nous contempler silencieusement, incertains. Je sentais les mots d'hier flottaient entre nous, indistincts, présents comme des spectres. Il n'avait même pas pris la peine de prendre un manteau, remarquai-je quand il fut parcouru d'un frisson et ses marques sombres marquaient la peau sous ses yeux. Il n'avait pas menti : il avait été parti pour ne pas beaucoup dormir.

-Désolé du retard, finit-il par lâcher. Caroline m'a retenu ...

-Comment ça se fait qu'elle est là ?

Simon poussa un grognement de frustration et se leva, faisant gémir la vieille structure de la balançoire. Il avait sorti sa baguette qui claquait régulièrement contre sa cuisse.

-Parce que visiblement, j'ai dix-huit ans et mes parents ne font pas confiance pour me gérer tout seul. Ou alors ils ont peur de ce que je pourrais faire s'ils ne sont pas là pour avoir un œil sur moi ... Bon sang, je finis par croire que c'est pour ça que ma mère prolonge son arrêt : pour veiller sur moi.

Il posa de nouveau le regard sur moi, remarqua que je le fixai toujours, insensible à ses doléances sur sa sœur et ses parents. Ce n'était pas pour ça que j'étais là, que j'avais daigné l'attendre dans le froid, pas pour ça que mon estomac faisait des nœuds à n'en plus finir en attendant qu'il prenne la parole. Simon comprit parfaitement cela, d'un regard, un regard qui dura une demi-seconde.

-On va se balader ? proposa-t-il finalement, l'air hésitant.

-Pourquoi ?

-Parce je ne sais pas si je vais supporter de te débiter tout ce que je dois avec tes grands yeux plantés sur moi. Je te jure, rien que l'idée m'angoisse.

Je ne sus si je devais en rire ou en pleurer. Moi je l'avais fait. Devant ses yeux écarquillés, devant son silence, sa position figée. Et son « c'est pour ça que je t'aime » qui était sorti avec une telle facilité ... Une facilité trompeuse, visiblement. Ma gorge se noua et faute de trouver une réelle réponse, je hochai la tête. Les épaules de Simon se détendirent et il m'adressa un sourire qui disait tout son soulagement. Il pencha légèrement la tête vers la sortie et je m'ébrouai, les mains dans les poches. Nous marchâmes côtes à côtes en silence, nos bras se frôlant parfois quand le trottoir se rétrécissaient – et chaque fois, ça emballait mon cœur. Le bêton fit vite place aux pavés et aux chemins de terres qui sillonnaient les champs environnants et nous laissâmes et bâtisses couleur miel derrière nous. J'observai Simon à la dérobée, ses traits qui s'étaient détendus à mesure de notre avancé malgré le tic qui agitait régulièrement le coin de sa joue. Il finit par sentir mon regard sur lui car il esquissa un sourire timide avant de demander :

-Bon. Je commence par quoi ?

-Le début, proposai-je avec un semblant de sourire. C'est bien le début.

-Le jour où on est né ?

Je lui donnai une bourrade qui le fit dévier de sa trajectoire avec un petit rire. Je me plaçai alors devant lui, les mains dans mes poches et marchant à reculons devant lui. Je ne voyais absolument pas où j'allais mais ça ne m'angoissait pas. Un petit sourire de défi se dessina aux lèvres. Celui auquel je savais qu'il ne pouvait résister, l'un des moteurs de notre relation. Et si j'en jugeai par l'étincelle qui embrasa le regard de Simon, mon intuition visait encore juste.

-Bon, tu m'as vue embrasser Miles, entonnai-je résolument. Ensuite ?

***


Voilà, petit chapitre de transition tout en douceur avant un chapitre plus dense avec les explications tant attendues, je crois ! J'espère qu'il vous aura plu quand même !

A dans deux semaines <3
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Chapitre de transition qui fait plaiz et qui m'a bien sauvé la mise pendant le pire cours de 4h de ma Life, donc merci, mille fois merci ...


Par contre, c'est un peu flou, comme c'était un chapitre d'attente pour faire monter la sauce, je me rapelle pas de grand chose, oopsy !

SAVOIR DONNE ! DONNE SANS ATTENDRE, NE RIEN FAIRE QU'ATTENDRE, APPRENDRE A SOURIRE !

Ils sont trop mignon ! Ils sont tellement content, ils ont du mal à croire que ce qui se passe est réel ! les "Oh la la", "Mon cerveau a disoncté", "wha" "est-ce que c'est un rêve". Surtout Simon, il s'y attendait tellement pas et il attend depuis si longtemps ! Oh, je fond !

Ah j'ai hâte d'en savoir plus !
Quetzalbleu

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

Okay, OKAY. Inspiration, expiration.

Je viens de tout lire, du prologue jusqu'au dernier chapitre, en 4 jours (tu sais tu en es à combien de pages? parce que j'ai tenté un calcul et damn). J'avais senti le slow burn et je l'ai EU, et bon sang que c'est bon. Et en plus j'arrive pile au moment où la déclaration a lieu?? J'ai vraiment un karma incroyable :lol:

Je suis toujours secouée (et la période de manque commence rudement après avoir passé des jours entiers à lire les centaines de pages délicieuses de ta ff, dont durant mon cours de chinois il y a quelques heures où j'ai du me retenir de hurler en lisant les deux derniers chapitres), donc je voudrais juste dire que cette histoire est magnifique, que je suis drôlement contente de rencontrer tous ces personnages et de les voir évoluer au fil du temps (rip Matthew & co tho, et rip mon coeur au passage. haha. mais j'avais été prévue donc c'est ma faute, j'avais qu'à lire Ombres et Poussières avant), et que j'ai absolument, totalement, viscéralement hâte d'avoir la suite.
Les fanfics HP sont définitivement les meilleures, je pense que ma fascination de l'univers est vraiment incapable de s'éteindre.
Merci de m'avoir fait rêver ! (et passer par toutes les émotions possibles, parce que mince alors, lire une ff sur Cédric et ses proches m'a beaucoup plus touchée émotionnellement que ce à quoi je m'attendais - encore une fois je note que nos Booknautes préférées se renouvellent toujours aussi spectaculairement dans leur art de nous pondre les meilleures fanfics du net).
cochyo

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par cochyo »

Je suis de retour !
Désolé de l’absence !
Franchement plus sympa que ce que j’appréhendais la mise en couple 😁
Hâte de voire l’action reprendre !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

OH MON DIEU COCHYO APPROUVE

Je peux donc poster la suite en paix

(Non en fait j'ai oublié, occupée, travail, une heure de trajet, fatigue)

MAINTENANT suite et fin du "Quatuor du Simoria". Mais oui mais oui, un jour il va bien falloir que ça se termine ... Croyez-moi, j'étais aussi triste que vous. J'ai fini ce chapitre un peu décontenancée en me disant "et qu'est-ce que je vais faire maintenant?"

Bon, finalement j'ai trouvé quoi faire (et j'ai par ailleurs repris dix chapitres d'avance, je suis HEUREUSE). Concernant ce chapitre, c'est peut-être celui sur lequel j'ai le moins de certitude mais j'espère qu'il vous plaira tout de même ! Bonne lecture, profitez bien et on se retrouve en bas :-*


***


C'est que l'amour est comme un arbre, il pousse lui-même, jette profondément ses racines dans notre être, et continue souvent de verdoyer sur un cœur en ruine. Et ce qu'il y a d'inexplicable, c'est que plus cette passion est aveugle, plus elle est tenace. Elle n'est jamais plus solide que lorsqu'elle n'a pas de raison en elle.

- Victor Hugo
Notre-Dame de Paris
***


Chapitre 27 : « ...Mais ne doute jamais de mon amour ».

-Ensuite ?

Je ne lâchai pas Simon du regard, toujours à reculons sur la pente descendante de la colline mais il semblait rassembler ses pensées à quelques mètres de moi, les mains dans les poches de son sweat, la tête basculée vers l'arrière. J'avais presque l'impression de voir les pensées se bousculer dans ses iris vertes et cela se répercutait sur son langage corporel : ses épaules étaient crispées, les traits de son visage tendus.

-Non, pourquoi plutôt, rectifiai-je finalement pour le forcer à parler. Qu'est-ce que tu faisais dans ce couloir ?

Simon pinça des lèvres et riva le regard devant lui. Nous descendions la colline sur laquelle était perchée Terre-en-Landes et seul le ruban de la Rikker river de laquelle découlait le ruisseau tranchait avec les champs. Les pavés devinrent glissants et je dis me résoudre à reprendre une marche normale – et une attitude moins frontale. Il déploya ses bras pour ne pas perdre l'équilibre.

-Alors non, je ne t'espionnais pas, insista-t-il. Emily avait oublié un livre et m'a envoyé ... C'était un hasard total. Mais du coup oui, je suis tombé sur vous...

-Et ...

-Et ... Ce n'était pas agréable, avoua-t-il du bout des lèvres. Je ne pensais pas. Jusque là, l'idée m'amusait. Ça te mettait si mal à l'aise, c'était si facile de t'embêter avec ça ... Je te jure que si tu me frappes j'arrête de parler, me prévint-t-il alors que je levais une main, entre amusement et agacement.

-D'accord, pardon ...

La vérité, c'était que les premiers mots de Simon avaient dénoué le nœud qui s'était fait dans mon estomac et je me surpris à sourire – pas trop pour ne pas être embarrassée, assez pour démontrer ma joie. Plus que ce qu'il racontait, c'était le simple fait de le voir se livrer qui me rendait extatique. C'était à moitié arraché, certes, mais ça venait de lui. Je le sentis me jeter un regard circonspect avant de reprendre lentement :

-Bref. Tout ça pour dire qu'avant de vous surprendre, je me fichais que tu en pinces pour Miles. Mais je ne sais pas ... La réalité était complétement différente. Je vous ai vu vous embrasser et ... je me suis rendu compte que je n'aimais pas ça. Du tout.

C'était indécent de sourire à un tel aveu, aussi laissai-je Simon prendre de l'avance pour qu'il ne le voie pas, qu'il ait l'impression de plus se dévoiler aux champs qu'à moi. Qu'il se libère de ma présence.

-Je te jure, je ne comprenais pas pourquoi. Tu parlais de cerveau en ébullition hier ? C'était exactement ça, pendant quelques jours. Ça n'a rien à voir avec Miles : au fond, je l'appréciais et je savais qu'il prendrait soin de toi ...

-C'était important ?

Simon tourna le visage pour darder sur moi un regard à la fois interdit et exaspéré.

-Vicky, je te rappelle un peu ton palmarès en sixième année ? Le 5 Novembre, la Chambre des Secret, Selwyn qui te casse le nez, les messages ... ? Evidemment que ça importait : ton petit-ami était la personne qui garderait un œil sur toi quand je ne serais pas là.

Il repoussa impatiemment une mèche qui lui tombait dans les yeux et riva de nouveau son regard devant lui. Il semblait parcouru d'énergie nerveuse, comme si les troubles de l'époque s'éprenaient de nouveau de lui. Je fixai sa nuque, bouche bée. Je ne m'étais pas rendue compte d'à quel points mes mésaventures avaient pesé sur Simon, sur sa perception de notre relation. J'étais passée de son ennemie d'enfance à la petite sorcière qu'il fallait protéger ... Même au moment où la seule personne dont je songeais à me protéger, c'était lui. Même là, nous avions été en décalage. Je n'avais senti ma perception de Simon changer qu'en fin de sixième année et je l'avais conclu à Cédric de la façon suivante : j'avais besoin de lui. Il faisait parti de mon équilibre. Ça n'empêchait pas que j'avais envie de lui arracher les yeux chaque jour que Dieu faisait. Simon avait mûri bien plus vite.

Encore sonnée par cette réflexion, j'avais ralenti le pas et Simon avait pris quelques mètres d'avance. Sa voix emportée par le vent me parvenait de façon presque atténuée, voilée, mystique.

-Tout ça pour dire que ce n'était pas Miles qui me dérangeait. C'était ... je ne sais pas, Miles et toi, toi et Miles. Quelque chose ne collait pas, ça me rendait presque en colère. Je te jure les images tournaient en boucle dans mon esprit. J'essayais de me dire que je m'inquiétais juste pour toi, qu'Alex m'avait demandé de veiller sur toi, que même là tu allais réussir à te mettre dans une situation impossible ... Et le pire c'est que pendant quelques semaines j'ai cru à mes conneries !

-C'est pour ça que tu ne m'as jamais parlé, réalisai-je, soufflée. Je t'avais vu, je t'avais reconnu, j'étais presque certaine que c'était toi ... Comme tu ne m'en as pas parlé, je ne t'en ai pas parlé non plus. Je ne voulais pas que tu te moques, tiens ...

Simon laissa échapper un petit rire et étira ses bras vers l'arrière.

-Non, je voulais à tout prix éviter la confrontation. J'avais peur de me mettre en colère et que tu ne comprennes pas. Ou que tu me cries dessus parce que je vous avais surpris ... Ou pire, que tu sentes que j'étais troublé.

-En fait, si mes souvenirs sont bons, j'avais prévu de brûler ton corps à l'acide et d'enterrer tes restes dans la forêt interdite.

Cette fois j'en fus quitte pour un coup d'épaule qui m'arracha un glapissement et je quittai le chemin de pavé pour marcher dans la terre impeccablement creusée des champs. Simon ne daigna pas m'aider à sortir de ce bourbier et poursuivit dès que j'eus atteint sa hauteur :

-Bref. J'ai essayé de faire le mort quelques jours, de te parler le moins possible – et ce n'était pas difficile, Cédric approchait de sa dernière tâche ...

-Ah, compris-je avec une grimace.

J'avais oublié que j'aurais à faire au fantôme de mon meilleur ami dans cette histoire. Que ce que me racontait Simon venait d'un monde où il était encore vivant, que son sourire n'était pas qu'un souvenir et que son éclat de rire ne s'était pas encore fondu dans la brume de l'oubli. Mon cœur se serra affreusement quand Simon leva longuement les yeux au ciel, mouvement universel pour s'adresser aux défunts. Sa bouche s'était pincée en une mince ligne.

-C'était lui, Vicky, murmura-t-il en un souffle. C'est lui qui m'a ouvert les yeux. Après que tu aies failli te faire arracher le bras par la potion ... ça nous a tous sonné et en plus de ça il s'est emporté contre Miles pendant que Chourave te parlait ... Puis elle m'a convoqué moi et quand je suis revenu à la salle commune tout le monde était parti manger mais moi je suis resté dans ma chambre. Cédric y était. Par les chaussettes de Merlin, je crois que je ne l'ai jamais vu si furieux ...

Ma gorge se noua et je resserrais mes bras sur mon ventre où une douleur sourde venait d'apparaître. Je ne m'étais vraiment pas attendue à voir Cédric surgir dans cette conversation mais c'était d'une logique implacable. Avant d'être mon meilleur ami, ça avait été celui de Simon. Son égal. Presque son frère.

-Qu'est-ce qu'il a dit ? m'enquis-je à mi-voix.

Simon quitta enfin les yeux du regard et ses paupières papillonnèrent rapidement, comme pour chasser les larmes. Merlin quelle douleur ça avait été de le perdre pour lui... Je pensais n'avoir jamais réalisé jusque maintenant. Maintenant qu'il se dévoilait dans son entièreté.

-Que j'étais stupide, entonna-t-il avec ricanement de dépit. Qu'il voyait bien depuis quelques mois que j'étais plus attaché à toi que je ne l'avouais. Que je ne veillais pas sur toi parce qu'on me l'avait demandé mais parce qu'au fond je t'aimais. Que ce n'était pas avec Miles que tu devais être mais avec moi.

Mes lèvres s'entrouvrir face à la stupéfaction qui déferlait en moi. Cédric, le grand arbitre de tous nos conflits, Cédric qui nous avait forcé à cohabiter à Poudlard ... Cédric le visionnaire. Seigneur il n'y avait que lui qui avait pu discerner cela à ce moment-là de notre vie ... Simon me le confirma en poursuivant :

-Même lui, je ne voulais pas le croire. Même quand il me l'a crié à la face, je ne voulais pas l'écouter. J'ai une certaine expérience dans le déni, c'est là que ça m'a sauté aux yeux. Parce qu'au final tous ses mots, toutes ses conclusions, elles ne faisaient que faire écho à ce que je ressentais vraiment. Je n'étais juste pas prêt à le voir. (Il passa sa paume sur son front et pressa un point entre ses sourcils, les yeux clos). Il m'a juste dit ... qu'il espérait que je ne le regretterais pas. Et depuis la seule chose que je regrette, c'est de ne pas lui avoir dit qu'il avait raison.

-Oh Simon ...

Je franchis le mètre qui nous séparait, l'espace que je lui avais accordé pour qu'il se sente libre mais cette voix enrouée en fin de phrase avait eu raison de ma résolution. Je passai machinalement une main derrière son dos, juste pour lui assurer que j'étais là et que quoiqu'il arrive je le soutenais. Il laissa échapper un rire étranglé devant mon geste.

-Ne t'en fais pas, ça va ... C'est juste ... Whao, ça fait une éternité que c'était resté bloqué ...

-Tu n'en as jamais parlé à personne ? dis-je en caressant doucement son dos.

-Ça, non ...

-Oh, oh ! (Je crispai une main sur son côté et il grimaça). Comment ça « ça » ? ça veut dire ...

-Pss ! Une chose à la fois, la crevette !

-Crevette toi-même !

Simon éclata de rire face à la réplique rageuse, spontanée et familière et enroula dans l'élan un pas autour de mes épaules. Je me retrouverais à moitié pressé contre lui, un bras passé derrière son dos et sentis mes joues prendre une teinte rosée quand son souffle se répandit dans mes cheveux et effleura ma joue. Nous continuions pourtant de marcher, la brise fraiche de février de souffler et Simon semblait grelotter dans son sweat et pourtant chaque geste de lui mettait le feu à mon âme.

-Donc, repris-je pour reprendre le contrôle de mes pensées. Ensuite ?

-Ensuite ... il y a eu le labyrinthe.

-Oh Seigneur, lâchai-je en me frappant le front du plat de la main. Tu te souviens, une fois tu as dit que toutes les étapes de notre vie étaient malheureuses ? Bien en voilà la preuve concrète !

-J'ai osé dire ça ? douta Simon avec l'ombre d'un sourire.

-Je t'assure. Donc. Le labyrinthe ?

Le léger sourire se fana sur les lèvres de Simon et j'eus l'impression de lire quelque part dans ses traits les traces d'un deuil qu'il portait toujours un peu. Je caressai le côté que ma main atteignait pour lui donner de la force et en retour ses doigts se serrèrent sur mon épaule.

-Ça a complétement rebattu les cartes ... C'était ... c'était horrible. J'avais besoin de toi, j'avais besoin de ton soutien, que tu me dises que tout irait bien ... Je t'avais toujours traité de Sainte, j'avais toujours détesté ce côté angélique toute mignonne qui faisait de moi systématiquement le méchant dans notre affaire ... Et c'est là que j'ai compris à quel point il était précieux, ce côté de toi. A quel point j'y étais malgré tout attaché, accroché même, à quel point tu m'impressionnais à porter les autres avant de porter de toi. Par Merlin, Vicky ... Je ne te l'ai vraiment jamais dit, mais j'avais tellement besoin que tu me portes ce jour-là ...

J'aurais voulu répondre quelque chose à ça. Que c'était réciproque et que je n'avais jamais eu autant besoin de Simon qu'en cet instant, que ce jour-là toute la haine que j'avais cru un jour lui vouer s'était effrité comme de la peinture écaillée. Que j'avais eu conscience de cela et que j'avais fait de mon mieux pour jouer mon rôle de pilier. Mais tout était resté bloqué au fond de ma gorge : je craignais de fondre en larme si jamais je laissais échapper ne serait-ce qu'une syllabe. Alors une boule chauffée à blanc dans la gorge, j'écoutais la suite :

-Mais le problème, c'était ce qui s'était passé. Miles, Cédric. J'étais complétement perdu. Je ne voulais pas penser à toi comme ça, que tu deviennes une source de maux et de troubles alors j'ai ... expédié le problème.

-Tu m'as poussé vers Miles, me souvins-je et le baiser dont il m'avait gratifié me brûla la tempe. Tant que j'étais avec Miles, tu n'avais pas à te demander ce que tu ressentais pour moi ...

Le sourire dépité de Simon m'indiqua que j'avais visé juste. Et ce qu'il signifiait surtout, c'était que cela avait été un cuisant échec et je fis le lien avec ce qu'il m'avait avoué hier pendant qu'il mangeait ses sandwichs. Je tentai de réprimer mon rire mais un bref éclat franchi mes lèvres et Simon me jeta un regard outré.

-C'est pour ça que tu espérais que ça finisse plus vite que ça, songeai-je en tentant de reprendre mon sérieux. Entre Miles et moi. Parce que ta méthode n'a pas été un franc succès ...

-Alors sache que ça a marché le temps de l'été ! protesta-t-il. Loin des yeux, loin du cœur alors heureusement que j'étais en France ... Je me suis dit que j'avais juste eu un moment de panique, de trouble et que je n'étais juste pas habitué à te voir avec un autre gars ... Je pense que je commençais à comprendre le poids que tu avais dans ma vie et que j'avais un peu peur de devoir te partager, aussi. C'était égoïste mais je n'ai jamais brillé par mon altruisme ...

-Qu'est-ce qui t'a fait comprendre, alors ?

Mon impatience fit sourire Simon. Je tentai de tout faire pour la réprimer mais tout finissait par me troubler et je devenais nerveuse. Quelque part, je me sentais coupable de n'avoir rien vu, rien vu des questionnements de Simon, qu'il ait tout porté seul, tout intériorisé. Maintenant que j'avais l'idée d'ensemble, je me sentis indigne. Indigne de lui, indigne de nous. Si Cédric avait pu le voir, pourquoi y avais-je été aveugle ? Moi qui étais censé tout savoir, même ce qu'il me cachait ? Moi qui savais lire chacune de ses expressions, chacun de ses gestes ? Et je n'avais pas vu ça ?

Non, je ne voulais pas qu'il me rappelle encore à quel point j'avais échoué dans mon rôle. Et ce que Simon ajouta par la suite me donna envie de rentrer sous terre :

-Je ne sais pas réellement. Ça s'est fait progressivement, je suppose ... Quand je me suis rendu compte que ça m'agaçait que tu ne quittes pas Miles malgré son manque de soutien, quand je me suis rendue compte que je cherchais plus ta présence que celle d'Emily, quand je t'ai vu pleurer après que tu sois revenue de chez ton grand-père ... Je me souviens juste avoir compris qu'il fallait que j'arrête de faire l'autruche ... Il y a un an, tiens. Aux Trois Balais. Pendant qu'on parlait avec Selwyn et Melania ...

Je ne veux pas que tu meures, Vicky. J'avais eu raison : c'était trop intense. Simon s'en était rendu compte, mais le trouble lui avait laissé échapper ces maques de l'anormalité de ses sentiments. Au pire moment, en pleine tourmente : qui souhaitait s'appesantir sur des sentiments amoureux quand le meurtrier de sa famille s'était échappé ? La mâchoire de Simon s'était contractée et malgré mon émotion j'orientais ses confidences vers une pente plus douce :

-Quand j'ai dormi avec toi ?

Ses joues prirent une teinte rosée mais il inclina la tête pour m'accorder ce point.

-J'avoue ... que ça ne m'a pas laissé indifférent. Que tu sois capable de prendre soin de moi comme ça ... ça m'a touché. Beaucoup trop pour être net.

-Est-ce que tu t'es fait « Oh, oh », dans ta tête ? tentai-je de plaisanter.

Simon éclata de rire en rejetant sa tête en arrière et rien que ce son détendit mes muscles et m'arracha un sourire absurde. Son bras glissa de mes épaules et il s'écarta. Je m'efforçai de masquer ma déception de me retrouver ainsi privée de sa chaleur quand je me rendis compte qu'il cherchait juste ma main et il noua mes doigts aux siens dans un geste fluide, sans accroc. Il contempla nos mains, un sourire incrédule aux lèvres et qui se teinta d'amusement quand ses yeux se posait de nouveau sur moi.

-Pourquoi ? A un moment tu t'es fait « Oh, oh », dans ta tête ?

-Sous le perron, avouai-je en piquant un fard. Hum ... Quand tu m'as offert la machine à écrire. C'était ... vraiment un très beau cadeau ...

-Bon sang !

Le juron me surprit par sa véhémence et je considérai Simon avec surprise. Il semblait moitié satisfait, moitié agacé face à ma révélation et son visage s'était un peu plus coloré.

-J'ai ... Bon sang, si j'avais su ... Je ne pensais pas ... J'ai remarqué tu étais touchée mais pas à ce point ...

Il se passa une main sur sa nuque quand il capta mon regard interrogateur et se détourna pour ajouter d'un ton perplexe, presque déboussolé :

-C'est ... c'est peut-être le seul moment où j'ai senti ... Que peut-être ...

Il secoua la tête et sa main se relâcha dans la mienne : il plia et replia les doigts sur les miens, comme s'il avait des fourmillements. La nervosité montait en lui et je lui jetai un regard inquiet. Je passai le pouce sur le dos de sa main dans un geste que j'espérais apaisant.

-Pourquoi tu n'as pas osé ? le poussai-je doucement en comprenant que c'était de ça qu'il s'agissait. Simon, ça fait ... huit mois que je ne suis plus avec Miles et ça fait presque deux ans que tu cogites sur tout ça ... Pourquoi il a fallu que tu te sentes piégé pour m'en parler ?

Au soupir que poussa Simon, je compris que j'avais posé la question, plus épineuse que tout le reste. Celle devant laquelle il aurait le plus de mal à se justifier. Nous avions atteint un point où la pente de la colline s'était tassée et où les pavés laissaient place à des sentiers indistincts formés au grès des pas des différents passants, agriculteurs ou vagabonds comme nous, avaient tassés. Le gèle rendait la terre dure mais avait figé les marques de boue qui rendaient le sol irrégulier. Je trébuchai sur une pierre saillante et Simon me retint in extremis par la taille.

-Ouh la, on ferait mieux de retourner sur les pavés, proposa-t-il en levant le regard vers les bâtisses qui parsemaient la colline.

-Bonne idée, marmonnai-je, désorientée. Je pense que tu auras besoin au moins du trajet retour pour répondre à ma question ...

-Non, en fait c'est très simple.

-Ah bon ?

Simon parut s'amuser de mon ton interdit et attendit d'être revenu sur le sol plus stable des pavés pour reprendre :

-Bien ... Réfléchis Vic'. Si j'analyse bien ce que tu m'as dit, tu réfléchis depuis quelques semaines. Avec un début de certitude à noël donc ? Et un brin de panique quand j'ai parlé d'Adrianne ...

-En parlant de ça ... Oh espèce de saloperie vicieuse et fourbe, rageai-je quand son sourire s'agrandit. Mais espèce d'enfoiré, tu voulais me tester !

J'arrachai ma main de la sienne et bourrai son épaule de coup de poings sous ses éclats de rire. Je n'étais pas particulièrement virulente malgré les joues rouges de honte et de colère quand je songeais à tous ce qu'Adrianne avait pu provoquer en moi mais il ne cherchait pas à se dérober non plus. Le seul coup un peu plus fort fut quand j'assénai avec aigreur :

-J'aurais dû m'en douter dès qu'Emily l'a dit ! A quel moment tu aurais accepté de lui dire ça sans espérer qu'elle m'en parle ! Tu es sûr que le Choixpeau n'a pas hésité avec Serpentard ?

-Juste un petit peu au début, répondit-t-il avec un grand sourire, l'air assez fier de lui. Oui, je savais que c'était une possibilité pour qu'Emily t'en parle, mais non ce n'était pas le but. Elle est juste beaucoup trop douée pour m'extorquer des informations. Par contre ...

Ses doigts s'agitèrent compulsivement sur les miens et j'emprisonnai son index entre deux des miens pour l'écraser et lui arracher une grimace.

-J'ai vu comment tu as réagi quand Octavia en a parlé. Ce n'était pas forcément significatif mais c'était loin d'être une réaction naturelle pour toi. Pas de moquerie, pas de harcèlement ... Juste une fuite, une bonne fuite Victorienne comme je n'en ai plus vu depuis une éternité. Pas grand-chose mais comme l'avait dit Octavia ... Un verre, ça ne coûtait rien. Je savais que ça ne déboucherait sur rien. Mais ça m'en dirait beaucoup plus sur toi que sur moi.

-Et tu es venu me voir le soir-même pour vérifier que ton plan avant bien l'effet escompté, conclus-je avec une certaine amertume. Et c'est moi qui t'aie piégé ?

-Hé ! J'ai fait ça sans y croire, réellement ! Je voulais juste ... Bon sang Vicky ... Je te l'ai dit hier soir, je ne sais pas du tout quoi attendre de nous, où est-ce que ça va déboucher, ce dont j'ai réellement envie ... C'est aussi pour ça que je ne t'ai pas parlé après ta rupture avec Miles : très honnêtement, je n'y voyais pas plus clair que quand Cédric m'a parlé. Oui j'ai compris que je détestais le fait que tu sois avec Miles, un petit peu parce que j'enviais sa place. Mais ce que j'ai surtout compris, c'est que la mienne était largement préférable sur bien des points. Oui, j'ai compris que ... (Il leva les yeux au ciel et ses doigts se crispèrent sur les miens) que je t'aimais. Mais ...

Mais. Le gouffre – ou la boite de Pandore selon l'expression qu'avait utilisé Simon. On avait ouvert un espace dans lequel les possibilités étaient infinies, s'élevaient les unes les autres pour nous embrouiller, nous déstabiliser. Et Simon commença avec la plus angoissante d'entre elle :

-J'ai déjà été en couple et je ne peux pas dire que l'expérience m'ait plu. Alors loin l'idée de comparer à Octavia, vous n'avez rien à voir et ... ce que je ressens n'a vraiment strictement rien à voir. Octavia, c'était pour voir. Toi ...

Sa voix s'étrangla, comme si les mots étaient trop gros, trop brûlants et étaient incapable de s'échapper de sa gorge.

-C'est là depuis l'enfance, complétai-je dans un murmure. Et ça grandit. Un peu plus chaque jour. Je sais.

Simon me contempla longuement, sans l'ombre d'un sourire. Juste un long regard, sans artifices et je pus facilement y lire l'angoisse que la perspective lui inspirait mais aussi le soulagement à l'idée que mes réflexions semblaient s'être faites en mémoire des siennes. De nouveau, je sentis se tendre ce lien à travers ce regard, ce fil qui s'était tissé dès la première fois que nous nous étions croisés et qui n'en finissaient plus de se renforcer. Il avait été noué ses dernières semaines, réduits à un amas de fibre indistinctes mais de nouveau il nous unissait, simple, solide, linéaire. Aujourd'hui au milieu de la campagne du Gloucestershire, rien ne semblait compter plus que ce fil. L'éteinte de nos doigts s'était détendue et nous n'étions plus liés que par le frôlement de nos index mais cela suffisait à tout matérialiser. Le regard de Simon passa de moi à nos mains et un petit sourire ourla ses lèvres.

-Evidemment que tu sais ...

Il décocheta son index du mien et récupéra sa main pour la plonger dans sa poche de sweat. Je fis de même, déçue malgré moi mais Simon paraissait préoccupé. Et surtout, il semblait avoir froid : il rentra sa tête dans ses épaules avec un frisson. Dans sa précipitation de semer Caroline, il avait sans doute oublié de prendre un manteau. Il fit quelques pas qui l'éloignèrent de moi et pour éviter de sentir le vide que cela occasionnait je sautais sur un muret de pierre qui longeait la départementale que nous venions d'atteindre. J'étais si concentrée sur mon équilibre que je n'angoissais pas quand Simon entonna :

-Ecoute, Vicky ... Je ne mentirais pas : si j'ai tenté d'enfouir que je ressentais ...

-C'est que tu en avais peur, achevai-je d'un ton neutre. Et que tu as une capacité certaine pour le déni, j'ai compris ...

Il leva les yeux au ciel, sans toutefois nier mes dires. Il avait toujours été un grand sceptique des sentiments : je me souvenais encore d'un débat avec Cédric sur le fait qu'il considérait qu'à notre âge, on ignorait totalement ce qu'était l'amour. J'imaginais parfaitement que ça avait dû le déstabiliser de réaliser qu'il en ressentait pour moi ... puis se rendre compte que c'était loin d'être éphémère. Il me lorgnait du coin de l'œil, comme s'il craignait que je trébuche et ne dévale du muret, mais j'avais le pied très sûr.

-Disons cela ... Un sentiment beaucoup trop absolu auxquels je ne croyais même pas et la perspective que la seule chose qui pouvait les assouvir c'était d'être en couple, à savoir une expérience que j'ai détesté ...

-Qui t'a parlé de couple ?

J'avais conscience de reprendre les mots exacts de Miles, mais ils m'étaient revenus à l'instant, quand mon cœur s'était serré au mot qui me déboussolait également. Encore une fois, je n'arrivais pas à mettre d'étiquette sur Simon : « petit-ami » restait impropre, restrictif. De plus, le couple revêtait un statut beaucoup trop officiel, beaucoup trop codifié, des codes qui ne s'appliquaient pas à Simon et moi, à notre relation, à nos tempéraments. J'avais plus apprécié la chose avec Miles que lui avec Octavia, certes. Mais c'était trop tôt. J'avais besoin de prendre mes marques, d'apaiser mon esprit, de comprendre qui m'arrivait. Je n'étais pas prête à ça.

Simon fronça les sourcils.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-On n'est pas obligé de mettre en couple, Simon. C'est vrai que c'est ce que nos ... sentiments appelleraient. La voie logique, ce que tout le monde ferait. Mais depuis quand on est comme tout le monde ?

Mon pied se tordit devant une pierre glissante et mes bras se déployèrent naturellement de chaque côté de moi pour maintenir mon équilibre. Ma position m'évitait à avoir à affronter la réaction de Simon et je compris ce qu'il avait cherché en s'éloignant un peu : un peu de paix pour avoir cette impression que seuls les champs et les fougères étaient témoins de nos mots. Ça me donna la force de renchérir :

-Tu n'aimes pas ça et je ne suis pas prête : on n'en a pas envie tous les deux. On peut ... peut-être juste faire un test ? Accepter ce qui vient de se passer sans vraiment mettre de mots dessus ? Prendre de nouvelles marques, de nouveaux automatisme ... Juste ... vivre ce qu'on a à vivre, sans se prendre la tête.

Simon ne répondit pas rien et se plongea dans un mutisme songeur, quelque part en dessous de moi. De ma position élevée, je commençais à apercevoir la maison des Bones, parmi les premières qu'on atteignait depuis la route car elle était à l'écart de lu village, l'une des plus basses sur la colline, puis plus haut la tour carrée de l'église Saint-Edward. Cette vision, plus les mots que Miles avait prononcé la dernière fois, finirent par injecter du plomb dans mes entrailles. « Vu vos deux tempéraments, Bones et toi vous avez une espérance de vie qui va se réduire à mesure que Tu-Sais-Qui prendra le pouvoir ».

Vivre. Vivre avant que le temps et la guerre ne nous réduisent à l'ombre et la poussière.

J'arrivais sur la fin du muret. Simon avait un peu d'avance sur moi et me tendit une main quand je me trouvais au bord du vide – d'une trentaine de centimètre, le vide. Je le gratifiai d'un petit sourire en saisissant sa main et sautai à terre avec aplomb. Je pensais que Simon allait retirer sa main mais il emprisonna la mienne et je lui jetai un regard interloqué. Un sourire incertain s'étirait sur ses lèvres.

-Tu es sûre que c'est ce que tu veux ?

-Oui, répondis-je sur le ton de l'évidence. Simon, ça fait dix-huit ans qu'on se connait. Sur dix-huit, au moins seize où on ne faisait que s'insulter ou se taper dessus – même si c'était plus compliqué que ça. Ça fait deux ans qu'on est dans une sorte ... de mutation, on va dire. Une mutation qui nous amène ici. Ça me semble logique qu'on se laisse du temps pour continuer.

J'espérais qu'évoquer de la logique, de la rationalité, apaiserait Simon et son esprit pragmatique mais il souriait toujours d'un air indécis, sa main figée sur la mienne. Mon cœur tomba dans ma poitrine et je murmurai :

-Pourquoi ? Toi tu ne veux pas ?

Les yeux de Simon clignèrent et ses lèvres se pincèrent quelque peu.

-Non. Enfin, si je veux dire, ce que tu viens dire c'est ... Tu as complétement raison ... C'est juste ... Bon sang, je ne veux pas que tu fasses ça juste pour moi, parce que je suis « un handicapé des sentiments » et un peureux des relations, que tu finisses frustrée parce que ...

-Simon, le coupai-je en mettant une main sur son torse. Ce n'est pas pour toi que j'ai proposé ça, c'est pour moi aussi. J'ai besoin de temps.

Mes doigts trouvèrent le cordon de sa capuche et jouèrent machinalement avec. Il avait une taille parfaite pour m'embrasser sur le front, remarquai-je en rougissant, et pour la première fois je ne maudissais pas le fait qu'il ait grandi un peu. Ses lèvres m'étaient pour la première fois accessibles : je n'avais qu'à lever la tête ... me hisser à peine d'un centimètre ... Tirer sur le cordon pour l'attirer vers moi ... Je réfrénai ma frustration et poursuivis plutôt :

-C'est pour ça que je voulais te parler ... Parce que mon cerveau était au bord de l'implosion et qu'à cause de ça, j'avais perdu tous mes repères avec toi. Te toucher, pas te toucher, est-ce que cette phrase a une signification, est-ce que ce geste veut dire plus, ne dis pas ça on va penser des choses ... Je voulais mettre les choses à plat. Te faire prendre conscience que ... il ne pouvait y avoir que toi. Et que l'inverse était vrai.

-Quelle prétention, chuchota Simon avec un petit sourire.

-Quelle évidence, rétorquai-je avec aplomb. Tu ne peux pas te passer de moi, Bones. Je le savais. Je pensais juste ... Enfin, je ne pensais pas, mais alors vraiment pas, que tu avais réalisé toi aussi ...

-J'ai toujours été un peu plus perspicace que toi.

J'écarquillai les yeux, ahurie.

-C'est faux et tu le sais ! Tu as simplement eu conscience plus vite que tu pouvais me perdre !

Je ne savais pas d'où je tirais cette conclusion mais c'était une nouvelle preuve de mon intuition exceptionnelle, souvent louée par Simon et qui me rendait clairvoyante et douée dans les duels. Je sus que j'avais raison quand ses lèvres se tordirent de nouveau et cela provoqua un sourire effronté sur mon visage.

-Voilà. Toujours est-il que ... je n'ai jamais douté de tes sentiments, en réalité. Je savais que ce qu'on vivait c'était exceptionnel et que même toi tu devais le voir. Simplement, je ne pensais pas que de ton côté, ils avaient pris une coloration ... romantique.

-Aïe. Ça fait mal à entendre.

-Adorable, commentai-je d'un ton sec. Maintenant peux-tu cesser de faire le cynique et me dire si oui ou non tu approuves mon plan ?

Je repoussai une mèche qui me barrait le front d'un geste impatient. Avec la brise, beaucoup de boucles s'étaient échappées de ma queue-de-cheval et chatouillaient mes joues et mes lèvres. J'étais certaine que c'était ce que Simon suivait du regard, pour me contempler sans avoir l'air de le faire. Il se tut si longtemps que mon estomac avait commencé à se tordre jusqu'à ce qu'enfin Simon souffle :

-Oui. Oui, ça me va.

Un soupir de soulagement se coinça derrière mes dents et je serrai les lèvres pour ne pas le laisser échapper. J'étais soulagée, certes, mais pas encore rassurée. Je baissai le regard sur le cordon avec lequel je jouais depuis quelques minutes. Le dos de main était plaquée contre sa poitrine qui se soulevait et s'abaissait à un rythme lent et régulier.

-Du coup ?

-Du coup quoi ? s'étonna Simon.

-Du coup je peux t'embrasser ou pas ?

La poitrine de Simon se bloqua et son souffle se dérailla quelque peu. Je m'efforçai de garder un visage impassible et fis toujours couler le cordon entre mes doigts pour fixer mon esprit sur quelque chose qui n'était pas le silence de Simon. Je savais que l'intimité était l'une des choses qui le dérangeait dans la notion de couple. Octavia l'avait prouvé en se vantant d'enfin pouvoir avancer avec son petit-ami ... Ce qui signifiait qu'avancer avec Simon était laborieux – et là-dessus, je voulais bien la croire. Pourtant, je n'avais pas eu l'impression qu'il avait détesté l'expérience hier soir ... Mais plus les minutes s'égrainaient, plus je doutais.

-Ce n'est pas grave si c'est non, précisai-je à mi-voix. Je comprends ...

-Normalement, ce n'est pas quelque chose dont je suis fan, avoua Simon en haussant les épaules. Mais hier soir ...

Un sourire fier retroussa mes lèvres et j'arrachai mes yeux du cordon pour lui jeter un regard mutin. Quelques mèches blondes lui tombaient sur le front et tremblait devant la brise et ses yeux s'étaient perdus quelque part sur mon visage – pas très loin de mes lèvres. Hier soir, c'était lui qui avait comblé le centimètre qui nous avait séparé ...

-J'embrasse mieux qu'Octavia McLairds, c'est ça que tu veux me dire ?

-Tu fais un tas de chose infiniment mieux qu'Octavia McLairds, répliqua-t-il en plantant fermement son regard dans le mien. Et ce n'est pas forcément ce que je veux dire. J'ai deux ans de plus, ce n'était pas le même contexte ... Mais c'était mieux, beaucoup mieux que dans mon souvenir ...

-Alors pourquoi tu hésites ?

Les joues de Simon rougirent et je compris en étudiant cette teinte qu'avait pris sa peau, une teinte particulière, écarlate, qui revenait chaque fois que je lui demandais jusqu'où il avait été charnellement avec Octavia McLairds. Ce n'étaient pas les baisers, le problème : c'était la suite. La suite logique, qui allait là encore avec la notion de couple et d'étape que ça imposait. Etapes que j'avais toutes ou presque cochées avec Miles, et Simon devait le soupçonner. Nous n'étions pas égaux sur ce point-là et ça participait à son appréhension.

Je n'avais pas songé à cet aspect-là. A l'idée que je n'étais plus vierge et qu'à ce titre je pouvais me considérée comme expérimentée. En vérité, ce n'était pas du tout la sensation que j'avais. J'avais expérimenté, mais je n'étais pas expérimentée. Après la première fois, je ne m'étais pas sentie différente, plus sûre de moi. Je n'avais jamais été très sûre de ce que je faisais et ce serait toujours le cas maintenant. Surtout avec Simon. Je décrochai la main de mon cordon et écartai une mèche de son front. Il tressaillit à mon contact.

-Un baiser mais à tout prendre, qu'est-ce ? plaisantai-je doucement.

-C'est dans Cyrano, ça ? reconnut Simon avec les frémissements d'un sourire.

-Ouaip.

Je me hissai sur la pointe des pieds et embrassai brièvement sa joue. Une caresse, à peine une brûlure qui espérait le rassurer sur mes intentions. Puis je lui souris et repris ma marche en avant sur la départementale sans l'attendre, ma queue de cheval bondissant joyeusement dans mon dos. Inutile de brusquer les choses. On avait toute l'après-midi pour en discuter.

Simon nous força à prendre un autre chemin pour éviter d'avoir à passer devant chez lui. Caroline y était toujours selon lui et il voulait éviter d'avoir à faire à son œil inquisiteur. Nous avions pénétré dans le village et le regard des quelques passants nous força à nous taire, à éviter les mouvements suspects – surtout quand nous passâmes devant l'épicerie d'Elisabeth Fisher qui répétait aux clients tout ce qui se passait devant sa vitrine. Faute de mieux, nous retrouvâmes le terrain ombragé et abrité du vent du parc de jeu et je me laissai tomber sur la plaque tournante cassée avec un soupir. Frigorifiée, je lâchai mes cheveux pour qu'ils puissent couvrir mon visage et mon cou. Malheureusement, Simon n'avait pas la chance d'avoir une chevelure qui participait à la retenue de la chaleur corporel et le fit comprendre avec un violent frisson.

-Merlin ce qu'il fait froid ! souffla Simon en plongeant sa main dans sa poche.

Il en ressortit sa baguette qu'il porta à son visage et tapota doucement son menton de sa pointe, l'air songeur. Il fit un bref mouvement circulaire vers le haut. Je sentis comme une onde me parcourir et posai la main sur mon cœur, surprise.

-Hé mais qu'est-ce que tu fais ?

-Je teste quelque chose. J'ai oublié de prendre un manteau ... ça allait tant qu'on marchait mais là ... Attends ...

Il fit un geste plus large et cette fois l'atmosphère parut sensiblement changé, comme si l'air s'était réchauffé. Simon eut un grand sourire satisfait et passa sa baguette sur une ligne invisible devant ses yeux : je vis alors un voile apparaître, scintillant et transparent, autour de nous comme dôme puis disparaître face aux rayons du soleil. J'ouvris alors mon manteau, soudainement haletante : ce n'était pas qu'une impression, l'air s'était réchauffé. Et c'était visiblement le but de Simon.

-Un mirco-climat, expliqua-t-il face à mon air interrogatif. C'est quelque chose qu'on n'apprend pas à Poudlard, je suis en train de le faire à l'IRIS ... On n'arrive pas encore à le faire sur de grandes surfaces ou des airs déjà gorgée magiquement – Poudlard, typiquement. Mais sur l'espace du parc ... Je ne pensais quand même pas le réussir du premier coup !

-Pas si vite, monsieur le grand sorcier. Je vais vite te faire dégonfler le ballon de baudruche qui te sert de tête.

Les joues de Simon s'embrasèrent, à ma plus grande satisfaction – et sans que ça n'ait à voir avec la chaleur qu'il avait crée, plus proche de celle du printemps. Il se gratta la nuque de la pointe de la baguette, le regard rivé vers les haies, comme s'il pouvait contempler son sortilège malgré son invisibilité. Cela dit, si j'avais bien écouté les cours de sortilège en ASPIC, certains sorciers plus sensibles que d'autres pouvaient sentir la magie, ses vibrations, sa présence comme une petite onde qui vibrait en nous en touchant les cordes de nos pouvoirs. Nul doute que Simon était de ceux-là. Il avait toujours eu ce petit côté prodige qui pouvait être impressionnant voire fascinant.

La douceur ambiante eut raison de mon manteau et de mon écharpe et je donnai un coup de pied sur le sol pour que la plaque se mette à tourner en un grincement qui me fit grimacer.

-Bon. Je dois savoir d'autres choses ?

J'attendis d'avoir fait un tour complet avant de freiner du talon pour attendre la réponse de Simon. Il s'était installé sur la balançoire, l'air moins crispé – le froid avait dû accentuer son malaise pendant la promenade – et semblait réfléchir sérieusement à la question. Sa baguette pendait toujours dans sa main gauche.

-Non, je pense que je t'ai parlé de l'essentiel ...

-Tu étais jaloux d'Eden ? Tu n'as vraiment jamais rien voulu tenter ? Est-ce que Susan se doute ... ? Hé, ne me regarde pas comme ça ! protestai-je quand il me toisa, l'air agacé. Je t'avais dit que j'allais faire dégonfler ton égo !

Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il agita les jambes pour mettre la balançoire en mouvement, des oscillations lentes et laconiques. Sa joue s'appuya contre la main qui enserrait la chaine et ses yeux verts fixait un point proche de mes pieds. L'univers végétal ambiant leur donnait une teinte proche du feuillage des hêtres, claire et chatoyante.

-Je n'étais pas jaloux, finit-il par lancer. Je te l'ai dit, j'ai toujours su qu'au fond j'étais à la bonne place. Je n'avais simplement pas envie d'un nouveau Miles, c'est vrai ... Un Miles beaucoup moins compréhensif parce que mine de rien il a fait pas mal de concession. Non, je n'ai jamais rien voulu tenter. D'abord parce que tu étais en couple, ensuite parce qu'il fallait que tu te remettes et enfin parce je ne pensais pas que tu me voyais ... comme ça. Le seul moment où j'ai senti les lignes bouger, c'était au moment de noël et je n'ai pas eu le temps de plus me rendre compte parce que c'est le moment où tu es devenue distante. Non, Susan ne se doute de rien, parce que même si c'est ma sœur et qu'elle est sans doute la personne qui me connait le mieux après toi, je ne pense pas qu'elle ait réellement compris à quel point notre relation changeait.

Son visage se figea et son regard se darda brusquement vers moi, circonspect.

-Pourquoi ? Il y a des gens qui se doutaient ?

La moitié des personnes qui nous voyait ensemble sans connaître notre passif ? songeai-je en me souvenant des questions incessantes de mes coéquipiers dès lors qu'ils avaient rencontré Simon. Miles et Roger ? Emily qui doit attendre depuis des semaines un hibou pour que je lui raconte comment ça évolue ? Je doutais que la réponse convienne à Simon. Il lui avait fallu des mois pour qu'il admette avoir des sentiments pour moi, des mois pour qu'ils les intègrent et mettent des mots dessus, et quelques mois supplémentaires pour qu'enfin il les accepte – et même ça ne l'avait pas poussé à venir m'en parler. J'ignorais si c'était parce qu'ils me concernaient ou que c'était son rythme propre, mais sa lenteur m'induisait clairement le culte d'un secret. Je crispai les mains sur mes genoux et trouvai une réponse alternative :

-Les gens qui nous observent se posent des questions, on va dire. Et c'est leurs interrogations qui m'ont donné le doute, d'ailleurs. Tonks avait l'air de carrément considérer comme acquis qu'on sortait ensemble ...

-Leonidas aussi, avoua-t-il après quelques secondes d'hésitation. Quand je suis venu le voir au centre d'entrainement, il m'a demandé si tu étais ma copine ... Oh par Merlin (Il posa sur moi un regard écarquillé, presque épouvanté). On est déjà un couple, c'est ça ?

Je m'esclaffai devant l'allégation, absurde dans l'absolu mais qui sonnait comme une drôle de vérité. Les gestes tendres, les chamailleries : ça n'avait trompé personne, sauf moi. Je m'imaginais raconter toute cette conversation à Emily et mon cœur se serra devant l'impossibilité de la chose. Elle ne comprendrait pas que le mot « couple » ne ressorte pas. Elle ne comprendrait pas notre besoin de temps alors qu'on se connaissait depuis plus de dix-huit ans. Elle ne comprendrait pas notre rythme, nos peurs et surtout elle poserait sur nous ce regard de représentante de la société que je voulais fuir à tout prix. Elle attendrait qu'on prenne nos marques, songeai-je finalement, tiraillée. Comme tout le monde.

Pour pallier au silence, je me refis le fil des deux dernières années, à la recherche d'un détail, d'un geste qui aurait pu m'interpeller sur les sentiments de Simon. Mais au final, tout n'était rien de plus que ce j'aurais pu faire moi-même ... Et finalement, en un flash, je me souvins d'un événement qui m'avait surprise à l'époque, au point de presque faire vaciller mes perceptions sur Simon Bones.

-C'est pour ça que tu m'as offert mes gants de Quidditch ? Tu ne m'avais jamais offert de cadeau avant ça ...

Simon cligna des yeux, l'air surpris par mes mots. Lentement, il se laissa glisser à terre et la balançoire gémit dans un grincement quand elle fut libérée de son poids. Il paraissait toujours réfléchir pendant qu'il plaçait ses jambes en tailleurs.

-Les gants ? Non, je les avais depuis un moment, bien avant de te voir avec Miles ... Quand j'ai vu l'état des tiens au match de Quidditch et que j'ai compris que tu n'avais clairement pas l'intention de t'en racheter ... (Il fronça les sourcils avant de me lorgner avec un certain agacement). Bon sang, Vicky, tu allais finir par te briser les doigts !

Un sourire attendri retroussa mes lèvres. C'était un sourire parfaitement stupide, j'en avais conscience, mais que ce soit la simple peur que je me casse quelque chose ... ça touchait quelque chose en moi. Ça me rappelait que notre relation n'était pas aussi asymétrique que je l'avais crainte. Simon Bones avait toujours pris soin de moi. Pas parce qu'Alexandre lui avait demandé. Pas parce que j'étais trop faible pour le faire seule. Mais simplement parce qu'il tenait à moi.

Parce qu'il m'aimait. Seigneur que c'était toujours vertigineux de songer ça, mais à présent que l'histoire était dévoilée, ça coulait de source.

Mais les souvenirs semblaient avoir ramené des traces d'agacement en Simon. Il leva les yeux au ciel et replia une jambe contre sa poitrine.

-Et je voulais marquer le coup, tu avais dix-sept ans quand même ... Mais quand je vois les cadeaux que j'ai reçu ensuite, j'en viens presque à regretter de te les avoir offerts ...

-Hé ! protestai-je. Hamlet c'était bien comme cadeau !

Un sourire cynique retroussa les lèvres fines de Simon. Une étincelle familière vint embraser son regard et faire pétiller le vert des yeux bien plus efficacement que les rayons pâles de février.

-C'est vrai que c'était un beau cadeau. Même s'il était un peu à retardement ... Mais ça valait le coup, je pense que je me souviendrais toute ma vie de la teinte cramoisie qu'a pris ton visage quand j'ai cité les vers.

Je fronçai les sourcils, perplexe, avant de brusquement comprendre. L'espace d'un instant, tant d'image défilèrent dans mon esprit que je les reconnus par flash : Simon dans la bibliothèque, me fixant intensément en attendant que je confirme la validité des vers, Simon les récitant de tête dans son salon, le regard rivé dans les flammes, Simon se rapprochant de moi, plus près, toujours plus près ... Mes yeux glissèrent brièvement sur ses lèvres fines qui souriaient toujours avec amusement et l'espace d'un étourdissement je me surpris à vouloir franchir l'espace pourtant immense qui nous séparaient. Puis ses mots s'infiltrèrent dans mon esprit et colorèrent son sourire d'une teinte bien moins romantique. Je sentis mon visage devenir aussi écarlate que ce jour-là dans la bibliothèque et le spectacle dût ravir Simon car il éclata de rire.

-Voilà, exactement cette teinte-là ! Exceptionnel que tu sois capable de la reproduire avec exactitude ...

-Oh, la ferme ! rageai-je, frustrée de n'avoir rien à lui lancer pour effacer ce sourire satisfait. Je suis sûre que tu les pensais ces vers en plus quand tu les as trouvés !

Le sourire de Simon s'effaça sur ses lèvres et je compris avec une coupable réjouissance que j'avais vu juste. Mais la fierté fut soufflée par une réalité que je n'avais jusque-là pas soupçonnée et qui me laissait une sensation glacée au creux du ventre. Bon sang, ça faisait plus d'un an ... Plus d'un an qu'il savait sans rien ne dire ... Et moi je n'avais tenu que quelques semaines.

Simon replia sa seconde jambe contre sa poitrine et détourna le regard. Si le feu sur mes joues s'était résorbé, c'était parce qu'il semblait s'être transféré aux siennes : une légère couleur rosée prenait de l'intensité sur ses pommettes à mesure que je le fixais, attendant une réponse claire. J'avais encore besoin de l'entendre pour y croire. Ses doigts frôlèrent l'herbe et commencèrent à en arracher machinalement quelques brins.

-Tu as tout entendu, Vicky, je pense que tu as la réponse ...

-Bon sang ... Donc tu les pensais vraiment ? Tu me faisais une déclaration sans que je le sache ?

J'aurais voulu mettre une trace de moquerie, d'amusement dans ma voix, ne serait-ce que pour dédramatiser et faire oublier ce creux glacé dans mon ventre, mais ce fut un cuisant échec. Au contraire, j'avais plutôt l'impression de m'être enrouée sur les derniers mots. Simon continua de fuir mon regard et garda les yeux rivés sur les brins d'herbe qu'il arrachait précautionneusement. La rougeur avait à présent atteint ses oreilles.

-Je les ai lus une première fois seul, dans mon dortoir, avoua-t-il finalement. Et dès la première lecture, ils m'avaient frappé. Je ne sais pas ... ça sonnait en moi, tu comprends ? Les mots avaient une résonnance particulière mais c'est quand je les ai lus à voix haute que j'ai compris.

Il déchira un brin en plusieurs morceaux. Je l'écoutai, le cœur au bord des lèvres, avec l'impression de ressentir exactement ce qu'il décrivait ... Cette sensation que les mots vous appartenaient, qu'ils étaient écrits pour vous, et devenaient une part de vous. Que chaque syllabe réveillait des sensations qu'on se s'avouait pas, des souvenirs qu'on oubliait, que chaque phrase vous décrivez avec une exactitude déconcertante. Comme par magie, Simon traduisit les pensées qui restaient coincées dans ma gorge, comme un écho de mon propre esprit :

-C'était ... la description presque exacte de ce que je ressentais pour toi.

C'est exactement ce que je ressens pour toi, Simon Bones.

Un petit rire nerveux s'échappa de mes lèvres. La phrase aurait pu être la même. La preuve ultime qu'il ne pouvait y avoir que lui. La preuve ultime qu'il ne pouvait avoir que moi.

J'eus l'impression qu'un barrage craquer et qu'enfin l'eau ressourçante de la vérité éteignait enfin tous les incendies, les doutes, les complexes, les réflexions des dernières semaines et rependait une grande paix en moi. L'étourdissement maintenant familier me reprit et cette fois, guidé par ce flot libérateur, je ne cherchai pas à lui faire barrage. Sans réfléchir, je glissai vers Simon, mis une main sur sa nuque et inclinai son visage vers le mien pour poser ses lèvres sur les miennes.

J'aurais pu craindre qu'il ne me réponde pas. Qu'il me repousse, moi et mes mains couvertes de terre, moi et ma bouche qui cherchait la sienne pour rendre physiques les mots qui flottaient entre nous, pour concrétiser tout ce qui se passait depuis douze heures. Qu'il prenne peur devant mon impatience, devant ma détermination alors que quelques minutes plus tôt j'avais assuré lui laissait le choix sur cet aspect-là. Mais je ne doutais même plus : le flot avait balayé les doutes et la main de Simon vint une seconde plus tard se perdre dans mes cheveux et serrer une poignée de boucle folle – rêches, couverte de nœud, mais à sa façon de les prendre je compris qu'il avait toujours rêvé de pouvoir faire ce geste.

La spontanéité de nos mouvements me fit sourire tout contre ses lèvres. A son tour, ma deuxième fois caressa sa joue lisse, imberbe et remonta jusque dans ses mèches soyeuses alors que j'approfondissais le baiser. Les yeux clos, j'avais pour la première fois la sensation de réellement sentir Simon, la chaleur de ses lèvres sur les miennes, de son souffle erratique qui me brûlait la peau, de son pouls que je sentais battre sur mes doigts. Et jamais je n'aurais pensé que ça me rendrait si vivante, si euphorique ...

Si moi. C'était comme si je me retrouvais. Me trouvais, tout simplement. Nous trouvais, enfin, la parfaite combinaison. L'équilibre dans notre relation qui rendait nos gestes d'un naturel et d'une logique implacable. Finalement, malgré la rationalité que j'essayais de faire entrer, la lenteur et le rythme que je tentai d'instaurer, j'avais la sensation que toutes nos étapes nous amenaient à ce moment. Définitivement, ça n'avait pas à avoir de sens ...

Ce fut finalement Simon qui interrompit le baiser en s'écartant d'un souffle, ses doigts toujours perdus dans mes cheveux. Il ne s'écarta pas pour autant et contempla les parties de mon visage qui lui étaient accessible. Ses doigts lâchèrent mes mèches une par une avant d'effleurer ma nuque et de m'arracher un frisson.

-Finalement, on va peut-être garder ça ...

J'essuyai un petit rire. En équilibre précaire sur mes genoux, je finis par me laisser aller sur le sol et Simon replia l'une de ses jambes en tailleurs sur moi. L'autre était passée sous les miennes et son bras venait se caller dans mon dos. Il m'entourait littéralement de tout son corps et cela fit rougir mes joues de plaisir autant que cela déploya un incroyable sentiment de sérénité en moi. Je jouais avec les cheveux qui se courbaient sur sa nuque.

-T'aurais-je réconcilié avec les baisers ?

-Vicky, soupira Simon avec une pointe de gravité en plus. Tu es celle qui a su me faire dire que j'étais le fils d'Edgar et de Cassiopée Bones. Je pense qu'honnêtement, ça fait de toi la personne qui a le plus de pouvoir sur moi. Que je suis capable de tout accepter ... du moment que ça vient de toi.

Le reste de ses paroles s'était réduite à un souffle, un aveu filé dans un filet de voix rauque mais qui semblait avoir la brûlure de celles qui étaient restées enfermées trop longtemps. Les mots obstruèrent ma gorge. Jusque là, un petit doute, infime, minime, avait persisté sur la profondeur des sentiments de Simon à mon égard, mais il venait de tout balayer d'un murmure. Comme quoi, il ne suffisait pas de grand-chose pour déclencher une tempête. Touchée, j'inclinai le visage vers lui et il se pencha naturellement sur moi pour effleurer mes lèvres d'un baiser beaucoup doux, beaucoup plus court, beaucoup plus simple. Je posai ensuite mon front sur le sien, un sourire comblé sur les lèvres.

-Ça ... c'est un titre que je prends.

***


Voilà ! J'espère que la discussion n'était pas trop lourde et qu'elle vous a apporté quelques réponses sur le parcours de Simon !

Et évidemment, ça ne peut pas être simple. Ils ne peuvent pas simplement se dire "on est en couple". Ils ne sont pas normaux, ce n'est pas intuitif : ça m'a paru tout de suite évident que, quoiqu'il arrive, il devait y avoir un temps d'adaptation. D'où cette prudence.

Je poste la suite dans la foulée comme j'ai du retard !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

OK le titre c'est TRES CLAIREMENT un délire personnel avec les chansons du Donjon de Naheulbeuk (Une de leurs chanson phare, A l'aventure, compagnon !) - ceux.elles qui connaissent, vous êtes des vrais et je vous respecte.

Pour ceux qui l'ignorent, Le Donjon de Naheulbeuk est originellement une BD/saga audio humoristique qui prend les codes de la fantasy et du jeu de rôle. Ils font des chansons associées (le Naheulband) qui sont clairement pour la plupart complètement barj et déjantées mais j'adore c'est entrainant, frai et trop drôle.

Pour la petite histoire, la chanson de la citation, je la chantais avec une amie pour nous motiver pour finir le cross du collège en 3e. On a fini en se prenant la main et en chantant La vie d'aventurier, si ce n'est pas beau !

BONNE LECTURE !

***

Quand j'aurais mon niveau 10,
J'achèterais des pansements
Pour corriger les erreurs du niveau précédent.

C'est surtout ça la vie d'aventurier,
Je rentre chez moi
Ma carrière est terminée ...
- La vie d'aventurier
Le Naheulband
***


Chapitre 28 : A l'aventure, compagnon !

J'aurais pu rester des heures dans le parc, à moitié dans les bras de Simon à retisser le naturel de nos relations et à expérimenter celles qui m'étaient inconnues. Pouvoir prendre sa main et jouer avec ses longs doigts sans risquer qu'il ne la retire, me moquer d'un épis dans ses cheveux tout en tentant de l'aplatir ou d'aggraver sa coiffure. Le laisser effleurer mon bracelet, jouer avec la pointe de mes boucles, apprécier sa main dans mon dos sans m'interroger sur la signification de son geste ... C'était apaisant. C'était tout ce que j'avais toujours voulu avec Simon – et je n'avais même pas besoin de lui arracher les yeux. Un moment hors du temps, coincé entre les hêtres qui arboraient le parc dans lequel nous avions joués petits. C'était presque ici que tout était né : d'un coup de poing, d'une phrase vexante, d'amitié et d'expériences commune qui nous avaient inexorablement liées l'un à l'autre. C'était pour ce parc que je m'étais accroché à lui à Poudlard : il était la seule personne qui connaissait la gamine de Terre-en-Landes. Et ici, il était le seul à connaître la sorcière.

Malheureusement, une famille nombreuse vint casser notre quiétude vers dix-neuf heures et Simon nous fit transplaner in extremis avant qu'ils n'entrent en masse dans le parc. Nous avions atterri hilare dans son jardin et une fois à l'intérieur c'était Caroline qui avait sonné le glas de notre moment privilégié : ça faisait près d'une heure qu'elle attendait Simon, la nuit commençait à tomber et l'inquiétude la rongeait. J'avais été invitée à rester dîner, mais la présence bougonnante de Caroline et les regards noirs que lui jetaient fréquemment Simon m'avaient empêché de pleinement en profiter. J'avais eu l'impression de me prendre la réalité en pleine figure : tout avait changé mais tout restait pareil. Voldemort n'avait pas disparu, Simon restait meurtri par ses traumatismes et Caroline était une mauvaise cuisinière. Je peinais à finir mes œufs brouillés bien trop cuits et Simon avait à peine fait l'effort de toucher à son assiette. J'avais fini par comprendre qu'il attendait que je parte pour s'enfermer dans sa chambre mais l'impression fut compensée par le baiser qu'il posa sur mon front pour me dire au revoir, bref mais plein de spontanéité. Heureusement que seules les étoiles furent témoins du sourire qui ne quitta pas mes lèvres jusqu'au retour.

Mais j'avais besoin de plus. Besoin de plus pour comprendre, besoin de trouver mes nouvelles limites avec lui, besoin de la sérénité qu'il m'apportait. Malheureusement, le reste de la semaine fut peu propice à cela : il retourna en cours tout le vendredi et je fus occupée le soir avec mes grands-parents paternels – et l'Ancien que mon père avait tenu à inviter car il s'entendait bien avec grand-mère Anne. Inutile de préciser que j'aurais largement préféré dîner avec Simon, Caroline ou non. Le lendemain, j'étais arrivée de bonne heure chez les Bones en espérant le voir quelques minutes avant l'arrivée d'Octavia, mais seule Caroline m'ouvrit quand je frappais à la porte. Simon était déjà parti à l'IRIS, m'apprenait-t-elle avec un soupir.

-Ah oui c'est vrai, il expérimente le samedi matin, me souvins-je en masquant ma déception de mon mieux. Octavia va encore râler sur les archives ...

Caroline me jeta un regard circonspect.

-Octavia ? McLairds ? Mais il n'est pas sorti avec ?

Ça me surprenait de la part de Caroline qu'elle sache cela – et qu'elle se souvienne du nom de la fille qu'avait fréquenté son frère. Je me souvins vaguement que Simon avait rendu la chose publique en fin de cinquième année et qu'à ce moment elle achevait sa septième année. Elle leva les yeux au ciel et réprima un bâillement. Elle était installée sur la table de la cuisine, en robe de chambre et une cuillère tournait seule dans le grand bol de café posé devant une tonne de parchemin.

-Je travaille avec elle sur un projet d'histoire sociologique de la magie, expliquai-je succinctement.

-C'est vrai ? s'étonna distraitement Caroline. Je connaissais sa sœur, elle était dans la même année que moi ... Je crois qu'elle vient de se fiancer, j'avais l'impression que c'était l'unique ambition des filles McLairds ... J'étais bien contente que j'ai appris que Simon l'avait quitté, ça aurait trop fait plaisir à leur père de mettre la main sur l'héritier.

Une pointe d'amertume avait percé sa voix et elle la noya dans une gorgée de café qui embua ses lunettes de vue.

-Tu sais, ça me fait plaisir que tu saches, lança-t-elle de façon abrupte. Que tu comprennes tout. J'ai l'impression qu'on peut enfin en parler plus librement, ça fait un bien fou ...

-Ça t'a tant pesé que ça ?

Caroline me gratifia d'un pauvre sourire.

-Si tu savais ... J'ai quelques souvenirs, moi. De Spencer, de Matthew, de tante Cassie qui prenait Simon dans ses bras ...

Elle reprit une gorgée de café et me fixa par-dessus son bol de ses beaux yeux bleus. Elle n'avait vraiment rien des Bones : un beau petit nez retroussé, une belle chevelure brune mordorée, et cette belle couleur azur dans les prunelles, un bleu plus sombre que celui de sa mère.

-Je sais que ça peut paraître horrible, mais je n'ai jamais pu m'enlever ces images de la tête ... Je n'ai jamais oublié, Vic'. Alors ... je n'ai jamais pu être sa sœur. (Elle essuya un petit ricanement). Vraiment, je sais que je suis horrible ... Simon m'en veut toujours de lui avoir fait sentir cette distance.

-Je ne te trouve pas horrible, assurai-je, néanmoins gênée par la discussion. Je pense juste que ... que c'est une situation très compliquée pour tout le monde.

-C'est le cas de le dire, marmonna-t-elle en repoussant sa franche de cheveux. Difficile de trouver sa place quand le dernier arrivé prend toute la place. L'ironie du sort, c'est qu'on m'a martelé toute mon enfance que les Bones étaient une lignée de femme forte et c'est l'héritier qu'on portait aux nues. Enfin bref ...

Elle se munit de sa plume et ratura une ligne sur son parchemin – sans doute « s'épandre sur son complexe d'infériorité vis-à-vis de son frère/cousin à la meilleure-ennemie de celui-ci ». Elle leva vers moi une mine penaude.

-Désolée, on s'est juste un peu disputé avant qu'ils partent, je suis encore un peu énervée. Tu viens travailler du coup ?

-Oui ... Oui, je vais m'y mettre en attendant Octavia ...

-Comme c'est pratique d'être joueuse de Quidditch et d'avoir tout ce temps, soupira-t-elle en griffonnant une note. Tout ce temps que tu as ... J'aimerais bien avoir des journées de plus de vingt-quatre heures, c'est le premier samedi que je prends depuis six mois ... Mrs. Goldstein croule sous les dossiers, elle travaille à la commission de la sécurité, tu imagines quelle tonne de travail on a ...

-Je vois, soufflai-je avant de me diriger vers la porte. Euh ... J'y vais, tu m'envoies Octavia ?

-Pas de problème ...

Elle s'était plongée dans son parchemin, sa plume dans une main et son bol de café dans l'autre. Je me dépêchai de quitter la pièce, gênée comme tout. Pour une sœur qui prétendait peiner à l'être, elle n'hésitait pas à réemménager presque chez elle pour garder un œil sur Simon. Mais je saisissais tous les problèmes de Caroline liés à la situation : être l'aînée, mais savoir que la place d'héritier revenait au fils d'Edgar plus jeune de deux ans. Être une femme dans une lignée forte mais voir le cadet rafler les tableaux d'honneur. Même cette maison, songeai-je en effleurait les boiseries de la bibliothèque. Simon en était plus que l'héritier : il en était le propriétaire légal. Alors que Caroline était officiellement l'aînée de la fratrie. Le statut de Simon brouiller les lignes dans la famille.

Je poussai un soupir de frustration en sortant la machine à écrire de sa boite. Je ne voulais pas songer à Simon, au fait que je ne l'avais pas vu depuis deux jours et que l'évolution de notre relation me semblait depuis aussi brumeuse qu'un rêve. J'avais besoin de le voir, de le toucher, de me rappeler que c'était réel. J'étalai sur la table les feuillets que j'avais tapé depuis une semaine – le début ma partie sur le rejet sociologique et historique des technologies moldues. Octavia avait tenu à ce que ce soit moi qui le rédige : je l'avais conceptualisé de A à Z, sans la moindre documentation et il prenait un chapitre entier. J'avouais en être assez fière et je n'attendis pas l'arrivée d'Octavia pour me remettre à taper. J'aimais beaucoup la sensation des touches qui s'enfonçaient sous mes doigts et du bruit du marteau qui frappait le feuillet pour y imprimer mes pensées. C'était très primaire, très pur et presque enfantin – et ma fascination expliquait que j'avais mis plus de deux heures à taper la première page. Ça et mon manque d'adresse mais mes doigts se déliaient à mesure des mots. J'avais tapé un feuillet supplémentaire et la bande se remettait en place avec un « clic » jouissif quand Octavia passa la porte, son chapeau de sorcière dans la main.

-Désolée du retard, ma sœur est passée ... j'aurais dû lui dire de venir, elle était amie avec Caroline Bones ... Ouh. (Elle pointa la pile de feuillet que j'avais disposé à l'envers). Je peux lire ça ?

-Je t'en prie. Profites-en pour numéroter les pages, je n'ai pas réussi ...

-Formidable, murmura-t-elle en s'installant de l'autre côté de moi. Et quelle trouvaille ingénieuse cette machine, définitivement !

-Tu remercieras Simon. C'est son cadeau de noël.

Je sentis un sourire effleurer mes lèvres et je les tordis pour qu'il disparaisse. Il paraîtrait inexplicable aux yeux d'une Octavia qui venait de darder un regard intrigué sur moi.

-Vraiment ? Il s'est creusé la tête ... Bon sang, Bennett, je ne répèterais jamais à quel point tu es chanceuse ...

Ce fut un véritable supplice de réprimer le rire qui montait dans ma poitrine quand je me rappelais que Simon n'avait jamais aimé embrasser Octavia ... contrairement à moi. Je savais que mon air devait être peu naturel et je fis mine de chercher une référence dans un grimoire pour éviter d'avoir à affronter son regard. La situation était étrange, compte tenu du fait que j'appréciais de plus en plus Octavia qui se trouvait être l'ex-petite-amie de Simon ... Décidément, on ne faisait rien comme tout le monde.

-Mais en parlant de cet imbécile ... Tu as des nouvelles ?

-Des nouvelles ? répétai-je, toujours retranchée derrière mon livre.

-Oui, de son rencard le jour de la Saint-Valentin ... ça a été ? Il m'a enfin remplacé ?

-Oh !

Je m'apprêtai à abattre mon bouclier et le redressai à la dernière seconde pour masquer mon visage que je savais écarlate. Les images du soir de la Saint-Valentin me revinrent par flash jusqu'à ce que le visage de Simon se rapproche, centimètre par centimètre ... La chaleur de mon visage se diffusa jusque dans mon ventre et mon pied se mit à battre nerveusement contre le parquet.

-Je ne suis pas sûre que ça ait été concluant. Demande-lui quand il reviendra.

-Ah ça compte sur moi, se réjouit-elle en battant des mains.

-Et toi ? Ta fameuse Saint-Valentin ?

J'abaissai le livre de quelques centimètres pour laisser apparaître mon regard mutin. Ce fut à son tour de rougir et de se cacher derrière mes feuillets en feignant d'être absorbée par leur contenu.

-Hum, ça s'est bien passé ... Le restaurant était merveilleux, vraiment c'était un délice et Ulysse a été vraiment charmant ...

-Il est venu avec une centaine de roses ? Il t'a tenu toutes les portes et t'a répété à quel point tu étais sublime dans ta magnifique robe de fille parfaite ?

-Toi, il faut que tu arrêtes de trainer avec Simon Bones, chantonna-t-elle tranquillement. On s'y met ?

J'essuyai un petit rire et fermai enfin mon grimoire pour me remettre à taper. Je réussis à ensorceler mes parchemins pour qu'ils flottent devant moi et que je n'aie pas à toujours baisser la tête pour lire mes notes. Chaque feuillet fut scrupuleusement lu et numéroté par Octavia et lorsqu'elle arriva au dernier que j'avais tapé, elle laissa échapper une petite exclamation impressionnée.

-Hé bien ... Bennett, c'est brillant ...

-Vraiment ? doutai-je en levant les yeux de ma machine. J'avais l'impression d'improviser à chaque mot ...

-C'est ça d'écrire une théorie. C'est nouveau, évidemment que tu tâtonnes et c'est un premier jet ... Mais ... Je savais que tu avais une belle capacité d'analyse, mais je trouve que tu t'es affinée depuis l'année dernière. C'est beaucoup plus carré, beaucoup mieux conceptualisé ...

-Ça c'est parce que je te fréquente beaucoup trop, toi et ton travail incroyablement technique. Et aussi parce que tu as glissé tes connexions dans mes notes.

-Tu as raison, heureusement que je suis là pour ramener de la cohérence à ce projet, plaisanta-t-elle avant de reprendre une mine plus sérieuse. Mais vraiment, Bennett, tu as eu une belle idée. On devrait presque en faire une partie ...

-Il nous faudrait plus de documentation pour ça, juste ma théorie c'est assez léger ...

-Je sais. Râh, je déteste Simon ! Qu'il emballe son Adrianne, qu'elle nous laisse la clef des archives !

J'ouvris de grands yeux qui firent rire Octavia de bon cœur. Elle se méprit évidemment sur les causes de mon choc et se mit à annoter ses propres parties. Nous avions convenues de tout taper à la machine pour que les feuillets soient uniformes, faciles à lire et modernes. La forme était en accord avec le fond : nous avions à apprendre des moldus. Ils nous enrichissaient, contrairement à ce que voulait faire croire Voldemort et ses idées sur l'appauvrissement du sang des sorciers. J'avais presque fini la rédaction de mon chapitre quand une chouette frappa sur la fenêtre derrière Octavia. Elle se leva souplement pour lui ouvrir et l'oiseau entra en un froissement d'aile pour me tendre sa patte. Le parchemin, maladroitement plié, était à mon nom. Je le détachai avec un soupir qui se coinça vite dans ma gorge et faillit m'étrangler.

Des nouvelles de notre escroc domestique. Rejoins-moi à la boutique le plus vite que possible. G.

-Octavia ? Tu veux taper un peu ?

Un sourire incertain s'étira sur ses lèvres et elle contempla la machine comme s'il s'agissait d'une relique précieuse.

-Vraiment ?

-Vraiment, assurai-je en me levant. Le hibou vient de la direction du club, ils ont besoin d'un papier d'aptitude pour le prochain match, j'ai complétement zappé ... De toute manière, on ne peut pas être deux sur cette machine.

-Non, c'est sûr, admit-t-elle et elle la tira vers elle lentement, du bout des doigts. Bon bah ... je te raconterais comment s'est passé le rencard de Simon ...

-C'est ça, commentai-je distraitement. Merci, à la semaine prochaine !

Je sentis la brûlure du regard surpris d'Octavia alors que je fuyais vers la porte, abandonnant derrière moi parchemins et sac à dos. Celui de Caroline fut tout aussi déconcertée lorsque je traversais la cuisine pour atteindre la porte qui menait au jardin dans lequel j'avais l'habitude de transplaner. Ce fut ainsi que je heurtais Simon qui venait de poser le pied sur le perron. Les parchemins qu'il tenait sous le bras jonchèrent le sol et il me jeta un regard exaspéré.

-Vicky !

-Désolée, bredouillai-je, déboussolée. Euh ... ça va ?

Les yeux de Simon papillonnèrent et je me maudis intérieurement. Non seulement je devais me hâter mais en plus c'était l'une des phrases les plus stupides qui m'avait été donnée de prononcer devant lui. Ma gêne devait être palpable parce qu'un sourire amusé s'étira sur ses lèvres.

-Tu vas l'avoir souvent cette couleur de joue ? Genre ce rouge-là ?

-Caroline est juste derrière alors arrête, maugréai-je entre mes dents.

-Non parce que c'est magnifique, vraiment très drôle. Proche du vermillon.

-Rôh ... !

Je le dépassai souplement sans même prendre le temps d'esquisser un geste envers lui – mais il fallait dire que j'étais persuadée que Caroline nous épiait depuis la fenêtre. Simon m'arrêta par le bras en s'esclaffant.

-Où tu vas ? Je te fais fuir ?

-Non, j'ai juste ... une urgence.

Quelque chose dans mon ton fit perdre son sourire à Simon et sa prise sur mon bras se raffermit. Il descendit d'une marche pour se pencher vers moi et chuchoter :

-Une urgence ?

-Simon, soupirai-je en jetant un regard anxieux à la fenêtre. Tu as reçu les mêmes consignes que moi, non ?

Ses lèvres se pincèrent mais je sentais qu'il me concédait ce point. Cloisonner l'information, c'était le maître mot dans l'Ordre du phénix, Tonks me l'avait assez martelé – et Podmore encore plus. Je posai une main rassurante sur mon épaule.

-On se voit après. De toute façon, j'ai laissé Octavia seule chez toi, il faudrait sans doute que je repasse.

-Je vais voir Bill après, ça fait une semaine que je ne suis plus passé là-bas, murmura-t-il, contrarié. Avec Caroline qui rôde, c'est une calamité : elle a carrément emménagé ici, c'est insupportable !

-Alors je viendrais te rendre la vie encore plus insupportable ce soir si tu veux. A toute !

Je lui adressai un dernier sourire et retirai me détachai de sa prise avant qu'elle ne devienne trop intense et qu'il ne me retienne chez lui de force – ou que je cède et finisse par rester avec lui, à continuer de le toucher, de parler et d'explorer la nouvelle relation qui s'ouvrait à nous. J'étais déjà rassurée par ce bref échange, sa simplicité, le sourire initial de Simon, à la fois complice, cynique et incertain. Je n'avais rien rêvé et nous évoluions bel et bien. Alors ce fut soulagée que je dévalais le reste des marches tout en sentant son regard derrière moi. Je courus presque jusqu'à ce que je sente que les entraves qui saucissonnaient ma magie s'envole et la laissai m'emporter au loin.

***


George tenait la caisse de son magasin lorsque j'arrivais, essoufflée par ma course et par la lutte que j'avais dû mener pour atteindre le meuble. La queue s'étirait sur plusieurs mètres et je vis plusieurs clients me jeter un regard haineux quand je m'écroulais contre le comptoir.

-Ah mais quelle efficacité ! se réjouit George en retirant immédiatement son chapeau magenta qui jurait affreusement avec le roux de ses cheveux. C'est pour ça que je t'apprécie, Bennett ! Verity ! Verity, viens me remplacer, je dois m'absenter !

-Toi, tu es d'une discrétion toute épreuve, marmonnai-je.

Le visage de George s'empourpra et il jeta un regard de bête traquée autour de lui avant de m'inviter à le suivre dans son arrière-boutique. Il en alluma les lumières d'un coup de baguette et retira la robe de sorcière magenta pour découvrir des vêtements de moldus – un simple jean et un tee-shirt. C'était la première fois que je voyais George Weasley accoutré de la sorte et cela me causa un tel choc que je m'immobilisai brusquement, les yeux écarquillés. Loin de me remarquer, George babillait tranquillement :

-C'est parfait que tu sois venue si vite ! Ce matin j'avais rendez-vous avec mon fournisseur en corne d'éruptif – très dangereux et très difficile à trouver, ça peut servir d'explosif et dans le contexte actuel Scrimegeour en a interdit la vente ... Bref, on est obligé d'en acheter au marché noir pour certains de nos produits et c'est en trainant les oreilles ... Bennett !

Il avait atteint le fond de son arrière-boutique et s'était retourné pour remarquer que j'évoluais au ralenti entre les tonnes de cartons, trois chaudrons dont un diffusait une vapeur d'œuf pourri devant laquelle je m'étranglais. Il poussa un profond soupir quand je le rejoignis enfin au petit trot.

-Pas trop tôt, il faut qu'on se dépêche. Bref, tout ça pour dire que j'ai entendu que Ding se cacherait en ce moment à Swansea.

-Au Pays de Galles, réalisai-je en me souvenant de notre échec dans les prairies vertes. Et ce n'est pas loin de là où on était ... Où ça à Swansea ?

Un sourire satisfait dévoila les dents de George. Sa canine gauche était mal alignée sur le reste de sa dentition et c'était perturbant.

-Le mieux dans tout ça, c'est qu'il devait de l'argent à mon fournisseur qui s'est empressé de demander l'adresse. Prête pour un transplanage d'escorte, Bennett ?

-Attends. On n'attend pas Tonks ? Ou Podmore ?

-On n'a pas le temps, trancha George en ouvrant sa porte. Alors Bennett ?

Il me tendit la main, mais j'hésitais. Mondingus Fletcher échappait à l'Ordre depuis des semaines malgré les commentaires désobligeant que j'entendais à son propos – ça avait l'air d'être un sorcier parfaitement à ma portée. Mais c'était une véritable anguille et j'ignorais ce que vous allions trouver dans cet entrepôt. Cependant, George semblait confiant et nous piétinions dans notre mission alors je hochai la tête et sortis ma baguette pour être prête. George prit alors mon bras, nous fit sortir devant la courée qui bordait l'arrière-boutique et transplana.

Lorsque je mis de nouveau le pied sur terre, nous étions devant un vieux bâtiment industriel battu par la pluie glacée. Je rabattis précipitamment ma capuche sur ma tête mais il était trop tard : elle comme mes cheveux étaient trempés. Incroyable comme le temps variait de part et d'autre du Canal de Bristol. George me tapota l'épaule et s'en fut immédiatement ouvrir la porte. Je prestai contre son impatience et tentai de le rattraper mais il disparut immédiatement dans le couloir sur lequel elle s'ouvrait. Je le suivis sans attendre, paniquée à l'idée qu'il me sème et entrai à mon tour dans un sinistre hall. Je fronçai du nez, dégoûtée par l'odeur d'urine et de tabac qui s'en dégageait.

-George !

-C'est au deuxième étage !

-Est-ce que tu as l'ébauche d'un plan, au moins ?

George partit d'un petit rire. Il n'avait même pas sorti sa baguette.

-Avec Ding ? Inutile. J'ai travaillé avec lui, je le connais. Je saurais gérer.

Alors pourquoi tu m'as demandé de venir ? songeai-je amèrement alors qu'il prenait l'escalier, les mains dans les poches de son jean et sifflotant joyeusement. Son insouciance me déconcertait et je me dépêchai de grimper le vieil escalier en béton nu pour le rattraper et protéger ses arrières. Il s'essouffla vite – difficile de garder la forme quand on ne faisait plus de Quidditch régulièrement – et je pus le dépasser en deux enjambées. Le deuxième étage était tout aussi lugubre que le Hall, l'odeur d'urine en moins et était éclairé par une toute petite fenêtre en bout de couloir.

-Le numéro 3, me souffla George quand j'avançais de quelques pas. Laisse-moi me montrer, à moi il m'ouvrira ...

-Pas s'il pense que tu es un Mangemort, rétorquai-je, exaspérée. Ou pire, Fol Œil !

Mais George secoua tranquillement la tête, un sourire désabusé aux lèvres et frappa avec confiance la porte sous le numéro 3. Je me plaquai contre le mur et attendis qu'une voix grogne de l'autre côté de la paroi :

-Qui est là ?

-Viens ouvrir, vieille canaille.

Il ne se fit pas attendre et la porte s'ouvrir à la volée, apportant avec elle une odeur accrue de tabac, de souffre et de brûlé. Presque suffocante, je nichai mon nez dans le col de ma cape et serrai ma baguette entre mes doigts, invisible aux yeux de l'occupant plaquée comme je l'étais. Très à l'aise, George ouvrit les bras, comme pour accueillir un vieux frère.

-Ding ! Quel plaisir incroyable de revoir ta vieille tête d'alcoolique.

-T'es lequel, toi ? Et il est où ton double ?

-Tu ne vérifies même pas si je peux être l'un desquels ?

Le long silence qui s'en suivit laissa largement entendre que Mondingus réfléchissait à la signification obscure de la question de George. Celui-ci finit par s'en lasser et trancha :

-George, tu nous as vendu des œufs de doxys pourris cet été et je t'ai obligé à me rembourser.

-Les affaires vont mal, petit, je fais de mon mieux pour survivre ...

La voix était lente, prudente et je l'entendais se trémousser d'un pied à l'autre sur le sol grinçant.

-Qui t'envoie, mon gars ? Ton père ? Lupin ? Fol Œil ? Je rentre pas, moi, j'ai prévenu Pod la dernière fois face au dragon. Trop dangereux. Les gars qui sont morts dans l'entrepôt, j'les connaissais.

Le sourire de George s'estompa légèrement face à ce brusque rappel de l'attaque qu'il avait subi en novembre dernier. Dans le trouble, il fit une erreur et glissa un regard vers moi avant de se fixer à nouveau sur Fletcher. C'était bref, mais l'escroc l'avait perçu car il cingla immédiatement :

-Qui est avec toi ?

-Quoi ? sursauta George en reculant d'un pas. Juste ...

-Bon sang, Weasley !

George n'eut pas le temps de tirer sa baguette qu'un bruit d'explosion émanait de l'intérieur de la pièce et le souffla pour le projeter contre le mur d'en face. Il tomba sur le sol comme une marionnette désarticulée et la porte commença à se refermer. Mu par un très stupide instinct, je coinçai mon pied dans l'ouverture et il se retrouva violemment heurter par le battant. Je ne pus retenir un cri et évacuai la douleur en donnant un coup d'épaule sur la porte. Je m'attendais à une résistance mais je fus au contraire emportée par mon élan et faillis m'étaler de tout mon long sur le lino crasseux de l'appartement. Je repris mon équilibre au moment où un éclair rouge fusait vers moi : je l'esquivai d'un vif mouvement de hanche qui me propulsa devant un homme roux et court sur patte, au regard vide et à l'haleine aux effluves d'alcool et de tabac. Il faisait peine à voir mais il tenait sa baguette fermement. Un nouvel éclair de stupéfixion jaillit de sa baguette mais cette fois je pus parer d'un bouclier puis tenter un sortilège de désarmement. Fletcher esquiva d'un mouvement étonnement souple compte tenu de sa corpulence. Il se retrancha derrière une pile de carton. Je n'avais pas pris le temps d'étudier mon environnement mais maintenant que j'avais une seconde, je constatai que ça tenait plus de l'entrepôt clandestin que de l'appartement. Seules les bouteilles vides et le vieux sofa muni d'une couverture trahissait sa fonction d'habitation, mais le reste de l'espace était occupé par des bocaux, tonneaux et cartons de toutes sortes et de toutes senteurs. Au plafond, je reconnus de longs poils de licornes qui séchaient à côté de feuilles de mandragore. Un véritable atelier de clandestin.

Fletcher restait retranché derrière sa pile de carton, son œil vitreux brillant dans un trou planté sur moi. Il n'attaquait pas et attendait sans doute que je vienne le débusquer. Manque de chance, je n'étais pas de celle-là. Moi aussi je faisais le dos rond en attendant. J'abaissai ma baguette d'un demi-centimètre, le souffle court et la douleur se diffusant dans mon pied. Je déportai mon poids sur l'autre en grimaçant.

-Bon, on est dans le même camp, tentai-je sans trop savoir ce que je faisais. Est-ce qu'on pourrait se parler au lieu de se battre ?

-Toi j'te connais pas, rétorqua sèchement Fletcher. Tu pourrais aussi bien être l'un des leurs ...

-Navrée, mais ils n'acceptent pas de nés-moldu dans leurs rangs.

L'œil visible de Fletcher se plissa. Il paraissait réfléchir assez pour que j'abaisse encore ma garde d'un petit centimètre. Un centimètre de trop : très soudainement, la pile carton vacilla et ils me tombèrent dessus avec fracas. Avec un cri de surprise, je m'accroupis, les bras croisés au-dessus de la tête, à peine assez concentrée pour invoquer un bouclier. Je me pris le coin de l'un d'entre eux sur la tempe avant qu'il ne se déploie et repousse les autres pendant que Fletcher filait vers la sortie. Ensevelie sous les cartons dont certains commençaient à dangereusement fumer, je tentai un sortilège de stupéfixion qui alla se fracasser sur le miroir cassé, juste au-dessus de l'épaule de l'escroc. Le cadre déséquilibré lui tomba dessus et Fletcher trébucha avec un cri de surprise, se prit les pieds dans un riche tapis roulé et s'étala de tout son long. Le carton, lourd et malodorant, qui bloquait ma jambe commençait à me la brûler et je dédaignai Fletcher pour lui jeter un regard inquiet. Il était solidement fermé par du scotch mais il s'échappait de ses quatre coins une fumée jaune qui prenait de plus en plus d'épaisseur. Je la fixai, tétanisée avant d'échanger un regard avec Fletcher. Il s'était figé en remarquant la fumée.

-Sauve qui peut ! s'écria-t-il en se relevant précipitamment.

Il ne s'inquiéta pas de moi lorsque la boite se mit à siffler et que la brûlure devint insupportable sur ma jambe. Je tentai de m'en extraire mais le carton était lourd et brûlant. J'y appuyai mon pied douloureux et donnai un grand coup sans qu'il ne daigne bouger, bloqué par d'autres tombés avec lui autour de moi. A côté, Fletcher avait maladroitement atteint la porte mais au moment sa tentative de fuite fut brisée dans l'œuf.

-Incarcerem !

Des centaines de cordelettes jaillirent du couloir pour solidement l'entraver et Fletcher sautilla deux sauts avant de chuter la tête dans ses splendides tapis. George mit alors la main sur l'embrassure, l'air déboussolé mais un sourire triomphant sur le visage.

-Ah ah !

-Merveilleux ! raillai-je, essoufflée. Viens me sortir de là, maintenant !

Le carton sifflait à présent comme une bouilloire prête à exploser et la fumée jaune me faisait suffoquer et perdre en lucidité. J'étais en train de me débattre pour un peu air quand deux bras me saisirent fermement par les aisselles et me tirèrent en arrière. Je poussai un cri de douleur quand le carton fut trainé avec moi et levai maladroitement ma baguette pour crier :

-Expulso !

Le carton fut projeté contre le mur d'en face et George tomba lorsque son poids cessa de me retenir. Nous fixâmes d'un air horrifié sa fumée devenir d'un rouge semblable aux flammes d'un dragon. Je venais de comprendre pourquoi je m'étais échiné à oublier la magie pour me dégager. Parfois, la magie empirait les choses. George me releva précipitamment et passa un bras autour de ma taille. Il me traina presque jusque la porte et je grimaçai de douleur. Ma jambe brûlée refusait de m'obéir et mon pied douloureux peinait à soutenir mon poids.

-Aïe !

-Tiens bon Bennett ! Locomotor corpus !

La silhouette saucissonnée de Fletcher qui s'agitait comme un asticot fut soulevée dans les airs et George donna un vif coup de baguette pour qu'elle passe par la porte. Le bruit sourd qui nous parvint à travers les sifflements de plus en plus sonores du carton nous indiqua qu'il avait probablement heurté le mur d'en face dans son élan. George ne fut pas plus délicat avec moi et me jeta presque à travers l'embrassure avant de fermer la porte derrière lui. J'atterris sur le sol avec un cri de douleur et au moment où le battant claquait, le bruit d'une explosion suivi de vibration et d'une forte odeur de soufre emplirent l'espace. Je me retournai vivement vers George, horrifiée. Il avait toujours les mains sur la poignée et contemplait le battant fumant à moitié sorti de ses gongs avec une stupeur. Je me penchai pour apercevoir l'intérieur. Les rideaux brûlaient devant la fenêtre ainsi que les tapis luxueux et l'ensemble des matériaux inflammables de la pièce. Sur le pallier, des curieux commençaient à ouvrir leur porte – et si j'en jugeais par le hurlement des télévisions qui se diffusait depuis les intérieurs des appartements, ils étaient tous moldus.

Epuisée et meurtrie, je laissai ma tête aller contre la moquette rêche et usé jusque la corde du couloir. Se faisant, je croisai le regard de Fletcher visible par-dessus son bâillon, étrangement triomphant compte tenu du chaos qui régnait. Un regard qui disait très clairement « débrouillez-vous avec ça, maintenant ! »

***


-Vous êtes des imbéciles.

Fol Œil faisait les cent pas devant nous, sa jambe de bois claquant à intervalle réguliers comme une sentence définitive. Assis sur deux chaises devant lui, George et moi le fixions du regard, lui et ses allés-venus, incapable d'ouvrir la bouche. Mon jean avait été déchiré jusque mon genou pour pouvoir appliquer une pâte qui embaumait l'anis mais qui apaisait incroyablement bien la brûlure. C'était Podmore qui me l'avait appliqué avant de venir se planter derrière Maugrey, ses bras musculeux croisés sur sa poitrine. Dans un coin de la pièce, Fletcher continuait de s'agiter comme une anguille hors de l'eau. Personne ne se souciait de le détacher.

-Des imbéciles, répéta Maugrey, fulminant. Vous vous êtes foutus dans de beaux draps ...

-On a géré, on a oublietté tous les moldus, protesta George.

-Seulement ceux de l'étage, murmurai-je, défaitiste. Pas deux de l'immeuble, ni les passants ... -Ni ceux qui découvriront l'appartement calciné, poursuivit Podmore d'un ton sévère. Et encore moins les membres du Ministère qui dépêcheront nécessairement des délégués devant une explosion suspecte. Ils auront trop peur que ça soupçonne une activité de Mangemort.

-Ce qui veut dire que je vais devoir trainer mes fesses jusqu'au bureau des Aurors pour expliquer ça à Robards, s'écria Maugrey en plantant sur nous ses deux yeux furieux. Pour lui dire que mes gamins ne savent pas faire les choses proprement !

-On n'était pas censé savoir qu'il y aurait des explosifs !

-C'est chez Ding, évidemment qu'il y avait des explosifs, crétin ! grogna Podmore.

Je me massai discrètement la tempe devant l'éclat de leurs voix. Ma tête bourdonnait encore de l'explosion. Je n'en revenais pas d'être à l'origine d'un tel chaos, et tout ça pour ramener au bercail un homme qui était censé appartenir à notre camp ... Des efforts qui me paraissaient futiles et ça faisait pulser dans mes veines une colère sourde qui n'atténuait en rien mon mal de tête.

-Donc vous nous grillez aux yeux du Ministère et peut-être même aux yeux des Mangemorts qui surveillent eux aussi ce genre d'événements suspects, vous détruisez le stock aussi couteux qu'utile de Ding mais je vous félicite, vous nous avez ramené la loque, résuma Maugrey d'un ton débordant d'ironie.

Il donna un petit coup de pied dans la jambe de Fletcher qui lui jeta un regard outré en se tortillant de plus belle.

-Vous savez ce qu'il avait dans doute dans ses affaires, la sale petite fouine ? murmura Maugrey, son œil valide planté sur l'escroc. Quelques affaires à moi qu'il a pensé à voler pendant sa razzia au QG. Ma glace à l'ennemi. Ma malle magique. Tu pensais que tout ça appartenait aux Black, c'est ça Ding ? Et que tu avais des droits dessus ?

Fletcher se contenta de le fixer, le souffle court. Difficile de savoir s'il tremblait ou si le manque de souffle le faisait suffoquer. L'œil de Maugrey était impitoyable.

-C'est de moi que tu te cachais. Tu m'as volé, tu as trahi l'Ordre. Tout ça pour que deux gamins te brûlent ton butin. Une belle morale, n'est-ce pas Pod ?

-Le vol ne paie pas, cita laconiquement Podmore. Amen.

Un sourire sinistre s'étira sur les lèvres de Maugrey. Il s'appuya contre l'antique bibliothèque, ses mains refermées sur le pommeau de sa canne, à fixer Fletcher comme s'il allait le transformer en fouine.

-Mais tous les rats ont leur utilité. Et on a besoin de toi, Ding – comme tu as besoin de nous. Tu sais le nombre de personne qui te cherchaient parce que tu leur devais de l'argent ?

-Décidément, tu te cachais de beaucoup de gens, ricana Podmore.

-Ah. Faisons donc cela. On essuie tes dettes, et je vais faire semblant de te pardonner. A condition que tu utilises ton réseau pour me retrouver les objets que tu as volé ou que tu me répares ce qui est réparable. Tu peux faire ça pour moi Ding ?

Fletcher se dépêcha d'acquiescer avec force et s'en cogna la tête contre les plinthes. Podmore s'avança et enchaina :

-Et on a besoin de tes lumières sur une affaire. On veut ta collaboration pleine et entière, sans condition ni restriction. Ça aussi tu peux le faire Ding ?

De nouveau, il hocha la tête et Podmore échangea un regard avec Maugrey. D'un mouvement souple de baguette, celui-ci libéra Fletcher : les liens se coupèrent en une ligne parfaite et s'affaissèrent sur le sol pendant que l'escroc bondissait sur ses genoux, hors d'haleine.

-Enfin ! Bande de pourris ! Sales gosses ! Comme voulez-vous que j'aide ? Ma baguette a brûlé avec le reste.

Maugrey nous jeta un regard agacé et je me recroquevillais sur ma chaise. A côté de moi, George venait de lever les yeux au ciel dans un geste somptueusement exaspéré et bascula la tête en arrière avec un soupir.

-Je me charge des gamins. Toi avec Pod. On a peut-être de quoi dépanner.

-Allez, lève-toi, grogna Podmore en hissant Fletcher d'un bras par le col. Et par Merlin on va passer par la case douche, tu empestes !

-J'te permets pas ! Tu te souviens de ton état quand tu es revenu d'Azkaban ?

Il en fut quitte pour être malencontreusement envoyé contre le mur du bureau. Face à son gémissement, Podmore esquissa un ricanement et ouvrit la porte. Son ricanement se transforma en véritable rire et il tourna la tête vers nous.

-Hé, vous avez un comité d'accueil !

-Oh non, soupirâmes George et moi en chœur.

Je vrillai une main sur mon visage, épuisée d'avance. Il était parfaitement vraisemblable que Simon soit au QG, il y passait régulièrement ses fins de matinée le samedi, voire la journée. Je jetai un coup d'œil à la jambe tendue devant moi, couverte de pâte verte et mal épilée. Cette dernière constatation faillit arracher une belle flambée sur mes joues.

-Si c'est Bones, dis-lui de rester dans le coin, ordonna Maugrey, confirmant ainsi mon intuition. Il faut que je lui dise deux mots après leur avoir réglé leur compte. Après je lui laisse les miettes de Bennett.

-Alors là, marmonnai-je dans ma main.

L'œil mécanique de Maugrey se vrilla sur moi et j'avalai ma langue. Je glissai un regard inquiet sur la porte que Podmore venait de refermer sur lui avant de me concentrer de nouveau sur l'ancien Auror. Il s'était assis derrière l'imposant bureau d'ébène et consultait de son œil valide un rouleau de parchemin sur lequel s'étendait une colonne de chiffre.

-Avec ces conneries, je vais avoir besoin de liquidité ...

-Bones ? devina George, dubitatif. Il est encore étudiant, qu'est-ce que vous voulez qu'il vous donne ?

Maugrey se fendit d'un ricanement cynique.

-Tu penses qu'on l'a pris pour ses beaux yeux ? C'est un héritier, sa chambre de forte est parmi les plus remplies de Gringrotts ...

-Ce n'est pas le propos, le coupai-je sèchement.

Cette allusion ouverte au véritable statut de Simon me hérissait les poils et je lorgnai l'espace d'une seconde l'expression de George pour être sûre qu'il ne soupçonne pas ce qui se cachait derrière le mot « héritier ». Mais ce que je récoltais, ce fut son regard agacé. Je recentrais la discussion sur nous.

-C'est vrai, admit Maugrey sans quitter le parchemin des yeux. Vous avez quoi à dire pour votre défense ?

-Il fallait qu'on trouve Ding, rappela George avec aigreur. Ça fait des semaines qu'on piétine, la seule chose qu'on sait de Barjow et Beurk c'est que leur commis va mourir d'un cancer du poumon ! Il fallait qu'on avance, qu'on fasse quelque chose, il y en a marre de faire le pied-de-grue dans l'allée des Embrumes en espérant que quelque chose se passe !

Maugrey garda son œil valide sur le parchemin mais darda le mécanique sur George. L'effet était si perturbant que je me trouvais une passion soudaine pour le plafond lambrissé.

-Alors c'est pour ça que tu t'es gardé de parler de ta piste à Podmore qui pourtant était présent au QG ?

-J'ai prévenu Bennett.

Je ne quittais pas le plafond des yeux, mais je sentis le silence se tendre et s'épaissir autour de moi. Mes doigts tripotèrent nerveusement ma montre.

-Le principe de vous mettre en binôme, c'est justement d'éviter ça, Weasley. Que vous fassiez vos coups foireux en solitaire.

-Alors c'est ça, ragea George. Vous ne nous faites pas confiance !

-Non, et on a raison ! Tu vois ce que vous avez provoqué ? Sans vous soucier des conséquences ? Juste pour ramener Ding au bercail ? Qu'est-ce que ce sera face aux Mangemorts si pour ramener Mondingus Fletcher vous faites exploser un appartement !

C'était douloureux comme constat, mais je n'avais pas besoin de Maugrey pour le faire. J'avais eu conscience dès que j'avais lancé mon premier sort d'oubli sur un vieil homme qui ressemblait étrangement à mon grand-père Benedict. Je n'avais jamais travaillé cet enchantement et depuis j'étais hantée par mon dosage. Et s'il avait été inefficace ? Ou pire, si j'avais causé des dommages irréversibles ?

Mais visiblement, George n'avait pas la même vision que moi. Il se leva d'un bond et je fus surprise par l'expression de son visage : fermée, les traits tendus par la colère et sans l'ombre d'un sourire sur les lèvres. C'était la première fois que je voyais l'un des jumeaux si furieux – et pourtant je les avais vu enfermer Graham Montague dans une penderie.

-Alors quoi, on aurait dû continuer de surveiller la boutique jusqu'à ce que mort s'en suive ?

-Tu aurais dû parler de ton tuyau à Pod ! Allez le chercher lui, pas Bennett ! Podmore est là à plein temps pour l'Ordre, il n'a que ça à faire ; Bennett est en seconde ligne, là par intermittence ! Ce n'est pas elle sur qui tu dois compter !

Je me sentis hausser brièvement les sourcils devant la phrase un brin dévalorisante pour moi mais restai coite. Je pensais toujours à la mémoire du pauvre homme et à la baguette de Fletcher. Ollivander était toujours porté disparu : comment retrouverait-il une baguette ?

-Elle s'est très bien débrouillée ! me défendit George.

-Je te l'accorde. Ce n'était pas elle le problème dans cette affaire c'était toi. Tu es impulsif, Weasley et tu cherches à te prouver que tu n'as peur de rien. Dis-moi, mon grand : tu as eu peur devant les Détraqueurs ?

Le visage de George se décomposa complétement et Maugrey esquissa un sourire sadique.

-C'est bien ce que je pensais. Tu as découvert la vraie vie là-bas, Weasley. Tu t'es senti vulnérable et tu essaies de prouver que ce n'est pas le cas. Ce n'est pas en jouant à la tête brûlée que tu nous prouveras que tu es un homme.

-Ce n'est pas ça ! s'exclama George, la mâchoire contractée. Mais je me suis pas engagé pour ...

-Pour quoi ? Surveiller les boutiques, faire des heures de surveillance, s'attaquer aux amis ? Et si, c'est notre job !

-Non ! C'est le job que vous nous donnez parce qu'on est jeune ! C'est du bizutage !

Maugrey frappa du poing sur la table et toute la pièce trembla, moi compris. J'avais conscience d'être coupablement silencieuse et je sentais les regards de plus en plus insistants que George glissait vers moi. Il s'attendait sans doute à ce que je prenne sa défense comme lui avait pris la mienne mais la vérité c'était que j'approuvais chacun des mots de Maugrey. Et ça ne m'avait pas empêché de suivre George.

-Pour qui tu te prends, gamin ? persiffla Fol Œil, les deux yeux braqués sur lui. Tu te penses l'étoffe de tes oncles, peut-être ? Cinq Mangemorts pour les abattre mais ils en sont morts, petit, morts ! Si c'est la gloire que tu veux c'est exactement comme ça que tu vas finir : dans un cimetière ! Tu penses que tu m'as donné envie de te faire confiance, de te confier des tâches plus dangereuses, plus grave ? Mais regarde-toi !

Le vieil homme et le jeune adulte se défièrent quelques secondes du regard. Je me sentais engloutie au milieu de toute cette tension et cette électricité.

-Tu étais déjà sur une mission importante, rappela Maugrey avec sévérité. Ce qui se passe dans cette boutique, ce n'est certainement pas un bal de Mangemort : c'était du sérieux. Ton bizutage, comme tu le dis, était absolument essentiel. Si tu prenais la peine de t'intéresser aux recherches, tu apprendrais que Tonks a appris que Barjow reçoit quotidiennement des liquidités – et des menaces. Pas plus tard qu'hier, Bellatrix Lestrange en personne s'est présentée devant sa boutique. Alors, il est comment le bizutage ?

George ne répondit rien et garda les dents serrées. J'avais l'impression que tout son être s'était vidée de l'adolescent facétieux que j'avais connu à Poudlard et l'idée me donnait envie de pleurer. Maugrey se rassit derrière son bureau et se désintéressa de George devant lui. Peu lui importait de remporter le duel visuel.

-Maintenant, dégage. Je dois dire deux mots à Bennett.

Un tic nerveux agita la joue de George et il n'attendit pas pour faire rapidement volte-face, non sans me lancer d'un ton hargneux :

-Merci du coup de main.

Je fermai les yeux, le cœur lourd alors qu'il quittait la pièce à grand-pas et claquait violemment la porte derrière lui. Je savais que mon silence l'avait pesé autant que les mots de Maugrey mais rien ne m'était venu à l'idée pour le défendre. L'ancien Auror ne m'accordait pas le moindre regard et s'était muni d'une plume pour commencer ses calculs.

-Tu as compris, pas vrai ? Et tu n'as pas eu besoin de moi.

-Non, avouai-je du bout des lèvres. Non, ça m'a semblé ... foireux, dès le départ.

-Alors pourquoi tu as suivi George ?

Je tripotai le bouton de ma montre et décrassai les runes encastrées dans le cadran. Je n'avais jamais songé à les traduire. Celle de gauche signifiait « patiente », j'en étais presque certaine.

-Je n'en sais rien. Il a raison : on patine depuis des semaines, notamment parce qu'on avait besoin de Fletcher. Alors quand il m'a demandé de l'aider, je n'ai pas hésité. J'aurais dû faire quoi, le laisser y aller seul ?

-Non, il aurait sans doute fait pire que mieux, marmonna Maugrey sans cesser de gribouiller. Mais tu n'as pas cherché à prévenir Tonks ou Pod ?

-Tonks travaillait, je le savais. Et Podmore ... (Mes lèvres se pincèrent). Je suis désolée, non ... On devait se presser.

Maugrey cessa d'écrire pour me jeter un long regard pensif. La lueur blafarde des torches se reflétait dans ses cheveux gris pour en arracher des éclats argenté dignes de Dumbledore.

-Je ne sais même pas si je dois t'en vouloir, soupira-t-il, amer. C'est le problème lorsqu'on remplit l'Ordre de membre de seconde ligne – ceux qui ont une activité à côté, qui ne peuvent être là que par période, ponctuellement ... Ce n'est pas le cas de Weasley, il se dégage énormément de temps pour l'Ordre, mais toi tu as ta propre vie à gérer – et il faut que tu la gères, un jour elle pourrait nous être utile. Mais compte-tenu de cela, est-ce que je peux vraiment t'en vouloir de ne pas agir quand tu as l'occasion de le faire ?

Il enroula le parchemin devant lui sur lui-même sans me lâcher du regard.

-Ce n'était pas propre, comme intervention. En plus des conséquences que l'on sait, tu finis blessée. Mais ce n'est pas le pire, dans tout ça. Tu le savais que c'était une mauvaise idée de partir seuls à l'aventure, pas vrai ?

Après quelques instants d'hésitation, je hochai la tête. Les intuitions et les capacités d'analyse de Maugrey m'époustouflaient et en un sens je me retrouvais un peu dans cet esprit psychologique. Il soupira.

-Il faut prendre confiance, Bennett. Prendre confiance pour tenir tête à Weasley. Prendre confiance pour pouvoir partir à l'aventure seule. Parce qu'un jour, tu seras seule et il faudra te débrouiller pour rentrer entière ici. Je ne veux pas avoir Bones sur le dos parce qu'il te sera arrivé quelque chose. J'ai déjà donné avec Edgar la fois où Cassie est rentrée de mission avec la jambe cassée alors qu'elle venait de tomber enceinte.

-Il va falloir arrêter avec ça, rétorquai-je immédiatement. Simon n'est pas prêt d'assumer avec tout le monde, ne le forcez pas. Laissez-moi gérer ce dossier.

Maugrey secoua lentement la tête d'un air désabusé.

-Ah, Bennett ... Si seulement tu avais la même assurance avec tout le monde que tu en as avec ce garçon.

Etrangement, la première image qui me vint à l'esprit fut le baiser que vous avions échangé dans le parc et je sentis mon visage s'empourprer. Mon malaise était accentué par la remarque de Maugrey qui nous renvoyait à une image de couple qui m'était toujours inconfortable. Comme si nous étions Cassiopée et Edgar réincarnés à ses yeux, agencés de manière différente. C'était hautement désagréable. Un sombre sourire retroussa les lèvres fines de Maugrey.

-Mais Remus dit qu'il y a du mieux, il y a donc des motifs d'espoir. Range tes griffes, Bennett, je le laisserais tranquille. Tu veux aller le rejoindre et quand il en aura fini avec toi, dis-lui de passer me voir. L'argent des Croupton dort depuis trop longtemps.

-A vos ordres, marmonnai-je en me levant prudemment.

Maugrey daigna à peine sourire et se replongea dans ses comptes sans attendre. En temps ordinaires, ils étaient tenus par un certain Elphias Doge qui avait malheureusement été envoyé à l'étranger. Je sortis en trainant ma jambe derrière moi et débouchai d'un pas prudent dans le salon. Les éclats de voix me firent rapidement reculer dans l'ombre : George et Fred, en robe magenta de la boutique, faisaient face à leur frère aîné Bill qui s'agitait devant eux avec de grands gestes.

-... Vous avez prévenus ! Attendez que maman l'apprenne ...

-Arrête de mettre maman sur la table, on n'est plus des gosses !

-Vous vous comportez comme tel !

-C'est comme ça depuis dix minutes.

Je sursautai en entendant la voix derrière moi et m'appuyai instinctivement sur ma jambe blessée. Je poussai un gémissement de douleur et un bras fut passée autour de ma taille pour me soutenir. Ce fut en m'appuyant contre son torse que je reconnus Simon. Avec un soupir à mi-chemin entre le soulagement et le désespoir, je laissai aller mon front contre son épaule.

-Salut.

Pendant un affreux instant, Simon resta immobile, statique, acceptant la proximité avec une tension palpable. Puis un soupir s'échappa à son tour de ses lèvres et il passa une main dans mon dos.

-Salut. Comment c'était Swansea ?

-Explosif, tentai-je avec un pâle sourire.

Je m'écartai pour appréhender sa réaction. Lui ne souriait pas : il fixait ma jambe couverte de pâte verte et qui diffusait toujours cette forte odeur d'anis. Gênée, je tentai de tirer les restes éliminés de mon jean pour la couvrir.

-Ce n'est rien, Podmore a dit que ce serait guéri dans deux jours. Il ... il faudra juste que je trouve une excuse pour l'entrainement de lundi.

Je sentis une vague de désespoir m'envahir. J'avais un match samedi prochain, Dalia serait furieuse. Et comment justifier une telle brûlure ? Face au regard insistant de Simon qui ne quittait pas ma jambe, je tentai de le rassurer :

-Je pense que je vais dire que tu as fait une erreur dans tes expérimentations et que tu as enflammé mon jean. Tous ceux qui nous connaissent savent qu'on est capable d'en être réduits à ça ...

-Ne me mêle pas à tes conneries, Vicky, me prévint Simon en détachant enfin les yeux de ma jambe pour le planter sur moi. Surtout que pour le coup ce n'est pas crédible pour deux noises.

-Oui pardon tu ne fais jamais d'erreur ... Aïe !

Il venait de me frapper à l'arrière de la tête et j'y portai la main avec un regard outré. Après ce qui s'était passé ces derniers jours, chacun aurait pu espérer que les coups cesseraient mais les mauvaises habitudes perduraient toujours.

-Simon, je vais bien. J'aurais pu rentrer avec bien pire – et peut-être qu'un jour, l'un de nous deux rentra avec bien pire. Et je viens de sortir de chez Maugrey et j'ai mal à la jambe et je me sens déjà minable : est-ce qu'on peut passer sur l'engueulade qui dit que je suis stupide et moi qui te rappelle que tu l'es tout autant et passer directement à l'engloutissement de chocolat en bonne et due forme ?

-T'es insupportable, marmonna-t-il en levant les yeux au ciel.

-Je sais, tu me l'as déjà dit. Oh, rappelle-moi ce qui s'est passé la dernière fois que tu me l'as dit ?

Ses joues s'échauffèrent pour ma plus grande satisfaction. Je souris mais je sentais qu'il avait des difficultés à pleinement s'épanouir. Malgré mes pitreries, je n'arrivais pas à m'arracher de l'esprit le regard vague du vieil homme quand j'avais jeté le sort d'oubli. Simon parut sentir tous mes non-dits, juste avec ce simple sourire qui n'était que façade. Et il était le plus à même de deviner ce qui se cachait derrière le masque. Son regard s'adoucit alors et la main qui venait de me frapper glissa lentement vers la mienne. Je nouai mes doigts aux siens et une chaleur bienfaisante se diffusa dans ma poitrine.

-Très bien, céda-t-il avec un sourire penaud. On va manger du chocolat.

-On ? répétai-je, vaguement amusée. Je ne crois pas t'avoir invité ...

-Je m'invite tout seul.

Un sourire attendri s'étira sur mes lèvres. L'idée était tentante mais mon regard effleura la porte du bureau que je venais de quitter et l'étouffa dans l'œuf.

-Maugrey t'attend. Il veut parler argent, je crois. Bon sang, j'ai intérêt à avoir un cadeau exceptionnel pour mon anniversaire, monsieur le riche héritier !

-Je savais que tu ne t'intéressais à moi que pour mon compte en banque !

Sa mine faussement indignée m'arracha un éclat de rire et je tirai sur sa main pour l'attirer à moi. Il parut hésiter un instant et jeta un regard circulaire avant de céder et s'incliner doucement sa tête sur moi. J'attendis, statique, les yeux mi-clos comme sur le sofa de la maison des Bones jusqu'à ce que ses lèvres se pressent contre mon front, sur le premier morceau de peau qui fut à leur portée, un peu excentré à gauche. La chaleur se diffusa depuis ce point dans tous mes pores et réchauffa mon cœur meurtri et gelé. La pression s'alourdit et je le sentis presque se reposer sur moi dans ce baiser, sobre, même pas sur les lèvres mais dont je sentais toute la force, toute la sincérité. Un sourire absurde m'échappa quand il se détacha doucement pour poser sa joue contre mon crâne et dans un élan naturel je me laissai aller contre lui. Son souffle lourd se répandait douloureusement dans mes cheveux et faisait voler les mèches folles à intervalle irrégulier.

-Je reviens dans cinq minutes, souffla-t-il en serrant mes doigts. Et après, séance films et chocolat chez les Bennett.

***


Voilà ! Alors verdict de ce chapitre?
annabethfan

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par annabethfan »

Un moment hors du temps, coincé entre les hêtres qui arboraient le parc dans lequel nous avions joués petits.
Coincée entre les jambes de Simon oui *smiley toi même tu sais lequel*
C'était pour ce parc que je m'étais accroché à lui à Poudlard : il était la seule personne qui connaissait la gamine de Terre-en-Landes. Et ici, il était le seul à connaître la sorcière.
Je trouve cette double facette tellement intéressante, vraiment !
Heureusement que seules les étoiles furent témoins du sourire qui ne quitta pas mes lèvres jusqu'au retour.
Perso y'a mon écran qui doit juger mon sourire niais :lol:
-Tu sais, ça me fait plaisir que tu saches, lança-t-elle de façon abrupte. Que tu comprennes tout. J'ai l'impression qu'on peut enfin en parler plus librement, ça fait un bien fou ...
On peut la juger d'être si en colère et amère, mais en vérité ça n'a pas du être si facile, surtout avec les années quand le traumatisme prenait de l'ampleur. Je pense que ça a grignoté littéralement la vie de famille ou du moins la relation que Caroline pouvait avoir avec sa mère.
-Si tu savais ... J'ai quelques souvenirs, moi. De Spencer, de Matthew, de tante Cassie qui prenait Simon dans ses bras ...
Y'a pas, ça fait mal à chaque fois.
L'ironie du sort, c'est qu'on m'a martelé toute mon enfance que les Bones étaient une lignée de femme forte et c'est l'héritier qu'on portait aux nues.
Techniquement elle aurait pu être l'héritière... C'est glaçant.
Ca me fait penser que faudrait que je travaille cette idée d'hériter pour Matthew. Et j'ai presque envie de faire un parallèle avec Sirius, genre qu'il lui en parle à demi-mot un jour. A voir comment je pourrais intégrer ça dans ATDM...
Ce fut un véritable supplice de réprimer le rire qui montait dans ma poitrine quand je me rappelais que Simon n'avait jamais aimé embrasser Octavia ... contrairement à moi.

Allez cette pointe d'orgueil ne fait pas de mal haha
-Je ne suis pas sûre que ça ait été concluant. Demande-lui quand il reviendra.
Comment elle lui refile le truc sans pitié :lol:
-Je sais. Râh, je déteste Simon ! Qu'il emballe son Adrianne, qu'elle nous laisse la clef des archives !
Mes sourcils se sont envolés et j'ai éclaté de rire :lol: :lol:
-Tu vas l'avoir souvent cette couleur de joue ? Genre ce rouge-là ?
Mais quel petit con :lol:
Quelque chose dans mon ton fit perdre son sourire à Simon et sa prise sur mon bras se raffermit. Il descendit d'une marche pour se pencher vers moi et chuchoter :
Je sais pas pourquoi mais je le vois tellement sexy à cet instant. Simon n'est jamais plus sexy que quand il s'inquiète pour Vic ^^
-Avec Ding ? Inutile. J'ai travaillé avec lui, je le connais. Je saurais gérer.
On appelle ça la méthode à la Weasley. Ron aussi le fait (et heureusement il a Hermione haha)
-Pas s'il pense que tu es un Mangemort, rétorquai-je, exaspérée. Ou pire, Fol Œil !
:lol: :lol: :lol:
-Ding ! Quel plaisir incroyable de revoir ta vieille tête d'alcoolique.

-T'es lequel, toi ? Et il est où ton double ?

-Tu ne vérifies même pas si je peux être l'un desquels ?
Ce dialogue :lol: :lol: :lol:
DU GENIE
Mu par un très stupide instinct, je coinçai mon pied dans l'ouverture et il se retrouva violemment heurter par le battant. Je ne pus retenir un cri et évacuai la douleur en donnant un coup d'épaule sur la porte. Je m'attendais à une résistance mais je fus au contraire emportée par mon élan et faillis m'étaler de tout mon long sur le lino crasseux de l'appartement.
Je trouve cette scène hyper visuelle et bien écrite, franchement bravooooo
Ma jambe brûlée refusait de m'obéir et mon pied douloureux peinait à soutenir mon poids.
Je trouve que cette idée de boîte brulante est brillante ! Ca ajoute de l'action et ça marque l'esprit, franchement superbe idée !
-Vous êtes des imbéciles.
Du Maugrey dans le texte assurément !
Pour lui dire que mes gamins ne savent pas faire les choses proprement !
Mes gamins
Je trouve ça chou en vrai
-On n'était pas censé savoir qu'il y aurait des explosifs !

-C'est chez Ding, évidemment qu'il y avait des explosifs, crétin ! grogna Podmore.
:lol: :lol: :lol:
Quelques affaires à moi qu'il a pensé à voler pendant sa razzia au QG. Ma glace à l'ennemi. Ma malle magique. Tu pensais que tout ça appartenait aux Black, c'est ça Ding ? Et que tu avais des droits dessus ?
Déjà je trouve l'idée que Ding a volé des affaires des membres de l'Ordre au QG très bonne, et en plus la malle et la glace ça fait un souvenir du tome 4. Elles auraient pu appartenir aux Black en vrai ça aurait leur style :lol:
Il en fut quitte pour être malencontreusement envoyé contre le mur du bureau.
J'ai pouffé :lol: :lol:
Je jetai un coup d'œil à la jambe tendue devant moi, couverte de pâte verte et mal épilée. Cette dernière constatation faillit arracher une belle flambée sur mes joues.
C'est tellement random mais réaliste, je t'adore Perri :lol:
Podmore est là à plein temps pour l'Ordre, il n'a que ça à faire ; Bennett est en seconde ligne, là par intermittence ! Ce n'est pas elle sur qui tu dois compter !
J'aime nos brainstorming sur la hiérarchie de l'Ordre !
-Pour qui tu te prends, gamin ? persiffla Fol Œil, les deux yeux braqués sur lui. Tu te penses l'étoffe de tes oncles, peut-être ? Cinq Mangemorts pour les abattre mais ils en sont morts, petit, morts ! Si c'est la gloire que tu veux c'est exactement comme ça que tu vas finir : dans un cimetière ! Tu penses que tu m'as donné envie de te faire confiance, de te confier des tâches plus dangereuses, plus grave ? Mais regarde-toi !
Cette réplique !!!
Je suis glacée... Je sais pas, c'est le ton, le "petit", la mention à Fabian et Gideon, le rappel de leur mort par cinq mangemorts... C'est superbement écrit, vraiment.
-Merci du coup de main.
Ca aussi c'est glaçant...
Je crois que je suis pas habituée à voir George si sérieux.
En tout cas, toi qui avais peur de pas assez faire intervenir l'Ordre, je trouve que cette scène compense largement. Elle est d'une justesse et d'une puissance incroyable !
-Ah, Bennett ... Si seulement tu avais la même assurance avec tout le monde que tu en as avec ce garçon.
Elle est belle cette phrase !
e poussai un gémissement de douleur et un bras fut passée autour de ma taille pour me soutenir. Ce fut en m'appuyant contre son torse que je reconnus Simon. Avec un soupir à mi-chemin entre le soulagement et le désespoir, je laissai aller mon front contre son épaule.
I am une flaque
-Je savais que tu ne t'intéressais à moi que pour mon compte en banque !
:lol: :lol: :lol:

Super chapitre !!
Quetzalbleu

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

2 CHAPITRES D'UN COUP AAAAAAA
Je vais faire court mais bref j'adore l'intrigue, les personnages, et évidemment Simon et Vic (je suis en pls ils sont si chou et soft et goals et omg je fonds je les aime djsklfns *s'évapore*) - les scènes sont toutes incroyables et je suis toujours aussi contente de voir autant les jumeaux, je trouve qu'on fait rarement un focus sur eux en général et c'est dommage, mais là je suis servie (cette phrase est beaucoup trop longue). Au passage petit moment d'appréciation de l'existence d'Octavia, juste comme ça (une queen cette femme).
Merci pour ces chapitres et bezouuus
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

HELLOOOOOOOOOOO

Bon je ne commente pas le chapitre 27, je l'ai fait par mail héhé

A L AVENTURE COMPAGNOOOOOON
J'aurais pu rester des heures dans le parc
Et pourquoi tu l'as pas fait ??
Nous avions atterri hilare dans son jardin et une fois à l'intérieur c'était Caroline qui avait sonné le glas de notre moment privilégié
MAIS VAZY CAROLINE

Elles me font trop marrer à squatter chez les Bones comme ça quand même
-Tu sais, ça me fait plaisir que tu saches, lança-t-elle de façon abrupte. Que tu comprennes tout. J'ai l'impression qu'on peut enfin en parler plus librement, ça fait un bien fou ...
Oooooh inattendu ça
-Si tu savais ... J'ai quelques souvenirs, moi. De Spencer, de Matthew, de tante Cassie qui prenait Simon dans ses bras ...
Roh la pauvreT.T
Elle se munit de sa plume et ratura une ligne sur son parchemin – sans doute « s'épandre sur son complexe d'infériorité vis-à-vis de son frère/cousin à la meilleure-ennemie de celui-ci »
Tu m'as bien fait marrer :lol:
J'aimais beaucoup la sensation des touches qui s'enfonçaient sous mes doigts et du bruit du marteau qui frappait le feuillet pour y imprimer mes pensées
Et ça m'intrigue, elle rédige tout d'un jet ?
-Vraiment ? Il s'est creusé la tête ... Bon sang, Bennett, je ne répèterais jamais à quel point tu es chanceuse ...
C'est marrant qu'elle capte pas :lol:
-Je ne suis pas sûre que ça ait été concluant.
poueheheheheh
-Hum, ça s'est bien passé ...
ça sent un peu l'embrouille cette réponse
Ce fut ainsi que je heurtais Simon qui venait de poser le pied sur le perron
WELL HELLO THERE
un simple jean et un tee-shirt. C'était la première fois que je voyais George Weasley accoutré de la sorte et cela me causa un tel choc que je m'immobilisai brusquement, les yeux écarquillés.
C'est tellement évident pour moi que sa réaction m'a fait bizarre :lol:
George me tapota l'épaule et s'en fut immédiatement ouvrir la porte. Je prestai contre son impatience et tentai de le rattraper mais il disparut immédiatement dans le couloir sur lequel elle s'ouvrait.
Ah oui il perd pas de temps ce garçon
Le deuxième étage était tout aussi lugubre que le Hall, l'odeur d'urine en moins
C'est déjà ça j'ai envie de dire
-Bon sang, Weasley !

George n'eut pas le temps de tirer sa baguette qu'un bruit d'explosion émanait de l'intérieur de la pièce et le souffla pour le projeter contre le mur d'en fac
Ah mais attends, elle a été déclenchée par quoi l'explosion alors ?C'est Ding ?
Ah nan mais c'est bon j'ai compris haha, j'avais oublié que Vic ne voyait pas DIng, donc pour elle ça vient juste de l'intérieur
BREF
nsevelie sous les cartons dont certains commençaient à dangereusement fumer,
SYMPA

Ok c'est la 2e fois que je lis ce chapitre et c'est vrai que c'est quand même pas mal leur faute tout ça :lol:
-Vous êtes des imbéciles.
Welp....
Quelques affaires à moi qu'il a pensé à voler pendant sa razzia au QG. Ma glace à l'ennemi. Ma malle magique.
Eh ben ça doit pas être en très bon état :lol:
Il en fut quitte pour être malencontreusement envoyé contre le mur du bureau.
Pouahahahaha
plus sérieusement je ne suis passûre de trouver Podmore très sympathique
-Si c'est Bones, dis-lui de rester dans le coin, ordonna Maugrey
Même lui sait qu'ils sont en couple :lol:
Qu'est-ce que ce sera face aux Mangemorts si pour ramener Mondingus Fletcher vous faites exploser un appartement !
ce qui est mocche c'est qu'il a complètement raison
J'avais l'impression que tout son être s'était vidée de l'adolescent facétieux que j'avais connu à Poudlard et l'idée me donnait envie de pleurer.
Mais tellement T.T T.T
non sans me lancer d'un ton hargneux :

-Merci du coup de main.
mais nooon vous disputez paaaaas
Simon n'est pas prêt d'assumer avec tout le monde, ne le forcez pas. Laissez-moi gérer ce dossier.
je crois que la première fois que je l'ai lu, j'ai cru qu'elle parlait de leur relation et j'ai bien bugué :lol:
Pendant un affreux instant, Simon resta immobile, statique, acceptant la proximité avec une tension palpable.
parce qu'il est gêné par le contact ou parce qu'il est énervé contre elle ?
Oh, rappelle-moi ce qui s'est passé la dernière fois que tu me l'as dit ?

Ses joues s'échauffèrent pour ma plus grande satisfaction.
pouehehehhe bien ouej
-Je m'invite tout seul.

Un sourire attendri s'étira sur mes lèvres. L'idée était tentante mais mon regard effleura la porte du bureau que je venais de quitter et l'étouffa dans l'œuf.

-Maugrey t'attend. Il veut parler argent, je crois.
NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOn je veux qu'ils passent du temps ensemble !
Un sourire absurde m'échappa quand il se détacha doucement pour poser sa joue contre mon crâne et dans un élan naturel je me laissai aller contre lui.
Il est tellement chou quand il pose sa joue sur ses cheveux :( :( :(
-Je reviens dans cinq minutes, souffla-t-il en serrant mes doigts. Et après, séance films et chocolat chez les Bennett.
et les câlins ????

j'ai peut-être pas beaucoup commenté parce que je l'avais déjà lu mais la partie affrontement était top ! Vraiment bien rythmée, avec ce qu'il faut de baston et d'effets spéciaux haha
L'engueulade de Maugrey était moche à lire mais par ailleurs super intéressante vis à vis du développement de tous les persos
et Simoooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon <3
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

I'm LAAATE SORRY

Non mais je suis perdue avec mes postes sur BN, y'a du décalage là. Je vais essayer d'arranger ça.
MAIS EN ATTENDANT CHAPIIIIIITRE ! Bonne lecture <3

(Et la citation est issu d'un film que j'adore, mais qui contient l'une des scènes qui me brise le plus le coeur du monde, voilà. Il est disponible sur Netflix)


***


Je crois que tout se résume à un simple choix, en réalité. Dépêche toi de vivre ... ou dépêche-toi de mourir.
- Andy Dufesne
Les évadés
***




Chapitre 29 : « Dépêche-toi de vivre ... ».

-Est-ce que je suis vraiment obligée de venir ?

Alexandre soupira et reporta son attention sur le piano qu'il accordait. C'était un vieil engin qui avait appartenu aux grands-parents de mon père et qu'il avait récupéré pour son déménagement dans la banlieue de Bristol. Pas d'appartement, mais une petite maison pour Melania et lui, décorée avec goût et dont le jardin était ombragé par un saule pleureur. On sentait que la sorcière avait apporté sa touche : le bric à brac qui avait constitué l'appartement d'Alexandre avait disparu au profit de meubles en bois clair et de sofa d'un vert qui n'était pas sans rappeler celui de Serpentard. Un chaudron trônait au milieu de la cuisine où hurlait le poste radio que mon frère s'était offert à ses dix-huit ans. Dans la penderie dans le hall, les capes se mêlaient aux vestes en cuir et dans le garage la vieille moto d'Alexandre côtoyait le balai de course de Melania dont elle ne parvenait pas à se séparer. Elle n'avait pourtant jamais joué au Quidditch, mais elle adorait voler. Plus j'observais la petite maison qui commençait à prendre des airs de foyer, plus je l'aimais. Un mélange parfait et élégant de culture moldue et sorcière.

Alexandre prit un instrument pour tirer l'une des cordes du piano.

-Oui, ce serait bien Tory. C'est juste un thé et il y aura peut-être la copine d'Ulysse ...

-Et Thalia Selwyn, rappelai-je avec aigreur.

Il me jeta un regard agacé et donna un coup rageur qui permit de tendre la corde.

-Oui, je sais. J'ai passé noël avec elle je te rappelle. Tu peux appuyer sur le « la » ?

-Hein ?

-La première touche à droite des trois touches noires.

Un peu déboussolée, je m'exécutai et la corde vibra d'une note claire. Je n'avais aucun rythme mais j'avais l'oreille assez musicale pour reconnaitre la justesse. Alexandre aussi car il hocha la tête d'un air satisfait.

-Parfait, le « si » maintenant ...

-J'oublie parfois que tu es un musicien dans l'âme, maugréai-je en m'accoudant au piano. Pourquoi ce n'est pas à toi que papa a donné la guitare ?

-Parce que je ne jouais pas de guitare, moi, je me débrouille juste au piano. Tu peux appuyer sur la touche d'à côté ?

Le « si » claironnait moins et Alexandre s'appliqua à raidir la corde pour en tirer le son le plus juste possible. L'intérieur était gorgé de moutons de poussières et d'araignées mortes, aussi me dépêchai-je de nettoyer tout ça d'un coup de baguette pour éviter que mon frère n'en avale une.

-Merci, soupira-t-il après une petite toux. Je voudrais finir ça avant l'arrivée de Mel ...

-C'est pour elle ?

Les joues d'Alexandre prirent une teinte rosée et il s'attaqua à une autre corde.

-C'est son anniversaire demain – c'est pour ça qu'on est invité à boire le thé chez les Selwyn. C'est une grande pianiste, je voulais lui faire plaisir. Bon, ce n'est pas le magnifique piano à queue qu'elle a chez elle ...

-Elle va adorer, le rassurai-je en laissant mes doigts courir le long du clavier. Et il faudra que maman soit là quand on va dire à grand-mère Anne que le piano de sa mère se trouve maintenant chez toi aux mains d'une sorcière.

Cette fois, Alexandre éclata d'un rire franc qui sembla chasser ses doutes quant à son cadeau. Il poursuivit son accordage et moi je m'efforçai de rendre au bois terni son éclat d'antan. C'était un piano droit qui datait de 1908, appris-je en décrassant la plaque d'or près des pédales de cuivre. Je réparai le pupitre de bois chaud incrusté dans le coffre. Pour redonner de l'éclat aux touches d'ivoire, je dus consulter les livres de magie de Melania qu'elle avait rangé dans une bibliothèque à l'étage mais j'y parvins à la troisième tentative – la première avait rendu les touches bleues. Quand Alexandre acheva de l'accorder et referma le coffre, il semblait comme neuf.

-Incroyable, souffla-t-il. Je te revaudrais ça.

-En me dispensant de thé chez les Selwyn ? proposai-je avec un sourire mutin. Allez, je n'aime même pas le thé, en plus !

-Tu vas laisser papa et maman seuls avec Thalia Selwyn, c'est ça que j'entends ?

Ma grimace fit ricaner Alexandre et il ébouriffa mes cheveux avec un sourire triomphant en comprenant qu'il avait trouvé l'argument qui me ferait plier. Puis il ouvrit le clavier et laissa ses doigts effleurer les touches avant de les frapper. Ça manquait de fluidité mais je reconnus parfaitement La lettre à Elise de Beethoven qui sonnait parfaitement et s'élevait avec grâce et mélancolie. Je m'appuyais contre le piano et observai les doigts de mon frère courir contre le clavier sans que ses yeux ne les commandent : il regardait dehors, comme si les notes étaient inscrites dans le ciel.

-Tu n'as pas perdu la main, fis-je remarquer lorsque la dernière totalité s'évanouit dans l'air.

-Arrête, je connais trois morceaux parce que mon prof de musique me les a appris au collège, maugréa-t-il en refermant le clavier. Je ne sais même pas lire une partition.

-Tu pourrais. Tu as l'oreille musicale, plus que moi ...

Ma seule qualité musicale demeurait le chant mais malgré son scepticisme affiché, je savais que ce n'était pas le cas de mon frère. C'était un intuitif et un manuel. Si Alexandre avait choisi la mécanique, c'était qu'il avait de l'or dans ses mains – et son accordage précis et express le prouvait encore. Petit déjà il avait été tactile, toujours à tout toucher, tout ressentir, tout casser mais pour avoir le plaisir de réparer les choses. C'était exactement ce qu'il s'était efforcé de faire avec notre famille : la maltraiter, la briser, l'enflammer mais pour ensuite jouer les traits d'union, la force réunificatrice autour du souvenir et de l'humour. Comme moi il avait un bel esprit d'analyse, mais plus pratique qui lui donnait l'intuition nécessaire pour comprendre les objets et en tirer le meilleur. Il y avait un côté créateur chez lui qui s'était exprimé dès qu'il avait retapé sa moto seul à l'âge de dix-huit ans et qui expliquait qu'un grand benêt incapable du moindre discernement comme lui soit sensible à la musique. Plus qu'une question d'oreille, c'était une question de toucher et ça ne me surprenait pas qu'il ait été attiré par ce long clavier de noir et de blanc.

Il recouvrit le piano d'un grand drap et le poussa à la force des bras contre un mur nu.

-On verra, trancha-t-il en se frottant les mains. Peut-être que Mel voudra bien m'apprendre. On se prend une bière ? Et quand est-ce que le crapaud vient voir ma maison ? J'ai l'impression de ne plus jamais le voir, lui ...

Je haussai les épaules en le suivant dans sa petite cuisine. L'espace avait été quadrillé avec un mur laboratoire dédié au chaudron et à la magie et un autre mur plus pratique avec les plaques de cuisson et l'évier. Il me jeta un regard insistant pour me rappeler sa question et je m'efforçai de ne pas paraître gênée. J'ignorais complétement comment mon frère pourrait réagir face à l'évolution de ma relation avec Simon. Globalement, il n'avait jamais été l'archétype du grand frère protecteur qui regardait de travers chaque garçon qui s'approchait de sa petite sœur, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne s'y intéressait pas. Mais ce n'était pas n'importe quel garçon. C'était Simon et ça rebattait les cartes pour tout le monde. Je savais qu'Alexandre l'adorait, qu'il était presque comme son propre petit frère – et je me fis la réflexion que c'était peut-être le souvenir de ses grands frères et particulièrement du turbulent Matthew que Simon avait pu chercher chez Alexandre. De là à comprendre ce qui se jouait entre nous en ce moment ... ? Je l'ignorais totalement. Je ne préférais pas me poser la question pour l'instant, mais je savais que mon frère serait mon premier test quand je serais enfin en confiance avec Simon.

-Je lui dirais de passer, promis-je à Alexandre qui continuait de me fixer. Mais il est sur plein de projet dans son école c'est peut-être pour ça aussi, même moi je le vois beaucoup moi ... Presque moins que lorsqu'on était à Poudlard.

-Pauvre chérie, tu n'as plus ton souffre-douleur sous la main, railla Alexandre en me tendant une bière. Bah, je vais finir par aller le chercher par la peau du cou.

-Vous n'avez pas fini les cartons ?

Je donnai un coup de pied dans l'un d'entre eux, remplis de bocaux et d'ustensiles de cuisines. Alexandre haussa les épaules.

-Oui, il en reste beaucoup. On n'est pas encore sûr de rester ici, on n'a pris cette maison dans l'urgence ... On envisage même de partir de Bristol.

-Vraiment ? m'étonnai-je. Pourquoi, je pensais que tu adorais la ville ... ?

Mon frère grimaça et prit une longue gorgée de bière. Son regard se perdit dans la fenêtre qui donnait sur le jardin et le saule pleurer.

-Je n'en sais rien. Oui j'étais content de partir en ville et d'enfin quitter la campagne ... Mais je ne sais pas, maintenant que je n'y suis plus, elle me manque.

-Oh ... Tu veux qu'on fasse comme Chloé et qu'on accroche une photo des champs de Terre-en-Landes ici ?

-Très drôle. Mais non, ce n'est même pas Terre-en-Landes qui me manque. C'est gênant pour Mel d'être ici : elle ne peut quasiment pas faire de magie, on vit à côté de trop de moldus, ça la bride. Et ... je ne sais pas, il y a quelque chose qui me manque. L'espace. L'impression de liberté, loin du regard des gens et des flics qui grouillent de partout. Non, je ne fais rien d'illégal, insista-t-il lorsque je recrachais ma gorgée de bière, prise de court. Enfin, presque ...

Il tapota sa bouteille de verre, l'air indécis. De nouveau, ses joues avaient rosies.

-Il y a quelques semaines, on s'est tapé un délire avec Mel. J'ai pris ma moto et elle a pris son balai et on s'est trouvé une route au Pays-de-Galles, complétement isolée qui serpentait dans les collines. Pas loin, juste de l'autre côté du canal de Bristol ... On est parti en fin d'après-midi et c'était extraordinaire. On avait l'impression d'avoir le monde pour nous, de pouvoir nous afficher moi comme moldu et elle comme sorcière sans que ça n'ait aucune importance. Tu la verrais voler, on dirait un oiseau ... J'ai failli louper un virage à la regarder – il est là le côté illégal, il se pouvait que j'étais à cent-cinquante kilomètre-heure.

-Je peux vivre avec ça, hoquetai-je, la gorge toujours obstruée. Mais du coup ... Tu veux vivre dans une maison éloignée de tout pour pouvoir laisser Mel être une sorcière et toi continuer de rouler à cent-cinquante kilomètre-heure sans que personne ne te mette d'amende ou te regarde comme si tu avais perdu la tête ?

-Tu as parfaitement résumé ça. Ah et avoir des poules aussi. Mel veut un chat, il faut que je trouve des arguments contre et les poules ça me semble bien.

Un sourire attendri effleura mes lèvres et je m'appuyais à ses côtés contre le meuble, ma bouteille de bière à la main. Les yeux d'Alexandre s'était mis à étinceler quand il avait raconté leur escapade galloise. Il y avait quelque chose de parfaitement eux dans cette anecdote, dans ce désir de liberté, de s'élever et pour la première fois j'arrivais à voir un dénominateur commun à ce couple des plus atypiques.

-Je suis contente de te voir comme ça. Ça fait du bien.

-C'est clair que je n'étais pas dans le même état l'année dernière, ricana Alexandre sans se départir de son sourire.

Le rappel fana le mien et je pris une gorgée de ma bière pour éviter d'avoir à renchérir. Mais Alexandre parut lire mon malaise et me donna un petit coup d'épaule.

-Allez, je suis désolé, pardon. On n'a dit qu'on en parlait plus. C'est juste que ... je suis content que ça se soit arrangé. Qu'on ait trouvé un équilibre. Même avec toi, moustique.

-Depuis quand je suis un moustique ? m'indignai-je. J'étais un moustique quand j'avais dix ans ! (Je finis ma bière et consultai ma montre). Bon, je vais y aller, je suis crevée ...

-Je vois ça, tu as une tête à faire peur ...

-Dalia m'a collé des entrainements tous les jours pour que je sois prête pour le match dimanche. Dimanche soir, je m'effondre comme une masse.

-Amen sa sœur.

Nous échangeâmes un regard complice, le genre de regard qui m'avait manqué pendant le laps de temps qu'il lui avait fallu pour me pardonner. Définitivement radoucie, je passai mon bras autour de sa nuque et le forçai à l'incliner la tête pour que je puisse plaquer un baiser sur sa joue mal rasée.

-Je te ramène ton crapaud dans la semaine, ça fait un moment qu'il n'a pas sorti le nez ses bouquins, lui promis-je avec un sourire. A plus !

Je lui adressai un dernier sourire et sortit dans son jardin. Il n'était pas grand et la moitié était mangé par une terrasse mais des haies me masquaient des voisins. La dernière fois que j'étais venue, Mel m'avait indiqué que le coin droit n'était pas concerné par le sortilège anti-transplanage et je m'y dirigeais rapidement. En me retournant, je pus voir l'œil gris de mon frère fixer sur moi, une seconde avant que ma magie ne m'emporte. J'atterris près du ruisseau, à l'abri d'une haie avec pour seul témoin un couple d'hirondelle qui me toisèrent l'œil perplexe. J'avais décidé de transplaner assez bas sur la colline mais ça me permettait de marcher un peu.

Mes mains se perdirent dans mes poches et j'en retirais la lettre d'Emily que j'avais reçue ce matin, sans avoir le temps d'y répondre avant mon entrainement. Elle m'avait bouleversée et c'était pour cette raison que j'avais tenu à aller me changer les idées avec mon frère.

Salut Vic',

Je suis encore désolée de ne pas avoir répondu à ta dernière lettre mais on a un petit problème en ce moment ... Mon oncle est mort cette semaine – le père de Gillian ... Quand ma tante est rentrée de chez ses parents, elle a trouvé la marque des ténèbres flottant au-dessus la maison ... C'était un Sang-Pur, tu comprends ? Mon père aussi mais ma mère est de Sang-mêlé, et surtout c'est le cadet de la famille ... Mon oncle, c'était le véritable chef, celui qui avait les clefs de la politique et des finances familiales. On pense que des Mangemorts ont tenté de le recruter mais qu'il a refusé ...

OK, désolée pour la tâche de larme. C'est juste très dur en ce moment, j'ai l'impression de voir la réalité en pleine figure. Roger est revenu hier soir en tremblant : il a eu le cas d'un petit garçon mordu par un loup-garou ... il est arrivé dans un sale état et il a succombé à ses blessures ... J'ai cru que je n'arriverais jamais à le calmer. J'ai voulu qu'il n'aille pas à Ste-Mangouste aujourd'hui mais ils ont besoin de lui : des blessés arrivent tous les jours, plus que d'habitude.

Ça me met en colère, Vic'. Contre moi, contre tout le monde, contre Fudge qui nous a fait perdre du temps l'année dernière et la troupe de mouton qui l'a suivi dans sa connerie. J'ai vu Gillian hier, complétement éteinte et je me suis rappelée toutes les fois où on s'est crêpées le chignon pour rien ... ça remet les choses en perspectives. Miles était là aussi, il a été adorable avec elle. Le pauvre, toutes ses copines subissent un processus de deuil ... Au moins il est habitué.

Bon, je vais aller me reposer je n'ai pas dormi depuis trois jours. Juste ... Je sais que tu préfères prendre ton temps avec Simon, être certaine, observer mais ... Regarde ce qui se passe autour de nous. Regarde ce qui est arrivé à Amelia Bones, regarde ce qui tourne autour de toi avec les Selwyn. La vie est courte, mais elle l'est encore plus aujourd'hui, Vic'. Dépêche-toi de vivre.

Passe quand tu veux, ça nous remontra le moral. Prends soin de toi.

Em'.


***


-Waho.

Simon était accoudé à la table de ma cuisine, les bras posés de chaque côté de la lettre qu'il relisait pour la troisième fois. Dans un autre registre, il m'avait confié une lettre que Susan m'avait adressée.

C'est HORRIBLE de se désartibuler !

Bonjour au fait.

Mais c'est HORRIBLE je te jure j'ai cru que je ne retrouverais jamais de sensation à la jambe ! Et j'ai l'impression que ça me bloque, j'ai tellement peur que ça arrive de nouveau que je n'y mets pas tout mon cœur. Bon sang comme c'est chiant comme cours, je te jure ! Simon m'a dit que vous aussi c'était la demi-portion et ses 3D ! Pourquoi les jumeaux Weasley n'en ont pas fait un bouc émissaire style Ombrage ? On en aurait été débarrassé ! Je pense que je vais attendre les vacances pour prendre des cours avec Simon, ce sera un professeur plus efficace. Quitte à devoir payer plus cher pour avoir mon permis.

Bref. J'espère que tout va bien chez toi, mais ça semble s'être calmé j'ai l'impression de nôtre côté. Est-ce que c'est une bonne nouvelle, je ne sais pas. Ça veut dire qu'ils sont plus actifs ailleurs ... La tante de Judy Summerby a été attaquée, apparemment ... Tu devrais peut-être lui envoyer une lettre, elle ne se sent plus très bien depuis et le match contre Gryffondor est dans trois semaines. D'ailleurs, tu pourrais peut-être carrément venir, non ? Car autre MERVEILLEUSE nouvelle : notre sortie à Pré-au-Lard a été annulée ! Rien que ça, on n'a plus le droit de sortir ! Il parait que quelque chose s'est passé à la Tête de Sanglier, on n'en sait pas plus. Bref, ne t'y pointe pas, tu ne me verras pas. Et comme Slughorn a enfin cessé de faire ces « petits soupers », je n'ai pas d'autres moyens de vous attirer à Poudlard que le Quidditch ! Allez, peut-être que pour toi Dumbledore dira oui ! Tu étais Capitaine, tu es une joueuse des Tornades. Et prends Simon dans ta poche, s'il te plait, je suis sûre qu'il y tient !


-Elle dit que tu tiens dans ma poche, dénonçai-je à Simon avec un sourire.

Il leva les yeux au ciel et se reconcentra sur la lettre d'Emily pendant que j'achevais ma lecture, nostalgique. La voix volontaire de ma petite Susan se superposait aux mots couchés sur le papier :

Bref, voilà mon plan ! Et bien sûr je reviendrais pour les vacances de Pâques, examens ou non. J'ai l'impression qu'on est plus que d'habitude à rentrer cette année : on a tous peur de perdre quelqu'un pendant qu'on est coincé ici ... Et puis certains ont même peur d'être attaqué, même si rien ne se passe depuis Katie Bell. Elle est toujours à Ste Mangouste, on a peu de nouvelle ... Tu crois que Roger en aurait ?

Je te renverrais vite une lettre. Vous me manquez beaucoup. Hannah va un peu mieux et je m'entends de mieux en mieux avec Padma mais ... je ne sais pas. Anthony par exemple, je parle de moins en moins avec lui depuis noël ... Il faut croire que je me faisais des illusions. Ce n'est pas grave, ce sera pour le prochain !

(S'il te plait ne montre pas cette dernière phrase à Simon. Il va flipper. Tu gardes toujours un œil sur lui, pas vrai ?)

Je t'embrasse ! Et viens au match, par pitié !

Susie(-jolie, mais juste pour toi !)


-Ta sœur est d'un adorabilité sans limite.

-Je sais, fit Simon en levant les yeux de la lettre d'Emily. Elle t'a parlé de la sortie annulée ?

Je hochai la tête, peinée. Pour tous les élèves de Poudlard, la sortie trimestrielle à Pré-au-Lard était une véritable bulle d'air et de liberté, l'occasion de toucher du bout des doigts le monde extérieur qui semblait si irréel coincé entre les murs du château. Dans un contexte encore plus pesant, l'annulation de la sortie devait être un véritable coup de massue. Les doigts de Simon jouèrent avec les coins de la lettre d'Emily. Sa lecture m'avait forcé à lui avouer qu'Emily avait été ma confidente, mais il n'avait pas eu le temps de le relever, trop secoué par le début sinistre de la lettre.

-Elle veut qu'on vienne au match contre Gryffondor, lui appris-je d'une voix douce. Dans trois semaines ...

-Les matchs sont un samedi matin, rappela Simon avec un pauvre sourire. Et je suis toujours hyper occupée le samedi, entre l'IRIS et Bill ...

-Pour une matinée, Bones. Une seule. Je pense qu'elle en a besoin.

La bouche de Simon se tordit nerveusement et il passa une main sur sa mâchoire, le regard rivé sur les lignes écrites par Emily. Personnellement, je pensais que lui aussi avait besoin de revoir sa petite sœur, mais cette soudaine raideur m'interloquait. J'ouvris la bouche, prête à l'interroger mais il embraya immédiatement sur les nouvelles apportées par Emily, laissant ma proposition en suspens :

-Je vois qui c'était, son oncle. Je l'ai vu aux banquets du Ministère, il travaillait au Département des Accidents et Catastrophe magiques ... Un homme très fin, ma tante le voyait en prendre la tête dans quelques années ... Et oui, de Sang-Pur, la mère de Gillian est une Greengrass. C'est pour ça qu'elle s'est toujours un peu sentie supérieure et qu'elle ne comprenait pas que le monde préfère Octavia, qui est riche mais dont la famille est plutôt récente. Elle n'arrêtait pas de râler dessus ...

-Elle est en danger ? murmurai-je malgré moi. Gillian ?

-Je ne crois pas. Heureusement pour elle, c'est une femme. Son frère en revanche ...

Je me souvenais vaguement du cousin d'Emily, de trois ans notre aîné et qui avait été préfet de Serdaigle quelques années plus tôt. L'héritier de la famille, maintenant que le père était mort ... Simon effleura le deuxième paragraphe de ses longs doigts.

-Et le petit garçon ... je l'ai lu dans La Gazette, ce midi en déjeunant. J'étais avec le professeur Shelton, ça l'a vraiment choqué. L'œuvre de Greyback, sans doute ...

Pendant la formation de l'Ordre, j'avais dû apprendre tous les noms de Mangemorts connus, présumés et ceux qui gravitaient autour de Voldemort et le nom de Greyback me sautait aux oreilles autant qu'il m'arrachait un frisson d'horreur. Lupin m'avait une fois expliqué que Voldemort le lâchait sur les sorciers qui refusaient de le rallier et particulièrement sur leurs enfants. L'idée de ce qu'il avait pu faire de ce pauvre gamin me donnait le haut le cœur.

Agacée, je repoussai la lettre et me levai d'un bond, prenant Simon au dépourvu. Celle de Susan vint se froisser entre mes doigts crispés comme des serres.

-Et à côté de ça je ne suis pas fichue d'attraper correctement un gars qui est censé être dans notre camp ! m'énervai-je en donnant un coup de pied dans ma chaise. On a perdu un temps de fou avec Fletcher et même si je suis certaine que Pod et Tonks faisaient d'autres choses hyper importantes à côté, nous on a été incroyablement inutiles ! Bon sang, j'ai l'impression qu'on ne pèse pas un gramme !

-Ce n'est pas qu'une impression, grommela Simon. Ils ne font pas confiances aux nouveaux venus, c'est très clair du point de vue de Maugrey. Encore moi ça va, ce que je fais est essentiellement théorique et que mine du rien je jouis du fait d'être le fils d'Edgar Bones ... mais j'ai croisé Renata cette semaine qui me disait qu'il avait refusé qu'elle soit sur une mission alors qu'elle était la seule disponible.

-Mais pourquoi ? Je vais finir par comprendre George ! Ils pensent vraiment qu'on s'est engagé à la légère ?

-Non, mais je pense que pour eux, c'est acquis qu'on ne connait pas la réalité. Et qu'on pourrait facilement prendre peur. Et les gens font des choses très stupides quand ils ont peur.

-Comme trahir, devinai-je en me rasseyant. Comme celui qui a trahi les Potter ... Pettigrow ? Arthur Weasley nous en avait parlé ...

Le regard de Simon se figea sur notre corbeille à fruit. Après quelques secondes où il la fixa, la mâchoire contractée, il avança prudemment la main et piqua une clémentine qu'il entreprit d'éplucher.

-Tu n'es pas chez toi, Simon Bones, plaisantai-je timidement.

-Pour tous les vivres que tu as englouti chez moi, je pense que je peux bien te prendre une pauvre clémentine. Et pour revenir à cette histoire de trahison, je pense que c'est précisément le nœud du problème. Tu sais qu'il y a de grandes réunions auxquelles on n'est pas invitées ? Des missions à succès dont on n'est pas informés ? C'est aussi pour ça qu'on n'a l'impression de ne pas peser : on est au courant de rien. En même temps, Maugrey veut se préserver à la fois des Mangemorts, mais aussi du Ministère. Et le problème à nous tenir à l'écart comme ça, c'est risquer que l'un d'entre nous pète un câble et fasse cavalier seul – et que ça se finisse un peu plus tragiquement que Swansea.

Je plissai les yeux avec suspicion et Simon s'en étrangla avec son quartier de clémentine.

-Mais non, pas moi ! Je passe le nez dans les bouquins, à quel moment tu veux que je sorte faire une bêtise ?

-Attends que Jugson s'évade de nouveau et on en reparle.

Une grimace déforma les lèvres de Simon et je sus que j'avais visé juste. Il acceptait l'inaction et de passer pour un rat de bibliothèque tant que le meurtrier de ses parents et de ses frères était derrière les barreaux. Mais je craignais que tout ne s'embrase de nouveau s'il en ressortait et se trouvait à la portée de la baguette de Simon.

-On fait une fixette sur lui mais il n'était pas le seul, maugréa Simon. Ils étaient quatre ...

-Ah bon ?

Il hocha vaguement la tête et tira un nouveau quartier de sa clémentine.

-Tu penses vraiment qu'il aurait pu venir à bout seul des deux meilleurs sorciers de leur génération ? Jugson, c'était celui qui menait l'attaque. Il y avait un autre Mangemort, Rosier, mais Maugrey l'a tué quelques semaines plus tard. Ma mère en a eu un autre et le dernier était un délinquant notoire qui est mort à Azkaban.

Il prit le temps de mastiquer mon quartier, songeur. Ses doigts s'agitaient et retiraient patiemment les fils blancs qui couvraient la chaire orangée. J'ignorais d'où il tenait toutes ses informations, mais qu'il ait pris la peine de les chercher et qu'il en parle avec une telle fluidité m'impressionnait autant que cela me laissait perplexe.

-Tout ce que je sais, c'est que c'est Jugson qui a tué Spencer. Au final, pour le reste je ne sais et je ne suis pas sûr de vouloir savoir. De toute façon, les autres sont morts ...

-Et ça ne change absolument rien à ce qui s'est passé ..., ajoutai-je avec douceur.

Ma main glissa d'elle-même sur la table et effleura les doigts qui continuaient de décortiquer la clémentine. Le regard de Simon se baissa sur elle et après une seconde d'hésitation, il lâcha le fruit pour prendre ma main. Un sourire dépité s'étendit sur ses lèvres.

-Il faut toujours que tu réagisses dès qu'on parle de ça ...

Ma mine penaude lui arracha un petit rire et je tentai maladroitement de me justifier :

-Elle m'attendrit toujours cette histoire, évidemment que c'est quelque chose qui touche ...

-Ou te mets hors de toi, précisa Simon avec une pointe d'acidité.

Au fond, tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir caché pendant dix-sept ans qui j'étais, avait-t-il lâché au cinéma. Et j'avais été forcée de lui répondre par l'affirmative. Oui, c'était quelque chose qui restait dans un coin de ma tête, qui donnait une dimension disproportionnée à chaque petite chose qu'il me cachait. Mais aujourd'hui, je décidai de le rassurer en tapotant sa main avec un sourire malicieux.

-Tu t'es bien rattrapé depuis ...

Les sourcils de Simon se froncèrent avant qu'il ne comprenne ce à quoi je faisais allusion et s'empourpre violemment. Il retira sa main de la mienne et se remit à tripoter la moitié de clémentine qui lui restait. Je contemplai ma main, puis les siennes, un brin vexée par le geste qui ne me rappelait que trop cette fameuse fois à la fête de Slughorn où je m'étais sentie abandonnée. Et sans que je ne comprenne, mon esprit fit un lien avec sa tension quand j'avais évoqué le match, la volonté de Susan qu'on vienne le voir ... Volonté qu'il avait ignorée. Sa petite sœur adorée. Ça ne collait pas ... Pour éviter de m'y attarder, je me levai et me précipitai sur mon frigo pour faire mine d'y chercher une bouteille de jus de fruit. La froideur ambiante souffla le feu sur mon visage et ma contrariété.

-Il n'y a plus de jus de pomme, je vais en chercher dans le cellier, annonçai-je d'un ton que j'espérais neutre en refermant la porte.

-Vicky, soupira Simon.

Mais je m'éloignai vers le fond de la cuisine qui donnait sur la porte du cellier et l'ouvris avec la plus grande délicatesse du monde pour que mon geste ne trahisse pas ma contrariété. Une fois à l'abri des regards, je fis un saut étrange, juste destiné à me détendre et à faire passer cette mauvaise énergie nerveuse qui me prenait d'un coup. Comme après la fête de Slughorn, je me sentais stupide d'éprouver une telle contrariété et ça m'agaçait. C'était justement pour dépasser ça que j'avais parlé à Simon.

-Tu t'attendais à quoi ? murmurai-je, exaspérée. A ce qu'il assume, à ce que tous se passe bien ? Bon sang, c'est Simon, rien ne peut bien se passer !

Je me dirigeai vers le fond du cellier, troublée, mon souffle bloqué dans ma gorge. Les étagères s'étendaient devant moi et je trouvais rapidement le jus de pomme, mais attendis avant de le saisir. Je pris une profonde inspiration et déployai mes bras à la manière d'une danseuse étoile pour les ramener en couronne autour de ma tête, puis tout laisser retomber en soufflant. Retrouver de la sérénité, à tout prix.

-Ah, à ce point-là ...

Je fis un véritable bond qui me fit faire volte-face pour découvrir Simon, un bras appuyé sur l'embrassure de la porte et un sourire penaud aux lèvres. Ma main se perdit sur ma poitrine qui s'était mise à battre à une vitesse affolante puis sur mon visage embrasé par l'embarras.

-Bon sang, Bones !

Simon se contenta de me fixer, ce sourire figé accroché aux lèvres et les doigts battant nerveusement l'embrassure de la porte. Après quelques secondes où ni lui ni moi n'osâmes ouvrir la bouche, il finit par entonner avec douceur :

-Vicky ... tu es sûre que ça te va ?

-C'est plutôt à toi qu'il faut demander ..., marmonnai-je en prenant enfin la bouteille de jus de pomme.

Je la fis sauter d'une main à l'autre en mâchouillant ma lèvre inférieure. Le sourire s'était brusquement effacé sur les lèvres de Simon et son bras glissa de l'embrassure pour venir se croiser sur sa poitrine quand il lâcha un profond soupir. Mon cœur s'alourdit et je crispai les mains sur ma bouteille.

-Oh, lâchai-je, mortifiée. A ce point ...

-Quoi ? Non, non ... Vicky, c'est juste ... Vicky, c'est pour toi que j'ai peur, pas pour moi !

-Mais peur de quoi ?

-De nous ! s'exclama Simon en levant les bras au ciel. De moi, du fait que tu ne saches pas comment réagir, que je ne sache pas comment réagir ! Ce qui s'est passé, ça a brouillé toutes les lignes et je sais que ça te contrarie – n'essaie même pas de le nier, me prévint-t-il quand j'ouvris la bouche. Ou alors tu vas me dire que là tu révisais un ballet !

Mes lèvres se tordirent et je jonglais de nouveau avec ma bouteille en amorçant quelques pas vers lui. Il restait adossé au chambranle, à m'observer m'approcher, l'air déboussolé par l'espace qui se réduisait entre nous. Je m'immobilisai à deux mètres de lui, et jouai encore quelques secondes avec la bouteille, sans le regarder.

-Non, finis-je par admettre du bout des lèvres. Non, je ne révisais pas un ballet et oui je suis un peu contrariée. Mais ...

-Mais ?

Je me trémoussai d'un pied à l'autre, et passai mon ongle sous l'étiquette du jus de pomme. C'était difficile de mettre des mots sur mes sensations, notamment parce que j'avais conscience de leur irrationnalité. Mais Simon parut saisir le problème d'un regard : les dents serrées, il donna un léger coup sur la porte du cellier.

-Mais quoi Vicky ? Je n'agis pas naturellement ? Et ça te vexe même si tu ne veux pas me l'avouer ? Oh bon sang c'est ça, ragea-t-il quand je gardais le silence. Bon sang elle veut encore faire sa Sainte avec moi, je n'y crois pas ...

Son ton agacé me hérissa les poils et je me souvins ce qu'il avait laissé échapper dans la campagne anglaise, comment il avait détesté ce côté angélique de moi, à quel point il avait voulu prouver au monde entier que j'étais un démon. Il détestait que je sois un ange, même avec lui. Je plissai les yeux, épuisée d'avance parce que sous-entendait l'idée.

-Et qu'est-ce que je devrais faire ? Forcer, te pousser ? Encore lutter, comme chaque fois ?

-Ce n'est pas ce que j'ai dit, répondit sèchement Simon. Juste ... Bon sang, Vicky, tu le savais ! Tu le savais, tu l'as dit toi-même : tu n'attendais rien !

-Et c'est vrai !

-Alors pourquoi j'ai l'impression que tu attends quand même quelque chose ?

Je me mordis la lèvre inférieure, rendue muette par mes contradictions. Mon éloquence me fuyait et Simon essuya un rire incrédule en se pinça l'arrête du nez. Quelque chose dans la façon dont ses épaules s'affaissèrent, dont son rire se répercuta tristement dans le cellier, me morcela le cœur, et me força à tenter maladroitement de me justifier :

-Arrête, ce n'est pas que j'attends quelque chose ! Ou si, la seule chose que j'attends c'est que ... ça redevienne normal, Simon, comme avant ! On n'avait aucun mal dans le parc, alors pourquoi soudainement tu te dérobes ?

-Bon sang, soupira Simon avec une pointe d'irritation. J'ai l'impression d'avoir déjà eu cette conversation ...

-On n'a jamais eu cette conversation.

-Non, ce n'était pas avec toi ...

Je fronçai les sourcils, perplexe avant de brusquement comprendre. J'étais tendue depuis quelques minutes, peut-être même vexée mais ce ne fut qu'à ce moment que je passais à la colère.

-Octavia ?!

-Elle râlait toujours que je ne voulais pas lui tenir la main, ou l'embrasser en public, expliqua Simon, une main sur la tempe. Ou, exactement comme tu le dis, qu'il y avait des moments où tout allait bien et d'autres où ...

-Je m'en fiche. Tu me compares sincèrement à Octavia ?

Simon parut enfin réaliser sur quelle pente il nous avait emmené – et qu'elle était sacrément glissante. Son regard s'écarquilla et il leva une main qui se voulait apaisante mais qui me donnait envie d'attraper ses longs doigts pour les tordre jusqu'à ce qu'il s'excuse. En toute mesure, bien sûr.

-Alors, non ! Non, ce n'est pas ce que j'ai dit !

-Mais c'est ce que tu penses, répliquai-je froidement. Que je vais agir comme elle, exiger que tu me tiennes la main et te trainer un peu partout comme si tu étais en laisse. Et oui, d'un point de vue extérieur, c'était exactement à ça que ça ressemblait.

Un sourire confus s'étala sur les lèvres de Simon, mais ça ne m'attendrit pas. Après avoir tout fait pour le rassurer, après m'être arraché les cheveux à trouver une façon de lui faire accepter notre évolution, après avoir passé un après-midi à l'embrasser dans un parc, après dix-huit ans de vie commune, je n'en revenais pas qu'il me force à lui prouver que je n'étais pas Octavia McLairds.

-C'est pas vrai, laissai-je échapper dans un filet de voix furieuse. Franchement, dis quelque chose maintenant pour te défendre ou je te jure que tu vas te retrouver avec la bouteille de jus de fruit dans la tronche !

-On en est là ? OK, d'accord ! s'impatienta-t-il quand j'armais mon bras, la bouteille en verre bien visible dans ma main. D'accord, baisse ça, j'ai laissé ma baguette dans la cuisine !

-Et en plus ça se sépare de sa baguette, ricanai-je méchamment. Que dirait Maugrey ?

-Que la tienne est aussi dans la cuisine.

-Moi je suis prête à t'exploser une bouteille en verre sur le crâne, Bones !

Le regard de Simon glissa ostensiblement vers la cuisine, l'air d'envisager la fuite en bonne et due forme – ou peut-être évaluait-t-il le temps qu'il prendrait à récupérer sa baguette avant que la bouteille ne se fracasse sur sa tête. Pour faire preuve de bonne foi, je croisai les bras sur ma poitrine, la bouteille coincée dans mon coude, mais un regard flamboyant planté sur lui. Après quelques secondes d'hésitation, Simon se laissa tomber sur la pile de seaux retournés. Ce faisant, il déséquilibra le balai dont le manche heurta son crâne. Il lâcha un glapissement qui m'arracha un sourire avant que son regard suspicieux ne se darde sur moi, comme s'il soupçonnait ma magie d'être à l'origine de la chute du balai.

-Par la barbe de Merlin ... ça va être comme ça tout le temps ?

-Premièrement, c'est comme ça depuis dix-huit ans. Secondement : ce sera pire si tu continues de penser que je serais comme Octavia McLairds. Et avant que tu ne poses la question : oui, je suis vexée. Pour plein de raisons différentes.

-Je n'ai jamais dit que tu serais comme Octavia, marmonna-t-il en se frottant le crâne là où le balai l'avait heurté. Juste que tu avais des attentes et que ... peut-être il faudrait envisager le fait que je ne ... puisse pas y répondre.

Je plissai les paupières, incrédule.

-Avoir ta main dans la mienne, ce sont des attentes trop élevées ? C'est étrange, je n'ai pas l'impression qu'on ait attendu cette semaine pour le faire.

Les joues de Simon s'empourprèrent et son regard se perdit sur mon plafond découpé par des poutres saillantes et couvertes de poussières. Devant son embarras manifeste, je choisis d'enfoncer le clou :

-Allez voir Susan au match, ce sont des attentes trop élevées aussi ?

Les yeux de Simon se clorent et je sus que j'avais bien interpréter sa crispation dans la cuisine. Jusque là, nous n'avions pas discuté de si nous tenions les autres au courant. Au contraire, nous avions besoin de garder les choses pour nous, de nous concentrer sur nous et non sur les regards extérieurs. Prendre nos marques sans se soucier des autres. Et en l'espace de cinq minutes, il avait appris qu'Emily attendait justement cette nouvelle et que Susan réclamait notre présence. De quoi faire disjoncter Simon, sa pudeur, sa prudence. Je passai une main dans mes cheveux, agacée qu'il ait pu songer que je le mettais ainsi devant le fait accompli.

-Aller la voir, ça ne signifie pas la mettre au courant. Juste ... aller la voir. Parce que c'est ta sœur, parce que c'est mon amie. Ça n'a rien à avoir avec « nous ». Et je n'ai pas l'intention de te trainer partout pour t'exposer comme le faisait Octavia ...

-Je sais, Vicky ..., soupira-t-il en fermant les yeux. Je sais, je n'ai jamais cru que ...

-Alors je peux savoir ce qui ne va pas ? Qu'il te faille du temps, je sais. Que ce soit nouveau et que tu ne saches pas comment réagir, je comprends aussi. Mais sur des gestes qu'on faisait déjà avant ...

Je clignai des yeux et l'espace d'une seconde, je revis la main de Simon se défaire de la mienne sur une nappe blanche, je sentis à nouveau sa chaleur me quitter et le sentiment d'abandon et de honte qui en avait suivi. Cela décupla ma colère et je grommelai avec hargne entre mes dents :

-C'est comme la dernière fois ...

-La dernière fois ?

Pris par l'étonnement, Simon en avait lâché le plafond du regard pour me contempler, ahuri. Cette fois, ce fut moi qui m'empourprai et je serrai ma bouteille de jus de pomme contre moi, soudainement tentée de l'utiliser contre moi-même.

-Rien !

Mais Simon me jeta un long regard dubitatif qui signifiait clairement que mon ton était tout, sauf crédible et qu'il attendait une réponse de ma part. Avec un gémissement de défaite, je m'avançai vers le sèche-linge et m'y élevai d'un bras, simplement pour ne pas à avoir à affronter le regard de Simon. Je doutais qu'il comprenne l'importance de cette anecdote. J'étais même persuadée qu'il avait déjà oublié son geste.

-A la fête de Slughorn, cédai-je en fixant mes pieds qui jouaient avec la porte du sèche-linge. Franchement, je sais que c'est idiot mais ... A un moment je t'ai pris la main et tu t'es dégagé. Et ... (Je pris une profonde inspiration avant d'enfouir mon visage dans mes mains). Je n'en sais rien, Simon. C'est aussi là que j'ai compris, en un sens. Je ne voulais pas lâcher ta main, même si les gens nous regardaient, même si c'était un geste ambigu aux yeux du monde. Je ne voulais pas que tu me lâches. Jamais. Alors que ça continue, que tu me fuis, que tu aies peur de moi ... Bon sang, depuis quand tu as peur de moi ... ?

Je bougeais mes doigts pour mieux apprécier la chaleur brûlante qui se dégageait de mon visage.

Avec la pénombre ambiante dans le cellier, Simon ne percevrait sans doute pas la couleur de mes joues mais je n'arrivais pas à me résoudre à émerger de mes mains. Le silence commençait à me paraître long quand je me rendis compte que Simon s'était déplacé. J'entendais ses pas sur les dalles du cellier, puis assez brusquement je compris qu'il s'était rapproché quand je sentis son souffle sur mes mains toujours élevées comme un bouclier. Sans attendre que je réalise sa présence, il prit mes poignets et les écarta de mon visage pour que je puisse avoir une vue parfaite sur son petit sourire affreusement satisfait. Il m'arracha un grognement de dépit et je voulus récupérer mes mains, mais Simon resserra ses doigts sur mes poignets avec une fermeté que je lui soupçonnais rarement. Pour couronner le tout, il se retrouvait devant moi, si près, presque à ma taille avec les quelques centimètres de hauteur que me conféraient le sèche-linge. Assez près que mon souffle se bloque dans ma gorge quand mon regard effleura le sien, étincelant.

-C'est à ce point, Victoria Bennett ?

-J'ai toujours la bouteille de jus de fruit à portée de main, menaçai-je d'une voix qui avait perdue toute crédibilité.

-J'attends.

Il n'attendit en revanche pas pour se pencher, incliner son visage pour que son nez n'heurte pas le mien et m'embrasser. J'aurais voulu être plus combattive, plus fière et le repousser, mais la triste vérité fut que je poussai un soupir de contentement tout contre ses lèvres. Ma main lâcha la bouteille de jus de pomme et alla se nicher sur sa nuque pour approfondir le baiser. Je sentis Simon se détendre à mon contact et compris qu'il avait pris sur lui, rassembler son courage pour oser se présenter devant moi et m'embrasser et qu'un rejet l'aurait meurtri bien plus qu'il avait pu le faire en retirant sa main de la mienne.

Rassuré, il posa les mains sur le sèche-linge, de chaque côté de moi et ses lèvres s'entrouvrirent pour accepter le mouvement des miennes. Ses hanches cognèrent contre mes genoux que je finis par espacer pour le rapprocher de moi et nouer mes mains à l'arrière de sa nuque. Simon ne recula pas et m'enlaça à son tour : sa main remonta de mon dos jusque ma nuque où il glissa quelques doigts dans mes cheveux, sans cesser d'explorer mes lèvres. Mes poumons finirent par me brûler, par réclamer de l'oxygène et je leur répondis à moitié en déviant de sa bouche à sa joue, avec beaucoup de douceur pour tester sa réaction. Le souffle de Simon s'était raccourci mais son visage s'inclina un peu plus vers moi, comme pour me donner sa bénédiction. Lentement, mes lèvres suivirent la courbe de sa mâchoire puis atteignirent un point qui bloqua complétement la respiration de Simon, à la jonction de la mâchoire et du cou, juste en dessous de l'oreille. Amusée par la réaction, j'y posais un nouveau baiser en toute douceur et cette fois un râle s'échappa des lèvres de Simon. Je pouvais sentir sa peau s'hérisser contre ma bouche et cela m'apportait une telle jouissance que cela effaçait la colère qui avait pu m'emporter un peu plus tôt. J'aurais pu insister, tester ses limites mais je retournai sagement sur ses lèvres et passai le pouce sur la zone dans son cou pour en apaiser les frissons – ou pour mieux les ressentir. Nous finîmes par nous embrasser sans précipitation, à nous goûter avec lenteur jusqu'à ce que je ne m'écarte de quelques centimètres, un sourire incertain aux lèvres.

-Tu essaies de me prouver que tu n'as pas peur de moi ?

Ma voix était rauque, loin de son timbre naturel mais ça ne parut pas troubler Simon. Ses doigts jouaient avec les longues mèches qui flottaient dans mes omoplates et son regard peinait à se détacher de mes lèvres.

-Ça marche ?

-C'est efficace ...

-Toujours envie de fracasser la bouteille sur ma tête ?

Avec un petit rire, je baissai le regard sur la bouteille de jus de fruit, en équilibre juste à côté de moi et qui menaçait de valser si Simon ou moi faisions le moindre mouvement brusque.

-Non. Non, je pense qu'elle restera intacte.

-A la bonne heure, soupira Simon avant de glisser ses mains de chaque côté de mon cou et de m'obliger mon visage à lui faire face pour planter son regard dans le mien. Alors est-ce que maintenant tu peux me promettre de me parler avant de me menacer avec ?

-Je ne voulais pas ...

-M'effrayer ? Tu t'es regardée, Bennett ? Tu n'as jamais été effrayante.

Même les dernières traces de trouble liées au baiser n'avaient pas réussi à endiguer la moquerie dans sa voix et je me retins de le frapper à l'arrière de la tête. De toute manière, je ne m'en sentais pas la force. J'avais l'impression que mes muscles avaient fondues ces dernières minutes et que je devenais complétement flasque. Les bras de Simon qui me soutenait devenaient ma colonne vertébrale, la seule chose qui me maintenant debout.

-Crétin, soufflai-je pour faire bonne figure.

-Crétine toi-même.

-Tiens, c'est nouveau.

Simon cligna des yeux avant de partir d'un petit rire. De nouveau, ce fut lui qui attira mon visage au sien pour effleurer mes lèvres d'un baiser qui annihila définitivement toute volonté en moi. Je dus me raccrocher à sa nuque pour ne pas complétement m'affaler et m'abandonner à lui. Quand il s'écarta, il fallut que je papillonne plusieurs fois des yeux pour que son visage apparaisse avec netteté, illuminé d'un petit sourire qui n'avait plus rien de moqueur.

-Et oui, c'est nouveau. Alors maintenant, essaie de me promettre de parler et moi je promets de ne plus retirer la main. On fait ça ?

Je connaissais cette douceur dans sa voix, ce ton qui lui venait du peu de sagesse et de stabilité qu'il avait, qu'il invoquait quand il devait jouer les préfets-en-chefs ou me rassurer dans mes pires moments de troubles. Cette dernière constatation détendit définitivement chaque muscle de mon corps. Mes mains se perdirent distraitement sur ses poignets et je finis par acquiescer d'un hochement de tête.

-D'accord ... donc on va voir Susie au match ?

Simon hésita l'espace d'un instant avant de céder :

-On va voir Susie au match. Enfin, si on peut, il faudra envoyer une lettre à Chourave ... Mais non, tu n'envoies pas de lettre à Emily, ajouta-t-il, anticipant mal ma prochaine question. D'ailleurs j'aimerais qu'on reparle de la pertinence de parler de ça à la personne qu'on a appelé « La Tornade » toute notre scolarité.

-Hé ! protestai-je malgré le rire qui montait dans ma poitrine. « La Tornade » m'a vachement aidé à y voir clair ! Sans elle, jamais je n'aurais pu réussir à poser des mots sur ce que je ressentais ... Elle a été un « pré-test », si on veut.

Les lèvres de Simon se pincèrent. Ses mains en revanches, toujours placées de par et d'autre de mon cou, les paumes collées à ma mâchoire, continuait de s'agiter doucement. Je sentais ses doigts effleurer ma peau, ses phalanges s'infiltrer dans mes cheveux et chaque fois cela m'arrachait des frissons incontrôlables.

-Elle a réagi comment ? ne put-t-il s'empêcher de demander. Quand tu lui as dit qu'il y avait une possibilité ... qu'on finisse ensemble ?

C'était rare d'entendre Simon verbaliser ainsi notre « mutation » mais je compris surtout que l'avis d'Emily était également un test pour lui. Notre plus proche amie, sa plus proche amie, la fille avec laquelle il avait passé toute sa scolarité, l'une des rares personnes dont il acceptait tout – les marques d'affections comme les crises de colère. Mes mains qui avait glissés sur son torse s'agrippèrent nerveusement au col de son tee-shirt et je suivis la couture du bout de l'index.

-Comme une tornade, admis-je dans un souffle. Au début surtout. Elle avait compris des choses, mais pas ... à quel point on s'était rapproché. Elle ne s'y attendait pas mais ... tu as lu la lettre. Elle l'a intégré. Elle l'accepte.

-Elle l'attend, grogna Simon.

-Je ne lui ai jamais dit qu'elle serait au courant dans la seconde. Juste qu'elle serait la première. Elle me l'a fait juré sur la tombe de Cédric je n'ai pas le choix, ajoutai-je quand Simon écarquilla les yeux.

-Elle doit être au courant avant Susan ?

-Donc ... tu veux que Susan le sache ?

Simon dressa un sourcil et assez étrangement, un sourire mutin s'étendit sur ses fines lèvres.

-Si tu arrives à mettre des mots sur ce qu'il y a à savoir, on dit que oui. Je t'écoute.

Je restai coite, l'esprit figé. Il m'avait piégé. J'adorais ce qui se déroulait en ce moment, être assise sur ce sèche-linge, les mains de Simon dans mon cou, ses doigts qui ne cessaient de s'agiter sur ma nuque, mes lèvres encore gonflées, brûlantes de notre baiser. Pour autant, je n'avais pas envie de mettre de mots là-dessus. Juste de ressentir, profiter, explorer, tester. Tout cela provoquait chez moi un mélange d'exaltation et d'euphorie et j'avais conscience que ces sensations délicieuses n'étaient là que parce qu'il s'agissait de Simon Bones. C'était à la fois simple et déroutant : j'étais plus électrisée, plus vivante quand j'embrassais Simon Bones que dans n'importe quel autre moment de ma vie. Parce que contrairement à Miles, les baisers se répercutaient partout en moi, de mon corps à mon esprit tout en prenant soin de faire vibrer mon âme et de débrancher mon cerveau. Je n'avais pas envie de mettre de mot là-dessus. Peut-être tout simplement parce qu'il n'y avait pas à en mettre. Notre relation opérait simplement une mue et tout ce que je savais, c'était que je voulais absolument poursuivre le processus. Comme pour le prouver, mes yeux tombèrent sur ses lèvres, minces, toujours étirées en ce fin sourire teinté d'une expression de défi. Un appel auquel je pouvais de moins en moins résister.

-Tu as gagné, cédai-je en arrachant mon regard à ses lèvres pour le planter dans ses yeux. Mais ... j'ai encore le droit de t'embrasser ?

Simon aurait pu s'empourprer. Reculer. Mais il se contenta de me sourire et de secouer la tête avec un air désabusé qui ne me parut absolument pas crédible. Parce qu'au moment même où j'avais parlé d'embrasser, ses yeux s'étaient glissés sur mes lèvres et j'avais senti ses doigts se mouvoir sur ma nuque avec plus d'insistance, comme s'ils étaient impatients de s'agiter de nouveau.

-Victoria, tu es épuisante, chuchota-t-il.

Mais même là il n'était plus crédible.

-Je prends ça pour un oui.

Et sans attendre, je passai de nouveau les mains à l'arrière de sa nuque et m'emparai de ses lèvres. Simon tenta de protester, de se dérober à moi mais comme chaque fois il céda sous la forme d'un petit soupir qui occasionna un rire de ma part. Simon l'étouffa en plaquant sa bouche sur la mienne, ses mains toujours fermement ancrées de chaque côté de mon visage et je sus qu'il n'était pas près de renoncer à cette façon si efficace de me faire taire. Sans attendre, je répondis à son baiser, heureuse d'être certaine d'avoir la maison pour nous pour encore une heure, vivifiée par ces sensations. C'était incroyable de se sentir si vivante, assise sur un sèche-linge, dans l'obscurité rassurante de mon cellier qui rendait nos traits anonymes, brouillait nos identités. Pourtant j'en eus conscience dans chaque instant : c'était bien Simon que je sentais nous mes doigts, sous mes lèvres. Simon dont je découvrais à présent une autre dimension sans avoir à lui arracher. Dépêche-toi de vivre, m'avait enjoint Emily dans sa lettre, et à ses mots je pressai encore plus mon visage contre celui de Simon. Pour l'heure qui demeurait, c'était bien mon intention.

***


Aloooooors?

J'espère que vous êtes des flaques dans votre lit/canapé/chaise/peu importe. Parce que même moi après avoir écrit ça j'étais une flaque de Perri ahah !

C'est après ce chapitre que j'ai décidé que je ne voulais écrire que du Simoria.

Mais j'ai quand même la guerre sur le feu donc je ne vais pas l'oublier ! Mais Franchement ARGH c'est si tentant, j'aime trop les écrire ensemble, trop de chose et dynamique à travailler, trop de moment cute à faire.
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

J'ai jamais le time de commenter shame on me !! J'ai même pas le temps d'avancr su mes projets alors que j'ai plus d'idées ! Oh putain pourquoi je me plain quand j'ai Simon et Victoria qui s'embrassent sous mes yeux ! Je les aime tellement ! Bref, gg Perri pour ton histoire ! Merci beaucoup !!
Quetzalbleu

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Quetzalbleu »

Je suis en retaaaard !!!
C'est après ce chapitre que j'ai décidé que je ne voulais écrire que du Simoria.
OUI, je pense que tout le monde te comprend de ce côté, on les a-dore (je fonds à chaque fois sksks)
Bref ils sont trop CUTE et l'histoire est trop bien je suis accro
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Hello!

Chapitre 29 héhé
La citation en titre de chapitre (pas celle des Evadés), ca vient d'où ?
Pas d'appartement, mais une petite maison pour Melania et lui, décorée avec goût et dont le jardin était ombragé par un saule pleureur.
MOI AUSSI JE VEUX CA
Un chaudron trônait au milieu de la cuisine où hurlait le poste radio que mon frère s'était offert à ses dix-huit ans.
J'adore ce mélange :lol:
Plus j'observais la petite maison qui commençait à prendre des airs de foyer, plus je l'aimais.
Mais moi aussi ça fait trop envie
C'est juste un thé et il y aura peut-être la copine d'Ulysse .
Bah voilà Octavia ça fait de la compagnei
-La première touche à droite des trois touches noires.
Moi qui joue du piano j'ai pas compris :lol:
Cest balaise de savoir accorder un piano
aussi me dépêchai-je de nettoyer tout ça d'un coup de baguette
Tellement pratique T.T
Ooh mais il est trop CHOU cet Alexandre je suis contente que les choses aillent mieux entre eux
-En me dispensant de thé chez les Selwyn ?
Bien tenté Vicky
-Tu vas laisser papa et maman seuls avec Thalia Selwyn, c'est ça que j'entends ?
Ah parce que c'est TOUTE la famille ???
et son accordage précis et express le prouvait encore.
Bien ce que je disais
Et quand est-ce que le crapaud vient voir ma maison ? J'ai l'impression de ne plus jamais le voir, lui ...
Tu le verras bien assez pour le restant de tes jours héhé
Mais je ne sais pas, maintenant que je n'y suis plus, elle me manque.
Mais évidemment ça pue la ville
qu'on accroche une photo des champs de Terre-en-Landes ici ?
Une photo du moulin ?
J'ai failli louper un virage à la regarder – il est là le côté illégal, il se pouvait que j'étais à cent-cinquante kilomètre-heure.
Ca m'a l'air bien dangereux son affaire :lol: Non plus sérieusement c'est trop mignon ce date clandestin :')
-Je te ramène ton crapaud dans la semaine, ça fait un moment qu'il n'a pas sorti le nez ses bouquins, lui promis-je avec un sourire.
WOUHOU DU SIMORIA (ou du Simandre ?)
elle a trouvé la marque des ténèbres flottant au-dessus la maison
Oh non T.T J'appelle pas ça un petit problème T.T
Dépêche-toi de vivre.
C'est affreuuuux
et ça rejoint ce que Miles lui avait dit sur son espérance de vie
C'est HORRIBLE de se désartibuler !

Bonjour au fait.
Trop drôle :lol: :lol: :lol:

(DU SIMORIAAAA)
Bref, ne t'y pointe pas, tu ne me verras pas.
Zut je voulais qu'elle les crame :lol:
Ce n'est pas grave, ce sera pour le prochain !
C'est beau cet optimisme
C'est terrible cette lettre, elle essaie tellement de rester positive malgré tous les trucs qui partent en cacahuète
par contre c'est cool de la voir s'affirmer !
J'étais avec le professeur Shelton
Je me demande où est Noah dans tout ça :lol:
je jouis du fait d'être le fils d'Edgar Bones
Il l'a dit :')
Les sourcils de Simon se froncèrent avant qu'il ne comprenne ce à quoi je faisais allusion et s'empourpre violemment.
Pouehehehehe
-De nous ! s'exclama Simon en levant les bras au ciel. De moi, du fait que tu ne saches pas comment réagir, que je ne sache pas comment réagir !
Il faut bien en passer par là mon pauvre petit pote
Mais contente qu'ils PARLENT au mois
Tu le savais, tu l'as dit toi-même : tu n'attendais rien !

-Et c'est vrai !

-Alors pourquoi j'ai l'impression que tu attends quand même quelque chose ?
C'est marrant j'en parlais à Clem l'autre jour quand on parlait de notre série : faut arrêter avec le "je n'attends rien de toi" j'y crois pas du tout :lol:
-Non, ce n'était pas avec toi ...
C'est vraiment pas le genre de choses à diiiire

C'est terrible mais j'adore cette scène :lol: C'est tellement eux :lol:
-Avoir ta main dans la mienne, ce sont des attentes trop élevées ?
Mais grave il fait pas d'effort

COUCOU SIMORIAAAAAAAA
Alors maintenant, essaie de me promettre de parler et moi je promets de ne plus retirer la main. On fait ça ?
BRAVES PETITS
CA C EST UNE RELATION SAINE
-Si tu arrives à mettre des mots sur ce qu'il y a à savoir, on dit que oui. Je t'écoute.

Je restai coite, l'esprit figé. Il m'avait piégé
Pouahahaha bien joué Simon

"J'aime ton frère et il m'aime" ça marche pas ?
J'espère que vous êtes des flaques dans votre lit/canapé/chaise/peu importe
Mon portable est en train de charger donc je ne peux pas t'envoyer une photo de ma tête mais c'est à peu près ça hahaha

Au-delà du Simoria le moment avec Alex était vraiment sympa, je suis contente que leur relation se soit apaisée, et idem Alex-Melania (par contre le thé chez les Selwyn ça promet)

(et du coup le titre du chpiatre vient juste de la lettre d'Emily j'ai compris haha)

J'ai trop hâte de voir le match de Quidditch !
Et tu écris très bien le couple ma petite Perri
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

I'M LATE

Et pas trop le temps de discuter parce que je dois finir un dossier pour demain - bon il avance bien il sera prêt mais quand même - et voilà c'est le Ballon d'Or ce soir et j'ai peur que ce soit Messi, et LE BIATHLON EST DE RETOUR et le co-leader du général est SIMON DESTHIEUX UN FRANCAIS MAIS OUI MAIS OUI ! Trop de consécration pour lui je suis si heureuse.

ALLEZ CHAPITRE ! Bonne lecture <3


***


Plus un détail apparaît outré plus il mérite de retenir l'attention ! Le détail qui semble compliquer un cas devient, pour peu qu'il soit considéré et manié scientifiquement, celui qui permet au contraire de l'élucider le plus complètement.

- Arthur Conan Doyle
Le Chien de Baskerville
***


Chapitre 30 : Suivre la piste.

Raide comme un piquet sur le magnifique sofa de soie bleue roi, je gardais mes yeux rivés sur la somptueuse horloge astronomique qui occupait tout un pan du mur du salon d'apparat du premier étage de la demeure des Selwyn. Le magnifique manoir dissimulé en plein quartier de Westminster, à Londres. Pour la première fois de ma vie, j'avais eu enfin l'impression de parcourir les rues de la capitale et j'avais passé mon chemin la terre en l'air à tenter d'apercevoir tous les monuments connus de la ville, avant qu'Alexandre ne me tire fermement vers une grille ouvragée dans un style baroque qui se fondait parfaitement dans le décor ambiant. Melania nous avait attendu derrière, un grand sourire aux lèvres, vêtue d'une magnifique robe d'un bleu canard qui chatoyait sous le soleil. Elle avait ouvert la grille sur un chemin de pierres blanches qui serpentait entre les grands bâtiments de l'avenue moldue. Une fois émergé des deux murs étouffants, au lieu de la nouvelle rue moldue attendue en parallèle, nous étions devant le manoir ouvragé des Selwyn, niché dans un écrin de verdure qui ouvrait sur Hyde Park. Loin d'être une demeure lugubre à la gloire des anciens et du Sang-Pur comme pouvait l'être la maison des Black – à l'autre bout de la ville – c'était un endroit plein de charme, de lumière et de bon goût. Ulysse y évoluait comme un duc illuminé, fier de sa bibliothèque et Melania caressait comme un rituel le somptueux piano à queue qui ornait le salon principal. Julius montrait à mes parents avec fierté les portraits animés de ses ancêtres – et je fus certaine de voir ma mère retenir un haut-le-corps – pendant que Thalia donnait plein d'ordre à l'elfe de maison. La pauvre créature avait beau se faire la plus petite et la plus invisible possible, je n'en avais pas moins perçue sa présence – et les marques sur les jointures de ses mains. J'en avais lancé un long regard furieux à Melania qui s'était contentée de hausser les épaules, l'air de me dire « qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? ». Il se pouvait que la fusille encore du regard alors que le thé s'achevait dans une sorte de raideur ambiante qui n'était pas agréable à supporter, malgré le bel environnement.

-Vingt-deux ans, un âge magnifique, disait Julius Selwyn en reposant sa tasse de thé. Nous venions de nous fiancer, ma chère, vous vous en souvenez ?

Thalia se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête poli. Le vouvoiement du couple Selwyn arrachait chaque fois à mes parents un regard incrédule. L'elfe de maison remarqua que la tasse de ma mère était vide et se dépêcha de la servir. Ma mère sursauta, une main sur le cœur et jeta un regard dégoûté à l'étrange créature aux oreilles de chauve-souris. Mon père, lui ne préférait y regarder.

-Si l'elfe vous indispose, nous pouvons la renvoyer dans sa chambre, proposa Melania avec douceur.

Je me retins de pousser un soupir de dédain que parut entrevoir mon frère quand il me jeta un regard d'avertissement. Pour être déjà venu plusieurs fois au manoir, il semblait incroyablement à l'aise dans ce décor fast et parvenait à garder une expression neutre devant la mine revêche et glaciale de Thalia Selwyn.

-Non, non, la rassura immédiatement ma mère, l'air néanmoins déboussolé. C'est juste ... un peu surprenant. Comment s'appelle-t-elle ?

Melania s'apprêtait à répondre mais sa mère la coupa sèchement :

-Son nom importe peu. Elle est censée d'être une invisibilité incontestable. N'est-ce pas ?

Son œil froid se darda sur la pauvre créature, retranchée dans l'ombre du fauteuil de ma mère, la théière entre ses longs doigts barrés de cicatrice. Quelque chose me disait que de nouvelles balafres blanches viendraient les ornait sous peu ...

-Oui, madame, couina l'elfe en s'inclinant. Excusez-moi, madame ...

-Ne t'excuse pas, file.

Ma mère porta une main horrifiée à son cœur devant la sècheresse du ton de Thalia et ne put retenir un cri de surprise quand l'elfe transplana avec un « crac » sonore. Mon père, lui, avait la mâchoire si contractée qu'il me semblait impossible qu'il laisse échapper une seule parole de plus.

-Ecoutez, ce n'était pas la peine, déclara finalement ma mère, remise de sa surprise. De toute manière, il est dix-sept heures, nous devons y aller ...

C'était bien que je lisais sur l'horloge depuis dix minutes, dix longues minutes que j'attendais que mes parents sonnent la retraite de cet inconfortable thé. J'étais si prête à partir que ma tasse encore à moitié remplie me sauta presque des mains et je dus faire un effort surhumain pour ne pas bondir du sofa. Crispée, j'attendis que ma mère se lève et tende une main amicale à Julius. Le père de Melania parut étonné et son regard passa brièvement sur mon père, toujours statique, quand il daigna prendre la main de ma mère.

-Monsieur Selwyn, c'était un plaisir pour nous de fêter l'anniversaire de votre fille avec vous, annonça-t-elle avec un petit sourire.

-Je vais chercher vos capes, comme notre elfe est parti, proposa Ulysse. Bennett, et si tu venais m'aider ?

-Ulysse, gronda sourdement son père.

-Victoria pardon. Un si joli nom, on ne devrait en occulter une seule syllabe !

-Bon sang, étouffe-toi, marmonnai-je en le suivant dans les corridors de la demeure.

Un sourire de coin fendit le visage d'Ulysse et il posa un index sur ses lèvres.

-Sois gentille, Bennett. Souviens-toi qu'on est dans le même camp, maintenant ...

-Difficile à dire, j'ai l'impression que ta mère a passé son après-midi à vouloir me réduire en cendre d'un seul regard !

-Connaissant ma mère, ce serait plutôt en statue de glace, évalua-t-il en me guidant vers une immense penderie dans le vestibule. Bon, comment ça marche, cette chose ...

Il claqua deux fois des mains avec une autorité qui me fit lever les yeux au ciel – vers le splendide lustre suspendu orné de feuilles de bronze et de délicates fleurs d'argent. Les portes aux boiseries raffinées s'ouvrirent alors en grand, révélant trois rangées superposées de capes, manteaux, chapeau et écharpe en tout genre. Un nouveau claquement de main d'Ulysse et les cintres s'envolèrent pour nous descendre élégamment toutes les affaires de ma famille. J'allais attraper ma cape mais Ulysse m'en empêcha d'un geste agacé de la main.

-Mais non enfin, Bennett ! Les cintres vont nous suivre !

-La magie ça rend vraiment fainéant, râlai-je alors que nos tenues s'alignaient parfaitement derrière Ulysse, prêtes à le suivre. Pourquoi tu avais besoin de mon aide si c'était si facile ?

-Ah, ça c'est un autre débat.

Il écarta un pan de son veston et en tira un rouleau de parchemin qu'il me tendit avec une mine immensément plus sombre. Je le saisis, interloquée et prête à le dérouler quand Ulysse claqua de la langue d'un air agacé.

-Enfin Bennett ! Tu verras ça chez toi ! Tiens, cache ça avec ce qui te sert de cape !

Sans délicatesse, il me jeta ma cape à la figure et je me retrouvais aveugle et engloutie sous une masse de tissu. Je la repoussai si maladroitement que ça arracha un soupir de dépit à Ulysse.

-Sincèrement, je me demande ce que Bletchley te trouvais ...

-Je me pose toujours la question pour Octavia ! rétorquai-je dignement.

Les joues rouges de confusion, je ramassai ma cape qui gisait à présent à terre et rangeai le parchemin soigneusement dans l'une des poches intérieures. Le regard d'Ulysse s'y était accroché jusqu'à ce qu'il disparaisse et un fin sourire vint ourler ses lèvres.

-Je pense que la réponse à ta question se trouve justement là-dedans. Au fait, Bones n'est pas venu jouer les chiens de garde ?

Je lui jetai un regard acéré. Pour tout dire, j'avais poussé pour forcer Simon à venir, mais celui-ci refusait l'idée même de se retrouver devant Alexandre en ce moment – et ça m'agaçait fortement – en plus de n'avoir aucune envie de passer l'après-midi avec les Selwyn – ce sont je ne le blâmais pas. Enfin, j'étais presque persuadée qu'il était depuis ce matin au QG avec Bill Weasley : l'un des membres était revenue d'une mission en Irlande avec une blessure magique inquiétante qui demandait leurs compétences.

-Tant mieux, poursuivit Ulysse devant mon mutisme. Je t'avouerais que supporter l'ex-petit-ami d'Octavia, ce n'est pas ce que je préfère.

Je haussai les sourcils et le rejoignis en quelques foulées sur l'immense escalier qui menait à aux étages supérieurs. Il était éclairé par une immense verrière qui donnait sur Hyde Park. Le tout rendait l'endroit extrêmement agréable, mais ce n'était rien comparé à l'air gêné d'Ulysse quand il avait compris que j'étais revenue l'interroger.

-Alors c'est tout ce que tu vois en Simon ? me moquai-je joyeusement, ma cape soigneusement pliée sur mon bras. Pas qu'il est major de notre promo, pas qu'il fait parti de l'une des familles les plus influentes, mais qu'il est l'ex d'Octavia ?

-Tant mieux pour lui s'il est major de notre promo, cingla Ulysse pour se redonner contenance. Et concernant sa famille, son influence est singulièrement réduite depuis la mort d'Amelia : heureusement que leur père continue d'être un pit-bull sinon crois-moi ce serait la fin des Bones.

-Mais tu as peur de lui quand même ...

-Peur de quoi ? cracha-t-il d'un ton presque venimeux. Je dis juste que ce n'est pas agréable le voir accroché à tes basques ou de savoir qu'Octavia passe une partie de son temps chez lui pour votre projet.

Le mépris qui avait transparu dans sa voix doucha mon amusement. Je me doutais qu'Ulysse devait rire devant les pages qui commençaient à s'aligner et qui tendaient à expliquer pourquoi nos cultures s'enrichissaient, mais l'entendre était hautement désagréable.

-Tu devrais être fier d'elle au lieu de dédaigner son travail, répliquai-je vertement. Je ne sais pas ce qu'il y a dans ma cape, Selwyn, mais sache que même avec ça tu n'arrives pas à la cheville d'Octavia McLairds.

-Et je suppose que Bones lui la méritait ?

Je ne sus quoi répondre à cela, d'autant que ces paroles furent accompagnées d'une crispation de sa main au niveau de la poche de son veston. Mon regard suivit le mouvement et Ulysse se détourna, les dents serrées.

-Laisse tomber, Bennett.

-Tu me caches quoi, là ?

-Rien.

-Ça, ça veut dire « quelque chose ». Mais ... ce ne serait pas une bague ?

J'avais lancé ça par hasard, simplement pour embarrasser Ulysse mais l'embrasement de son visage m'indiquait que, contre toute attente, j'avais visé juste. Sans pouvoir m'en empêcher, j'éclatai d'un rire incontrôlable qui nous obligea à nous arrêter sur un pallier face à Hyde Park et que je tentai vainement d'étouffer dans ma cape. Ulysse avait soudainement un regard semblable à celui de sa mère : prêt à me transformer en bloc de glace si le pouvoir lui était conféré.

-Oh mon Dieu ... !

-Je te jure que si ça sort d'ici, Bennett, je te transforme en grenouille ! persiffla Ulysse.

-Vas-y je te laisserais te débrouiller avec Simon, haletai-je en essuyant mes larmes de rire. Oh Seigneur tu vas vraiment la demander en mariage ! Tu sais que mon père est Pasteur, tu veux qu'il officie ?

-Tu vas te taire ? martela-t-il entre ses dents. Mes parents ne sont même pas au courant !

-Oh je suis la première ? Je suis touchée !

-Bennett ! Reprends-toi, par Merlin !

Avec beaucoup de difficulté, je réussis à calmer mon hilarité sans pour autant parvenir à effacer un sourire de mon visage. A moitié satisfait, Ulysse reprit sa marche en avant, suivit des trois cintres qui volait à quelques centimètres des marches et de moi qui tentait toujours de retrouver une expression neutre. Il m'attendit avant d'entrer dans le salon d'apparat et maugréa de nouveau :

-Pas un mot. Même à Bones – surtout à Bones.

Pour ne pas prendre le risque à nouveau m'esclaffer, je préférais faire le signe de verrouiller mes lèvres et de jeter la clef avec un innocent sourire. Ulysse ne parut pas rassuré par la silencieuse promesse, mais ouvrit néanmoins la porte avec la mine affable qu'il réservait toujours à la bonne société – un masque qu'il avait en commun avec Octavia. Mes parents et Alexandre récupérèrent leurs affaires et la famille au complet nous raccompagna jusque la grille qui ouvrait sur le quartier de Westminster. Melania repartait avec nous et Ulysse m'adressa un long regard accusateur de ses yeux bleus glacés jusqu'au moment où je disparus de sa vue en tournant à l'angle de la rue.

-Au fait, lançai-je à Melania. Est-ce que les normes sorcières vous autorise à vivre ensemble sans être mariés ?

Melania parut s'étrangler devant ma question et Alexandre jeta un regard paniqué à mon père qui marchait avec ma mère quelques mètres plus loin.

-Mais ça ne va pas de parler mariage devant papa, toi ! Tu sais combien il rêve de pouvoir nous marier, à défaut qu'on ait attendu le mariage pour avoir des relations sexuelles !

-Alex, par les chaussettes de Merlin, soupira Melania quand je m'étranglais de panique à mon tour. Et pour répondre à ta question : ça dépend des familles, comme les moldus. De manière générale, on reste plus puritain mais la mienne l'est particulièrement. Donc non, on n'est pas censé ni vivre ensemble ni avoir des relations sexuelles, puisqu'Alex en parle de façon si élégante ...

Elle fusilla son petit-ami du regard, qui ouvrit les bras avec une mine indignée.

-En fait je parlais surtout de Tory !

-Dis-le plus fort, papa n'a pas encore entendu !

-Néanmoins, reprit Melania, comme pour faire cesser nos chamailleries, j'ai décidé que je m'en fichais, comme mon jumeau se fiche de l'honneur de la famille ou ma petite sœur de la notion d'éthique. Laisse tomber : Ulysse sera le seul enfant parfait des Selwyn et c'est très bien comme ça parce que maintenant c'est lui l'héritier. Tout le monde se fiche de comment vit la fille.

Et visiblement, elle n'en percevait aucune amertume car ça lui permettait de se promener en plein Londres main dans la main avec un moldu. Un léger sourire effleura mes lèvres quand je les contemplai, aussi insouciant que pouvait l'être un jeune couple malgré les nuages hivernaux. Si Ulysse respectait les mœurs familiales, le mariage était l'unique moyen de passer une étape avec Octavia, de lui prouver à quel point elle importait pour lui. C'était à la fois attendrissant et risible, sans qu'un sentiment ne prenne le pas sur l'autre. Dans un geste compulsif, je plongeais ma main dans ma poche pour en retirer le rouleau de parchemin qu'il m'avait confié. Il n'était pas scellé et se déploya naturellement dans ma main, comme s'il frémissait d'être lu. Ma lecture fut troublée par mon frère qui vint passer un bras autour de mes épaules.

-Mais cela dit, Tory, puisqu'on parle de chose qui ont à voir avec les garçons ...

-Mais ça n'a rien à voir, protesta Melania.

-... Dis-moi tout, rien depuis le petit sorcier ?

Je fus heureuse d'avoir les yeux rivés sur le parchemin pour avoir une excuse de ne pas lever les yeux sur Alexandre. A dire vrai, j'étais si prise par le déchiffrement des colonnes de chiffre qui le noircissait que je ne pris même pas la peine de rougir et que le nom de Simon traversa mon esprit sans s'y attarder.

-Non ... C'est calme ...

Cette fois, je revis clairement le visage de Simon s'imprimer dans mes pensées et je secouais la tête comme pour chasser un insecte. Mon frère ne s'avoua cependant pas vaincu et renchérit :

-Vraiment ? Pas de beaux sorciers au Quidditch ? Pas d'ancien camarade de classe qui déprimerait de ta charmante présence ?

-Arrête de vouloir corrompre ta sœur, intervint soudainement mon père, me faisait sursauter. Laisse-la faire les choses à son rythme !

Au ton de mon père, on devinait sa fierté à ce que mon rythme soit selon lui lent et conforme au sien et cette confiance me tordit le ventre. Je dardai un regard oblique sur mon frère, agacée d'être face à mes omissions par sa faute mais il me désarma d'un immense sourire.

-Je veux juste le bonheur de ma petite sœur, papa, comme nous tous ici ! Bon, qu'est-ce que tu nous lis, Tory ...

-J'en sais rien, admis-je en toute sincérité.

Mais la mention du Quidditch par Alexandre m'avait donné une échappatoire et que je concrétisais en trouvant des yeux une ruelle qui s'enfonçait dans les entrailles de Londres. J'adressai un sourire d'excuse à mes parents et me défis souplement de la prise de mon frère.

-Ça vous dérange si je vous laisse ? Je dois passer au centre ...

-A cette heure ? s'étonna ma mère.

-Eden a dit que je pouvais venir m'entrainer avec lui si je ne finissais pas trop tard ...

-Eden, répéta Alexandre, le regard étincelant. Tiens donc et qui est Eden ?

-Alex !

Le cri de Melania et de ma mère fit rentrer la tête de mon frère dans ses épaules et j'eus un sourire triomphal, d'autant que mon père me donna son accord d'un hochement de tête. Je leur adressai un dernier signe avant de me dépêcher sur le passage piéton le plus proche et de traverser la rue en direction de la ruelle que j'avais repéré. Je n'eus à la parcourir de quelques mètres pour trouver un nouvel embranchement discret où je pus transplaner en toute quiétude, le parchemin d'Ulysse crisper entre mes doigts.

***

-C'est un code vous pensez ?

-C'est donné par un putain de Sang-Pur. Moi, j'y touche pas.

Tonks et moi nous accordâmes pour jeter un regard exaspéré à Podmore, assis au bout de la table de la cuisine à lire un épais traité de magie défensive qu'Arthur Weasley avait déniché dans la bibliothèque des Black. L'unique autre personne présente dans la pièce était une femme que j'avais entraperçu qu'une fois et qui se nommait Hestia. Elle était assez mignonne, dans la trentaine avec des joues constamment rougies et des boucles châtains ébouriffés. Elle était occupée à faire les comptes à la place de Maugrey et ne prêtait absolument pas attention à notre discussion en bout de table.

-Le Sang-Pur en question veut prouver à sa belle qu'il est quelqu'un de bien, rétorqua vertement Tonks, les mains plaquées de chaque côté du parchemin. Peu importe ce que sont les colonnes de chiffres, elles doivent signifier quelque chose ! Qu'est-ce qu'il fait chez les Selwyn ?

-Rien, il est dans une section de commerce au Ministère, pour l'instant, répondis-je. Mais il a promis à Mel qu'il vérifierait les transactions de sa mère, peut-être que ça a un rapport ...

-Merveilleux mais ça ne nous dit pas ce que veulent dire les chiffres. Bon sang, je n'y comprends rien, je n'ai jamais été douée en math !

-Qui l'est ? rétorqua tranquillement Hestia sans quitter son cahier des yeux. Poudlard ne nous apprend pas les maths, elle nous apprend que la magie ...

-Et ça nous appauvrit dans d'autres domaines, confirmai-je avec un sourire.

Hestia me le rendit avant de lécher son doigt et de tourner une page. Elle écrivait au stylo, remarquai-je avec un certain amusement. Cela suggérait certainement une ascendance moldue ...

-On se calme les révolutionnaires, marmonna Podmore avant de tirer la feuille à lui. Pourquoi on s'y intéresse aux Selwyn ? A part les interactions entre la femme et Yaxley ...

-Et le fils qui vit chez Rowle : on a déjà trop de ponts ! rappela Tonks, l'air excité. S'il nous fournit une preuve supplémentaire ...

-On est sur la surveillance de Barjow et Beurk, la coupa brutalement Podmore. Donc la colonne de chiffre, on va la donner à Kingsley.

J'échangeai un regard déchiré avec Tonks. J'avouai avoir un mal fou à me détacher du parchemin qui m'avait été dûment confié, de ce qu'il pouvait nous apporter mais Podmore avait raison. Nous n'étions pas nous occuper de cet aspect-là, mais seulement de ce qui se déroulait chez Barjow et Beurk. Résignée, Tonks finit par repousser le parchemin sur la table au moment même où Fletcher entrait dans la cuisine, un George bougonnant sur ses talons.

-'Lut, nous salua l'escroc en prenant place sur le banc. Hestia, toujours aussi ...

-Bonjour Ding, l'interrompit rapidement la jeune femme sans tourner le regard vers lui.

Fletcher leva les yeux au ciel et gratta sa barbe rousse de trois jours. J'ignorais combien de temps Podmore l'avait laissé sous la douche quand nous l'avions ramené, mais il amenait toujours avec lui des effluves d'alcool et de tabac.

-Ouais, bref. Bon je vous ai ramené un des doubles, là. J'espère que j'ai pris le bon.

-Mille gargouilles Ding, fais un effort ! râla Podmore en jetant un regard oblique à George. T'es le bon ?

-Non, je suis venu jouer aux bavboules, railla George.

Il s'installa en face de moi et évita soigneusement le regard que je tentai d'accrocher. Mon cœur se serra. Oui, c'était le bon et visiblement il m'en voulait encore de ne pas l'avoir soutenu face à Maugrey. Inconsciemment, je passai les doigts sur mon bracelet, comme pour prier les perles noires et or de me rassurer et au petit soleil de m'apporter un peu de chaleur. Podmore contempla longuement George et sa mine morose, le visage fermé.

-Arrête de faire la tête, petit. C'est déjà bien que Maugrey te laisse continuer la mission avec nous vu ce que vous nous avez fait la semaine dernière. C'est comme ça ici, il faut vite passer à autre chose si on ne veut pas sombrer.

Hestia se tendit à ces mots et osa un petit regard vers Podmore.

-Comment elle va ... ?

-On ne sait pas. Toujours en haut.

Comprenant qu'il faisait référence à la personne qui avait été blessée en mission, je restai coite mais sentis mon regard s'orienter vers le plafond. « Elle ». Je n'avais pas vu énormément de fille dans le QG, excepté Tonks et Hestia, et le seul autre visage féminin qui me vint à l'esprit était celui de Renata Morton ... Une éternité que je n'avais plus vu mon ancienne camarade de Poufsouffle. Mes doigts se crispèrent sur le breloque « petit soleil » et j'entendis à peine Podmore reprendre :

-Bref, il va falloir qu'on soit efficace les enfants et pour ça il faut coopérer et agir en équipe – exactement le contraire de ce que vous nous avez fait pour attraper Ding.

Son regard courroucé se planta sur l'escroc qui leva les deux mains en signe de bonne foi.

-Hé, je suis là maintenant. Dettes effacées, opérationnalité maximale. Mais de ce que j'ai pu entendre depuis Swansea, vous avez raison de vous intéresser à Barjow et Beurk.

Je sentis l'atmosphère changer, s'étouffer, et toutes les attentions – même celle de la discrète Hestia – se braquer sur Fletcher. Loin de se délecter d'être ainsi le centre de la pièce, il poussa un grognement de dépit. Ses yeux injectés de sang semblaient singulièrement vides.

-A ce qu'il paraîtrait, Barjow cherche une pièce. Un truc rare, pas mal chargé en magie noire. Il a fait tous les fournisseurs que je connais mais ils ne m'ont jamais dit la pièce en question. Mais tous s'accordaient à dire que le vieux avait l'air terrifié et ça les faisait bien rire.

-Quand on a Yaxley et Lestrange aux fesses, ça se comprend, songea Tonks, l'air sombre.

Elle repoussa la mèche d'un châtain souris qui lui barrait le front. Un pli soucieux était apparu entre ses sourcils et elle ne riait plus du tout, à présent.

-Donc il est sans doute question d'une pièce. Ce serait pas mal qu'on ait la nature de la pièce, à quoi elle sert. Peut-être que ça n'a rien à voir ...

-Tout ce qui est en rapport avec la magie noire a à voir, répliqua Podmore. Trouve la pièce, Ding, nous on va continuer à surveiller.

George essuya un petit rire incrédule et je me trouvai une passion soudaine pour la contemplation du plafond. Sur son bout de table, Podmore s'était raidi.

-Quoi encore, Weasley ?

-Rien. Juste, vous continuez de donner vos ordres sans prendre en compte nos avis ou nos propositions. Mais c'est cool, normal. On est des gosses après tout.

Il n'avait même pas pris la peine de cacher l'ironie dans sa voix et Podmore se leva lentement de la table, d'un air que je sentais menaçant. Les mots de Simon tournèrent l'espace d'un instant dans mon esprit : à trop nous mettre à l'écart, quelqu'un ferait une bêtise. Les jumeaux en tête ...

-Il a raison.

Tonks me lança un regard d'avertissement mais je l'ignorais pour lever les yeux sur Podmore. Il avait dressé un sourcil, dubitatif.

-OK, on a fait une bêtise chez Fletcher, avouai-je, vaguement intimidée. Mais c'était pour aider : on piétine littéralement. Surveiller et faire le pied de grue devant Barjow et Beurk ça reste limité. On ne pourrait pas ... je ne sais pas, utiliser les oreilles à rallonges ?

Je tentai un coup d'œil vers George, guettant son approbation et espérant que l'allusion à sa création le radoucirait. Sans être parfaitement attendri par la tentative, il me désigna néanmoins d'une main d'un air évident.

-Voilà des propositions sensées ! Ou je remets sur la table le polynectar. Je sais que c'est difficile à préparer et que nos ressources sont précieuses, ajouta-t-il avec un ennui palpable quand Tonks ouvrit la bouche. Mais je demande à peine une demi-gorgée : on se faufile derrière Yaxley quand il rentre et hop ! Ou derrière un fournisseur de Ding ! Promis je vous prépare la potion moi-même !

-Toi ? douta Fletcher avec un ricanement.

-Il fait bien un amortentia parfait, le défendis-je.

Cette fois, l'esquisse d'un sourire se dessina sur les lèvres de George et j'ajoutai résolument :

-S'il nous prépare lui-même le prochain stock de polynectar, est-ce qu'on peut envisager d'essayer ? Juste histoire ... de changer un peu de méthode.

Tonks et Podmore échangèrent un long regard. Je sentais la jeune femme sensible à nos propositions, à notre fougue mais le colosse paraissait sceptique. Il finit néanmoins par céder avec un soupir.

-Très bien. Mais je tente, pas la peine que vous nous mettiez en danger, petites canailles. Trouvez-moi des cheveux de moldus, Ding trouve nous la pièce et vous, préparez-vous à prendre des notes et à cacher vos stupides et détectables ficelles.

-Je vais demander à Bones s'il n'a pas un sortilège qui les rendrait moins détectable ...

-Laisse ton frère s'occuper Bones, toi tu as une potion à faire. Fissa Weasley !

-Et Bones est occupé là tout de suite, rappela Tonks avec un regard inquiet pour les plafonds.

Un silence sinistre s'en suivit durant lequel seuls retentirent les gouttes qui s'échappaient du robinet derrière Podmore et s'écrasaient dans l'évier. J'étais encore en train de me demander si Renata était la victime quand la lumière de la cage d'escalier s'alluma brusquement, découpant trois ombres dans la pierre. Une femme émergea vite de la noirceur et j'eus l'impression qu'un soleil entrait dans la pièce et chassait par sa simple lumière la morosité ambiance. Grande et gracieuse, elle exécuta avec enthousiasme une pirouette qui vit de ses longs cheveux blonds argentés un véritable halo autour de son visage de porcelaine.

-Comme neuve ! annonça-t-elle en étendant sa jambe sur le banc.

-Ne t'en vante pas trop, la prévint Bill en arrivant derrière elle.

Il attrapa la jeune femme par la taille et plaqua un baiser dans ses cheveux. Son visage fut illuminé par l'aura qui semblait émanait de la jeune femme qui lui adressa un sourire étincelant. Elle dégagea enfin son visage et je me retrouvais face aux traits d'une perfection insolente de Fleur Delacour, championne de Beauxbâtons. J'en fus si abasourdie que je pris à peine conscience que la troisième ombre appartenait à Simon et qu'il s'était glissé à côté de moi sur le banc. Il laissa sa baguette tomber sur la table et elle roula sur quelques centimètres devant moi. Cet abandon manifeste arracha mes yeux aux traits envoutants de Fleur et je suivis longuement le cours de la baguette des yeux avant de poursuivre jusqu'à la main de Simon affalée sur la table pour le découvrir prostré, la tête niché dans son coude, l'air au bord de l'épuisement. Aussitôt, je passai une main dans son dos et il lâcha un soupir sans pour autant se redresser.

-Ça va. J'ai juste ... fatigué. Chercher le contre-sort toute la nuit.

-Et appliqué avec brillo, apprécia Fleur, toujours souriante. Encore une fois, merci Simon !

Les deux syllabes du prénom de Simon furent déformées par son accent français, le rendant étranger, inidentifiable. Pourtant elle appuya ses dires en se précipitant vers lui : elle prit sa tête entre ses doigts fuselés et plaqua un baiser sur la tempe accessible de Simon qui rendit sa peau rouge pivoine. Malgré moi, mes sourcils s'envolèrent et je perçus du coin de l'œil George cacher son fou rire dans sa main. En se redressant, les yeux bleus de Fleur se posèrent sur moi et son regard s'écarquilla.

-Victoria ?

Quelque chose dans sa voix, dans l'agrandissement stupéfait de ses yeux, dans l'accent français qui écorchait mon prénom, me ramena presque deux ans en arrière où elle m'avait également contemplé avec cette même surprise, ce même cri étonné, couverte de terre sèche et les vêtements déchirés. Et elle poursuivit exactement de la même façon, comme dans un mauvais rêve, une parodie de pièce, en m'attrapant par les épaules.

-Mon dieu oui, c'est toi !

Sans attendre, elle fondit sur moi et plaqua deux baisers brûlants sur mes joues, geste si inattendu et si étrange qu'il claqua la bulle désagréable dans laquelle j'étais emmurée et cassa le fil de mes souvenirs. Sans vergogne, elle se fraya un chemin pour s'assoir entre Simon et moi, les mains toujours crispées sur mes épaules et l'air toujours un peu déboussolée.

-Oh la la ... Tu me reconnais ?

-Oui, bredouillai-je, déroutée. Oui, bien sûr ... juste ...

A présent qu'elle était en face de moi, plusieurs questions se bousculaient dans mon esprit. Que faisait-elle là, elle la française de Beauxbâtons ? En Angleterre et au QG de l'Ordre du phénix ? Pourquoi venait-t-elle s'embrasser Simon ? Comment avait-elle pu reconnaître mon visage noyé dans tant d'autre ? Elle esquissa un pauvre sourire, comme si elle lisait toutes les interrogations dans mes prunelles. Même penaude, elle était d'une beauté à couper le souffle.

-Je suis fiancée à Bill, expliqua-t-elle en arrachant sa main de mon épaule pour agiter ses doigts où brillait une bague. Alors je suis venue m'installer en Angleterre ... donner un coup de main ... Oh mon Dieu, ça fait tellement étrange de te revoir ! J'avais dit au père de Bill de chercher parmi les amis de Cédric, je savais que vous ne voudriez pas rester sans rien faire mais je ne savais pas ... Je viens assez rarement ici, je suis là en appoint ...

-Sauf quand visiblement tu tombes sur Rabastan Lestange en promenade ..., marmonna Podmore.

Bill le fit taire d'un regard incisif et Podmore leva une main pour s'excuser. George masquait toujours son hilarité et les yeux de Tonks allaient alternativement entre Fleur et Bill, la mine assez morose. Avec un coup au cœur, je me souvins de la scène que j'avais perçue, quelque mois plus tôt et où j'avais clairement eu l'impression que la jeune femme enviait la place de la fiancée de Bill. « L'avantage à être quelqu'un comme elle, c'est qu'on est jaloux de personne ». En effet, qui pouvait bien craindre la divine Fleur Delacour ? Celle-ci adressa par ailleurs une moue dédaigneuse à Podmore.

-Et bien je m'en suis sorti, de ma promenade ! C'est insensé ce sort qu'il m'a jeté votre Mangemort, le pauvre Simon a dû rester éveillé toute la nuit pour trouver le contre-maléfice ...

-De rien, marmonna Simon, toujours avachi contre la table. Je peux sombrer dans le coma maintenant ?

-C'est exceptionnel ton niveau ! poursuivit néanmoins Fleur. Pourquoi tu ne t'es pas inscrit au Tournoi il y a deux ans ?

De l'autre côté de la jeune femme, je vis les épaules de Simon se tendre, en écho de ma propre raideur face au rappel de ce qui nous avait pris notre meilleur ami.

-Pas l'âge. Pas l'envie.

-Et la médicomagie ? Tu serais très utile à Sainte Langouste ...

-Pas la patience, répliquai-je pour éviter à Simon de répondre. Magie trop restrictive. Et c'est Ste Mangouste.

Fleur haussa les épaules, l'air indifférente à son erreur et se leva enfin pour repousser son rideau de cheveux blonds-argenté dans son dos. Dans un mouvement dont j'analysais seule la dimension inquiète et presque possessive, je comblais l'espace qu'elle libérait en me rapprochant de nouveau de Simon. Dès qu'il eut conscience de notre proximité, je le sentis bousculer son poids vers moi, comme s'il me cherchait et ma main se glissa sous la table pour venir se placer sur sa cuisse. Ses oreilles couvertes de quelques mèches blondes étaient encore rouges du baiser de Fleur Delacour.

-Victoria tu connais donc ma fiancée, soupira Bill depuis l'autre côté de la table où il s'était servi une tasse de café. Les présentations sont faites donc ... Qui espionne Gringrotts ?

-Hein ? réagit Fletcher.

La main de Bill glissa sur la table et alla trouver la feuille de parchemin confiée par Ulysse et que Tonks avait repoussé quelques minutes plus tôt. Ses yeux d'un marron très doux, très velouté, parcoururent les colonnes de chiffre avec attention.

-Gringrotts ? répéta Tonks, intéressée.

-Ce sont des virements. Les sommes, et le numéro de compte associé dans la dernière colonne.

-Dis-moi pas que c'est pas vrai, marmonna Fletcher.

Il sortit de son pardessus un épais cigare qu'il coinça au bord de sa bouche molle. Simon, très sensible aux odeurs de tabac, en empoigna immédiatement sa baguette pour la pointer vers le responsable de ses désagréments. Un éclair jaune jaillit de sa pointe et frappa le cigare qui se ramollit et se verdit entre les lèvres de Fletcher pour devenir un pissenlit. L'escroc le cracha sur la table, dégoûté alors que l'assemblée était secouée d'un éclat de rire.

-Oh p'tit ! C'était mon dernier !

-Le tabac c'est mauvais pour ta santé, Ding, chantonna tranquillement Hestia.

-Mais c'est bon pour mon moral ! répliqua-t-il en lorgnant méchamment Simon. T'es un rapide, toi ...

Simon avait enfin émergé de ses bras pour caller sa joue contre son poing et n'attendis pas que j'ouvre la bouche pour pointer immédiatement sa baguette d'acacia sur moi. Ses yeux étincelaient d'un avertissement silencieux et dans ses prunelles vertes je me revis le jeter dans le ruisseau de Terre-en-Landes.

-Non, toi, tu te tais.

-Hé !

Je retirai vivement ma main de sa jambe pour passer un doigt sur la baguette de Simon et l'écartai de mon visage. Arrivée à sa pointe, j'y donnai une pichenette pour définitivement dévier de sa trajectoire avec un sourire mutin.

-Tout le monde le sait que je suis plus rapide que toi, inutile de s'épandre là-dessus. (Je me tournai résolument vers Bill, qui étudiait toujours le parchemin). Qu'est-ce que ça dit, donc ?

Bill semblait ébahi parce qu'il découvrait. Il avait sorti sa baguette pour faire quelques vérifications et le parchemin baignait toujours dans une agréable lumière dorée. Ses doigts suivait chaque ligne de chiffre avec la plus grande des attentions et Fleur vint se placer juste au-dessus de lui. Elle pointa un numéro à trois chiffres.

-Je suis certaine que c'est celui des Lestrange. Maugrey m'a demandé de noter tous les numéros de compte des Mangemorts à Gringrotts ... Argh, comme c'était long ...

-Et celui-là je pense que celui-là est en lien avec les Malefoy, j'ai dû y poser un maléfice la semaine dernière, murmura Bill avant de lever les yeux sur Tonks. Quel est le compte de base ?

-Thalia Sewlyn.

C'était ma voix qui avait retenti dans la cuisine de la noble maison des Black et je sentis une dizaine de paire d'yeux se braquer sur moi, incrédule. Je n'en revenais pas d'avoir oublié cette information ... de ne pas avoir fait le lien ... Je pivotai rapidement vers Tonks.

-Elle a un compte, Mel me l'a dit, un compte avec sa dot et Ulysse devait voir ce qui en sortait. Voilà ce qui en sort ! Elle finance ouvertement les Mangemorts !

-Toi, tu t'arrêtes là, me coupa immédiatement Podmore. Ton histoire avec les Selwyn, on la connait, ne va pas plus t'impliquer là-dedans !

-Mais merci pour le tuyau, nuança Hestia en se saisissant du parchemin. Fleur, tu penses que tu peux identifier les comptes ? Si Maugrey te l'a déjà demandé ...

-Tu es toujours en stage à Gringrotts ? s'étonna George.

La poitrine de Fleur se bomba de fierté et elle prit la feuille de virement entre ses longs doigts fuselés.

-J'ai même été embauchée, oui ! Je peux vous trouver ça, je la donnerais à Maugrey ...

-Merci, fit Hestia, soulagée. Ça pourrait nous donner de nouvelles informations sur les activités – et qui est actif. Car qui dit déplacement de fond dit forcément activité malveillante. Bon sang si seulement tous les Mangemorts pouvaient nous donner leurs relevés de comptes !

-On est sûr que ... ? commença à douter Podmore.

-C'est une copie, mais une copie authentique, confirma Bill avec certitude. On sent que dans le gemellement l'enchantement a gardé des traces de la magie de traçage et d'authentification des gobelins ...

-Je ne savais pas que le sortilège de reproduction reproduisait aussi la charge magique, souffla Simon, un lueur intéressée dans les yeux.

-Pas exactement. La copie d'un objet magique ne serait pas magique, mais on peut quand même sentir les échos de l'enchantement de base. C'est fin, pas forcément accessible à tous ... Tiens, regarde par toi-même ...

Bill prit le parchemin et le fit glisser jusque Simon qui le déploya devant lui en prenant soin de garder toute la surface de sa paume au contact. J'avais rarement l'occasion de le voir travailler autrement que dans ses lèvres mais il avait des gestes assurés qui prouvait qu'il s'était entrainé à estimer, même sans baguette, la charge magique des objets. Son front s'était barré d'une ride de concentration mais quelque chose brillait dans ses yeux, mélange d'exaltation et de curiosité qui illuminait ses prunelles d'une façon que je voyais assez peu. Il y avait quelque chose de fascinant, de satisfaisant de voir Simon dans son élément : la magie pure, qu'il pratiquait à la pointe de la baguette qu'il venait de nouveau de saisir pour répandre une lueur dorée autour du parchemin. Un sourire vint effleurer ses lèvres et il leva un regard exalté sur Bill.

-On la sent à peine ... !

-Mais c'est là, acheva Bill avec un doux sourire avant de tourner le regard vers Podmore. Tu as une double vérification. Convaincu ?

-Ça ira, trancha-t-il avec un haussement d'épaule. Bien joué, Bennett. Si le petit Selwyn a encore des relevés qui trainent, qu'il n'hésite pas.

Avec un sourire, Fleur récupéra le parchemin et l'enroula soigneusement pour le glisser dans la poche de sa robe de sorcière d'un élégant mauve. Puis elle étala de nouveau sa jambe découverte devant elle et effleura sa peau lisse et parfaite. Aucune trace d'une quelconque cicatrice et je songeais avec amertume à celle que je n'arrivais pas à faire disparaître dans mon dos suite au sort que j'avais reçu l'année dernière. Elle ressemblait à présent à une vaste tâche de naissance couleur café et ce n'était pas affreux en soit, mais ça restait un rappel constant de mon attaque. Face à l'éclat littéral qui baignait la peau de Fleur, je réussis à me souvenir qu'elle avait du sang de Vélane dans les veines, des créatures connues pour leur beauté envoûtantes. Peut-être que ça lui donnait des capacités de cicatrisation plus développée pour sauvegarder sa perfection ... Elle adressa un sourire éclatant à Simon fit tant rougir le visage de celui-ci que ça en effaça ses tâches de rousseurs.

-Encore merci, tu as fait un travail incroyable !

-Au moins on saura qui appelé si on se prend un maléfice, songea distraitement George en évitant soigneusement le regard de Fleur.

-Non, contra fermement Tonks. On ne vous a pas dit le protocole quand vous vous trouvez blessé dans une joute ?

-Si la blessure est magique il faut éviter de transplaner, le transplanage les aggravent, répondit immédiatement Simon.

-Mais si vous êtes au milieu d'un groupe de Mangemort, vous n'aurez pas le choix, lança Podmore. Alors transplanez sur la plus courte distance possible pour limiter les dégâts, du moment que vous êtes en sûreté. Puis essayez de contacter un membre de l'Ordre. Pas de Ste-Mangouste : le Ministère surveille toutes les blessures suspectes également et c'est infesté de médicomage qui leur sont loyaux. Moins on a affaire au Ministère, mieux on se porte. Evidemment si on n'a pas le choix et que la blessure est trop grave ... Mais on n'a quand même des personnes compétentes. Je ne me déshonore pas en Potion – Bennett peut en témoigner – Tonks a sa formation d'Auror et dans le pire des cas n'oubliez pas que le Big Boss c'est Dumbledore.

-Oh Simon n'a rien à lui envier ! lança Fleur avec un magnifique sourire.

Simon demeura coi, une preuve d'humilité grandement inhabituelle qui me força à couler vers lui un regard entre amusement et suspicion. Pas que j'avais le moindre doute sur lui, sur ses sentiments, sur la place que j'occupais et que personne ne me prendrait, mais ce n'était pas pour cela que j'appréciais qu'on me ramène à ma condition de petite fille sans forme et sans beauté. Fleur Delacour était clairement tout ce que je n'étais pas et je fus secrètement soulagée quand les yeux de Simon se baissèrent et que son pied trouva le mien. Mais je n'étais pas dupe sur ce geste : ce n'était pas de la tendresse, c'était la recherche d'un point d'ancrage pour éviter de sombrer devant les pouvoirs hypnotiques de la jeune femme. De quoi m'arracher un sourire moqueur que je cachais en pinçant des lèvres.

-Fleur, soupira Bill, visiblement conscient de l'effet de sa fiancée. Tu n'en as pas déjà assez avec mes frères ?

Simon, dont les joues pâlissaient enfin, piqua un nouveau fard et échangea un regard avec George qui couvrait le plafond des yeux depuis l'entrée de la Française. Fleur haussa les épaules, rangea sa jambe et attacha ses cheveux en un chignon lâche qui ne la rendait pas moins désirable. Même Podmore s'était trouvé un intérêt certain pour le fond de sa tasse – et cela provoquait un fou rire difficilement réprimé de Tonks.

-Je suis encore pleine d'adrénaline, et quand c'est le cas je maîtrise mal mon pouvoir, râla la jeune femme. En parlant de tes frères, tu as envoyé son cadeau à Ronald ? C'est son anniversaire samedi ?

George reporta brusquement son attention sur Bill, qui hochait la tête d'un air distrait.

-C'est samedi l'anniversaire de Ronnie ?

-Oh George ...

-Quoi ? On est hyper occupé en ce moment ! On cherche à racheter la boutique de Zonko à Pré-au-Lard pour avoir une filiale, tu imagines les ressources que ...

-Zonko a fermé ? s'exclamai-je, horrifiée.

-Et ça ne t'apportera rien si les élèves ne sortent pas, renchérit Simon avec précipitation. Je veux dire, la sortie à Pré-au-Lard de samedi, justement, est annulée et je doute qu'il y en ait d'autres cette année ...

-Dumbledore n'a pas eu le choix, confirma Tonks quand George ouvrit de grands yeux. Au ministère le bureau des alertes a eu quelques menaces, quelques alertes faites sur le village ... Pendant la première guerre déjà il y a eu des raids de Mangemorts qui profitent que les élèves soient dehors pour des enlèvements ou pire ... Et avec ce qui est arrivée à la petite Katie à la première, il ne préfère pas ... tenter le diable.

Un silence sinistre s'abattit sur la table, silence qui étouffa quelque peu l'éclat rayonnait de Fleur et qui permit aux tâches de rousseur de réapparaître sur le visage de Simon. George paraissait contrarié par la nouvelle et je voyais presque les Gallions qu'il perdait avec cette situation défiler dans ses prunelles.

-Bon, on va y aller quand même, voir ce qu'ils nous proposent, décréta-t-il pour faire bonne figure. Et en profiter pour trouver un cadeau pour le petit Ronnie. Qui a une idée ?

-Mais quel frère en carton, murmura Simon à mon adresse.

Il s'était de nouveau avachi sur la table, la tête entre les bras, le visage tourné vers moi. Son pied était resté collé au mien, invisible sous la table. Il étouffa un bâillement en plaquant sa bouche contre son bras et je pouffai discrètement.

-Qu'est-ce qui te fatigue ? La nuit à chercher un contre-sort ou passer du rouge au blanc depuis dix minutes ?

-Oh, Vicky ..., gémit Simon en enfouissant son visage dans son coude.

-Pas que ce ne soit pas un spectacle hautement distrayant ...

Simon se redressa d'un centimètre pour laisser un œil vert émerger, planté sur moi, étincelant. Devant l'éclat dans son regard, ce fut à mon tour de m'empourprer, d'autant que sa jambe se pressa contre la mienne avec plus d'insistance. Je balayai la table d'un regard nerveux : George s'était jeté sur Bill pour dégoter une idée de cadeau pour Ron et Tonks éclipsée avec Hestia pour faire un point avec Maugrey.

-Un problème, Victoria Bennett ? chuchota Simon d'un ton mutin.

-Oh, Tic et Tac, nous lança Podmore en se levant. Si vous restez, vous faites notre vaisselle !

Il désigna les tasses, l'assiette de pâte au fromage que s'était faite Ding en guise de goûter et les pelures de pommes d'Hestia d'un geste du doigt circulaire. Devant l'injonction, George et Ding se dépêchèrent de détaler quand Bill et Fleur ricanèrent d'un air approbateur. Simon se redressa vivement, outré mais je m'empressai de le devancer :

-OK, pas de problème.

-Comment ça « pas de problème » ? protesta Simon. Si, problème justement, je ne suis pas son elfe de maison !

J'écrasai son pied sous mon talon et un petit sourire retroussa mes lèvres quand les siennes furent tordues d'une grimace. Podmore éclata d'un rire aussi bref que surprenant et me donna un grand coup dans le dos qui me projeta contre la table. Bill et Fleur le précédèrent dans l'escalier qui menait à l'étage et je me retrouvai seule avec Simon fulminant qui fixait l'assiette incrustée de fromage de Ding comme s'il pouvait la brûler d'un regard. Je m'étais déjà levée pour donner un coup de baguette sur les tasses qui s'alignèrent docilement pour s'amasser dans l'évier et le regard furieux de Simon finit par glisser sur moi.

-Pourquoi ? s'agaça-t-il sans amorcer un mouvement pour m'aider. Je suis crevé Vicky, comme je l'ai rarement été et pourtant j'en ai passé des mauvaises nuits, et tu ...

Je le fis taire en me glissant de nouveau sur le banc pour m'emparer de ses lèvres. Ses protestations s'étouffèrent dans ma gorge et il parut s'abandonner à moi l'espace d'une seconde avant de reculer précipitamment, les yeux rivés sur les escaliers.

-Euh, Vicky ...

-La vaisselle ça prend deux secondes, tout le monde est parti et l'unique personne restante dans le QG est Maugrey qui ne descend jamais ici à cause de sa jambe, énumérai-je tranquillement en faisant disparaitre les pelures de pommes. Et si tu m'embrasses tout de suite, j'accepte d'oublier que tu viens d'insulter les elfes de maison et de rougir comme un gosse devant la magnifique Fleur Delacour.

-Ah, ah ! laissa échapper triomphalement Simon. Donc, il y avait bien un problème.

-Il n'y aura aucun problème si tu m'embrasses maintenant.

Je le sentais, le petit sourire teinté de défi qui s'était mis à jouer sur mes lèvres dès que la pièce s'était vidée de ses occupants, dès que j'avais entraperçu l'occasion d'effacer cette couleur cramoisie sur les joues de Simon – ou d'en changer la source. Et j'adorais tout ce qui montait en moi alors qu'il me contemplait avec ce regard étincelant, embrasé par mon ton injonctif, par l'occasion, par le baiser qui devait encore lui brûler fugacement les lèvres. Tenté, il inclina le visage vers moi et sa main effleura mon bras, hésitante. Mon sourire s'étira un peu plus à mesure qu'il se rapprochait, avec une lenteur et une indécision aussi attendrissante qu'insupportable.

-Bon sang, où est-ce qu'on va comme ça ? souffla-t-il, ses lèvres à quelques épouvantables centimètres des miennes.

L'interrogation faillit me faire reculer et figea quelque peu mon sourire. Dans mes veines courrait la même exaltation que dans mon cellier, quand Simon et moi avions été plus proches que jamais, quand les mots avaient paru inutiles et que seuls nos lèvres s'étaient exprimées pour faire comprendre à quel point je comptais, à quel point il comptait. C'était comme apprendre un nouveau langage et lui comme moi étions avides d'apprendre. Cela brouillait totalement les lignes de notre relation, délaçait des automatismes pour en tisser d'autres, mais c'était une sensation incroyable. J'avais envie de poursuivre cette exploration, de profiter de chaque moment pour poser mes lèvres sur les siennes et continuer d'apprendre à le connaître comme ça. Ça n'avait pas à avoir de sens. Juste à être partagé et Simon me le confirma en réduisait la distance entre nous jusqu'à ce que nos lèvres se frôlent à peine, juste pour apprécier leur chaleur, nos souffles qui se raccourcissaient et se mélangeaient. Délicatement, il caressa mon nez du sien et répondit à sa propre question dans un murmure :

-Je n'en sais rien ... mais on y va.

***
Bff47

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Bff47 »

Oh la la ! SImon et Vicky, aussi mims que d'habitude !

Chouette, ça va bouger dans l'Ordre ! Il était temps ! Simon ce génie !! Ulysse et Octavia, Alex et Mélania, ces amours ! Je les adore aussi !
Bref, désolée pour ces comms peu qualitatifs, je n'ai pas trop la tête à ça en ce moment mais c'est aussi bien que d'habitude ! J'ai hpate d'avoir la suite comme à chaque fois !
Et moi aussi je suis deg pour Messi
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Allez, on commence par toi mon opération rattrapage du dimanche après-midi/soir

Chapitre 30 it is !
horloge astronomique qui occupait tout un pan du mur du salon
Ah CARREMENT
Elle est jamais allée à Londres, à part pour le train et le chemin de Traverse ?
ous étions devant le manoir ouvragé des Selwyn, niché dans un écrin de verdure qui ouvrait sur Hyde Park.
Mais tellement styléééééé

"Duc illuminé" ça donne un peu l'impression qu'il est dingo :lol:
Nous venions de nous fiancer, ma chère, vous vous en souvenez ?

Thalia se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête poli.
Ca a l'air de l'émouvoir didon
-Son nom importe peu.
BOUUUUh

-Ne t'excuse pas, file.
On dirait moi avec les 4e, "ne te justifie pas, tais toi" :lol:
-Monsieur Selwyn, c'était un plaisir pour nous de fêter l'anniversaire de votre fille avec vous,
Ca avait l'air SU-PER
Il claqua deux fois des mains avec une autorité qui me fit lever les yeux au ciel
Il est prêt à avoir une maison connectée entièrement équipée par Apple
Au fait, Bones n'est pas venu jouer les chiens de garde ?
Ce "au fait" qui veut tout dire
Je dis juste que ce n'est pas agréable le voir accroché à tes basques ou de savoir qu'Octavia passe une partie de son temps chez lui pour votre projet.
Ca va l'insécurité là
Et attends, Ulysee il est à l'IRIS aussi ? j'ai rien suivi moi :lol:
Mais ... ce ne serait pas une bague ?
Je suis en train de sourire de ouf :lol:
HAHAHAH
Mes parents et Alexandre récupérèrent leurs affaires
Oh comme ces 5min ont dû leur paraître longues
-En fait je parlais surtout de Tory !

-Dis-le plus fort, papa n'a pas encore entendu !
POUAHAHAHAHAHAH
C'était à la fois attendrissant et risible, sans qu'un sentiment ne prenne le pas sur l'autre.
Cimer Perri :lol: :lol: :lol:
-... Dis-moi tout, rien depuis le petit sorcier ?
Oh que si
-Non ... C'est calme ...
Mdr quelle menteuse c'était tout sauf calme
-Eden, répéta Alexandre, le regard étincelant. Tiens donc et qui est Eden ?
Ne surtout pas poser la question à Simon
-C'est un code vous pensez ?

-C'est donné par un putain de Sang-Pur. Moi, j'y touche pas.
Ah merci j'étais perdue
Nan mais Podmore j'ai trop de mal avec lui :lol: Je l'ai jamais imaginé comme ça je crois donc ça me fait bizaaaarre
-Qui l'est ? rétorqua tranquillement Hestia sans quitter son cahier des yeux. Poudlard ne nous apprend pas les maths, elle nous apprend que la magie ...
Grand mystère, puis à quel moment ils apprennent à écrire (correctement la grammaire je veux dire) ? Et ils savent pas parler d'autres longues

C'est tellement un truc de méchant à moitié repenti de donner une partie de la réponse sans expliquer son sens T.T
T'es le bon ?

-Non, je suis venu jouer aux bavboules, railla George.
Comment il s'adresse à lui :lol: C'est terrible

AH c'était seulement la semaine précédente ? C'est fou
A ce qu'il paraîtrait, Barjow cherche une pièce.
Je suis perplexe... Il cherche un horcruxe ? L'armoire à disparaître ? Parce qu'il a déjà la main de gloire a priori
-Toi ? douta Fletcher avec un ricanement.

-Il fait bien un amortentia parfait, le défendis-je.
Je comprends pas comment prsonne ne capte à quel point les jumeaux peuvent être doués en magie, vu tout ce qu'ils concoctent
-Comme neuve ! annonça-t-elle en étendant sa jambe sur le banc.

-Ne t'en vante pas trop, la prévint Bill en arrivant derrière elle.
SALUT FLEURK
merci Simon !

Les deux syllabes du prénom de Simon
Ah oui, ils disent Sy-mone eux ? Chelou
Sans vergogne, elle se fraya un chemin pour s'assoir entre Simon et moi
WOH WOH WOH TU DEGAGES LA VELANE
u serais très utile à Sainte Langouste ...
Langouste :lol: :lol: :lol:
Dès qu'il eut conscience de notre proximité, je le sentis bousculer son poids vers moi, comme s'il me cherchait et ma main se glissa sous la table pour venir se placer sur sa cuisse.
1) Simon est trop mignon
2) SUR SA CUISSE OLALA
-Ce sont des virements. Les sommes, et le numéro de compte associé dans la dernière colonne.
Ah abh c'était facile en fait :lol:
-J'ai même été embauchée, oui !
C'est canon ça ?
-Fleur, soupira Bill, visiblement conscient de l'effet de sa fiancée. Tu n'en as pas déjà assez avec mes frères ?
Et question, ça agit par sur les filles ? Ou faut que la fille soit lesbienne ? ou que la Vélane soit lesbienne ? Vraie question de société stp :lol:
Devant l'éclat dans son regard, ce fut à mon tour de m'empourprer, d'autant que sa jambe se pressa contre la mienne avec plus d'insistance.
Poueheheh bien fait pour elle
Simon se redressa vivement, outré mais je m'empressai de le devancer :

-OK, pas de problème.

-Comment ça « pas de problème » ?
Eh il a raison c'est méchant
Je le fis taire en me glissant de nouveau sur le banc pour m'emparer de ses lèvres.
Ah la petite fourbe :lol: :lol: :lol:
-Il n'y aura aucun problème si tu m'embrasses maintenant.
Elle prend de l'assurance didon
-Bon sang, où est-ce qu'on va comme ça ? souffla-t-il, ses lèvres à quelques épouvantables centimètres des miennes.
Haha j'adore ce "épouvantable", il est hyper bien placé


C'était cool ce chapitre un peu plus tranquillos mais qui fait bouger les choses quand même et HELLO FLEURK
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

Ah oui j'ai du retard
Et comme j'ai énormément de retard, je vais vous donner deux chapitres de suite ! Si si je vous jure ! Par contre je le fais très vite parce que c'est noël et que mon copain réclame mon aide pour emballer des cadeaux (aura-t-il mon aide ...? Rien n'est plus sûr ...)

Joyeux Noël à tous.tes, profitez bien de vos familles et gavez-vous <3
(Et gloire éternelle à Emilien Jaquelin qui passe noël en jaune <3)

PS : La citation n'a qu'un vague rapport, je suis juste incapable d'en trouver une et J'ADORE cette chanson et c'est un de mes Disney préféré (je ne sais pas pourquoi, trop d'identification à Belle je crois ...), voilà !


***

Chanson éternelle , au refrain fané
C'est vrai c'est étrange
De voir comme on change
Sans même y penser ...

Tout comme les étoiles s'éteignent en cachette,
L'histoire éternelle
Touche de son aile
La belle et la bête ...

- "Histoire éternelle"
La belle et la bête
***


Chapitre 31 : Quelque chose de neuf.

-Et Harry lui a enfoncé une pierre dans la gorge ... ça lui a sauvé la vie mais ...

-Une pierre ?

-Un bézoard.

Le nom étrange émanait à la fois de Simon et de George, qui échangèrent un regard qui pouvait être qualifié de complice. Assise à même le sol entre les deux, Renata les contemplait, comme si elle était prise dans une toile et qu'elle était la mouche juteuse prête à être dévorée. Mais loin de se soucier d'elle, George allongea son bras au-dessus de sa tête pour toquer son poing contre celui de Simon.

-Et c'est là qu'on reconnait les potionistes d'ASPIC, fanfaronna-t-il, goguenard.

-Vous vous êtes infligés deux années de Rogue supplémentaire, je ne vois pas en quoi c'est une gloire, rétorqua Fred.

Il tournoyait paresseusement dans un fauteuil aux allures de nid d'osier, pendu au plafond et dépourvu de toute attache autre que ce long fil. C'était lui qui avait proposé cette réunion dans leur boutique en ce dimanche et nous n'avions pas tardé à découvrir qu'il souhaitait certainement de se changer les idées : leur frère Ron avait été victime d'un empoisonnement la veille, le jour de son anniversaire. C'était précisément ce qu'il était en train de narrer et il poursuivit laconiquement :

-Enfin bref, Poudlard ce n'est plus que c'était. Katie qui se retrouve à Ste-Mangouste, Ron qui ne doit la vie qu'à une pierre ... et à Harry, pour la centième fois ...

-Vous pensez qu'il aura un jour une scolarité normale ? songeai-je. Harry ?

Fred haussa les épaules. Son nid d'osier était garni de nombreux coussins colorés et ses cheveux flamboyants se fondaient dans ce décor d'arlequin.

-Je pense qu'il y a renoncé dès la première année où il s'est retrouvé devant un troll dans les toilettes.

-Le troll dans les cachots, se rappela Simon en plaquant sa main contre son front. Bon sang, j'avais oublié ça ...

-Tu as essayé d'y conduire Bennett deux jours plus tard ? se moqua George.

Un faible sourire s'étira sur les lèvres de Simon et son regard glissa ostensiblement sur moi, moqueur. Je préférai ne pas relever et me concentrai sur ma machine à écrire que j'avais apportée avec moi et qui demeurait le seul meuble sonore de la pièce. C'était Fred qui avait proposé cette réunion entre « jeunes » de l'Ordre, dans l'optique de ressouder les liens, de rappeler que nous n'étions pas seuls dans notre frustration. J'avais tendance à croire qu'il avait monté cela quelque peu contre George et éviter que son frère ne refasse une erreur comme Swansea. Car non, les jumeaux n'étaient pas d'accord sur tout et c'était une véritable révélation à mes yeux. Les catastrophes étaient toujours d'une efficacité redoutable pour dévoiler la vérité et la vérité, c'était que Fred avait peur pour son jumeau. J'avais accepté, sensible aux arguments, mais pas sans prévenir que ce ne serait pas du temps de perdu pour moi. J'achevai ma ligne de frappe et le train se remit seul en place avec un son de cloche qui m'arracha un sourire.

-Victoria s'amuse en tout cas, constata Renata avec l'ombre d'un sourire. Qu'est-ce que c'est ?

Elle glissa sur le sol pour attraper l'un de mes feuillets. Je rédigeai la partie sur les outils sociologiques que nous avions décidé d'utiliser et je lorgnai vaguement Renata, mes mots en police d'imprimerie qui se reflétaient dans ses lunettes. Ses sourcils froncés marquaient sa concentration mais son visage restait détendu et j'en fus rassurée : quoique je racontais, ce n'était pas trop complexe. Elle finit par hausser les sourcils en me rendant le feuillet.

-Et bien, tu te lances dans un sacré truc ... Tu vas en faire quelque chose ?

-On ne sait pas encore ... On fait, en attendant et quand ce sera achevé on verra ... ça va toi ?

Renata haussa les épaules. Je lui trouvai l'air singulièrement pâle et renfermé. Ses cheveux avaient poussé dans son dos et leur éclat terne prouvait qu'elle ne leur apportait aucun soin. Ses lunettes mériteraient également un bon nettoyage. Toutes ses constatations me furent affreusement familière mais l'impression fut balayée quand elle répondit :

-Je survis. Je passe trois nuits par semaines à l'observatoire et à étudier les cycles de la lune ... Moi aussi j'ai pris mes cartes.

Elle désigna quelques rouleaux de parchemins qui gisaient à terre et mon regard fut aimanté par eux avant d'effleurer Simon. Il discutait toujours avec George de la tentative d'empoisonnement de Ron, des pistes de l'école mais à priori cet incident était aussi impénétrable que celui de Katie. D'après George, les deux étaient des victimes collatérales d'un plan qui déraillait. Les Black avaient toujours eu une fascination pour le ciel, m'avait confié Lysandra à noël. Et cette fascination avait été transmise à Cassiopée qui avait donné ses fils des noms d'étoiles ... de constellation, rectifiai-je en me souvenait de celui de Spencer. Spencer Hercule. Malgré ma détermination à cesser de supplier Simon, je ne pus résister et demandai à Renata l'autorisation de consulter ses cartes. Elle accepta d'un hochement de tête et je déployai un parchemin craquelé devant mon visage. La jeune fille était minutieuse et chaque étoile était soigneusement numérotée et légendée. Elles étaient reliées entre elles par des traits fins pour dessiner les constellations et je vis ainsi le « W » caractéristique de Cassiopée. Hercule était formé d'un rectangle et de quatre points qui s'étiraient des coins, comme des membres. Je ne me souvenais plus de celle de Matthew mais je lus avec délectation chaque nom latin des constellations. Oh Seigneur, Simon avait raison : si j'avais su quelques années plus tôt, ça n'aurait pas manqué. Peu importe laquelle.

-Tu as des nouvelles de Mathilda et Erwin ? demandai-je distraitement à Renata.

-Peu, avoua-t-elle du bout des lèvres. Quasiment pas depuis que j'ai emménagé à Londres. Pourtant ils s'y sont installés aussi mais ... on a des intérêts qui divergent.

Peinée, je baissai la carte pour lui jeter un petit regard. Elle écoutait Simon et George débattre sur la situation à Poudlard pendant que Fred tournoyait dans son fauteuil d'osier.

-Tu sais, tu peux passer à Terre-en-Landes quand tu veux, proposai-je avec douceur.

-Pourquoi ?

Il y avait dans sa voix toute sa brusquerie, toute la réserve qui avait fait d'elle une personne isolée à Poufsouffle et cela me heurta. Renata avait repoussé tous ses camarades, c'était une certitude, mais j'avais eu l'impression d'avoir été admise dans sa bulle faite d'étoile et révolte. L'espace d'un clignement de paupière, je revis la photo de Cédric s'envoler de sa poche et j'avais l'impression que c'était aussi ce qui se cachait derrière les iris brunes de Renata.

-Tu m'as l'air un peu seule, tentai-je de justifier maladroitement. Si tu veux ...

-Je suis habituée à la solitude, répliqua Renata avec un sourire amer. Je dirais même que j'aime plutôt ça. Alors merci mais ... non merci.

-Renata ... Tu as entendu Lupin et Maugrey, il ne faut pas qu'on s'isole ...

-Oh, ça leur va bien de se dire ça. Ne vous isolez pas, parlez entre vous. Mais quand on leur parle à eux qu'est-ce qui se passe ?

-On se fait rembarrer en beauté, conclut George, qui avait suivi l'éclat de la jeune fille. Bien parlé Morton. On est des clowns.

Fred bascula sa tête en arrière et se mit à fixer le plafond, comme pour s'échapper de la conversation. Simon considéra quelques secondes George avant d'objecter :

-Tu es un clown dans ta boutique peut-être mais je doute qu'ils auraient pris un clown sur une des missions qui demandent le plus de personne. Vous êtes cinq alors je ne sais pas ce que vous faites, mais ce n'est pas du tricot.

-Oh Bones pitié, pitié, tais-toi, supplia George en portant ses mains jointes au niveau de son cœur. Non, ça va m'énerver.

Les yeux de Simon s'étrécirent dangereusement et je portai les cartes de Renata à mon visage de manière à ce que seuls mon regard n'en dépasse. Une façon de me bâillonner autant de cacher mon expression qui devait être à la fois inquiète et coupable.

-Pardon ?

-Ce n'est pas contre toi, mais ... tu es sans doute celui qui sait le plus de chose, à qui Maugrey confie le plus de chose. Alors je ne sais pas si c'est parce que tu t'appelles Bones, que tu allonges visiblement la monnaie ou que tu es un petit prodige, mais ça a un côté injuste que tu sois celui qui ait la confiance de l'Ordre et à la fois le plus inutile de nous cinq.

-Aie, couinai-je derrière la carte.

-Excuse-moi ?! s'écria Simon en se redressant vivement. Je suis quoi ?!

Pour pallier à toute réaction et à tout agissement impromptu de ma part, je me retranchai définitivement derrière le parchemin, le nez à quelques centimètres de sa surface pendant que George tentai d'exposer d'un ton résolu :

-Arrête, ce n'est pas contre toi ! Mais je ne sais pas, vu ton comportement de l'année dernière, j'en attendais ... plus ...

-Mon comportement de l'année dernière ?

-Oh arrête, Bones, après l'évasion des Mangemorts tu étais au fond du trou, tu ne venais même plus en cours ... il a fallu que Bennett te prenne par la main pour que ...

-Je ne vois pas ce que ça a à voir avec l'Ordre, le coupa sèchement Simon. Et mon « inutilité » supposée.

-Ce qu'il veut dire, c'est que compte tenu de qui tu es et de ce que tu es, on attendait peut-être que tu sortes des bouquins et que tu nous appuies pour qu'on ait un rôle plus actif. Pas que tu te complaises dans ton rôle de rat de bibliothèque.

Les mots neutres, presque froids, émanaient de Renata et je plantai les dents dans ma lèvre inférieure pour ne pas hurler mon désaccord. C'était à Simon de gérer ça, et si j'osais le faire à sa place je savais qu'il le prendrait mal. Et il ne se gêna pas pour cracher :

-Peut-être parce que c'est là-dedans que je suis le meilleur ! Alors pardon si j'ai réparé la malle de Maugrey, sauver la jambe de votre belle-sœur, passer des week-ends entiers à analyser des traités de magie noire aussi écœurants et obscurs les uns que les autres ! La prochaine fois j'irais faire le pied-de-grue devant une boutique et vous vous chargerez des subtilités magiques et d'essuyer les dettes d'un escroc !

-Tant mieux si à toi on te confie des choses, mais nous ...

-Et pourquoi ? Regarde ! Tu t'es créé une mission à toi tout seul, ça a fini avec un appartement explosé, le Ministère à dos et Vicky blessé ! Non ! N'essaie même pas de renchérir, tu m'as ramené Victoria blessée et tu sais que rien que pour ça je suis incroyablement généreux avec toi.

-Simon.

Je n'avais pas pu retenir l'avertissement car même si mon seul visuel était l'écriture en pâte de mouche de Renata, je savais pertinemment qu'il pointait sa baguette sur George pour qu'aucune ambigüité soit faite : il restait le meilleur. Et avec la façon dont George et Renata le piquait dans son orgueil, il n'hésiterait pas à en faire usage pour le prouver. Je crispai les doigts sur la carte et la déployai un peu plus pour cacher mon visage à Renata. J'avais senti mes joues s'embraser dès que Simon avait parlé de moi et j'avouai devoir faire un effort pour réprimer un inexplicable sourire. Il y eut quelques instants de flottement jusqu'à ce que Simon ajoute d'un ton plus calme :

-On a tous un rôle à jouer. Et non, ce n'est pas celui de clown, Weasley. Tu as quasiment vécu avec l'Ordre l'année dernière, tu as compté combien on était et tu te doutes de combien eux sont. S'ils voulaient qu'on fasse les clowns, ils ne prendraient pas la peine de nous montrer le QG, ni même de nous impliquer : ils n'ont pas de temps pour ça. On n'a pas de temps pour ça. Pas si on veut compter.

-Justement on ne compte pas, rappela Renata avec aigreur. La semaine dernière Maugrey cherchait quelqu'un pour escorter une femme menacée dans une planque. J'étais la seule disponible et pourtant il a préféré le faire lui-même !

Simon soupira et laissa aller sa tête vers l'arrière avec lassitude, visiblement à court d'argument pour calmer les esprits. Difficile, car il semblait lui-même énervé par les reproches et dardait un regard agacé sur Fred, toujours silencieux dans son nid suspendu. Le silence s'épaissit jusqu'à ce que des coups se fassent entendre dans l'appartement. Fred et George échangèrent un regard avant de ce dernier ne s'arrache à sa position assise pour aller ouvrir. Il jeta un coup d'œil par le judas et poussa un grognement sonore.

-Bah tiens ... De quoi tu avais l'air quand tu nous as ramené à Poudlard l'année dernière ? demanda-t-il en haussant la voix.

-D'une vieille dame ! Ouvre, Weasley, je gèle !

George leva les yeux au ciel et ouvrit la porte sans même adresser un regard à l'entrante. Tonks referma le battant derrière elle, un sourcil haussé face au froid accueil.

-Je vois ... Ravie de te voir aussi, comment tu vas ? Oh ! Vous faites un squatte et je ne suis même pas invitée ?

Elle nous adressa un sourire cynique. Elle avait attaché ses cheveux châtains en une queue haute qui lui donnait un aspect plus volontaire et ses yeux sombres pétillaient plus qu'habituellement. Si George l'ignora et Renata lui réserva un regard glacial, Fred compensa en éclatant de rire.

-Désolée Tonks, mais c'est entre jeune ! Et toi, tu es vieille.

-Ah, ah. Pardonnez, mais la vieille a besoin de parler à sa team. Toi, ajouta-t-elle en pointant un index sur Simon. J'apprends que tu utilises des oreilles rallonges pour savoir à quelle sauce ta copine va être mangée, ça va très mal se passer. Et je sais que je ne suis peut-être pas très effrayante comme ça mais c'est qu'une impression !

Simon ne songea même pas à répondre, complétement figé contre son mur. A dire, j'étais persuadée que la seule chose qu'il retenait de l'intervention de Tonks était qu'elle m'avait désigné sous le terme « copine ». Je jetais un regard agacé à la jeune femme qui soupira avec un geste désinvolte de la main.

-Oui je sais que ce n'est pas « copine » mais je n'ai pas trouvé de meilleur terme. Bon, on se dépêche ! Et que quelqu'un vérifie que Bones reste collé à son mur ...

Simon leva les yeux au ciel avant de défier Fred et Renata du regard ; et visiblement, aucun des deux ne semblaient se dépêcher pour obéir à Tonks. Devant l'insistance de celle-ci, je me levai et la suivit dans le couloir, George sur mes talons. La jeune femme descendit même l'escaliers qui menait à la boutique et nous nous retranchâmes dans la réserve. Elle lança quelques sortilèges de protections qui exaspérèrent George avant de se tourner vers nous, le visage grave.

-C'est quoi ? Une réunion pour se plaindre qu'on ne vous donne pas assez de responsabilité ?

-Mais non, la rassurai-je. Juste ... un échange de ressenti.

Tonks nous considéra longuement avec suspicion – particulièrement George qui s'était adossé sur la porte, l'air de s'ennuyer ferme. Un tic agita le coin de sa bouche et elle ajouta :

-Bien. Parce que là vous allez en avoir, des responsabilités. Ding a eu des infos. La pièce dont Barjow a besoin va être livrée dans la semaine. Et vous, moi et Podmore, on va l'intercepter en espérant que ça nous indiquera ce qui se trame dans cette boutique.

Mon cœur manqua un battement et George se détacha de la porte, comme frappée par la foudre. Il s'avança à ma hauteur et dévisagea Tonks avec surprise.

-On va sur le terrain ?

-Et pourquoi pensez-vous qu'on vous a recruté ? ironisa Tonks avec un sourire tordu. Pour faire de la figuration ? Rendez-vous au QG après-demain, vers midi – peu importe vos obligations.

***

Fort heureusement, je n'avais eu aucune obligation pour cela.

Et fort heureusement, cette réunion était tombée juste avant le match qui opposait Poufsouffle à Gryffondor. Il était évident que Podmore hésitait encore à associer George à l'interception de la pièce et Tonks m'avait avoué à demi-mots qu'elle avait dû pousser cela. Selon elle, écarter George serait plus néfaste que de l'impliquer. Il fallait prouver qu'on lui faisait confiance. J'espérais juste qu'il saurait s'en montrer digne et j'avais été rassuré de le voir sérieux et appliqué pendant que Podmore nous expliquait point par point son plan pour jeudi. En sortant de là, j'en avais eu mal à la tête et mal au ventre. L'idée de me retrouver au feu de l'action me retournait l'estomac. C'était complètement stupide : j'avais déjà été dans l'œil du cyclone et ce plusieurs fois. Et personne n'y retournait avec plaisir. Sauf peut-être Podmore. Depuis son éviction de la brigade de police magique, ses os se rouillaient.

L'excursion à Poudlard arriva à point nommé. C'était début mars et le temps était encore glacial en Ecosse. Le ciel était encore voilé mais le soleil apparaissait par intermittence entre deux nuages – des changements de luminosité qui n'étaient pas idéales pour le Quidditch. Je suivais distraitement Simon au milieu du parc, à me demander si Smith l'avait remarqué et avait bien prévenu Kenneth et Judy quand quelqu'un me heurta de plein fouet et me souleva du sol.

-Capitaine ! J'ai attrapé une Capitaine ! Judy, regarde ça !

-Désolée, Bones, on te l'emprunte !

Je lâchai un cri de surprise et me retrouvai en une seconde hissée dans les bras puissants de Kenneth Towler, vêtu de sa robe de Quidditch. Il en avait lâché son balai que Judy Summerby était en train de ramasser, tout sourire. Un peu plus loin, Simon avait retrouvé Susan qui avait émergé de la procession qui se dirigeait vers le stade. Kenneth me serrait à m'en couper la respiration.

-J'en reviens pas que tu sois là ! Alors, comme c'est chez les pros ? Tu ne veux pas jouer à la place du nouveau gardien ? Il ne t'arrive pas à la cheville !

-Je doute même qu'il dépasse ton pied, et pourtant tu es toute petite !

J'éclatai d'un rire étranglé – ma poitrine était compressée par l'étreinte de Kenneth. Malgré ma position inconfortable, j'adressai un grand sourire à Judy.

-Je doute que Bibine me laisse faire, ce n'est pas très fair-play ! Maintenant dépose-moi, grosse brute, j'étouffe !

-Il faut que je fasse la passe à Susan, c'est ça ?

-Euh, laissèrent échapper les deux Bones en même temps.

Mais Susan manifestait plus d'amusement que Simon. Kenneth m'autorisa finalement à regagner le sol et je pus serrer mon amie dans mes bras. L'étreinte fut accompagnée par Judy, puis par Evelyn, mon ancienne poursuiveuse qui me sauta littéralement au cou. Au-dessus de la tête de la jeune fille, je vis Smith arriver, l'air renfrogné, mais concentré. Je m'extirpai du groupe pour aller serrer la main qu'il me tendait de bonne grâce. Il eut même l'ébauche d'un sourire qui m'en arracha un.

-Smith. Des conditions difficiles, pour ce match ...

-J'ai dit à Judy et Kenneth de ne pas voler en plein soleil, rétorqua Smith en observant le ciel. Ce serait dommage que les adversaires les voient arriver ...

Je hochai la tête, satisfaite et rassurée. Je ne m'étais pas trompée en proposant son nom pour me succéder et je devais admettre que le badge lui allait bien. Avec une autorité mesurée, il enjoignit l'équipe à se dépêcher vers le stade et Judy m'adressa un dernier signe de main.

-On te rendra fière, Capitaine !

-Ce serait bien, on a perdu le premier match contre Serdaigle, soupira Susan avant de passer son bras sous le mien. C'est pour ça que c'est bien que tu sois là, tu vas les inspirer !

-Et moi je suis là pour faire de la figuration ? lança Simon en dressant un sourcil.

Susan le gratifia d'un adorable sourire qui creusa ses fossettes et Simon renonça à davantage se plaindre. A dire vrai, je le trouvais crispé depuis que Rusard et Chourave nous avaient ouverts les portes de Poudlard, et plus nous avancions vers le stade et la foule, pire c'était. Je le percevais parfaitement, le mécanisme du secret qui ouvrait une grande distance entre nous et qui expliquait qu'il fasse la route vers le stade seul en tête pendant que Susan me racontait les dernières nouvelles de Poudlard – qui comprenait l'empoisonnement de Ron Weasley dans le bureau de Slughorn. Cormac McLaggen jouait à sa place et je ne pus retenir une grimace de dépit, sans cesser de fixer la nuque de Simon, à moitié couverte par son bonnet orange.

Susan nous entraina dans les gradins et nous abandonna brièvement pour saluer des amis. Je m'adossai à la rambarde et observai le stade parsemé ainsi que le terrain désert mais éclatant de l'école. J'avais beau être professionnel et jouer dans des enceintes grandioses, aucune n'avait le charme de celle où j'avais fait mes premières armes. Simon s'accouda à côté de moi, assez proche pour que je lui jette un regard moqueur.

-Ouh, rapprochement. Tu n'as pas peur que ta sœur devine ?

Les joues de Simon rosirent et il garda le regard fixé sur Bibine qui s'entrainait en contrebas.

-J'ai plus peur que tu m'arraches mon bonnet, rétorqua-t-il plutôt d'un ton résolument calme. Et ce n'est pas comme si on ne s'était jamais tenus l'un à côté de l'autre à Poudlard ...

Je souris doucement sans rien répondre, étrangement soulagée par cette simple proximité qui faisait s'évanouir la distance et la raideur. Une proximité qui prouvait que lentement, Simon commençait à prendre ses marques dans cette nouvelle relation, après un bref moment de panique. C'était assez appréciable pour que je me retienne d'effectivement arracher le bonnet de ses cheveux.

Les joueurs entrèrent enfin dans sur le terrain, au moment où Susan revint pour se flanquer de l'autre côté de Simon, hors d'haleine. Smith menait la colonne des Poufsouffle et Harry Potter en personne celle des Gryffondor. L'équipe avait été largement remanié, constatai-je sans surprise puisque quatre de leurs éléments avaient quitté l'école. Ginny Weasley était à présent poursuiveuse et elle me convainquit dès les premières minutes de vol avec une aisance et une volonté sans faille. L'autre poursuiveuse était vive et agile, un peu à l'image d'Evelyn. J'étais si absorbée par mon analyse que j'entendis à peine les commentaires débuter :

-... mais maintenant c'est ce gros joueur de Poufsouffle qui lui a repris le souafle, je n'arrive pas à me souvenir de son nom, quelque chose du genre de Bibble ... Non, Buggins ...

-Je rêve, souffla Simon, vaguement amusé.

-Il s'appelle Cadwallader ! rectifia McGonagall d'une voix forte qui résonna dans le stade malgré l'absence de mégaphone.

La foule partit d'un grand rire qui ne parut pas ébranlée la commentatrice, une jeune fille aux longs cheveux blonds recouvert de son casque, un mégaphone à la main et un collier qui semblait étrangement fait de liège. Susan poussa une exclamation incrédule.

-Mais c'est Luna Lovegood ! C'est une blague !

-Effectivement, je sens que ça va être drôle, confirma Simon avec un sourire sardonique.

-Arrête, elle n'était pas cool avec Owen. Ce « gros garçon » ...

Susan se renfrogna et je lui jetai un regard désolé. Elle avait toujours été complexée par ses rondeurs, ce genre de dénomination devait lui faire horreur. Mais Owen Cadwallader se vengea en marquant et je pus apprécier sa grande progression qui me rendit fière. C'était peut-être la plus flagrante : je connaissais les qualités d'Evelyn mais Owen avait toujours été plus brut. Mais aujourd'hui, il semblait décidé à ce que plus jamais le commentateur n'oublie son prénom.

-Mais il faisait quoi le gardien ... ? m'étonnai-je pendant qu'Owen tapait dans la main de Smith.

Je finis par le repérer la grande silhouette massive de McLaggen un peu en dessous des anneaux, occupé à houspiller Ginny Weasley. Je haussai les sourcils et Harry vint séparer les deux joueurs, ce que la fameuse Luna Lovegood considéra comme « une tactique très habile » pour se jouer de l'Attrapeur adverse. Je pinçai des lèvres, ne savant si je devais me réjouir ou m'inquiéter de la désorganisation manifeste de Gryffondor.

-Non, on ne sait toujours pas comment Ron a été empoisonné, expliquait Susan à Simon pendant que je me concentrai sur le jeu, assez perplexe. Mais il va mieux, j'ai demandé à Lavande, sa copine. Bon, elle en a profité pour se plaindre pendant dix minutes ... « Tu comprends, c'est impossible de savoir ce que pensent vraiment les garçons, j'aimerais réellement savoir si notre relation est sérieuse ».

Susan fit mine de vomir au-dessus de la balustrade et je lâchai un petit rire, sans lâcher Ginny Weasley qui marqua avec une facilité déconcertante. Derrière ce fut Smith qui récupéra le souafle mais le perdit presque aussitôt au profit de cette même Ginny qui fit une passe lumineuse à sa coéquipière. Gryffondor marqua et le stade explosa. Mais le gardien de Gryffondor manquait clairement de vigilance : quand ses yeux devaient être fixés sur la balle, les siens étaient plutôt attiré par Harry qui volait quelques mètres au-dessus à la recherche du Vif d'or et Owen put facilement égaliser. J'eus un petit ricanement.

-Et ça veut le niveau professionnel ...

Simon glissa un regard sur moi.

-Je rêve, ce serait de la méchanceté ?

-Oh la la, soupira Susan. Simon, évidemment que Victoria est méchante. Tu es même le premier qui l'a vu et tu l'as assez répété, non ?

-Oh, regardez !

Je rivai les yeux vers l'endroit que pointait la commentatrice, espérant y voir le Vif d'or ou un joueur dégringolant de son balai, mais je ne vis que du vide, un carré bleu parsemé de rares nuages blancs. Certains spectateurs s'entreregardèrent, perplexe et Luna finit par expliciter d'un ton rêveur :

-Ce nuage est magnifique, vous ne trouvez pas ? Je lui trouve la forme d'un oiseau – d'un oiseau-tonnerre, avec les éclats dorés du soleil ... Peut-être que c'est un vent venant d'Amérique qui le pousse vers nous, vous ne trouvez pas ?

-Miss Lovegood, le jeu, toussota McGonagall, interdite.

-Quoi ? Oh oui ! J'étais justement en train de songer que Zacharias Smith pourrait être maudit, vous ne trouvez pas ? A moins que ce soit des joncheruines ... Vous n'avez pas remarqué ? Il n'a pas réussi à garder le souafle plus d'une minute ...

-Ça fait dix minutes que j'ai remarqué, grognai-je en suivant Smith des yeux.

Il volait toujours en pointe, comme à son habitude, mais chaque fois le souafle semblait lui glisser des doigts. De la nervosité ? De la distraction ? J'étais toujours en train de m'interroger quand, après une nouvelle perte de balle, Luna proposa une réponse pour le moins inattendue :

-Je pense qu'on peut sérieusement parler de perdantinite, enchérit-t-elle avec un sérieux presque risible.

-Oh Merlin, souffla Susan, horrifiée. Oh non la pauvre ...

Parce qu'autour de nous, de nombreux élèves secouait la tête avec incrédulité et condescendance pendant que d'autres ricanaient méchamment en tournant subjectivement un index sur leur tempe. Simon soupira profondément, accoudé à la rambarde, son menton dans une main et son hideux bonnet orange dans l'autre.

-C'est bon, le Quidditch a touché le fond pour moi ...

Je ne sus déterminer qui de Susan ou de moi donna le premier coup, mais Simon se retrouve brutalement avec deux coudes enfoncés dans les côtes et lâcha un cri, suffoqué.

-Quoi ? Je n'ai jamais aimé le Quidditch ! Vous ne pourrez jamais m'obliger à aimer ça, sérieux c'est quoi l'intérêt ?

Je clignai des yeux et me penchai par-dessus la rambarde pour chercher le regard de Susan.

-Je rêve ou il vient de critiquer ouvertement ce que je fais dans la vie ?

-Oh la la mais non, marmonna Simon pendant que Susan s'esclaffait joyeusement. En plus si je dois être sincère, je ne pense pas que le Quidditch sera ce que tu feras de mieux dans la vie, Vicky.

Je le contemplai fixement, ne sachant si je devais me sentir vexée ou juste être interloquée par sa phrase. Lui gardait les yeux résolument rivés sur le terrain et alors que je m'apprêtai à lui demander d'expliciter sa pensée, son visage se teinta d'horreur et il étouffa un cri en plaquant une main sur ses lèvres. Pourtant, je l'entendis bien, ce cri mélangeant stupeur et effroi et je réalisai brusquement qu'il n'émanait pas de Simon mais du stade entier. Je reportai aussitôt mon attention sur le jeu pour voir un corps dégringolé du ciel en chute libre. Mon cœur eut à peine le temps de suivre le mouvement que les deux batteurs de Gryffondor le rattrapaient au vol, in extremis – et à moins de cinq mètres du sol ... La foule laissa échapper un soupir de soulagement, McGonagall la première depuis la tribune des commentateurs.

-Oh mon Dieu, soufflai-je, suffoquée. Qu'est-ce qui s'est passé ?

-Il a pris un cognard, je crois, murmura Susan, l'air horrifié. Oh la la regarde-le ...

Je plissai les yeux pour tenter de distinguer le joueur que les Batteurs ramenaient à présent vers le sol. La lunette gauche brisée et du sang dégoulinant en abondance depuis ses cheveux où il avait dû recevoir le coup, Harry Potter fut tout de suite pris en charge par Madame Pomfresh. Derrière, Ginny Weasley sauta à terre, son balai et celui de son Capitaine dans la main, l'air furieuse. Elle se précipita vers Smith, qui, suite au temps mort annoncé par Bibine, les bras agités.

-Qui a lancé le cognard ? demandai-je alors que l'arbitre intervenait pour séparer les deux joueurs. Kenneth ou Judy ?

-Ni l'un ni l'autre, fit sombrement Simon. Regarde ...

Il pointa le ciel du doigt et j'y distinguai au bout Cormac McLaggen, toujours sur son balai et une batte à la main. J'écarquillai les yeux avant de prendre mon visage entre les mains, outrée.

-Non mais je vous jure quel blaireau ! Qu'est-ce qu'il fait avec une batte ?

-De ce j'ai compris, il essayait de corriger la position d'un batteur, m'apprit Susan en se penchant en avant pour mieux apercevoir le terrain. Oh la la, j'espère que ça va aller pour Harry ...

-Madame Pomfresh a déjà réussi à faire repousser son bras, lui faire passer un traumatisme crânien ça devrait le faire, fit remarquer Simon, la main toujours plaquée sur la bouche.

-Oh Seigneur j'avais oublié ça ... Gilderoy Lokhart, ordre de Merlin troisième classe ...

-... Et cinq fois lauréat du prix du « sourire le plus charmeur » décerné par les lectrices de Sorcière-Hebdo.

Simon et moi échangeâmes un bref regard complice avant de reporter notre attention sur le groupe qui se formait autour de Harry. McGonagall était descendue des tribunes et s'entretenait avec Ginny et Smith, visiblement pour déterminer la poursuite du match. Les deux équipes attendaient anxieusement, un œil sur la directrice-adjointe et l'autre sur Harry qui était en train d'être évacué après les premiers soins de l'infirmière. McLaggen, lui, restait en l'air, loin de son équipe, la batte à la main. Enfin, Pomfresh réapparut pour glisser quelques mots à McGonagall qui prit le mégaphone du commentateur pour annoncer :

-Pour ceux qui s'inquiètent, tout va bien pour monsieur Potter ! Le match va pouvoir reprendre dans dix minutes, le temps que l'équipe de Gryffondor trouve un arrangement suite à l'absence de leur Capitaine. Miss Weasley prend le brassard.

Ginny ne manifesta aucune émotion à cette annonce et se contenta d'un regard féroce pour le gardien qui stagnait toujours devant ses buts. Susan exhala un soupir soulagé.

-Ouf, heureusement ... Bon, Gryffondor va jouer à six contre sept, maintenant mais bon ...

-Avec ça et le blaireau qui leur sert de gardien, si on ne gagne pas c'est Smith qui va se prendre un coup de batte, évaluai-je avant de me tourner résolument vers Simon. Maintenant que l'enjeu s'est réduit, tu peux expliciter s'il te plait ?

Simon poussa un grognement et me toisa d'un air torve.

-Je peux toujours rêver pour que tu m'oublies, pas vrai ?

-Toujours, confirmai-je avec un sourire. Du coup comment ça ce que je fais est ridicule ?

-Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai juste dit que ce n'est pas ce que tu ferais de mieux dans la vie, Vicky. Il n'y a pas qu'au Quidditch que tu es bonne. Il y a plein d'autres domaines où tu fais des merveilles.

Je haussai les sourcils d'un air suggestif et les joues de Simon rosirent légèrement. Il y appuya sa paume – du côté de Susan – pour tenter de cacher son embarras et détourna le regard.

-Tout de suite ... Non, je pensais à ton projet avec Octavia. Les réflexions sur les liens entre sorciers et moldus, sur l'ouverture de la communauté magique et les conséquences. Je trouve ça ... vraiment très intéressant.

-Oh, réalisai-je, brusquement douchée. Je ... je ne pensais pas que tu t'y intéressais. Pour de vrai.

Simon se fendit d'un petit ricanement, toujours sans me regarder. Les coudes appuyés contre la rambarde, la paume appuyée contre la joue, il observait les pourparlers de l'équipe de Gryffondor avec un intérêt feint.

-Tu sais, j'avais lu ta dissertation sur Grindelwald et la Seconde Guerre mondiale, en sixième année. Et déjà à l'époque, j'avais trouvé ton analyse brillante. Peut-être même que ça m'a aidé à ...

Il tourna brièvement les yeux du côté de Susan, mais la jeune fille n'écoutait pas un mot de notre conversation. Elle s'était même éloignée un peu pour parler avec Justin Flich-Flechley, la mine toujours inquiète. Malgré cela, Simon préféra baisser la voix pour poursuivre :

-Peut-être que c'est quelque chose qui ... m'a fait m'adoucir te concernant. Découvrir ce côté de toi, à la fois passionnel et très analytique. C'était quelque chose que je n'avais jamais perçu alors que je pensais te connaître par cœur ... Mais ce que vous êtes en train de faire là, c'est vraiment d'un autre niveau. C'est plus que de l'analyse, plus que de l'utilité. C'est un vrai besoin, un vrai manque dans notre culture, dans notre perception des choses. Vous pouvez faire bouger énormément de ligne avec ce livre, je ne sais pas si tu t'en rends compte, Vicky. Vous pouvez changer les choses.

Je le considérai quelques secondes, la gorge serrée et l'estomac réduit à l'état de bouillie informe tant j'étais touchée par ses mots. J'avais complètement oublié qu'il avait lu ma dissertation sur Grindelwald – mais maintenant, je me souvenais parfaitement de lui à bibliothèque, entrain de parcourir le parchemin pendant qu'Emily révisait pour les examens et que Cédric se préparait pour la dernière tâche ... Néanmoins, je n'avais jamais réellement su ce qu'il en pensait vraiment. Mes doigts se portèrent seuls sur son bras pour le serrer et je fus à la fois rassurée et surprise de voir la main de Simon couvrir la mienne. Pourtant, il avait toujours les yeux vrillés sur les joueurs en contrebas : c'était un geste instinctif que l'intimité trouvée dans les mots avait rendus possible.

-Je pense que tu nous surévalues un peu ... mais ... merci. Je suis contente que tu approuves ce que je fais. Je ne sais pas si ça va changer les choses mais ... ça me tient à cœur.

-Je sais. Et c'est pour cette unique raison que je supporte presque quotidiennement la présence de mon ex dans ma maison. Alors la prochaine fois que je râle, ne m'écoute pas.

Un sourire effleura mes lèvres et je dus mobiliser toutes mes forces pour ne pas combler la faible distance qui nous séparait pour l'embrasser – sur la joue, sur la nuque, sur ses lèvres qui s'étaient ornés de ce léger sourire, simple et doux : peu importait. Peut-être que c'était pour cela que Simon ne me regardait et s'efforçait de garder son attention sur le terrain qui s'animait de nouveau. Pour mieux résister à la tentation.

-Je ne comptais pas ..., promis-je une fois le vertige envolé. D'ailleurs, elle vient mercredi.

-Ô joie. (Il réfléchit quelques secondes en suivait Evelyn du regard – qui marqua le premier but de la reprise). D'ailleurs, je pense que je vais mettre fin à un harcèlement.

-Tu vas lui donner accès aux archives de l'IRIS ? me moquai-je.

-Je ne peux pas donner accès aux archives, je ne suis qu'un novice. En revanche, je côtoie tous les jours quelqu'un qui a ce pouvoir.

Je clignai les yeux, stupéfaite.

-Ton tuteur ? Comment il s'appelle déjà ... Steffon ?

-Shelton, Vicky, rectifia Simon en levant les yeux au ciel. Et ça me fait plaisir que tu retiennes ce que je dis ...

-Oh ne commence pas ! Tu as quoi en tête ?

Simon ne répondit pas dans l'immédiat et se contenta de grimacer quand Owen exécuta un dangereux tonneau pour éviter un cognard. Dans la foulée, il jeta le souafle à Evelyn qui marqua. Luna Lovegood, toujours occupée à s'interroger sur Smith et sa curieuse maladie qui l'empêchait de garder un souafle, ne donna pas le score mais il devait s'agrandir en faveur de Pousfouffle. Depuis la reprise, je ne voyais que notre équipe marquer alors que l'attaque de Gryffondor était amputée de sa meilleure marqueuse, Ginny Weasley, passée Attrapeuse en lieu et place de Harry.

-Sincèrement, Vicky, je crois que je vais t'interdire de remonter sur un balai, décida Simon.

-Essaie un peu, minus. Peut-être que je suis brillante dans ce que je fais mais je dois gagner ma vie. Tout le monde n'a pas la chance d'être un riche héritier.

J'avais dit cela sur le ton de l'humour, mais Simon en fut si indigné qu'il tourna enfin les yeux vers moi. Des étincelles crépitaient littéralement dans ses iris.

-Non mais je rêve ! J'ai un salaire, moi aussi et je n'ai jamais touché à mon héritage ! S'il n'y avait pas ... une certaine activité, j'aurais presque proposé à Lysandra de tout garder et j'ai déjà dit à mes parents qu'ils pouvaient piocher dedans !

-Quelle abnégation. Bon maintenant, tu me dis ce que tu as en tête ?

L'avidité devait se sentir dans ma voix parce que Simon esquissa un sourire désabusé. Je l'admettais volontiers : l'idée d'avoir accès aux archives de l'IRIS et à ses nombreuses documentations étaient plus qu'alléchante. Si nous voulions que notre projet ait du poids, il fallait qu'il ait des références sérieuses. Celles de Poudlard avaient déjà été épluchées les années précédentes mais celles de l'IRIS représentaient un trésor inexploité. Simon haussa les épaules.

-Pas grand-chose. Parler de vous au professeur Shelton. Essayer de vous arracher une autorisation. Je ne sais pas trop sur quoi ça pourrait déboucher ... mais je vais tenter. Ce sera ma contribution – avec la machine.

-Et c'est déjà beaucoup, assurai-je en serrant ses doigts. Merci ... tu auras le droit à ton nom à la fin du livre.

Un petit sourire s'imprima sur les lèvres de Simon. Son regard effleura nos doigts qui s'étaient enlacés sur son bras, naturellement, sans que la foule de leur fasse obstacle, appelés les uns aux autres par une force plus grande que leurs volontés et la nôtre.

-Seulement à la fin ? chuchota Simon, les yeux toujours vrillés sur nos mains.

-Pourquoi Bones ? Tu veux plus ?

La malice dans la proposition ne lui échappa pas et il essuya un petit rire avant de s'arracher à la contemplation et de s'en retourner au match qui tournait largement à l'avantage de Poufsouffle. Nos doigts demeurèrent noués sur son bras et après quelques secondes de flottement, je poussai le vice à m'affaler complètement contre lui, la joue contre son épaule, à la recherche de proximité à défaut d'avoir une réelle intimité. Le soupir de Simon fit trembler mes boucles.

-Bennett, je peux savoir ce que tu fais ?

-Je me repose. Ne bouge pas sinon je tombe.

J'étais presque sûre qu'il allait s'écarter, soit pour rompre le contact, soit pour avoir le plaisir de me voir vaciller. Mais son épaule demeura immobile sous ma joue. Je restai alerte quelques secondes, à la recherche d'un signe de crispation – sans son souffle, dans sa posture – mais tout me paraissait normal, apaisé. Lentement, pièce par pièce, geste par geste, le naturel revenait et tout s'égalisait dans notre relation. Lentement, nous trouvions notre place, nos automatismes. Je fermai les yeux, sereine. C'était tout ce que Simon avait toujours été pour moi : un soutien, un socle sur lequel je pouvais m'appuyer de toutes mes forces. Le seul qui ne me supporterait jamais. Il venait encore de le prouver. Ce soutien, c'était toute la richesse et la solidité du lien qui nous unissait. Toute la solidité de notre amour.

-Non mais sérieux ! Vous en êtes là ?

Je sursautai au cri de Susan et arrachai ma tête à l'épaule de Simon. La jeune fille s'était de nouveau accoudée à la rambarde de l'autre côté de son frère, hilare, les yeux pétillants. Simon, après un bref mouvement de recul, s'était de nouveau figé en direction du jeu, impassible malgré une légère rougeur sur les joues qui pouvait tout aussi bien être due au froid. Cela ne découragea pas Susan pour autant qui ajouta joyeusement :

-Mais c'est que vous en êtes presque mignons ! Je suis sûre dans quelques années je vais vous voir vous embrasser, je ne vais rien comprendre à ma vie !

-Ne t'inquiète pas, on ne comprend rien à la nôtre ...

Il fallut quelques secondes à tout le monde pour comprendre réellement ce qui venait de franchir les lèvres de Simon. Lentement, je tournai la tête vers lui et remarquai que son visage perdait petit à petit toutes ses couleurs à mesure qu'il réalisait ce qu'il venait de dire. Susan, après un instant de stupeur muette, finit par réagir vivement pour s'écarter de la rambarde et d'ouvertement dévisager son frère.

-Euh ... Qu'est-ce que ça veut dire, exactement ?

-Rien, tenta d'éviter Simon, un peu trop précipitamment. C'est quoi le score ?

-Oh la la, gémis-je en m'esclaffant à moitié.

J'ignorais si c'était la spontanéité de la réponse de Simon ou sa tentative désastreuse de changer le sujet qui provoquait mon hilarité, mais j'eus de plus en plus de mal à la réprimer. Je sentis le regard désapprobateur de Simon sur moi et il tenta de me faire taire d'une pression sur ma main. Je tentai de l'étouffer dans la main, le visage résolument tourné dans l'autre sens mais Susan attisa le tout en insistant :

-Tu t'es grillé, Sim'. Tu ne disais pas il y a quelques minutes qu'on n'arriverait jamais à te faire t'intéresser au Quidditch ? Qu'est-ce qui se passe, sérieux ?

La pression sur ma main s'alourdit et je compris que Simon me demandait d'intervenir – et en urgence. Je pris une profonde inspiration pour calmer mon rire et le garder coincé dans ma poitrine mais dès que je tentai de me retourner vers Simon, un éclat voulut s'échapper. Je le fis passer pour une toux en nichant mon nez dans mon coude et lui glissai à voix basse :

-Désolée mais tu t'es mis dedans tout seul !

-Mais qu'est-ce qu'il y a ? s'impatienta Susan devant notre messe-basse. Vous vous êtes vraiment embrassés ou quoi ?

Il y eut un long silence, un silence pendant lequel Simon se trouva un intérêt tout particulier pour ce qui se passait sur le terrain et où j'observai résolument les spectateurs à l'opposé de sorte à ne pas montrer mon visage rougis par l'embarras et le rire. Devant notre mutisme qui était tout ce qui était de plus coupable, Simon céda le premier en lâchant d'un ton neutre :

-Joker ...

-Oh !

Susan plaqua les deux mains sur sa bouche, les yeux écarquillés. Simon écrasait littéralement ma main alors je profitai que mon hilarité se soit quelque peu calmée pour échanger un regard avec lui. Il y avait une pointe de détresse dans ses prunelles, mais aussi beaucoup de résignation. Et une demande à peine voilée de relai et de soutien. Très brusquement, mon souffle se coinça dans ma gorge.

C'était fini. Ça n'allait plus être « entre nous ».

Mais ce n'était que Susan. Pas vrai ?

J'expirai un bon coup pour évacuer ce bouchon de tension dans ma trachée et me tournai vers Susan, qui nous fixait toujours avec de grands yeux incrédules. Elle finit par baisser ses mains et j'eus alors tout le loisir de littéralement lire le choc sur son visage.

-Vous vous êtes vraiment embrassé alors ?

Malgré la forme interrogative, il y avait de la certitude dans son ton. La pression de Simon sur ma main commençait presque à se faire insoutenable – et Susan pouvait le voir, nos doigts noués, au vus et au su de tous. Un aveu en tant que tel. Avait-elle réellement besoin de mots ? Si j'en jugeais par son incompréhension, il semblait que oui.

-Disons ... qu'on est en phase de test, tentai-je d'expliquer.

-De test, répéta Susan. De test de quoi exactement ?

-Là tu demandes beaucoup, Susie-jolie. (Mes lèvres se tordirent et je réfléchis à une autre approche). Disons plutôt ... qu'on est en pleine mue ? C'est ça, on est en mutation. Il y a eu la phase de coup, la phase d'acceptation, la phase de soutien et là on a ... évolué ?

-Oui, on est les pokémons de la relation amoureuse, railla Simon avec un ricanement.

-Oh la ! s'écria Susan et s'écartant brutalement, les mains sur la tête. Relation amoureuse ? On en est carrément là ? Vous ... mais ... C'est réel ?

Elle fixait plus particulièrement Simon – son frère, celui qui avait lâché la bombe malgré lui, celui de qui elle attendait une réponse. Il contemplait lui aussi sa sœur, incertain, mais petit à petit, l'étau de ses doigts se desserrait sur ma main. De son autre, il faisait tressauter son bonnet orange par le pompon – et compte-tenu du fait que celui-ci ne tenait que par un fil, l'opération était dangereuse.

-Oui, finit par confirmer Simon, avec bien plus d'assurance que j'avais pu en espérer. Oui, c'est réel.

Je lâchai lentement mon souffle – et la pression qui allait avec. Seigneur que ça le devenait, réel, avec cet aveu à Susan. Ma petite Susan. Ma petite Susan qui me vaudrait les foudres d'Emily car, définitivement, elle ne serait pas la première à le savoir. Je risquai un regard en la direction de la jeune fille, qui fixait toujours Simon, l'air plus calme, bien que ses yeux soient toujours écarquillés. Sa main descendit de sa tête à son cœur.

-Oh ... Oh, je vois ... Euh ...

Elle trépigna, son regard passant plusieurs fois de Simon à moi. Elle remarqua enfin nos mains entrelacées sur le bras de Simon et s'y fixa quelques secondes avant de porter son attention sur le terrain. Les cris et les buts s'enchainaient sans que nous leur accordâmes la moindre attention. Elle replaça une mèche rousse derrière son oreille.

-D'accord ... Je ... Ne le prenez pas mal, je ne devrais pas être aussi surprise ... J'ai bien vu quelle direction vous preniez depuis quelques mois ... Mais je ne m'attendais pas à ce que ça change si vite ...

-Entièrement de la faute de Vicky.

-Ça aurait pu être plus rapide encore si Simon s'était bougé avant.

J'en fus quitte pour une douloureuse pression sur ma main, volontaire cette fois et j'en grimaçai. Je jetai à Simon un regard outré.

-Hé ! Tu as lu ma dissertation d'Histoire de la Magie en sixième année. Bon sang, rien que là j'aurais dû deviner !

-Et bien ce n'est pas ma faute si tu es longue à la détente, rétorqua Simon, un sourire cynique aux lèvres.

-Euh ..., entonna Susan, entre amusement et perplexité. Vous êtes sûrs que vous êtes en mutation ?

Simon et moi échangeâmes un petit regard, à moitié complice, à moitié meurtrier. Mais les mains toujours nouées montraient bel et bien le sentiment qui prédominait. Je sentais toujours l'hésitation de Susan alors je profitai que le stade se lève pour un nouveau but de Poufsouffle pour me pencher vers Simon et l'embrasser. Ce n'était pas grand-chose, juste un effleurement des lèvres, mais il suivit mon mouvement et n'opposa pas la moindre résistance – une immense victoire en soit. La foule entière criait, et pourtant je n'entendis que celui de Susan qui, dès que nous nous séparâmes, plaqua les mains contre sa bouche pour l'étouffer. Les yeux toujours écarquillés, elle nous dévisageait.

-Oh. Mon. Dieu. Oh mon dieu. Oh mon dieu, oh mon dieu ...

Elle baissa les mains et cligna plusieurs fois les yeux, comme si elle émergeait d'un rêve. L'incompréhension se lisait toujours sur son visage et elle semblait incapable d'articuler le moindre mot.

-Susie, soupira Simon, un peu nerveux. Juste ...

-Attends. (Elle leva une main ferme). Attends, laisse mon cerveau intégré que ce que je viens d'entendre et de ... voir. Par le caleçon de Merlin, de voir. Mais qu'est-ce qui se passe ?

-Le monde change et on a décidé de changer avec lui, rétorquai-je. Susie ... ce n'est pas grave, remets-toi. Tu voyais bien que ça fait un moment qu'on ne se tapait plus dessus, non ? Ce n'est pas toi qui as insisté pour que Simon me parle de ses parents ? Toi qui ne m'as pas parlé de l'A.D. justement pour ne pas que je n'ai de secret pour lui ?

-Tiens, c'est vrai ça ...

Je hochai la tête en direction de Simon avec un regard équivoque. Je me souvenais m'être interrogée sur la signification des agissements de Susan l'année dernière, vexée qu'elle ne m'ait pas confiée qu'elle faisait partie d'un groupe illégal. « Je savais qu'il allait avoir besoin de toi alors ... je ne voulais pas que vous risquiez d'être en froid à cause de moi ». Les mots m'avaient surpris à l'époque, mais je me demandais à présent si Susan n'avait pas compris quelque chose avant tout le monde. Elle se mit à se trémousser sur place, visiblement embarrassée par le rappel.

-Au fond tu savais, Susie-Jolie, martelai-je, amusée.

-Simon, rectifia-t-elle, penaude. J'avais compris pour Simon ... Tu sais qu'il avait commencé plein de lettre pour toi en France et qu'il n'a jamais osé de les envoyer ?

Simon s'empourpra brutalement alors que j'éclatai de rire. L'anecdote m'était complètement sortie de la tête, mais elle prenait une autre coloration à la lumière des événements récents.

-Oui, il me l'avait dit en rentrant !

-Mais tu ne l'as pas vu les chiffonner et les jeter à travers la pièce ...Franchement, ça disait tout.

-Susie ? siffla Simon. Ça suffit !

-Oui, arrête de faire ta sceptique alors que tu as plus d'un an pour te faire à l'idée !

Simon écrasa ma main de la sienne et la pression étouffa le reste de mon hilarité dans une grimace. Susan eut un sourire contrit et continua de nous contempler, moitié ahurie, moitié songeuse.

-Désolée, c'est juste..., commença-t-elle, indécise. Même si j'ai compris côté Simon, je ne penserai jamais que ... ça arriverait pour de vrai. Je pensais ... (Elle fronça les sourcils et secoua la tête). Non, vous avez raison, j'arrête. Oui, je ne suis pas heureuse d'une telle nouvelle alors je ne le serais jamais dans ma vie ! C'est ... Argh !

Abandonnant l'idée de mettre des mots sur ce qui se passait, elle ouvrit les bras à son frère. Simon eut un instant d'hésitation, si bien que je dus le pousser pour qu'il daigne répondre à l'étreinte de sa sœur. Et quand enfin il referma les bras sur elle, je vis ses épaules se détendre. Susan avait noué ses mains derrière son dos et le pressait contre elle, comme pour l'assurer de son soutien, lui rappeler qu'elle était là – et c'était tout ce dont il avait besoin. Puis elle s'écarta pour venir vers moi et m'étreindre à mon tour. Dans son regard, je voyais toujours une trace d'incrédulité mais je décidai de retenir son sourire et la façon dont elle prit ensuite nos mains avec enthousiasme. Simon se laissait faire, comme un pantin, visiblement peu désireux d'entamer la bonne humeur de sa sœur avec de la pudeur ou de l'embarras. Il finit par tirer l'une de ses tresses pour avoir son attention, un air sérieux sur le visage.

-Et garde-le pour toi, miss. On veut avoir la paix le temps de trouver nos marques.

-Oh. (Susan baissa la voix et pencha la tête sur son frère, la mine complice) Je suis la première ?

Simon me jeta un regard désespéré et Susan battit des mains en comprenant qu'elle l'était en effet. Je secouai la tête, désabusée.

-Et à cause de toi, Emily va me tuer. Mais bon, c'est bien parce que c'est toi, Susie-Jolie.

-Trop d'honneur ! s'esclaffa Susan, rayonnante. Maintenant, je peux avoir des détails ? Oh par le caleçon de Merlin, il faut me raconter comment une telle chose a pu arriver ! Qui a trébuché sur qui ? C'était un pari ? Mais d'abord ...

Résolument, elle s'infiltra entre nous et me força ainsi à lâcher Simon, qui considéra sa sœur, les sourcils haussés. Nous échangeâmes un nouveau regard par-dessus sa tête, perplexe et amusés. Susan nous ignora et monta même sur la rambarde avant de nous adresser un grand sourire.

-Maintenant, je mets entre vous deux. J'ai joué le rôle de bouclier pendant des années, hors de question que je « mute » en chandelle. (Elle dénoua son écharpe et l'agita en l'air avec un grand éclat de rire) Allez Poufsouffle !

***


Alors, verdict de ce chapitre?

J'ai éprouvé des difficultés à l'écrire et surtout la dernière partie que j'ai eu énormément de mal à doser, surtout pour la réaction de Susan. J'en suis pas entièrement satisfaite mais j'espère qu'il vous plait quand même !
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

***


- Ton cœur bat très fort, dit-elle. C'est la fatigue ?
- Non, dit Antoine, c'est la chamade.

*

-D'où vient l'expression "la chamade" ? demanda le jeune Anglais à l'autre bout de la table.
-D'après le Littré, c'était un roulement joué par les tambours pour annoncer la défaite, dit un érudit.

- La chamade,
Françoise Sagan
***


Chapitre 32 : Battre la chamade.

La vérité ? Nous n'avions presque plus reparlé de cela, une fois Susan entre nous et Poufsouffle atomisant Gryffondor but par but. Ginny avait limité la casse du côté des lions en attrapant le Vif d'or mais le résultat était déjà assommant. Susan nous avait laissé nous rapprocher mais nous avions plus eu de geste qui auraient pu attirer l'attention – peut-être juste un baiser volé que la jeune fille capta avec ravissement. Susan, c'était un aveu tout en douceur. Simon avait à peine angoissé – et c'était bien parce qu'il avait pleine et entière confiance en sa sœur.

Les autres, c'était une autre paire de manche.

-Mesdames, annonça Simon en entrant triomphalement dans la bibliothèque. Vous allez m'adorer !

Octavia et moi l'observâmes fixement, impassible. J'étais face à la machine à écrire pendant qu'elle relisait, annotait et numérotait les feuillets et nous travaillions depuis plus d'une heure dans le plus grand des silences. L'intervention de Simon nous coupa complètement dans notre élan et Octavia renifla d'un air dédaigneux.

-Pourquoi tu arrives toujours au plus mauvais moment ?

-J'arrive au meilleur, rétorqua Simon avec un grand sourire. Sincèrement, vous allez m'adorer ! Je dirais même que je mériterais peut-être que vous vous mettiez à genoux devant moi.

Je haussai un sourcil face à Simon, qui s'était installé sur une chaise sur laquelle il se balança nonchalamment, la mine satisfaite et presque arrogante. Je n'en revenais pas en le voyant ainsi de prétendument sortir avec un crétin pareil.

-Quand tu fais cette tête, j'ai plutôt envie de te renvoyer la machine à la figure.

Simon m'envoya un long regard qui faillit me faire rougir et je rivai de nouveau les yeux sur le parchemin qui s'élevait de ligne en ligne.

-On en reparle après, miss Bennett ... Bon, personne ne me demande ce que j'ai fait pour mériter une prosternation ?

-Non mais quel imbécile, maugréa Octavia en raturant une phrase. Dépêche-toi, qu'on en finisse avec ton air satisfait ... Bennett a raison, ça donne envie de te donner de grandes claques. (Elle me lorgna, un sourire tressaillant au coin des lèvres). Pourquoi tu te retiens ?

Je ne répondis pas, feignant d'être absorbée parce que je tapais. Les joutes verbales entre Simon et Octavia devenaient de plus en plus pesantes ; ils avaient pris tous les deux l'habitudes de me prendre à parti et je ne savais jamais de quel côté me situer. Parfois, Octavia était inutilement méchante et cruelle avec des rappels douloureux de leur relation qui faisait grincer les dents de Simon. Et celui-ci répondait avec des répliques mordantes tout en me jetant un regard insistant, comme s'il attendait un soutien de ma part. J'étais à présent dans une position inconfortable que je gérais en faisant ce que je réussissais le mieux : fuir et ignorer le chaos.

Simon ménagea son suspens en se taisant quelques secondes et savoura l'air parfaitement exaspéré d'Octavia. Il fallut que je lui donne un coup de pied dans le tibia sous la table pour qu'il daigne se départir de son sourire et enfin balancer :

-Il se pourrait que j'aie parlé avec mon tuteur, Julian Shelton, de votre projet de livre. Et ... il se pourrait qu'il soit intéressé de vous rencontrer.

-Oh, lâchai-je, surprise.

-Quoi ? s'écria Octavia, sous le choc. Sérieusement ?

Les yeux de Simon pétillaient d'exaltation. Après la conversation que nous avions eu à Poudlard, j'ignorais si c'était parce qu'il croyait fermement en notre projet, ou qu'il était ravi de rabattre le caquet d'Octavia McLairds. Face à cette indécision, je n'eus pas le loisir de réagir à l'annonce et laissait Simon poursuivre avec délectation :

-Vous aviez besoin de documentation, non ? D'avoir un aspect plus scientifique, des attaches plus concrètes ? Quoi de mieux que le nom de l'un des chercheurs en Sortilège les plus reconnus de sa génération ? Diplômé de Poudlard et d'Ilvermorny, plus jeune membre à avoir déposé un brevet, responsable de formation du département ... Oui, je vous ai trouvé quelqu'un de parfait pour apporter du poids à votre argumentaire.

Tout l'exposé parut plaire à Octavia, dont les iris se mirent aussitôt à luire – et les rouages de son cerveau à tourner. Simon enfonça le clou en ajoutant :

-Et je l'ignorais, mais il se trouve que l'année dernière, il a tenté de déposer un brevet pour un système de téléphone comme on en utilise chez les moldus. Ça a été refusé par le Ministère et le Conseil de l'IRIS – ils ont avancé le fait que selon eux, c'était obsolète dans un monde de sorcier. Mais d'après le professeur Shelton, vous tenez un bon filon en songeant qu'il y a un côté culturel à creuser.

-Sans rire, laissa échapper Octavia.

Elle s'était mise à fouiller nos notes de manière compulsive. Elle finit par trouver un morceau de parchemin vierge où elle inscrivit presque mot pour mot les explications de Simon.

-C'est parfait, c'est parfait, c'est parfait ! J'espérais les archives, mais ça, c'est presque mieux ! Oh mais il pourra nous donner accès aux archives en plus ! Bennett, ton dernier feuillet.

Elle tendit la main avec autorité et je lui confiai le feuillet en passant outre son ton péremptoire. Maintenant qu'elle était plongée dans les parchemins, le regard de Simon s'était tourné vers moi et c'était fait infiniment moins insupportable. Toujours fier, mais plus doux, plus déterminé et je sentis un sourire effleurer mes lèvres et s'agrandir de manière absurde.

Il allait vraiment finir par avoir son nom en fin de livre.

Je tordis mes lèvres pour faire disparaitre mon sourire et me penchai vers Octavia. Si je contemplai davantage Simon et son air tendre, j'allais finir par faire une bêtise.

-Tu fais quoi ?

-Je commence une série de question à lui poser, répondit Octavia, surexcitée. Oh la la ... (Elle posa brutalement sa plume). Ce qui est idiot, parce que je n'ai même pas cerné l'homme ! Simon, tu aurais des livres de lui ? Des traités, des thèses ?

-Euh ..., entonna Simon, les sourcils froncés. Oui, quelques-uns, mais c'est de la magie complexe, je ne sais pas si ça ...

-Je veux juste lire les préambules et les remerciements – des parties sous-estimées mais qui en disent énormément sur l'auteur. Où est-ce que je peux trouver ça ?

-Sur l'étagère de mon bureau, dans ma chambre.

Octavia s'était déjà levée mais pivota avec légèreté vers Simon, l'air mutin. Avec sa belle robe de sorcière mauve et ses cheveux parfaitement lustrés ramenés sur son épaule, elle était si charmante que j'en éprouvai un pincement de jalousie.

-Dans ta chambre ? répéta-t-elle en susurrant. Je vais enfin la voir, donc ?

Les yeux de Simon roulèrent dans leurs orbites, soudainement agacé et il évita soigneusement mon regard. Je me retranchai de nouveau derrière ma machine en anticipant ce qui allait suivre et insérait un nouveau parchemin dans le chemin.

-Et si tu touches la moindre affaire, je le saurais McLairds et il y aura des conséquences.

-Ça je veux bien le croire ... D'ailleurs (elle mit ses poings sur ses hanches). Pourquoi tu fais ça pour nous ? Ton ex et la fille sur laquelle tu tapes depuis que tu es né ...

-Et inversement...

-... Qu'est-ce qu'on va devoir faire pour mériter tes largesses de grand prince ?

Les doigts de Simon pianotèrent impatiemment sur la table.

-Je te l'ai dit : que tu te prosternes. Ce sera déjà bien assez distrayant ...

-Revoie ton prix à la baisse, Bones, moi je ne te donnerais pas ça, chantonna tranquillement Octavia. Pense à autre chose pendant je vais chercher tes livres ...

Cette fois, un sourire retroussa les lèvres de Simon et il me jeta un petit regard que je tâchais d'ignorer. Malgré tout, rien que sa brûlure permit à mes joues de rosir et je fus ravie de constater qu'Octavia me tournait déjà le dos.

-Oh mais j'y pense ...

Octavia se fendit d'un reniflement hautin et s'en fut dans les couloirs. Simon la suivit du regard, se balançant de plus en plus précaire sur sa chaise jusqu'à ce qu'elle disparaisse de son champ de vision. Quand il se laissa tomber sur ses quatre pieds avec un grand sourire satisfait, je m'étais déjà arrachée à ma chaise pour me précipiter vers lui : avec un éclat de rire, il me réceptionna maladroitement et je me retrouvai assise sur ses genoux, un sourire extatique aux lèvres, une main passée derrière sa nuque.

-Toi, je t'aime !

L'expression, toute faite, complètement détaché d'un quelconque romantisme mais simplement d'un sentiment pur et simple qui m'envahissait, s'était envolée toute seule de mes lèvres. Simon eut un bref mouvement de recul et me dévisagea, abasourdi.

-Excuse-moi ?

-Oh ça va Bones, ne fais pas comme si tu ne savais pas !

Sans attendre qu'il proteste ou s'englue dans un quelconque embarras, je raffermis ma prise sur sa nuque et me redressai pour l'embrasser. Fort heureusement, il ne résista pas et répondit même à mon baiser en m'enlaçant plus franchement. Sa main s'était portée jusque ma nuque et caressait les boucles qui la recouvraient. Je m'écartai d'un millimètre, un sourire absurde aux lèvres.

-Tu as été rapide, dis donc ...

-Je te l'ai dit, j'y crois en votre projet, souffla-t-il en faisant glisser l'une de mes mèches entre ses doigts. Et si ça peut te rassurer, le professeur Shelton a l'air vraiment emballé aussi ... (Il tira ma mèche, un sourire moqueur aux lèvres). Alors, j'ai le droit à mon nom dans les remerciements ?

-Tout en haut, assurai-je avant de me pencher de nouveau vers lui.

Je l'embrassai de nouveau, avec moins d'ardeur, de manière plus douce et un frisson me parcourut quand la main de Simon lâcha ma mèche de cheveux pour se porter sur ma gorge. Son pouce caressa ma joue et je voulus approfondir le baiser quand soudainement, un grand fracas se fit entendre derrière nous. Je sursautai et nous nous séparâmes brusquement. Dans l'encadrement de la porte, Octavia nous contemplait, les yeux écarquillés, les livres de Simon épars sur le sol après leur chute. Les notes qu'il avait prises volaient encore autour de ses jambes mais elle se contenta de nos fixer, choquée.

-Vous vous foutez de moi !

-Oh non, gémit Simon en laissant aller son front contre mon épaule.

-C'était quoi ça ? poursuivit Octavia d'une voix plus aigue que d'habitude. C'est ... vous ... (Elle porta une main à sa tête, l'air sonné). Ce n'est pas possible, j'ai rêvé ... Non ?

Ma main se crispa sur l'épaule de Simon et je considérai ma position – assise sur ses genoux, un bras passé autour de son cou pendant que le sien m'enlaçais toujours, malgré le regard incrédule d'Octavia toujours rivé sur nous. Je rejetai ma tête en arrière, épuisée en avance de ce qui s'annonçait. Je n'étais pas contrariée d'être ainsi découverte et j'avais conscience d'avoir joué à un jeu dangereux à embrasser Simon alors qu'elle était encore dans la maison. Mais je doutai que cet aveu ça soit aussi facile que celui de Susan ... Je pressai l'épaule de Simon pour lui donner du courage et m'extirpai de ma position scabreuse qui semblait nous paralysé plus qu'autre chose.

-Non, non ... tu n'as pas rêvé ...

-Quoique si c'est ce que tu choisis de croire, on ne t'en empêchera pas, marmonna Simon.

Ses joues avaient rougi et il évitait d'affronter le regard d'Octavia, toujours fixement rivé sur nous. Sa main retomba lentement le long de son corps et elle pointa un index tremblant sur nous.

-Donc ... vous deux ... ?

-Oui, Octavia, soupirai-je en me rasseyant derrière la machine à écrire. Maintenant, ferme la bouche.

Simon m'adressa un petit sourire, moitié fier, moitié crispé. Octavia secoua la tête et après quelques secondes d'hébétude, elle s'avança vers moi à grand pas puis de brusquement s'immobiliser pour pivoter vers Simon, qui se trouva un intérêt soudain pour le plafond de lambris.

-Non mais ... Attends, toi : et ta petite archiviste ?

-Hein ? réagit Simon, perplexe. Qui ?

-Adrianne, lui soufflai-je, amusée.

-Ah !

Il cligna les yeux, comme s'il émergeait d'un mauvais rêve. Bien décidée à le laisser gérer Octavia, je me penchai sur la machine à écrire, un petit sourire aux lèvres. Lorsque je touchai ma joue, elle était encore brûlante d'embarras et j'évitai aussi de trop chercher le regard de la jeune fille, qui pivotait de Simon à moi comme si elle ne savait pas comment commencer. Faute de mieux, elle se laissa aussi tomber sur sa chaise, comme une poupée de chiffon.

-Mais je rêve ! Je rêve ! Bones, quand on était ensemble tu passais cinquante pourcents de ton temps à te plaindre d'elle ! Je ne passais pas une journée sans entendre parler de Victoria Bennett, je te jure t'embrassais juste pour te faire taire ! Et là ...

Elle me désigna des deux mains, incrédule et Simon se contenta de hausser les épaules, les joues rougies par la gêne, l'air peu désireux de se justifier. Faute de trouver des réponses chez lui, elle se tourna vers moi et ajouta d'un ton presque énervé :

-Et toi tu m'entends le tailler et répéter à quel point c'est un copain déplorable et tu ne trouves rien de mieux que de mettre ta langue au fond de sa gorge ?

-Eurk, réagit Simon avec une grimace.

-Tu vois ! triompha Octavia en le désignant. C'est un gosse ! Quand il va passer enfin sa main sous ta culotte, il va te dire qu'il est désolé !

-Non mais ça ne va pas, s'étrangla Simon en bondissant sur ses pieds. Ce n'est jamais arrivé !

Cette fois, son visage était passé au cramoisie et j'étais presque certaine que mes joues avaient exactement la même couleur. J'en attrapai un morceau de parchemin pour m'éventer, respirer un peu, et apaiser le feu sur mes joues. Octavia n'était pas en reste et poursuivit avec verve :

-Non tu as raison : c'était pire !

-Oh Seigneur-Dieu tout puissant, gémis-je en m'éventant de plus belle. McLairds, je ne veux pas savoir !

-Mais Bennett, tu mérites mieux ! Cent fois mieux ! Pas un gosse handicapé des sentiments qui est incapable de s'investir dans une relation !

-Avec toi peut-être mais grande nouvelle McLairds : je ne suis pas toi ! Maintenant Ulysse Selwyn ne t'arrive pas à la cheville et je suis presque persuadée que ça va finir avec une bague au doigt votre affaire alors est-ce que tu peux nous laisser en paix ?

Octavia ouvrit et ferma sa bouche plusieurs fois, les joues brusquement écarlates. Alors que je la fixai avec insistance, son regard se baissa brièvement vers sa main. Son majeur était orné d'une belle bague d'or blanc sertie d'une pierre bleue trop claire pour être un saphir, mais d'un geste nonchalant, son pouce caressa l'espace vide sur son annulaire gauche. Je haussai les sourcils, douchée par son geste.

-Oh la la mais tu l'attends carrément ta demande !

Octavia referma ses doigts dans son poing et le cacha sur ses genoux. Même Simon passa outre son mutisme à la fois buté et gêné pour secouer la tête, incrédule.

-Mais ... Octavia, tu n'as que dix-huit ans ...

-Dix-neuf, et alors ? rétorqua-t-elle sèchement. Justement. Je ne veux pas perdre une minute. Je sais ce que je veux dans la vie, je n'ai pas envie de me complaire dans une attente qui ne veut rien dire ...

Mon regard s'aimanta automatiquement sur celui de Simon avant de s'intéresser de nouveau à Octavia. Elle avait réhaussé son masque digne, malgré des joues toujours teintées d'une couleur rosée et des yeux qui brillaient. Elle repoussa une mèche qui lui barrait le front.

-C'est ce dont j'ai envie. C'est la vie que j'ai envie de mener et je considère que ça n'entravera en rien mes ambitions parce qu'Ulysse les respecte et me respecte. Alors oui ... peut-être que j'attends une bague. Si je suis sûre, pourquoi attendre ?

Je faillis demander d'un ton extrêmement dubitatif « sûre d'Ulysse Selwyn ? » avant de ravaler ma langue. C'était ouvrir la porte à une réplique concernant Simon et moi. Mais l'intérêt de Simon était ailleurs et il plissa les yeux avec suspicion.

-Dis-moi. Ce n'est pas parce que tu dois justement ... attendre que tu veux que ça arrive aussi vite ?

Octavia leva les yeux au ciel avec mépris et ce faisait, son regard retomba sur moi. Je la gratifiai d'un sourire entendu qui la fit profondément soupirer.

-Oui, on doit attendre avant d'aller plus loin ...

-Et bien dis donc, il en a de la chance lui ..., maugréa-t-il avec une pointe d'amertume.

Les joues d'Octavia passèrent à l'écarlate en une fraction de seconde. Elle se redressa pour pointer un index sous le nez de Simon qui se retrouva coller au dossier de sa chaise.

-Oh ne commence pas toi ! Tu veux vraiment qu'on en parle alors que je viens de te voir embrasser Victoria Bennett ? (Elle se mit une main sur le front). Mais mille gargouilles, je ne pensais jamais prononcer cette phrase ! Victoria Bennett ! On s'attend toutes à être remplacée, mais je ne pensais pas ce que ce serait par Victoria !

-Et visiblement je mérite « cent fois mieux », c'est que je suis une remplaçante plus qu'acceptable, évaluai-je d'un ton laconique.

Simon me jeta un regard torve mais Octavia me gratifia d'un geste évasif de la main. Le sang s'était quelque peu résorbé de son visage.

-Certes. Juste ... sacrément inattendue. (Elle pivota vers Simon, une moue boudeuse aux lèvres). Et toi ... La vérité des seize ans n'est pas celle des dix-huit. Oui, Ulysse et moi on a décidé ensemble qu'on préférait attendre mais ce n'est pas ça qui motive ma décision. Je suis simplement sûre de mes plans d'avenir.

-Dans une période de guerre civile presque ouverte où rien n'a jamais été aussi incertain, tu veux faire des plans ? conclut Simon.

Il y avait une pointe de cynisme dans sa voix qui occasionna un nouveau roulage d'yeux de la part d'Octavia. Elle prit une plume et inscrit quelques mots sur le parchemin sur lequel elle avait commencé à noter des informations sur Julian Shelton.

-Justement : dans ce monde incertain, mes plans sont tout ce qui me reste. Je ne compte pas y renoncer. (Elle nous désigna d'un vague geste de la main). Et vous pouvez parler, avec ce que vous avez décidé !

-On ne l'a pas vraiment décidé, protesta Simon dans un souffle.

Il passa une main dans ses cheveux et me jeta un petit regard. Un petit sourire s'était dessiné sur mes lèvres. Non, il avait raison, on ne l'avait pas décidé. On pouvait même dire que la vie avait véritablement décidé pour nous. Le regard et le silence se prolongèrent jusqu'à ce que la commissure des lèvres de Simon se relève en les prémisses d'un sourire. Cela parut trop pour Octavia, qui se redressa brusquement et se mit à fourrer les parchemins dans son sac.

-Oh non, c'est trop perturbant ! Ecoutez, je vais rentrer, me remettre de cette révélation, écrire des questions pour le professeur Shelton – dans la semaine ce serait bien, Simon, on n'a plus de temps à perdre – et oublier que je viens de vivre l'un des moments les plus étranges de ma vie ! Pendant que vous vous bécoterez !

Elle se précipita vers la porte, sous notre regard abasourdi, avant de finalement s'immobiliser et de se tourner souplement vers nous, les mains appuyées sur le chambranle de la porte.

-Oh et pas à mot à mon futur époux je suppose ?

-Attends la bague avant de parler, marmonnai-je avant de hocher la tête. Et oui pas un mot à Ulysse.

-Ni à personne, ajouta Simon avec une pointe de sévérité.

-Attendez ... (Octavia replia des mains jusque son cœur, interdite). Ne me dites pas que je suis la première à le savoir ? Oh, en fait je m'en fiche ! Dites-moi juste que je le sais avant Emily Fawley et je serais une femme comblée !

-Simon sera ravi de dire à Ulysse avant votre nuit de noce qu'il t'a déjà comblée, raillai-je.

Et avec une immense satisfaction, je les vis tous les deux s'étrangler et ravaler leur langue. Octavia bredouilla des mots incompréhensibles et finit par s'en aller et Simon ne songea même pas à renchérir et se retrancha derrière son livre, les oreilles écarlates. Fière de moi, je me remis à taper sur la machine, un sourire aux lèvres et le cœur battant étrangement la chamade. Un sentiment d'étourderie qui venait chaque fois m'enivrer quand il était question de Simon et que j'avais fini par caser dans tout ce qu'on éprouvait quand on était amoureuse.

***


Mais il fallait l'admettre, le cœur à la chamade et l'étourderie se casait aussi dans le phénomène de la peur. Comme quoi d'une émotion à l'autre, les symptômes étaient les mêmes.

J'étais allongée à plat ventre, dans l'humus et l'herbe humide. J'étais même chanceuse qu'une belle journée ensoleillée ait séché la terre gorgée de la pluie des derniers jours. A présent, la nuit était tombée et j'avais à peine conscience de la présence de Tonks à côté de moi, dissimulée sous un sortilège de désillusion. Je relevai la tête de quelques millimètres pour évaluer mon environnement. C'était une prairie faite de butes et d'espace boisés, au nord du pays. Nous avions réussi à nous dissimuler derrière un talus pendant Podmore et George se cachaient dans le petit bois en face de nouveau. L'obscurité était totale, les rayons de la lune bloqués par d'épais nuages, la ville trop loin pour nous gratifier de sa lumière. Je laissai aller ma joue sur l'herbe et mon oreille se nicha entre deux touffes. J'eus alors tout le loisir d'entendre mon cœur tambouriner contre le sol à un rythme affolant.

La première mission active était toujours angoissante. Tonks avait tenté de me rassurer là-dessus. Mais ça n'empêchait pas mon cœur d'en battre comme s'il voulait s'échapper de ma cage thoracique. Je fermai quelques secondes les yeux et prit une profonde inspiration pour calmer mes nerfs. J'en fus quitte pour un coup de pied de la part de Tonks et je retins ma plante en serrant les dents. Nous devions être invisibles. Invisibles en attendant que quelqu'un se montre. Je raffermis ma prise sur ma baguette de bois de saule. J'avais déjà été confrontée au feu – en revanche, c'était la première fois que je me présentais à lui de mon plein gré. Je passai mon doigt sur mon nez allongé et puis repoussai une mèche que je savais blonde. Il n'était pas question de risquer d'être reconnue, alors faute de quantité suffisante de polynectar, Tonks m'avait assez transformée pour que je ressemble le moins possible à Victoria Bennett. Ça ne tromperait pas Simon ou mes parents, jugea-t-elle quand elle en eut fini avec moi. Mais avec de longs cheveux blonds et raides, un nez plus long et des tâches de rousseurs, cela ferait l'affaire.

Le plan était simple. Un trafiquant, ancien ami – ou ennemi ? – de Mondingus devait arriver dans un futur proche. L'homme, d'origine allemande, jouissait d'un réseau important dans l'Europe de l'est plus empreinte de magie noire et avait pu trouver la pièce demandée par Barjow. Mais le plus important était le destinataire : qui se tiendrait devant nous ? Le gérant de l'odieuse boutique ? Un partisan affilié à Voldemort ? Ou pire, un Mangemort ? Nous l'ignorions, mais Maugrey nous avait fermement ordonné d'identifier tout le monde avant de songer au moindre assaut. Mais l'assaut devrait être lancé, quoiqu'il arrive. Car l'objectif, c'était justement cette pièce pour laquelle les Lestrange avait investi une somme colossale qui avait justement transitée par le compte de Thalia Selwyn.

J'étais encore en train de m'interroger sur la nature de cette pièce quand un « CRAC » sonore déchira le silence. Je ne pus me retenir de sursauter et Tonks me donna un nouveau coup de pied dans le tibia pour me maintenir tranquille. Je collai mon nez contre l'herbe, le cœur battant si fort qu'il parut vouloir creuser un trou sans le sol pour s'y terrer. Entre les brins qui se dressaient dans mon champ de vision, je pus apercevoir la silhouette longiligne d'un homme encapuchonné. Il resta immobile au centre de la prairie, les mains dans les manches, telle une statue de sel à une respectable distance de nous. Le vent emportait des pans de sa cape mais lui restait statique. Tonks se mit alors à marteler ma jambe de petits coups et je finis par lui en rendre un, exaspérée.

-Quoi ? chuchotai-je furieusement, profitant qu'une bourrasque couvre ma voix. Tu essaies de me parler en morse ?

J'en fus quitte pour un coup encore plus fort. Je consultai ma montre et notai mentalement que l'homme était arrivé à vingt-trois heures quinze. Jusque là, les informations de Ding étaient correctes, jusque l'apparence du trafiquant. Grand, élancé, une barbe blonde qui dépassait de sa capuche. Mais nous étions des sorciers : l'artifice pouvait très bien être de mise. Je serrai si fort ma baguette que les arabesques gravées sur son manche s'imprimèrent sur ma peau. J'étais à présent persuadée que la trace de mon cœur battant devant s'être tracée sur le sol quand un second « CRAC » se fit entendre. Deux nouvelles personnes apparurent alors à la lueur pâle et feutrée de la lune cachée, mais l'Allemand restait lui immobile, bien plus que les arbres qui s'agitaient furieusement autour de lui. Sans attendre que les deux autres s'avancent, il clama d'une voix gutturale :

-Ceci ne sera pas la dernière larme, jaillissant brûlante de ce cœur...

Les vers s'envolèrent de sa bouche, portés par les vents jusqu'à ce que les deux arrivants s'arrêtent à une distance respectable. Je n'arrivai pas parfaitement à les distinguer : l'un était maigre, mais restait petit, écrasé par la présence de l'autre de plus imposante stature et au port plus altier. Si le premier était clairement un garçon aux cheveux que je devinais courts, le second était plus difficilement discernable, enveloppé dans une cape et une capuche comme l'Allemand. Ce fut que lorsque sa voix s'éleva que je pus l'identifier comme une femme :

-Qui dans une nouvelle indicible torture s'apaise en accroissant sa douleur.

Elle se fendit d'un ricanement méprisant et repoussa quelque peu son capuchon pour dévoiler un visage pâle et quelques cheveux sombres. Je sentis Tonks se tendre à côté de moi et sa main se crisper encore sur sa baguette. Visiblement, la femme était de sa connaissance.

-Pourquoi devons-nous utiliser ce genre de mots issus d'une langue de boue ?

-Vous êtes sévère envers ce cher Goethe, ma chère, objecta tranquillement l'Allemand. Peut-être que ces mots ont été proféré par une « langue de boue », mais ils ont plus de joliesse que la plupart des banalités échangées par les sorciers à la langue d'or ... D'or elle est certainement, puisque de nos mots naissent la magie. Mais c'est de celle des ... comment dites-vous ici ? Moldus que nait la poésie. Et croyez-moi, la poésie a aussi quelque chose d'aussi magique que la magie elle-même .

Le gringalet poussa un toussotement qui trahissait très clairement un rire mais sa compagne sortit sa baguette avec rudesse. De sa silhouette trapue, elle dépassa son compagnon et se rapprocha de l'Allemand. Lui, ne bougea pas d'un pouce, pas même lorsqu'elle leva sa baguette sous son nez.

-Range ta langue derrière tes dents, sale germain. Ta fascination pour ton Sang-de-Bourbe me prouve bien que tu es indigne de la somme dont notre cause t'a très généreusement gratifiée. Où est la marchandise ? Dépêche-toi. Dépêche-toi ou tu sauras ce que nous faisons subir à ceux qui vénère les « langues de boue ».

L'Allemand demeura statique quelques secondes encore avant d'enfin faire émerger ses mains de ses amples manches. Ce qu'il en sortit, je ne pus le voir mais la femme s'en saisit aussitôt et le tendit à l'aveugle au gringalet derrière elle.

-Turner, vérifie.

Turner, répétai-je intérieurement alors qu'il s'avançait maladroitement pour s'emparer de la « marchandise ». Je plissai les yeux pour dévisager le garçon mais la pénombre ne me révélait rien de plus que ses courts cheveux sombres et le profil d'un nez dont la pointe tombait. Pour ce que j'en savais, cela pouvait très bien être le commis de Barjow et Beurk. Avec des gestes fébriles, il ouvrit ce qui semblait être un coffret. Après quelques examens à l'aide de sa baguette qui se soldèrent par quelques étincelles pourpres et nimba le coffre d'une couleur violette qui me permit enfin de distinguer les traits des trois négociants, il finit par hocher la tête.

-C'est bon.

-Alors c'est parti, murmura Tonks à côté de moi. N'oublie pas : on laisse l'Allemand et on se concentre sur eux. Laisse-moi la femme, va sur le gamin. On est quatre, ils sont deux. Go !

Et de façon très soudaine, je la sentis se redresser et un éclair rouge jaillit de sa position pour fuser sur la femme. Incroyablement vive pour sa corpulence, elle para in extremis le sortilège avec un cri de rage. J'eus à peine le temps de me redresser à mon tour qu'elle criait à Turner :

-Dégage ! Ramène ça ! Allez, bouge !

Mais à peine eut-il esquissé un mouvement pour se retourner qu'un éclair le frappait lui aussi de plein fouet : le coffre nimbé de violet lui sauta des mains et une version modifiée de Podmore – brun avec un affreux nez camus et bosselé – surgit du bois, baguette en avant. George affublé d'une barbe et de lunette suivit de peu, le visage crispé par la concentration et la hargne. Tonks lançait des sorts à tout va.

Récupérer le coffre. Laisser l'Allemand s'échapper. Deux contre quatre. Ça semblait facile. Alors pourquoi ça ne le fut pas ?

La femme était coriace. Tonks fut la première sur elle et un combat acharné commença dans une nuée d'étincelles rouges et mauve. George se proposa immédiatement de lui porter main forte quand un sort la toucha à l'épaule. Se sentant certainement menacé, l'Allemand ne fuit pas : il attaqua et se retrouva face à un Podmore déchaîné. Ne resta que moi, au milieu des étincelles et des cris, le cœur battant à tout rompre, si fort qu'il semblait effacé l'environnement sonore de la prairie. Mon regard tomba presque par hasard sur la boite au sol, toute simple, et dont l'aura violette s'estompait de seconde en seconde. Elle éclairait très vaguement les pieds de Turner, tombé pour éviter un sort et qui se redressait, hagard. Nos yeux se trouvèrent. J'y lus de la peur. Sans doute y trouva-t-il la même chose dans les miens. Pourtant, d'un même élan, nous nous précipitâmes sur la boite.

Je fus la première à me rappeler que j'étais une sorcière et à brandir ma baguette pour m'exclamer :

-Accio boite !

Et la boite vola vers moi, son couvercle vacillant sur ses loquets. Malheureusement, son contenu à l'aura violette glissa sur l'herbe et Turner se jeta littéralement dessus. Mais quand il voulut se redresser, j'étais là à écraser mon talon sur un pan de son col et le couler au sol avec un gémissement. Sans attendre, je le désarmai et ses vagissements redoublèrent. Il serra les doigts sur l'objet dont la lumière violette était réduite à une lueur surgissant de son poing.

-Pitié ...

Ma mâchoire se contacta au mot et à la façon dont Turner se tortillait dans l'herbe humide alors que je n'avais qu'une prise limitée sur lui – une simple chaussure sur sa cape. Puis mon regard tomba sur la pointe de ma baguette, pointée sur lui, menaçante en tout point sauf au mien. Moi je voyais parfaitement que je ne maîtrisai qu'à grand-peine les tremblements de ma main. Je n'étais pas menaçante. Pourtant, lui était terrifié. C'était moi qui détenais la magie contre lui. Moi qui détenais le pouvoir.

Je déglutis nerveusement et jetai un petit regard derrière moi. George et Tonks luttaient toujours contre la sorcière pendant que Podmore acculait l'Allemand dans les bois. Et quand un éclair couleur fuchsia cueillit Tonks en pleine poitrine, mon cœur remonta et se mit à battre dans ma gorge.

-Ce que tu as dans la main, dis-je à Turner sans lui accorder un regard. Lâche-le.

-Quoi ?

-Lâche ce que tu as dans ta main !

-Mais je ne peux pas, protesta Turner d'une voix faible. Je ne peux pas, ils me tueront sinon ...

Je ne sus déterminer la part de vérité ou d'exagération dans son ton. Une véritable menace des Mangemorts planait-t-elle sur sa vie ? Ou craignait-il simplement l'ire de son patron ? A quel point ce garçon chétif et tremblant était-il réellement impliqué ? Ce que je savais, c'était que Tonks s'était mis à hurler derrière moi et que les lueurs des sortilèges dansaient toujours dans le ciel et découpait mon ombre sur Turner. Sa main restait fermement serrée autour de l'objet, aussi fus-je obligée de me pencher et d'enfoncer ma baguette dans sa gorge. Les halètements de Turner décuplèrent.

-Lâche maintenant. Lâche maintenant et on rentrera tous tranquille. Là c'est moi – dans trente secondes ça peut être l'autre là-bas qui sera ravie d'emporter ta main avec ce que tu protèges.

Les mots étaient durs, à peine vacillants, d'une détermination glaçante – et me laissèrent un goût de cendre sur la langue. Ces intonations me semblaient affreusement familière et pourtant si nouvelle à goûter ... La respiration de plus en plus courte, Turner finit par desserrer les doigts sur sa prise qui s'était à présent éteinte. Dès que sa main le découvrit, je me penchai attraper l'objet. Mon mouvement fut vif et je fus vite redressée pour être certaine qu'il ne m'attaquerait pas, et pourtant j'eus le loisir de sentir son souffle poisseux et irrégulier sur ma joie et d'entendre les battements affolés de son cœur. Mais la seconde passa et je fus de nouveau debout à la surplomber, ma baguette pointée négligemment sur lui. Il se rétracta, toujours bloquée par mon pied sur sa cape. Je m'empressai de le retirer.

-Va. Dépêche. Dépêche !

Je fus carrément lui donner un coup de pied dans le tibia pour qu'il daigne enfin bouger. Il se redressa maladroitement, fit quelques pas, trébucha, se redressa avant de prendre quelques mètres. J'attendis qu'il soit assez loin pour me tourner vers le reste du groupe. George couvrait une Tonks affalée dans l'herbe et je me dépêchai vers elle en hurlant :

-C'est bon ! Go, go !

J'attrapai un pan de la veste de Tonks et transplanai aussitôt, sans attendre, sans jeter le moindre regard derrière moi. J'atterris sur le porche du 12, Square Grimmaurd et dans l'élan me retrouvai écrasée contre la porte. Avant qu'un moldu ne puisse nous percevoir, je cherchai la poignée à tâtons. L'ouverture brusque déséquilibra complètement Tonks qui s'étala de tout son long une fois à l'intérieur. Dans sa chute, elle percuta le porte-parapluie en forme de jambe de troll qui le décorait. Devant le fracas provoqué par notre arrivée, le monstre se réveilla et se mit à nous percer les tympans de sa voix criarde :

-Vermines ! Créatures infâmes qui souillait la maison de mes ancêtres, déguerpissez immédiatement ! Que les flammes des sept enfers vous dévorent et brûle vos veines souillées !

-Tonks ! Bon sang, combien de fois on t'a dit de ...

Bill avait à peine émergé dans le Hall qu'il se figea à la vue d'une Tonks désarticulée que je tentai de relever avec la force du désespoir, des larmes dévalant mes joues. La porte claqua derrière nous, et soudainement, on me sépara de Tonks et elle fut soulevée par Bill qui avait fini par se précipiter sur nous. Moi, je me retrouvai face à un homme à la barbe rousse qui serra mon bras avec douceur pour me redresser.

-Du calme, Bennett. T'as fait du bon boulot ... Allez, viens, c'est quoi que tu bois, toi ? Du chocolat ?

-Du chocolat ? ricana Podmore en nous tenant la porte. Sers-lui un whisky Pure-Feu, Weasley.

-Oui, acquiesçai-je d'une voix faible. Oui, c'est mieux ...

George ricana et passa une main dans mon dos pour me conduire jusque la cuisine.

-Ce sera répété à Bones, Bennett ...

-Répète, répète ... Je l'ai déjà vu vomir : sur l'alcool, quoiqu'il arrive je gagne.

Cette fois, George éclata ouvertement de rire. Je m'abattis sur un banc, à bout de force. Cette fois, je tremblais réellement, comme si mon corps avait attendu que je sois à l'abri pour exposer mon état véritable. Tonks fut allongée par Bill sur la table. Elle avait les yeux grands ouverts, mais une brûlure au niveau de l'épaule et un autre dans son ventre. Pourtant toujours vive, elle donna une tape taquine, quoique molle, sur la main de Bill quand il écarta son tee-shirt pour découvrir la blessure de son ventre.

-Arrête, ta copine va être jalouse ...

-Fleur n'est jamais jalouse, rappela Bill d'un ton tranquille. Qui ... ?

-Alecto Carrow, grogna Podmore, occupé devant une vitre à se débarrasser de sa fausse moustache et de son nez camus. Je vous jure celle-là ... J'étais à Poudlard en même temps qu'elle. Un sacré client ...

-Je vois ça, murmura Bill. Tonks, arrête de bouger ...

Elle gigotait sur la table pour trouver une position confortable, mais chaque mouvement la faisait grimacer. Bill examina ses blessures pendant que George servait des doses généreuses de Whisky Pur-Feu. Tous se taisaient, attendant dans un mutisme angoissé le verdict de celui qui, en l'absence de médicomage, suppléer à la tâche. Je croisai alors par mégarde mon reflet dans le petit miroir qui pendait au-dessus de l'évier. Comment Simon ou mes parents auraient pu me reconnaître ? Cette fille blonde qui me fixait d'un regard brillant et hagard m'était complètement étrangère. Quand le verre fut posé devant moi, je le vidai d'un trait, sans même prendre la peine d'apprécier son goût et sa brûlure dans la gorge. Mes tremblements commencèrent à s'apaiser et mon estomac à cesser de se tordre quand Bill se redressa, visiblement soulagé.

-Bon, rien d'irrémédiable ... Dedalus a laissé des potions en haut, je pense que certaines d'entre elles pourraient sans doute faire l'affaire ... Hestia devrait arriver dans la matinée, elle pourra jeter un œil, elle est meilleure guérisseuse que moi. A moins que Remus soit dans le coin, je crois que je l'ai vu ...

-Quoi ? croassa Tonks en se redressant à moitié.

Bill et Podmore la repoussèrent sur la table et Tonks s'y affala, sans doute trop faible pour protester. Bill partit fouiller les étages et Podmore profita de son absence pour vriller un regard ardent sur moi.

-Bon. On n'a pas fait ça pour rien. Balance, Bennett.

Je lui renvoyai un regard sans doute singulièrement vide et hagard. Podmore me fixa et une veine se mit à palpiter sur son front.

-Bon sang Bennett ... Tu as fait sonner la retraite alors que tu n'as pas récupéré la pièce ?

-La pièce ... Oh !

J'en avais oublié la chose métallique que je serrai toujours dans ma main, absurdement. Dans l'urgence, je n'avais même pas pris la peine d'identifier l'objet et le découvris en même temps que mes camarades en le posant sur la table. La lumière vacillante de la cuisine fit alors luire les éclats cuivrés d'une poignée de porte ronde et peu ouvragée. Nos quatre regards tombèrent dessus, abasourdis.

-On a fait ça pour une poignée ? fit Tonks, incrédule.

-On a fait le pied-de-grue devant Barjow et Beurk pour une poignée ? poursuivit George.

-Lestrange a dépensé une fortune pour une poignée ? acheva de s'ébahir Podmore. C'est ... insensé, rien que cette somme couvre ce que j'ai gagné dans une vie ...

-Alors c'est que c'est une poignée de porte sacrément gorgée de magie noire, suggérai-je.

Je regardai ma main, soudainement inquiète d'y voir apparaître une brûlure, une plaie ou le moindre signe de magie noire, mais elle paraissait tout ce qu'il y avait de plus normal. Malgré tout, personne ne fut pressé de toucher la poignée. Nous étions toujours en train de la contempler quand Lupin surgit dans la cuisine, le visage pâle et fatigué qui se tendit davantage devant les blessures de Tonks. Sans attendre, il sortit sa baguette et voulut s'en occuper, mais Tonks se tortilla pour se dérober.

-Non, non, laisse ...

-Arrête de faire le bébé, râla Podmore en abattant une main ferme sur son poignet. Vas-y Lupin, je la tiens. Weasley (Il leva son verre d'un air suggestif). Un autre. Et que quelqu'un débarrasse Bennett de sa couleur blonde, ça ne lui va pas au teint.

Lupin posa pour la première fois les yeux sur moi et je compris à son regard déconcerté qu'il ne m'avait absolument pas reconnu sous mon déguisement. Mais sa surprise passa vite et il s'affaira sur les blessures de Tonks. La jeune femme poussa un profond soupir de reddition qui se transforma en une grimace quand il effleura sa blessure à l'épaule.

-Bon ..., souffla-t-il. Je risque de te faire un peu mal, j'en suis désolé à l'avance ...

-Bah tiens, grogna Tonks en se couvrant les yeux de son bras. Ça changera ...

Sa mâchoire de contacta immédiatement, comme pour se préparer à résister à la douleur future et la bouche de Lupin se pinça. D'un signe discret de la tête, Bill nous indiqua la porte et nous nous glissâmes silencieusement dans le grand salon des Black au moment où Tonks lâchait son premier cri. Il était étouffé, bref, mais cela rendit nécessaire pour moi une seconde dose de Whisky pour éviter à mes mains de trembler. Podmore remplit immédiatement mon verre, la mine lugubre.

-Alecto Carrow est une furieuse. Ça change de Nestor Selwyn, hein ?

-Ça, tu peux le dire ..., soupirai-je.

Je laissai ma main se perdre sur ma gorge où mon pouls battait à présent à un rythme beaucoup plus tranquille. Bill s'assit à côté de moi sur le sofa et entreprit de me rendre mon aspect naturel. Les mèches blondes se rétractèrent pour laisser place à d'abondantes boucles brunes qui tombaient à présent dans mon dos et je sentis mon nez s'arrondir pour redevenir le nez slave qui avait toujours fait mon complexe. Lorsque je passai ma main dans mes boucles, j'éprouvai un sentiment de familiarité qui me rassura définitivement et me permit d'apprécier mon troisième verre que je bus à petite lampée. Podmore avait débarrassé George de sa barbe et de ses lunettes et lui tapota fièrement l'épaule.

-Et tu as tenu contre cette furieuse tout seul en protégeant Tonks. Tu vois que tu n'es pas qu'un idiot, Weasley. Bien joué aussi, Bennett. Ne pas avoir cédé à l'élan de l'héroïne en venant nous aider et s'être rappelé la mission principale ... Il est devenu quoi le gosse, d'ailleurs ?

Avec un étrange étau qui me serra la poitrine, je vis les images défiler dans mon esprit, les yeux terrifiés de Turner à la pointe de ma baguette. Exactement comme j'avais été terrifiée à onze ans à la pointe de celle de Nestor Selwyn ... Soudainement, mes mots, mon intonation froide et déterminée résonnèrent à mes oreilles et j'y portai une main, sonnée.

Je venais de comprendre pourquoi elle m'était familière. C'était ce ton exact qu'avaient pris chacun des petits princes de Serpentard qui s'en était pris à moi pour mon sang, qui m'avaient brutalisé, menacé de leur baguette en tirant leur puissance de la magie et de la peur qu'ils m'inspiraient.

Mon cœur se remit à battre frénétiquement dans ma poitrine, un véritable tambour de guerre, la chamade – pire que ça. Et il faudrait plus que du Whisky pur-feu pour le calmer.

***


Alors ce chapitre?

Je n'étais pas du tout inspirée pour la deuxième partie (longtemps Victoria est restée allongée sur le talus avec moi pensive de mon écran "huuuum. Non je sais pas") mais au final j'en suis assez satisfaite - et c'est rare que je sois satisfaite d'une scène d'action.
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Rien n'est plus sûr
La formule c'est "rien n'est moins sûr" Perri pouahahaha
-Et Harry lui a enfoncé une pierre dans la gorge ... ça lui a sauvé la vie mais ...
J'ai commencé par me dire "c'est quoi cette histoire à la con" avant de comprendre de quoi il s'agissait
C'était lui qui avait proposé cette réunion dans leur boutique en ce dimanche et nous n'avions pas tardé à découvrir qu'il souhaitait certainement de se changer les idées : leur frère Ron avait été victime d'un empoisonnement la veille, le jour de son anniversaire.
Je suis vraiment à la ramasse, j'ai lu le nom des jumeaux mais j'ai pas du tout capté que c'était leur frangin pouahahah (si si je le sais hein :lol: )
C'était Fred qui avait proposé cette réunion entre « jeunes » de l'Ordre, dans l'optique de ressouder les liens, de rappeler que nous n'étions pas seuls dans notre frustration
Je me disais bien qu'ils avaient pas franchement l'air de parler boulot
Renata haussa les épaules. Je lui trouvai l'air singulièrement pâle et renfermé.
Ca fait un baiiiil qu'on l'a pas vue
je ne pus résister et demandai à Renata l'autorisation de consulter ses cartes.
ca va finir en drame comme d'habitude :lol:
Quasiment pas depuis que j'ai emménagé à Londres. Pourtant ils s'y sont installés aussi mais ... on a des intérêts qui divergent.
Mais c'est triste de plus avoir de contact avec sa soeur jumelle
mais ça a un côté injuste que tu sois celui qui ait la confiance de l'Ordre et à la fois le plus inutile de nous cinq.
ptdr mais c'est hyper méchant
Pas que tu te complaises dans ton rôle de rat de bibliothèque.
Je croyais que le but était de resserrer les liens :lol: BIEN JOUE
Alors pardon si j'ai réparé la malle de Maugrey, sauver la jambe de votre belle-sœur, passer des week-ends entiers à analyser des traités de magie noire aussi écœurants et obscurs les uns que les autres !
J'avoue vu comme ça, c'est pas si inutile
tu m'as ramené Victoria blessée et tu sais que rien que pour ça je suis incroyablement généreux avec toi.
Roh mais il est trop mignon dans son indignation, je fooooonds
J'étais la seule disponible et pourtant il a préféré le faire lui-même !
J'avoue c'est dur
'apprends que tu utilises des oreilles rallonges pour savoir à quelle sauce ta copine va être mangée, ça va très mal se passer.
TA COPINE ouloulou
Elle les a tellement cramézs
-C'est quoi ? Une réunion pour se plaindre qu'on ne vous donne pas assez de responsabilité ?

-Mais non, la rassurai-je. Juste ... un échange de ressenti.
Quelle hypocrite c'est exactement ça :lol: :lol:
C'était complètement stupide : j'avais déjà été dans l'œil du cyclone et ce plusieurs fois.
Mais j'imagine que l'anticiper ça fiat pas plaisir
-Capitaine ! J'ai attrapé une Capitaine ! Judy, regarde ça !

-Désolée, Bones, on te l'emprunte !
POUEHEHEHEH
ça fait plaisir en tout cas
-Je doute même qu'il dépasse ton pied, et pourtant tu es toute petite !
Ils me tuent :lol: :lol: :lol:
le mécanisme du secret qui ouvrait une grande distance entre nous et qui expliquait qu'il fasse la route vers le stade seul en tête
C'était attendu mais il craint de ouf
une jeune fille aux longs cheveux blonds recouvert de son casque, un mégaphone à la main et un collier qui semblait étrangement fait de liège. Susan poussa une exclamation incrédule.
COUCOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU

J'avais oublié ce match absolument affligeant
Ce nuage est magnifique, vous ne trouvez pas ? Je lui trouve la forme d'un oiseau – d'un oiseau-tonnerre, avec les éclats dorés du soleil ... Peut-être que c'est un vent venant d'Amérique qui le pousse vers nous, vous ne trouvez pas ?
Elle est trop drôle :lol: :lol: :lol:
pendant que d'autres ricanaient méchamment en tournant subjectivement un index sur leur tempe.
Il y a toujours cette description dans les romans mais est-ce que quelqu'un a déjà vu une personne faire ça en vrai, et sérieusement ?
-C'est bon, le Quidditch a touché le fond pour moi ...
Il peut pas dire que c'est pas divertissant
Derrière, Ginny Weasley sauta à terre, son balai et celui de son Capitaine dans la main, l'air furieuse. Elle se précipita vers Smith, qui, suite au temps mort annoncé par Bibine, les bras agités.
Rolala mais j'avais oublié cette scène, quelle horreur
Il pointa le ciel du doigt et j'y distinguai au bout Cormac McLaggen, toujours sur son balai et une batte à la main. J'écarquillai les yeux avant de prendre mon visage entre les mains, outrée.
Mais je suis pétée de rire sous mon masque, je sais pas ça a un côté tellement absurde de voir la scène de ce pdv là
-Oh, réalisai-je, brusquement douchée. Je ... je ne pensais pas que tu t'y intéressais. Pour de vrai.
C'est tellement une conversation de petit couple, heureusement que c'est pas nouveau sinon ils étaient foutus
Je le considérai quelques secondes, la gorge serrée et l'estomac réduit à l'état de bouillie informe tant j'étais touchée par ses mots.
J'avoue à sa place j'aurais envie de l'embrasser
c'était un geste instinctif que l'intimité trouvée dans les mots avait rendus possible.
Cette phrase est très jolie et puis c'est trop mignon
Un sourire effleura mes lèvres et je dus mobiliser toutes mes forces pour ne pas combler la faible distance qui nous séparait pour l'embrasser
BIEN CE QUE JE DISAIS

COUCOU SHELTON
Ce sera ma contribution – avec la machine.
MOOOOOW
Nos doigts demeurèrent noués sur son bras et après quelques secondes de flottement, je poussai le vice à m'affaler complètement contre lui, la joue contre son épaule, à la recherche de proximité à défaut d'avoir une réelle intimité.
MAIS ILS SONT SI MIGNONS et puis cette différence avec les fois d'avnat où il dégageait sa main en public
-Mais c'est que vous en êtes presque mignons ! Je suis sûre dans quelques années je vais vous voir vous embrasser, je ne vais rien comprendre à ma vie !
Ah ça lui paraît si improbable que ça :lol: :lol: :lol: :lol:
-Ne t'inquiète pas, on ne comprend rien à la nôtre ...
MAIS NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON
-Rien, tenta d'éviter Simon, un peu trop précipitamment. C'est quoi le score ?

-Oh la la, gémis-je en m'esclaffant à moitié.
Mais quel bolosse :lol: :lol: :lol: Tu verrais ma tête dans le train :lol: :lol:
Il y eut un long silence, un silence pendant lequel Simon se trouva un intérêt tout particulier pour ce qui se passait sur le terrain et où j'observai résolument les spectateurs à l'opposé de sorte à ne pas montrer mon visage rougis par l'embarras et le rire
JPPPPPPP j'attendais tellement cette scène
Disons plutôt ... qu'on est en pleine mue ?
C'est vraiment pas sexy dit comme ça
-Oui, finit par confirmer Simon, avec bien plus d'assurance que j'avais pu en espérer. Oui, c'est réel.
YEAAAAH ll s'améliore
Elle remarqua enfin nos mains entrelacées sur le bras de Simon et s'y fixa quelques secondes avant de porter son attention sur le terrain.
Une de mes potes qui nous a connu amis Jo et moi m'avait dit que ça lui avait fait super bizarre pendant bien 6 mois de nous voir agir comme un couple pouahahah
Je sentais toujours l'hésitation de Susan alors je profitai que le stade se lève pour un nouveau but de Poufsouffle pour me pencher vers Simon et l'embrasser.
M'enfin Victoria c'est un peu cavalier :shock:
-Oh. Mon. Dieu. Oh mon dieu. Oh mon dieu, oh mon dieu ...
notre réaction à tous :lol: :lol: :lol:
Simon s'empourpra brutalement alors que j'éclatai de rire.
:lol: :lol: :lol: :lol:
Qui a trébuché sur qui ?
Mais elle me tue :lol: :lol: :lol:

*T'inquiète elle est très bien la réaction de SUsan ! J'ai adoré, je me suis tellement marré :lol: J'avais hâte de lire cette scène et je n'ai pas été déçue !
Cazolie

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Cazolie »

Chapitre 32 yeaaah
Susan, c'était un aveu tout en douceur. Simon avait à peine angoissé – et c'était bien parce qu'il avait pleine et entière confiance en sa sœur.
Mais ça montre aussi qu'il se fait à l'idée quand même :mrgreen:
Je n'en revenais pas en le voyant ainsi de prétendument sortir avec un crétin pareil.
Pouahahah
Comment ça prétendument
-On en reparle après, miss Bennett ...
Nan mais ça va les allusions
-Il se pourrait que j'aie parlé avec mon tuteur, Julian Shelton
COUUUUUUUUUCOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU
Diplômé de Poudlard et d'Ilvermorny, plus jeune membre à avoir déposé un brevet
J'ai hâte de savoir un brevet de quoi :mrgreen:
Toujours fier, mais plus doux, plus déterminé et je sentis un sourire effleurer mes lèvres et s'agrandir de manière absurde.
Moooooooow
Les yeux de Simon roulèrent dans leurs orbites, soudainement agacé et il évita soigneusement mon regard.
Il devait vraiment être un copain moisi, désolée :lol:
-... Qu'est-ce qu'on va devoir faire pour mériter tes largesses de grand prince ?
Victoria s'en occupe
Cette fois, un sourire retroussa les lèvres de Simon et il me jeta un petit regard que je tâchais d'ignorer.
Héhéhéhéhéh
S'il pense à ce que je pense, c'est sympa de savoir qu'il est moins réticent envers les bisous qu"avant
e me retrouvai assise sur ses genoux, un sourire extatique aux lèvres, une main passée derrière sa nuque.

-Toi, je t'aime !
Héhéhé
Son pouce caressa ma joue et je voulus approfondir le baiser quand soudainement, un grand fracas se fit entendre derrière nous.
1) OULOULOU
2) OUUUUUUUUUUUUPS
Ma main se crispa sur l'épaule de Simon et je considérai ma position – assise sur ses genoux, un bras passé autour de son cou pendant que le sien m'enlaçais toujours
Difficile de nier :lol: :lol: :lol:
-Hein ? réagit Simon, perplexe. Qui ?
Bon, aucune raison d'être jalouse :lol:
Je ne passais pas une journée sans entendre parler de Victoria Bennett,
Justement fallait peut-être se poser des questions :lol: :lol:
tu ne trouves rien de mieux que de mettre ta langue au fond de sa gorge ?

-Eurk, réagit Simon avec une grimace.
Ca me tue toujours ce genre de phrases, c'est tellement affreux formulé comme ça :lol:
C'est un gosse ! Quand il va passer enfin sa main sous ta culotte, il va te dire qu'il est désolé !
Mais son cerveau a cramé ou quoi elle a un souci :lol: :lol: :lol:
-Mais Bennett, tu mérites mieux ! Cent fois mieux ! Pas un gosse handicapé des sentiments qui est incapable de s'investir dans une relation !
C'était marrant au début mais là elle deveint méchante T.T
-Mais ... Octavia, tu n'as que dix-huit ans ...

-Dix-neuf, et alors ? rétorqua-t-elle sèchement.
Comment ils ont retourné la situation, bien joué :lol:
-Oui, on doit attendre avant d'aller plus loin ...

-Et bien dis donc, il en a de la chance lui ..., maugréa-t-il avec une pointe d'amertume.
Ca veut dire quoi, elle l'a poussé alors qu'il voulait pas ?
Le regard et le silence se prolongèrent jusqu'à ce que la commissure des lèvres de Simon se relève en les prémisses d'un sourire.
Oh allez Octavia, il suffit de les regarder pour comprendre que c'est vrai, ce qu'il y a entre eux
-Simon sera ravi de dire à Ulysse avant votre nuit de noce qu'il t'a déjà comblée, raillai-je.
MAIS VICTORIA :lol: :lol:
J'étais allongée à plat ventre, dans l'humus et l'herbe humide.
Oh non, changement radial d'ambiance
J'étais encore en train de m'interroger sur la nature de cette pièce quand un « CRAC » sonore déchira le silence
C'est si peu discret

Il faut vraiment que je lise du Goethe
Désolée je commente pas beaucoup mais c'est parce que c'est haletant ! Tu présentes très bien la scène :)
-Alors c'est parti, murmura Tonks à côté de moi. N'oublie pas : on laisse l'Allemand et on se concentre sur eux. Laisse-moi la femme, va sur le gamin. On est quatre, ils sont deux. Go !
AAAAAAAAAAAAAAH
Sans doute y trouva-t-il la même chose dans les miens. Pourtant, d'un même élan, nous nous précipitâmes sur la boite.
J'ai l'impression qu'ils jouent à la gamelle
Je fus la première à me rappeler que j'étais une sorcière et à brandir ma baguette pour m'exclamer :
Simon serait fier de toi !
Une véritable menace des Mangemorts planait-t-elle sur sa vie ? Ou craignait-il simplement l'ire de son patron ?
Lance lui un sort cuisant, ils sauront pas que c'est de sa faute
J'attrapai un pan de la veste de Tonks et transplanai aussitôt, sans attendre, sans jeter le moindre regard derrière moi
Aaaaah

Okay c'était assez teerrible cette scène de Victoria qui découvre le pouvoir
Tonks désarticulée
Désarticulée ? Désartibulée ? Je comprends pas ce qui lui arrive haha
Elle avait les yeux grands ouverts, mais une brûlure au niveau de l'épaule et un autre dans son ventre.
Aaaah ça va
Podmore me fixa et une veine se mit à palpiter sur son front.

-Bon sang Bennett ... Tu as fait sonner la retraite alors que tu n'as pas récupéré la pièce ?
Oh il aurait été tellement vénère :lol: :lol: :lol:
-Bon ..., souffla-t-il. Je risque de te faire un peu mal, j'en suis désolé à l'avance ...

-Bah tiens, grogna Tonks en se couvrant les yeux de son bras. Ça changera ...
oupsyyyyyyyyyyyyy
me permit d'apprécier mon troisième verre que je bus à petite lampée
Ah quand même

Aaaah bon cette fin est assez terrible
Je trouve ça tellement cool que tu te penches sur son ressenti face à la guerre et aux actions violentes de Victoria
Et tu le fais strès bien !
Merci d'avoir posté héhé
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

On me dit dans l'oreillette que je suis grave en retard sur la publication
C'est vrai.

Non mais je suis quelqu'un d'étourdi, je devrai mettre un réveil comme Clem "POSTER SUR BN" voilà ! Je peux pas trop parler, chapitre long, veut pas le couper. BISOUS (je vais vous en mettre deux à la suite pour rattraper un peu !)

ATTENTION CHAPITRE CROSS OVER AVEC L'HERITAGE D'ILVERMORNY



***


Chacun est libre de regarder l'Histoire à sa façon, puisque l'Histoire n'est que la réflexion du présent sur le passé, et voilà pourquoi elles sont toujours à refaire.

- Gustave Flaubert
***


Chapitre 33 : Rendez-vous avec l'Histoire

Il avait fallu un verre supplémentaire, des tonnes de chocolat et le visionnage de plusieurs films chez moi pour qu'enfin mon cœur cesse de tambouriner dans ma poitrine compressée. Lorsque j'étais partie, Tonks s'était redressée sur la table, pâle, mais les blessures réduites à des cicatrices. Elle m'avait répété que j'avais très bien réagi, que si la mission avait réussi c'était que j'avais eu le sang-froid nécessaire pour me jeter sur la pièce et ne pas leur prêter main forte face à une redoutable Mangemort. Mais plus on me féliciter, plus ma cage thoracique se resserrait.

Je ne m'étais pas sentie héroïque. Je m'étais sentie tyrannique.

J'aurais voulu oublier et passer à autre chose, mais dès deux jours plus tard j'étais de retour dans la cuisine de la noble maison des Black avec Mondingus, Podmore, George, Bill et Simon. Tonks était absente – occupée à surveiller Poudlard et ses environs. Même Maugrey nous avait gratifié de sa présence dans la pièce pourtant peu adaptée à sa jambe en bois et sa canne. Il fixait son œil mécanique sur ce qui continuait d'attirer notre attention au centre de la table : la poignée de porte ronde et cuivrée. Elle ressemblait à celle qui ornait les dortoirs de Poufsouffle, en plus petite, et était dépourvue de la moindre serrure.

-Et de la moindre magie noire, maugréa Maugrey, morose. Je n'en ai pas trouvé la moindre trace ...

-Lestrange a payé ça une fortune et ce n'est pas gorgé de magie noire ? douta Podmore.

-Ce n'est pas corrélé, protesta Simon avec agacement.

Il était assis à côté de moi, la tête appuyée contre sa main, les yeux plissés rivés sur la poignée. Son regard était assombri par quelques cernes après la nuit qu'il avait passé à examiner l'objet à la demande de Maugrey et sa main continuait de caresser sa baguette d'un geste distrait.

-La magie noire n'est pas inaccessible, pas ... difficile à maîtriser. C'est d'autant plus facile si on utilise les bons vecteurs – la haine, la colère. Justement, user de certaines pratiques licites est parfois plus difficile, plus fastidieux alors que la magie noire offre souvent un chemin plus « facile » - mais moins efficace. Pas besoin de magie noire pour faire monter la valeur d'un objet.

-Et quels sortilèges ont fait monter les enchères ?

La main de Simon se crispa sur sa baguette et il échangea un regard avec Bill. Lui aussi avait les traits tirés et le teint pâle. Il avait détaché ses cheveux qui pendaient autour de son visage et avait besoin de ses deux mains pour tenir sa tête.

-Justement, c'est difficile à évaluer, marmonna Bill, frustré. Ce n'est pas parce que c'est de la magie licite que ce n'est pas de la magie dangereuse ...

-Ça l'est ? s'enquit Maugrey d'un ton bourru.

-On ne sait pas. Ça s'apparente. Il y a tellement de states de magie entrelacés ... et certains ont une vibration ... disons inquiétante, tout au plus.

-C'est du très haut niveau d'ensorcellement, évalua Simon. Entre les entrelacs de states et de couches, la finesse des enchantements ... Déjà cette nuit on a su les dénombrer et c'était pas mal.

-Et ce n'est pas fini, ajouta sombrement Bill. Il nous en faudra encore des nuits blanches – et peut-être même de l'aide.

Il étouffa un bâillement dans sa main et Simon se laissa aller contre la table, l'air désespéré à l'avance. Avec un sourire amusé, je passai une main dans son dos, provoquant un grognement de la part de Simon.

-Désolée du cadeau ...

-Ce n'est pas un cadeau, ça, Bennett. (Il se redressa à moitié pour tourner le visage vers moi). Je t'ai déjà dit que tu étais un boulet accroché à mon pied.

-Cent fois, oui, confirmai-je en tapotant sa tête. Au travail, minus.

Il me jeta un regard torve avant de nouveau se réfugier entre ses bras comme pour commencer sa nuit. Je le réveillai d'une pichenette sur la tempe.

-Hé, la crevette ! On n'est pas attendu ?

-J'ai le droit à dix minutes de sieste ? gémit Simon sans émerger.

-Si tu veux mais tu te débrouilles avec Octavia.

Simon resta encore quelques secondes affalé sur la table mais finit par redresser de manière si amorphe que Maugrey se fendit d'un reniflement méprisant. Il récupéra la canne qu'il avait callé contre la table et se dirigea vers l'escalier en grimaçant.

-Si jeunes et déjà épuisés ... Barrez-vous les gosses, si vous avez mieux à faire. Pod, viens avec moi, on va réfléchir à la suite. Weasley, continue de tirer ce que tu peux de cette fichue poignée de porte. Et fais une sieste, tu as une tête à faire peur. Pod ! Je te vois pas me suivre ...

-Oui Big Boss, marmonna Podmore en s'extirpant de la chaise. Mais sache qu'il n'y a pas que les gosses qui sont fatigués ...

-Et la sieste est loin pour les gosses, répliqua Simon, une main sur le visage. Je peux boire un café avant de partir, c'est envisageable ?

Il tourna un œil suspicieux sur moi et devant la fatigue manifeste que son regard véhiculait, je me levai moi-même pour préparer le café dans l'espoir que ça le réveille – mais surtout, que cela adoucisse son humeur. J'étais arrivée inquiète au QG après être passée chez les Bons pour découvrir qu'il avait découché et les seuls mots auxquels j'avais eu le droit depuis étaient : « un jour, tu vas me tuer Victoria Bennett. Même indirectement tu te débrouilles pour me gâcher la vie ». Comme c'était beau, l'amour ...

Bill rangea la poignée dans une boite de fer forgé et s'étira avec un bâillement. Maugrey et Podmore avaient eux disparu dans la cage d'escalier.

-Bon, moi ce sera la sieste en premier, déclara Bill en repoussant ses mèches rousses. Vous faites quoi vous cet après-midi ?

-Simon me fait visiter l'IRIS.

Je tapotai la cafetière de ma baguette et elle se mit instantanément à fumer. L'arôme de café se mit aussitôt à embaumer dans la pièce et si j'en grimaçai, Simon inspira un grand coup, soudainement redressé et les yeux ouverts. Bill haussa les sourcils avant de lever le pouce en ma direction.

-Et bien, en voilà une fille chanceuse ! J'ai fait une demande pour Gingrotts à mon retour mais mon dossier a été rejeté ... Manque de solidité dans la candidature, d'après eux ... Un moyen gentil de me rappeler que je suis un Weasley ...

Simon s'était mis à contempler fixement la pomme qu'il avait pioché dans la corbeille à fruit et ce, sous toutes ses coutures, pendant que j'observai les dernières gouttes de liquide noir tomber dans la tasse. Bill fut alors pris d'un bref éclat de rire et ébouriffa les cheveux de Simon avec un geste qui ne manquait pas d'affection.

-Mais ne fais pas cette tête. Je prends le prochain de tiquet de visite derrière la petite Vic'. Bonne journée les enfants !

Il s'en fut à son tour dans la cage d'escalier et le silence retomba dans la cuisine uniquement occupée par Simon et moi. Je posai un peu brutalement la tasse devant lui et m'assit en face, le menton niché dans la main. Si le café parut complétement faire émerger Simon jusqu'à en atténuer ses cernes, cela n'effaça pas l'air sombre qui s'était abattu sur son visage.

-Il n'a pas tort, l'IRIS marche beaucoup à l'influence ... On ne va pas se mentir, je n'y serais jamais rentré si je n'étais pas le neveu d'Amelia Bones ... En tout cas pas directement.

Il but une nouvelle gorgée de café en fixant la cage d'escalier par laquelle Bill était monté. Puis son regard tomba sur moi, assez longuement pour que je finisse par hausser les sourcils.

-Quoi ?

La bouche de Simon se pinça et il fit tourner son café dans sa tasse.

-C'est juste ... vous avez fait quoi pour récupérer cette pièce ?

-Du tricot, répondis-je d'un ton tranquille.

-Vicky ...

-Simon, répliquai-je sur le même ton d'exaspération.

-Très spirituel, rétorqua-t-il avec acidité. Arrête, je veux juste savoir si ça va. Pas te faire une pseudo-crise d'inquiétude – bien qu'avec tes précédents tu en mériterais.

Je fis mentalement le compte de tout ce qui avait pu m'arriver des dernières années, entre mes ennuis avec Nestor Selwyn et les messages de Kamila en sixième année et malgré ma réticence, j'admettais que Simon avait effectivement motif à s'inquiéter – et que jusque là, ses inquiétudes avaient été globalement muettes. Quelques regards soucieux, quelques remarques, mais rien qui ne puisse en effet s'apparenter à une « crise ». Je me frottai la tempe et repoussai les souvenirs de la nuit qui m'assaillait. Mon estomac se contacta de manière douloureuse et je détournai les yeux.

-Bof, avouai-je du bout des lèvres. J'ai ... j'ai menacé un gars. Je lui ai dit que s'il ne donnait pas la pièce, Podmore allait lui couper la main. C'est pas terrible ...

-Oh ...

Je haussai les épaules d'un geste que j'espérai nonchalant – mais la façon dont je continuai de fixer le vide devait crier à Simon que mon inquiétude était feinte. Et je fus totalement découverte lorsqu'il allongea le bras pour saisir ma main libre et que j'en lâchai un ricanement pitoyable.

-Laisse, ce n'est rien ... C'est juste ... Ce n'est pas moi.

-Bien sûr que ce n'est pas toi, confirma Simon avec une certaine fermeté. Disons que ... c'est une pièce et on doit tous jouer notre rôle si on veut voir la fin.

J'esquissai un petit sourire devant ses efforts et jouai avec ses longs doigts. Le contact rassurant dénoua lentement mes entrailles.

-Espèce de petit microbe vicieux qui essaie de me parler de théâtre pour m'attendrir.

-Et tu es agacée parce que ça marche, enchérit Simon d'un ton mutin.

Devant le petit rire qui s'en suivit, Simon se leva et rangea sa tasse vide dans l'évier. Puis il parut hésiter quelques secondes devant l'évier, avant de finalement se rapprocher de moi et d'embrasser le sommet de mon crâne. Cette fois, le sourire s'épanouit complétement sur mes lèvres et j'hésitai entre lui rendre la tendresse ou me moquer de son indécision manifeste. L'arôme qui se dégageait de lui me força à opter pour une autre voie et je fronçai du nez.

-Tu sens le café.

-Et c'est un problème ?

-Ouaip. Si tu veux m'embrasser va te brosser les dents, Bones.

Simon éclata de rire et poussa le vice à carrément m'embrasser sur la joue, m'entourant complètement de l'arôme amère et désagréable. Je poussai un glapissement en repoussant son visage mais il m'attaqua en me soufflant carrément dessus.

-Bones !

-Bennett ! s'écria-t-il sur le même ton.

Il s'était laissé tomber sur le banc à côté de moi, hilare et le regard bien plus claire et vif qu'avant sa prodigieuse tasse de café. De notre jeu, il avait gardé un bras passé dans mon dos et moi un sourire que je tentai maladroitement de réprimer. Je voulus le repousser mais ma main s'attarda sur son visage et effleura sa mâchoire. Nos regards s'accrochèrent et nos sourires se figèrent. Il parut évident que nous allions progressivement nous incliner l'un vers l'autre pour nous embrasser et peut-être même avais-je commencer à le faire malgré l'odeur de café qui nimbait toujours Simon quand des pas lourds se firent entendre dans l'escalier.

-Hey ! Il y a quelqu'un ici ?

Nous nous écartâmes précipitamment au moment où Remus Lupin entra dans la pièce. Simon était pâle et cerné, Bill visiblement épuisé mais ils faisaient pâle figure à côté de l'homme. Il me semblait même que quelques cheveux gris avaient envahi sa chevelure. Il nous adressa un sourire fatigué.

-Oh. Bonjour vous deux ...

-Bonjour Remus, lança immédiatement Simon – un brin trop précipitamment. Et au revoir, par ailleurs, on doit y aller ...

-On doit y aller ? répétai-je, un peu surprise.

-Oui, confirma Simon en m'obligeant à me lever. Sinon Octavia va nous tuer ...

Une main fermement accrochée à mon bras, il me guida jusque l'escalier. J'eus juste le temps de sourire à Lupin par-dessus mon épaule et il me répondit par un geste à peine esquissé de la main, lui-même souriant d'un air incertain. Simon me lâcha enfin dans l'étroite cage d'escalier et nous récupérâmes nos capes dans le grand salon. J'attendis qu'il crochète la sienne sur sa gorge pour attraper son col et le forcer à courber l'échine. Avec un sourire complice, il se laissa faire et nos lèvres s'unirent enfin après la frustration de la cuisine.

-Je pensais qu'il fallait que je me brosse les dents ? souffla Simon lorsque je m'écartais.

-Je peux retenir ma respiration quelques secondes, fis-je savoir avec un sourire.

Je caressai une mèche blonde qui lui couvrait l'oreille, hésitant à aller picorer un second baiser avant que nous retrouvions Octavia – et pire, le tuteur de Simon. Avant que je ne puisse me décider, il se pencha sur moi et posa ses lèvres sur mon front avant de s'écarter définitivement, les lèvres retroussées en un sourire.

-Allez, elle va vraiment finir par nous tuer ... Déjà qu'elle parait particulièrement irritable depuis qu'elle sait ...

-Oh, ce ne sera pas la pire, songeai-je en le suivant dans le Hall. Attends qu'Emily l'apprenne – et pire, qu'elle apprenne qu'Octavia a su avant elle ...

Simon poussa un gémissement qu'il étouffa lorsque nous traversâmes le Hall où les rideaux étaient tirés sur l'affreuse Mrs. Black. Aussi silencieusement que possible, nous sortîmes enfin sur le Square Grimmaurd. J'accueillis les chants d'oiseaux avec un sourire absurde. Cette année, l'hiver s'était prolongé jusque la mi-mars et bien que la date du printemps soit passée depuis quelques jours, les arbres peinaient à verdir. Mes pensées m'amenèrent à faire un bref calcul et je sifflai doucement, incrédule.

-Et ... mais ça fait un mois et demi, cette affaire.

-Quelle affaire ?

-Nous.

Simon me jeta un regard circonspect. Devant l'air qui restait frai pour l'époque, il avait rangé ses mains dans ses poches, me les rendant inaccessible alors qu'il devait me faire transplaner.

-Est-ce que c'est une manière de me faire comprendre que tu veux qu'on parle de ... nous à Emily ?

-Non, assurai-je, déconcertée. Non, je réfléchissais juste ... Mais ce ne serait pas une mauvaise idée de ne pas trop tarder.

Un grognement à moitié étouffé me répondit et ce fut à mon tour de le lorgner d'un air suspicieux. Son air buté me fit rouler des yeux.

-Quoi ? OK Octavia n'a pas été sympa, mais c'est Octavia. Regarde plutôt ce qui s'est passé avec Susie. C'était si terrible ?

Simon se plongea dans un mutisme à la fois boudeur et songeur. Je retins un soupir in extremis. Cela faisait un mois et demi que nous étions embrassés pour la première fois et je ne savais pas quoi songer du temps qui s'était écoulé. C'était à la fois si proche puis une éternité. J'avais pris mes marques, Simon les siennes et les baisers se faisaient avec une spontanéité de plus en plus naturelle. D'un autre côté, j'avais conscience du chemin qui nous restait à parcourir, des craintes inavouées de Simon qui se manifestaient parfois par des gestes, des gênes, des hésitations. Les mains fermement ancrées dans ses poches notamment étaient un message. Tout s'arrêtait dès qu'un regard se posait sur nous.

Mais c'était Simon. Nous avions mis dix-huit ans à en arriver là – je ne pouvais pas lui demander d'accepter les changements plus vite qu'il le pouvait. En revanche, je pouvais semer les graines et attendre de les voir germer. Je lui jetai un bref coup d'œil. Il n'avait pas répondu à ma question, mais il n'avait plus cet air buté et paraissait songeur. Satisfaite, je pris le risque de poser une main sur son épaule et s'agripper son manteau.

-Bon. Je suis arrimée, maintenant. Tu me fais transplaner ?

Les lèvres de Simon tressaillirent et il doubla le lien en passant une main dans mon dos. Le temps que ses doigts se referment sur mon côté, je sentis déjà la magie faire effet et se concentrer dans mon nombril pour m'emporter au loin.

***

L'IRIS se situait dans la prestigieuse université d'Oxford. Petite, j'avais adoré cette ville, son charme médiéval proche de Terre-en-Landes et surtout sa prestigieuse université qui exerçait une fascination sur beaucoup d'anglais. Simon dut carrément me trainer dans la grande cour de Trinity Collège car je passai mon temps le coup dévissé à observer les sublimes bâtiments qui nous entourait. J'arrachai à Simon la promesse de revenir faire du tourisme avant de m'engouffrer dans l'une des bâtisses. Le couloir était décoré de boiserie et de tapisseries qui attirèrent autant mon attention que l'architecture extérieure et il fallut la voix impérieuse d'Octavia à l'autre bout pour fracasser ma fascination :

-Pas trop tôt ! Ça fait un quart d'heure que je poireaute, j'ai dû jeter deux sortilèges de confusions à des moldus qui passaient – dont un étudiant qui a cru pouvoir me draguer. Lui, il a failli avoir une queue de cochon en plus.

Elle rejeta son opulente chevelure d'acajou par-dessus son épaule et nous considéra d'un œil furieux. Elle s'était habillée de façon élégante, avec une belle robe de sorcière verte et un chapeau plus foncé. Un sac de cuire brun était passé à son épaule et pendait sur sa hanche – malgré la remarquable organisation d'Octavia, un parchemin dépassait. Un sourire narquois retroussa ses lèvres lorsque nous arrivâmes à sa hauteur.

-Oh, ne me dites pas que ma présence vous empêche de vous tenir par la main ? (Puis elle fronça du nez en considérant ma tenue, à savoir moldue des orteils à la tête). C'est tout ce que tu as dans ta garde-robe, Bennett ?

-Oh Merlin, marmonna Simon. Tais-toi, Octavia, je peux encore changer d'avis ...

-Oh mais non, tu ne ferais pas cela à ta petite Victoria, objecta tranquillement la jeune fille. Bon, comment on rentre ?

Simon soupira mais prit les devants dans les corridors jusqu'à nous mener à une porte visiblement condamnée et sur laquelle une affiche clamait « DANGER – INTERDICTION D'ENTRER ». Pourtant, Simon l'ouvrit d'un geste de la baguette et nous nous retrouvâmes dans une salle de classe où le plafond était à moitié effondré. Octavia enjamba les débris avec une grimace de dégoût et je jetai un regard interloqué à Simon qui s'était déjà précipitée vers l'estrade. Il se tenait à présent devant un antique tableau à crai sur lequel il passa la baguette. Le tableau s'ouvrit alors en deux en son centre, révélant un passage digne de la magie de Poudlard. Je fus plongée dans la nostalgie en m'engouffrant dans le couloir fait d'arc majestueux et de pierre nues : l'intérieur reprenait l'esprit de l'université d'Oxford et il fallait admettre qu'il y avait du Poudlard dedans. Octavia parut songer la même chose car un petit sourire inexplicable s'étira sur ses lèvres quand elle étudia son environnement.

-Ça va. Tu n'as pas été trop dépaysé ... Qui c'est ?

Je me retournai vers l'entrée du passage qui venait de se refermer derrière Simon. Il s'agissait de ce côté d'un portrait d'un homme aux cheveux noirs et aux yeux gris, le port altier. Son visage se fit presque méprisant à la question d'Octavia et je retrouvai avec nostalgie l'art des peintures qui se mouvaient dans leur cadre. L'homme rajusta son chapeau de sorcier orné d'une impressionnante plume sur son front.

-Mais enfin ! Quelles sont ses ignorantes ... ?

-Alphard Black, nous présenta Simon avec un vague geste. Le fondateur de l'IRIS ...

Je lui jetai un regard moqueur au nom de famille de l'homme et Simon fit prestement volte-face pour nous guider vers l'intérieur de l'édifice – et fuir toute remarque. Faute de quoi, ce fut vers Octavia que je me tournai et je remarquai le sourire entendu qui ourlait ses lèvres. Elle aussi connaissait l'histoire de Simon – et je le savais assez curieuse pour avoir poursuivi ses recherches et avoir découvert les branches Black dans l'arbre généalogique des Bones.

-Un ancêtre, me souffla-t-elle pendant que Simon nous guidait dans les couloirs. Je trouve qu'il y a un air.

-Il n'y a que toi, rétorquai-je. Oh ...

Nous venions d'émerger dans un hall immense, si haut que je ne percevais pas le plafond, sinon qu'il était lumineux. De splendides lustres d'or et de cuivre flottaient sans la moindre trace de suspension et chaque étage était ouvert sur l'espace par des rambardes. Mais ce qui attira mon regard fut le monumental escalier de colimaçon qui tournait pour desservir les différents niveaux. Ouvragé d'arabesques, taillé en branches et en feuilles comme s'il s'élevait en l'arbre des connaissances, ses piliers laissaient apparaitre les marches qui s'élevaient en pente douce.

-Un escalier à double révolution, expliqua Simon en commençant l'ascension. Deux escaliers qui ne se croisent jamais ... D'après la légende, on a piqué l'idée à De Vinci ...

-De Vinci ? Un moldu ? comprit Octavia, ébahie. Note ça, Bennett : les sorciers, les voleurs de l'Histoire ... Bennett ?

-Oh c'est pas vrai ... Victoria !

Je sursautai et cessai d'observer la monumentale pièce pour porter mon regard vers Simon et Octavia. Ils avaient gravi une volée de marches pendant que j'étais toujours au milieu du hall, à dénombrer les étages ou décoder ce qui semblait être le blason de l'IRIS – trois baguettes d'or encadrant un parchemin sur fond azur. Simon poussa un profond soupir et jeta un regard dépité à Octavia.

-Viens, on va la laisser là : depuis qu'on a posé un pied à Oxford elle joue à la touriste... Le professeur Shelton est au deuxième étage ...

-J'arrive, j'arrive ! m'exclamai-je précipitamment. Désolée ...

Je les rejoignis à petite foulée et pris même les devants pour être certaine de ne plus traîner derrière. Ce fut difficile de ne pas observer la cage d'escalier ou le Hall qui défilait sous nos pas entre les piliers et de rester concentrée sur les paliers que je passai. J'étais si peu attentive que Simon passa une main dans mon dos pour me guider dans le couloir. Occupée à dévorer les lieux du regard, je n'avais pas remarqué que les sorciers que nous croisions portaient tous ou presque une robe bleue azure qui s'accordait au blason de l'institut. Je toisai Simon, amusée.

-Et toi, pourquoi tu n'en portes pas ?

-Parce que les étudiants ne sont pas tenus d'en porter une. Seulement ceux qui travaillent vraiment ici ...

-Vivement que tu travailles ici, alors, s'enthousiasma Octavia. C'est quelle porte ?

Visiblement exaspéré d'avoir à trainer dans son sillage deux filles bien trop curieuses et décidées à se moquer, Simon ne répondit pas et nous conduisit jusqu'à un nouveau couloir. Comme le Ministère, l'IRIS semblait se déployer magiquement au sein de l'université comme un espace parallèle. Il s'arrêta brusquement devant l'une des portes qui s'alignaient et y toqua brusquement. Elle s'ouvrit dans la seconde, sans me laisser le temps d'appréhender ou de me concerter avec Octavia sur la suite des choses. Un homme en robe de sorcier bleue en sortit. Plutôt fin, les épaules légèrement voûtées qui trahissait une posture ployée sur un bureau, il devait avoir la petite trentaine. Ses cheveux d'un blond cendrés étaient coupés courts et impeccablement coiffé sur le côté et son visage fin fut éclairé d'un sourire.

-Ah, Simon ! Je vous attendais plus tôt, je dois l'admettre ...

-Désolé professeur, c'est de ma faute j'ai pris une pause-café ...

-Est-ce que la « pause-café » est un code pour « séance de bécotage » ? me chuchota Octavia assez bas pour que seule moi l'entendre.

Je lui flanquai mon coude dans les côtes pour la faire taire. Fort heureusement, à part la grimace d'Octavia, rien ne subsista de notre échange – pas même la moindre rougeur sur mes joues – et je pus écouter avec un intérêt poli la réponse désespérée du professeur.

-Ah, Simon ... combien de fois je dois vous répéter que le thé est plus efficace pour vous donner un coup de fouet durable ? En plus de ne pas laisser sur sa personne une affreuse odeur persistante ...

Face au sourire poli mais crispé qui fut la seule réponse de Simon, l'homme finit par se tourner vers nous. Je devais admettre être surprise : je m'étais attendue au prototype de l'universitaire ridé à lunette et l'air revêche, pas à cet homme encore jeune et affable. Octavia était la plus proche de lui et il lui tendit une main amicale qu'elle saisit avec une fermeté professionnelle.

-Je suppose que Simon m'a déjà introduit, je suis le professeur Julian Shelton.

-En effet, confirma-t-elle d'un ton digne. Octavia McLairds, et voici ma partenaire, Victoria Bennett.

-Oui, oui, Simon m'a dit ... Mais entrez, entrez, je vous en prie installez-vous !

Il nous indiqua l'intérieur de la pièce et nous nous passâmes la porte. Il s'agissait d'un bureau éclairait par une fenêtre bien exposée et disposant d'un petit salon devant une cheminée en marbre à l'âtre haut. Le tout était décoré avec goût d'une belle toile d'un étang couvert de nénuphar de style impressionniste derrière le bureau d'acajou. Je souris en la voyant. J'avais toujours apprécié l'impressionnisme, ces tâches de couleurs qui de façon très brusque devenaient un paysage bucolique ou un portrait aussi réaliste qu'onirique. Ma contemplation m'empêcha de voir que le professeur Shelton nous proposait de nous assoir dans les fauteuils de velours verts d'eau devant la cheminée et de nous débarrasser de nos manteaux. Octavia fronça du nez et me fit les gros yeux devant le pull que dissimulait le mien – couverts de peluche et la manche retroussée pour cacher le trou qui s'était formé quand je m'étais accrochée à un clou. Parfaitement indifférent à ma tenue négligée, le professeur Shelton était déjà en train de parcourir les notes qu'Octavia

-Qui a du sang moldu pour se plonger dans un tel projet ? demanda-t-il sans quitter le parchemin des yeux.

-Euh, commençai-je en m'asseyant. Euh, c'est moi. Je suis née-moldue, même.

Un fin sourire retroussa les lèvres du professeur. Il continua de lire contentieusement le contenue du parchemin avant de se tourner vers moi.

-Mon père aussi, si vous voulez savoir. Ça ne l'a pas empêché de devenir lui-même un grand chercheur en sortilège en son temps ... d'où cela vous est venu ?

-D'un devoir que j'ai fait en sixième année, en Histoire de la magie, expliquai-je maladroitement, intimidée. C'était plus ciblée sur la seconde guerre mondiale ... Mais avec Octavia, on s'est rendu compte que les liens et les interactions entre moldus et sorciers ne se résumaient pas à quelques moments clefs de crise, mais étaient constants et chacun influaient sur le monde de l'autre en tout temps. Alors ... dans un contexte où on sent un sentiment anti-moldu s'élevait, ça nous semble ... naturel de rappeler à tout le monde à quel point la culture moldue nous influe. Que les moldus ne nous sont pas inférieur mais combien leur compréhension du monde est meilleure que la nôtre – et enrichit notre savoir et notre communauté.

J'avais jeté des regards fréquents à Octavia qui, sans me regarder, hochai de manière imperceptible la tête. Le professeur Shelton se fendit d'un petit ricanement qui sonnait sinistrement.

-Ah ... Oui, ça tombe sous le sens.

-Simon nous a dit que vous aviez tenté de déposer un brevet pour introduire les téléphones dans le monde sorcier, entonna Octavia. Vous pouvez nous en parler ?

Elle s'était déjà munie d'une plume et avait sorti de son sac un support élégant pour son parchemin qu'elle avait placé sur ses genoux. Simon s'était lui enfoncé dans le dernier fauteuil et avait sorti un livre sur ses genoux, l'air de se désintéresser de la conversation. Le professeur Shelton rit devant la question et l'éluda d'un vague geste de la main.

-Oh ! Cette tentative désastreuse, vous êtes sûres de vouloir en parler, Miss McLairds ?

-Je suis navrée ... mais ça m'intéresserait de savoir pourquoi cela s'est soldé par une tentative désastreuse.

-Parce que j'ai oublié de prendre en compte le fait que les sorciers ont leur propre moyen de communication. On ne va pas se mentir : quel sorcier se servirait d'un téléphone quand nous avons les cheminés qui nous permettent de communiquer instantanément ? (Il leva les yeux des notes d'Octavia avec un sourire penaud). Vous voudriez m'entendre dire que les sangs-purs se sont levés contre ma technologie importée, c'est cela ? Ils l'auraient sans doute fait, n'en doutons pas ... Mais pour le coup, c'était une erreur d'appréciation de ma part. Si les sorciers éprouvent des difficultés à accueillir la culture moldue en leur sein, c'est qu'ils ont construits la leur au fur et à mesure des siècles. Nier la culture propre aux sorciers serait une erreur de jugement de votre part, mesdemoiselles – comme ça a été la mienne avec les téléphones.

-Très bien pour les téléphones, admis-je alors que la plume d'Octavia s'activait déjà. Mais les cinémas, les télévisions ? Nous n'avons pas d'équivalent. Très bien nos photos bougent mais restent muettes – et en noir et blanc ... Même dans les technologies déjà importées, nous avons des difficultés à les moderniser.

Le hochement de tête d'Octavia me rassura sur la pertinence de ma question, ainsi que le sourire entendu du professeur Shelton. Sur la petite table basse au milieu des fauteuils, il y avait un service de porcelaine et il tapota la théière de sa baguette de bois sombre. Son bec émit aussitôt un panache de fumée blanche sifflante.

-Ah ... en effet, et c'est là que l'inertie et la rigidité de notre culture et de nos modes de fonctionnement interviennent. Vous vous êtes intéressés aux précédents ? Du thé ?

-Volontiers, accepta Octavia, néanmoins les sourcils froncés. Les précédents ?

-Les sorciers ont déjà importés des technologies moldues, rappela le professeur en lui servant une tasse généreuse.

-Oui, les appareils photos, par exemple ... les sangs-purs continuent de le dédaigner, par ailleurs, ils préfèrent la peinture à l'huile et les portraits magiques ... c'est un exemple qu'on a déjà bien travaillé mais il y a peu de précédents, comme vous le dites.

-Vraiment ? s'étonna le professeur Shelton, la théière à la main. Vous n'en avez pas utilisé un tous les ans depuis vos onze ans ?

Octavia et moi le gratifiâmes d'un regard éberlué. Simon, pourtant silencieusement plongé dans sa lecture, fut le premier à comprendre et plaqua une main contre son front.

-Non mais vraiment ...

-Le Poudlard Express, soufflai-je, saisie. Octavia ce ne sont pas les sorciers qui ont développés le train !

-Ce n'est pareil, rétorqua-t-elle. J'y ai pensé, mais le train est obsolète dans tous les autres aspects de la vie du sorcier parce que nous nous déplaçons par magie – transplanage, portoloin voire balais. Le Poudlard Express répondait simplement à un besoin ponctuel pour déplacer une masse de petit sorcier qui ne pouvait le faire autrement ...

-Pourtant il a provoqué un tollé quand il a été mis en service, objecta Simon. Certaines grandes familles refusaient que leurs enfants soient transportés dans une machine moldue, il a eu des dizaines de plaintes et de procès ...

-Et c'est certainement un membre de la famille Bones qui s'en est occupé si tu es si bien informée sur la question ... Tu ne garderais pas les archives quelque part dans ta maison ?

Octavia lui servit un adorable sourire pour adoucir sa demande – et garder un masque de jeune fille respectable et polie devant l'éminent chercheur. Simon ne fut pas dupe et se replongea dans son livre avec un grognement.

-Comme si on gardait des archives officielles chez nous ... Non, cherche dans les archives du Ministère.

-Ce sera quand même utile, confirmai-je. Le Poudlard Express est peut-être une exception, mais il répondait à un réel besoin de la communauté magique – et malgré son utilité évidente, il a été décrié et boycotté. Ça nous fait un autre exemple que les photos ...

-De manière générale, je vous conseille de vous intéresser à la Ministre qui a inauguré le Poudlard Express, Ottaline Gambol, ajouta le professeur Shelton. Elle s'est de très près intéressée aux technologies moldues et à ce que les moldus étaient capables de nous importer. Dans nos archives, on constate une concentration des recherches sur des objets ou sur des savoirs moldus pendant cette période – c'est là qu'on a par exemple importé un nombre important de principe chimique qui sont très utiles pour la fabrication des potions. C'est intervenu à un moment où l'Empire Britannique était à son apogée et semblait être le cœur de la civilisation occidentale ... Les moldus brillaient – et les sorciers voulaient une partie de la lumière.

Je le dévisageai, complètement soufflée. Nous avions répertorié avec Octavia les moments où les sentiments anti-moldus étaient exacerbés, plus prégnants pour expliquer certaines tensions mais pas que nous avions complètement oublié l'histoire dans l'équation. Quand la civilisation moldue se trouvait brillante, le monde moldu gagnait de l'attrait – et du crédit. Pas étonnant que beaucoup de technologie dates du XIXe et début du XXe siècle – il s'agissait de l'âge d'or de l'Empire Britannique.

-Je n'avais pas fait la corrélation, murmurai-je, l'esprit en ébullition.

Le professeur Shelton m'adressa un sourire malicieux.

-Vous vous portez le noble et royal prénom de Victoria et vous n'avez pas pensé à vous pencher sur l'époque Victorienne ? Honte sur vous, Miss Bennett ...

-Je m'attendais à me trouver devant un chercheur en sortilège, pas à un historien ...

Le sourire du professeur Shelton se fit mélancolique. Il tendit la tasse de thé à Octavia, qui la saisit maladroitement de la main qui tenait la plume.

-Ah ... pour parler franc, j'ai un peu la double casquette ... Oui, une mère historienne et un père chercheur en sortilège, j'étais né pour lier les deux disciplines ... Ma mère m'aurait tué si j'avais extirpé le moindre fait de son contexte historique – peu importait qu'il soit moldu ou sorcier. Du thé ?

-Oh non merci, je n'aime pas beaucoup ça ...

Le professeur Shelton écarquilla les yeux d'un air choqué avant de porter son attention sur Simon, qui avait subtilement relevé son livre pour cacher son visage aux yeux de son tuteur. Mais moi qui étais plus proche, j'avais une vue sur le petit sourire fier qui s'étendait sur ses lèvres devant notre détestation commune de la boisson nationale anglaise. Mais visiblement, je venais de proférer une absurdité pour le professeur. Il reposa la tasse vide qu'il venait d'agripper, le regard toujours choqué et dardé sur Simon.

-Mais il semblerait qu'un sort se soit abattu sur Terre-en-Landes pour qu'un tel désamour du thé s'y répande ... Très étrange, le village est pourtant si beau ...

Je haussai les sourcils et interrogeai Simon du regard, mais il avait abattu son livre pour fixer son tuteur avec surprise.

-Très beau ? Vous êtes déjà venu ?

La bouche du professeur Shelton se tordit et il baissa le regard sur sa propre tasse de thé qu'il venait de remplir.

-Oh j'en ai eu l'occasion ... Vous préférez un jus de citrouille, miss Bennett ?

-Euh ... oui, oui. Je préfère. Merci beaucoup ...

Il me sourit et fit adroitement apparaître un pichet de jus de citrouille frai et un verre adapté. Je me détournai de lui pour observer la réaction de Simon. Après avoir considéré quelques secondes son tuteur, il s'était intéressé de nouveau à son livre mais un pli au coin de ses lèvres indiquait sa contrariété et ses yeux ne bougeaient d'une ligne à l'autre. Ils restaient fixes, songeurs et ses doigts étaient mis à pianoter sur la couverture – à son habituel rythme musical.

-Donc selon moi, si le but est de donner à votre travail plus de poids et plus d'attache aux dernières recherches, je m'intéresserais à cette époque tout particulièrement, poursuivit résolument le professeur Shelton en se redressant. Le mandat d'Ottaline Gambol et l'époque Victorienne en général : à ce moment-là, les interactions étaient fortes, plus fortes qu'elles ne l'avaient jamais été depuis le moyen-âge ... Vous avez une partie sur le moyen-âge, n'est-ce pas ?

-L'année zéro, répondîmes-nous en même temps.

Le professeur Shelton haussa les sourcils et chercha le terme dans les notes mais Octavia le coupa avec un sourire penaud :

-Désolée professeur, j'avais condensé ... Mais nous évoquons en effet le moyen-âge comme la période où les interactions étaient telles que moldus et sorciers avançaient ensemble. « L'année zéro » est 1689, l'instauration du code international secret magique. Le moment où nous avons commencé à cesser d'interagir. Ainsi les sorciers sont restés bloqués à des instruments du moyen-âge – les plumes et les parchemins le prouvent amplement. Nous avons décidé à partir de ce moment de consacré notre savoir à ce qui nous était propre, la magie, pendant que les moldus ont continué de développer leurs connaissances

-A dire vrai, les interactions s'étaient déjà largement taries avant l'instauration du code, ajoutai-je. Ça s'est établi dans les travaux de Bathilda Tourdesac : avec les persécutions la plupart des sorciers s'étaient déjà retirés dans la clandestinité et refusait tout contact avec la population moldue. Mais ça s'est institutionnalisé avec le code – et à partir de là, la différenciation et la marginalisation sont devenues systématiques.

-Donc on a certes oublié l'époque Victorienne mais ne vous en faites pas, professeur, on parle du moyen-âge, acheva Octavia avec un sourire satisfait. Et ne nous interrogeaient pas sur l'époque contemporaine, le sujet est abondamment traité, Victoria y a veillé.

Le professeur Shelton nous contempla, visiblement impressionné et parut sur le point de répondre quand quelques coups furent toqués à la porte. Avec des excuses à notre adresse, il autorisa le visiteur à entrer et la porte s'ouvrit sur une ravissante jeune femme aux cheveux châtains, au visage rond et au sourire avenant. Contrairement aux autres, elle portait une robe couleur ocre et derrière elle flottait une pile impressionnante de livres et de parchemins qu'elle guidait de sa baguette.

-J'ai les ouvrages que vous avez demandé, professeur Shelton ! Je vous les pose où ?

-Ah ! se réjouit-t-il en se levant. C'est parfait, vous pouvez les poser sur cette table. Merci beaucoup, Adrianne.

Ce que firent ensuite le professeur et la jeune fille, je ne pus le dire car mon regard s'aimanta immédiatement vers Simon. Il s'était figé comme une statue de sel et ne daigna pas jeter le moindre coup d'œil à l'archiviste qui passa juste à côté de lui poser les livres sur la table passe entre les tasses vides et la théière. Au contraire, devant la pression évidente de mon regard et de celui d'Octavia, il s'enfonça graduellement dans le fauteuil et fit de son livre un bouclier contre notre attention – et tenter ainsi de nous cacher ses joues qui viraient de seconde en seconde au cramoisi. Faute d'avoir satisfaction, Octavia et moi nous tournâmes l'une vers l'autre et il s'en fallut de peu pour que l'une d'entre nous n'éclate pas ouvertement de rire. Elle se mit à prendre des notes frénétiques, son sourire caché dans sa main libre et j'étouffai le mien dans mon verre de jus de citrouille. Je n'éprouvai même pas le moindre pincement de jalousie pour cette jolie fille qui avait proposé un verre à Simon le soir de la Saint-Valentin – et peut-être même étais-je surtout désolée pour elle. Mais elle ne paraissait pas aller mal : elle avait un sourire presque solaire et un peu à l'image de Susan, elle avait quelques rondeurs qui loin de l'enlaidir faisait d'elle une femme, une vraie. Elle s'en fut avec le reste de ses livres d'un pas presque bondissant et le professeur Shelton se rassit dans son fauteuil, un sourire contrit aux lèvres.

-Veuillez m'excuser, Adrianne est notre archiviste-stagiaire ...

-Oh, on le sait, fit savoir Octavia, la moitié d'un rire dans la voix.

Elle le réprima en pressant davantage sa main contre sa bouche mais Simon la fusilla tout de même du regard. Perplexe, le professeur Shelton m'interrogea silencieusement, un sourcil dressé, mais je lui fis comprendre d'un signe de tête de ne pas en demander de plus : je peinais déjà bien assez à réprimer mon hilarité. Cela ne parut pas contenter réellement l'homme mais il décida tout de même de laisser couler.

-Oui ... enfin bref, je lui ai demandé d'extraire de nos archives quelques thèses et recherches qui ont été faites sous l'impulsion d'Ottaline Gambol. Sur les technologies moldues, lesquelles nous ont intéressées, lesquelles ont été rejetées et pourquoi ... Quels savoirs avaient l'intérêt des chercheurs, comment ils ont effectivement faits avancé notre propre science ... Je suis certain que beaucoup pourrait étayer votre propos, voire faire l'objet d'analyse complète... Tenez, si vous voulez jeter un coup d'œil sur la liste ...

Octavia s'empressa de la prendre, sans doute dans l'espoir de faire passer le fou-rire contre lequel nous luttions depuis l'apparition d'Adrianne. Elle la parcourut des yeux et son sourire se fana lentement pour ne laisser qu'un visage tendu par la concentration. A l'aveugle, sa main prenait même déjà quelques notes sur son parchemin.

-Hum ... oui, en effet, ça pourrait largement étayer notre propos ... Victoria, tu penses pouvoir faire une introduction assez dense sur le contexte historique ? L'époque Victorienne, les moldus au sommet de leur gloire, la volonté des sorciers de partager le gâteau de la gloire ?

-Partager le gâteau de la gloire, répétai-je, amusée. Mais voilà un titre de chapitre accrocheur ... Oui, je suis capable de faire l'introduction, pour qui tu me prends ?

-Si j'étais vous, j'élargirai mon propos des technologies aux savoirs en général, nous conseilla le professeur Shelton. Comme je vous l'ai dit, cette période a été l'occasion pour nous d'importer nombre de préceptes qui nous ont été utile dans notre compréhension de la magie même. Vous avez notamment une excellente thèse du professeur Pausanias Pillworth sur une conception de la magie comme était une onde – comme le son ou la lumière. Et de cette manière, quantifiable et mathématisable. Rien ne le prouve, mais force est d'avouer que les moldus nous ont transmis des outils qui nous aideraient à mieux comprendre notre monde, non en tant qu'humain, mais en tant que sorcier. Et je vous ai déjà parlé des nombreux concepts de chimie qui nous ont amené à complètement moderniser notre pensée sur l'art des filtres et des potions.

-Et bien, mon cher professeur, entonna Octavia, ravie, vous êtes en train d'ouvrir une véritable boite de Pandore pour nous ! C'est complètement ce que nous recherchions : des thèses, des écrits, des preuves qui confirment que le monde moldu nous apporte bien plus que ce que les défenseurs de Vous-Savez-Qui veulent nous faire croire ...

Il y avait une certaine passion dans les propos d'Octavia qui arrachèrent un sourire au professeur Shelton. Mais quand je l'observai plus attentivement, je vis dans son regard vert briller une flamme semblable à la nôtre et lorsqu'il reprit la parole, sa voix s'était légèrement enrouée et faite plus rauque :

-Et vous êtes incroyablement courageuses de vous atteler à une telle tâche. Les sorciers sont pour la plupart aveugle aux évidences que vous vous acharner à démontrer. La plupart du temps par ignorance, souvent par condescendance. Peu sont réellement hostile au savoir-faire moldus ... Mais ce n'est pas eux que vous essayez de combattre, pas vrai ?

-Non, avouai-je. Non, c'est plus ... la masse. Ceux qui sont ignorants, comme vous le dites – et qui constituent l'immense majorité des sorciers.

-S'investir dans la guerre des idées, acheva Octavia avec détermination. C'est peut-être là-dedans qu'on sera les plus efficace.

Avec un véritablement pincement au cœur, je me revis Turner tremblant au bout de ma baguette. Un frisson désagréable me parcourut l'échine et je le masquai en buvant une gorgée de jus de citrouilles. Ce n'était qu'un rôle, me martelai-je en reprenant les mots de Simon. Un rôle ... pas moi. En revanche, ces recherches, ce but, cette conversation, c'était totalement moi. De la moldue à la sorcière en passant par l'historienne. Et plus j'avançai dans la rédaction, plus j'avais envie de poursuivre. Ce qui n'était qu'un test à l'origine prenait des proportions insoupçonnées. Simon se l'était approprié, m'avait encouragée – et inconsciemment, ce soutien comptait également.

Le professeur Shelton nous contempla gravement toutes les deux. Lentement, il enroula le parchemin de note qu'Octavia lui avait confié et poussa vers nous les quelques livres qu'Adrianne avait déposés.

-Mesdemoiselles ... Je pense sincèrement que vous avez rendez-vous avec l'Histoire. C'est ce que vous êtes en train d'écrire – de réécrire, pour être exacte. Pas l'Histoire de la magie, par l'Histoire linéaire du monde moldu, mais la nôtre. Il est temps que les sorciers comprennent enfin d'où ils viennent. Si vous avez encore besoin de documents, d'ouvrage ou même de conseils, n'hésitez surtout pas. Je suis à votre disposition.

-Ne le dites pas trop, on risque de s'en souvenir, se moqua Octavia, l'air néanmoins émue. Merci beaucoup professeur. Votre soutien nous touche.

Comprenant que l'entretien touchait à sa fin, elle se leva en miroir du professeur Shelton et ils se serrèrent la main. Mais au moment où Octavia voulut la reprendre, il la garda fermement dans la sienne et plongea son regard dans celui de la jeune fille avec une certaine sévérité.

-Néanmoins ... soyez prudente. Ne dites pas trop haut ce que vous faites – et soyez prudente avec le mot de « guerre », miss McLairds. Vous le comprenez, vos recherches ne sont pas aux goûts de tous et certainement pas de l'autre camp. Alors faites attention. Surtout quand votre partenaire est une née-moldue.

-Nous sommes prudentes, rétorqua Octavia d'une voix plus froide. Et nous sommes encore à l'état de projet ...

-Ne vous méprenez pas, je ne vous dis pas de ne pas faire ce que vous faites. Simplement de vous entourer des bonnes personnes et de rester prudentes dans vos propos ... Faites un ouvrage scientifique, pas militant. Contactez-moi avant d'envisager la moindre publication, je tenterais de vous aider.

Octavia me jeta un petit regard dans lequel je lus le trouble mais aussi le triomphe. Sans le savoir, le professeur Shelton lui donnait raison contre moi – privilégié un propos neutre à un propos engagé. Après une seconde d'hésitation, je hochai la tête avec résignation et Octavia se fendit d'un petit sourire satisfait.

-Comptez sur nous. Et encore merci pour votre aide ... Bien, nous allons vous laisser Simon, je présume et Victoria et moi allons ...

-Victoria reste avec moi un peu, intervint alors Simon sans quitter son livre du regard. Tu peux rentrer toute seule, je pense que tu as compris où était la sortie ...

Octavia haussa très haut les sourcils avec dédain et je gratifiai moi-même Simon d'un regard étonné. Il ne daigna pourtant pas s'expliquer, mais son visage fermé m'intriguait assez pour que fasse discrètement signe à Octavia de partir. Elle ouvrit les bras en signe d'incompréhension et je dus être plus ferme en indiquant la sortie d'un signe de la tête. Elle leva les yeux au ciel et poussa un soupir qu'elle ne tenta même pas d'atténuer.

-Très bien, je te la laisse. Mais je la récupère demain pour qu'on débriefe tout ça. Il va falloir apprendre à la partager, Bones.

Sans se soucier du regard mi-amusé mi-perplexe du professeur Shelton ou du regard meurtrier de Simon, elle lui tapota la tête avec condescendance et s'en fut avec un dernier salut, les livres pleins les bras. Quand la porte claqua définitivement derrière elle, je me tournai vers Simon, toujours retranché derrière son livre, les sourcils froncés.

-La prochaine, Victoria aimerait décider par elle-même. Qu'est-ce qu'il y a ?

-J'ai envie de vérifier quelque chose. (Il abaissa brusquement son livre pour darder un regard étrangement énervé sur le professeur Shelton, toujours debout face à nous). Vous êtes entrés en quelle année à Poudlard ?

-Je vous demande pardon ? s'étonna-t-il.

Il détourna immédiatement le regard et fit disparaître la tasse d'Octavia et la théière d'un mouvement souple de la baguette. Cela ne fit qu'agacer davantage Simon. Il jeta son livre sur la petite table qui en trembla et me fit sursauter.

-Vous avez visité Terre-en-Landes. Et quand je vous ai parlé de Victoria la semaine dernière, vous avez laissé entendre qu'elle était fille de Pasteur alors que je ne l'avais pas précisé. Alors je me permets de vous demander : en quelle année êtes-vous entré à Poudlard ?

-Oh, attends, intervins-je, complétement déboussolée par la tournure de la conversation. Qu'est-ce que tu essaies de savoir, exactement ... ?

Julian Shelton eut alors un inexplicable sourire. Et de manière toute aussi mystérieuse, il y avait une sorte de fierté dans ce sourire. Il se laissa aller dans le fauteuil qu'il avait occupé tout le long de l'entretien.

-Ce qu'il essaie de savoir, commença-t-il dans un souffle, c'est si j'ai connu Matthew Bones à Poudlard.

Je me figeai devant la réponse et très lentement, je cherchai une confirmation du côté de Simon. Un rictus de dépit s'était dessiné sur ses lèvres, signe que le professeur avait visé juste. Je déglutis nerveusement et finis par m'enquérir du bout des lèvres.

-Et donc ?

-Et donc j'ai effectivement connu Matthew Bones à Poudlard, murmura Julian Shelton, comme un terrible aveu. Et pour être parfaitement honnête ... il se peut qu'il ait été mon meilleur ami.

Alors sans même m'attendrir de l'éclair de douleur qui avait traversé le visage du professeur ou des poings de Simon qui s'étaient serrés sur ses genoux, je m'enfonçai dans le fauteuil avec un gros soupir de défaite.

J'étais venue pour moi. Pour mon projet. Comment aurais-je pu deviner que sans le savoir, je me précipitais vers l'une des ombres qui jalonnaient l'histoire de Simon ?

Je pris une profonde inspiration en m'efforçant de chasser les traces d'exaspération qui s'étaient éprises de moi. Cette fois, il m'incluait. C'était une ombre que je n'aurais pas à lui arracher. Peut-être même avait-il besoin de moi pour en faire jaillir la lumière. Résignée, je me redressai et crevai le silence dans lequel nous étions plongés en lançant :

-On me dit clairvoyante ... mais clairement celle-là je ne l'avais pas vu venir.

-Vous le saviez ? attaqua Simon avec humeur. Que j'étais son frère ? Quand vous m'avez pris comme élève ...

Après un instant de réflexion, Julian Shelton hocha la tête avec raideur. Il passa une main sur son visage dont les traits s'étaient crispés depuis quelques secondes et il continua de fuir le regard de Simon. Lui n'avait pas cette difficulté : ses yeux étaient vrillés sur lui, brillants, accusateurs.

-Oui ..., oui évidemment que je le savais, admit le professeur dans un filet de voix. Mais n'allez pas croire que c'est pour cela qu'on vous a mis sous mon aile, Simon. Je suis responsable de formation et croyez-moi, je sais bien déconnecter mon cerveau de mon cœur. Vous êtes jeune, vous aviez besoin d'affiner nos talents et de polyvalence. J'étais parfait pour ce dessein. Croyez-moi, magiquement parlant ... nous nous ressemblons étrangement. L'univers a un drôle d'humour ...

Oh oui, songeai-je amèrement. Et il l'avait prouvé de nombreuse fois. Simon restait impassible sur son fauteuil, statique à l'exception de ses doigts qui continuaient de jouer sur l'accoudoir. Devant son mutisme furieux, le professeur Shelton se sentit obliger de poursuivre :

-Et si je dois être parfaitement transparent ... je suis le filleul de Leonidas Grims.

-Oh c'est pas vrai, lâcha Simon en se rejetant dans le fauteuil, les paumes plaquées contre ses tempes. Je rêve !

J'avais moi-même portée la main à la bouche devant la confidence inattendue, complétement déconcerté. Julian Shelton esquissa un sourire désolé face à nos réactions. Il dut considérer que la situation nécessitait une dose certaine de thé car il s'en servit une tasse si remplie qu'elle faillit déborder.

-Ah ... j'avoue que j'ai dû avoir peu ou prou la même tête lorsque Leonidas me l'a annoncé ... je venais t'intégrer Ilvermorny et de rencontrer ma famille maternelle – je suis à moitié américain et nous avions déménagés suite à ... vous vous en moquez éperdument, résuma-t-il quand Simon darda sur lui un regard courroucé et incrédule. Toujours est-il que ma mère est une Grims – la cousine de Leonidas – et elle a fait de lui mon parrain.

-Il me faut un arbre généalogique, décrétai-je en tentant de faire les liens. C'est ... fou.

Leonidas Grims. Le mari de Lysandra, la sœur de Cassiopée. Cassiopée, la mère de Matthew et de Simon ... Cette proximité familiale qui venait brusquement de s'instaurer ne parut pas radoucir Simon qui continua de toiser son tuteur de ses yeux sombres. Pourtant les mots semblaient lui manquait – ou alors avait-il conscience que son silence était une arme plus redoutable. En tout cas, il poussait le professeur à toujours plus se justifier :

-Si je ne vous ai rien dit, c'est qu'on m'a conseillé de ne pas le faire ... Quand vous avez été admis, j'ai reçu deux lettres : l'une du professeur Dumbledore, l'autre de Rose Bones – que je ne connaissais absolument pas, par ailleurs. Et dans les deux, j'avais une interdiction claire : vous parler de votre famille. Vos parents, vos frères, peu importait, ils ne devaient pas être évoqués ...

-Non mais je rêve, répéta Simon dans un murmure furieux.

-Simon, est-ce que tu peux vraiment leur en vouloir ?

Je lui jetai un long regard entendu et quand il le croisa, j'espérai qu'il se rappelait du pont, de ses pleurs, de l'état dans lequel la moindre mention de la vie qui avait précédée ses trois ans le mettait. Je dus y parvenir car pour la première fois depuis qu'Octavia était partie, son visage s'adoucit et la colère laissa transparaître le désarroi. D'un geste à peine esquissé, il me désigna au professeur Shelton.

-Des fois que vous vous demanderiez, c'est pour ça que lui ai demandé de rester ...

-Un plaisir, soupirai-je en m'enfonçant de nouveau dans le fauteuil.

Le professeur Shelton eut un petit sourire prudent.

-Je vois ça ... Donc ... je dois comprendre que la parole peut-être plus libre que ne le supposaient les lettres ?

Simon parut hésiter, la tête oscillant doucement de gauche à droite avant de finir par acquiescer.

-Oui, ça va mieux ... on va dire que ... je préfère la transparence, maintenant. Et c'est vrai qu'il y a quelques mois ce n'était pas le cas, ce qui explique sans doute que ... vous avez reçu ses lettres. Mais plus maintenant. Maintenant, je veux savoir.

J'eus toutes les peines du monde à retenir le sourire fier qui me montait aux lèvres devant la sereine détermination de Simon et il se pouvait même que quelques larmes fébriles me soient montées aux yeux quand Julian Shelton hocha longuement la tête, un sourire ému aux lèvres.

-Dans ce cas ... ce sera avec plaisir que je continuerais d'enseigner au frère de mon meilleur ami. Que j'ai vu pour la première fois pas plus grand qu'un gnome. (Son regard brilla étrangement et sa voix fut réduite à un filet quand il ajouta : ) Matthew disait que vous étiez un « mini-botruc » ...

Les yeux de Simon s'humidifièrent de façon automatique face à cette anecdote. Visiblement, c'était plus qu'il ne pouvait supporter – plus que ce qu'il s'était autorisé à supporter. Il cligna rapidement des cils et se leva brusquement. Il était temps de s'échapper avant que les émotions ne prennent le dessus sur lui.

-Très bien, entonna Simon d'une voix rauque. Très bien ... Ecoutez, on va y aller, je ... je vous dis à demain, professeur. Ou peut-être qu'on se verra chez Leonidas, tiens ...

Julian s'était levé en même temps que Simon et devant son trouble manifeste, avait refermé une main apaisante sur son épaule. Le contact parut le rassurer et il consentit même à regarder son tuteur dans les yeux une dernière fois.

-Ce sera avec plaisir, souffla Julian. Si cela te convient.

Le passage au tutoiement n'échappa à personne mais ne parut pas déranger Simon outre mesure. Avec un dernier hochement de tête, il se défit de la prise de son tuteur et se dirigea vers la porte. Je me levai à mon tour et, de peur de paraître impolie, je me forçai à tendre une main à Julian Shelton pour prendre congé. Il la serra de manière machinale, l'air toujours un peu sonné.

-Encore merci pour votre aide, professeur, dis-je avec un sourire. Et ... vous avez une très belle toile.

C'était sans doute la nervosité qui m'avait fait parler ainsi, mais je désignai le paysage d'étang et de nénuphar. Le professeur cligna plusieurs fois des yeux avant de se fendre d'un sourire.

-Ah ! Merci, un cadeau de mon compagnon ... l'impressionnisme est peut-être la seule forme d'art sur laquelle nous nous accordons ...

-Votre quoi ? m'étonnai-je, choquée.

-Vicky !

Simon m'attendait à la porte et me fit sèchement le geste de le rejoindre. Je bredouillai des excuses et des remerciements au professeur Shelton et me dépêchai de le rejoindre. Dès que je fus à sa hauteur, Simon agrippa mon bras et me fit sortir avec une fermeté inhabituelle. Sans pouvoir m'en empêcher, je liai cela à la dernière chose que j'avais relevé de l'entretien et décidai d'insister une fois la porte refermée derrière nous :

-Son quoi ?

-Oui, Victoria Bennett, fille de Pasteur, son compagnon.

Je retins in extremis le couinement qui monta dans ma gorge et suivis sans y songer le rythme soutenu imposé par Simon. J'avais vaguement connaissance de ces hommes qui aimaient d'autres hommes, sans en avoir rencontré aucun. Et cela changeait toute ma perception de l'entretien et de l'homme que je venais de rencontrer et qui m'avait pourtant beaucoup plu. Troublée au-delà des mots, je me mis à bégayer affreusement :

-Attends ... il ... il est ... ça et tu le sais ? Et ... ça ne te dérange pas ?

-Moins que d'apprendre que c'était le meilleur ami de mon frère.

Son pas se mit alors à ralentir au moment où la pression sur mon bras se fit presque douloureuse. La souffrance relative me remit alors les idées à l'endroit et je levai les yeux sur le visage décomposé de Simon. A présent en dehors de la pièce, il laissait le désarroi et la détresse prendre lentement le dessus sur lui. Dès que je vis les larmes emplir ses yeux, plus rien ne compta et je le forçai à s'immobiliser. Le couloir était désert, je pus donc l'enlacer sans crainte qu'il me repousse. Au contraire, il s'appuya largement sur moi et enfouit son visage dans mes cheveux. Sa respiration laborieuse se répandit dans mon cou et je fus presque certaine de sentir la caresse d'une larme sur ma peau.

-J'en ai marre ..., chuchota-t-il avec un mélange de rage et de désespoir. Je te jure, tellement marre ... chaque fois que je pense en avoir fini avec ça, ça me revient à la figure comme boomerang ...

-Simon ... tu n'en aurais jamais fini avec ça. Ça fait partie de toi. Alors ... résigne-toi et prépare-toi. Le boomerang va revenir.

Son petit rire arracha des frissons sur ma peau et tranquillisa son souffle. Rassurée, je caressai les cheveux à la base de sa nuque avant de proposer avec douceur :

-On va regarder un film ? Je pense qu'on a besoin tous les deux de se changer les idées.

-Ça dépend. On regarde enfin Rasta Rockett ?

-Seulement si c'est accompagné de chocolat.

Simon rit de nouveau – un rire tremblant, mais qui lui permit de se redresser et même de se pencher vers moi pour poser ses lèvres sur le bout de mon nez. Le geste m'arracha un sourire affreusement niais et je tordis mes lèvres pour le masquer. Nos mains se trouvèrent naturellement et cette fois, je sus que Simon n'aurait ni la force ni l'envie de me lâcher.

-Deal.

***




LA SUITE ARRIVE DE SUITE ===>
Perripuce

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Re: Ombres et Poussières [Harry Potter]

Message par Perripuce »

En plus la suite est tellement vide mdr. A vrai dire, je n'en reviens toujours pas qu'il soit un chapitre complet. Je l'ai commencé en me disant "bon allez je commence comme ça mais après j'enchaine sur autre chose ..." ... et finalement quand j'ai vérifié le nombre de mot, j'étais déjà à 5000 donc foutu pour foutu ça fait un chapitre complet de vide.

Mais de vide composé de Simon et Vic, donc ça compense.

SINON MA CHRONIQUE SPORT : Et ça va se concentrer sur Quentin Fillon Maillet QUI EST LEADER DU GENERAL MAIS OUI MAIS OUI il est dans la place pour donner du fil à retordre aux étrangers qui doivent prononcer son nom sur les podiums, parfaitement !
Et big up aux filles qui ont gagné le relai hier (Justine, je te veux tout le temps comme ça maintenant !)

MAINTENANT CHAPITRE BONNE LECTURE

PS : La citation n'a le rapport que le Simoria. Je l'aime bien. VOilà.




***


Le premier symptôme de l'amour vrai chez un jeune homme, c'est la timidité. Chez une jeune fille, c'est la hardiesse.

- Victor Hugo
***


Chapitre 34 : Entre quatre murs.

-Mais il est vraiment homosexuel ?

Je cassai nerveusement ma plaque de chocolat, troublée. Quelques jours s'étaient écoulés depuis notre entretien avec Simon, et devant l'urgence de son lien avec Matthew Bones, je n'avais pas songé à remettre ce sujet sur la table. A présent, Simon était plus à l'aise avec l'idée et était détendu pendant que nous regardions Apollo 13, je me risquai à l'évoquer de nouveau. Il était allongé sur le ventre sur mon lit, les yeux rivés sur la télé et poussa un grognement devant la question.

-Oui, Vicky, il est homosexuel. Ou bi, je n'en sais strictement rien. Mais ce que je sais, c'est qu'il vit avec un homme. Je crois même que son prénom c'est Noah.

-Mais ... Tu le sais ? Et ça ne te dérange pas ... travailler avec quelqu'un qui aime les hommes ?

Je devais l'admettre, l'idée m'était inconfortable. J'avais grandi dans un milieu religieux et plutôt traditionnaliste, grandi toute ma vie en voyant des hommes et des femmes avoir des relations et se marier. C'était tard dans l'adolescence – par Emily ? Alexandre ? Je ne savais même plus – que j'avais appris qu'un autre modèle était possible. Que les femmes pouvaient aimer les femmes et les hommes les hommes. D'ailleurs, jusque là, j'avais toujours cru le « Lesbienne » était une insulte synonyme de « pétasse ». J'avais pris la nouvelle avec un certain désappointement, d'autant qu'à cet égard, j'avais entendu autant de chose que de mauvaise sans avoir su me faire mon propre avis. Et je n'en avais pas eu l'occasion : jamais je n'avais croisé de couples homosexuels. Julian Shelton était le premier – adulte et installé de surcroit. Alors pour la première fois depuis mes quinze ans, mes sombres questionnements refaisaient surface.

Avec un gémissement, Simon plongea sa tête dans son oreiller.

-Vicky ... Qu'est-ce que ça change ? Il vit avec son compagnon et vu comment il en parle, il semble très heureux avec ... Et sérieusement, tu poserais la question si c'était une sorcière ?

Sans doute pas, admis-je, vaincue. Mais l'idée restait perturbante pour moi. Je restai profondément convaincue qu'une femme ne pouvait être qu'avec un homme et inversement. Sans doute parce que c'était le seul modèle que je ne connaissais et que j'en étais profondément imprégnée. Peut-être parce que je n'avais jamais ressenti d'intérêt pour une fille.

-Mais ... ils n'ont pas peur du SIDA ?

Car elle me venait de là aussi, les rares connaissances que j'avais sur l'homosexualité : les homosexuels avaient et transmettaient le SIDA. Pour certains, une preuve de plus s'il en fallait que c'était une pratique qui attirait la maladie, donc par essence mauvaise. L'idée arracha un rire à Simon et il roula sur le flanc pour me contempler avec un petit sourire moqueur.

-Les sorciers ne contractent pas le SIDA, je doute qu'ils s'en soucient. Arrête de torturer l'esprit et laisse-les être heureux ensemble, d'accord ?

Sa nonchalance m'exaspérait, je devais l'admettre. Aussi plissai-je les yeux alors qu'il se rallongeait confortablement et reporte son attention sur la télévision pour asséner avec acidité :

-C'était le meilleur ami de Matthew. Son meilleur ami. Et il aime les garçons.

La remarque eut l'effet que j'espérais : Simon cessa de sourire d'un air condescendant et se redressa brusquement sur ses coudes, brusquement catastrophé. Rassurée d'enfin le voir réagir, je ne songeais même pas à triompher. Simon se redressa, hagard et s'assit en tailleurs devant moi.

-Bon sang ... tu as raison. Je ne sais même pas ça.

-Quoi ? répondis-je, perplexe.

-Ce qu'aimait Matthew. Qui aimait Matthew. Il avait dix-huit ans ... et je ne sais rien de sa vie, pas même s'il aimait les filles ou les garçons.

Je papillonnai des yeux, très surprise par la tournure de la conversation et la brusque révélation de Simon. Ce fut sans doute cette stupeur qui balaya la moindre raison dans mon esprit et qui me fit dire :

-Est-ce que c'est pour arrêter de m'entendre jacasser sur l'homosexualité que tu reviens sur Matthew ?

-Pas du tout – mais si ça marche, c'est bien.

-Pff !

Je le repoussai au visage et il se laissa mollement retomber sur mon lit, un vague sourire aux lèvres, mais une main toujours passée dans ses cheveux. Son regard s'était enfin détaché de la télé pour se concentrer quelque part sur mon plafond, hagard. Touchée par son émotion apparente, je repoussai mes questionnements et effleurai les mèches de cheveux qui couvraient son front. L'ombre d'un sourire frémit sur ses lèvres.

-Ça va, ne t'inquiète pas. C'est juste ... je fais la somme de ce que j'ai vécu en dix-huit ans et je me dis que Matthew a dû en vivre, des choses ... et je ne sais rien. Je sais qu'il était roux, à Gryffondor, plutôt turbulent ... C'est peu.

-Alors demande au professeur Shelton, proposai-je en m'allongeant à côté de lui. A Leonidas et Lysandra, ils ont l'air plus ouvert pour en parler que tes parents ... en plus Julian est leur filleul, c'est ça ?

Et homosexuel, ajoutai-je à part moi en réprimant un frisson. Je me sentais stupide de faire une fixette sur cet aspect des choses alors qu'en réalité, j'avais beaucoup apprécié l'homme, sa sobre malice, son vif intellect. Mais c'était plus fort que moi. Simon parut réfléchir à l'idée. Distraitement, sa main effleura mon bras et les quelques boucles qui le couvraient.

-Celui de Leonidas, rectifia Simon, les sourcils froncés. Sacrée coïncidence quand même ...

Sa main continuait de jouer avec mes cheveux, enroulant une boucle autour de son doigt. Il finit par y jeter un regard consterné.

-Dis-donc, toi, depuis quand tu laisses pousser tes cheveux ?

-Je dois pouvoir les attacher pour les matchs.

-Oui, enfin là c'est ... très long, pour Victoria Bennett.

-Dis-donc, toi. (Je le gratifiai d'une petite pichenette sur la tempe) Depuis quand tu commentes la longueur de mes cheveux ?

-Attends, je ne t'ai jamais vu avec les cheveux si longs – et je te connais depuis dix-huit ans ! Si j'avais eu cette prise quand on était petits, j'aurais gagné plus de combat.

Je pouffai quand il tira gentiment sur une mèche pour étayer ses propos. Ce faisant, mon visage se rapprocha mécaniquement du sien et très vite je sentis son souffle balayer ma joue. Son regard, lui, tomba brusquement sur mes lèvres où s'étirait un sourire entendu. Lentement, nous nous penchâmes l'un vers l'autre. Nous n'étions qu'un un souffle lorsque qu'une voix jaillit du couloir et nous força à nous séparer précipitamment :

-Victoria !

Lorsque ma mère entra – sans même songer à frapper – nous étions allongés à plein ventre sur le lit, le regard rivé sur la télé, et j'avais même eu la présence d'esprit de récupérer ma plaque de chocolat. Elle traversa la pièce sans nous accorder un regard et tripota la radio posée sur mon bureau. De ce fait là, elle ne remarqua pas les joues rosies de Simon ni mes jambes qui battaient nerveusement le matelas.

-C'est toi qui as le CD de Genesis ? Il est à Beata, elle veut le récupérer ...

-Attends, il est là ...

Je me contorsionnai pour attraper la boite de CD sur ma table de chevet et le lançai à ma mère. Elle le récupéra adroitement et me remercia d'un sourire.

-Merci bien ! Tu restes jusque ce soir Simon ? Tu veux dîner avec nous ?

Je retins un profond soupir quand je vis les joues de Simon surchauffer au point de virer au cramoisi. Il ne prit pas la peine de regarder ma mère droit dans les yeux et bredouilla vaguement que ses parents l'attendaient chez lui, que ce n'était pas nécessaire mais « merci beaucoup Mrs. Bennett ». Sans remarquer son comportement anormal, ma mère se fendit d'un petit rire et se dirigea vers la porte.

-Mrs. Bennett ! Pitié, je t'ai connu quand tu étais dans le ventre de ta mère ... Appelle-moi Marian.

Simon cligna des yeux et considéra ma mère sous un œil nouveau. Lentement, le sang reflua de ses joues et il trouva la lucidité nécessaire pour demander :

-Attendez ... Vous parliez avec ma mère ?

Ma mère, occupée à lire les titres sur le dos de la boite de CD, se trouva brusquement paralysée. Elle leva les yeux sur Simon, puis m'interrogea discrètement du regard. Assise en tailleur au centre de mon lit, je lui adressai un sourire penaud que Simon ne put voir et elle parut y voir un encouragement. Elle resta dans l'encadrement de ma porte, la mine soudainement grave, un regard mélancolique rivé sur Simon.

-Et bien ... peu, à dire vrai. On se voyait à la sortie de l'école, quand elle venait chercher Spencer et moi Alexandre ... Et puis on est tombées enceinte en même temps.

-En même temps ? Mais Vicky a trois mois de plus que moi ...

-Alors de une, une grossesse ça dure neuf mois, la crevette, lui rappelai-je avec un sourire. Et je suis prématurée, j'étais prévue pour fin juillet.

J'effleurai machinalement ma médaille de baptême frappé à l'effigie de St-George, justement parce que j'étais un bébé chétif et que mes parents avaient espéré que le patron de l'Angleterre me donnerait de la force. Ma mère capta mon geste. C'était peut-être l'éclairage vacillant de ma chambre ou la lumière que la télévision faisait jouer sur sa peau, mais j'étais certaine qu'elle avait blêmi. Mais la seconde d'après, un sourire s'était épanoui sur ses lèvres.

-Oui, exactement. De ce fait là on a pu un peu échanger et ... Enfin bref, toujours est-il quand je te connais depuis assez longtemps pour que tu m'appelles Marian. Mon mari ce n'est pas pareil, il y tient à son titre de révérend ...

Simon essuya un petit rire qui détendit ma mère. Avec un dernier sourire, elle finit par se retirer, le CD plaqué contre son cœur et ferma la porte derrière elle. Je me rallongeai alors sur le dos avec un gros soupir.

-Pfiouh. C'était moins une.

Simon esquissa un petit sourire mais ne répondit pas. La couleur s'était définitivement résorbée sur ses joues mais son regard s'était de nouveau vidé et voilé de mélancolie. Il croisa ses bras devant lui et y calla son menton dans une position droite qui m'empêchait parfaitement de reprendre là où nous en étions avant que ma mère n'ouvre la porte. Frustrée, je m'étirai de tout mon long et observai à l'envers Tom Hanks entrer dans la fusée qui devait l'emmener sur la lune. Ce n'était pas la première fois qu'une telle situation se produisait : nous étions proches, trop proches, bien trop proches et soudainement l'un de nos parents ou un ami ou un membre de l'Ordre apparaissait. Et plus je prenais mes marques avec Simon, plus cela devenait frustrant.

J'étais en train de réfléchir à comment formuler ça quand ma porte s'ouvrit à nouveau à la volée sur ma mère. Cette fois, elle avait le panier de linge coincé sur la hanche et m'adressa un sourire crispé.

-Ah et j'oubliais ... je lâche le fauve.

-Le fauve ?

-C'est moi !

Le cri et la voix ravirent ses dernières couleurs à Simon. Avec un regard aux abois, il leva les yeux sur Alexandre qui entrait triomphalement dans ma chambre, les bras écartés comme s'il recevait les applaudissements dus à une rock-star. Ce qu'il reçut réellement fut le coussin que je lui jetai à la figure. Il le rattrapa in extremis et me toisa longuement, un sourcil dressé.

-Ma petite sœur me fournirait-t-elle des munitions ? Non mais sérieux, qu'est-ce que je t'ai appris toutes ces années, Tory ? Quand on lance un coussin ...

-... on se le reprend ... Non !

Je croisai mes bras devant mon visage alors que mon frère se précipitai sur moi pour me battre de trois coups de coussins. Le quatrième alla sur le crâne de Simon, qui pourtant s'était vivement écarté dès l'attaque d'Alexandre.

-Aïe !

-Et un pour le crapaud sauvage qui ne daigne venir visiter ma maison ! Ça fait des semaines que je t'attends pour inaugurer mes verres à shots, qu'est-ce que tu fous ?

Simon se frotta la tête, l'air à la fois penaud et énervé. Il chercha mon regard en quête de soutien mais ne trouva que mon sourire mutin. Cela faisait plusieurs semaines que je relayais la volonté de mon frère de voir Simon, et plusieurs semaines que Simon l'ignorait. Pas étonnant que le « fauve » finisse par débarquer. Alexandre n'attendit pas que je l'y invite pour s'installer confortablement dans mon lit et piquer un carré de chocolat sur la tablette.

-Bien, entonna Alexandre, la bouche pleine. Comment ça va depuis le temps ?

-Ça va, répondit laconiquement Simon.

Il n'avait pas pris la peine de se tourner vers lui et faisait mine de suivre le film. Alexandre haussa les sourcils, surpris.

-Il est mignon, il pense qu'un « ça va » va me contenter. (Il lui donna un coup de pied) Hé, ho mon crapaud, détaille un peu ! Sérieux ça fait une éternité que je t'ai pas vu – presque pire que quand vous étiez dans votre école. Qu'est-ce que ça cache ?

-Mais rien, s'agaça Simon.

Néanmoins, sa main alla couvrir sa joue qui avait commencé à rougir. Je m'efforçai de rester impassible, de ne pas tourner le regard vers l'un ou l'autre d'un air coupable, mais c'était si difficile que je dus me lever et feindre de chercher quelque chose dans mon bureau.

-Ecoute, j'ai juste eu ... énormément de boulot, en ce moment Alex alors désolé si je n'ai pas pu venir mais ...

-Enormément de boulot en regardant Philadelphia avec ma sœur ? Ah nan c'est Apollo 13. Désolé, parfois je confonds les films avec Tom Hanks ... Mais regardez Philadelphia, c'est beau. C'est l'histoire d'un avocat qui chope le SIDA et son entreprise le renvoie pour ça.

-Il était homosexuel ? grognai-je sans réfléchir.

Simon poussa un profond soupir et Alexandre me jeta un regard interloqué.

-Euh ... oui. Oui, mais ce n'est pas ça l'important je trouve dans le film. (Il plissa les yeux à mon adresse). Dis-moi, Tory, tu sais que tout le monde peut transmettre ou choper le SIDA ? Pas que les gays ? C'était ce qu'on faisait croire dans les années quatre-vingt mais on sait maintenant que ça touche tout le monde ...

Il fronça les sourcils et s'étala de tout son long sur le lit de manière à se porter à hauteur de Simon.

-D'où le fait que tout le monde doit se protéger. Dis-moi mon crapaud, tu as une boite de capotes quelque part ?

Simon s'étrangla d'indignation et son visage rouge de confusion radoucit visiblement Alexandre à son égard. Il ébouriffa joyeusement ses cheveux avec un éclat de rire.

-Je suppose que non, mais le jour où tu auras besoin de capotes, appelle tonton Alex – je suis presque sûr que ce n'est pas ton père qui va t'en fournir !

-Oh Merlin, gémit Simon en enfonçant son visage dans le matelas. Je te jure Alex, tu es la dernière personne que j'appellerais !

-Comment oses-tu mon crapaud ? Enfin bref, j'arrête de parler capotes si tu acceptes de venir chez moi visiter ma nouvelle maison. Tu as été jusqu'où déjà avec la belle Octavia ? Une aussi belle plante, même toi tu n'as pas dû être indifférent à ses charmes ...

-Alex ! glapis-je alors que les oreilles de Simon devenaient écarlates.

J'espérai que mes joues n'étaient pas devenues de la même couleur que celle de Simon, mais mon visage chauffait tant que j'en doutais. Heureusement, Alexandre se délectait tellement de sa réaction qu'il ne se soucia pas un seul instant de la mienne. J'en profitai pour m'éventer discrètement. J'avais depuis toujours cherché une réponse à cette question – mais à présent, pas comme ça, ni maintenant et encore moins en présence de mon frère. Alexandre mit sa main en cornet du côté de Simon.

-Mais qu'ouïs-je ? Tu viens bien chez moi samedi prochain, c'est cela ?

-Oui, céda Simon sans émerger. Oui, je viendrais ...

Alexandre brandit le poing en signe de triomphe. J'attendis d'avoir repris le contrôle de moi-même pour de nouveau me tourner vers eux. J'avais un rouleau de parchemin dans la main et le frappai avec.

-Allez ! Oust, toi, sors de ma chambre !

Alexandre, outré, s'en fut en martyr en déclamant que si je ne voulais pas de lui il irait trainer sa peine auprès de notre mère. Une fois la porte refermée sur les vociférations de mon frère, Simon enfouit sa tête dans un oreiller et poussa un cri de frustration à peine étouffé.

-Oh la la ...

-Tu savais à quoi tu t'exposais en l'ignorant, rappelai-je avec un brin de triomphe.

Simon releva subitement la tête, les oreilles et le cou marbré de rouge, l'air toujours un peu catastrophé par la situation. Il me jeta un regard paniqué.

-Je ne sais pas mentir, Vicky. A certain moins qu'à d'autres – et malheureusement, Alex est parmi les personnes avec qui je suis le plus transparent. « Qu'est-ce que ça cache » ... Sérieux je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir ma langue !

Je le lorgnai, à la fois amusée et gênée. J'imaginais parfaitement le nombre de réplique cinglante qui devaient se bousculer devant les lèvres de Simon et la frustration de celui-ci de ne pouvoir en laisser échapper aucune. Et de façon très paradoxale pour quelqu'un qui avait développé un talent certain pour le déni, Simon était très mauvais à l'exercice du mensonge. Il se lisait sur son visage, il finissait par se trahir parce qu'il ne savait pas se taire et de manière générale, il détestait les artifices. Et pire que tout, Simon était quelqu'un qui détestait les contraintes. C'était pour cela qu'il avait fini par nous avouer sa relation avec Octavia à l'époque : se libérer des entraves du secret.

Quand est-ce que le temps serait venu pour nous ?

-Alors ne la tient plus.

Je n'avais pas pu retenir mes mots. Des semaines s'étaient écoulées depuis que nous nous étions embrassés pour la première fois, durant cette soirée absurde de février. Des semaines depuis ce moment hors du temps dans le cellier où nous avions décidé d'avancer à notre rythme, le temps de retrouver des repères. Alors l'heure était venu d'envisager la prochaine étape, notamment depuis que Susan et Octavia étaient au courant.

Simon avait froncé les sourcils à ma réaction et dans le silence qui avait suivi, avait commencé à se masser la tempe. J'évitai de trop le fixer, car mon regard pouvait s'apparenter à une pression mais c'était difficile.

-Je dis juste que ... ta sœur le sait, ajoutai-je avec prudence. Ce serait logique que mon frère le sache.

-Sache quoi exactement Vicky ?

Avec un soupir, je me laissai tomber sur le dos, les bras en croix. Les problèmes de l'obligation de verbaliser, de mettre des mots sur des situations, des sensations, des relations. Je cherchai depuis quelques jours un terme, un mot qui engloberait tout ce que Simon et moi étions l'un pour l'autre – à savoir presque tout. Il en avait pour nous décrire ... mais ils faisaient peur. « Ame sœur » était presque celui qui avait sonné avec le plus de justesse à mes oreilles, presque autant qu'il m'avait fait grimacer. Je n'étais pas une romantique et chacune des lettres de ce terme en était teinté. Mais comment décrire autrement le lien absolu et unique qui nous unissait ?

-On peut rester vague dans un premier temps, proposai-je d'un ton résolument calme et rationnel. Dire « on est ensemble ». C'est des termes que tu peux accepter, non ? Si on prend les mots d'un point de vue littéral, ça peut un moment qu'on « est ensemble », Simon prénom-étoile-ridicule Bones.

Un vague sourire frémit sur ses lèvres mais il se frotta le visage pour le masquer et l'effacer.

-Je vois que tu y as réfléchi ...

-Il faut bien que l'un de nous deux le fasse et ce ne sera pas toi.

Je devais être un peu sèche parce que Simon darda sur moi un regard exaspéré. Je levai une main pour m'excuser et soupirai :

-Désolée, c'est juste ... Tu ne le feras pas alors ne m'en veux pas de le faire.

La bouche de Simon se tordit de manière compulsive et il s'affaissa un peu plus sont mon lit. Roulé sur le flanc, il avait même fini par trouver un coussin à presser contre son ventre – sa position d'insécurité. Je m'étais souvent imaginé le coussin comme le bouclier qui absorber à sa place les douleurs et les peines et le voir ériger ce bouclier contre moi me serra le cœur. Dans l'espoir de le rassurer, je levai une main et repoussai avec douceur une mèche qui lui barrait le front.

-Tu es prêt à en parler ou pas ?

-Je ne sais pas, avoua-t-il, incertain. Tu es sûre que ça ne te va plus le « on vit ce qu'on a à vivre » ?

-Si. Mais ça m'irait mieux si on pouvait commencer à le faire librement. Tu ne vas pas me dire que ça te plait de te cacher et de te réfréner tout le temps ?

-Ce n'est pas le plus agréable, maugréa Simon sans me regarder. Mais tu es sérieusement prête à t'infliger des réactions comme celle d'Octavia ?

-Il y a aussi eu celle de Susan. Elle n'était pas si terrible. Si on a de la chance, on aurait peut-être une Susan pour dix Octavia.

Simon essuya un vague rire qui détendit sa prise sur le coussin. Encouragée, je m'allongeai face à lui, la main toujours occupée à jouer avec les quelques mèches qui lui couvraient la tempe. Il ne me repoussa pas mais continua de fuir mon regard. Il restait un paradoxe. Parfois quand je l'embrassai, j'avais la sensation qu'il avait pris tellement d'assurance, que ses peurs l'avaient quittées ... pour qu'à présent il se recroqueville devant moi avec l'air d'un enfant. J'enroulai une mèche trop longue autour de mon doigt et poursuivit d'un ton neutre :

-Tu sais, les gens qui nous voient ne se posent pas de questions et prennent pour acquis le fait qu'on est ensemble. Regarde le professeur Shelton. Tu crois vraiment qu'il pense que notre relation est purement platonique ?

-Rôh, je sais, marmonna Simon en roulant des yeux. Dès que je t'ai demandé de rester et qu'Octavia a répondu je me suis dit « OK parfait, là on est grillé ».

-Simon ? On est grillé partout. Je m'étonne de ne pas avoir reçu de lettre d'Emily, d'ailleurs mais elle doit être occupée avec l'hôpital.

Simon poussa un nouveau grognement sonore qui cette fois m'arracha un soupir. Je cessai de jouer avec ses cheveux pour plaquer ma main contre ma joue, désespérée. J'étais d'une patience infinie, j'argumentai avec douceur et logique et pourtant je ne voyais la sortie du tunnel. Je voulais bien faire tous les efforts du monde pour aller son rythme, ne pas le brusquer, respecter sa pudeur mais j'avais espéré que les efforts soient réciproques et non unilatéraux.

-Simon, ça ne serait qu'officialiser une situation qui couve depuis un moment et qui est déjà évidente pour beaucoup. Et je ne demande pas non plus la face du monde : ne serait-ce qu'Alex je serais contente. Les parents ça peut attendre encore un peu.

Les parents, répétai-je intérieurement, mortifiée. C'était peut-être eux qui m'angoissaient le plus. Peut-être pas George et Rose qui avaient toujours largement accepté les relations de leurs enfants – celles de Caroline – et avec qui j'avais d'excellent rapports. Peut-être que je m'inquiétai moins concernant ma mère qu'avant : elle avait accepté la magie à présent et il était évident qu'elle gardait de la tendresse pour Simon. Non, le visage de l'angoisse avait celui de mon père, le bon pasteur. Il m'aimait, il adorait Simon mais sa bienveillance irait-elle jusqu'à nous accepter ensemble ? Malgré tout, le doute me tiraillait. J'avais besoin d'intermédiaire, de pré-test, de conseils. J'avais besoin d'Alexandre.

Simon resta longtemps silencieux, les lèvres pincées. Il s'écoula ce qui me parut une éternité avant qu'elles ne se dessoude pour laisser échapper dans un filet de voix :

-Vicky, je ne sais pas si tu te rends compte ... sans doute pas, mais ... Alex, c'est déjà beaucoup.

-Je sais qu'il peut être particulièrement pénible mais je peux le gérer ...

-Non. Non, ce n'est pas ... ses allusions, ses moqueries, ça je sais que tu sauras gérer – et que ce ne sera même pas sa priorité. Non, c'est juste ...

Il hésita, visiblement troublé. Il avait roulé sur le côté, le coussin toujours pressé sur le ventre, les mains tordues nouées sur lui.

-Je pense que j'ai ... pas mal déplacé sur Alex, finit-t-il par admettre du bout des lèvres. Qu'en un sens, il a servi de substitut à Matthew et Spencer, de façon inconsciente.

-Oh.

Je n'avais pas songé à cela. Je n'avais jamais réalisé qu'Alexandre avait cette importance dans l'esprit de Simon – dans son équilibre. De façon machinale, je me refis le film de mon enfance et tous ces moments où il avait cherché la présence de mon frère, son approbation, jusqu'à accepter de « garder un œil sur moi » pour lui. Simon parut lire mon incrédulité dans mon silence parce qu'il me servit un sourire penaud.

-Désolé, c'est juste ... du coup, c'est particulier, ce n'est pas juste « ton frère ». C'est pire que ça. C'est compliqué. C'est ...

-Douloureux ? Parce que tu ne pourras jamais ... le leur dire ?

De nouveau la bouche de Simon se tordit et son regard alla se perdre obstinément au plafond. S'il essayait de refouler des larmes, il les cacha bien car ses yeux s'embuèrent à peine.

-Peut-être que ça joue, oui ... Mais c'est surtout ... j'en sais rien. Je me demande si dans la foulée, je ne devrais pas tout lui dire, tu comprends ?

Je ne pus m'empêcher d'ouvrir de grands yeux éberlués à la confidence. Inutile qu'il précise ce qu'il y avait derrière ce « tout ». Sa famille, son identité, ce qu'il avait refoulé et qui continuait de lui revenir à la figure épreuve après épreuve. Je me redressai sur les coudes, sonnée.

-Attends ... tout ? Vraiment ? Tu es prêt pour ça ?

Simon haussa les épaules sans répondre. Je le contemplai, incapable de savoir si j'étais fière ou vexée par la résolution. Fière parce le fait qu'il accepte de partager ce secret avec quelqu'un était quelque chose d'inédit qui prouvait parfaitement le chemin qu'il avait parcouru depuis ce jour sur le pont. Vexée parce que j'avais conscience des épreuves que j'avais dû personnellement traverser pour arracher ce secret qui serait livré sans effort à d'autres et que je trouvais ça particulièrement injuste. Simon parut le percevoir parce qu'un sourire plus franc retroussa ses lèvres.

-Tu es jalouse ?

-Je me console en me disant que c'est grâce à moi, marmonnai-je de mauvaise grâce. Mais je retiens que tu préfères mon frère à moi, la crevette. La prochaine fois c'est lui qui gérera tes états d'âmes sur la question.

-Ah. (Il se frotta le front, l'air soucieux). A ce propos ...

-Oh non. Qu'est-ce que tu as trouvé ? L'ancienne nounou de Spencer ? Un ancien fiancé de ta mère ?

-Pff !

Il me repoussa d'une pichenette et je fis mine d'agoniser sur mon lit, heurtée. Il me contempla avec un sourire dépité – mais au moins, il me regardait.

-N'importe quoi. Je me disais juste ... je n'ai quasiment pas revu Lysandra depuis noël – on a juste échangé quelques lettres. Dans la dernière, elle me propose de venir dîner chez elle ...

-Dans la maison où elle a grandi avec ta mère, compris-je, résignée. Et tu as besoin que je te tienne la main. Et après tu veux continuer de faire croire qu'on n'est pas ensemble ...

Les joues de Simon rosirent sans passer à l'écarlate qu'elles avaient abordés aux passages de ma mère et d'Alexandre. C'était un embarras plus mesuré, plus maîtrisé et il me le prouva en effleura ma main de son index.

-Alors ... on va dire que ce sera un pré-test pour Alex.

Mon cœur fit un bond et je tournai les yeux vers lui. La plaque rose sur ses joues ne s'effaçait pas, mais il ne détourna pas le regard. J'eus alors le loisir d'y lire toute son appréhension, mais également sa détermination. Touchée, je nouai plus franchement ses doigts aux miens.

-Tu es sûr ?

-Leonidas et Lysandra, ce ne sont pas les pires. Ils n'ont aucune attente eux et ils ne nous connaissent pas depuis l'enfance, il n'y aura pas de choc. Comme tu le dis ... ça ne fera qu'officialiser ce qu'ils soupçonnent déjà. Et Alex sera le pré-test pour les parents. Oh la la ... (Il se frotta la tempe avec une grimace) Les parents ...

-Ouais, confirmai-je en hochant la tête. Les parents.

-Avec ton pasteur de père ...

-Tout juste. Tout gentil Simon prénom-étoile-ridicule Bones que tu es, tu restes une menace pour la chasteté de sa fille.

Cette fois, les joues de Simon virèrent au rouge et je sentis ses doigts se tendre dans les miens. Rassurée par la tournure de la conversation, je me permis d'éclater de rire et de me pencher sur lui pour poser un baiser sur sa tempe.

-Mais ne t'en fais pas, on a largement le temps d'aborder ça ! Mais juste pour savoir : où tu classes Emily dans tout ça ?

-Entre Lysa et Alex, évalua-t-il. Emily ...

-Hé ! J'ai essuyé la tornade, avec toi elle sera cool. De manière générale elle a toujours été plus cool avec toi, elle sait que tu n'es pas comme moi ou Cédric à ...

Mes mots finirent par buter sur mes lèvres et je finis par les pincer, troublée. Ça avait été un mécanisme tellement naturel d'évoquer Cédric quand on parlait de nous et d'Emily ... Du quatuor de Poufsouffle qui avait été si difficile à constituer et encore plus difficile à souder ... J'avais pensé avoir réussi à l'enrayer, mais visiblement des traces lointaines demeuraient. Simon serra doucement mes doigts et me gratifia d'un sourire penaud.

-Toi aussi tu penses à ce qu'il aurait dit, parfois ... ?

J'essuyai un petit rire étranglé.

-Visiblement, il avait compris avant nous alors ... il ... (Je me figeai brusquement alors qu'un souvenir affleurait à ma mémoire depuis les abysses). Oh mon Dieu, il me l'a dit.

-Quoi ?

-« Je pense que tu as été chercher Bletchley beaucoup trop loin ». Il me l'a dit. Juste avant la troisième tâche. Oh mon Dieu il me l'a dit.

Je n'en revenais pas de réaliser cela, presque deux ans plus tard, deux après que sa mort ait fait oublié ces mots et que son rire se soit fondu dans l'ombre et la poussière. Pourtant je le revoyais avec une grande netteté, assis à côté de moi sur le banc près du saule cognard. « Est-ce que tu détestes vraiment Simon ? » m'avait-il demandé à ma grande surprise. Et à ma réponse la sienne, malicieuse, énigmatique ... mais qui à présent prenait tout son sens. J'avais été chercher Miles trop loin. La personne avec qui je devais être se trouvait à mes côtés depuis toujours – et lui, lui l'avait compris, bien avant tout le monde.

Simon me considéra quelques secondes, interdit avant de me prendre de court en éclatant d'un rire qu'il se sentit obligé de réprimer d'une main.

-Mais il te l'a dit ! Mais quel enfoiré !

Le simple éclat se mua en fou rire et son hilarité finit par m'atteindre. Nous nous retrouvâmes allongés l'un à côté de l'autre à rire aux larmes sans réellement comprendre pourquoi mais je soupçonnais le mécanisme de défense pour échapper à la douleur de la perte. Quitte à pleurer, autant que ce soit de rire.

-J'en reviens pas de comprendre un an et demi après qu'il soit mort en réalité Cédric était un petit manipulateur et sournois, haleta Simon, incrédule. Mais quel immonde enfoiré ! Bon sang, il venait juste de m'engueuler et comme je ne voulais pas l'écouter il est venu te voir dans mon dos ! Heureusement que tu n'es pas vive !

Incapable d'articuler quoique ce soit, je me contentai de lui donner un vague coup sur l'épaule. Nous nous retrouvâmes si proche que son parfum me parvenait par effluve et que j'effleurai son bras en tentant de me redresser. Les côtes douloureuses, j'y renonçai et m'affalai à un souffle de Simon, un immense sourire aux lèvres. Nos regards se trouvèrent et après quelques secondes, ce fut lui qui leva une main pour écarter tendrement une mèche de mon visage. Il la garda emprisonné entre ses doigts et l'observa couler sur sa peau. Son sourire se fit incertain.

-Bon ... on a un plan, donc ? Un pré-test chez Lysandra. Puis Alex. Et en fonction d'Alex ...

-On envisage d'en parler aux parents et advienne que pourra, complétai-je en un souffle. Ça me va ... merci.

Simon sourit devant le dernier mot, presque avec fierté d'avoir ainsi su forcer sa nature et écarter sa pudeur. Il profita de ce regain d'orgueil pour incliner son visage vers moi tout en tirant sur ma mèche pour me forcer à en faire de même. Cette fois, nos lèvres se joignirent et sa main alla se loger sur ma joue. Son pouce balaya ma mâchoire en une caresse qui m'arracha un frisson mais alors qu'il me parcourait l'échine, Simon s'était écarté pour me sourire doucement.

-Tu vois que je suis capable d'y réfléchir aussi ...

Son souffle s'abattit sur mes lèvres et me donna envie de m'y pencher de nouveau. Pourtant, je me forçai à sourire avec un brin d'effronterie qui me prenait chaque fois qu'il me provoquait.

-Et quoi, tu veux une médaille ?

-Une récompense, disons.

-Et quoi donc ?

-Tu parles à Alex pendant que moi je me cache.

-Pff !

Je le contemplai quelques secondes, allongé sur son lit, un léger sourire aux lèvres, ses cheveux blonds déployés autour de son visage comme un halo d'or et de cuivre. Sans pouvoir m'en empêcher, mes doigts s'approchèrent seuls d'une mèche soyeuse et se mirent à jouer avec.

-Simon ?

-Hum ?

-C'est quelle étoile ?

La question m'avait échappé, encouragée par l'intimité de la scène et la vulnérabilité de Simon. Un sourire malicieux retroussa de nouveau ses lèvres et il lâcha sans me lâcher du regard :

-La deuxième à droite, tout droit jusqu'au matin.

Je fronçai les sourcils en reconnaissant la réplique issue de Peter Pan qui indiquait la route vers le Pays Imaginaire. Contrariée, je levai une main pour lui donner une pichenette entre les yeux. Simon fit mine d'être douloureusement heurté et poussa un long gémissement, la paume posée sur son front, la mine désespérée.

-Pourquoi ? Pourquoi tu continues de me frapper ?

Je m'élevai sur mes coudes et plaçai mon visage face au sien. Simon dressa un sourcil, l'air de me mettre au défi mais je le déçus en restant à ces quelques insupportables centimètres de ses lèvres.

-Parce que tu persistes à me cacher des choses. C'est plus drôle, Bones, allez ...

Simon me considéra longuement, le sourcil toujours levé et la commissure de ses lèvres se souleva en un sourire moqueur.

-Je suis sûr que tu trouveras ça très drôle quand tu le sauras.

-Parce que c'est pour ça que tu continues à me le cacher ? Pour que je ne me moque pas ?

J'avouai que l'idée était vexante et je matérialisai ma contrariété en un mouvement de recul. Simon éclata de rire et avant que je ne m'écarte totalement, ses mains prirent délicatement mon visage et l'inclinèrent pour que mes lèvres puissent effleurer les siennes. Malgré mon agacement, je me laissai faire et explorai lentement sa bouche dans cette posture singulière qui donnait une autre coloration au baiser. Ses doigts glissèrent jusque ma nuque et je finis par pivoter pour retrouver une position plus naturelle. Grisée par ses lèvres qui s'ouvraient sous les miennes sans la moindre hésitation, je m'aventurai à passer une main sur sa nuque et glissai mes doigts dans ses cheveux. En réponse, son bras alla se caller dans mon dos et m'attira un peu plus à lui. Emportée par mon élan, je commençai à m'appuyer sur lui et je sentis son corps pivoter lentement jusqu'à ce qu'il finisse sur le dos et moi par le surplomber. A ce moment-là, je sentis Simon hésiter, ses lèvres se figer sur les miennes. Je n'étais pourtant pas à proprement parler sur lui : appuyée sur un coude, une main glissée dans ses cheveux, notre seul autre point de jonctions était nos lèvres et nos jambes qui s'effleuraient par intermittence. Devant ses marqueurs évident d'indécision, je finis par m'écarter et par rompre la baiser malgré la chaleur qui commençait à se diffuser dans mon ventre et dans mes joues.

-Ça va ... ?

Simon cligna des yeux, visiblement hasard. Sa main s'était figée quelque part sur ma hanche, immobile si l'ont exceptait les doigts qui s'étaient mis à taper nerveusement contre mon tee-shirt.

-Ça va ... j'ai juste ... (Il déglutit et ses joues s'empourprèrent). OK, j'ai peut-être une peur un peu irrationnelle de ce qui peut se passer dans un lit ...

J'avais compris que c'était quelque chose comme ça, aussi ne fus-je pas surprise par la réponse. Jusque là, nous ne nous étions jamais retrouvées dans un état de proximité rapprochée, rien qui puisse paniquer Simon, mais il était vrai que cette position allongée dans un lit était déjà plus équivoque. De quoi réveiller de vieilles craintes chez lui. Avec douceur, je posai un nouveau mes lèvres sans les siennes, sans prendre la peine de les ouvrir. Juste un chaste baiser destiner à le rassurer.

-Oui, mais c'est moi, soufflai-je en m'écartant. Et avec moi, tu n'as à avoir peur ... je te l'ai dit, je n'attends rien. Et si jamais ça ne va pas, tu le dis. C'est tout.

Le visage toujours enflammé, Simon finit par hocher lentement la tête, son regard ancré dans le mien. Je restai quelques secondes en suspens, mon nez à quelques centimètres du sien dans l'attente d'un geste quelconque de sa part. Mon soupir de contentement se retrouva avaler par son souffle quand il attrapa finalement mon visage en coupe pour m'embrasser de nouveau. Et pour la première fois, je sentis sa langue s'infiltrer avec timidité entre ses dents, maladroitement mais la preuve de confiance était telle qu'un frisson hérissa mon échine. Lorsque la mienne goûta la sienne, je sentis son souffle se bloquer dans sa gorge et ses mains se crispèrent sur mon visage. J'eus peur d'un signe de rejet mais quand je ralentis le rythme, les lèvres de Simon se décalèrent pour effleurer ma joue puis ma mâchoire. Il écarta quelques mèches pour atteindre ma gorge et mes doigts se tordirent sur mon drap face à l'élan que cela causa dans mon ventre.

Sincèrement ? Malgré mes promesses de patience et de douceur, je me sentais à deux doigts de craquer. De prendre les choses en mains, de tenter d'aller plus loin, d'explorer la brèche que Simon venait d'ouvrir. Malheureusement, nous étions des amants clandestins dans cette maison et ma mère vint me le rappeler en frappant contre ma porte avec humeur.

-Victoria ! Tu n'avais pas entrainement à quatorze heures ?

-Merde !

Le juron contre ses lèvres fit sourire Simon et je me redressai précipitamment, le visage brûlant, une chaleur diffuse et palpitante au creux du ventre et de la gorge. Sans attendre que ma mère n'ouvre ou qu'il fasse une remarque moqueuse, je bondis hors du lit et me précipitai sur mes affaires de Quidditch. Ma mère s'était visiblement contentée de tambouriner et Simon éclata de rire, toujours allongé, lorsqu'il me vit m'attacher les cheveux en un chignon lâche au-dessus de ma tête.

-Sérieusement, je me demanderais toujours comment ça peut tenir sur sa tête !

-Je t'ai déjà dit que c'était par magie !

-La magie ça ne fait pas ça. Si tu croises Leonidas ...

-Je lui demande si on peut venir dîner, confirmai-je chaussant mes bottines. Salut !

J'attrapai mon balai, la baguette que j'avais laissée sur mon bureau et me précipitai vers la porte sans même prendre la peine d'embrasser Simon une dernière fois. A ma plus grande honte, j'avais peur de céder et de sécher l'entrainement si je goûtais de nouveau aux sensations qui m'avaient assaillies ... Je portai une main à ma gorge et je sentis mon pouls battre contre mes doigts, fort, rythmé. Je me retournai brièvement, une main sur la porte et contemplai Simon. Il était resté dans la même position allongée, si ce n'était qu'il avait croisé ses mains derrière sa nuque et qu'un sourire moqueur ourlait ses lèvres. Ses cheveux étaient ébouriffés, son visage légèrement rougi, mais il était étrangement serein pour quelqu'un qui avait avoué avoir peur de « ce qui pouvait se passer dans un lit ». Je restai quelques secondes indécises, les doigts battant nerveusement le chambranle.

-Simon ?

-Quoi ?

J'hésitai encore une seconde, avant de décider que c'était insupportable qu'il s'en sorte si bien alors que je devais quitter précipitamment la place et que mon visage soit plus rouge que le sien.

-Un jour, il faudra sérieusement qu'on discute de jusqu'où tu as été charnellement avec Octavia McLairds.

Et après avoir apprécier une demi-seconde la vision de son visage s'empourprer brutalement et se draper d'écarlate, je m'enfuis par la porte, un grand sourire aux lèvres.

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