Pensées Envolées [ Fantastique ]

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Shawneenat

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Pensées Envolées [ Fantastique ]

Message par Shawneenat »

Une petite nouvelle que j'ai écrite il y a un petit moment déjà, n'ayant pas le temps actuellement d'écrire. C'est parti d'une conversation un peu particulière, vous allez vous en rendre compte. N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires ;) Bonne lecture!

PS: Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. Articles L111-1 à L139-1 du CPI

Pensées envolées


Je suis hypersensible. Enfin, j'étais hypersensible jusqu'à ce qu'il y ait quelques temps. Laissez moi vous raconter ce qui m'est arrivé.

Je n'ai pas grand chose dans la vie. J'ai Toon, mon chien, et Mellie ma sœur qui est une droguée aux poissons. Je ne l'ai pas revu depuis trois ans maintenant. Je sais que l'on vit dans la même zone mais elle ne se donne pas la peine de prendre de mes nouvelles. Cependant c'est réciproque. Je ne veux pas faire rentrer dans ma vie tous ces éléments négatifs dont elle s'est entourée. Tout est bien assez compliqué comme ça.
Un orage se prépare. J'emballe quelques affaires dans un sac à dos, et nous partons, Toon et moi, du vieil appartement miteux dans lequel je vis. Alors la question qui vient tout de suite à l'esprit c'est pourquoi sortir de chez soit lorsqu'il va pleuvoir. Eh bien c'est parce que je suis hypersensible. Dehors, les gens pressent le pas pour rentrer chez eux. Je les croise tous en contre sens. Les personnes comme moi ne courent pas les rues. Je frôle une jeune femme en tailleur. Hop, une pensée, un nuage de plus qui va s'accumuler avec les milliards d'autres dans ce ciel noir. La femme ne supporte pas que je l'ai frôlée. Un homme bedonnant pense au hamburger qu'il va manger ce soir, un nuage de plus. Un gars en costard cravate peste contre son client qui ne l'a pas payé, un nuage supplémentaire. C'est ça être hypersensible. Tous les nuages de pensées qui émanent des gens, bien qu'ils soient privés, je suis capable de les lire. Ce n'est pas un choix de ma part, bien au contraire. Je suis assailli par ce flux continu qui résonne en moi. C'est comme si j'étais capable d'absorber la vie et la douleur de chacun. Je ferai quasiment n'importe quoi pour m'en débarrasser alors que certains, comme ma sœur, se détruisent pour avoir ne serait-ce qu'un centième de ce que je peux vivre.

Alors que la foule se hâte vers le centre de la ville, Toon et moi arrivons à l'orée de la forêt. Cela peut paraître surprenant mais c'est le seul endroit où je suis protégé. Au premier abord, les gens pensent plutôt que c'est l'endroit le plus dangereux lors d'un orage, à cause de la foudre ou je ne sais quoi. C'est peut être le cas de la majorité mais encore une fois, je ne fais pas parti de ce groupe là. La forêt, ses arbres et ses plantes constituent des filtres aux pensées. Or, lorsque l'orage s'abat sur nous, il s'agit en fait d'un déferlement de pensées, surtout des plus sombres et mauvaises (ce qui donne cette couleur noir au ciel) qui déferlent sur l'Homme et lui rappel tous ses problèmes et sa misérable condition. Enfin, surtout pour moi puisque je suis le seul a pouvoir les lire. De ce que je sais, le reste de la population, ne ressent rien en dehors d'un malaise général, duquel elle est protégée lorsqu'elle se réfugie dans un bâtiment. Si les gens normaux ressentent ça, alors vous imaginez ce que c'est pour moi ? C'est un véritable calvaire. C'est pourquoi je viens ici, dans la forêt qui me permet de ne ressentir que ce simple malaise.
Je trouve un tronc d'arbre qui me semble assez confortable et m'y adosse en m'asseyant, la tête de Toon sur mes genoux. Je sens les premières gouttes couler sur mon front. La punition des Dieux a commencée. Je pense à Mellie. Je me demande comment, elle va, où est-ce qu'elle est en ce moment, ce qu'elle fait, si elle est à l'abri. Je me demande si elle pense à moi, comme moi je pense à elle. Je pourrais partir d'ici, quitter mon travail et aller habiter dans une cabane dans les bois, là où jamais personne ne vient et où je serai à jamais protégé. Mais si je pars, je ne pourrais plus veiller sur ma sœur, si je quitte mon travail pour vivre par mes propres moyens, je ne pourrais jamais la sortir de l'impasse dans laquelle elle est. En d'autres termes, je l'abandonnerais. Et bien que parfois, cette option soit plus que tentante, je ne peux pas me le permettre. Elle n'a que moi.

Finalement, la pluie cesse enfin. Je donne une dernière caresse à Toon qui est trempé, puis nous rebroussons chemin. Sur le retour, il n'y a personne, tout le monde est encore cloîtré chez soit. Une veine pour moi. Quand j'arrive devant l'immeuble dans lequel j'habite, une silhouette est présente sur le palier. Je décide d'attendre derrière un muret qu'elle s'en aille pour pouvoir rentrer. Cependant, elle ne semble pas décidée. Adossée au mur, c'est comme si elle attendait que quelqu'un lui ouvre la porte. Elle ne parait pas vouloir bouger. Bon, je ne vais pas attendre une éternité ici. Je me dirige donc vers la porte principale, tête basse. Sans regarder cette personne pour éviter d'être le moins parasité possible, j'enfonce la clef dans la serrure. Avant d'avoir eu le temps d'ouvrir la porte, une voix s'adresse à moi :
- Alors Seb, pas trop mouillé ?
Comment cette personne connait-elle mon nom ? Je ne parle à personne qui habite ici. Je me tourne vers elle. C'est une jeune femme, grande et élancée, un jean tellement troué qu'on aurait dit un chiffon, une veste noir dont la capuche recouvre sa tête et cache à moitié son visage. Je vois cependant qu'elle a les yeux cernés mais je reconnais tout de même l'éclat qui en émane ainsi que la petite bouche boudeuse qu'elle a toujours eu.
- Mellie ? Mais qu'est ce que tu fais là ?
- Je peux entrer ?
- Euh... Oui oui biensur.
Je suis à la fois surpris et anxieux de la voir ici. Je suis partagé entre le bonheur de la revoir et le stress que me procure la raison encore inconnue de sa visite. Elle ne vient jamais si elle n'a pas besoin de moi. Mes mains tremblent et j'ouvre difficilement la porte, manque de faire tomber mes clefs. Toon, tout heureux d'être enfin de retour, s'ébroue en m'éclaboussant au passage. J'invite Mellie à rentrer et nous montons les cinq étages dans un silence très gênant. Je lui fait ensuite signe de franchir la porte de mon petit appartement.
- Vas-y, installe toi. J'en ai pour deux minutes.
Je la vois s'affaler dans mon petit canapé alors que je rentre dans la salle de bain pour mettre des vêtements secs. Je m'arrête devant le miroir. Quand nous étions petits, Mellie et moi, nous nous ressemblions comme deux gouttes d'eau. Mais plus nous grandissions plus nous nous séparions aussi bien physiquement que dans la vie que nous menions. Désormais, même si je sais que c'est ma sœur, la même depuis toujours, j'ai du mal à la reconnaître en tant que tel. Je souffle un bon coup et sors de la salle de bain.
Je sens que Mellie est heureuse, qu'elle est excitée à propos de quelque chose mais je n'arrive pas à savoir à quel propos. Quand nous étions enfants, il y avait un jeu entre nous qui consistait pour elle, à garder au maximum ce qu'elle pensait pour que moi je ne puisse pas lire en elle comme dans un livre ouvert. On dirait qu'elle n'a pas perdu la main. Je m'assieds sur une chaise en face d'elle.
- Alors, qu'est ce que je peux faire pour toi ? Mon ton est plus sec que ce que j'aurais voulu mais Mellie ne semble pas en tenir rigueur.
- J'ai une solution pour toi, me dit-elle tout excitée. Enfin non, j'ai LA solution.
- Comment ça ? Une solution à quoi ? Réponds-je septique.
- Hé ben à ton hypersensibilité idiot !
- Rooh arrête avec ça tu veux bien ? M'emporte-je agacé. Tu sais aussi bien que moi, qu'il n'y a aucune solution. Papa et Maman ont déjà tout essayé et tu le sais. Franchement, si c'est pour ça que tu es venue, tu peux repartir.
Je me lève pour aller en direction de la porte.
- Attends ! Attends ! Écoute moi s'il te plaît. Il y a un nouveau produit qui a été mis au point, c'est Sergio qui m'en a parlé. Apparemment ils l'auraient essayé qu'une fois mais les résultats sont probants. Sergio connaît un gars qui peut t'avoir un rendez vous. T'imagines, t'aurais plus besoin de te cacher !
- Arrête, on sait tous les deux que c'est pas vrai. C'est encore une de leurs expériences pour de nouvelles drogues ou je ne sais quoi, comme toutes les fois où tu m'as sorti ce même baratin. Surtout que Sergio, c'est qui ? Hein ? Ton dealer ?
- Pas cette fois, j'en suis sûre. Sergio est quelqu'un de confiance, j'te jure. Il m'a sortie plusieurs fois de situations compliquées. Qu'est ce que tu as à perdre de toute manière ? Tu y vas, tu vois, tu poses tes questions. Si t'es pas emballé, tanpis, sinon t'as le gros lot ! Aller je te laisse réfléchir.
Et comme pour avoir le dernier mot, elle ouvre la porte de l'appartement et juste avant de partir elle me dit :
- Je te laisse jusqu'à demain et je reviens te voir ici, à la même heure. Réfléchis bien !
Et c'est avec ses dernières paroles en tête que je l'entends descendre les étages, sans avoir eu l'occasion de répliquer.

Impossible de trouver le sommeil ce soir. Je cogite trop sur les paroles de Mellie. Je me demande à quoi pourraient ressembler mes émanations pensées en ce moment, je ne peux pas les voir tout comme c'est le cas des autres personnes. C'est la seule chose que j'ai en commun avec les gens normaux. Qu'est ce que cela ferait si j'étais comme tout le monde. Je pourrais aller faire les magasins pour de vrai et non pas me faire livrer, je pourrais aller sur mon lieu de travail et non pas faire ça à domicile. Mais est-ce que ce sont des choses qui me manquent réellement ? Je suis habitué à ce mode de vie depuis tellement longtemps que le changer ça serait comme réapprendre à vivre. Est ce que je suis vraiment prêt pour un tel bouleversement? Est ce que j'en ai vraiment envie ? Mais bien-sur Seb que tu en as envie, tu rêves de ça depuis que tu es gamin, pouvoir vivre une vie normale. Pour être honnête, je crois que j'ai peur qu'il existe un « remède », parce qu'au fond je suis terrifié de devoir changer, de ne plus avoir d'excuses pour me cacher ou pour être moi-même. Mais est-ce que je suis vraiment moi tel que je suis maintenant. Je suis le moi qui a été en quelques sortes forcé de se replier, mais est-ce que ce moi là, c'est celui que je suis vraiment ? De toute manière c'est encore probablement un canular alors je ne me fais pas trop d'illusions. Et comme le dit si bien Mellie, je n'ai rien à perdre à y aller. C'est donc décidé, demain j'irai voir ce qui se trame derrière ce nouveau produit.

La nuit a été compliquée. Elle a été très agitée et le réveil de ce matin a été par conséquent très difficile. De toute la journée, il m'a été impossible de travailler tellement j'étais anxieux de la visite de Mellie.
A 19 heures on sonne à la porte. Elle est là, sur le palier.
- Désolée du retard, me salut-elle restant sur le pas de la porte. On a eu un peu de mal à avoir un rendez-vous avec les gars en charge mais on a finit par s'arranger. Tu es prêt, on peut y aller ?
- C'est bon on décolle.
- Toon ne vient pas ? Me demande-t-elle lorsqu'elle me voit enfermer mon chien dans l'appartement.
Non, au vue de l'endroit où on se rend, je n'ai pas envie de prendre le risque qui lui arrive malheur.
Elle hoche la tête et nous nous mettons en route. J'ai un pincement au cœur, en le laissant tout seul alors qu'il vient toujours habituellement avec moi, peu importe où je vais. Dehors, la nuit est déjà tombée. Au bout d'une bonne heure de marche, nous arrivons dans un coin moins fréquenté et beaucoup plus sombre que je ne connais pas mais parmi lequel, Mellie me guide comme si elle y avait toujours vécu. Après tout c'est peut être le cas, peut être qu'elle vit ici depuis tout ce temps.
- Ne regarde personne dans les yeux, me chuchote-t-elle, ça risquerait d'être mal pris et crois moi, tu ne veux pas t'attirer des ennuis avec ces gens là.
Je hoche la tête en signe de compréhension. Je ne sais pas si elle se rend compte mais elle fait partie des gens dont elle me parle. De part et d'autre de la rue que nous traversons, des petites tables en bois sont alignées et tout au fond un grand cabanon dont sortent régulièrement des hommes au visage masqué pour aller servir un plat, toujours le même en apparence, aux personnes attablées. Ça y est, je sais où on est. Nous sommes dans le repaire des camés, dans son monde à elle. Et comme pour confirmer ce que je pense, un des gars sur la gauche commence à déguster son poisson, penche la tête en arrière, il est prit de frissons et fais des grognements de plaisir.
Laissez moi vous expliquer comme cela fonctionne. Tout repose sur le cycle de l'eau dont vous avez déjà probablement entendu parler. Nos pensées constituent les nuages, puis quand il y a un trop plein, il pleut, conduisant au déversement de nos états d'âmes et de nos réflexions sur la terre, ce qui n'a pas grande conséquence, mais également dans les océans où il se passe une chose assez remarquable. En effet, au lieu de se diluer dans l'eau comme on aurait pu le penser, tout est absorbé par les poissons qui deviennent alors de véritables éponges. S'ils sont pêchés et cuisinés avec une technique particulière que je ne connais pas, toutes les pensées sont préservées dans leur chaire et alors, lorsqu'ils sont dégustés, cela permet à la personne concernée d'y avoir accès. Ils peuvent ressentir toutes les émotions transportées et pour certains types de poisson, il est même possible de vivre des petites parties de la vie de la personne à qui appartient la pensée. Apparemment, cela crée une sorte d'exaltation et de bien être tellement intense qu'on y devient vite dépendant. J'ai beaucoup de mal à imaginer comment on peut aimer ça alors que moi je cherche justement à me débarrasser de ma faculté d'hypersensible.
Voilà ou nous sommes et ce que ces gens font ici. Je regarde discrètement ma sœur. L'imaginer dans le même état que ces paumés là, me fend le cœur. Je ne comprends pas comment elle a pu tomber dans ce cercle vicieux.
- Voila Sergio, me lance soudainement Mellie en me désignant un homme sortant du cabanon.
Il est grand, bedonnant, en costard cravate (ce qui jure avec le contexte), dégarni sur le haut du crane et avec un cigare au bec. Il me repousse rien qu'à le voir s'avancer dans ma direction.
- Ahh Sébastien je présume ! Me lance-t-il avec un accent italien. Mellie m'a beaucoup parlé de vous.
- Vraiment ? réplique-je rigide.
- Oui. Elle a fait des pieds et des mains pour vous avoir ce rendez-vous. Il n'est pas accordé à n'importe qui.
- Qu'est ce que tu as fait ? Demande-je discrètement à Mellie entre mes dents.
Elle me fait un signe négatif de la tête me faisant comprendre que ce n'est pas le moment d'en parler.
- Par ici je vous pris, repris Sergio en ouvrant le chemin.
En entrant dans le cabanon, je suis assez surpris par l'ambiance qui y règne. Je m'attendais à un endroit très sombre mais c'est en fait une grande pièce très lumineuse dans laquelle s'affairent trois cuisiniers qui ne se préoccupent pas de nous. Sergio nous fait passer une autre porte qui nous mène tout droit dans des escaliers qui descendent très abruptement. Je me fige sur place.
- N'ayez pas peur, ricana Sergio. Étant donné la confidentialité des données que nous possédons, vous comprenez bien que nous ne pouvons pas nous permettre que tout le monde y ait accès.
Je regarde Mellie. Elle hoche la tête. Je déglutis fortement et amorce ma descente. En bas, Sergio nous annonce que son chemin s'arrête ici et ainsi, il nous laisse dans une pièce en pierre où la pénombre règne. Plusieurs tubes à essais en verre repose sur leur support sur une table en bois contre le mur à l'opposé de là où sommes. En dehors de ça et d'une chaise au milieu de la pièce, il n'y a rien d'autre.
- Ah vous voilà, je vous attendais ! Retentis soudain une voix.
Un jeune homme se détache d'un renfoncement obscur que je n'avais pas vu. Il est menu, les cheveux bruns en bataille, des lunettes carrées. Mellie reste collée à la porte qui nous a menée jusqu'ici.
- Je suppose que vous avez des questions avant que nous passions à l'injection. Je vous écoute.
- Est ce que cela fonctionne vraiment ? Est ce que je serai réellement débarrassé de mon hypersensibilité ? Je pose la question qui me brûle les lèvres.
- Mais bien-sur ! Viens dire bonjour Thibaut !
Un adolescent d'à peine 16 ans s'avance.
- Je vous présente Thibaut. Thibaut est comme vous Sébastien. Enfin qu dis-je ! Il était comme vous. Voyez-vous, Thibaut avait une hypersensibilité tellement prononcé qu'il ne supportait même pas la présence de ses parents. C'était tellement insupportable qu'il a tenté de mettre fin à ses jours. C'est à sa sortie de l'hôpital que nous nous sommes rencontrés et qu'il a pu profité de notre traitement révolutionnaire. Et depuis, Thibaut vit comme n'importe quel adolescent, n'est-ce pas ?
- Oui Monsieur. Depuis que j'ai reçu ce traitement, je peux vivre normalement. Je peux sortir avec mes amis et avoir une vraie vie de famille. Je suis très heureux maintenant.
Il y a quelque chose d'étrange avec ce jeune homme, mais je n'arrive pas à savoir quoi. Sa voix est atone et son visage n'exprime rien. Peut être lui a t-on demandé de dire ce discours et qu'il est apeuré par notre interlocuteur.
- N'est-ce pas bouleversant un tel progrès ? N'est-ce pas là tout ce dont vous rêvez ?
- Si bien sur, mais comment savoir si cela est sans danger ? Comment puis-je être certain que vous ne me racontez pas de bobards ?
- Je ne peux pas vous prouver ce que j'avance, mais vous avez devant vous la seule et unique personne à n'avoir jamais eu recours à ce produit, n'est-ce donc pas suffisant ?
- Thibaut, à condition qu'il s'appelle réellement comme ça, peut très bien jouer un rôle.
- Mais quel esprit tordu vous avez ! Le monde n'est pas que perfidie et sournoiserie voyons. Si vous ne me faite pas confiance pouvez vous au moins croire votre sœur ? Après tout c'est elle qui a insisté pour que vous veniez, non ? Cela veut dire que vous lui faites confiance. En tout cas, elle a remué le ciel pour vous avoir cet entretien, c'est que, elle, elle y croit. Avez vous suffisamment confiance en elle pour avoir confiance en moi ?
Je serre les points. Je n'ai absolument aucune raison de croire cet homme et cette mise en scène me conforte dans mes propos. Cependant, Mellie a apparemment misé gros pour me donner cette chance. J'aimerais avoir d'avantage confiance en elle. Je pense à cette vie idéal qui m'attend, à la possibilité que j'aurais enfin de la remercier en la sortant de là, à la possibilité de pouvoir vivre une vie heureuse. Après tout je n'ai plus rien à perdre.
- D'accord. Qu'est ce que je dois faire ?
- Ma-gni-fi-que ! Asseyez-vous simplement sur cette chaise, dit-il en me montrant celle au milieu de la pièce.
Je m'exécute en lançant un regard d'approbation à Mellie, toujours collée contre la porte. Elle arbore un petit sourire. Le dénommé Thibaut à disparu et l'autre l'homme s'affaire entre les tubes à essai. Il s'approche de moi avec une solution bleue pâle qu'il met ensuite dans une seringue. Y place une aiguille. Se penche au dessus de mon bras.
- Ça ne piquera que légèrement.
Mon cœur bat plus fort. Dans quelques millimètres j'aurais la vie dont j'ai toujours rêvé. Mon cœur s'accélère de nouveau. De la sueur perle sur mon front. Je respire plus vite. Les muscles de mon bras tressaillent lorsque l'aiguille transperce ma peau. La solution est froide mais peu épaisse, ainsi je ne ressent pas grand chose. L'homme se retire.
- Voilà c'est terminé. Vous pouvez rentrer chez vous. Le produit commencera à faire effet dès lors que vous vous endormirez.
Je le remercie et c'est seulement maintenant que quelque chose de curieux me vient à l'esprit. Je ne vois pas ses pensées. Ni celles de Mellie d'ailleurs.
- Pourquoi je n'arrive pas à voir ce que vous pensez ? Questionne-je
- Ah ! Je me demandais quand est-ce que vous alliez me poser la question. Voyez vous, nous n'avons pas seulement mis au point une solution qui permette de vous guérir mais également un dispositif, encore en cours d'étude, qui capture ou scelle, nous ne savons pas encore trop comment, les pensées, les rendant inaccessibles. Cette pièce en est justement équipée.
Ses explications ne manquent pas de finir de me persuader. S'ils sont capables de faire ça alors pourquoi pas un traitement.
- Merci. Comment puis-je vous payer ?
Ne vous occupez pas de ça, votre sœur s'en est déjà chargé. Partez maintenant.
Je hoche la tête, prend Mellie par le bras et nous prenons le chemin du retour. Une fois dépassé les ruelles mal famées, je lui demande :
- Qu'est ce que tu as donné en échange ?
- Rien d'insurmontable. Ne t'en fais pas pour ça.
- Je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi.
- Arrête. Je t'ai dis que ça irait. Ne t'en fais pas pour moi.
Le reste du trajet se passe en silence. J'observe les gens et leurs pensées s'envoler, probablement les dernières que je vois. Une boule se forme dans ma gorge. Arrivés, je remercie Mellie, la prend dans mes bras.
- Prends soin de toi frérot, me jette-t-elle avant de partir.
J'ai la gorge trop serrée pour pouvoir répondre. Je rentre et Toon, qui m'attendait gentiment sur le canapé, et moi allons nous coucher .

La suite des événements, je vais vous la raconter rapidement. En me réveillant, je ne me sentais pas différent des autres matins. Comme tous les jours je suis allé promener Toon. En croisant une voisine, je n'ai rien vu de particulier, pas de pensées. J'étais enfin libéré. J'étais heureux. Enfin je croyais l'être. Mais je me suis vite rendu compte qu'en fait, je n'étais pas heureux, je n'étais pas triste non plus, je n'avais pas peur, je n'étais pas excité, je n'avais pas non plus d'espoir. En fait, je ne ressentais plus rien. Je ne suis plus rien. Je n'ai plus d'émotions, je n'ai plus d'envie. Je ne ressens plus cette complicité tellement forte que j'ai avec Toon. Je me rends compte de tout ça mais c'est comme si j'étais enfermé dans mon propre corps, comme un spectateur de ma propre vie. Je fais désormais tout comme tout le monde mais je ne suis pas heureux. Je suis vide.
Mellie a été envoyée dans un camp de pêche pour drogués. C'est ce qu'elle a donné pour m'avoir cette injection. Il semblerait que là-bas, les conditions de vie y soit médiocres, elle doit y rester pour les cinq prochaines années. Elle a sacrifié sa vie pour m'en offrir une. Au final, c'est plus elle qui m'a sauvé alors que j'avais toujours espéré que ce soit le contraire. Mais m'a-t-elle vraiment sauvé ? Elle a tout donné et moi j'ai tout perdu. Je suis une coquille vide, on m'a enlevé tout ce qui faisait de moi un être humain, une personne. Qu'est ce que je regrette. Ah mais non, je ne peux pas.
Louve1369

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Re: Pensées Envolées [ Fantastique ]

Message par Louve1369 »

J'aime beaucoup ! J'ai trouvé ce texte super bien écrit ! Il m'a beaucoup touché ! Vraiment j'adore ! Il souhaitait être débarrassé de son hypersensibilité, il a été débarrassé de sa sensibilité. J'ai trouvé ça triste et beau vraiment !
Shawneenat

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Re: Pensées Envolées [ Fantastique ]

Message par Shawneenat »

Merci beaucoup! Je suis contente que ça t'ai plut ^^
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