Chapitre 11:
Il est vachement grand ce bâtiment...
Bien évidemment, je n'ai pas réussi à tirer une seule flèche sur la cible. Caleb et Iris ont rigolé pendant dix minutes, en se moquant sans ménagement de moi. En même temps, je l'avais un peu cherché, il est vrai. Mon entraînement du jour consiste donc à reprendre la course en réalisant le gage de Caleb. Je ne peux pas dire que c'est inutile, mais j'ai horreur de ça. Plus j'avance, plus je me rends compte du poids mort que je suis devenu depuis mes blessures. Mon corps a peut-être réussi à survivre à tout ça, mais je suis devenue une vraie loque humaine.
Une fois mes tours terminés, je retourne à l'intérieur du bâtiment, complètement essoufflée et à deux doigts du malaise. Je sens, à la chaleur de mes joues, que je ressemble à une tomate bien mûre, mais je suis quand même plutôt contente d'avoir réussi à le faire. Je remarque qu'Iris est déjà partie, j'imagine qu'elle doit avoir autre chose à faire que jouer les baby-sitters toute la journée avec moi.
- Tu peux rentrer chez toi pour aujourd'hui, m'annonce Caleb. Demain, je t'apprendrai à utiliser un arc. Ici, on utilise ça plutôt que les armes à feu, c'est plus économique et contrairement aux balles, on a de quoi refaire des flèches.
- Ce n'est pas bête, effectivement. Par contre, je ne sais pas rentrer chez moi.
- Comment ça ? me demande Caleb incrédule.
- Mon guide m'a lâchement abandonné ici et je ne fais que la suivre en règle générale, avoue-je un peu honteuse. Je n'ai pas encore eu le temps de me repérer par ici...
Caleb soupire, mais finit tout de même par accepter de me raccompagner. Iris avait raison sur un point, il est peut-être très froid aux premiers abords, mais on sent qu'il n'est pas si méchant que ça au fond de lui. J'imagine que, tout comme Thomas, il essaye de gérer son deuil du mieux qu'il peut de son côté.
En traversant la zone, Caleb en profite pour nous faire faire un détour vers le bâtiment où sont fabriqués les arcs et les flèches qui sont utilisés, notamment, par les groupes d'expédition et de protection de la communauté. L'apocalypse aura au moins permis un retour aux travaux artisanaux.
- À terme, quand tu en auras besoin, c'est ici qu'il faudra venir pour récupérer du matériel, m'informe Caleb. Il y a parfois pas mal de délais, donc n'hésite pas à bien économiser ton stock et à t'y prendre à l'avance quand tu auras besoin de quelque chose.
Pendant notre route, je suis étonnée de constater le nombre de salutations que donne Caleb. J'ai même l'impression que tout le monde connaît ici, ce qui est plutôt étonnant pour quelqu'un qu'aussi froid et si peu sociable.
Une fois arrivés devant mon logement, il me laisse en m'indiquant de revenir au même endroit demain, cette fois en me débrouillant toute seule pour faire le chemin. Je ne réponds rien, mais je sais au fond de moi que les chances pour que je parvienne du premier coup au bâtiment sont vraiment très faibles, mais bon, vu son enthousiasme, je préfère me perdre que lui redemander de l'aide une seconde fois.
Les gars ne sont toujours pas rentrés de leur côté. Par soucis d'économie d'eau, je ne me lave qu'au gant de toilette cette fois. En effet, les douches sont limitées par semaine et par personne afin de permettre à tout le monde de pouvoir profiter d'un minimum de luxe. Je dois dire que je ne trouve vraiment pas cela dérangeant étant donné que pendant des mois, je n'ai même pas pu prendre une seule douche ou trouver un seul point d'eau vraiment clair pour pouvoir me laver. Alors même un lavage au gant de toilette me paraît déjà être un confort énorme.
Je profite du fait d'être toute seule, pour prendre un peu de temps pour moi. J'ai remarqué que nous avions quelques livres dans une bibliothèque située au niveau du salon. La plupart des bouquins portent sur des thèmes pratiques tels que le jardinage, le bricolage, la cuisine, etc. J'imagine qu'à cause de l'effondrement de notre système, la population survivante a dû retourner à un mode de vie plus ancien et sans connaissance, les gens ont dû tout réapprendre.
Toutes les maisons, du moins, dans cette zone, possèdent un petit jardin personnel qui permet à tout le monde de pouvoir faire pousser quelques plantations. D'après ce qu'on m'a expliqué, cela sert plus ou moins de monnaie au sein de la communauté, chacun essayant de faire pousser quelque chose de différent afin de pouvoir faire de bons échanges. Même si une grande partie de la vie ici repose sur l'entraide, on ne peut retirer ce mode de "monétisation", héritage que nous avons gardé de notre ancienne société.
Marc a déjà pris possession du jardin ici. Thomas n'y connaît pas grand-chose et n'a pas vraiment l'envie de s'y impliquer non plus. J'ai l'impression que pour Marc, c'est un peu un retour à la vie "normale" le fait de pouvoir faire son jardin. Tous les soirs, sans exception, on le voit arroser ses plantes et s'occuper de la terre. J'imagine que ce petit moment seul lui permet de se vider la tête.
Malgré la sécurité que nous apporte la communauté, il est parfois compliqué d'oublier tout ce que nous avons vécu avant d'arriver ici. Pire, ce mode de vie nous rappelle parfois encore plus à quel point nous avons perdu. Typiquement, je mentirais si je disais que voir des familles traverser les rues, tout sourire, ne me rend pas jalouse. Ma famille à moi n'a pas eu la chance de survivre et d'arriver jusqu'ici. Même Snow n'est pas arrivé jusque là.
Je ne sais pas du tout si un tel lieu aurait été pour l'animal sauvage qu'il était, mais j'avoue que, peut-être un peu égoïstement de ma part, j'aurais quand même aimé qu'il puisse vivre ici avec nous. Il aurait eu tout l'espace pour s'amuser sans aucun danger, il aurait pu participer aux sorties à l'extérieur voire même peut-être à la défense par moment. Mais au lieu de ça, je l'ai abandonné. Je n'ai pas su prendre soin de lui jusqu'au bout. Je m'en veux tellement de l'avoir perdu si près du but.
Si seulement je n'étais pas si faible...
Ce soir, comme à notre habitude, je passe du temps avec Thomas qui n'a toujours pas vraiment l'air dans son assiette. J'essaye de le faire rire un peu en lui racontant mes "exploits" au tir à l'arc et ma rencontre avec Caleb. Je découvre alors que les deux garçons se sont déjà rencontrés aussi. Thomas m'explique qu'il a également dû faire des entraînements à son arrivée et que les deux se sont très vite bien entendus.
Je ne suis pas vraiment étonnée de l'information, Thomas vient de perdre sa petite sœur quand Caleb vient de perdre son frère jumeau. J'imagine que les deux se comprennent mieux que personne actuellement, même si beaucoup de personnes ici ont perdu, au moins, un être cher aussi. J'apprends également que pendant ma convalescence, Thomas allait, parfois, passer ses soirées avec Iris et Caleb. C'est notamment avec eux qu'il a pu apprendre pas mal de choses sur la vie dans la communauté.
Je suis contente d'apprendre qu'il réussit malgré tout à s'intégrer ici. J'avais peur de les avoir forcés, Marc et lui, à me suivre ici, sans que cela ne leur plaise vraiment. Après tout, il y a beaucoup de règles à respecter ici et après avoir passé des mois dans un monde sans plus aucune loi, cela pourrait en déranger certains de devoir réapprendre à vivre en société et de se soumettre à un nouveau système de vie en communauté.
- On avait pris l'habitude de se retrouver à la radio d'Iris, m'explique-t-il. Là-bas, elle nous faisait écouter de la musique pendant des heures. Je te jure que la première que tu redécouvres de la musique, ça fait quelque chose.
- Iris a une radio ? m'étonne-je.
- Mais oui ! C'est son travail ici. C'est un peu la tour de contrôle de la communauté. C'est là-bas qu'elle a pu prendre contact avec toi quand nous étions à l'extérieur.
C'est vrai qu'elle et moi n'avons jamais pris le temps de reparler de tout ça. Il serait peut-être temps pour moi d'aller à la fouille aux renseignements concernant tout ça, j'ai tellement de questions à lui poser.
Nous passons le reste de la soirée à parler de tout et de rien. J'ai l'impression qu'il va de mieux en mieux, tout en restant toujours un peu plus triste qu'à son habitude, mais je suis déjà rassurée de le voir rigoler avec moi.
*
L'entraînement de Caleb est un vrai calvaire. Il est horriblement dur et maniaque sur tout ce que je fais. Nous avons commencé l'initiation au tir à l'arc, mais il attend déjà de moi que je sois à la hauteur de Guillaume Tell alors qu'il y a encore quelques jours, je n'avais jamais touché à un arc de ma vie.
Il me fait aussi beaucoup travailler mon cardio. Il est vrai que dehors, avoir une bonne endurance, peut clairement faire la différence, mais est-ce vraiment utile de devoir courir un semi-marathon tous les jours ? Si on me demande, c'est clairement un non pour ma part, mais bon, Caleb ne prend jamais mes remarques en considération. Il s'amuse trop de me voir souffrir pour accepter de baisser le niveau de son entraînement.
- Clarisse, baisse ton épaule ! proteste-t-il en me donnant une tape sur l'épaule en question. Imagine que c'est un infecté devant toi, si tu loupes cette flèche, tu meurs.
- Oui, enfin, dehors, j'utilise des armes à feu, moi, bougonne-je en tentant de corriger ma posture au mieux malgré les tremblements de mes bras. C'est clairement beaucoup plus efficace que votre bois.
- Une flèche ou une balle, du moment qu'elle arrive au bon endroit, ça ne fait aucune différence, gamine.
Je lui lance mon regard le plus menaçant. Je me fais déjà traiter de gamine à longueur de journée par Marc, il ne va pas s'y mettre lui aussi ! Et contrairement à Marc, je le porte beaucoup moins en affection, alors clairement, il peut garder ses remarques pour lui, c'est déjà assez dur comme ça de supporter ses entraînements.
Caleb lâche un petit rire moqueur tout en m'indiquant de me focaliser sur ma cible plutôt que de faire ma, je cite, "boudeuse".
Je le déteste.
- Dépêche-toi, m'exhorte-t-il. Quand tu maîtriseras ça, on pourra passer à des cibles en milieu naturel, ça sera plus marrant.
C'est-à-dire ?
*
Soit disant pour rendre les entraînements plus "concrets", Caleb a décidé de nous emmener directement dehors après quelques semaines à s'entraîner en salle. Je ne sais pas comment c'est possible, mais Marcus a validé l'idée en disant que cela pourrait me permettre de "reprendre du poil de la bête". Ils sont tous malades.
Nous voilà donc, dehors, dans un bosquet, en train de chercher quelques rôdeurs que les équipes d'expédition n'auraient pas eus sur leur chemin. J'avoue qu'après le confort et la sécurité des murs de la communauté, le fait de remettre un pied dehors ne me rassure pas du tout. Je sens un stress démesuré en moi alors même que j'ai passé des mois à errer dans ce milieu hostile. Peut-être est-ce le fait de ne pas avoir Snow pour me servir de radar à contaminés ou peut-être juste le fait qu'on s'habitue beaucoup plus au confort de la protection qu'on ne s'habitue à l'horreur de ce monde. Qui sait ?
- Je sais ce que tu ressens en ce moment, tente Caleb. Mais c'est aussi pour ton bien, Clarisse.
- Je t'assure que rester sur le terrain d'entraînement, c'était beaucoup mieux pour mon "bien", comme tu dis.
- Et que feras-tu si un jour la communauté tombe ? Si du jour au lendemain, tu perds tout le confort de chez nous ?
- Il ne faut pas être aussi pessimiste...
- Je dis ça pour toi, ne t'y habitue pas... Du moins pas tant que des morts-vivants marcheront parmi nous dans l'espoir de nous dévorer.
Super l'ambiance.
Depuis le début de mon entraînement, j'ai découvert, qu'au-delà d'être de mauvaise humeur absolument tous les jours sans exception, Caleb est aussi quelqu'un d'intéressant, parfois. Il est souvent très réfléchi et surtout de bons conseils, même si cela a, souvent, le don de m'énerver. Il est quand même vachement chiant à avoir tout le temps raison.
Caleb me fait signe de ne pas bouger et tend l'oreille. Les grognements habituels d'un infecté se font entendre quelques mètres devant nous. Nous nous mettons discrètement à couvert derrière des buissons.
- Fais tout comme à l'entraînement, comme avec une arme à feu, tu vises la tête, tu respires bien, et tout se passera bien, chuchote-t-il près de mon oreille pour ne pas attirer l'infecté. Je suis là si jamais il se passe quoi que ce soit.
Malgré le stress, je respire profondément et bande mon arc. Cachée par les buissons, l'infecté ne me détecte pas. Je me concentre sur ma cible, mes épaules sont basses, ma corde est collée à mon nez, mes lèvres et mon menton, mon coude est correctement positionné. J'expire tout l'air de mes poumons et lâche ma corde en pensant bien à suivre le mouvement jusqu'à ma nuque.
L'infecté se prend ma flèche en pleine tête et s'écroule, définitivement mort, cette fois. Au moment où je me retourne vers Caleb pour sauter de joie, je tombe nez à nez avec un infecté qui se fait exploser le crâne sous mes yeux.
Je recule apeurée, je ne l'ai pas du tout entendu venir. Caleb retire son poignard de la cervelle de l'infecté et l'essuie sur sa manche.
- Désolé, je ne voulais pas te déstabiliser, m'annonce-t-il comme si tout était normal et que je ne venais pas de faire un tête-à-tête avec un cannibale. D'ailleurs, quel tir ! C'était parfait ! Par contre, la prochaine fois, évite de te couper du reste du monde, ça t'évitera ce genre de surprise.
Le dur retour à la réalité...
*
Chaque week-end à la communauté, nous avons le droit à du temps libre où chacun vogue à ses occupations personnelles. Tous les week-ends depuis notre arrivée, sans exception, Marc s'isole dans le jardin de notre maison avec l'idée de faire un jardin immense. Son but est uniquement d'avoir assez de légumes pour ne pas être dépendant de la communauté. Après tout, on n'est jamais assez prudent, non ?
D'habitude, de mon côté, je passe mon temps avec Thomas, Iris ou, plus récemment, Caleb. Mais, à cause de nos activités quotidiennes, je ne prends plus le temps d'échanger avec Marc et je sens qu'il est très isolé ici malgré le nombre de personnes qui vivent derrière ces murs.
La saison est encore très chaude, alors je profite de cette excuse pour apporter un verre d'eau à Marc et tenter de rester un peu avec lui, voire même de l'aider dans sa tâche. Il finit son verre cul-sec, me remercie, essuie son front couvert de sueur, puis se remet au travail.
Va falloir se montrer plus coriace, ma grande.
Innocemment, je tente de lancer la conversation avec lui.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- J'ai réussi à dénicher des plants de tomates, je vais les accrocher aux tiges en métal qui sont par terre pour qu'ils puissent pousser autour sans tomber, m'explique-t-il.
Ne sachant pas bien quoi dire de plus, je décide de prendre les tiges et de l'aider à les planter une fois qu'il a fini de mettre un plant en terre. Nous avançons ainsi, sans vraiment parler, pendant des heures. Je l'aide aux différentes tâches, souvent les plus simples comme arroser, récolter, arracher les mauvaises herbes. Puis Marc finit, enfin, par parler.
- Avant tout ça, j'avais une petite fille, commença-t-il. Elle adorait les fraises, elle venait tout le temps jardiner avec moi pour prendre soin de nos fraisiers, elle voulait être sûre qu'il y en aurait au moins une à pousser.
Je n'ose pas l'interrompre, je vois bien qu'il a l'air touché par ce qu'il est en train de me raconter. Je ne savais pas du tout qu'il avait eu un enfant un jour. J'imagine qu'elle n'a pas dû survivre à tout cet enfer... J'espère pour elle, qu'elle n'a pas souffert, qu'elle a pu quitter ce monde tout en gardant son innocence.
- À chaque fois qu'on allait jardiner dehors, elle allumait la radio et elle mettait toujours la même chanson, en boucle, reprend-il. À force, elle la connaissait par cœur, elle chantait la chanson à tue-tête en utilisant n'importe quel outil comme micro, elle ne s'en lassait jamais. Elle était si rayonnante...
- Quelle chanson ? demande-je en sentant mon cœur se serrer en entendant la voix de Marc dérayer sur sa dernière phrase.
-
Your are the sunshine of my life...
Ne voulant pas gâcher ce moment, je n'ose pas lui dire que je ne sais pas du tout de quelle chanson il veut parler. Mais, sous mon regard interrogateur, Marc pousse un soupir de désespoir tout en levant les yeux au ciel.
- Stevie Wonder, tu ne connais pas ? me demande-t-il exaspéré. C'était l'artiste préféré de ma femme. Quand ma fille l'a appris, elle s'est mise en tête de connaître toute la discographie de l'artiste. Et puis un jour, elle est tombée sur cette chanson... Elle n'a plus jamais voulu écouter quelque chose d'autre.
- Elle était proche de sa mère ?
- Elle ne l'a jamais connu, Alya n'a pas survécu à l'accouchement. Quelques heures après avoir mis Maya au monde, elle nous a quitté, précise-t-il. Alya a tout juste eu le temps de choisir le prénom de notre fille, les deux premières lettres de mon prénom et les deux dernières lettres du sien, elle disait que comme ça, même si... Que Maya aurait toujours une partie de nous en elle, quoi qu'il arrive...
J'aperçois une larme couler sur le visage de Marc et tomber sur sa main, posée sur le manche de sa pelle. De mon côté, j'essaye de contenir mon émotion, je ne voudrais pas paraître plus touchée que lui alors que je ne les connaissais même pas.
- Elles me manquent tellement...
Cette fois, il se met à pleurer. Je m'approche timidement de lui, ne sachant pas vraiment comment il va réagir. Je pose ma main sur son épaule, tentant du mieux que je peux de lui montrer mon soutien. Je sens, à mon tour, les larmes me monter aux yeux.
Marc se tourne vers moi et me prend dans ses bras. Pendant un bref instant, j'ai l'impression d'être dans les bras de mon père. Je comprends maintenant mieux pourquoi j'ai l'impression de voir une figure paternelle en lui, il a lui-même été père avant et à lui aussi perdu sa famille. Peut-être, qu'au fond, lui aussi à l'impression de voir sa fille en moi.
Lorsque nous nous séparons, je le sens un peu plus apaisé. Avec n'importe qui d'autre, j'aurais sûrement trouvé cette étreinte gênante, mais avec lui, c'est différent. Tout comme j'aurais pu faire un câlin à l'un de mes parents à l'époque, c'est totalement ce genre de sentiment que je ressens avec lui.
- Je suis désolé, finit-il par dire en s'essuyant les yeux du dos de la main. Je ne sais pas comment expliquer ça, mais tu me rappelles beaucoup Maya, d'une certaine façon. Le plus flagrant, ce sont vos yeux... Vous avez exactement les mêmes yeux, d'un vert émeraude tellement profond... Je ne peux m'empêcher de la voir à travers toi.
Il finit par lâcher un petit rire tout en rougissant.
- Tu dois me trouver pathétique...
- Pas du tout, rétorque-je. On a tous perdu beaucoup de personnes qu'on aimait depuis le début de cet enfer, finalement, on est tous dans la même galère.
- Merci, gamine, dit-elle en posant une main affectueuse sur ma tête.
Je ne dis rien pour ne pas casser l'ambiance, mais il faudra que je prenne le temps de lui dire que je suis, quand même, un peu trop vieille maintenant pour ce genre de geste. Cela me fait tout de même rire un peu.
Nous nous remettons au travail, après tout, le jardin ne va pas s'entretenir tout seul. Pendant toute la fin de notre journée, Marc fredonne leur fameuse chanson et en écoutant les paroles, je comprends pourquoi Maya adorait cette chanson.
-
You are the sunshine of my life... That's why I'll always stay around... You are the apple of my eye... Forever you'll stay in my heart...
*
Ce soir, comme souvent maintenant depuis quelque temps, Thomas, Iris, Caleb et moi, nous nous retrouvons pour passer la soirée à jouer à des jeux de société ensemble. Après m'être lavée et changée, on transpire beaucoup plus qu'on ne pourrait le croire en jardinant, je rejoins Thomas pour partir en direction de la maison d'Iris.
Sur le trajet, je lui parle de mon après-midi avec Marc, des révélations qu'il m'a faites sur sa famille et je lui parle également de la fameuse chanson qu'il chantait tout le temps avec sa fille et à quel point il avait l'air ému. C'est alors que Thomas m'attrape par le poignet et se met à courir.
- J'ai une idée !
Chapitre 12