Je suis assez partagée avec ce livre et j'espère que ce commentaire ne sera donc pas trop décousu.
J'ai adoré la première moitié. J'aime ce rythme lent, cette ambiance automnale soigneusement dépeinte, ce manoir qui tombe à l'abandon malgré tous les efforts de Margaret, la petite bourgade de village isolée où tout le monde se connaît pour le meilleur ou le pire... J'ai aussi beaucoup aimé les personnages : on prend le temps de les connaître, de voir leurs façons de percevoir le monde et d'y réagir si différentes pour l'un.e et l'autre, on comprend les événements qui les ont forgés. A ce sujet, j'ai apprécié que le thème de la discrimination soit aussi présent et de voir aussi clairement ses retombées sur nos personnages principaux.
Mais, si j'ai apprécié la façon dont le trauma est exploré, j'ai toujours un peu de mal quand des noms fictifs sont inventés pour parler de peuples et cultures réelles (ici on retrouve les Juifs et les Irlandais catholiques souffrant de la discrimination de la part des protestants), d'autant plus quand on retrouve en parallèle des coutumes et mots ramenant à des choses réelles, historiques ou religieuses (ex : polgrom, davar, ...). Néanmoins, ce n'est pas un point très sérieux, je n'ai pas assez connaissance de comment ses aspects sont envisagées par les cultures dépeintes pour ressentir autre chose qu'un petit malaise tout subjectif et auto-centré. Bref. Ce que je trouve dommage, notamment via le personnage de Margaret et parce que j'ai lu un autre livre de l'autrice avec un problème similaire,
c'est qu'il n'y a pas de lien possible avec cette culture. Son père est son seul lien à ses origines de ce côté là et il est absent. Parti. Même quand elle apprend qu'il n'a pas choisi de l'abandonner, il n'y a aucune mention faire d'une envie de le retrouver ou quoi que ce soit. C'est un isolement qui m'aurait moins interrogé si je ne l'avais pas aussi retrouvé dans A l'ombre des eaux troubles.
J'ai eu plus de mal avec la deuxième moitié du livre. Déjà, le rythme a changé : l'ambiance était moins travaillée pour laisser plus de place à la romance. Certains passages étaient redondants, notamment quand il est question des yeux de la protagoniste, de sa force, etc. D'ailleurs, des phrases en sont venues à perdre de leur impact car elles ont été répétées, je pense notamment au moment où
Weston compare Margaret à une aos sì pour la deuxième fois, avec révérence et dévotion, puis encore une troisième fois où ça dilue un peu le sentiment du coup.
Et s'il y a quelque chose qui me dérange toujours un peu dans les romance, notamment dans le côté romantasy, c'est toutes les excuses qu'on trouve aux personnages féminins. Margaret a souffert, Margaret est dure, renfermée, terrifiée et garde cette pensée magique qu'en faisant bien les choses elle peut tout arranger, ce qui fait qu'elle n'a aucune patience pour celleux autour d'elle qui sont moins irréprochables qu'elle. Tout ça c'est ok, ça la rend complexe, intéressante et attachante. Par contre,
qu'on ne revienne jamais sur le fait qu'elle pointe à plusieurs reprises le canon de son fusil directement sur Weston dans une tentative de se protéger de ses sentiments à elle (traumatisme qui remonte, peur d'être abandonnée donc peur de faire confiance) je trouve ça plus que bof bof, surtout qu'à la place de Weston ça me ferait plus flipper que tomber amoureux. Et que lui se doit d'être plus ou moins parfait ou sinon c'est vécu comme une trahison par Margaret.
Autre reproche sur cette deuxième moitié, on y retrouve peu des personnages secondaires de la première moitié que j'avais beaucoup apprécié, notamment Halanan qui était mon petit coup de coeur du début de lecture. Et, bien sur, le fait que le synopsis nous induit en erreur en vendant un élément comme central au récit alors qu'il n'occupe finalement que peu de place. Ça nous laisse un peu sur notre faim.
Je me relis et je constate que je suis vraiment assez dure sur ce commentaire, mais je trouve qu'il y avait beaucoup d'occasions et d'opportunités manquées sur des prémices que j'avais pourtant adoré. Je retenterai le coup avec Allison Saft une troisième fois, mais, si je me retrouve encore avec ce sentiment de très bonnes idées mal réalisées, je pense que ce sera la dernière fois pour moi.