La Voie des Ikrans [Avatar Frontiers of Pandora/ Avatar]

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Mayossa

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La Voie des Ikrans [Avatar Frontiers of Pandora/ Avatar]

Message par Mayossa »

Bonjour à tous, voici la première fanfiction que je poste. Elle est encore en cours d'écriture donc les chapitres seront postés au fur et à mesure. N'hésitez pas à laisser un petit commentaire pour donner votre avis si le cœur vous en dit.
Tous les droits sont réservés à James Cameron, créateur de l'univers Avatar. Tamtey est un personnage créé par Ubisoft. Tous les personnages originaux de cette histoire sont ma propriété exclusive. Leur utilisation dans d'autres créations est autorisée sous réserve de citer mon nom et de ne pas changer leur caractéristiques. (nom, physique, personnalité, origine).

Bonne Lecture!

Résumé : Tamtey, les Sarentus et les clans ont chassé la RDA de la frontière occidentale, mais alors qu'ils célèbrent la paix enfin retrouvée, un message venant des Omaticayas va les pousser à traverser tout Pandora pour retourner se battre. Au milieu de ces bouleversements, la relation entre Tamtey et So'lek changent alors que chacun tentent de se reconstruire au milieu de la guerre.


La Voie des Ikrans

Image

Prologue


Les batailles nous avaient laissé peu de temps pour les constatations. Alors que nous fêtions la destruction de la RDA dans les montagnes au cœur du camp des Kame’tires Ke’awa, je me rendais compte de tout le chemin que nous avions parcouru.

Depuis que nous étions sortis de ces capsules de cryogénisation, tout s’était si vite enchaîné. Les rencontres, les révélations, les batailles. Nous n’étions plus les mêmes aujourd’hui. Je jetai un coup d’œil à Ri’nela en grande conversation avec Atufi. Elle était devenue tsahìk pour le bien de notre clan, mais aussi parce qu’elle avait besoin de trouver sa place dans tout ça. Teylan se cherchait encore, comme tous les sarentus, il se demandait où commençait la part Na’vi et où s'arrêtait la part humaine qui se battaient en lui. Nor n’était plus là pour se confier à nous, mais nous espérions tous qu’il reviendrait bientôt, que nous serions à même de le retrouver. Quant à Rasi, elle pourrait bientôt combler les trous qui composaient notre histoire, nous rapprochant un peu plus de nos ancêtres.

Accroupie sur une roche près de l’entrée de la grotte, je regardais les festivités battre leur plein. J’avais pris mes distances après les premières célébrations. J’avais besoin de réfléchir après la bataille qui avait eu lieu aujourd’hui. Chacun des Sarentus ici cherchait sa place, certains allaient plus vite que d’autres, mais tous se donnaient du mal pour faire revivre ce qui nous avait été volé. Qui étais-je dans tout cela ? Je pensais à Aha’ri. Elle aurait remué ciel et terre pour voir le clan retrouver sa splendeur d’antan. Était-elle fière de nous ? De moi… ? Toutes ses années à la TAP, elle les avait vécues dans la colère, dans l’idée de la vengeance, du retour à la liberté. Elle avait été rebelle, trop peut-être, mais elle avait animé la flamme des na’vis qui sommeillait en nous. Serions-nous ici sans elle ? Elle aurait été une formidable cheffe pour notre clan si elle avait été là. Peut-être un peu trop téméraire, mais Ri’nela aurait réussi à la temporiser.

Une main ferme vint se poser sur mon épaule, interrompant le cours de mes pensées. So’lek s’accroupit près de moi, le regard fixé sur les festivités qui battaient leur plein devant nous.

— Je te trouve bien morose pour une héroïne de guerre.

— Je ne suis pas une héroïne.

Je sentis ses yeux se poser sur moi.

— Je ne suis pas d’accord.

Je me tournai pour croiser son regard. So’lek était devenu un Sarentu aujourd’hui. Quelle était sa place au sein de notre clan ? Se sentait-il un membre à part entière ou avait-il l’impression de trahir les Trr’ongs ? J’avais pu apprendre une partie de son histoire durant ces derniers mois, mais j’avais encore du mal à mesurer l'étendue de son passé et à quel point il pesait sur sa vie actuelle.

— En quoi suis-je plus héroïque que n’importe quel na’vi présent ce soir ?

Il me regarda intensément et garda le silence quelques instants avant de me répondre.

— Tous se sont battus avec vaillance, aujourd’hui. Chacun a bataillé pour ses propres rêves, ses propres espoirs, ses propres convictions, mais toi tu t’es battue pour vaincre l’oppression de ton passé. Pour enfin, pouvoir regarder cette part de toi en face, cette part de toi qui s’est construite à la TAP, parmi les humains. N’as-tu pas conscience de tous les risques que tu as pris pour que nous arrivions là où nous en sommes aujourd’hui ? En un sens, c’est toi la flamme qui a porté le cœur de tous les na’vis de la frontière occidentale à se libérer du joug de la RDA.

— Tu te bats contre eux depuis plus longtemps que moi, So’lek. Dis-je en détournant les yeux.

— C’est vrai, mais mes objectifs sont égoïstes, ils ne sont animés que par la vengeance. Vous m’avez montré un autre chemin. Tu m’as montré un autre chemin… Malgré tout ce que tu as perdu, tu as su rester altruiste et penser au bien-être de tous. Tu as aidé chaque clan à retrouver ce qu’il avait perdu et aujourd’hui tous t’admirent pour ce que tu es. Une guerrière d’exception.

Une émotion lourde s’installa au fond de ma poitrine en écoutant So’lek. Je fixai mes yeux sur le combattant, les yeux brillants de larmes à peine retenues.

— Alors pourquoi ai-je l’impression de ne toujours pas savoir qui je suis ?

Le sourire compatissant qu’il me rendit me perça le cœur. Après tant de larmes versées face à l’horreur, comment pouvais-je être encore émue pour si peu de chose ? J’essuyai mes yeux avec véhémence en détournant la tête, mais So’lek me rattrapa le menton pour fixer son regard dans le mien.

— Eywa te voit, Tamtey. Elle donne ses combats les plus durs à ses combattants les plus valeureux.

Il me lâcha, mais la lueur dans ses yeux ne laissa aucune place au doute quant à la confiance qu’il plaçait en ses paroles. Un courant électrique passa le long de ma colonne, semblant revitaliser mes membres. Je lui rendis son air déterminé en hochant la tête. Ce soir n’était pas l’heure pour ces remises en question. Je devais faire confiance à Eywa pour me montrer le chemin.

So’lek dut voir mon visage s’éclairer, car il se leva et me tendit une main accueillante.

— Ce soir, le temps n’est plus aux préoccupations. Allons fêter nos victoires comme il se doit.

Hochant la tête, je saisis sa main pour qu’il me tire au cœur du groupe.
Mayossa

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Re: La Voie des Ikrans [Avatar Frontiers of Pandora/ Avatar]

Message par Mayossa »

Chapitre 1
Guider les Sarentus


Le réveil avait été plus dur que d’habitude après la célébration d’hier soir, mais j’avais absolument voulu voir le lever du soleil sur les montagnes. Malgré le départ de la plupart des troupes de la RDA de la frontière occidentale, des problèmes restés en suspens devaient encore être résolus. Il avait été décidé par les Kame’tires Ke’awa que leur retour dans la forêt embrumée serait laissé à l’appréciation de chacun. Atufi et Tsu’lo s’étaient engagés sur ce point. Ce matin lancerait le retour des premiers Kame’tires Ke’awa sur leur terre natale, accompagnés de la tsahìk qui devait retrouver son clan dès que possible. Ri’nela avait décidé de les accompagner pour continuer ses enseignements auprès de la cheffe. Quant à Rasi, elle était retournée avant le lever du soleil sur les lieux qui connurent la destruction du clan Sarentu au cœur de la forêt embrumée, pour s’y recueillir. Teylan voulait absolument retourner au QG de la résistance et So’lek souhaitait s’y rendre aussi. J’avais donc décidé de les suivre pour faire mes derniers rapports à Priya, en particulier sur les batailles et les destructions qui avaient eu lieu dans les montagnes.

Pourtant ce matin, mon cœur voulait s’attarder sur la beauté du paysage environnant. Accompagnée de Nimun, mon ikran, je survolais les canyons avec appréciation. Nous passâmes au-dessus d’une ancienne station de forage que j’avais détruite quelques semaines plus tôt. Pandora reprenait déjà possession des lieux, ce qui me réchauffa le cœur. Je survolais encore quelque temps le territoire que nous avions passé les derniers mois à reprendre avant de me diriger vers le camp de nos hôtes.




En arrivant dans la grotte, les préparatifs du départ étaient déjà bien avancés. Teylan me fit un signe de la main lorsqu’il m’aperçut et je me dirigeai vers lui. Il était en train de rassembler du matériel scientifique dans un sac et ce qui semblait être des pièces détachées.

— Où as-tu trouvé tout ça ?

Il ne leva pas le nez de son sac lorsqu’il me répondit, mais l’excitation perçait dans sa voix.

— J’avais repéré des épaves d’hélicoptères pas loin du camp. J’en ai profité pour récupérer du matériel de communication et du matériel GPS encore en bon état.

Il regardait chacune de ses pièces minutieusement avant de les mettre dans son sac. Je le laissai à ses préparatifs pour rejoindre Ri’nela qui parlait avec Tsu’lo au milieu de la grotte. Lorsqu’elle me vit arriver, elle se tourna vers moi en souriant, Tsu’lo fit de même.

— Ah jeune Sarentu. Tu viens nous dire au revoir ? J’espère te revoir bientôt voler parmi les Kame’tires Ke’awa.

— Je l’espère aussi Tsu’lo, merci de m’avoir appris l’art de voler de ton clan. Dis-je en hochant la tête.

Il saisit ma main et en tapota le dessus, plongeant son regard bienveillant dans le mien.

— Tu seras toujours la bienvenue parmi nous, Sarentu. Tu as le cœur des ikrans, courageux et loyal.

Je lui rendis le sourire qu’il m’offrait sans rien ajouter. Ri’nela lui fit aussi ses au revoir avant de se retirer à mes côtés. Atufi et les autres Kame’tires commençaient à sortir de la grotte pour préparer les ikrans.

— Combien de temps comptes-tu rester parmi les Kame’tires ?

La jeune na’vi fixa son regard sur l’entrée de la grotte qui laissait disparaître les derniers voyageurs.

— Je ne sais pas. Les Kame’tires sont de très bons guérisseurs et Atufi a longtemps interprété les paroles d’Eywa. C’est une bonne mentore et je dois me perfectionner. Je pense commencer à apprendre auprès d’elle puis je demanderai peut-être à Minang et Etuwa.

Elle se tourna vers moi et sembla chercher une certaine validation dans mes yeux. J’acquiesçai et saisis ses épaules pour la prendre dans mes bras le temps d’une étreinte rapide.

— Nous t’attendrons. So’lek et moi allons sûrement faire de la surveillance pour vérifier qu’aucun personnel de la RDA ne rôde encore sur la frontière. On reste en contact.

Elle acquiesça et se tourna dans la direction où se trouvait So’lek. Il entretenait ses armes dans un coin de la grotte.

— Protégez-vous mutuellement et pas d’imprudence.

J'acquiesçais en souriant.

— Tu nous connais !

— Oui justement.

Elle haussa un sourcil désapprobateur et j’éclatai de rire. Elle ne se retourna pour quitter la grotte, me lançant un dernier signe de main. Je la fixai jusqu’à la voir disparaître et me tournai vers So’lek. Il n’avait pas levé les yeux et semblait particulièrement concentré sur sa tâche. J’hésitai à le rejoindre, mais me dirigeai finalement vers mes propres affaires pour préparer mon départ.




Nous entrions enfin dans la forêt embrumée sur le territoire des Kame’tires. So’lek volait à ma droite, transportant les affaires que nous avions convenu de ramener au QG alors que Teylan et moi voyagions sur Nimun. Nous survolions les abords de la forêt lorsqu’une transmission fit grésiller mon oreillette.

— Tamtey, So’lek, vous m’entendez ?

La voix de Priya résonna dans mon oreille et je fronçai les sourcils. La résistance savait que nous étions sur le chemin du retour. Pourquoi vouloir nous contacter maintenant et ne pas attendre que nous soyons rentrés ? J’apposai immédiatement mes doigts sur mon laryngophone.

— Priya, ici Tamtey, que se passe-t-il ?

— Nous avons reçu une communication urgente d’High Camp, dit Priya d’un ton sérieux.

Je sentis Teylan se tendre dans mon dos. Lui aussi pouvait entendre notre conversation dans sa propre oreillette. Je jetai un œil à So’lek. Sa mâchoire crispée et son regard concentré m’indiquèrent qu’il suivait lui aussi ce qu’il se disait avec attention.

— Jake Sully demande à la résistance de se rassembler et de les rejoindre là-bas. Les autres chefs de clans de la frontière occidentale ont été prévenus. Ils arrivent.

J’eus l’impression qu’une pierre me tombait dans l’estomac. Des flashs des derniers mois m’apparurent. Des images de combats et de morts défilèrent devant mes yeux et je me sentis perdre pied une seconde. Ce que nous avions eu l’impression de terminer la nuit dernière sembla nous revenir de plein fouet au visage. Teylan serra ses mains autour de ma taille et je tapotai son poignet en signe de réconfort.

— Très bien, nous arrivons, préviens Ri’nela et Rasi.




Nous nous étions quittées à peine quelques heures plus tôt et Ri’nela se trouvait de nouveau devant moi accompagnée d’Atufi et de Tsu’lo. Les deux tsahìks affichaient un air inquiet, au contraire d’Etuwa qui, accompagnée de son père Ka’nat semblait plus déterminée que jamais. De l’autre côté de l’hologramme qui siégeait au milieu de la pièce, Minang et Nesim se tenaient droites, le menton levé face à ce que nous montraient Priya et Alma sur les écrans. Teylan était entre Ri’nela et Rasi et So’lek se tenait prêt de moi, légèrement en retrait.

Les chefs de clans n’avaient pas été rassemblés depuis la bataille des grands jeux. Mokasa était encore vivant à cette époque et l’ombre d’Harding planait encore sur nous tel un toruk. Aujourd’hui, les clans avaient retrouvé la paix, pourtant tous affichaient le regard des guerriers face à ce message. Si nous avions gagné nos batailles sur la frontière occidentale, la guerre sur Pandora n’était pas finie. Priya s’avança au milieu de tous, les yeux levés sur les écrans, une tablette dans les mains.

— La communication a été reçue tôt ce matin par le QG, elle était cryptée et lorsque nous avons pu la déchiffrer, nous avons su qu’elle provenait d’High Camp. De Jake Sully en personne. La résistance de l’autre côté de la lune s’organise, les Omaticayas ont déjà commencé à frapper la RDA. Jake a appris ce que nous avons réalisé et souhaite que notre résistance les rejoigne pour concentrer les attaques sur le centre névralgique de nos ennemis. Bridgehead ne cesse de grandir, mais sans cette base il ne pourrait plus tenir aussi fermement leur position sur Pandora.

Priya fit une pause, mais ne sembla pas avoir tout dit, Alma s’avança à son côté et son regard passa de moi à Ri’nela pour se fixer sur cette dernière.

— Il souhaite aussi rencontrer ceux qui ont mené les clans au combat. Il veut rencontrer les chefs Sarentus.

Un silence s’installa après cette annonce et Ri’nela ne leva pas son regard d’Alma. Mon esprit se mit à tourner à toute vitesse, mais Teylan exprima mes inquiétudes avant même que j’aie pu les formuler.

— « Les » chefs ? Mais nous n’avons que Ri’nela.

— Et je ne suis même pas une tsahìk à part entière, mon apprentissage n’est pas terminé.

Le doute sonnait dans la voix de la Sarentu qui chercha des explications auprès de ses pairs. Les chefs de clans se regardèrent tous d’un regard entendu qui ne me plu pas. Ils semblèrent savoir quelque chose que nous ignorions. Après un hochement de tête avec sa sœur, Minang s’avança pour prendre la parole.

— En tant que chefs de nos propres clans, nous pensons qu’il est temps pour le clan Sarentu de choisir un chef de clan. Tu ne peux pas assumer les deux rôles Ri’nela. Vous devez avoir une olo’eykte… ou un olo’eyktan.

Ma respiration se coinça dans ma gorge à cette annonce. Etuwa et Ka’nat hochèrent la tête et Atufi et Tsu’lo en firent de même. Ri’nela n’ajouta rien et je fixai mon regard sur l’hologramme qui affichait le territoire autour du QG. Nous avions tous évolué pour devenir les na’vis que nous étions aujourd’hui, mais comment pouvions-nous faire ce choix ? Qui pouvait nous guider au milieu de cette guerre ? Teylan n’avait même pas encore passé son Iknimaya, Nor avait toujours disparu et Rasi était encore trop hantée par le poids du passé pour prendre cette responsabilité… Mon regard s’illumina et je fis volte-face vers le seul assez expérimenté pour mener notre clan. Pourtant, lorsque je me retournais, les yeux de So’lek étaient déjà posés sur moi d’un air entendu. Je fronçai les sourcils et me tournai vers les autres qui me fixaient déjà tous avec le même regard. Teylan me scrutait avec espoir et Ri’nela m’offrit un hochement de tête assuré. J’eus un mouvement de recul, sidérée par ce qui semblait s’être tramé dans mon dos sans que je ne m’en rende compte.

— Moi ?! Mais je ne suis pas…

La panique perçait dans ma voix, mais Atufi leva la main pour m’arrêter au milieu de ma phrase.

— Tu l’es, mon enfant.

— Mais pourquoi ne pas prendre So’lek, il a bien plus d’expérience que moi !

Ce dernier s’avança à mon côté et posa sa main sur mon épaule dans un geste réconfortant.

— Je suis peut-être un Sarentu maintenant, mais mon destin n’est pas de diriger le clan, c’est le tien. Tu as suffisamment prouvé ta valeur comme chef de guerre, tu feras une excellente olo’eykte.

L’angoisse ne cessait de m’envahir à mesure que je comprenais la portée de ce qui se décidait en ce moment. Je croisais le regard de Ri’nela.

— J’ai accepté mon rôle de tsahìk, c’est ce qu’Eywa attendait de moi. Malgré mes lacunes. Tu dois accepter ton rôle malgré les tiennes. C’est ce qu’Eywa attend de toi aujourd’hui. Tu seras entourée d’olo’eykte et d’olo’eyktan pour t’aider. C’est à toi de guider les Sarentus.

Elle me fit un sourire rassurant et je me sentis prise au piège. Prise au piège de ces nouvelles responsabilités qui s’imposaient à moi, du manque de confiance que je ressentais en moi-même, de mon incapacité à savoir qui j’étais et qui je devais être. Si je ne pouvais pas trouver mon propre chemin, comment pouvais-je guider mon clan sur le sien? Pourtant tous les regards de confiance autour de moi semblaient sûrs de leur choix. L’idée que je sois l’olo’eykte des Sarentus leur semblait naturelle, tout comme Ri’nela en était la tsahìk. Dans un soupir anxieux, je décidais de mettre mes doutes de côté pour le moment et de croire en leur jugement.

Je hochais la tête pour signifier mon consentement silencieux. Un soupir de soulagement parcourut la pièce et des sourires s’affichèrent sur tous les visages. Chacun vint me féliciter d’une petite tape dans le dos, d’un salut na’vi ou d’une embrassade brève, mais le poids du devoir refusa de quitter mes épaules. Une fois le calme revenu, Alma reprit la parole, son regard passant de Ri’nela à moi.

— Que décidez-vous ? Suivrez-vous la résistance sur les terres Omaticayas ?

Nous échangeâmes un coup d’œil avec ma compagne Sarentu. Il semblait que la promesse de retrouver Nor planait entre nous.

— Nous devons chercher Nor. Il fait partie de ce clan autant que nous, répondit Ri’nela le menton levé.

— Nous pouvons le chercher.

Nessim était restée silencieuse jusqu’à présent, mais elle sembla s’animer face à la mission qu’elle se proposait de réaliser.

— Les Zeswas s’engagent à retrouver Nor en attendant votre retour.

— Nous pourrons les aider.

Etuwa s’était avancée pour prendre la parole, la mâchoire serrée par la détermination.

— Les clans s’uniront pour chercher Nor pendant que vous nous représenterez auprès des Omaticayas. Vous pourriez mettre des mois à le trouver, mais la guerre se joue maintenant.

Les autres chefs de clans acquiescèrent. Ils semblaient tous compter sur nous à présent et leurs espoirs firent paraître mes épaules un peu plus lourdes. Ri’nela se tourna vers moi, me laissant le choix. À la pensée de Nor, mon cœur se serra, mais je sentais que nous ne pouvions pas décevoir la confiance que les clans nous portaient.

— Très bien. Nous irons.

Ainsi fut scellée ma première décision d’olo’eykte.
Mayossa

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Re: La Voie des Ikrans [Avatar Frontiers of Pandora/ Avatar]

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Chapitre 2
La Valeur du Pa'li


Je me précipitai à l’extérieur, inspirant l’air brumeux de la forêt. J’avais attendu que tous les chefs de clans soient partis et qu’on ne fasse plus attention à moi pour sortir. Je plaquai mon front contre la pierre froide de la montagne et respirai profondément. J’avais besoin de me calmer, j’étais dépassée par ce qui venait de se produire. J’étais devenue olo’eykte des Sarentus. À cette idée, mon cœur se mit à battre plus vite et mes mains se crispèrent contre la roche. Chaque image de cette soirée tournait en boucle dans ma tête. Je revis les regards entendus qu’ils s’étaient tous échangés, je revis la certitude dans le regard de So’lek, l’espoir dans celui de Teylan, la supplication dans celui de Ri’nela…

Est-ce que mon avis comptait vraiment aujourd’hui ? Je levais les yeux vers le ciel. Polyphème brillait d’une lumière bleutée, éclairant la nuit de ces reflets. Les na’vis l’appelaient Naranawm, le « grand œil ». Je l’imaginais à cet instant me transpercer de sa vision pour voir en moi ce que je ne trouvais pas. Qu’avait-il vu pendant toutes ces années ?

Née na’vi, élevée comme un enfant humain, puis cryogénisée pendant 16 ans et enfin, sortie de ce long sommeil pour me battre. Pion de la TAP, guerrière pour la Résistance et maintenant olo’eykte des Sarentus … Un sentiment d’injustice m’envahit. J’étais moins altruiste que ce que So’lek semblait penser.

Fronçant les sourcils, je chassais mentalement ces pensées.

Des claquements de pas contre la pierre résonnèrent à l’entrée de la grotte et je me redressai brusquement, passant mes mains sur mon pagne pour reprendre contenance. Anqa apparut et s’arrêta net en me voyant. Les lumières de l’accès étaient projetées sur son dos, plongeant son visage dans l’ombre.

— Tamtey ? Je t’ai vu partir précipitamment. Tout va bien ?

Je soupirai et m’assis le long de la paroi rocheuse. Anqa s’approcha de moi avec précaution, semblant ne pas savoir si elle était la bienvenue ou non, mais quand je tapotai le sol pour qu’elle s’installe près de moi, elle ne se fit pas prier.

— Priya m’a dit que tu avais été nommée olo’eykte…

— Oui…

Un long silence s’installa où Anqa n’ajouta pas un mot alors que je pesais le poids de ce nouveau statut.

— Félicitations... Je crois ? À moins que ce soit encore un peu tôt.

— Ça l’est … mais merci. Ce n’est pas comme si je pouvais changer quoi que ce soit maintenant.

— Tu aurais fait un choix différent si tu avais été à leur place ?

Je pris le temps de réfléchir à cette question. La réponse était évidente il y a quelques heures à peine, mais maintenant que j’avais pu réfléchir à la situation, je me demandais si mon choix aurait été plus légitime que le leur.

— Je ne m’attendais pas à cette nomination, mais tout le monde semblait déjà avoir son avis sur la question… Et s’être mis d’accord. La première personne qui m’est venue en tête pour prendre la place d’olo’eyktan est So’lek, mais je crois que je comprends pourquoi ça n’aurait pas pu être possible.

Anqa hocha la tête, acquiesçant silencieusement à ma réflexion.

— Je pense que So’lek est encore trop dévoré par son passé. Le souvenir de son ancien clan le hante toujours, bien qu’il ait trouvé une place dans le vôtre. Ce n’est pas évident d’être forcé de quitter ce qu’on connaît, je sais ce que c’est. So’lek a été animé par la vengeance tellement longtemps qu’il doit réapprendre à vivre normalement aujourd’hui, se trouver un nouveau but. Il pense que nous ne nous en rendions pas compte, mais une partie de la résistance savait qu’il allait tuer des membres visés de la RDA. Il revenait avec de nouvelles médailles et nous apprenions la mort d’un autre membre de la RDA ayant participé à la bataille de l’arbre des âmes.

So’lek m’avait demandé pour chaque destruction de base de lui ramener des informations sur des membres de la RDA. Nous n’en avions jamais vraiment parlé, mais il avait évoqué à demi-mot ce qu’il faisait. Ce qu’il continuait de faire. Que ressentait-il en faisant disparaître ceux qu’il avait poursuivis si longtemps. Un sentiment de plénitude ? De vide ?

Je me tournai vers Anqa, installée près de moi. Son regard était fixé sur la forêt assombrie par la nuit. Elle affichait un air serein ce soir, pourtant elle sous-entendait qu’elle avait souffert dans le passé. Qu’avait-elle quitté ?

— Tu parles de ta vie sur terre ? Ou celle sur Pandora ?

Elle haussa les épaules, fixant toujours son attention sur un point que je ne pouvais pas voir. Les souvenirs semblaient défiler devant ses yeux.

— Un peu des deux. Je viens d’une famille d’érudits et de scientifiques. Autant te dire que quand j’ai dit que je voulais entrer dans l’armée pour être pilote, ça n’a pas été particulièrement bien reçu. Après ça, ma famille a pris ses distances avec moi et a fini par rejeter qui j’étais. Je l’ai assez mal vécu, c’est pour ça que quand l’opportunité de partir sur Pandora s’est présentée, j’ai immédiatement sauté sur l’occasion.

Elle fit une pause, ses mains trituraient une brindille alors qu’elle regardait toujours dans le vague.

— Je te laisse imaginer la désillusion. J’étais venue sur Pandora avec des rêves pleins la tête. L’idée de découvrir de nouvelles choses, d’être utile à ceux restés sur terre. Pour découvrir quoi ? La destruction, le mensonge et la violence. J’ai d’abord protesté, j’ai essayé de changer les choses de l’intérieur. Je ne m’étais pas engagé dans l’armée pour le plaisir de la guerre, mais par volonté de protéger mon prochain. Quand j’ai vu que ça ne fonctionnait pas, j’ai agi dans l’ombre pour faire tomber la RDA. J’ai découvert que d’autres ressentaient la même chose que moi. C’est comme ça que nous avons fini par nous allier aux forces de Jake Sully pendant la première guerre. La suite, tu la connais. Nous avons eu l’autorisation de rester et j’ai suivi une partie de la résistance ici.

Elle n’ajouta pas un mot, mais je sentis le poids de son passé peser lourd entre nous. Anqa était comme nous, elle avait dû se battre pour construire son propre clan. Les liens qu’elle avait aujourd’hui, avec la résistance, avec Priya, elle ne les devait qu’à elle-même et sa rage de vaincre. Sa rage de créer un monde meilleur pour tous.

C’était peut-être ça le rôle de chef. Simplement avoir la rage de créer la meilleure vie possible pour les siens.

— J’ai peur de ne pas être assez bien pour mon clan. De ne pas savoir le guider dans les moments les plus difficiles. Je ne voulais pas ce rôle.

Anqa se tourna vers moi en souriant.

— Tu comprends pourquoi ça ne pouvait être que toi n’est-ce pas ? Ce n’est pas le fait de le vouloir qui est important, c’est d’en être apte. Vous avez tous des qualités que portaient les Sarentus, mais qui a été l’émissaire du clan quand il s’agissait de rencontrer les Aranahes, les Zeswas ou les Kame’tires ? Qui était en première ligne durant les batailles ? Qui a obtenu la confiance des siens ? On ne demande pas à un chef d’être le plus fort, mais on lui demande d’être celui qui aura le plus de dévouement pour son peuple. Peu importe que tu ne sois pas assuré dans tes décisions, que tu aies peur ou que tu aies mal. Tant que tu fais les choses avec le cœur et que tu les fais pour eux.

Je gardai le silence, méditant sur les paroles d’Anqa. Mon esprit tournait comme une toupie, pourtant un poids semblait s’être retiré de ma poitrine. Et si c’était ça ? Ne pas être parfait, mais donner le meilleur de soi-même ? Alors rien ne changerait de ces derniers mois. Je restais celle que j’étais avec mes doutes et mes peurs, mais aussi avec la volonté de faire le bien et de libérer les na’vis du joug de la RDA.

Je pris la main d’Anqa dans la mienne et la serrai. Nous échangeâmes un regard entendu, chargé de la compréhension que nous partagions l’une de l’autre.

— Merci Anqa. Tu ne peux pas imaginer le réconfort que tu m’apportes.

Elle hocha doucement la tête et serra ma main à son tour. Puis elle me lâcha et se redressa, époussetant son pantalon du plat de la main.

— N’hésite pas à revenir me parler, si tu en ressens le besoin. Je vais aller voir ce que fait Priya.

— D’accord.

Elle me fit un dernier signe de tête et se détourna d’un pas tranquille, disparaissant dans l’entrée de la grotte.

J’inspirai longuement, remplissant mes poumons des odeurs de pins et de champignons qui emplissaient la forêt embrumée. Me redressant, je m'apprêtais à rejoindre l’entrée du camp lorsqu’un bruit attira mon attention au cœur des bois.

Plus bas entre les arbres, des voix semblaient étouffées par la brume. Je me figeai, laissant chaque son venir à moi. Le craquement des branchages, mêlé de son métallique. Des pas lourds et ces voix braillantes qui se pensaient seules au monde. La RDA.

Mon sang ne fit qu’un tour, courant vers l’entrée de la grotte où se trouvaient des armes. Je me saisis du premier arc que je trouvai et de flèches. Ce n’était pas le mien, mais ça conviendrait. Pourquoi l’avais-je laissé près de mes affaires ?!

Courant de nouveau vers la sortie, j’attendis un instant de percevoir le son des sawtutes. Ceux-ci s’approchaient. Le bruit de leurs pas se faisait plus net. Je descendis la pente qui partait de l’entrée de la grotte pour rejoindre le cœur des bois à toute allure. Je me figeai pour capter leur position. Un peu plus loin. Courant vers eux à pas léger, je contournai légèrement leur position pour les prendre à revers. Je m'accroupis dans les herbes à mesure que je m’approchais, tentant d’apercevoir mes opposants.
Enfin, je vis un AMP avancer droit vers la base de la résistance, tranchant le feuillage avec un long couteau de chasse. Un deuxième se tenait à 10 mètres de lui sur la droite, armé cette fois d’un fusil d’assaut et deux humains progressaient entre eux. L’un des deux tenait une tablette et semblait pointer le camp du doigt en lisant une carte marquée de plusieurs croix rouges. Mon estomac se retourna à l’idée qu’ils envisageaient de trouver notre base. Mes doigts s’aplatir sur mon laryngophone.

— So’lek, tu me reçois ? Ici Tamtey, la RDA est en bas de la base, deux AMP et deux humains. Demande de renfort immédiat. Chuchotais-je en m’aplatissant un peu plus dans les broussailles.

— Tamtey, ici So’lek, j’arrive, n’ouvre pas le feu.

J’encochai une flèche par sécurité et décidai d’attendre des renforts. Mon cœur frappait fort contre ma poitrine et je me forçai à expirer longuement, mon souffle formant de petites volutes brumeuses.

Tout à coup, un pa’li apparut à l’opposé de moi, faisant se retourner les quatre sawtutes sur lui. L’AMP leva son arme, mais mon instinct fut plus rapide et je bondis hors des broussailles, tirant une flèche dans l’un de ses moteurs. L’armure de métal explosa dans un nuage de feu et de chaleur, faisant tomber les humains et fuir le pa’li. Cette seconde de surprise me permit d'abattre un des humains, mais le deuxième se retourna et commença à faire pleuvoir les balles.

Courant à toute vitesse, je me rendis compte que la zone ne me permettait pas de me protéger. Le deuxième AMP tentait de me prendre à revers, toujours armé de son couteau. À court d’idées, je décidai qu’il me servirait lui-même d’armure.

Courant tête baissée vers lui, j'esquivai de justesse la lame de son couteau avant de lui sauter dessus. Perchée sur sa cabine, je profitai de l’hésitation de l’humain à tirer sur son compagnon pour lui décocher une flèche. L’AMP tenta de nouveau de me toucher avec son couteau, me faisant perdre l’équilibre et m’écrouler sur la cabine de l’AMP. Je vis mon arc tomber au sol, hors de portée. Me cramponnant d’une main, je saisis mon couteau et le plantai de toutes mes forces dans l’un des câbles hydrauliques du bras armé de la machine. Un geyser d’air et d’eau en sortit et le bras tomba inerte le long de l’AMP, lui faisant lâcher son couteau.
Le geyser m’aveugla et je sentis le deuxième bras tomber sur mon dos avec violence, s’accrochant à mon kuru pour me soulever en arrière. Je poussai un hurlement de douleur, m’agrippant de toutes mes forces à la base de mon kuru pour en retirer la pression. Cela sembla l’amuser, car il me secoua d’un côté et de l’autre, me faisant hurler de plus belle. Engourdies par la douleur, mes mains commençaient à perdre leur prise. La cabine de l’AMP s’ouvrit dans un souffle d’air, révélant un humain muni d’un masque à oxygène. Il leva le bras qui ne me tenait pas et pointa un revolver sur moi. Je tentai dans un dernier effort de le repousser du pied, mais il m’évita en riant, les yeux emplis de haine. Je feulai, cherchant désespérément une solution. La douleur emplissait mon crâne, troublant ma vision, faisant bourdonner mes oreilles. Mes bras tremblaient sous l’effort. J’allais lancer une dernière prière à Eywa, mais un son sifflant passa à côté de moi. Une douleur aiguë entre mes côtes me fit grimacer et la prise de l’AMP s’affaiblit, me laissant tomber de tout mon poids sur le sol. La machine s’écroula dans un grand fracas à côté de moi, mais je bougeai à peine. Les larmes aux yeux, je saisis mon kuru pour le tenir contre moi. Je sentais un liquide chaud couler par filet sur mon ventre rivalisant avec l’humidité froide de la terre qui me faisait trembler. Des cris me parvinrent au loin. Des pas précipités s’arrêtèrent près de moi et une main ferme me releva le visage.

Un pli inquiet barrait le front de So’lek alors qu’il haletait encore. Il me scruta avec rapidité, passant ses mains sur mon visage, dans mes cheveux, le long de mon kuru, puis le long de mes côtes. Il releva une main ensanglantée et déchira un morceau de mon pagne pour le plaquer sur la coupure, ce qui m’arracha une grimace. La douleur de mon kuru battait encore à mes tempes, me rendant nauséeuse.

— Je t’avais dit de m’attendre !

La voix de So’lek était furieuse, mais son regard était brillant d’inquiétude.

— Si j’avais.. Attendu.. Le pa’li serait.. Mort.

— Par Eywa, on ne meurt pas pour un pa’li, Tamtey !

Il m’aida à me redresser et c’est à ce moment que je vis la flèche plantée au milieu de l’AMP. Ma main passa automatiquement sur mes côtes, glissant au-dessus du tissu que So’lek tenait toujours contre moi.

— Je suis désolée, je n’ai pas eu le temps de trouver un meilleur angle de tir. La plaie est superficielle, ne t’inquiète pas.

Il me releva, mais un vertige me surprit. Je sentis ses mains attraper fermement ma taille et me plaquer contre lui. Ses cheveux me chatouillèrent le visage. Je sentais la pulsation de son cœur au creux de son cou, le froid de son armure contre ma poitrine.

— Ça va ? me demanda-t-il d’une voix ténue.

Je hochai la tête et il attendit quelques secondes que je prenne un peu d’assurance sur mes pieds. Sans lâcher ma taille, il se pencha pour ramasser nos arcs et me guida vers le camp.

Nous remontions lentement vers la grotte quand Ri’nela vint à notre rencontre accompagnée d’Anqa armée d’un fusil d’assaut.
Lorsqu’elle nous vit, Ri’nela se précipita vers nous. Elle saisit les arcs que So’lek portait toujours et me scruta rapidement. Sa main passa sur mon visage avec douceur, puis elle remonta précipitamment, jetant des coups d'œil inquiets en arrière pour voir si nous suivions.

En entrant dans la grotte, les lumières artificielles me brûlèrent les yeux, accentuant mon mal de tête. So’lek continua de me soutenir alors que je marchais à l’aveuglette guidée par la voix de Ri’nela qui nous menait vraisemblablement à l’infirmerie.

Mes jambes finir par cogner contre une table d’examen sur laquelle So’lek m’allongea délicatement.

— Je l’ai touchée avec ma flèche au niveau des côtes et vérifie son kuru, c’est par là que l’AMP l’a attrapée.

J’entendais mes compagnons s’activer autour de moi, préférant me couvrir les yeux pour les cacher de la morsure des lampes. La voix d’Alma s’approcha de l’infirmerie, demandant comment j’allais, puis j’entendis Teylan et Rasi parler derrière elle. So’lek les rassura à voix basse et j’entendis Ri’nela se déplacer pour tirer le rideau. Ses mains passèrent d’abord sur mon côté, palpant délicatement les bords de ma blessure, ce qui me fit grimacer.

— Ça ne saigne presque plus.

Elle y étala une substance pâteuse et fraîche qui apaisa immédiatement la douleur. Je sentis ensuite ses mains autour de mon visage me tourner la tête, palpant délicatement mon kuru au niveau de la base. J’en grognai de douleur et elle le reposa délicatement, me tournant de nouveau la tête pour me faire boire un liquide épais et sucré que je reconnus comme du jus de dapophet.

— Tu n’auras aucune séquelle, mais tu vas peut-être souffrir encore quelques jours. Le dapophet devrait apaiser le plus gros de la douleur.

Je rouvris les yeux sur Ri’nela. Elle me fit un petit sourire rassurant et j'aperçus So’lek derrière elle lâcher un long soupir, se passant une main sur le visage. Son regard croisa ensuite le mien. Les traces de colère que j’avais pu y voir tout à l’heure avaient disparu. Il me fixait maintenant d’un air impénétrable, regardant Ri’nela tourner encore quelque temps autour de moi pour vérifier que je n’avais pas d’autres blessures. Elle baissa ensuite la lumière de la pièce pour me laisser me reposer et je lui en fus reconnaissante. Elle quitta la salle d’examen, poussant Alma et les quelques autres curieux qui s’étaient amassés à l’entrée. Elle recommanda à So’lek de faire de même, mais il secoua la tête sans me quitter des yeux. Je sentais déjà les effets du dapophet apaiser la douleur qui enveloppait mes sens. Je passai doucement ma main le long de mon kuru, puis regardai mes doigts pour repérer toutes traces de sang, mais rien. Un soupir de soulagement s’échappa de mes lèvres. Laissant retomber ma main, je posai de nouveau les yeux sur celui qui s’apparentait à un geôlier plutôt qu’à un garde-malade.

— Je ne vais pas m'envoler si c'est ce qui t'effraie.

Les bras croisés sur le torse, il souffla du nez, mais aucun sourire n’apparut pourtant sur ses lèvres. Son regard était sévère et il me fixait droit dans les yeux.

— Tu aurais pu mourir là-bas.

Sa voix était basse et froide et je me crispai.

— Je n'allais pas laisser un animal mourir pour que je puisse rester sagement cachée, So'lek !

— Parce que ton sacrifice aurait mieux valu ?

Une boule se forma dans ma gorge à son ton réprobateur.

— Ne me traite pas comme une gamine So’lek ! Tu sais ce qu'ils leur font! Tu sais la souffrance que leur infligent leurs balles, leur kuru coupé, les seringues et les pisteurs qu'ils leur laissent dans le corps! Il n'y en aura pas un de plus sous mes yeux!

Mes mains se remirent à trembler et je sentis ma poitrine se comprimer à l’idée de ce qui aurait pu arriver, autant à ce pa’li qu’à moi. So’lek laissa retomber ses bras le long de son corps et soupira, perdant sa mine sévère.

— Si tu crois que je n’ai pas eu conscience du danger So’lek, tu te trompes. Je n’ai simplement pas pu faire autrement. J’aurais été incapable de le voir se faire fusiller, puis de les entendre rire de sa mort, récoltant une tête ou un sabot pour en faire un trophée de chasse.

À mon tour, je lui jetais une œillade sévère, mais il ne broncha pas et soupira de nouveau.

— Je sais. J’aurais fait la même chose à ta place, mais quand j’ai entendu les coups de feu, puis tes hurlements, j’ai cru…

Sa voix mourut sur ses lèvres alors qu’il me fixait, ses yeux trahissant une souffrance que je n’avais jamais vu chez lui, mais il détourna les yeux. Le regret m’envahit, écrasant ma trachée.

— So’lek…

— Pardonne-moi. Je n’aurais pas dû te parler si durement.

Il reposa son regard sur moi, mais ses yeux brûlaient maintenant de détermination.

— Mais je ne perdrai pas un autre membre de mon clan.

Puis il se détourna et sortit.
Mayossa

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Chapitre 3
Des Décisions d'Olo'eykte


Dès le lendemain, Ri’nela m’autorisa à quitter l’infirmerie tout en m’imposant de me reposer. Pourtant, So’lek ne réapparut pas. Il avait quitté le camp et deux jours plus tard, n’était toujours pas revenu.

La culpabilité me rongeait le ventre, mais Anqa et Priya me conseillèrent de lui laisser du temps. Les préparatifs de notre départ avançaient et chaque jour de plus me poussait à partir à sa recherche. Je ne savais simplement pas encore si je le ramènerais à la base en le tirant par le pagne ou si je lancerai une meute de nantangs à ses trousses.

Par chance pour lui, je n’eus pas le temps de prendre cette décision lorsqu’il se présenta le lendemain, couvert de peinture de guerre et de sang séché, le visage aussi neutre que s’il revenait d’une cueillette de champignons radars.

Tous les Sarentus étaient assis ensemble sur les tapis tressés qui jonchaient le sol d’une partie de la base. Rasi apprenait à Ri’nela et Teylan à tresser les cheveux de Priya à la manière Sarentu pendant que je les regardais, adossée sur un gros coussin, me rongeant silencieusement les sangs.

Le sas d’entrée fit son bruit de souffleuse habituel et nous posâmes tous les yeux sur les portes qui s’ouvrirent, laissant apparaître So’lek. Je restais interdite en voyant l’état dans lequel il se trouvait. Des peintures de guerre orange et blanches partiellement effacées couvraient son visage et son ventre. Ses mains et ses avant-bras étaient pleins de sang et des projections d'hémoglobine avaient séché sur son visage, le faisant paraître complètement fou. Pourtant, il avait les traits tirés et les épaules voûtées lorsqu’il s’avança dans la base. Ri’nela et moi nous levâmes d’un même mouvement et j’entendis Rasi inspirer d’incrédulité derrière nous.

— So’lek ? prononça Teylan en bredouillant.

Il déposa ses armes à côté de la porte comme si de rien n’était, puis nous fixa sans rien ajouter. Une colère sourde s’immisça en moi. J’ouvris la bouche, mais Ri’nela ne m’en laissa pas le temps, éructant contre notre compagnon.

— J’espère que tu as une justification pour rentrer dans cet état après trois jours sans aucune nouvelle ! Te rends-tu compte de l’inquiétude que tu nous as causée ? Et à qui est tout ce sang ? Tu as intérêt à nous dire que c’est celui de quelqu’un d’autre que toi, car je suis prête à t’attacher à un des pins de la forêt pour donner à manger aux rompus ! Tu es parti chasser la RDA ? Seul ?

Je restais hébétée pendant que Ri’nela sermonnait So’lek encore quelques instants. En le regardant, je me rendis compte qu’il portait le même air incrédule que moi face à la colère de la tsahìk ce qui m’arracha un sourire amusé. Ma colère s'atténua et je posais une main délicate sur l’épaule de Ri’nela. Elle me regarda d’un air courroucé, mais n’ajouta plus rien, croisant les bras sur sa poitrine. Je me tournai vers la source de nos tourments qui était toujours stoïque face à nous.

Me dirigeant vers lui, je lui saisis le bras, le tirant fermement vers les lavabos qui se trouvaient dans un renfoncement de la base, à proximité des douches qu'utilisaient les humains. Je me saisis d’un chiffon plié sur le bord d’un des éviers et ouvrant un robinet, le gorgeai d’eau.

— Je suis assez grand pour me laver seul, prononça So’lek d’une voix grincheuse.

— Je n’en ai pas le moindre doute, répondis-je et me tournant vers lui, je lui lançai le chiffon trempé à la tête.

Le bruit de succion qu’il fit en s’enroulant autour de son visage me tira un sourire de satisfaction. Il le retira, dégoulinant d’eau et de peinture et me jeta un regard désapprobateur.

— Je sais que tu as l’habitude de partir en solo pour aller tuer certains membres de la RDA, mais tu n’es plus seul maintenant alors tu as intérêt à bien te justifier. Sinon je te jette entre les griffes de Ri’nela.

Il soupira longuement.

— Je t’ai dit que je ne laisserai plus personne mourir.

— Ça ne justifie en rien le fait que tu es parti seul, sans prévenir personne, pendant trois jours et que tu rentres couvert de sang et de marques de guerre.

Je croisais les bras sur ma poitrine, le regardant fixement. Il ne soutint mon regard que quelques secondes avant de frotter ses mains pour en faire partir le sang.

— J’ai remonté la piste de ceux qui viennent du ciel. Ceux qui étaient près du QG. Elle m'a mené jusqu'à une base qui cherchait encore activement à nous débusquer. Ils avaient plusieurs plans couverts de potentiels endroits ou nous pouvions nous cacher. Une deuxième escouade aurait pu facilement nous retrouver, surtout avec la mort de la première dans ce secteur.

Mon ventre se contracta d’angoisse. Le danger était tout près et pouvait frapper à tout moment, mais ces informations lui donnaient une nouvelle mesure.

— Qu’as-tu fait?

— J’ai fait sauter toute la base.

— Non sans mal à ce que je vois, répondis-je en pointant le sang sur ses bras du menton.

— Ce n’est pas le mien.

— Encore heureux !

Nous nous dévisageâmes un instant et j’expirai bruyamment.

— Et après tu as le culot de me dire que je prends trop de risques…

Il ne répondit rien et commença à frotter le reste de ses bras avec vivacité, retirant toutes traces de ces derniers jours.

— Tu es blessé ? demandai-je, le scrutant toujours à distance.

— Quelques hématomes et coupures. Rien d’insurmontable.

Je le regardai faire disparaître la peinture sur son ventre. Ses bras avaient retrouvé une teinte bleue plus naturelle, mais son visage était encore partiellement recouvert de peinture. S’avançant vers moi, il trempa de nouveau le chiffon sous l’eau claire, faisant disparaître des volutes rouges dans le siphon.

— Je ne pensais pas que ce serait Ri’nela qui te sermonnerait la première.

– Je ne m'y attendais pas non plus. Je pensais que ce serait toi.

– C’était ce que j’avais prévu.

Nous partageâmes un petit sourire complice et il essuya énergétiquement son visage. Penchée sur le bord du lavabo, l’eau colorée dégoulinant de son menton, je pris le temps de détailler son visage. La peinture avait pris une teinte rosée et s’était incrustée dans le creux de la cicatrice sur sa joue. Les tatouages qui ornaient son front étaient réapparus, les perles à la base de ses tresses brillaient de nouveau. Les mains en coupe, il s’aspergea directement le visage pour enlever les derniers résidus de ses péripéties. La bouche à demi-ouverte, les mains agrippées au bord du petit évier, il ferma les yeux en soupirant d’aise. J’eus tout à coup l’impression de m'immiscer dans son intimité et détournai les yeux, le visage échauffé.

— Tu as encore mal ?

— Quoi ?

Je me tournai vers lui sans comprendre. Il pointait mes côtes du doigt, passant une serviette sur son visage de l’autre main.

— Oh! euh… non, quasiment plus, ça cicatrise très bien.

— Mmmh… marmonna-t-il.

Il s’approcha de moi en fixant ma blessure. Ri’nela avait voulu la laisser sécher et avait donc retiré le cataplasme ce matin. Il posa sa main sur ma taille et approcha son visage de l’entaille pour vérifier par lui-même. De ses doigts, il tapota délicatement le renflement que formait le bord de la blessure et mon visage continua de s’échauffer.

— Tu t’improvises tsahìk maintenant ?

— Tu serais étonné.

Il me lança un regard taquin et se redressa. Je haussai un sourcil peu convaincu.

— Encore une autre histoire que tu dois me raconter ?

— Un jour peut-être.

— Il va falloir commencer à te comporter comme un vrai Sarentu et les raconter pour de bon, toutes ces histoires ! Pour le moment, je ne suis pas impressionnée par l’ombre de leur existence, raillai-je en croisant les bras.

— Tamtey !

J’entendis la voix de Ri’nela avant de la voir se diriger vers nous. Elle jeta un regard courroucé à So’lek avant de se tourner vers moi.

— Réunion du QG. Alma veut faire un débrief avant le départ demain matin.

— J’arrive tout de suite, lui répondis-je en retrouvant mon sérieux.

Elle nous fixa chacun à notre tour avant de hocher la tête et se détourner, disparaissant vers le cœur de la base.

— Je ne la connaissais pas si rancunière, me dit So’lek d’une voix traînante.

— C’est parce que sa rancune est à la hauteur de son inquiétude pour toi.

Il me fixa d’un regard brillant, mais n’ajouta rien, les lèvres pincées par ce que je supposais être une pointe de culpabilité.

— Écoute. Si tu dois satisfaire la vengeance qui t’anime, soit. Je ne t’en empêcherai pas. Par contre, plus de missions solo et encore moins sans nous prévenir et sans nous donner de nouvelles. Dorénavant, tu dois te reposer sur nous comme nous nous reposons sur toi. Tu as choisi d’être un Sarentu et les Sarentus s’entraident.

Il me dévisagea en gardant le silence et je sentis mon ventre se serrer.

— C’est Tamtey ou mon olo’eykte qui me le demande ?

Une autre seconde de silence passa entre nous, faisant monter mon angoisse.

— Tu as choisi de faire de moi ton olo’eykte, mais je reste celle que je suis avec toi. Alors les deux.

Je le fixais avec appréhension, attendant qu’il se fâche ou qu’il m’envoie paître, mais il hocha la tête en silence et posa les yeux sur moi d’un air calme.

— D’accord, je ferai de mon mieux.

Je laissai échapper un soupir de soulagement et il posa tout à coup ses mains sur mes épaules, un sourire moqueur sur le visage.

— Ne sois pas aussi tendue de prendre ton rôle d’olo’eykte, Sarentu. J’ai bien cru que tu allais mourir d’asphyxie.

Je lâchai un grognement vexé et lui flanquai une claque sur l’épaule. Il éclata de rire et je fis de même. Je fixai So’lek d’un air enjoué. Il était rare de le voir se laisser aller de cette façon et encore plus rare de l’entendre rire. La destruction d’une grande partie de la RDA sur la frontière occidentale avait eu un effet salvateur sur lui. J'espérais intérieurement que notre départ pour ses terres natales ne ferait pas resurgir de vieux démons.

Décidant de chasser ces pensées pour le moment pour me concentrer sur le présent, je le poussais vers le cœur de la base pour y retrouver les Sarentus et les membres de la Résistance.

Tous étaient en cercle autour de l’hologramme d’une grande carte de Pandora. Alma et Priya tenaient toutes deux des tablettes, affichant des informations sur les écrans qui entouraient le groupe. So’lek s'immisça le premier dans la foule et je le suivis. Ri’nela me fit un regard entendu que je compris comme une demande silencieuse à laquelle je répondis par un hochement de tête. Oui je lui avais parlé et j’avais suffisamment confiance en la parole de So’lek pour savoir qu’il la respecterait. Pourtant je savais aussi que je ne pouvais pas lui imposer une façon de faire les choses qu’il n'avait jamais pratiquées du jour au lendemain. Ma demande allait demander du temps. Et de la confiance. Je saurais me rendre disponible quand il aurait besoin d’aide, de soutien ou simplement d’une main armée. Je ne serai pas celle qui interromprait sa vengeance, mais celle qui le soutiendrait jusqu’à ce qu’il puisse l’apaiser.

Alma coupa court à mes réflexions lorsqu’elle s’éclaircit la gorge.

— Très bien, voici les principales infos dont vous aurez besoin pour notre départ vers les terres Omaticayas. Demain matin à sept heures, deux hélicos portant tous les deux un labo mobile et les membres de la Résistance partiront accompagnés des Sarentus sur leur ikran. Le premier hélico sera évidemment piloté par Anqa qui aura à son bord Priya, Alexander, Raj, Hurit, Jin-Young et moi. Elle transportera le plus grand labo.

Elle afficha l’image du plus grand labo amovible qu’ils avaient pris le temps de sortir des grottes ces derniers jours puis une liste de noms et de photos des membres qui constitueraient l’escadron du premier hélico. La photo d’Anqa était plus grande que les autres, faisant implicitement d’elle la commandante en chef de ce déménagement.

— Le deuxième hélico sera piloté par Shanaya et portera Kady, Nalin et Louis. Vous aurez aussi une partie du matériel comme vous êtes moins nombreux et évidemment un deuxième labo, plus petit.

La photo du deuxième labo d’au moins cinq mètres plus petit s’afficha sur un deuxième écran, ainsi qu’une liste de matériels. Il fut remplacé par une deuxième liste de noms et de photos, la photo de Shanaya surplombant les autres. Anqa, un sourire aux lèvres, félicita la jeune femme d’une frappe ferme sur l’épaule et Shanaya lui répondit d’un hochement de tête froid.

Elle n’avait pas intégré la Résistance de gaieté de cœur, mais cette nomination prouvait qu’elle avait acquis la confiance des autres. Pourtant, elle conservait une distance entre elle et les autres membres, ne voulant pas s’intégrer plus qu’il n’était nécessaire. Je n’avais pu lui parler qu’à très peu d'occasions et le jour de son sauvetage en faisait partie. Je comprenais pourtant la confiance qui lui était attribuée. C’était une femme loyale, contre toute forme d’injustice et c’était d’ailleurs pour en protéger ses hommes qu’elle avait trahi la RDA.

— Hurit et Kady, vous êtes responsables de la sécurité des hélicos. Vous serez chacune installée au fusil mitrailleur. Quant aux Sarentus, Teylan montera sur l’ikran de Ri’nela pour que So’lek, Rasi et Tamtey puissent assurer la sécurité du convoi. Je laisse le soin à Tamtey et Ri’nela de faire le point avec les Sarentus. D’après nos estimations, nous devrions mettre plus d’une quinzaine de jours pour rejoindre notre objectif. Je ne vous cache pas que nous allons passer près de zones à risque, autant à cause de la RDA que de la faune locale. J’interdis formellement à tout membre de la résistance de tirer sur une créature à moins que ce ne soit absolument nécessaire. Je laisse les Sarentus décider de la manière d’opérer dans cette situation. Quant à la RDA, il est essentiel que nous passions inaperçus. Nous ferons des détours quand cela sera nécessaire et les Sarentus seront envoyés en éclaireur pour s’assurer que la voie est sans danger pour les hélicoptères.

Le topo dura encore quinze minutes. Alma déroula une liste de nombreux détails techniques et Anqa prit ensuite la main pour nous donner les plans de vol pendant que Priya nous montrait des cartes détaillant les technicités environnementales, les bases de la RDA, ainsi que les territoires de clans possibles dans certaines zones.

La réunion terminée, les membres de la résistance se dispersèrent et il ne resta plus que les Sarentus ainsi qu’Alma.

— Pour la sécurité des hélicos, je pense que vous devriez … Commença cette dernière, mais Ri’nela la coupa d’un geste de la main, le visage impassible.

— Tamtey et moi viendrons te faire part de nos conclusions quand nous en aurons parlé avec le clan.

Le mot "clan" résonna fort dans ma poitrine, faisant battre mon cœur plus fort contre ma cage thoracique. Alma, la bouche pincée, hocha la tête sans rien ajouter et quitta le cercle. Ri’nela se saisit de la tablette avec laquelle Priya nous avait affiché les cartes et fixa son regard sur moi. Les autres sarentus suivirent ses yeux et ils m’observèrent tous, attendant que je prenne une décision.

— Allons dehors.


Le soleil avait chassé la brume matinale et le bord de la falaise nous laissait voir une grande partie de la forêt embrumée. Les Sarentus se tenaient en cercle autour de Ri’nela qui avait toujours la tablette dans les mains, maintenant allumée.

— Cette zone est habitée par des clans, les Tawkamis par exemple, indiqua So’lek en balayant une large zone de la main. Ils ne nous poseront pas de problème, mais à cause des hélicoptères d’autres pourraient nous voir comme une menace.

— Nous ne pouvons pas nous éloigner du convoi. Nous sommes quasiment leur seule sécurité, marmonna Ri’nela.

— Si on doit se battre, vous devrez rester en retrait avec Teylan. C’est trop dangereux de manœuvrer à deux sur un Ikran, ajouta Rasi.

Je réfléchissais à la meilleure stratégie en prenant en compte ce que chacun ajoutait au fur et à mesure. Il était évident que So’lek et moi serions en première ligne. Rasi était aussi une combattante chevronnée, quant à Ri’nela, elle serait frustrée de ne pas pouvoir plus nous aider, mais sa sécurité ainsi que celle de Teylan comptait plus à mes yeux.

— Je pourrais brouiller les appareils des hélicoptères de la RDA, mais ça aurait aussi un impact sur les nôtres, proposa Teylan.

So’lek hocha la tête et son visage se tourna alternativement vers tous les membres du clan.

— Anqa et Shanaya ont plus l’habitude de voler entre les montagnes que la RDA, elles pourront plus facilement s’en passer.

Je levai une main et le silence tomba au milieu du groupe.

— Très bien, nous adopterons cette stratégie si des hélicoptères s’approchent trop près du convoi, mais Rasi a raison. Ri’nela et Teylan, à deux sur Zoslu vous aurez moins de marge de manœuvre, vous serez en bout de convoi pour assurer nos arrières. Rasi, tu resteras au plus près des hélicos pour leur porter une assistance immédiate en cas de besoin.

Cette dernière posa une main sur l’épaule de la tsahìk avant de hocher la tête dans ma direction.

— Quant à So’lek, tu seras à l’avant pour défendre en cas d’attaque frontale.

— Et toi ? demanda Teylan d’une petite voix.

— Je serais à une distance d’une centaine de mètres en avant, en éclaireur. Si j’ai un problème, So’lek pourra me rejoindre rapidement et l’inverse sera aussi faisable si vous êtes attaqués. Ça nous permettra d’avoir un coup d’avance en cas d’attaque.

Je fixai le groupe de Sarentus et ils hochèrent tous la tête, un air déterminé affiché sur leur visage. Une agréable chaleur se diffusa dans ma poitrine et la fierté m’envahit. Je plongeai mes yeux dans chacun des leurs, saluant silencieusement leur courage. Enfin, je les arrêtai sur Ri’nela.

— Allons informer Alma de nos décisions.
Mayossa

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Chapitre 4
Le Futur Chevauchera le Passé


Atufi, Etuwa et Nesim étaient alignées sur le sol alors que les ikrans avaient pris leur envole et que les hélicoptères décollaient. Je les observais de ma hauteur, repensant à ce que chacune m’avait dit. Atufi et Etuwa étaient surtout restées auprès de Ri’nela, déversant leurs conseils sur elle comme une chute un jour d’orage. Pendant ce temps, Nesim avait longuement parlé avec So’lek et moi.

— Tu as appris à avoir le cœur des Zeswas, Sarentu. Ne laisse aucun Omaticaya t’impressionner, tu n’as rien à leur prouver. Pas même à Toruk Makto. Tu es une olo’eykte, tout comme moi, ne l’oublie pas. Sois intrépide et sans peur.

Les paroles de Nesim avaient allumé un feu ardent dans ma poitrine. Le feu de la détermination. Pourtant le reste de ces paroles m’avait fait froncer les sourcils et la suite des événements continuait de me chiffonner le visage alors que je me trouvais maintenant sur le dos de Nimun.

— Minang me fait te dire de continuer à écouter les signes qu’Eywa t’envoie. D’autres surprises t’attendent sur le chemin que tu empruntes, la grande mère lui a parlé cette nuit.

Elle avait ensuite frappé son poing sur son cœur et incliné la tête respectueusement pour nous dire au revoir et So’lek et moi avions fait de même.

— Je te vois tsamsiyu, avait-elle prononcé d’une voix expressive.

— Je te vois, avais-je répondu et elle s’était éclipsée pour dire au revoir au reste des Sarentus.

Etuwa m’avait ensuite tiré hors du groupe, murmurant d’une voix conspiratrice.

— La déesse m’a parlé cette nuit, Sarentu. Le message t’était destiné. Continue d’honorer la voie de ton peuple malgré les risques, malgré les embûches.

Je l’avais dévisagée, étonnée, mais elle n’avait pas relevé, pensant sûrement que ma surprise provenait du message et non du fait que Nesim m’avait révélé un message similaire quelques minutes plus tôt.

— Je… Je ferai de mon mieux, merci, Etuwa.

Elle avait hoché la tête silencieusement avant de poser ses mains sur mes épaules d’un geste affectueux. Sa main était venue effleurer la marque sur ma joue et elle avait pris un air mélancolique.

— Que les couleurs des Aranahes portent ton cœur durant ton voyage, ma’eylan.

Je n’avais pu m’empêcher de la prendre dans mes bras et elle m’avait rendu mon étreinte avec douceur. Nous nous étions fait le salut sacré et Etuwa était partie rejoindre les autres Sarentus.

Avant même que j’aie pu rejoindre le groupe, Atufi s’était approchée, un air compatissant sur le visage.

— J’ai pu donner mes derniers conseils à Ri’nela. J’ai déjà pu rencontrer Mo’at, la tsahìk des Omaticayas, elle sera ravie de lui enseigner sa sagesse. Comment te sens-tu, ma’yawntu ?

J’avais laissé sa question flotter dans le silence alors que j’y réfléchissais.

— Je ne sais pas. J’alterne entre la fierté que j’ai pour mon clan, l’angoisse de retrouver la guerre alors que nous l’avons quittée il y a peu de temps, la sensation d’être dépassée par les événements. L’amour que j’ai pour eux me donne envie de les protéger et de ne pas nous y rendre, mais pour qu’ils soient pleinement protégés, nous devons faire disparaître la RDA. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de bonne décision.

— C’est parfois le cas.

Nos regards s’étaient croisés. Atufi avait assumé le rôle de tsahìk et d’olo’eykte pendant un certain temps, alors que Tsu’lo était parti dans les montagnes et que Mokasa avait été chassé du clan. Elle avait pris des décisions difficiles durant des temps où son clan était particulièrement vulnérable. J’étais sûrement chanceuse de ne pas avoir connu cette situation. Mes pensées s’étaient tournées vers Ri’nela. Sentait-elle autant de poids sur ses épaules ? Sa jeunesse, son manque d’expérience, la faisaient-ils douter autant que moi ? À voir la façon dont elle s’abreuvait des conseils de ses aînés, je supposais que oui. Comme si Atufi avait lu dans mes pensées, elle m’avait répondu:

— Fais confiance à ta tsahìk, elle en sait bien plus qu’elle veut le croire. Et toi aussi. Ce froncement de sourcil qui s’affiche sur ton front prouve que tu as déjà l’esprit d’une olo’eykte.

Ma main était passée inconsciemment sur le pli entre mes yeux et Atufi avait souri.

— La Grande Mère m’a transmis un message à ton attention.

J’avais dévisagé la tsahìk avec un tel choc qu’un rire clair lui avait échappé.

— Te voilà bien étonné de me voir prendre mon rôle de messagère de la déesse. Je constate qu’Etuwa a dû te transmettre son message aussi.

— Ainsi que Minang.

Son sourire avait disparu et elle m’avait regardé d’un air étonné. Sa main était passée sur son menton et ses yeux s’étaient posés dans le vide, toute à sa réflexion qu’elle fût.

— Alors toutes les tsahìks de la frontière occidentale ont reçu un message à ton attention.

— Non pas Ri… mais elle m’interrompit d’un geste de la main.

— Ta tsahìk te révélera les paroles d’Eywa lorsqu’il sera opportun.

Je sentais encore la pierre qui était tombée dans mon estomac à ses paroles.

— Que t’a dit la déesse, Atufi ?

Ma voix tremblait et j’avais saisi le bras d’Atufi qui m’avait jeté un regard apaisant, posant elle-même sa main sur la mienne.

— Respecte les choix de ton peuple. Même s’ils te sont obscurs, leurs destins sont connus d’Eywa.

La voix profonde avec laquelle elle m’avait délivré le message de La Grande Mère m’avait laissée pantelante. Les messages de chaque tsahìk semblaient s’assembler dans mon esprit pour ne me montrer que des images des Sarentus me tournant le dos pour rejoindre un destin différent de celui que j’imaginais pour le clan. Ma gorge s’était serrée et la main qu’Atufi avait posée sur mon épaule m’avait fait sursauter.

— Reprends tes esprits, olo’eykte, ne tente pas d’interpréter ce message maintenant, accepte le juste en ton cœur.

Ses paroles s’étaient voulues rassurantes, mais j’avais été incapable de calmer mes nerfs depuis. J’avais écouté les paroles de courage de la tsahìk d’une oreille distraite et lui avait rendu son salut alors qu’elle s’éloignait déjà. Encore maintenant, alors que je survolais la montagne dans laquelle se cachait l’antre de la résistance, je réfléchissais aux présages. J’imaginais ce que Ri’nela allait peut-être me révéler plus tard. Une prémonition encore plus funeste ? L’annonce de la disparition complète des Sarentus ? Moi seule, siégeant au milieu des cadavres disparus de nos ancêtres, l’esprit embrumé par le yavä, mes compagnons envolés vers des destins dont je ne faisais pas partie. Nor n’était que le premier, et chacun disparaîtrait peut-être un par un.

Le cri qu’Iley poussa lorsque So’lek s’arrêta près de moi me fit tant sursauter que je faillis tomber de Nimun, tombant lourdement sur son cou. Elle poussa un cri outré avant de jeter sa tête en arrière pour m’aider à me redresser. Alors que je me tournais vers So’lek, les joues brûlantes de honte, je ne le vis me dévisager qu’avec de l’inquiétude dans les yeux.

— Le présage de Minang te chiffonne ?

— C’est plutôt LES présages de TOUTES les tsahìks qui me chiffonnent.

So’lek fronça les sourcils, l’air particulièrement surpris.

— Elles en ont toutes reçu un ? Cette nuit ?

Je hochai la tête d’un air sombre.

— Oui, apparemment même Ri’nela a reçu une prémonition de la déesse, mais elle n’est pas encore venue m’en faire part.
So’lek se rembrunit un peu plus, mais n’ajouta rien, réfléchissant sûrement comme moi à la portée que pouvait avoir une telle annonce.

L’accélération du moteur des hélicoptères nous fîmes nous retourner d’un même mouvement. Mon oreillette chuinta légèrement avant de faire percer la voix d’Anqa.

— Ici hélicoptère Alpha, vous me recevez ?

— Hélicoptère Bravo, bien reçu, prononça Shanaya dans mon oreillette.

— Escadron volant, bien reçu, répondis-je en plaquant mes doigts sur mon laryngophone.

Je scrutai le ciel des yeux et repérai Zoslu qui portait Ri’nela et Teylan, puis Rasi sur Tanhì, survolant à une hauteur raisonnable les hélicoptères qui quittaient leur position stationnaire. Je tournai la tête vers So’lek qui portait toujours un air grave sur le visage.

— On en reparle plus tard.

Je hochai la tête silencieusement et poussai deux forts cris de détermination auxquels Nimun réagit tout de suite. Ses ailes battirent d’un coup puissant et elle fit volte-face, scindant l’air. Elle fendit le ciel à toute vitesse pour rejoindre l’avant du convoi.
J’entendis So’lek répondre à mes cris par les siens et plus loin encore Rasi et Ri’nela à peine audible.

— Ici Alpha, c’est parti.

Les hélicoptères se mirent en mouvement et je jetai un dernier regard sur la montagne. Je sentais par mon kuru la puissance dans les ailes de Nimun, sa respiration saccadée par l’enthousiasme, son cœur fort tambourinant à l’unisson avec le mien. Je fermai les yeux, m’imprégnant de ses sensations, les mêlant aux miennes. Je sentais mes cheveux tressés battre dans l’air, l’humidité de la brume sur ma peau, la morsure du vent contre mon visage.

Enroulant mes bras autour des kurus de Nimun, je la sentais déjà trembler d’excitation, se préparant déjà à ce qui allait suivre. J’avais les nerfs en pelote et elle le sentait. Je poussais un cri enfiévré et elle se propulsa en avant, déchirant le ciel. Lui laissant un contrôle total, elle enchaîna vrilles, boucles et tonneaux. Son bonheur allégea mon humeur et je me surpris à rire alors qu’elle poussait des cris et des grognements de ravissement.

*


La nuit tombait doucement, nimbant la jungle d’ombres à peine encore effleurées des bioluminescences de la végétation. Nimun avait pris une allure plus régulière, survolant gracieusement la forêt. J’avais tenté de me laisser envahir par sa sérénité, mais mes réflexions étaient revenues peu après notre départ. Toujours à quelques centaines de mètres des hélicoptères, j’entendais le vrombissement lourd de leurs pales. Depuis notre départ, nous n’avions par chance fait aucune rencontre fortuite, ce qui m’avait malheureusement laissé tout le loisir de me faire du souci. Alors que je pensais encore aux conversations que j’avais eues avec les tsahìks, mon oreillette crachota la voix d’Anqa.

— Alpha à Escadron, demande de zone d’atterrissage.

Je scrutai immédiatement la jungle des yeux, cherchant une clairière, ou une zone dégagée pour faire atterrir les hélicoptères et les labos. Poussant un petit hululement, je fis accélérer Nimun pour ratisser une plus large zone. La forêt était dense et impénétrable, ne permettant qu’à un ikran tout au plus de se poser. Enfin, une trouée dans la jungle se révéla à mes yeux. Plongeant doucement avec Nimun, je survolai la zone pour en vérifier la surface et la sécurité.

— Alpha, ici Escadron, zone d’atterrissage repéré, je viens vous guider.

Je glapis d’excitation et Nimun s’élança, toutes ailes dehors pour rejoindre les hélicoptères. J’aperçus So’lek en premier, assis nonchalamment sur Iley, puis les deux hélicoptères apparurent derrière lui.

— Alpha à Escadron, je te vois.

Je fis un signe de tête aux hélicoptères sans savoir si Anqa pouvait en apercevoir autant de là où elle se trouvait et fit demi-tour, ralentissant pour me retrouver à la hauteur de So’lek. Il tenait d’une main l’un des kurus d’Iley alors que l’autre reposait paresseusement sur le haut de sa cuisse.

— Que penses-tu de notre voyage jusqu’à présent ? lui demandai-je.

Les yeux toujours posés sur l’horizon, il laissa s’étirer le silence quelques secondes.

— Nous sommes à peine sortis du territoire de la frontière occidentale. Nous ne devrions pas croiser la RDA avant demain ou après-demain, je pense. Ils ont déserté la zone par peur de nos attaques. Quant aux autres clans, s’il y en a dans les environs, je ne les ai jamais rencontrés. Comment est l’endroit que tu as trouvé pour nous poser ?

Il se tourna finalement vers moi et je pus le voir me scruter malgré la pénombre.

— Au cœur de la jungle. Une simple petite clairière, mais rien à signaler quand j’en ai fait le tour.

Il hocha la tête silencieusement et je n’ajoutai rien, laissant le murmure du crépuscule emplir le vide entre nous.

— Tu as l’air de quelqu’un qui s’est fait du souci toute la journée.

Je fronçai le nez à sa remarque, plantant un regard renfrogné dans le sien.

— Tu essayes de m’enfoncer ou de me remonter le moral ?

— Ni l’un ni l’autre, je ne fais que constater.

— Charmant de ta part. grommelai-je en fixant mon regard sur mon objectif. J’apercevais enfin le point plus foncé entre les arbres qui indiquait la clairière, à quelques centaines de mètres.

— Si tu as besoin de parler de ce que les tsahìks t’ont dit, je suis là.

Un instant, j’envisageai de tout lui raconter. De lui exprimer tous les doutes et toutes les peurs qui s’étaient immiscés dans mon esprit depuis ce matin. Pourtant je n’en fis rien. Ce n’était pas le moment. Même si parler avec So’lek me soulageait toujours, je devais garder tout ça pour moi encore un petit peu.

— Je sais, mais je veux attendre de savoir ce que Ri’nela a à me dire. Merci quand même.

Il haussa mollement les épaules et n’ajouta rien, fixant de nouveau son regard sur la jungle. Son comportement me fit froncer les sourcils. Il était en général plutôt taciturne, mais la raideur que je remarquais maintenant dans sa nuque me parut trancher avec les gestes savamment souples de ses bras. Son attention était maintenue sur le lointain, évitant mon regard alors que je le dévisageai maintenant depuis une bonne minute.

— Et toi ? Tout va bien ?

Il ne répondit rien, ne croisa même pas mon regard. Pensant qu’il ne m’avait pas entendu, j’allais me répéter quand sa voix serrée m’arrêta, bouche ouverte.

— Non.

Un poids me tomba sur le cœur et je sentis l’angoisse envahir mon cerveau. Était-il malade ? Blessé ? Quitter la frontière était-il trop difficile pour lui ? Voulait-il faire demi-tour ? Et moi ? Serais-je capable d’accepter qu’il fasse demi-tour ? Était-il un autre de ceux qui quitteraient les Sarentus et dont je ne devais pas défier la décision ? Sa voix stoppa net le flot d’angoisse avant même que j’aie pu les exprimer.

— Je sais que tu m’as dit que je n’étais pas seul et que je pouvais compter sur toi et les autres, mais c’est tout ce que je suis capable de t’exprimer pour le moment.

Il n’ajouta rien. Ne se tourna pas vers moi et n’émit plus un son. Je sentis une boule se former au milieu de ma gorge et je déglutis difficilement.

— Ou..Oui b…bien sûr. Je comprends. Prends ton temps.

J’étais bien incapable de rationaliser ce qu’il venait de m’avouer, mais je ne voulais surtout pas qu’il ait l’impression que je lui force la main. Il m’avait dit que ça n’allait pas et c’était déjà un grand pas. Je ne voulais surtout pas le brusquer.

Alors, laissant les sons de la forêt envahir les vides entre nous, je fixai mon regard sur la clairière à quelques mètres, amorçant ma descente.

*


La clairière était encore illuminée des restes d’un feu de camp, projetant les ombres surnaturelles de monstres de métal géant sur la lisière des arbres. Les bruits de la forêt s’étaient atténués autour de nous, remplacés par les cliquetis distinctifs des moteurs qui refroidissent ou le craquement reposant du bois qui brûle.

Nous avions tous pris le temps de bien manger et après un petit topo sur le voyage du lendemain, les membres de la résistance étaient partis s’installer dans les labos qui leur serviraient de camp de fortune. Les Sarentus quant à eux restaient à l’extérieur et avaient décidé d’alterner les tours de garde, pour veiller sur le camp. Je m’étais proposé pour prendre le premier quart, étant de toute façon trop obnubilé par toutes les informations qui tournaient dans ma tête pour trouver le sommeil. Après avoir atterri, So’lek s’était éclipsé et avait pris ses distances avec le groupe tout le reste de la soirée. J’avais vu Rasi lui ramener un repas qu’il avait d’abord refusé d’un geste de la main avant de se laisser convaincre par l’insistance de la doyenne.

Mon arc posé sur les genoux, à l’écart du cercle où le clan avait étalé des tapis pour se reposer, je veillai, le regard posé sur les bois. Naranawm éclairait le ciel, nimbant la forêt d’une lueur oscillant entre le bleu clair et le rose pâle. Au bord de sa surface, on pouvait voir apparaître une autre de ses lunes, brisant le bleu profond du ciel par sa présence. Des milliers d’étoiles se trouvaient là, à peine visibles quand on regardait Polyphème droit dans les yeux. Il fallait se détourner pour en apercevoir toute la splendeur, tourner le dos au grand œil pour apercevoir sa propre vision du ciel.

Hypnotisé par le firmament, je refusai de tourner les yeux vers la personne qui s’était levée pour s’approcher doucement de moi. Lorsque je tournai enfin la tête, Ri’nela s’accroupissait, le regard levé vers le ciel.

— Tu sais pourquoi on l’appelle le grand œil ? murmura-t-elle sans en détacher les yeux.

Je levais de nouveau la tête en silence, attendant patiemment qu’elle continue.

— À l’aube des premiers na’vis apparut la première messagère d’Eywa. En voyant ces semblables récolter les fruits de leur bonté ou subir les conséquences de leur cruauté, elle comprit que cet univers reposait sur l’équilibre et qu’une force supérieure en contrôlait l’harmonie. Plus elle vieillissait, plus elle sentait cette présence grandir autour d’elle, la couvrant d’un regard juste, mais ne sachant jamais d’où cette sensation lui venait. Une nuit, elle se réveilla d’un rêve troublant où des milliers d’yeux la regardaient à travers la forêt. Juste avant qu’elle se réveille brusquement apparut un regard de lumière au-dessus d’elle, au creux du ciel. Désemparée, elle gagna un petit étang non loin dans le but de s’asperger le visage. Alors qu’elle plongea les mains dans l’eau fraîche, brisant la surface calme, elle aperçut la lumière de Naranawm s’y refléter. Là, alors que la surface ridée s’apaisait, elle aperçut le grand œil lumineux de son rêve. Elle leva les yeux et il était là, la fixant de son regard moiré, au milieu du ciel, au centre du ventre de la grande planète. Et elle sut que de là, observait la gardienne de l’harmonie.

Le silence s’enroula autour de nous alors que la voix de Ri’nela s’estompait dans la nuit.

— Ton talent ne trahit pas les Sarentus, Ri’nela. Tu es faite pour raconter les histoires.

— J’ai beaucoup pratiqué, au moment des grands jeux.

— Tu étais déjà douée pour ça quand nous étions petits, à la TAP.

Elle ne répondit rien et lorsque je me tournai vers elle, ses yeux étaient posés sur ses mains serrées.

— Je m’en souviens… J’en racontais toujours à Yuayt et Yefti avant d’aller dormir. Okni aussi m’en demandait, chaque fois qu’elle était malade. Jusqu’au dernier soir, elle me les a réclamés, le soir où elle …

Elle ne termina pas sa phrase, mais je savais exactement de quoi elle parlait.

Okni avait été enlevée par la RDA encore plus jeune que moi, à peine quelques semaines. Elle avait donc toujours eu une santé très fragile. Le jour où nous avions voulu nous enfuir, elle n’avait même pas été capable de sortir du lit et son frère Yuayt était resté près d’elle. Après la mort d’Aha’ri, elle nous avait quittés à peine quelques jours plus tard, à seulement 8 ans. Dans les semaines suivantes, durant un exercice de tir, Yuayt s’était suicidé d’une balle dans la tête. Nor était juste à côté de lui. Le reste d’entre nous n’avait pas eu le temps de voir quoi que ce soit avant que les soldats nous forcent à regagner le dortoir, mais lui en avait fait des cauchemars pendant des semaines.

— Après ça, Yefti n’a plus jamais réclamé d’histoire, poursuivit Ri’nela.

— Oui… Elle allait dormir dans le lit de Telisi presque toutes les nuits.

— Et Teylan venait parfois dormir dans le mien la nuit. Il ne supportait pas de t’entendre pleurer à côté de lui, ça lui faisait trop de peine.

Une pointe de culpabilité me perça le cœur. Chaque nuit, je m’endormais en pleurant Aha’ri. Ça avait duré un peu moins d’un an, ensuite je me berçai doucement en murmurant le chant de notre clan, celui qu’Aha’ri chantait encore une minute avant que Mercer ne la tue.

— Il avait du mal à comprendre que c’était encore plus dur pour toi que pour lui…

Je me tournai enfin vers la tsahìk. Elle me regardait d’un air si mélancolique qu’une bouffée de tristesse me monta aux yeux.
— Il n’a jamais été question de mesurer nos souffrances respectives. La mort d’Aha’ri m’a sûrement renforcé d’une certaine façon. Je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui si ce n’était pas arrivé.

Elle hocha lentement la tête sans me quitter du regard.

— Elle serait fière de toi aujourd’hui.

La sincérité de son ton me gifla avec tant de force que je ne pus m’empêcher d’étouffer un sanglot. Je plaquai ma main sur ma bouche, tentant vainement de comprimer le flot de larmes qui voulait me submerger.

— Je pense souvent… à quelle olo’eykte elle aurait été… À sa ténacité et sa bravoure face à l’ennemi… J’ai souvent l’impression… d’être incapable de lui arriver à la cheville.

Mon ton était haché, entrecoupé de sanglots. Mes joues dégoulinaient de larmes. Ri’nela se rapprocha de moi et me posa une main réconfortante sur le dos, frictionnant ma peau avec douceur.

— Aha’ri avait de nombreuses qualités, mais elle était aussi téméraire et impétueuse. Oui, nous n’étions tous que des enfants, mais ce jour-là, elle a manqué de jugement. C’est ce qui l’a conduite à sa perte. C’est ce qui aurait pu nous conduire à notre perte à tous.

Ne te sous-estime pas face à ta sœur, même elle te dirait que tu as toutes les qualités qu’on peut attendre d’un chef. Dont le doute de soi. C’est ce qui fait que tes choix sont souvent avisés.

Le silence retomba alors qu’elle me laissait le temps de me calmer.

— Moi aussi je doute aussi. De ma place. De mon rôle. Avant l’arrivée de Rasi, j’avais l’impression de chasser des ombres. Je me pensais incapable de rassembler l’histoire et les traditions de notre clan. Pas tsahìk, à peine une guérisseuse. Puis j’ai appris. Auprès d’Etuwa, de Minang et d’Atufi. Pas autant que je l’aurais voulu, mais suffisamment pour prendre confiance en mes capacités. Rasi aussi nous relie à nos traditions perdues, à nos chants et à nos rituels. Toi aussi tu apprends, comme moi, à trouver ta place. À comprendre ton rôle.

— Tu parles comme une tsahìk.

Un sourire amusé s’imprima sur les lèvres de Ri’nela. Elle leva de nouveau les yeux vers le ciel.

— Je l’espère en tout cas.

Je la dévisageai alors qu’elle fixait toujours les étoiles. Ce fut la première fois que j’aperçus en elle la flamme de confiance qu’Eywa s’efforçait d’y laisser.

— Ce que t’a dit la grande mère cette nuit, ça t’a fait comprendre que tu avais ta place comme tsahìk, n’est-ce pas ?

Elle ne répondit pas à ma question, mais le regard entendu qu’elle me lança était limpide.

— Tu as entendu les autres messages, aujourd’hui ?

— Oui, murmurais-je en hochant la tête.

— Veux-tu entendre celui que la déesse m’a laissé pour toi ?

Mon regard dut parler de lui-même, car elle positionna son corps face à moi, tournant le dos à la lumière que projetait Polyphème. Son visage, à peine éclairé d’un côté, brillait d’un faible éclat de l’autre et les douces lueurs que projetait encore le feu mourant brillaient dans son œil. Je vis ses lèvres bouger, mais j’eus du mal à reconnaître la voix qui s’en échappa, profonde et lente.

— Lorsque le mélange coulera dans son cœur autant que dans ses veines, la monteuse de l’Origine sera celle qui guidera, au côté de l’enfant d’Eywa.
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