Lecture terminée. =)
C’est encore une fois avec un grand plaisir que je me suis replongée dans le quotidien rafraichissant de Flora et des habitants de Mure ; plaisir toutefois teinté cette fois-ci d’une légère pointe de tristesse à l’idée que ce serait la dernière fois… (Quoi que… Avec une telle conclusion, on est en droit de se demander si Jenny Colgan ne nous préparerait pas une dernière petite virée murienne, qui sait ?)
Cet ultime tome démarre avec quelques pages de rappel sur les aventures précédentes afin de bien se resituer avant de commencer notre lecture. Je dis du coup merci à l’autrice de penser aux lecteurs qui n’ont pas forcément enchaîné les tomes.
En revanche j’aurais apprécié la même petite liste de personnages qu’on avait eue dans le tome précédent, afin de vraiment bien tous les avoir en tête, notamment justement les quelques-uns qui ont fait leur apparition dans le quatrième volume.
Tout comme avec chacun des quatre autres opus, j’ai vraiment passé un très bon moment de détente et d’évasion sur cette petite île verdoyante, à accompagner les préparatifs de mariage de notre héroïne et les péripéties amoureuses tumultueuses de sa meilleure amie. Les descriptions des paysages font toujours leur effet, nous transportant sans effort au milieu des collines, au bord de l’Infinie, ou encore dans l’ambiance feutrée et chaleureuse du Rock ; et nous donnant surtout envie de bonnes vacances en plein air, ponctuées de bons petits plats de la Seaside Kitchen.
Bien que, et c’est l’un des quelques reproches que j’ai envers ce tome, cette dernière soit très peu présente – voire quasi inexistante. Certes Flora a de nouvelles responsabilités en tant que gérante d’un superbe hôtel, ainsi qu’un grand nombre de préoccupations avec le mariage à venir ; toutefois, son salon de thé occupait toujours jusque là une place assez conséquente, et même lorsqu’elle a commencé ses nouvelles activités, elle y passait tout de même du temps. Or dans ces pages, l’établissement est presque anecdotique, et notre lecture n’est plus accompagnée par ses délicieux effluves qui nous mettent l’eau à la bouche. Même le temps passé au Rock ne nous offre pas de consolation sur cet aspect, puisque nous n’avons que peu d’aperçu des cuisines et des explorations culinaires de Gaspard et son équipe.
Ça n’a l’air de rien dit comme ça, et c’est vrai que ça n’a pas non plus gâché mon plaisir évidemment, mais j’ai tout de même trouvé cela dommage de perdre un aspect de l’âme de cette saga, qui nous accompagnait depuis le tout début de notre aventure.
Ici encore l’histoire fonctionne à merveille, nous projetant aux côtés de nos protagonistes qui nous touchent, nous agacent, nous font rire ou grincer des dents, nous partagent leurs peines et leurs espoirs.
J’ai passé un très bon moment à suivre Flora dans ses préparatifs de mariage qui prennent une tournure à laquelle elle n’aurait jamais pu s’attendre, notamment avec la petite virée pour le choix de la robe (je me suis sentie d’autant plus concernée par ses aventures que je suis moi-même fiancée depuis peu, je me projetai donc très bien dans ces tableaux consacrés à l’organisation de son grand jour).
J’ai cependant déploré une sorte de retour en arrière dans leur relation et leurs comportements avec Joel. On les a vu évoluer durant quatre tomes, prendre en assurance l’un et l’autre, franchir le cap de partager leurs secrets et leurs pensées les plus intimes, les plus complexes… Pourtant ils donnent ici l’impression d’avoir un peu régressé. Certes on peut comprendre la baisse de confiance de Flora quand on voit l’horrible caractère des nouveaux personnages auxquelles se frotte jour après jour dans cette histoire ; toutefois, cela m'attristait de voir qu'elle semblait passer à côté de son propre mariage. À la moitié du roman, elle semblait n'avoir rien en main, et si certaines choses se goupillaient enfin un peu dans son sens (comme l'achat d'une vraie belle robe), elle ne prenait aucune décision réelle jusque-là, se laissant porter par les choix des autres. Sans jamais réussir à être honnête avec Joël au sujet de tout ceci.
Ils avaient pourtant l'air d'avoir surmonté leurs problèmes de manque de communication, mais ils reviennent ici au galop. Bien sûr, c’est pour mieux se retrouver par la suite, mais après tout ce qu’ils ont vécu dans les volumes précédents, avoir tourné les choses ainsi laisse vraiment un petit goût de régression qui, à mon sens, est un peu dommage.
Mais Flora et Joel sont des personnages angéliques comparés aux nouvelles venues, Jacinth et Olivia ! Si la seconde a fort heureusement des circonstances atténuantes et une évolution qui dévoile petit à petit quelqu’un de relativement attachant avec des failles relationnelles, la première reste en revanche exécrable d’un bout à l’autre du récit.
Ces deux femmes sont vraiment les stéréotypes mêmes des innombrables personnes bouffies d’orgueil qui ne vivent que pour le paraître de leurs réseaux sociaux. Leurs réactions sont ainsi assez prévisibles dès qu’on les rencontre, elles nous offrent des discours probablement un peu clichés, mais malheureusement extrêmement réalistes, que l’on imagine sans mal dans la bouche des trop nombreuses « influenceuses » qui pullulent à l’heure de l’essor du superficiel des réseaux.
Ce sont par ailleurs des personnages bien construits – enfin, surtout pour Olivia, Jacinth n’étant que peu développée en comparaison. Elle se révèlent un peu plus touchante qu’elle n’en a l’air, subissant un manque d’affection et une pression quotidienne qu’elle s’inflige en raison de tout ce que tout le monde pense d’elle depuis sa jeunesse ; c’est un schéma déjà vu bien sûr, mais qui fonctionne comme il faut ici.
Notre dernière héroïne dans cet enchevêtrement d’histoires d’amour n’est autre que Lorna, ici la plus touchante des trois. Notre pauvre institutrice oscille toujours entre moments de pur bonheur mais secrets et désespoir de ne pouvoir vivre son amour au grand jour, afin de ne pas complexifier davantage la situation de Saif et de ses enfants. On s’identifie sans peine à ses questionnements, ses peines lorsqu’elle voit tout son entourage autour d’elle évoluer, fonder des familles, s’épanouir dans leurs vies « d’adultes » alors qu’elle a l’impression de pas avancer, et qu’elle subit en plus le regard des autres, cette pression sociale que vivent un grand nombre de femmes (probablement d’hommes aussi) toujours célibataires passé la trentaine.
On partage vraiment chacune de ses émotions, toujours fortes, et on a envie de la soutenir face à la tournure que prennent les événements. Et on a surtout très très envie d’une suite après la conclusion de son histoire…
Et enfin, parmi les personnages secondaires, je me sens obligée de parler de la personne la plus insupportable qui soit… Jan ou Agot ? Difficiles à départager tellement elles sont toutes deux exaspérantes !
Bon ok Agot n’est qu’une gamine, et les enfants à cet âge peuvent se montrer très agaçants. Mais le problème est que personne ne semble vouloir l’éduquer ! Elle a beau se montrer particulièrement odieuse, personne ne lui dit jamais rien, ou alors sur un ton de dépit de quelqu’un qui ne croit même pas en ce qu’il dit. Alors forcément elle restera extrêmement mal élevée si personne n’a envie de prendre la peine de lui faire comprendre les choses…
Quant à Jan : mais quelle plaie ! En en apprenant plus sur sa famille, en étant témoin de ce qu'elle a pu vivre et ressentir au long de sa jeunesse, on essaie d'avoir de l'empathie pour elle. Petit à petit on comprend qu’à ses failles familiales semble s’ajouter une dépression post-partum, et on ne peut qu’imaginer son désarroi face à ce trop plein d’émotions. Par moments on a vraiment envie d’essayer de ne pas être trop durs avec elle. Mais dès que ce genre de moments se présente, rebelote, son comportement est si mauvais qu’elle nous coupe dans notre élan. D’un bout à l’autre du livre elle ne fait toujours aucun effort, même quand les autres protagonistes essaient d'être bons avec elle parce qu'elle leur fait de la peine. Jamais elle ne renonce à son amertume, à ses propos acerbes, elle est constamment haineuse et crache sans cesse son venin. Comment faire preuve de compréhension ?
Je passe peut-être à côté de sa détresse malheureusement, mais son antipathie est à un tel degré que je n’arrive vraiment pas à m’attacher un tant soit peu à elle ou à lui trouver des points positifs… Si un sixième tome voit le jour, j’espère vraiment que l’autrice parviendra à me la rendre plus humaine.
Oui il y a des personnages exécrables, oui j’ai souvent levé les yeux au ciel, mais oui, c’’était une nouvelle fois une excellente lecture ! Cette série est ma petite parenthèse de fraîcheur à chaque fois que je me plonge dans l’un de ses volumes.
Elle m’a fait découvrir la plume de l’autrice, qui m’a tellement plu que j’ai déjà commencé à me procurer ses autres séries et qui j’en suis sûre me plairont tout autant.
Bref, certes j’ai émis quelques bémols, mais c’est tout simplement parce que je me suis beaucoup impliquée dans ces aventures muriennes, que je recommande chaudement.