Morana
Avec Maudit Karma de David Safier, je valide la consigne Lire un livre avec un personnage principal mort à un moment donné : zombie, vampire, mort puis réincarné créature, ou mort puis ressuscité etc... .
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Le jour où je suis morte n’a pas vraiment été une partie de plaisir. Pas seulement à cause de ma mort.
[...]
J’étais debout sur le toit-terrasse de l’hôtel à contempler les lumières de Cologne by night, seule avec mes pensées confuses.
[...]
C’est alors que je vis quelque chose briller dans le ciel. C’était très beau : ça ressemblait à une étoile filante. Je fermai les yeux et fis un vœu : « Que tout s’arrange… »
À travers mes paupières fermées, je vis la lueur grandir, devenir aussi brillante qu’un fanal. Puis vint le bruit. Un bruit assourdissant ! J’ouvris brusquement les yeux, juste à temps pour voir une boule de feu foncer droit sur moi.
Je compris aussitôt que je n’avais aucune chance de l’éviter. Je n’eus que le temps de me dire : « C’est vraiment dingue de mourir comme ça ! »
Ensuite, comme c’est l’usage en pareil cas « toute ma vie défila devant mes yeux ».
[...]
Après ce rapide passage en revue de mon existence, je vis soudain la lumière. Celle dont parlent les gens dont le cœur s’est arrêté pendant quelques minutes et
qui sont ensuite revenus à la vie.
[...]
Et puis je fus rejetée loin de cette lumière. Je perdis conscience.
Quand je m’éveillai à nouveau, je m’aperçus que j’avais une tête énorme.
Et un arrière-train insensé.
Et six pattes.
Et deux très longues antennes.
Et ce fut le numéro un des pires moments de cette journée !
[...]
Il n’existe qu’une seule réaction normale quand on se réveille subitement dans un corps de fourmi : on ne le croit pas.
[...]
─ Au secours ! À l’aide ! Ma voix de fourmi était extraordinairement stridente.
[...] Est-ce que quelqu’un m’entend ? criai-je d’une voix de plus en plus aiguë.
─ Bien sûr que je t’entends. Tu fais assez de bruit, répondit une voix pleine de bonté.
[...] où étais-je ? Et qui me parlait ?
─ Retourne-toi.
Lentement, je me retournai [...]
Quand j’eus fini de démêler mes pattes de derrière, j’identifiai un peu mieux les lieux : j’étais juste sous la surface de la terre, dans une galerie visiblement
creusée par des fourmis. Et une fourmi se tenait devant moi. Une fourmi extraordinairement grosse. Elle me souriait avec douceur.
[...]
─ Tu veux sans doute savoir qui je suis, reprit la fourmi.
─ Ça, et aussi comment je fais pour sortir de ce cauchemar.
─ Ce n’est pas un cauchemar
─ Une hallucination, alors ?
─ Non plus.
─ Mais alors, quoi ?
En posant cette question, je pressentais que la réponse n’allait pas me plaire.
─ C’est ta nouvelle vie.
[...]
─ Siddharta Gautama, dit la grosse fourmi d’un ton plein de bonté.
[...]
─ Bouddha, dit la grosse fourmi. Tu me connais sans doute mieux sous ce nom.
[...]
─ Bouddha n’est pas une fourmi.
─ J’apparais aux hommes sous la forme dans laquelle leur âme s’est réincarnée. Tu es réincarnée en fourmi, je t’apparais donc comme une fourmi .
─ Réincarnée ? bégayai-je
─ Réincarnée, répéta Bouddha.
[...]
─ Si… si tu es Bouddha, et si je suis réincarnée…alors pourquoi en fourmi ?
─ Parce que tu n’as pas mérité autre chose.
Une fois de plus, ma vie défila devant mon œil spirituel
[...]
Je vis de nouveau la lumière.
[...]
Peu importait en quoi j’étais réincarnée, [...]
[...]
Je jetai un coup d’œil à mon corps et vis que j’étais un minuscule bébé cochon d’Inde, avec un pelage marron et blanc encore tout gluant de ma mise au monde.
─ Pourquoi ne suis-je pas devenue autre chose qu’un cochon d’Inde ? demandai-je à Bouddha, et, sans lui laisser le temps de répondre, je me mis à trépigner sur mes petites pattes en criant : Je veux être un chien !
[...]
─ Pour renaître en chien, il t’aurait fallu amasser davantage de bon karma.
Ma dernière pensée fut : « Je ne m’habituerai jamais à cette putain de mort ! »
[...]
Puis vint la lumière.
[...]
Quand la lumière me rejeta de nouveau, je me demandais déjà en quoi je me réincarnerais cette fois-ci.
Il y a des choses plus agréables que de s'apercevoir qu’on est une vache.
[...]
─ Et pourquoi suis-je une vache maintenant ?
─ Parce que tu as amassé du bon karma.
[...]
Les ennuis commencèrent dès la première semaine de ma vie de veau chez le rancher Carl.
[...]
Le lendemain, il me fit euthanasier avec tous les autres veaux.
Quel bon karma avais-je pu amasser comme ça ?
Eh bien… aucun. Plutôt du mauvais. J’étais responsable de la mort des autres veaux.
C’est ainsi que je dégringolai dans l’échelle des réincarnations.
Je renaquis en Irlande sous la forme d’un ver de terre.
[...]
Je sus aussi ce que c’était que de se séparer en deux quand une tondeuse à gazon vous passe sur le corps.
[...]
J’accumulai donc du bon karma en
apprenant aux autres vers à se mettre à l’abri d’une tondeuse à gazon.
Sous la forme d’un doryphore, je mis à sac un champ de pomme de terre en Corse avec l’aide de mes congénères.
Et j’amassai du bon karma [...]
[...]
Sous la forme d’un écureuil, près de la frontière entre les Pays-Bas et l’Allemagne, j’appris combien il est merveilleux de sauter d’arbre en arbre. Et j’amassai du bon karma [...]
[...]
Enfin, au terme de cette phase vache-ver de terre-
doryphore-écureuil, j’entamai ma dernière vie d’animal.
Une fois de plus, je m’éveillai aveugle.
[...]
À peine avait-il dit cela que mes yeux devinrent opérationnels. J’étais couchée dans une corbeille, au milieu d’une portée de bébés beagles. Et la corbeille se trouvait elle-même dans un chenil.
[...]
─ Si tu fais tout ce qu’il faut, ce sera ta dernière incarnation dans un corps d'un animal, dit Bouddha.
Il m’était apparu sous la forme d’un beagle fauve,[... ]
─ La dernière fois ? dis-je incrédule
─ Tu as amassé beaucoup de bon karma dans tes différentes vies [...]
Tu en as fait davantage que dans toute ta vie d’être humain. tu peux être fière de toi, acheva-t-il.
Mais là, devant l’autel, je m’effondrai bel et bien » Et, comme il est extrêmement rare qu’on appelle une ambulance avec un défibrillateur pour un chien, je mourus en pleine église.
[...]
De nouveau ma vie défila devant moi.
[...]
Puis je vis la lumière.
[...]
C’est alors que je constatai une chose incroyable : j’étais couchée là, nue… et dans mon corps humain.
[...]
─ Ton âme va se réincarner dans le corps d’une femme qui est en train de mourir à cet instant, m’annonça-t-il. Je ne t’accorderai cette chance qu’une
seule fois.







