Hello, je viens valider (avec un peu de retard, désolé) mon nettoyage de PAL du mois de Mars !

J'ai choisi comme consigne de
Lire des livres écrits par une femme.
La Passe-miroir, Livre 1 : Les Fiancés de l'hiver
Christelle Dabos
Roman, 608p
Sans surprise, ce livre a été un énorme coup de cœur. Il faut dire qu'on me l'avait tellement recommandé que j'en avais des attentes assez élevées, et malgré tout je n'ai pas été déçue.
Je me vois un peu comme un moteur Diesel, dans le sens où il me faut toujours du temps pour rentrer dans l'univers et m'attacher aux personnages. Donc même si je sentais que ça allait me plaire, je n'étais pas vraiment dedans sur un bon tiers du livre et je devais un peu m'astreindre à continuer. En revanche, arrivée à la moitié, j'étais complètement happée par cette lecture et je n'avais qu'une hâte : y retourner !
Globalement c'est un condensé d'éléments qui me plaisent en fantasy. On y retrouve plein de codes classiques de ce genre, et pourtant l'univers semble incroyablement original et authentique. C'est sans doute ces petites touches très personnelles (comme l'écharpe ! que j'aime cette écharpe..) qui nous donnent l'impression de découvrir quelque chose de complètement nouveau et pourtant familier.
J'aime beaucoup le personnage d'Ophélie, auquel il est très facile de s'identifier. Elle a plein de traits qui la rendent profondément humaine : elle est très maladroite, un peu timide, a du mal à exprimer ses sentiments, est également curieuse au point de s'attirer des ennuis ; elle ne ressent pas d'attraction pour la gente masculine, n'aime pas être au centre de l'attention, est pourvue d'un physique assez quelconque. C'est le genre d'héroïne (ou plutôt d'anti-héroïne) qui échappe aux stéréotypes de "la femme forte qui sait tout faire" sans pour autant tomber dans la "femme faible qui n'existe qu'à travers les yeux d'un homme". Elle peut sembler de prime abord fade et effacée, mais sous ses dessous empotés couve de la détermination, de la résilience, et le courage de rester fidèle à elle-même et ses principes. Bien qu'elle se laisse parfois marcher sur les pieds, elle sait aussi faire preuve de force de caractère quand il s'agit de défendre les siens.
Thorn, son promis, a beau être "désagréable et mystérieux" (ce qui fait un peu cliché de littérature romance), il n'est pas décrit comme beau ou attirant, au contraire. Il se dévoile un peu plus dans la deuxième moitié du livre -notre perception de lui évolue d'ailleurs au fur et à mesure des révélations sur son enfance, sa famille et ses motivations-, mais reste néanmoins assez énigmatique. Il apparaît de manière assez claire qu'il se trouve sur le spectre autistique : il présente des difficultés sociales (d'ailleurs, tout le monde le méprise, à l'exception de sa tante), il a souvent le regard fixe et son visage ne semble refléter aucune émotion, il préfère les chiffres aux personnes, semble avoir une obsession pour sa montre... Je trouve son personnage super intéressant et j'ai hâte d'en découvrir plus sur lui.
Les autres personnages secondaires sont, si ce n'est forcément sympathiques..., du moins hauts en couleurs : la sublime tante de Thorn, parfois maternelle puis sadique, la loyale tante Roseline, le valeureux Renard, l'énigmatique Gaëlle et sa protectrice la mère Hildegarde, l'ambassadeur dont on ne sait que penser, le terrible chevalier ! et tout un tas d'autres, avec leurs propres traits de caractère, leurs défauts, leur histoire, et leurs objectifs propres qui ne nous sont pas toujours dévoilés...
J'ai énormément apprécié la plume de Christelle Dabos, qui est un plaisir à lire. C'est facile mais bien écrit, fluide, visuel, avec du suspens, des révélations surprises... Tout est expliqué en temps et en heure sans nous tartiner de lore à chaque révélation (et ça j'aime beaucoup, parce que la surexposition, ça a le don de me gonfler !).
Les descriptions des lieux et des personnages notamment permettent de s'immerger facilement dans cet univers. C'est un délicat équilibre à trouver entre ne pas en dire trop pour ne pas submerger le lecteur et laisser certaines choses à son imagination, tout en le guidant suffisamment pour qu'il puisse marcher dans les bottes d'Ophélie et comprendre son ressenti. Cet équilibre m'est apparu comme bien géré.
Le côté magie est relativement peu exploité mais le cœur de l'intrigue repose avant tout sur des machinations politiques. Certains lui reprochent ainsi un manque d'action, personnellement c'est ce qui a contribué à me séduire. J'avais vraiment l'impression d'évoluer aux côtés d'Ophélie et de découvrir en même temps qu'elle cette nouvelle arche et son fonctionnement.
Bref pour moi c'est un sans faute, et j'ai hâte de lire la suite !
La Passe-miroir (BD), Tome 1 : Les Fiancés de l'hiver
Christelle Dabos & Vanyda
Bande Dessinée, 272p
Après avoir adoré le livre, je ne pouvais évidemment pas passer à côté de son adaptation en BD ! C'est avec beaucoup de hâte (et un poil d'appréhension) que j'ai revisité ce premier tome de la Passe Miroir sous l'œil de Vanyda. Et je dois dire que ça a largement comblé mes attentes !
Déjà, j'ai adoré le stylé graphique. Le character-design est absolument parfait, rien à redire. Et les grandes pages de paysages sont juste sublimes...
Rien de plus à dire sur le scénario que pour le livre, l'adaptation suit scrupuleusement la même trame. Même si la BD se suffit à elle-même, je suis contente d'avoir lu le livre avant, je pense que sinon je serais passée à côté de certains détails ou aurait été perdue dans la foultitude d'informations et de personnages. C'est vrai que c'est très dense (quasiment 300 pages !)
Bref, c'est un travail titanesque qui vaudrait bien plus que le prix auquel il est vendu.
Et pour des considérations externes : la qualité du papier est nickel, les pages sont épaisses et agréables à parcourir, de même pour la couverture !
La Sphère
Alexiane De Lys
Roman, 332p
[J'ai lu ce livre dans le cadre du Challenge Cadeau de Noël 2025, sur une proposition de Louloulalouve]
Alors, que dire de ce roman... Au terme des 30 premières pages, mes attentes étaient au ras des pâquerettes. J'étais vraiment partie pour le finir dans la douleur et le classer en "Pas apprécié". Cependant je me suis surprise à me prendre au jeu malgré moi, et au bout d'une centaine de pages j'étais tellement dedans qu'il mérite bien d'être promu en bronze. C'est un peu une sorte de plaisir coupable : avec du recul, je lui trouve toujours pas mal de défauts, mais c'était divertissant, j'ai passé un bon moment, et il faut au moins rendre à César ce qui est à César et lui reconnaître une intrigue (sur)prenante. Comme quoi parfois il faut persister un peu et ne pas juger trop hâtivement.
Commençons par le négatif (histoire de finir sur une note plus optimiste !).
Déjà, j'ai eu franchement du mal avec le style d'écriture. Je n'aime pas trop les romans écrit au présent et à la première personne, et j'ai trouvé en plus les dialogues assez maladroits. Ce qui m'a particulièrement déplu, c'est l'info dump qui tombe parfois comme un cheveu sur la soupe. Dès le premier chapitre, on sait déjà tout de l'apparence de Noria (y compris ses mensurations), son histoire, ses motivations... A chaque nouvelle révélation, on nous explique tous les tenants et aboutissants, l'apparence de chaque nouveau personnage est donnée en détail dès leur introduction, histoire qu'on ne se sente surtout pas perdu. Vu qu'il est apparemment adressé à un public Young Adult et pas jeunesse (et vu les thèmes abordés, je suis plutôt d'accord avec cette orientation), ça m'a déplu qu'on me prenne à ce point par la main.
En ce qui concerne les personnages, je les aient trouvés assez plats, et pas particulièrement attachants, y compris notre protagoniste.
L'ex relation toxique de Noria et son amnésie auraient pu être diablement intéressants, mais ils sont abordés très rapidement et l'aspect psychologique est complètement survolé.
Le livre est peut-être trop court et trop intense pour qu'on ait le temps de s'attacher à leur personnalité -ou bien c'est qu'on nous la révèle trop vite, puis qu'on passe à autre chose.
Pour finir sur une note plus positive ! Le gros point fort de ce roman est clairement son scénario. Il y a du suspens, des retournements de situation inattendus, c'est rythmé, il y a de la tension... On ne sait plus que croire et à qui faire confiance. Il emprunte d'ailleurs plus au thriller qu'à la SF. On est tenu en haleine tout du long et on a terriblement envie de connaître le fin mot de l'histoire. Certaines révélations étaient un peu tirées par les cheveux, mais globalement j'ai plutôt bien aimé le dénouement.
En bref : un roman porté par un scénario original et prenant, mais un peu desservi par son style d'écriture, et qui aurait peut-être mérité plus de pages pour laisser le temps à l'intrigue de s'installer et se développer. Peut-être que j'essaierais d'autres romans de l'autrice à l'avenir.
Cassandra Darke
Posy Simmonds
Roman graphique, 96p
J'ai découvert Posy Simmonds l'an dernier avec Gemma Bovery et suis immédiatement tombée sous le charme de son style si particulier. C'est donc avec plaisir que je me suis replongée dans son univers avec Cassandra Darke.
Cette anti-héroïne acariâtre, avare et dépourvue de morale se retrouve plongée dans une sombre affaire de meurtre par l'intermédiaire de sa nièce Nicki, qu'elle a hébergé quelque temps dans le sous-sol de sa maison huppée contre travail. Cette dernière se rêve en artiste bousculant les codes ; elle est aussi jeune, naïve et utopiste que sa tante est vieille, pragmatique, cynique et aigrie. Nicki prends des cours de burlesque, Cassandra considère cette pratique comme du "strip-tease pour les bourgeois". Nicki organise des happenings pour sensibiliser aux inégalités sociales ? Cassandra, qui trouve cela parfaitement ridicule, refuse de donner la moindre pièce aux mendiants. Nicki tombe sous le charme du premier clampin venu ? Cassandra est repliée sur soi, n'a jamais connu la passion amoureuse, ni osé lâcher prise face à un homme. A l'aube de sa vie, elle fait le point et prends conscience de sa solitude. La rédemption est-elle encore possible pour cette femme qu'on nous présente comme monstrueuse, mais qui s'humanise de plus en plus au fil des pages ?
Simmonds nous brosse, à travers ces deux personnages pleins de contraste, le tableau d'un Londres fracturé. Elle aborde des thèmes tels que les violences sexuelles, le trafic d'êtres humains, et la précarité financière, et nous questionne sur notre conscience.
On y retrouve sa patte habituelle : mi-roman mi-bande dessinée, un trait reconnaissable entre tous, un humour "so british" corrosif et décalé, qui n'épargne personne, et une temporalité capricieuse qui enchevêtre le passé et le présent. Une intrigue prenante et originale, saupoudrée de sarcasme, qui a un goût de reviens-y.
Résister
Salomé Saqué
Essai, 131p
Une lecture essentielle en vue des présidentielles de 2027. Formidablement sourcé, très bien structuré et très accessible, cet essai d'une centaine de pages permet de mieux comprendre le danger que pose l'extrême droite à la démocratie française. Salomé Saqué revient sur les origines de l'ex- Front National, analyse les facteurs ayant permis l'ascension fulgurante de l'extrême droite en France (et en Europe) au cours des dernières années, et expose de manière claire ce qui nous attends en cas de prise de pouvoir du RN. Enfin, elle incite à l'action citoyenne pour inverser cette tendance avant d'atteindre un point de non retour (en proposant notamment des pistes pour rétablir le dialogue social avec ses électeurs). Elle pose également un regard critique sur les médias et le rôle de journaliste.
A mettre entre toutes les mains, quelles que soient les opinions politiques et le degré de connaissances de la personne auxquelles elles appartiennent.
La Passe-miroir, Livre 2 : Les Disparus du Clairdelune
Christelle Dabos
Roman, 704p
Ce second tome m'a paru encore meilleur que le précédent, si une telle chose est seulement possible !
Je ne développerais pas outre mesure, étant donné que mon avis rejoins celui que j'avais exprimé pour le premier en pas mal de points. Celui-ci comporte peut-être un peu plus d'action, ce qui n'est pas sans me déplaire (bien que je sois friande de romans qui prennent leur temps).
On est plongé dans des intrigues de cours (qui vont rapidement dépasser la seule arche du Pôle), avec des mystères et du suspens à foison ; on en apprend plus sur Thorn et sur l'origine des esprits de famille, on retrouve également la famille haute en couleur d'Ophélie ; cette dernière s'affirme de plus en plus et son personnage connaît une évolution intéressante, tout comme sa relation avec Thorn ; et cette fin !! Je n'ai pas pu résister, j'ai immédiatement enchaîné avec le 3e livre. Je m'en voudrais presque d'avoir tant attendu pour découvrir l'univers incroyable de Christelle Dabos. Mais quel plaisir de le faire enfin !
Rebis
Irene Marchesini & Carlotta Dicataldo
Bande Dessinée, 192p
Une très jolie BD qui nous conte une histoire touchante et pleine de symbolismes. On y parle - plus ou moins directement - d'acceptation de soi, de transidentité et d'homosexualité, de discrimination et de superstitions, de relations familiales comme amicales... Le tout à l'époque médiévale et saupoudré de sorcellerie.
Les personnages sont attachants et leur design est vraiment travaillé. Les graphismes de manière générale ainsi que la colorimétrie sont très beaux et nous transportent complètement dans cet univers. Seul bémol, c'est presque trop court... Je suis restée un peu sur ma faim.
Mon récap 